Frines, une autre victime du massacre de Yumare

“Au cours de la décennie des années 1980, sous le président Jaime Lusinchi, de nombreuses violations à l’intégrité d’un important secteur de la population vénézuélienne furent réalisées. Morts, disparitions, violations des droits de l’homme furent commises pendant cette sombre étape de la vie "démocratique" des gouvernements de la Quatrième république.”

Des articles de presse. Parmi les gros titres :

“La DISIP les assassine de sang froid.”

“9 guérilleros morts dans un affrontement avec la DISIP*”

“Je suis la veuve de Pedro Pablo Jiménez García , guérillero, l’un de ceux qui furent massacrés à Yumare”, dit une femme âgée tandis qu’elle regarde d’anciennes photographies de son défunt époux.

Frines Salguero de Jiménez raconte que le 7 mai, son époux se leva à cinq heures du matin, se prépara et se rendit à une réunion, lui disant : “Je serai de retour dans quelques jours.” Ce fut la dernière fois qu’elle le vit vivant.

Pedro Pablo Jiménez García est né à Menemaura, dans l’Etat de Falcón. D’origine paysanne, il allait à la campagne, travaillait la terre, allait au lycée.

Une famille aisée s’attacha à lui et lui permit d’étuder à Maracaibo où il obtint son baccalauréat. Il se rendit ensuite à Caracas où ses idées révolutionnaires lui permirent de nouer des relations, et c’est ainsi qu’il rejoint les files du parti révolutionnaire vénézuelien pendant quelques années. Il travailla dans le ministère des Travaux Publics, fut dirigeant du syndicat Unique des travailleurs du transport, et fonda le journal "Route Unitaire".

Frines et Pedro Pablo se connurent en 1973 dans une marche de soutien à Allende. C’est à partir de ce moment qu’ils commencèrent à se fréquenter, et que Frines se mit à participer, bien que de manière indirecte, à la révolution : “… je transmettais le courrier, avec ma petite gamine dans les bras… Ou alors je préparais à manger pour les camarades, je leur mettais de la nourriture de côté…”, raconte Frines Salguero.

Frines apprit à la radio qu’un affrontement entre guérilleros et forces de la DISIP avait eu lieu à Yaracuy. Elle se rendit immédiatement à San Felipe. “J’étais à peine descendue du taxi que la DISIP m’est tombé dessus.” Il la soumirent à un interrogatoire pour savoir ce que son mari était aller faire à Yumare.

Frines souhaitait savoir ce qu’ils avaient fait du corps de son époux. Ils l’envoyèrent d’abord au Fort militaire, puis à nouveau au siège de la DISIP : on la menait en bateau. Les effectifs finirent par lui dire qu’ils n’avaient pas reçu l’ordre de lui remettre le cadavre, et lui dirent de se rendre au ministère des Relations Intérieures à Caracas.

Quand elle se rendit à la capitale, ils continuèrent de l’interroger, mais Frines se refusait à parler, elle ne voulait qu’une chose, le corps de son époux. Il lui donnèrent finalement un mandat pour qu’elle se rendent à l’hôpital pour chercher le corps. Elle dut l’identifier devant toute la commission des droits de l’homme qui se trouvait là. “Ils l’apportèrent nu comme un animal, il portait les marques d’une rafale de mitraillette, des hématomes, il lui manquait des dents, il n’avait plus q’un testicule et on lui avait donné le coup de grâce par un tir dans la nuque. On l’avait complètement torturé.”

Puis ce fut la veillée et l’enterrement, en présence de policiers qui surveillaient Frines et la suivaient. Certain membres de sa famille et des familles des autres camarades défunts eurent peur des représailles et ne réclamèrent même pas les corps de leurs morts. “Moi, ça ne m’a pas fait peur. Au contraire, ça m’a donné du courage. C’était mon compagnon, l’homme que j’ai aimé, l’homme qui a lutté pour sa patrie”, affirme Frines.


Le 8 mai 1986, neuf personnes furent assassinées par un commando dans la zone de La Vaca, Barlovento, près du village de Yumare, dans le District Bolívar de l’Etat de Yaracuy. La version diffusée par les media privés durant la présidence de Jaime Lusinchi, établit qu’il s’agissait d’un affrontement armé entre la DISIP et un groupe de guérilleros, qui fit neuf morts du côté des guérilleros et blessa Henry Lopez Sisco, membre de la DISIP. Cependant, des témoins et des habitants affirment que ces personnes furent mises en détention, torturées, puis exécutées. On leur mit des uniformes militaires par-desssus leurs habits civils.

Tous ces témoignages tendent à montrer que les personnes exécutées, d’un tir à bout portant à la tête pour la plupart, étaient toutes engagées dans la lutte sociale, promouvaient l’idél bolivarien et appartenaient à un courant d’idées de la gauche.

L’Etat même, nous raconte Alexis Rosa, le gouvernement même protégeait les militaires et les policiers qui ont commis cette série de violations, d’assassinats, d’actes terribles, argumentant que ces rebelles contre l’Etat faisaient usage de la violence, et que par conséquent les policiers et les effectifs militaires n’avaient fait que défendre l’Etat contre ceux qui le menaçaient. En réalité, affirme Alexis, ce n’était pas du tout le cas. Il existait un groupe d’idéalistes qui avaient pris les armes mais qui n’avaient pas de grand effet à ce moment-là pour l’Etat vénézuelien. Et encore moins les victimes du Massacre de Yumare. Les compatriotes qui y ont péri n’avaient pas pris les armes contre le gouvernement. Ils se rendaient à une réunion pour décider de leur participation aux élections ou de la formation d’un mouvement. Certains d’entre eux étaient totalement désarmés, conclut Alexis.

“Mon mari n’avait pas de pistolet sur lui ! Il ne possédait même pas de pistolet, dans ma maison il n’y avait pas d’armes !”, s’exclame Frines Salguero.

L’un des agents de l’Etat vénézuelien les plus criminels de cette époque fut le commissaire de la DISIP, Henry Lopez Sisco, affirme Amarita Padrino, avocate sur l’affaire Yumare. “Cet homme n’était pas seulement le commissaire de la DISIP, c’était un agent de la CIA. Ce fut l’une des personnes qui planifia avec les membres importants du gouvernement d’exterminer divers groupes politiques. Il a joué un rôle dans tous les célèbres massacres qui ont eu lieu au Venezuela.”

Dunas Petit, ex-guérillero, propose qu’on change le nom du Massacre de Yumare pour celui deMassacre de Henry López Sisco, car ce fut cet homme qui enleva certains des camarades dans divers endroits du Venezuela, qui les déplaça dans une zone du municipe de Bolívar très proche de Barlovento, et qui installa ici le théâtre des opérations et réalisa les assassinats. “C’est cela que l’on appelle le Massacre de Yumare”, explique Petit.

Actuellement le temps est l’ami de l’histoire. De nombreuses années après le massacre, des témoignages et des vérités font jour derrière le masque hypocrite imposé par les gouvernements de la Quatrième république.

L’impunité est mère du crime. La famille, les amis et le peuple n’ont pas perdu l’espoir que justice soit faite face à ces crimes contre l’humanité.

Les coupables : Jaime Lusinchi, Henry Lopez Sisco, Luis Posada Carriles, Octavio Lepaje, Rafael Rojas, ainsi que les directeurs et les conseillers des organismes de sécurité de l’Etat de l’époque : l’Armée Nationale, la Garde Nationale, la DISIP.

“… Je demande au président Chávez, je vous en prie, que justice soit faite. Que les camarades soient revendiqués, que ces personnes soient jugées, et s’il-vous-plaît, qu’ils ne disparaissent pas dans l’oubli….” Frines Salguero de Jiménez .

*La DISIP est la Direction Générale Sectorielle des Services d’Intelligence et de Prévention. Créé en 1969 par Rafael Caldera, l’objectif initial et affiché de cet organisme d’Etat était la lutte contre la subversion et le narcotrafic, mais il s’avéra un instrument au service du terrorisme d’Etat.

 

Source : La Revolución Vive

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