“Pedro Camejo nous appartient !”

Place du peuple. Aux alentours, des arbres. Au fond, une église. Sur les bancs nous voyons des hommes et des femmes qui discutent. Certains sont assis, d’autres restent debout. On entend diverses voix parler de travail, de comment s’organiser. Ce sont des voix qui planifient, qui échangent des opinions. Soudain on entend le bruit d’un moteur. On voit un camion qui arrive à un bout de la place. Les personnes y montent. Le camion démarre.

Les travailleurs de l’entreprise socialiste Pedro Camejo se rendent à leur lieu de travail. Leur coordinateur, Rafael Jimenez, explique que la révolution bolivarienne reprend la figure de Pedro Camejo, compagnon de Bolívar et de Paez qui lutta pour la défense des paysans et des travailleurs agricoles, pour le revaloriser. C’est en son honneur et en l’honneur de tous les paysans qui jusqu’à ce jour vivait dans l’esclavitude que l’entreprise a été baptisée.

Chaque matin, la place fonctionne comme point de rendez-vous des travailleurs. C’est ici, avec les travailleurs réunis pour attendre leur transport, que peut s’apprécier l’esprit de travail.

Une voix hors-champ demande au travailleur José Rebolledo : « Pourquoi vous sentez-vous très heureux ? » A quoi le travailleur répond : « parce que j’ai de la nourriture pour mes gosses et ma femme, alors qu’avant je n’en avais pas. »

Cette simple répose réaffirme la bénédiction qu’a été l’arrivée de l’entreprise Pedro Camejo pour les petits producteurs, qui jamais auparavant n’avait été pris en considération.

« Ici il n’y a pas d’entreprise privée mais des producteurs individuels qui nous exploitaient par le travail. On nous disait qu’on allait toucher un salaire et ce salaire, on ne nous en versait jamais la totalité, et ils ne nous payaient que quand ça les arrangeait« , commente Agustín Arciniega.

En reprenant courage, les travailleurs ont aussi retrouvé un peu de leur joie. Pourtant, la menace n’a pas disparu. Les crédits nécessaires pour pouvoir semer les bonnes cultures ne leur ont toujours pas été assignés. Par exemple, dans cette région de Bolívar, le secteur le plus fort est le maïs, de variété blanche et jaune. Pendant de nombreuse années c’est cette culture du maïs qu’ils ont développée.

Pedro Camejo s’occupe en priorité des petits producteurs. Mais qui sont vraiment ces petits producteurs ?

Si l’on entend comme producteur toute personne qui produit, qui sème et apporte un produit sur le marché, les petits producteurs sont tous ceux qui, bien qu’ayant un seul hectare de terre, sèment et produisent des aliments pour la communauté.

« Le petit producteur que l’on connaît ici est celui qui a au moins 20 hectares de terres. Mais quand on s’avance vraiment à l’intérieur de la montagne, quand on voit que là-bas les paysans aussi ont leurs terres et qu’elles sont encore plus petites, alors on se dit que ce doivent être eux les petits producteurs. »

Celui qui produit le moins, c’est lui le petit producteur”.

Avant, le petit producteur ne pouvait rien semer parce que personne ne faisait attention à lui.

Au sein même de l’échelle des petits producteurs, on peut distinguer des petits, des moyens et des grands producteurs. De fait, ces « grands producteurs » se voient eux-mêmes comme des petits producteurs et ce sont eux qui ont généré cette matrice. Les travailleurs de Pedro Camejo ont rencontré les véritables petits producteurs qui méritent d’être aidés et pris en considération comme de réels producteurs.

On nous expose le cas de Angel Rojas qui a dû vendre ses terres car il ne parvenait à obtenir aucun crédits pour pouvoir travailler. Une preuve de l’exclusion et du manque de services aui existait auparavant. A présent il existe un compromis moral avec le peuple, avec la révolution. « …nous devons réparer cette dette sociale que nous avons avec le peuple« , s’exclame l’un d’eux.

Une fois par mois, on organise une réunion à Pedro Camejo. C’est l’occasion pour les travailleurs même d’évaluer le travail réalisé avec les paysans et les opérateurs. Lors de ces assemblées, le travail en équipe et la participation s’intensifient, et en plus de la formation socio-politique, les participants reçoivent les outils pour maintenir leur organisation.

Les comités de mécanisation par exemple, ont été créés pour soutenir l’organisation du travail de mécanisation agricole de manière articulée avec la communauté. L’impulsion du comité naît d’une assemblée avec les producteurs qui vivent spécifiquement sur le lieu où se trouvent leurs parcelles, c’est-à-dire sur leurs terres même. « C’est la seule manière de garantir que le comité soit uniquement formé de petits producteurs.« , explique Rafael Jiménez .

Nous voyons plusieurs paysans assis devant une maison. Debout, un homme âgé, à la peau brune, portant un chapeau de cow-by et une chemise rouge, parle à ses compagnons d’une voix rauque mais forte, avec caractère et conviction : « … ces machines sont à nous et la direction qui est ici nous appartient aussi. Parce que vous êtes ici grâce à nous. Si nous n’étions pas là vous ne seriez pas en train de donner des ateliers. C’est pourquoi Pedro Camejo nous appartient ! »

Un autre homme, aux traits fort et à la peu foncée profite de l’opportunité pour attirer l’attention sur le mauvais état des routes. « …les routes ne sont pas en bon état, nous espérons que nous pouvons compter sur l’aide de Pedro Camejo pour réparer ces routes. Ça ne sert à rien de cultiver si ensuite nous ne savons pas comment transporter la production. On nous fait payer le double ou le triple parce que les routes ne sont pas en bon état. Ta récolte peut être bonne mais ensuite pour la vendre… si elle vaut 30BsF, on te fait payer 100BsF par tonne parce que la route est mauvaise. »

Changement de lieu. Nous nous trouvons dans une salle où a lieu une réunion de formation. Nory Gonzales de Vive TV donne une conférence de formation aux travailleurs de Pedro Camejo. Le samedi, lors de ces rencontre, on se tient informés des avancées de chaque zone, on réalise des conférences, des réunions, des planifications collectives… Un espace de vie, dynamique, dont les travailleurs disposent pour partager des expériences, des savoirs, pour s’intégrer socialement.

Pedro Camejo est en fin de compte la communauté organisée. Une organisation unie dans la lutte pour la souveraineté alimentaire et donc pour la souveraineté nationale.

« Il est vraiment nécessaire d’aider à voler celui qui n’a pas encore appris à voler. »

Source : La Revolución Vive

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