« Pour eux, notre travail n’a aucune valeur »

María Rodríguez est penchée sur son travail, un panier en rotin qu’elle est occupée à tisser. Son visage, ses mains sont couleur ocre, du même ocre que le sol de terre battue ; marqués par les profonds sillons des rides. Quand elle lève le regard, ses yeux, couleur de jais comme ses cheveux lisses, semblent briller. Le visage de l’indigène s’illumine, avant de se plonger à nouveau dans la concentration de la tâche à accomplir. Le soleil de midi passe  à travers la toiture en feuilles de palme. D’autres objets artisanaux y sont supendus : paniers, cogollos,sombreros pour retourner le casabe (galette à base de farine de manioc)…

Son mari, Luis Cariván, entre dans la pièce. Il porte un T-shirt rouge du Bataillon Socialiste. Il s’exprime en langue indigène : « Nous faisons cela pour ne pas perdre notre culture. Nous tissons ces paniers parce que c’est de ça que nous vivons. C’est notre artisanat. Avec l’argent de la vente de ces paniers, on peut acheter des couteaux, des ciseaux, du papier de verre, de la peinture, du vernis… toutes ces choses dont on a toujours besoin pour travailler. Sans ces fournitures, on ne peut rien produire. La vente nous aide toujours à acheter les fournitures. C’est pour cela que notre travail rapporte si peu. On travaille tout le temps mais sans bénéfices. Mais c’est comme cela que nous vivons : en travaillant. »

Les gens de la communauté en train de sculpter le bois, de travailler la terre, de récolter le manioc. On peut voir les enfants courir dans les hautes herbes et les adultes discuter de la vie de la communauté.

Ils parlent avant tout des sujets qui les préoccupent. Leur conflit latent avec la Garde Nationale et « ceux de l’environnement », qui ne les autorisent pas à couper le bois nécessaire à leur artisanat. La difficulté à vendre leurs produits, qu’il s’agisse des gâteaux de manioc ou des paniers, à un prix qui leur permette de survivre. La route est mauvaise, le chemin jusqu’au marché est long, ceux qui acceptent de les y conduire les font payer trop cher, les gens marchandent trop le prix déjà fixé et les intermédiaires s’offrent des marges scandaleuses. « Je sens que l’on nous vole notre artisanat. Ils nous paient 50, 40 bolivars de grands paniers qu’ils revendent 200 Bs. Et il faut encore leur laisser 20 Bs pour le transport. Pour eux, notre travail n’a aucune valeur »

"Soleando" en la candela.

Affairée à « solear » dans la « candela ».

Pour certains, c’est le gouvernement qui est responsable de cette pauvreté. « On mange toujours la même chose. Chávez ne nous aide pas assez. », commente une indigène qui s’affaire à faire griller de petits piments dans la candela, sorte de grande poële, pendant que d’autres mangent le casabe qu’ils trempent dans de la soupe. Face à cette résignation que partage María, on ressent que Luis et d’autres ont conscience de la nécessité de s’organiser et de revendiquer leurs droits : « Je crois que nous devons continuer de nous organiser en conseils communaux… C’est comme ça que l’on pourra continuer de mettre ne place nos projets ». Il parle du projet de construction d’une école, des démarches entreprises pour obtenir le titre de propriété de la terre qu’il travaille, d’une réunion avec le ministère de la Culture pour faire connaître leurs besoins, de la nécessité d’obtenir un service de transport jusqu’à Puerto Ayacucho pour faciliter la vente des produits. On ressent parfois son amertume, comme quand il raconte que l’hôpital refuse de soigner les indigènes. « C’est très grave. Et on se tait, pas une protestation, on reste sans rien dire. »

« Bon, je crois que l’on a tout dit. – Oui, on a bien parlé du transport, c’est un problème important. – On va faire autre chose alors, ça n’intéresse personne de nous voir boire de l’eau. »Luis dit au revoir à son ami. Il fait partie de la Mission Sucre, qui ouvre l’université au plus grand nombre, et l’apporte, littéralement, jusqu’aux villages : ses cours vont commencer.

Source : La Revolución Vive

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