« Ça ne veut pas lever le petit doigt pour acheter des machines ! »

La nostalgie brille dans les yeux de José Rodríguez lorsqu’il parle de « ces temps là », où Araya était « une Araya de cinémas, une Araya de boutiques ». Il décrit les montagnes de sel que l’on pouvait distinguer depuis la route quand on passait par Margarita, « énormes, blanchâtres »« le peuple vigoureux »« le potentiel indescriptible ». La région d’Araya est un ancien centre d’extraction de sel. José nous raconte qu’en 1995, lors du rachat de Ensal (l’entreprise d’Etat qui exploitait les salines) par un syndicat international incluant des investisseurs israëliens et le financier George Soros, qui la rebaptisa Tecnosal, il y avait encore des montagnes de plus de trois mètres de sel prêtes à être exploitées. « Là, il y avait une unité productive, du mouvement… Jour et nuit, le sel qu’on extrayait, les qu’on lavait…, s’anime-t-il, le regard tourné vers l’un des bassins. Mais il y a huit, neuf ans, tout ça s’est terminé. »

En effet, l’actuel état de décrépitude de l’usine tranche avec cet âge d’or industriel. Une usine qui semble désaffectée, des murs à moitié écroulés, la peinture qui s’écaille, les fissures. La rouille, les débris de métal, les vieux pneus qui gisent sur le sol. Un chien errant, des tracteurs abandonnés. Pendant des années, les propriétaires des salines ont exploité le sel sans réinvestir les bénéfices dans le développement ou la maintenace des machines et des installations.

« … une entreprise qui ne produit pas ! Qui n’a pas de véritable patron ! …Tout un potentiel foutu en l’air ! Ça ne veut pas lever le petit doigt pour acheter des machines ! » L’homme crie, emporté par sa colère. Les autres ouvriers qui l’entourent l’écoutent.

Mais il y a deux mois, l’entreprise a été rachetée par le secteur public. José Luis Bellorín, un travailleur de la désormais baptisée Sacosal, nous explique qu’un accord d’intentions avait d’abord été signé, où la participation du gouvernement de province était de 40%, celle de PDVSA (entreprise d’Etat) de 60%, et où « nous, les travailleurs, on n’apparaissait nulle part. » Après des négociations avec le syndicat, la participation de PDVSA a été réduite à 50% et celle de la province à 39%, de sorte que les travailleurs de Sacosal ont pu obtenir 15% des actions de l’entreprise.  » Ce n’est pas notre argent que nous mettons », explique José Luis. « Ce sont nos connaissances qui nous permettent de faire partie de cette organisation. »

Ce matin une des machines qui permet de récolter le sel des salines est tombée en panne ; l’entreprise n’en comptait que deux, et comme l’autre ne fonctionnait déjà pas, c’est toute la production qui se retrouve paralysée. Une camionnette charge les ouvriers pour les ramener chez eux. Une travailleuse de la ligne d’emballage ne cache pas sa colère.  » On est tout le temps à l’arrêt ! Où est passé le gouverneur ? On en a assez ! », crie-t-elle. Les choses tardent à changer, et ce genre d’incidents épuise la patience des travailleurs. Un syndicaliste insiste : la récupération de l’entreprise n’est que le début de la solution. « Nous sommes en train de faire les premiers pas vers l’avenir. Et le profit va venir, oui, on a la foi. Mais ce ne sera pas un profit individuel, mais un profit collectif, pour toute la péninsule de Araya. »

De fait, plusieurs peuples de la péninsule dépendent des salines, qui constituent la seule source de travail de la région. Avec des équipements modernes, la production pourrait être multipliée par trois, et permettre au pays d’économiser des devises, plutôt que de devoir importer du sel comme c’est le cas aujourd’hui.

José Rodríguez semble connaître et avoir vécu toute l’histoire des salines, splendeur et misère. « Ce que je voudrais voir, c’est une entreprise productive, une entreprise où le travail est valorisé. Et qu’en plus de ça, qu’une partie du profit soit reversé à la communauté… et puis que ce soit une référence. Si on me disait : regarde, Araya fait partie des dix meilleures du monde… je pourrais mourir tranquille. C’est comme ça, je dirais : bien, au moins ici on est en train de faire quelque chose. On commence à avancer. »

Source : La Revolución Vive

Advertisements

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s