« Je n’ai pas ramené de pain, je t’ai ramené des sardines »

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Sous un ciel dégagé, une brise et le soleil apparaît le nom “La Gaviota”. Des mains placent des boîtes de conserve de sardine les unes après les autres. Des tas de sardines tombent sur les plateaux. Des articles de presse titrent : “La Gaviota” deviendra le centre de développement de la mise en boîte au Vénézuéla”“La Gaviota a commencé à produire en recevant 20 tonnes de sardine”“Le président a proposé d’étendre La Gaviota”.

Une femme brune aux cheveux longs marche dans la rue, chargée de sacs de courses. Elle arrive à une vieille maisonnette, avec une façade rose, et une grille derrière laquelle nous voyons un bébé qui cherche désespérément à ouvrir la porte. La femme ouvre la grille, le prend dans ses bras en lui répétant sur un ton maternel : « Il n’y a pas pain, je n’ai pas ramené de pain, je t’ai ramené des sardines ».

Pascuala Salmerón est une travailleuse de l’usine « La Gaviota », une femme qui comme beaucoup d’autres a dû quitter la campagne pour la ville à la recherche d’un emploi. Le 14 octobre l’usine fêtera ses 26 ans. Pascuala marche en direction de son travail pendant qu’une voix off nous explique que grâce au ciel et à l’entreprise ses fils ont pu étudier, ils sont aujourd’hui diplômés. Elle entre dans l’usine avec d’autres compagnons. Arrive un bus à l’entrée, il s’arrête, un groupe de femmes descend une par une, certaines saluent et s’exclament à haute voix. Sur la jetée les pêcheurs réunis près de leurs bateaux discutent avec Mme Luisa Gómez sur la nouvelle entreprise “La Gaviota”.

L’histoire est simple, finie l’exploitation. Depuis plusieurs années, la fédération de travailleurs de l’Etat de Sucre a commencé à lutter. Nous sommes en 2004, quand naît l’UNT (Union National des Travailleurs). Cette lutte consiste à changer le syndicalisme purement revendicatif, d’une certaine manière lié au coup d’Etat de 2002. Depuis les mouvements de travailleurs se sont organisés et ont formé des fédérations pour l’union de l’ensemble des syndicats, avec pour objectif de rassembler les travailleurs et d’essayer de combattre l’exploitation d’une autre manière, et ce à travers d’autres outils. « Ils ne payaient pas les prestations sociales des travailleurs ; ils ne leur payaient pas les allocations relatives à la loi sur la politique d’habitat, on les maintenait avec des salaires indignes », commente Facundo Herrera, représentant de l’ Institut de Défense des Personnes pour l’Accès aux Biens et Services (INDEPABIS).

L’INDEPABIS avait à peine pris en charge l’administration de l’entreprise « La Gaviota » qu’il mettait déjà en application le décret présidentiel quant à l’augmentation des salaires des travailleurs, et des tickets repas. Tickets repas qui auparavant ne pouvaient être dépensés ailleurs que dans des supermarchés spécifiques où généralement les prix dépassaient de 3 fois ceux des supermarchés normaux. Aujourd’hui ces tickets repas ont augmenté et changé permettant ainsi aux travailleurs de les dépenser où ils le souhaitent, dans des supermarchés plus économiques, dans les Pdvals ou les Mercals (marchés populaires à prix préférenciels).

Jesús Guevara (travailleur) nous raconte qu’ils vivaient depuis 2 ans une série de problèmes au sein de l’entreprise. Ils n’avaient pas d’uniformes, pas de vacances, pas de service médical, etc. Avant de recourir au conseil de prud’hommes, ils ont à plusieurs reprises essayé de trouver un terrain d’entente avec l’ancienne direction qui à aucun moment ne prêta attention à leurs revendications. Les travailleurs étant aujourd’hui les vrais protagonistes, l’organisation et la gestion de l’entreprise s’effectue à travers des assemblées et des tables de travail, lesquelles veillent au bon fonctionnement de l’usine et au respect du droit des travailleurs.

La force interne de “La Gaviota” est dans l’être humain. On parle de six conditions principales : travail, stabilité en tant qu’entreprise et en tant que travailleurs, santé, viabilité, c’est-à-dire, salaire suffisant et bonne distribution du temps.

Grâce aux ministères qui ont permis la récuperation légale de l’usine, les travailleurs ont pu dès le 1er août prendre la direction de l’entreprise. Que signifie “la direction de l’entreprise ?” Que “La Gaviota” aura une direction collective, avec l’aide du gouvernement, pour maintenir sa production et son administration. Il y a ainsi une continuité dans le procesus de récupération, qui sans doute requerra un investissement économique mais surtout social. En effet, il s’agit aussi du retour de la dignité des travailleurs dans leurs revendications, d’incorporer les conseils communaux dans la récupération de l’usine et de son environnement, car, comme l’explique Antonio García (coordinateur de l’Union National des Travailleurs “La Gaviota”) il ne s’agit pas seulement de la récupération physique de l’usine, mais aussi de la récupération de l’usine pour le peuple, pour la communauté.

García conclut :“Si nous perdons cela, nous resterons une fois de plus des esclaves, nous devons avoir une conscience socialiste et nous entraider, nous détacher de l’égoïsme, de l’argent, car généralement ce que l’on cherche c’est de l’argent, de l’argent facile. Mais ça ne marche pas comme ça, je prévois un an et demi, deux ans pour relever l’entreprise, ça ne va pas être facile mais il faut le faire”.

Par conséquent, quand demain l’INDEPABIS quittera l’entreprise, les travailleurs seront préparés pour prendre la relève et assumer leur rôle dans l’entreprise, la diriger, la faire produire, et ainsi démontrer au pays entier qu’ils ont mis en pièces le mythe selon lequel sans patron, sans capitaliste, les travailleurs ne sont pas capables de produire et de faire fonctionner une entreprise, affirme Rafael Silva.

Un travailleur mesure la longueur des sardines avec son appareil : 18 s’exclame-t-il. Il en prend une autre et la mesure, 17. Mme Luisa Gomez décrit la chaîne de production des sardines tandis que nous voyons ceux qui se trouvent derrière cette chaîne. “Il ne servirait strictement à rien que nous dirigions le produit fini vers les marchés capitalistes car il se retrouverait hors des chaînes de régulation des prix et coûterait beaucoup plus cher. Non. Nous, nous devons faire parvenir ce produit, qui est un aliment, vers nos objectifs qui sont les banques alimentaires, les mercals, pour que le produit arrive au prix officiel dans les mains du peuple, des écoles, des maisons de retraite, etc, et qu’il ne se perde pas en route.”

La politique interne de l’entreprise se base, premièrement sur la lutte contre l’exploitation, deuxièmement sur la lutte pour la souveraineté : comme l’ancienne direction refusait de réguler sa production, les travailleurs ont dû s’accrocher pour pouvoir produire de manière fréquente, effective et régulée pour le peuple vénézuelien.

Rafael Silva (membre du conseil communal) explique : “Ici nous savons où nous sommes et où nous allons : vers le socialisme. S’il n’y a pas de socialisme, camarade, ce sont les bottes yankees et son empire que nous verrons venir. Il faut conscientiser la population, étudier, lire beaucoup, pour qu’on ne se fasse plus jamais avoir. Le capitalisme ne fait qu’exploiter les hommes, ici, non, nous sommes dans une entreprise naissante, où il existe une once d’espoir qui va au-delà de l’Etat de Sucre. Ici nous construisons une vraie entreprise de propriété sociale qui se situe au coeur même de la première commune de l’Etat de Sucre” .

Les travailleurs de “La Gaviota” ont entamé une lutte pour le contrôle des moyens de production, mais sans l’espoir qu’un jour toute l’entreprise, toutes les machines et la souveraineté de la production leur appartiendraient. “Si nous n’obtenons pas maintenant les moyens de production, nous devons aller aux cadres légaux”. Les travailleurs aujourd’hui ont accès aux biens et services des conseils communaux. “Nous croyons, et ainsi le prévoit la nouvelle loi organique du travail, que les conseils communaux avec les institutions, qui ont elles aussi fait partie de la lutte, doivent participer à ce projet pour pouvoir bénéficier du transfert du pouvoir au peuple” ,explique Herrera.

Tout cela pour que le propre peuple puisse se défendre lui-même et défendre ses frères, sa famille, dans une situation d’exploitation similaire.

Nous voyons un tas de sardines qui tombe sur les tapis et écoutons la voix d’un travailleur qui dit :“ici, compagnon, nous ne perdons rien du poisson”.

“La Gaviota”, en plus de produire des sardines, et des moules en boîte, produit avec les déchets du poisson (viscères, queue, tête) de la farine animale et de l’engrais de très bonne qualité destinés au pays entier.

Une alarme retentit et nous rappelle le son d’une sirène. Les travailleurs sortent sans uniforme de l’usine. Certain montent dans le bus. Heureux, ils nous saluent de la main.

Pascuala sort accompagnée de quelques compagnons. Nous revenons chez elle. Sur la table de la cuisine Pascuala ouvre une boîte de sardine.

“Bienvenue à l’usine La Gaviota ! Travailleurs en lutte pour une entreprise de propriété sociale.”

Source : La Revolución Vive

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