Oliver Stone, ou David Pujadas ? Qui est le journaliste ?

Le cinéaste Oliver Stone vient de présenter à la Mostra de Venise son nouveau documentaire. Cette patiente enquête de terrain sur les révolutions latinoaméricaines l´a amené a rencontrer de nombreux chefs d´État “voir le trailer de South of the border” .

Sur ce que nous lisons, voyons ou entendons tous ls jours sur le Venezuela, Stone a déclaré : “Le manque de liberté d´expression que dénoncent les médias et l´opposition vénézuélienne est un mensonge. Celui qui va au Venezuela se rend compte que 80, 90 % des médias sont contre Chavez. Ils disent des choses trés dures sur lui et il le tolère. Il ne punit pas ces personnes, elles sont toujours en place. Aux États- Unis cela ne se passerait pas ainsi.”

Ces propos ont suscité la réponse courroucée de David Pujadas. France 2 : Journal télévisé de 20h du 8 septembre 2009,

photo : France 2

David Pujadas : « Image de la Mostra de Venise, une fois n’est pas coutume, ce n’est pas un acteur ou une actrice qui tient la vedette de ce très célèbre festival mais le président vénézuélien : Hugo Chavez. Le réalisateur américain Oliver Stone lui consacre en effet un documentaire admiratif et il a été ovationné par le public, ironie du sort, il faut tout de même savoir qu’au même moment Hugo Chavez s’apprêté à interdire dans son pays 29 radios suscitant de vives critiques de la part desdéfenseurs de la liberté de la presse .  » ( (transmis par ACRIMED)

Pour les téléspectateurs de France 2, il est clair que le Venezuela s’enfonce dans la dictature chaviste. De fait la Maison Blanche a fait connaitre sa “vive préoccupation” au sujet de la “nouvelle atteinte à la liberté d’expression”. De quoi s’agit-il ? Faisons ce à quoi ces agences internationales de presse et leurs crédules clients (France 2, la plupart des quotidiens..) ont renoncé depuis longtemps : une enquête.

Au Venezuela, les collectifs pour la libération des ondes (tels la Asociacion Nacional de Medios Alternativos y Comunitarios ANMCLA , la Red de medios comunitarios venezolanos ou la Red Alba TV), se plaignent de ce que la loi qui favorise depuis la révolution la création de médias libres, participatifs, gérés par les habitants, reste parfois lettre morte à cause de la saturation commerciale des ondes. Les associations les plus diverses – syndicats, mouvements de travailleurs, organisations de femmes, communautés indigènes ou afroaméricaines, etc.. désireuses de créer une radio ou une télévision associative se voient souvent lésées dans leur droit fondamental à la liberté d’expression par le quasi monopole privé des radios et télévisions. Localement et régionalement pullulent des stations commerciales ou évangélistes vivant de la pub ou du prosélytisme. Leurs autorisations d’émettre sont souvent d’origine douteuse, voire inexistantes. Un nombre croissant de citoyen(ne)s exigeaient donc d’en finir avec l’impunité et d’appliquer la loi pour libérer des fréquences associatives.

Et que dit la loi ? La même chose que partout ailleurs (1). Le propriétaire de média qui ne renouvelle pas sa demande de concession dans le délai légal ou émet sans permis, doit rendre cette fréquence à la collectivité : au service public, à d’autres opérateurs commerciaux ou aux médias associatifs. Il s’agit donc d’une banale mise à jour des ondes disponibles pour la collectivité. La CONATEL – le CSA vénézuelien – se montre plus démocrate que son homologue francais. Mais, soit dit en passant, ces fréquences libérées ne font qu’égratigner le quasi monopole commercial. En août 2009 quatre-vingt pour cent des ondes radio ou TV locales, régionales, nationales, satellitaires ou cablées, restent aux mains de grands groupes économiques. Seuls 9 % sont liés au service public… Ce n´est donc qu´un tout début de démocratie que la coordination des médias associatifs veut pousser jusqu’au véritable équilibre. En revendiquant dans ses manifestations un tiers des ondes pour les médias associatifs, un tiers pour le service public, un tiers pour le privé.

La démocratisation des ondes est un exemple périlleux pour des populations qui comme en France subissent encore le monopole de grands groupes économiques. Leurs procès en totalitarisme (via les présentateurs de télé par exemple) ne doivent pas nous faire peur. C’est l’heure d’exiger partout ce droit fondamental qu’est la démocratisation des ondes de radio et télévision. Rappelons aux Pujadas que faire passer une démocratisation (timide) du spectre radioélectrique pour une atteinte a la liberté d´expression, était un classique des campagnes contre Salvador Allende. Et que monter quotidiennement une « opinion publique » contre une démocratie participative s´appelle propagande de guerre (2).

Notes :

(1) Pour tout savoir sur le spectre radio-électrique vénézuélien, le cadre légal, le travail de la Commission Nationale des Telecommunications (y compris en faveur des fréquences associatives) :http://www.conatel.gob.ve/inicio.asp

La loi francaise n° 86-1067 du 30 septembre 1986 modifiée et complétée, relative à la liberté de communication (et qu´on aimerait voir appliquée) dit : ARTICLE 29 : … Le CSA veille, sur l’ensemble du territoire, à ce qu’une part suffisante des ressources en fréquences soit attribuée aux services édités par une association et accomplissant une mission de communication sociale de proximité, entendue comme le fait de favoriser les échanges entre les groupes sociaux et culturels, l’expression des différents courants socioculturels, le soutien au développement local, la protection de l’environnement ou la lutte contre l’exclusion…

(2) Pour savoir ce que nous diront demain Mr. Pujadas et autres permanents du Parti de la Presse et de l´Argent (PPA) voyez ce que dit aujourd’hui la télévision privée venezuelienne (80 % des ondes) dont RCTV, http://elobservador.rctv.net/ soi-disant « fermée par Chavez », Globovision,http://globovision.com/channel.php?cha=1 ou la presse écrite, majoritairement d’opposition : Tal Cualhttp://www.talcualdigital.com/index.html, El Nacional, http://www.el-nacional.com/, El Universal,http://opinion.eluniversal.com/, ou Ultimas noticias, http://www.ultimasnoticias.com.ve, La Razón,http://www.larazon.net/ mais aussi les dépêches de AFP, AP, Reuters, etc…

 

Thierry Deronne, Caracas

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