« une maison dans les airs » et l´avant-garde des sans-abris

mardi 27 octobre 2009

Ainsi nous parle le vallenato “la casa en el aire” immortalisée par le colombien Rafael Escalona : “je vais te construire une maison dans les airs, seulement pour que tu puisses vivre”. Cette expression s’utilise aujourd’hui pour expliquer l´inaccessibilité des logements. Deux millions de familles vénézueliennes ne disposent que d´une « maison dans les airs” pour cause de déficit de logement.

Au départ l’Etat, à travers le Ministère du Pouvoir Populaire pour les oeuvres Publiques et l’Habitat (MPPOPVI), et le secteur privé réuni dans la Chambre Vénézuelienne de Construction, ont les mêmes données : il manque 800 000 logements au Venezuela pour que la proportion habitat / population parvienne à l’équilibre. Et il faudrait mantenir un rythme de 300 000 nouveaux logements par an pour le conserver.

Pourtant, les 4 dernières années ont vu se creuser l’écart entre le nombre de logements et la croissance de la population. Dans le privé, le Système d’Indicateurs Sociaux pour un Diagnostic Social Permanent, DIASPER, met en évidence un déficit de 738 582 logements en 1986, 880 083 en 1990 et 900 000 en 1999 lorsque selon l’institut national de statistiques (INE) la population du pays atteignait les 24 millions.

José Gregorio Alvarado Rendón, vice-ministre pour la planification du MPPOPVI admet que de tels chiffres sont dus premièrement à l’héritage obligé de la IVe République, et ensuite à une succession malheureuse de plans et de projets tombés entre les mains de fonctionnaires publics inefficaces, qui n’étaient pas à la hauteur d’une telle responsabilité. Une chose en entrainant une autre, le déficit de logement a augmenté de 87% pendant les 10 dernières années…

José Gregorio Alvarado, vice-ministre pour la planification du MPPOPVI

Des prix sans borne

L’INE a mesuré que le nombre de personnes par maison au Venezuela est en moyenne de 4,4 avec un déficit actuel de 800 milles logements, pour 7 920 000 personnes sans toit, soit 25% de la population du pays. Cependant, cette situation est surtout urbaine, les villes concentrant selon l’Institut de Statistique National 98% des problèmes de logement, dont 75 % pour la seule ville de Caracas.

Le phénomène à Caracas s’aggrave de plus en plus. Caracas est aujourd’hui la ville la plus chère d’Amérique, les prix s’élevant au dessus de New-York, reléguée à la 8e place, sur les 50 mesurées par la firme international Mercer, qui classe chaque année les grandes aires urbaines mondiales selon le coût minimal de la vie : nourriture, logement, transports, études et habillement, entre autres.

Cette année, la revue spécialisé The Economist a annoncé que les prix des maisons les plus chères au monde étaient à Monaco, dans les quartiers londoniens de Chelsea et de Knightsbridge, où une maison de 120 mètres carrés coute jusqu’à 600 000 euros.

Mais si l’on jette un coup d’oeil aux revues des principales agences immobilières, on trouve des maisons tout aussi chères en plein cœur du « Tiers Monde », à Caracas. Cette cherté de l’habitat – que ce soit à la vente ou la location – accable un petit pays de 8 millions de Venézueliens, qui se retrouve dans les zones fournissant du travail et les zones locatives de Caracas. Ce phénomène s’étend désormais non plus aux seuls ghettos résidentiels de l’Est mais également à des quartiers traditionnellement considérés comme populaires. Dans la municipalité Libertador, à l’Ouest de Caracas, qui concentre plus de deux millions d’habitants, on trouve les immeubles les plus chers de la planète.

Il manque 800.000 logements au Venezuela pour que la proportion habitat / population s’équilibre. Et il faudrait maintenir un rythme de 300 000 nouveaux logements par an pour conserver cet équilibre.

Selon la multinationale immobilière Tuinmueble.com, la zone ouest de la municipalité Libertador, moins chère, avec les quartiers de Catia, El Valle, San Martín, Caricuao, El Junquito, El Cementerio, Propatria, 23 de Enero et Casalta, souffre d’un prix à la vente de 5565 BsF le mètre carré (1800 euros) et jusqu’à 13 750 BsF pour les plus chers (4300 euros) Ainsi un appartement de 120 mètres carrés dans les zones les moins chère de Caracas coûte entre 300 et 600 milles euros, soit plus que les banlieues riches de Londres.

L’avant-Garde des “Sans-toits”

Parallèlement à la lutte de vénézuéliens qui tentent de trouver un demi millions d’euros pour acquérir un logement, une autre lutte vise à changer le paradigme de la commercialisation des terres et des immeubles, sur base de concepts révolutionnaires. La fondation “Les Sans-Toits”’ composée de centaines de familles des secteurs les plus populaires du Venezuela, a lancé depuis cinq ans une proposition de loi nouvelle.

Des membres du Comité des Sans-Toits organisent le peuple autour d’un nouvel concept immobilier selon lequel la terre n’a pas de prix commercial, seul comptent les œuvres construites dessus. Selon eux, cela permet de diminuer considérablement le coût et de les rendre accessibles.

Pour Elvis Rivas, coordinateur de la Commission Émancipatrice de l’Habitat et du logement Bolivarien de la fondation des Sans-Toits, le collectif cherche à transformer la réalité de ceux qui cherchent un logement au Venezuela, en les amenant sur le terrain de la coresponsabilité et de la cogestion, en abandonnant le modèle acheteur-vendeur pour devenir des gestionnaires des projets sociaux dans une société en pleine mutation.

Pour les “Sans-Toits”, il y a au Venezuela non seulement un déficit de logements, mais plus grave encore, ce qui impacte l’ensemble le secteur immobilier, 77% du parc immobilier disponible appartient à une corporation d’agences immobilières, d ’assurances et de banques. Celles-ci ont historiquement gardé la mainmise sur les politiques de construction de logements dans le pays, en se basant sur un modèle d’offre-demande. Pour eux, il n’est nullement question de résoudre le problème complexe du logement de la population.

En décembre 2006 ces jeunes en lutte en ont appelé au Gouvernement Bolivarien pour qu’il dresse son propre diagnostic sur la situation de l’immobilier. Celui-ci enregistre à ce jour dans le pays 523 000 familles à la recherche d’un logement. Les Sans-toits ont ensuite proposé un avant-projet de loi qui précise que “le sol vénézuelien ne peut être hypothéqué, ni être aliéné, ni faire l’objet de trafic, et que son utilisation revient à des Unités Populaires de Construction de Logements, qui utiliseront à à leur manière la force et la connaissance disponible parmi les travailleurs qui pendant des dizaines d’années ont construit les maisons des riches et des puissants”.

Pour cette fondation, la seule chose qui doit avoir une valeur commerciale ce sont les construction sur le terrain, ce que l’homme construit de ses mains. Si la terre n’a plus de prix, les maisons ne pourront plus être commercialement négociables pour des sommes aussi exorbitantes.

Ces deux réalités se retrouvent ainsi dans un projet de transformation sociale qui, selon les porte-parole du Ministère du logement, marquera un tournant radical pour le système de construction du pays : il y encore un an, les fabriques de ciment, de fer, d’acier, d’aluminium, de plastique et autres matériaux étaient encore aux mains du secteur privé qui écartait de ses prévisions les secteurs populaires.

Le grand défi du Gouvernement Bolivarien est donc d’avancer au rythme des besoins de la population.

On trouve à Caracas des logements bien plus chers qu’à Monaco, Londres ou New York

T/ Candelario Obeso

F/ Mppopvi, cortesía Familia Parra y Héctor Ratia Caracas

Source : RNV / Courrier de l’Orénoque : http://www.rnv.gov.ve/noticias/index.php?act=ST&f=49&t=111549

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/

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