Venezuela : le massacre de Cantaura, ou les grands cimetières de la social-démocratie

Pas de justice, pas de révolution” c’est ce que disent les familles des victimes et des survivants au Massacre de Cantaura dans le cadre de l’exhumation des héros et héroïnes abattus le matin du 4 octobre 1982 par des forces contre-insurrectionnelles envoyées par le président social-démocrate Luis Herrera Campins.

Pour la première fois en 27 ans, la justice a montré son engagement à mettre un terme à l’alternative suivante : “massacre ou affrontement”. Une question dont la réponse peut se trouver dans la signature de Traité Inter-Américain d’Assistance Réciproque (TIAR), de 1947, selon lequel, pour le professeur universitaire Agustín Arzola, “les Etats-Unis ont assuré leur pénétration politique et militaire dans tout le continent pour éviter que le fantasme communiste soviétique ne s’étende à l’ensemble de l’hémisphère”. Il était nécessaire de promouvoir l’installation de gouvernements de paille soumis non pas aux bases populaires mais aux corps de sécurité caractérisés par une répression sans relâche contre les mouvements de gauche dans l’ensemble du continent.

Le Venezuela ne fit pas exception. Selon le documentaire “Les Disparus” de Ángel Palacios, le gouvernement de Raúl Leoni (Action Démocratique) a fait disparaitre plus de 2000 militants révolutionnaires. Mais tous les présidents sociaux-démocrates d´avant la révolution ont laissé des fosses communes de milliers de cadavres comme celle du Caracazo (1989).

Des massacres comme ceux de Cantaura, El Amparo ou Yumare furent utilisés comme méthode de coercition sociale pour maintenir à distance le mouvement révolutionnaire. A Cantaura, 23 militants ont été massacrés

17 d’entre eux reçurent des coup de grâce selon l’écrivain Rafael Hurtado Bravo. Il n´éprouvèrent même pas de pitié pour Emperatriz Guzmán, âgée de 38 ans, qui était enceinte de 8 mois. Les victimes selon les dires d’Israel Barreto, faisaient partie du Front Américo Silva, et on leur ouvrit le ventre.

Sans aucune trêve

Au matin, le tocsin sonna au campement du FAS, situé à Los Changurriales del Morocho Evans. Il était 5h 45 du matin. L’aube fut déchirée par le lancement de plusieurs bombes sur le “fourneau où cuisaient les galettes de mais” comme le raconte José Ruíz, habitant de Cantaura. Le FAS se disperse alors.

“Personne ne meurt” assure Giovanny “el Chino” Martínez, proche de la guerilla alors. La majorité se met selon Martinez, à courir vers l´ancienne route Cantaura-El Tigre où se cachent les effectifs de l’armée, de la DISIP et de la Policia Tecnico-judicial (PTJ). Les corps seront transférés, “envoyés dans des sacs noirs à la Morgue de l’Hôpital Central El Tigre “où on les laissera dans le couloir” affirme Nildia Bolívar, infirmière dans cet établissement.

Ces tâches de “nettoyage” comme l’explique le ministre de l’Intérieur d’alors, Luciano Valro, enflammèrent les étudiants et les groupes de défense des droits humains dans tout le pays. “A l’Université des Andes, par exemple, se déroulèrent des forums et des manifestations de protestation, lesquelles ne reçurent pour leur majorité aucune couverture par les médias de communication.” assure l’actuel gouverneur de l’Etat Anzoátegui, Tarek William Saab.

Lors de l’enterrement des cadavres dans une fosse commune, à charge des familles, le Gouvernement de Luis Herrera Campíns justifia les faits en parlant d’un supposé “affrontement” entre deux factions armées comme le déclara le ministre Valero. “Comment peut-on appeler cela un affrontement mon gars !” s´exclame José Asacón. Asacón fut témoin du moment où les avions des Forces Aériennes Vénézueliennes lancèrent les bombes sur le campement des FAS

Traitres ?

Le campement des FAS reçut une partie des évadés de la caserne-prison San Carlos en 1975. Selon Israel Barretp ; le secrétaire général de Bandera Roja, Gabriel Puerta, prisonnier à San Carlos a autorisé l’entrée des frères Rabanales dans les rang du FAS. “Ceux-ci s’étaient réconciliés juste avant le massacre. Nous ne comprenons pas pourquoi Gabriel Puerta a permis qu’ils intègrent les rang du Front” assure Barreto.

Le dimanche 3 octobre 1982, quelques heures avant le massacre, “Norberto Rabanales en compagnie d’un autre compagnon appelé « El Chino », a demandé la permission à Catire Rincón et ont abandonné le campement, ce qui a généré une chaude discussion entre Catire Rincón et Enrique Márquez Velásquez”.

A l’obélisque de Cantaura les attendait un véhicule de la DISIP sans aucune identification officielle. On les transféra, vêtus de passe-montagne, à la caserne Pedro María Freitas, aujourd’hui Bataillon de Chasseurs Pedro Zaraza, dans l’Etat de Barcelona. L’après midi, depuis la base aérienne Lieutenant Luis del Valle García, ils furent transférés en dehors de la zone en hélicoptère et là-bas, “ils signalèrent aux Forces Armées l’emplacement exact du campement” selon le constat rapporté par le livre de Rafael Hurtado Bravo.

T/ Jesús Manzanárez

F/ Wendys Olivo Hector Rattia

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/

 

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