Former de tout le Monde Nouveau, une nouvelle nation : du Congrès Amphictionique à la CELAC.

dimanche 25 décembre 2011

Heures historiques pour Notre Amérique, temps Bolivariens : vient de se créer à Caracas la CELAC, organisme régional qui jette les bases fondamentales de l´intégration latino-américaine.

Que toute l´Amérique se rassemble sans les États-Unis et le Canada, n´est pas peu de choses. Le passage à l´âge adulte des nations latino-américaines est la réalisation du vieux projet Bolivarien ébauché par le Congrès Amphictionique de Panamá en 1826 ; c´est pour rendre tribut au Libertador Simón Bolívar que ce rendez-vous des nations s´est tenu à Caracas, sa terre natale, qui aujourd´hui porte très haut sa pensée et son projet « notre-américain ».

Le dernier rendez-vous remonte au Congrès Amphictionique de Panamá, réalisé du 22 juin au 15 juillet 1826. En l´organisant, Bolivar s´était inspiré du parlement amphictionique des Grecs de l´antiquité qui avaient pour habitude de réaliser des assemblées entre cités pour traiter des thèmes d´intérêt général.

Dans son invitation, Bolivar déclarait : « Qu´il serait beau l´Isthme de Panama s´il était pour nous ce que fut celui de Corinthe pour les Grecs, pourvu qu´un jour nous ayons la fortune d´installer ici un auguste congrès ! (…) ». Dans ces lignes il ébauche son rêve : “former de tout le Monde Nouveau, une seule nation…

Pour Bolivar l´intégration ne pouvait avoir le seul caractère utilitaire entre nations. “Elle ne doit pas se fonder uniquement sur le príncipe d´une alliance défensive et offensive ordinaire” mais sur la création d´une “société de nations-soeurs”. Il pointait comme tâche centrale celle de “renforcer l´identité régionale et de se protéger de manière conjointe face aux interventions extérieures”.

L´ordre du jour du Congrès Amphictionique de Panama nous donne clairement son contenu et son orientation stratégique :

a) La rénovation des traités d´union, de ligue et de confédération.

b) La publication d´un manifeste qui dénonce l´attitude de l´Espagne et le mal qu´elle a causé au Nouveau Monde.

c) Décider l´appui à l´indépendance de Cuba et de Puerto Rico ainsi que celle des îles Canaries et des Philippines.

d) Signer des traités de commerce et de navigation entre les États confédérés.

e) Engager les États-Unis à rendre effective la Doctrine Monroe contre les tentatives espagnoles de reconquête. (A cette époque la doctrine Monroe avait un sens différent de l´actuel).

f) Organiser un corps de normes de Droit international.

g) Abolir l´esclavage dans l´ensemble du territoire confédéré.

h) Adopter des mesures de pression pour obliger l´Espagne à reconnaître les nouvelles républiques.

i) Etablir les frontières nationales sur la base du príncipe juridique du uti possidetis, en prenant pour base l´an 1810.

Malgré l´impulsion unitaire, le congrès échoue. Dans cet échec n´est pas absente l´ombre impériale anglaise ni les intrigues du naissant et vorace empire nord-américain qui ne pouvait tolérer l´existence d´un espace américain de délibérations, ni le discours contre un esclavagisme qu´il pratiquait intensivement sur tout son territoire. Sans oublier les solides intérêts économqiues qu´il avait à défendre dans toute la Caraïbe latino-américaine.

Aujourd´hui la CELAC est appelée à écrire une nouvelle page de l´intégration. La non-présence en son sein du Canada et des États-Unis semble lui conférer une identité propre comme espace d´intégration entre Égaux dotés d´une Histoire et de réalités partagées qui pourraient déboucher sur une indépendance définitive face à l´empire nord-américain. En se renforçant comme projet d´intégration économique, politique et culturel, la CELAC deviendra un nouveau bloc de pouvoir capable de contribuer à la multipolarité et à la construction d´un nouvel ordre mondial. Les indicateurs du bloc démontrent son poids :


-  La Communauté des États Latino-américians et des Caraïbes (CELAC) exprime l´intégration de 33 pays.

-  Les 33 pays qui forment la CELAC rassemblent une population estimée à plus de 550 millions d´habitants en 2010, déployés sur une surface de près de 20,5 millions de kilomètres carrés.

-  Le bloc possède un produit Intérieur brut (PIB) conjoint de 6 billions de dollars, soit le tiers du PIB conjoint des États-Unis et du Canada (18 billions).

-  C´est la région de plus grande production et d´exportation d´aliments et la troisième région mondiale pour la production energétique.

-  Elle compte sur les majeures réserves de pétrole du monde et parmi les plus grandes réserves mondiales de gaz.

-  Près de la moitié de la surface du bloc correspond à des zones boisées et forestières. Il possède 30 % des sources d´eau douce et débouche sur les océans Pacifique et Atlantique.

La CELAC affronte cependant de grands défis : elle ne peut se penser comme pur espace de délibérations. Le président Chávez l´évoquait en 2005 en dénonçant le formalisme bureaucratique des organismos internationaux : “Nous ne pouvons aller de sommet en sommet pendant que nos peuples vont d´abîme en abîme”.

On ne peut non plus la restreindre à une étape vers une zone douanière commune – la balance commerciale ne peut être l´axe unique de sa dynamique. La CELAC doit tisser une vision partagée du développement, beaucoup plus centrée sur le développement humain que sur la philosophie de la croissance ; elle doit avancer dans la complémentarité économique en prenant en compte les asymétries entre pays et en posant comme axe recteur la solidarité avant la sagacité léonine des nations les plus fortes.

La CELAC doit assumer la vision bolivarienne de l´intégration latino-américaine, au lieu de la vision monroiste nord-américaine, qui a dégénéré en ce slogan impérial explicite de l´Amérique pour les “Américains”.

Tout ce qui précède devra relever de grands défis. N´oublions pas qu´au sein de la CELAC convergent trois expériences et conceptions de l´intégration. Le MERCOSUR, qui a réussi á mettre en oeuvre une expérience positive d´intégration douanière et de complémentarité économique à partir des asymétries nationales. L´ALBA, riche expérience d´intégration politique, sociale et économique qui exprime la vision bolivarienne de la fraternité et de la solidarité comme substance de l´intégration. Enfin les pays qui forment aujourd´hui l´accord pacifique, l´axe néo-libéral représenté par le Mexique, la Colombie, le Pérou et le Chili, et qui pourraient l´heure venue agir dans la CELAC comme expression de l´ombre impériale.

Dans la CELAC on trouve les expériences les plus innovatrices et réussies face à la crise actuelle. Pourvu que ces idées puissent imprégner toute la région et émerger comme signe distinctif du nouveau monde à construire en ce XXIème siècle.

Pour paraphraser le révolutionnaire vénézuélien Argimiro Gabaldón, nous pouvons célébrer le premier pas de la constitution de la CELAC en disant : le chemin de l´intégration est difficile et pavé de difficultés, mais c´est le chemin.

Jesse Chacón

Director GIS XXI

www.gisxxi.org

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