La vraie vie, dans ma ville ! : gouverner socialistement dans le champ de la sécurité citoyenne.

lundi 11 juillet 2011

“Que signifie gouverner socialistement ?” se demandait Reinaldo Iturriza dans un article recommandé par le président Chavez après les élections de 2010 et qui donnait des pistes de réponse : “réduire la distance qui règne entre le socialisme comme horizon stratégique et les formes de gouvernement proprement socialistes”. Les moyens du gouvernement doivent préfigurer leurs fins : l’horizon libertaire, l’égalité substantive, le protagonisme populaire et l’autogouvernement que propose la démocratie socialiste. Il ne s’agit ni de gestions ni de procédures qui concrétisent les décisions d’une avant-garde exerçant le pouvoir gouvernemental, mais de la politisation de toute la gestion. Mais que le présent de l’acte de gouverner contienne les valeurs et les principes du futur en construction.

Une des fonctions de la nouvelle Université Expérimentale de la Sécurité (UNES) est de produire des connaissances adaptées en fonction des nécessités et des droits de notre peuple, notamment pour inspirer des propositions de politiques publiques. La UNES, pour relever le défi lancé par le président Chavez en recommandant la lecture de Iturriza, expérimente dans chacun de ses six centres de formation (Catia à Caracas et, en cours d’édification, Barcelona, Maracay, San Cristobal, Barquisimeto et San Francisco au Zulia), avec les organisations populaires, mouvements sociaux et politiques, la construction d’une politique qui cherche à concrétiser une forme de gouvernement mobilisatrice, en faveur des pratiques libertaires et égalitaires d’autogouvernement dans le champ de la vie en commun et de la sécurité citoyenne. Son nom provisoire est “¡Pura Vida Parroquia !” (La vraie vie, ma ville !). Le but est d’expérimenter une réunion de forces citoyennes, sur une échelle locale – l’aire polygonale autour de chaque centre de formation regroupant une ou plusieurs « parroquias », où se regroupent les institutions de l’Etat et les organisations populaires. (NDT : au Venezuela la parroquia est une démarcation administrative du territoire (urbain ou non) conçue pour déconcentrer la gestion municipale, promouvoir la participation citoyenne et améliorer l’offre des services publics municipaux.)

Dans les dynamiques d’atelier qui ont articulé près de 300 organisations et mouvements populaires, les participants ont identifié :

a) le problème de l’insécurité, qui affecte le plus durement les secteurs populaires.

b) ses facteurs générateurs (structurels, situationnels et institutionnels).

c) ses conséquences (beaucoup d’entre elles deviennent aussi facteurs générateurs)

d) Des propositions de programmes et de politiques d’Etat et sociales, pour réduire le problème de l’insécurité.

Voici un cadre synthétisant quelques uns des produits de cette construction, encore en cours.

Le problème que la politique se propose d’affronter – l’insécurité citoyenne – a été définie dans ces assemblées comme : « agressions », « homicides », « vols », « viols », « enlèvements », « violence », « tirs », « violence de genre », « peur de sortir dans la rue », « méfiance », « risque », « angoisse », « détresse », « vulnérabilité », « impuissance ». Faits ou sentiments générés tant par la délinquance que par des fonctionnaires de police qui commettent des délits.

Quelques uns des facteurs générateurs mentionnés par les participants sont :

a) Structurels : “pauvreté extrême”, “chômage”, “chômage des jeunes”, “inégalité sociale”, “basse qualité de l’éducation”, “exclusion de jeunes du système éducatif”, “beaucoup de désœuvrement juvénil”, “consumérisme”, “violence intrafamiliale”, “manque d’organisation et d’autorégulation sociale”, “peur de dénoncer” ;

b) Situationnels : “déficit d’éclairage public”, “beaucoup de vente d’alcool (légale et illégale)”, “distribution de drogues”, “contrôle du territoire par les bandes”, “consommation irrationnelle d’alcool et de drogues”, “manque d’espaces pour le sport et pour la récréation”, “facilité d’obtention d’une arme à feu, ”entassement, surpopulation”, “situation frontalière (au Táchira et au Zulia)”.

c) Institutionnelles : ”corruption de corps de sécurité”, “impunité”, “corruption de juges et de policiers”, “corruption dans la prison”, “inefficacité politique de la réinsertion sociale (d’ex-détenus)”, “discrimination dans le système pénal”, “désarticulation entre les institutions de l’Etat”, “absence de surveillance policière”, “violation des droits de l’homme”, “négligence des institutions qui protègent le garçon, la fillette et l’adolescent(e)”, “manque de réponse immédiate des institutions de la sécurité régionale et municipale”, “déficience des politiques préventives”.

Parmi les conséquences, on en trouve certaines de type individuel : « frustration », « cela nous déprime », « nous nous isolons », « nous somatisons et cela affecte la santé », « peur » et ” et d’autres réactions de type collectif et politique : “nous nous rendons complices faute de dénoncer”, “le collectif se brise, on tombe dans l’individualisme, “cela immobilise, démobilise, il y a moins de participation”, “nous nous réfugions chez nous”, “le processus de changements perd de sa crédibilité”.

Les programmes et les projets proposés pour s’articuler dans une politique répondent à chacun des facteurs générateurs. Ils sont pensés pour être exécutés directement par les communautés, par les communautés et l’Etat ou par celui-ci exclusivement. Il s’agit d’un processus initial dont la gestion et les résultats seront évalués et soumis à l’enquête, pour apprendre d’eux, de leurs réussites et de leurs erreurs et pour produire des connaissances utiles dans une gestion politiquement cohérente.

Jesse Chacon

Directeur de la Fondation Gisxxi

www.gisxxi.org

Original (espagnol) PDF : http://www.gisxxi.org/articulos/pur…

Traduction : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

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