Le Venezuela hors de LCP (« La Caverne de Platon ») : pays le plus heureux d’Amérique Latine selon des experts de l’ONU, 2ème selon l’Université de Columbia et 5ème pays le plus heureux du monde selon Gallup

Schéma de fonctionnement de la télévision française LCP (La Caverne de Platon) au début du 21ème siècle. Source : Platon, philosophe grec (428 av. J-C, 347 av. J-C).

« Les compagnies savantes de l’Europe ne sont que des écoles publiques de mensonges, et il y a plus d’erreurs dans l’Académie des sciences que dans tout un peuple de Hurons. »
J.-J. Rousseau. Émile, liv. III.

Parler librement de la révolution du Venezuela hors de ses frontières se heurte souvent à la projection occidentale de « thèses ». Pour extraire une plus-value universitaire ou politique, le nord cherche, voire crée, un « groupe-frère » qui épouse « son » discours. Ce groupe devient peu à peu  « le » Venezuela même s’il n’y joue qu’un rôle limité, et même si la population ne le connaît pas. La fonction de ce groupe est de confirmer les thèses du « groupe-mère » en Europe. Mais outre le fait que les catégories de la classe moyenne européenne ne recoupent pas celles de la majorité sociale vénézuélienne, aucun phénomène historique n’est fragmentable. L’Histoire est un mouvement intégral, collectif, dont les acteurs s’opposent, s’articulent dans le temps long. Seuls le temps et la participation, sur le terrain, permettent de passer de « l’objet » au « sujet », soit à une connaissance qui ne soit pas de l’ordre de la domination ou de l’instrumentalisation. « On ne connaît que ce qu’on transforme ».

Une émission consacrée au Venezuela et diffusée le 31 mai 2012 par LCP, chaîne de télévision parlementaire, constitue une pièce d’anthologie illustrant à merveille la coupure des médias français par rapport au monde extérieur. « Chemises rouges« , « Corée du Nord« , « dictateur d’opérette« , on a eu droit à l’intégrale. Cette pensée unique, imposée par un animateur et des intervenants face auxquels le journaliste Maurice Lemoine et Farid Fernandez de l’ambassade du Venezuela ont tenté de ramener le principe de réalité entre deux coupages de parole, s’est sédimentée à gauche depuis dix ans.

Elle s’explique par plusieurs raisons : l’idéologie dominante et la sociologie des écoles de journalisme, le poids croissant des actionnaires privés dans les médias, la suppression des postes à l’étranger, le court terme et l’absence d’enquête, la dépendance accrue de l’AFP ou de Reuters, la concurrence, la circulation circulaire de l’information, etc… sans oublier la droitisation accélérée de la société française. Mais le cas de la France est aussi exemplaire d’un isolement et d’une ignorance plus profonds, d’une « insularité » historique (2), face à laquelle des sources anglo-saxonnes permettent parfois (empirisme et « facts first » obligent) de sortir un bref instant de la Caverne de Platon.

Ainsi, dans son World Happiness Report 2012 (« Rapport sur le Bonheur dans le Monde 2012« ), l’Université de Columbia (États-Unis) a classé 150 pays. Le Danemark occupe la première place mondiale, suivi par la Finlande, la Norvège, la Hollande et le Canada. En Amérique Latine le pays le mieux positionné est le Costa Rica (12ème rang mondial), suivi par le Venezuela (19ème rang mondial), le Brésil (25ème rang ), l’Argentine (39ème rang) et la Colombie (41ème rang).

Les données de l’Université de Columbia confirment les chiffres récemment publiés par d’autres instituts ou organismes indépendants du gouvernement vénézuélien.

La célèbre Gallup, société d’études d’opinion créée aux États-Unis en 1930, a fait connaître en mars 2012 un rapport qui porte sur 124 paysLe Venezuela est le cinquième pays le plus heureux au monde selon cette étude publiée par le Washington Post. 64 % des Vénézuéliens déclarent que leur bien-être s’améliore. Le Venezuela se retrouve à égalité avec la Finlande. Le précèdent le Danemark (1er), la Suède (2ème), le Canada (3ème) et l’Australie (4ème). A remarquer que selon ce sondage, on ne compte que 19 pays au monde où les citoyens se disent plus heureux que malheureux. En septembre 2013, des experts des Nations Unies, dans leur rapport World Happiness Report for 2013 ont conclu que le Vénézuéla est le pays le plus heureux d’Amérique du Sud.

En mai 2011 le rapport de l’ONG canadienne Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA), qui prend régulièrement le pouls des systèmes politiques, place le système électoral du Venezuela à la première place de la liste mondiale pour le respect des normes fondamentales en matière de démocratie et pour l’équité sociale. Tous les scrutins organisés au Venezuela ont été validés internationalement par des rapports officiels de l’Union Européenne, de l’Organisation des États Américains (OEA), de l’Association des Juristes latino-américains ou de la Fondation Carter. José Miguel Insulza, actuel patron de l’OEA, et qui n’est pas un sympathisant de Hugo Chavez, a déclaré en 2011: « Toutes les élections qui ont eu lieu au Venezuela se sont déroulées de manière parfaitement normale et nous ne voyons pas pourquoi il en serait autrement à l’avenir« . L’ex-Président Jimmy Carter a déclaré le 19 septembre 2012 qu’après avoir observé 98 scrutins dans le monde, il considère que c’est le Venezuela qui offre le meilleur système électoral à ses citoyens.

Latinobarómetro est une ONG indépendante d’études d’opinion qui effectue annuellement près de 19000 interviews dans 18 pays d’Amérique Latine totalisant plus de 400 millions d’habitants. Son rapport rendu public en novembre 2010, montre que le Vénézuéla est de tout le continent latino-américain le pays qui jouit du taux le plus élevé de confiance dans la démocratie (84%). Dans son rapport 2013, l’ONG fait état d’un score de 87%, record absolu pour le continent.

La CEPAL, l’organisme des Nations Unies chargé de mesurer le développement économique et social en Amérique Latine, indique dans son rapport de janvier 2012 que le Venezuela est le deuxième pays d’Amérique latine sur la liste de ceux qui ont réduit la pauvreté au cours des dernières années (de 2002 à 2010 la pauvreté a baissé de 20,8%), derrière l’Equateur et a annoncé dans un rapport de septembre 2012 sa prévision de croissance pour cette année : 5 %, un chiffre les plus élevés du continent. Dans son rapport de septembre 2012, Mark Weisbrot, directeur du CEPR, Centre de Recherches Économiques et Politiques (Washington), rappelle de son côté, chiffres à l’appui, que durant les treize années de gouvernement Chávez, la majorité des experts ont annoncé que l’effondrement économique était au tournant mais que “ces prévisions étaient basées non sur des données concrètes mais sur des désirs”.

Enfin, alors qu’en France les grands médias affirment depuis dix ans que « Chavez contrôle » ou « réprime la presse », il est intéressant de consulter une enquête de OpenNet – initiative de la Faculté de Droit de Harvard et du Citizen Lab de l’Université de Toronto- qui révèle une carte des pays qui censurent Internet, quels contenus ils filtrent et comment ils le font. En Amérique Latine, des pays comme le Mexique, le Venezuela, l’Equateur, la Bolivie, le Chili et le Paraguay n’exercent aucun type de censure. Par contre le rapport indique la présence d’une « certaine censure » aux Etats-Unis, en Colombie, au Pérou, au Brésil et en Argentine.

Le boom des télécommunications au Venezuela – démocratisation de la téléphonie sur tout le territoire, multiplication des « infocentros » (internet accessible dans les quartiers populaires) vient d’être étudié par la fondation Latinobarometro : en mai 2012 le Venezuela est le pays d’Amérique Latine faisant le plus usage de Twitter. En général et en comparaison avec le reste des pays latino-américains le pays se trouve en tête de liste pour la massification de l’usage d’internet et des différents réseaux sociaux (Facebook).

Contrairement à ce qu’on croit communément à l’extérieur, plus des trois quarts des médias vénézuéliens (TV, radio, presse écrite) sont privés et font librement campagne contre les politiques de l’actuel gouvernement, réunissant 90 % d’audience dans le cas des télévisions privées. Une simple recherche sur internet donne accès aux nombreux titres disponibles dans les kiosques à journaux, aux radios dans les autobus ou taxis, aux chaînes visibles dans les restaurants et les commerces. Last but not least, l’éclosion de toutes sortes de médias associatifs, radios, Tv, sites internet, parfois très critiques, témoignent de la liberté d’expression revenue au Venezuela depuis l’élection de Hugo Chavez alors que ce type de médias reste illégal voire réprimé dans la plupart des pays d’Amérique Latine, Brésil y compris. Pour la télévision privée, qui reste le média dominant au Venezuela, on peut se référer au rapport du CEPR (Washington) basé sur des chiffres de firmes privées d’études d’audiences de télévisionhttp://www.cepr.net/index.php/press-releases/press-releases/private-opposition-tv-continues-to-dominate-in-venezuela (partiellement traduit ici en FR : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela )

(1) L’échantillon de la FDA se compose, entre autres pays, du Danemark, de la Finlande, du Canada, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Argentine, de la Tunisie, de l’Egypte, du Mexique, de la Birmanie, du Venezuela et de l’Inde.

(2) Le cliché: «Ah ! quel dommage que Chavez soit trop primaire pour comprendre que les ennemis de ses ennemis ne sont pas forcément des amis » exprime la difficulté de s’informer et d’admettre que l’Autre est capable de penser subtilement, d’avoir une stratégie à long terme et une Histoire assez dense pour qu’on ne le définisse pas en creux. Comment ignorer encore le mouvement profond d’une diplomatie qui procède en droite ligne de Simón Bolivar et de son projet de réunir “les trois quarts de l’Humanité” lors d’un vaste congrès à Panama (1826) pour bâtir «l’équilibre du Monde » ? Rêve multipolaire saboté par les grandes puissances de l’époque mais souvent repris depuis par les nations du Sud (Bandoeng  1955) ? Au-delà des contingences de qui gouverne chacun des États (combien de despotes ici ou là à l’époque de Bolivar, à l’époque de Bandoeng, aujourd’hui ?), la stratégie bolivarienne consiste à préparer, par des accords d’État à État, le jour où comme en Amérique Latine, et peut-être sous son influence, l’intelligence collective des peuples finira par démocratiser les institutions politiques et permettra des relations internationales enfin basées sur les principes de souveraineté, d’égalité, de respect et de coopération. C’est dans ce sens que Caracas resserre ses liens avec l’Afrique et l’Asie, et accueillera le sommet des non-alignés en 2015.

Thierry Deronne

Note:

Pour un décryptage plus complet de l’idéologie de Franz-Olivier Giesbert, François-Xavier Freland et Renée Frégosi, on peut aussi consulter ACRIMED : http://www.acrimed.org/article3862.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/06/02/le-venezuela-hors-de-la-caverne-de-platon-2eme-pays-le-plus-heureux-damerique-latine-selon-luniversite-de-columbia-et-5eme-pays-le-plus-heureux-du-monde-selon-gallup/

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