Venezuela-Haïti : de PetroCaribe à la « Patrie Caraïbe »

Port-au-Prince, 20 juillet 2012 – Les fonds consacrés par le programme vénézuélien Petrocaribe à la reconstruction de Haïtí s’élèvent à plus de 400 millions de dollars, a expliqué ce 20 juillet 2012 le directeur du Bureau de Financement des programmes d’aide au développement, Michael Lecorps (photo). 

Ces fonds proviennent d’un prêt du gouvernement vénézuélien pour l’achat d’hydrocarbures, a expliqué le fonctionnaire haïtien, et sont utilisés pour la réalisation de projets d’infrastructure parmi lesquels le réseau de santé publique et la reconstruction d’édifices détruits par le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Le mois dernier, le Premier Ministre haïtien Laurent Lamothe, a annoncé que le  Venezuela construira près de 5000 maisons destinés aux victimes du tremblement de terre. 400 mille d’entre elles vivent encore sous des tentes.

Lamothe a précisé que le gouvernement de Hugo Chávez financera l’édification de 2500 maisons dans la capitale elle-même et environ 280 maisons dans chacun des 10 départements du pays.

Face à l’éventuel passage d’un cyclone par Haïti, quelques 450 mille personnes sont en situation de risque, selon l’Organisation des Nations Unies. En juin dernier le Venezuela a donné à Haïti un lot de matériels pour faire face à la saison des cyclones, comprenant des lits, des générateurs d’électricité, des tentes et des aliments.

Après la signature d’un accord tripartite en mai 2012 le Venezuela s’est en outre engagé à financer en compagnie de Cuba la construction d’un hôpital sur la base d’un budget de 78 mille dollars.

Cet accord, auquel a souscrit également l’Argentine, prévoit de développer des projets de développement agricole dans la nation Caraïbe.

Les quatre pays se sont mis d’accord pour créer une société mixte en vue d’administrer les fonds du projet vénézuélien Petrocaribe en Haïti, la construction d’auberges, la donation d’infrastructure pour l’éducation et l’octroi de 300 bourses à des jeunes membres de secteurs pauvres. Lamothe a lancé à la mi-mai un programme d’aide sociale qui bénéficiera à 100 mille mères haïtiennes, montant qui provient également du programme vénézuélien Petrocaribe.

Haïti vit une situation de crise depuis plus de deux ans, lorsqu’un tremblement de terre a tué plus de 300 mille personnes et a laissé sans logements à plus d’un million et demi d’habitants. Plus de 40 mille citoyens haïtiens vivent actuellement dans des campements, alors que le pays subit une épidémie de choléra qui a fait plus de sept mille morts.

C’est en 2005 autour de 14 nations qu’est né l’accord de coopération énergétique Petrocaribe. L’objectif : parvenir à l’intégration des peuples d’Amérique Centrale et des Caraïbes, grâce à la coopération énergétique sur un modèle d’échange équitable et favorable à tous les pays.

Ce projet a pour but d’encourager le développement social et économique de la région, avec cinq principes directeurs : l’union, la solidarité, la coopération, la complémentarité, et la vision Sud-Sud.

 L’initiative regroupe aujourd’hui dix-huit pays : Antigua-et-Barbuda, le Bahamas, le Belize, Cuba, la communauté de la Dominique, le Guatemala, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Nicaragua, la République Dominicaine, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, le Surinam et enfin le Venezuela.
Les pays membres de PetroCaribe (2012): Source : Édition 3 du journal PatriaCaribe, Caracas, juillet 2012.

Cette volonté d’union politique caraïbe ne date pas d’aujourd’hui et s’appuie sur de profondes racines historiques. Dans le cas de Haïti et du Venezuela, voici un article signé par Gary Olius * et publié par par AlterPresse (Haïti) le 14 mars 2011, sous le titre : Haïti-Venezuela : sur les traces de Pétion et de Bolivar :

« Les héros haïtiens de la trempe de Toussaint Louverture, d’Alexandre Pétion ou de Dessalines sont souvent copieusement vénérés mais jamais bien imités. On ne sait pas exactement pourquoi, mais il semble que ceux qui sont capables de gargarisme ou de turlututu politique ne sont pas toujours aptes au mimétisme grandeur-nature, lequel exige une certaine capacité d’action politique concrète et positive. C’est peut-être une preuve de plus qu’il existe tout un monde de différence entre les blablablas passéistes et la reproduction – même en miniature – des exploits des grands d’antan.

Aux prises avec un présent désagréable, les dirigeants haïtiens et les politiciens de tout acabit s’accrochent toujours aux hauts faits du passé et oublient de définir la praxis appropriée qui permettrait au pays d’avoir droit à un présent plus supportable et de mieux faire face à son avenir. Ce qui serait une façon bien plus éloquente de rendre aux ancêtres l’hommage qu’ils méritent, juste un peu comme les tenants du bolivarisme qui s’activent à lier avec maestria le verbe patriotique à une action politique digne de la mémoire de leur héros chéri. Les faits historiques varient d’un pays à un autre et il n’existe pas en histoire cet homéomorphisme mathématique qui puisse faire en sorte que l’expérience vénézuélienne, par exemple, puisse servir de déclic facilitant le réveil des haïtiens.

Comme par un heureux hasard, une logique existentielle et un concours de circonstances ont voulu que les destins de certains grands hommes se croisent, et pour cause, l’amour de la liberté, le sens élevé du sacrifice et le don de soi ont mis barbe pour barbe deux révolutionnaires du continent américain et scellé à jamais leur destins. Et depuis, l’amitié Pétion-Bolivar est née. On dirait qu’ils ont été créés pour se comprendre rapidement, fraterniser et s’unir contre tout ce qui va à l’encontre du bien-être de l’être humain. Ils avaient en commun les mêmes ennemis et étaient tous deux prêts à mourir pour faire échec au colonialisme ou l’impérialisme sous sa forme rampante.

Cette amitié légendaire s’est convertie, jadis, en coopération militaire bilatérale entre le Venezuela et Haïti. Et on en connait les résultats. L’Espagne colonisatrice n’avait pas seulement vu rouge, mais de toutes les couleurs. Toute l’Amérique Latine a pu bénéficier des fruits de cette coopération pour la défense de la liberté et la dignité humaine. Cette amitié a consacré aussi le début d’une lutte sans merci pour le respect des droits de la personne et le respect de l’égalité entre les humains. Aussi, mérite-t-elle d’être considérée comme la légitime génitrice de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour le malheur des uns et, peut-être, pour le bonheur des autres, les générations se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Et, de fait, les néocolonialistes ont aujourd’hui le champ libre pour agir à leur guise sous nos cieux, puisque les dirigeants actuels n’ont pas grand’ chose à voir avec les contemporains de Pétion ou de Dessalines. Au Venezuela aussi, Hugo Chavez n’est pas l’égal de Simon Bolivar, mais tout porte à croire qu’il a su trouver la façon appropriée pour assurer la survie ou la pérennité des idéaux de ce grand Libertador et donner du fil à retordre aux ennemis déguisés de son peuple. Il s’est imprégné de l’idéologie bolivarienne et en a fait son cheval de bataille ; tandis que nos dirigeants se rappellent de Pétion ou de Dessalines uniquement quand la communauté internationale les traine dans la boue au grand jour, au vu et au su de tout le monde, à un point tel qu’on a l’impression que lorsqu’ils se disent fiers des héros de l’indépendance haïtienne que ces derniers, surement, ne doivent pas être fiers d’eux. Chavez, par contre, puise l’essentiel de ses réflexes politiques et diplomatiques dans cette idéologie bolivarienne, tout en se préoccupant très peu du tintamarre provoqué par ses prises de position et des qu’en dira-t-on ; car il sait pertinemment qu’en fin de compte l’histoire ne retiendra que les actions remarquables, laissant à la littérature politique le soin de passer au crible les verbiages sans valeur et les discours malveillants des uns et des autres.

Des historiens latino-américains comme Paul Verna et Lecuna Vicente ont redessiné avec minutie la route suivie par Simon Bolivar en vue de parvenir à la libération de son peuple du joug espagnol et, ce faisant, ont permis à ceux qui le veulent de suivre les traces de ce monument dans leurs luttes pour libérer leurs concitoyens des systèmes oppressifs d’envergure planétaire. C’est d’ailleurs pour s’élever à la dimension de l’esprit bolivarien que certains pays de l’Amérique Latine ont mis en place le mouvement régional baptisé ALBA.

Comme l’aube d’une solidarité agissante contre l’exploitation, la ségrégation internationale et la globalisation malfaisante de la bêtise économique, ce mouvement se veut être une farandole indéfectible servant à honorer sempiternellement Simon Bolivar et faire triompher son idéologie empreinte de dignité, de solidarité et d’équité, en ce bas monde où les velléités liberticides tendent à s’imposer au détriment de tout.

ALBA se veut aussi être un renvoi d’ascenseur à notre Haïti réprimée, meurtrie et appauvrie pendant plus d’un siècle et demi d’impérialisme ou de néocolonialisme. Et c’est en ce sens qu’il faut comprendre le statut particulier qui y est accordé à Haïti et la tenue de la future grande réunion des présidents et chanceliers albiens à Jacmel, en 2013.

Jacmel, faut-il le souligner, c’est cette ville aux quatre portails [1], portée sur les fonts baptismaux par un flibustier fuyard d’origine espagnole appelé Jacomelo et d’un franc-maçon doublé d’un Chevalier de la Toison d’Or, Gouverneur de la colonie de Saint-Domingue et répondant au nom de Jean-Baptiste du Casse en 1698 [2]. Tel le produit d’une combinaison savante de l’art de la fuite et de l’ésotérisme, ou d’un étrange mélange du matériel et du spirituel, Jacmel – ville assise confortablement sur deux épées croisées d’Archange Michel – a offert droit de cité à Simon Bolivar et lui a donné l’ultime onction contre la défaite, tout en lui inculquant la colère vertueuse d’Ogoun Feray qui rend invincible ; oui, ce dieu guerrier vêtu de rouge qui inspirait les combattants de 1804.

Bolivar et ses compagnons d’armes sont partis de ce coin de terre, comme si une drôle de coïncidence historique a voulu que ce français et cet espagnol participent à la mise en place de la rampe de lancement de la grande opération militaire qui alla chambarder l’ordre colonial dans la région. La raison des historiens s’égare quand li s’agit de comprendre le pourquoi de ce haut fait historique.

L’histoire, on dirait, manipule les hommes et leur joue des tours comme pour leur rappeler que les faits sont ce qu’il y a de plus rusé dans le monde des humains. Il a fallu un Price et un Verret, tous deux commerçants jacméliens, pour vendre à Bolivar une grande part de la quantité de poudre à canon et des cartouches dont il avait besoin pour mener les décisives batailles de Barcelona. Il a fallu que l’expédition des Cayes échoue pour que celle de Jacmel soit – à tout point de vue – mieux préparée et puisse porter bonheur aux révolutionnaires conduits par le super-héros latino-américain. Il a fallu un gouvernement de droite pour franchir les barrières idéologiques et convaincre Hugo Chavez qu’ALBA se donne en assise à Jacmel. Ah l’histoire ! Tu ne finiras jamais de nous surprendre. Plût au ciel que nous puissions déceler à temps les agréables surprises que recèle l’amitié Haitiano-Vénézuélienne. »

* Economiste, spécialiste en administration publique

Contact : golius_3000@hotmail.com

[1] Selon Bonnard Posy “Jacmel se distingue des autres villes de la république parce qu’elle est pourvue de 4 portails : le Portail de Léogane, le Portail de Bainet, le Portail de la Gosseline et le Portail de St. Cyr … chacun d’eux s’impose comme une âme vivante. Ils contribuent tous, efficacement, à la vie, à l’épanouissement de la cité. …Certaines villes étrangères ont édifié des remparts à l’ombre desquels se nouent les trames de leur vie quotidienne. De même, à partir de ces célèbres portails qui s’ouvrent sur le profil dentelé de ses rues, Jacmel se débat, s’affaire avec au cœur, un rêve tenace de progrès économique et social et de dépassement culturel. (JACMEL, SA CONTRIBUTION A L’HISTOIRE D’HAITI, p. 32)
[2] “… Yaqui, en langue Taino, signifie rivière, et dans toutes les cartes du 17e siècle, on parle de “Villanova de Yaquimo” toujours place à l’embouchure d’un cours d’eau à deux bras, au-dessus d’Aquin. Elle s’y trouve déjà sur la « Mapa miniature de la isla de Santo Domingo », dressée en 1516 et sur celle de Herrera, un siècle plus tard ; une autre carte anglaise du 14 septembre 1712 la place juste au-dessus de Léogane. Pour les Espagnols Yaquimo a toujours été « Le Port du Brésil »à cause de la grande quantité de bois de Brésillet qui occupait une place importante dans les exportations de Jacmel, prés de 600.000 livres annuellement. Ce bois de teinture a toujours été le monopole de la région. « Ojeda, après un voyage dans les Caraïbes avec Amerigo Vespucci, fit voile, nous dit Charlevoix, vers Hispaniola et prit terre le 5 septembre 1499 au port de Yaquimo pour charger des bois de Brésil. » Harry Carrenard cité dans JACMEL ET SES QUARTIERS POPULAIRES, Imprimerie l’Abeille, Jacmel, Juin 1955.

Sources : Radio Métropole et AlterPresse (Haïti)

Photos : Stediletto, avec la Brigade du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre (Brésil) et de Via Campesina en Haïti.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

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