Huit regards sur le Venezuela bolivarien (par « Opera Mundi », Brésil)

1. La Cinecitta vénézuélienne veut combattre la dictature d’Hollywood

Avec son sac à dos, un gamin de 13 ans abandonne sa maison en ruine et s’en va à l’aventure le long de la côte vénézuélienne. Sur son chemin, il réussit à toucher les gens en racontant la tragédie qui a marqué sa vie. C’est ainsi qu’il obtient de l’aide pour survivre. À chaque fois qu’il répète son histoire, cependant, il modifie la version. À certains, il dit qu’il est à la recherche de sa mère. À d’autres, qu’elle s’est sacrifiée pour le sauver. Sinon il affirme qu’il est orphelin de père. Un fil conducteur lie mensonges et vérités : le tragique glissement de terrain en 1999 qui a fait des milliers de morts et disparus dans l’état de Vargas au Venezuela.

Succès de billetterie et sélectionné pour l’édition 2011 du festival Berlin, le film « L’enfant qui ment » (El chico que miente, 2009), de Marité Ugas, est l’un des plus récents exemples de la renaissance du cinéma vénézuélien. Une partie de cette transformation se doit aux nouvelles politiques d’incitation à la production culturelle du gouvernement d’Hugo Chavez, qui sont manifestement tournées vers « la rupture avec la dictature du cinéma nord-américain ».

La qualité du cinéma local, selon le cinéaste et scénariste Diego Sequera, a chuté sensiblement dans les années 1990. À la fois dans la quantité des productions et dans la qualité de ce matériel. « Çà a été le boom des films assimilés à ceux d’Hollywood, une forme de colonisation par le cinéma », explique le Vénézuélien qui travaille dans la Cité du Cinéma. Villa del Cine, en Espagnol, est le premier complexe de studios du pays et l’un des principaux moteurs de la production nationale.

Localisé dans la ville de Guarenas à 33 kilomètres à l’Est de Caracas, le projet fondé en 2006 a déjà produit plus de 500 films, des longs-métrages, des courts-métrages et des documentaires. La majorité aborde des questions d’ordre nationale, et porte spécialement sur les icônes et les moments de l’histoire du pays. Ce qui a poussé Chavez à investir dans ce centre est d’avoir appris, selon ses propres mots, que « huit grands studios de Hollywood se partage 85 % du cinéma mondial et représentent au moins 94 % de l’offre cinématographique en Amérique Latine ».

Ce nouveau profil du cinéma a été la cible de critiques de cinéastes et producteurs indépendants. Ils voient plutôt en la Cinecitta vénézuélienne un instrument de propagande chaviste. Seuls les scénarios classés à gauche recevraient les investissements. Jonathan Jakubowicz  est reconnu internationalement depuis son film « Sequestro Express », en 2005. Le réalisateur rapporte que la Cité du Cinéma ne soutient que les films qui « décrivent la révolution comme la solution à tous les problèmes de la nation, ou ceux qui racontent l’histoire des guides de l’indépendance, et toujours dans une version qui flatte les valeurs que s’est appropriée la révolution bolivarienne ».

« Je voudrais bien que ce soit vrai que la Cité du Cinéma ne s’intéresse qu’à des films qui s’inspirent de la révolution », conteste  Diego Sequera. « Mais ce n’est pas comme ça que ça se passe. De nombreux opposants au gouvernement y travaillent. Des adversaires assumés du régime qui ont toute la liberté pour créer ». Pour le scénariste, la critique devrait plutôt porter sur la façon dont certains films sont produits. Encore largement influencés par le modèle nord-américain. « En 2005, le processus d’industrialisation du cinéma a commencé a changé les structures de la production audiovisuelle vénézuélienne. Mais des films comme « Miranda regresa » et « La Clase » apportent un format gringo, de superproductions. Je pense qu’il devrait y avoir plus de créativité », confie-t-il.

Le premier film cité par Diego Sequera raconte la biographie de Fransisco de Miranda, l’un des précurseurs de l’indépendance vénézuélienne. D’une durée de 140 minutes et un budget de 2,32 millions de dollars, plus de 1 000 figurants y ont participé. « Miranda regresa » a été tourné au Venezuela, à Cuba et en République Tchèque. L’acteur et activiste nord-américain, Danny Glover qui est de notoriété publique un admirateur de Chavez, fait une courte apparition dans le film. Le second, « La Clase », raconte l’histoire d’un jeune violoniste d’origine modeste tiraillé entre la carrière musicale et l’histoire du Venezuela.

Parallèlement à la Cité du Cinéma, l’École Nationale de Cinéma a été créée au sein de l’Université Centrale du Venezuela (UCV) et une licence en Arts Audiovisuels ouverte à l’Université Expérimentale des Arts (Unearte). L’Unearte, fondée en 2008, est entièrement dédiée aux arts. S’y tiennent des cours de théâtre, de danse, d’arts plastiques, de musique et depuis 2011, de cinéma.

La Cité du Cinéma abrite, également depuis 2011, un Centre de Formation Professionnelle. « Il y a des domaines où nous n’avons qu’un seul spécialiste. Ça pouvait marcher quand on faisait un ou deux long-métrages par an, mais pas quand on en produit 10, 12 ou 14 comme maintenant », expliquait Pedro Calzadila, ministre de la Culture à l’époque de l’inauguration.

2. L’insécurité, préoccupation principale de la majorité des Vénézuéliens

Anxieux, le garçon hésite avant de commencer à témoigner. Il regarde avec curiosité la caméra, respire et attend que le bruit des klaxons du quartier du 23 de Enero – l’un des plus peuplés et des plus pauvres de Caracas – le laissent parler. « Ça enregistre ? Bon. Je m’appelle Andrés López, j’ai 15 ans, et la seule chose que je voudrais changer au Venezuela, c’est la peur de la violence », dit-il. « Si tu traînes dans la rue, on va te voler, on va t’enlever, c’est ce que ma mère me répète tous les jour. C’est une atmosphère de terreur. »

Les inégalités sociales ont significativement diminué depuis l’arrivée de Hugo Chavez au pouvoir. Et l’insécurité reste un thème majeur. Selon un sondage de l’institut de statistiques chiliens, Latinobarometro, pour 61 % des Vénézuéliens il s’agit de la première préoccupation. C’est aussi le principal cheval de bataille de l’opposition contre le président. Certains assurent que l’insécurité a augmenté depuis l’élection du leader vénézuélien. D’autres soulignent qu’elle a toujours été un phénomène préoccupant.

« Il y a des groupes d’habitants qui protègent leur zone de manière anormale avec des pistolets et des armes », poursuit Andrés, en faisant allusion aux milices armées qui circulent dans les quartiers de Caracas. « Au bout du compte, ils terrorisent les gens. La paix n’existe pas au Venezuela ». De fait, le Venezuela est l’un des pays les plus violents au monde avec un taux de 49 homicides pour 100 000 habitants, selon les chiffres du gouvernement et de l’Office des Nations-Unies contre la Drogue et le Crime (UNODC).

« Parmi les dix pays avec les taux d’homicides les plus élevés, on constate que huit sont latino-américains. Le Venezuela figure en cinquième position. Ce qui prouve que les mesures sociales ne sont pas suffisantes pour diminuer les indices de violence et de criminalité », a admis Chavez au mois de juin lors du lancement de Gran Misión a toda Venezuela. Un programme gouvernemental qui vise à diminuer la violence. Le budget total du projet se monte à 287 millions de bolivars (environ 54 millions d’euros).

« Entre 60 % et 70 % des crimes sont commis par des jeunes. L’objectif de cette mission est de réduire la formation de délinquants. Des jeunes, qui malheureusement finissent par commettre des crimes », a expliqué le ministre de l’Intérieur, Tarek El-Aissami. En mai, le gouvernement a annoncé une autre mesure de sécurité publique : l’interdiction de vendre des armes aux civils. « Au Venezuela, plus de 90 % des homicides sont perpétrés avec des armes à feu. Ce qui nous oblige à adopter des mesures radicales pour traiter cette question », insistait El-Aissami à l’époque.

En plus de la grande quantité d’armes en circulation, l’influence du crime organisé et la corruption des corps de police sont d’autres facteurs d’inquiétude. A cet égard, La création de la Police Nationale Bolivarienne a été l’une des principales mesures du gouvernement vénézuélien. Il a aussi lancé « l’Indice Global des Corps de Police au Venezuela ». Plus de 170 indicateurs vont mesurer l’efficacité, le respect des droits de l’homme et diverses autres données liées à l’activité. L’Université Nationale Expérimentale de Sécurité a aussi été fondée. Les nouveaux policiers y suivront leurs études supérieures.

Thème de campagne

Aucune de ces mesures ne semblent calmer les accusations de l’opposition, qui a choisi la sécurité publique comme principale thème de campagne pour l’élection présidentielle. « Chavez prétend que la violence trouve ses origines dans le capitalisme, dans les feuilletons des chaînes de télévision, dans les gouvernements antérieurs. Jamais il n’assume ses responsabilités », affirme  Leopoldo Lopez, ex-maire de Chacao, dirigeant du parti Première Justice, et principal meneur de la campagne du candidat de l’opposition, Henrique Capriles. « C’est évident, on a perdu le contrôle de la situation ».

Selon les chiffres de López, il y a eu 150 000 homicides durant les 14 années du gouvernement Chavez. De ce total, 140 000 n’auraient pas été résolus. Et les cas d’enlèvements auraient augmenté de 2 500 %.

L’Observatoire Vénézuélien de la Violence (OVV) décrit aussi un scénario alarmant. Le gouvernement accuse cependant cette ONG d’être financée par l’opposition. En 1999, au début du mandat de Chavez, le pays aurait enregistré chaque année 6 000 homicides environ. En 2011, cet indice est passé à 19 300 assassinats, selon l’OVV.

Le sentiment d’insécurité

Selon un enquête menée par Latinobarometro, le sentiment d’insécurité, en hausse, serait en décalage par rapport aux indicateurs réels. L’indicateur, qui calcule le pourcentage de foyers dont l’un des membres a été victime d’un délit lors des douze derniers mois, serait retombé à son niveau historique normal, 31 % en 2011. Entre 2001 et 2007, cet indicateur avait atteint 50 %. Pourtant, le sentiment d’insécurité est en hausse de 8 % depuis 2003. Pour 61 % des sondés, c’est une question majeure.

Ce décalage que les autorités gouvernementales attribuent en partie à l’exploitation du thème par les médias anti-Chavez, se répercute de manière différente dans les différentes couches de la population. Pour la classe moyenne et les plus riches, la violence est devenue un motif fondamental pour remettre en cause le président vénézuélien. Parmi les plus pauvres, le gouvernement national se partage la responsabilité avec les administrations régionales et municipales, souvent entre les mains de l’opposition.

La poussée du thème dans l’opinion publique a, de toute façon, fait de la violence urbaine une question de première importance dans les plans chavistes. Le lancement de Gran Misión a toda Venezuela témoigne de cette nouvelle focalisation qui provoque des polémiques sur le contenu du programme.

L’opposition réclame plus de répression et de policiers dans les rues. Elle dénonce aussi férocement la corruption des actuels appareils de sécurité. Même si le gouvernement met en place des politiques qui renforcent la présence policière, il continue d’associer la lutte contre la criminalité à l’amélioration des indicateurs sociaux. Il assure une présence forte de l’État dans les quartiers les plus sensibles en offrant des services et des nouvelles perspectives.

Pour Andrés Antillano, professeur de l’UCV (Université Centrale du Venezuela) et criminologue, les solutions doivent prendre en compte la récupération des espaces publics. « L’origine de la violence est sociale et elle est essentiellement présente chez les plus pauvres », affirme-t-il. « C’est la raison pour laquelle elle doit être combattue avec des politiques sociales et une organisation politique, de concert avec les interventions policières ».

3. Le pari de la réforme agraire pour l’indépendance alimentaire vénézuélienne

A la fin du XIXème siècle, le Venezuela était le troisième exportateur mondial de café

Dans l’état de Azoátegui, à l’est du Venezuela, El Tigre. La zone rurale de la ville ressemble à une fourmilière binationale. L’espagnol se mêle au portugais. Tout a commencé avec la mise en place d’une convention entre le Brésil et le Venezuela, en 2009. Les deux pays ont créé une compagnie qui se consacre à la plantation et la cueillette de denrées agricoles. Depuis, des dizaines de travailleurs brésiliens sont arrivés pour aider au développement du projet.

L’entreprise s’appelle Société Socialiste José Inacio Abreu et Lima. Le nom est un hommage à un général brésilien qui a lutté aux côtés de Simon Bolivar dans ses aventures pour l’indépendance du Venezuela. Publique, elle fonctionne comme un centre de production et de distribution pour la région. Elle travaille main dans la main avec les agriculteurs locaux. Elle soutient leurs activités et achète leurs produits. Abreu et Lima cherche principalement à renforcer l’offre nationale de soja et de maïs.

Cette année, l’entreprise prévoit d’étendre les surface cultivables à 20 000 hectares, puis à 25 000 l’année prochaine. À l’horizon 2019, le but est d’arriver à 110 000 hectares. « Nous n’en sommes qu’à 20 % de notre objectif », rapporte Yhonny Zabaleta, vice-président de la société. « Mais nous avançons à un rythme soutenu. L’année dernière nous n’avions que 4 000 hectares de culture pourtant nous avons commencé à vendre du soja et du maïs dans tout le pays. »

L’entreprise possède une structure industrielle sophistiquée pour exercer sa fonction économique. Quatre silos d’une capacité de 10 000 tonnes de grains chacun et six autres bâtiments forment l’ensemble. Le processus industriel est mécanisé et contrôlé par  ordinateur. Une fabrique de raffinage et d’emballage de l’huile, de la viande et du lait de soja sont en phase de construction.

Selon le président d’Abreu et Lima, Alfredo Herrera, la consommation annuelle de soja est de l’ordre de 1,2 million de tonnes. L’essentiel est importé. « Sans soja, l’élevage, la production  d’œufs, la pisciculture ne peuvent pas se développer car le soja est la source de protéine meilleure marché », constate le dirigeant. « Mais actuellement notre production ne dépasse pas les 100 000 tonnes alors même que la seule consommation d’huile de soja est de 1,5 litre par habitant ».

Dépendance

Les initiatives comme la Société Socialiste José Inacio Abreu et Lima s’efforcent de solder l’un des héritages maudits du modèle économique qui s’est consolidé au Venezuela durant le XXIème siècle. À cause des pétrodollars, le pays a remplacé sa production agricole par les importations. Il a abandonné toutes perspectives industrielles au profit du commerce extérieur.

A la fin du XIXème siècle, le Venezuela était le troisième exportateur mondial de café juste après le Brésil et les îles hollandaises. Mais l’argent facile du pétrole, l’omniprésence de l’État et des capitales régionales dans ce secteur très lucratif ont mis à genoux l’agriculture nationale. Au début du gouvernement Chavez, le pays importait 70 % des aliments et l’activité agricole représentait moins de 5 % du PIB.

« Dans les faits, nous avions une économie qui reposait sur l’agriculture portuaire » explique Javier Alejandro Ramos, vice-ministre de l’Agriculture. « Tous les aliments consommés dans le pays étaient importés. On importait même des haricots en boîte ». Sans assistance technique, ni financement, sans machine, ni subvention, la production agricole était une agriculture de subsistance. Peu d’exploitations avaient des rendements  significatifs. « Ça revenait moins cher d’acheter des aliments à l’étranger », souligne Javier Alejandro Ramos.

Le gouvernement a décidé de remédier à ce mal historique à travers un ensemble de mesures rassemblées dans  la loi Terres et Développement Agraire, approuvé fin 2001. Elle fixe les politiques de la réforme agraire. La nouvelle législation interdit qu’une seule personne puisse posséder plus de 5 000 hectares. Elle établit une imposition progressive sur les propriétés. Des mécanismes ont été adoptés pour l’expropriation de latifundia improductifs. La loi prévoit aussi la récupération d’aires publiques illégalement occupées.

« Notre politique repose sur quatre axes : l’attribution de terres, la subvention du secteur agricole, l’assistance technique et la distribution de nourriture », souligne le vice-ministre. « L’autosuffisance est un objectif essentiel de notre révolution ».

Lors des treize dernières années, plus de 6,4 millions d’hectares ont été régularisés et redistribués à 16 000 familles. Les banques publiques et privées ont été obligées d’offrir des crédits destinés aux paysans. Les revenus du pétrole financent des fonds qui rendent possible les programmes d’alimentation scolaire et de distribution de nourriture dans les villes. Les denrées proviennent obligatoirement des terres de la réforme agraire.

Les registres du ministère de l’Agriculture prouvent que la Banque Agricole du Venezuela a alloué 1,22 milliards de bolivars (234 millions d’euros) de crédits aux producteurs ruraux en 2010. Un chiffre en hausse de 6 532 % par rapport à 2006. Depuis la création du Fond pour le Développement Agraire Socialiste (Fondas) en 2008, 3,7 milliards de bolivars (710 millions d’euros) ont été prêtés aux agriculteurs du pays.

Les propriétés agricoles privées qui sont productives n’ont pas été touchées par les expropriations. Mais l’État est devenue l’aiguillon de l’activité agricole.

Corporations agro-industrielles

Bien que le niveau des importations de denrées alimentaires demeure élevé, autour de 70 % des besoins, les autorités gouvernementales considèrent que le secteur agricole a profité d’avancées structurelles. La consommation de calories par habitant a augmenté entre 1998 et 2011. Elle est passée de 2 200 à 3 200 calories sans hausse des importations. La production nationale de viande bovine par exemple atteint déjà 78 % de la demande intérieure. Celle de riz, 96 %. Celle de lait, 64 %.

La stratégie du gouvernement allie le  développement de l’agriculture familiale et celui de grands groupes publics. Ces entreprises ont leur propre production mais elles achètent aussi les récoltes des petits agriculteurs et des coopératives locales. Elles proposent aussi de l’assistance technique et offrent des crédits.

Ce sont elles aussi qui distribuent la nourriture dans les villes à travers les chaînes de supermarchés privées et le système Mercal, qui est contrôlé par le gouvernement et qui propose des produits subventionnés. Nombre de ces projets comptent sur l’appui et la participation de PDVAL, le bras agricole de la gigantesque entreprise publique pétrolière. PDVAL injecte une partie de ses bénéfices dans des programmes de la réforme agraire.

Chavez parie gros sur ce type de compagnies agro-industrielles publiques, qui articulent la production régionale avec le marché national. Elles prolifèrent dans de nombreuses provinces et opèrent dans différents secteurs d’activités. Des entreprises comme Los Andes est spécialisée dans la mise en bouteille de lait, de jus de fruits et d’eau, Café Fama da América ou Café Venezuela dans le café, Cacao Oderi dans le chocolat.

Le rôle social que doivent jouer ces entreprises est inscrit dans leurs statuts. « Abreu et Lima doit assister les communautés de la région, celles qui se trouvent dans un périmètre de trente kilomètres autour de la zone industrielle », explique Pedro Orellana, coordinateur de Gestion Communautaire. « L’entreprise aide 771 petits et moyens agriculteurs dans 19 communautés indiennes et créoles ».

Selon les chiffres officiels, entre 1988 et 1998, la production d’aliments au Venezuela a progressé de 8 %, de 15,9 millions de tonnes à 17,1 millions par an. En 2010, ce volume a bondi, à 25 millions de tonnes. Soit, sous l’ère Chavez, une augmentation de 44 % de la production agricole.

S’il est toujours dépendant du marché mondial, il est pourtant indiscutable que le Vénézuélien mange plus et qu’il y a plus de produits nationaux dans son assiette.

4. Comprendre la politique vénézuélienne

Dans les cercles des sciences politiques, lorsqu’il s’agit d’étudier le comportement des électeurs, un paradigme fait l’unanimité : la diminution des inégalités sociales et la consolidation de la classe moyenne tendent à amollir le débat idéologico-politique. Cependant celui qui appliquerait cette logique au Venezuela, se mettrait le doigt dans l’oeil. La dispute entre les camps chavistes et antichavistes s’exacerbe alors que le pays devient socialement plus homogène. Le Venezuela arrive même au top du classement de la distribution des revenus en Amérique du Sud.

« La politisation de toutes les classes sociales s’est radicalisée depuis l’élection du président Chavez et conduit à un positionnement qui va au-delà des intérêts immédiats des différents segments de la société », analyse Jesse Chacon, directeur du Groupe de Recherche Sociale XXI siècle (GIS XXI). « Ici la gauche et la droite, gouvernement et opposition sortent dans la rue pour débattre de projets de portée nationale qui dépassent les revendications ponctuelles, les bénéfices économiques ou les avancées sociales ».

Jesse Chacon a participé à la rébellion militaire de 1992, quand l’actuel président a tenté de faire tomber la IV République. Chacon était alors un jeune lieutenant qui, comme son chef, a fini derrière les barreaux. Ingénieur en informatique et diplômé en télématique, il a déjà occupé les fauteuils de ministre des Télécommunications, de l’Intérieur et de la Science et Technologie de l’actuel gouvernement. À 46 ans, il étudie désormais les dynamiques politiques et sociales au Venezuela.

« Les propriétaires des moyens de production sont en train de perdre la main mise sur le pouvoir politique. Il s’agit du point de tension centrale, qui provoque une réaction des couches sociales les plus favorisés et de leurs sympathisants », souligne-t-il. « Le revenu moyen de 20 % des plus riches n’a pas été affecté. Son style de vie non plus. Mais ils perçoivent qu’ils ne tiennent plus les rennes de l’État et de la société, ce qui leur fait peur et les enrage ».

Un large répertoire de mesures sociales et de politiques de distribution a été destiné aux plus pauvres. Pourtant, leur comportement est également dicté par des motivations qui extrapolent les conquêtes ou les attentes économiques. L’embrasement de ces couches sociales avec en toile de fond l’amélioration des conditions de vie, est aussi attisé par le président qui, sans cesse, s’efforce de mener des batailles d’idées et de valeurs.

Depuis le début de son gouvernement, mais de manière plus ample depuis le coup d’État en 2002, Chavez s’attache à occuper le maximum d’espace dans les médias. Son discours est presque toujours articulé de manière à confondre chaque mouvement de son gouvernement au processus révolutionnaire. En même temps,  il sème chez ses sympathisants un sentiment de répulsion contre les adversaires des changements en cours.

Contraire à la logique de conciliation, le président a fait un pari pédagogique qui semble tenir ses promesses. Plus la polarisation est grande, plus la confrontation des points de vue est limpide, plus il est facile de créer une base de soutien forte et mobilisée. Pour les bons et les mauvais moments.

Au début, le fil conducteur de la pédagogie chaviste a été de ressusciter l’histoire et la pensée de Simon Bolivar, le patriarche de l’indépendance vénézuélienne, chef politique et militaire de la guerre anticolonialiste contre les Espagnols au XIXème siècle. En s’engageant sur cette voie, Chavez a imprimé une forte marque nationaliste à son projet, qui affronte les nouveaux seigneurs coloniaux (les États-Unis) et leurs alliés de l’intérieur (l’élite locale).

Petit à petit, la syntaxe du socialisme historique s’est ajoutée au bolivarisme original. Cet amalgame entre les racines nationalistes et les valeurs de gauche a été largement repris comme un code culturel qui dessine le visage et donne la couleur des réalisations politiques du gouvernement. Le président refuse ainsi la recette à la mode dans les courants progressistes pour qui la politique est une question d’efficacité. Pour utiliser le vieux jargon, Chavez est un politique de lutte des classes sur laquelle il parie pour isoler et dérouter ses ennemis.

L’opposition, confortée par son emprise sur les moyens de communication, a elle aussi misé sur l’affrontement ouvert. En plus de ses recours médiatiques, elle a toujours pu compter sur les forces économiques et les relations internationales pour mobiliser les classes moyennes contre le gouvernement. Même après le putsch et le blocus de 2002, à l’apogée de la polarisation, les partis antichavistes ont poursuivi une stratégie de collision.

La classe C

Mais les deux camps doivent actuellement prendre en compte un nouveau phénomène. Plus de 30 % de la population a changé de couche sociale. Ils ont migré des segments les plus pauvres vers ce que la sociologie des enquêtes démographiques appelle la classe C – à proprement parler ils ont intégré la classe moyenne.

Si par le passé elle a opposé une résistance absolue aux questions sociales, l’opposition est obligée de reconnaître certaines avancées. Dans sa campagne, Capriles promet de préserver les Missions sociales. Cependant, son plan de gouvernement propose en même temps d’éliminer le Fondem, le fond qui finance les programmes sociaux grâce aux pétrodollars. Par ailleurs, le candidat modère relativement son message pour dialoguer avec les segments qui ont tiré profit de la V République.

Côté gouvernemental, surgissent aussi de nouvelles questions. « Disputer les cœurs et les esprits de ce nouveau contingent de la classe moyenne demeure le problème du processus révolutionnaire », affirme Jesse Chacon. « Nombreux sont ceux qui se sont élevés socialement grâce aux initiatives gouvernementales mais qui ont embrassé les valeurs morales et culturelles des élites dont le mode de vie est leur référence ». L’ex-militaire pointe spécialement la préservation des aspirations consuméristes, le rejet des projets et des organisations collectifs, la négation de l’identité originale de classe et parfois même de race.

Les diverses enquêtes, celles du GIS XXI ou celles d’instituts proches de l’opposition, décèlent l’émergence ces dernières années d’un groupe d’électeurs auquel on se réfère de façon informelle comme les ni-ni.  C’est-à-dire ceux qui ne s’alignent pas automatiquement sur les positions de Chavez, ni sur celles de ses ennemis. La majorité fait partie des classes ascendantes.

Les ni-ni représentent aux alentours de 40 % des électeurs, la même proportion que les indéfectibles électeurs pro Chavez, contre 20 % de fidèles à l’opposition. La gauche, cependant, recueille des résultats qui dépassent ses frontières grâce à la combinaison de deux facteurs. D’une part les programmes du gouvernement (principalement celui lié au logement) contentent la population. D’autre part le cancer de Chavez crée un climat affectif de solidarité. Le président avoisine dans les sondages les plus fiables 60 % des intentions de vote pour le scrutin d’octobre. Il ouvre un écart de 15 % à 30 % face à son adversaire.

Ces chiffres indiquent que les ni-ni se répartissent entre les deux pôles. Bien que la tendance semble favorable à une réélection tranquille du président sortant, la chasse aux voix de cet électorat demeure frénétique. « Si la campagne de Chavez réussit à conquérir une partie plus significative de ce segment, un avantage plus expressif encore pourra être construit », souligne Jesse Chacon.

Stratégies

L’un des aspects de la stratégie pour venir à bout des résistances de ces secteurs hybrides, est de démonter l’un des arguments en grande partie construit par les moyens de communication liés à l’opposition : Chavez voudrait en finir avec la propriété privée et voudrait que toute l’activité économique soit entre les mains de l’État.

« Le processus révolutionnaire a augmenté le nombre de propriétaires dans le pays, principalement depuis la réforme agraire », affirme le directeur du GIS XXI. « Le programme de la Révolution se bat contre les monopoles et renforce l’État. Mais il ouvre un espace à différents types de propriétés, de caractère privé, coopératif ou social. Le gouvernement doit mieux définir le rôle de ces modèles pour torpiller l’image d’un État fondamentaliste que l’opposition tente de vendre ».

Le candidat de l’opposition est confronté au problème inverse. Représentant une alliance dont les soutiens sont de puissants hommes d’affaires (comme la brasserie Polar, le groupe agro-industriel Mavesa et agro-alimentaire Alfonso Rivas entre autres), Capriles doit convaincre qu’il est capable de prendre à son compte une partie au moins des mesures, qui depuis 1999 favorisent 80 % des électeurs qui ne sont pas des classes A et B.

Cependant son programme ne l’aide pas beaucoup. Même s’il a modéré ses critiques à l’égard des politiques sociales du président, il est un défenseur impétueux des privatisations. Il ne parle pas seulement de réduire l’État, de revenir sur les nationalisations ou d’en finir avec le contrôle de l’État sur la PDVSA. Il défend explicitement que les grands propriétaires terriens expropriés récupèrent leurs exploitations. « Premièrement, nous devons en finir avec les expropriations, ramener la sécurité dans les campagnes et que le gouvernement restaure la confiance », a affirmé Capriles lors d’une récente conférence de presse.

Indépendamment du résultat, l’administration de Hugo Chavez a réussi un fait qui mérite d’être observé de près par les analystes politiques. À l’inverse de ce qui se passe dans la majorité des pays, le marketing n’a pas domestiqué la politique et occulté le débat d’idées pour coller aux attentes de l’électeur. Au Venezuela, même les impératifs électoraux ne diluent la bataille frontale entre programmes.

5. Les politiques sociales, les créations d’emplois et la redistribution des richesses ont sorti de la pauvreté près neuf millions de Vénézuéliens.

Rabin Azuaje chemine vers les 70 ans mais sa foulée est toujours vigoureuse. Alors qu’il monte et descend les ruelles du quartier 23 de Enero, l’ancien professeur de théâtre se souvient des années qui ont précédé l’arrivée de Hugo Chavez au pouvoir. « À l’époque, sous les gouvernement de Carlos Andrés Pérez (1974-1979; 1989–1993) et Rafael Caldera (1969-1974 et 1994–1999) par exemple, ici c’était une espèce de zone expérimentale pour la répression », se rappelle ce communiste, militant depuis qu’il a douze ans. « Ils testaient tout type d’armement contre nous ».

Le 23 de Enero, comme tous les quartiers pauvres de Caracas, étaient des bastions de résistance contre les administrations des partis conservateurs AD et Copei. « La voix du pauvre n’a jamais été entendu. Tout le monde pouvait voter, mais personne ne répondait à nos besoins », souligne Rabin Azuaje. « Avec Chavez, c’est la première fois qu’un président fait construire des maisons pour les plus démunis. Grâce à lui, nous avons commencé à comprendre que nous étions la majorité et que nos intérêts devaient guider les politiques du pays ».

Cette perception se matérialise à la lecture des données de l’Institut National de Statistiques (INE). Jusqu’en 1998, 50,8 % de la population étaient considérés pauvres, 20,3 % extrêmement pauvres. En douze ans, ces indices ont respectivement chuté à 31,9 % et 8,6 % de la population. Pour être plus précis : 71,1 % des habitants étaient pauvres ou misérables au début de l’actuelle administration. De ce contingent, 43 % ont migré vers les classes sociales au-dessus. Plus de 30 % de la population a changé de classe socio-économique. Ce qui n’est pas rien.

Une étude récente de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (Cepalc) montre que le Venezuela est actuellement le pays d’Amérique Latine qui présente le moins d’inégalités sociales. Elle affiche un coefficient Gini de 0,394. Plus l’indice est proche de zéro, plus les inégalités sont réduites. L’héritage qu’a reçu Chavez des gouvernements conservateurs était bien pire. L’indice était alors de 0,487.

L’augmentation du salaire minimum a été l’un des principaux instruments pour soutenir la redistribution des richesses. Quand Chavez a remporté les élections en 1998, le salaire légal le plus bas était équivalent à 182 dollars. En septembre 2012, il approchera les 480 dollars. Ajouté à l’assistance alimentation, un droit pour tous les salariés, le montant frôlera les 480 dollars. Le salaire minimum le plus élevé d’Amérique Latine selon l’Organisation Mondiale du Travail (OIT). En deuxième position, vient l’Argentine (530 dollars). Avec 250 dollars, le Brésil n’occupe que la neuvième place.

Chavez dispose d’un autre atout important en ce qui concerne le monde du travail. Il a fait reculer significativement le chômage. Au moment de la transition, en 1999, le chômage touchait 14,4 de la population. Durant la crise politique de 2002-2003, quand l’opposition a tenté un putsch civique-militaire et a paralysé l’économie en bloquant les centres de production, presque 20 % des Vénézuéliens se sont retrouvés sans emploi. Malgré la crise mondiale, la taux de chômage se situe à 7,5 % aujourd’hui. Par ailleurs 56 % des contrats de travail sont déclarés, légaux. Contre 49 % en 1998.

L’augmentation des revenus et la création d’emplois explique la dévotion que vouent les plus pauvres à Chavez. Mais pour bien comprendre les raisons économiques et sociales de cette dévotion, il faut prendre en compte la croissance débridée des investissements dans les programmes sociaux. Lors des douze ans qui ont précédé son gouvernement, 73,5 milliards de dollars avait été consacrés au social. Entre 1999 et 2011, ce chiffre a bondi à 468,6 milliards.

Adoration

Il n’est pas rare d’observer à Caracas des drapeaux et des affiches avec le visage du ”Comandante” sous fond rouge, la couleur qui caractérise Hugo Chavez. Dans le centre de la capitale, de nombreuses boutiques vendent des pin’s, des t-shirts, des mugs. Il y a même de poupées en plastique à l’image du président qui répète ses discours et des chansons que Chavez entonne.

Les provocations contre « les immondes », comme Chavez appelle ses adversaires de l’opposition, sont commémorées et reproduites par ses disciples. Exemple de ceci en juin. Henrique Capriles du parti de l’opposition MUD (Table pour l’Unité Démocratique) et candidat aux élections présidentielles, organise une marche dans les rues de La Guaira, dans l’état de Vargas. En arrivant chez une habitante, la femme le reçoit avec la photo portrait de Chavez entre les mains. « Ici nous sommes tous des rouges et petits rouges », lance la chaviste devant les caméras, abandonnant le prétendant « bleu » dans une situation inconfortable.

L’histoire d’Alex

À une dizaine de kilomètres, dans une pièce, au troisième étage de la Fondation Centre d’Études Latino-américaines Romulo Gallegos (Celarg), Alex Valbuena, enseignant de 54 ans, donne un cours sur « Doña Barbara », célèbre roman de l’ancien président vénézuélien Gallegos. Publiée en 1929, l’histoire oppose la civilisation et la rudesse de la campagne. Elle met en scène des personnages victimes de leur destin mais qui continuent d’être forts et courageux. « Cette histoire parle du Venezuela », résume le professeur.

Alex Valbuena explique pourquoi il a décidé d’étudier cette œuvre en profondeur, il y a huit ans. À l’époque, il venait d’apprendre à lire et écrire. Il travaillait comme vigile dans l’immeuble où Romulo Gallegos a vécu, dans le quartier de Altamira – l’un des plus nobles de la capitale vénézuélienne. « J’ai découvert un nouveau monde quand j’ai réussi à comprendre ce texte », dit-il. « Sans les Missions d’alphabétisation, je ferais encore probablement mes rondes nocturnes ».

Les Missions sociales ont commencé en 2003 et sont des piliers du gouvernement Chavez. Les programmes dont parle Alex Valbuena, et leur efficacité ont été salués par des organismes internationaux. Depuis 2006, le Venezuela est un ”territoire libéré de l’analphabétisme”. Le pays comptait, en 2003, 1,6 millions d’analphabètes qui ont tous appris à lire et à écrire en deux ans. Selon le gouvernement, des premières personnes alphabétisées lors de la Mission Ronbinson, 65 % d’entre elles ont poursuivi leurs études grâce à la Mission Robinson II.

Alex Valbuena attribue la responsabilité de ce changement à Chavez. Comme le professeur, des millions d’autres Vénézuéliens qui se sont éveillés au long des 14 ans d’administration chaviste votent pour la continuité du projet. « Il m’a donné l’essentiel, ce qu’aucun autre gouvernement n’avait tenté de me donner. Pourquoi je voterais pour quelqu’un d’autre ? », demande l’enseignant qui poursuit ses études en maîtrise de Lettres.

6. Les missions réorganisent les services publics et luttent contre la pauvreté.

La voiture s’éloigne du centre de Caracas par l’autoroute qui mène à la ville de La Guaira. Il suffit de quelque minutes et le paysage se transforme. Plus tôt, les immeubles et les panneaux publicitaires occupaient tout l’espace. Maintenant à Catia, dans la banlieue de la capitale, c’est l’agglomérat de constructions simples qui attire l’attention. Dans cette mer de maisons en briques empilées les unes sur les autres, se détache un immeuble rouge et blanc flambant neuf. « J’ai déménagé il y a seulement 15 jours », raconte Suyin Morales en ouvrant la porte de l’ascenseur.

« Soyez les bienvenus au A4-03 », dit-elle avec le sourire en entrant dans son appartement, l’un des quarante de ce lotissement érigé avec l’argent de Gran Misión Vivienda. Lancé en 2011, ce programme du gouvernement vise à multiplier l’offre de logements. C’est un trois pièces de 70 m². Un salon, deux chambres, une cuisine américaine et une salle de bain. « Les autorités ont livrés tous les meubles », affirme Suyin, qui vivait dans la rue avant d’emménager ici. « J’ai tout perdu lors d’une inondation, même ma maison. Je me suis retrouvée dans un abri avec mon mari, mes filles et mes petits-enfants. On était huit dans ce trou », se souvient-elle.

Deux longues années se sont écoulées avant de recevoir l’appel du ministère du Logement et de l’Habitat. Mais si Suyin possède aujourd’hui sa maison, les calculs du gouvernement soulignent un déficit de logement dans le pays. Il manque plus de 2,7 millions de résidences, 3 742 226 foyers sont en attente d’un logement – 73,6 % ont besoin de nouvelles maisons. « C’est la première fois qu’un gouvernement donne des maisons aux gens gratuitement. Avant on n’aidait pas les plus pauvres », souligne Suyin.

Selon les estimations du gouvernement, de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) et d’autres organisations internationales, le nombre de pauvres est passé de 36 % à 66 % de la population entre 1984 et 1995. L’extrême pauvreté a triplée : de 11 % de la population à 36 %. Par ailleurs, entre 1981 et 1997, la participation des pauvres à la richesse du pays a reculé de 19,1 % à 14,7 %. Au même moment, celle des riches augmentait de 21,8 % à 32,8 %.

En 1998, 70 % de la population n’avait pas accès au service de santé ou n’était couvert par aucun système de mutuelle. La majorité des adolescents et des jeunes avait déserté l’école. C’est dans ce scénario et dans un contexte de profonde crise sociale, que les Missions ont été crées.

Mariana Bruce est professeur d’Histoire à l’Université Fédérale Fluminense (UFF), au Brésil. Dans sa thèse sur les Missions, elle explique que ces programmes se structurent « dans le souci d’allier les réformes sociales à l’encouragement des classes populaires à agir de manière organisée ». Selon elle, il s’agit « plus qu’un programme d’assistance, il a été pensé comme l’un des principaux instruments à l’origine de la construction d’un nouveau modèle social et économique ».

Financées avec les pétrodollars, les Missions ont surgi alors que se jouait un conflit politique acéré. Le gouvernement était encore sous le choc du coup d’État d’avril 2002 et de la paralysie du pays fomentée par les patrons en décembre 2002. Les transformations sociales de grande envergure se faisaient attendre et les Vénézuéliens étaient mécontents. Dans le but de refonder et consolider sa base politique et électorale, le président Hugo Chavez a misé sur les Missions.

Lors d’un entretien avec Fidel Castro, le leader vénézuélien lui a demandé de soutenir son plan. « Je lui ai dit : « Écoute, j’ai une idée, il faut attaquer avec toutes les forces » », a rapporté Chavez en novembre 2004. « Il m’a répondu : « Si il y a une chose dont je suis sûr, c’est que tu peux compter sur mon soutien ». Alors, des médecins ont commencé à arriver par centaines, un pont aérien a été lancé, il y avait des avions dans tous les sens ».

Les Missions

La Mission Barrio Adentro, dont l’élaboration est mentionnée dans l’entretien entre Chavez et Fidel, a initié l’ère des Missions au Venezuela. Mais la coopération entre les deux pays et la réelle origine de la Mission Santé remontent à 1999. Cette année là, des volontaires cubains se sont rendus au Venezuela lors d’un voyage humanitaire, après une catastrophe naturelle qui avait touché dix états. C’est la première Mission.

Au début, des familles vénézuéliennes hébergeaient les médecins cubains. Le projet se développant, le gouvernement leur a construit des petites maisons de deux étages dans les villes du Venezuela qui avaient le plus besoin d’aide. Les Cubains y dispensaient des soins basiques, des examens de santé, organisaient campagnes de vaccination. L’objectif était de prévenir la propagation des infirmités et de désengorger les couloirs des hôpitaux.

Au 17 avril 2012, la Mission Barrio Adentro a fêté ses neuf ans d’existence. Le gouvernement revendique 500 000 consultations médicales gratuites. Plus de 8 000 médecins vénézuéliens ont été formés dans l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV) grâce à l’expansion du projet.

Les Missions ont obtenu des résultats significatifs aussi dans le domaine de l’éducation. L’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a déclaré en 2006 que le Venezuela avait éradiqué l’analphabétisme, trois ans après le lancement de la Mission Robinson. Ce programme a appris à 1,6 millions de Vénézuéliens à lire et écrire. Cette Mission a aussi compté sur le soutien cubain qui a envoyé des professeurs, des technologies et une méthode d’alphabétisation, la « Yo si, puedo ».

La Mission Robinson a été suivie par la Mission Robinson II. Son objectif : permettre aux Vénézuéliens de poursuivre leurs études jusqu’au collège. En 2003, la Mission Ribas est lancée à son tour. Elle se consacre aux collégiens et lycéens. Enfin, la Mission Sucre boucle le cycle scolaire. Elle offre l’accès aux études universitaires et fonde l’UBV.

Les Missions Plus grand amour et Enfants du Venezuela sont plus récentes. La première cible les personnes âgées. La seconde porte sur la redistribution de revenus à des adolescentes enceintes, à des mineurs en situation de pauvreté et à des personnes de tout âge souffrant de handicaps. Le gouvernement pense ainsi aider 1 500 543 Vénézuéliens qui n’ont jamais pu cotiser pour leur retraite auprès de l’Institut Vénézuélien de la Prévoyance Sociale (IVSS selon le sigle en espagnol). Toujours selon le gouvernement, 216 492 personnes âgées sont déjà bénéficiaires du projet. Ils perçoivent chaque mois un salaire minimum (environ 320 euros). Trente milles participants de la Mission Enfant du Venezuela touchent, eux, entre 80 euros et 110 euros par mois.

Critiques

Le succès des Missions est l’un des piliers de la popularité du président Hugo Chavez. Face au succès, l’opposition, qui a d’abord critiqué farouchement l’initiative, assure maintenant que ces programmes seront maintenus en cas de victoire aux élections. Tout en remettant en cause certains aspects du contrat. « Les Missions doivent être un engagement pour la transformation sociale. Elles sont devenues des instruments de la révolution chaviste, du socialisme », regrette Leopoldo Lopez, ex-maire de Chacao et membre du parti Volonté Populaire. « On doit gouverner pour tous les Vénézuéliens, pour les riches aussi, et pas seulement pour certains segments de la population. »

Le chœur de l’opposition est renforcé par la voix de certains spécialistes. Selon Yolanda D’Elia et Luis Francisco Cabezas, chercheurs vénézuéliens à l’Institut Latino-americain de Recherches Sociales, « les Missions ne sont plus un dispositif pour affronter les épreuves politiques et économiques. Elles sont devenues un mécanisme de contrôle politique et social au service de la propagation de la révolution ». Ils pensent que ce changement s’est transformé en obstacle pour l’approfondissement et l’institutionnalisation des Missions. Ce qui se reflète dans leur qualité et leur quantité.

Les problèmes que pointe l’opposition, le gouvernement les analyse comme des percées. « Les Missions ont permis de rompre avec le mécanisme d’un État bureaucratique, vertical et éloigné du peuple », affirme  Aristobulo Istúriz, vice-président de l’Assemblée Nationale et du PSUV. « Il ne s’agit pas seulement de mettre en œuvre des politiques sociales, mais aussi d’aider les gens à se prendre en main, à s’organiser seul afin de transformer leurs communautés en espaces de pouvoir et de participation. »

7. Master, le rapper qui chante la révolution bolivarienne

Le pays est à terre, un coup d’état est en marche / Des entreprises attaquent médiatiquement / Un nouveau président surgit sans suffrage / Elles font tomber un commandant mais elles ne taisent pas le “quartier”

En écoutant les paroles de “Patriotas”, écrites par le rapper vénézuélien Master et trois autres membres du collectif Area 23, difficile d’imaginer que l’élection du président Hugo Chavez en décembre 1998 n’ait fait ni chaud ni froid à cet enfant du 23 de Enero, l’un des quartiers les plus pauvres mais aussi des plus politisés de Caracas. « Quand il est arrivé au pouvoir, ça ne m’a pas intéressé », avoue Master, de son vrai nom Jorney Madriz. « Contrairement à 2002 quand il a été victime du coup d’état ».

« Avant Chavez, la jeunesse vénézuélienne vivait dans une forme d’apathie politique », souligne le rapper. « Avec l’arrivée du président, cette énorme couche de la population s’est réveillée. Maintenant il est presque impossible de ne pas adopter une posture politique ». Master est l’un de ses jeunes qui a vécu le Venezuela turbulent de ce début de siècle. À partir de ce moment crucial, son histoire personnelle et celle du pays se sont mêlées.

La révolte dans les “quartiers” a dominé ton audace/ Qu’est-ce qu’il s’est passé Venezuela, ils ont tué ta vocation ? / Ils ont détruit notre lutte et mis à terre la révolution ?

Tout comme la résistance populaire au coup d’état contre Chavez en avril 2002, le début de Master dans l’univers des rimes a été spontané. « J’ai du mal à dire quand j’ai commencé. Il n’y a pas eu de raison politique ou de conscience », explique l’artiste à la voix rythmée et suave. Il raconte qu’il s’est longtemps cherché avant de trouver son style. « Vous suivez la tendance que vous venez de découvrir, le rap commercial nord-américain. Ou vous allez à contre courant. J’avais seulement 12 ans. », se souvient-il, à l’âge de 28 ans aujourd’hui, portant de la tête au pied l’uniforme hip-hop, pantalon et chemise larges et bonnet.

L’apparition de la politique dans ses compositions s’est faite encore plus naturellement. Dans le 23 de Enero, la politisation n’a pas attendu l’arrivée du “comandante”, c’est ainsi que Master se réfère au président vénézuélien. Le rapper a vécu dans l’une des cités du quartier construites durant le gouvernement du général Marcos Pérez Jiménez (1952-1958). En hommage à la date de la chute du dictateur, il a été rebaptisé “el 23”, comme les habitants appellent ce coin de Caracas qui est un traditionnel bastion populaire. Le quartier est devenu une légende quand en 2002, des foules entières en sont sorties pour occuper les rues de la capitale et exiger le retour du président Chavez, enlevé par les militaires putschistes.

Dans la nuit des militaires préparent des embuscades / Se mettre à jour au procès sera une entreprise qui coûtera cher / Programmation spéciale pour que personne ne prenne conscience / Que le peuple est dans la rue et qu’il va le sauver

On ne tolère pas un enlèvement, les voix s’unissent / Le brave se défend depuis un fort à Tiuna / Les parachutistes libérateurs ne se sont pas laissé capturer/ Ont marché, attaqué, libéré notre ciel

Le coup d’état civique et militaire, encouragé par la presse et soutenu par le gouvernement des États-Unis n’a duré que quelques heures. Chavez, qui a été capturé dans la nuit du 11, a été de retour au Palais de Miraflores grâce à la Brigade Parachutiste, 48 heures plus tard. « C’est ces jours-ci que j’ai connu le vrai visage de l’opposition. Ça m’a motivé à écrire », raconte le rapper, qui vivait à l’époque à Carabobo, un état du nord.

Maintenant avec tant de voix que le monde entier écoute / Le Venezuela ne craint plus la force d’un empire / Non, il ne le craint plus

« Nous croyons en Chavez, parce que nous voyons en lui un allié stratégique qui ouvre des brèches dans l’État pour que les gens comme nous puissent s’exprimer », défend Master. C’est seulement en 2005 que le ministère de la Culture a été créé – auparavant le secteur était géré par un institut autonome. La Mission Culture, lancée la même année, se consacre à la promotion de la culture d’origine vénézuélienne, la formation de groupes culturels et d’artistes.

« Nous sommes un outil qui peut être utilisé de plusieurs façons. La révolution est notre moyen d’expression », souligne Master, alors que la nuit tombe sur la bruyante place Bolivar, à Caracas. A quelques mètres de là, le Théâtre Municipal se remplit déjà. Des Vénézuéliens de tous âges sont venus pour voir la représentation unique de différents groupes de rap. Sur scène, un monsieur de 70 ans environ bouge une main au rythme de de la percussion alors que dans l’autre il tient une mini télévision. Chavez annonce un nouveau plan contre l’insécurité.

En plus de faire du rap, Master est aussi producteur audiovisuel sur la chaîne de télévision  Ávila TV, créée il y a huit ans par le gouvernement du District Metropolitain de Caracas. À l’origine, il s’agissait d’une école audiovisuelle. « L’idée était de prendre une caméra, un microphone, un ordinateur, ces choses qui ont toujours été entre les mains d’autres au Venezuela et aller dans la rue. Ça a été tellement significatif que nous avons fait de la chaîne un instrument de lutte », affirme-t-il. Peu de temps après, sous la tutelle du ministère du Pouvoir Populaire pour les Communes et la Protection Sociale, furent ouvertes 31 Epatus (École pour les Arts et Traditions Urbaines) où les citoyens de tous âges peuvent découvrir la culture hip-hop.

FIgure du monde de la culture et de la politique, Master retrousse ses manches en vue de la campagne présidentielle. « Pour nous, c’est stratégique que le comandante reste là où il est », déclare-t-il, catégorique. « Parfois je pense que ce serait bien d’avoir d’autres options de pouvoir. Mais ce n’est pas le moment. Maintenant, il faut aller chercher les milliers de Chavez dans les rues qui sont encore en devenir».

8. Sous Chavez, le nombre de chaînes de télé et la compétition augmentent

Quand on allume son téléviseur au Venezuela, il y a toujours au moins deux versions antagoniques des faits. La chaîne Globovision, parmi les groupes privés de communication, a l’habitude de critiquer tout ce que fait le président Hugo Chavez. Les termes employés sont radicaux et elle ne relaie que la version des opposants. Elle ne se donne généralement pas la peine d’en écouter d’autres. De l’autre côté, son pendant est la chaîne d’État VTV, la principale du système public. Un peu plus mesurée que sa concurrente, sa grille de programmes est dominée par la diffusion d’initiatives et d’opinions du gouvernement.

Ce climat partidaire ne prédomine pas seulement dans les médias audiovisuels. Il touche presque tous les moyens de communication, traditionnels ou électroniques. La radicalisation du débat politique a visiblement conduit à une prédominance des éditoriaux et des analyses sur l’information. Le lecteur ou téléspectateur adhère à un journal ou à une chaîne de télé en fonction des mêmes critères qu’il choisit le parti pour lequel il va voter. C’est-à-dire par la proximité politico-idéologique. Les uns sont rouges. Les autres bleus. Celui qui hésite, zappe.

Malgré la forte polarisation, on observe pas de monopolisation des médias par le gouvernement ou les hommes d’affaires. Au contraire. Le nombre de chaînes, par exemple, a augmenté. Selon les chiffres de la Commission National des Télécommunications (Conatel), il existait en 1998, 40 concessions. Leur nombre est passé à 150 en 2012, 75 non-payantes et 75 payantes. Parmi les chaînes non-payantes, seulement quatre ont une transmission nationale. Les autres sont régionales de caractère privé, public ou communautaire.

Dans la sphère des radios, le total est passé de 338 concessions en 1998, à 473 radios privées et 244 radios communautaires en 2011. C’est avec ces chiffres que le gouvernement Chavez répond aux fréquentes critiques sur les prétendues atteintes aux libertés de la presse signées par des organisations de défense des droits de l’homme ou le gouvernement des États-Unis.

Le cas RCTV

Sur ce terrain, l’épisode le plus tendu auquel a fait face le gouvernement, fut quand la concession de la chaîne Radio Caracas de Télévision (RCTV), la plus ancienne télé hertzienne, n’a pas été renouvelée en 2007. Elle ne pouvait plus opérer que sur le câble. Les opposants ont perçu cette décision comme une punition de la chaîne, qui avait soutenu le putsch contre Chavez en 2002.

Le gouvernement nie cette thèse. « La liberté de la presse est totale et sans limite, d’ailleurs grâce à cette liberté, les médias privés fomentent des campagnes de déstabilisation du gouvernement », affirme Andrés Izarra, ministre de la Communication et de l’Information, en rappelant le rôle des groupes de communication lors de l’insurrection civico-militaire qui a évincé le président du pouvoir durant 48 heures. « Aucune chaîne n’a été punie pour ce comportement. Cependant le gouvernement n’a pas l’obligation de renouveler la concession publique d’une chaîne, qui en plus de ne pas avoir ses documents en règle, a cessé de s’acquitter de sa fonction sociale établie par la Constitution et la loi. Le Venezuela a fait ce que d’autres pays font face à des cas similaires. Quand la concession arrive à son terme, un autre prestataire assume sa place sur les ondes ».

Jesse Chacon, actuellement directeur de l’institut d’enquête GIS XXI, a été à la tête du ministère de la Communication quand le gouvernement a décidé de refuser ce renouvellement. « Il s’agit de l’unique entreprise de télévision dont nous n’avons pas renouvelé la concession. Nous avons estimé qu’il était préférable d’utiliser ce spectre à d’autres fins », dit-il. « À la même époque, expiraient les concessions de Televen et Venevision, des chaînes privées et liées aussi à l’opposition. Elles ont été prolongées ». La discussion sur le prix que devra payer l’État pour l’usage des transmetteurs de la RCTV sont actuellement en cours. Le signal est désormais utilisé par Teves, chaîne publique dédiée à la culture et aux sports.

L’ex-ministre analyse cette situation comme étant le produit du développement de la télévision en Amérique Latine. Elle a suivi le modèle nord-américain plutôt que l’européen. « Aux États-Unis, la communication est un négoce qui répond à la logique des intérêts commerciaux. La majorité des pays latino-américains ont suivi ce paradigme », souligne-t-il. « Les Européens ont abordé l’information comme un service public. Et les chaînes, du moins jusqu’à récemment, ne pouvaient être accaparées par des groupes privés.

Selon Chacon, du fait de ce modèle, les entreprises de communication, qui dépendent des concessions publiques, se sont transformées en protagonistes privés de la politique. « Dans le Venezuela pré-Chavez, si un homme voulait devenir président du pays il devait se mettre d’accord avec le groupe Cisneros (propriétaire de Venevision) ou avec la RCTV », note-t-il en mentionnant les deux principales télévisions de l’époque.

Démocratisation

Quatre-vingt pour-cents du spectre de la télévision hertzienne est exploitée, selon le ministère de la Communication, par des entreprises privées. « Dans le domaine de la radio, les réseaux privés sont hégémoniques, l’État n’a qu’une station de diffusion nationale et trois stations dans des villes régionales », énumère le ministre Andrés Azarra. Pour concurrencer cette hégémonie, le gouvernement Chavez a ajouté une proposition de démocratisation des communications qui a été approuvée par l’Assemblée Constituante de 1999.

Une série de lois a réglementé la question. Il y  en a deux principales : l’une de 2002, a formalisé le fonctionnement des radios et télévisions communautaires. L’autre, c’est la Loi de Responsabilité Sociale en Radio et Télévision, approuvée en 2004 par l’Assemblée Nationale et réformée en février 2011. La première a édifié un cadre réglementaire qui a permis l’expansion de radios locales qui peuvent être crées par les conseils communaux, les mouvements sociaux et autres entités associatives. Ces canaux qui ont une étendue d’ondes limitées, forment un réseau disséminé et diffusent des programmes culturels, des débats politiques et des petites annonces.

La Loi de Responsabilité Sociale en Radio et Télévision (aussi appelé Loi Resorte) oblige les chaînes de télévision à diffuser un quota minimum de 50 % de productions nationales en ce qui concerne les séries et telenovelas. Elle a établi une signalétique par tranche d’âge et elle est autorisé à appliquer des amendes et des pénalités en cas d’excès de scènes de violence. Elle a aussi mis en place le Fond de Responsabilité Sociale qui subventionne l’acquisition d’équipements en faveur des radios communautaires. Leur offrant ainsi les conditions de briguer l’audience dans leurs quartiers face aux grands groupes.

Bien qu’aucun mécanisme de censure ni limitation des contenus des journaux télévisés ne soient prévus dans cette législation, l’opposition critiquent les réglementations établies par le gouvernement. Ce serait des obstacles à la liberté de la presse. La réponse de l’autre camp est acerbe. « La liberté de la presse est une chose, le libertinage une autre », affirme Jesse Chacon. « Le gouvernement n’a adopté et ne pense pas adopter des mesures qui pourraient écorcher la liberté d’expression. Mais les médias privés assurent aussi un service public et doivent être contrôlés pour garantir que tous les secteurs puissent recevoir et diffuser des informations. Ce qui vaut pour les groupes privés, l’État et les communautés. L’ère du monopole des médias privés est terminée ».

Traduction: Jérôme da Silva 

Source : http://operamundi.uol.com.br/

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