(Photos :) « Lire le monde avant de lire l’image »

Du 10 au 20 août 2012 les  rues de  Caño Amarillo, quartier populaire de Caracas qui entoure la télévision participative Catia Tve, ont accueilli un atelier de formation de formateurs en télévision communautaire réalisé avec l’appui de la Commission Nationale de Télécommunications (CONATEL) et de la télévision publique Vive TV. Cet atelier donné par l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, TV et Théâtre a réuni des compagnons venus des télévisions communautaires Tarma TV (État de Vargas), Canal Z (État du Zulia), Selva TV (État d’Amazonas), Bolívar TV (État de Yaracuy), Catia Tve (Caracas) ainsi que des membres du Réseau Afrodescendant et d’Alba TV.

“Nous ne pouvons initier une bataille si nous ne pouvons la maintenir dans le temps” : par ces mots de conclusion aux participant(e)s au terme de l’atelier, Jesús Suarez, président de Catia Tve, a rappelé que la finalité est de construire un réseau de communicateurs populaires qui opèrent depuis la population elle-même pour générer une information contradictoire, diversifiée, critique, qui permette la responsabilisation collective. Le dernier jour, l’évaluation des courts-métrages par des membres d’un conseil communal a montré par exemple l’existence de tensions entre ces porte-paroles et les travailleurs recrutés pour construire des immeubles  de la Gran Mision Vivienda (macro-projet gouvernemental lancé en 2011 pour construire des milliers de logements accessibles à la majorité de la population). On voit bien que ce genre de débat interne peut être traité par un média populaire organisé par les habitants puisqu’ils vivent et connaissent ces problèmes mais qu’il serait difficilement traitable par des journalistes externes « couvrant l’info sur » ces habitants. C’est là toute la difficulté : construire un média révolutionnaire et généraliser la démocratie participative alors que  l’université continue à propager le schéma dominant de la production de l’information ou que la culture politique reste marquée par certains traits autoritaires de la démocratie représentative. D’où la double tâche de la révolution bolivarienne, qui est de renouveler le modèle de la communication dominante dans l’enseignement supérieur comme dans les politiques publiques de communication. Les télévisions populaires du Venezuela constituent une école unique pour avancer dans cette direction.

Exercice de formation par les participants : explication de l’effet Kouleshov.

Cet atelier, outre l’axe de la production audio-visuelle, a abordé la formation de formateurs. Les participants ont eu la possibilité de faire leurs premier pas en tant que formateurs (photo). Si nous comprenons que “plus que communication populaire ce que nous faisons est de l’éducation populaire” comme le dit Jesús Suarez, il nous faut tirer les conclusions des concepts élaborés par Paulo Freire.

Le journalisme dominant – contraint par la logique du secteur privé d’utiliser l’Autre comme matière première – finit par se “déshumaniser”. Or tout être humain a vocation à “être plus” en tant qu’être inachevé, toujours en puissance de croître au delà de ses dimensions actuelles qu’elles soient individuelles ou collectives. D’où le devoir du communicateur populaire de s’insérer historiquement, de s’engager, d’intervenir dans le processus de construction de la démocratie participative. Un programme de télévision communautaire ne saurait être un reflet descriptif du réel, pas plus que la « vente d’un message au consommateur-téléspectateur ». Partant de la réalité, le programme est une occasion de la problématiser pour qu’elle revienne à la population nourrie d’un degré majeur d’analyse, de nouveaux points de vue, de nouvelles contradictions et ainsi rende possible la prise de nouvelles décisions.

La télévision communautaire n’est pas seulement un dialogue nécessaire « du peuple avec lui-même » (Sartre) mais un mouvement ascendant de prise de conscience. Pour le communicateur social « organique », le fait d’être lui-même un des habitants implique de s’autoformer de manière permanente et intégrale, de se forger un « troisième oeil sociopolitique » d’ historien, de sociologue, d’économiste, de philosophe, d’enquêteur socio-culturel pour pouvoir, avec le peuple, « lire le monde avant de lire l’image ».

Texte et photos : T.D.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/11/photos-lire-le-monde-avant-de-lire-limage/


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