Le « Guardian » contre la croyance dominante sur le Venezuela, par Alex Main.

Alex Main, spécialiste en politique internationale au CEPR (Washington).

Au début du mois mon collègue Dan Beeton a noté que les grands médias, après avoir érronnément prédit un scrutin serré lors des élections présidentielles vénézuéliennes, s’étaient vite rabattus sur leurs coutumières prédictions “catastrophistes” au sujet de l’avenir économique du Venezuela.  S’y sont ajoutés récemment de nombreuses opinions et de nouveaux articles faisant écho au discours de l’opposition vénézuélienne pour qui la décision de reporter  la prise de fonctions formelle du président élu pouvait être remise en cause légalement. Le 8 janvier, un éditorial du Chicago Tribune résumait parfaitement la croyance dominante : “Le Venezuela après Chavez sera probablement rempli de troubles politiques et de difficultés économiques. »

Alors qu’il semblait que l’actuelle vulgate sur le Venezuela s’était irréversiblement répandue et renforcée dans les grands médias, le quotidien britannique « The Guardian » a publié le 14 janvier 2013 un éditorial intitulé  “Le Venezuela déjoue les pronostics, une fois de plus.”  L’article s’en prend dans le détail aux lieux communs qui font le gros de la couverture médiatique du Venezuela.

Le report de la prise de fonctions de Chávez “n’est pas un coup d’État”, déclare le Guardian. En réalité, “la constitution permet à un président réélu de prêter serment devant le Tribunal Suprême de Justice, et ce report vient d’être approuvé par le tribunal lui-même.”

Il est intéressant de noter que le chef de l’Organisation des États Américains José Miguel Insulza, ainsi que le gouvernement brésilien parmi beaucoup d’autres gouvernements de la région, ont fait état publiquement de leur appui à cette normalité institutionnelle que nous avons explorée en détail la semaine dernière.  Peu de médias états-uniens ont fait état de la reconnaissance internationale de la décision de reporter le serment de Chávez, préférant se focaliser sur des membres de l’opposition vénézuélienne, dont certains manquent de cohérence.  Ainsi, le leader de l’opposition  Henrique Capriles a appelé le Tribunal Suprême à statuer sur la constitutionnalité du report pour ensuite… rejeter la sentence du tribunal lorsque celui-ci a confirmé son caractère constitutionnel.

L’éditorial du Guardian remarque également que les fréquentes prédictions selon lesquelles les rivaux au sein de la coalition pro-gouvernementale « ne tarderaient pas à s’affronter ne se sont pas matérialisées” et que :

les avertissements terribles à propos de la mauvaise gestion économique, avec explosion de l’inflation, infrastructure en ruines et problèmes de change monétaire, doivent être également examinés avec soin.  Après tout l’économie vénézuélienne connaît la croissance depuis neuf trimestres successifs, a vu le poids de sa dette s’alléger relativement, et la baisse de l’inflation indique que le gouvernement est capable de contrôler l’inflation tout en maintenant la croissance. Oh, et le Venezuela est assis sur les plus grandes réserves mondiales de pétrole.

L’éditorial fournit le lien du rapport de septembre 2012 du CEPR consacré à l’économie vénézuélienne (1) et qui montre que les données économiques ne corroborent pas les scénarios négatifs repris par les médias qui couvrent le Venezuela.  En réalité, comme l’explique ce rapport, même dans l’éventualité peu probable d’une chute des prix du pétrole, il est très peu plausible que le Venezuela doive affronter de graves restrictions dans la balance des paiements.  A ce jour l’analyse de ce rapport et ses conclusions n’ont pas été remises en cause, même si les « experts » sur le Venezuela continuent à affirmer que l’économie de ce pays est sur le point de s’écrouler et qu’un réajustement fiscal de grande ampleur est inévitable.  Bien que le leadership vénézuélien ferait bien de s’intéresser à certains problèmes du régime de contrôle des changes dans le pays, il n’existe aucune raison majeure pour effectuer des coupes drastiques dans les investissements publics, malgré les arguments de tant d’experts et journalistes qui écrivent sur le Venezuela.

Notons que c’est probablement la première fois en une décennie au moins que les éditorialistes d’un grand quotidien occidental remettent en cause la « croyance commune » sur le Venezuela.  Espérons que ce ne soit pas la dernière.

Alex Main

Notes:

(1) Lire « La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?« ,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/28/la-recuperation-economique-du-venezuela-est-elle-durable-le-rapport-du-cepr-washington/

L’auteur : Diplômé d’Histoire et de Science Politique de la Sorbonne, Mr. Main est spécialiste de la politique étrangère des États-Unis en Amérique Latine et dans les Caraïbes. Il participe fréquemment à des débats publics ou dans les médias aux États-Unis.  Ses analyses ont été publiées dans des publications telles que Foreign PolicyNACLA et le Monde diplomatique.  Avant de rejoindre l’équipe du CEPR, Main a vécu près de six années en Amérique Latine où il a travaillé comme analyste en relations internationales.

Original (anglais) : http://www.cepr.net/index.php/blogs/the-americas-blog/the-guardian-vs-the-conventional-wisdom-on-venezuela

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/20/le-guardian-contre-la-croyance-dominante-sur-le-venezuela-par-alex-main/

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