Daniel Viglietti: “Les processus révolutionnaires comme celui du Venezuela jettent une lumière sur l’invisible”

Auteur de classiques latino-américains comme « A desalambrar » (chantée par Victor Jara, Mercedes Sosa ou Joan Manuel Serrat), « Canción para mi América » ou « El Chueco Maciel », ami et complice de scène du poète Mario Benedetti, le célèbre chanteur-compositeur uruguayen Daniel Viglietti est à Caracas pour appuyer la campagne bolivarienne et la poursuite de l’intégration latino-américaine.

Vidéo : Viglietti chante « A desalambrar »  à Managua en 1983, en pleine révolution sandiniste, lors du légendaire « Concert pour la paix”.

Les propos qui suivent ont été recueillis à Caracas le 11 avril 2013 par les journalistes brésiliens Leonardo Wexell Severo et Vanessa Silva, de ComunicaSul, Blog de journalisme coopératif.

viglietti CCS

Daniel Viglietti : «J’ai toujours senti que j’avais deux patries. La première, de naissance, est l’Uruguay. L’autre, c’est la patrie latino-américaine que j’aime appeler «notre-américaine». J’ai inventé ce mot à partir de l’expression de José Martí (qui opposait notre Amérique, à l’autre, celle de l’empire du nord). J’ai remarqué que nos frontières sont artificielles au-delà de la langue et de la culture qui ont leur poids dans les différentes régions mais ces frontières, ces douanes, ces bureaux d’immigration sont des inventions faites pour nous diviser. Quand j’entre au Brésil, au Venezuela, à Cuba ou dans de tant de pays progressistes, je sens qu’il est irréel d’user d’un passeport. La chanson n’a pas besoin de demander un visa pour aller où elle veut. La musique entre naturellement et, quand c’est nécessaire, on la traduit, comme je l’ai fait pour quelques chansons de mon ami Chico Buarque. Le mouvement de la musique, de la culture, est totalement libre. Je me sens de plus en plus « notre-américain » même si ma naissance, ma nationalité me font « uruguayen ».

« Il y a un processus de transformation, avec une tendance révolutionnaire au Venezuela, dont la lumière éclaire l’invisible sous de nombreux aspects. Celui des peuples indigènes, de la classe ouvrière, du peuple qu’on appelait «marginal» alors que cette soi-disant « marge » n’était que la conséquence du système. La culture invisible est l’une des lumières que ce processus est en train d’identifier, avec l’expression de chanteurs, de groupes, de collectifs … Le Venezuela nous a donné la génération d’Ali Primera, de Cecilia Todd, de Lilia Vera, et les jeunes surgissent pour assurer la continuité. Cela montre comment la culture peut se renouveler et combien il est bon que la culture – pas nécessairement « pamphlétaire » ni supra-gouvernementale mais créatrice, à la recherche de langages – soit mise en lumière par ces processus. Elle offre un contrepoint à la conception réactionnaire fondée sur des valeurs qui sèment l’obscurité.

« TeleSUR, qui est un canal « notre-américain », grâce auquel les gens peuvent s’informer sur ce qui se passe dans le continent, devrait être vu librement dans nos pays. Dans le cas de Montevideo, capitale de l’Uruguay, on ne peut voir TeleSUR qu’en louant un câble argentin. Il y a des mesures à prendre. Ceci est un exemple clair de ce qu’il est possible de faire en termes de communication.

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Daniel Viglietti chante « La terre pour qui la travaille » pour les travailleurs de la canne à sucre de Bella Unión, Uruguay 2006.

« Je suis heureux de travailler avec la Radio Nationale du Venezuela dans le cadre du programme « Tympan » qui est produit aussi en Uruguay, en Argentine, Peut-être même un jour nous au Brésil ! (rires). Je suis heureux d’être ici avec le Mouvement des Paysans sans Terre, parce que je sais ce que leur lutte signifie dans un pays-continent comme le Brésil, la lutte pour plus de justice, pour la répartition des terres. Je suis content de vivre ces retrouvailles.

« Je viens de l’Uruguay où nous avons rendu hommage à Chavez dans une petite ville appelée Bolivar. Notre président « Pepe » Mujica était présent. J’ai écrit la chanson intitulée « bolivarienne ». Je l’ai chantée hier sur TeleSUR et je la chanterai pour l’acte de clôture de la campagne de Nicolas Maduro. Je pense que ce sera le plus grand acte auquel j’ai participé dans ma vie et je dois la chanter avec un « cuatro » (guitare à quatre cordes, traditionnelle du Venezuela). C’est un instrument d’une grande richesse, que j’utilise avec modestie mais qui donne une couleur différente à la chanson. C’est un honneur d’être ici avec tous ceux qui appuient cette élection, si limpide qu’elle a été saluée par l’ancien président américain Jimmy Carter. Face au cynisme, face aux offenses, face à la haine de ceux qui sont capables de choses terribles – et nous devons en être conscients – nous devons rester unis. Ensuite nous allons nous retrouver au milieu de la joie collective. »

L’argentin Diego Maradonna a lui aussi fait le voyage de Caracas, pour accompagner la bataille électorale des bolivariens autour de Nicolás Maduro, et pour rendre hommage à Hugo Chavez, n’ayant pu assister à ses obsèques. Une longue amitié qui lui a valu les moqueries et les attaques des médias privés argentins.

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« Hugo Chávez a changé la manière de penser des latino-américains. Nous étions soumis aux États-Unis depuis toujours, et il nous a mis dans la tête que nous pouvions marcher nous-mêmes. C’est pour cela qu’il est tellement aimé et respecté par tous ceux qui le connaissions et qui l’aimions. Nous continuons la lutte. Il n’est plus là physiquement mais avec Nicolás Maduro nous allons continuer sur la même ligne, plus personne ne nous humiliera.

« Hugo pour moi fut un ami, nous parlions de toutes sortes de thèmes. Lui, le joueur de base-ball et moi de football, mais ce qui restera pour moi c’est une grande amitié et une sagesse politique incroyable. Quand l’Amérique latine repoussa le modèle des accords de libre commerce (ALCA) que voulaient imposer les États-Unis, nous nous sommes rassemblés en 2005 à Mar del Plata (Argentine) pour dire non à l’ALCA et lancer l’ALBA (Alliance Bolivarienne des Peuples de l’Amérique), Hugo a pris la parole dans le stade et il a commencé à pleuvoir, il nous a demandé de répéter trois fois un mot pour faire cesser la pluie. Nous l’avons fait. Dix minutes plus tard, le soleil est apparu.»

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Diego Maradonna salue les supporters de Nicolas Maduro, Caracas, 11 avril 2013.

Dans un récent entretien à la revue « The Clinic », l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet (centriste), probable candidate à sa réélection, revient elle aussi sur le président bolivarien.

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“Hugo avait un profond engagement envers l’Amérique Latine et un profond engagement envers les plus pauvres. Beaucoup des politiques qu’il a mises en oeuvre en sont la claire expression, ce qui explique le grand appui dont il jouissait.

« Il fut un leader de référence pour la région. Il fut toujours un excellent compagnon et collègue. En tant que président on pouvait être d’accord ou non avec lui mais quand on avait besoin de lui pour des affaires fondamentales, dans des situations complexes, il jouait un rôle important, il a eu une participation très active dans la création de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur) et de la Communauté des États Latino-américains et des Caraïbes (Celac).

« Une Amérique Latine unie permet de mieux affronter une toute une série de défis, aujourd’hui il est complètement irréel de penser que chacun va résoudre tous ses problèmes isolément, qu’il s’agisse d’infrastructures, de technologies, etc.. L’Amérique latine a montré son sérieux, sa responsabilité, et a fait des propositions innovatrices très intéressantes. Dans les dialogues internationaux on entend dire aujourd’hui : « nous devrions apprendre de l’Amérique Latine ».

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/13/daniel-viglietti-les-processus-revolutionnaires-comme-celui-du-venezuela-jettent-une-lumiere-sur-linvisible/

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