Le Venezuela et le Mali renforcent leur coopération universitaire

« Formons un seul peuple, un seul continent, nous ne pouvons rien attendre sinon de nous-mêmes » : c’est pour continuer à faire vivre la “Lettre à l’Afrique” de Hugo Chavez  (1) que les gouvernements de Nicolas Maduro et de la République du Mali ont renforcé ce jeudi 9 mai 2013 leur coopération en matière universitaire.

Lors de sa réunion avec son homologue malien Messa Ould Mohamed Lady, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Ministre bolivarien de l’enseignement universitaire Pedro Calzadilla a rappelé que près de 400 étudiants africains ont bénéficié d’une bourse pour étudier au Venezuela, parmi lesquels vingt étudiant(e)s du Mali. “Le gouvernement bolivarien, dans sa politique de solidarité et d’amitié avec les peuples de l’Afrique, a mis en place une politique spéciale pour partager avec les étudiants et les universités africaines l’expérience que nous vivons au Venezuela. Il s’agit de pratiquer notre volonté d’ouverture, d’alliance avec ce continent qui est aussi notre mère, que Chavez nous a enseigné à comprendre et à reconnaître comme une de nos références. Calzadilla Mohammed Mali Venezuela 2013Les deux ministres ont évalué les accords passés et préparé de futures actions en commun. Le représentant officiel du Mali a notamment marqué son intérêt pour l’expérience développée par la “Mission Sucre” qui déploie l’accès à l’université à travers la “municipalisation”, la rendant ainsi plus accessible à l’ensemble de la population. Mr. Mohammed Lady a annoncé la prochaine visite au Mali d’un représentant vénézuélien pour connaître de plus près la situation de la nation africaine, signer les accords qui doivent encore l’être, offrir un séminaire sur l’expérience de la municipalisation et diagnostiquer ensemble de nouveaux domaines de coopération : “Tout ce que j’ai vu au Venezuela est plein d’exemples et de bonnes pratiques que le Mali doit s’approprier pour qu’ils contribuent au développement de notre peuple” a déclaré le Ministre malien qui s’est également réuni avec Prudencio Chacón, recteur de l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV) et Sandra Moreno, Directrice de l’École Latino-américaine de Médecine “Salvador Allende” (ELAM). (2)

En mars dernier le legs du président Chavez était déjà évoqué par l’ex-Ministre de la Culture du Mali, l’écrivaine Aminata Traoré (3). Nous publions l’entretien qu’elle a accordé au site Jeune Afrique. Rappelons que Madame Traoré vient d’être interdite de séjour par la France pour avoir dénoncé les raisons de son intervention militaire au Mali (notamment protéger le pillage de l’uranium par Areva) – et exigé le respect de la souveraineté de son pays. Traoré cite à ce sujet Wolfgang Sachs : « Toute société impérialiste voit dans l’Autre la négation de l’idéal qu’elle s’efforce, elle-même, d’atteindre. Elle cherche à le domestiquer en l’attirant dans le champ d’application de son idéal et en l’y situant au degré le plus bas. » (4).

diop

aminata traoré

Jeune Afrique : Quelle est la réaction de l’Africaine altermondialiste que vous êtes à la mort d’Hugo Chavez ?

Aminata Traoré : Plus qu’en Africaine altermondialiste, je réagis d’abord en amie. C’est un homme courageux, qui est resté proche de son peuple et que certains considèrent à tort comme un simple populiste. J’ai eu le privilège de le côtoyer, d’aller au Venezuela me rendre compte de la parfaite gestion des ressources naturelles dans un pays du Sud. Hugo Chávez a démontré qu’un autre modèle est possible : les ressources naturelles, qui sont la richesse des pays du Sud, peuvent être utilisées au profit des populations.

Nul ne peut lui contester cet aspect de son bilan, très important à mes yeux. Car, dans nos pays, c’est là que le bât blesse. Sa gestion des ressources naturelles fait de lui un modèle pour les pays africains aux ressources abondantes, pris en otages par les pays occidentaux qui se les disputent sans que les populations y trouvent leur compte.

Pourtant il était aussi très critiqué…

Il est tellement facile de parler au nom des peuples et d’agir ensuite autrement. Elles sont légion, les fausses promesses de développement qui leur sont faites, au Nord comme au Sud. Je note actuellement l’extrême difficulté des démocraties occidentales à relever certains défis. Chávez, lui, aura marqué son temps, son continent, son pays, ainsi que la plupart des citoyens du monde qui ont pu noter sur le terrain les avancées de sa politique. Je n’ai pas l’impression d’avoir eu affaire à un dirigeant politique qui sert d’abord ses intérêts et ceux des siens. Pour l’Africaine que je suis, c’est extrêmement important. Cette particularité mérite d’être soulignée au moment où il disparaît.

Iriez-vous jusqu’à dire qu’il fut une sorte de Nasser latino ?

Il était lui-même. Il a puisé dans l’histoire de l’Amérique latine l’inspiration de ce qu’il nomme « révolution bolivarienne ». C’est vrai qu’il rendait hommage aux grandes figures de l’Histoire qui avaient privilégié l’intérêt de leurs peuples, c’est-à-dire qui avaient voulu consacrer les ressources naturelles à leur bien-être. Il est clair que certaines orientations économiques peuvent desservir les intérêts de quelques-uns : on ne peut pas plaire à tout le monde. Pour son type de leadership, que personnellement je respecte, il compte parmi les grandes figures des luttes de libération de nos pays. C’est un homme de courage, de conviction. Ça peut coûter cher, mais il a assumé jusqu’au bout.

Des hommes politiques africains se réclament-ils ouvertement d’Hugo Chávez ?

Ils ne le peuvent pas. Il n’y a qu’à voir l’unanimisme qui prévaut aujourd’hui dans la lecture de la situation du Mali, où l’on réduit tout à la lutte contre le terrorisme. Or celui-ci est alimenté par la misère morale et matérielle des populations, qui n’en peuvent plus. À cause de fanatiques, de nombreux innocents sont tués, tout simplement parce que le problème est mal posé. La question fondamentale est économique. Peut-on prétendre avoir mis en œuvre dans les pays africains des politiques économiques et sociales qui profitent d’abord aux populations, notamment aux plus vulnérables ? C’est ce qu’Hugo Chávez, lui, a essayé de faire. En Afrique, les politiques économiques mises en place visent à ouvrir les portes aux investisseurs qui rapatrient systématiquement leurs profits. Je ne vois pas, dans nos régions, d’hommes d’État qui osent dénoncer ce type d’orientation. Ils n’en ont pas le courage ; ceux qui essaient sont sacrifiés.

C’est pour tenter de changer ces orientations qu’Hugo Chávez a contribué à la création de l’América del Sur – Africa (ASA) ?

Il a tendu une perche à l’Afrique. Je me souviens du passage d’ATT [l’ancien président malien Amadou Toumani Touré, NDLR] au Venezuela. À ma grande surprise, j’avais entendu le président malien affirmer qu’un autre monde était possible. La plupart des chefs d’État africains qui ont été au contact d’Hugo Chávez ont admis que son orientation était la bonne. Sauf que, dans la pratique, nos politiques ont tendance à céder au clientélisme. Par ailleurs, ils regardent encore trop peu du côté de l’Amérique latine. Ils se tournent vers l’Asie, rêvant d’émergence, mais oubliant que l’Asie qui gagne ne se laisse pas dicter des solutions. L’Afrique ne fait que ça : céder. Hugo Chávez, lui, était un résistant.

Par Clarisse Juompan-Yakam

________________________

Notes :

(1) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

(2) Source : http://www.mppeu.gob.ve/web/index.php/noticias/show/id/5321

(3) Aminata Traoré, « Hugo Chavez était un résistant », « Jeune Afrique », 7 mars 2013, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130307083907/

(4) Acceptée par une grande partie de la gauche française comme une “croisade laïque contre des terroristes islamiques”, cette guerre fait l’objet d’une forte manipulation médiatique et n’est pas étrangère à la destruction de l’État libyen (et de nombreuses vies civiles) par l’OTAN qui inclut la France. Pour Aminata Traoré, “les enjeux de l’intervention militaire en cours sont : économiques (l’uranium, donc le nucléaire et l’indépendance énergétique), sécuritaire (les menaces d’attentats terroristes contre les intérêts des multinationales notamment AREVA, les prises d’otages, le grand banditisme, notamment le narcotrafic et les ventes d’armes), géopolitique (notamment la concurrence chinoise) et migratoires.”

Lire son exposé intégral dans Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/le-naufrage-et-l-offense-le-mali-a-rendre-aux-maliens.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/10/le-venezuela-et-le-mali-renforcent-leur-cooperation-universitaire/

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