Maisons entre pluie et poussière.

1En fait, la route n’est pas asphaltée. C’est un chemin de terre. Une série de fanions la surplombe et la franchit sur toute sa largeur, reliant entre elles les maisons alignées sur chacun de ses côtés. Un chapiteau de couleur blanche se dresse. Disposées tout autour d’une grande table, une série de chaises rouges permettent aux personnes qui les occupent de s’abriter du soleil. Toutefois à ce moment de la journée, l’ombre prodiguée est bien insuffisante. Il est 10 heures du matin.

Les rues et ruelles adjacentes -de terre également- desservent quelques rares pâtés de maisons. Un terrain de foot-ball, de base-ball, mais aussi un Mercalito comunal (magasin d’État distribuant des aliments bon marché), des chaumières de terre, quelques voitures stationnant ici et là, complètent le tableau d’ensemble. Il ne faut pas oublier le point de vente du gaz domestique, et la route, encore.

A peu de distance, les champs et quelques îlots boisés se succèdent, habitat des hérons et des geais multicolores. Ensuite, le vaste horizon s’ouvre tout grand au regard. Et le hameau que l’on observe ici, se résume à bien peu de chose, comparé au llano (plaine) dans lequel il est immergé. L’immense llano.

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Les 22 habitations qui vont être inaugurées, résultent d’un travail collectif : celui de la communauté. C’est-à-dire celles et ceux qui en sont les bénéficiaires ; le conseil communal de la communauté El Cruce ; les ouvriers et artisans maçons. Ce travail collectif s’est étalé sur un peu plus d’une année. Il y a des précédents : 60 de celles-là ont d’ores et déjà vu le jour. C’était un peu plus que prévu. En effet, au lieu d’une première tranche de construction qui concernait 5 lieux de vie, 6 auront été réalisés. Puis 32, en lieu et place des 30 initialement programmées. Il en a également été ainsi en ce qui concerne les 22 maisons qui nous intéressent ici. 22 de celles-ci contre 20. Cette dernière estimation chiffrée, correspondant aux prévisions sur lesquelles on s’était appuyé dans un premier temps

Des ballons, des cœurs tricolores, mais aussi la signature d’Hugo Chavez ornent la façade des maisons. Bien à sa place, le ruban d’inauguration attend d’être coupé.

Des toits de métal rouge chapeautent les murs blancs de chacune des constructions nouvelles. Contrairement à l’intérieur de celles-ci où le silence règne, dehors, la rumeur enfle, un mouvement de foule prend peu à peu de l’ampleur. C’est bien la première fois qu’un ministre en personne s’apprête à visiter El Cruce.

Chacune des maisons offre à ses futurs occupants, 70 m2 de surface habitable. On y accède par la rue principale. Là où le chapiteau est planté. Autour de 11 heures, les sœurs Alvarez -Nelly et Rosmary- se préparent. Après s’être séché les cheveux, elles se coiffent et se maquillent. Elles attendent, assises au niveau du passage qui relie encore la nouvelle maison et la baraque vétuste qui ne va pas tarder à disparaître. L’une et l’autre s’apprêtent à déménager dans quelques heures.

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Nelly, son mari, et leurs deux enfants vivaient en compagnie de la mère de celle-ci. Or, leur ancienne habitation s’est effondrée sous l’effet de la tourmente qui s’est abattue sur le pays en 2009. Quant à Rosmary, son époux et leur deux enfants, ils se partageaient l’intérieur d’une masure aux murs de canne, de terre et de plaques assemblées, de diverses origines. Ils étaient à l’étroit. Insupportablement à l’étroit. La volonté seule les aura sauvés. Rosmary se rappelle : « nous sommes de ceux qui ont participé à la construction de ces habitations. Nous-mêmes, mais aussi l’ensemble des bénéficiaires de ce programme. Récemment, les ouvriers maçons ont pris le relais. En fait, nous n’avons pas arrêté de travailler jusqu’à aujourd’hui même. Depuis le début, ces travaux ont été ponctués de réunions régulières. Nous nous retrouvions tous. Et ce, chaque vendredi ».

En 3 ans, que de réalisations !

Les baraques ne résistaient pas à la pluie. Les murs s’écaillent, se disloquent sous les assauts du vent. La chaleur est intolérable. L’humidité est partout présente. En définitive, l’habitation dans son ensemble, subit soit l’humidité que les murs de terre détrempés retiennent, soit les attaques d’une poussière omniprésente, lorsque la sécheresse s’impose. Nelly résume sa pensée en déclarant : « tout cela est bien triste ». La révolution bolivarienne s’est engagée á mettre en oeuvre la Gran Mision Vivienda Venezuela. Pour que désormais, chaque jour et chaque nuit soient placés sous le signe du « bien vivre ».

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3 années se sont écoulées depuis. En tout, sur l’ensemble du territoire national, 584.747 appartements ont été mis à la disposition du peuple. 218.295 sont en cours de réalisation. A ce jour, outre les 22 lieux d’habitation dont il est question ici, 265 d’entre eux ont vu le jour dans l’état de Portuguesa dont dépend El Cruce.

Chaque maison, chaque appartement terminé, c’est une baraque en moins, un bien hypothétique refuge (surpeuplé) de moins. Un de ceux dont de bien pauvres rideaux faisaient dérisoirement office de fenêtres ; un refuge où le linge, les draps de bain étaient suspendus dans la cour ; de douches approximatives, se résumant à l’usage d’un seau. Le visage des sœurs Alvarez affichent, atteste du fait que cette funeste époque est révolue. Respectivement vêtues d’un T-shirt rouge (signe vestimentaire distinctif des partisans de la Révolution bolivarienne), Nelly et Rosmary arborent un large sourire. Et pour cause : l’une et l’autre exhibent leur tout nouveau titre de propriété, en attendant que la cérémonie officielle débute.

Quant un projet devient réalité.

Lorsque le ministre pour les Commune et les Mouvements sociaux – il s’agit de Reinaldo Iturriza- fait son apparition, le chapiteau est bondé. Toutes les places occupées. Les personnes n’ayant pas pu en trouver, s’agglutinent tant dans les proches environs, que sur le perron des maisons, bénéficiant ainsi d’une ombre bien salutaire. Il est midi et la chaleur ne cesse d’augmenter. Seules les libellules semblent à l’aise, qui volètent confiantes et légères, à portée de mains.


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Trois des porte-parole locaux s’expriment à tour de rôle. Il s’agit d’Isaac Rieras (Conseil communal), fraîchement réélu lors des élections de dimanche dernier ; de Nelly, en sa qualité de bénéficiaire du nouveau programme et de personne ayant apporté sa contribution concrète à la construction des maisons ; et de Cristina Lujano, qui est en charge des affaires financières, un brassard tricolore (aux couleurs de la patrie) au bras gauche. Le débat s’engage. De nombreuses choses ont été réalisées. Mais il faut faire plus et mieux. Pour le seul El Cruce, pas moins de 80 maisons sont appelées à voir le jour, afin de reléguer définitivement les masures restantes, aux oubliettes de l’histoire. Les besoins des communautés voisines sont identiques. Les travailleuses et travailleurs du ministère sont logés à la même enseigne. Iturriza commente : « sans organisation populaire, on ne peut strictement rien faire ». Des heures durant, les échanges fuseront, le débat se poursuivra. Aux alentours, les champs de maïs et de riz alternent

Persévérer encore et encore.

Vêtu d’un pantalon aux extrémités retroussées, d’espadrilles noires bordées d’un filet rouge, Diego est un jeune garçon de 11 ans. Jennifer est pourvue d’une longue robe jaune. On peut remarquer ses pieds sont nus, lorsque l’empoignant, elle commence à mouvoir. Elle a 12 ans. Leur déplacement soulève des nuages de poussière. Ils dansent le joropo, s’accompagnant d’un tambourin. Toute l’assistance applaudit.9

Pour terminer, la communauté distingue ses héros : les constructeurs volontaires, les porte-parole. Le ministre quant à lui, visite les maisons neuves, s’attarde sur les dernières baraques encore debout. Entre et sort un peu partout.

Ici, comme partout ailleurs dans le pays, on formule des propositions, on évalue les besoins. Telle est la caractéristique d’une commune en devenir. Chaque semaine, l’on inaugure des lieux de vie, issus d’une action collective et obstinée. Malgré la pluie et la poussière réunies.

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Texte : Marco Terrugi

Photos : Sabrina Porras

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/casas-entre-polvo-y-lluvia/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/18/maisons-entre-pluie-et-poussiere/

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