Commune El Tambor : le rêve ne meurt pas

img_20150217_092249Poèmes, chansons, thèses, chroniques, arts plastiques : beaucoup de témoignages ont été produits sur la Commune de La Azulita, la beauté de ses paysages et de ses gens. Sans atteindre la même ampleur, beaucoup de documentaires et de chroniques ont évoqué le développement productif et le bilan organisationnel de la Commune de El Tambor. Mais rare sont ceux qui  expriment la force d’El Tambor; hé oui, vous lisez bien, il y a une force occulte à El Tambor, somme d’éléments naturels, magiques, symboliques, agricoles et politiques.

Au bout de notre route nous attend l’arbre Tambor, gardien végétal couronné de fleurs dont le  jaune contraste avec l’obscur du feuillage, ce qui lui donne un attrait particulier au sein de la flore locale.

La commune se compose d’environ 500 familles, soit un peu moins de 4000 habitants ; elle abrite l’entreprise  de torréfaction, siège de l’Entreprise en Propriété Sociale Directe (EPSD) « Cœur du café », qui fédère huit producteurs de café. Leur production organique provient de 3 hameaux voisins. Cette initiative née pendant la révolution à 5 ans d’âge et elle a bénéficié de l’aide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Rien qu’en 2015 pas moins de 8 tonnes de café qui ont été empaquetées et distribuées.

Actuellement les associés ont décidé de faire une pause dans la production après avoir analysé de façon détaillée les logiques de marché qui obèrent les possibilités de construire un système économique communal.  Julio Mota et Shirley Guerra, habitants de la commune et porte-paroles de l’entreprise, m’expliquent que les conditions de la culture du café ont changé au fil du temps ; l’élevage extensif et les monocultures de cycle court, en particulier la culture de la pomme de terre, des carottes et de l’ail ont pris des extensions considérables de terrain, faisant reculer les pratiques ancestrales de culture du café.

L’aspect le plus terrible en sont la pollution des principales sources d’eau de la municipalité d’Andrés Bello par suite de l’usage abusif de produits agro-toxiques et chimiques pour nettoyer les étables, et la présence dans ces sources vitales de résidus fécaux générés par les troupeaux de bovins.

A quoi s’ajoute le fait que la culture du café a perdu son caractère culturel d’entreprise de famille : avant, chaque membre participait solidairement au processus productif.

« Aujourd’hui nous n’avons pas de génération de relève qui prenne à bras-le-corps la problématique du café, et plus généralement, la problématique de la terre. Les jeunes veulent travailler comme chauffeurs de moto-taxis, vendre des disques piratés, que sais-je, tout sauf s’investir dans le travail du café. D’où notre projet dont l’objectif principal étaient la réhabilitation de cette culture et l’attraction d’une main d’œuvre jeune, en l’associant à de nouveaux processus technologiques » me dit Julio, alors que nous partageons le déjeuner dans l’entreprise de torréfaction.

Julio Mota, le lutin des champs de café

Julio Mota, le lutin des champs de café

L’entreprise a mis en production près de 4000 hectares mais les distorsions de l’économie de marché brident ce potentiel en modifiant profondément la réalité et les besoins de la paysannerie. Des producteurs qui dans de nombreux cas ont bénéficié des divers programmes de l’Etat sur le plan agricole finissent par écouler leur production sur base de la logique mafieuse des marchés de gros, ce qui entraîne une augmentation conséquente du prix au consommateur ; alors qu’en réalité produire et distribuer le café peuvent épouser une logique différente, celle d’un prix juste et solidaire.

C’est ce qu’expliquent ces compagnons, qui ont réalisé un travail méticuleux, méthodique, et vraiment passionnant pour produire du café en zones ombragées. L’ombre offre une option plus soutenable, en équilibre avec l’environnement et plus proche des postulats de l’agroécologie. En fin de compte il s’agit de réhabiliter des formes ancestrales de culture.

D’où leurs réflexions sur les adaptations nécessaires pour assurer une production de café pérenne. Sans bien sûr que cela ne se fasse au détriment de la production générale d’aliments dans la commune, nécessaire à l’autosuffisance.

Il s’agit aussi des décisions éthiques et politiques liées à  la construction du pouvoir, de l’autogestion et de l’auto-gouvernement.

Ironie de l’Histoire ! Le café le plus cher du monde provient des excréments d’éléphant, vieille bataille entre Capital et conscience….14139042_10153584429432574_1940944035_o

Paysage et histoire.

L’histoire raconte que ces mêmes sentiers que nous parcourons parmi les caféiers furent un temps le Chemin Royal par lequel on transportait le café vers le Port de Gibraltar (sud du Lac de Maracaibo, État du Zulia). D’où l’idée qui a germé chez les associés de l’entreprise de torréfaction d’une route touristique du café qui permettrait, tout en visitant la plantation, de comprendre le processus de culture du café, de sa récolte et de sa distribution.

La route du café

La route du café

Ces paysages d’une beauté unique abritent le haut-plateau d’El Tambor ; le sommet du même nom culmine à 3047 mètres sur le niveau de la mer. La toponymie résulte de cette circonstance géographique. Ce n’est pas tout : sur ce plateau on trouve la pierre sacrée El Tambor à laquelle on attribue des pouvoirs curatifs ; cette pierre a la particularité de résonner, d’où la comparaison avec un tambour.

La montagne, la pierre, le haut-plateau et l’arbre ont construit un imaginaire naturel, magique, symbolique et  historique qui alimente un héritage culturel marqué du sceau de la résistance et de l’insurrection. Même si aujourd’hui la participation aux activités de la commune a diminué (comme dans d’autres espaces militants au niveau national) en raison de la situation complexe que nous vivons, le rêve n’est pas mort. L’expérience de ces associés est la concrétisation d’un militantisme conscient de son rôle historique, qui place le travail collectif par-dessus toute atomisation. Voilà une expérience concrète de comment se mène la bataille au quotidien. Magnifique pays en mouvement.

Texte : Xavier Rodríguez, École Populaire de Comunicación “Casa del Costurero”, Mérida.

Photos : Tatuy TV

Source : http://laculturanuestra.com/comuna-el-tambor-viaje-al-corazon-del-cafe/

Traduction : Jean-Claude Soubiès

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-2hP

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