Révolution bolivarienne de B à M (#4) : Maduro, ou la difficile succession à Chavez

I. Election présidentielle post-Chavez de 2013: le départ d’une crise économique, les prémices d’une grande crise politique

Avant sa mort, Chavez annonce, dans une intervention télévisée devenue célèbre1, vouloir comme successeur à la présidence de la République un certains Nicolas Maduro Moros. C’est un ancien syndicaliste et ancien conducteur de bus alors âgé de cinquante ans, qui a notamment été ministre des Affaires étrangères de Chavez pendant plus de six ans.

Au moment de la disparition du président, Nicolas Maduro est alors vice-président. En accord avec la constitution, de nouvelles élections doivent être convoquées dans les trente jours qui suivent et c’est au vice-président que revient temporairement la charge de président de la République2. A croire que certains ne savent pas lire une constitution, l’opposition déclare la présidence par intérim de Maduro comme une « fraude constitutionnelle »3, je vous laisse vérifier par vous même si c’est vrai (voir les notes pour explication). C’est peut-être un détail, mais vous allez voir que ce n’est que le début d’une longue série de mensonges de ce type dont use l’opposition.
Les prochaines élections présidentielles ont donc lieu le 14 avril. Deux « gros » candidats s’y opposent: à droite, Henrique Capriles Radonski, candidat de la MUD (Table de l’unité démocratique), une coalition de partis de droite et d’extrême-droite qui ont comme point commun un rejet viscéral du chavisme, et à gauche, évidemment Nicolas Maduro, candidat du GPP (Grand Pôle Patriotique), coalition soutenant la révolution bolivarienne.

– Portrait de Henrique Capriles

De gauche à droite: Julio Borges, Leopoldo Lopez et Henrique Capriles, lors de la lecture d'un manifeste soutenant le coup d'Etat contre Chavez en 2002De gauche à droite: Julio Borges, Leopoldo Lopez et Henrique Capriles, lors de la lecture d’un manifeste soutenant le coup d’Etat contre Chavez en 2002

 

Penchant nous un peu sur ce Henrique Capriles. Comme de nombreux leaders de l’opposition, il ne sort pas de nul part. Sa famille est l’une des plus riche du Venezuela, possédant plus de vingt grandes entreprises dans le pays parmi lesquelles des entreprises immobilières, industrielles, de services, d’entretien, mais aussi des médias de communication. On peut citer par exemple la société américaine Kraft Foods (géant de l’agroalimentaire tiens donc) dont le père de Capriles est le représentant au Venezuela, ou encore des journaux très populaires comme Ultimas Noticias dont le groupe qui en ait propriétaire s’appelait autrefois la Chaîne Capriles (curieusement ils ont changé de nom en 2014).
Bon, passons sur le fait que Capriles ait la chance d’avoir ses propres grands médias de communication et que sa situation est plus que confortable. Après tout, ce qui nous importe c’est son comportement de démocrate non? A en croire Le Figaro, on a affaire à un « gendre idéal » qui peut « revendiquer une carrière politique brillante »4. Pour France Info, « mince et photogénique », il est « l’image de la réussite »5, ou pour El Pais, il est tout simplement « l’espoir du Venezuela »6. Merveilleux.

Sérieusement, voyons à qui nous avons vraiment à faire. Comme vous avez pu le constater un peu plus haut, il fait partie de ceux qui ont soutenu le coup d’Etat de 2002 et qui y ont aussi directement participé. Ainsi, il est l’un de ceux qui ont assiégé l’ambassade de Cuba pendant le putsch, où s’étaient réfugiés certains dirigeants chavistes. Après l’échec du coup, il fera un séjour en prison jusqu’à être amnistié en 2006 par Chavez. Petit couac donc dans la « carrière politique brillante ».
On peut également noter une de ses promesses de campagne qui était de « libérer les prisonniers politiques » vénézuéliens dont un certains…Pedro Carmona, président auto-proclamé lors du coup de 2002, et qui a fuit la justice vénézuélienne en Colombie. Drôle de prisonnier politique. Mais c’est pas fini, vous allez adorer la suite.

– Plan de la Patrie, élection de Maduro, contestation de Capriles

Avant sa mort, Chavez laisse au chavisme et à Maduro un testament politique censé être une feuille de route pour le prochain mandat présidentiel: le Plan de la Patrie7. Tel Salvador Allende au début des années 1970, Chavez n’était pas dupe, il savait que son pays restait en majeure partie capitaliste et que la révolution n’avait fait qu’entamer une transition vers l’écosocialisme (on y reviendra dans le bilan du dernier épisode). Le Plan de la Patrie fixe cinq grands objectifs historiques afin d’accentuer cette transition: la défense de l’Indépendance Nationale, la continuation de la construction du socialisme bolivarien du XXIème siècle, la création d’une zone de paix en Amérique, la contribution à un monde multipolaire, et le sauvetage de la vie humaine sur Terre.

Nicolas Maduro lisant le Plan de la Patrie en 2013Nicolas Maduro lisant le Plan de la Patrie en 2013

 

C’est sur cette base que le 14 avril 2013, Nicolas Maduro est élu président de la République bolivarienne du Venezuela avec 50,61% des suffrages face à Henrique Capriles, avec 49,12%. Les résultats surprennent un peu quand on sait que moins d’un an auparavant, Chavez avait été réélu en récoltant 55,07% des suffrages, soit une différence de 685 794 voix (et un gain pour l’opposition à peu près similaire). Maurice Lemoine analysait bien ce résultat par d’un côté, la démobilisation d’un certain électorat chaviste qui votait surtout pour l’orateur qu’était Chavez, et de l’autre, la re-mobilisation d’un électorat de droite, jusque là démoralisé par la force électoral que représentait le chavisme8.
L’écart de voix entre Maduro et Capriles s’élève à un peu plus de 220 000. Il n’en faut pas plus à Capriles pour dénoncer une fraude. Pourtant, 173 observateurs internationaux du scrutin parmi lesquels l’UNASUR ou le Mercosur notamment, ont reconnu la transparence du scrutin9. Le caractère démocratique et légitime de la présidence de Maduro est indéniable. A titre de comparaison, c’est comme si Mitterand face à Giscard en 1976, ou Romney face à Obama en 2012, n’acceptaient pas les résultats sous prétexte que les vainqueurs aient obtenu respectivement 50,81% et 51,07%. Lui-même, Capriles, a été réélu gouverneur de l’Etat de Miranda le 16 décembre 2012 avec 51,83% des voix.

Mais l’opposition ne reconnait pas le résultat. Malgré le re-comptage partiel des voix qui n’a présenté aucune anomalies, les hostilités sont lancées dans la rue. Les partisans de Capriles déchaînent leur haine: quatre sièges régionaux du PSUV sont incendiés, des centres médicaux pris d’assaut, des radios communautaires attaquées, pour un total de 7 morts et 61 blessés.

Groupes violents d'opposition brandissant le portrait de Capriles après l'élection de MaduroGroupes violents d’opposition brandissant le portrait de Capriles après l’élection de Maduro

 

La photo que vous pouvez voir ci-dessus rappelle celles que l’on peut voir dans la presse actuellement. Les violences na datent pas d’hier, ici ce n’est qu’un début, mais prenez bien soin de discerner qui est et qui sera l’agresseur à chaque nouvelles vagues de violences.

– La Salida et les guarimbas

Le 8 décembre 2013, nouveau camouflet pour l’opposition. Lors des élections municipales, la MUD n’obtient que 81 mairies contre 256 pour le GPP. Il n’aura pas fallu plus de deux mois pour que, le 23 janvier 2014, la Salida (la Sortie) soit lancée.
A la date symbolique de la chute du dictateur Perez Jimenez en 1958, trois leaders de l’opposition parmi lesquels Antonio Ledezma, Maria Corina Machado et un certain Leopoldo Lopez, appellent au chaos dans les rues pour organiser « la Sortie » de Maduro, autrement dit l’obliger à démissionner.

A gauche: Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado annonce leur plan La Salida le 23 janvier 2014 | A droite: Lopez, Machado et Ledezma prononce leurs discours qui vont lancer les guarimbas le 12 févrierA gauche: Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado annonce leur plan La Salida le 23 janvier 2014 | A droite: Lopez, Machado et Ledezma prononce leurs discours qui vont lancer les guarimbas le 12 février

 

Le 12 février, Lopez lance ses sbires à l’assaut du ministère Public dans un discours enflammé. Sans mauvais jeu de mot, des cocktails Molotov sont lancés sur le ministère et des voitures de police incendiées. C’est le début d’une vague d’émeutes extrêmement violentes qui vont durer plusieurs semaines et qui sont connues sous le nom deguarimbas. Les pires méthodes y sont utilisées: des routes sont bloquées, des câbles métalliques sont tendus en travers de certaines avenues et des motocyclistes sont décapités, des partisans du gouvernement sont attaqués, des autobus, des ministères, des universités, des écoles, des centres de santé ou encore de distribution d’aliments sont incendiés10.

Quelques images des guarimbas de 2014 (je pourrais mettre "2017" on y verrait que du feu)Quelques images des guarimbas de 2014 (je pourrais mettre « 2017 » on n’y verrait que du feu)

 

Bilan des guarimbas: 43 morts (dont 9 fonctionnaires de police, 9 personnes ayant tenté de franchir des barricades ou de dégager des rues, et le reste des victimes sont des partisans chavistes ou des passants) et 878 blessés (dont 300 membres des forces de l’ordre). 6 morts (de trop évidemment) sont attribués aux actions des effectifs militaires. 30 policiers inculpés, 3 reconnus coupables, 14 placés en détention et 12 mis en liberté conditionnelle11. Tout ça sans compter les coûts matériels considérables.

– La fabrique du « martyr » Lopez

Il est important de s’arrêter un moment sur le cas de Leopoldo Lopez, car il est emblématique de la guerre médiatique sans précédent qui est livrée depuis le début du gouvernement Maduro, à la révolution. Vous avez pu le voir, Lopez est déjà à l’origine de la Salida. Mais c’est également un ancien cadre enrichit de PDVSA qui a participé au coup d’Etat de 2002 contre Chavez (comme Henrique Capriles).
Le jour même du lancement des guarimbas le 12 février, il se rend aux forces armées. Certains expliquent son choix par la peur d’être assassiné par son propre camp pour en faire un martyr, ou l’écarter d’un certain leadership de l’opposition12. Il est jugé et condamné à 13 ans et 6 mois de prison pour les violences meurtrières qu’il a initié durant les guarimbas. Ça y est, l’opposition et la presse nationale et internationale ont leur martyr, représentant des « prisonniers politiques » au Venezuela.

Leopoldo Lopez le 12 février lorsqu'il se rend, l'image fera le tour des médiasLeopoldo Lopez le 12 février lorsqu’il se rend, l’image fera le tour des médias

 

Vous voyez donc bien que ceux qui nous sont présentés comme des héros ne sont rien d’autres que des voyous criminels, qui ne cherchent qu’à faire tomber un gouvernement démocratiquement élu, en rien des prisonniers politiques. Imaginons que demain je lance des cocktails Molotov sur le ministère de l’Intérieur en criant « à bas la dictature de Macron » et que l’on m’emprisonne après cela. Est-ce que vous me considéreriez comme un prisonnier politique? J’en doute.
Pourtant c’est ce qui est fait pour le Venezuela. Il est considéré par le Monde comme le « prisonnier politique numéro un » de « centre-gauche »13 (s’il vous plait). Manuel Valls, alors premier ministre, a appelé à sa libération, considérant qu’enfermer un « démocrate », c’était « trahir la démocratie »14 (on connaît d’ailleurs la conception de la démocratie selon Valls). Sa femme, Lilian Tintori, est aussi très présente dans les médias. On la présente comme « l’égérie infatigable des droits de l’Homme »15, et la « messagère » du prisonnier Lopez16, sûrement entre Caracas et Washington… (on reparlera de l’ingérence nord-américaine plus loin)

Début 2017, Lilian Tintori, la femme de Leopoldo Lopez, à Washington avec Donald Trump, Mike Pence, et Marco Rubio (pour discutailler évidemment)Début 2017, Lilian Tintori, la femme de Leopoldo Lopez, à Washington avec Donald Trump, Mike Pence, et Marco Rubio (pour discutailler évidemment)

 

– La crise économique

Le début de la présidence de Maduro est également marqué par une crise économique qui va crescendo. Elle pointait déjà le bout de son nez en 2012, lorsque Chavez était encore président, mais elle va vraiment prendre racine dans les années 2013-2014.

Si vous avez suivi les autres épisodes de la série, vous savez que le Venezuela est un pays pétrolier. Les devises viennent du pétrole, et le pays importe la grande majorité de ses biens. Par conséquent, si le prix du baril commence à chuter, cela n’augure rien de bon pour le pays, et c’est précisément ce qui s’est passé à partir de 2012. Pourtant, contrairement à ce qui est souvent dit, ce n’est pas la seule raison du mauvais état de l’économie vénézuélienne. Le résumé qui va suivre est partiellement repris du livreComprendre le Venezuela d’André Bansart17, je le trouve très pertinent:

  • Le prix du baril commence à baisser à partir de 2012, et chute durant l’année 2014, notamment du fait de la politique de maintient de la production de l’Arabie Saoudite. L’offre devient énorme par rapport à la demande mondiale. Le baril qui a pu atteindre 110$, passe progressivement à 28$.
  • Le Venezuela, dont je le rappelle, 96% des exportations et 50% des recettes fiscales proviennent de la production pétrolière (en 2012), connait ainsi une inflation galopante. Les importations étant entrain de diminuer du fait de manque de revenus, les prix augmentent naturellement.
  • Les années Chavez ont vu augmenter le pouvoir d’achat des plus pauvres, à cela s’ajoute la naturelle croissance démographique. Deux facteurs supplémentaires qui augmente la carence de l’offre de produits de première nécessité.
  • Oui, les énormes revenues pétroliers dont a bénéficié Chavez ont favorisé le financement de l’intervention sociale mais n’ont pas contribuer à la stimulation de l’appareil productif (déjà saboté en 2003 par l’opposition en plus) et à la diversification de l’économie (malgré des tentatives mais qui n’ont pas eu de franc succès).

Mais là vous allez voir, c’est un peu plus complexe que la simple explication de la baisse des prix du baril et les erreurs de gestion de Chavez. Des facteurs de déstabilisations économiques tant intérieurs qu’extérieurs existent bel et bien. Il ne faut pas avoir peur de la formule « guerre économique », voyons pourquoi.

  • Face au manque de produits de première nécessité, les entreprises de productions de biens produisent moins, ou cachent leurs produits pour spéculer, les entreprises d’importation importent elles aussi volontairement moins, et les magasins vendent le plus cher possible leurs produits. A cela s’ajoute le marché noir. Les bachaqueros, ceux qui achètent des produits et les revendent dix fois plus chers, se sont multipliés et constitués en véritables mafias.
    A gauche: En août 2015, 56 tonnes d'aliments sont saisies par l'armée à la frontière colombienne | A droite: En décembre 2016, 138 millions de bolivars sont interceptés à cette même frontièreA gauche: En août 2015, 56 tonnes d’aliments sont saisies par l’armée à la frontière colombienne | A droite: En décembre 2016, 138 millions de bolivars sont interceptés à cette même frontière

La réalité de la situation c’est que les biens comme la nourriture sont là, dans le pays, mais ne sont sciemment pas distribués. On a ainsi pu voir des images d’énormes stocks de nourritures ou même de bolivars (monnaie vénézuélienne) stagner à la frontière colombienne, hors des circuits de distribution du pays.

Pour parer au manque d’approvisionnement et aux prix élevés, le gouvernement augmentera régulièrement les salaires et mettra en place début 2016 les CLAP (Comité Locaux d’Approvisionnement et de Production), qui distribuent massivement des aliments à bas prix aux secteurs populaires.

Tel le Chili d’Allende dans les années 1972-1973, avec les files d’attente devant les supermarchés et la population qui s’agace de la situation qui dure, la stratégie semble claire: on exaspère un maximum la population en empêchant l’accès aux produits du quotidien comme la farine de maïs une semaine, ou les serviettes hygiéniques une autre semaine, puis, on pointe du doigt la responsabilité du gouvernement dans son incapacité à distribuer même les biens de premières nécessités, et enfin, on essai de le faire tomber. Seulement, maintenant on sait que c’était la CIA qui était derrière la déstabilisation du Chili et la chute d’Allende en 1973, mais pour le Venezuela d’aujourd’hui, on ne le saura que dans trente ans. Quoique, elle n’a même plus l’air de s’en cacher…18

II. Elections législatives de fin 2015: crise économique installée, crise politique lancée

Le 6 décembre 2015 doivent se tenir des élections législatives. Les deux mêmes camps, à savoir le GPP et la MUD, s’opposent à nouveau, mais le rapport de force semble cette fois tourner en faveur de l’opposition.
L’exaspération due aux pénuries fait son effet, la MUD remporte le scrutin et gagne ainsi sa première élection majeure depuis le début de la révolution. Le GPP passe de 98 à 55 sièges en ne récoltant que 5 622 844 voix, la MUD passe elle de 65 à 112 sièges, avec 7 726 066 voix19. L’année 2016 va sans doute être la plus difficile pour le chavisme, qui va passer sur la défensive. Avec cette nouvelle assemblée qui sera investie le 5 janvier, la contre-révolution se sent pousser des ailes, et pense enfin toucher à son but.

– Analyse des résultats

L’unanimité de la presse vis-à-vis de cette élection est une fois de plus de mise: l’opposition en sortirait victorieuse20 et mettrait un camouflet au chavisme. Pourtant, à y regarder de plus près, ce n’est pas ce qui s’est passé.
Ce vote a en effet davantage l’allure d’un vote de contestation que d’un vote d’adhésion. Si l’on compare les résultats des deux partis avec ceux de l’élection présidentielle de 2013, on constate que l’opposition ne gagne qu’un peu plus de 360 000 voix, tandis que dans le même temps, le chavisme en perd quasiment deux millions. A cela s’ajoute également 700 000 votes nuls (moins de 70 000 en 2013), sachant qu’au Venezuela sont comptés comme nuls les votes blancs.

Nicolas Maduro lors de l'allocution télévisée dans laquelle il reconnait la victoire de l'opposition aux législatives et la victoire de la démocratie, le 7 décembre 2015 © EFENicolas Maduro lors de l’allocution télévisée dans laquelle il reconnait la victoire de l’opposition aux législatives et la victoire de la démocratie, le 7 décembre 2015 © EFE

 

On voit donc très clairement une démobilisation de l’électorat chaviste, mais il n’y a pas eu de transfert de voix en faveur de l’opposition. La parole exprimée est avant tout un signal fort envoyé au gouvernement, non seulement celui émanant de l’exaspération due aux pénuries, mais aussi contre une certaine bureaucratie chaviste qui s’est installée depuis le début de la révolution, et dont ne peut nier l’existence.
Cependant, les vénézuéliens ayant exprimé démocratiquement leur contestation, ne s’attendaient surement pas à donner une telle majorité à l’opposition, dont elle connait la dangerosité pour le pays, et on va le voir par la suite.

– Une Assemblée Nationale illégale

L’assemblée est donc investie le 5 janvier 2016. On pourrait croire que c’est un événement somme toute anodin, bien que les circonstances soient assez spéciales. Et pourtant, il faut bien comprendre que c’est à partir de là que commence l’affrontement et le blocage qui va avoir lieu entre l’exécutif et le législatif.
En effet, avant l’investiture de la nouvelle assemblée, le TSJ (Tribunal Suprême de Justice) avait annoncé la suspension temporaire de quatre députés de l’Etat d’Amazonas, sur suspicions de fraudes les concernant, comme l’achat de voix par exemple. Parmi ces quatre élections frauduleuses, on trouve trois députés de la MUD et un député chaviste.
Mais l’opposition refuse la décision du TSJ, et décide envers et contre tout d’investir ses trois députés le 5 janvier. Il faut donc bien comprendre, car c’est important pour la suite, que l’Assemblée Nationale vénézuélienne est en situation d’illégalité depuis le jour même de son investiture.

Alors pourquoi la MUD fait forcer les portes de l’assemblée par trois de ses députés?
L’AN comporte 167 sièges, dont 55 sont aux couleurs du GPP, et 112 aux couleurs de la MUD. Si l’on retire les quatre députés suspendus, la MUD ne se retrouve qu’avec 109 sièges, ce qui lui retire la majorité des deux tiers. Or cette majorité lui aurait conféré davantage de pouvoirs, notamment celui de la convocation d’un référendum révocatoire, dont elle rêve pour faire partir Maduro.

– D’étranges objectifs pour une Assemblée Nationale

Lors de son premier discours, le nouveau président de l’AN, Henry Ramos Allup, annonce comme objectif principal, se donner six mois pour faire partir Maduro par la « voix constitutionnelle », tiens donc comme c’est original. Il faut se poser des questions quand on entend ce genre de chose. La fonction d’une Assemblée Nationale nouvellement élue est-elle de faire tomber le président de la République? Est-ce que Lionel Jospin, une fois premier ministre, a annoncé se donner six mois pour faire tomber Jacques Chirac? C’est absurde, mais c’est dans la continuité du fait que l’opposition n’a en réalité jamais accepté le chavisme, et encore moins l’élection de Maduro. Par conséquent, quoi de plus logique que de vouloir faire tomber un président dont on ne reconnait pas le caractère démocratique de son élection?

Le président Nicolas Maduro (à gauche) et le nouveau président de l'Assemblée Nationale Henry Ramos Allup (à droite), le 15 janvier 2016 © ReutersLe président Nicolas Maduro (à gauche) et le nouveau président de l’Assemblée Nationale Henry Ramos Allup (à droite), le 15 janvier 2016 © Reuters

 

Si l’objectif premier de la majorité est de faire tomber Maduro, ce n’est pas pour autant qu’elle va se priver de présenter de nouvelles lois au pays.
Le premier projet de loi que l’assemblée va présenter est tout simplement hallucinant, et je pèse mes mots. La Loi d’amnistie (c’est comme ça qu’ils la nomment) est à la fois une loi criminelle et révélatrice. L’opposition veut non seulement permettre à des criminels de retrouver la liberté, mais fait également des aveux concernant ses propres crimes.

Pour vous rendre compte à quel point la MUD est culottée et cherche à se blanchir avec cette loi, je me sens obligé de vous citer quelques passages de la « Loi d’amnistie« 21:

  • Déjà, dans l’article 2, il est précisé que les amnisties qui seront prononcées concernent l’exclusive période de la révolution, c’est-à-dire du 1er janvier 1999 à aujourd’hui. Evidemment.
  • Article 10: « Est accordée une amnistie aux crimes et délits, y compris ceux visés par l’article 4 de la présente loi (article 4 dans lequel on trouve l’amnistie de faits comme la violence à l’encontre de l’autorité, l’incitation à la désobéissance des lois, ou encore l’incitation à la haine), relatifs aux faits contraires à la paix et à l’ordre général établi, qui ont eu lieu entre le 11 et le 14 avril 2002 […]. »
    Souvenez-vous, du 11 au 14 avril 2002, c’est la période durant laquelle a eu lieu le coup d’Etat contre Chavez. Autrement dit, avec cette loi, on aurait par exemple pu voir le retour tranquille au Venezuela de Pedro Carmona (pour ne parler que de lui). Dans l’article 11 on a à peu près la même chose mais cette fois en rapport avec la grève pétrolière de fin 2002-début 2003.
  • Pour citer d’autres exemples, le projet de loi amnistie également explicitement, des fraudes et escroqueries immobilières (article 31), des ports illégaux d’armes à feux ou d’engins incendiaires ou explosifs, des outrages à agents, des destructions de biens publics ou privés en tout genre (article 4), certains trafics de drogues durant des manifestations (article 30), ou encore des « délits de financement du terrorisme » (article 20).
  • Mais c’est pas tout. L’opposition reconnait également la guerre économique dans son projet de loi. Ainsi on amnistie aussi l’accaparement et la spéculation sur l’alimentation et les médicaments depuis 2011 (article 19), et les sabotages d’installations électriques dont on reparlera plus tard (article 4).

Nicolas Maduro refuse évidemment de signer la loi, qui sera d’ailleurs déclarée anticonstitutionnelle par le TSJ.
Ainsi commence le blocage entre les deux pouvoirs, législatifs et exécutifs. Par des lois inconstitutionnelles et une Assemblée Nationale en situation d’illégalité, le TSJ bloque systématiquement ce que fait l’assemblée, l’opposition ne souhaitant pas revoir ses positions. La stratégie est clairement affichée: plutôt que de commencer à, en partie gouverner le pays (quitte à se séparer de trois députés), l’opposition préfère cette situation de blocage qui lui permet une fois de plus de se présenter en victime de l’autoritarisme présumé du « régime chaviste », légitimant ainsi ses actions antidémocratiques.

– Le référendum révocatoire

Une chose dont on a également beaucoup entendu parler, c’est cette histoire de référendum révocatoire. Même si on l’a déjà évoqué, voyons plus en profondeur de quoi il s’agit, étant donné que cet outil n’existe pas chez nous.

La constitution de 1999 pose les bases de ce qu’on appelle le référendum révocatoire. « Constituent des moyens de participation et d’élection du peuple pour l’exercice de sa souveraineté politique : l’élection aux charges publiques, le référendum, la consultation populaire, la révocation du mandat, […] » (article 70) et « Toutes les charges et magistratures de l’élection populaire sont révocables » (article 72)22. Autrement dit, après avoir rempli certaines conditions, un référendum peut être convoqué pour révoquer le mandat de n’importe quel élu, allant du maire au président de la République. Cet outil citoyen n’est pas une spécificité vénézuélienne, on peut également le retrouver dans d’autres pays comme l’Equateur, la Bolivie, et même dans certains Etats des Etats-Unis.

En 2004, l’opposition avait convoqué pour la première fois, un référendum révocatoire pour faire partir Chavez. Celui-ci eu lieu le 15 août, et Chavez le remporta haut la main avec 59% de « non ». Evidemment, l’opposition avait crié à la fraude alors que, dès le 16 août, les observateurs internationaux avaient confirmé les résultats.

L'Avenue Bolivar à Caracas, lors d'un discours de Chavez de trois heures pour le "non" au référendum révocatoire, le 9 août 2004L’Avenue Bolivar à Caracas, lors d’un discours de Chavez de trois heures pour le « non » au référendum révocatoire, le 9 août 2004

 

Bref, revenons en 2016. Alors que l’opposition est majoritaire à l’AN depuis un peu plus de trois mois, elle se décide à engager, le 14 avril, la procédure auprès du CNE qui vise à convoquer un référendum révocatoire contre le président Maduro. Le référendum n’aura jamais lieu, pourquoi?

La version médiatique, la voici: alors qu’il empêcherait déjà l’AN de fonctionner, Nicolas Maduro a une fois de plus fait preuve d’autoritarisme en sabotant une mesure constitutionnelle que l’opposition a sollicité pour le faire partir. Le « sabotage » consistait a repousser le jour du référendum après le 10 janvier 2017, date limite après laquelle, si le peuple aurait voté en faveur de la révocation du président, ce ne sont plus de nouvelles élections qui sont convoquées, mais c’est le vice-président qui terminerait le mandat.
Encore une fois, on omet certaines vérités pour diaboliser l’adversaire et légitimer des actions antidémocratiques.

Il y a deux faits que la plupart des médias oublient de mentionner. Le premier, c’est que la procédure pour convoquer un référendum révocatoire est très longue (peut-être trop), 260 jours pour être plus précis23. Or, bizarrement, l’opposition a attendue avril 2016 pour se présenter au CNE et commencer la collecte des signatures citoyennes nécessaires dans la procédure.
A la longueur de la procédure s’ajoute également de nombreuses fraudes dans la collecte de signatures. 8 600 plaintes sont déposées devant les tribunaux par des citoyens. Ainsi, dans la liste des signataires pour le référendum, on peut recenser 10 000 personnes décédées, 9 333 personnes qui n’existent pas, 3000 mineurs sans droit de vote, ou encore 1300 personnes inhabilités (car en prison notamment)24.

Inutile de vous dire que le gouvernement ne va pas lâcher un centimètre de terrain à la MUD, et les fraudes s’ajoutant à la longueur de la procédure suffisent amplement à ce que le référendum ne soit pas convoqué avant le 10 janvier 2017.
Mais alors pourquoi la MUD ne s’y est pas prise avant? Au départ, lorsqu’elle est arrivée majoritaire à l’AN, elle a concentré ses efforts à tenter de raccourcir le mandat de Maduro plutôt que de se pencher sur le révocatoire. Pour autant, si on analyse le retard de la MUD comme un acte volontaire, on pourrait penser que, l’extrême-droite et la droite extrême étant aux commandes de cette coalition, la décision ait été motivée dans une optique de délégitimation supplémentaire du pouvoir chaviste, afin de tenter de le mettre à terre par la force, ce qui l’affaiblirait sur le long terme, davantage que s’il perdait à travers des élections.

– Sécheresse

Si sur les plans politiques et économiques, l’année 2016 fut éprouvante pour le Venezuela, il faut y ajouter également les catastrophes naturelles malheureusement. En effet, le pays a été frappé d’une très grave sécheresse durant les premiers six mois de l’année. La sécheresse a mise à mal les réserves d’eau du pays et l’approvisionnent en électricité, étant donné qu’il dépend principalement de centrales hydroélectriques. Inutile de vous dire que l’opposition a également surfé sur la catastrophe pour pointer du doigt le gouvernement. On constatera aussi que pendant cet épisode de sécheresse, des sabotages d’installations électriques ont pu être constaté.

Sabotage d'installations électriques à Caracas, février 2016Sabotage d’installations électriques à Caracas, février 2016

 

Pour faire face à la sécheresse, le gouvernement a réussi à mettre plusieurs mesures d’urgences qui se sont avérées efficaces. Est mis en œuvre un plan national spécial de consommation d’électricité et d’eau. On décide de remplacer des millions d’ampoules à incandescence par des ampoules faible consommation, de remplacer des vieux climatiseurs par d’autres moins gourmands en énergie, et il est même décrété la demi journée de travail dans l’administration publique, afin d’économiser électricité25.

L’année 2016 aura donc bel et bien été une année mouvementée pour le chavisme. Entre la nouvelle Assemblée qui se met hors-la-loi, le calvaire du référendum révocatoire, et une sécheresse terrible, le chavisme passe un nouvel an difficile. Sortie de crise en 2017? Voyons ça dans la troisième et dernière partie de cet épisode.

III. Election de l’Assemblée Nationale Constituante de 2017: vers une inversion du rapport de force?

Si l’année 2016 a vu s’exercer une pression terrible sur le chavisme, celle-ci va s’accélérer pour la nouvelle année, en 2017. Au grand dam de l’opposition, le prix du baril avait recommencé à augmenter début 2016 (de façon modérée, en se stabilisant aux alentours de 50 dollars le baril), à la suite d’accord de gels de productions entre pays producteurs, dont l’Arabie Saoudite, qui commençait elle aussi à pâtir de sa politique. Bien que la situation soit encore difficile, elle tend petit à petit à s’améliorer, ce qui pousse l’opposition à accentuer la pression pour rapidement prendre la place du chavisme au pouvoir. Et c’est malheureusement le chavisme lui-même qui va permettre à l’opposition de « lancer les hostilités ».

– 30 mars 2017: le TSJ s’octroie temporairement les pouvoirs de l’assemblée

Les événements de 2016 ont permis à la presse nationale mais surtout internationale, de présenter Maduro comme un dictateur. Mais en 2017, l’événement du 30 mars ne va pas arranger les choses. Il va permettre de lancer la « résistance à la dictature », ou autrement dit, le retour des guarimberos. Explications.

Le 30 mars 2017, c’est le jour où ce qui devait arriver arriva. Exécutifs et législatifs sont bloqués depuis maintenant plus d’un an, et le Tribunal Suprême de Justice décide d’agir. Etant donné que l’AN est encore et toujours illégale du fait de l’investiture de trois députés frauduleux, le TSJ décide de prendre TEMPORAIREMENT les pouvoirs de l’AN, jusqu’à ce que celle-ci obéisse au TSJ et retire ses trois députés. On peut dire ce que l’on veut, mais il n’y a là rien de surprenant. Déjà deux jours avant, l’immunité parlementaire des députés avait été levée.
Pourtant la décision déclenche un tollé médiatique internationale. On omet évidemment qu’il s’agit là d’une mesure temporaire et qu’il fait suite à un contexte institutionnel bien précis, et le dévolu contre la révolution est une fois de plus lancé, mais avec une puissance redoutable.

Bien qu’il y ait exagération, et que même sans cette décision du 30 mars, on peut penser que la suite des événements allait quand même avoir lieu d’une façon ou d’une autre, force est de constater qu’au niveau juridique, la décision du TSJ est en effet discutable, et que c’est un cadeau pour l’opposition. (pour mieux comprendre ce qui s’est passé juridiquement, je vous renvoie dans les notes à la seconde partie de cet article26)

Luisa Ortega Diaz, la Fiscal General de la República (équivalent de Procureure générale de la République) en fonction de décembre 2007 à août 2017Luisa Ortega Diaz, la Fiscal General de la República (équivalent de Procureure générale de la République) en fonction de décembre 2007 à août 2017

 

Le chavisme se scinde en deux, d’un côté on soutient la décision du TSJ, de l’autre on la rejette. On voit notamment apparaître sur le devant de la scène la procureure générale Luisa Ortega Diaz, qui devient le symbole de l’opposition interne au chavisme. Une grande partie des médias vont la présenter comme une dissidente que le régime va se mettre à persécuter sans relâche pour « l’empêcher de parler » (avec parfois des mises en scène médiatiques pittoresques). Étrangement, on parlera moins d’elle quelques mois après, quand la justice sera saisie pour dénoncer les scandales de corruption dans lesquels elle baigne, et quand elle fuira la justice en s’exilant en Colombie.

Pour finir avec le cas Ortega Diaz, il est intéressant de noter qu’elle a changé de discours brutalement envers le chavisme. Lors des guarimbas de 2014 elle dénonçait la violence des groupes d’opposition et la déstabilisation qui était en cours du pouvoir chaviste. Après le 30 mars 2017, elle change du tout au tout en prenant fait et cause pour l’opposition en adoptant le même vocabulaire qu’elle (« dictature », « répression » etc.). Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur ce changement soudain de comportement, mais c’est tout de même très étrange.

Attention cependant, ce n’est pas parce que Ortega est une corrompue avérée (maintenant on le sait), qu’il faut en faire une généralité. Le « chavisme critique » existe bel et bien, et ce n’est pas un fait nouveau. Il y a toujours eu confrontation entre les partisans d’une ligne dure et d’une ligne plus souple, mais toujours dans un cadre démocratique. À travers les événements qui vont suivre, le gouvernement de Maduro va justement devoir arbitrer entre ces deux lignes politiques pour prendre ses décisions.

– Le retour des guarimberos | Vers l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante

Après le 30 mars, le président Maduro a lui-même demandé à ce que le TSJ revienne sur sa décision27, mais c’est trop tard. Bien que le TSJ annule finalement ses décisions du 28 et du 30 mars deux jours plus tard, l’opposition se jette sur l’occasion pour lancer une offensive de grande ampleur. Des manifestations sont organisées et on voit réapparaître les mêmes groupes de chocs qu’on avait vu en 2014.

Dans un premier temps on assiste à des manifestations pacifiques et démocratiques qui se déroulent dans le calme, puis celles-ci laissent place à des groupes violents qui utilisent des méthodes très similaires à celles des guarimbas. Ce sont des bandes très bien organisées qui s’attaquent à la police, à l’armée, aux passants, aux bâtiments publiques comme privés, voir militaires. En plus d’une très bonne organisation, ces groupes de chocs sont également très bien équipés. Ça va des boucliers, cocktails Molotov, casques, masques à gaz, engins pyrotechniques, aux bombes artisanales et voir même aux armes à feux.
Caracas (mais aussi d’autres villes du pays) va faire les frais de ces violences quasi quotidiennes pendant des mois. On constate que c’est toujours dans les quartiers est de la capitale (quartiers aisés et bourgeois comme à Chacao, une des cinq municipalités de Caracas) qu’ont lieu les manifestations et les violences. On parle souvent de « révolte des riches » car rares sont les mobilisations dans les quartiers populaires, bien que le mécontentement y soit aussi présent.

Quelques images des guarimbas "version 2017" | En bas à gauche, on voit le député Freddy Guevara avec un manifestant "pacifique"Quelques images des guarimbas « version 2017 » | En bas à gauche, on voit le député Freddy Guevara avec un manifestant « pacifique »
En haut à droite, des manifestants attaquent la base militaire de La Carlota en juin 2017 | En bas à gauche, une personne est brûlée vive par des opposants car présumée chaviste. Il s'appelait Orlando Figueroa, et il succombera à ses blessures | En bas à droite, un opposant se brûle lui-même avec son cocktail Molotov. Il survivra à ses blessures.En haut à droite, des manifestants attaquent la base militaire de La Carlota en juin 2017 | En bas à gauche, une personne est brûlée vive par des opposants car présumée chaviste. Il s’appelait Orlando Figueroa, et il succombera à ses blessures | En bas à droite, un opposant se brûle lui-même avec son cocktail Molotov. Il survivra à ses blessures.

 

Les violences insurrectionnelles durent, et les morts et blessés s’accumulent. Les habitants commencent également à être exaspérés par les barricades qui sont dressées sur les routes et les autoroutes, et qui s’ajoutent aux problèmes d’approvisionnement encore présents. Face à la situation de crise qui semble interminable, Maduro annonce le 1er mai vouloir convoquer une Assemblée Nationale Constituante pour faire revenir la paix et faire face aux problèmes que le pays affronte. Scénario classique vous vous en doutez, la décision est qualifiée d’inconstitutionnelle par l’opposition et on dénonce la « dérive autoritaire et dictatoriale » du « régime Maduro ». Si vous avez suivie la série dans son ensemble, vous savez que l’opposition fait le coup à chaque fois.

L’opposition dénonce le fait qu’un référendum doit être convoqué pour mettre en place une constituante (elle se base sur l’article 347 de la constitution). Si effectivement, pour une fois, il y avait quelque chose à redire sur les décisions du TSJ du 30 mars, il n’y a là rien d’anticonstitutionnel dans la décision de Maduro de convoquer une ANC. Si avant la constitution de 1999, en effet, une constituante ne pouvait être convoquée qu’après consultation populaire, aujourd’hui « l’initiative de convocation de l’Assemblée Nationale Constituante peut être prise par le Président ou Présidente de la République », comme le stipule clairement l’article 34828. Donc aucun problème de légalité, surtout que Maduro a d’ores et déjà annoncé qu’une fois les travaux de la constituante terminés, ceux-ci seront soumis à référendum. Autrement dit, c’est le peuple qui aura le dernier mot, rien de plus normal dans une démocratie non?

– 30 juillet 2017: une ANC élue contre vents et marrées | Fin et bilan des manifestations

L’élection de l’ANC doit se tenir le 30 juillet, ce qui laisse trois mois à la branche radicale et extrémiste de l’opposition (qui domine la MUD malheureusement) pour faire sortir Maduro avant la fin de son mandat en 2018. En choisissant de ne pas participer à la constituante, la MUD sait très bien qu’elle sortira affaiblit par cette épreuve, surtout si la participation populaire est élevée. La constituante est le meilleur moyen pour le chavisme de réaffirmer sa légitimité démocratique.

Mais si vous voulez mon analyse personnel, je n’hésite pas une seconde à dire que c’est un véritable coup de maître de la part du président Maduro. La constituante était la seule sortie démocratique de crise qui puisse mettre l’opposition face à ses contradictions. Je m’explique.
Au moment où Maduro annonce la convocation d’élections pour une ANC, la MUD, avec l’appui de la presse nationale et internationale, n’avait de cesse de qualifier le gouvernement de dictature. Or, il aurait été plus avantageux pour elle de présenter des candidats à l’ANC. Elle y aurait pris toute sa place, elle serait resté sur le devant de la scène politique, et aurait pu continuer la pression sur le gouvernement. Mais comment traiter un gouvernement de dictature et ensuite participer à une élection? La MUD est prise dans le piège des règles démocratiques qu’elle n’a jamais sue accepter. Ainsi, il ne lui reste que ses méthodes antidémocratiques pour prendre le pouvoir. Le seul risque pour Maduro dans cette histoire, c’est qu’il y ait une faible participation populaire au 30 juillet. Nous verrons plus loin si tel sera le cas.

Comme on vient de le voir, l’opposition a donc très peu de temps pour agir, et pour ça, quoi de mieux qu’un bon vieux putsch?
Alors attention, je prend des précautions: étant donné qu’il n’y a pas de preuves (au moment où j’écris ces lignes) qui établissent un lien entre la MUD et les événements qui vont suivre, je tiens à préciser que je n’accuse personne.

Le 27 juin, un hélicoptère de la police survole Caracas. A son bord, Oscar Pérez, ancien membre de la police scientifique, est au commande. Quatre grenades sont lancées sur le siège du TSJ, et des rafales sont tirées sur le ministère de l’Intérieur. Par chance, pas de blessés. Plus tard, une vidéo de Pérez sort, dans laquelle il appelle publiquement à la démission de Maduro et à la rébellion. N’importe qui s’accorderait à dire que c’est une attaque terroriste, mais pas les journalistes visiblement. Au contraire, Oscar Pérez est considéré comme le « Rambo du Venezuela »29, un père de famille, etc.

A gauche, l'hélicoptère durant l'attaque du 27 juin | A droite, Oscar Pérez et ses sbires qui déclarent publiquement leurs intentionsA gauche, l’hélicoptère durant l’attaque du 27 juin | A droite, Oscar Pérez et ses sbires qui déclarent publiquement leurs intentions

 

Même si ce qui va suivre a eu lieu peu après l’élection de l’ANC, je préfère le mentionner ici. Le 6 août, le fort militaire de Paramacay, à 180 kilomètres au Nord de Caracas, est attaqué. Des mercenaires déguisés en militaires prennent d’assaut le fort mais l’attaque est repoussée. Cette fois-ci, deux morts sont à déplorer, et huit assaillants sont arrêtés. Une vidéo circule de ces mercenaires se faisant passer pour des militaires, dans laquelle ils appellent à la rébellion.

A gauche, une vue aérienne du fort Paramacay lors de l'attaque du 6 août | A droite, les mercenaires déguisés en militaires, appellent publiquement eux aussi à la rébellionA gauche, une vue aérienne du fort Paramacay lors de l’attaque du 6 août | A droite, les mercenaires déguisés en militaires, appellent publiquement eux aussi à la rébellion

Le but est clairement affiché. L’intention est de créer une scission au sein de l’armée afin d’organiser un coup d’Etat, mais l’appel ne prend pas. La loyauté de l’armée est grandement due à l’union civico-militaire en place au Venezuela, sans laquelle sans doute depuis longtemps, des rébellions auraient été organisées.

Le 30 juillet approche, rien ne se passe. Les violences continuent, mais le gouvernement légitime tient le coup jusqu’au jour J. Donc le dimanche 30 juillet 2017, c’est jour de vote dans tout le pays, et inutile de vous dire que jusqu’au dernier moment, les groupes de chocs vont tout faire pour empêcher le bon déroulement du scrutin.
Durant la nuit du 29 au 30, José Felix Pineda, candidat chaviste à la constituante a été assassiné chez lui. Dans la journée du 30, des bureaux de vote sont bloqués, des machines à voter sont détruites, des barricades sont dressées sur les grands axes pour empêcher les gens d’aller voter, des affrontements ont lieu, une bombe incendiaire explose même au passage d’un convoi de la police, blessant quatre policiers30. Au moins quinze morts sont à déplorer sur les journées du 29 et du 30.

Le jours du vote, une bombe incendiaire artisanale explose au passage d'un convoi policier motorisé, blessant quatre agents © EPA/MaxPPPLe jours du vote, une bombe incendiaire artisanale explose au passage d’un convoi policier motorisé, blessant quatre agents © EPA/MaxPPP

 

Pourtant, une masse considérable de gens vont aller voter, malgré les menaces proférées par l’opposition. 41,53% des inscrits se sont déplacé, soit un peu plus de huit millions de personnes. En quoi est-ce une victoire pour le chavisme?
Le Venezuela a toujours été divisé en trois blocs électoraux: les chavistes, les anti-chavistes, et les « ni-ni ». Souvenez-vous, l’opposition ne participe pas au scrutin, et ses électeurs ont suivi en s’abstenant. Mais de l’autre côté, c’est une véritable démonstration de force du chavisme. Maduro a été élu en 2013 avec 7,5 millions de voix, autrement dit le chavisme regagne 500 000 voix lors de ce scrutin, c’est énorme, alors que l’on disait le chavisme mort. Le 30 juillet a prouvé que la base populaire n’a pas disparue, malgré la situation difficile que le pays connait.

En haut, un centre de votation à Caracas | En bas à gauche, des personnes traversent une rivière pour éviter des barricades routières et aller voter | En bas à droite, des machines à voter sont acheminées d'urgence après que certaines aient été endommagéesEn haut, un centre de votation à Caracas | En bas à gauche, des personnes traversent une rivière pour éviter des barricades routières et aller voter | En bas à droite, des machines à voter sont acheminées d’urgence après que certaines aient été endommagées

 

A partir du 30 juillet, les violences s’arrêtent, l’opposition commence à se diviser et ne mobilise plus. Quel aura été le bilan de ces quatre mois de violence au Venezuela? Les enquêtes étant toujours en cours, les chiffres divergent selon les sources. Je vais tenter de synthétiser, mais je vous laisse aller dans les notes pour plus de détails31;32;33.

D’avril à juillet, ce sont 123 personnes qui auraient perdu la vie. Parmi elles, 48 sont mortes par balles, 13 assassinées durant les émeutes, 30 sont des passants tués par les émeutiers, 10 sont des personnes mortes sur des barricades, 13 sont des militants chavistes, 5 sont des policiers, et 5 ont été tuée par la police. Sur près de 2000 blessés, on compte 507 policiers blessés et 77 policiers blessés par des armes à feu.
Je vous met cependant en garde, il s’agit là d’une version parmi d’autres d’un bilan, sachant que beaucoup d’investigations sont encore en cours. D’autres versions présentent des bilans différents mais voilà ce qu’il faut retenir en règle général: on constate que la majorité des victimes sont des passants, qu’il y a des victimes chez les chavistes, dans la police, mais aussi chez les opposants (or accidents provoqués par eux-mêmes). Devant la violence des groupes de chocs, il y a clairement eu dans certains cas un usage excessif de la force venant des forces de l’ordre. Mais pas d’impunité pour ces agissements, 46 policiers ont été inculpés, détenus ou sont encore recherchés.

– Une opposition affaiblie mais qui n’en a pas fini

Comme dit précédemment, au sortir du 30 juillet, l’opposition ne mobilise plus. La division se fait sur la question de la participation aux élections régionales d’octobre. La même question que la constituante se pose, sauf que cette fois-ci la MUD accepte de participer aux élections (étrange pour une opposition à une dictature non?). Beaucoup d’opposants sont déçus par cette décision. Le parti d’extrême-droite Vente, de Maria Corina Machado, a annoncé quitter la MUD pour des raisons de « cohérence ».

Ce qui est intéressant, c’est que de cette situation, le chavisme peut sortir vainqueur en octobre et asséner un coup encore plus gros à l’opposition. C’est ainsi que certains cherchent des « plans B » pour garder l’exaspération de la population et en attribuer la faute au gouvernement, en allant demander des sanctions économiques contre leur propre pays. C’est le cas par exemple de Julio Borges et Freddy Guevara qui ont fait une tournée européenne début septembre dans ce but précis. Ils ont notamment rencontré le président Macron et le président Rajoy en Espagne.

Julio Borges, Freddy Guevara et Emmanuel Macron à l'Elysée le 4 septembre 2017 © APJulio Borges, Freddy Guevara et Emmanuel Macron à l’Elysée le 4 septembre 2017 © AP

 

– Ingérence nord-américaine

Je ne pouvais pas terminer l’article sans parler du rôle des Etats-Unis d’Amérique dans cette affaire. Bien qu’on l’ait un peu évoqué, j’aimerais y revenir un peu plus en détail. L’hostilité des Etats-Unis envers la révolution bolivarienne a toujours été vive, je ne vous réexplique pas pourquoi.

Le 9 mars 2015, un décret surréaliste d’Obama qualifiait le Venezuela comme une « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale ». Aujourd’hui ce décret est toujours en vigueur et les Etats-Unis s’activent à changer le plus rapidement possible de gouvernement au Venezuela. Je ne vais pas vous faire un récit entier sur les détails des ingérences américaines dans le pays, mais seulement vous donner quelques pistes afin de vous montrer les nouvelles méthodes employées pour qu’ils arrivent à leur fin.

On connait la CIA pour ses ingérences en Amérique latine, mais malheureusement pour le gouvernement américain, un peu trop, du coup il a fallu maquiller l’affaire. La CIA ne finance plus directement les actions de déstabilisation, il y a un organe relativement nouveau qui s’en occupe et qui a vu le jour dans les années 80: la NED (la National Endowment for Democracy ou Fondation Nationale pour la Démocratie).
Cet organisme finance partout dans le monde des sois-disant organisations de défense des droits de l’Homme ou de la démocratie, afin de faire transiter les « fonds de déstabilisation » par une vitrine en apparence propre. C’est ainsi qu’elle reverse plusieurs millions de dollars à des « organisation pour les droits de l’Homme » au Venezuela et qui sont utilisés pour la déstabilisation34. Je n’irais pas plus loin dans les détails, je voulais juste attirer votre attention sur les subtilités que peut prendre l’ingérence américaine.

Enfin, on arrive à nos jours avec l’administration Trump. L’élection de l’ANC a également été un coup dur au nord, par conséquent on accélère la cadence pour reprendre le contrôle du pays. La subtilité n’est pas la qualité majeure du président américain Donald Trump comme vous le savez. Il n’a pas hésité à déclarer publiquement ne pas écarter « l’option militaire » pour le Venezuela35, tout en exerçant des manœuvres militaires dans les pays frontaliers comme la Colombie ou le Brésil. Une attitude dangereuse et irresponsable. Tous les pays de la région ont rejeté cette « option militaire »36.
Les Etats-Unis ont également pris une série de sanctions économiques, ciblant notamment la filiale américaine de PDVSA, CITGO. La guerre qu’ils mènent contre le Venezuela, hélas continue, et n’est pas prête de s’arrêter.

Voilà, c’est ainsi que nous terminons notre long voyage à travers la révolution bolivarienne. Quel bilan et quelles leçons pouvons-nous tirer de celle-ci? Comment devons-nous nous positionner par rapport à la situation au Venezuela, depuis la France? Quelques questions auxquelles nous devons impérativement répondre pour clore cette série, mais pour ça, il faut se rendre sur le prochain et dernier épisode.

Si vous voulez aller plus loin…

 

ARTICLE PRÉCÉDENTEpisode 3: La révolution bolivarienne sous Chavez

ARTICLE SUIVANTEpisode 5 (FIN): Bilan, critique, et suite de la Révolution

Notes:

1: Le dernier discours de Hugo Chavez
2: Article 233 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
3: L’opposition considère comme une « fraude constitutionnelle » le fait que Maduro soit vice-président et candidat à l’élection qui suit (Venezuela: la présidence par intérim de Maduro est « une fraude », rtbf.be, 9 mars 2013). L’article 229 de la constitution prohibe effectivement le fait d’être candidat à la présidence et vice-président en même temps, mais la critique est fausse. Maduro n’exerce plus la fonction de vice-président mais de président à la suite du décès de Chavez. Par conséquent, il est tout à fait possible qu’il soit candidat, en qualité de président de la République.
4: Capriles, le maître atout de l’opposition vénézuélienne, Le Figaro, 4 octobre 2012
5: Venezuela : Henrique Capriles, l’opposant qui fait trembler Chavez, France Info, 5 octobre 2012
6: La esperanza de Venezuela, El Pais, 4 octobre 2012
7: Téléchargement du plan disponible en français sur le site de l’ambassade vénézuélien en France: Plan de la Patrie
8;9: Maurice Lemoine, Au Venezuela, victoire du « chavisme sans Chávez », 17 avril 2013
10;11;12: Informations sur le déroulement des guarimbas tirées de: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016
13;16: Paulo A. Paranagua, Leopoldo Lopez, prisonnier politique numéro un au Venezuela, Le Monde, 11 septembre 2015
14: Venezuela: Valls soutient Leopoldo Lopez, Le Figaro, 15 octobre 2015
15: Paulo A. Paranagua, La lutte de Lilian Tintori pour la libération des prisonniers politiques au Venezuela, Le Monde, 16 septembre 2015
17: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016
18: La CIA confirme publiquement qu’elle travaille au « changement de gouvernement au Venezuela », Venezuela Infos, 26 juillet 2017
19: La page du Conseil National Électoral sur les élections de 2015 étant indisponible, les chiffres des résultats sont tirés de Wikipédia. Néanmoins ils sont fiables, dans la mesure où ils concordent avec ce que l’on peut retrouver dans certains articles de presse (très rares) sur le nombre de voix qu’a perdu le chavisme et gagné l’opposition notamment.
20: Au Venezuela, les défis de l’opposition victorieuse, L’Obs, 7 décembre 2015
21: Projet de Loi d’Amnistie et de Réconciliation Nationale (en espagnol)
22: Articles 70 et 72 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
23: Voir les détails de la procédure de convocation du référendum révocatoire dans cette présentation du CNE
24: Guillermo Alvarado, Une fraude gigantesque dans la collecte de signatures pour le révocatoire est dénoncée au Venezuela, Le Grand Soir, 4 août 2016
25: Ignacio Ramonet, Les 10 victoires du Président Nicolás Maduro en 2016, Telesur, 31 décembre 2016
26: Carolina Cerda-Guzman, La décision du 30 mars 2017 du TSJ: un « auto-coup d’Etat » juridictionnel, 17 mai 2017
27: Venezuela: Maduro appelle le Tribunal suprême de Justice à revoir ses décisions, RFI, 1er avril 2017
28: Article 348 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
29: Le « Rambo » du Venezuela : Oscar Pérez, pilote d’hélico et acteur, Euronews, 28 juin 2017
30: Pascual Serrano, La photo d’un attentat terroriste à Caracas qui transforme la victime en oppresseur, les-crises.fr, 27 août 2017
31: Venezuela : qui sont les victimes des 3 derniers mois de tentatives de coup d’État de la droite?, initiative-communiste.fr
32: Le bilan des victimes des manifestations au Venezuela, les-crises.fr, 6 septembre 2017
33: Les 130 morts du « dictateur » vénézuélien, Le Grand Soir, 9 septembre 2017

34: El desestabilizador furtivo: la NED en Venezuela, Mision Verdad, 4 mars 2014
35: Trump n’écarte pas une « option militaire » pour le Venezuela, Venezuela Infos, 13 août 2017
36: L’Amérique latine rejette en bloc une intervention militaire au Venezuela, Le Monde, 14 août 2017

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