Sur les hauts de Lidice, à Caracas, la commune ou rien…

12 juillet 2018

Captura de pantalla 2018-07-18 a las 1.35.38 p.m.Au milieu d’une très dure conjoncture économique et des conséquences de la guerre menée depuis plusieurs années contre les classes populaires du Venezuela, l’organisation populaire se réveille. Une deuxième révolution s’amorce-t-elle ? Un signe d’espoir apparaît à Caracas, réputée plus difficile en termes d’organisation : les habitant(e)s décident d’élire une commune pour travailler de manière collective. « Seul le peuple peut sauver le peuple » ?

Par Malu RENGIFO @malurengifo/ photos: Enrique Hernandez.

Haut, très haut, sur les hauteurs de Lidice, un ensemble de communautés agissaient jusqu’ici séparément, chacune de leur côté et selon leurs moyens. Les habitants de La Orchida travaillaient à résoudre leurs propres problèmes, ceux de La Vaquera, les leurs et ceux de El Bosque également, etc. Ce fut un désastre, en fin de compte on n’aboutit pas à grand-chose. Sept conseils communaux se battaient chacun pour ses affaires : l’eau -mais rien n’a été fait à part le petit escalier bleu menant à la maison de Jacintica – ou la hausse des tarifs du transport alors que l’arrêt se trouve toujours à l’angle de l’épicerie – de là jusque sur les hauteurs, les autres s’en occuperont – , ou le nettoyage du ruisseau – mais chacun son territoire, et au bout du compte, ça ne sert à rien puisque le ruisseau commence tout là-haut et suit son cours jusqu’en-bas, et si quelques uns le nettoient à un endroit mais qu’il est mal entretenu à un autre, à qui servira-t-il ?

Au milieu d’une telle confusion, les communautés qui vivent sur les Hauts de Lidice se sont rappelé les élections de 2015, bâclées et mal gérées par les institutions -car il faut bien reconnaître que cela fut le cas- et elles se sont regardées les unes les autres en constatant le résultat : nous avons perdu l’Assemblée Nationale. « Que nous est-il arrivé? Ta faute ?, chaviste de merde, tu étais trop paresseux pour aller voter ? etc…

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Ces jours-ci un jeune homme nommé Jésus Garcia, avec un important groupe de compagnons, a consacré son temps à faire un travail d’organisation à El Polvorin, sa communauté d’origine, mais diverses circonstances l’ont rapproché des Hauts de Lidice. Une relation forte s’est nouée entre les activités menées là et celles de Jesus sur le plan de l’organisation populaire. Jésus est resté là et a commencé à se mobiliser aux côtés des habitants, à la recherche de l’idéal chaviste: la Commune.

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Photo : Le travail a également consisté à parcourir l’ensemble de la communauté pour relever les problèmes particuliers de chaque foyer.

 

Malu Rengifo – Je dois admettre que je m’attendais à trouver, en arrivant à cet endroit, un petit panneau indiquant « Vous arrivez à la Commune de …. », à voir définies les limites de la Commune, à voir des gens de la Commune en train de travailler, à voir où se terminait la Commune, à la rencontrer, à la soupeser, à l’évaluer et de venir leur raconter une histoire du genre « visite de parc thématique », mais ça n’a pas été le cas. Les choses se sont passées de la manière suivante.

Où est située la Commune ?

Jesus Garcia – Nous voici dans la Commune. Tout ce que nous voyons en fait partie, elle commence tout là-haut et s’étend jusqu’aux secteurs qui se trouvent là en bas, nous indique-t-on en désignant presque le ciel, puis le flanc de la montagne jusqu’à sa base quelques kilomètres plus bas au niveau de l’Avenue Sucre de Catia. Nous pouvons maintenant affirmer que nous sommes devenus la Commune Urbaine Socialiste Altos de Lidice. Nous sommes le produit de l’union de sept conseils communaux qui convergent ici, avec ses huit CLAP, son club du 3ème âge, un total de plus de 1 305 familles comptant 3 506 habitants environ, selon un recensement effectué il y a un peu plus d’un an.

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Photo : surmonter la situation est plus compliqué qu’il n’y paraît. La discussion constante des problèmes est essentielle.

Comment s’est déroulé le processus de sa mise en place ?

Ecoute, la décision de son organisation a surgi de la nécessité de résoudre les problèmes du quartier non de manière sectorisée ou temporaire, mais durablement et pour tous. C’est extrêmement difficile, comme ça l’a aussi été de nous organiser en tant que commune, mais rien ne pourra être résolu si nous restons chacun dans notre coin. Le processus a été très instructif, car le temps passait et aucune méthodologie d’organisation ne fonctionnait. Nous n’avons pas adopté la méthodologie du Ministère des Communes pour nous guider, nous avons commencé par nous organiser en conseils communaux et décidé de nous réunir pour réfléchir à des solutions, à penser la Commune.

Au début, personne ne comprenait de quoi nous parlions, de sorte que nous avons dû inventer nos propres méthodes ; nous avons commencé par discuter et il s’est trouvé que les gens ont été séduits, non pas par l’idée de Commune, mais par celle de compagnon, de voisin, de la manière dont celui d’à côté envisageait les problèmes, comment il en parlait et quelles solutions possibles il envisageait ; une sorte d’intérêt s’est progressivement porté sur de la question de l’organisation. A un moment donné, nous avons commencé à rédiger la charte fondatrice, à organiser des élections et une consultation afin de savoir si les membres, ou la majorité des membres des conseils communaux voulaient réaliser la Commune ; et bien qu’il y eut des réticences, bien que beaucoup de pessimistes pensaient que l’apathie ou le refus des gens nous feraient reculer devant ce projet, le résultat a été surprenant : plus de 90% de votes positifs. Il y a eu quelques chose comme 9 votes contre et 300 en faveur de la Commune.

La décision de nous organiser a été prise il y a environ six mois, et la Commune elle-même a été fondée légalement il y a un mois. C’est un processus qui avance très progressivement car il est très difficile de faire venir les institutions jusqu’ici pour régler un problème ou s’enquérir de nos besoins. C’est à nous de nous déplacer pour donner des informations sur une situation donnée, solliciter une aide, c’est pourquoi tout ce que nous avons réussi à faire l’a été par la seule volonté des habitants. Pour obtenir ces réussites, je peux t’affirmer que nous n’avons pas cessé de lutter. Nous avons d’abord identifier les problématiques : la pauvreté, la malnutrition, la situation difficile des petits exploitants, de graves problèmes d’eau et de transport ; et en fonction de ces données, nous avons réussi à faire venir la Directrice des Communes de Caracas, Mary Carmen Moreno, afin de l’informer de la situation, lui faire part des solutions que nous avions envisagées, les engagements que nous étions prêts à prendre afin d’être nous-mêmes partie prenante des solutions proposées et du soutien que nous demandions au ministère pour ce qui est des fonds et de tout ce qui serait nécessaire pour atteindre notre objectif.

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Que va-t-il résulter de cette expérience ?

Ce qui m’a surpris dans tout cela, vois-tu, c’est le fait que cette Commune soit apparue juste au moment où il était impensable que les gens veuillent s’organiser en commune. Malgré les difficultés environnantes, qui faisant sans doute penser aux gens « chacun pour soi », j’ai senti qu’ici les gens se disaient : « Comment « chacun pour soi », jeune homme? Ici, nous allons nous organiser car personne d’autre ne viendra régler nos problèmes ». Tu peux constater qu’ici les voisins s’organisent effectivement, et nous avons lancé des initiatives pour aller apporter nous-mêmes notre soutien à d’autres familles en difficulté, c’est comme ça. La chose remarquable dans cette Commune a été le fait que dans un moment difficile pour tout le monde, où il était dur de trouver de la nourriture pour les familles, des gens qui en disposaient en ont donné pour sauver les autres.

Quels problèmes ont été prioritaires ?

La santé et la pauvreté sont passées en premier. Maintenant, nous sommes en train de voir comment faire pour le transport et l’eau, mais je peux t’assurer que c’est grâce à aux habitants eux-mêmes, qui ont occupé les lieux et les ont entretenus, en les peignant et en les gardant en bon état, que nous avons pu obtenir qu’on nous dote de brancards, de matériel, etc. qui nous ont permis d’installer deux dispensaires médicaux dans la communauté. Nous avons aussi pris une initiative que nous avons appelée « sac magique » : il s’agit d’un sac de jouets et d’aliments que nous avons donné à des enfants qui se trouvaient dans les pires situations. Une fois, nous avons fait une rumba (fête) là-bas, et nous ne savions que demander pour l’entrée ; il nous est venu à l’idée que ce pourrait être un jouet, un vêtement ou quelque chose à manger ; nous pensions que personne n’allait venir. Nous nous sommes trompés : nous avons réussi à emplir deux grands sacs de jouets et d’autres choses pour les gosses de la communauté.

Quelle est l’activité économique de la Commune ?

Ici, tu trouves des cordonniers, des fabricants d’uniformes, de costumes de bain. Il y a quatre hectares de terrains exploités et les produits qui en sont tirés sont distribués par l’intermédiaire des CLAP de la Commune. Il y a des gens qui font de tout afin de satisfaire, en premier lieu, les besoins de la Commune. La création d’une boulangerie est en cours ! Voilà ce que nous sommes en train de faire.

Source : http://epaleccs.info/wp-content/uploads/2018/07/REVISTA-ÉPALE-CCS-N285.pdf

Traduction : Frédérique Buhl

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