Le Venezuela vu du Sud féministe

 

 

 

Par Virginia Bolten, journal digital argentin.

Cette chronique est la première que le Journal Virginia Bolten publiera au fil des prochaines semaines sur le voyage réalisé dans ce territoire de Notre Amérique.

 

Venezuela, la dignité d’un peuple qui ne se rend pas

En débarquant à l’aéroport international de Maiquetía, proche de Caracas, on peut lire sur les uniformes des travailleurs : “Ministère du Pouvoir Populaire”; Ces mots ¨peuple¨et ¨populaire¨ sont ceux que nous avons le plus lus tout au long des journées intenses vécues dans la capitale.

Ce voyage que nous avions planifié pour écouter les mouvements sociaux et connaître de première main la réalité vénézuélienne, commençait par de nombreuses surprises… Les rues tranquilles démentaient la réalité inventée par l’hégémonie médiatique. Le chaos exposé dans les images et déroulé dans les storytellings de la ¨crise humanitaire¨ se désagrégeait peu à peu, faisant place sous nos yeux à la réalité concrète, palpable. Un privilège seulement possible quand on se trouve au coeur d’une situation.

Sur la route de Parque Central – où nous étions logées – apparaissaient de longues files dans les boulangeries et dans les banques. De nombreuses personnes, de manière ordonnée et calme, mais avec le visage de la fatigue, attendaient pour acheter du pain et retirer de l’argent. Une scène qui se répèterait souvent les jours suivants. A plusieurs reprises nous avons dû faire de longues files pour acheter des aliments et là aussi nous avons pu parler avec des personnes sur comment obtenir tel ou tel produit et partager leurs sentiments sur la situation économique en pleine réforme monétaire.

Nous sommes arrivées au moment où le gouvernement avait annoncé l’émission de nouveaux billets. Les millions de Bolivars Forts se convertissaient en Bolivars Souverains après l’élimination de cinq zéros. Dans la rue, dans les magasins et dans les ascenseurs les conversations tournaient toujours autour de : “Combien coûteront les choses après le changement de monnaie ?¨ Malgré la nouveauté, les personnes ne semblaient pas espérer grand chose de la modification monétaire. Le salaire avait certes été augmenté de 6000% mais le secteur privé, majoritaire, avait augmenté les prix dans la même proportion.

Féminisme bolivarien

Le premier jour de notre visite se tenait l’Assemblée Populaire Féministe sur la Place Bolivar. Nous arrivâmes un peu plus tôt, ce qui nous permit d’observer d’autres activités qui se déroulaient sur au coeur du vieux centre historique.

Peu à peu les compagnes arrivèrent. Les drapeaux de couleur violette, LGTB, et les foulards verts au cou des organisatrices indiquaient le lieu de l’activité : face à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La première du genre fut proclamée durant le gouvernement de Hugo Chávez. C’est le plus haut organe de pouvoir de l’État vénézuélien. Peu après nous sûmes que depuis un an, chaque 28 du mois, l’assemblée féministe se réunissait au même endroit.

Les interventions dénoncèrent le manque d’accès aux pilules contraceptives, celles du lendemain comme le Misoprostol. Sur ce sujet Daniella Inojosa de l’organisation féministe Encre Violette (Tinta Violeta) du Réseau de l’Araignée Féministe expliqua : “les médicaments se trouvent aux mains des grandes transnationales qui possèdent les licences, elles livrent un blocus économique contre le Venezuela et attentent contre les médicaments génériques. Durant le gouvernement de Hugo Chávez, ces médicaments étaient subventionnés mais actuellement, en pleine attaque économique contre le pays, les pilules contraceptives ne sont pas considérées comme prioritaires, elles ne comptent pas parmi les médicaments subventionnés”.

Le machisme structurel qui tarde à céder, et le manque d’appui dans les espaces de lutte, surgirent au fil de toutes les interventions. Parmi les slogans criés par les compagnes :  “Avortement légal partout !” “Pas à l’État, ni au parti, ni au mari, ni au patron; mon corps est à moi et la décision m’appartient”. Une des exigences faites au gouvernement, comme nous l’expliqua une des manifestantes du réseau de femmes qui appuient les compagnes décidant d’avorter, est que la contraception soit considérée comme un droit humain. Une intervention des plus fortes rappela le fait qu’il n’y a pas de droit à l’avortement en cas de viol.

La manifestation et les revendications prirent fin avec l’intervention d’un groupe d’étudiants qui participaient à une autre activité sur la place, avec leur uniforme scolaire et tou(te)s avec un peu plus de dix ans d’âge, et qui crièrent au micro : “hommes et femmes luttant en équité : ainsi se construit le pouvoir populaire!”.

Source : Journal Virginia Bolten, http://virginiabolten.com.ar/editorial/venezuela-la-dignidad-de-un-pueblo-que-no-se-rinde/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4ju

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