Les frères Rodriguez, cinéastes vénézuéliens, en Tunisie: “faire des films reste un acte de résistance à l’Empire, il faut travailler de sud à sud”

TUNIS, 8 nov. 2019 (Agence TAP Tunisie Afrique Presse) –

(Note de Venezuelainfos: ) Dans notre École Populaire et Latino-américaine créée au Venezuela il y a 25 ans, nous avons toujours pu compter sur la participation des jumeaux Rodriguez, cinéastes et formateurs de grand talent. En témoigne ce court-métrage remarqué par le magazine français Reporterre

Durant leur séjour récent en Tunisie, Andrés et Luis Rodriguez ont exploré cette lumière fascinante de la pointe Nord du continent africain. Après un ancien séjour dans le Sahara algérien, ils sont de retour vers ce monde lointain de leur terre natale, le Venezuela, royaume des Andes et des populations autochtones d’Amérique Latine.

Entretien à la Cinémathèque Tunisienne avec les frères jumeaux à la sensibilité profonde et découverte du monde d’un duo de cinéastes complices; Luis plutôt calme et bon orateur, et Andrés aux allures d’un séduisant rebelle derrière la caméra.

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La lumière de Tunisie… rappelle celle des Andes

« Sur le chemin de retour de Kélibia vers Tunis, j’étais fasciné par le coucher du soleil et cette lumière unique qui couvre l’horizon ». Andrés regrette de n’avoir pas eu sa caméra sur lui pour immortaliser cette lumière impressionnante qu’il venait de découvrir avec son frère.

Ils étaient à la découverte de nouvelles opportunités dans la ville du plus ancien festival du cinéma en Tunisie, le Fifak. Les frères jumeaux se disent fascinés par cette lumière tunisienne « pareille à celle qu’on a sur la vaste étendue des hauteurs des Andes ».

Ils seraient sur les pas de Paul Klee, un siècle auparavant ébloui par cette lumière Tunisienne. Ils assimilent l’effet d’une lumière qui leur fait rappeler les descriptions et le monde pictural de Klee, lors de son voyage en Tunisie en 1914.

Ils captent une « lumière limpide, très différente de celle à Caracas, assez intense ». Andrés est sous le charme d’une « lumière qui est ici plus soft. Elle est dramatique comme une peinture ». Le duo croit en ce pouvoir métaphorique de l’image.

Quand on est cinéaste et photographe, la luminosité demeure cette magie qui opère pour réunir le triangle inséparable de la technique, la créativité et la lumière. Leur voyage à Tunis semble bouleverser leur conception de l’image qui serait probablement plus lumineuse.

Les frères cinéastes sur les plateaux de tournage

Sur le tournage, le tour de manivelle s’opère entre ces jumeaux natifs de 1974 derrière la caméra depuis plus de vingt ans et dont les propos laissent présager deux personnages au tempérament quelques parts opposés.

Entre les Rodriguez, le partage des tâches sur le plateau de tournage se fait d’une manière assez spontanée. Selon Luis, l’un à la direction d’acteurs, l’autre derrière la caméra. Parfois on fait usage d’une seule caméra et une fois fatigués, chacun prend sa propre boite magique… »

Être à la fois réalisateurs, scénaristes, photographes, et cameramen, a aidé encore plus leur travail en duo. Un atout qui s’avère parfois compliqué à gérer. Quand on est frères et jumeaux, il arrive de se bagarrer, un fait assez courant qu’ils gèrent avec beaucoup d’amour.

Travailler en duo, permet, selon Luis, « d’avoir le contrôle sur les outils techniques et tout le processus cinématographique ». Toutefois, les visions « sont parfois assez différentes ».

Luis, admet cette intersection entre le cinéma de fiction et le cinéma atmosphérique plutôt basé sur le sensoriel, les sentiments et l’image. Car au final, les deux genres transmettent une histoire à travers l’image.

Andrés est quant à lui un rebelle derrière la caméra qui privilégie une certaine méthodologie de narration. « Je ne me limite pas au scénario et parfois je me trouve orienté vers des choix plus sensoriels ».

Les films que le duo aime faire sont parfois très intimistes qui cherchent dans la psychologie intérieure des caractères. Même si le documentaire est un genre de prédilection pour les Rodriguez, le duo demeure convaincu que la fiction est aussi importante puisque les deux genres reposent sur le même fondement qu’est l’image et la poésie de l’image qui est universelle.

Le duo se dit porté par « la réalisation de fictions avec la méthode du documentaire, une façon à nous d’approcher un peu plus la réalité, le caractère réel, et de raconter une histoire». Il s’agit là d’une approche qu’ils essayent de développer et de ne pas se limiter au scénario qui demeure une partie du processus.

Le cinéma au pays de Chavez

Les sanctions économiques internationales sur le Venezuela ont considérablement affecté le pays et la vie de tous les jours et de chaque citoyen. Le cinéma en fait partie et subit les conséquences d’un tel embargo. « C’est un secteur endommagé par la situation », regrette Luis.

Les Rodriguez mentionnent le soutien de l’Etat Vénézuélien tout au long des 15 dernières années à travers des institutions qui oeuvrent au développement de l’industrie du film. « Brecha En El Silencio » (Brecha en el silencio), une fiction de 2012, présentée à Tunis, a été réalisée en partenariat avec une société de production publique qui oeuvre en dehors du circuit commercial.

Les cinéastes au Venezuela font également des coproductions avec des pays de l’Amérique du Sud et d’Europe. Sauf que même avec l’encouragement de l’Etat, « réaliser le sursaut espéré dans le cinéma vénézuélien n’est pas si évident ».

Au pays d’Hugo Chavez, le célèbre Commandant disparu, les cinéastes sont obligés de recourir à différentes approches et méthodes de travail. Ils sont contraints à faire des films à petit budget comme, c’est le cas pour les frères Rodriguez, selon lesquels il serait vital de trouver d’autres approches exigées par le contexte actuel..

Actuellement, faire des films est devenu un acte de résistance », affirme André. Les cinéastes sont obligés de lutter contre ce qu’ils qualifient d' »ennemi culturel. » Ils sont ouverts à tous les cinémas du monde, mais estiment qu’il n’est pas évident de construire un film face au monopole des grandes industries.

Les réalisateurs vénézuéliens se trouvent dans une situation de lutte contre une certaine invasion culturelle de l’industrie cinématographique du nord. Une situation qui demeure assez similaire à d’autres cinématographies des pays du Sud.

Besoin de Coproduire avec des Tunisiens

Le voyage des Rodriguez en Afrique du Nord n’est pas le premier. Ils avaient dans le passé séjourné plus qu’un mois et demi sur le camp Sahraoui en Algérie, dans le cadre un atelier de cinéma proposé par le ministère de la culture vénézuélien.

De leur intérêt pour la culture de ces peuples et des thèmes sur les drames humains était né leur film “En attendant le Vol”, un doc-fiction de 2013. Ils évoquent une découverte et un contact quotidien avec les réfugiés qui était derrière l’idée d’un documentaire portant « un regard sans préjugé aucun autre que le visuel et la découverte des peuples du Sahara. »

Leur visite en Tunisie a créé une grande envie d’entamer des coproductions avec des cinéastes tunisiens. La projection de leurs films dans le cadre du Focus sur le cinéma en Amérique du Sud des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) 2019 et à la Cinémathèque constitue aussi une façon de dénicher de nouveaux partenariats.

Dans une période où leur pays vit dans un moment assez difficile, les Rodriguez ne veulent pas limiter leurs partenariats aux seuls pays de l’Amérique latine et du Nord et l’Europe. Ils croient vital d’opter pour les coproductions avec pour objectif de s’ouvrir sur le Continent africain et le Monde arabe.

Les Rodriguez adoptent une vision commune autour de cette sensibilité qui est commune aux peuple de l’Afrique, du Monde arabe et d’Amérique latine ». Ils comptent sur «notre ressemblance et cette haute sensibilité qui « sera notre arme contre le diktat des grosses productions internationales.

Faty-sara

Source : https://www.tap.info.tn/fr/Portail-%C3%A0-la-Une-FR-top/12010851-des-andes-les

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