Nicolas Maduro résiste aux pressions de l’UE et des USA et défend le droit au suffrage universel des vénézuélien(ne)s

L’Union européenne (UE) a finalement ratifié sa position initiale : elle ne comptera pas parmi les observateurs internationaux des élections législatives du 6 décembre au Venezuela. Cette annonce s’est faite dans un contexte de fortes pressions diplomatiques et même militaires, comme la présence jeudi, dénoncée par le ministère des affaires étrangères vénézuélien, d’un destroyer de missiles guidés du Commandement Sud des Etats-Unis (US) à 16,1 miles nautiques des côtes.

« Les conditions ne sont pas réunies pour qu’un processus électoral, équitable et démocratique ait lieu », a déclaré le communiqué de presse du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) publié après la visite de deux membres du SEAE à Caracas, où ils ont rencontré Juan Guaidó, « toutes les forces d’opposition », la Conférence épiscopale, « la société civile et le secteur privé », selon ses informations.

La possibilité pour l’UE de reconnaître les élections législatives était paradoxalement liée… au report du scrutin : « sans un report et une amélioration des conditions démocratiques et électorales, l’UE ne peut envisager d’envoyer une mission d’observation électorale« .

Ces derniers jours, les sénateurs américains Marco Rubio et Benjamin Cardin ont envoyé une lettre au « chancelier européen« , Josep Borrell, pour lui demander de ne pas reconnaître le suffrage. Au même moment, un groupe de dirigeants et de partis de la droite européenne a envoyé une lettre au président du Conseil européen Charle Michel, pour dénoncer Borrell et ses « incongruités et ses conséquences désastreuses (…) pour ses initiatives politiques promues en collaboration avec le gouvernement espagnol« .

Lettre signée par des secteurs ouvertement pro-coup d’État au Venezuela, tels que María Corina Machado, Enrique Aristeguieta, Humberto Calderón Berti, et un arc de forces de droite avec des acteurs d’extrême droite tels qu’Álvaro Uribe, le PAN du Mexique, le PRO d’Argentine, ainsi que le Parti Populaire, Ciudadanos et VOX d’Espagne. L’initiative visait à la fois à discréditer Borrell, et à faire pression pour une non-reconnaissance du scrutin du 6 décembre, et enfin à attaquer le gouvernement espagnol : le Venezuela est à la fois un dispositif de politique internationale et intérieure.

La décision de l’UE a eu des conséquences prévisibles. L’une d’entre elles est la décision d’un des leaders de la droite, membre de l’oligarchie économique vénézuélienne, Capriles Radonski, de ne pas se présenter aux élections. Il avait déjà prévu qu’il ne participerait pas au cas où l’observation internationale européenne ne serait pas présente. « Cette élection doit être reportée. Nous demandons qu’elle soit reportée« , a-t-il déclaré mercredi soir. Son annonce était accompagnée de celle de Stalin Gonzalez, un autre leader de l’opposition, qui avait décidé de s’écarter de la feuille de route du Guaidó.

La carte électorale nationale et internationale ressemble maintenant à la situation du mois d’août : sans nouvelle reconnaissance internationale, et avec les mêmes acteurs politiques nationaux qui y participeront. Maduro a ratifié que les élections auront lieu le 6 décembre, pour lesquelles 107 organisations politiques et plus de 14.000 candidats se sont inscrits dans tout le pays, leur liste étant disponible sur le site du le Conseil National Electoral.

Plusieurs des chefs de l’opposition non putschiste et indépendante des USA et de l’UE, qui se présenteront aux élections ont été sanctionnés par les États-Unis, qui ont pris ces dernières semaines de nombreuses mesures pour empêcher la participation des forces politiques de croître à l’approche du vote du 6 décembre. La politique actuelle de Washington est d’empêcher que la dispute politique puisse être médiée démocratiquement, via les résultats électoraux, tant que le président Maduro poursuivra son mandat.

Cela signifie trois choses. D’une part, cinq nouvelles récompenses d’un million de dollars du gouvernement états-unien, la plus élevée étant de 10 millions de dollars. Différents acteurs qui font partie de tentatives d’incursion armée parlent publiquement d’extraditions de dirigeants chavistes. Ces menaces se sont accompagnées d’une nouvelle manœuvre d’un navire de guerre états-unien près des côtes vénézuéliennes.

Dans le même temps, le gouvernement Trump a confirmé qu’il continuera à soutenir le président fantoche Juan Guaidó jusqu’à ce que la « liberté » soit acquise. Dans le but de fabriquer une légitimité à sa permanence sans Assemblée nationale élue, l’opposition partisane d’une stratégie de « non-participation électorale« , a annoncé qu’elle mènera une « consultation Populaire » pour « rejeter la fraude » du 6 décembre, et autoriser « toutes les actions nationales et internationales« …

Enfin, les sanctions économiques menacent d’affecter davantage le commerce effectué par certaines grandes compagnies pétrolières étrangères dans le pays, en affectant par exemple l’importation de diesel. L’impact du blocus a affecté les revenus de l’Etat : Maduro a rapporté qu’au 28 septembre, seuls 477 millions de dollars ont été perçus par la Banque centrale du Venezuela en provenance d’entités publiques, et a annoncé une loi anti-blocus en cours de discussion à l’Assemblée nationale constituante.

Dans ce contexte, diverses protestations ont eu lieu dans différentes parties du pays, marquées par le besoin de services tels que le gaz, l’électricité, l’eau, l’essence et le problème des bas salaires. L’opposition appelle à la mobilisation et cherche à prendre la tête de ce qui pourrait être un conflit plus large, bien que, pour le moment, elle ait échoué dans ces plans en raison de sa crise de leadership et, plus généralement, d’une érosion générale de la politique dans de larges pans de la population.

Le dernier trimestre de l’année annonce donc de fortes pressions contre les élections et d’éventuels affrontements politiques. Le scrutin du 6 décembre pourrait être un tournant décisif, non seulement en raison de la date elle-même, mais aussi de ce qui le suivra.

Marco Teruggi

Source : https://www.pagina12.com.ar/296163-nicolas-maduro-resiste-a-las-presiones-y-convoca-a-votar

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/02/nicolas-maduro-resiste-aux-pressions-de-lue-et-des-usa-et-defend-le-droit-au-suffrage-universel-des-venezueliennes/

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