Lopez Obrador, Petro et Maduro dénoncent le coup d’État contre Pedro Castillo

On le sait, l’élection de Pedro Castillo à la présidence du Pérou a immédiatement déclenché de la part de l’élite économico-médiatique une guerre implacable, au dehors comme au dedans d’un parlement où il n’avait pas la majorité, pour rejeter l’émergence d’un peuple trop longtemps méprisé. Cette oligarchie a pu compter sur les errements et l’auto-isolement de Castillo, piégé par des « conseillers » qui l’ont poussé à dissoudre illégalement le congrès face à une énième menace de destitution. Elle a eu beau jeu de dénoncer un « coup d’État » pour capturer le président avec l’appui des grands médias, de l’armée, de la police, de l’OEA et des États-Unis. Mais on aurait tort d’analyser cette affaire sur la seule base des « événements » de Lima. La patience du peuple est longue. Il faut comprendre la centralité et la profondeur du mouvement populaire qui dépasse largement le cadre gauche-droite, mu par le besoin de dignité des exclus, des indigènes, boomerang d’une humiliation séculaire par l’oligarchie médiatique, économique centrée sur Lima. Des mobilisations ont lieu dans tout le pays (au point de voir un média privé demander à la police de « mettre une balle dans la tête des manifestants« ) pour exiger la libération du président, demander la dissolution d’un congrès hautement impopulaire (plus de 80% de désapprobation), des élections générales, et l’organisation d’une assemblée constituante. Cette Constituante, qui figure parmi les promesses oubliées par Castillo, finira inéluctablement par briser le verrou d’une caste à contre-courant de l’Histoire.

Mobilisations populaires au Pérou (13 décembre 2022)

Présent au cœur d’une marche populaire à Caracas pour commémorer les dix ans du dernier discours d’Hugo Chávez (photos), le président Nicolas Maduro a décrit la « lente tactique du coup d’État parlementaire, les votes de défiance contre les ministres, contre les chefs de cabinet, le harcèlement permanent, parlementaire, politique, médiatique et judiciaire sans limites, qui a poussé Castillo jusqu’à l’extrême de tenter de dissoudre le congrès. Cette extrême droite veut envoyer aux mouvements populaires, aux mouvements progressistes, un message : « Nous n’allons pas vous laisser gouverner ». Nous, nous disons à l’extrême droite vénézuélienne : « Vous ne reviendrez pas au pouvoir ». Au Pérou, elle va tenter d’humilier Castillo, de le condamner à 30 ans de prison. C’est l’oligarchie de Lima, habituée à faire ce qu’elle veut. La même oligarchie qui a persécuté Sucre et désavoué ses victoires. La même oligarchie qui a persécuté Bolivar et a renié sa gloire. C’est la même oligarchie de Lima qui sort aujourd’hui ses griffes. Nous n’intervenons pas dans les affaires intérieures d’un pays mais je fais une réflexion : j’espère que le peuple péruvien, dans le cadre de sa Constitution, renouera plus tôt que tard avec son destin de libération, de vraie démocratie, de bonheur et de réalisation pleine. Paix pour le Pérou ! Démocratie pour le Pérou ! Égalité pour le Pérou ! Justice pour le Pérou ! Nous, Bolivariens, le demandons depuis l’Amérique du Sud, avec tout notre amour ».

Opinion partagée par Evo Morales, ex-président de Bolivie, renversé par la même machinerie de droite coloniale – médias internationaux, OEA, USA et certains pays de l’UE – : « Le coup d’État du Congrès de droite au Pérou appelle à une profonde réflexion. Un gouvernement élu par le peuple ne devrait jamais abandonner sa base idéologique ou se distancer de son militantisme. Penser que la droite peut accepter des présidents issus de mouvements populaires est la pire des erreurs historiques. » L’ex-président hondurien Mel Zelaya, victime en 2009 d’un coup d’État organisé par ces mêmes acteurs parce qu’il projetait de faire bénéficier son pays des programmes de coopération économique et sociale de l’ALBA, « condamne fermement le coup d’état au Pérou qui viole la volonté souveraine du peuple, représenté par le Président Pedro Castillo. » Le gouvernement hondurien lui-même a dénoncé officiellement le coup d’État. Le 12 décembre, les gouvernements de la Colombie, de l’Argentine, de la Bolivie et du Mexique signent une déclaration conjointe, dénonçant le « harcèlement antidémocratique contre le président Castillo« , refusant de reconnaître la présidente de facto Dina Boluarte et contestant la destitution de Pedro Castillo: « ceux qui composent les institutions doivent s’abstenir de revenir sur la volonté du peuple exprimée par le libre suffrage« .

Le président colombien Gustavo Petro s’est exprimé via Twitter : « Pedro Castillo a été encerclé dès le premier jour parce qu’il était un professeur des zones rurales et un président élu par le peuple. Il n’a pas réussi à mobiliser le peuple qui l’a élu et s’est laissé conduire au suicide politique et démocratique. Lorsque j’ai rencontré Pedro Castillo, on tentait de faire une perquisition dans le palais présidentiel pour arrêter sa femme et sa fille. Il m’a salué en plein siège. Un coup d’État parlementaire était déjà en cours contre lui. J’ai été surpris de les voir enfermés dans le palais, isolés du peuple qui les a élus. Sans doute Pedro Castillo a-t-il eu tort d’essayer d’utiliser l’article de la constitution péruvienne qui permet de dissoudre le Congrès qui avait déjà décidé de le destituer sans respecter la volonté du peuple. L’anti-démocratie ne peut être combattue par l’anti-démocratie. Mais une voie pacifique, solide et démocratique pour l’Amérique latine ne peut pas non plus se construire avec des jugements sans délits, ni avec des coups d’État parlementaires, que le progressisme ne doit jamais imiter. Ce qu’ils essaient de faire revivre depuis les coups d’État parlementaires au Paraguay et au Honduras, c’est la technique de l’élimination de l’adversaire, le non-respect des décisions populaires dans les urnes. C’est cette voie qui a tué Allende et plongé les Amériques dans la dictature. J’ai affirmé que le grand pacte latino-américain entre toutes ses forces politiques et sociales, qu’elles soient de droite ou progressistes, est la Convention américaine des droits de l’homme ; aujourd’hui, même le secrétaire général de l’OEA ne la respecte pas. Il appartiendra au peuple péruvien, et à personne d’autre, de résoudre la crise institutionnelle et l’absence de véritable représentation. Mes salutations et mon respect au grand peuple péruvien, celui des hauts plateaux et celui du désert. »

Le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a confirmé dans une conférence de presse que Pedro Castillo avait contacté l’ambassade du Mexique à Lima pour demander l’asile, mais qu’il avait été intercepté avant d’y arriver. Selon lui, « ils avaient probablement déjà mis son téléphone sur écoute et ils l’ont aussitôt arrêté puis ont cerné l’ambassade avec la police et des civils« . Obrador a précisé avoir demandé à son ministre des Affaires étrangères, Marcelo Ebrard, de parler à l’ambassadeur du Mexique au Pérou pour qu’il accueille le président dans l’ambassade, et a exigé que les autorités péruviennes « respectent les droits humains » de Pedro Castillo et « protègent sa famille« , considérant qu’il a été victime d’un « coup d’État soft » auquel « les médias péruviens et les élites économiques et politiques » ont participé. « Il est important de tirer la leçon, parce que cela est appliqué dans différents endroits du monde, ce ne sont plus des interventions militaires, mais des coups d’État soft basés sur le contrôle des médias par les oligarques. Le but de ces manœuvres est de saper les autorités légalement et légitimement constituées, surtout si ce sont des personnes qui viennent du peuple, ou qui veulent faire quelque chose au profit du peuple et n’appartiennent pas aux élites« . Le mandataire mexicain a déclaré que son gouvernement attendrait quelques jours avant de reconnaître Madame Dina Boluarte, jusqu’ici vice-présidente, nommée présidente après la destitution de Castillo. « Nous ne savons pas, mais nous allons attendre quelques jours, je pense que c’est la chose la plus appropriée à faire. Il y a plusieurs gouvernements (qui l’ont reconnue), mais le Mexique est le Mexique, nous sommes libres et souverains, nous avons une tradition de politique étrangère et nous n’aimons pas le suivisme« .

A Lima, mobilisation populaire contre la destitution de Pedro Castillo.

Thierry Deronne, Caracas le 9 décembre 2022.

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