Mahmoud Abbas : ¨Le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie.¨

Le gouvernement bolivarien vient de signer un accord avec la FAO pour le développement de cultures vivrières en Afrique sub-saharienne (1) sur la base de son expérience en Haïti via PetroCaribe et la CELAC, et de signer avec le chancelier Djibrill Bassolé plusieurs accords pour approfondir la coopération agricole et énergétique avec le Burkina Faso (2).

Avec la récente visite du chef de l’État Palestinien Mahmoud Abbas, Nicolas Maduro prolonge ce qui avait été son tout premier acte de politique étrangère au lendemain de son élection à la présidence de la République, lorsqu’avait été inauguré à Caracas le siège diplomatique de l’État Palestinien (3)Ce 16 mai 2014 la Palestine et le Venezuela ont signé à Caracas de nouveaux accords qui concernent la coopération énergétique et la solidarité politique.abbasmadurom1

L’accord énergétique, a précisé Maduro, permettra de fournir à la Palestine un premier chargement de 240.000 barils de diesel et de pétrole, ce qui contribuera à couvrir ses besoins pour qu’elle puisse continuer à se fortifier, à se consolider”, ajoutant que la Palestine participera dorénavant aux accords avec PetroCaribe et avec l’ALBA et que le Vénézuéla l’appuiera dans sa politique de renforcer ses liens avec l’Amérique Latine. Pour le président vénézuélien, les ¨traités de libre commerce ne sont ni libres, ni des traités, ce sont des traités de domination économique. L’Alba est arrivé pour en finir avec ces concepts néo-coloniaux dans l’économie« .

Mahmoud Abbas a souligné “un aspect important parmi tout ce que nous avons signé, qui fait de la Palestine une nation observatrice au sein de la CELAC (4); ainsi que la conformation d’une commission ministérielle vénézolano-palestinienne, nous allons préparer la réception de cette commission en Palestine, et la visite rapide du président Maduro et de toute son équipe. Merci à tous ceux qui ont préparé ces accords qui seront suivis de près, merci au Venezuela d’appuyer le peuple de la Palestine dans sa longue lutte, de nous aider à briser le monopole d’Israel sur notre économie¨.

Les deux chefs d’État ont également souscrit un accord pour mettre en place la ¨Misión Milagro¨ dans la nation arabe (mission sociale permettant d’opérer et de soigner gratuitement les patients souffrant de maladies ou de difficultés oculaires). “Nous serons toujours aux côtés du peuple palestinien. Que vivent les mémoires éternelles de Yasser Arafat et de Hugo Chávez !¨ a lancé Maduro.

Cette visite est la troisième pour Abbas qui signa en 2009 avec le président Chavez les trois premiers accords de coopération politique, universitaire, économique et commerciale (5). En octobre 2011, le président palestinien était de retour à Caracas, obtenant l’appui du gouvernement bolivarien pour demander son admission comme membre de plein droit lors de la 66ème session de l’Assemblée Générale de l’ONU.

Source : Ciudad Caracas, http://www.ciudadccs.info/?p=562737

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

           (1) https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/10/%C2%A8de-port-au-prince-a-caracas-nous-partageons-le-meme-objectif-la-souverainete-alimentaire-%C2%A8/

(2) Pour le détail des accords avec le Burkina Faso voir le communiqué conjoint : http://www.fasozine.com/index.php/actualite/12305-djibrill-bassole-a-caracas-une-nouvelle-ere-s-ouvre-entre-le-burkina-faso-et-le-venezuela

(3) Voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/18/premier-acte-de-politique-etrangere-du-gouvernement-maduro-defendre-les-droits-du-peuple-palestinien/ 

(4) Sur la CELAC, voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/01/iieme-sommet-de-la-celac-a-la-havane-retour-en-force-de-lequilibre-du-monde-de-bolivar-et-de-marti/

(5) Voir https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/13/le-venezuela-defend-les-revendications-du-peuple-palestinien-plusieurs-accords-sont-signes/

URL de cet article : http://bit.ly/1jEeYSu

A César ce qui est à Chirinos

Par Luis Britto Garcia

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Qu’a été le Venezuela pour nos romanciers ? Pour les romantiques, une compilation d’anecdotes de littérature picaresque et de genre ; pour les positivistes, un catalogue de tares raciales héréditaires aggravées par le métissage ; pour ceux de gauche, une étincelante violence prométhéenne. Néanmoins, au cours du dernier tiers du XXème siècle, se profile un genre narratif qui tente de récupérer une image du pays dépourvue de confrontation avec un projet sociopolitique à grande échelle. J’aime l’appeler la telluricité personnelle : le retour à la terre natale, ceci non pas selon la perspective du réformiste qui revient sous la forme d’un prédicateur, mais de celle d’un homme qui ne s’est jamais séparé spirituellement de sa région, au point de ne faire qu’une seule chose avec elle.

Carmen Navas

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Ce phénomène devient manifeste en 1970 avec « L’ossuaire de Dieu », d’Alfredo Armas Alfonzo. L’œuvre crée un modèle que suivront la majeure partie de ceux qui développent ce thème : le romancier qui se confond avec les personnages ; la simplicité et le colloquial dans le langage, la tension poétique, la fragmentation et l’extrême brièveté des textes. Ces traits caractérisent également Compagnon de voyage d’Orlando Araujo ainsi que les textes de sujet rural de Au pied de la lettre, livres publiés la même année. Les partagent aussi Redes maestras et Á deux pas à peine d’ Efrain Hurtado ; Merci pour les services rendus d’Orlando Chirinos ; Zone de tolérance de Benito Yradi, Mémoires d’Altagracia de Salvador Garmendia et Dictionnaire des fils à papa et Buchiplumas de César Chirinos. Il s’agit presque sans exception d’auteurs provinciaux qui ont cherché une vie nouvelle à la ville ; celles-ci leur semblent hostiles et inintelligibles et ils tentent de reconstruire une utopie sur les terres sacrées de leur souvenir. Presque tous, ils ont subi le choc culturel d’un déracinement précoce et une vie amphibie entre métropole et ruralité. Même César Chirinos, épitomé de zulianité, est né à Coro et résume de façon ancestrale l’héritage de l’hébraïsme sépharade, de l’africanité et des mille courants qui confluent dans les embarcadères de Coro et Zulia. Depuis 1632 les juifs sépharades qui parlent espagnol et, qui participent également au trafic d’esclaves africains, viennent de Hollande à Curaçao et de là à Coro. Un port est une agora où se retrouvent et se mêlent toutes les ethnies et toutes les cultures. Lors d’une interview César déclare au sujet de son parler : dans la Caraïbe tous ceux d’entre nous qui ont vécu dans les ports, nous avons ce langage propre à la Caraïbe.

3

César reconstitue cette immense côte au moyen d’une dense élaboration linguistique : son terroir et ses origines trouvent leur fondement dans une façon de dire : un langage. Déjà dans les titres, des régionalismes agressifs nous assaillissent : El quiriminduña de los ñereñeres, Buchiplumas. Oui, nous sommes dans le baroque, la première des constantes de l’espace hallucinatoire de la Caraïbe : la complexité, la surcharge décorative qui, comme la chaleur, envahit tout. Lisons cette ligne initiale de El quiriminduña : » La main de trois doigts, arrondie, tremble dans l’une de ses pénombres ». Considérons cette fin de Desombresriendeplus : « C’est alors que ta plume et ta vie s’intègrent sublimement l’une à l’autre pour devenir poète et assumer la réciprocité des protagonistes terrestres et temporels et des protagonistes impérissables et universels, sans théomanie, rien qu’avec le symbole de ta volonté d’exprimer, exercé tel le métier guerrier de l’amour ». Dans la prose de César la fonction poétique prédomine, celle qui se rapporte au langage lui-même. Ainsi, comme l’auteur participe de ces héritages culturels africains, sépharades, coriens et zuliens, son écriture se meut entre la prose, la dramaturgie et le vers. Comme il déclare à Daniel Fermin : « Dans le passé, j’ai compris que la poésie ne suffisait pas pour dire ce que je voulais dire. Je l’ai abandonnée au profit du conte, du théâtre et du roman(…) A présent, j’utilise les ressources de ces trois genres pour faire des poèmes. Je reviens vers elle car j’ai épuisé la prose ».

César Chirinos

César Chirinos

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Mais qui dit baroque, dit musicalité et sensualité. Ecoutons César qui déclare à Yordi Piña : Bien sûr, parce que je suis fils d’afro-descendants. Je le dis toujours, en Afrique le sens guide l’ouïe, mais en occident c’est l’œil, mais celui-ci fait des erreurs. Avec l’oreille je recueille et je travaille avec ce qui se fait et non pas avec les êtres, comme dit Octavio Reyes, l’écrivain mexicain, qui a dit que ce qui se fait est un, alors que les êtres sont nombreux. Je suis spontané dans l’écriture car si je faisais des efforts je n’écrirais pas. Je vois les images et elles me poussent à écrire, même la plus simple. Avec ces boussoles sensorielles César parcourt ses labyrinthes, sans aide de parents illettrés et sans autre académie qu’un tardif doctorat Honoris Causa qui reconnaît une œuvre désormais accomplie. La mer et le lac évaluent les maîtres de la vie, attentifs au contretemps de l’infini.

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Mais les fêtes du corps de la Caraïbe ne sont qu’un déguisement pour le lointain, pour le détachement. Dans les romans du terroir le sujet s’affaiblit au moyen de la diffusion de l’anecdote qui concerne des centaines de petites créatures. Les personnages d’Alfredo Armas Alfonzo dans  L’ossuaire de Dieu et Le désert de l’ange, de César Chirinos dans Buchiplumas et Dictionnaire des fils à papa constituent une foule, des sujets collectifs. Leurs auteurs se refusent intentionnellement à faire de l’un d’eux un protagoniste. Ainsi, le personnage principal du Dictionnaire semble résumer la zulianité. Il a été homme Shell ou homme Creole, de ceux qui ôtent les boutons de manchette de leur chemise pour jouer au billard. Il a participé à des aventures imaginaires, comme le lancement d’un ballon aérostatique ; il est fidèle à la tradition qui préfère les sanitaires à chaîne Boy ; il conduit un camion jusqu’à ce que la foudre d’une syncope le précipite dans l’abîme. Dans cette profusion d’êtres et d’événements, même le narrateur, lorsqu’il se présente comme témoin des faits, semble effacé et flou. Le sujet n’est qu’une voix désireuse de se fondre et de se confondre dans l’immense communauté des voix, qui sont le souvenir. 

Un foule d’êtres sans voix et sans musique, de ceux qui incendient des universités et des écoles maternelles, a coupé des voies et m’a empêché de dire personnellement ces mots à cet admirable César. Jamais ils ne brûleront le symbole de la volonté du verbe, exercé tel le métier guerrier de l’amour.

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Liens utiles :

Chirinos, César: Diccionario de los hijos de papá. Edificaciones Guillo, Maracaibo. 1974.

-El Quiriminduña de los Ñereñeres. Monte Ávila Editores, C.A. Caracas,1980.

-Buchiplumas. Monte Ávila Editores C.A. Caracas, 1987.

-Mezclaje. Fundarte, Caracas, 1987.

-Sombrasnadamás. Editorial Planeta Venezolana S.A. Caracas, 1992.

Piña,Yordi: César Chirinos encuentra en haceres la tinta de su pluma caribeña, YVKE radio. 21-3-2014.

LBGPERSLuis Britto García (Caracas, 9 octobre 1940) est un écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit  “Rajatabla” (Prix « Casa de las Américas » 1970) et “Abrapalabra” (Prix « Casa de las Américas » 1969).

 

Source de cet article : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2014/04/al-cesar-lo-que-es-del-chirinos.html

Traduit de l’espagnol par Sylvie Carrasco

Photos : Luis Britto, Carmen Navas

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/22/a-cesar-ce-qui-est-a-chirinos/

Semer l’homme qui écoute

Il y a un mystère que les politologues ne sont pas près de percer en ce qui concerne le président Chavez, mort le 5 mars 2013, à l’âge de 58 ans. Malgré l’intense, incessant  travail des médias internationaux pour en faire un “dictateur”,  travail initié il y a deux siècles déjà par des consuls états-uniens qui diffusaient de Simón Bolívar l’image d’un “César assoiffé de pouvoir”, les peuples latino-américains n’ont jamais été dupes. D’où vient la connection souterraine ? D’où vient la communication secrète, anonyme, permanente ?

Hier, 3 mars 2014, une femme a tenu à se faire photographier avec ses enfants auprès du géant façonné par les artisans du carnaval populaire d’Olinda (État de Pernambuco, Brésil). Dans l’État de Santa Catalina, plus au sud, une paysanne et militante des Sans Terre, a réalisé un portrait dont chaque pièce est une semence.

Olinda, Brésil 4 mars 2014

Santa Catalina, Brésil, mars 2014

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Campement National « Hugo Chavez » organisé par les Sans terre à Brasilia, mars 2013.

Et l’an dernier lorsqu’il dénoncèrent l’abandon de la réforme agraire par le gouvernement de Dilma Roussef, c’est du nom du leader vénézuélien que les Sans Terre baptisèrent leur campement installé à deux pas du palais présidentiel, à Brasilia.

Les Sans Terre se souviennent d’un « leader d’origine pauvre qui n’a jamais trahi son peuple. Nous l’avons connu lors des premiers forums sociaux organisés pour débattre de la sortie du néo-libéralisme. Avec lui nous avons construit une proposition continentale d’agro-écologie qui serve de base pour une politique de production d’aliments sains pour toute la population, et un réseau continental d’écoles d’agro-écologie. Ensemble nous avons jeté les bases d’un projet d’intégration continentale, mais à partir des peuples, au-delà des articulations gouvernementales et commerciales. Beaucoup de présidents lorsqu’ils arrivent au pouvoir, se croient les maîtres du monde, ne conservent que la bouche et perdent les oreilles. Chavez, lui, en toute simplicité, t’écoutait, cherchait à converser avec toi pour apprendre,  écouter».chavez en OlindaCarnaval d'Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

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Carnaval d’Olinda, État de Pernambuco, Brésil, mars 2014.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

Campagne du Mouvement des Sans Terre en solidarité avec le Venezuela Bolivarien.

 

Bref, d’oú vient que le mort Chávez ne meurt jamais ? La réponse se trouve peut-être dans son dernier message, écrit quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

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Hugo Chavez visite un campement productif du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre (Brésil, Tapes, janvier 2003)

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

T.D., Caracas, 4 mars 2014

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/04/semer-lhomme-qui-ecoute/

Le Venezuela et le Mali renforcent leur coopération universitaire

« Formons un seul peuple, un seul continent, nous ne pouvons rien attendre sinon de nous-mêmes » : c’est pour continuer à faire vivre la “Lettre à l’Afrique” de Hugo Chavez  (1) que les gouvernements de Nicolas Maduro et de la République du Mali ont renforcé ce jeudi 9 mai 2013 leur coopération en matière universitaire.

Lors de sa réunion avec son homologue malien Messa Ould Mohamed Lady, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, le Ministre bolivarien de l’enseignement universitaire Pedro Calzadilla a rappelé que près de 400 étudiants africains ont bénéficié d’une bourse pour étudier au Venezuela, parmi lesquels vingt étudiant(e)s du Mali. “Le gouvernement bolivarien, dans sa politique de solidarité et d’amitié avec les peuples de l’Afrique, a mis en place une politique spéciale pour partager avec les étudiants et les universités africaines l’expérience que nous vivons au Venezuela. Il s’agit de pratiquer notre volonté d’ouverture, d’alliance avec ce continent qui est aussi notre mère, que Chavez nous a enseigné à comprendre et à reconnaître comme une de nos références. Calzadilla Mohammed Mali Venezuela 2013Les deux ministres ont évalué les accords passés et préparé de futures actions en commun. Le représentant officiel du Mali a notamment marqué son intérêt pour l’expérience développée par la “Mission Sucre” qui déploie l’accès à l’université à travers la “municipalisation”, la rendant ainsi plus accessible à l’ensemble de la population. Mr. Mohammed Lady a annoncé la prochaine visite au Mali d’un représentant vénézuélien pour connaître de plus près la situation de la nation africaine, signer les accords qui doivent encore l’être, offrir un séminaire sur l’expérience de la municipalisation et diagnostiquer ensemble de nouveaux domaines de coopération : “Tout ce que j’ai vu au Venezuela est plein d’exemples et de bonnes pratiques que le Mali doit s’approprier pour qu’ils contribuent au développement de notre peuple” a déclaré le Ministre malien qui s’est également réuni avec Prudencio Chacón, recteur de l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV) et Sandra Moreno, Directrice de l’École Latino-américaine de Médecine “Salvador Allende” (ELAM). (2)

En mars dernier le legs du président Chavez était déjà évoqué par l’ex-Ministre de la Culture du Mali, l’écrivaine Aminata Traoré (3). Nous publions l’entretien qu’elle a accordé au site Jeune Afrique. Rappelons que Madame Traoré vient d’être interdite de séjour par la France pour avoir dénoncé les raisons de son intervention militaire au Mali (notamment protéger le pillage de l’uranium par Areva) – et exigé le respect de la souveraineté de son pays. Traoré cite à ce sujet Wolfgang Sachs : « Toute société impérialiste voit dans l’Autre la négation de l’idéal qu’elle s’efforce, elle-même, d’atteindre. Elle cherche à le domestiquer en l’attirant dans le champ d’application de son idéal et en l’y situant au degré le plus bas. » (4).

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Jeune Afrique : Quelle est la réaction de l’Africaine altermondialiste que vous êtes à la mort d’Hugo Chavez ?

Aminata Traoré : Plus qu’en Africaine altermondialiste, je réagis d’abord en amie. C’est un homme courageux, qui est resté proche de son peuple et que certains considèrent à tort comme un simple populiste. J’ai eu le privilège de le côtoyer, d’aller au Venezuela me rendre compte de la parfaite gestion des ressources naturelles dans un pays du Sud. Hugo Chávez a démontré qu’un autre modèle est possible : les ressources naturelles, qui sont la richesse des pays du Sud, peuvent être utilisées au profit des populations.

Nul ne peut lui contester cet aspect de son bilan, très important à mes yeux. Car, dans nos pays, c’est là que le bât blesse. Sa gestion des ressources naturelles fait de lui un modèle pour les pays africains aux ressources abondantes, pris en otages par les pays occidentaux qui se les disputent sans que les populations y trouvent leur compte.

Pourtant il était aussi très critiqué…

Il est tellement facile de parler au nom des peuples et d’agir ensuite autrement. Elles sont légion, les fausses promesses de développement qui leur sont faites, au Nord comme au Sud. Je note actuellement l’extrême difficulté des démocraties occidentales à relever certains défis. Chávez, lui, aura marqué son temps, son continent, son pays, ainsi que la plupart des citoyens du monde qui ont pu noter sur le terrain les avancées de sa politique. Je n’ai pas l’impression d’avoir eu affaire à un dirigeant politique qui sert d’abord ses intérêts et ceux des siens. Pour l’Africaine que je suis, c’est extrêmement important. Cette particularité mérite d’être soulignée au moment où il disparaît.

Iriez-vous jusqu’à dire qu’il fut une sorte de Nasser latino ?

Il était lui-même. Il a puisé dans l’histoire de l’Amérique latine l’inspiration de ce qu’il nomme « révolution bolivarienne ». C’est vrai qu’il rendait hommage aux grandes figures de l’Histoire qui avaient privilégié l’intérêt de leurs peuples, c’est-à-dire qui avaient voulu consacrer les ressources naturelles à leur bien-être. Il est clair que certaines orientations économiques peuvent desservir les intérêts de quelques-uns : on ne peut pas plaire à tout le monde. Pour son type de leadership, que personnellement je respecte, il compte parmi les grandes figures des luttes de libération de nos pays. C’est un homme de courage, de conviction. Ça peut coûter cher, mais il a assumé jusqu’au bout.

Des hommes politiques africains se réclament-ils ouvertement d’Hugo Chávez ?

Ils ne le peuvent pas. Il n’y a qu’à voir l’unanimisme qui prévaut aujourd’hui dans la lecture de la situation du Mali, où l’on réduit tout à la lutte contre le terrorisme. Or celui-ci est alimenté par la misère morale et matérielle des populations, qui n’en peuvent plus. À cause de fanatiques, de nombreux innocents sont tués, tout simplement parce que le problème est mal posé. La question fondamentale est économique. Peut-on prétendre avoir mis en œuvre dans les pays africains des politiques économiques et sociales qui profitent d’abord aux populations, notamment aux plus vulnérables ? C’est ce qu’Hugo Chávez, lui, a essayé de faire. En Afrique, les politiques économiques mises en place visent à ouvrir les portes aux investisseurs qui rapatrient systématiquement leurs profits. Je ne vois pas, dans nos régions, d’hommes d’État qui osent dénoncer ce type d’orientation. Ils n’en ont pas le courage ; ceux qui essaient sont sacrifiés.

C’est pour tenter de changer ces orientations qu’Hugo Chávez a contribué à la création de l’América del Sur – Africa (ASA) ?

Il a tendu une perche à l’Afrique. Je me souviens du passage d’ATT [l’ancien président malien Amadou Toumani Touré, NDLR] au Venezuela. À ma grande surprise, j’avais entendu le président malien affirmer qu’un autre monde était possible. La plupart des chefs d’État africains qui ont été au contact d’Hugo Chávez ont admis que son orientation était la bonne. Sauf que, dans la pratique, nos politiques ont tendance à céder au clientélisme. Par ailleurs, ils regardent encore trop peu du côté de l’Amérique latine. Ils se tournent vers l’Asie, rêvant d’émergence, mais oubliant que l’Asie qui gagne ne se laisse pas dicter des solutions. L’Afrique ne fait que ça : céder. Hugo Chávez, lui, était un résistant.

Par Clarisse Juompan-Yakam

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Notes :

(1) Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

(2) Source : http://www.mppeu.gob.ve/web/index.php/noticias/show/id/5321

(3) Aminata Traoré, « Hugo Chavez était un résistant », « Jeune Afrique », 7 mars 2013, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130307083907/

(4) Acceptée par une grande partie de la gauche française comme une “croisade laïque contre des terroristes islamiques”, cette guerre fait l’objet d’une forte manipulation médiatique et n’est pas étrangère à la destruction de l’État libyen (et de nombreuses vies civiles) par l’OTAN qui inclut la France. Pour Aminata Traoré, “les enjeux de l’intervention militaire en cours sont : économiques (l’uranium, donc le nucléaire et l’indépendance énergétique), sécuritaire (les menaces d’attentats terroristes contre les intérêts des multinationales notamment AREVA, les prises d’otages, le grand banditisme, notamment le narcotrafic et les ventes d’armes), géopolitique (notamment la concurrence chinoise) et migratoires.”

Lire son exposé intégral dans Le Grand Soir : http://www.legrandsoir.info/le-naufrage-et-l-offense-le-mali-a-rendre-aux-maliens.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/10/le-venezuela-et-le-mali-renforcent-leur-cooperation-universitaire/

« Afro-descendants du Venezuela… en avant toute ! » par Jesús Chucho García

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Un Odu de Ifa dit : « Ne préfère pas le sentier au chemin »

Le mouvement social afro-vénézuélien (MSA) (1) s’est jeté dans la bataille électorale pour appuyer le Plan Patria 2013-2019 légué par le président Chavez et pour mobiliser le vote en faveur du candidat bolivarien à la présidence Nicolás Maduro. Celui-ci incarne cet engagement d’approfondir la participation populaire dans la prise des décisions qui  transformeront notre société, vers un socialisme comme inclusion sociale, sans distinction de race, visant l’égalité pleine de toutes et tous les vénézuéliens. L’opposition de droite exprime, une fois de plus, sa nature raciste (2) et son adhésion aux politiques impériales, avec sa menace arrogante de supprimer la plupart des acquis sociaux de quatorze ans de révolution et dont bénéficient quatre-vingt pour cent des vénézuéliens. L’enjeu de l’élection présidentielle du 14 avril 2013, au-delà d’un suffrage en faveur des déshérités, est un modèle de coexistence sociale, souverain, antiraciste.

Les cinq objectifs du « Plan Patria 2013-2019 » et la participation du mouvement afro-descendant.

Avant le départ physique du président Hugo Chavez, s’est ouvert dès 2012 un débat citoyen parmi tous les secteurs du peuple vénézuélien pour construire le plan socialiste 2013-2019, qu’on peut lire in extenso ici : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

Ce plan, repris intégralement et soumis aux électeurs par le candidat Nicolas Maduro pour les présidentielles du 14 avril 2013, repose sur cinq objectifs stratégiques :

  1. La consolidation de notre indépendance, liée à l’irréversibilité de notre souveraineté.
  2. La construction du socialisme du XXIe siècle pour atteindre « le plus grand bonheur possible, la plus grande quantité de sécurité sociale et le plus haut niveau de stabilité politique » (Simón Bolívar).
  3. Transformer le Venezuela en puissance sociale, économique et politique au sein de la grande nation latino-américaine et caraïbe.
  4. Contribuer au développement d’une nouvelle géopolitique internationale multipolaire (le monde n’appartient plus à l’unipolarité: USA-Europe de l’Ouest) pour assurer la paix mondiale.
  5. La préservation de la vie humaine sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine.

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    Jesús Chucho García

Ces cinq objectifs ont été discutés ouvertement par le mouvement afro-descendant. Nous avons pu insérer nos propositions dans plusieurs de ces objectifs. Jamais jusqu’ici notre participation n’avait été prise en compte dans les douze plans stratégiques élaborés dans l’histoire de notre pays.

Dans l’objectif stratégique 1, sont à présent reconnues «les contributions morale et politique des afro-descendants tels que le héros José Leonardo Chirino, dans la construction de l’indépendance et de la souveraineté de notre pays. »

Dans l’objectif 2, est soulignée «l’émergence définitive du nouvel État démocratique et social, de droit et de justice, avec la participation des personnes afro-descendantes dans le développement du système fédéral de gouvernement.»

Dans l’objectif 4 – celui de «la construction d’un monde multipolaire» – l’intégration de notre Amérique Latine et dans les Caraïbes va au-delà d’une intégration économique, et vise l’intégration ethnique et l’inclusion de plus de 150 millions de personnes afro-descendantes historiquement exclues des vieux projets d’intégration néo-libérale.

A présent, des organismes comme l’ALBA, la CELAC, le MERCOSUR et l’UNASUR, contribueront à éliminer la pauvreté, à en apprendre davantage sur notre histoire commune, comme en ont convenu récemment les ministres de l’Éducation de la CELAC réunis à La Havane.

En ce qui concerne l’Afrique, ces projets et la «Lettre à l’Afrique», une des dernières lettres publiques du président Chavez, insistent sur la nécessité de créer des liens avec «la Mère-Patrie» et reconnaissent sa contribution à notre identité. Cette lettre doit être étudiée tant par nous comme afro-descendants que par les peuples d’Afrique et la diaspora africaine dans le monde. Son texte intégral est lisible ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

L’agenda électoral des afro-vénézuéliens en 2013.

Redisons d’abord que jamais nos communautés n’avaient reçu un appui de l’Etat vénézuélien tel qu’il s’est manifesté au cours des quatorze années de la révolution bolivarienne.

Aujourd’hui, au sein des plus de deux millions d’étudiants dans nos universités publiques, un grand pourcentage est afro-descendant. Nous avons aujourd’hui plus de terres agricoles pour notre consommation, avec des soutiens sous forme de prêts financiers et de dotations de machines. Nos pêcheurs artisanaux sont également soutenus, et dans de nombreuses communautés l’exploitation sociale et la destruction écologique causées par la pêche industrielle ont disparu. Le système de santé publique parvient à nos communautés rurales et urbaines. Les femmes afro-vénézuéliennes bénéficient des programmes de soutien socio-productif tels que «Mères de quartiers» et «Banque de la Femme». (3)

L’agenda électoral du mouvement afro-descendant vise à défendre des points spécifiques du Plan Patria 2013-2019. Le mouvement a déjà organisé une série de débats et de forums à Caracas, Osma, Barlovento et continuera cette semaine ces activités à Ocumare del Tuy, Valencia, San Juan de los Morros, Yaracuy, dans le sud du lac de Maracaibo et dans toute l’afro-géographie nationale.

Tâches futures du processus bolivarien vis-à-vis des afro-descendants.

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Créer l’Institut national contre la discrimination raciale. Rédiger le règlement de la Loi déjà approuvée contre la discrimination raciale. Créer la figure du médiateur et défenseur public des droits des communautés afro-descendantes. Redimensionner la Commission présidentielle contre la discrimination dans l’éducation. Favoriser la diffusion de textes scolaires sur les thèmes afro-vénézuéliens et africains. Inclure dans la Loi du Culte de la reconnaissance de la spiritualité afro-descendante. Reprendre la discussion de la Loi de la Culture avec les propositions des afro-descendants. Repenser les politiques culturelles avec une plus grande inclusion de la diversité culturelle afro-vénézuélienne. Créer au niveau des politiques publiques des espaces pour recevoir et traiter les revendications des communautés afro-descendantes, au sein des ministères et des institutions suivantes : Ministère des Communes, de la Santé, de la Femme, de la Jeunesse, de l’Agriculture, de l’Environnement, Institut National de la Statistique, Ministère de la Communication (soutien aux radios et Tvs communautaires afro-vénézuéliennes), INAPYMI (petites et moyennes entreprises), Corporation du Cacao, INAPESCA (pêche), pour que ces demandes servent de base contraignante aux politiques de développement soutenable de nos communautés.

Sur le plan international, concrétiser les accords de la quatrième réunion « afro-descendants et transformations révolutionnaires »: création du fonds afro de l’ALBA,  du Fonds de solidarité avec Haïti, création du Comité Afro-descendant de la CELAC, participation au Forum de Sao Paulo, conception d’un plan d’action dans le cadre de la « Décennie des peuples afro-descendants » (2012-2022),

Jesús Chucho García (4)

VENEZUELA  AFRODESCENDIENTE

Notes :

  1. Blog du Mouvement Social Afro-vénézuélien : http://movimientosocialafrovenezolano.blogspot.com/p/quienes-somos.html
  2. Sur le racisme de l’opposition vénézuélienne et de ses médias (majoritaires) : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  3. « Banco de la Mujer » (Banque de la Femme) : http://www.minmujer.gob.ve/banmujer/
  4. Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel, diplomate et fondateur/activiste du mouvement afro-descendant vénézuélien, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf )

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  1.  « Le jour où le Burkina Faso fabriqua son drapeau bolivarien »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/
  2.  « Pourquoi l’Afrique doit impérativement s’inspirer de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/
  3.  « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  4.   « Il est temps pour nous, intellectuels d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique, de montrer que nous vivons dans un monde d’apparences« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/31/boubacar-boris-diop-il-est-temps-pour-nous-intellectuels-damerique-latine-dasie-dafrique-de-montrer-que-nous-vivons-dans-un-monde-dapparences/

Source (espagnol) : http://www.alainet.org/active/63054&lang=es

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/07/afro-descendants-du-venezuela-en-avant-toute-par-jesus-chucho-garcia/

Boubacar Boris Diop : « Il est temps pour nous, intellectuels d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique de montrer que nous vivons dans un monde d’apparences »

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Dans son dernier manifeste, « Lettre à l’Afrique » (1), Hugo Chavez exprime sa conviction totale que tôt ou tard les Africains et les Latino-américains se retrouveront comme un seul et même peuple mais qu’eux seuls sont capables d’accomplir ce destin. Nous publions en ce sens une interview du romancier sénégalais Boubacar Boris Diop (Dakar, 1946), une des plumes les plus importantes de l’Afrique contemporaine. En compagnie d’autres écrivains, il s’est rendu à plusieurs reprises au Rwanda et son roman: « Murambi, le livre des ossements » est un voyage au coeur du génocide qui s’est déroulé entre avril et juin 1994 (2). Cet entretien publié originalement par la revue mexicaine « Círculo de poesía » revient sur la nécessité de l’alliance entre Afrique et Amérique Latine, l’échange entre ses intellectuels, la révolution bolivarienne et l’exemple de Chavez, le besoin d’écrire dans la langue vernaculaire ou l’interminable colonialisme de la gauche française et occidentale.

Luis Martinez Andrade : Quel est le rôle de la littérature dans le monde tel qu’il se présente à nous, avec ses abominables niveaux de pauvreté et d’exclusion, comme une situation terrible, désespérée ?

Boubacar Boris Diop : Vous avez raison, le monde va très mal, à chaque fois on a l’impression qu’il sera meilleur mais après quelques années on se rend compte qu’il est encore pire. La littérature a toujours été là, d’abord pour avertir, pour alerter : « Attention: la direction que nous prenons n’est pas la bonne« . Par conséquent, je pense que le rôle de l’écrivain est d’abord d’être à l’avant-garde pour dire à ceux qui viennent : « Attention, je vois que ça va mal tourner. » D’une certaine manière, l’écrivain est un visionnaire. Mais en annonçant le futur, il ne perd pas de vue le présent, son rôle est à la fois de faire connaître les maux de la société et de l’aider à en guérir. L’écrivain met à nu les inégalités au sein des sociétés humaines mais aussi les déséquilibres entre le Nord et le Sud, entre les pays développés et tous les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui sont exploités. La poésie, comme la littérature dans son ensemble, doit être active et pas seulement contemplative, elle doit aider à changer le monde.

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LMA : Pensez-vous que la meilleure poésie francophone s’écrive aujourd’hui hors de France ?

BBD : Pour moi, le plus grand poète français du XXème siècle est Aimé Césaire. Mais Aimé Césaire était noir, nous avons été obligés de reconnaître son génie, mais en le confinant à un endroit où il ne pouvait pas bouger. Si Aimé Césaire avait été un poète français blanc, son pays lui aurait construit un monument national. Aujourd’hui, en plus de la poésie, le théâtre et la prose sont plus vivants hors de France. Mais nous ne devons pas chercher à mieux écrire que les français, l’important pour nous, je crois, est de développer nos langues maternelles pour nouer un contact direct avec nos peuples. (3)

LMA : Dans votre roman « Murambi: Le livre des ossements » (2001), vous faites un travail de reconstruction de la mémoire. Quelle est votre opinion sur le phénomène de la colonisation?

BBD : Je pense que la colonisation doit être pensée dans la relation avec le colonisateur. Et notre problème à nous est que la France a toujours refusé de réaliser la décolonisation. Voyez les pays anglophones, ils ont leurs problèmes mais d’une certaine manière ce sont des pays indépendants. Il suffit de comparer la République du Tchad, le Cameroun, le Ghana et le Kenya pour s’en rendre compte. On n’imagine pas le président du Portugal intervenir dans la vie politique interne de l’Angola. Mais si vous observez la situation au Mali, on comprend que la France refuse de quitter l’Afrique, qu’elle entend maintenir sa tutelle sur nos pays. Aujourd’hui, donc, un intellectuel sénégalais, camerounais ou ivoirien doit prendre pleinement conscience que la lutte pour la souveraineté nationale n’est pas terminée. Nous ne sommes pas vraiment indépendants et nous devons continuer à nous battre. Comme vous le savez, le fameux «discours de Dakar», c’était cela : une tentative de théoriser le contrôle des français sur leurs anciennes colonies. En résumé, la situation post-coloniale n’est pas la même dans tous les pays. Il y a une spécificité de la colonisation par la France, qui n’est pas terminée. Rappelez-vous le rôle des français dans le génocide des Tutsi au Rwanda ou, sans besoin d’aller plus loin, ces images que nous recevons du nord du Mali et qui nous ramènent presque au XIXème siècle…

LMA : Je crois même que le président François Hollande a repris le terme de «Françafrique».

BBD : C’est vrai. Chaque fois qu’un président est élu il s’empresse d’annoncer la fin de la Françafrique. Mais le simple fait de parler ainsi est un aveu que ce système de domination est injuste et immoral : ce n’est jamais le maître qui met fin à la domination, c’est le rôle de la victime, qui doit lutter pour s’affranchir. Croire qu’un «bon» et heureux président français va entrer en contradiction avec ce système serait méconnaître l’interaction des forces économiques. La France, par exemple, contrôle l’uranium du Niger, et la compagnie AREVA ne laisserait pas faire. Il y a aussi les banques, les opérateurs des télécoms, etc. Bref, il est important pour l’économie française de garder prise sur l’Afrique et la morale n’a rien à voir avec cela. C’est idiot de penser que la Françafrique puisse disparaître sans notre propre lutte.

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LMA: Nous savons que le colonisé est aussi dominé dans son imagination. Comment pouvons-nous, en tant que natifs de pays post-coloniaux, poursuivre le projet de la décolonisation tel que l’a pensé Fanon ?

BBD : Je voudrais d’abord faire une remarque : la première condition pour surmonter une situation négative est de la comprendre. Vous vous souvenez de ce que Marx a dit : « Jusqu’à présent, les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, il s’agit à présent de le transformer« . Pour moi, il y a une relation dialectique entre la compréhension et le changement. Ils ne peuvent être séparés. A chaque période historique il est nécessaire d’identifier la tâche principale et de passer à l’action. Frantz Fanon, que vous avez cité, a déclaré : «Chaque génération doit, dans un état relatif de captivité, découvrir sa mission. » Il ajoute que «cette génération a le choix entre remplir sa mission ou la trahir ». Dans un monde où les identités ont été libérées, où la conscience nationale s’est évaporée, on peut voir des peuples qui se font dominer sans même le savoir. On assassine des peuples au nom de la lutte pour la démocratie ! Finalement le mensonge tente de se convertir en vérité.

Il est temps pour nous, intellectuels d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique de montrer que nous vivons dans un monde d’apparences où les fascistes se présentent comme des humanistes généreux. Qui peut croire que l’OTAN a détruit la Libye et a tué Mouammar Kadhafi rien que par amour du peuple libyen? Ce n’est pas vrai, c’est même inconcevable. Qui peut croire que la France est intervenue dans le nord du Mali uniquement parce que les moudjaïdines terrorisaient les gens ? En fait, c’est le triomphe du mensonge, le triomphe d’une certain Occident. Le problème vient aussi du fait qu’il nous est très difficile de compter sur des forces de rupture en Occident. Pendant la guerre du Vietnam, à l’époque des guérillas latino-américaines comme celle de Che Guevara, pendant la guerre d’Algérie, les progressistes pouvaient compter sur des forces au sein de l’Occident. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Allez en France et on vous dira, à droite comme à l’extrême gauche, qu’Hollande a fait une bonne action pour l’Afrique en intervenant au Mali. Nous devons apprendre à nous battre. Je dis donc: que devons-nous faire ? Nous ne pouvons pas, comme votre question le laisserait entendre, refuser d’agir, en disant que la bourgeoisie nationale sera pire après l’indépendance politique. Ce risque existe, mais la souveraineté nationale est un point de départ essentiel, nous ne pouvons pas nous en remettre aux étrangers pour tout.

LMA : vous êtes sans nul doute un écrivain engagé, vous avez d’ailleurs participé au Forum Social Mondial. Que pensez-vous de la relation que nous, latino-américains, devons établir avec les africains ? Comment perçoit-on en Afrique les gouvernements progressistes d’Amérique latine?

BBD : Vous savez, j’ai une grande amie qui est aussi notre leader dans le mouvement du FSM africain, son nom est Aminata Dramane Traoré, et elle vient de rendre un juste hommage à Hugo Chavez dans l’hebdomadaire « Jeune Afrique » (3). Un hommage très beau où elle rappelle que Chavez a démontré comment un pays peut gérer ses ressources naturelles pour qu’en bénéficie la population. Les Africains devraient suivre cet exemple.

Vous le savez bien, il y a une vingtaine d’années la CIA faisait la loi en Amérique latine, assassinant des patriotes, détruisant tous les mouvements d’insurrection, menant un travail de destruction considérable. Sans la CIA les Pinochet au Chili, les Videla en Argentine ou les Stroessner au Paraguay n’auraient pas été possibles. Mais les luttes de libération sous différentes formes, la lutte de guérilla, ou dans les organisations de masse, etc.. ont fait que progressivement les dirigeants ont pris conscience des intérêts de leurs pays respectifs. Lula da Silva doit beaucoup au Forum Social Mondial de Porto Alegre. Bien sûr, il y a aussi les luttes intérieures et le rôle du Parti des Travailleurs (PT) mais Lula doit beaucoup à cette dynamique altermondialiste. On peut également citer le cas de Rafael Correa et, bien sûr, celui de Hugo Chavez. Nos deux continents ont beaucoup de choses en commun, mais cela ne se traduit pas par le niveau requis d’échanges entre les intellectuels d’Afrique et d’Amérique latine. C’est une honte, parce que quand je lis Sabato, Garcia Marquez ou Juan Rulfo, pour moi ce sont des écrivains africains, leur univers ne diffère en rien du mien.

LMA : Par ailleurs, dans votre livre « L’Afrique au-delà du miroir » (2009), vous expliquez qu’après votre séjour au Rwanda, vous avez décidé d’écrire dans votre langue maternelle. Quelles autres raisons vous ont-elles amené à prendre cette décision ?

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BBD : La carrière de l’écrivain est très complexe. Elle semble très calme, homogène, ordonnée alors qu’en fait elle est très chaotique. J’ai commencé à écrire dans mon adolescence, vers les 15 ans, parce que je lisais beaucoup Victor Hugo, Molière, etc.. On m’a dit : « Petit, c’est très bien écrit, il faut continuer ! » Je me sentais fier de ces compliments. J’ai commencé à écrire en français sans me rendre compte que la possibilité d’écrire dans une langue étrangère avait des conséquences idéologiques majeures. Les mots de l’autre véhiculaient sa culture et, même en si on s’en éloignait, sa pensée et son œuvre littéraire. La conscience restait confuse sur ce thème. Et quand un Sénégalais qui a toujours vécu dans son pays comme moi, a recours au français, il est privé de la musique intérieure de sa langue, de ses vibrations. J’ai réalisé que mes romans en français ne sont pas liés à ma vie ni aux diverses réalités du Sénégal. Les mots sont froids… ils ne peuvent apporter au récit la décharge électrique dont il a besoin et qui ne se trouve que dans notre langue. Tout cela est devenu clair pour moi à l’âge adulte. Il y a aussi des raisons politiques pour passer du français au wolof, évidemment. La France fut complice du génocide, a participé à l’assassinat d’un million de Rwandais pour défendre sa langue. En voyant tout cela, je me suis dit finalement, qu’en tant que sénégalais, j’utilisais une langue qui puait le sang et qui pourrait coûter un jour ou l’autre la vie à des centaines de milliers de Sénégalais. Donc, sans cesser de l’utiliser, j’ai pris mes distances avec le français.

Je dois ajouter que j’ai toujours été un disciple de Cheikh Anta Diop, le grand penseur africain qui a combattu toute sa vie pour la promotion de nos langues. Et puis, pourquoi écrire des romans que les gens vont lire en France ou en Belgique et jamais dans votre pays ? Dans mes romans, je mentionne que l’Afrique va mal. C’est vrai. Mais à qui dois-je le dire ? Aux étrangers ou aux Africains qui sont ceux qui doivent changer la situation ? Les Occidentaux aiment entendre des intellectuels africains dire que l’Afrique va mal. Cela justifie leurs interventions dans nos affaires. Si l’intervention française au Mali a été reçue avec tant d’enthousiasme c’est parce que tout le monde est convaincu que les Africains sont incapables de prendre leur destin en main, et que même dans les guerres, les européens doivent venir se battre à leur place. Nous, écrivains de la langue française – moi y compris, en partie – avons renvoyé au monde l’image d’une Afrique corrompue et immature. Disons que ce soit vrai … eh bien, écrivons-le dans une langue que les Africains peuvent comprendre pour qu’ils puissent changer de cap. En fin de compte, la question essentielle est : pour qui écrire ? Le français n’est compris que par cinq pour cent des Sénégalais … la réponse n’est-elle pas évidente ?

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Source (espagnol) : http://circulodepoesia.com/nueva/2013/03/entrevista-con-boubcar-boris-diop-africa-literatura-y-politica/

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

  1. Hugo Chavez, « Lettre à l’Afrique », 21 février 2013, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/
  2. Voir http://www.zulma.fr/livre-murambi-le-livre-des-ossements-572001.html
  3. Aimé Césaire : « Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent. […]« 
  4. Aminata Traoré, « Hugo Chavez était un résistant », « Jeune Afrique », 7 mars 2013, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20130307083907/

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  1. « Le jour où le Burkina Faso fabriqua son drapeau bolivarien »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/
  2. « Pourquoi l’Afrique doit impérativement s’inspirer de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/
  3. « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/31/boubacar-boris-diop-il-est-temps-pour-nous-intellectuels-damerique-latine-dasie-dafrique-de-montrer-que-nous-vivons-dans-un-monde-dapparences/

Le centre de Tunis célèbre le message d’avenir de Hugo Chavez

La nuit du 29 mars 2013, le centre de Tunis en liesse a célébré le message d’avenir de Hugo Chavez, un événement marqué par une forte présence de la jeunesse et organisé par le Front Populaire Tunisien. Comme on le voit sur ces images de nombreux citoyens associent le président vénézuélien au leader de gauche Chorkri Belaid, assassiné en février de cette année.

L’ambassadeur du Venezuela, Afif Tajeldine, a rappelé les principales conquêtes du processus révolutionnaire en cours qui, grâce à la forte mobilisation populaire autour du candidat Nicolas Maduro, s’achemine probablement vers une nouvelle victoire aux élections présidentielles du 14 avril 2013.

La Via Campesina a également organisé à Tunis un hommage au dirigeant révolutionnaire latino-américain qui fut non seulement un champion de la réforme agraire, de la défense de l’environnement ou de l’agro-écologie mais aussi un militant attentif aux propositions des premiers forums sociaux mondiaux, dès l’édition de Porto Alegre en 2003.

Pour Douglas Mansur, militant de la Via Campesina Brésil, « de multiples symboles relient Chavez à l’histoire du Forum Social Mondial comme la première défaite des Traités de Libre Commerce impulsés par les États-Unis et la création d’une alternative concrète comme l’ALBA. Avec Evo Morales, il est de ceux qui ont compris le rôle central des mouvements sociaux dans cette lutte permanente pour dépasser le capitalisme, sans jamais se substituer à eux, en les écoutant, en créant le conseil des mouvements sociaux au sein de l’ALBA« .

Vidéo réalisée par l’équipe de ZIN TV et d’ALBA TV au Forum Social Mondial à Tunis  http://www.zintv.org/Hommage-Tunisien-a-Hugo-Chavez

Palestinos Hugo Chavez

Des citoyens palestiniens déploient un portrait de Hugo Chavez face aux soldats israéliens (mars 2013)

Pourquoi l’Afrique doit impérativement s’inspirer d’Hugo Chavez (Libre opinion)

río congo

Comme il sied en pareille occasion, je voudrais avant tout, saluer la mémoire du Président Chavez décédé le 05 mars 2013 à Caracas au Venezuela. Un immense phare s’est éteint. Hugo Chavez Frias a donc définitivement succombé au mystérieux cancer qui le rongeait depuis plusieurs mois. Il avait 58 ans et venait d’être réélu pour un troisième mandat.

Une perte incommensurable.

D’extraction modeste, Hugo Chavez, le « Zambo », métis indo-africain, n’appartenait pas à la caste des élus, celle des descendants des colons espagnols qui ont longtemps trusté le pouvoir d’Etat au détriment des petites gens, en instaura un bipartisme corrompu, oligarchique, et totalement inféodé aux Etats-Unis.
Ces dernières décennies, l’Amérique latine n’a eu de cesse d’offrir au monde entier un champ inouï d’imaginaires et d’innovations politiques dont le noyau essentiel reste la conquête de la souveraineté pleine et entière.

Depuis son accession au pouvoir en 1999, Hugo Chavez fut l’inspirateur, le moteur et le centre de gravité politique de toutes les mutations politiques majeures dans cette partie du monde. L’objectif de cette tribune libre, est de s’inspirer des enseignements d’Hugo Chavez, pour formuler à l’adresse de l’Afrique, un message d’optimisme afin qu’à son tour, celle-ci s’affranchisse totalement du joug néocolonial.

1. Le socialisme révolutionnaire est un humanisme toujours d’actualité…

Face à l’atomisation croissante de nos sociétés, à l’exclusion sociale et à la misère grandissante dans les villes africaines, il urge de redéfinir un nouveau contrat social basé sur un socialisme révolutionnaire. Une sorte de « socialisme de 21è siècle » comme aimait à l’appeler Hugo Chavez lui-même. Chavez l’appelait également « révolution bolivarienne » du nom de Simon Bolivar, héros des luttes d’indépendances en Amérique Latine, parvenu à ses fins grâce à l’apport politique et logistique de la République noire d’Haïti en 1824.

Qu’importe la dénomination qu’on voudra, le primordial restera l’extirpation de la pieuvre néocoloniale et de ses tentacules partout en Afrique. Or cela n’est possible que dans le cadre d’un mouvement politique révolutionnaire qui entrainerait une mutation radicale des institutions, des hommes et des idées dans nos pays.

Par ailleurs, depuis les indépendances nominales de 1960 qui ont surtout consacré la contractualisation asymétrique (post-colonie/métropole) des rapports de domination, la France exerce, plus que de raison, un droit de propriété sur le sol, sous-sol, espace aérien de son ancien pré-carré. Il faudra y mettre un terme ! Cela ne sera possible que dans un paradigme totalement révolutionnaire, loin du cadre institutionnel émasculateur actuel qui a cours dans nos Etats francophones.

Dans les pays africains, l’impression globale qui se dégage est celle d’une histoire finie, figée, écrite pour nous par autrui. Nous devons être les propres acteurs de notre histoire et non des contemplateurs passifs voire des sujets totalement inertes. La révolution bolivarienne socialiste d’Hugo Chavez nous montre la voie malgré ses défauts inhérents à toute œuvre humaine. L’Afrique doit s’affranchir de la logique des Etats néo-patrimoniaux où sévit néocolonialisme, corruption, crimes, misère, enkystement démocratique et racket institutionnel afin d’édifier de véritables Etats souverains, démocratiques et progressistes.

Burkina Faso marzo 2013

2. Le peuple comme ultime gardien du temple démocratique…

Le bilan politique des années Chavez est celle d’une véritable leçon de démocratie participative contre l’oligarchie des classes possédantes inféodées à Washington.
Lors du pronunciamiento (coup d’Etat) avorté d’avril 2002, ce sont les modestes populations des ranchitos (bidonvilles) qui marchèrent sur le palais présidentiel de Miraflorès pour exiger le retour immédiat de leur président.

En Afrique, nos formes de « démocratie » manquent cruellement d’assises populaires.

Les Chefs d’Etats africains doivent souvent leur pouvoir à l’imposante garde prétorienne qui leur sert de cache-sexe démocratique. La démocratie sous nos cieux, se résume à une kyrielle de zombies institutionnelles à la légitimité souvent douteuse. Ces institutions pourries, oligarchiques, sont centrées principalement autour du Chef de l’Etat, son clan, ses obligés et son parti-Etat au pouvoir. A cela s’ajoute une ritualisation électorale vide de sens, sans symbolique, et plus grave, sans incidence aucune, sur la vie des petites gens.

Or l’Afrique gagnerait à s’inspirer aussi du modèle démocratique populaire du Venezuela qui n’est certes pas parfait, mais au moins, a le mérite de vivifier la vie politique de ce pays. Depuis 1999 sur toutes les questions essentielles ou accessoires (limitation du mandat, nationalisations du pétrole, révocation du président, élection de conseils communaux et de provinces,…), le peuple vénézuélien est fortement impliqué au quotidien et a toujours porté massivement ses préférences sur celles de son président Hugo Chavez.

Par ailleurs, ces consultations électorales ont aussi l’intérêt d’élever le niveau de conscience politique de la population qui devient la véritable gardienne de sa souveraineté démocratique. En dernière analyse, il est à noter que sur une quinzaine d’élections démocratiques, Chavez en a remporté quatorze à plus de 10 points d’écarts de ses principaux rivaux politiques en treize années de présidence ! Un record mondial !

3. Constitutionnaliser la protection vitale de secteurs stratégiques africains…

Les économies africaines sont structurellement désorganisées depuis la période coloniale.

Cette déstructuration s’est fortement accentuée durant les décennies des Programmes d’Ajustements Structurels (PAS) du début des années 80 jusqu’aujourd’hui.

Ces vagues de privatisations et libéralisation économiques ont affaibli nos capacités à conserver nos secteurs stratégiques dans le giron de l’Etat central.

Ce qui entraine comme conséquence que notre souveraineté économique se trouve aux mains des multinationales étrangères. Une dépendance économique qui obère fortement nos politiques de développement dans la mesure où des secteurs aussi vitaux que l’eau, l’électricité, les télécommunications, les voies portuaires, ferroviaires et aéroportuaires sont détenus par des capitaux privés dont l’objectif ultime est l’accumulation de profits à court terme au détriment des missions de service public. Un rapide bilan des secteurs économiques privatisés (eau, électricité, télécoms, ports, chemins de fer…) montre grosso modo une indigence de la qualité de service, des prix trop élevés et une dégradation très avancée du patrimoine cédé aux intérêts privés. Il faut en finir avec cette prédation inadmissible des biens communs à la Collectivité.

A ce niveau, la révolution bolivarienne du Venezuela nous enseigne que l’urgence pour nos Etats, demeure d’abord la protection constitutionnelle des secteurs stratégiques (Sol, sous-sol, ciel et terres arables…) de nos économies africaines par un arsenal législatif très contraignant logé dans un nouveau dispositif constitutionnel.

Quand Chavez arriva au pouvoir en 1999, il organise dans la foulée, un référendum portant sur la nationalisation de l’or noir vénézuélien. Pourquoi? Parce que Hugo Chavez comprend tôt l’importance vitale que revêt le pétrole pour son pays dans les nécessaires reformes sociales qu’il entend mettre en œuvre durant son mandat. Referendum qui sera d’ailleurs, approuvé à plus de 60% par les électeurs vénézuéliens.

Dans ce corpus législatif, les articles 302 et 303 de la Constitution vénézuélienne de 1999 stipulent que d’une part l’Etat se réserve la primauté pour des questions d’intérêt national, de nationaliser les secteurs économiques stratégiques vitaux pour des besoins de développement économique national et d’autre part, ces articles renforcent aussi la mission de contrôle du gouvernement dans tous les entreprises et leurs filiales ayant un caractère stratégique pour le Venezuela. L’Afrique doit aller impérativement à cette école!

Il est révoltant de voir nombre de pays africains brader leurs mines, ports, aéroports, et voies ferroviaires sans aucune consultation populaire ni parlementaire !

A ce titre, l’exemple des Ports Autonomes de Lomé, Conakry et Cotonou bradés à l’homme d’affaires français Vincent Bolloré est assez édifiant sur l’incurie de nos dirigeants africains actuels. Au demeurant, une étude récente montre que la multinationale Bolloré Africa Logistics dégage plus de 80% de son chiffre d’affaires en Afrique francophone, soit 2,5 milliards de d’euros ! Or ce droit d’exploiter les ports africains a été acquis souvent en violation du code des marchés publics des pays en africains comme en Guinée-Conakry, au Bénin et au Togo. Inutile de dire que les parlements des pays précités n’ont pas accès aux clauses contractuelles de ces transactions commerciales !

4. Vaincre la malédiction des richesses minières en Afrique…

Si le Venezuela joua une part active à la création de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) lors de la Conférence de Bagdad le 14 septembre 1960, il n’a pas su toujours tirer meilleure partie de la manne pétrolière. Alfonzo Adolfo Perez alors ministre vénézuélien du Pétrole, parla même du pétrole comme étant « l’excrément du diable »!

Tant l’exploitation du pétrole est souvent porteuse d’une charge particulièrement déstabilisatrice (guerres civiles, putschs, insurrections, corruption…) pour les Etats qui en détiennent d’importantes réserves. Hugo Chavez a su inverser la tendance au péril de sa vie et de son pouvoir. Depuis lors, l’importante manne financière issue des recettes pétrolières a permis en 14 ans, de construire plus de 700.000 logements sociaux depuis 1999, d’abattre l’extrême pauvreté de plus de 50%, de rendre l’éducation et la santé gratuites, de permettre à plus de 83% des jeunes d’accéder à l’enseignement supérieur, d’instaurer un salaire minimum et in fine, de favoriser l’augmentation du standard de vie des vénézuéliens.

Une révolution sociale inédite! Si Hugo Chavez a ainsi permis une véritable extension du rôle social de l’Etat vénézuélien, en Afrique globalement, l’Etat social a entièrement disparu.

Par ailleurs, en Afrique, les richesses minières de façon générale, n’ont jamais réellement servi les couches sociales marginales. Seule une infime minorité inféodée aux multinationales impérialistes pillent abusivement les recettes issues des industries extractives.

Le Gabon fut appauvri par une classe dirigeante qui s’est longtemps partagée l’argent du pétrole avec les politiques français toutes tendances confondus. Ainsi, le pétrole gabonais avec des réserves prouvées de 3,7 milliards de barils pour une population de 1, 5 millions d’habitants n’a jamais réellement profité à la population qui croupit dans une misère révoltante. Quant au pétrole du Congo-Brazzaville depuis sa découverte dans les années 1970, il n’échappe, pas non plus à cette triste réalité. La découverte en 1992/1993 des gisements prometteurs de N’kossa évalués à 500 millions de barils au large de Pointe-Noire, a exacerbé les tensions politiques entre le président d’alors, Pascal Lissouba, et Denis Sassou Nguesso, l’obligé de Paris et de la compagnie pétrolière Elf. La conséquence logique de cette polarisation politique entre Lissouba et Sassou fut une guerre civile par milices tribales interposées; Cobras (Sassou Nguesso), Cocoyes (Lissouba) épaulées les Ninjas de Bernard Kolélas et leurs différents alliés régionaux (Tchad, Gabon, Angola, Congo RDC, Rwanda,…). Plus de 200.000 morts furent comptabilités durant cette tragédie politique dont la toile de fond reste la maitrise de l’or noir congolais par la France.

Par ailleurs, ce qui est vrai pour le pétrole dans certains pays africains, l’est aussi, mutatis mutandis, pour les autres ressources minières. L’Afrique est abondamment pillé et c’est un secret de polichinelle que de l’affirmer. Un pays comme le Niger, qui connait une pauvreté endémique avec des indicateurs sociaux parmi les plus faibles au monde, nous renseigne sur l’absence de souveraineté économique en Afrique francophone.

L’uranium nigérien est abondamment pillé par la multinationale française AREVA depuis plus de cinquante ans et tous les régimes qui se sont succédés au pouvoir ont été incapables de changer cette donne. L’Etat du Niger aurait perdu pas moins de 20 milliards d’euros depuis 1960 pour un Produit Intérieur Brut (PIB) estimé à 2 milliards d’euros « gracieusement » alimenté par l’Aide Publique au Développement (APD) qui vient principalement du trésor français. Or, une politique volontariste de nationalisation des sites uranifères et une gestion parcimonieuse et des recettes issues d’une revalorisation du prix au kilo permettraient au Niger de relever le standard de vie des couches les plus précaires. Le Niger peut inverser radicalement la malédiction de l’uranium pour édifier une société prospère et apaisée socialement. Hugo Chavez lui a montré la voie, à elle de s’en inspirer pour s’affranchir définitivement du joug impérialiste français.

En guise d’épilogue, Hugo Chavez est parti à jamais mais ce qu’il a incarné, illuminera encore longtemps l’Amérique latine et toute l’Afrique. Le chavisme continuera d’éclairer tous ceux qui aspirent à un nouvel ordre politique basé sur la justice sociale, le progrès émancipateur et la solidarité envers les plus pauvres. Dans cette quête politique, l’Etat socialiste révolutionnaire est une voie d’avenir qu’il importe de réenchanter partout en Afrique.

Enfin, il est scandaleux de voir qu’aucun dirigeant africain de premier plan, n’ait fait le déplacement de Caracas afin de rendre un dernier hommage au Président Hugo Chavez, excepté Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de Guinée Equatoriale. Quelle lâcheté !

Pourtant nul n’ignore que le Venezuela d’Hugo Chavez, accessoirement membre observateur de l’Union Africaine, a augmenté significativement sa coopération en direction de l’Afrique ces dernières années.

Olivier DOSSOU FADO
Mouvement pour la Renaissance Africaine (MORAF)
Bruxelles, le 19 mars 2013.

« Nous sommes les héritiers de toutes les révolutions du monde »: (Thomas Sankara, 1949-1987)

MIS EN LIGNE PAR CONNECTIONIVOIRIENNE.NET  · 20 MARS, 2013

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

(Video ESP + FR :) Le jour où le Burkina Faso fabriqua son drapeau bolivarien / El día que Burkina Faso tejió su bandera bolivariana.

Combien à Ouagadougou rêvaient-ils d’être à Caracas, ce 8 mars 2013 ? La télévision française diffusait les images de l’arrivée des chefs d’Etats de toute l’Amérique Latine et du monde entier aux obsèques de Hugo Chávez, sans rien comprendre de la volonté exprimée en 1828 de Simón Bolívar de réunir les deux tiers de l’humanité. Quelques semaines plus tôt elle montrait des foules en liesse au passage de l’armée libératrice du petit père des peuples François Hollande, comme si les africains pouvaient attendre quoi que ce soit d’une France impunie pour ses violations des droits de l’homme avant-hier en Algérie, hier au Rwanda, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, en Libye, aujourd’hui au Mali. Un ouagalais eut un rire las: « La manière dont l’occident se comporte en gendarme international est très claire. Mais le jeune le plus informé de son temps ne doit plus regarder ces médias comme un singe regarderait une montre ».

Le 9 mars 2013, au lendemain des obsèques du président vénézuélien, des étudiants, artistes et sympathisants de la révolution bolivarienne se sont retrouvés au département de communication et de journalisme de l’Université de Ouagadougou pour y donner lecture de « La lettre à l’Afrique », le dernier document de politique internationale du Président Chavez (février 2013).

Burkina Faso Venezuela 1Souleyman travaille toute la journée comme tailleur dans son atelier et le soir comme barman dans une boîte de nuit. La veille il a consacré quatre heures à coudre un drapeau bolivarien: « j’ai  confectionné  le drapeau venézuelien parce que Chávez était un combattant qui voulait tisser le lien entre l’Union Africaine et l’Amérique du Sud. Je ne le connaissais pas mais après avoir lu sa lettre j’ai compris que c’était un homme intègre, comme Thomas Sankara. »

«Nous sommes bien conscients que notre statut de pauvreté est lié au jeu d’échecs des puissances occidentales : toute idée révolutionnaire est directement ciblée comme source d’inspiration»  confie un étudiant du département de philosophie. «Kadhafi a beau avoir été catalogué de dictateur et avoir fait l’objet de sobriquets, à l’annonce de sa mort, à l’université nous avons observé une semaine de deuil. Ces amphithéâtres, c’est lui qui nous les a construits !»

Moussa, un machiniste de cinéma venu aider à l’organisation de la journée : « Quand nous avons appris le décès du président vénézuelien, ça nous a touché au coeur, parce qu’il s’agit d’un homme qui su combattre pour la liberté et contre l’incivisme en Afrique et en Amérique Latine. Il le dit dans sa lettre: nous sommes un même peuple et nous devons travailler à notre rapprochement. C’était un visionnaire. Lorsque l’OTAN a commencé à bombarder la Libye, il n’y a que trois pays en Afrique qui s’y sont opposés. Mais cela n’a pas suffi à empêcher la guerre, le « mal occidental ». Thomas Sankara l’a dit en son temps: nous n’avons besoin de personne pour émerger!»

Brkina Faso 2La ressemblance est claire entre Hugo Chávez et Thomas Sankara. Tous deux basèrent leurs politiques sociales sur la défense des plus démunis, rendant leurs droits à la femme, libérant les forces armées des écoles répressives, redonnant confiance aux peuples dans leur propre Histoire. Abdul, instituteur qui a repris des études de philosophie à l’université de Ouagadougou : « nous n’avons pas connu la révolution sur le long terme, mais nous savons à quoi ça ressemble, nous savons bien ce que Hugo Chávez a incarné comme idée. »

La lettre de Chavez à l’Afrique en vidéo

Les participants à cette journée ont tenu à immortaliser l’évènement sous la forme de la vidéo ci-dessus adressée aux peuples de l’Alba, pour mieux leur dire leur engagement et leur disposition à réaliser un des rêves de Chávez : « voir TeleSur s’articuler avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays. »

Note : en complément on peut lire « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/

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Traducción al castellano :

« El día que Burkina Faso tejió su bandera bolivariana. »

¿Cuántos en Ouagadugu soñaban estar en Caracas, este 8 de marzo 2013? La televisión francesa difundía imágenes de la llegada de los jefes de Estado de América Latina y alrededor del mundo al funeral de Hugo Chávez, sin entender la voluntad expresada por Simón Bolívar en 1828 de reunir a las dos terceras partes de la humanidad. Unas semanas antes la misma televisión mostraba multitudes vitoreando el ejército libertador del pequeño padre de los pueblos, François Hollande, como si los africanos pudiesen esperar algo todavía de la Francia aún impune por las violaciones de los derechos humanos cometidas antier en Argelia, ayer en Ruanda, Costa de Marfil, Afganistán, Libia, hoy en Malí. Un ouagalès tuvo una risa cansada: « La forma en que se comporta Occidente como policía internacional está muy clara. Pero el joven muy informado de hoy ya no puede ver estos medios igual que como un mono ve un reloj.  »

El 9 de marzo de 2013, tras el funeral del presidente venezolano, los estudiantes, los artistas y los simpatizantes de la Revolución Bolivariana se reunieron en el departamento de Comunicación y Periodismo de la Universidad de Ouagadougou para una lectura especial de la « Carta a África », el último gran documento de  política internacional del presidente Chávez (febrero 2013).

Burkina Faso Venezuela 1

Souleyman trabaja de  día como sastre en su taller y por la noche como camarero en un club nocturno. El día antes se pasó cuatro horas cosiendo una bandera bolivariana. « Hice a mano la bandera de Venezuela porque Chávez era un luchador que quería tejer el vínculo entre la Unión Africana y América del Sur. Yo no lo conocía, pero después de leer su carta comprendí que era un hombre honrado, como Tomás Sankara. »

« Estamos muy conscientes de que nuestra condición de pobreza se relaciona con el juego de ajedrez de las potencias occidentales: toda idea revolucionaria se vuelve blanco directo de agresiones como fuente de inspiración« , dice un estudiante del departamento de filosofía. « Gadafi puede haber sido etiquetado como dictador y objeto de apodos, pero en el anuncio de su muerte nuestra universidad se observó una semana de luto. Estos anfiteatros, fue él quien nos los construyó ».

Moussa, un asistente técnico de cine que vino a apoyar la organización de la jornada: « Cuando nos enteramos de la muerte del presidente de Venezuela, nos golpeó duro el corazón, porque él fue un hombre que sabía cómo luchar por la libertad y contra el anticivismo en África y América Latina. Él dice en su carta: somos un solo pueblo y tenemos que trabajar para acercarnos. Fue un visionario. Cuando la OTAN empezó a bombardear Libia, tan sólo tres países de África se opusieron. Pero no fue suficiente para evitar la guerra, el « mal occidental ». Thomas Sankara lo dijo en su momento: ¡no necesitamos a nadie para salir adelante! »

Brkina Faso 2

El parecido es obvio entre Hugo Chávez y Tomás Sankara. Tanto en sus políticas sociales en defensa de los más pobres, de los derechos de la mujer, de liberación de las fuerzas armadas de las escuelas represivas, como en su capacidad de restaurar la confianza de la gente en su propia historia. Abdul, un maestro de escuela que ha iniciado el estudio de la filosofía en la Universidad de Ouagadougou: »no hemos vivido la revolución en un largo plazo, pero sabemos a qué se parece, sabemos cuál fue la idea que Hugo Chávez encarnó… »

Video de la carta de Chávez a Africa

Los participantes de esta jornada han querido grabar este vídeo que va dirigido a los pueblos del Alba, para expresar mejor su compromiso y su voluntad de concretar uno de los sueños de Chávez: “articular Telesur con África para que puedan  cumplir desde estas latitudes su función principal: conectar a las personas de todo el mundo y ofrecerles la verdad y la realidad de nuestro países.

URL de este artículo: https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/

Lettre d’Hugo Chavez à l’Afrique (21 février 2013) : « formons un seul peuple, un seul continent, nous ne pouvons rien attendre sinon de nous-mêmes »

Au moment où une part croissante de la gauche européenne se convertit au « droit d’ingérence » qu’elle critiquait il y a quelques années et où, complices de l’impunité, les médias occidentaux minimisent les milliers de victimes civiles de bombardements « humanitaires » ou « laïcs » (Afghanistan, Libye, Mali, etc…), les latino-américains ne sont pas dupes des habits neufs du colonialisme. Ils savent qu’au-delà du contrôle des matières premières, c’est l’unité politique du Sud qui est visée. La volonté des gouvernements progressistes latino-américains de développer des relations Sud-Sud (suivant la ligne tracée du Congrès de Panama organisé par Bolivar en 1828 au sommet de Bandoeng en 1955…) n’a rien à voir, contrairement à ce que martèlent les médias occidentaux, avec un quelconque « appui aux dictateurs ».

Lorsque le président brésilien Lula da Silva signa avec la Turquie un Pacte appuyant le droit de l’Iran à développer l’énergie nucléaire civile et qu’il critiqua « l’ ingérence des occidentaux dans les élections et dans la vie politique de l’Iran », quand les présidents Evo Morales, Cristina Fernandez ou Rafael Correa notamment, signent d’importants traités et contrats avec les iraniens, ils ne font qu’appliquer ce qu’il y a plus de trente ans un certain Régis Debray conseillait au prince à propos des pays du « socialisme réel ». Plutôt que d’entrer dans le Disneyland de la Guerre Froide en les ostracisant, développer une stratégie plus subtile et plus ambitieuse, garder des relations politiques et diplomatiques avec eux, pour les influencer dans le bon sens et garder son mot à dire.

En Amérique Latine, la concrétisation par des gouvernements de gauche de la démocratie participative, des droits de la femme, de l’éco-socialisme, etc… ne peuvent qu’influencer dans le bon sens la construction d’un monde multipolaire des trois-quarts de l’humanité. On ne peut qu’être frappé en comparaison par le néant idéologique qui caractérise le discours de gouvernants européens devenus simples « commis de commerce » vis-à-vis des nations du Sud (voir le récent sommet UE-CELAC à Santiago du Chili).

Lorsque les occidentaux (y compris de gauche) raillèrent et rejetèrent la proposition de nombreux gouvernements latino-américains, soutenue par l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), d’entamer des pourparlers diplomatiques en Libye afin d’éviter une guerre meurtrière, la présidente argentine sut exprimer le sentiment d’un continent : « Quand je vois les gens dits civilisés régler leurs affaires à coups de bombes, je suis fière d’être latino-américaine ».


africa

Lettre du Président Hugo Chavez aux participants du IIIème Sommet Afrique-Amérique latine et Caraïbes (Guinée Équatoriale, février 2013)

Caracas, 22 février 2013.

Frères et sœurs,

Recevez mon plus fervent salut bolivarien, unitaire et solidaire, avec toute ma joie et toute mon espérance pour le déroulement de ce III° Sommet tant attendu des Chefs d’État et de Gouvernement d’Amérique du Sud et d’Afrique.

Je regrette vraiment, du plus profond de mon être de ne pouvoir être présent physiquement parmi vous pour vous réitérer, par une sincère accolade, mon irrévocable engagement en faveur de l’unité de nos Peuples. Je suis présent, cependant, dans la personne du Chancelier de la République Bolivarienne du Venezuela, le camarade Elias Jaua Milano, à qui j’ai demandé de vous transmettre la plus vive expression de mon amour pour ces continents qui sont plus que frères, unis par de solides liens historiques et destinés à avancer ensemble vers leur rédemption pleine et absolue.

Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De lui proviennent les codes et les éléments qui composent le syncrétisme culturel, musical et religieux de notre Amérique, créant une unité non seulement raciale entre nos peuples mais aussi spirituelle.

De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caribéenne.

Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre ses nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Ainsi, l’Amérique Latine et les Caraïbes partagent avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits , nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de lutte indispensables pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.

Je ne me lasserai pas de le redire, nous sommes un même peuple, nous avons l’obligation de nous rencontrer au-delà des discours formels dans une même volonté d’unité et ainsi unis, donner vie à l’équation qui devra s’appliquer dans la construction des conditions qui nous permettront de faire sortir nos peuples du labyrinthe dans lequel le colonialisme les a jetés et, par la suite, le capitalisme néo-libéral du XX° siècle.

Pour cela, je veux évoquer la mémoire de deux grands combattants pour la coopération sud-sud comme l’ont été les deux ex présidents du Brésil et de la Tanzanie, Luis Ignacio « Lula » da Silva et Julius Nyerere dont les apports et les efforts ont permis, en leur temps, la mise en place de magnifique forum pour une coopération solidaire et complémentaire comme l’est l’ASA (1).

Cependant, les temps que nous vivons nous obligent à consacrer nos plus profondes et urgentes réflexions à l’effort nécessaire pour transformer l’ASA en un véritable instrument générateur de souveraineté et de développement social, économique, politique et environnemental.

C’est sur nos continents que l’on trouve les ressources naturelles, politiques et historiques suffisantes, nécessaires, pour sauver la planète du chaos où elle a été conduite. Faisons que le sacrifice indépendantiste de nos ancêtres qui nous offre le jour d’aujourd’hui serve à unifier nos capacités pour transformer nos nations en un authentique pôle de pouvoir qui, pour le dire avec le père Libérateur Simon Bolivar, soit plus grand par sa liberté et sa gloire que par son extension et ses richesses.

Les paroles de cet immense général uruguayen José Gervasio Artigas résonnent toujours dans mon âme et dans ma conscience : « Nous ne pouvons rien attendre si ce n’est de nous-même ». Cette pensée si profonde renferme une grande vérité que nous devons assumer, j’en suis absolument convaincu.

Notre coopération sud-sud doit être un lien de travail authentique et permanent qui doit tourner toutes ses stratégies et ses plans de développement soutenable vers le sud, vers nos peuples.

Quoiqu’en aucune manière nous ne nions nos relations souveraines avec les puissances occidentales, nous devons nous rappeler que ce ne sont pas elles qui sont la source de la solution totale et définitive pour l’ensemble des problèmes de nos pays. Loin de l’être, quelques-unes d’entre elles appliquent une politique néo-coloniale qui menace la stabilité que nous avons commencé à renforcer sur nos continents.

Frères et sœurs, je voudrais rappeler pour ce III° Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’ASA, l’esprit de fraternité, d’unionisme et de volonté qui a dirigé le déroulement de ce II° merveilleux Sommet dans l’île de Margarita, au Venezuela, qui nous permit d’adopter unanimement les engagements de la Déclaration de Nueva Esparta. Je souhaite avec beaucoup de foi et d’espérance que nous puissions récupérer à Malabo l’impulsion et l’effort de ce moment extraordinaire pour notre processus d’unité, le Sommet de 2009, qui a montré autant par sa fréquentation massive que par la quantité et le contenu des accords atteints.

Depuis le Venezuela, renouvelons aujourd’hui notre plus ferme engagement dans le renforcement du Secrétariat Permanent de la Table Présidentielle Stratégique de l’ASA avec ses principales tâches et fonctions pour accélérer le rythme dans la consolidation de nos institutions et obtenir ainsi une plus grande efficacité dans notre travail conjoint.

Je regrette avec beaucoup de douleur et de peine que tout notre travail commencé formellement depuis 2006 ait été interrompu par les forces impérialistes qui prétendent encore dominer le monde. Ce n’est pas un hasard, je le dis et je l’assume pleinement, que depuis le Sommet de Margarita, le continent africain ait été victime des multiples interventions et des multiples attaques de la part des puissances occidentales.

Les nombreux bombardements et invasions impériaux empêchant toute possibilité de solution politique et pacifique aux conflits internes qui ont commencé dans diverses nations d’Afrique, ont eu comme objectif principaux de freiner le processus de consolidation de l’unité des peuples africains et, en conséquence, de miner les progrès de l’union de ces états avec les peuples latino-américains et caribéens.

La stratégie néo-coloniale a été, depuis le début du XIX°, de diviser les nations les plus vulnérables du monde pour les soumettre à des rapports de dépendance esclavagiste. C’est pour cela que le Venezuela s’est opposé, radicalement et depuis le début, à l’intervention militaire étrangère en Libye et c’est pour le même motif que le Venezuela réitère aujourd’hui son rejet le plus absolu de toute activité d’ingérence de l’OTAN.

Face à la menace extra-régionale pour empêcher l’avance et l’approfondissement de notre coopération sud-sud, je le dis avec Bolivar dans sa Lettre de Jamaïque de 1815 : « Union, union, union, cela doit être notre plus importante consigne. » Notre Gouvernement renouvelle, en ce III° Sommet de l’ ASA dans cette république sœur de Guinée Equatoriale, son absolue disposition à avancer dans le travail nécessaire pour consolider notre coopération dans les secteurs que j’ai personnellement proposées à notre dernier sommet, dans la belle île de Margarita. Energie, Education, Agriculture, Finances et Communication continuent d’être nos priorités et pour celles-ci, nous réitérons notre engagement pour avancer dans des initiatives concrètes comme Petrosur, l’Université des Peuples du Sud ou la Banque du Sud, pour ne citer que quelques exemples. Dans le secteur de la communication, nous proposons, depuis le Venezuela, que cet effort que nous avons réussi à mettre en place ensemble dans différents pays de l’Amérique du Sud, TeleSur, s’articule avec l’Afrique afin qu’il puisse accomplir depuis ces latitudes sa principale fonction : relier les peuples du monde entre eux et leur apporter la vérité et la réalité de nos pays.

Enfin, je veux renouveler à tous mon désir que les résultats projetés lors de ce III° Sommet ASA nous permette de transformer ce forum en un outil utile pour conquérir notre définitive indépendance en nous plaçant à la hauteur de l’exigence de l’époque et comme le dirait le Libérateur, le plus de bonheur possible pour nos peuples. Je suis un convaincu, simple et obstiné, nous réussirons à mener à bien cette cause que nos libérateurs et martyres nous ont transmise depuis des siècles. Nos millions de femmes et d’hommes présentés en sacrifice pour leur pleine et absolue liberté. Avec le père infini, notre Libérateur Simon Bolivar, je dis une fois de plus : « Nous devons attendre beaucoup du temps, son ventre immense contient plus d’espérance que de faits passés et les prodiges futurs doivent être supérieurs aux anciens ».

Marchons donc vers notre union et notre indépendance définitive. En paraphrasant Bolivar, je dis maintenant : « Formons une patrie,un continent, un seul peuple, à tout prix et tout le reste sera supportable. »

Vive l’union sud-américaine et africaine !

Vive l ‘ASA !

Jusqu’à la victoire toujours !

Nous vivrons et nous vaincrons !

Hugo Chavez Frias

Note :

(1) ASA : América del Sur/Africa.

Traduction Gaston Lopez

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

cumbre-asa1

Le troisième sommet Afrique-Amérique du Sud, qui a réuni une soixantaine de chefs d’État à Malabo (Guinée Équatoriale) du 20 au 23 février 2013 a permis la signature de 27 accords de coopération sud-sud dans tous les secteurs d’activité. La réunion se poursuivra à Caracas le 26 avril 2013.