Terra TV, un média pour faire la révolution

L’équipe de Terra TV (Caracas, octobre 2018)

Depuis quatre mois, avec peu de moyens, les militant(e)s de Terra TV ont relevé le défi de créer une télévision paysanne, et n’ont pas ménagé leurs efforts. Des collectifs de paysan(ne)s en lutte comme ceux de Guayabo Payara (état de Portuguesa), ou les dirigeants de la Plate-Forme paysanne nationale, confirment que la production et la diffusion de 16 reportages ont permis de renforcer le pouvoir de négocier avec le gouvernement, et dans certains cas d’accélérer la remise de titres de propriété. Les paysan(ne)s considèrent déjà Terra Tv comme leur média, organisent des assemblées sur le terrain pour visionner ces vidéos et mobiliser la base, et nous demandent de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle.

115 d’entre vous ont déjà répondu à l’appel à la solidarité pour créer Terra TV, ce qui a permis de réunir les 3/4 de la somme nécessaire. Il reste un mois pour atteindre cet objectif. Pour participer, c’est ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv. Même 5 euros ça compte ! C’est la somme de toutes vos participations qui rendra ce projet possible.

Appuyer la création de Terra TV, c’est apporter une pierre de plus à la révolution au moment où les mafias agraires veulent reprendre les terres distribuées par Hugo Chavez aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. C’est aussi appuyer un nouveau paradigme de télévision, fruit de vingt ans d’expérience, avec la création d’un feuilleton pensé et réalisé par les paysan(ne)s, ou des programmes de formation à distance (organisation, agroécologie, réalisation audiovisuelle…). Terra TV servira aussi de relais aux luttes paysannes continentales comme celles des paysans colombiens ou des Sans Terre du Brésil, à l’heure ou la concentration des médias privés se traduit par une criminalisation croissante des mouvements sociaux.

Ci-dessus, une vidéo récente de Terra TV : les femmes de Caño Seco et de Los Colorados montent en première ligne de la lutte pour cultiver les terres abandonnées par l’entreprise privée ¨Agricola Yaracuy¨. Ci-dessous, un aperçu du travail réalisé en quatre mois : ateliers de formation audiovisuelle pour les paysan(ne)s, tournages et diffusion des productions en assemblées paysannes dans tout le pays.

Une autre forme de soutenir la création de Terra TV consiste à acheter le DVD de ¨Marche¨, le nouveau documentaire de Terra TV, ou d’en organiser des projections. Pour cela vous pouvez écrire à gloriaverges@free.fr

D’avance, au nom du mouvement paysan, merci!

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de leaders ruraux se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

“Marche” n’est pas un film-vitrine. Nous refusons de tomber dans le piège ou nous mène l’uniformisation des médias internationaux : passer notre vie à répondre aux mensonges quotidiens sans jamais pouvoir parler de ce qui se passe ici, profondément, en dehors du champ médiatique. Nous voulons dépasser ce niveau, en expliquant aux militants du monde entier comment marche la révolution au Venezuela. Toute révolution se meut sur la base de contradictions. En vingt ans de processus bolivarien, on a souvent observé l’alliance entre une base chaviste qui se mobilise et une présidence qui en a besoin pour que ses décisions ne s’enlisent pas dans les méandres d’un Etat encore ancien. Cette mobilisation paysanne en est une démonstration de plus. La contradiction actuelle entre mafias agraires – grands propriétaires, juges corrompus, paramilitaires et parfois fonctionnaires publics -, et les paysan(ne)s à qui on refuse le droit de cultiver ou qu’on expulse de leurs terres, réveille une lutte de classes, en pleine guerre économique où la production d’aliments pour la population est un enjeu stratégique. Les paysans comptent sur le Président Maduro, qui a donné des instructions claires pour les appuyer, mais savent qu’il a besoin de leur mobilisation pour concrétiser ses décisions.

Durée : 46 minutes. Vidéo HD. Production : Terra TV et Plate-forme Paysanne, avec l’appui de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision, Venezuela, octobre 2018.

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Au Venezuela, l’Alliance Nationale Productive comme instrument de lutte pour développer la production

Face à l’urgence de produire, une Alliance Nationale Productive (A.N.P.), formée d’organisations de petits et moyens producteurs et de mouvements de paysan(nes) de tout le Venezuela, est en train d’être créée dans le pays. L’A.N.P. est un espace de rencontre national sur la production alimentaire, qui a pour objectif d’élaborer des agendas de travail et  d’actions permettant de surmonter les difficultés que rencontrent actuellement les producteurs (ices) agricoles.

Les actions de cette Alliance sont menées par l’intermédiaire de Commissions Productives dans des communes et des territoires stratégiques où, explique Kevin Rangel, coordinateur national de la Corriente Revolucionaria Bolivar y Zamora, “nous sommes venus organiser des assemblées et des réunions en faisant largement appel aux producteurs des différents secteurs de production, comme le cacao, la banane, le manioc, la culture maraîchère, les pommes de terre, la carotte, l’oignon, le lait, la viande, et principalement à des petits et moyens producteurs”.

Dans quel but les producteurs(ices) de secteurs aussi divers s’assoient-ils autour d’une table de discussion? Pour lutter tous et toutes ensemble. Si les  principales problématiques leur sont communes, alors les solutions doivent aussi être trouvées en commun. Les Commissions Productives sont tout d’abord un espace de discussion pour identifier les difficultés et les problèmes rencontrés localement et réfléchir de manière collective aux solutions à y apporter. “Ce sont des espaces de discussion portant sur le thème de la production, dont l’objectif est de chercher des solutions à des situations qui peuvent être résolues et débloqués au niveau de la région même. Il faut lutter, par exemple, pour avoir accès aux intrants, aux semences, au carburant que nécessite la production, pour obtenir une faucheuse, une tronçonneuse, de lubrifiants, ces difficultés étant particulières à chaque région”, souligne Kevin Rangel.

L’idée est de trouver une solution à certains problématiques locales, mais aussi à des questions d’ordre structurel qui doivent être analysées à de plus hauts niveaux. Depuis l’A.N.P. on cherche à incorporer progressivement à ces commissions régionales des acteurs qui participeront à la résolution des problèmes ; ils pourront provenir du Ministère de l’Agriculture et des Terres et de ses instances ou institutions rattachées, des Forces Armées Nationales Bolivariennes, des autorités locales et des instances du Pouvoir Populaire, car seule une coordination de cette sorte permettra d‘analyser en détail la réalité qu’affrontent ces régions  dont la tâche est de produire, et d’agir en conséquence rapidement  pour gérer les situations rencontrées.

D’autre part, mettre en place ces Commissions Productives de l’Etat était indispensable pour s’attaquer à des problèmes plus complexes comme la mécanisation, la distribution des récoltes, la sécurité et l’attribution des terres. Pour les espaces agricoles et les secteurs de production, l’objectif est de mettre en place une instance supérieure de coordination avec le gouvernement régional ou même national, avec des porte-parole par secteur, pour exposer leur problématique particulière et discuter des politiques agricoles et productives du pays. Ces commissions iront même jusqu’à débattre du plan de production 2019 avec l’ensemble les forces productives de toutes les régions rassemblées dans des espaces ouverts et démocratiques.

Il en existe déjà au Sud du Lac de Mérida, qui disposent d’un réseau de plus de 1500 producteurs, de caco et de bananes pour l’essentiel ; dans la Commune Libertador del Táchira s’en est formée une de producteurs de lait, de viande, de manioc, de banane, de fromage et d’un front uni de pêcheurs ; il en est de même dans la Commune d’Uribante et au coeur de la Ville Communale Juan Pablo Penaloza qui présente un potentiel prometteur de production de légumes, de pommes de terre, de carottes, d’oignon et d’ail. Toutes ces commissions ont un objectif  commun : combattre les mafias qui se sont emparées de la distribution d’intrants et de semences. Selon Rangel “aujourd’hui, des producteurs de légumes changent de secteur pour subsister en raison des difficultés à obtenir des intrants et des semences qui se retrouvent aux mains de mafias agricoles ; ceux-ci  détournent les maigres ressources, intrants et semences attribuées à l’agriculture vers le “bachaqueo” (revente à prix fort de produits de base accaparés ou volés) et la contrebande, ce qui a pour conséquence que dans des régions comme Laguna Garcia, dans l’Etat de Táchira, par exemple, on cultive différemment.

Jusqu’à tout récemment, il y existait une bonne production mais à ce jour cette productivité est tombée à 17% de ce qu’elle était”. L’Alliance Nationale Productive se propose, à partir de discussions et d’actions communes, d’élaborer des solutions et des propositions qui seront présentées au gouvernement national afin de sortir de la crise dans laquelle se trouve le pays, crise de production pour l’essentiel, et nous en sortirons”, insiste Rangel, “grâce à la volonté politique de ceux qui luttent pour combattre les pratiques bureaucratiques inefficaces qui ont permis l’implantation de mafias agricoles dans les états les plus productifs, en élaborant des projets et des solutions concrètes aux problèmes rencontrés”.

La tâche est immense, comme l’est celle du pays qui doit mettre en oeuvre un développement de la production constituant la base matérielle de notre indépendance et de notre souveraineté. Un nouveau modèle de production au Venezuela ne pourra être instauré qu’à partir de la transformation profonde du secteur agricole, puisque c’est sur lui que repose la subsistance de toute société : les aliments. C’est pour cela qu’il faut s’engager à fond dans l‘effort de mettre en place un tel espace où se joue en bonne partie la viabilité de la relance économique  dont a besoin le Venezuela.

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Source : http://www.crbz.org/alianza-nacional-productiva-instrumento-lucha-desarrollo-productivoalimentos/

Traduction : Frédérique Buhl

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Des nouvelles de Terra TV, la télévision paysanne

Le 17 octobre nous avons organisé dans un cinéma du centre de Caracas la première de ¨Marche¨. Ce long-métrage documentaire, produit par Terra TV en plus de ses reportages hebdomadaires, a été retransmis parallèlement par la chaîne des mouvements sociaux Alba TV sur la TNT et le satellite CANTV. Comme l’explique Gerardo Sieveres, porte-parole de la marche paysanne, ces diffusions montrent l’importance de la création de Terra TV puisqu’elles ont poussé le Ministre de l’Agriculture Wilmar Castro Soteldo à recevoir dès le lendemain les délégué(e)s de ce mouvement social et à commencer à résoudre les nombreuses demandes de terre…

Plus sensible à l’agrobusiness, Mr. Castro Soteldo traînait les pieds pour appliquer la Loi des Terres promulguée par Hugo Chavez et les instructions récentes du Président Maduro de répondre rapidement aux revendications paysannes. Mais en pleine guerre économique et pénuries alimentaires, peut-on rester sourd à l’alternative formulée par les petits producteurs agricoles, et oublier la la justice sociale qui fonde le projet bolivarien ? Combien d’études scientifiques n’ont-elles démontré par ailleurs que ce sont les petits paysans qui sont le plus à même d’assurer la souveraineté alimentaire et de produire des aliments sains pour l’ensemble de la population ?

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Membres de l’équipe de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision chargés de construire Terra Tv avec le mouvement paysan. Caracas octobre 2018.

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Au terme de la projection du 17 octobre à Caracas, les porte-paroles de la marche paysanne conversent avec le public.

Lors du débat qui a suivi la première de ¨Marche¨ à Caracas, le leader paysan Arbonio Ortega a décrit au public à quel point la caméra de Terra Tv avait fait corps avec la marche paysanne durant les 400 km qui séparent Guanare de Caracas. Luisana Colomine, professeure de journalisme à l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV), a salué un nouveau langage qui ouvre la voie ¨à une nouvelle source journalistique et à des formes de communication différentes des formes traditionnelles¨.

En fait, Terra TV dépasse le cadre du Venezuela. La création d’un nouveau type de télévision émanant de la participation populaire, et la refonte quantitative et qualitative du champ médiatique, de sa propriété et de ses écoles, sont directement liées à la survie de la démocratie dans un continent où le putschisme médiatique contre des présidents élus et des mouvements sociaux est le dernier rempart des élites.

Vous êtes déjà 112 ami(e)s à l’avoir compris en nous faisant un don, ce qui a permis d’atteindre la barre des 72 % du montant nécessaire à la création de Terra TV. D’ici le 15 décembre, fin de la campagne, toute initiative de soutien est bienvenue, par exemple l’organisation de projections de ¨Marche¨. Ce film sera disponible avec les sous-titres français dès le 1er noviembre. Pour acquérir le DVD on peut contacter Gloria Verges, gloriaverges@free.fr . En Belgique, la première de ¨Marche¨ aura lieu le mercredi 12 décembre à 19 h. 30 au Cinéma l’Aventure (Bruxelles).

Voici le lien de la campagne pour qui souhaiterait faire un don : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Teaser de « Marche » (Sous-titres français) :

Les Sans Terre du Brésil appuient la création de Terra TV :

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Venezuela : les « Admirables » passent à l’ « action »

19 Oct 2018, 

« Admirable » c’est ainsi que le Président Maduro a salué les Campesinos lors de leur longue marche de 21 jours.

Una mañana se ha levantado,

Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Una mañana se ha levantado,
Para luchar contra el opresor,
Oh campesino, llévame contigo,
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Oh campesino, llévame contigo,
Porque siente que va a morir.

« Admirable » c’est ainsi que le Président Maduro a salué les Campesinos lors de leur longue marche de 21 jours. Ainsi depuis les Etats les plus reculés du Venezuela près de soixante-dix paysans ont débuté leur marche vers Caracas pour rencontrer le gouvernement et revendiquer les points suivants :

  • Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.
  • Renforcer la production paysanne.
  • Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds
  • Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions
  • Garantir la sécurité juridique des récupérations
  • Appui à la création de la chaîne paysanne Terra TV.

Une marche « admirable » mais pauvre. Pauvre car pavée de heurts : ces 435 kilomètres, les paysans les ont parcourus avec des moyens rudimentaires. Accompagnés d’un camion pour le ravitaillement en eau ils n’ont pu compter sur la vieille mécanique que peu de fois : des détours imprévus, des pannes, des pneus crevés, et aucune aide des institutions publiques.

Pour la médiatisation de leur combat, c’est grâce à leur post sur les réseaux sociaux et à leurs « selfies » qu’ils ont pu apporter une dimension médiatique à leur lutte. Et même lorsqu’ils ont appris la mort de trois de leurs compagnons sur la route, ils ont poursuivis. Les mafias des grands propriétaires terriens, bien qu’elles les effrayent encore, ne les impressionnent plus. Trop de paysans sont tombés pour abandonner les millions de pas qui les éloignent de la capitale. Cette marche ils l’ont affronté seuls mais ils l’ont arpenté pour le bien de tous les Campesinos vénézuéliens.

L’ennemi capitaliste à peur, il a peur car une union nationale paysanne suivie de la volonté Chaviste de Maduro abattrait les oligarques véreux et les politiques corrompues par ces derniers. La « marcha » a divisé le gouvernement, entre ceux qui ont et qui veulent continuer à bénéficier des émoluments de la révolution du « Comandante » et ceux qui veulent suivre cette révolution sociale menée depuis Simon Bolivar jusqu’à Nicolas (Maduro).

C’est un moment spécial pour la révolution car au-delà de mettre en exergue la lutte de paysans, cette marche va apporter de la visibilité à la culture rurale, à la lutte pour des semences biologiques, l’accès à l’eau et au droit foncier.

« Nous voulons être vu tels que nous sommes ! »

Il n’existe que peu de reportage à leur propos, les paysans sont inaudibles et invisibles. Les quelques minutes existantes dans le paysage audiovisuelle vénézuélien à propos de l’agriculture sont dédiés aux grand propriétaires terriens, les « terratenientes » et à leur culture d’huile de palme, à leurs champs de cana sucre, aux hectares de maïs pour le bioéthanol ou au « bienfait » de l’utilisation d’intrants chimique ou autre.

 « Combien de personnes nous nourrissons ? Et combien de personnes nous reconnaissent ? »

La médiatisation de cette lutte ne passera pas par le mass-média mais par les médias alternatifs. Voilà pourquoi les élèves de l’EPLACITE soucieux de construire la Terra TV pour et par les paysans sont allés à leur rencontre. Pendant une semaine nous les avons accompagnés dans leurs réunions et dans leurs activités dans le but d’établir une relation de confiance et de lutte commune.

Proposer un outil de communication et les enseignements théoriques et pratiques pour le développer ne s’enseigne pas verticalement mais sur base d’une concertation horizontale. Les cinéastes en herbes de l’EPLACITE peuvent leur apporter les clefs, mais c’est aux « Campesinos» d’ouvrir les portes pour élargir l’horizon audiovisuel.

Accompagnés de caméras et de micro, ils ont filmé leurs interventions, écouté leurs besoins et entendu le média qu’ils veulent développer. La révolution ne se construira pas par quelques cris mais par la mobilisation de toutes les voix conscientes que c’est un processus utopiques pour lequel nous devons nous battre chaque jour.

Des assemblées pour un débat démocratique participatif

Leur lutte ne s’est pas achevée à Caracas, une fois réunis dans la capitale ils en ont profité pour se concerter. Comment ouvrir leur champ de lutte aux autres Campesinos du pays ? Par des assemblées. Une fois le noyau dur formé, les Admirables se sont divisés pour parcourir le pays en formant des assemblées en invitant les autres agriculteurs lors d’assemblées locales.

Au cours de ces assemblées ils ont écouté les revendications extérieures et ont décidés d’élire des représentantes et des représentants dans chaque région du pays. Ces élu.e.s sont continuellement invités à les renseigner sur leur fonctionnement et sur les incidents de la région. De plus chaque élu.e.s aura pour mission de se déplacer jusqu’à la capitale pour la création d’un congrès paysan.

 Investir dans l’agriculture, certes mais surtout investir dans le champ des mentalités

Entre deux assemblées paysannes, je me joins aux Campesinos, nous discutons de leurs objectifs et des conclusions qu’ils tirent de ces assemblées. Le message est passé, mais l’objectif visé par les nouveaux élus ne coïncide pas avec leur vision à long terme. S’ils veulent une révolution verte, ils la veulent agrobiologique.

Ce qu’ils veulent produire, c’est sur le long terme en symbiose avec leur terre. Mais ce qu’ils entendent par des assemblées, c’est la promotion l’agriculture transgénique, la diffusion d’OGM, bref ils veulent produire pour exporter et s’agrandir et voir le vert du Dollar. Si une révolution du droit foncier aura lieu, il devra être encadrée par un accompagnement à l’agriculture biologique pour ne pas reproduire les erreurs vécues dans d’autres pays.

Une marche qui divise le gouvernement bolivarien

Au niveau institutionnel, cette action a chamboulé le paysage du gouvernement. Si les Admirables étaient soutenus par le ministre de l’éducation et par Nicolas Maduro, elle ne l’était pas pour Wilmar Castro Ministre de l’agriculture et vice-ministre de l’économie. Homme fort de la politique du gouvernement Vénézuélien il a participé à l’élaboration de la reconversion monétaire, il est donc une pièce maitresse pour Maduro, malgré ses divergences sur le plan de la lutte paysanne. En effet sa vision économique lui préconisant un développement à court et à moyen terme de l’agriculture industrielle ne coïncide pas avec les valeurs défendue par les Campesinos.

Afin de rassembler les différentes parties prenantes de ce secteurs et le gouvernement le samedi 6 octobre s’est tenu le Congrès Nationale de la lutte paysanne et tous ont été invités à s’y rendre pour envisager l’avenir des agriculteurs vénézuéliens.

Y si se muere el campesino
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Y si se muere el campesino
Tú lo debes enterrar,
enterrar en la montaña,
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Enterrar allà en la montaña
Bajo la sombra de una bella flor

Source : Journal de Notre Amérique

« Marche », nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne, sort en Europe.

Ce documentaire produit par Terra TV sera disponible en Europe le 1er novembre 2018. Pour organiser une projection et/ou acquérir le DVD on peut contacter Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires, appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics, lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de lutteurs pour la terre se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

Durée : 60 minutes. Vidéo HD. Sous-titres FR. Production : Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela 2018.

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Les invisibles en marche

Pendant vingt jours, ils ont parcouru les routes et autoroutes qui relient l’Etat de Portuguesa à Caracas quelles qu’aient été les conditions climatiques, mangeant peu, dormant où ils le pouvaient, mais fermement résolus à faire entendre leur voix devant le pays tout entier. Et ils y sont parvenus.

 

Par Malu Rengito, @malurengito  Photos : Michael Mata

Les leçons que nous autres créatures de la ville, avons à recevoir de la campagne et de ses habitants sont nombreuses. Celle d’aujourd’hui ne parle certes pas de semailles ou d’élevage de bétail – ce qui vient à l’esprit de n’importe quel habitant de Caracas réductionniste face aux propos d’un paysan- mais une leçon de détermination, d’organisation, d’humilité, de lutte et de loyauté, entre autres choses, comme en ont fait preuve les plus de 120 hommes et femmes de la campagne vénézuélienne qui se sont mis en marche le 12 juillet dernier depuis Guanare, dans l’Etat de Portuguesa pour un long périple qu’ils ont appelé la Grande Marche Paysanne Admirable.

« Nous exigeons que le fonctionnement du Pouvoir Judiciaire soit réexaminé. Nous ne comprenons pas comment il se peut qu’après plus de 17 ans, pas un seul propriétaire terrien ne soit emprisonné alors que de milliers de paysans font l’objet de mesures préventives en ce moment ».

Ils voulaient partir trois mois plus tôt, mais l’assassinat de deux de leurs compagnons à Palo Quemao a stoppé ce projet.

« Nous voulons que la manière dont fonctionne le Pouvoir Judiciaire soit réexaminée et modifiée. Nous ne comprenons pas comment il se peut qu’après plus de 17 ans pas un seul propriétaire terrien ne soit emprisonné alors que des milliers de paysans font l’objet de mesures préventives en ce moment même et doivent se présenter devant la Justice parce qu’ils ont été expulsés illégalement de leurs exploitations ; nous en avons toutes les preuves. Nous ne continuerons plus à accepter cette situation », dit Gerardo Sieveres, paysan de Tinaco, l’un des porte-paroles du mouvement.

Leurs revendications : justice, terres et intrants.

Parmi les nombreux documents qu’ils ont apporté pour les soumettre au Président, il y a par exemple la Proposition Tagua Venezuela, un projet de production d’une protéine végétale qui pourrait se substituer au soja, à une dimension industrielles afin de produire de l’alimentation pour le bétail, dont l’approvisionnement fait défaut du fait du blocus et des sanctions imposées par l’Empire qui empêche le soja d’entrer dans le pays. L’objectif est donc de développer la culture d’espèces comme le pignon de pin qui pousse de manière naturelle dans notre pays, afin de réguler la production d’aliments pour le bétail de manière souveraine. Mais ce n’est pas tout.

Mettez-vous à notre place : quand la distribution de ressources et d’intrants destinés à la production agricole et à l’élevage se retrouve aux mains de mafias en tous genres qui ont activement participé au déroulement de la terrible guerre économique à laquelle nous avons survécu ces dernières années, ou quand on se rend compte que la sécurité juridique qui vous est due concernant la récupération de terres non cultivées dépend de votre détermination et de vos jambes, ou, en quelques mots, si vous êtes un simple paysan, vous avez en avez tant vu que rien ne vous fait plus peur.

Quand vous vous réveillez tous les matins en sachant que la responsabilité d’alimenter le reste du pays repose entre vos mains, que vos jambes sont le support d’une grande chaîne de production qui emporte les aliments depuis les champs jusqu’à la table de vos compatriotes, et, surtout, dans vous avez de tous temps été dupés par des maires ou des fonctionnaires démagogues passant par votre communauté juste pour se faire prendre en photo, vous n’avez pas peur de faire une marche de 400 kms à pied pour faire entendre ce que vous avez à dire face au pays et au Président, auquel le fonctionnaire démagogue que nous venons de mentionner n’a jamais fait parvenir le message que nous lui avions adressé.

Lorsque vous avez vu vos camarades paysans déplacés de force par des groupes paramilitaires importés, vous n’hésitez pas à vous déplacer par n’importe quel moyen, (y compris ce putain de vieux si nécessaire ?), pourvu que quelqu’un qui s’en soucie écoute ce que vous avez à dire. Vous hésitez encore moins si les raisons qui vous poussent à réaliser une mobilisation de cette ampleur, il y a le fait que des centaines de paysans ont été brutalement assassinés par des latifundistes et les sicaires à leur solde au cours de ces dernières années ; ce qui ne s’arrêtera pas aussi longtemps que justice n’aura pas été fait et que ne soit enfin imposé de manière définitive le principe révolutionnaire qui affirme que la terre appartient à ceux qui la travaillent. Tout ce que nous venons de dire là nous a conduits jusqu’ici. Les soldats de Chavez ne vont-ils pas accomplir leur mission ?

LES INVISIBLES

« La marche se planifie en cours de route, et c’est ce que nous avons fait depuis notre départ de Portuguesa. Nous sommes arrivés ici prêts à donner une accolade  à nos camarades de Caracas, de parler aux médias ; cela nous a beaucoup attristés de constater que des camarades de la presse ont voulu passer sous silence ce que nous sommes venus dire. Nous étions invités à un programme en direct sur Vive TV, et à la dernière minute on nous a dit que non, que finalement le programme n’aurait pas lieu. Ce que nous sommes venus dire ici ne va pas à l’encontre du processus révolutionnaire, bien au contrait, nous voulons nous exprimer en faveur de notre gouvernement, en soutien au Président Nicolas Maduro. Nous savons que des camarades occupant des postes intermédiaires dans le Gouvernement ont voulu ôter toute visibilité à notre Marche, car ils craignent que celle-ci ne fasse ce qu’elle a déjà fait : réveiller l’espoir du peuple en le laissant s’exprimer et parvenir à faire que les choses fonctionnent. Ils ont menti à notre sujet, nous traitant d’infiltrés et nous voulons faire savoir que c’est faux ; ce que nous présentons ici, c’est une série de dénonciations et de propositions qui exposent nos problèmes mais aussi les solutions que nous savons pouvoir y apporter », dit Sieveres.

Le drôle d’accueil  qui nous a été réservé et la réussite de ce qui n’est qu’un début : le mercredi 1er août au matin, les paysans, accompagnés de nombreux camarades des mouvements sociaux de Caracas, se sont rendus de Hoyo de la Puerta (où ils ont bénéficié d’une assistance médicale et d’un lieu de repos) jusqu’à l’avenue Urdaneta, très proche du Palais de Miraflores. Mais un cordon de sécurité policière important les a empêché d’arriver jusqu’au Palais, et, bien qu’il ne s’agissait pas d’un rassemblement violent, cette situation a contribué à ce que des voix pressantes se soient élevées, ne provenant pas de la Marche, en défense des paysans. Malgré tout, avec la fermeté et le calme qui caractérisent l’homme de la campagne, ces derniers ont pris cela comme une ultime bataille à livrer et ils ont supporter stoïquement une nuit de plus, encouragés par l’enthousiasme et le soutien qu’ils avaient reçu tout au long de leur voyage.

« Tu vois, nous sommes partis avec le cœur en bandoulière, avec nos bananes, quelques topochos (bananes à cuire), du riz. Nous sommes allés jusqu’à Cojedes, Carabobo, en mangeant ces topochos, du riz salé, car c’est tout ce que nous avions. Notre arrivée à Carabobo a été impressionnante : les camarades du mouvement populaires, les camarades de Conuquo, ceux de « Todas la Manos a la siembra » nous ont reçu très cordialement et nous ont apporté un grand soutien. De là-bas jusqu’ici, nous n’avons manqué de rien. Nous avons reçu à boire et à manger, et bon, nous pouvons affirmer avec une grande dignité et beaucoup de fierté que c’est le peuple qui a financé cette Marche et nous sommes très reconnaissants envers ces camarades, ceux du Parti Tupamaro, du PCV, des partis du Pôle Patriotique qui se sont montrés favorables à cette marche ; de même que les camarades de Patria Grande, d’Argentine ; les camarades du Mouvement des Sans Terre du Brésil ; les Zapatistes du Chiapas, les camarades d’Europe qui nous ont apporté leur soutien ; les camarades de Via Campesina et bien d’autres encore.

Nous n’avons donc pas le moindre doute qu’avec un tel soutien, le Président Nicolas Maduro nous recevra, car son peuple se tient là, le peuple qui le défend et qui le défendra dans n’importe quelles circonstances ».

Gerardo ne s’est pas trompé : le lendemain, ils ont été reçus par le Président et leur droit de s’exprimer sur une chaîne nationale, acquis bien plus qu’à la simple force des poignets, pour dire ce qu’ils avaient à dire, a été respecté.

Source : EPALE 284, http://epaleccs.info/campesinos-admirables-una-travesia-por-la-justicia-y-el-alimento/

Traduction : Frédérique Buhl

Note : on peut voir et entendre les témoignages des paysan(ne)s sur la Teleweb Terra TV 

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Déjà 100 donateurs pour faire exister Terra TV, le monde vu par les paysan(ne)s


Avec 100 premiers donateurs et 63 % du montant rassemblé, Terra TV commence à travailler. Son équipe de 10 formatrices et formateurs met les bouchées doubles pour que les paysan(ne)s soient les acteurs(trices) direct(e)s d’une télé web comme outil pour se former, s’organiser, se solidariser face aux mafias de la terre paramilitarisées et face aux transnationales de l’agro. Nous remercions chaleureusement tous les militant(e)s et sympathisant(e)s qui ont compris l’importance stratégique de la création de ce média. Comme le dit un des donateurs “Notre soutien à tous les défenseurs de la Terre, de la biodiversité et de la qualité de l’environnement leur est dû car ils sont nos défenseurs.”

Aidez-nous à atteindre l’objectif en faisant un don: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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Liste des 100 premiers donateurs

(7 septembre 2018)

 

– Assos ou Médias alternatifs : Médias Libres (Québec), Primitivi (France), Le Grand Soir (France), Théâtre Croquemitaine (Belgique), France Amérique Latine Comité Bordeaux Gironde.

– Particuliers (par ordre alphabétique) : Raphaëlle Azcué, Elise Alard, Faical Areski, Nasser Belabbas, Alain Bellido, Patrice Bere, Bernard Besson, Léonie Biasotto, Pascal Blanleuil, Patrick Bonhery, Jonas Boussifet, Myriem Benbrahim, Kamil Benjelloun, Zineb Benlyamani, Chantal Casterman, Marie-Claude Cayzac-Vigouroux, Yvain Chambard, Mehdi Chraibi, Hamza Chraibi, Andrea Cotrena, François Cadoux, Olivier D’Asselin, Franck David, Viktor Dedaj, Maggy Dehon, Chris Den Hond, Julie Denoix, Christine Deronne, Véronique Devaux, Frédéric Dietlin, Emmeline Dolléans, Christophe Drevet-Droguet, Benjamin Durand, Kacem El Guernaoui, Omar Elguernaoui, Yassine El Guernaoui, Jean-Baptiste Fabin, Louise Fusenig, Raphael Garcia, Marc Girard, Hélène Goureau, Go mehdouche Tom&Lou, Bernard Guerrien, Lea Houben, Hervé Hubert, Jean-Christophe Huclin, Yannick Humeau, Meryem Ihrai, Julie Jaroszewski, Anne Jaucot, Patricia Kajnar, Fabien Kretz, Radia Lam, Othmane Laousy, Françoise Lemoine, Mathilde Larrère, Guillaume Latrille, Jacqueline Lavy, Nelly Le Caroff, Justine Le Gall, Zoé Libault, Jean-Claude Llinares, Ludovic Mamessier, Anne Mortiaux, Layla Mouchtaq, Oranne Mounition, Stéphane Nadeau, Juliette Oheix, Monia Oussou, Carlos Alfredo Pacas, Christine Pagnoulle, Mônica Passos, Carole Pentier, Emmanuel Piégay, Miguel Quintero y Pérez, Dominique Remi, Marie-Claire Richard, Nordine Saidi, Jean Secret, Mariona Simon, Fabien Simon, Lina Slassi, Mounia Slassi, Marcel Solbreux, Milady Renoir, Mehdi Tarik, Marie Tallut, Bernard Tornare, P-E Travé, Sébastien Urbain, Laurent Van de Wyngaert, Rosana Vautrain, Daniel Veltin, Gloria Verges, Maxime Vivas, Marianne Waeber, Roxane Zadvat et deux anonymes.

 

Vidéos produites par Terra TV ces derniers jours :

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Terra TV : les paysan(ne)s du Venezuela définissent les contenus et se forment pour les réaliser

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Après avoir adopté les propositions faites par les paysan(ne)s de tout le Venezuela pour construire la forme et les contenus de Terra TV, l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre leur a donné un premier atelier de réalisation audiovisuelle. De cette manière naît concrètement le réseau de producteurs(trices) audiovisuel(le)s de Terra TV. Un média stratégique au moment où les grands propriétaires déclarent la guerre aux paysans, veulent reprendre les terres distribuées aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. Vous aussi vous pouvez appuyer la naissance de ce nouveau média en rejoignant ici les 88 premiers donateurs : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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A la plate-forme de la marche paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons totalement comme nous l’avons fait jusqu’à présent”. Compte-rendu de l’assemblée paysanne qui a défini les contenus de Terra TV, le 13 août 2018.

José Ramón Bastardo Martínez, de l’Etat Bolivar prend la parole : “nous semons des tomates avec moins d’eau que les privés et en décembre, nous on récolte le triple ! Mais ça les médias ne peuvent pas le dire. Cela doit rester caché, on produit pour la patrie mais ça il ne faut pas le montrer… Il y a quelques années je disais que j’allais monter une école de paysans mais ce n’était pas pour former des paysans mais pour former des hommes et des femmes de la campagne. Terra Tv doit être aussi une école pour ces jeunes qui vivent dans la ville, avec les pères et les mères qui sont dans le plus grand besoin, leur enseigner à traire une vache, à manier des machines, à monter à cheval, à manier la hache et la houe, comme on le voyait dans cette vidéo…

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Pour Neida Rodríguez, venue de l’Etat de Portuguesa : “Quand vous nous demandez ce que pourrait être une télévision paysanne, sur nos propres terres, dans nos propres espaces, je dis qu’on pourrait faire, pourquoi pas, un feuilleton de la femme paysanne, du fils de paysans, du mari paysan, faire le feuilleton à partir de là, faire le feuilleton depuis ce lieu, vivre notre vie à nous les paysans. Si on réalise des feuilletons de toute sorte, sur les rives du fleuve Arauca, pourquoi pas un feuilleton plein d’amour pour le Venezuela et non seulement pour le Venezuela mais pour toute l’Amérique Latine. Comment est la femme et l’homme paysan, pourquoi nous avons un grand cœur en tant que paysans, si le monde n’en sait rien c’est parce qu’on nous a invisibilisés mais grâce à Terra TV, la télévision populaire qui va porter notre voix et nos sentiments aux pays frères, ils verra comment est le travail du paysan et de la paysanne quand ils se lèvent pour réaliser leur tâche quotidienne, tout ce qu’il leur faut faire, pourquoi ne pas en faire un feuilleton, quand ils se lèvent tôt avec leur gourde d’eau, pourquoi nous n’avons pas droit nous les paysans à ça ? Sans maquillage, sans déguisement, vers d’autres frontières, ou un documentaire pour qu’on voie comme on travaille, comment on fait la production. Si vous voyiez nos enfants, nos petits enfants, comment nous semons, ou comment nous marchons, pourquoi nous marchons pieds nus, on pourrait faire un feuilleton où nous lavons, là où nous sommes, au bord d’un fleuve, dans la cuisine de terre ou dans une maison qui n’est pas en ciment mais dans une maison paysanne, une maison de palmes. Nous, nous produisons de tout, c’est un bonheur. Malgré tout nous vivons bien, à la campagne. Nous voyons la femme urbaine, et nous sommes tristes pour elle, quand l’enfant lui demande à manger, quand il y a la faim, il y a la faim, alors pourquoi ne pas venir travailler avec nous, au moment des vacances, en décembre, pourquoi ne pas aller avec nous à la campagne, je ne leur dis pas de déménager mais ils vont voir qu’après le travail avec nous, ils vont commencer à construire des maisons avec nous. Nous sommes des oubliés sur le plan des institutions, des intrants, de l’engrais, des semences… Et pourquoi nous les paysan(ne)s nous ne pourrions pas être comme vous ? Avoir un studio, Terra Tv, je vous dis d’aller sur les terres pour voir la qualité de personnes que nous sommes et oui, j’aimerais qu’on fasse un feuilleton pour que les gens attendent l’heure de la diffusion et se disent “nous allons regarder le feuilleton des paysans” et que jour après jour on suive l’évolution de la femme paysanne, comment la situation s’améliore… Merci à Terra TV d’avoir suivi notre marche pas à pas et je vous le dis, ceci est un début, un éveil du paysan, parce que nous avons encore un tas de choses à régler.

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Selon un autre compagnon de l’état du Zulia, “Terra TV est un grand espace pour développer tout le potentiel culturel de notre peuple, la danse, la musique, la gastronomie, je parle d’une culture qui naît dans nos peuples, de racines, c’est différent de ce qui se projette dans une école, dans une maison de la culture. Il y a toute une transculturation, nous devons valoriser ce que font notre peuple, nos paysans.

Pour sa part le militant Andrés Alayo exprime : “Pourquoi Terra TV naît à El Esfuerzo et non à El Tunal ?, pourquoi ? Parce qu’il y a une option à El Esfuerzo, une communauté paysanne qui a été expulsée, son école brûlée, il y a une communauté qui construit, qui est un modèle agricole totalement différent de celui d’El Tunal. C’est une lutte communicationnelle avec des acteurs concrets. Comment construire un autre modèle de communication sans que les outils ne soient aux mains du peuple ?”

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Arbonio Ortega, un des leaders de la marche paysanne, de l’état Portuguesa : “on se souvient de comment était Vive TV il y a quelques années, dans la lutte et on se disait : pour travailler la terre, il y a la houe, la binette, le soc et pour la lutte, il y a la télévision; la communication… des armes qui font peur au grand propriétaire et au latifundiste. C’était aussi un moment d’intégration. On s’intégrait et on perdait même la peur de parler, de parler à la caméra, au micro, il y avait une intégration entre le journaliste, le reporter, le paysan… Ces jeunes de la chaîne prenaient leur sac à dos et s’en allaient à la campagne, ainsi était Vive. Je me souviens de plusieurs traversées, à l’Esfuerzo Bolivariano à Guanarito, à cheval, avec l’eau jusqu’à la ceinture… et quel bonheur, avec la caméra dans le sac à dos, et ce n’était pas une petite caméra comme celles d’aujourd’hui, c’était un machin grand et lourd qu’on portait sur le dos, pour enregistrer la lutte, ce n’était pas comme les pistolets-jouets d’aujourd’hui, même si ceux-ci sont tout aussi redoutables et peut-être plus, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Combien de cas n’ont-ils pas été documentés ? 2006, 2005, où on surprenait les vigiles des grands domaines en pleine action, armés jusqu’aux dents, et on a fait tant de documentaires. Combien de programmes ne concernaient le secteur paysan ? Je me souviens de “arrachons les barbelés” à Vive TV. Combien d’images n’avons-nous vues de tant de compagnons tombés, tués, disparus ? Combien de compagnons n’ont-ils pas dit de mots en faveur de la lutte pour ensuite se transformer en dévoreurs de terres, vendant la terre, ceci sert aussi à réfléchir. Pour apprendre de ceux que nous appelons les voyous de la terre. Notre idiosyncrasie, l’échange de notre idiosyncrasie aussi, à travers la télévision.

Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ?

À El Esfuerzo, “Jota” de Terra TV attendait un ministre à Acarigua pendant que les grands propriétaires incendiaient l’école, et il y est allé avec la caméra, ce fut un coup de maître, sans doute que sans ces images l’Etat n’aurait pas bougé, même si les enfants d’El Esfuerzo allaient les enregistrer avec leurs tablettes, mais le plus fort ce fut Jota avec sa caméra. Les médias privés comme Venevisión ont produit des feuilletons comme “Doña Bárbara”, mais même la manière de parler des personnages n’allait pas, c’était comme une moquerie. Quand on lit “Doña Barbara”, on voit que le roman n’a rien à voir avec ça, ils le trahissent complètement. Pour l’auteur Rómulo Gallegos ce serait une honte de voir cela. Par contre si les mêmes personnages sont fidèlement restitués, si leur langue est maintenue, et le contexte aussi, alors l’adaptation nous touche. Là aussi la télévision devient nécessaire, pour maintenir vivante notre identité, notre manière d’être, de penser. Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ? Certains se battent encore comme la compagne de Colombeia TV, de Terra TV, mais Vive TV s’est perdue totalement, cette chaîne ne ressemble plus en rien à ce qu’il était initialement. Au début les compagnons voyageaient jusqu’au lieu de la lutte; parce qu’ils sentaient qu’il fallait y aller, “allons-y !”, sans rien demander en échange, parfois sans hamac, pour vivre la réalité rurale, avec les moustiques et tout. Je vois Terra TV comme une bonne initiative qui va nous réveiller à cette étape de l’Histoire. Je crois que c’est crucial dans ce moment historique que nous vivons, à ce croisement des chemins, parce que quand l’ennemi veut nous voler à nouveau nos terres, quand il veut déclarer une guerre aux paysans, la communication va jouer un rôle important, nous devons livrer cette bataille. Nous devons réussir ou perdre. Le grand propriétaire fonce sur nous et nous n’allons pas le permettre. A travers la communication nous allons montrer les degrés d’unité, d’organicité, la capacité de mobilisation que nous pouvons mener et cela va être une arme puissante contre l’impérialisme. A la plate-forme paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons sous tous ses aspects comme nous l’avons fait jusqu’ici. Autre chose : l’échange sur le plan international avec les autres mouvements paysans. Ici l’élément de pouvoir est la terre. Ils veulent nous éliminer pour conquérir le monopole de la terre et de ses ressources, c’est pourquoi ils nous tuent, partout.

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Douglas Quintero, de l’Etat de Trujillo, prend la parole : “Comment j’imagine la télévision des paysans ? D’abord comme instrument de formation sociopolitique. Deuxièmement comme un outil didactique pour offrir des connaissances au paysan. Parce que la guerre économique nous a fait comprendre que nous en sommes aux balbutiements à l’heure de produire. Qu’on nous coupe l’approvisionnement en intrants, en produits chimiques, qui sont des composants de l’agriculture conventionnelle… et la production retombe presque à zéro. Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous les paysans, bien que nous disposions de la parcelle comme outil de production, nous sommes encore loin du compte. Beaucoup de paysans sur le plan national ne savent pas ce qu’est un compostage et ne savent pas qu’à travers un biodigesteur nous pouvons produire du gaz. La télévision pourrait nous aider, en plus de la formation, à renforcer la lutte politique. Je voudrais qu’existent des espaces pour transférer la technologie, par exemple, pour comprendre que l’engrais organique est plus puissant que l’engrais chimique et ainsi nous le produirions dans toute la plantation. Je crois qu’il y a des gens qui ne saisissent pas la différence entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture organique, alors que c’est l’agriculture organique qui va nous apporter l’émancipation comme paysans y que va nous libérer d’une entreprise comme Agropatria, mais nous ne cherchons pas à en sortir. L’heure est arrivée. La guerre économique nous a apporté de mauvaises choses mais aussi des points positifs comme de nous rendre compte qu’il y a d’autres outils pour renforcer la production et pour que l’alimentation revienne dans les rayons. A partir de 2016, la majorité des productions étaient à prix écrasé, le riz, la farine de maïs, la viande, mais aujourd’hui même les marchés paysans ne sont plus une option, les commerçants mettent un kilo de pommes de terre à deux millions, ils nous ont ruinés, même un kilo de bananes qui étaient le produit meilleur marché vaut un million. Nous devons aller au plus profond et avec cette télévision apprendre comment on peut produire des semences d’oignon, de pomme de terre, ici nous avons tous les climats. Introduire des connaissances comme celles de la ferme intégrale, pour que le producteur soit plus efficace, plus intégral à l’heure de produire et qu’il y ait plus de bonheur tant envers les consommateurs qu’envers les producteurs. Il y aura moins de cancers.”

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Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes.”

Une compagne paysanne de l’Etat de Barinas conclut : “c’est important de visibiliser le travail, de mettre en lumière ce que les médias ne montrent pas. Parce que le média privé montre le paysan comme un pauvre hère, par exemple comme la femme qui doit épouser un riche mari pour pouvoir cesser d’être paysanne. Nous ne voulons pas que l’on nous regarde comme des pauvres gens, nous sommes celles et ceux qui travaillons et produisons la nourriture pour que ce pays puisse s’en sortir. Mais les institutions se sont pliées aux intérêts des grands riches qui ont de quoi les acheter sous la table. Mais nous sommes ceux qui semons. Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes, fiers d’être paysans. Moi par exemple j’étudie mais je veux aussi semer, je veux aussi avoir mon lopin de terre. L’agroécologie rend indépendant le paysan. Nous les paysans nous dépendons des semences de transnationales et nous ne voulons pas travailler avec des produits chimiques, avec des OGM. Les paysans sont ceux qui transmettent à leurs enfants les connaissances ancestrales, nous devons donc chercher et voir où sont ces connaissances. C’est ce dont nous avons besoin. Comment nous réussissons à maintenir par exemple les semences de maïs. Par exemple en ce moment l’Institut Agroécologique Latino-américain Paulo Freire (état de Barinas, NDT), travaille avec certaines de ces semences. Mais ils n’ont pas de sécurité, ils n’ont rien et ce sont eux qui poussent tout le thème agroécologique. Ils ont un programme qui s’appelle “maître populaire”: je suis paysan, je vais, je vois et en tant que paysan je vais en former d’autres, on donne des cours sur la manière de cultiver la terre, pas comme ces ingénieurs qui viennent commander. Et quelle fut la manière de revendiquer la marche paysanne invisibilisée par tous les médias ? Ce fut une diffusion télévisée nationale exigée par le président. Parce que ce fut une marche des pauvres, venus à pied, avec un camion qui devait transporter l’eau mais qui est tombé en panne. N’importe qui aurait dit : je rebrousse chemin, parce qu’imaginez, sans eau ni nourriture; et en fait les gens qui nous ont vus, ont dit : nous voulons que vous parveniez au terme de votre marche, nous allons vous aider, et les gens sont sortis pour nous donner de l’eau. Ils nous ont dit : “entrez chez moi, vous pouvez rester ici, ici il y a de la nourriture pour que vous l’emportiez”. Ce sont ces choses qui nous ont fait tenir à tout moment, et plus encore maintenant, quand on voit la réussite que la marche a permis, qui a dépassé nos espérances. L’espoir a envahi les gens, ils se sont sentis fiers et se sont enfin éveillés, c’était l’unique façon; tout le monde se plaint mais jusqu’à présent ce fut la seule action pour dénoncer la situation, pour que le président Maduro se rende compte de ce qui se passait, se rende compte de toute notre souffrance, de tous nos problèmes et que ces problèmes ne viennent pas d’aujourd’hui, depuis combien d’années se battait le compagnon Parra pour les terres (paysan assassiné par des grands propriétaires peu après la réunion entre Maduro et la marche paysanne, NDT) ? Pas depuis un mois ou deux jours, parce qu’ils ont entamé la marche avec nous et cela faisait six ans qu’ils occupaient ces terres. Comment l’ont-ils tué, pourquoi l’ont-ils tué de cette manière ? Ils l’ont torturé pour que le reste des paysans quittent les lieux, s’enfuient.. Et ce paysan, ce n’est pas qu’ils l’ont tué tout à coup, il y a eu tant de dénonciations, de visites aux institutions mais le grand propriétaire s’est dit : après tout ce n’est qu’un petit paysan, je le tue, je paie le juge, je paie la police, je m’en sors bien et plus personne ne saura rien du paysan. Grâce à cette marche on essaie de faire que justice soit rendue, je crois qu’on peut y arriver et aussi pour deux autres paysan assassinés au même endroit par les mêmes personnes (les assassins de Parra ont depuis été arrêtés grâce aux pressions des paysans, NDT).

Photographies de l’assemblée et de l’atelier : Jonas Boussifet.

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Traduction : Thierry Deronne

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Nouvelle victoire paysanne au Venezuela

Une nouvelle avancée dans la lutte paysanne comme partie intégrante de la révolution bolivarienne : 2000 familles qui avaient récupéré les terres abandonnées de ¨El otono¨ et de ¨la Primavera¨ ont reçu un document légalisant leur occupation et mise en culture et une lettre d’enregistrement agraire de l’Institut National des Terres pour 749 hectares.

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Révolution Bolivarienne et lutte paysanne : les défis actuels

Le 9 avril dernier, le Président Nicolas Maduro a pris fermement position contre la criminalisation de la lutte paysanne et la vague d’expulsions dénoncées par les organisations de ce secteur. Il a ordonné de créer une commission spéciale au sein de l’Assemblée Nationale Constituante, afin d’enquêter sur les faits les plus récents et d’identifier les responsables ainsi que leurs complices à l’intérieur des institutions. Dans son discours, le Président a affirmé avec force « Cette Révolution n’est pas complice des propriétaires terriens! C’est la Révolution des paysans et des paysannes, de la Justice ». Le 28 avril Maduro a renforcé les aides économiques au secteur paysan et communard.

Pour ceux qui sont directement concernés, la question est de savoir qui est derrière la recrudescence actuelle du harcèlement contre le secteur paysan. Quelles devraient être les actions à entreprendre suite à la récente déclaration de Nicolas Maduro? Comment le soutien apporté par la Révolution aux organisations paysannes pourrait-il se concrétiser ?

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Nicolas Maduro avec Angel Prado, un des leaders de la commune paysanne El Maizal, le 28 avril 2018.

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Les luttes paysannes, point cardinal de la Révolution

Depuis ses débuts, la Révolution Bolivarienne a fait sienne la lutte historique de la paysannerie pour la démocratisation des terres, des intrants et des ressources nécessaires à la production agricole. C’est écrit de façon explicite dans la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela de 1999, et  dans la Loi sur les Terres et le Développement Agricole, l’une des 49 lois approuvées par voie d’habilitation par le Président Hugo Chavez en 2001, afin d’inscrire les principes constitutionnels les plus urgents dans un cadre juridique et d’application concrète.

Selon un recensement réalisé en 1998, sur les presque 30 millions d’hectares de terres cultivables dénombrées, 24 millions environ (c’est-à-dire 60%) sont regroupées dans des latifundios dont les propriétaires ne représentent que 1% de la population. L’agriculture paysanne familiale et de petite et moyenne production constituent 75% des exploitations agricoles mais ne couvre qu’à peine 6% des terres cultivables.

La lutte contre le latifundium a immédiatement suscité de violentes réactions (1) de la part de l’oligarchie, selon laquelle elle serait « contraire à l’intérêt social ». Les puissants intérêts économiques de cette caste, liés à la concentration de la propriété des terres   -plutôt qu’à la production agricole vu son rendement limité- sont à l’origine de la violence et de la persécution envers les communautés paysannes protagonistes de la récupération des terres non cultivées au bénéfice de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du pays. Tout au long de ces années de Révolution, il y a eu environ 300 assassinats de paysans commis par des sicaires, dont la plupart au cours des premières années d’application de la loi. Aujourd’hui, plus de 16 ans après, nous assistons à une recrudescence des attaques contre les paysans organisés. Menaces, expulsions violentes, judicialisation et criminalisation de la lutte paysanne se répètent et se poursuivent selon un même scénario dans différents Etats du pays. La gravité de la situation a requis l’intervention du Président Maduro.

Pour mettre en évidence les différents facteurs en jeu, nous avons recueilli depuis Albar TV, l’analyse et les apports de la Plateforme de la Lutte Paysanne, qui intègre différentes commissions et coopératives paysannes et des petits producteurs de divers Etats du pays (2).

1) Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.

A l’origine de la criminalisation de la lutte paysanne, il y a de puissants intérêts liés à la concentration de la propriété foncière. Pour s’imposer, ils agissent à différents niveaux et ils tirent actuellement profit d’une matrice d’opinion qui désigne le secteur paysan comme responsable des difficultés économiques que connait le pays. Cette matrice d’opinion prend pied jusque dans les institutions d’état.

Bien que dans la conjoncture économique actuelle, 70% des aliments consommés par les foyers vénézuéliens proviennent de l’agriculture paysanne familiale, on met la crise que nous traversons sur le dos des paysans et ce parti pris se renforce, parce qu’au sein même des différentes institutions on ne croit pas au modèle de production paysan. Ils se justifient en disant que l’Etat a donné des terres et accordé des crédits mais que le paysan « n’a jamais su produire », nous explique-t-on à la Plateforme.

« Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en réalité l’Etat n’a pas mené de politiques judicieuses qui auraient pu contribuer au développement agricole. Car c’est un mensonge que d’affirmer que la plupart des terres sont aux mains des paysans : la plus grande partie d’entre elles, de même que la majeure partie des équipements et du capital disponible pendant la Révolution ont été aux mains de l’Etat, d’entreprises d’Etat qui appartenaient auparavant à la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAL) et qui se retrouvent aujourd’hui en partie dans la Corporation du Développement Agricole (DelAgro) et de l’entreprise agricole des Forces Armées Nationales Bolivariennes (AgroFANB) ».

Même si les grands projets de l’Etat issus de la Révolution ont eu des résultats remarquables dans le domaine de la production, la guerre économique de ces dernières années ont compromis ces efforts et montré leur fragilité, que ce soit par le fait d’être devenus l’objet de la contrebande et du détournement de denrées alimentaire, ou par les difficultés liées à l’entretien des machines et à la préservation technologique, ou encore par des erreurs de gestion, entre autres facteurs.

Le discours qui attribue la responsabilité de la crise à l’agriculture paysanne à des répercussions très graves : « car une telle logique amène à dire que les entrepreneurs, eux, savent produire, et par grandes quantités », et c’est pourquoi il faudrait établir des accords à cette fin. Mais il s’agit là d’une logique perverse, qui mène à la restauration du latifundium sous un discours prétendant que des entreprises privées pourraient s’allier à l’Etat pour « faire produire la campagne ». Ce qui signifierait déloger le petit producteur, le paysan,  comme on le constate avec les tentatives d’expulsion actuelles et serait une trahison au legs paysan laissé par Chavez, à tout ce qui a été réalisé et à tous les morts qui sont tombés au cours de ces années. Nous nous trouvons donc face à un grand danger, celui d’une politique restauratrice ».

Les pratiques de monoculture intensive propres aux grandes entreprises de l’agrobusiness sont illégales au Venezuela. C’est ce qu’établit la Loi Organique de Sécurité et de Souveraineté Alimentaire (2008) qui, tout au contraire, reconnait l’importance qu’a pour le pays le développement d’une agriculture durable. Dont les bases sont : l’agricuture paysanne, familiale et des petits producteurs, comme l’a défini l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (sigle anglais FAO), qui met en évidence l’importance cruciale de la petite production du fait qu’elle répond au triple défi de produire plus d’aliments, de créer plus d’emplois et de conserver les ressources naturelles.

A l’inverse, la mal nommée « révolution verte » de l’agrobusiness n’a non seulement pas atteint son objectif affiché (réduire la faim dans le monde), mais a démontré qu’elle avait des impacts négatifs considérables en épuisant la terre, en instaurant une dépendance au monopole des grandes corporations mondiales sur les instrants et en provoquant le déplacement de la population paysanne et son appauvrissement culturel.

« La production paysanne et la production familiale fournit 80 à 90% des aliments des pays d’Amérique du Sud. Ce que produisent les grandes surfaces de l’agro-industrie aux mains du capital étranger ou national ne sont que des « commodities ». Nous avons là deux points de vue antagonistes » prévient la Plateforme.

Sandra del Toro, communarde

2) Garantir la sécurité juridique des récupérations.

Selon  des informations présentées par le Président Maduro, les terres reprises au latifundium ont atteint 6 millions d’hectares. Cependant, « il y a environ 6 000 cas de récupération pour lesquels la procédure juridique a commencé mais n’a jamais été achevée, « selon les indications de la Plateforme de la Lutte Paysanne.

Par exemple, dans le cas de la commune El Maïzal, dans l’Etat de Lara, « une récupération a eu lieu en 2008 (avec le Président Hugo Chavez en personne). Ce fut une opération spectaculaire, en présence même du propriétaire. Mais  cette récupération n’a jamais été finalisée par l’INTi devant les tribunaux. Le résultat a été qu’en 2013 le TSJ a ordonné de rendre ces terres à l’ancien propriétaire. Comme à ce moment-là avait lieu une rencontre extraordinaire des Communes, il y a eu toute une protestation au niveau national et le Président Nicolas Maduro a pris les devants et a annulé cette décision ».

Des milliers de cas de récupération ont été engagés sans jamais aboutir ou être clos  juridiquement, d’où leur précarité. N’étant pas fondés sur des actes juridiques définitifs, une décision du pouvoir judiciaire peut à tout moment les annuler. La responsabilité retombe, dans ces cas-là, sur l’INTi, qui effectue toutes les démarches légales concernant les récupérations. Nombre de récupérations font l’objet de plaintes de la part des prétendus propriétaires, mais l’INTi n’a jamais donné suite aux convocations des tribunaux. Il y a un risque de de perdre ainsi jusqu’à 90% des récupérations », affirment-ils.

Tout cela se traduit par une absence de sécurité juridique, y compris pour le secteur paysan  qui a reçu son outillage agricole. « Un processus de récupération dure au minimum de six mois à un an. Mais dans les faits, il peut prendre plus de cinq voire dix ans. Si cela est dû en bonne partie à l’inertie bureaucratique, il faut savoir aussi que des avocats de l’INTi perçoivent des pots de vin en contrepartie de leur inaction et que de cette façon, les délais légaux sont dépassés et on aboutit à une péremption administrative. Bien entendu, à l’expiration de la procédure, tout document fourni est invalidé, que ce soit une carte foncière ou une adjudication ».

En effet, au Sud du Lac nous avons un cas de 300 hectares récupérés dans lequel le tribunal des affaires agricoles a reçu une plainte lui demandant d’annuler la carte foncière qui avait été octroyée à la communauté paysanne l’année dernière. Si le tribunal invalide la carte foncière, les paysannes et les paysans seront mis dehors. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans le scénario d’un changement de gouvernement, ils n’auraient même pas besoin de dire « nous allons annuler les récupérations », il suffira simplement d’activer  ces cas de péremption judiciaire, c’est-à-dire qui n’ont pas été menés à terme et les terres seront rendues aux latifundistes.

3) Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions.

Suite à l’appel du Président Maduro, le Vice-Ministre des Terres et président de l’INTi, Luis Soltedo, est intervenu ce mardi au siège régional de cette institution dans l’Etat de Mérida après l’affaire, qui a fait beaucoup de bruit, de l’expulsion de l’exploitation La Magdalena, dans la localité d’Obispo Ramos Lora. C’est là que le 16 mars dernier, 32 personnes de la communauté paysanne, accusées d’effraction bien qu’elles aient été en possession d’une autorisation de l’INTi pour récupérer ces terres non cultivées, ont été arrêtées.

Soltedo a destitué 17 fonctionnaires rattachés au Bureau Régional  des Terres de l’Etat de Mérida suspectés d’avoir commis des actes de corruption et a désigné un nouveau directeur. Mais nous ignorons toujours si outre le fait d’avoir été destitués, ils seront poursuivis en justice et si les destitutions sont en rapport avec les harcèlements  envers les organisations paysannes ou avec le sabotage des procédures administration des récupérations. Dans cette même localité, a été dénoncée la complicité des fonctionnaires de l’INTi avec les propriétaires terriens dans le but de faire obstacle à la procédure de récupération de 400 hectares de terres non cultivées du Fundo el Carmen engagée par deux conseils paysans.

Les enquêtes devront être complètes. « Sur le plan judiciaire, la Défenseure publique devra enquêter  sur des procureurs et des juges qui font preuve de partialité envers les propriétaires fonciers et qui prêtent main forte aux expulsions et à l’emprisonnement des paysannes et paysans », affirme-ton à la Plateforme en évoquant l’existence d’un réseau de corruption.

De son côté, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, qui livre une grande bataille contre la corruption depuis qu’il assume sa charge (août de l’année dernière), a déclaré que le Ministère Public affrontera les propriétaires terriens au moyen de la Loi et qu’il assurera la défense des droits humains des paysannes et des paysans victimes de ces tentatives de restauration du latifundium. Une enquête sur les autorités régionales et municipales est nécessaire « parce que leurs services de police ont été utilisés dans les expulsions ». C’est le cas, par exemple, pour Hato Las Mercedes de la municipalité de Pedraza (Etat de Barinas) où environ 450 familles, qui sont venues travailler ces terres dès 2011 avec l’autorisation de l’INTi, ont été victimes d’une expulsion brutale le 7 mars 2017. Dans un autre contexte, nous avons aussi le cas de la commune Minas de Buria, située dans le massif de Nirgua (Etat de Yaracuy) où 277 petits exploitants agricoles sont poursuivis en justice et se trouvent sous la menace d’une expulsion des terres sur lesquelles ils vivent depuis 50 ans, sous l’accusation d’occupation illégale bien qu’ils soient en possession d’une carte foncière de l’INTi. La commune a dénoncé à plusieurs reprises que derrière tout cela oeuvrent en réalité les intérêts de l’exploitation sablière et minière de la région.

« Il faut aussi enquêter à l’intérieur du secteur militaire, car les Forces Armées Bolivariennes ont également été utilisées pour prêter main-forte aux expulsions des communautés paysannes. » Comme exemple, on cite le cas de Hato Gavilan – La Chaqueta (Etat de Barinas) où depuis le 17 avril dernier ,les paysannes et les paysans  qui avaient été expulsés de force de leurs terres, ont pu revenir au bout de 80 jours environ. Au moment de l’expulsion, ils venaient de passer dix mois à  produire des aliments sur ce latifundio. « Ce Hato est protégé par la GNB. Que fait là la GNB ? Sans doute existe-t-il des intérêts pour l’appropriation politique ou militaire de ces terres.  On n’en parle pas, mais il faut enquêter, il ne peut y avoir d’impunité ».

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4) Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds.

« Dans beaucoup d’Etats, les propriétaires terriens ont de nouveau recours à des paramilitaires et à des sicaires pour harceler et menacer la communauté paysanne et lui faire quitter les terres qu’elle travaille », dénonce la Plateforme de la Lutte Paysanne. « C’est une méthode qui a été utilisée durant les cinq premières années de la mise en application de Loi sur les Terres ;   c’est pendant ces années qu’ont eu lieu la plupart des assassinats de paysans » qui, rappelons-le, ont dépassé les 300.

Quelques jours avant le discours du Président Maduro sur les expulsions, des bandes armées au service des propriétaires terriens venaient d’attaquer le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes, dans la communauté de Las Bateitas de la municipalité de Papelon, Etat de Portuguesa. « Au cours de cette attaque, ils ont incendié une maison, brûlé un tracteur, détruit les plantations des paysans qui avaient passé huit ans à occuper et cultiver ces terres ».

Le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes est présent sur un latifundio de 24 000 hectares, nommé Hato Garzon et signalé comme terres non cultivées à l’INTi. Depuis huit ans,  80 familles lui donnent vie en produisant du maïs, des fèves, des haricots, de la banane plantain et de la yuca, en plus de faire de l’élevage de bétail  à double fonction (viande et lait). Durant toute cette période, ils ont reçu des menaces de la part de groupes armés au service de Ali Torrealba, qui prétend être le propriétaire de ces terres non cultivées », nous dit-on.

Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds ainsi que les propriétaires terriens représente donc une tâche urgente pour l’Etat Vénézuélien. « Il doit y avoir une réaction de la part des forces de sécurité, mais aussi au niveau politique et juridique contre les propriétaires terriens qui  financent et  protègent les sicaires et les paramilitaires. Il faut rappeler aussi que beaucoup de propriétaires terriens sont impliqués dans les garimbas et restent impunis ».

Prenons pour exemple le cas de Julio « Cesar Ronco » Garcia à Socopo (Etat de Barinas) qui a mis à la disposition de groupes violents une tractopelle pour attaquer et démolir des édifices publics. Cet individu a, de plus, viré à coups de fusil des paysannes et des paysans de Hato El Diamante – Cajarito, terres appartenant à la Nation qu’ils se sont appropriés par favoritisme selon les dénonciations de fonctionnaires de l’INTi lui-même.

« L’impunité est un facteur qui contribue à la poursuite de pratiques paramilitaires de la part des latifundistes et de l’utilisation de sicaires pour harceler, menacer,  expulser et assassiner les paysans. L’Etat a une dette historique envers le mouvement paysan, et doit rendre justice aux centaines de paysans assassinés par les tueurs à gages. Une assistance a été apportée à 20 ou 30 familles, mais on ne leur a pas encore fait justice ».

5) Renforcer la production paysanne.

Comme nous l’avons déjà dit, c’est la production paysanne qui nourrit pour l’essentiel les Vénézuéliennes et les Vénézuéliens actuellement. Cependant, « la plupart des politiques d’intrants sont destinées aux grands groupements de producteurs. A ce jour, il n’existe pas de politique appropriée concernant les financements et les intrants au bénéfice de la production des petits exploitants agricoles et des paysans pauvres.

Il faudrait avant tout contrôler les coûts des intrants agricoles et  garantir leur fourniture aux producteurs ». La question des intrants agricoles est centrale pour la production, et leur prix a flambé. L’urée par exemple, un intrant que l’on fabrique au Venezuela, est passé de 60 000 à 500 000 bolivars. C’est un coup dur porté au petit producteur et à la production nationale ».

« L’Institut National de la Santé Agricole Intégrale (INSAI) compte environ 12 laboratoires de production d’intrants au niveau national. Tous les laboratoires sont à l’arrêt, par conséquent celui qui veut produire de manière agro-écologique ne dispose pas d’intrants », nous dit-on.

« Nous sommes déjà mi-avril, le cycle des semailles va bientôt commencer et nous n’avons pas d’intrants. A moins que l’Etat ou des secteurs du Gouvernement ne veuille donner la priorité et ne préfèrent travailler avec les grands groupements de producteurs et non pas avec les petits, qui sont pourtant ceux qui produisent réellement. Que vont devenir les familles de ces derniers, et qu’adviendra-t-il de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du Venezuela? »

Dans le contexte actuel de la guerre économique, il est primordial de renforcer la production. « Et pour ce faire, on a besoin d’une sécurité juridique, d’un financement approprié et d’un accès aux intrants pour les petits producteurs. La priorité doit être donnée à l’accès aux équipements et à la viabilité agricole ».

Une autre question importante est celle de la sécurité de la production face aux vols de récoltes, de machines et d’intrants qui se généralisent. « Il semble qu’une part de la guerre menée contre la Révolution consiste à détruire la production limitée qui existe dans nos campagnes et qui a permis d’atténuer les conséquences de la guerre économique. Ce que nous mangeons, la yuca, la banane plantain, les fèves, les haricots, le maïs, la patate douce, le riz, ce sont les paysannes et les paysans qui le produisent. Mais si on te vole ta motopompe, tu ne peux plus arroser. Si on te vole un transformateur, un tracteur…cela met fin à la production et la guerre économique s’aggrave ».

Notes :

1) C’est ce qu’a rappelé le Commandant Chavez lui-même : »Savez-vous ce qu’ont fait les représentants de l’oligarchie terrienne quand la loi a été approuvée et est parue dans la Gazette Officielle? Ils ont organisé un évènement public et ont déchiré le texte de Loi lors d’une cérémonie, publiquement, devant le pays entier. Un journaliste vénézuélien a dit qu’un propriétaire terrien qui déchire la Loi sur les Terres peut être comparé à un narcotrafiquant qui déchire laLoi Antidrogue. (Discours fait au Forum Social Mondial de Porto Alegre, le 26 juin 2003).

2) La Plateforme de la Lutte Paysanne comprend plusieurs Conseils et Coopératives paysannes, ainsi que des petits producteurs et productrices des Etats de Aragua, Guarico, Cojedes, Barinas, Portuguesa, Mérida, Tachira, Trujillo, Lara, Yaracuy, Carabobo, Vargas et Zulia.

Source : Alba TV/2018 

Traduction : Frédérique Buhl

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