Avec le soutien du Mouvement des Sans Terre du Brésil et de la FAO, le Venezuela investit dans la production de semences agroécologiques

L’objectif est de réduire la dépendance aux intrants importés et de développer une production alimentaire viable dans les zones urbaines

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Plantation de légumes organiques par le conseil communal Hugo Chávez Frías, dans le secteur de Junquito, zona périurbaine de Caracas / FAO

par Camila Rodrigues, Brasil de Fato, 24 juillet 2017

En plein centre de Caracas, au Venezuela, l’agriculteur Manuel Velásquez cultive concombres, aubergines, bananes, avocats, légumes verts et autres aliments du jardin bio Bolivar 1, qui dispose de 155 plate-bandes. Outre les légumes, Velásquez produit également des semences pour assurer les futures plantations de ces légumes et d’autres.

Cet espace, inauguré il y a quatre ans et demi par le Président de la République bolivarienne du Venezuela, Hugo Chávez, est un exemple du modèle de production d’aliments que le pays développe en priorité pour palier le manque de nourriture, principalement causé par la guerre économique. L’une des activités est la production de semences agro-écologiques, qui a pour objectif de ne plus dépendre des intrants d’importations. Pour cela, le projet a été conçu en partenariat avec le Ministère de l’agriculture urbaine du Venezuela, le Mouvement des travailleurs sans terre (MST) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Le représentant de la FAO, Marcelo Resende, a expliqué comment est née l’initiative : « Le président Nicolás Maduro a demandé à la FAO ainsi qu’à l’organisation MST de mettre en place la production de semences, parce que la base de la production agricole est tout simplement la production de semences et le Venezuela a une faible capacité de production de semences « .

Le projet a été lancé le jeudi 13 Juillet, lors d’une cérémonie à la ferme du Collectif Hugo Chavez, qui compte 17 hectares et est située à El Junquito, une zone péri-urbaine de Caracas.

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Photos : Carmen Navas Reyes / FAO

Plus de 30 producteurs de la ville de Caracas et des états de Miranda, de Lara et de Mérida ont reçu du MST un don de 50 kilogrammes de graines agro-écologiques et d’intrants pour les cultures.
Selon Denir Sosa, responsable pour le MST du projet, la première phase est consacrée aux légumes verts, parce que sont des aliments de cycle rapide, produits en 180 jours. Facteur essentiel alors que le pays connaît un problème d’approvisionnement et a besoin de produire des aliments le plus rapidement possible. « Nous essayons d’implanter ici une méthodologie de reproduction de semences, d’éduquer les personnes en montrant l’importance de produire ses propres semences, et d’introduire la technique de production de semences de légumes verts, pour voir si les producteurs vénézuéliens peuvent être moins dépendants et ne pas acheter autant de semences comme en ce moment » , dit Sosa.

Isbelya Malave, récemment nommée directrice générale de la Fondation de la formation et de l’innovation en soutien à la révolution agraire, la Fondation Ciara , fait le pari qu’avec ce projet, le pays atteindra la souveraineté quant à la production de ses propres semences en quatre ans.

Mais pour cela, il faudra relever un défi majeur : changer le modèle économique et la culture de l’économie rentière liée au pétrole: « Depuis de nombreuses années, plus de 50, 60 ans, nous vivons dans cette culture. Le gouvernement antérieur, et même cette république, reviennent toujours au thème de développer la production pétrolière, mais nous ne sommes pas seuls. Notre objectif est de mener un travail d’un point de vue organisationnel et politique avec les gens, le problème est que nous subissons cette culture du capitalisme et des transnationales à travers les médias … C’est une contre-culture très forte. Un combat difficile « .

Le projet semencier fait partie du programme SANA, créé par la FAO et le gouvernement du Venezuela en 2015 pour soutenir les organisations de base et les mouvements de l’agriculture familiale.

Source : http://mst.org.br/2017/07/24/com-apoio-do-mst-e-da-onu-venezuela-investe-na-producao-de-sementes-agroecologicas.html

Traduction : Gloria Verges

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Communiqué de la Brigade Internationale Apolonio de Carvalho du MST présente au Venezuela


MOUVEMENTS SOCIAUX DE L’ALBA · 25 Juillet 2017

Appel à la solidarité

Nous, membres du Mouvement des travailleurs sans terre du Brésil (MST), qui travaillons et vivons au Venezuela au sein la Brigade Internationale Apolonio de Carvalho, dénonçons la grave situation d’insécurité qui pèse l’espace UPSA Caquetios, où nous avons développé avec la Révolution bolivarienne, une école de formation technique et politique.
La Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho (BIAC), qui a été pionnière de l’internationalisme du Mouvement des Sans Terre et a toujours porté haut le drapeau de l’internationalisme révolutionnaire, est arrivée au Venezuela en 2006 pour rejoindre et apprendre de l’expérience de la révolution bolivarienne. Pendant ces 11 années de militantisme au Venezuela, la BIAC a participé à diverses activités dans des domaines tels que la formation, l’éducation populaire et la production agricole. Parmi les activités effectuées aujourd’hui par la BIAC, on compte l’organisation de l’école de Caquetios, située dans la UPSA Caquetios dans l’État de Lara (« Carretera vieja -Yaritagua Barquisimeto » à 800 mts du Club Kilovatico, Ancienne Ferme Bureche).

L’école de formation intégrale (technique et sociopolitique) du domaine de Caquetios se trouve sur un espace récupéré. Elle est actuellement en cours de construction et est administrée par le gouvernement bolivarien en collaboration avec le MST, l’objectif étant d’en faire un centre de formation consacré à la formation technique agro-écologique et à la production de semences autochtones.

Que s’est-il passé à l’école?

Dans la nuit du 22 Juillet, l’école a été envahie par des individus armés qui ont intimidé physiquement et verbalement les collègues brésilien(e)s et vénézuélien(e)s qui vivent et travaillent sur le lieu. Après les avoir menacés de leurs armes, ils ont volé les fournitures, les équipements électroniques, les outils de travail, la nourriture et même un véhicule. Ils ont pris la fuite après avoir ligoté et enfermé toute l’équipe. Etant donné le déroulement de l’attaque, il est légitime de penser qu’il s’agit non pas d’une agression, mais plutôt d’une tentative d’intimidation pour que l’organisation abandonne le projet.

Notre engagement en tant que MST

En dépit de cette agression, nous allons poursuivre le projet de l’école parce que nous savons que nous vivons un moment politique où ces espaces sont essentiels pour le renforcement et la continuité de la Révolution bolivarienne. Pour consolider les objectifs de cet espace de formation, nous lançons un appel à la solidarité, avec pour objectif principal la création d’une structure qui assure la sécurité et la défense, et ce en collaboration avec l’équipe internationale des Sans Terre.

Edson Marcos Bagnara

Coordinateur de la Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho

Luisa Araujo

Directrice de l’Ecole Caquetíos

Contact : Escuela Caquetíos formacioncaquetios@gmail.com

Traduction : Gloria Verges, FAL 33

Source : http://albamovimientos.org/2017/07/venezuela-comunicado-de-la-brigada-internacionalista-apolonio-de-carvalho-del-mst-presente-en-venezuela

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Venezuela : les images que vous ne verrez pas dans les médias…

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Caracas le 11 juillet 2017. Depuis le début de la révolution bolivarienne, les mouvements féministes s’inscrivent profondément dans le processus de transformation sociale, culturelle et politique, comme en témoignent l’élaboration de nombreuses propositions pour la prochaine Assemblée Constituante à élire le 30 juillet. Après avoir décidé il y a quelques semaines de créer et de financer une École Nationale du Féminisme, le président Nicolas Maduro vient d’appliquer une autre des revendications : le « programme national de l’accouchement humanisé ». Dans la première phase, 100 formatrices accompagnées de médecins communautaires et de 10 mille promotrices communales, seront chargées de lancer ce programme pour mettre fin à la violence obstétrique dont sont encore victimes de nombreuses vénézuéliennes et pour lequel le président a approuvé un budget de 12.090.000.000 bolivars. Le gouvernement a activé la ligne 0800 MUJERES pour faciliter l’accès des femmes à cette nouvelle mission sociale.

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Pionnier dans l’histoire de la coopération internationale, le gouvernement bolivarien a signé un accord avec le Mouvement des Travailleurs Sans Terre du Brésil. Déployés dans tout le Venezuela depuis une dizaine d’années ceux-ci assurent la formation de petits producteurs au service de de la souveraineté alimentaire et importent des semences agro-écologiques produites dans les unités du MST au Brésil pour les distribuer aux réseaux paysans du Venezuela. Une manière pour les Sans Terre de manifester leur solidarité active face à la guerre économique et aux pénuries alimentaires organisées par le secteur privé (majoritaire) pour affaiblir la base sociale de la révolution bolivarienne. Ces photos du 13 juillet 2017 montrent la remise de semences en provenance du Brésil aux mouvements paysans vénézuéliens en présence de Marcelo Resende, représentant de la FAO au Venezuela, Denir Sosa, membre de l’équipe permanente des Sans Terre dans ce pays, et Freddy Bernal, Ministre de l’agriculture urbaine et  responsable national des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) mis en place par le gouvernement Maduro.

Texte : Thierry Deronne, Venezuela juillet 2017

Photos : AVN / Carmen Navas Reyes

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« La terre est à tous », quand des paysans vénézuéliens prennent la caméra

Par Grégoire Souchay, de Reporterre

4 octobre 2016 /

Loin des tumultes qui agitent les grandes villes, le Venezuela poursuit de manière moins visible ses mutations au fil des réformes menées depuis le début des années 2000. L’une d’entre elles, la « loi des terres », votée en 2010, a notamment permis de rendre à la propriété collective des terres inexploitées possédées jusqu’ici par de grands propriétaires.

Ainsi de Caquetios, dans l’État de Lara, à 400 km à l’ouest de Caracas, la capitale du Venezuela. C’est dans cette ancienne hacienda cédée par le gouvernement au Mouvement des sans-terre du Brésil, que des militants de l’association France Amérique latine Bordeaux-Gironde se sont retrouvés avec des travailleurs agricoles locaux pour animer un atelier d’agroécologie. Avec eux, des membres de l’École latino-américaine et populaire de cinéma, théâtre et télévision (Eplacite) et les cinéastes-documentaristes Luis et Andrés Rodriguez [1].

Après une semaine de travail d’éducation populaire, ils nous livrent ce court documentaire, La terre est à tous, filmé par les paysans eux-mêmes, qui décrit le quotidien du travail de terre dans ces zones rurales.

(cliquez en bas à droite de l’image pour activer les sous-titres français)

Un documentaire qui prend tout son sens quand on sait que ces terres n’appartenaient pas jusqu’ici aux paysans qui la travaillent, et qui est diffusé depuis le début du mois sur la plateforme télé participative AlbaTV.

Mais qui dit documentaire, dit matériel vidéo et formation. C’est le rôle de l’Eplacite, qui mène depuis plusieurs années des ateliers audiovisuels participatifs à travers tout le pays et même dans d’autres pays d’Amérique latine, par exemple au Nicaragua. Aujourd’hui, cette école pas comme les autres appellent à souscription pour financer ses activités et parrainer des cinéastes en herbe. Si vous êtes intéressés, rendez-vous jusqu’à mi-octobre sur la plateforme KisskissBankBank


- La Tierra Es De Todos, 12’08’’.

Source : Grégoire Souchay/Reporterre

Commune El Tambor : le rêve ne meurt pas

img_20150217_092249Poèmes, chansons, thèses, chroniques, arts plastiques : beaucoup de témoignages ont été produits sur la Commune de La Azulita, la beauté de ses paysages et de ses gens. Sans atteindre la même ampleur, beaucoup de documentaires et de chroniques ont évoqué le développement productif et le bilan organisationnel de la Commune de El Tambor. Mais rare sont ceux qui  expriment la force d’El Tambor; hé oui, vous lisez bien, il y a une force occulte à El Tambor, somme d’éléments naturels, magiques, symboliques, agricoles et politiques.

Au bout de notre route nous attend l’arbre Tambor, gardien végétal couronné de fleurs dont le  jaune contraste avec l’obscur du feuillage, ce qui lui donne un attrait particulier au sein de la flore locale.

La commune se compose d’environ 500 familles, soit un peu moins de 4000 habitants ; elle abrite l’entreprise  de torréfaction, siège de l’Entreprise en Propriété Sociale Directe (EPSD) « Cœur du café », qui fédère huit producteurs de café. Leur production organique provient de 3 hameaux voisins. Cette initiative née pendant la révolution à 5 ans d’âge et elle a bénéficié de l’aide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Rien qu’en 2015 pas moins de 8 tonnes de café qui ont été empaquetées et distribuées.

Actuellement les associés ont décidé de faire une pause dans la production après avoir analysé de façon détaillée les logiques de marché qui obèrent les possibilités de construire un système économique communal.  Julio Mota et Shirley Guerra, habitants de la commune et porte-paroles de l’entreprise, m’expliquent que les conditions de la culture du café ont changé au fil du temps ; l’élevage extensif et les monocultures de cycle court, en particulier la culture de la pomme de terre, des carottes et de l’ail ont pris des extensions considérables de terrain, faisant reculer les pratiques ancestrales de culture du café.

L’aspect le plus terrible en sont la pollution des principales sources d’eau de la municipalité d’Andrés Bello par suite de l’usage abusif de produits agro-toxiques et chimiques pour nettoyer les étables, et la présence dans ces sources vitales de résidus fécaux générés par les troupeaux de bovins.

A quoi s’ajoute le fait que la culture du café a perdu son caractère culturel d’entreprise de famille : avant, chaque membre participait solidairement au processus productif.

« Aujourd’hui nous n’avons pas de génération de relève qui prenne à bras-le-corps la problématique du café, et plus généralement, la problématique de la terre. Les jeunes veulent travailler comme chauffeurs de moto-taxis, vendre des disques piratés, que sais-je, tout sauf s’investir dans le travail du café. D’où notre projet dont l’objectif principal étaient la réhabilitation de cette culture et l’attraction d’une main d’œuvre jeune, en l’associant à de nouveaux processus technologiques » me dit Julio, alors que nous partageons le déjeuner dans l’entreprise de torréfaction.

Julio Mota, le lutin des champs de café

Julio Mota, le lutin des champs de café

L’entreprise a mis en production près de 4000 hectares mais les distorsions de l’économie de marché brident ce potentiel en modifiant profondément la réalité et les besoins de la paysannerie. Des producteurs qui dans de nombreux cas ont bénéficié des divers programmes de l’Etat sur le plan agricole finissent par écouler leur production sur base de la logique mafieuse des marchés de gros, ce qui entraîne une augmentation conséquente du prix au consommateur ; alors qu’en réalité produire et distribuer le café peuvent épouser une logique différente, celle d’un prix juste et solidaire.

C’est ce qu’expliquent ces compagnons, qui ont réalisé un travail méticuleux, méthodique, et vraiment passionnant pour produire du café en zones ombragées. L’ombre offre une option plus soutenable, en équilibre avec l’environnement et plus proche des postulats de l’agroécologie. En fin de compte il s’agit de réhabiliter des formes ancestrales de culture.

D’où leurs réflexions sur les adaptations nécessaires pour assurer une production de café pérenne. Sans bien sûr que cela ne se fasse au détriment de la production générale d’aliments dans la commune, nécessaire à l’autosuffisance.

Il s’agit aussi des décisions éthiques et politiques liées à  la construction du pouvoir, de l’autogestion et de l’auto-gouvernement.

Ironie de l’Histoire ! Le café le plus cher du monde provient des excréments d’éléphant, vieille bataille entre Capital et conscience….14139042_10153584429432574_1940944035_o

Paysage et histoire.

L’histoire raconte que ces mêmes sentiers que nous parcourons parmi les caféiers furent un temps le Chemin Royal par lequel on transportait le café vers le Port de Gibraltar (sud du Lac de Maracaibo, État du Zulia). D’où l’idée qui a germé chez les associés de l’entreprise de torréfaction d’une route touristique du café qui permettrait, tout en visitant la plantation, de comprendre le processus de culture du café, de sa récolte et de sa distribution.

La route du café

La route du café

Ces paysages d’une beauté unique abritent le haut-plateau d’El Tambor ; le sommet du même nom culmine à 3047 mètres sur le niveau de la mer. La toponymie résulte de cette circonstance géographique. Ce n’est pas tout : sur ce plateau on trouve la pierre sacrée El Tambor à laquelle on attribue des pouvoirs curatifs ; cette pierre a la particularité de résonner, d’où la comparaison avec un tambour.

La montagne, la pierre, le haut-plateau et l’arbre ont construit un imaginaire naturel, magique, symbolique et  historique qui alimente un héritage culturel marqué du sceau de la résistance et de l’insurrection. Même si aujourd’hui la participation aux activités de la commune a diminué (comme dans d’autres espaces militants au niveau national) en raison de la situation complexe que nous vivons, le rêve n’est pas mort. L’expérience de ces associés est la concrétisation d’un militantisme conscient de son rôle historique, qui place le travail collectif par-dessus toute atomisation. Voilà une expérience concrète de comment se mène la bataille au quotidien. Magnifique pays en mouvement.

Texte : Xavier Rodríguez, École Populaire de Comunicación “Casa del Costurero”, Mérida.

Photos : Tatuy TV

Source : http://laculturanuestra.com/comuna-el-tambor-viaje-al-corazon-del-cafe/

Traduction : Jean-Claude Soubiès

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Un court-métrage produit au Venezuela parle de la relation du paysan à la terre

articulo-1Source : page officielle du Mouvement Sans Terre (Brésil), 4 septembre 2016.

Par : Luara Dal Chiavon

Photos : Thierry Deronne et Pablo Kunich

Ce film est un des résultats d’un atelier de cinéma et d’agroécologie réalisé à Caquetios du 19 au 23 août 2016 dans l’école de formation que construit le Mouvement des Sans Terre au Venezuela, dans l’État de Lara, à plus de 400 kilomètres de Caracas. Le court-métrage “La terre est à tous” décrit de manière poétique la relation des paysan(ne)s à la terre, et sera présenté par Alba TV www.albatv.org ce mercredi 7 septembre 2016.

Les ateliers ont été menés en partenariat avec l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, TV et Théâtre (qu’on peut découvrir et soutenir ici : https://www.kisskissbankbank.com/soutien-a-l-ecole-populaire-et-latino-americaine-de-cinema-theatre-et-television-eplacite) et avec le Collectif France-Amérique Latine Bordeaux (FAL 33), pour près de 50 membres de mouvements sociaux et collectifs du Venezuela.

Autre collectif participant : ALBA TV, télévision participative créée il y a 10 ans et qui, en plus de son site Web www.albatv.org, diffuse en numérique sur près de la moitié des états vénézuéliens. L’objectif de cette chaîne est de construire et de diffuser l’agenda des mouvements sociaux du Venezuela et d’Amérique Latine.

Le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil a également participé à l’atelier de l’EPLACITE mené sous la férule des frères Luis et Andrés Rodriguez.articulo-2

Le cinéma comme outil de lutte

L’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision (EPLACITE), fondée au Nicaragua par le belgo-vénézuélien Thierry Deronne il y a trente ans et ancrée depuis 20 ans au Venezuela, a pour objectif de former les adhérents des mouvements sociaux et populaires au cinéma entendu comme outil de lutte.

Pour Thierry, le court-métrage produit durant l’atelier “est un travail participatif, de nombreuses mains ont porté et orienté la caméra, beaucoup de regards ont cherché à percer les apparences du réel, beaucoup d’idées se sont rassemblées – personne ne sait tout mais chacun sait quelque chose – et cet effort de créer un cerveau collectif s’accompagne d’une grande sensibilité. C’est dans le temps – temps de la rencontre, de la réalisation, du montage – que réside la possibilité d’accéder au monde de l’Autre, et à l’autre monde possible”.

Professeurs invités de l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, les cinéastes Luis et Andrés Rodriguez, primés internationalement pour certains de leurs films comme “Brèche dans le silence” (Venezuela, 2012) ont dirigé les quatre jours d’atelier pour près de 20 militants des mouvements sociaux du Venezuela et du Mouvement des Sans Terre du Brésil – membres de la Brigade Internationaliste Apolônio de Carvalho présent depuis 10 ans au Venezuela à l’invitation de Hugo Chavez pour développer des projets de semences autochtones et de communication populaire.

La méthodologie suivie par ces cinéastes s’apparente à celle des mouvements sociaux : dialogue, participation intense et création collective. Après avoir revisité quelques concepts du langage cinématographique, on passe à l’observation de la réalité pour que deux sous-groupes tournent les images-visions librement rêvées et élaborées par chacun(e). Ces tournages intensifs durent deux jours et chacun(e) peut manier la caméra et composer les plans. Le résultat est ce court-métrage de 11 minutes, monté sur place et projeté au collectif de participants ainsi qu’à la communauté populaire voisine qui a participé au tournage.

Pour le cinéaste Luis Rodriguez, “les jeunes ont abordé de manière assez intuitive le travail de l’image autour du thème de la relation à la terre, de la relation de l’être humain a la terre. C’est un peu le thème central abordé dans l’atelier, en symbiose avec l’espace de Caquetíos où nous avons vécu ces quatre  jours”.

Son frère le cinéaste Andrés Rodriguez travaille dans la même perspective d’accès à l’universel à partir du local : “Nous avons beaucoup souffert du regard de l’extérieur sur nous, qui est toujours en train de nous superviser, ou d’élaborer nos discours et de dire qui nous sommes. Notre identité doit être construite plan par plan, avec la sueur, la passion, le sang, avec beaucoup de force pour faire face aux voix de ceux qui veulent nous conquérir, nous coloniser à travers des discours. Il s’agit de construire une identité propre, libre, à partir de notre manière de voir les choses, de nos idiosyncrasies, c’est une lutte que nous devons mener avec beaucoup de force” souligne-t-il.

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Agroécologie : échange d’expérience entre peuples

Parallèlement et durant ces quatre jours, 30 militants ont participé à l’atelier d’agroécologie et de permaculture offert par l’association française FAL-33 (France –Amérique Latine Bordeaux).

Gloria Verges, membre de ce collectif et qui a donné l’atelier en compagnie de Chloé Jareno et de Franck David de http://www.saluterre.com/, explique qu’un des buts fondamentaux de l’apprentissage des participants fut qu’ils prennent conscience , à partir d’un projet initial et de la vision de la permaculture, d’une nouvelle philosophie de vivre la terre en pensant aux générations futures, de manière soutenable, pour élaborer une vision encore manquante de l’intégralité du processus : “Ils possédaient de nombreux éléments de connaissance qui sont autant de petits éléments de permaculture, mais il manquait la vision intégrale, globale et systémique. L’atelier a renforcé les pratiques qu’ils menaient déjà, en les intégrant dans une vision globale ”.

Caquetios, école en construction

Une des tâches des Sans Terre au Venezuela est de contribuer à la construction d’un espace de formation latino-américain sur les terres de Caquetios, ancienne hacienda expropriée par le gouvernement Chavez, transformée en Unité de production alimentaire (UPSA), puis cédée au mouvement brésilien non seulement comme espace productif pour contribuer à alimenter la population vénézuélien mais aussi comme espace de formation pour les mouvements sociaux d’Amérique Latine.

De cette manière le Mouvement des Sans Terre cherche à dépasser les frontières géographiques et à contribuer à la lutte internationaliste dans toute l’Amérique Latine, à partir d’une pédagogie paysanne, qui refuse de séparer la théorie de la pratique, et veut les construire conjointement. En d’autres termes, sur ce lieu où on produit les aliments, il s’agit aussi de produire des connaissances. Et de contribuer depuis une réflexion pratique à faire avancer l’unité des peuples et le socialisme latino-américain.articulo-4

Célia Cunha, militante des Sans Terre travaille depuis près de dix ans au Venezuela: “Parler de souveraineté c’est parler de semences. Et pour parler de semences nous devons parler de semailles, de récoltes, de mise en culture, et cela passe par un travail de base, de conscientisation. Il ne s’agit pas seulement de distribuer les semences, il faut aussi que ce processus s’accompagne d’un processus de prise de conscience”.

Célia insiste par ailleurs sur le défi que représente l’organisation même des processus de formation, le débat sur le thème des semences comme souveraineté et leur redistribution aux familles, en garantissant un processus d’accompagnement, pour que dans un an le contexte soit différent. Et l’unité est fondamentale pour réussir ce processus : “nous savons que nous ne mènerons pas ce processus seuls, mais avec l’engagement des paysannes et des paysans du Venezuela, des collectifs (…) C’est pourquoi notre tâche est de jeter des ponts entre eux”.

 

Source : http://www.mst.org.br/2016/09/04/curta-metragem-produzido-na-venezuela-discute-a-relacao-do-campones-com-a-terra.html

Texte : Luara Dal Chiavon

Edition : Iris Pacheco

Traduction : Thierry Deronne

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Wakapa, les Jibi et la victoire dans la guerre de la faim

José Roberto Duque

Los Jibi sont un des peuples originaires qui peuplent la frontière colombo-vénézuélienne, il est plus connu comme le peuple Guajibo.

atarayaimg_20160721_134234-copiaJe dirai plus loin quelque chose sur ce verbe répugnant de « guajibier » pour ceux qui ne le connaitraient pas ou ne s’en souviendraient pas. Nous parlerons aussi de ce que font les fils de ce peuple survivant de massacres pour remporter un round dans la guerre de la faim menée contre le Venezuela.

Les Jibi comptent dans leur vaste cosmogonie plus d’une divinité parmi lesquelles Yamaju, la Mater qui fabrique la fureur des éclairs et du tonnerre. Par conséquent les divinités et leurs taches intimidantes possèdent une relation directe avec les eaux : il y a des éclairs et du tonnerre quand il pleut.

Ces lignes proviennent de ma une rencontre récente avec quelque chose qui se produit dans et avec les abondantes, torrentielles et productives eaux du sud du Venezuela, aussi me pardonnera-t-on le détour par une paire de mythes ancestraux et par quelques données historiques avant d’aller au cœur du sujet. Ce cœur ne battrait pas sans les auspices de deux ou trois phénomènes qui ont lieu aux abords du colossal Orénoque.

Il existe un village appelé Puente Parhueña, à mi-chemin entre Puerto Páez et Puerto Ayacucho. Il s’agit d’une communauté de formation récente : je ne dispose pas de données précises mais la mémoire des amis Jibi, fondateurs et fils de fondateurs, fait remonter le peuplement initial de cette ancienne plantation aux années 50 du vingtième siècle. Ses premiers habitants furent dans leur majorité des Guajibo déplacés par les multiples guerres et massacres commis dans les territoires colombiens du Vichada, du Meta et de Casanare. Cette communauté de l’état vénézuélien d’Amazonas est le produit d’un cruel exode colombien : celui des « Guajibos » ou « Jibis » qui fuyaient les « guajibiades ». “Guajibier” signifie « chasser du Guajibo ». Les guajibiades étaient des pratiques ethnocidaires et génocidaires très communes consistant à liquider des indigènes à coups de fusil et de machette, soit pour les déposséder de leurs terres originelles, soit par pur plaisir.

En 1971, lors du procès des assassins de 16 indigènes (massacre de La Rubiera, 1967), quand les autorités colombiennes se décidèrent à capturer quelques-uns des criminels, un des prévenus fit une déclaration insolite pour se défendre des accusations de multiples assassinats. Cette phrase simple fit le tour du monde et devint le titre du reportage de Daniel Samper : « Je ne savais pas que c’était mal de tuer des indiens ». Grâce au cynisme, à l’ignorance, à la maladie mentale ou spirituelle ou à la sincérité de ce salaud, beaucoup de personnes ont découvert quelque chose qu’elles ne se rappellent probablement pas à chaque « festivité » du 12 octobre : tuer des indigènes est mal et pour cela ils insistent pour qu’on rende à cette date le nom de « journée de la race » qui donne une légitimité historique aux guajibiades.

Histoire ancienne ?  D’aucune manière. La folie guerrière continue d’assassiner des indigènes de tous les peuples ancestraux ainsi que des peuples métis et de toute provenance.

Ce dieu Yamaju, père des éclairs et des grondements, porte sur lui une arme de poids appelée Wakapa. Wakapa est un lieu de l’État d’Amazonas, en plein Parhueña, où il y a six ans s’est produite la révélation suivante. Il existe une autre divinité Jibi appelée Munueno ; c’est le père vigilant et protecteur des poissons. La tradition orale Jibi en fait un vieil homme maigre, barbe et cheveux blancs, qui marche dans l’eau appuyé sur deux troncs et qui a les yeux sur les genoux. La révélation fut l’arrivée subite à Parhueña d’un sujet appelé Walter Lanz. Personne n’a vérifié si ce camarade a des yeux aux genoux mais à peine est-il arrivé sur les terres de la famille Yuave que tout le monde est tombé d’accord qu’il était identique au Munueno de la mythologie guajibo. La surprise a continué lorsque l’homme à la barbe blanche a commencé à les enthousiasmer à propos du projet de l’Ecole Populaire de Pisciculture et avec la possibilité que dans ces sablières amazoniennes on pourrait élever des « cachamas » et en outre semer des fruits, des légumes, des types de mais pour la consommation humaine.

Walter Lanz (gauche), Luisa Araujo du Collectif Cimarron et Thierry Deronne, auteur de ce blog (droite)

Walter Lanz (gauche), Luisa Araujo du Collectif Cimarron et Thierry Deronne (droite), auteur de ce blog.

« Élever des poissons près de l’Orénoque » c’est comme « vendre des frigos au Pôle Nord »

Voici les clefs de cette blague:

  • Parhueña se trouve à une demi-heure du fleuve Orénoque, en voiture.
  • L’expression « élever des poissons près de l’Orénoque » équivaut à dire « emmener des chèvres à Coro » ou « vendre des frigos au Pôle Nord ». Ou si l’on veut, « habituer les gens des villes à semer dans la cour de leur maison et à administrer des poulaillers verticaux quand le pétrole est à 100 dollars et que la nourriture abonde dans les épiceries et dans les supermarchés ».

Bref, il y a quelques jours j’ai visité Parhueña. De là on m’a emmené pour réaliser une activité de celles dont on ne sait comment remercier la vie, surtout quand on est vénézuélien : nous sommes allés avec Jessica pêcher dans l’Orénoque, accompagnés par des habitants de Parhueña et de Mare Mare (État de Bolívar). Notre barque à moteur a bondi durant une demi-heure au pied d’une de ces rochers préhistoriques de la taille du Polyèdre de Caracas. Là nous est arrivé quelque chose qui en aurait déprimé d’autres : à cause de l’équipement de fortune que nous emportions (un hameçon très grand et un fil de nylon très mince), le peu d’adresse, l’intervention de Munueno le grand Veilleur et la dentition des poissons « Caribes », nous nous sommes retrouvés sans matériel de pêche en quelques minutes. Munueno sait que l’être humain s’alimente de poissons mais sa mission est d’éviter que les consuméristes et les accumulateurs ne viennent extraire plus de poissons qu’ils n’en ont besoin.

Il manquait la partie principale du privilège : être entourés d’enfants Jibi et métis, de 8 à 14 ans, être témoins de la manière fraîche et agréable avec laquelle ces petits sortaient, un par un, des poissons de six variétés, certains plus grands que d’autres. Parenthèse : un des garçons portait un filet qu’il lançait de temps à autre. A chaque lancer il ramenait une demi-douzaine de petits poissons, mais ceux-ci n’étaient pas la pêche proprement dite : c’était la proie pour l’hameçon des poissons grands ou moyens. C’est ainsi, en riant de et avec nous, caraquègnes maladroits pas foutus de pêcher quoi que ce soit, qu’ils ont pêché des « bagres », des « paletos », des « torunos », des « payaras », des « caribes » et des « bocones ». Une heure et quelque de jeux et de manœuvres ont suffi pour que nous rentrions au village sur le fleuve et pour nous livrer à l’indescriptible rite de dépecer et de manger ces poissons avec les mains, collectivement. Nous avons fini par nous lasser de tant de « payara », « bocón » et de « sapoara ».

Nous allons redire avec un marteau pour qu’on l’entende bien (une fois encore) la partie cachée de cette blague : ces enfants indigènes ont réussi, en une heure et quelque d’amusement et d’espiègleries, ce qui dans les villes nous coûte des heures de files, de colère, de frustration, de maladies nerveuses, cardiovasculaires; de violence physique et psychologique : obtenir quelques kilos de protéines animales pour le foyer et pour les nôtres.dsc07383-copia

« En ce moment il y a une marée de bancs de poissons dans l’Orénoque » nous ont expliqué Ruben et Mayra, et de là vient une autre : dans deux semaines une marée de poissons viendra de Caicara ».

Cette manne n’est pas un phénomène permanent, mais il y aura toujours des poissons dans l’Orénoque et dans les grands fleuves. Toujours.

Ces jours-ci il y avait à Puerto Ayacucho une Fête du Poisson. L’offre : sept kilos de « bocón » à deux mille bolivars. C’était un 19 juillet; dans la majorité des villes le poisson du fleuve coûtait alors de mille huit cents à deux mille bolivars le kilo.

Munueno ignore peut-être un détail : malgré cette fête du poisson, qui révèle une offre suffisante pour couvrir les besoins régionaux et certainement nationaux, une bonne partie de ce qu’on pêche dans nos grands fleuves est emporté en Colombie, où tout s’achète et se vend à des prix 50 fois plus élevés que de ce côté-ci du fleuve et de la frontière.

Cette communauté n’a produit ni élevé ni généré toutes ces tonnes de poisson. Elle s’est contentée de les récolter.

Quelques jours plus tard nous écoutions la transmission en direct sur toutes les chaînes de Lorena Fréitez, ministre de l’Agriculture Urbaine, expliquer à tout le pays le point de départ le plus simple de la politique gouvernementale de production de protéine animale : on calcule le besoin par personne, on multiplie cet indice par la quantité d’habitants d’une communauté. Ensuite on détermine de combien de porcs, de poulets ou de poissons a besoin cette communauté. La logique mène au reste : si on a besoin de deux mille kilos de produits carniques et que je finis par en produire 4 mille, une fois les besoins en protéines de la communauté satisfaits je passe à la distribution du reste aux communautés qui n’ont pas atteint leur « quota de production » (terminologie nuisible que nous, les ignorants en la matière, employons parfois à défaut de connaitre un terme plus approprié).

Voyons comment s’applique cette formule à une communauté telle que Mare Mare, sur les rives de l’Orénoque : cette communauté peut pêcher et manger tout ce qu’elle voudra, l’excédent de poissons restants est incommensurable. Mais il ne faut pas oublier la donnée cruciale : cette communauté n’a produit ni élevé ni généré toutes ces tonnes de poisson (de même que nous, citadins n’avons rien fait pour produire tout le pétrole que nous a offert le sous-sol), elle s’est limitée à les récolter. Une fois souligné le mot « production », nous trouvons la formule et l’analyse du Ministère de l’Agriculture Urbaine correctes. Revenons à Parhueña, à Wakapa et à l’École Populaire de Pisciculture.

A Parhueña, après l’arrivée de Walter et la mobilisation des sœurs Mayra et Alejandra Yuave, de leur mère María, de Ruben Montoya et d’autres parents et voisins, ont commencé à se produire des faits étranges tels que par exemple le fait qu’on y a élevé et qu’on y élève du poisson en contrevenant quelques paramètres des techniciens, universitaires et « experts en la matière ». Par exemple : quelqu’un leur ayant dit qu’ils ne pouvaient créer d’étangs pour élever des poissons sans auparavant demander les permis et les études de sol auprès du Ministère de l’Environnement, ils s’y sont rendus pour demander ces autorisations. Comme ces messieurs tardèrent à apparaître on a décidé de construire sans permis les foutus étangs, sans connaissances en ingénierie, ni en hydraulique et en autres disciplines.

Après quelques vaines tentatives, ils ont réussi à faire un trou qui s’est rempli d’eau sans la filtrer et y ont plongé les premiers alevins de moins de 4 centimètres. Munueno (Walter) était présent en 2012 avec plusieurs jeunes étudiants de l’Institut Agroécologique Latino-Américain (IALA), paysans de plusieurs pays intégrés à une expérience éducative vénézuélienne fondée par les Sans Terre du Brésil, et tous ensemble réalisèrent un réservoir d’une capacité de 60 mille litres. Enthousiasmés par le récit d’un iranien, ils ont jeté par-dessus une sorte de basse-cour de poules et de canards ; les excréments et les aliments rejetés par ces volailles tombaient dans le réservoir et le fertilisaient, ce qui permettait de nourrir les « cachamas ».

Dans la partie basse du réservoir un robinet ou mécanisme de vidage fut connecté à un tube qu’ils ont percé de nombreux trous (contre l’avis des experts) et l’eau « sale » (fertilisée) alla se répandre dans une sablière soi-disant stérile. Grâce à cette eau puant le poisson un verger magnifique alimente des canards, des poules, les poissons et les personnes. Ainsi, sans un seul gramme d’aliment concentré commercial pour poissons (chose obligatoire, disent les techniciens) ont grandi les premières « cachamas ».

Autre mythe des experts : pour que l’expérience soit considérée comme rentable il est nécessaire que les « cachamas » atteignent, sur une période de temps donnée, un poids proche ou supérieur à 2 kilos. Mais au bout d’un an passé à alimenter les poissons la logique Jibi de María – la maman de Mayra et d’Alejandra – s’est imposée avec le décret suivant : « Si elles prennent place dans une assiette c’est qu’elles sont bonnes à manger ». Madame María pleura, car il a des gens qui s’enamourent des « cachamas » (Munueno travaille aussi les émotions des Jibi). Quoi qu’il en fût elles les mangèrent, les partagèrent et en vendirent même. Les techniciens, experts et universitaires n’ont encore convaincu personne à Parhueña que l’élevage de « cachamas » n’est bon que s’il donne des bénéfices déterminés en bolivars.

Les « experts en la matière » vivent dans un monde fantastique alors que ce « Wakapa » possède un restaurant contigu à l’élevage

Alors que florissait l’expérience et que trois étangs avaient été construits, une lettre arriva aux mains des jeunes Montoya et Yuave; c’était le résultat de l’étude nécessaire pour procéder au creusement. Le rapport ministériel disait : « Après les analyses correspondantes il a été déterminé que le sol recueilli dans la zone est INAPTE à la construction d’étangs productifs ».

Le rire résonna depuis l’Orénoque jusqu’à la Pierre du Cocuy, à la frontière du Brésil.

Certains « experts en la matière », de chair, d’os et de papiers, vivent dans un monde fantastique car trop “sérieux” et irréalisable, alors que ce « Wakapa », où Munueno et Yamaju ont parrainé toute une expérience à partir de leur être mythique, possède un restaurant contigu à l’aire d’élevage. Ses impulseurs propagent en outre le concept d’Ecole Populaire dans la municipalité d’Atures. Mayra Yuave est arrivée le 27 mai 2016 à la communauté Kuweï (autre divinité Jibi), à quelques kilomètres seulement du Tobogán de la Selva (secteur Platanillal) avec 11 alevins de cachama de quelques 4 centimètres. Elle les a remis à Javier Sánchez, autre citoyen du peuple Guajibo sans la moindre expertise ni expérience en matière de pisciculture ou de fabrication de viviers. Avec pelles et pioches, l’aide de deux parents et l’enthousiasme propre aux survivants de massacres séculaires, ils ont ouvert un trou de 10 mètres sur trois et un de profondeur. Les pluies torrentielles des derniers mois ont rempli d’eau ce vulgaire trou converti en vivier.dsc07365_-_copia

Javier s’est consacré à alimenter les 11 poissons (oui, 11 poissons seulement, à quelques kilomètres de plusieurs fleuves remplis de « payaras », « palometas », « bagres » et « bocones »). Le gars sème (dans le Venezuela au pétrole cher qui sert à tout acheter) avec ce qu’il a sous la main : semences rayées de « guama », restes de riz, petits crapauds, maïs tendre, vers, insectes variés. Le 20 juillet ces alevins remis à Javier étaient « de la taille de ma main ». Pardonnez cette expression si peu professionnelle ou scientifique.

Impossible d’arriver à Wakapa, de converser avec les braves gens qui ont rendu ceci possible sans vouloir rassembler l’histoire, les mythes, les sensations et les nouvelles dans ce puzzle. Avec le genre de chronique que nous venons d’achever il se passe la même chose que lorsque Ruben Montoya nous a demandé de lui expliquer comment il pouvait y avoir des gens qui ont faim au Venezuela. Les méandres de la langue ne nous a pas permis d’aller au bout de l’idée : s’il y a des gens qui ont faim c’est parce que tout le monde n’habite pas au bord d’un Orénoque et parce que le système nous a habitués à ce que la nourriture vienne en paquet, en boîte, en bouteille, raffinée, pasteurisée, avec un prix marqué sur un petit papier. Les compagnons Jibi eux-mêmes nous l’ont confirmé ensuite : il y a des communautés indigènes réclamant en plein forêt et en plein fleuve leur sac de sucre, de riz, de pâtes et de sardine en boîte. Jessica Dos Santos, juste avant la zambullida à Wakapa, l’Orénoque et la générosité des Jibi, avait analysé en détail le piège honteux appelé « panier alimentaire de base” ; nous recommandons sa lecture dans en 15yultimo.

Cet après-midi nous avons frit et mangé des fourmis à gros cul. Un mets exquis que les Jibi obtiennent dans un rite d’où ils sortent lacérés par les fourmis-soldats de cette colonie : c’est la reine qu’ils mangent.

Peu importe qu’après des siècles ou des milliers d’années de l’invention de cette pratique par nos peuples originaires, la FAO (ONU) recommande la consommation d’insectes comme source de protéines. Il y aura toujours un arrogant pour pointer le doigt : « Vous voyez, les chavistes obligent les gens à manger des fourmis et des vers « . La stupidité aussi est gratuite.

Source : http://misionverdad.com/pais-adentro/wakapa-los-jibi-y-el-triunfo-en-la-guerra-del-hambre

Traduction : Thierry Deronne

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Les Sans Terre du Brésil construisent une nouvelle école au Venezuela

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Caquetios, Etat de Lara (ouest du Venezuela). A gauche,  Edson Marcos, coordinateur de la Brigada Apolonio

Etat de Lara (ouest du Venezuela), juillet 2016. Edson Marcos (gauche), coordinateur de la Brigada Apolonio de Carvalho des Sans Terre au Venezuela, et Celia Rodrigues, coordinatrice de l’école intégrale « Caquetíos ».

T.D. – Celia, Edson, quel bilan faites-vous de l’accord qui lie les Sans Terre du Brésil au gouvernement vénézuélien ?

Edson Marcos Nous sommes ici depuis dix ans. Dix ans de multiples activités. Tous les Sans Terre venus du Brésil pour travailler dans le cadre de cet accord ont beaucoup, beaucoup appris. Aujourd’hui nous sommes en train de construire une école de formation sociopolitique et technique, agroécologique, provisoirement baptisée « Caquetios » comme l’Unité de Production Agricole où elle est basée. Nous disposons de terres productives. Les chambres, le réfectoire son quasi prêts, il manque encore quelques détails, mais nous démarrerons bientôt avec une capacité d’hébergement de soixante personnes par formation.

Celia Rodrigues – Nous sommes présents ici avec toute notre volonté, toute notre mystique, pour apporter notre pierre à la construction de la révolution bolivarienne. « Caquetios » est un défi que nous devons relever avec l’ensemble du peuple vénézuélien, de ses collectifs. L’objectif est de fortifier le mouvement populaire, les communes et en particulier le mouvement paysan du Venezuela.

T.D. – C’est le Ministère des Communes qui soutient le projet ?

Edson Marcos – Oui mais nous sommes aussi soutenus par celui de l’Agriculture et des Terres, et par celui de l’Agriculture Urbaine. En fait, nous avons des relations avec l’ensemble du gouvernement : nous envisageons un accord avec le Ministère de l’Éducation et avec celui de l’Enseignement Supérieur pour réunir des enseignants, des techniciens qui pourront  apporter d’autres contenus a l’école.

Celia Rodrigues – Quand nous parlons d’institution au Brésil et au Venezuela, nous parlons de deux choses différentes ! Car ici a lieu une révolution, malgré toutes les contradictions qu’elle porte. Nous comprenons que nous devons agir autant dans le champ institutionnel que dans le champ de notre autonomie sociale. Nous sommes des alliés du gouvernement bolivarien mais nous ne sommes pas « gouvernementalistes ». Et l’institution est claire aussi sur ce point : notre autonomie est respectée.

De gauche à droite : Willians Sivira, Juan José Moreno, militants de la communicarion populaire, Anaemilia Borba et Denir Sosa, responsables pédaggiques et d'organisation.

De gauche à droite : Willians Sivira, Juan José Moreno, militants vénézuéliens de la communication populaire, Ana Emilia Borba et Denir Sosa, responsables brésiliens de la formation et de l’organisation.

T.D. – Dans cette école, les étudiants pourront produire leur propre alimentation ?

Edson Marcos – L’idée est de garder le maximum d’autonomie en matière d’alimentation, d’où cette intégration des étudiant(e)s au travail de la terre, ce qui leur permettra aussi d’expérimenter la production de semences.  Nous avons créé une fondation, le gouvernement nous appuie dans l’infrastructure pour inviter les étudiants et pour planifier la mise en culture de cette grande étendue de terres autour de l’école.

T.D. – Vous avez déjà réussi à sauver un maïs indigène…

Edson Marcos – Oui, il y a un peu plus d’un an, nous sommes tombés sur ce maïs du type « guanape », qui avait pratiquement disparu du pays. Nous avons semé six quintaux de cette variété excellente, très productive et très résistante, ici et dans une plantation à 40 km d’ici. Nous sommes en train de récolter les grains, nous en avons déjà envoyé dans d’autres lieux du pays. Nous produisons d’autres semences agroécologiques : coriandre, aubergine, pois cajan, salade, choux, navets, et d’autres légumes.11393067_852056694849922_1080582383842064742_n

T.D. – Cette école sera une plate-forme ouverte à tout type de formation proposée par  les mouvements sociaux: de l’agroécologie au théâtre populaire…

Edson Marcos – En effet. Nous somme dans la phase d’administration, de penser la stratégie politique de l’espace, avec une planification ouverte à tous ceux qui veulent venir suivre ou donner des cours ici. Ce sont ces différentes formations qui vont faire croitre le projet. Notre tâche, ici, est transitoire, nous n’allons pas demeurer ici indéfiniment. Nous allons former une équipe vénézuélienne pour assumer la coordination de l’école, avec nous au début, puis elle-même, totalement.

CnxXvX8WEAAamOzCelia Rodrigues – L’école doit remplir sa fonction sociale d’échange
de connaissances pour nos organisations, y compris pour les militants de la Brigade des Sans Terre au Venezuela, nous espérons que tous ceux qui passent par ici gardent une impression aussi positive que les étudiant(e)s de notre Ecole Nationale Florestan Fernandes (au Brésil, NdT). Que tous sachent qu’ici ils peuvent apprendre quelque chose, et que nous, brésiliens, voulons apprendre aussi.

T.D. – Au Brésil, les Travailleurs Ruraux Sans terre sont le mouvement social le plus mobilisé contre un coup d’État qui est aussi médiatique…

Edson Marcos – Dans la dernière période du gouvernement progressiste, de Lula a Dilma, le Mouvement des Sans Terre s’en est tenu plus ou moins à sa position d’autonomie et nous avons parfois exprimé de dures critiques sur sa politique. Mais la priorité du moment est de le défendre. Dès le coup d’Etat, nous sommes descendus dans la rue pour défendre ce gouvernement, non pour ses erreurs mais pour ses réussites. Les gains pour les travailleurs et pour les plus pauvres ont été très importants. Le retour au néo-libéralisme, pour nous, constitue une très forte régression. Aujourd’hui de nombreux citoyens et mouvements ont rejoint le « Front Populaire » pour mener la lutte. 100 % des médias brésiliens appartiennent aux grandes corporations. Qui paie l’orchestre choisit la musique : les contenus, les éditoriaux, sont en faveur du coup d’Etat et cherchent à désorganiser le monde du travail. La situation est très dure car nous n’avons pas réellement de médias alternatifs pour toucher l’ensemble des citoyens. Reste le travail de base comme outil principal pour diffuser la contre-information.

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Entretien : Thierry Deronne. Photos : T. D. et Brigade Apolonio de Carvalho.

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Au Venezuela, la République participative gagne du terrain

A partir du 5 janvier 2016 le parlement vénézuélien accueillera une majorité de députés de droite. Face à leur intention annoncée de revenir sur les mécanismes de la démocratie participative et sur les acquis sociaux, le président Nicolas Maduro a promulgué ce 29 décembre l’interdiction de licenciement jusqu’à la fin de 2018 : « c’est le fondement même de la doctrine constitutionnelle de la révolution bolivarienne: protéger celui qui est juridiquement le plus faible, la travailleuse ou le travailleur, face au capitalisme. ». Cette décision a aussitôt été dénoncée comme « démagogique » par le secrétaire général de la MUD (plate-forme de la droite), Chuo Torrealba, pour qui « la seule manière de garantir l’emploi est le libre marché ».

Autre loi signée par le président, la Loi des Semences (1) que viennent d’approuver les députés chavistes : « Nous entrons dans un profond processus de transformation pour remplacer notre modèle agricole actuel par un modèle agroécologique, écosocialiste, pour produire nos propres semences et cesser d’importer des OGMs à des prix astronomiques » a précisé Maduro.CXj44c-U0AEPOECLe mandataire a également signé la loi des « Conseils citoyens de rang présidentiel » qui ont pour tâche de nourrir l’agenda gouvernemental. Ces conseils existent déjà, formés par les mouvements sociaux les plus divers : peuples indigènes, travailleur(se)s de la culture, mouvements féministes, travailleur(se)s, pêcheurs, paysans, personnes souffrant d’un handicap, étudiants et jeunesse, communes (2). Ils voient à présent leur existence et leurs fonctions protégées et garanties par la loi. « Ils pourront ainsi fonctionner au rythme des besoins du pays et faire des propositions concrètes » a expliqué le président vénézuélien pour qui « cette instance de pouvoir doit être de plus en plus dynamique, et avoir plus de pouvoir encore que le conseil des ministres ».

« Le peuple doit être président à cent pour cent.  Nous ne pouvons nous laisser gouverner par aucune élite, aucune oligarchie. Et pour que cela ne reste pas théorique, je vais instituer un organe supplémentaire » a poursuivi Maduro en créant le « Conseil populaire d’État », instance inédite dans l’histoire politique du pays: « nous attendons de ce conseil un haut niveau critique vis-à-vis de la gestion gouvernementale. »

Un « parlement communal »

Aux lois promulguées par le président bolivarien s’ajoute la création par l’Assemblée Nationale, le 15 décembre, d’une autre instance tout aussi neuve au Venezuela : le Parlement Communal National.

Dénoncée par les députés de droite comme « inconstitutionnelle » ou comme « coup d’État du régime chaviste pour refuser le verdict des urnes », la nouvelle assemblée ne prétend pourtant pas concurrencer celle des député(e)s. Elle est plutôt la conséquence logique de quinze ans de construction de démocratie participative.

Ce parlement communal puise son origine dans la Constitution Bolivarienne (3) approuvée au suffrage universel en 1999 et qui instaure la démocratie participative et « protagonique » : « Tous les citoyens et les citoyennes ont le droit de participer librement dans les affaires publiques, directement ou par l’intermédiaire de leurs représentant(e)s élu(e)s. La participation du peuple dans la formation, l’exécution et le contrôle de la gestion des affaires publiques est un moyen nécessaire pour atteindre le processus qui garantisse un complet développement, tant individuel que collectif. C’est une obligation de l’Etat et un devoir de la société de faciliter l’émergence des conditions les plus favorables pour sa pratique.» (Art. 62). L’article 70 évoque le droit de participation directe des citoyens dans la sphère législative, avec la possibilité de formuler des lois d’initiative populaire – comme la Loi des semences, récemment approuvée grâce à une forte mobilisation sociale (1).

Le Parlement Communal est également prévu dans la plus récente Loi Organique des Communes (Articles 21 au 31) qui le définit comme “l’instance majeure d’auto-gouvernement de la commune” qui peut s’agréger pour former une instance plus vaste.

Session inaugurale du parlement communal national, Caracas, 15 décembre 2015

Session inaugurale du parlement communal national, Caracas, 15 décembre 2015

Il ne s’agit pas donc pas de supplanter les compétences de l’Assemblée Nationale mais de faire en sorte que les parlements de chaque commune (4) élisent des délégué(e)s pour former un auto-gouvernement national. Celui-ci se réunira chaque mois et disposera d’un pouvoir législatif – se faire l’écho d’initiatives recueillies dans les assemblées populaires, proposer des lois d’initiative citoyenne, voter des normes de décentralisation, de déconcentration, de planification budgétaire en matière d’éducation, de santé, de logement à l’échelon communal. Il aura également une fonction de suivi – appuyer les nouvelles communes en approuvant leurs projets territoriaux, en leur transférant des compétences, des financements, pour qu’elles puissent superviser et orienter les politiques publiques sur leurs territoires.

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Pari tenu : un million de logements

Ce 30 décembre 2015, dans la chaleur moite du quartier populaire Caña de Azucar de la municipalité de Maracay, Nicolas Maduro a remis à une famille les clefs du millionième logement public construit par la révolution.  « Plus besoin de rasoir » a-t-il plaisanté, rappelant qu’il s’était engagé à se tondre la moustache si l’objectif n’était pas atteint à la fin de l’année. Avant de rappeler que le secteur privé n’avait pratiquement rien investi cette année dans la construction de logements, que la population a participé à 60% dans la main d’œuvre qui a édifié tous ces immeubles, et que le gouvernement bolivarien respectera sa promesse de construire 3 millions de logements publics en 2019.

Alors que les gouvernements de Russie ou d’Arabie Saoudite annoncent des mesures d’austérité pour pallier la chute de 60% des cours du pétrole, Maduro a confirmé que le Venezuela fait le choix inverse depuis deux ans : maintenir et développer les politiques sociales.

En vue d’augmenter les ressources publiques, le président a annoncé de nouvelles lois sur le développement des activités pétrochimiques ou sur l’exploitation directe par l’État des gisements d’or et d’autres métaux précieux,  pour « éliminer les exploitations illégales des garimpeiros, tout en protégeant les populations indigènes et l’environnement ».

A partir d’aujourd’hui, a-t-il expliqué par ailleurs, “les grands capitaux devront payer un impôt de 0,75% pour chacune de leurs transactions financières – ce qui permettra de capter de nouvelles ressources pour nos politiques sociales. Près de 3000 sociétés privées concentrent une masse gigantesque de capital, elles ont même, au cours de la guerre économique, augmenté leur capital de 300 à 400%. Ils font payer la population en gonflant leurs prix alors qu’ils payent le moins d’impôts possible en usant de toutes sortes d’artifices. Nous, comme Robin des Bois, nous allons imposer ces grosses fortunes. Nous décidons aujourd’hui d’élever l’assiette imposable jusqu’à 40%, au juste niveau, pour le restituer aux citoyens en travail, en alimentation, en logements. »

Thierry Deronne, Caracas, le 31 décembre 2015

Notes :
(1)  « Rude coup pour l’agrobusiness au Venezuela : les députés chavistes votent la loi des semences», http://wp.me/p2ahp2-29x
(2)  Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/ / “Nicolas Maduro refonde l’État pour “donner plus de pouvoir au peuple”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/06/nicolas-maduro-refonde-letat-pour-donner-plus-de-pouvoir-au-peuple/
(3)  Texte intégral de la Constitution Bolivarienne (approuvée au suffrage universel en 1999): http://mjp.univ-perp.fr/constit/ve1999.pdf
(4)  « La commune, co-présidente du Venezuela», http://wp.me/p2ahp2-1EV

 

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Rude coup pour l’agrobusiness au Venezuela : les députés chavistes votent la loi des Semences

CW4v2l5UkAAQYhVAprès deux ans d’un débat marqué par  la forte participation des mouvements sociaux, le parlement vénézuélien, qui dispose jusqu’au 5 janvier 2016 d’une majorité chaviste, a approuvé le projet de la Loi des Semences (nous avons rendu compte sur ce blog de la longue marche de cette loi d’initiative populaire, NdT) (1)

Les organisations qui ont défendu cette loi la définissent comme « fruit d’un consensus anti-OGM et anti-brevet ». Depuis plusieurs jours les citoyen(ne)s avaient manifesté leur appui sur les réseaux sociaux ou depuis les balcons de  l’hémicycle aux député(e)s qui discutaient et votaient les articles de ce texte.

Son élaboration a commencé en octobre 2013 sous l’impulsion de mouvements paysans, d’organisations écologistes, de mouvements politiques et sociaux qui appuient le processus révolutionnaire. L’objectif du texte est de promouvoir la production d’aliments sur la base d’une conception agro-écologique, d’interdire les OGM, et de retirer aux grands groupes privés un négoce potentiel qui brasse des milliards de dollars dans le monde entier.

L’approbation de la loi repose sur les articles 127 et 305 de la Constitution Bolivarienne. L’article 127 stipule que “l’État protègera l’environnement, la diversité biologique, les ressources génétiques, les écosystèmes, les parcs nationaux et le patrimoine naturel, ainsi que toute zone qui revêt un intérêt écologique particulier. Le génome des êtres vivants ne peut faire l’objet de brevet commercial et la loi sur la bioéthique régulera cette matière. C’est l’obligation fondamentale de l’État de garantir que la population puisse vivre dans un milieu libre de pollution, où l’air, l’eau, les sols, les côtes, le climat, la couche d’ozone, les espèces vivantes seront protégées spécialement, conformément à la loi”.

Pour sa part l’article 305 prévoit : “l’État encouragera l’agriculture soutenable comme base stratégique du développement rural intégral afin de garantir la sécurité alimentaire de la population, comprise comme la disponibilité suffisante et stable d’aliments dans le cadre national et l’accès opportun et permanente à ceux-ci par les consommateurs”.

En fait la loi applique le mandat constitutionnel sur des thèmes sensibles comme l’interdiction de breveter le vivant. Son objet est de « préserver, protéger, garantir la production, la multiplication, la conservation, la libre circulation et l’usage des semences autochtones; ainsi que la promotion, la recherche, l’innovation, la distribution et l’échange de celles-ci, à partir d’une vision agro-écologique socialiste, en privilégiant la production nationale de semences”.CWSFA5OWsAEtRhcCWTTK52WwAMJoiL

Réactions de l’entreprise privée

Cette politique va en sens inverse de celles impulsées depuis une dizaine d’années, y compris dans des pays considérés comme progressistes – le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, par rapport à des pays néo-libéraux comme le Mexique, la Colombie, le Pérou, le Chili. Alors que tout le continent reste dominé par le modèle des transnationales qui contrôlent le marché des semences dans le monde: Monsanto, Syngenta, DuPont, Dow, Bayer, BASF-, au Venezuela la Révolution Bolivarienne a choisi la voie d’un modèle écosocialiste, tracé dans la plate-forme électoral de Chavez puis de Maduro : le Plan de la Patrie 2013 – 2019. (2)

La nouvelle norme a fait l’objet des critiques de l’opposition de droite, qui a refusé de voter en sa faveur. Après la séance, le député Ivan Colmenares, de l’État de Portuguesa, a déclaré que “cette loi de semences n’est pas viable vu sa nature trop idéologique, son caractère anti-OGM et son caractère anticonstitutionnel”. Colmenares la considère comme “discriminatoire envers le secteur privé et envers la population qui n’est pas alignée sur le processus de changement. Elle est également très contradictoire puisqu’elle défend les semences originaires des ethnies et des paysans sans propositions tangibles pour leur production ”.

Cette position exprime directement la position de la principale Chambre de l’agro-business, Fedeagro, dont le président Antonio Pestana, dès le lendemain des élections législatives du 6 décembre qui ont vu la nette victoire de la droite, demandait que «soit donné en priorité un coup d’arrêt à la Loi des Semences ”.

Pour le représentant patronal, cette loi serait approuvée par des personnes qui « de manière irrationnelle, font passer leur idéologie avant tout autre chose ”. Il a rapidement révélé la sienne : “Il y a un autre thème qui est celui de la Commission Nationale de Biosécurité. Nous devons permettre à nos chercheurs de parler d’OGMs; si ceux-ci sont mauvais pour la santé des vénézuéliens alors il faut empêcher leur entrée dans le pays, mais s’ils disent qu’ils ne nuisent ni à l’environnement ni aux consommateurs, nous devons permettre que les agriculteurs vénézuéliens puissent opter pour cette technologie qui a donné de bons résultats dans d’autres pays ”.

En outre Fedeagro a exigé que soit éliminée la Loi des Terres de 2001 – une des “causes” qui poussèrent le patronat vénézuélien à organiser le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002 – et que les terres soient rendues aux grands propriétaires.

Pour les mouvements sociaux il s’agit d’un pas important dans un travail collectif d’organisation qui a pris des années. Il se concrétise dans une bataille plus générale entre deux projets parvenus au plus haut degré d’antagonisme. Si la droite tente d’éliminer la Loi des Terres et la Loi des Semences elle aura face à elle, c’est prévisible, une population décidée à les défendre.

Fernando Vicente Prieto – @FVicentePrieto

Notes:

(1)        Lire notamment « Au Venezuela, le peuple légifère contre Monsanto »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/20/comment-faire-une-loi-au-venezuela/ et « Le Venezuela lutte contre les transnationales en produisant ses semences autochtones”, http://wp.me/p2ahp2-1vp
(2)        Lire « Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019 » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

 

Source : http://notas.org.ar/2015/12/24/asamblea-nacional-venezuela-aprueba-ley-semillas/

Traduction : Thierry Deronne

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