Pompeo et la CIA contre les élections législatives au Venezuela, par Katu Arkonada (La Jornada, Mexique)

L’auteur : Katu Arkonada est titulaire d’un diplôme en Politiques Publiques. Ancien conseiller du vice-Ministère de la planification stratégique, de l’unité juridique spécialisée dans le développement constitutionnel et du Ministère bolivien des Affaires Etrangères. Il a coordonné les publications « Transitions vers le bien-vivre » et « Un Etat, beaucoup de peuples, la construction de la plurinaltionalité en Bolivie et en Equateur ». Membre du Réseau des Intellectuels en Défense de l’Humanité.

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La semaine même où un rapport dénonçant le gouvernement vénézuélien pour « crimes contre l’humanité » a été rendu public par une « mission internationale indépendante » payée comme sous-traitante d’une Commission de l’ONU, mais qui n’a jamais mis les pieds dans le pays et qui s’est appuyée sur des témoignages.. de l’opposition de droite et des réseaux sociaux, le secrétaire d’État Mike Pompeo était au Brésil et en Colombie pour continuer à alimenter la rhétorique contre la révolution bolivarienne pendant la campagne présidentielle états-unienne, mais aussi en pleine campagne électorale pour les élections législatives qui se tiendront le 6 décembre au Venezuela.

Au Brésil, Pompeo a traité Nicolas Maduro de trafiquant de drogue et a déclaré que Washington continuerait à travailler pour atteindre son objectif basé sur la crise déclenchée par son blocus et ses sanctions imposées à l’économie vénézuélienne. En Colombie, son principal partenaire dans la région, il a accusé le gouvernement vénézuélien de collaborer avec le terrorisme et d’héberger des membres de l’ELN et des dissidents des FARC.

Le terrorisme et le trafic de drogue, non pas ceux de la Colombie – principal fournisseur de la cocaïne consommée aux États-Unis, mais… vénézuéliens, malgré le fait qu’au Venezuela il n’y a pas de feuille de coca, contrairement au pays voisin, qui en cultive plus de 200.000 hectares, soit 10 fois plus que, par exemple, les hectares de feuille de coca cultivés en Bolivie.

Mais il faut s’arrêter à la visite de Pompeo, dont il ne faut pas oublier qu’il a été le directeur de la CIA, en Colombie. Son principal objectif était de promouvoir un changement de stratégie pour renverser le gouvernement de Nicolás Maduro, à commencer par l’impact sur les résultats des élections législatives de décembre.

La délégation états-unienne a finalisé les détails de l’arrivée des 300 soldats qui seront installés dans une nouvelle base militaire dans la ville frontalière de Cúcuta, plus précisément à Cerro del Tasajero, un endroit clé au niveau géopolitique car de là, on peut voir une bonne partie de la frontière colombo-vénézuélienne et le lac pétrolier de Maracaibo.

En plus de demander à Ivan Duque son soutien pour promouvoir le vote républicain au sein de la communauté colombienne du Texas, du New Jersey et du sud de la Floride, Pompeo a demandé à la Colombie ses réflexions sur la nouvelle stratégie opérationnelle et médiatique conçue contre le Venezuela, qui irait d’une action militaire dans le cadre d’une coalition tripartite (UE-Colombie-Brésil), à la déclaration de fraude et d’ignorance des résultats à la manière de la Bolivie, en passant par des infiltrations paramilitaires depuis le sol colombien, des violences terroristes sous forme de « guarimbas » (violences d’extrême droite transformées par les médias en « révoltes populaires réprimées par le régime ») et même une tentative d’assassinat contre Maduro.

Pompeo a mentionné à Duque que pendant son séjour au Brésil, il a convenu avec Bolsonaro du soutien de l’armée brésilienne pour une éventuelle intervention militaire sur le territoire vénézuélien. La création de faux positifs justifiant une intervention armée de la coalition est envisagée, qui pourrait prendre la forme d’une attaque contre une ambassade à Caracas d’un pays allié des États-Unis, ainsi que d’agressions contre des diplomates et des dirigeants de haut rang de l’opposition pour que les médias internationaux puissent l’imputer à Nicolas Maduro. À cette fin, un groupe paramilitaire, formé à Inirida par des déserteurs vénézuéliens encadrés par des mercenaires américains et israéliens, s’est déjà installé en territoire vénézuélien.

Pompeo a également demandé à Iván Duque de mener des opérations « anti-drogue » au cours du mois d’octobre, notamment dans les zones frontalières des départements de l’Arauca, du Norte de Santander et de la Guajira, afin qu’elles servent de prétexte à l’arrivée et au déploiement de militaires qui pourraient être utilisés dans des actions déstabilisatrices à l’approche des élections du 6 décembre.

Un autre élément qui justifierait une éventuelle agression militaire serait la dénonciation préparée d’un prétendu achat « d’armes iraniennes à moyenne et longue portée, avec lesquelles le Venezuela tenterait prétendument d’attaquer la Colombie. »

Comme nous l’avons déjà dénoncé dans la rubrique « Sabotage électoral du G4 », de graves altérations de l’ordre public au Venezuela (pillages et attaques contre les institutions publiques) devraient avoir lieu vers le 6 décembre, jour des élections législatives, dans le but de promouvoir la thèse d’un État failli, ce qui permettrait d’augmenter encore la pression internationale sur le Venezuela.

Pompeo a également fait comprendre à Duque que Guaidó n’est plus un acteur majeur dans sa stratégie d’ingérence, et qu’il vaut mieux ne plus appuyer le projet initial de former un gouvernement parallèle en exil de l’extrême droite guaidiste, ce qui pourrait finir par favoriser le chavisme sur le plan électoral. Le pari états-unien se déplace maintenant vers Capriles, qui malgré les doutes qui pèsent sur lui après sa sortie de prison, leur est utile pour promouvoir la campagne de discrédit des élections, aux côtés d’Almagro, de l’OEA et d’autres voix de la droite internationale.

La Colombie a joué un rôle clé dans l’appui à la proposition du Département d’État, de nommer Mauricio Claver Carone au lieu d’un latino-américian à la présidence de la Banque interaméricaine de développement (BID), et il semble qu’elle pourrait une fois de plus jouer un rôle décisif tant dans la justification internationale de nouvelles sanctions économiques contre le secteur minier et pétrolier, et se convertir en plate-forme d’une nouvelle agression paramilitaire dans le but de déstabiliser les élections législatives vénézuéliennes.

Un mois plus tôt aura lieu la dispute présidentielle entre Trump et Biden, dont l’issue se décidera en grande partie dans l’état-clef de Floride, et malheureusement, les votes aux États-Unis peuvent se traduire par des morts au Venezuela.

Katu Arkonada

Source : La Jornada (Mexique) https://www.jornada.com.mx/2020/10/10/opinion/013a1pol

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/10/pompeo-et-la-cia-a-la-manoeuvre-contre-les-elections-legislatives-au-venezuela-par-katu-arkonada-la-jornada-mexique/

Le billard à trois bandes de Mike Pompeo en Amérique latine, par Maurice Lemoine

Maurice Lemoine, journaliste spécialiste de l’Amérique latine et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, explique la stratégie américaine dans le choix des pays visités: Guyana, Suriname, Brésil et Colombie, dont trois ont une frontière commune avec le Venezuela. Il réagit aussi à un rapport de l’Onu, évoqué par Mike Pompeo, accusant le gouvernement de Maduro de crimes contre l’humanité, dont des actes de torture et des meurtres par ses forces d’ordre.

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5Bu

Bolsonaro et l’Opération Gédéon: le chapitre brésilien de la dernière tentative de coup d’État au Venezuela

Les enquêtes menées après l’échec du nouveau coup d’État contre le gouvernement bolivarien laissent peu de doutes sur la participation du gouvernement colombien d’Iván Duque et sur ses alliances étroites avec les grands cartels de la drogue et les mafias paramilitaires pour mener cette opération. Le gouvernement colombien a même officiellement déclaré qu’il allait sanctionner les militaires de ses propres forces armées responsables des fuites sur les camps d’entraînement installés sur son territoire.

Les médias français ont d’abord tenté d’occulter l’incursion paramilitaire ou s’en sont gaussé à coups de guillemets. Jusqu’à ce que le Washington Post mette en ligne le contrat signé à cette fin par leur cher « opposant démocratique » Juan Guaido, et Juan José Rendon, proche conseiller d’Alvaro Uribe et d’Ivan Duque. Le “système Guaido” est un gangstérisme à propulsion médiatique. Un jeune militant d’extrême droite formé par la CIA, qui ne s’est jamais présenté aux élections présidentielles (contrairement à ce qu’affirme la chaîne ARTE), s’autoproclame chef de l’Etat le 23 janvier 2019 dans un quartier chic de Caracas. Jusque là peu connu des vénézuélien(ne)s, le voici adoubé par Donald Trump et par les grands groupes médiatiques. Le fake-président reçoit aussitôt l’appui de Mr. Macron et d’une « communauté internationale » fantasmée par les médias puisque 162 des 197 Etats membres de l’ONU ne l’ont pas reconnu. L’hologramme de l’Obama tropical voyage, visite des présidents et des parlements occidentaux, signe des contrats, s’approprie des entreprises, vole des actifs, pille les comptes bancaires du Venezuela, reçoit de plus en plus de financements des ONGs de la CIA, demande toujours plus de sanctions à l’Europe et aux Etats-Unis pour renforcer la crise économique et le mécontentement social, et faire tomber le gouvernement légitime, sorti, lui, du vote populaire. Avec pour phase finale, ce contrat de 42 pages planifiant dans les moindre détails l’incursion d’une tête de pont paramilitaire et l’assassinat de Nicolas Maduro, des principaux dirigeants du chavisme ainsi que des leaders d’organisations populaires, comme prélude à une invasion lourde du type « Libye » ou « Panama » et à une politique de terreur « à la colombienne » pour extirper la base sociale du chavisme et réinstaller les multinationales occidentales, tout en se payant en pétrole et autres ressources du Venezuela.

Après ce nouvel échec Donald Trump semble se lasser de sa créature, sans base sociale, incapable de renverser le “régime” (comme lors de sa tentative ratée de coup d’Etat menée à Caracas en avril 2019 avec une poignée de militaires d’extrême droite). Des médias colombiens, panaméens, états-uniens lèvent le voile et publient des photos sur les liens de Guaido avec des assassins paramilitaires colombiens (“Los Rastrojos”, gang spécialisé dans le narcotrafic, la contrebande, les enlèvements et extorsions) et sur l’épais réseau de corruption, également dénoncé par certains de ses alliés d’extrême droite, fâchés de n’avoir reçu que quelques miettes du gâteau. Selon Bloomberg.com, un secteur de l’opposition issu du coup d’Etat de 2002 contre Hugo Chavez (tendance Radonsky) a même envoyé en mai trois émissaires à Washington pour demander de mettre un terme à l’opération Guaido et de passer à une autre phase de la déstabilisation.

L’entrée des européens dans Disneyworld depuis l’invasion de l’Irak s’est confirmée le 20 mai au Conseil de Sécurité de l’ONU (photo ci-dessus). Alors que le Venezuela démontrait, preuves à l’appui, que le Royaume-Uni avait volé trente-et-une tonnes d’or vénézuélien et signé un pacte secret avec l’équipe de Guaido en vue du renversement du “régime” pour ensuite “reconstruire et investir” librement dans ce pays, les européens se sont, de nouveau, isolés avec les Etats-Unis malgré l’appui majoritaire apporté au Venezuela par des pays tels que la Russie, l’Afrique du Sud, l’Indonésie, la Chine, et le Vietnam, et ont préféré répéter le discours un brin surréaliste de Mike Pompeo : « c’est le gouvernement Maduro qui a orchestré l’agression paramilitaire« . Ce qui leur a valu la question cruelle du réprésentant de la Russie: « Vous qui avez reconnu un président fantoche, qu’en pensez-vous aujourd’hui ?« .

Photos ci-dessus: 1. Autour du président français Emmanuel Macron, les leaders de l’extrême droite vénézuélienne Julio Borges (gauche) et Freddy Guevara (droite), reçus à l’Élysée le 4 septembre 2017. 2. Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif parce qu’il était « noir donc chaviste » dans un quartier chic de Caracas par des extrémistes de droite que les médias français ont maquillés en « combattants de la liberté » ». 3. Un des invités de Macron, Freddy Guevara, à la tête de ses croisés « pacifiques », lors de l’insurrection partie des quartiers riches contre le gouvernement Maduro en 2017. 4. L’autre invité de Mr. Macron, Julio Borges (centre), entouré notamment des putschistes Leopoldo Lopez et Henrique Capriles Radonsky lors du coup d’État sanglant d’avril 2002 organisé contre le Président Hugo Chavez par le MEDEF local, les télévisions privées et un groupe de généraux formés à la School of Americas.

Photos ci-dessus: 1. L’ambassadeur français Romain Nadal, fervent « garde du corps » de Juan Guaido à Caracas. 2. La trader new-yorkaise Laurence Debray qui avait signé un casting « d’opposant démocratique » de Juan Guaido pour Paris-Match. 3. Le président français Emmanuel Macron à l’Elysée avec Guaido, en janvier 2020. Comme l’écrivait en 2019 l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique Maurice Lemoine : “aux pages les plus honteuses de l’Histoire de France – la reconnaissance du régime franquiste en 1939 ou le maintien des relations diplomatiques avec le Chili après le « golpe » du général Augusto Pinochet (1973) – , il convient désormais de rajouter un chapitre : l’appui d’Emmanuel Macron à la tentative de coup d’Etat au Venezuela” 

A part la complicité européenne (Pays-Bas inclus) et celle du Canada de Justin Trudeau dans ces tentatives de renversement d’un gouvernement démocratiquement élu, un autre élément encore peu étudié, et pourtant inscrit dans les clauses du contrat signé par Guaidó avec l’entrepreneur militaire Silvercorp, est le rôle que le gouvernement de Jair Bolsonaro jouerait une fois que l’assassinat du président Nicolás Maduro aurait été perpétré et que les forces d’occupation états-uniennes se seraient installées au Venezuela.

Le 22 mai 2020, le journal brésilien Brasil de Fato s’est intéressé à un fragment du contrat, où il est fait référence au territoire et aux autorités brésiliennes. L’Opération Gedeon n’aurait aucune restriction d’entrée sur le territoire brésilien si des affrontements avec des « forces hostiles » l’exigeaient. Un des objectifs dérivés de l’assaut contre le pouvoir est la persécution et l’assassinat de chavistes sous toutes ses formes d’organisation au sein de l’État vénézuélien, dans le plus pur style des paramilitaires colombiens – le contrat mentionne même la coûteuse technologie d’armement, telle que les avions « canonniers » AC-130, drones Predator armés, missiles Maverick, qui font des dégâts impressionnants.

Photo: le contrat signé le 16 octobre 2019 entre Juan Guaidó et la société Silvercorp pour préparer l’occupation du pays par des forces états-uniennes, disponible sur le site du Washington Post. Ci-dessous, le fragment étudié par Brasil de Fato.

Le fragment du contrat citant le Brésil

Comme ce serait le cas en Colombie, la tête de pont paramilitaire de Silvercorp (soutenue par des armées étrangères et d’autres paramilitaires) pourrait envahir l’espace aérien, terrestre et maritime brésilien sans l’autorisation de l’État brésilien. Pour qu’un tel scénario se produise, il faudrait que les autorités brésiliennes soient subordonnées au plan de la Maison Blanche. Connaissant le soutien de Bolsonaro à l’agenda du coup d’État depuis l’autoproclamation de Juan Guaidó, il n’est pas étonnant de lire la participation du Brésil comme un autre facteur de la guerre « privatisée ».

En mars 2019, la CIA a invité Jair Bolsonaro à visiter son siège central aux Etats-Unis.

Le président brésilien Jair Bolsonaro et l’amiral Craig Faller, commandant de l’U.S. Southern Command, signent à Miami en mars 2020 un accord de coopération militaire

Brasil de Fato reconstruit la chronologie qui relie une série d’événements depuis 2018. Loin d’œuvrer pour la « démocratie au Venezuela », les pays satellites des États-Unis dans la région ont soutenu toutes sortes de plans pour renverser un gouvernement élu.

Tout d’abord, la présence de Silvercorp au Brésil lors des élections présidentielles de 2018, révélée par BrasilWire. Le site web explique: « Un examen des comptes des médias sociaux de Silvercorp et de son personnel a révélé que la société était présente au Brésil lors des élections au cours desquelles le candidat d’extrême droite soutenu par les États-Unis, Jair Bolsonaro, est arrivé au pouvoir (…) Silvercorp a publié dans son Instagram le 18 octobre 2018 – 11 jours après le premier tour des élections, et 10 jours avant le deuxième tour – qu’elle quittait le Brésil, après un délai non précisé« .

En 2019, deux événements se détachent dans la chronologie de Brasil de Fato. Le premier concerne les articulations établies par l’actuel ex-ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Sergio Moro (probable futur candidat états-unien pour les présidentielles post-Bolsonaro), entre les agences de sécurité brésiliennes et le Bureau fédéral d’enquête des États-Unis (FBI). Cet élément fait partie de la judiciarisation politique (“Lawfare”) qui a conduit à la neutralisation de la gauche et à évincer le candidat le plus populaire des élections (Lula da Silva) au Brésil dans le cadre d’une prétendue “lutte contre la corruption”.

« Les 6 et 7 septembre de l’année dernière, le FBI a proposé une formation à la lutte contre la corruption transnationale avec des agents du ministère public fédéral (MPF) et du service des recettes intérieures de l’Union, comme le révèle un rapport de l’Agence publique » note le site web brésilien.

Rappelons que le ministère états-unien de la Justice a rendu “viable” la guerre « privatisée » contre le Venezuela en mars dernier, en adoptant une méthode qui consistait à criminaliser Nicolás Maduro et d’autres hauts fonctionnaires vénézuéliens, en les accusant de “narcotrafic” et en mettant leurs têtes à prix. C’est le très contesté William Barr, un républicain très à droite nommé procureur général par Donald Trump, qui a été chargé de monter ce dossier.

L’autre événement a été la participation du Brésil à l’activation des mécanismes du Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR) contre le Venezuela, avec 11 autres pays membres du Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA), dont la Colombie et les États-Unis, le 11 septembre 2019.

En septembre 2019 le Brésil s’est prononcé en faveur de la demande de la Colombie de réactiver le vieux traité d’assistance militaire réciproque (TIAR)

Ce jour-là, des sanctions ont été décidées contre le gouvernement vénézuélien pour « crimes de blanchiment d’argent et de trafic de drogue« . “En plus de partager des renseignements militaires et financiers, ils ont également créé un réseau de coopération juridique pour lutter contre les crimes internationaux présumés du bureau du gouvernement bolivarien” explique l’article de Brasil de Fato, signé Michele De Mello.

Voilà pour la partie visible du champ de bataille. Pendant ce temps, la mafia anti-chaviste établie à Miami, en Floride, concrétisait secrètement les accords avec Silvercorp pour monter l’incursion au Venezuela, finalement été scellés dans un document le 16 octobre 2019 signé par Juan Guaidó, Juan José Rendón, Sergio Vergara et Jordan Goudreau, propriétaire de l’entrepreneur. C’est le document mis en ligne par le Washington Post.

Le programme anti-chaviste pour 2020 a commencé en Colombie avec la troisième Conférence inter-ministérielle continentale sur « la lutte contre le terrorisme« , d’où est sortie la nouvelle accusation concoctée par Mike Pompeo contre le gouvernement vénézuélien de “soutenir le Hezbollah et les FARC”, organisations qualifiées de « terroristes » par les États-Unis. L’événement organisé en présence de Pompeo a lancé la tournée internationale de Guaidó pour coordonner avec des acteurs d’Europe et de la Maison Blanche, les prochaines actions irrégulières contre le Venezuela.

Les militaires brésiliens ont participé en tant « qu’observateurs  » à des exercices conjoints avec les forces armées colombiennes et des États-Unis, dans une des sept bases états-uniennes en Colombie.

Dans la déclaration finale, il était convenu de “redoubler d’efforts pour combattre les sources du « terrorisme » et du “blanchiment d’argent”. Les régimes de droite du Groupe de Lima créé par les Etats-Unis et l’OEA historiquement inféodée à Washington ont également renouvelé leur engagement à renforcer le contrôle des frontières en formant des « équipes conjointes », vouées notamment à des « enquêtes de renseignement financier », pour localiser, suivre, récupérer et saisir les avoirs des organisations considérées comme « criminelles ». Une semaine plus tard, la Colombie et les États-Unis organisaient des exercices militaires dans l’une des sept bases militaires états-uniennes en Colombie (Tolemaida), où des membres des forces militaires brésiliennes participaient en tant “qu’observateurs”.

Le 5 mars, mois au cours duquel l’opération Gedeon devait être exécutée selon les aveux des mercenaires, le retrait de deux diplomates de l’ambassade du Brésil au Venezuela a été annoncé, une décision prise pour marquer le soutien de Bolsonaro au fake-président Juan Guaidó. La même mesure n’a pas pu être prise en interne : alors qu’il était sur le point d’expulser le corps diplomatique vénézuélien au Brésil, la Cour suprême fédérale a suspendu l’ordre de Bolsonaro.

Rencontre Bolsonaro/Guaido, le 28 février 2019

Ce désaccord entre pouvoirs étatiques fait partie de la crise que traverse la présidence brésilienne, aggravée par la gestion erratique de la pandémie qui a placé le Brésil au troisième rang mondial en nombre de cas de Covid-19, avec un des taux de mortalité les plus élevés. Le 22 mai 2020, la Cour Suprême du Brésil a libéré un enregistrement vidéo d’une réunion officielle où le Ministre de la Santé reste bouche close, et où Bolsonaro explique qu’il veut empêcher une enquête sur ses fils: « Je ne vais pas laisser baiser toute ma famille ou mes amis parce que je ne peux pas donner un coup de fil pour changer un policier. On n’est pas ici pour rigoler. Si je ne peux changer le policier, je change le chef, si je ne peux pas changer le chef, je change le ministre.«  (sic)

Cependant, même si les groupes politiques affiliés au clan Bolsonaro sont en accord avec les diktats de la Maison Blanche, les conspirations de coup d’Etat contre le Venezuela ne font pas l’unanimité dans le corps militaire. Même si l’une des premières mesures prises par le gouvernement Bolsonaro a été de céder la base aérospatiale d’Alcântara dans le Maranhão au Pentagone, au niveau des relations militaires, le Venezuela et le Brésil ont maintenu des réunions éloignées de l’hostilité de Bolsonaro, et les forces armées brésiliennes ont refusé de soutenir une invasion militaire états-unienne contre le Venezuela. Le scénario sanitaire désastreux sur le territoire brésilien a placé les institutions en opposition accrue aux décisions du président. Une partie de la direction militaire et le vice-président du Brésil, le général à la retraite Hamilton Mourao, prennent leurs distances. Pour l’heure en tout cas, l’armée brésilienne ne semble pas disposée à se plier à une incursion armée, la doctrine militaire brésilienne ne prévoyant pas l’activation de conflits de cette ampleur qui pourraient mettre en danger la propre souveraineté du Brésil.

Sources : Brasil de Fato, article de Michele de Mello https://www.brasildefato.com.br/2020/05/21/governo-brasileiro-pode-estar-relacionado-com-invasao-paramilitar-na-venezuela et Mision Verdad

Traduction et adaptation: Thierry Deronne

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L’ex-Président Lula: Maduro est un leader démocratique, Guaidó devrait être en prison, le blocus états-unien tue des civils

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L’ex-président Lula libéré en novembre 2019 après 580 jours de captivité. Les sondages le donnant favori des élections présidentielles, l’oligarchie brésilienne l’empêcha d’y participer, fabricant de fausses accusations par l’intermédiaire du juge Sergio Moro. Celui-ci fut nommé ministre de la justice par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Dans des commentaires passés sous silence par les médias anglophones, l’ex-président du Brésil Lula da Silva a dénoncé la tentative de coup d’Etat états-unien contre le Venezuela, rappelant que Nicolás Maduro a été élu démocratiquement et que le leader d’extrême droite Juan Guaidó devrait être en prison pour l’organisation des déstabilisations violentes et des tentatives de coups d’Etat.

Le gouvernement d’extrême droite du président brésilien Jair Bolsonaro est l’un des plus proches alliés de Washington en Amérique latine. Il a joué un rôle majeur dans la tentative de coup d’État de l’administration Donald Trump contre le Venezuela, soutenant même un complot terroriste contre le gouvernement du président Nicolás Maduro.

En mars dernier, l’administration Bolsonaro a signé un accord militaire historique, faisant entrer directement le Brésil dans la sphère d’influence impériale américaine, fusionnant essentiellement l’industrie de la défense du pays avec le complexe militaro-industriel de Washington.

Cependant, quelques jours avant que l’accord ne soit finalisé, l’ancien président du Brésil, le syndicaliste de gauche Lula da Silva, s’est exprimé avec véhémence contre l’ingérence des États-Unis en Amérique latine, critiquant sévèrement le putsch de Washington contre Evo Morales en Bolivie et sa tentative de coup d’État en cours contre le Venezuela.

Dans une interview aux médias brésiliens qui n’a pas encore été couverte par la presse anglophone, Lula a condamné Juan Guaidó, le leader du coup d’Etat vénézuélien soutenu par les Etats-Unis, comme un criminel belliciste qui devrait être en prison. Il a ensuite souligné que le président Nicolás Maduro est un dirigeant démocratiquement élu qui a encouragé la paix et la diplomatie.

 » L’Europe et les États-Unis ne peuvent pas reconnaître un fraudeur qui se déclare président « , a déclaré Lula, en référence à Guaidó. « Ce n’est pas juste. Parce que si la mode s’empare de la démocratie, elle est jetée à la poubelle, et tout escroc peut se déclarer président. Je pourrais me déclarer président du Brésil, mais où irait la démocratie ? »

Lula a été interviewé par Folha de S.Paulo, le journal brésilien le plus diffusé, qui appartient à une famille d’oligarques milliardaires actifs dans les médias.

Lorsque le journal s’est opposé à ses commentaires, qualifiant Maduro de « dictateur », Lula a souligné que le président vénézuélien avait été élu et qu’il avait fait preuve du genre de patience et de retenue qu’aucun autre dirigeant ne pratiquerait dans de telles circonstances.

 » Il [Guaidó] devrait être en prison« , a déclaré Lula. « Et Maduro a été si démocratique qu’il ne l’a pas arrêté quand il est allé en Colombie pour essayer d’organiser une invasion du Venezuela« .

 » Celui qui prend l’initiative de parler est Maduro, pas Guaidó « , a déclaré Lula. « Guaidó voudrait que les Américains envahissent le Venezuela – en fait, il a même essayé de l’imposer« .

Le journal a encore reculé, disant que M. Maduro a conduit à une crise économique au Venezuela.

 » Que son gouvernement se porte bien ou non, c’est une autre histoire. Mais vous n’allez pas attaquer tous les pays qui ne vont pas bien « , a répondu Lula.

 » Les gens ne peuvent pas critiquer M. Maduro et ne pas critiquer le blocus. Le blocus n’attaque pas les soldats, il ne tue pas les coupables, le blocus tue les innocents « , a déclaré l’ancien président brésilien.

Ces remarques de Lula n’ont reçu pratiquement aucune couverture dans la presse anglophone, alors qu’elles ont été largement couvertes dans les médias de langue portugaise et espagnole.

Lula défend le président bolivien Evo Morales

Le journal brésilien a également poussé Lula à dénoncer le président bolivien Evo Morales, qui a été renversé lors d’un coup d’Etat militaire d’extrême-droite soutenu par les Etats-Unis en novembre 2019.

Folha de S.Paulo note que Morales s’est présenté pour un quatrième mandat à la présidence, mais le journal omet de mentionner… que la Cour suprême de Bolivie l’a autorisé à le faire.

Au premier tour des élections d’octobre 2019, Morales l’a emporté avec une marge de plus de 10 %.

Le journal a affirmé à tort qu’il y avait eu des irrégularités dans l’élection – un mythe initialement répandu par l’Organization of American States (NdT : Organisation des États américains) qui a ensuite été démystifié par de nombreuses enquêtes menées par de grands spécialistes (experts du CEPR, du CELAG, du Massachussets Institute of Technology).

Lula a défendu M. Morales et son gouvernement contre les affirmations du journal selon lesquelles l’élection bolivienne était entachée de prétendues « complications ».

 » L’élection de Georges Bush contre Al Gore n’a-t-elle pas été compliquée ? C’était compliqué, mais Bush a pris le contrôle du gouvernement pendant huit ans « , a répondu Lula.  » L’élection de Trump n’a-t-elle pas été compliquée ? C’était compliqué, et il a pris le pouvoir « , a-t-il déclaré.  » L’élection de Bolsonaro n’a-t-elle pas été compliquée ? Tout le monde connaît la farce des ‘fake news’ «.

Les coups d’État états-uniens ont porté l’extrême droite au pouvoir au Brésil

Des remarques comme celles-ci illustrent pourquoi Washington a soutenu des coups d’État et s’est immiscé dans la politique intérieure du Brésil afin de renverser Lula et son parti, pour les empêcher de revenir au pouvoir.

Lula est non seulement l’un des hommes politiques les plus populaires du Brésil, mais il représente aussi un mur de contention contre l’hégémonie américaine. Lorsqu’il a quitté ses fonctions en 2010, après avoir terminé son deuxième mandat à la tête de l’État, il avait un impressionnant taux d’approbation de 87 %, l’un des plus élevés au monde.

La présidente Dilma Rousseff qui succéda au président Lula au nom du Parti ddes Travailleurs, fut évincée en 2016 lors d’un coup d’État parlementaire mené par l’opposition de droite brésilienne et une panoplie d’oligarques soutenue en coulisses par les États-Unis.

Lula a souligné à plusieurs reprises que Washington avait joué un rôle décisif dans les coups d’État au Brésil. « Tout ce qui se passe porte la main des États-Unis « , a-t-il déclaré dans une interview accordée en 2019.

« Les États-Unis ont créé l’enquête Lava Jato« , a ajouté Lula, faisant référence à la prétendue opération « anti-corruption » utilisée pour évincer le Parti des travailleurs et installer le gouvernement d’extrême-droite de Jair Bolsonaro qui a appelé au rétablissement de la dictature militaire.

En 2018, M. Lula faisait à nouveau campagne pour l’élection présidentielle, et menait les sondages avec une forte marge d’avance. C’est à ce moment-là qu’il a été emprisonné pour de fausses accusations de corruption, ce qui a permis à M. Bolsonaro de prendre le pouvoir.

Le juge qui a supervisé l’opération Lava Jato et emprisonné Lula, Sergio Moro, a ensuite été récompensé par M. Bolsonaro par la nomination au poste de ministre de la justice.

Immédiatement après leur entrée en fonction, MM. Bolsonaro et Moro ont effectué une visite spéciale au siège de la CIA.

« Aucun président brésilien n’avait jamais rendu visite à la CIA« , a commenté Celso Amorim, qui a été Ministre des Affaires Etrangères sous M. Lula. « C’est une position de soumission explicite. Rien n’est comparable à cela« .

Ben_Norton_journalistBen Norton est journaliste, écrivain et cinéaste. Il est l’éditeur adjoint de The Grayzone, et le producteur du podcast Moderate Rebels, qu’il co-anime avec le rédacteur en chef Max Blumenthal. Son site web est BenNorton.com et il tweete sur @BenjaminNorton.

Source originale: The GrayZone

Traduit de l’anglais par M-L Lefebvre pour Investig’Action

La Sainte Alliance se ressoude contre le Venezuela

Donald Trump vient d’inviter le brésilien Jair Bolsonaro aux USA pour « voir comment s’occuper du Venezuela« . Résultat : les deux pays signent un accord de coopération militaire. A cette tenaille de l’extrême droite suprématiste, coloniale s’est ajouté le colombien Duque. Ce grand massacreur de militant(e)s sociaux qui s’est emparé du pouvoir, comme vient de le révéler l’ex-congressiste Aida Merlano, en achetant massivement des votes avec l’argent de la cocaïne, vient de réclamer à Trump l’accroissement des « sanctions » contre le gouvernement légitimement élu du Venezuela.

Le leader local d’extrême droite Juan Guaido « opposant démocrate » pour les médias occidentaux, autoproclamé « président du Venezuela » par Trump, vient d’annoncer la reprise de l’insurrection pour chasser Maduro. La méthode est invariable: à l’aide de violences de rue, provoquer les forces de l’ordre pour que les médias internationaux puissent faire les images de la « répression du peuple par le régime ». La presse colombienne a publié des photos prouvant les liens de Guaido avec Los Rastrojos, narco-paramilitaires qui massacrent des deux côtés de la frontière Venezuela/Colombie. Alors que le gouvernement de Nicolás Maduro a fortement avancé dans des négociations avec le secteur démocratique de l’opposition, notamment en prévision des prochaines élections législatives, deux incendies viennent de détruire coup sur coup un entrepôt de la Compagnie Publique de téléphone CANTV et une importante quantité de machines et  matériel d’un dépôt du Centre National électoral, attentats aussitôt revendiqués par une bande paramilitaire (voir photo ci-dessous). Lors de son voyage à Washington, Guaido avait obtenu non seulement de nouvelles « sanctions » contre Caracas mais aussi une nouvelle manne pour financer les opérations visant « le changement de régime au Venezuela ».

Le gouvernement bolivarien vient de déposer officiellement une plainte pour crimes contre l’humanité contre les Etats-Unis devant la Cour Pénale Internationale. Les innombrables mesures coercitives unilatérales (« sanctions ») ont provoqué la migration de très nombreux vénézuéliens et des dizaines de milliers de morts – le pays ne pouvant plus acheter de nombreux médicaments et aliments comme conséquence du blocus bancaire occidental et de la guerre économique décrétée par Barak Obama et sans cesse renforcée depuis par Donald Trump.

Thierry Deronne, Caracas, 9 mars 2020

Version anglaise: https://www.fort-russ.com/2020/03/unholy-alliance-ups-the-ante-against-venezuela/

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Le président brésilien Jair Bolsonaro et l’amiral Craig Faller, commandant du Commandement Sud des États-Unis Photo : Agences.

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Dans un communiqué vidéo publié le 8 mars, la bande paramilitaire d’un mystérieux « Front Patriotique Vénézuélien » s’attribue les deux incendies contre la CANTV (téléphone) et le CNE (Centre National Electoral).

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Nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne: « Semences, rêves et contradictions » (Terra TV)

 

Il y a 13 ans un accord entre le Gouvernement de Hugo Chavez et le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre a permis la présence permanente au Venezuela de formatrices et formateurs brésiliens. Au service de la souveraineté alimentaire mais aussi comme porteurs d’une expérience latino-américaine des plus importantes en matière de formation intégrale pour les mouvements sociaux. Ce travail ne s’est jamais arrêté malgré de nombreux obstacles bureaucratiques.

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Yirley Rodriguez lance le cours

La compagne Yirley Rodriguez (photo), formatrice et militante féministe explique: “L’école de formation internationaliste “A Namuna signifie “la semaille”. C’est le mot Warao pour dire “semaille”. Nous avons choisi un nom indigène en tant qu’école décoloniale. L’école est le produit d’expériences de formation que nos mouvements sociaux mènent depuis de nombreuses années, appuyés par le Mouvement des Sans Terre du Brésil et sa Brigade Internationaliste Apolonio de Carvalho qui s’est établie au Venezuela il y a 13 ans, ainsi des organisations comme “Femmes pour la vie”, “Front Culturel de Gauche”, Editions “La tranchée”, etc…

Plusieurs organisations ont envoyé des compagnes et compagnons étudier dans l’école “Florestan Fernandes” au Brésil, l’école des Sans Terre, et y ont appris une méthode de formation intégrale, basée sur l’éducation populaire. Nos cours couvrent des aspects tels que l’organisation révolutionnaire, le féminisme populaire, la formation de formateurs(trices). L’école “A Namuna” part du contexte populaire, pour ne pas séparer l’étudiant de la réalité populaire dans laquelle il ou elle est immergé(e), pour qu’il ou elle la vive, collectivement, pour mettre à jour les contradictions, les problématiser et pour que les étudiant(e)s cherchent à les dépasser à travers l’organisation sociale. Notamment en construisant des relations de production socialistes et féministes. C’est pourquoi nous avons organisé cet atelier dans le cadre d’une prise de terres de commune El Maizal.”

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Une des méthodes apportées par le Mouvement des Sans Terre est la « Ciranda ». Une équipe formée par les étudiant(e)s s’occupe des enfants pour que les femmes qui sont mères puissent participer pleinement au cours. A ce moment prendre soin des enfants des travailleuses devient les enfants devient une responsabilité de tout le collectif du cours.

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C’est sur l’espace d’une prise de terre par la Commune El Maizal que le cours est organisé, pour mieux marier étude théorique et apprentissage pratique, pour maintenir le concept d’une pédagogie liant l’étude à l’immersion dans la réalité populaire. Chaque sous-groupe étudiant apprend avec les habitants un aspect différent du travail, traire les vaches, réparer des outils, cuisiner, cultiver les parcelles… C’est une autre caractéristique de la pédagogie politique des Sans Terre.

Réalisation: Yarumi Gonzalez.

Montage: Miguel Escalona.

Production: Terra TV.

République Bolivarienne du Venezuela 2019.

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Des étrangers qui ont choisi de vivre au Venezuela expliquent pourquoi ils y restent

1086816117par Esther Yanez Illescas  20/04/2019

Être étranger au Venezuela c’est s’habituer au mantra quotidien “que fais-tu ici ?” émis avec des yeux ronds d’étonnement face à ce mystère absolu. “Pour y vivre et y travailler” répondent les plus audacieux. C’est d’une évidence aveuglante mais cela en surprend plus d’un.

Je suis espagnole, un lien de fraternité unit nos deux pays suite aux allers-venues permanents de l’un à l’autre ; après cette question rituelle, mon interlocuteur poursuit habituellement le dialogue en objectant qu’aujourd’hui tout le monde veut aller à Madrid, en Galice ou aux Canaries et il ne comprend donc pas pourquoi je tourne le dos à la Place Cibeles ou à la paëlla pour les échanger contre le Cuartel de la Montana ou les arepas de la Place Bolivar de Caracas.

D’habitude je souris et je rétorque que j’aime le Venezuela, à quoi on me répond en écarquillant davantage les yeux et en plissant le front, expression d’un état de rigor mortis (rigidité cadavérique). Il est vrai que de nombreux Vénézuéliens ont choisi l’Espagne comme destination d’exode pour recommencer leur vie à zéro. Et ils s’en sortent bien.

La journaliste Esther Yáñez Illescas

Selon les chiffres du Registre de Madrid, en 2018 les Vénézuéliens émigrés en Espagne ont acheté pour un total de 278 logements, soit 20% de plus que l’an dernier et plus du double des transactions réalisées en 2014. Une autre donnée intéressante est que les appartements achetés par ces “immigrants économiques” vénézuéliens coûtent en moyenne 565.000 euros et sont situés dans les meilleurs quartiers de la capitale espagnole, comme El Barrio de Salamanca ou El Retiro. De plus, la majorité de ces acheteurs vénézuéliens paient comptant. En liquide. Cash. De sorte qu’ils obtiennent d’un coup et l’appartement et l’autorisation de résidence. Le programme “Golden Visa”, démarré en 2013 pour attirer l’investissement étranger, accorde automatiquement la résidence aux acquéreurs de biens immobiliers dont le coût est supérieur à 500.000 euros.

Alors qu’on me demandait d’un air consterné ce que je faisais ici, au Venezuela, et que quelques secondes plus tard reprenait toute une kyrielle de lamentations, j’ai eu envie de répondre que je ne possède pas encore plus du demi-million d’euros en effectifs nécessaires à l’achat d’un logement à Madrid, bien que je travaille comme tout un chacun le fait, que ce soit à Caracas ou à Barcelone. 

En ce qui me concerne, je travaille comme journaliste dans une ville qui ne chôme pas sur le plan de l’information. Et j’y vis aussi ma vie, y construisant mon quotidien et ma vie affective. Il n’y a pas lieu d’en faire toute une salade.

Je ne constitue pas une exception et encore moins un cas d’étude. De nombreux étrangers ont fait de ce pays caribéen leur patrie. Un cas paradigmatique est celui de la Colombie, qui est sans l’ombre d’un doute un pays voisin et frère. Plus de cinq millions de Colombiens et de Colombiennes sont arrivées au Venezuela durant la Révolution Bolivarienne fuyant la misère et la guerre qui avaient embrasé leur pays depuis plusieurs décades. L’ex-Président Hugo Chavez leur a accordé des droits qu’aucun autre pays ne leur a donnés. Ils ont reçu la nationalité vénézuélienne, ont eu accès au logement, à la santé, à l’éducation et à toutes prestations dont bénéficie chaque Vénézuélien. Mais les Colombiens ne sont pas les seuls à être entrés dans cette histoire. Selon des données officielles présentées par Nicolas Maduro lui-même, lors d’une conférence de presse en septembre 2018, 29% de la population qui réside au Venezuela est d’origine étrangère. 

Fania (à droite) est la correspondante à Caracas de Brasil de Fato, et entretient une relation d’amour-haine avec cette ville; mais ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est qu’au Venezuela la politique est un sujet de discussion quotidien, ce qui n’est pas le cas au Brésil.

Fania Rodrigues en fait partie. C’est une journaliste brésilienne de 34 ans, correspondante du journal des mouvements sociaux Brasil de Fato à Caracas où elle est arrivée il y a un an et huit mois. C’est la seule correspondante brésilienne permanente dans le pays. “Je ne suis pas venue pour des raisons de sacrifice personnel”, nous dit-elle.

J’ai déjà vécu dans ce pays en 2011 et 2012, alors que Chavez était encore en vie, c’était un pays différent. J’entretenais déjà une relation forte avec le Venezuela, et c’est pour cela que j’ai accepté de venir y faire le travail qu’on me proposait.

La souriante Fania s’exprime avec ce charisme naturel de l’intelligence que possèdent les personnes qu’on passerait des heures à écouter. “Ce pays offre de nombreuses opportunités. Je ne connais pas un seul étranger installé au Venezuela qui n’ait trouvé de travail”. Elle n’évoque pas seulement les groupes latino-américains réfugiés au Venezuela il y a bien des années, fuyant les dictatures militaires ou les crises politiques et économiques qui sévissaient dans leur pays d’origine, mais aussi ces étrangers venus plus récemment, comme elle ou comme moi. De plus, durant les années de prospérité chaviste, quand le prix du baril de pétrole flambait, “il y avait une forte demande de main d’œuvre car le Venezuela a toujours été un pays très consumériste” remarque-t-elle. 

Caracas est une ville incroyable, c’est ce que j’aime le plus”. Elle rit en affirmant qu’il s’agit d’une capitale avec laquelle elle entretient une relation d’amour-haine très forte. Caracas vous attire et vous repousse  à la fois. Elle élève et abaisse votre sérotonine à parts égales. “Cette sensation est fréquente et se manifeste plusieurs fois par jour”. Fania qualifie de “surprenante” la manière qu’a cette ville de toujours se réinventer face à l’adversité.

Parfois il n’y a plus de sucre, par exemple, et tout le monde se lamente. Mais dans la rue, tu te trouves subitement nez à nez avec des producteurs locaux qui ont organisé une foire agricole juste devant ta porte. Tu n’y trouves peut-être pas du sucre raffiné, mais de la “panelaou du “papelon(sucres bruns naturels vénézuéliens). L’organisation populaire est un chapitre à part dont on pourrait parler des heures durant”, selon elle.

Qu’as-tu trouvé au Venezuela que tu n’avais pas au Brésil ?”, lui ai-je demandé. “La vie politique. Tout dans ce pays relève du politique. Tout le monde parle de politique : le boulanger du coin, l’infirmière de l’Hôpital, ta voisine de palier…Ce n’est pas le cas au Brésil. De plus, ici on a l’impression permanente qu’à chaque instant il peut se passer quelque chose qui entrera dans l’Histoire. Cela nous déstabilise et nous émeut à la fois, et un jour tu prends soudain conscience que c’est justement cette instabilité qui est devenue ta zone de sécurité”. Elle se remet à sourire. Et moi aussi.

Sofia est venue d’Uruguay avec quelques préjugés à l’égard du Venezuela, qu’elle a vite abandonnés en expérimentant la vie quotidienne à Caracas.

Sofia est une Uruguayenne de 35 ans et dans un peu plus d’une semaine, cela fera un an qu’elle réside au Venezuela. Elle est professeure de danse et a déménagé à Caracas après que son compagnon a trouvé un emploi de journaliste à la chaîne internationale d’informations TeleSUR.  Ils ont fait leurs valises et se sont lancés dans l’aventure emmenant avec eux leurs deux petites filles âgées de deux et cinq ans, Jazmin et Marena. La plus petite ne parlait pas encore et la plus grande s’est rapidement mise à mélanger les accents des deux pays dans ses logorrhées. Sofia se défend énergiquement quand je lui demande quelle était son impression sur le Venezuela avant son arrivée dans le pays. 

Catastrophique. Je croyais qu’au Venezuela les gens mouraient de faim. Je me suis rendue compte par la suite que ce n’était pas le cas. C’est un pays à 100% vivable qui fait face à des difficultés particulières, certes, mais qui sont la conséquence de la guerre économique et du blocus imposés à son économie”. 

Sofia travaille pour le Ministère de la Femme, dans le cadre du Plan National pour une Naissance Humanisée. Discuter avec des femmes vénézuéliennes intéressées par ce sujet l’a aidée dans sa recherche et à se faire une idée plus précise sur le pays avant d’y venir.

Au cours des premiers mois de son séjour, la famille vivait à Dos Caminos, un quartier situé à l’est de la capitale, où vit une classe moyenne/haute. “Ce qui a attiré mon attention à mon arrivée, c’est la quantité de voitures d’importation que j’ai vues. Cela te paraîtra peut-être une chotada (une “idiotie” en uruguayen), mais ça m’a impressionnée. Et la quantité de femmes excentriques ayant fait de la chirurgie esthétique m’a également surprise”, raconte-t-elle. “Je m’attendais à voir des femmes très maigres, mal nourries, des personnes marquées par la faim… mais çe n’était pas le cas. J’en ai déduit que ce pays avait eu un grand pouvoir d’achat qu’il n’a peut-être plus aujourd’hui, mais je n’ai pas de pays où règne la faim ni la crise qu’on lui attribue. J’ai vu des gens qui cherchent de la nourriture dans les ordures, mais cela existe aussi en Uruguay, en Argentine ou en Bolivie”, ajoute-t-elle. 

Sofia est brune, sa chevelure est épaisse et bouclée, tout comme ses filles. Elle me parle du Venezuela tout en surveillant les jeux des petites. “Ce que j’ai surtout appris sur ce pays ?”, répond-elle à ma question. “La tolérance”, affirme-t-elle sans hésiter. “Et je sais pourquoi je le dis. Je me sens reconnue ici. La tolérance. La patience. Nous développons tous ces qualités après avoir vécu un certain temps ici. Le Venezuela n’est pas un pays facile à vivre au quotidien. Parfois les choses les plus simples ne fonctionnent pas : un distributeur, un point de vente (un lecteur de carte de crédit), l’internet, l’électricité, l’eau, les services dans leur ensemble. Mais après les premiers soupirs désespérés et les malédictions émises du fond des tripes, tu te rends compte que ce n’est finalement pas si important que ça, et que si ça ne fonctionne pas maintenant, ça marchera plus tard. Et si ce n’est pas possible là où tu te trouves, ça marchera ailleurs, mais ça s’arrange toujours”.

J’ai choisi personnellement de vivre ici, car j’ai appris à vivre de manière alternative. J’ai l’impression que le Venezuela lutte envers et contre tout pour le “bien vivre” et pour l’égalité et je me sens partie prenante de cette réalisation. Quand je ne me sentirai plus bien ici, je ferai mes valises et je partirai”, dit Sofia.

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German a 57 ans, il est venu au Venezuela pour fuir la dictature de Pinochet ; aujourd’hui, il ne quitterait pour rien au monde ce pays qui l’a accueilli.

German Villegas est un Chilien de 57 ans qui a passé presque quarante ans au Venezuela sans perdre son accent du sud de l’Amérique Latine. Il est venu à Caracas en 1980 avec sa famille. Son père a fui la dictature de Pinochet après avoir été emprisonné pendant six mois. 

A son arrivée, German a fait de tout : il a vendu des empanadas, du jus de canne au bord de l’autoroute, a tenu un petit café… Il a été commerçant, a étudié la communication sociale à l’Université Centrale du Venezuela et aujourd’hui, est fonctionnaire public. 

Il a décidé de rester définitivement au Venezuela : “j’ai construit ma vie d’adulte ici, j’y ai rencontré ma femme, je suis tombé amoureux”. 

Ils ont appris l’élection de Hugo Chavez alors qu’ils séjournaient en Californie. “Je ne savais pas grand-chose sur lui sauf que c’était un militaire, ce qui m’a rendu méfiant à son égard, comme tout Chilien l’aurait été. Par la suite, j’ai compris que la Révolution consistait à organiser le peuple sur la base d’un projet et que le chavisme signifiait participation. Je suis descendu dans la rue le 11 avril 2002 lors de la tentative de Coup d’Etat contre Chavez. Ce jour-là, je suis devenu chaviste”, se souvient-il.

German ne quittera plus jamais le Venezuela, malgré la crise. “Je pense que nous éprouvons tous un profond sentiment patriotique et que nous sommes un exemple pour d’autres peuples. J’ai juste prévu d’envoyer ma femme et ma fille au Chili en cas d’invasion militaire. Mais moi, je resterai pour lutter aux côtés de mon peuple, si un vieux comme moi peut encore servir à quelque chose”. Et son rire clair et serein éclate tel un sac de noix qui dégringole l’escalier.

Vivre au Venezuela revient à s’exposer aux critiques et à être constamment dans la ligne de mire du monde extérieur. Au jugement des autres et aussi au sien propre qui afflue sous la surface d’un quotidien plus ou moins bien établi. On dit souvent qu’une année passée au Venezuela vaut une année de la vie d’un chien, qui équivaut à sept années dans le reste du monde. Les heures contiennent plus de minutes, ou du moins elles le paraissent et c’est ce qui importe le plus finalement. Paraître ce que c’est réellement, ou paraître sans plus. Le Venezuela ressemble à plein de choses, mais seul celui qui traverse ses frontières peut écrire avec exactitude son histoire. Nous sommes quelques-uns à avoir décidé de rester encore un peu pour aider à en écrire les chapitres les plus longs.

Source : https://mundo.sputniknews.com/sociedad/201904201086816208-extranjeros-venezuela-espana-testimonios/

Traduction : Frédérique Buhl

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Au Brésil, la bataille présidentielle ignore le vrai Venezuela

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L’auteur : Igor Fuser est Docteur en Sciences Politiques de l’Université de São Paulo (USP) et enseigne les Relations Internationales à l’Université fédérale d’ABC (UFABC).

Le Venezuela s’est invité dans les élections brésiliennes non pas comme un vrai pays, mais comme l’épouvantail que chacun rhabille à sa convenance, au mépris total de la réalité – unique et complexe – de notre pays voisin.

Les candidats de droite ont bourré leurs prêches contre Fernando Haddad de récits macabres sur le gouvernement bolivarien du président Nicolás Maduro. Ils ont insinué qu’en cas de victoire du candidat luliste, le Brésil se retrouverait plongé dans une crise similaire à celle qui affecte le Venezuela. Ce même discours intègrera certainement l’arsenal de propagande de Jair Bolsonaro lors du choc décisif du second tour.

La faille la plus évidente de cette rhétorique est que ce même Parti des Travailleurs dont Haddad fait partie a gouverné le Brésil durant treize ans, en alliance avec d’autres partis (principalement de centre et de centre-droit) et rien, absolument rien, ne permet de rapprocher la situation brésilienne de 2003 à 2016, du scénario réel ou déformé que les médias dominants véhiculent au sujet de la Patrie de Bolivar.

Un des traits les plus saillants des efforts menés par le PT, pour le meilleur comme pour le pire, fut la recherche constante d’un équilibre entre les intérêts contradictoires qui traversent la société brésilienne, injuste et inégale. Lula et Dilma ont tenté d’appliquer des politiques du type « gagnant-gagnant », dans lesquelles l’amélioration des conditions des plus pauvres se produisait parallèlement à l’expansion des bénéfices des entreprises privées, chose qui, de fait, s’est produite dans presque toute la durée de ses mandats.

Il est ironique de constater que l’une des principales critiques que ces gestions de gauche essuient de la part des adversaires néolibéraux concerne les avantages, considérés comme indus, que l’État a accordé au secteur des grandes entreprises, tels que les lignes de crédit du BNDES et des exonérations fiscales.

Au Venezuela, la période ouverte par l’arrivée de Hugo Chavez à la présidence en 1999, s’est caractérisée par une confrontation sans conciliation possible entre les classes riches d’une part, et la majorité privée de droits, d’autre part. Ce conflit est dû, en partie, aux objectifs nettement socialistes que Chavez fixa à son mandat présidentiel et, surtout, au coeur du conflit politique vénézuélien: la redistribution des revenus pétroliers.

Le chavisme a réorienté les recettes provenant de l’exportation du pétrole vers un vaste ensemble de politiques sociales menées en faveur des couches les plus pauvres de la population, ce qui a soulevé l’ire des secteurs les plus riches. L’élite vénézuélienne a déclaré la guerre au bolivarianisme et a cherché depuis vingt ans à le chasser du pouvoir par tous les moyens: élections, coups d’Etat, sabotage économique pour créer une ¨crise humanitaire¨ qui lui permet à présent de faire le pari téméraire, vu l’échec de toutes les tentatives précédentes,  d’une intervention militaire étrangère.

Les seuls points de contact entre la trajectoire du conflit vénézuélien et l’impasse actuelle du Brésil tournent autour de l’hystérie des anti-gauche qui cherchent désespérément à créer une forme d’association entre Haddad et Maduro. En réalité c’est la campagne de l’extrême droite de Bolsonaro qui attise les flammes de la lutte des classes en attaquant des conquêtes sociales ancrées depuis longtemps dans la société brésilienne, comme le 13ème mois de salaire, le congé de maternité ou les congés payés.

Le discours bolsonariste considère les opposants politiques comme des ennemis à éliminer, et considère la sphère publique brésilienne comme un champ de bataille. La question sociale redevient un « affaire de police », comme dans la Vieille République, et on annonce que « les activismes » seront interdits, comme dans toute dictature.

Mais la perspective réelle, si Bolsonaro réalise son ambition de parvenir au pouvoir accompagné d’un vice-président à la rhétorique encore plus belliqueuse, est que le Brésil sombre dans une guerre politique à l’image du pays voisin. C’est-à-dire « devienne un Venezuela », au sens tordu qu’a pris cette expression.

Il est regrettable que dans cette discussion, les aspects positifs de la voie vénézuélienne soient systématiquement occultés, non seulement par des opposants politiques qui tentent de disqualifier la candidature de Haddad en utilisant toutes sortes de sophismes et de mensonges, mais aussi par certains de ses partisans qui se joignent à la campagne internationale visant à destituer le président Maduro en le qualifiant d’anti-démocratique.

La vérité est que, contrairement au non-gouvernement de Temer, Maduro a été élu et réélu au terme d’élections nettes et pluralistes. Au Venezuela, la population a accès à l’information par le biais de médias pluriels dans lesquels tant la droite que la gauche exploitent des réseaux de télévision et de radio.

Bolsonaro, s’il arrive à la présidence, agira pour éliminer les droits et les acquis sociaux, alors qu’au Venezuela, avec toutes les erreurs qui ont pu être commises, l’objectif a toujours été d’universaliser ces droits. Sur le plan international, les forces externes soutenant Bolsonaro – notamment les secteurs les plus réactionnaires de l’administration Trump et du Parti Républicain – sont les mêmes que ceux qui financent les secteurs putschistes de la droite vénézuélienne.

Haddad a abordé le thème vénézuélien avec beaucoup d’équilibre lorsque, lorsqu’il a été pressé, face aux caméras de Rede Globo, de s’exprimer sur la situation du pays voisin. Il l’a défini comme « un pays en conflit ». C’est-à-dire comme une nation plongée dans une guerre politique où les canaux conventionnels de dialogue entre forces opposées ont disparu et où les pouvoirs de la République (exécutif, législatif et judiciaire) entrent en lutte, ce qui fait que le critère habituel d’évaluation du fonctionnement des institutions est largement bouleversé.

Pour un pays frontalier comme le Brésil, la seule attitude positive possible est celle qui favorise le dialogue entre les parties au conflit, défend la souveraineté nationale du Venezuela face à la menace d’une action militaire états-unienne exprimée par le président Trump et ses conseillers et par-dessus tout, privilégie la solution pacifique des conflits – une position qui fait partie des principes de la diplomatie brésilienne de tout temps quel que soit le gouvernement installé à Brasilia.

Telle a été la position défendue par le candidat Haddad au premier tour, ainsi que par le candidat Ciro Gomes.

Ce qui compte vraiment dans la conduite du prochain gouvernement brésilien vis-à-vis du Venezuela, ce n’est pas l’opinion qu’on possède sur les problèmes internes du pays voisin – qu’il lui incombe de résoudre sans ingérence étrangère – mais la défense de la paix en Amérique du Sud et l’obligation de solidarité avec les personnes qui viennent chercher de l’aide à nos frontières.

Des deux candidats en lice pour le second tour, seul Haddad est à même de comprendre ce besoin dicté par l’intérêt national, par-dessus les partis politiques et les intérêts en lutte.

Réunion de travail sur le pouvoir citoyen en présence de conseils communaux, coopératives, mouvements sociaux, collectifs citoyens contre la spéculation immobilière, les 28 et 29 septembre 2018, Cité nouvelle de Caribia, Venezuela.

 

Source : https://www.cartacapital.com.br/politica/debate-brasileiro-ignora-a-verdadeira-venezuela

Traduction du portugais : Thierry Deronne

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Amérique Latine: on gagne plus qu’on ne perd

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Le 23 décembre 2017, dans un Brésil qui affronte la revanche néo-libérale effrénée du président de facto Michel Temer, le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre a inauguré un terrain de football au cœur de son université populaire, l’École Nationale Florestan Fernandes. Parmi les joueurs, des amis tels que l’ex-président Lula, le chanteur-compositeur Chico Buarque, compagnons de la lutte contre la dictature militaire issue du coup d’état de 1964, et les chanteurs Lirinha, Mano Brown et Otto.

Par Alfredo Serrano Mancilla @alfreserramanci

Ne serions-nous pas en train de surestimer la capacité de victoire électorale des projets politiques conservateurs ? Ou ne sous-estimons nous pas tous les acquis obtenus pendant ce changement d’époque progressiste ? Il ne suffit certainement pas de choisir entre deux hypothèses aussi opposées. Tout n’est pas noir ou blanc lorsqu’il s’agit de politique, mais tout n’est que nuances et subtilités.

Au cours des deux ou trois dernières années, parler de « fin de cycle », de « restauration libérale » en Amérique Latine était à la mode. Et ce n’est pas sans fondement. Il est vrai qu’il y a eu certains changements d’ordre politique très importants dans la région. Le cas du Brésil est bien sûr le plus emblématique, tant pour sa dimension que pour son rôle géopolitique. Celui de l’Argentine, après la victoire de Macri en octobre 2015, est également une source d’inquiétude parce que son arrivée au pouvoir marque un changement rapide de restauration des l politiques néolibérales. Dans le reste de la région, dans le camp progressiste, des échecs significatifs ont également eu lieu : les élections parlementaires de décembre 2015 au Venezuela et le référendum de Bolivie de février 2016. Certains retiendront également la perte pour la Révolution Citoyenne des plus grandes villes de l’Equateur lors des dernières municipales de 2014.

Ce sont des faux pas qui nous obligent à réfléchir et à faire une analyse critique de tout ce qui n’a pas été fait correctement, menant à un tel résultat. Mais cette remise en question, si caractéristique des intellectuels progressistes, nous fait perdre de vue que, malgré ces obstacles, on gagne plus que l’on ne perd.

Dans ce bilan, il faudrait considérer qu’après dix ans de corréisme en Equateur, la droite a perdu en avril 2017 et ce, bien que tout le monde se soit uni contre la candidature de Lenin-Glas. Et la victoire n’a pas été gagnée sans Correa, bien au contraire. Elle l’a été avec Correa en première ligne, qui parcourait le pays et faisait campagne.

Au Venezuela, en 2017, la Révolution Bolivarienne a remporté trois victoires : lors des élections à la Constituante (30 juillet), aux régionales (15 octobre) et aux municipales (10 décembre). La victoire est à nouveau dans le camp des chavistes qui démontrent ainsi bénéficier d’un vote solide (40-45%) qui représente un socle solide et loyal malgré les obstacles.

Au Nicaragua, le sandinisme a remporté une victoire écrasante tant aux présidentielles qu’aux municipales, qui oblige le président Trump à ressusciter l’arsenal reaganien dont le « Nica Act » pour contrer le développement de la nation centre-américaine.

Reste à voir ce qui va se passer au Brésil. Dans ce pays, Temer n’est pas arrivé au pouvoir porté par une victoire électorale de la droite. La dernière gagnante aux urnes a été Dilma; et tout semble indiquer que Lula a toutes les chances de remporter le prochain combat. Le Paraguay aura bientôt lui aussi rendez-vous avec les urnes (avril 2018) ; il est probable que la nouvelle alliance Libérale-Frente-Guasu (avec d’autres partis de gauche) gagne et empêche le Parti Colorado d’avoir un président.  Il est inutile de rappeler que ce pays a lui aussi connu un coup d’état pour empêcher l’arrivée de Lugo au pouvoir.

Si on fait le total de toutes les élections présidentielles, dans le bloc progressiste formé depuis le XXI siècle (Venezuela, Argentine, Nicaragua, Uruguay, Bolivie et Equateur) il y a eu 24 victoires et deux défaites, celle de Macri face à Scioli et celle de Piñera face à Guillier. Si on faisait ce calcul en tenant compte de toutes les élections, le résultat serait encore plus flagrant.

Tout cela ne signifie pas que tout est parfait ni que le bloc progressiste vit ses meilleures heures. Loin de là. Mais il ne faut pas non plus gonfler les avancées électorales du camp conservateur quand il a dû jouer sur le terrain progressiste. Le cas argentin est probablement le plus énigmatique de tous car la première victoire du macrisme s’est vue confirmée et renforcée lors des élections législatives partielles suivantes (octobre 2017). Désormais les choix de Cristina dépendront de sa capacité à relever le plafond, parce que jusqu’à présent cela n’a pas suffi pour gagner seule face au macrisme. Les divisions à l’intérieur du péronisme facilitent la progression du néolibéralisme argentine du XXIème siècle.

Lors des dernières élections au Honduras,  tous les organismes internationaux ont constaté trop d’irrégularités pour confirmer la victoire de Juan Orlando Hernandez.  L’heure est à la répression sanglante, et à la reconnaissance du dictateur par les Etats-Unis, mais aussi d’une volonté forte de résistance populaire.

Des élections sont prévues au Mexique en juillet 2018 et López Obrador est le principal favori à ce jour. En Colombie, tout peut arriver car Santos et Uribe sont en perte de vitesse et les gens sont fatigués de la vieille politique. Des candidates comme Piedad Córdoba reçoivent un accueil favorable auprès de  la population, même si les enquêtes tentent de le dissimuler. Au Pérou, des élections municipales auront lieu l’an prochain et Kuczynski est au plus bas dans les sondages alors qu’il est au pouvoir depuis peu; en revanche Verónika Mendoza a de plus en plus de chances de gagner.

Le panorama est incertain. La Bolivie et le Venezuela auront des élections présidentielles en 2019 et 2018 respectivement. Beaucoup de ce qui se dit sur la « fin de cycle « dépendra de ce qui va se passer à ce moment-là. A priori, Evo Morales et Nicolas Maduro devraient renouveler leurs mandats. En Equateur il est certain que le revirement de Lenín a entraîné un contretemps imprévu. Mais le retour de Correa est un fait, ce qui pourrait déboucher sur un panorama politico-électoral extrêmement complexe et encore difficile à prévoir.

En définitive, chiffres et analyses à l’appui, la restauration conservatrice est  loin de remporter les élections dans des pays qui sont passés par un cycle progressiste, exceptions faites de l’Argentine et du Chili. Qui plus est, elle se trouve en difficultés dans les pays où elle est au gouvernement. Et sans aucun doute, le Brésil sera le facteur déterminant. Si Lula remporte à nouveau la victoire, ce goal devra compter double. Et si de son côté le Mexique choisit Lopez Obrador, alors la victoire sera la plus large.

Source : http://www.celag.org/se-gana-mas-se-pierde/  

Traduction : Pascale Mantel

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Les 300 familles du campement des Travailleurs Sans Terre « Hugo Chavez » expulsées manu militari au Brésil

DRCIuHyX0AAFi11Aujourd’hui 14 décembre 2017, sous la pluie et dans le froid, le Commando des Missions Spéciales (CME) est arrivé au campement Hugo Chávez et en a expulsé les quelques 300 familles qui y vivaient avec leurs 150 enfants, dix jours avant Noël, en dépit de l’appel lancé par les organisations, mouvements et organisations sociales nationales et internationales, religieux, artistes pour demander l’arrêt de cette procédure.

C’est une expulsion de plus parmi les 20 prévues dans la région, toutes décidées par le juge Amarildo Mazzuti de la juridiction agraire de Marabá. Le Mouvement des Sans Terre du Para dénonce l’action de la police, coordonnée par le gouvernement de l’état, le harcèlement et la violence auxquelles les familles des travailleurs ruraux ont été soumises sur place. Les familles se retrouvent à la rue, n’ont nulle part où aller, et les enfants ne pourront pas terminer leur année scolaire. Le gouvernement de l’État, ainsi que d’autres organismes publics, ne se sont pas prononcés sur ces violations des droits humains et n’ont proposé aucune solution alternative au conflit. Les familles ont résisté jusqu’au dernier moment mais ne pouvant plus gérer la situation ont choisi de commencer le démantèlement des cabanes. En cette heure, les familles organisent un campement temporaire dans une région avoisinante.

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Ces derniers jours, les paysans avaient été attaqués par des hommes armés, ce qui avait suscité une grande mobilisation d’amis et d’organisations solidaires et rouvert le débat sur la propriété de la terre et la violence dans cette région du nord du Brésil.

Le Mouvement des Sans Terre remercie  les centaines de gestes de solidarité du Brésil et de l’étranger et réitère son engagement pour défendre les droits des familles des travailleurs ruraux sans terre dans la lutte pour la réforme agraire et la justice sociale. Celles-ci n’abandonneront pas la région.

Le latifundio veut la guerre, nous, nous voulons la terre!

Direction de l’État du Para du Mouvement des Sans Terre

Source : http://www.mst.org.br/2017/12/14/mst-repudia-acao-de-despejo-no-acampamento-hugo-chavez-no-para.html

Traduction : T.D.

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