De la Colonie à la Révolution bolivarienne : comment se sont formées les femmes vénézuéliennes

Assemblée préparatoire du Congrès des femmes vénézuéliennes (2015) Photo : Archives

Assemblée préparatoire du Congrès des femmes vénézuéliennes (2015) Photo : Archives

Les femmes vénézuéliennes sont devenues une figure marquante de la révolution bolivarienne. Chávez a su identifier le rôle que les femmes jouaient dans la structure socio-familiale des classes populaires vénézuéliennes et l’a toujours exprimé dans ses récits sur l’éducation donnée par sa grand-mère paternelle, Mama Rosa, et dans les autres sources féminines de sa formation.

Beaucoup d’entre nous nous sommes senties revendiquées dans les anecdotes présidentielles parce qu’en général, dans chaque foyer vénézuélien (non bourgeois) de la vie paysanne ou à la périphérie des villes, il y a une forte présence de la femme comme mère protectrice, qui dirige les activités économiques de la famille et étend les liens de protection aux noyaux familiaux dérivés du sien, et aux autres espaces de la communauté dans laquelle ils vivent, sans qu’existe nécessairement de lien familial.

En caractérisant le chavisme à partir de sa condition de classe, nous passerons en revue de manière générale l’évolution des femmes des secteurs populaires, en cherchant à décrire ce « ferment féminin » que Chávez, citant Karl Marx, demandait d’étudier afin de l’intégrer dans la construction de la Cinquième République : « Il n’y a pas de changements sociaux si nous n’atteignons pas le ferment, et comment atteint-on le ferment ? Une combinaison d’éléments pour que quelque chose fermente ; les mots sont précis, on ne peut pas dire qu’il y a participation des femmes simplement parce qu’il y a un groupe de ministres, ni en les plaçant sur un piédestal, non ! Ici, il faut créer le ferment, le ferment avec la passion, avec la connaissance, avec l’action, avec le mouvement« .

L’invasion européenne, la première agression

Dans son livre L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Engels fait référence au fait qu’avec les premières oppressions de classe, s’est produite également la première oppression masculine contre les femmes. Dans ces conditions d’inégalité entre les sexes, l’aspect de classe continue d’être un facteur déterminant.

Nous pouvons le constater dans les études qui revendiquent la participation des femmes aux processus historiques. Bien que « la » femme soit presque toujours abordée comme un sujet homogène, la recherche finit par la différencier en fonction des inégalités dont souffrent les femmes pauvres par rapport aux femmes riches.

Dans Histoire, Femme ; Femmes : Origine et Développement historique de l’exclusion sociale au Venezuela, l’anthropologue vénézuélienne Iraida Vargas Arenas a constitué un dossier historique très complet sur le travail des femmes dans l’histoire vénézuélienne. Cette documentation soutient une grande partie du voyage que nous allons faire.

Avant la domination espagnole, les femmes indigènes (selon les études anthropologiques des sociétés tribales) faisaient partie de groupes coopératifs où l’idée de « famille » s’étendait à toute la tribu. Elles étaient chargés des tâches liées à la reproduction et à l’éducation, travaillant en particulier dans l’agriculture et dans l’élaboration d’instruments pour la collecte et la cuisson des aliments. Selon le cas, dans certains peuples autochtones, elles pouvaient également travailler dans la chasse et la pêche.

Selon l’anthropologue Luis Bate, cité par Vargas, dans les sociétés primitives, il n’existait pas de discrimination sexuelle au sein du travail productif sur base d’une situation désavantageuse. La répartition de certaines tâches, comme celle de sage-femme, était due à des fonctions biologiques clairement différenciées entre hommes et femmes.

Les données sur les femmes indigènes et leur connaissance de l’agriculture seront précieuses pour les sociétés coloniales. Comme le dit Vargas, la stabilité des colonies espagnoles dépendait beaucoup plus de la connaissance que les sociétés tribales avaient du territoire vénézuélien que de ce que la « modernité » européenne de l’époque était capable de fournir pour s’installer.

L’irruption de l’empire catholique espagnol a disloqué les relations sociales des peuples originels, sans les modifier complètement, en imposant la famille nucléaire, en substituant aux logements communaux des maisons unifamiliales, et dans ce nouvel univers, en soumettant les femmes aux travail domestique dans les maisons des riches aristocrates, en les déracinant de la culture originelle pour leur faire reproduire celle des sociétés hispaniques, qui contenait en elle les valeurs du capitalisme naissant.

Comment sont apparues les femmes métisses, mulâtres et zamba

La colonisation espagnole n’a pas été un phénomène monolithique au Venezuela, ni un succès dans son travail d’endoctrinement ; au contraire, les peuples autochtones et afrodescendants soumis à l’exploitation et à l’esclavage du blanc européen ont généré des formes culturelles hétérogènes que l’envahisseur a classées selon un ordre stratifié pour tenter de contrôler cette anarchie.

Le résultat de siècles de relations coloniales est que les femmes vénézuéliennes se sont formées sous la domination formelle de l’Église et des modalités européennes. Mais, en réalité, elles construisaient leurs propres codes dans la sphère du public et du privé.

Les groupes qui suivaient le plus les normes du concept féminin européen étaient les aristocrates (les « mantuanas »), membres des familles ayant du pouvoir et de l’argent au Venezuela. On constate souvent leur invisibilité dans la vie publique de la colonie, par opposition aux hommes qui appartenaient à la même classe sociale.

Les épouses des blancs vénézuéliens et européens blancs étaient subordonnées à leurs décisions économiques et politiques, car elles étaient considérées comme incapables de travailler dans ces domaines. Certaines aristocrates faisaient exception à ce confinement domestique, quand elles prenaient par exemple en charge leur foyer en l’absence du mari ou d’autres tuteurs masculins, ce qui leur conférait une certaine influence sur l’économie du pays, en prenant des décisions concernant la production agricole des domaines, par exemple.

"Cuisine à l'extérieur" (1854), peinture de Camille Pissarro pendant son séjour au Venezuela

« Cuisine à l’extérieur » (1854), peinture de Camille Pissarro pendant son séjour au Venezuela

La femme africaine qui a été esclavisée au Venezuela est impossible à situer dans une forme culturelle unique, car l’esclavage a touché des coutumes et des traditions extrêmement diverses du continent d’origine. Elle n’existait pas pour les classes supérieures de l’époque ; les esclaves, hommes et femmes, étaient plus considérés comme du bétail que comme des personnes. Mais leur présence a vraiment marqué l’histoire de notre pays. L’influence importante de la culture africaine sur la structuration de la société vénézuélienne a beaucoup à voir avec le rôle des femmes cuisinières et des esclaves domestiques dans la maison du maître. Avec les femmes indigènes, elles ont nourri et élevé les enfants des élites et, par ce biais, transmis une partie de leurs traditions culturelles.

Leurs métiers ne se réduisaient pas au travail à domicile. Il est presque certain que les épisodes rapportés au Brésil par Luiz Roberto de Barros Mott sur l’exploitation des femmes noires se sont répétés au Venezuela : « Les petits propriétaires (…) utilisaient leurs esclaves pour toutes les tâches, même celles considérées comme les plus dangereuses et soi-disant masculines, comme le défrichage, avec l’usage de la machette et de la hache. Les esclaves étaient également utilisés pour la production de sucre, pour récolter le coton, pour préparer le manioc, pour nettoyer le champ de maïs, pour récolter les produits indigènes, pour traire, pour s’occuper du jardin et du poulailler » (cité par Iraida Vargas Arenas).

La littérature sur la vie quotidienne des femmes indigènes et africaines est rare, comme pour tout autre groupe n’ayant pas intégré les élites. Pour se faire une idée de l’influence que leurs coutumes ont acquise au sein de la société vénézuélienne, on peut passer en revue les traces laissées par l’esclavage dans les foyers des familles riches.

Dans les chroniques de Ker Porter, consul britannique au Venezuela entre 1825 et 1835, on trouve des détails sur les influences indigènes et africaines qui les différencient des aristocrates des communautés européennes : « La manière de porter les enfants (d’influence indigène-africaine évidente), la nudité des enfants jusqu’à l’âge de quatre ans (élément de la tradition indigène), la façon dont les femmes fumaient en privé (également d’origine indigène), la conception de l’utilisation de l’espace domestique, en particulier celles qui se réfèrent à la multifonctionnalité spatiale, qui s’exprime dans les caractéristiques du mobilier (hamacs pour dormir dans le salon et pour recevoir des visiteurs) et le partage de l’espace privé avec les animaux domestiques, le peu de soin apporté aux vêtements portés par les femmes chez elles, parfois presque nues, contrairement à celles qui sortent, etc… »

La chercheuse Doris Acevedo (Le travail et la santé au travail des femmes au Venezuela) affirme que dans les foyers de l’élite, les travailleuses domestiques « non seulement ont préservé les traditions gastronomiques populaires au sein des familles, mais en même temps, en tant que préceptrices des enfants d’aristocrates, elles leur ont inculqué l’idéologie qui imprégnait les deux classes sociales et les valeurs des traditions culturelles« .

"Plaza Mayor" (1854). Photo : Peinture de Camille Pissarro

« Plaza Mayor » (1854). Photo : Peinture de Camille Pissarro

Les coutumes des collectifs subordonnés au Venezuela ont infiltré de manière irrépressible les impositions culturelles de la colonie, tout comme les castes se sont mélangées jusqu’à devenir de plus en plus difficiles à stratifier.

C’est ainsi que se sont formées les femmes de notre peuple, qui n’ont pas suivi l’ordre établi pour les rôles de genre dans la société vénézuélienne, peut-être parce qu’elles n’étaient pas considérées comme en faisant partie non plus.

La femme pauvre s’occupait des tâches domestiques, mais participait également à la vie publique en exerçant le rôle de lavandière, de bûcheronne, de repasseuse, de tisserande, de nourrice, de cuisinière, de vannière, de sage-femme, de bonne, de vendeuse, de journalière ou de couturière ; tandis que la femme de la classe supérieure exerçait une influence moindre, concentrée dans la vie privée.

À cet égard, Acevedo cite une information provenant des archives historiques de la mairie de Caracas, qui sert de référence pour se faire une idée de la proportion de femmes dans la population active à partir de ce moment :

« Dans le registre de population réalisé dans la ville de Cagua en 1810, sur 4.184 âmes recensées, 2.342 étaient des femmes, et parmi celles-ci, 882 participaient à l’appareil productif, divisées entre 468 travailleuses de condition libre et 414 esclavisées noires. »

La longue période du Venezuela colonial a donc été marquée par les contributions des femmes pauvres depuis le travail domestique et d’éducation, fait qu’on a longtemps tardé à reconnaître. D’une part, elles ont socialisé les traditions et les coutumes indigènes et africaines, et celles qui découlent du mélange avec les européennes; enfin, dans les périmètres économiques du pays, elles ont pris part à la distribution et à la circulation des biens produits.

Du XIXème siècle à nos jours

Nous savons, grâce à des histoires individuelles, que les femmes ont joué un rôle actif dans le projet d’émancipation de Simon Bolivar. Ces témoignages nous permettent de connaître, avec moins de flou, leur participation à la politique.

Les femmes patriotes, en plus de participer aux batailles et d’aider les malades, mènent des activités d’espionnage, prêtent leurs maisons pour des réunions clandestines où l’on discute d’idées anti-monarchiques, et diffusent une propagande en faveur de la République.

Les conditions de la République conçue par le Libérateur Bolivar étaient favorables à leur rôle direct dans la politique : « On peut dire que Bolívar était en avance sur son temps dans la conception du rôle que les femmes devaient jouer dans la nouvelle société, et il se distinguait par une attitude bien au-dessus des préjugés de l’époque. En plus d’exalter sa féminité sans complexe, il souligne son courage et félicite son courage au combat. Alors que d’autres, comme Santander et Pablo Morillo, ont interdit la participation des femmes à la guerre, sous peine d’être fouettées« , écrit la chercheuse Gladys Higuera dans « Le rôle des femmes dans l’Indépendance. »

Après les guerres d’indépendance et les affrontements civils qui ont suivi dans la tumultueuse période républicaine, les tâches de survie sont devenues extrêmes. Connaissant le rôle des femmes dans ce domaine, il est évident que la dynamique de leur vie quotidienne a subi des changements fondamentaux.

« Jusqu’aux années 1820 et plus tard, durant les luttes entre conservateurs et libéraux pour le contrôle du pouvoir (…) on peut dire que l’économie reposait sur les épaules et les mains des femmes, qui devaient assumer, dans une large mesure, la gestion des troupeaux et des domaines pour la production agricole, payer les contributions aux patriotes pour la guerre d’indépendance, confectionner leurs uniformes, s’occuper des activités commerciales et même faire la guerre » explique Acevedo.

En ces temps de guerre, les femmes sans ressources apporteront leur propre force de travail, en travaillant dans les activités agricoles sur les domaines des aristocrates ou en quittant leur foyer pour accompagner les soldats au combat. Higuera raconte que « les femmes urbaines, de la classe moyenne et les métisses du peuple, épouses, amantes, amies et compagnes des soldats, ont partagé leurs triomphes et leurs échecs. Sans doute leur présence a-t-elle remonté le moral des troupes de l’indépendance et découragé la désertion« .

"Trois Amazones vénézuéliennes" (1892). Photo de l'états-unien Willian Nephew King, tirée d'un reportage sur la Révolution légaliste commandée par Cipriano Castro.

« Trois Amazones vénézuéliennes » (1892). Photo de l’états-unien Willian Nephew King, tirée d’un reportage sur la Révolution légaliste commandée par Cipriano Castro.

Au XXe siècle, le Venezuela entame le processus d’incorporation au capitalisme industriel en tant que pays monoproducteur de pétrole. Une représentation féminine réduite est autorisée à participer aux secteurs de service, d’administration et, dans une moindre mesure, au travail dans les usines de ce nouveau système d’exploitation. Parallèlement se déclenche une vague de revendications de droit du travail, juridiques et politiques pour le sexe féminin dans le cadre de la société de consommation, imitant celles qui ont eu lieu dans les sociétés occidentales du « premier monde ». L’apogée de cette évolution a été l’acceptation des femmes en tant que citoyennes en leur accordant le droit de vote, en 1947.

Ces éléments ont surtout une incidence dans les couches de la classe supérieure déjà constituées et la classe moyenne émergente, explique Doris Acevedo, alors que « dans les secteurs pauvres, les femmes ont toujours dû travailler dur, en rejoignant l’activité agricole, le petit commerce et le service domestique, en même temps qu’elles s’occupaient du foyer« . Les femmes issues de la classe ouvrière vont poursuivre leur travail précaire dans les campagnes, où elles gardent encore une certaine indépendance grâce aux pratiques du conuco (parcelle productive), et vont progressivement grossir les rangs du secteur informel dans les villes.

Situation courante dans les familles ouvrières vénézuéliennes : les femmes « restent à la maison » pour élever les enfants et s’occuper du ménage, et doivent inévitablement s’engager dans d’autres activités pour soutenir les membres de la famille.

Il est impossible de savoir exactement quelle proportion de ce travail de subsistance (qui n’a pas toujours eu une valeur marchande : le travail rural en est le meilleur exemple, pour la consommation propre et à des fins semi-commerciales) était effectuée par les femmes par rapport au travail formel, car les registres d’emploi ne prenaient pas en compte ce type d’activités instables.

Ce n’est qu’avec la victoire électorale du chavisme qu’une véritable transformation des conditions sociales des femmes pauvres du Venezuela deviendra possible, à commencer par le fait que la Constitution Bolivarienne fut l’une des premières de la région à reconnaître comme travail productif celui des femmes au foyer (article 88).

Le chavisme a généré une série d’institutions juridiques, économiques et sociales pour promouvoir la force de ce collectif féminin et l’intégrer dans la participation politique du processus bolivarien.

Cet objectif est palpable lorsqu’on examine les politiques sociales de l’État : plus de 70 % des missions sociales qui protègent les grandes majorités vénézuéliennes sont axées sur les femmes. Cette proportion se retrouve dans la formation des organisations politiques dans les communautés : sur dix personnes qui dirigent les conseils communautaires, sept sont des femmes.

Actuellement, avec l’augmentation des agressions externes contre le Venezuela, les femmes chavistes ont assumé la direction d’organisations de résistance à la guerre. Les Comités Locaux d’Approvisionnement, les Foyers de la Patrie, le programme d’Accouchement Humanisé et d’Allaitement Maternel sont des programmes que le gouvernement de Nicolás Maduro a ajoutés à l’univers des activités communautaires dirigées par les femmes.

Femme vénézuélienne, famille et communauté

Dans cette succession d’anciennes et de nouvelles institutions vénézuéliennes, le lien entre la femme et la maternité va acquérir une place centrale dans l’organisation familiale du pays, reléguant la figure des familles nucléaires avec père, mère et enfants.

Les sociologues vénézuéliens qualifient ce phénomène de « matricentrisme« . Ce paradigme a des racines historiques et culturelles typiques des pays des Caraïbes, produit de l’héritage africain et indigène. La famille matricentrée s’est répandue, de manière générale, dans les couches populaires. Pourquoi la figure paternelle a-t-elle moins de force ? Plusieurs éléments historiques peuvent aider à répondre.

Tout d’abord, les communautés autochtones n’étaient pas régies par la structure matrimoniale ; celle-ci s’est imposée avec la culture occidentale. Et bien qu’on suppose que l’Église a forcé ce comportement chez les Espagnols, et qu’il a donc dû y avoir un transfert de celui-ci dans la colonie, la réalité de cette époque semble avoir été différente : selon le sociologue Alejandro Moreno, dans la société espagnole, « le bâtard constituait une forme de comportement sexuel-familial qui était attribué avant tout à la noblesse (…) bien qu’il fût plus de la noblesse que du peuple, cela signifiait que parmi le peuple il devait y avoir un nombre relativement important de noyaux matricentrés qui étaient le produit de ce même bâtard (…) Combien de conquérants provenaient de noyaux matricentrés ? »

En plus de ces racines culturelles, la nécessité pour les hommes de quitter leur foyer pour s’engager dans les guerres d’indépendance et les guerres civiles a peut-être contribué à renforcer le phénomène.

En bref, les circonstances historiques d’oppression ont obligé les femmes des secteurs populaires à assumer la pleine responsabilité d’élever les enfants, en compensant la figure paternelle, et dans de nombreux cas également les responsabilités économiques, en exerçant des tâches au service d’autrui.

Ce « matricentrisme » a traversé les siècles des tragédies coloniales, puis s’est développé de manière désordonnée au cours des années suivantes, jusqu’à devenir une structure stable dans la société vénézuélienne.

Un modèle qui peut être considéré comme dysfonctionnel s’il est relié au modèle occidental et qui possède ses faiblesses et ses limites. Mais le chavisme, au lieu de le rejeter, a su le prendre en compte comme un véhicule pour introduire les changements politiques de la Révolution bolivarienne. Parce que les femmes et la richesse de leur expérience de la maternité et de la communauté ne doivent pas nécessairement être négatives. Revenons à l’exemple de Mama Rosa, la première éducatrice de Chavez, et aux leçons qu’elle lui a inculquées sur la vie en commun. Le petit-fils transformera ces leçons en catégories politiques et les appliquera dans son programme de gouvernement.

Le « matricentrisme » a permis la transmission de très précieuses données culturelles de notre pays à travers des générations de femmes : dans l’éducation, la production et la distribution des aliments, l’administration des ressources, la fabrication d’artisanat fonctionnel, les soins aux malades, entre autres. Il est facile de comprendre tout l’aspect positif que l’identité féminine, forgée dans l’histoire convulsive de notre pays, a apporté à la nature du vénézuélien : la vie en commun et la coopération sont des valeurs profondes de notre peuple, bien qu’elles coexistent avec les perversions d’un pays minier.

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Rebeca Monsalve, pour Misión Verdad

Source : https://medium.com/@misionverdad2012/de-la-colonia-a-la-revoluci%C3%B3n-bolivariana-c%C3%B3mo-se-form%C3%B3-la-mujer-venezolana-db75bea74771

Traduction : Thierry Deronne

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Haïti, le Venezuela et PetroCaribe au cœur de la bataille géopolitique : chronique des opportunités ratées

Par Jean Jores Pierre*

images (4)Les accords d’intégration déterminent l’influence géopolitique d’un pays. La coopération internationale s’avère un élément indispensable au développement socioéconomique et au bien-être des populations.

Le 15 mai 2006, l’État haïtien a signé l’un des plus importants accords durant toute son histoire : l’Accord énergétique PetroCaribe. Actuellement, les conjonctures nationales et régionales ont sérieusement bouleversé cet accord. Haïti fait face à une sévère crise politique et économique structurelle. La République bolivarienne du Venezuela, pays pivot du programme PetroCaribe, traverse des turbulences politiques internes et subit des sanctions économiques et financières unilatérales des États-Unis d’Amérique.

L’Accord énergétique PetroCaribe est au cœur de cette bataille, livrée par l’administration politique à Washington contre celle établie à Caracas. Cette bataille est géopolitique, mais aussi économique. Car, l’Oncle Sam a perdu, il y a environ 20 ans, son contrôle absolu sur le pétrole et autres ressources naturelles du Venezuela.

Dans ce texte intitulé « PetroCaribe au cœur de la bataille géopolitique régionale : chronique des opportunités ratées par Haïti », je propose une autre lecture de l’Accord PetroCaribe. Cette présente réflexion est élaborée dans le but d’informer les potentielles lectrices et les potentiels lecteurs sur les non-dits de l’Accord de coopération solidaire PetroCaribe, et de stopper les stratagèmes manipulateurs de tout acabit, qui répondent aux stratégies de domination impérialiste.

Par ce texte, je compte apporter quelques éléments, qui ne sont pas nécessairement connus de toutes et de tous.

Depuis 1999, la société vénézuélienne a pris une autre direction. Des changements profonds ont été réalisés dans la vie politique, sociale, économique, culturelle du géant sud-américain. Ils ont les mêmes origines : la Révolution bolivarienne. L’Accord énergétique PetroCaribe entre dans cette même lignée de changements de direction de la société vénézuélienne, un phénomène sociopolitique ignoré délibérément, ou difficile à imaginer ou à cerner par de nombreux leaders d’opinion.

Le prestige du Venezuela manifesté dans l’accord énergétique PetroCaribe

PetroCaribe est un Accord énergétique, signé par 18 pays [1], dont Haïti.

PetroCaribe constitue un élément important de la politique étrangère de la République bolivarienne du Venezuela. Cet Accord est le symbole du déploiement géopolitique du Venezuela dans la région, ayant pour centre d’intérêt les retrouvailles avec une histoire et un destin commun, et l’essor social des peuples dans les Caraïbes. L’objectif principal de PetroCaribe est de contribuer à la Sécurité énergétique, au Développement socioéconomique et à l’Intégration des pays des Caraïbes, au moyen de l’utilisation souveraine des ressources énergétiques, en se basant sur les principes d’intégration de l’ « Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique » (Alba), à savoir l’union, la solidarité, la coopération, la complémentarité et l’intégration, avec une vision du Sud.

L’Alba s’inscrit dans une autre perspective d’intégration, visant la construction du socialisme et la résolution des problèmes sociaux, qui affectent les peuples, à la différence des accords d’intégration dirigée par les pays impérialistes, qui visent l’intégration des marchés au profit des transnationales et des grandes puissances. De ce fait, le Venezuela met ses ressources à disposition, au profit des pays de la région, et opte pour un processus de développement harmonieux avec les nations caribéennes, défiant ainsi les termes d’échanges inégaux et la logique compétitive, qui favorisent la domination, l’exploitation et le sous-développement des pays du Sud global.

PetroCaribe représente un tournant historique important dans l’histoire contemporaine de la coopération internationale.

Les pays « développés » ont l’habitude de créer des Organisations non gouvernementales (Ong) ou organismes de développement, pour gérer les fonds destinés aux pays « en voie de développement ». A titre d’exemple, les États-Unis d’Amérique ont créé l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), qui intervient en Haïti. Les dizaines d’années de l’Usaid en Haïti impliquent des milliards de dollars américains, dépensés et soldés sur des résultats négatifs, souvent avec l’aggravation des problèmes que l’on prétend résoudre. Il semblerait que la sous-traitance des interventions étasuniennes en Haïti, par les Ong, n’engage pas l’administration politique à Washington. Cependant, PetroCaribe qui contribue au renforcement de la capacité de l’État, est traqué tribord et bâbord. En bref, les mécanismes et modes de gestion de l’Usaid n’intéressent pas trop le gouvernement des États-Unis. Les échecs à répétition de l’Usaid en Haïti devraient attirer davantage l’attention des dirigeants étasuniens.

Un fait est certain, il faut abattre, par tous les moyens, l’insolence vénézuélienne du président Hugo Chavez, qui a créé l’Accord de coopération solidaire PetroCaribe. Cette insolence vénézuélienne, qui avait isolé, d’une certaine manière, les États-Unis d’Amérique sur la scène régionale.

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Pendant plus de 10 ans, l’Oncle Sam avait de sérieuses difficultés pour imposer ses ordres, même à l’Organisation des États américains (OEA), qui est un organisme régional réputé être le cheval de Troie de l’impérialisme étasunien dans le continent américain. Qui pis est, le président Chavez avait impulsé la création de plusieurs autres organismes régionaux, sans la participation des États-Unis, comme l’Union des nations sud-américaines (Unasur), la Communauté d’États latino-américains et des Caraïbes (Celac) et l’ « Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA).

Actuellement, le Venezuela est attaqué et traqué par de puissants groupes, qui projettent une image déformée de la réalité sociopolitique du pays. Cette bataille a un allié puissant : la Presse dominante. Durant la deuxième décennie du XXIe siècle, le président Nicolas Maduro est le personnage du continent américain le plus agressé. Des qualificatifs, tels que dictateur, autoritaire, etc., ont été collés, à tort, à son image.

Le modèle de démocratie participative ou démocratie directe du Venezuela n’est pas pris en compte par les détracteurs de la Révolution bolivarienne. L’esprit et la lettre de l’Accord PetroCaribe entrent dans la même lignée du modèle de démocratie de la Révolution bolivarienne : permettre aux peuples de décider de leur destin, sans imposition aucune. Donc, discréditer l’Accord PetroCaribe apporte un grand coup de pouce à cette bataille rangée contre le peuple vénézuélien, qui a choisi de se libérer de la domination de l’impérialisme étasunien et de ses ambassades promotrices de coups d’État.

Au niveau national, le gouvernement haïtien, présidé par Jovenel Moïse, a décidé de se rallier à la politique des États-Unis contre le Venezuela, dans la bataille contre l’esprit et la lettre du programme PetroCaribe. L’actuel régime politique livre cette bataille contre le Venezuela, en faisant fi des problèmes socioéconomiques du pays. La population haïtienne fait face : à la dépréciation record de la gourde face au dollar étasunien (Ndlr : US $ 1.00 = 117.00 gourdes ; 1 euro = 136.00 gourdes ; 1 peso dominicain = 2.10 gourdes aujourd’hui), au refus des autorités haïtiennes d’ajuster (à la baisse) les prix des combustibles, au manque d’accès à l’eau portable, au manque d’investissements et à la mauvaise gestion de la branche de l’électricité, etc. L’Accord PetroCaribe et l’argent frais qui en découle ne sont plus disponibles pour contenir cette dégringolade de l’économie haïtienne. Tout porte à croire que l’impasse diplomatique, alimentée unilatéralement [2] par le gouvernement haïtien contre le gouvernement bolivarien, va perdurer jusqu’à la fin du mandat présidentiel de Jovenel Moïse.

Heureusement, le peuple haïtien n’est pas prêt à renoncer à ces belles pages d’histoire noble entre Haïti et Venezuela. Les récentes manifestations, pour exiger que lumière soit faite autour des fonds PetroCaribe, en dit long. Les millions de manifestantes et de manifestants, qui sont descendus dans les rues du pays, ont gardé leur lucidité. Ils ont accusé directement les fonctionnaires haïtiens, qui ont dilapidé les milliards de dollars américains du fonds PetroCaribe, qui auraient dû être investis dans des programmes socio-productifs, en vue d’améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.

Pour éviter tout amalgame inutile et manipulateur

L’Accord énergétique PetroCaribe est le résultat du génie de Fidel Castro et de Hugo Chavez, deux grands hommes d’État, qui ont marqué l’histoire de l’humanité par leurs contributions, en termes de nouvelle méthode et méthodologie de coopération internationale, entre autres. Cet Accord est né à partir de la mise en place de l’Alba, qui réunit 11 pays [3] et gouvernements au sein de l’ « Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique » –Traité commercial des peuples (Alba-Tcp), et aussi des centaines d’organisations sociales et mouvements sociaux qui forment Alba-Mouvements Sociaux (mouvements sociaux vers l’Alba). La solidarité prolétarienne, la complémentarité économique, l’intégration, la coopération et l’union des peuples contre la domination impérialiste font partie intégrante de l’accouchement de cet accord énergétique.

En ce qui concerne Haïti, ce sont des organisations du mouvement social haïtien, telles que la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda), le Mouvement des paysans de Papaye (Mpp) et l’organisation Tèt kole ti peyizan ayisyen, qui ont mené les premières discussions autour de la nécessité d’inclure Haïti dans cet Accord énergétique. Le président Hugo Chavez n’avait pas voulu inclure Haïti, après le coup d’Etat des Etats-Unis et la complicité de la France pour chasser le président Jean-Bertrand Aristide, en février 2004, parallèlement à une insurrection armée. Cependant, cet accord fut signé entre Haïti et le Venezuela, en mai 2006, sous la présidence de René Garcia Préval. L’accord est entré en vigueur en 2009. Haïti a utilisé le fonds PetroCaribe pour financer différents projets de développement, entre 2009 et 2018.

L’Accord PetroCaribe ne représente pas un prétexte, pour l’administration politique à Caracas, de faire de l’ingérence dans la politique interne des pays. Les conditionnalités de cet accord énergétique sont liées aux politiques de bonne gouvernance, de transparence et de démocratie.

Haïti a justifié ces paramètres, en adoptant des documents de programmes, de plans d’action et de projets élaborés par son gouvernement ; en signant des décrets en conseils des ministres pour donner un caractère légal aux décaissements des fonds ; en réalisant des séances de Gouvènman lakay ou (en Français, le gouvernement est chez toi), pour justifier la participation des communautés dans les projets ; en publiant des rapports et des articles dans la presse, qui diffusaient les poses de premières pierres ayant coûté des millions de dollars américains au peuple haïtien. Ce qui, en réalité, n’était que de la poudre aux yeux.

Un fait est certain, le Venezuela n’a jamais dicté, ni imposé des projets et les mécanismes de gestion locale aux gouvernements successifs d’Haïti. Jusqu’à preuve du contraire, la dilapidation des fonds PetroCaribe est la seule et entière responsabilité des fonctionnaires d’Haïti.

D’autre part, il est indispensable de faire la différence entre l’Accord énergétique PetroCaribe et le Fonds PetroCaribe ou Fonds Alba-Caribe. Le Venezuela est directement lié à l’Accord PetroCaribe. C’est un élément important de sa politique de coopération internationale. Par contre, le Fonds PetroCaribe est un financement, dont a bénéficié Haïti dans le cadre de l’Accord PetroCaribe. C’est-à-dire, la création du Fonds Alba-Caraïbes (Alba-Caribe) est une clause de cet accord plus global, connu sous le nom de PetroCaribe. Selon le document fondateur de l’accord, le Fonds Alba-Caraïbes a été créé, afin de financer les projets sociaux et socio-productifs. Les Fonds PetroCaribe sont des prêts, concédés à des conditions totalement différentes et impossibles à trouver sur le marché classique international.

La gestion des fonds PetroCaribe est du domaine des institutions haïtiennes. Les gouvernements haïtiens ont eu l’autonomie totale de décisions sur l’utilisation du Fonds Alba-Caribes. Les fonctionnaires et autorités d’Haïti ont choisi de dilapider le Fonds PetroCaribe, au lieu de l’investir dans l’amélioration des conditions de vie de la population du pays. Mais, l’Accord énergétique PetroCaribe, signé par 18 pays, reste et demeure une expérience réussie. Par exemple, durant la crise financière 2007-2008, le marché financier a connu des perturbations, qui ont limité la possibilité de contracter des prêts. Les pays des Caraïbes font partie des régions, qui ont le mieux résisté à cette crise globale. Grâce au programme PetroCaribe, plusieurs pays de la région ont renforcé leur économie. La République Dominicaine est un exemple significatif. La corruption de quelques autorités et cadres haïtiens ne peut pas salir l’image de ce programme de coopération régionale historique, impulsé par le commandant Hugo Chavez.

Les opportunités ratées par Haïti

Les présidents et gouvernements, qui ont signé l’Accord en 2005, ont déclaré que le programme PetroCaribe devait contribuer à la transformation des sociétés latino-américaines et caribéennes afin d’être plus justes, cultivées, participatives et solidaires. Pour cela, le programme PetroCaribe a été conçu en tant que processus intégral, qui fait la promotion de l’élimination des inégalités sociales, améliore la qualité de vie et favorise la participation des peuples, afin de prendre en main leur propre destin.

Les pays membres de l’Accord se sont entendus pour concrétiser les objectifs spécifiques suivants : stimuler la production locale, par le biais de l’échange des biens et services contre des hydrocarbures ; réaliser des économies et se tourner vers les énergies renouvelables ; augmenter les capacités de production électrique, de raffinage, de pétrochimie, de stockage et de distribution des hydrocarbures ; renforcer la sécurité et la souveraineté des nations de la région et lancer de grands projets sociaux et productifs ; réaliser des échanges de savoirs, des transferts de technologies, en créant des entreprises mixtes binationales ou transnationales ; permettre l’approvisionnement énergétique, grâce à des accords financiers pour augmenter la disponibilité des ressources au profit du développement des pays membres. Les remboursements pouvaient se réaliser en nature, comme l’ont fait la Bolivie et le Nicaragua. Cette possibilité avait été offerte au gouvernement haïtien, qui n’en a pas profité pour dynamiser la production agricole nationale.

Le fonds PetroCaribe constituait une opportunité pour investir dans la production nationale et, par conséquent, renforcer la souveraineté monétaire d’Haïti. Plus de 60% des produits alimentaires, consommés par la population, sont importés de la République Dominicaine et des États-Unis d’Amérique. Cette situation creuse davantage le déficit de la balance commerciale d’Haïti et accélère la dépréciation de la gourde face au dollar américain. Les 76,8 millions de dollars américains de fonds PetroCaribe, alloués au secteur agricole, n’ont pas servi à améliorer les gains de productivité des paysannes et paysans haïtiens. Ces montants ont disparu comme un éclair, de la même manière que les autres fonds alloués à près de 300 projets financés par le fonds Alba-Caribe.

Les décideurs publics d’Haïti ont choisi de ne pas investir dans la production nationale, comme le souhaitait l’Accord PetroCaribe. Le pays a assisté à des épisodes de contrats de plusieurs millions de dollars américains, passés de gré à gré avec des entreprises dominicaines. Les entreprises haïtiennes n’étaient pas priorisées. Les infrastructures et autres projets financés par le fonds PetroCaribe sont, en grande majorité, inachevés, alors que les décaissements ont été versés intégralement …, alors que la majeure partie des fonds a été déjà déboursée par l’État haïtien.

La dette publique d’Haïti, en 2019, [4] s’élevait à 3,689 milliards de dollars américains, dont 2,147 milliards de dette extérieure. Les deux plus grands créanciers du pays sont le Venezuela et la Banque de la république d’Haïti (Brh), avec des dettes de l’ordre de 1,8 milliard et de 960 millions de dollars américains, respectivement. Les fonds PetroCaribe et le financement de la Brh n’ont pas entraîné une amélioration des conditions de vie de la population haïtienne.

Présentement, la population fait face à une dépréciation accélérée de la gourde. Avec environ 120.00 gourdes pour 1 dollar américain, la monnaie nationale subit les conséquences de l’inconséquence des dirigeants. La politique monétaire de la Banque centrale (Brh) consiste à injecter des millions de dollars américains dans l’économie, à partir du système financier, sans pour autant créer des mécanismes de financement direct de l’économie réelle. Ces fonds, injectés dans le système financier, sont broyés, en quelques semaines, par les banques privées et les détenteurs de capitaux du pays.

Entre 2008 et 2017, cet Accord a octroyé à l’État haïtien un financement annuel d’environ 300 millions de dollars américains. L’État haïtien n’avait jamais reçu autant de liquidités. Les montants ridicules de l’aide internationale classique du Fonds monétaire international (Fmi), de la Banque mondiale (Bm) et d’autres organismes internationaux sont insignifiants, par rapport au coussin de liquidités généré par le fonds PetroCaribe.

Durant ces 10 ans, le pays a bénéficié de plus de 4,2 milliards de dollars américains de produits énergétiques. Cela a permis à l’État haïtien de maintenir un prix relativement stable des combustibles sur le marché local.

Selon Michel Patrick Boisvert, le titulaire de facto du Ministère de l’économie et des finances (Mef), l’État n’a pas perçu de taxes pour un montant équivalent à 1,7 milliard de dollars durant cette période. Ces taxes non perçues, considérées comme subventions par les autorités haïtiennes, constitueraient une importante politique de redistribution en faveur des personnes les plus démunies, car le pétrole, en tant que produit stratégique, est transversal dans toutes les activités de l’économie du pays. Augmenter le prix du pétrole implique nécessairement une hausse des prix des produits de première nécessité. Ce qui, en retour, aggraverait la qualité et les conditions de vie déjà vulnérables de la population haïtienne.

Cependant, les autorités gouvernementales ont mal négocié les subventions. Le comble de tout ça, les grands commerçants du secteur privé exigent à l’État haïtien des déboursements colossaux, à côté des marges bénéficiaires faites sur la vente des produits pétroliers. Ce mariage entre l’État haïtien et le secteur privé des affaires ne date pas d’aujourd’hui. Le programme PetroCaribe favorise seulement la stabilisation des prix des combustibles. Ainsi, la population a-t-elle aussi bénéficié de petits soulagements, parce qu’elle allait payer davantage pour acquérir les produits pétroliers.

Dans ce même ordre d’idées, il faut souligner que la consommation quotidienne de produits pétroliers en Haïti est de moins de 20 mille barils, tandis que le Venezuela produisait 1,5 million de barils par jour en 2018. Haïti ne peut constituer, en aucun cas, un marché captif pour le Venezuela. En plus, le marché pétrolier mondial n’offre pas ces conditions avantageuses au pays. Pendant des mois, le gouvernement haïtien a décidé de ne pas transférer, à l’administration politique à Caracas, les fonds qui devraient être versés à chaque livraison de cargaison de combustibles.

L’Accord PetroCaribe priorise l’utilisation des énergies renouvelables, telles que l’énergie solaire et l’énergie éolienne amplement disponibles dans le pays. L’Accord vise aussi à atteindre l’efficience énergétique. Ces lignes d’action stipulent que l’Accord doit octroyer des crédits pour investir dans des projets d’énergies renouvelables et de transferts de technologies, afin de diminuer la consommation du pétrole. Le fonds PetroCaribe a financé la construction de 3 centrales électriques utilisant le mazout, un produit pétrolier. Les autorités haïtiennes ont donc choisi de ne pas investir dans la production électrique à base d’énergie renouvelable. Ces centrales électriques sont installées dans les communes de Carrefour (municipalité au sud de la capitale, Port-au-Prince), Gonaïves (département de l’Artibonite) et Cap-Haïtien (Nord).

La construction de trois (3) centrales électriques a été réalisée par une firme tripartite : Venezuela, Haïti et Cuba. La capacité de production de ces centrales électriques est de 61.2 mégawatts [5] Mais, cette augmentation de la capacité de production énergétique est largement insuffisante par rapport aux besoins du pays. L’appel d’offres de la production et la maintenance furent gagnés par une entreprise sud-coréenne. La distribution de la production a été organisée par l’Électricité d’Haïti (Ed’H) et des entreprises privées haïtiennes, qui travaillent dans la branche de l’électricité.

Le mazout a été fourni par le Venezuela à des prix préférentiels. L’entreprise sud-coréenne a dû laisser le pays, parce que la partie haïtienne n’avait pas respecté les conditions du contrat. Actuellement, le gouvernement haïtien, présidé par Jovenel Moïse, a récupéré la majeure partie des installations électriques du pays. Par contre, le problème reste entier, malgré ses promesses d’électrification 24/24 en 24 mois (36 mois sont déjà passés). Les trois (3) centrales électriques, financées par le fonds Alba-Caribe, restent et demeurent le patrimoine des populations carrefouroises, gonaïviennes et capoises.

La signature de l’Accord PetroCaribe, entre Haïti et le Venezuela, ne visait pas seulement les opportunités de faire des affaires dans la branche pétrolière. Le président Hugo Chavez l’avait inscrit dans la perspective de remboursement de la dette historique, que l’humanité toute entière doit à Haïti, spécialement le Venezuela. D’où la logique, la vision et le leitmotiv, qui animaient le commandant Chavez dans le cadre de la signature de cet Accord.

Le président Jovenel Moïse, qui conduit la diplomatie haïtienne, n’a pas établi de relations diplomatiques cordiales avec la République bolivarienne du Venezuela. Depuis janvier 2019, le gouvernement haïtien se range ouvertement du côté des États-Unis et des pays satellites de l’impérialisme étasunien, qui fomentent un coup d’État contre le président vénézuélien Nicolas Maduro Moros.

Il est évident que Jovenel Moïse partage le dicton : les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Le choix de Jovenel Moïse ne correspond pas aux intérêts du pays, mais à la soumission totale aux diktats de l’impérialisme. La participation de Jovenel Moïse au mini-sommet à Mar-à-Lago, en Floride, au mois de mars 2019, n’a apporté aucun bénéfice au peuple haïtien. Le directeur exécutif de la Papda, Camille Chalmers, a résumé [6] la participation du gouvernement haïtien à ce mini-sommet, en tant qu’une diplomatie sans vision, qui satisfait la proximité idéologique d’extrême droite entre l’équipe du pouvoir en place et le président Donald Trump. Les promesses de coopération énergétique de Trump, lors de cette rencontre, ne sont pas tenues jusqu’à présent.

La sécurité énergétique du pays est au rouge. Jovenel Moïse s’est adressé à la nation, le lundi 22 juin 2020, afin d’expliquer la gravité du problème énergétique.

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Entre-temps, le président vénézuélien Nicolas Maduro a annoncé la relance de l’Accord PetroCaribe, en incluant de nouvelles mesures, qui parlent d’elles-mêmes en tant que réponse désintéressée à des besoins sociaux accrus, en ce temps de pandémie du nouveau coronavirus : politiques de santé, banque d’aliments et création d’un Fonds humanitaire international [7].

Les dirigeants d’Haïti ne sont pas prêts à participer à une relance de l’Accord, pour deux (2) raisons principales : premièrement, la justice haïtienne ne s’est pas encore prononcée sur la dilapidation des fonds PetroCaribe et, deuxièmement, le gouvernement haïtien ne cultive pas de relations diplomatiques cordiales avec l’administration politique à Caracas. La corruption, la faiblesse de la justice et la diplomatie sans vision de ce régime engloutiront pas mal d’opportunités en faveur de la population haïtienne.

*Jean Jores PIERRE. Économiste. Master en Économie Sociale et Solidaire. Il collabore, depuis 2009, avec la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (Papda). En collaboration avec la Papda, il participe dans le processus de formation de cadres des organisations du mouvement social haïtien, organisé par la plateforme paysanne 4G (Mouvman peyizan Papay / Mpp, Mouvman peyizan nasyonal kongrè Papay / Mpnkp, Tèt Kole ti peyizan ayisyen / Tk et Coordination régionale des organisations du Sud-Est / Crose).

Contact : pjores@gmail.com

 

[1Les pays membres du PetroCaribe sont : Antigua y Barbuda, Bahamas, Belize, Cuba, Dominique, El Salvador, Grenade, Guyane, Haïti, Honduras, Jamaïque, Nicaragua, République Dominicaine, Saint Kits et Nevis, Sainte Lucie, Saint Vincent et Les Grenadines, Surinam et Venezuela. http://mppre.gob.ve/2019/07/09/petrocaribe-14-anos-de-contribucion-al-desarrollo-de-los-pueblos/ consulté le 29 juin 2020.

[2Jusqu’à présent, le gouvernement bolivarien, présidé par Nicolas Maduro, n’a jamais réalisé des attaques directes contre le gouvernement haïtien.

[5https://www.edh.ht/centrales-thermiques.php consulté le 28 juin 2020.

La révolution qui progresse en Haïti est directement liée à celle du Venezuela

Panafricanisme et Bolivarisme, par Amzat Boukari-Yabara

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Amzat Boukari-Yabara est originaire du Bénin et de la Martinique. Titulaire d’une maîtrise en histoire du Brésil (Paris-Sorbonne, 2005), d’un master en sciences sociales (EHESS, 2007) et d’un diplôme d’études latino-américaines (IHEAL, 2011). Docteur en Histoire et Géopolitique au Centre d’études africaines de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS). Spécialiste de l’histoire de l’unité de l’Afrique, secrétaire général du mouvement panafricaniste UMOJA. Il est l’auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels « Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme » (2014, Editions La Découverte),Nigeria (De Boeck, 2013) ; Mali (De Boeck, 2014); Walter Rodney (1942-1980) : les fragments d’une histoire de la révolution africaine (Présence africaine, 2015).

chavez-con-nino-de-africa-300x217-300x217« Séchons avec le feu sacré de notre conscience, séchons les larmes de l’Afrique, mais également celles de l’Amérique latine, pour que… les pleurs de nos siècles se transforment en pluie, pour commencer à ensemencer le 21ème siècle »

Hugo Chávez, Banjul, Gambie, 1er juillet 2006

Qu’est-ce que « l’Afro-bolivarisme » et quels liens établissez-vous antre le panafricanisme, la Caraïbe et l’Amérique du Sud ?

L’Amérique du Sud est très importante car c’est dans cette partie du monde que la majorité des africains déportés ont été conduits. Le Brésil aujourd’hui héberge la plus importante population d’origine africaine en dehors du continent africain. C’est banalement de 85 à 95 millions d’habitants qui ont des origines africaines. Aujourd’hui on trouve beaucoup d’éléments qui renvoient à l’Afrique. Et ce qui est aussi important de rappeler, c’est que lors de la Révolution Haïtienne, Toussaint Louverture va inspirer Simon Bolivar qui fera une escale à Haïti lorsqu’il ira lui-même libérer les colonies Espagnoles d’Amérique du Sud, notamment dans ce qui sont aujourd’hui la Colombie et le Venezuela, également l’Équateur et la Bolivie avec les autres généraux. Sauf que par la suite, le récit qui va être fait de cette Amérique Latine, c’est l’idée d’une Amérique Latine métisse.

On va gommer la présence des noirs, on va gommer la présence indienne, on va créoliser cette Amérique Latine porté si bien qu’il va y avoir une censure sur l’histoire des noirs en Amérique du Sud. Cette censure qui s’est mise en place dans différentes républiques sud-américaines concernant la participation des noirs dans la libération et guerres d’indépendances. Cette censure, je crois qu’elle est importante à lever.

On a des exemples très importants qui se mettent en place au Brésil, des mouvements noirs se sont organisés très tôt dans la tradition des quilombos. Ces communautés, ces républiques fondé par des esclaves fugitifs dans lesquels on réorganisait réellement tout, toute la vie en société sur des bases démocratiques dès le 17e siècle. La plus célèbre était celle dos Palmares avec Zumbi. On a également d’autres espaces très important qui renvoient à la présence Africaine en Amérique du Sud.

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Et enfin, je crois qu’on a aussi dans cette relation entra l’Afrique et l’Amérique du Sud des personnages qui me semblent importants. Le dernier en date c’était bien évidemment Hugo Chavez, président du Venezuela, qui a toujours été solidaire avec les causes Africaines et panafricaines et je crois que c’est très important qu’on comprenne que la manière dont Chavez a été attaquée par la presse néolibérale de droite qu’elle soit Vénézuélienne, Américaine ou Occidentale est une attaque de tous les Africains.

Les caricatures de Chavez montrent régulièrement un homme avec des cheveux frisés, des grosses lèvres d’Africain, un nez Africain et c’est réellement l’Africain qui était derrière Chavez qui était visé. Comptez-si bien que Chavez a pris les devants en expliquant qu’il était absolument fier de ses origines Africaines, qu’il était fier d’être un Africain. C’est précisément par rapport à la manière dont il réhabilite l’identité Africaine, mais également l’identité précolombienne du Venezuela qu’il est attaqué par les lobbies néo-impérialistes.

Chavez à niveau du Venezuela va développer toute une politique bolivarienne : la mise en place de missions sociales, une diplomatie très active des pays du Sud, vis-à-vis des pays Africains, etc. Il va être également le premier soutien à Haïti. Lorsqu’il y a des missions humanitaires qui seront faites à Haïti et que l’on fait une analyse objective de ce qui se passe sur le terrain, on constate qu’à chaque fois le seul camp qui respecte les normes humanitaires des Nations Unies. Hé bien, c’est très souvent le camp vénézuélien. ça aussi, c’est quelque chose de très important à rappeler c’est cette solidarité qu’à pu avoir l’Amérique du Sud et que continuent à avoir les régimes sud-américains, également Caribéens avec tout ce que ça renvoie à l’Afrique.

C’est un combat difficile car aujourd’hui on a totalement oublié que l’Amérique du Sud faisait partie et continue de faire partie de cette histoire du panafricanisme. Dans mon ouvrage, j’ai tenu à ce qu’il y ait tout un chapitre consacré à l’Amérique du Sud. Parce que très souvent nous avons une vision très mainstream, concentré sur les noirs des Etats-Unis, alors que les noirs du Brésil, les noirs du Venezuela et les noirs de Colombie sont extrêmement importants dans cette dynamique.

Marcus Garvey, c’est en voyageant dans la Caraïbe et en Amérique Centrale, au Costa Rica, au Panama, au Pérou, en Équateur qu’il prend conscience du sort commun des populations noir dans cette partie du monde. C’est à partir de là qu’il lance son mouvement pour la rédemption et la fierté nègre où que les nègres se trouvent.

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Semaine de l’Afrique au Venezuela (mai 2012) en présence du vice-ministre Reinaldo Bolivar.

Entretien réalisé par Thinking Africa / transcription de VeneSol

Macron, Maduro et Saint-Martin, d’une instrumentalisation l’autre

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Au sommet de l’hystérie qui est décidément son mode habituel de fonctionnement, Emmanuel Macron, Monsieur-15% du corps électoral, avait déclaré le 30 août, à propos du Venezuela et de la révolution bolivarienne: «Nos concitoyens ne comprennent pas comment certains ont pu être aussi complaisants avec le régime qui est en train de se mettre en place au Venezuela. Une dictature qui tente de se survivre au prix d’une détresse humanitaire sans précédent, alors même que les ressources de ce pays restent considérables ».

En disant cela, Emmanuel Macron s’offrait déjà le petit plaisir de l’instrumentalisation implicite de la question vénézuélienne à des fins intérieures pour contrer par ce bien pauvre argument ses seuls opposants dignes de ce nom, La France Insoumise et les communistes qui n’ont pas sombré, contrairement à la quasi-totalité du monde médiatique et politique, dans la lecture caricaturale de ce qui est en jeu à Caracas.

La petite Venise au secours des inondés

Plus grave, Macron donnait de fait son soutien aux Etats-Unis et à la droite patronale vénézuélienne pour continuer la déstabilisation du régime bolivarien par le sabotage économique, la désinformation éhontée et la violence politique : sait-on que parmi les derniers morts lors des manifestations, il y a aussi, pour une part importante, des policiers et des militants chavistes, ce qui tendrait à prouver que l’on est plus proche d’une tentative de coup d’Etat larvé néo-libéral, façon Chili pré-Pinochet que d’un peuple opprimé en lutte contre un caudillo populiste ? Rappelons d’ailleurs que cette droite vénézuélienne, à la façon d’un Capriles ou d’un Leopoldo Lopez, très extrême pour une droite qui se prétend respectueuse des institutions, est coutumière des putschs puisqu’elle avait déjà tenté de renverser militairement Chavez en 2002. De fait, elle n’a jamais digéré cette révolution douce qui l’a forcée à partager le gâteau de la rente pétrolière avec un peuple qui était le plus pauvre d’Amérique latine dans un des pays les plus riches.

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L’auteur: le romancier français Jérome Leroy. Derniers romans parus : 2011 : Le Bloc (Prix Michel-Lebrun). 2014, L’Ange gardien (Prix des lecteurs Quai du polar). Un peu tard dans la saison (La Table Ronde, 2017). Prix Rive Gauche

Mais voilà, alors que le président Macron va faire le beau sur l’île ravagée des milliardaires bling-bling où l’ouragan a révélé à la fois les conséquences des coupes sauvages dans les services publics mais aussi la lutte des classes larvée entre les pauvres d’un côté, souvent noirs et jamais interviewés à la télé et les riches présentés à longueur de reportages comme de pauvres migrants soumis aux pillages des barbares locaux, on apprend que ce salopard de sanguinaire Maduro et son régime encore plus abject que la Corée du Nord ou l’Empire des Daleks réunis a déjà, lui, envoyé 10 tonnes d’aide humanitaire à l’île de Saint-Martin et 30 dans le reste des Caraïbes touché par les ouragans (il a même osé aider Cuba, ce qui prouve bien qu’il est un dictateur, non?).

Un léger retard à l’allumage…

Des biens de première nécessité tel que de l’eau, de l’équipement de secours, des vêtements ou encore des matelas avaient été acheminés sur place quand notre président a enfin décidé de se bouger sur fond d’hypercommunication compassionnelle et facebookienne.

Le retard jupitérien est donc sans doute explicable par le soin apporté à la mise en scène très Kennedy 2.0 du voyage ou alors par le désir d’être un peu loin du mouvement social contre la loi « travaille! », qui commence à pointer son nez avec un succès somme toute honorable: il est plus flatteur, n’est-ce pas, d’être photographié en train de câliner des exilés fiscaux ou des touristes friqués que de devoir communiquer sur les « les fainéants, les cyniques, les extrémistes » qui en plus osent briser l’unité nationale devant la catastrophe.

Alors, l’aide de Maduro ? De la vile propagande, évidemment ! Enfin, c’est comme ça que les macronistes appelleront sans doute le geste du Venezuela, cette puissance régionale dont on nous explique pourtant à longueur de temps et depuis des années qu’elle est au bord du chaos.

Source : http://bit.ly/2jyIi9R

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Irma, la France et l’ALBA…

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Décollage immédiat de l’aide humanitaire vénézuélienne après la dévastation de l’ouragan Irma dans les Caraïbes

L’ouragan Irma vient de passer sur les Antilles avec son cortège de tragédie, de vies humaines emportées, et de celles qui devront se reconstruire dans la douleur et dans les pertes matérielles.

Comme réponse politique à cette catastrophe naturelle, le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a ordonné, le 10 septembre 2017, l´envoi d’aide humanitaire à Cuba, à Antigua-et-Barbuda ainsi qu’aux habitants de Saint Martin.

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L’auteur: le sociologue et journaliste Romain Migus

Le ministre de l’intérieur vénézuélien, Nestor Reverol, a annoncé, depuis l’aéroport de Caracas, que ce don de 10 tonnes de vêtements, de matelas, d’eau potable, et d’aliments non périssables à la collectivité d’outre mer française, s’inscrivait “dans le cadre du respect mais aussi de la solidarité avec le peuple de Saint Martin” (1). Il a précisé que l’aide humanitaire serait acheminée via “un avion des Forces Armées vénézuéliennes et que cette iniciative faisait partie de la coopération internationale dans le cadre de l´Alliance Bolivarienne des Peuples de notre Amérique (ALBA) » (2).

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Depuis Paris, bien peu de médias ont souligné le geste de la République Bolivarienne du Venezuela. Et pourtant, cela soulève plusieurs questions qu’aucun de nos éditorialistes n’a daigné relever. Eux qui, il y a quelques semaines, étaient si prompts à dénoncer le Venezuela bolivarien à longueur d´émissions. En effet, cette aide précieuse, venant pourtant d´un pays qui connaît une crise économique, révèle de grandes incohérences dans la politique menée par le président Macron.

Il y a 15 jours à peine, Emmanuel Macron qualifiait le gouvernement de Nicolas Maduro de « dictature ». Par quel mystère de notre diplomatie le pouvoir français approuve-t-il désormais des liens de coopération, quels qu’ils soient, avec un régime non démocratique ? Y a-t-il une quelconque cohérence dans la diplomatie de notre pays ou bien l’ouragan Irma a-t-il déboussolé la girouette de notre politique extérieure? Pourquoi le gouvernement français autorise-t-il un avion militaire en provenance d’une dictature à atterrir sur notre territoire ? Car le pouvoir français a donné son aval au gouvernement vénézuélien puisqu’il reste souverain tant dans sa politique de gestion des risques que dans celle des désastres naturels.

Dans le cas contraire, il s’agirait alors d’une invasion et notre armée aurait l´obligation de « mener les opérations de résistances militaires » (Article R*1421-1 du Code de la Défense) pour bouter le bolivarien hors de France. Si l’avion militaire n´a pas été autorisé à acheminer l´aide humanitaire, cela révèlerait surtout l´incapacité de notre gouvernement à protéger l’intégrité de notre territoire et notre population. Les conséquences en termes de sécurité pour nos concitoyens seraient tellement désastreuses que nous préférons penser que le gouvernement français a finalement coopéré avec un pays que le président a lui même définit comme étant une dictature.

Ce qui nous amène à la situation la plus probable. Si comme le déclarait le Quai d´Orsay le 30 août 2017, il convenait « d’évaluer les relations avec le Venezuela sur la base de l´Etat de droit et des libertés fondamentales » (3), alors les liens diplomatiques mis à jour dans les décombres du passage d’Irma semblent démontrer que Paris « évalue » de manière plutôt positive la situation politique vénézuélienne. Les récentes déclarations de notre ambassadeur à Caracas vont d´ailleurs dans le même sens (4).

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Le gouvernement français sait donc très bien que le gouvernement vénézuélien n’a rien de dictatorial mais pour des raisons médiatico-politiciennes, le président a décidé de soumettre la diplomatie de notre pays à des tactiques politicardes contre la France Insoumise. Autrement dit, d’utiliser l´appareil d´Etat à des fins partisanes et électorales. Ce qui est extrêmement préoccupant.

Mais comment pourrait-il en être autrement ? Chaque jour qui passe semble donner raison aux propositions esquissées dans l’Avenir en Commun, le programme de la France Insoumise.

En effet, l’aide humanitaire envoyé par le Venezuela a été décidé dans le cadre de la solidarité régionale promue par l´ALBA, cette organisation de coopération qui regroupe plusieurs pays des Caraïbes. Cette fameuse ALBA à laquelle Jean-Luc Mélenchon voudrait faire adhérer la France, au même titre que d’autres processus de coopération régionale auxquels participe notre pays comme l’Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OEC), la communauté des Caraïbes (CARICOM), ou encore l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC). A notre connaissance, aucune organisation supranationale régionale autre que l´ALBA n’a envoyé de l´aide aux sinistrés de Saint Martin.

Que vont donc faire Patrick Cohen et tous les membres de la caste politico-médiatique ? Vont-ils protester contre l´aide humanitaire envoyé par l’ALBA à nos compatriotes ? Oseront-ils, après Irma, reparler de l’adhésion de la France à l’ALBA, lorsqu’ils auront en face d´eux un des cadres de la France insoumise ? (5)

12 septembre 2017

12 septembre 2017, rencontre du chancelier vénézuélien Jorge Arreaza avec son homologue français et avec l’ex-Premier Ministre et ex-Ministre des Affaires Etrangères Dominique de Villepin

Et que va faire le président Macron lors de son déplacement dans les Antilles françaises ? Remerciera-t-il publiquement la « dictature vénézuélienne » ? Lancera-t-il un processus d´adhésion de la France à l´ALBA ?

Décidemment, il semblerait que la queue du cyclone Irma ait considérablement dévasté ce qui reste de cohérence à la tête de l’Etat français.

Romain Migus

Notes :

(1) « Tras paso de Huracán Irma | Venezuela envió 10 toneladas de insumos como ayuda humanitaria a la isla de San Martín », Venezolana de Television, 10/09/2017, http://vtv.gob.ve/tras-paso-de-huracan-irma-venezuela-envio-insumos-como-ayuda-humanitaria-a-la-isla-de-san-martin/

(2) Ibid.

(3) « Venezuela : Extrait du point de presse », France Diplomatie, 30 août 2017, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/venezuela/evenements/article/venezuela-question-reponse-30-08-17

(4) Voir https://twitter.com/NadalDiplo/status/897279727442026496

(5) Lire « Quand France Inter et Europe 1 découvrent opportunément l’ALBA« , http://www.medelu.org/Quand-France-Inter-et-Europe-1

 

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Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out)

Par Andrew King *

Un article récent du New York Times, intitulé « les supporters de Maduro sont pris pour cibles à Miami », décrit le groupe de plus en plus bruyant d’ « exilés » vénézuéliens anti-gouvernementaux vivant aux États-Unis qui renforcent leurs tactiques d’agitation et de harcèlement contre les Vénézuéliens qui soutiennent le gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro, L’opposition vénézuélienne a bénéficié du soutien inconditionnel du gouvernement US et des médias – qu’ils soient conservateurs ou libéraux – qui, tous en chœur, diabolisent et sapent le gouvernement démocratiquement élu de la nation, qualifié de dictature brutale, tout en dépeignant l’opposition financée par les États-Unis et souvent violente comme des manifestants anti-gouvernementaux pacifiques et démocratiques.

Il est vrai que la situation économique actuelle au Venezuela est assez grave ; la nation connaît actuellement un taux d’inflation à trois chiffres et les vénézuéliens doivent souvent subir de longues files d’attente pour acheter des produits de base. Bien que ces défis soient dus à un éventail complexe de facteurs, dont une guerre économique menée contre le pays et la chute du prix du pétrole, le New York Times, le Washington Post, CNN et Fox News assènent un barrage d’images de crise pour retourner l’opinion publique contre le gouvernement socialiste vénézuélien afin de le déstabiliser et, pour objectif final, le renverser.

Tout en cherchant à diaboliser le gouvernement de Maduro et à glorifier les manifestants anti-gouvernementaux, les grands médias s’abstiennent de montrer le véritable visage de l’opposition ou de faire état de la raison de son opposition. En effet, plusieurs dizaines de personnes, y compris des employés de l’état, ont été tuées ces dernières années en raison des actes violents des manifestants de droite. Les grand médias font soigneusement l’impasse sur ce qui devrait figurer en une, comme le cas de l’afro-vénézuélien Orlando Figuera. Le 20 mai, le jeune homme de 21 ans traversait le bastion de l’opposition gouvernementale de Chacao à Caracas lorsqu’un groupe de « manifestants » anti-gouvernementaux masqués l’accusèrent d’être un partisan du gouvernement. La foule a ensuite encerclé Figuera, l’a poignardé six fois pour ensuite l’arroser d’essence et d’y mettre en feu. Le jeune homme est mort plus tard à l’hôpital. Le président Nicolas Maduro a qualifié l’acte de symbole des crimes de haine commis au Venezuela, en soulignant le caractère raciste de ce lynchage d’un vénézuélien noir. C’est la neuvième personne à être tuée lors des barricades de l’opposition depuis que les violentes manifestations ont éclaté au début du mois d’avril. Les mêmes moyens de communication puissants qui dénoncent systématiquement les violations des droits de l’homme par le gouvernement vénézuélien demeurent en grande partie muets sur ces actes de terrorisme racistes commis par l’opposition de droite.

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux déguisent tous les jours en « révolte populaire contre la dictature de Maduro ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Il est important de noter que si l’opposition virulente de droite est concentrée dans les secteurs blancs et économiquement favorisés de la population, les barrios, les bidonvilles et les zones rurales où vivent les pauvres, les communautés autochtones et les afro-vénézuéliens ne se sont pas soulevés car la plupart soutiennent le gouvernement. Pour comprendre les racines de la haine et du racisme de l’opposition envers les partisans noirs et indigènes du gouvernement, il faut comprendre l’histoire de la présidence qui a précédé Maduro – celle de Hugo Chavez.

Hugo Chavez et la révolution bolivarienne

Des décennies de politiques néolibérales défaillantes et de répressions gouvernementales ont ouvert la voie à l’élection démocratique de Chavez en 1998. Après avoir pris ses fonctions, le gouvernement Chavez a lancé une campagne vigoureuse pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale en redistribuant la vaste richesse pétrolière de la nation aux pauvres, aux secteurs afro-vénézuéliens de la population. Chavez a appelé ce mouvement contre l’hégémonie néolibérale US « la révolution bolivarienne », inspiré par le héros de l’indépendance sud-américaine du XIXe siècle, Simón Bolívar. Selon Chavez, le but ultime de cette révolution était de construire un socialisme du XXIe siècle qui serait mené par les pauvres, les femmes, les indigènes et les afro-vénézuéliens.

Un des objectifs centraux du projet révolutionnaire du Venezuela a été de lutter contre l’héritage historique du racisme envers les indigènes et les afro-vénézuéliens. La nouvelle constitution créée sous Chavez a fait progresser les droits sociaux, culturels et économiques des peuples autochtones, des afro-vénézuéliens et des femmes, y compris la reconnaissance de l’éducation interculturelle. Chavez a été le premier président des Amériques à reconnaître ouvertement son héritage indigène et africain. Les médias privés vénézuéliens se référaient souvent à lui avec des insultes racistes. En 2005, Chávez a déclaré que « la haine contre moi a beaucoup à voir avec le racisme. En raison de ma grande bouche et de mes cheveux bouclés. Je suis vraiment fier d’avoir cette bouche et ces cheveux parce qu’ils sont africains ». La même année, Chávez a créé la Commission présidentielle pour la prévention et l’éradication de toutes formes de discrimination raciale dans le système éducatif vénézuélien.

Le gouvernement Chavez a utilisé la richesse pétrolière du pays pour augmenter les dépenses sociales et a développé des programmes révolutionnaires connus sous le nom de « missions sociales », ce qui a entraîné des progrès sociaux considérables pour les secteurs pauvres et socialement exclus du pays, dont beaucoup sont d’origine africaine ou indigène. En 2010, les programmes gouvernementaux avaient réduit la pauvreté de moitié et l’extrême pauvreté de deux tiers. En 2005, l’ONU a déclaré le Venezuela libre d’analphabétisme, après que 1,5 million de vénézuéliens aient appris à lire et à écrire.

Des milliers de médecins cubains et de professionnels de la santé ont été envoyés dans les communautés rurales et pauvres du pays, offrant à des millions de citoyens un accès sans précédent aux soins de santé gratuits. Grâce à ce programme, plus de 6 000 cliniques de santé communautaires ont été construites et des millions de consultations gratuites ont été dispensées. Parmi les autres réalisations, on compte un programme massif de logements sociaux qui a créé plus d’un million de logements depuis son lancement ; la redistribution de milliers de titres de propriété de terres communales aux communautés autochtones ; et une démocratisation des médias grâce à une explosion du nombre de stations de radio et de télévision communautaires.

La nation sud-américaine a renforcé son engagement envers les vies noires en 2011 lorsqu’elle a adopté une loi historique interdisant la discrimination raciale qui, selon le journal international Correo del Orinoco, « mettra en place des mécanismes pour prévenir, réprimer, punir et éradiquer la discrimination raciale par toute personne, groupe de personnes, autorités publiques, institutions privées et organisations civiles, économiques, politiques, culturelles et sociales ». Le gouvernement a également créé une nouvelle question de recensement qui permet aux citoyens d’être classés comme afro-vénézuéliens.

Solidarité avec les Afro-Américains

En 2015, le président Maduro s’est rendu à Harlem pour parler avec des leaders noirs, dont Opal Tometi, cofondateur de Black Lives Matter. Ce geste rappelle la visite de Fidel Castro à Harlem en 1964 pour rencontrer Malcolm X. Plusieurs mois plus tard, le réseau Black Lives Matter et d’autres groupes nord-américains noirs ont publié une déclaration dénonçant l’intervention US au Venezuela et exprimant leur solidarité avec les afro-vénézuéliens et les Vénézuéliens indigènes à la suite de la victoire électorale de la droite aux élections législatives de 2014 qui menace les avancées sociales de la révolution.

Dans cette déclaration, les militants US remercient le Venezuela pour son soutien continu à la communauté afro-américaine des États-Unis, en remontant à l’offre de Chavez d’envoyer de grandes quantités d’aide, y compris des médecins et des spécialistes en gestion de catastrophes, à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina. George W. Bush, qui a largement laissé les résidents noirs de la ville se noyer, a refusé l’offre. Au cours des 12 dernières années, Citgo – une filiale vénézuélienne – a fourni une aide au mazout de chauffage à coût réduit à des centaines de milliers de familles pauvres dans 23 états dont ont bénéficié les résidents noirs du Bronx, de Boston, de Chicago et de Philadelphie, entre autres villes. Un certain nombre de dirigeants afro-américains, de militants et d’artistes tels que Danny Glover, Harry Belafonte et Jesse Jackson Jr. se sont rendus au Venezuela et ont créé de solides liens de solidarité avec Chavez et la révolution bolivarienne et reconnaissent sa connexion avec le mouvement de libération des Noirs aux Etas-Unis.

Solidarité avec Haïti, les Caraïbes et l’Afrique

La solidarité du gouvernement vénézuélien envers les Noirs est peut-être nulle part plus évidente que dans l’aide généreuse et le soutien qu’il a apporté au peuple haïtien à la suite du tremblement de terre dévastateur de 2010, qui comprenait la fourniture de milliers de tonnes de nourriture, de médicaments, de camps de secours, d’hôpitaux de campagne et du personnel médical et de secouristes. En outre, Chavez a annulé la dette d’Haïti qui s’élevait à $395 millions, en proclamant que « Haïti n’a aucune dette envers le Venezuela — au contraire, c’est le Venezuela qui a une dette historique envers Haïti », en référence au fait que l’auto-libérée République noire avait fournit des armes, des munitions et des navires à Simón Bolívar pour combattre les Espagnols au Venezuela, en échange de la promesse qu’il abolirait l’esclavage dans son pays. Le Venezuela a également forgé de nouveaux liens avec les pays africains en ouvrant 18 nouvelles ambassades et en établissant des accords de coopération en matière de santé et d’éducation.

C’est précisément à cause de l’audace du gouvernement vénézuélien à lutter contre l’impérialisme raciste des États-Unis – et à affirmer sans réserve que la vie des Noirs compte (*) en faisant valoir les droits des pauvres d’ascendance africaine – qu’il est sous l’assaut constant de la classe dirigeante blanche US et des médias internationaux. Il est donc assez facile de comprendre pourquoi, pour citer le Premier ministre radical noir assassiné de Grenade, Maurice Bishop, « Goliath a tourné toute son attention vers David ».

Andrew King

Notes

Ecouter la dernière lettre officielle de Hugo Chavez, écrite quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

* L’auteur : Andrew King est un étudiant en doctorat en politique publique à UMass Boston, un activiste-érudit, et a soutenu l’organisation de Black Lives Matter et d’autres campagnes de justice raciale et économique. Il est le coordinateur d’un projet de recherche communautaire avec des organisateurs de jeunes de Boston qui se battent pour la justice éducative. Andrew a également fait de la solidarité en organisant et en effectuant des recherches sur les mouvements sociaux latino-américains et a voyagé au Venezuela et à Cuba. Il peut être contacté à andrew.king003@umb.edu.

(*) Wikipedia : « Black Lives Matter » (BLM), qui se traduit en français par « les vies des Noirs comptent », est un mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre la violence ainsi que le racisme systémique envers les Noirs. Les membres de BLM font régulièrement des manifestations et se mobilisent contre les meurtres de personnes noires par des policiers. Ils accordent une importance particulière au profilage racial, à la brutalité policière ainsi qu’à l’inégalité raciale dans le système de justice criminel des États-Unis. Le mouvement est né en 2012 sur Twitter avec le hashtag #BlackLivesMatter, à la suite de l’acquittement de George Zimmerman, un Latino-américain coordonnant la surveillance du voisinage, qui avait tué l’adolescent noir Trayvon Martin en Floride.

Source : http://www.truth-out.org/news/item/40994-venezuela-is-under-attack-for-asserting-that-black-lives-matter

Traduit par Le Grand Soir

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Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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L’Afrique dans la vision de Malcom X et Hugo Chavez.

Hugo y Malcolm

Par Jesús Chucho García

On commémorait ce 21 février le cinquantième anniversaire de l’assassinat de Malcom X, leader de l’auto-conscience afro-nord-américaine. Ce 5 mars, on commémorera le deuxième anniversaire de la mort (induite ?) du président Hugo Chávez Frías… En quoi ces deux afro-descendants libres se rapprochent-ils au sujet du continent africain ?

Les idées dans le temps

Malcom X était le nom de Malcom Little, mais son nom officiel était El Hajj Malik El Shabazz, s’étant converti à l’Islam après une jeunesse turbulente. De part son environnement familial, il connaissait l’histoire du légendaire panafricaniste jamaïcain Marcus Garvey. Ces deux aspects, à savoir l’Islam de tendance sunnite ainsi que les exposés de Garvey, lui permirent d’ approfondir son amour et sa connexion avec l’Afrique révolutionnaire.

Son voyage à la Mecque lui fit remettre en question l’idée de l’islam radical qu’il tenait de son ancien Maitre Elijah Muhamad, ce qui eut pour lamentable conséquence de fixer la date de sa mort le 21 février 1965, pendant un discours à Harlem, New York.

Dans un entretien accordé au journal Young Socialist, il s’exprimait ainsi «J’ai visité l’Égypte, l’Arabie, le Koweït, le Liban, le Soudan, l’Éthiopie, le Kenya, Tanganika et Zanzibar (actuellement la Tanzanie), le Niger, le Ghana, le Libéria et l’Algérie. Pendant ce voyage, j’ai pu m’entretenir avec le président Nasser d’Égypte, le président Nyerere, Jomo Kenyata du Kenya, Sékou Touré». A cette époque l’Afrique bouillonnait de lutes contre le colonialisme et pour l’autodétermination face aux impérialistes européens. Quand on l’interrogeait sur l’influence du processus anticolonial africain, il disait : «l’image positive des africains que sont en train de se développer ces processus contribuent à la formation de la conscience des afro-américains… La révolution africaine et l’état d’esprit des afro-américains sont deux choses indissociables.» Au sujet du capitalisme, Malcom X s’était exprimé quelques temps avant son assassinat : «il est impossible que le capitalisme survive puisque le capitalisme a toujours besoin de sang à sucer. Le capitalisme avait pour habitude d’être un aigle, aujourd’hui il est plutôt un vautour.»

Contre le colonialisme

cacDans quelques un de ses programmes télévisés, le commandant Hugo Chávez a mentionné à plusieurs reprises Malcom X comme un référent digne de la lutte des afro-américains contre le racisme, mais il le mentionnait aussi dans sa dimension humaine.

Chavez, tout comme Malcom X, avait été marqué par ses différents voyages en Afrique et peut être sans le vouloir, s’était-il connecté avec la vision de Malcom X dans les processus des luttes anti-impérialistes, comme il le fit apparaître clairement lorsqu’il était en Gambie et au Mali, où il avait réaffirmé la solidarité comme un geste dérivé des luttes anti-impérialistes.

En Afrique, Malcom X avait dit : «Notre problème est aussi le vôtre. Vos problèmes ne seront jamais résolus tant que nous n’aurons pas résolu les nôtres. On ne vous respectera jamais pleinement tant et à moins que nous ne soyons nous-mêmes respectés. Vous ne serez jamais reconnus comme des êtres humains libres tant que nous ne serons pas reconnus et traités comme des êtres humains.»

Cette pensée de Malcom X sur la nécessité de nous reconnaître comme un ensemble en lutte face aux mêmes pouvoirs s’est transformée de manière très concrète avec Hugo Chavez et ses initiatives très pratiques comme les Sommets Afrique/Amérique du Sud sans l’intervention des puissances capitalistes étrangères. En février 2013, Chavez réaffirmait cette heureuse coïncidence éthique avec Malcom X lorsqu’il écrivit au dernier sommet de l’ASA à Malabo (Guinée Équatoriale) cette « Lettre à l’Afrique » (vidéo):

https://www.youtube.com/embed/Nv8rPKcBCAA« >

« Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caraïbe. Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre les nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Et ainsi, l’Amérique Latine et Caraïbe partage avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits, nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de luttes, auxquelles nous ne pouvons renoncer, pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.»

L’actualité des argumentaires de Malcom X et Hugo Chávez Frías prend force aujourd’hui plus que jamais, alors que dans le pays de Malcom le racisme revient en force tout comme les interventions militaires menées en Afrique par les puissances occidentales ainsi qu’une diplomatie d’intervention pour appuyer des groupes qui veulent des «solutions hors de la constitution», assortie d’une guerre médiatique permanente contre le Vénézuela, l’Argentine, le Brésil, l’Équateur et la Bolivie.Malcolm X sur les médias

Source : http://alainet.org/active/81163

Traduction : Julie Jarozsewski

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Islamar : une autre économie est possible

pescadores 1Au fur et à mesure que l’on avance sur la route, les faubourgs de la commune de Tubores laissent peu à peu la place à quelques hameaux isolés, à de vastes étendues de terres arides, couvertes ici et là, d’une végétation clairsemée. A l’horizon, par-delà une colline, se profile la Mer des Caraïbes dans toute sa plénitude ; une extension verte et bleue de la terre ferme, qui nous incite à poursuivre notre chemin.

A première vue, le complexe piscicole semble inoccupé. Telle une île installée au beau milieu du désert de l’île de Margarita, brûlé par le soleil. Toutefois, dès le portail franchi, le visiteur se trouve confronté à une odeur mêlée, celle de la mer et du poisson pêché, qui constitue l’ordinaire en quelque sorte, du Complexe Piscicole Islamar.

Luis Benito Marval a tout de celui qui passe plus de temps en mer que sur la terre ferme. Son regard exercé et son visage buriné, l’attestent. « Au moment où la construction du complexe a été lancée, j’avais de mon côté abandonné l’activité de pêcheur. Je m’étais reconverti dans la maçonnerie, ce qui m’a paermisde participer à son édification ». Tandis qu’il s’exprime posément, il surveille de près la fabrication d’andouillettes de poisson qui s’accumulent devant lui, sur la table en acier inoxydable. Outre les andouillettes l’entreprise mixte Islamar produit également des croquettes de poisson, dont la valeur ajoutée est la plus intéressante du fait de la mécanisation et des méthodes appliquées au conditionnement. Les filets de merlu, de dorade, de sardine, mais aussi les steaks de thon, sont partie intégrante de la production. Foto-destacada-Islamar

De sa voix traînante, Benito nous raconte que le recrutement du personnel s’est fait, à partir d’une série d’entretiens d’embauche, dont les conseils communaux de la zone avaient la responsabilité. En ce qui le concerne, c’est la communauté de Guamache qui a procédé à son désignation. Quant à la main d’oeuvre, elle a été recrutée sur des bases analogues. Enfin, la Mission Saber y Trabajo s’est chargée de la sélection et de l’évaluation des postulants. « C’est une situation nouvelle pour nous. Auparavant, les pêcheurs locaux n’intéressaient pas les entreprises. Ceux qui en ce moment travaillent, vivent en effet, ici même. D’une manière ou d’une autre, nos activités ont toujours été liées à l’halieutique ». C’est en ces termes que Benito s’exprime tout en surveillant son travail de près.

Les Conseils de Pêcheurs de Nueva Esparata fournissent la matière première que traite le Complexe piscicole. Les 12 personnes engagées dans cette première étape, participent à toutes les instances de production : le lavage des poissons ; l’éviscération ; le broyage ; le mélange qui débouchera sur la fabrication des andouillettes et des croquettes. Viennent ensuite, le conditionnement et l’empaquetage.

Benito

Benito

Benito ajoute qu’avant, il ne souciait pas de la bonne réussite ou non, d’entreprises telles qu’Islamar. Mais depuis que la communauté s’en occupe, il la défend becs et ongles. « Je me considère comme une partie de cette entreprise, parce qu’elle est à nous. La clé de la réuissite : se sentir impliqué, et par conséquent, avoir envie de travailler ». Un sourire se dessine sur son visage : « j’espère bien vivre un peu plus longtemps. Avoir une vieillesse un peu plus tranquille. Parce que la pêche vieillit rapidement son homme. Parce que celui qui est en mer, qui subit les assauts répétés du soleil, vieillit bien vite ».

Eleazar Villarroel, un pêcheur de 73 ans travaille également à Islamar. Il vivait à Los Roques. Il s’est vu dans l’obligation d’abandonner sa Margarita natale, car les résultats de la pêche en haute mer étaient de plus en plus mauvais. C’est dans ce contexte qu’il a rejoint le Complexe. Maryelis Leon, est une bien jeune mère célibataire, dont la timidité transparaît, lorsqu’elle s’emploie à nous dire de quelle manière elle recherche constamment l’efficacité. Et ce, afin que le peuple soit satisfait des produits issus du Complexe piscicole. Lesquels sont commercialisés chaque vendredi, à l’occasion de la foire qui voit ces mêmes travailleurs partager les fruits de leur travail avec l’ensemble des membres de la communauté. Il faut préciser que les produits sont vendus à des prix solidaires.

panorámica-trabajo-islamar

Histoire d’un changement de paradigme.

L’expérience d’Islamar s’ancre dans la réalité concrète depuis 2 ans maintenant. Mais l’idée d’une telle configuration est beaucoup plus ancienne, elle germe dès les premières années de la Révolution. En 2001, une nouvelle disposition légale relative à la Pêche et à l’Aqua-culture a vu le jour. A partir de cette date, un nouveau paradigme de la pêche dans son ensemble, a commencé à s’imposer. Il peut être circonscrit ainsi : rendre prioritaires le social et la souveraineté alimentaire ; la logique économique basée sur la recherche exclusive du profit leur étant désormais subordonnée. La reconnaissance et la protection d’un mode de pêche artisanal, en sera le corollaire.

« Quelques-uns des pêcheurs parmi les plus représentatifs se sont réunis. Nous avons jeté les bases d’un projet, qui visait dans ses grandes lignes à donner la possibilité à chaque pêcheur de confier le fruit de son travail à ce Complexe en devenir, aux fins de conditionnement. La vente directe -le peuple en étant le bénéficiaire- sera la dernière étape ». C’est le président d’Islamar et par ailleurs porte-parole de Nueva Esparta du ¨Frente National de Pescadores y acuicultores¨ (Front National des pêcheurs et aqua-culteurs), Luis Rodriguez qui parle ainsi

A partir de mars 2008, la réforme introduite par la loi soulève l’espoir de voir aboutir rapidement de ce projet. Ce changement de paradigme débouche sur la résolution d’une demande émanant de longue date, des travailleurs de la mer vénézueliens : l’interdiction définitive d’un mode de pêche industrielle au chalut/à la traîne. « La conservation du potentiel hydro-biologique visant au maintien dans la durée de l’halieutique, des pêcheurs et de la pêche en est l’esprit », ajoute Luis qui est de plus, partie prenante d’un des nombreux Conseils de Pêcheurs qui ont vu le jour à Nueva Esparta et qui ont obtenu de l’Etat, le statut d’interlocuteurs à part entière. Telle est l’une des retombées parmi les plus remarquables, de l’application effective de la nouvelle législation. Tripas-y-pescados-detalle-Islamar

« Nous avons été un maillon à part entière d’un processus qui a débouché sur l’élaboration de la loi. Nous nous sommes introduits au sein de ce dispositif participatif grâce à Chavez. Et grâce à cela, nous nous sommes lancés dans la concrétisation du projet qui nous tenait à cœur ». La construction du Complexe piscicole a débuté en 2009. C’est à partir d’août 2012, qu’il commencera à faire ses preuves. A l’heure actuelle, l’entreprise mixte destine 51% de sa production à l’Etat, en retour des crédits qui lui ont été alloués. Les Conseils de Pêcheurs se répartissent les 49% restants.

Pour Luis, le fait saillant de cette démarche, c’est son caractère exemplaire. Car elle démontre qu’une autre économie est possible. Il n’en demeure pas moins que des pans entiers de la pêche au Venezuela, dépendent toujours d’une perception proprement mercantile : des intermédiaires achètent aux pêcheurs le fruit de leur travail, qu’ils vendent à un prix élevé à ceux qui l’écouleront sur les marchés. L’aisance des touristes en matière de pouvoir d’achat, participe également de cette flambée des prix. En définitive, comme Luis le remarque, « c’est le marché qui fixe les prix. De ce fait, le capitalisme est enquisté dans cette manière de commercialiser . La mission d’Islamar, c’est de participer à la construction du socialisme. Il ne faut pas oublier la pratique d’une manière de troc consistant à échanger le poisson pêché contre des produits, du matériel de pêche. Et ce, à des prix solidaires afin de baisser les coûts ». L’idée globale consiste faire en sorte que les pêcheurs bénéficient de revenus réguliers. L’établissement de tarifs solidaires au profit de l’ensemble de la communauté, sera l’objectif ultime affiché. Luis termine en rappelant qu’« éliminer le rôle du revendeur et du spéculateur à l’origine de l’augmentation des prix, est la condition requise afin que le peuple puisse consommer les produits de la mer ». Selon lui, la tâche à laquelle il s’agit de s’atteler, c’est renouer avec l’état d’esprit originel de la communauté des pêcheurs, qui n’a jamais considéré le poisson comme une marchandise, mais comme l’un des éléments majeurs d’une forme d’économie de subsistance qui lui est propre depuis toujours.

La clé de tout : la persévérance.

Siège d'Islamar

Siège d’Islamar

L’édifice principal d’Islamar est pourvu d’une chambre froide de la taille d’un terrain de basket-ball ; d’une zone tout entière dédiée à l’éviscération du poisson et à la fabrication de pulpes qui en résulte ; mais aussi de la salle au sein de laquelle les andouillettes et les croquettes sont produites.

Au total 12 personnes sont employées à ce jour, parties prenantes de la première étape de ce projet pilote. Il faudra rapidement résoudre la question de la désignation de la nouvelle junte de Direction, afin de mener à bien cette tâche. Pour ce faire, il est prévu l’incorporation progressive de personnel nouveau. L’objectif à atteindre étant le suivant : élever le niveau de production à 50% de la capacité totale. Pour atteindre les 100% -c’est-dire 10 tonnes de production par jour- il faudra compter sur 70 personnes travaillant au sein du Complexe piscicole. Ce qui le rendra totalement opérationnel.Foto-grupal-Islamar

Cette jeune femme -Mariangel Salazar- était initialement professeur de chimie. Désignée par le conseil communal dont elle dépend, bénéficiant par ailleurs de l’entremise de la Mision Saber y Trabajo (mission sociale de formation professionnelle), , elle a rejoint Islamar en tant que chargée du contrôle de qualité. Mettant à profit sa pause-déjeuner, elle revient sur l’importance de cette expérience aux yeux de tous les membres de la communauté. « Tout cela est réellement gratifiant. C’est en effet la première fois que nous voyons au niveau de la commune, des personnes issues de la même communauté, des mêmes secteurs d’activité pouvoir profiter d’un bassin d’emploi tel que celui-ci. Car le bien-être consiste à pouvoir gagner sa vie dignement, en offrant aux communautés avoisinantes, d’accéder aux produits de la pêche ».

Son visage rubicond flanqué de lunettes professionnelles de couleur noire de taille imposante nous fait face. Mariangel se souvient des débuts de cette entreprise. Tout n’a pas été facile. Elle songe notamment aux pertes de temps résultant de l’inertie bureaucratique. Mais aussi du manque de moyens financiers qui ont obéré/retardé la mise en fonctionnement effective du Complexe. « La persévérance a été l’élément décisif. Si nous avions compté sur des aides extérieures, si nous avions fait appel à un spécialiste afin de venir à bout de ces difficultés, nous n’aurions pas avancé d’un pas ». Pendant que les travailleurs et travailleuses du Complexe ôtent masques et tabliers pour la pause obligatoire du déjeuner, les blagues fusent, les visages s’éclairent d’un sourire. Mariangel : « rien qu’à voir ces installations, nous constatons qu’Islamar est une belle réussite. Et toutes celles et ceux qui travaillent au sein de ce Complexe en sont comme confortés ».

Après la pause-déjeuner, la journée de travail reprend. Les andouillettes de poisson sont pesées et conditionnées. Ce sont à peu près 2 tonnes d’aliments qui chaque jour, sont produits. Outre la prise en compte des objectifs touchant à l’augmentation de la production, Luis indique que dans un futur proche, ils atteindront ce but : procéder à un échange d’expériences avec des entreprises socialistes se situant sur le territoire d’autres états. Et ce, afin que les unes et les autres puissent bénéficier d’une consolidation conjointe, assurant ainsi à chacune d’entre elle, une assise solide.

Islamar avance jour après jour, grâce à l’apport et aux efforts de chacun de ceux qui lui donnent vie. Pour Luis, « la participation des travailleurs aux décisions relatives à la production est l’essentiel. Nous devons nous doter d’un état d’esprit semblable à celui d’un essaim d’abeilles solidaires les unes des autres. Chacun d’entre nous est appelé à formuler des propositions. Nous en déduisons que c’est le meilleur moyen pour continuer à se développer. »

Luis Rodriguez

Luis Rodriguez

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/islamar-otra-economia-es-posible/

Texte : Martín Di Giácomo

Photos : Sabrina Porras

Traduction : Jean-Marc del Percio

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