Le Venezuela est attaqué parce que pour lui aussi « la vie des Noirs compte » (Truth Out)

Par Andrew King *

Un article récent du New York Times, intitulé « les supporters de Maduro sont pris pour cibles à Miami », décrit le groupe de plus en plus bruyant d’ « exilés » vénézuéliens anti-gouvernementaux vivant aux États-Unis qui renforcent leurs tactiques d’agitation et de harcèlement contre les Vénézuéliens qui soutiennent le gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro, L’opposition vénézuélienne a bénéficié du soutien inconditionnel du gouvernement US et des médias – qu’ils soient conservateurs ou libéraux – qui, tous en chœur, diabolisent et sapent le gouvernement démocratiquement élu de la nation, qualifié de dictature brutale, tout en dépeignant l’opposition financée par les États-Unis et souvent violente comme des manifestants anti-gouvernementaux pacifiques et démocratiques.

Il est vrai que la situation économique actuelle au Venezuela est assez grave ; la nation connaît actuellement un taux d’inflation à trois chiffres et les vénézuéliens doivent souvent subir de longues files d’attente pour acheter des produits de base. Bien que ces défis soient dus à un éventail complexe de facteurs, dont une guerre économique menée contre le pays et la chute du prix du pétrole, le New York Times, le Washington Post, CNN et Fox News assènent un barrage d’images de crise pour retourner l’opinion publique contre le gouvernement socialiste vénézuélien afin de le déstabiliser et, pour objectif final, le renverser.

Tout en cherchant à diaboliser le gouvernement de Maduro et à glorifier les manifestants anti-gouvernementaux, les grands médias s’abstiennent de montrer le véritable visage de l’opposition ou de faire état de la raison de son opposition. En effet, plusieurs dizaines de personnes, y compris des employés de l’état, ont été tuées ces dernières années en raison des actes violents des manifestants de droite. Les grand médias font soigneusement l’impasse sur ce qui devrait figurer en une, comme le cas de l’afro-vénézuélien Orlando Figuera. Le 20 mai, le jeune homme de 21 ans traversait le bastion de l’opposition gouvernementale de Chacao à Caracas lorsqu’un groupe de « manifestants » anti-gouvernementaux masqués l’accusèrent d’être un partisan du gouvernement. La foule a ensuite encerclé Figuera, l’a poignardé six fois pour ensuite l’arroser d’essence et d’y mettre en feu. Le jeune homme est mort plus tard à l’hôpital. Le président Nicolas Maduro a qualifié l’acte de symbole des crimes de haine commis au Venezuela, en soulignant le caractère raciste de ce lynchage d’un vénézuélien noir. C’est la neuvième personne à être tuée lors des barricades de l’opposition depuis que les violentes manifestations ont éclaté au début du mois d’avril. Les mêmes moyens de communication puissants qui dénoncent systématiquement les violations des droits de l’homme par le gouvernement vénézuélien demeurent en grande partie muets sur ces actes de terrorisme racistes commis par l’opposition de droite.

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par une droite insurgée que les médias internationaux déguisent tous les jours en « révolte populaire contre la dictature de Maduro ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Il est important de noter que si l’opposition virulente de droite est concentrée dans les secteurs blancs et économiquement favorisés de la population, les barrios, les bidonvilles et les zones rurales où vivent les pauvres, les communautés autochtones et les afro-vénézuéliens ne se sont pas soulevés car la plupart soutiennent le gouvernement. Pour comprendre les racines de la haine et du racisme de l’opposition envers les partisans noirs et indigènes du gouvernement, il faut comprendre l’histoire de la présidence qui a précédé Maduro – celle de Hugo Chavez.

Hugo Chavez et la révolution bolivarienne

Des décennies de politiques néolibérales défaillantes et de répressions gouvernementales ont ouvert la voie à l’élection démocratique de Chavez en 1998. Après avoir pris ses fonctions, le gouvernement Chavez a lancé une campagne vigoureuse pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale en redistribuant la vaste richesse pétrolière de la nation aux pauvres, aux secteurs afro-vénézuéliens de la population. Chavez a appelé ce mouvement contre l’hégémonie néolibérale US « la révolution bolivarienne », inspiré par le héros de l’indépendance sud-américaine du XIXe siècle, Simón Bolívar. Selon Chavez, le but ultime de cette révolution était de construire un socialisme du XXIe siècle qui serait mené par les pauvres, les femmes, les indigènes et les afro-vénézuéliens.

Un des objectifs centraux du projet révolutionnaire du Venezuela a été de lutter contre l’héritage historique du racisme envers les indigènes et les afro-vénézuéliens. La nouvelle constitution créée sous Chavez a fait progresser les droits sociaux, culturels et économiques des peuples autochtones, des afro-vénézuéliens et des femmes, y compris la reconnaissance de l’éducation interculturelle. Chavez a été le premier président des Amériques à reconnaître ouvertement son héritage indigène et africain. Les médias privés vénézuéliens se référaient souvent à lui avec des insultes racistes. En 2005, Chávez a déclaré que « la haine contre moi a beaucoup à voir avec le racisme. En raison de ma grande bouche et de mes cheveux bouclés. Je suis vraiment fier d’avoir cette bouche et ces cheveux parce qu’ils sont africains ». La même année, Chávez a créé la Commission présidentielle pour la prévention et l’éradication de toutes formes de discrimination raciale dans le système éducatif vénézuélien.

Le gouvernement Chavez a utilisé la richesse pétrolière du pays pour augmenter les dépenses sociales et a développé des programmes révolutionnaires connus sous le nom de « missions sociales », ce qui a entraîné des progrès sociaux considérables pour les secteurs pauvres et socialement exclus du pays, dont beaucoup sont d’origine africaine ou indigène. En 2010, les programmes gouvernementaux avaient réduit la pauvreté de moitié et l’extrême pauvreté de deux tiers. En 2005, l’ONU a déclaré le Venezuela libre d’analphabétisme, après que 1,5 million de vénézuéliens aient appris à lire et à écrire.

Des milliers de médecins cubains et de professionnels de la santé ont été envoyés dans les communautés rurales et pauvres du pays, offrant à des millions de citoyens un accès sans précédent aux soins de santé gratuits. Grâce à ce programme, plus de 6 000 cliniques de santé communautaires ont été construites et des millions de consultations gratuites ont été dispensées. Parmi les autres réalisations, on compte un programme massif de logements sociaux qui a créé plus d’un million de logements depuis son lancement ; la redistribution de milliers de titres de propriété de terres communales aux communautés autochtones ; et une démocratisation des médias grâce à une explosion du nombre de stations de radio et de télévision communautaires.

La nation sud-américaine a renforcé son engagement envers les vies noires en 2011 lorsqu’elle a adopté une loi historique interdisant la discrimination raciale qui, selon le journal international Correo del Orinoco, « mettra en place des mécanismes pour prévenir, réprimer, punir et éradiquer la discrimination raciale par toute personne, groupe de personnes, autorités publiques, institutions privées et organisations civiles, économiques, politiques, culturelles et sociales ». Le gouvernement a également créé une nouvelle question de recensement qui permet aux citoyens d’être classés comme afro-vénézuéliens.

Solidarité avec les Afro-Américains

En 2015, le président Maduro s’est rendu à Harlem pour parler avec des leaders noirs, dont Opal Tometi, cofondateur de Black Lives Matter. Ce geste rappelle la visite de Fidel Castro à Harlem en 1964 pour rencontrer Malcolm X. Plusieurs mois plus tard, le réseau Black Lives Matter et d’autres groupes nord-américains noirs ont publié une déclaration dénonçant l’intervention US au Venezuela et exprimant leur solidarité avec les afro-vénézuéliens et les Vénézuéliens indigènes à la suite de la victoire électorale de la droite aux élections législatives de 2014 qui menace les avancées sociales de la révolution.

Dans cette déclaration, les militants US remercient le Venezuela pour son soutien continu à la communauté afro-américaine des États-Unis, en remontant à l’offre de Chavez d’envoyer de grandes quantités d’aide, y compris des médecins et des spécialistes en gestion de catastrophes, à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina. George W. Bush, qui a largement laissé les résidents noirs de la ville se noyer, a refusé l’offre. Au cours des 12 dernières années, Citgo – une filiale vénézuélienne – a fourni une aide au mazout de chauffage à coût réduit à des centaines de milliers de familles pauvres dans 23 états dont ont bénéficié les résidents noirs du Bronx, de Boston, de Chicago et de Philadelphie, entre autres villes. Un certain nombre de dirigeants afro-américains, de militants et d’artistes tels que Danny Glover, Harry Belafonte et Jesse Jackson Jr. se sont rendus au Venezuela et ont créé de solides liens de solidarité avec Chavez et la révolution bolivarienne et reconnaissent sa connexion avec le mouvement de libération des Noirs aux Etas-Unis.

Solidarité avec Haïti, les Caraïbes et l’Afrique

La solidarité du gouvernement vénézuélien envers les Noirs est peut-être nulle part plus évidente que dans l’aide généreuse et le soutien qu’il a apporté au peuple haïtien à la suite du tremblement de terre dévastateur de 2010, qui comprenait la fourniture de milliers de tonnes de nourriture, de médicaments, de camps de secours, d’hôpitaux de campagne et du personnel médical et de secouristes. En outre, Chavez a annulé la dette d’Haïti qui s’élevait à $395 millions, en proclamant que « Haïti n’a aucune dette envers le Venezuela — au contraire, c’est le Venezuela qui a une dette historique envers Haïti », en référence au fait que l’auto-libérée République noire avait fournit des armes, des munitions et des navires à Simón Bolívar pour combattre les Espagnols au Venezuela, en échange de la promesse qu’il abolirait l’esclavage dans son pays. Le Venezuela a également forgé de nouveaux liens avec les pays africains en ouvrant 18 nouvelles ambassades et en établissant des accords de coopération en matière de santé et d’éducation.

C’est précisément à cause de l’audace du gouvernement vénézuélien à lutter contre l’impérialisme raciste des États-Unis – et à affirmer sans réserve que la vie des Noirs compte (*) en faisant valoir les droits des pauvres d’ascendance africaine – qu’il est sous l’assaut constant de la classe dirigeante blanche US et des médias internationaux. Il est donc assez facile de comprendre pourquoi, pour citer le Premier ministre radical noir assassiné de Grenade, Maurice Bishop, « Goliath a tourné toute son attention vers David ».

Andrew King

Notes

Ecouter la dernière lettre officielle de Hugo Chavez, écrite quelques jours avant de mourir : une “lettre à l’Afrique” à laquelle des citoyens du Burkina Faso, la nation de Thomas Sankara, ont donné un visage :

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

A la rencontre des “Jacobins noirs” haïtiens dont la Révolution, la première des Amériques, permit à un Simón Bolívar défait de reprendre pied et de libérer l’Amérique Latine du joug colonial à la tête d’une armée de paysans et d’ex-esclaves.

En visite officielle au Mozambique.

En visite officielle au Mozambique.

* L’auteur : Andrew King est un étudiant en doctorat en politique publique à UMass Boston, un activiste-érudit, et a soutenu l’organisation de Black Lives Matter et d’autres campagnes de justice raciale et économique. Il est le coordinateur d’un projet de recherche communautaire avec des organisateurs de jeunes de Boston qui se battent pour la justice éducative. Andrew a également fait de la solidarité en organisant et en effectuant des recherches sur les mouvements sociaux latino-américains et a voyagé au Venezuela et à Cuba. Il peut être contacté à andrew.king003@umb.edu.

(*) Wikipedia : « Black Lives Matter » (BLM), qui se traduit en français par « les vies des Noirs comptent », est un mouvement militant afro-américain qui se mobilise contre la violence ainsi que le racisme systémique envers les Noirs. Les membres de BLM font régulièrement des manifestations et se mobilisent contre les meurtres de personnes noires par des policiers. Ils accordent une importance particulière au profilage racial, à la brutalité policière ainsi qu’à l’inégalité raciale dans le système de justice criminel des États-Unis. Le mouvement est né en 2012 sur Twitter avec le hashtag #BlackLivesMatter, à la suite de l’acquittement de George Zimmerman, un Latino-américain coordonnant la surveillance du voisinage, qui avait tué l’adolescent noir Trayvon Martin en Floride.

Source : http://www.truth-out.org/news/item/40994-venezuela-is-under-attack-for-asserting-that-black-lives-matter

Traduit par Le Grand Soir

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Leçons bolivariennes pour l’Afrique, par Said Bouamama

2012_10_19_saidSaïd Bouamama, sociologue, auteur notamment de “Figures de la révolution africaine”, De Kenyatta à Sankara, La Découverte, 2014, développe une analyse des dominations prenant pour objets les questions liées aux quartiers populaires et ouvriers, à l’immigration et la place des personnes issues de l’immigration dans la société française, les jeunesses et la citoyenneté, les différentes formes et expressions des discriminations de sexe, de « race » et de classe, etc.. Parmi ses autres ouvrages : “Femmes des quartiers populaires, en résistance contre les discriminations”, des femmes de Blanc-Mesnil avec Zouina Meddour, Le Temps des Cerises, 2013, “Les discriminations racistes : une arme de division massive”, Préface de Christine Delphy, Paris, L’Harmattan, 2010 et « La manipulation de l’identité nationale – Du bouc émissaire à l’ennemi intérieur », (Cygne, 2011).

 

Le 14 décembre 2014, l’«Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique-Traité de commerce des Peuples » (ALBA) fêtait ses dix ans avec ses onze pays membres. Bâtie sur les « principes de solidarité, de simple coopération et de complémentarité », l’Alliance se donne pour buts « l’éradication totale de la pauvreté, de l’ exclusion sociale et de la dépendance externe».

cumbre_albaLa jeune Alliance a déjà à son actif de nombreuses réalisations qui attirent vers elle l’attention et la solidarité des peuples africains. Surtout, l’ALBA éveille l’espoir de tous les combattants anti-impérialistes par l’exemple de souveraineté qu’elle donne face aux puissances impérialistes et par ses prises de positions révolutionnaires au niveau international. L’œuvre déjà accomplie est riche d’enseignements pour les peuples africains sur lesquels s’abattent les rapacités de toutes les puissances impérialistes qui se déchirent pour piller les richesses pétro-gazières et les minerais stratégiques du continent.

La solidarité régionale pour desserrer l’étau du marché capitaliste mondial 

L’Afrique ne manque pas d’expériences révolutionnaires. A chaque fois, les gouvernements progressistes mis en place par les luttes populaires sont confrontés au système capitaliste mondial, à son échange inégal, aux stratagèmes mafieux qu’il met en place pour faire pression à la baisse sur les prix des matières premières et à la dette internationale étranglant progressivement les Etats. Le leader panafricaniste Kwame Nkrumah a, dès 1963, mis en évidence la nécessité d’une solidarité au moins régionale pour résister aux pressions néocoloniales (1). Dans son livre « L’Afrique doit s’unir », il développe les différentes raisons matérielles rendant nécessaire une dynamique de convergence au moins régionale, si ce n’est continentale : «Sur le plan économique, l’auteur considère qu’il est impossible pour chaque pays de sortir seul de la situation de dépendance ; Les capitaux nécessaires pour une croissance consistante ne sont pas disponibles à l’échelle de chaque Etat ; L’existence de plusieurs monnaies, dont certaines dépendent directement des puissances impérialistes, est une entrave aux échanges ; Des politiques économiques non coordonnées engendrent une concurrence entre les pays, ce qui ne peut que profiter aux centres impérialistes qui se réjouissent de l’émiettement du continent ; Les projets industriels ou sociaux de grande ampleur nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de la population et à l’indépendance économique ne sont possibles qu’à l’échelle du continent.»

         L’ALBA est une mise en œuvre concrète de ce programme de déconnection progressive avec le marché capitaliste mondial. Les réalisations sont d’ores et déjà conséquentes en à peine une décennie : les programmes communs de santé et d’éducation  ont fait passé l’indice de développement humain de 0,658 en 2005 à 0, 721 en 2012 ; la nouvelle banque de coopération (Banco del Alba) finance 42 projets pour un montant de 345 millions de dollars (dans des domaines aussi divers que l’infrastructure ou les communications, l’alimentation ou l’environnement, etc.) ; pour mener à bien certains de ces projets, des entreprises communes ont été créées dites Grannationales (Grand-nationales) ; une monnaie virtuelle commune, le Sucre, a été créée pour servir d’unité de compte intra-Alba  et permet des échanges régionaux sans utiliser le dollar ;  etc.

La nouvelle dynamique régionale basée sur le principe de complémentarité (l’exact inverse du principe de concurrence du FMI et de la Banque Mondiale) met les acquis de chacun au service de tous : le savoir médical cubain  a permis à des millions de personnes de tous les pays de l’ALBA d’accéder aux soins, l’analphabétisme est entièrement éliminé du Venezuela, de la Bolivie,  de l’Equateur et du Nicaragua grâce à la diffusion d’une méthode cubaine d’alphabétisation populaire de masse ;  le pétrole vénézuélien est mis au service de l’ensemble des pays membres par le plan Pétrocaribe, la chaîne Télésur assure une information libérée des manipulations des puissances impérialistes,  etc.

       Au moment où l’Union Européenne impose aux pays africains des « Accords de Partenariats Economiques » (APE), c’est-à-dire l’ouverture complète des frontières à la concurrence des multinationales (c’est-à-dire encore la plongée dans la misère de millions de paysans et d’artisans), l’exemple bolivarien d’une intégration de complémentarité sans concurrence montre une autre voie pour l’Afrique.   

S’appuyer sur les puissances émergentes pour diminuer la dépendance des impérialismes

Le colonialisme dans sa forme la plus pure est concrétisé  par le pacte colonial, c’est-à-dire un régime d’échanges imposé par le colonisateur, selon lequel la colonie ne peut importer que des produits provenant de la métropole. Au moment des indépendances, les puissances coloniales ont imposé (par le chantage, par les assassinats des leaders africains de la libération nationale, par des coups d’état, etc.) des « accords de coopération » qui reproduisent le « pacte colonial », réduisant ainsi les indépendances à des indépendances formelles.

Initier un développement indépendant suppose de desserrer l’étau que constitue ce pacte colonial. L’existence de puissances émergentes est à cet égard un atout majeur de notre époque.  Les pays d’Afrique ont un intérêt objectif à développer leurs échanges avec la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., pour restreindre les possibilités de rétorsion des pays impérialistes et ainsi sauvegarder leur souveraineté nationale. Sur cet aspect également l’ALBA est un exemple. Le développement des échanges des différents pays de l’ALBA avec les économies émergentes donne une base matérielle à sa politique d’indépendance nationale. Dès sa naissance, l’ALBA affiche son choix politique en la matière : s’appuyer sur le nouveau paysage multipolaire mondial pour se libérer du système impérialiste. Le 29 septembre 2014, le président vénézuélien réclame ainsi une réforme de l’ONU  pour que celle-ci reflète réellement le monde tel qu’il est :

    « Les Nations Unies doivent s’adapter à un monde multipolaire et multicentrique, avec de nouveaux acteurs, des pays et des régions émergents, qui ont une voix et leurs propres pensées et qui veulent être respectés. [ …] Un autre monde est possible et nous le démontrons dans Notre Amérique (2). »

   C’est cette politique de refus du pacte colonial qui est la véritable base matérielle des positions anti-impérialistes de l’ALBA admirée par tous les peuples africains : soutien au peuple palestinien, condamnation de l’agression contre la Syrie, la Libye ou l’Iran, soutien à la revendication argentine sur les Malouines, plainte contre les USA pour crime contre l’humanité, etc.

         Les économies africaines sont aujourd’hui étranglées par des accords scandaleux avec les puissances impérialistes. L’exemple bolivarien de développement des échanges avec les puissances émergentes et de développement de la coopération Sud-Sud est aussi pertinent pour notre continent.

La diversité ethnique et culturelle est une richesse

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Amilcar Cabral (1924-1973), agronome, écrivain, combattant, père de l’indépendance des républiques de Guinée Bissau et du Cap-Vert

Amilcar Cabral (3) et Ruben Um Nyobe (4) (tous eux assassinés par les puissances coloniales) nous ont légué une leçon qui a trop vite été oubliée : Le développement des États africains doit se baser sur la réalité de leurs peuples c’est-à-dire sur leurs diversités. Faute de cela, cette diversité peut être instrumentalisée par l’impérialisme pour diviser et justifier des interventions impérialistes. « Nous ne sommes pas des « détribalisateurs » [ …] Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale» proclamait Um Nyobe en ajoutant « mais nous n’avons pas le droit de nous servir des ethnies comme moyens de luttes politiques (5)».

La seule manière de s’opposer à l’instrumentalisation impérialiste de la diversité culturelle est le traitement égalitaire de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les ethnies. Dans ce domaine également, l’ALBA est porteuse d’espoir pour l’ensemble du monde et en particulier pour l’Afrique. Elle démontre que la construction d’Etats ne suppose pas l’uniformisation, l’assimilation forcée, la négation culturelle, etc. Au contraire, l’unité politique durable doit se baser et s’ancrer dans la richesse culturelle héritée de l’histoire. L’insistance de l’ALBA sur la fierté d’être afro-descendant et indien n’est pas un effet de mode mais une conviction politique profonde. Le nom même qu’a choisi l’Etat bolivien résume cette conviction : Etat plurinational de Bolivie.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur les cultures populaires réelles que l’émancipation peut mobiliser les peuples. Chaque peuple ne peut progresser vers sa libération du capitalisme qu’en mobilisant et en mettant en mouvement  ses masses populaires. La socialisation des moyens de production s’incarne ici dans le mot « nationalisation » et ailleurs dans l’expression «  droit de la Pacha Mama » (Terre mère). Le président Evo Morales résume cette leçon de l’ALBA de la manière suivante : « la défense de la mère Terre, que nous les Indiens appelons Pachamama, est la meilleure bannière de lutte contre le capitalisme irresponsable et l’industrialisation irrationnelle (6)».

L’Afrique qui a tant de fois été victime d’interventions impérialistes basées sur une instrumentalisation de la diversité ethnique,  culturelle, linguistique ou religieuse doit à l’évidence se mettre à l’écoute de l’expérience bolivarienne.

S’appuyer sur les mouvements sociaux

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution burkinabé . "Je peux entendre le rugissement du silence des femmes".

Le président Thomas Sankara (1949-1987), leader de la révolution du Burkina Faso. « Je peux entendre le rugissement du silence des femmes ».

Thomas Sankara n’a pas cessé au cours de l’expérience révolutionnaire burkinabé d’insister sur la nécessaire mobilisation des masses. Seules les masses organisées à la base et par en bas peuvent garantir une émancipation réelle. Thomas Sankara nous rappelait ainsi sans cesse que : « La révolution a pour premier objectif de faire passer le pouvoir des mains de la bourgeoisie voltaïque alliée à l’impérialisme aux mains de l’alliance des classes populaires constituant le peuple. Ce qui veut dire qu’à la dictature anti-démocratique et anti-populaire de l’alliance réactionnaire des classes sociales favorables à l’impérialisme, le peuple au pouvoir devra désormais opposer son pouvoir démocratique et populaire (7). » 

L’expérience bolivarienne est dans ce domaine également éclairante. Le cinquième sommet de l’ALBA en 2007 ratifie le principe de la création d’un Conseil des mouvements sociaux en son sein. Il invite chaque pays membre à faire de même. Ce conseil est désormais un des quatre (à côté du Conseil social, du Conseil économique et du Conseil politique) qui déterminent les décisions de l’alliance. Il regroupe les mouvements sociaux (syndicats, organisations de luttes, mouvements féministes et mouvements de femmes, organisations des peuples indigènes, etc.) des pays membres mais aussi ceux des pays non membres qui s’identifient à la démarche de l’ALBA (comme le mouvement des sans-terres au Brésil, par exemple). Il a pour objectif d’associer les mouvements sociaux à toutes les décisions de l’alliance.

L’assemblée des mouvements sociaux des Amériques a adhéré à cette démarche de l’ALBA. Sa lettre du 2 avril 2009 « Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste » démontre que les peuples de l’ensemble du continent se reconnaissent dans l’expérience bolivarienne. Cette lettre précise : « Le capitalisme central est secoué par une crise structurelle. [ …] C’est une crise du système, celui qui génère la surproduction de marchandises et la suraccumulation de capitaux et dont la « volte-face est l’augmentation brutale de la pauvreté, les inégalités, l’exploitation et l’exclusion des peuples, tout comme le pillage, les pollutions et la destruction de la nature ; [ …] Depuis Belém, où nous nous sommes réunis, nous, des centaines de mouvements sociaux de tous les pays des Amériques qui nous identifions avec le processus de construction de l’ALBA,  appelons et nous engageons à  réaliser des plénières nationales dans chaque pays pour générer des collectifs unitaires de construction de l’ALBA (8)

Un des points faibles, et qui s’est révélé important, des expériences révolutionnaires en Afrique a justement été un appui insuffisant sur les mouvements sociaux. Dans ce domaine également, l’expérience de l’ALBA est riche pour l’Afrique.

Il est fréquent en Afrique d’en appeler au combat pour une « deuxième indépendance » qui ne se contenterait pas d’être formelle. C’est justement cette indépendance que l’ALBA a commencé à construire. Elle est définie ainsi par le président équatorien Rafael  Correa : «Il y a 200 ans, nos libérateurs nous ont donné l’indépendance politique. Aujourd’hui, nous, les nations du continent, devons gagner notre indépendance économique, culturelle, sociale, scientifique, technologique»(9). Prenons le même chemin.

Notes:

  1. Kwame Nkrumah, L’Afrique doit s’unir, Éditions Présence Africaine, Paris,‎ 2001 et Le néo-colonialisme : Dernier stade de l’impérialisme, Éditions Présence Africaine, Paris,‎2009.
  2. Nicolas Maduro, Assemblée générale des Nations Unies, 29 septembre 2014,http://vivavenezuela.over-blog.com/2014/09/l-onu-doit-s-adapter-a-un-monde-multipolaire-nicolas-maduro.html, consulté le 3 février 2015 à 16 heures.
  3. Amilcar Cabral, Unité et Lutte, La Découverte, Paris, 1980.
  4. Ruben Um Nyobe, Ecrits sous maquis, L’Harmattan, Paris, 1989.
  5. Ruben Um Nyobe, Extrait de la lettre à André-Marie M’bida, 13 juillet 1957, in Achille M’Bembe, Ruben Uml Nyobe, Le problème national Kamerunais, L’Harmattan, Paris, 1984.
  6. Evo Morales, 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/, consulté le 3 février 2015 à 17 h 04.
  7. Thomas Sankara, Discours d’orientation politique, 2 octobre 1983, « Oser inventer l’avenir » – La parole de Sankara, Pathfinder, New York, 1988, p. 46.
  8. Pour construire l’intégration à partir des peuples, pour promouvoir et impulser l’ALBA et la solidarité des peuples, face au projet impérialiste, lettre des mouvements sociaux des Amériques, 2 avril 2009,http://franceameriquelatine.org/IMG/pdf/Lettre_MS_Belem_2009-2.pdf, consulté le «  février 2015 à 18 heures 15.
  9.  Rafael Vicente Correa Delgado , 9ème sommet de l’ALBA, http://www.editoweb.eu/vive_cuba/attachment/200466/

Source de cet article : https://bouamamas.wordpress.com/2015/02/16/lecons-bolivariennes-pour-lafrique/

Sur ce thème on peut lire également : « Crime contre l’humanité : L’UE veut les richesses de l’Afrique, mais pas les personnes« , http://www.legrandsoir.info/crime-contre-l-humanite-l-ue-veut-les-richesses-de-l-afrique-mais-pas-les-personnes.html« Lettre à l’Afrique de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/, « L’Afrique dans la vision de Malcolm X et Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/03/04/lafrique-dans-la-vision-de-malcom-x-et-hugo-chavez/ et « Pourquoi l’Afrique doit s’inspirer de Hugo Chavez » https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/

 

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L’Afrique dans la vision de Malcom X et Hugo Chavez.

Hugo y Malcolm

Par Jesús Chucho García

On commémorait ce 21 février le cinquantième anniversaire de l’assassinat de Malcom X, leader de l’auto-conscience afro-nord-américaine. Ce 5 mars, on commémorera le deuxième anniversaire de la mort (induite ?) du président Hugo Chávez Frías… En quoi ces deux afro-descendants libres se rapprochent-ils au sujet du continent africain ?

Les idées dans le temps

Malcom X était le nom de Malcom Little, mais son nom officiel était El Hajj Malik El Shabazz, s’étant converti à l’Islam après une jeunesse turbulente. De part son environnement familial, il connaissait l’histoire du légendaire panafricaniste jamaïcain Marcus Garvey. Ces deux aspects, à savoir l’Islam de tendance sunnite ainsi que les exposés de Garvey, lui permirent d’ approfondir son amour et sa connexion avec l’Afrique révolutionnaire.

Son voyage à la Mecque lui fit remettre en question l’idée de l’islam radical qu’il tenait de son ancien Maitre Elijah Muhamad, ce qui eut pour lamentable conséquence de fixer la date de sa mort le 21 février 1965, pendant un discours à Harlem, New York.

Dans un entretien accordé au journal Young Socialist, il s’exprimait ainsi «J’ai visité l’Égypte, l’Arabie, le Koweït, le Liban, le Soudan, l’Éthiopie, le Kenya, Tanganika et Zanzibar (actuellement la Tanzanie), le Niger, le Ghana, le Libéria et l’Algérie. Pendant ce voyage, j’ai pu m’entretenir avec le président Nasser d’Égypte, le président Nyerere, Jomo Kenyata du Kenya, Sékou Touré». A cette époque l’Afrique bouillonnait de lutes contre le colonialisme et pour l’autodétermination face aux impérialistes européens. Quand on l’interrogeait sur l’influence du processus anticolonial africain, il disait : «l’image positive des africains que sont en train de se développer ces processus contribuent à la formation de la conscience des afro-américains… La révolution africaine et l’état d’esprit des afro-américains sont deux choses indissociables.» Au sujet du capitalisme, Malcom X s’était exprimé quelques temps avant son assassinat : «il est impossible que le capitalisme survive puisque le capitalisme a toujours besoin de sang à sucer. Le capitalisme avait pour habitude d’être un aigle, aujourd’hui il est plutôt un vautour.»

Contre le colonialisme

cacDans quelques un de ses programmes télévisés, le commandant Hugo Chávez a mentionné à plusieurs reprises Malcom X comme un référent digne de la lutte des afro-américains contre le racisme, mais il le mentionnait aussi dans sa dimension humaine.

Chavez, tout comme Malcom X, avait été marqué par ses différents voyages en Afrique et peut être sans le vouloir, s’était-il connecté avec la vision de Malcom X dans les processus des luttes anti-impérialistes, comme il le fit apparaître clairement lorsqu’il était en Gambie et au Mali, où il avait réaffirmé la solidarité comme un geste dérivé des luttes anti-impérialistes.

En Afrique, Malcom X avait dit : «Notre problème est aussi le vôtre. Vos problèmes ne seront jamais résolus tant que nous n’aurons pas résolu les nôtres. On ne vous respectera jamais pleinement tant et à moins que nous ne soyons nous-mêmes respectés. Vous ne serez jamais reconnus comme des êtres humains libres tant que nous ne serons pas reconnus et traités comme des êtres humains.»

Cette pensée de Malcom X sur la nécessité de nous reconnaître comme un ensemble en lutte face aux mêmes pouvoirs s’est transformée de manière très concrète avec Hugo Chavez et ses initiatives très pratiques comme les Sommets Afrique/Amérique du Sud sans l’intervention des puissances capitalistes étrangères. En février 2013, Chavez réaffirmait cette heureuse coïncidence éthique avec Malcom X lorsqu’il écrivit au dernier sommet de l’ASA à Malabo (Guinée Équatoriale) cette « Lettre à l’Afrique » (vidéo):

https://www.youtube.com/embed/Nv8rPKcBCAA« >

« Je le dis du plus profond de ma conscience : l’Amérique du Sud et l’Afrique sont un même peuple. On réussit seulement à comprendre la profondeur de la réalité sociale et politique de notre continent dans les entrailles de l’immense territoire africain où, j’en suis sûr, l’humanité a pris naissance. De la même manière, les empires du passé, coupables de l’enfermement et de l’assassinat de millions de filles et de fils de l’Afrique mère dans le but d’alimenter un système d’exploitation esclavagiste dans leurs colonies semèrent dans Notre Amérique le sang africain guerrier et combatif qui brûlait du feu que produit le désir de liberté. Cette semence a germé et notre terre a enfanté des hommes aussi grands que Toussaint Louverture, Alexandre Pétion, José Léonardo Chirino, Pedro Camejo parmi beaucoup d’autres, avec pour résultat, il y a plus de 200 ans, le début d’un processus indépendantiste, unioniste, anti-impérialiste et reconstructeur en Amérique Latine et caraïbe. Ensuite, au XX° siècle, vinrent les luttes de l’Afrique pour la liberté, ses indépendances, contre les nouvelles menaces néo-coloniales, Patrice Lumumba, Amilcar Cabral pour n’en citer que quelques-uns. Ceux qui, dans le passé nous ont conquis, aveuglés par leur soif de pouvoir, ne comprirent pas que le colonialisme barbare qu’ils nous imposaient deviendraient l’élément fondateur de nos premières indépendances. Et ainsi, l’Amérique Latine et Caraïbe partage avec l’ Afrique un passé d’oppression et d’esclavage. Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes fils de nos libérateurs et de leurs hauts faits, nous pouvons dire, nous devons dire avec force et conviction, que nous unit aussi un présent de luttes, auxquelles nous ne pouvons renoncer, pour la liberté et l’indépendance définitive de nos nations.»

L’actualité des argumentaires de Malcom X et Hugo Chávez Frías prend force aujourd’hui plus que jamais, alors que dans le pays de Malcom le racisme revient en force tout comme les interventions militaires menées en Afrique par les puissances occidentales ainsi qu’une diplomatie d’intervention pour appuyer des groupes qui veulent des «solutions hors de la constitution», assortie d’une guerre médiatique permanente contre le Vénézuela, l’Argentine, le Brésil, l’Équateur et la Bolivie.Malcolm X sur les médias

Source : http://alainet.org/active/81163

Traduction : Julie Jarozsewski

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Islamar : une autre économie est possible

pescadores 1Au fur et à mesure que l’on avance sur la route, les faubourgs de la commune de Tubores laissent peu à peu la place à quelques hameaux isolés, à de vastes étendues de terres arides, couvertes ici et là, d’une végétation clairsemée. A l’horizon, par-delà une colline, se profile la Mer des Caraïbes dans toute sa plénitude ; une extension verte et bleue de la terre ferme, qui nous incite à poursuivre notre chemin.

A première vue, le complexe piscicole semble inoccupé. Telle une île installée au beau milieu du désert de l’île de Margarita, brûlé par le soleil. Toutefois, dès le portail franchi, le visiteur se trouve confronté à une odeur mêlée, celle de la mer et du poisson pêché, qui constitue l’ordinaire en quelque sorte, du Complexe Piscicole Islamar.

Luis Benito Marval a tout de celui qui passe plus de temps en mer que sur la terre ferme. Son regard exercé et son visage buriné, l’attestent. « Au moment où la construction du complexe a été lancée, j’avais de mon côté abandonné l’activité de pêcheur. Je m’étais reconverti dans la maçonnerie, ce qui m’a paermisde participer à son édification ». Tandis qu’il s’exprime posément, il surveille de près la fabrication d’andouillettes de poisson qui s’accumulent devant lui, sur la table en acier inoxydable. Outre les andouillettes l’entreprise mixte Islamar produit également des croquettes de poisson, dont la valeur ajoutée est la plus intéressante du fait de la mécanisation et des méthodes appliquées au conditionnement. Les filets de merlu, de dorade, de sardine, mais aussi les steaks de thon, sont partie intégrante de la production. Foto-destacada-Islamar

De sa voix traînante, Benito nous raconte que le recrutement du personnel s’est fait, à partir d’une série d’entretiens d’embauche, dont les conseils communaux de la zone avaient la responsabilité. En ce qui le concerne, c’est la communauté de Guamache qui a procédé à son désignation. Quant à la main d’oeuvre, elle a été recrutée sur des bases analogues. Enfin, la Mission Saber y Trabajo s’est chargée de la sélection et de l’évaluation des postulants. « C’est une situation nouvelle pour nous. Auparavant, les pêcheurs locaux n’intéressaient pas les entreprises. Ceux qui en ce moment travaillent, vivent en effet, ici même. D’une manière ou d’une autre, nos activités ont toujours été liées à l’halieutique ». C’est en ces termes que Benito s’exprime tout en surveillant son travail de près.

Les Conseils de Pêcheurs de Nueva Esparata fournissent la matière première que traite le Complexe piscicole. Les 12 personnes engagées dans cette première étape, participent à toutes les instances de production : le lavage des poissons ; l’éviscération ; le broyage ; le mélange qui débouchera sur la fabrication des andouillettes et des croquettes. Viennent ensuite, le conditionnement et l’empaquetage.

Benito

Benito

Benito ajoute qu’avant, il ne souciait pas de la bonne réussite ou non, d’entreprises telles qu’Islamar. Mais depuis que la communauté s’en occupe, il la défend becs et ongles. « Je me considère comme une partie de cette entreprise, parce qu’elle est à nous. La clé de la réuissite : se sentir impliqué, et par conséquent, avoir envie de travailler ». Un sourire se dessine sur son visage : « j’espère bien vivre un peu plus longtemps. Avoir une vieillesse un peu plus tranquille. Parce que la pêche vieillit rapidement son homme. Parce que celui qui est en mer, qui subit les assauts répétés du soleil, vieillit bien vite ».

Eleazar Villarroel, un pêcheur de 73 ans travaille également à Islamar. Il vivait à Los Roques. Il s’est vu dans l’obligation d’abandonner sa Margarita natale, car les résultats de la pêche en haute mer étaient de plus en plus mauvais. C’est dans ce contexte qu’il a rejoint le Complexe. Maryelis Leon, est une bien jeune mère célibataire, dont la timidité transparaît, lorsqu’elle s’emploie à nous dire de quelle manière elle recherche constamment l’efficacité. Et ce, afin que le peuple soit satisfait des produits issus du Complexe piscicole. Lesquels sont commercialisés chaque vendredi, à l’occasion de la foire qui voit ces mêmes travailleurs partager les fruits de leur travail avec l’ensemble des membres de la communauté. Il faut préciser que les produits sont vendus à des prix solidaires.

panorámica-trabajo-islamar

Histoire d’un changement de paradigme.

L’expérience d’Islamar s’ancre dans la réalité concrète depuis 2 ans maintenant. Mais l’idée d’une telle configuration est beaucoup plus ancienne, elle germe dès les premières années de la Révolution. En 2001, une nouvelle disposition légale relative à la Pêche et à l’Aqua-culture a vu le jour. A partir de cette date, un nouveau paradigme de la pêche dans son ensemble, a commencé à s’imposer. Il peut être circonscrit ainsi : rendre prioritaires le social et la souveraineté alimentaire ; la logique économique basée sur la recherche exclusive du profit leur étant désormais subordonnée. La reconnaissance et la protection d’un mode de pêche artisanal, en sera le corollaire.

« Quelques-uns des pêcheurs parmi les plus représentatifs se sont réunis. Nous avons jeté les bases d’un projet, qui visait dans ses grandes lignes à donner la possibilité à chaque pêcheur de confier le fruit de son travail à ce Complexe en devenir, aux fins de conditionnement. La vente directe -le peuple en étant le bénéficiaire- sera la dernière étape ». C’est le président d’Islamar et par ailleurs porte-parole de Nueva Esparta du ¨Frente National de Pescadores y acuicultores¨ (Front National des pêcheurs et aqua-culteurs), Luis Rodriguez qui parle ainsi

A partir de mars 2008, la réforme introduite par la loi soulève l’espoir de voir aboutir rapidement de ce projet. Ce changement de paradigme débouche sur la résolution d’une demande émanant de longue date, des travailleurs de la mer vénézueliens : l’interdiction définitive d’un mode de pêche industrielle au chalut/à la traîne. « La conservation du potentiel hydro-biologique visant au maintien dans la durée de l’halieutique, des pêcheurs et de la pêche en est l’esprit », ajoute Luis qui est de plus, partie prenante d’un des nombreux Conseils de Pêcheurs qui ont vu le jour à Nueva Esparta et qui ont obtenu de l’Etat, le statut d’interlocuteurs à part entière. Telle est l’une des retombées parmi les plus remarquables, de l’application effective de la nouvelle législation. Tripas-y-pescados-detalle-Islamar

« Nous avons été un maillon à part entière d’un processus qui a débouché sur l’élaboration de la loi. Nous nous sommes introduits au sein de ce dispositif participatif grâce à Chavez. Et grâce à cela, nous nous sommes lancés dans la concrétisation du projet qui nous tenait à cœur ». La construction du Complexe piscicole a débuté en 2009. C’est à partir d’août 2012, qu’il commencera à faire ses preuves. A l’heure actuelle, l’entreprise mixte destine 51% de sa production à l’Etat, en retour des crédits qui lui ont été alloués. Les Conseils de Pêcheurs se répartissent les 49% restants.

Pour Luis, le fait saillant de cette démarche, c’est son caractère exemplaire. Car elle démontre qu’une autre économie est possible. Il n’en demeure pas moins que des pans entiers de la pêche au Venezuela, dépendent toujours d’une perception proprement mercantile : des intermédiaires achètent aux pêcheurs le fruit de leur travail, qu’ils vendent à un prix élevé à ceux qui l’écouleront sur les marchés. L’aisance des touristes en matière de pouvoir d’achat, participe également de cette flambée des prix. En définitive, comme Luis le remarque, « c’est le marché qui fixe les prix. De ce fait, le capitalisme est enquisté dans cette manière de commercialiser . La mission d’Islamar, c’est de participer à la construction du socialisme. Il ne faut pas oublier la pratique d’une manière de troc consistant à échanger le poisson pêché contre des produits, du matériel de pêche. Et ce, à des prix solidaires afin de baisser les coûts ». L’idée globale consiste faire en sorte que les pêcheurs bénéficient de revenus réguliers. L’établissement de tarifs solidaires au profit de l’ensemble de la communauté, sera l’objectif ultime affiché. Luis termine en rappelant qu’« éliminer le rôle du revendeur et du spéculateur à l’origine de l’augmentation des prix, est la condition requise afin que le peuple puisse consommer les produits de la mer ». Selon lui, la tâche à laquelle il s’agit de s’atteler, c’est renouer avec l’état d’esprit originel de la communauté des pêcheurs, qui n’a jamais considéré le poisson comme une marchandise, mais comme l’un des éléments majeurs d’une forme d’économie de subsistance qui lui est propre depuis toujours.

La clé de tout : la persévérance.

Siège d'Islamar

Siège d’Islamar

L’édifice principal d’Islamar est pourvu d’une chambre froide de la taille d’un terrain de basket-ball ; d’une zone tout entière dédiée à l’éviscération du poisson et à la fabrication de pulpes qui en résulte ; mais aussi de la salle au sein de laquelle les andouillettes et les croquettes sont produites.

Au total 12 personnes sont employées à ce jour, parties prenantes de la première étape de ce projet pilote. Il faudra rapidement résoudre la question de la désignation de la nouvelle junte de Direction, afin de mener à bien cette tâche. Pour ce faire, il est prévu l’incorporation progressive de personnel nouveau. L’objectif à atteindre étant le suivant : élever le niveau de production à 50% de la capacité totale. Pour atteindre les 100% -c’est-dire 10 tonnes de production par jour- il faudra compter sur 70 personnes travaillant au sein du Complexe piscicole. Ce qui le rendra totalement opérationnel.Foto-grupal-Islamar

Cette jeune femme -Mariangel Salazar- était initialement professeur de chimie. Désignée par le conseil communal dont elle dépend, bénéficiant par ailleurs de l’entremise de la Mision Saber y Trabajo (mission sociale de formation professionnelle), , elle a rejoint Islamar en tant que chargée du contrôle de qualité. Mettant à profit sa pause-déjeuner, elle revient sur l’importance de cette expérience aux yeux de tous les membres de la communauté. « Tout cela est réellement gratifiant. C’est en effet la première fois que nous voyons au niveau de la commune, des personnes issues de la même communauté, des mêmes secteurs d’activité pouvoir profiter d’un bassin d’emploi tel que celui-ci. Car le bien-être consiste à pouvoir gagner sa vie dignement, en offrant aux communautés avoisinantes, d’accéder aux produits de la pêche ».

Son visage rubicond flanqué de lunettes professionnelles de couleur noire de taille imposante nous fait face. Mariangel se souvient des débuts de cette entreprise. Tout n’a pas été facile. Elle songe notamment aux pertes de temps résultant de l’inertie bureaucratique. Mais aussi du manque de moyens financiers qui ont obéré/retardé la mise en fonctionnement effective du Complexe. « La persévérance a été l’élément décisif. Si nous avions compté sur des aides extérieures, si nous avions fait appel à un spécialiste afin de venir à bout de ces difficultés, nous n’aurions pas avancé d’un pas ». Pendant que les travailleurs et travailleuses du Complexe ôtent masques et tabliers pour la pause obligatoire du déjeuner, les blagues fusent, les visages s’éclairent d’un sourire. Mariangel : « rien qu’à voir ces installations, nous constatons qu’Islamar est une belle réussite. Et toutes celles et ceux qui travaillent au sein de ce Complexe en sont comme confortés ».

Après la pause-déjeuner, la journée de travail reprend. Les andouillettes de poisson sont pesées et conditionnées. Ce sont à peu près 2 tonnes d’aliments qui chaque jour, sont produits. Outre la prise en compte des objectifs touchant à l’augmentation de la production, Luis indique que dans un futur proche, ils atteindront ce but : procéder à un échange d’expériences avec des entreprises socialistes se situant sur le territoire d’autres états. Et ce, afin que les unes et les autres puissent bénéficier d’une consolidation conjointe, assurant ainsi à chacune d’entre elle, une assise solide.

Islamar avance jour après jour, grâce à l’apport et aux efforts de chacun de ceux qui lui donnent vie. Pour Luis, « la participation des travailleurs aux décisions relatives à la production est l’essentiel. Nous devons nous doter d’un état d’esprit semblable à celui d’un essaim d’abeilles solidaires les unes des autres. Chacun d’entre nous est appelé à formuler des propositions. Nous en déduisons que c’est le meilleur moyen pour continuer à se développer. »

Luis Rodriguez

Luis Rodriguez

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/islamar-otra-economia-es-posible/

Texte : Martín Di Giácomo

Photos : Sabrina Porras

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/15/islamar-une-autre-economie-est-possible/

La mer libère

Simón Bolívar, par José Gil de Castro

Simón Bolívar, par José Gil de Castro

L’imaginaire conventionnel de notre indépendance vénézuélienne insiste sur de fulminantes charges dans les « llanos » et de rudes traversées des Andes. Mais, en tant qu’exilé ou envahisseur, Bolivar a sillonné la Caraïbe avec agilité, il a considéré les villes portuaires comme des points-clefs, il a fondé près des Etats-Unis la République indépendante des Florides, il a scellé l’Indépendance du Venezuela avec les batailles du lac de Maracaibo et de l’embouchure de l’Orénoque, il a mobilisé des armées par mer sur le Pacifique, il a planifié le Canal de Panama et avec l’aide du Congrès amphictyonique, il a préparé une invasion navale pour donner son indépendance à Cuba, comme je l’explique dans « La pensée du Libertador ». Pourtant peu de nos auteurs ont levé l’ancre avec ce capitaine qui comprit que la mer libère. Les Caraïbes auxquelles nous avons longtemps tourné le dos, sont intimement liées à notre futur.

Littérature sans Odyssée

En deux siècles de vie républicaine, les villes portuaires exportent des récoltes, des minerais et reçoivent des instructions et des modes culturelles en provenance des nouvelles métropoles sur des bateaux étrangers. Trois romans à peine parlent de notre mer : Cubagua, d’Enrique Bernardo Nuñez ; Damaso Velasquez, d’Antonio Arraiz, et Pirate, de celui qui vous parle. De rares contes décrivent notre monde marin : « Marina », de Romulo Gallegos, « Le navire Balandra Isabelle est arrivé cet après-midi » et « La main tout près du mur » de Guillermo Meneses, « Simeon Calamaris » d’Arturo Uslar Pietri, « La perle » d’Enrique Bernardo Nuñez. Ce sont des romans qui traitent davantage des ports que de la mer tempétueuse. Plus abondante et plus diversifiée est la poésie marine, depuis Cruz Salmeron Acosta jusqu’à Andrés Eloy Blanco, en passant par Ana Enriqueta Teran, Miguel Otero Silva, Aquiles Nazoa dans son magistral « Polo Doliente » (Pôle en souffrance) et Ramon Palomares dans son ontologique « L’enfant prodige ».

Écrans sans mer

De rares films, Araya de Margot Benacerraf et La balandra Isabelle est arrivé cet après-midi de Carlos Hugo Christensen, Simplicio de Franco Rubartelli et Carpion Milagrero de Michel Katz reflètent notre mer. Voici trois ans qu’attend « La Planta Insolente », ce projet de film de Roman Chalbaud sur l’agression du Venezuela par les cuirassés anglais, allemand et italien en 1902. L’océan absent des écrans sauve néanmoins notre vie. Nous confondons la mer avec le bonheur.Archipelago_los_Roques_Venezuela

Immigrés et révolutionnaires

Nos si longues côtes manquent-elles d’attrait pour la vie de la nation ? Fernand Braudel affirme que durant le temps de la Colonie la moitié du commerce avec l’Amérique s’est effectuée de façon illégale. Il en fut de même au temps de la République. C’est par la mer que sont arrivés les africains de Birongo, les sépharades de Coro, les allemands de la « Colonia Tovar » et les corses de Carupano ainsi que tous les autres flux torrentiels de migration. C’est sur la mer que sont partis, il y a un siècle, des plongeurs de l’île Margarita pour ramasser des perles dans la Mer Rouge. Tout juste José Rafael Pocaterra dans « Mémoires d’un vénézuélien de la décadence », Federico Vegas dans  « Falke » et Miguel Otero Silva dans « Fiebre » racontent-ils les invasions navales dignes de Don Quichotte contre Gomez. Pour tant de flots, cependant, il manque un Homère.

mare nostrum

Tankers et cargos

Il n’y a pas d’occupation physique de l’espace sans que cela génère un imaginaire d’une ampleur comparable. Au cours de mes années de navigateur à voile je n’ai presque pas rencontré de navigateurs vénézuéliens. Des entreprises transnationales de la pollution ont semé des déchets toxiques sur nos plages. Des multinationales de la pêche au chalut dévastent nos ressources. Des transnationales du tourisme installent des enclaves illégales dans des parcs nationaux comme celui de Los Roques. Le sabotage pétrolier de 2002 est venu nous rappeler à quel point nous dépendons de tankers qui exportent les hydrocarbures et des cargos qui importent de la nourriture. Depuis Curaçao nous visent des bases nord-américaines. Dans la Caraïbe, la quatrième flotte guette en nous menaçant. La Guyane et la Colombie se disputent avec nous pour nos eaux. Il y a peu, nous avons récupéré la Compagnie Vénézuélienne de Navigation qui nous met en communication avec le monde entier. C’est seulement en 2011 que nous avons déclaré Territoire insulaire Miranda nos îles et que nous avons centralisé leur administration à Los Roques. Pour que la mer soit nôtre, nous devons lui appartenir. Il ne suffit point de la sillonner : il faut la penser et la rêver.

Luis Britto García

conmapaLuis Britto García (Caracas, 9 octobre 1940) est un écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit  “Rajatabla” (Prix « Casa de las Américas » 1970) et “Abrapalabra” (Prix « Casa de las Américas » 1969).

 

Source : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2012/10/el-mar-libera.html

Traduction : Sylvie Carrasco

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/25/la-mer-libere/

A César ce qui est à Chirinos

Par Luis Britto Garcia

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Qu’a été le Venezuela pour nos romanciers ? Pour les romantiques, une compilation d’anecdotes de littérature picaresque et de genre ; pour les positivistes, un catalogue de tares raciales héréditaires aggravées par le métissage ; pour ceux de gauche, une étincelante violence prométhéenne. Néanmoins, au cours du dernier tiers du XXème siècle, se profile un genre narratif qui tente de récupérer une image du pays dépourvue de confrontation avec un projet sociopolitique à grande échelle. J’aime l’appeler la telluricité personnelle : le retour à la terre natale, ceci non pas selon la perspective du réformiste qui revient sous la forme d’un prédicateur, mais de celle d’un homme qui ne s’est jamais séparé spirituellement de sa région, au point de ne faire qu’une seule chose avec elle.

Carmen Navas

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Ce phénomène devient manifeste en 1970 avec « L’ossuaire de Dieu », d’Alfredo Armas Alfonzo. L’œuvre crée un modèle que suivront la majeure partie de ceux qui développent ce thème : le romancier qui se confond avec les personnages ; la simplicité et le colloquial dans le langage, la tension poétique, la fragmentation et l’extrême brièveté des textes. Ces traits caractérisent également Compagnon de voyage d’Orlando Araujo ainsi que les textes de sujet rural de Au pied de la lettre, livres publiés la même année. Les partagent aussi Redes maestras et Á deux pas à peine d’ Efrain Hurtado ; Merci pour les services rendus d’Orlando Chirinos ; Zone de tolérance de Benito Yradi, Mémoires d’Altagracia de Salvador Garmendia et Dictionnaire des fils à papa et Buchiplumas de César Chirinos. Il s’agit presque sans exception d’auteurs provinciaux qui ont cherché une vie nouvelle à la ville ; celles-ci leur semblent hostiles et inintelligibles et ils tentent de reconstruire une utopie sur les terres sacrées de leur souvenir. Presque tous, ils ont subi le choc culturel d’un déracinement précoce et une vie amphibie entre métropole et ruralité. Même César Chirinos, épitomé de zulianité, est né à Coro et résume de façon ancestrale l’héritage de l’hébraïsme sépharade, de l’africanité et des mille courants qui confluent dans les embarcadères de Coro et Zulia. Depuis 1632 les juifs sépharades qui parlent espagnol et, qui participent également au trafic d’esclaves africains, viennent de Hollande à Curaçao et de là à Coro. Un port est une agora où se retrouvent et se mêlent toutes les ethnies et toutes les cultures. Lors d’une interview César déclare au sujet de son parler : dans la Caraïbe tous ceux d’entre nous qui ont vécu dans les ports, nous avons ce langage propre à la Caraïbe.

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César reconstitue cette immense côte au moyen d’une dense élaboration linguistique : son terroir et ses origines trouvent leur fondement dans une façon de dire : un langage. Déjà dans les titres, des régionalismes agressifs nous assaillissent : El quiriminduña de los ñereñeres, Buchiplumas. Oui, nous sommes dans le baroque, la première des constantes de l’espace hallucinatoire de la Caraïbe : la complexité, la surcharge décorative qui, comme la chaleur, envahit tout. Lisons cette ligne initiale de El quiriminduña : » La main de trois doigts, arrondie, tremble dans l’une de ses pénombres ». Considérons cette fin de Desombresriendeplus : « C’est alors que ta plume et ta vie s’intègrent sublimement l’une à l’autre pour devenir poète et assumer la réciprocité des protagonistes terrestres et temporels et des protagonistes impérissables et universels, sans théomanie, rien qu’avec le symbole de ta volonté d’exprimer, exercé tel le métier guerrier de l’amour ». Dans la prose de César la fonction poétique prédomine, celle qui se rapporte au langage lui-même. Ainsi, comme l’auteur participe de ces héritages culturels africains, sépharades, coriens et zuliens, son écriture se meut entre la prose, la dramaturgie et le vers. Comme il déclare à Daniel Fermin : « Dans le passé, j’ai compris que la poésie ne suffisait pas pour dire ce que je voulais dire. Je l’ai abandonnée au profit du conte, du théâtre et du roman(…) A présent, j’utilise les ressources de ces trois genres pour faire des poèmes. Je reviens vers elle car j’ai épuisé la prose ».

César Chirinos

César Chirinos

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Mais qui dit baroque, dit musicalité et sensualité. Ecoutons César qui déclare à Yordi Piña : Bien sûr, parce que je suis fils d’afro-descendants. Je le dis toujours, en Afrique le sens guide l’ouïe, mais en occident c’est l’œil, mais celui-ci fait des erreurs. Avec l’oreille je recueille et je travaille avec ce qui se fait et non pas avec les êtres, comme dit Octavio Reyes, l’écrivain mexicain, qui a dit que ce qui se fait est un, alors que les êtres sont nombreux. Je suis spontané dans l’écriture car si je faisais des efforts je n’écrirais pas. Je vois les images et elles me poussent à écrire, même la plus simple. Avec ces boussoles sensorielles César parcourt ses labyrinthes, sans aide de parents illettrés et sans autre académie qu’un tardif doctorat Honoris Causa qui reconnaît une œuvre désormais accomplie. La mer et le lac évaluent les maîtres de la vie, attentifs au contretemps de l’infini.

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Mais les fêtes du corps de la Caraïbe ne sont qu’un déguisement pour le lointain, pour le détachement. Dans les romans du terroir le sujet s’affaiblit au moyen de la diffusion de l’anecdote qui concerne des centaines de petites créatures. Les personnages d’Alfredo Armas Alfonzo dans  L’ossuaire de Dieu et Le désert de l’ange, de César Chirinos dans Buchiplumas et Dictionnaire des fils à papa constituent une foule, des sujets collectifs. Leurs auteurs se refusent intentionnellement à faire de l’un d’eux un protagoniste. Ainsi, le personnage principal du Dictionnaire semble résumer la zulianité. Il a été homme Shell ou homme Creole, de ceux qui ôtent les boutons de manchette de leur chemise pour jouer au billard. Il a participé à des aventures imaginaires, comme le lancement d’un ballon aérostatique ; il est fidèle à la tradition qui préfère les sanitaires à chaîne Boy ; il conduit un camion jusqu’à ce que la foudre d’une syncope le précipite dans l’abîme. Dans cette profusion d’êtres et d’événements, même le narrateur, lorsqu’il se présente comme témoin des faits, semble effacé et flou. Le sujet n’est qu’une voix désireuse de se fondre et de se confondre dans l’immense communauté des voix, qui sont le souvenir. 

Un foule d’êtres sans voix et sans musique, de ceux qui incendient des universités et des écoles maternelles, a coupé des voies et m’a empêché de dire personnellement ces mots à cet admirable César. Jamais ils ne brûleront le symbole de la volonté du verbe, exercé tel le métier guerrier de l’amour.

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Liens utiles :

Chirinos, César: Diccionario de los hijos de papá. Edificaciones Guillo, Maracaibo. 1974.

-El Quiriminduña de los Ñereñeres. Monte Ávila Editores, C.A. Caracas,1980.

-Buchiplumas. Monte Ávila Editores C.A. Caracas, 1987.

-Mezclaje. Fundarte, Caracas, 1987.

-Sombrasnadamás. Editorial Planeta Venezolana S.A. Caracas, 1992.

Piña,Yordi: César Chirinos encuentra en haceres la tinta de su pluma caribeña, YVKE radio. 21-3-2014.

LBGPERSLuis Britto García (Caracas, 9 octobre 1940) est un écrivain vénézuélien. Professeur universitaire, essayiste, dramaturge. Parmi une soixantaine de titres, on lui doit  “Rajatabla” (Prix « Casa de las Américas » 1970) et “Abrapalabra” (Prix « Casa de las Américas » 1969).

 

Source de cet article : http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2014/04/al-cesar-lo-que-es-del-chirinos.html

Traduit de l’espagnol par Sylvie Carrasco

Photos : Luis Britto, Carmen Navas

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/22/a-cesar-ce-qui-est-a-chirinos/

« Afro-descendants du Venezuela… en avant toute ! » par Jesús Chucho García

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Un Odu de Ifa dit : « Ne préfère pas le sentier au chemin »

Le mouvement social afro-vénézuélien (MSA) (1) s’est jeté dans la bataille électorale pour appuyer le Plan Patria 2013-2019 légué par le président Chavez et pour mobiliser le vote en faveur du candidat bolivarien à la présidence Nicolás Maduro. Celui-ci incarne cet engagement d’approfondir la participation populaire dans la prise des décisions qui  transformeront notre société, vers un socialisme comme inclusion sociale, sans distinction de race, visant l’égalité pleine de toutes et tous les vénézuéliens. L’opposition de droite exprime, une fois de plus, sa nature raciste (2) et son adhésion aux politiques impériales, avec sa menace arrogante de supprimer la plupart des acquis sociaux de quatorze ans de révolution et dont bénéficient quatre-vingt pour cent des vénézuéliens. L’enjeu de l’élection présidentielle du 14 avril 2013, au-delà d’un suffrage en faveur des déshérités, est un modèle de coexistence sociale, souverain, antiraciste.

Les cinq objectifs du « Plan Patria 2013-2019 » et la participation du mouvement afro-descendant.

Avant le départ physique du président Hugo Chavez, s’est ouvert dès 2012 un débat citoyen parmi tous les secteurs du peuple vénézuélien pour construire le plan socialiste 2013-2019, qu’on peut lire in extenso ici : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

Ce plan, repris intégralement et soumis aux électeurs par le candidat Nicolas Maduro pour les présidentielles du 14 avril 2013, repose sur cinq objectifs stratégiques :

  1. La consolidation de notre indépendance, liée à l’irréversibilité de notre souveraineté.
  2. La construction du socialisme du XXIe siècle pour atteindre « le plus grand bonheur possible, la plus grande quantité de sécurité sociale et le plus haut niveau de stabilité politique » (Simón Bolívar).
  3. Transformer le Venezuela en puissance sociale, économique et politique au sein de la grande nation latino-américaine et caraïbe.
  4. Contribuer au développement d’une nouvelle géopolitique internationale multipolaire (le monde n’appartient plus à l’unipolarité: USA-Europe de l’Ouest) pour assurer la paix mondiale.
  5. La préservation de la vie humaine sur la planète et le sauvetage de l’espèce humaine.

    Jesus Chucho garcía

    Jesús Chucho García

Ces cinq objectifs ont été discutés ouvertement par le mouvement afro-descendant. Nous avons pu insérer nos propositions dans plusieurs de ces objectifs. Jamais jusqu’ici notre participation n’avait été prise en compte dans les douze plans stratégiques élaborés dans l’histoire de notre pays.

Dans l’objectif stratégique 1, sont à présent reconnues «les contributions morale et politique des afro-descendants tels que le héros José Leonardo Chirino, dans la construction de l’indépendance et de la souveraineté de notre pays. »

Dans l’objectif 2, est soulignée «l’émergence définitive du nouvel État démocratique et social, de droit et de justice, avec la participation des personnes afro-descendantes dans le développement du système fédéral de gouvernement.»

Dans l’objectif 4 – celui de «la construction d’un monde multipolaire» – l’intégration de notre Amérique Latine et dans les Caraïbes va au-delà d’une intégration économique, et vise l’intégration ethnique et l’inclusion de plus de 150 millions de personnes afro-descendantes historiquement exclues des vieux projets d’intégration néo-libérale.

A présent, des organismes comme l’ALBA, la CELAC, le MERCOSUR et l’UNASUR, contribueront à éliminer la pauvreté, à en apprendre davantage sur notre histoire commune, comme en ont convenu récemment les ministres de l’Éducation de la CELAC réunis à La Havane.

En ce qui concerne l’Afrique, ces projets et la «Lettre à l’Afrique», une des dernières lettres publiques du président Chavez, insistent sur la nécessité de créer des liens avec «la Mère-Patrie» et reconnaissent sa contribution à notre identité. Cette lettre doit être étudiée tant par nous comme afro-descendants que par les peuples d’Afrique et la diaspora africaine dans le monde. Son texte intégral est lisible ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/02/24/lettre-dhugo-chavez-a-lafrique-21-fevrier-2013-formons-un-seul-peuple-un-seul-continent-nous-ne-pouvons-rien-attendre-sinon-de-nous-memes/

L’agenda électoral des afro-vénézuéliens en 2013.

Redisons d’abord que jamais nos communautés n’avaient reçu un appui de l’Etat vénézuélien tel qu’il s’est manifesté au cours des quatorze années de la révolution bolivarienne.

Aujourd’hui, au sein des plus de deux millions d’étudiants dans nos universités publiques, un grand pourcentage est afro-descendant. Nous avons aujourd’hui plus de terres agricoles pour notre consommation, avec des soutiens sous forme de prêts financiers et de dotations de machines. Nos pêcheurs artisanaux sont également soutenus, et dans de nombreuses communautés l’exploitation sociale et la destruction écologique causées par la pêche industrielle ont disparu. Le système de santé publique parvient à nos communautés rurales et urbaines. Les femmes afro-vénézuéliennes bénéficient des programmes de soutien socio-productif tels que «Mères de quartiers» et «Banque de la Femme». (3)

L’agenda électoral du mouvement afro-descendant vise à défendre des points spécifiques du Plan Patria 2013-2019. Le mouvement a déjà organisé une série de débats et de forums à Caracas, Osma, Barlovento et continuera cette semaine ces activités à Ocumare del Tuy, Valencia, San Juan de los Morros, Yaracuy, dans le sud du lac de Maracaibo et dans toute l’afro-géographie nationale.

Tâches futures du processus bolivarien vis-à-vis des afro-descendants.

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Créer l’Institut national contre la discrimination raciale. Rédiger le règlement de la Loi déjà approuvée contre la discrimination raciale. Créer la figure du médiateur et défenseur public des droits des communautés afro-descendantes. Redimensionner la Commission présidentielle contre la discrimination dans l’éducation. Favoriser la diffusion de textes scolaires sur les thèmes afro-vénézuéliens et africains. Inclure dans la Loi du Culte de la reconnaissance de la spiritualité afro-descendante. Reprendre la discussion de la Loi de la Culture avec les propositions des afro-descendants. Repenser les politiques culturelles avec une plus grande inclusion de la diversité culturelle afro-vénézuélienne. Créer au niveau des politiques publiques des espaces pour recevoir et traiter les revendications des communautés afro-descendantes, au sein des ministères et des institutions suivantes : Ministère des Communes, de la Santé, de la Femme, de la Jeunesse, de l’Agriculture, de l’Environnement, Institut National de la Statistique, Ministère de la Communication (soutien aux radios et Tvs communautaires afro-vénézuéliennes), INAPYMI (petites et moyennes entreprises), Corporation du Cacao, INAPESCA (pêche), pour que ces demandes servent de base contraignante aux politiques de développement soutenable de nos communautés.

Sur le plan international, concrétiser les accords de la quatrième réunion « afro-descendants et transformations révolutionnaires »: création du fonds afro de l’ALBA,  du Fonds de solidarité avec Haïti, création du Comité Afro-descendant de la CELAC, participation au Forum de Sao Paulo, conception d’un plan d’action dans le cadre de la « Décennie des peuples afro-descendants » (2012-2022),

Jesús Chucho García (4)

VENEZUELA  AFRODESCENDIENTE

Notes :

  1. Blog du Mouvement Social Afro-vénézuélien : http://movimientosocialafrovenezolano.blogspot.com/p/quienes-somos.html
  2. Sur le racisme de l’opposition vénézuélienne et de ses médias (majoritaires) : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  3. « Banco de la Mujer » (Banque de la Femme) : http://www.minmujer.gob.ve/banmujer/
  4. Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel, diplomate et fondateur/activiste du mouvement afro-descendant vénézuélien, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf )

Articles liés :

  1.  « Le jour où le Burkina Faso fabriqua son drapeau bolivarien »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/20/video-esp-fr-le-jour-ou-le-burkina-faso-fabriqua-son-drapeau-bolivarien-el-dia-que-burkina-faso-tejio-su-bandera-bolivariana/
  2.  « Pourquoi l’Afrique doit impérativement s’inspirer de Hugo Chavez »https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/23/pourquoi-lafrique-doit-imperativement-sinspirer-dhugo-chavez-libre-opinion/
  3.  « Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne », https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/
  4.   « Il est temps pour nous, intellectuels d’Amérique Latine, d’Asie, d’Afrique, de montrer que nous vivons dans un monde d’apparences« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/31/boubacar-boris-diop-il-est-temps-pour-nous-intellectuels-damerique-latine-dasie-dafrique-de-montrer-que-nous-vivons-dans-un-monde-dapparences/

Source (espagnol) : http://www.alainet.org/active/63054&lang=es

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/07/afro-descendants-du-venezuela-en-avant-toute-par-jesus-chucho-garcia/

Le jour où Miss Mundo leva le poing

10 janvier 2013 à Caracas

Caracas 10 janvier 2013 : une image invisible dans les médias occidentaux.

Isidro López est un jeune au visage creusé par le soleil et par l’adversité, avec un air de vieux sage. Pour ce paysan venu du Paraguay et qui fend la foule en portant son « mate » (thé) à la main, « le peuple vénézuélien descend dans la rue pour défendre sa révolution ». Puis, rapidement, d’une voix douce : « parce que ce n’est pas sa révolution ; c’est la révolution du continent « . Il y a quelques années il débarquait au Venezuela, postulé par les organisations paysannes de son pays, pour étudier à l’Institut Universitaire d’Agro-écologie Paulo Freire (projet initié par Chavez, Via Campesina et les Sans Terre du Brésil). Il reprend la phrase qui court de bouche en bouche : « Nous sommes tous Chávez. Tous les paysans du Paraguay nous appuyons la Révolution Bolivarienne ». Walterio Lanz, lui, a toutes les années de la terre, du « llano » précisément. Né dans l’Orient vénézuélien, il vit sur les rives du fleuve Apure. Visage aimable, barbe blanche, il a semé aux quatre coins du pays. Il marche, attentif à ne piétiner aucune plante, livrant de brèves explications sur leur capacité à pousser malgré les habitants de Caracas. En souriant, il jette un regard à la ronde : « C’est un message fort que les gens envoient au Département d’État des États-Unis. Bien sûr que les idiots de certains secteurs ne comprennent pas ce langage ». Voir des centaines de milliers de personnes déborder l’avenue Urdaneta alors que sur le podium tout au fond, Chavez n’est pas là, ne le surprend pas. Pour lui c’est une preuve de la maturité politique que les vénézuéliens ont forgée en une décennie. « Le peuple montre la voie. Il a compris et assumé le fond de cette lutte : marcher vers le socialisme. Il n’y a pas d’autre voie.»« Le peuple est sage et patient/Il sait calculer les temps… » Du haut du podium, la chanson d’Ali Primera salue la gigantesque concentration populaire, une des plus massives de l’histoire du Venezuela. Les chefs d’État, les ministres des affaires étrangères de 27 États latino-américains et des Caraïbes sont présents. La Caracas survoltée de ce 10 janvier 2013 rappelle irrésistiblement celle du 13 avril 2002. Le peuple s’était mobilisé pour faire échouer en 48 heures un coup d’État contre Chavez organisé par les médias privés nationaux et internationaux, le patronat, des militaires d’extrême-droite et les experts de la CIA. Ces dernières semaines, l’internationale du Parti de la Presse et de l’Argent a tenté de rééditer le coup d’État en martelant l’idée d’un « vide de pouvoir ». C’était compter sans un peuple « sage et patient » mais toujours prêt à descendre dans la rue quand il le faut pour défendre son vote. Ce 10 janvier cette multitude a célébré le premier jour du nouveau mandat de six ans de Hugo Chavez, réélu en octobre dernier avec 54 % des suffrages. La prise de fonctions officielle se fera au terme de sa convalescence comme l’y autorise la Constitution (1). Mais en voyant ce peuple accompagné par le gouvernement bolivarien et ces chefs d’État venus de toute l’Amérique Latine, jurer main levée de mettre en oeuvre le programme socialiste sorti des urnes, on sent que le vieux rêve du président – « Chavez ce n’est plus moi, c’est toi enfant, c’est toi, femme, c’est toi paysan, je ne suis plus Chavez, je suis un peuple, carajo ! » – n’est pas si déraisonnable. Même Miss Monde est là, levant le poing. La vénézuélienne Ivian Sarcos est la cible des médias privés (majoritaires au Venezuela) qui ne lui pardonnent pas de s’être libérée de la condition de femme-objet et de prouver qu’on peut être à la fois « Miss Mundo» et citoyenne engagée. En 13 ans de révolution, la condition de la femme a avancé à pas de géants. « Pas de socialisme sans féminisme » a lancé un jour Chavez. Et ce 10 janvier elles sont là, Miss ou pas, en première ligne. ivian100113_1 Anita Castellanos n’aime pas qu’on lui parle de “prise de fonctions sans Chavez » ou de « serment symbolique« . Elle a revêtu les trois couleurs de la Patrie et pleure seule au bout du Pont Llaguno. « « Il est ici, tu sais pourquoi ? Parce que chacun de nous sommes lui; nous l’avons amené là où il est. N’oublie pas que nous sommes plus de huit millions à avoir voté pour lui. Pour nous cet homme a prêté serment depuis longtemps« . Elle vient de Santa Teresa del Tuy et avec la clarté de celle qui a lu et relu la constitution, rappelle que « la souveraineté réside de manière inaliénable dans le peuple ». « C’est le peuple qui décide. L’opposition se trompe : c’est le peuple qui a fait la constitution ». Pour Ana, les défis du mandat 2013-2019 sont la lutte pour les missions sociales et pour préserver les conquêtes sociales. Une pause, un soupir, un geste pour effacer ce qu’elle vient de dire : « le travail, c’est de ne pas laisser mourir cette révolution parce que bien sûr qu’elle existe par Chávez, mais le peuple existe en premier lieu». Lugo y Maduro« Lugo, Lugo. Lugo ! ». Fernando Lugo, président légitime du Paraguay, victime il y a quelques mois d’un putsch parlementaire, monte à la tribune : « En voyant toutes ces banderoles qui disent je suis Chavez, je sais que même absent, il est ici, parmi vous, et pas seulement sur ces banderoles mais profondément au coeur de toute l’Amérique Latine… Le Venezuela subit une guerre médiatique mais personne ne peut nier le leadership et la victoire écrasante du président Chávez. Il a installé un modèle différent, c’est une personne sensible qui sent ce que sent le peuple, le perçoit et le comprend. Il y a un nouveau paradigme de leadership en Amérique Latine, avec un ingrédient principal : les demandes sociales qui furent toujours reportées. On ne peut nier que quelque chose de nouveau est en train de se passer. Le Venezuela changera avec Chavez ou sans Chavez, de même que le Paraguay changera avec ou sans Lugo, ces processus sont irréversibles. »

The presidents from Bolivia and Uruguay also came today to show their support. Pictured here, Bolivian president Evo Morales, ex

Le président bolivien Evo Morales, le président paraguayen Fernando Lugo et le vice-président du Venezuela Nicolas Maduro, Caracas, 10 janvier 2013.

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Le Chancelier Carlos Timmerman (Argentine)

Cristina Fernández et Hugo Chávez.

Carlos Timmerman, Ministre argentin des Affaires Étrangères informe que « la présidente Cristina Fernandez fait route vers La Havane pour y rencontrer le président Chavez. Nous, argentins, appuyons totalement votre victoire électorale d’octobre. Et nous savons qu’avec votre appui nous récupèrerons  les îles Malouines, et que nous vaincrons ensemble le colonialisme. »

Ricardo Patiño, Ministre des Affaire Étrangères de l’Équateur.

Au nom du Président Correa retenu par sa campagne électorale, le chancelier équatorien Ricardo Patiño rappelle que malgré les experts en science politique, « Chavez est passé de 3 millions 600 mille votes en 1998 à 8 millions en octobre 2012. Que les ennemis de la démocratie ne s’y trompent pas, les peuples et les pays d’Amérique Latine sommes solidaires.». images (2)Le vice-président du Salvador Sanchez Ceren, candidat de la gauche aux futures présidentielles dans son pays (photo), dénonce « les mensonges des grands médias. Nous devons faire entendre notre voix dans le monde, pour un jour vaincre le mensonge ». diaz canel (cuba)Pour Miguel Díaz-Canel, vice-président du Conseil des Ministres de Cuba (photo) : « ce ne fut pas facile de construire une révolution, en si peu de temps seul un peuple nourri de son histoire pouvait réaliser autant de conquêtes sociales. L’Amérique Latine ne permettra pas une déstabilisation de plus». media_l_148801Pour le Président du Suriname Désiré Bouterse (photo), « il n’y a pas que lorsque le soleil brille que nous sommes amis, nous le sommes aussi dans les moments difficiles, nous les pays pauvres d’Amérique Centrale, des Caraïbes et d’Amérique Latine, réunis par une lutte commune, contre la pauvreté, pour la souveraineté, et nous faisons confiance à Chavez et à son peuple. » Evo-Morales1-300x225 Le président Evo Morales se dit « surpris par le caractère massif de cette concentration et la présence de tant de gouvernements. Nous aimerions, je le dis sincèrement, avoir cette quantité de mobilisation en Bolivie et en Amérique Latine. En arrivant ce matin, je me suis rappelé que Chavez nous attendait pour des réunions suivies de réunions, et pour les arepas du petit déjeuner. Aujourd’hui en mangeant l’arepa, je me suis senti de nouveau avec lui. Je me rappelle comment CNN disait que Fidel etait mort, et jamais il ne mourait… En Bolivie aussi nous avions des forces armées désidéologisées, qui faisaient peur aux enfants parce que les soldats étaient utilisés pour tuer. Nous avons expulsé les nords-américains de notre État-major, comme au Venezuela. Ce qui garantit la révolution bolivienne, ce sont les mouvements sociaux alliés à des forces armées conscientes. Si les images de Bolivar et de Sucre sont dans toutes nos écoles et dans les bureaux de nos  mouvements sociaux, l’image de Chavez est dans la conscience de tous les boliviens. Unité au Venezuela, unité en Amérique Latine, unité des peuples du monde contre l’impérialisme et le capitalisme ! » Daniel Ortega Daniel Ortega, président du Nicaragua : « Je n’oublie pas la phrase de Bolivar qui avouait, amer, au terme de ses batailles, avoir labouré la mer. Aujourd’hui nous pouvons dire à Bolivar, à deux siècles de distance, qu’ici au Venezuela et dans toute l’Amérique Latine, Hugo Chavez n’a pas labouré la mer mais les coeurs de nos peuples. Je viens d’une région, le Salvador, le Guatemala, le Nicaragua où des centaines de milliers de vies furent détruites lors des conflits armés. Combien de sang Hugo Chavez n’a-t-il épargné aux vénézuéliens en choisissant la voie électorale pour mener sa révolution ! Ce fut comme défier les lois de la gravitation, nous étions sceptiques, nous pensions au coup d’État contre Allende, mais Chavez a réussi son pari, il a ouvert une nouvelle étape pour les peuples. Les vautours ne se rendent pas compte qu’ici le peuple est plus vivant, combatif que jamaisRalph GonsalvesLe soutien des chefs d’État des Caraïbes, ignoré par les médias, parle d’un tournant essentiel dans la politique étrangère du Venezuela qui avant Chavez tournait le dos à ces alliés pourtant si proches. Parmi eux, Ralph Gonsalves, premier ministre de San Vicente et Granadinas : « C’est la plus grande foule que j’ai pu voir dans ma pourtant longue carrière politique. Si l’impérialisme n’a pas reçu le message que lui ont envoyé les élections présidentielles, si l’impérialisme n’a pas reçu le message de l’élection des gouverneurs en décembre, il le recevra aujourd’hui. Chavez est un espoir, en particulier pour les travailleurs, les pauvres, les marginaux, toutes les victimes de discriminations. Nous l’aimons d’une manière qui ne sera jamais vaincue. Il nous a donné PetroCaribe et l’ALBA et a uni l’Amérique Latine et les Caraïbes. » Pour la militante colombienne des droits humains Piedad Córdoba (photo), « c’est un honneur d’être témoin de ce processus impressionnant, merveilleux. Alors que les médias du monde entier veulent faire croire que le Venezuela vit une débâcle, le peuple a démontré dans la rue qu’il n’en est rien et qu’il est capable d’assumer le pouvoir, la continuité institutionnelle est parfaitement assurée.

En concluant le meeting le vice-président vénézuélien Nicolas Maduro a mis en garde contre les plans d’une extrême-droite toujours prête à exécuter la commande médiatique mondiale de monter des affrontements pour fournir quelques morts aux caméras et déstabiliser le pacifisme électoral des bolivariens. « Les médias du monde entier mentent, mentent et mentent tous les jours en disant que la révolution est finie, nous le voyons bien quand les délégués étrangers débarquent ici la tête pleine de doutes et de préoccupations, et sont surpris de voir qu’ici nous ne nous battons pas entre nous, mais que nous sommes au travail. »

L’Amérique ou Les Indes

Les médias occidentaux qui nous ont refait pendant treize ans un remake de « Tintin et les Picaros » au lieu de s’intéresser à la démocratie vénézuélienne auraient dû y penser : il est plus difficile d’enterrer un peuple qu’un homme, surtout si ce peuple est plus conscient de jour en jour. Ont-ils cru vraiment à leur Fin de l’Histoire ? Voici nos petits soldats du Parti de la Presse et de l’Argent cherchant dans une dernière tentative d’arrêter l’Histoire en marche, un cimetière pour y enterrer Chavez, et vite. On ne pourra pas dire qu’ils n’ont pas essayé depuis longtemps. Les Jean-Pierre Langelier (« Le Monde ») qui depuis Rio de Janeiro annonçaient la « catastrophe économique » du « Parti Unique » ; les Sylvie Kaufman réduisant quelques centaines de milliers de manifestants chavistes à « une petite foule » ; les David Pujadas qui envoyaient tous les soirs Kadhafi et Al-Assad en exil chez-leur-ami-dictateur-du-Venezuela ; les Lamia Oualalou dénonçant la « militarisation croissante du régime » et le fait que « l’opposition ait de moins en moins d’espace pour s’exprimer » ; les Plantu estimant qu’«il n’est pas possible de s’exprimer librement quand Hugo Chavez est président de la république au Venezuela » ; les Paulo Paraguana réussissant la performance d’attribuer la création de la Communauté des Etats latino-américains et des Caraïbes (Celac) au… Mexique ; les Gérard Thomas réduisant le Venezuela à un « castrisme new look » et à un « néopopulisme socialisant » ; les Caroline Fourest reprochant à Chavez « une vraie passivité envers le trafic de drogue (et ce qu’il génère), une vraie tendresse pour le Hezbollah et plus globalement une politique mégalomane, messianique et clientéliste qui n’a rien de socialiste » et dans le même rayon « bobos de gauche », les Marc Saint-Upéry « surpris par la chute vertigineuse de la popularité de Chavez dont il ne restera au fond qu’un coup de peinture rouge sur le capitalisme » ; les Jacobo Machover effondrés devant le résultat de la dernière présidentielle – « car c’est le conservatisme le plus rance qui se maintient au pouvoir, ce « socialisme du XXIe siècle » qui n’est, après tout, qu’une pâle copie du castrisme dans une république non pas bananière mais pétrolière  » ; les Alexandre Adler et son «  gorille bolivarien antisémite qui confisque le pouvoir » pour instaurer « une dictature rouge-brune , étroitement alliée à Cuba »… sans oublier, dernier venu d’une morgue parisienne assumée comme esprit critique, un certain Francois-Xavier Freland que les télévisions invitent à répéter pour qui ne l’aurait pas encore compris que « le Comandante est un bavard égocentrique ». Après tout le Venezuela réel ne les intéressera jamais. Les latino-américains ne servent qu’à satisfaire le besoin interne de se positionner dans l’arène franco-française. Comme à l’époque où les courtisans se pressaient à Versailles pour voir les sauvages emplumés des “Indes Galantes”. Plus qu’un clivage idéologique, c’est un clivage sociologique que ce mépris royal pour les « sauvages » révèle. Ce sont les mêmes « journalistes » qui frappaient sur les doigts des français « ignorants » lorsqu’ils osèrent dire non à un traité libéral européen. Comment transmettre la ferveur de ce jeudi 10 janvier 2013 à Caracas ? « América Latina », la célèbre chanson de Calle 13 y aide sans doute, accompagnée ici par l’Orquesta Sinfonica Simón Bolívar de la République Bolivarienne, exemple de la libération du talent de ceux qui jusqu’ici étaient écartés de la « Culture ». Les derniers vers de la chanson disent en effet : « Ici on partage. Ce qui est à moi est à toi ». S’il est une chose que la plupart des médias français ne comprendront jamais, s’il est un exemple que peuvent offrir au monde les vénézuéliens, c’est que la politique peut être autre chose que le lieu du cynisme, des rivalités de look et du calcul, et qu’elle peut encore être synonyme de solidarité désintéressée. 639x360_1357657410_jose-mujica Au nom de la première république libre des Amériques, Haïti, le premier ministre Laurent Lamothe a rappelé l’aide offerte par le Venezuela : 300 000 personnes alphabétisées, 120.000 mille enfants bénéficiant de l’école gratuite : « C’est pour cette coopération désintéressée que le peuple haïtien aime de tout son coeur le Venezuela. ». Pour José « Pepe » Mujica, le président de l’Uruguay venu lui aussi à Caracas, « personne n’a pratiqué cette solidarité autant que le peuple vénézuélien. Chávez, au moment où nous en avions besoin, s’est souvenu de mon peuple, ne nous a pas tourné le dos et a mis en pratique un type de solidarité qui n’a plus cours dans le monde. Qu’il serait facile d’en finir avec la pauvreté dans le monde ! Mais nous aurions besoin de quelques gouvernants comme lui. » Thierry Deronne, avec Neirlay Andrade (AVN), Caracas 11 janvier 2013. Voir la chanson : http://youtu.be/nscnAQFs6iA

Español

Le français

Soy, Soy lo que dejaron, soy toda la sobra de lo que se robaron. Un pueblo escondido en la cima, mi piel es de cuero por eso aguanta cualquier clima. Je suis, Je suis ce qu’on a laissé Je suis les restes de ce qu’on a voléçUn peuple caché dans les sommets,Ma peau est de cuir c’est pour ça qu’elle résiste à tous les climats.
Soy una fábrica de humo, mano de obra campesina para tu consumo Frente de frio en el medio del verano, el amor en los tiempos del cólera, mi hermano. Je suis une usine de fumée Main d’oeuvre paysanne pour ta consommation Front de froid au milieu de l’été,L’amour aux temps du choléra, mon frère.
El sol que nace y el día que muere, con los mejores atardeceres. Soy el desarrollo en carne viva, un discurso político sin saliva. Le soleil qui naît et le jour qui meurt,Avec les meilleurs couchers de soleils ;Je suis  le développement  en chair et en os,Un discours politique sans salive.
Las caras más bonitas que he conocido, soy la fotografía de un desaparecido. la sangre dentro de tus venas, soy un pedazo de tierra que vale la pena. Les visages les plus jolis que j’ai rencontrés,Je suis la photo d’un disparu,Le sang dans tes veines,Je suis un morceau de terre qui en vaut la peine.
Una canasta con frijoles, soy Maradona contra Inglaterra anotándote dos goles. Soy lo que sostiene mi bandera, la espina dorsal del planeta es mi cordillera. Un panier de haricots,Je suis Maradona contre l’Angleterre marquant deux buts.Je suis ce qui porte mon drapeau,L’épine dorsale de la planète est ma cordillère.
Soy lo que me enseño mi padre, el que no quiere a su patria no quiere a su madre. Soy América Latina, un pueblo sin piernas pero que camina. Je suis ce que m’a appris mon pèreCelui que n’aime pas sa patrie, n’aime pas sa mère.Je suis l’Amérique Latine,Un peuple sans jambes mais qui marche.
Tú no puedes comprar al viento. Tú no puedes comprar al sol. Tú no puedes comprar la lluvia. Tú no puedes comprar el calor. Tú no puedes comprar las nubes. Tú no puedes comprar los colores. Tú no puedes comprar mi alegría. Tú no puedes comprar mis dolores. (Bis) Tu ne peux pas acheter le vent. Tu ne peux pas acheter le soleil. Tu ne peux pas acheter la pluie.Tu ne peux pas acheter  la chaleur.Tu ne peux pas acheter les nuages.Tu ne peux pas acheter les couleurs.Tu ne peux pas acheter ma joie.Tu ne peux pas acheter mes douleurs.(Bis)
Tengo los lagos, tengo los ríos. Tengo mis dientes pa` cuando me sonrío. La nieve que maquilla mis montañas. Tengo el sol que me seca y la lluvia que me baña. J’ai les lacs, j’ai les rivières.J’ai mes dents pour quand je souris.La neige qui maquille mes montagnes.J’ai le soleil qui me sèche et la pluie qui me baigne.
Un desierto embriagado con peyoteun trago de pulque para cantar con los coyotes,todo lo que necesito. Tengo a mis pulmones respirando azul clarito. Un désert ivre de peyotlUne gorgée de pulque pour chanter avec les coyotes, tout ce dont j’ai besoinJ’ai mes poumons qui respirent le bleu clair.
La altura que sofoca. Soy las muelas de mi boca mascando coca. El otoño con sus hojas desmayadas. Los versos escritos bajo la noche estrellada. La hauteur qui étouffe.Je suis les dents de ma bouche mâchant la coca,L’automne avec ses feuilles évanouiesLes vers écrits sous la nuit étoilée.
Una viña repleta de uvas. Un cañaveral bajo el sol en Cuba. Soy el mar Caribe que vigila las casitas, Haciendo rituales de agua bendita. Une vigne remplie de raisinsUn champ de canne sous le soleil de Cuba,Je suis la mer Caraïbe qui protège les petites maisonsen faisant des rituels d’eau bénite.
El viento que peina mi cabello. Soy todos los santos que cuelgan de mi cuello. El jugo de mi lucha no es artificial, Porque el abono de mi tierra es natural. Le vent qui coiffe mes cheveuxJe suis tous les saints qui pendent à mon couLe jus de ma lutte n’est pas artificielParce que l’engrais de ma terre est naturel.
Tú no puedes comprar al viento. Tú no puedes comprar al sol. Tú no puedes comprar la lluvia. Tú no puedes comprar el calor. Tú no puedes comprar las nubes. Tú no puedes comprar los colores. Tú no puedes comprar mi alegría. Tú no puedes comprar mis dolores. Tu ne peux pas acheter le ventTu ne peux pas acheter le soleil.Tu ne peux pas acheter la pluie.Tu ne peux pas acheter  la chaleur.Tu ne peux pas acheter les nuages.Tu ne peux pas acheter les couleurs.Tu ne peux pas acheter ma joie.Tu ne peux pas acheter mes douleurs..
No puedes comprar el sol. No puedes comprar la lluvia. (Vamos caminando, vamos caminando.Vamos dibujando el camino) No puedes comprar mi vida.(Vamos caminando) LA TIERRA NO SE VENDE. Tu ne peux pas acheter le soleil. Tu ne peux pas acheter la pluie, nous marchons, nous marchons,en dessinant le chemin)Tu ne peux pas acheter ma vie.(Nous marchons).LA TERRE NE SE VEND PAS.
Trabajo en bruto pero con orgullo, Aquí se comparte, lo mío es tuyo. Este pueblo no se ahoga con marullos, Y si se derrumba yo lo reconstruyo. Du travail brut mais fierIci on partage, le mien est tien,Ce peuple, on ne le noie pas avec des houlesEt si s’effondre je le reconstruis.
Tampoco pestañeo cuando te miro, Para que te acuerdes de mi apellido. La operación cóndor invadiendo mi nido, ¡Perdono pero nunca olvido! Oye!! Je ne cille pas quand je te regarde, Pour que tu te rappelles mon nom.L’opération Condor envahissant mon nid,Je pardonne mais je n’oublie jamais,Ecoute !!!!
(Vamos caminando) Aquí se respira lucha. (Vamos caminando) Yo canto porque se escucha. (On marche)Ici on respire la lutte.(On marche)Je chante pour qu’on l’entende.
(Vamos dibujando el camino) Aquí estamos de pie ¡Que viva La América! (Nous dessinons le chemin)Ici nous sommes debout!Vive l’Amérique !
No puedes comprar mi vida. Tu ne peux pas acheter ma vie.

Traduction de la chanson: Rory Alejandra Rojas Note:

(1) Ce qui a donné à l’AFP l’occasion de diffuser son premier mensonge de l’année : « La Constitution prévoit que le chef de l’Etat élu doit prêter serment le 10 janvier devant l’Assemblée nationale au cours d’une cérémonie qui doit se dérouler au Venezuela et ne peut être reportée ». C’est totalement faux, puisque la constitution vénézuélienne stipule, comme une sentence du Tribunal Suprême de Justice vient de le confirmer, qu’un président élu peut prêter serment à une date ultérieure si les circonstances l’exigent. En 2012 l’AFP avait diffusé un montage vidéo qui laissait entendre que le président Amadinejad et Hugo Chavez s’apprêtaient à tirer des missiles depuis Caracas sur les États-Unis. Voir le billet de Théophraste (10/1/2012) dans Le Grand Soir et  http://www.legrandsoir.info/hugo-chavez-l-agence-france-presse-et-le-role-des-medias.html

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/11/le-jour-ou-miss-mundo-leva-le-poing/

Coopération Venezuela-Haïti : Lenteur ou blocage ?

Le Président Hugo Chavez est réélu le 7 octobre dernier pour un autre mandat de 6 ans. L’investiture du Président Chavez aura lieu le 10 janvier 2013.Un pas additionnel est franchi dans la lutte engagée pour l’élimination des iniquités sociales, l’épanouissement humain des vénézuéliens et la poursuite de la collaboration franche et entière entre les peuples luttant pour leur émancipation.

Réélu à partir d’un bilan positif, incontestablement remarquable, que ses adversaires tant nationaux qu’internationaux ne peuvent ignorer malgré leurs contorsions. Le Président Chavez ne se démarquera point de la ligne socialo bolivarienne tracée par les dirigeants de la révolution.
Ce pays de l’Amérique latine ayant le plus grand nombre de millionnaires est à la croisée des temps. Pour la première fois la manne découlant du boum pétrolier a été mise au service du pays et de la population, en particulier des autochtones (6% de la population de 30 millions).
Faisons parler les chiffres :
• Outre l’accès à la santé, plus de deux millions de femmes bénéficient d’un régime de sécurité sociale.
• Les retraités sont passés du nombre de 200 000 mille en 1998 à 2 300 000 en 2011.
• Au niveau universitaire, le nombre d’étudiants passe de 980 000 en 1998 à 2 100 000 en 2011.
• Grâce à la réforme agraire 24 700 000 tonnes d’aliments furent produits en 2010 contre 17 160 577 tonnes en 1998, une progression de 44%
• La pauvreté a régressée entre 2002 et 2010 de 46.6% à 27.8%.
• La pauvreté extrême, durant la même période est passée de 22.2% à 10.7%.
• Le Venezuela a le niveau d’inégalité le plus faible de la région
A l’hystérie de la grande presse internationale qui, un mois avant la tenue du scrutin, appelait à la vigilance, annonçait des turbulences venant des « pro-Chavez », affirmait que les 2 candidats étaient nez à nez, nous opposons cette déclaration de l’ex président américain, Jimmy Carter, faite le 22 septembre 2012 : « en réalité sur les 92 élections dont nous avions surveillé les déroulements, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur au monde ». A l’issue de ces joutes le taux de participation fut établi à 80.9% des électeurs. 54.42% des votes exprimés sont en faveur d’Hugo Chavez et 44.97% sont allés à Capriles Radonski.
La défaite a trois visages : celui de la droite vénézuélienne et latino américaine- celui des Etats Unis et leurs alliés européens – celui des média dominants nationaux et internationaux.
« Ta victoire est la nôtre », a dit l’ex président du Brésil, Luiz Inácio Lula, s’adressant à Hugo Chavez le 6 juillet 2012. A l’instar de l’ex président brésilien nous disons que la réélection de Chavez à la tête du Venezuela est une victoire pour les peuples aspirant à la liberté, la dignité, au bien-être et à l’équité tant économique que social.
Le Président Martelly en partance pour l’Amérique du Sud en décembre de l’an dernier lors du sommet des Chefs d’Etat des Pays de l’Amérique Latine et de la Caraïbe (CELAC) déclara, nous le citons : « Je crois que les haïtiens ont fini par savoir que la coopération avec le Venezuela est la coopération numéro Un, celle qui offre le plus de dons et d’assistance à Haïti. » A son retour le 6 décembre 2011 il renchérit : « vous me demandez quelle aide circule le mieux ? Laquelle est plus facile avec très peu de conditions ? Je vous dirai, celle du Venezuela. »
En réalité le Venezuela et Haïti ont toujours entretenu de bonnes relations à tous les niveaux, cependant un magistral coup d’élan s’est opéré dans la forme et dans la nature même des ces relations depuis le triomphe de la révolution bolivarienne sous la direction de Hugo Chavez. Un petit froid entre les deux pays fut constaté durant la période de transition 2004 – 2006. Néanmoins dès 2005 un dégel s’amorçait. En attestent les fuites livrées par Wikileaks. Largement radiodiffusées à l’époque ces fuites ont dévoilé aux haïtiens une partie des manœuvres orchestrées contre les intérêts de leur pays. Selon ces fuites, les américains, tout en reconnaissant les bénéfices importants que notre pays tirerait de sa participation au projet Petro-Caribe, s’y sont opposés farouchement et ont même eu gain de cause momentanément. Effectivement le fond Petro Caribe instauré par les dirigeants de la révolution bolivarienne est d’une portée inestimable. Petro Caribe couvre 43% des besoins en carburant de 18 pays membres. De fait, l’expédition de 100 000 barils de carburant par jour se traduit en économies substantielles aux bénéficiaires. Une petite digression : Au fait ce ne sont pas seulement les pays membres du Petro Caribe qui bénéficient de la solidarité de la révolution bolivarienne. Aux Etats Unis d’Amérique en 2005 inquiets des conséquences néfastes et parfois mortelles des hivers rigoureux des parlementaires américains écrivent à l’American Petroleum Institute (API) leur implorant de venir en aide aux familles défavorisées pour les aider à faire face aux prix exorbitants de l’huile de chauffage indispensable à leur survie, le API a répondu froidement « nous payons déjà des taxes ». En 2006 à nouveau 13 sénateurs américains ont sollicité une aide auprès des compagnies pétrolières américaines en faveur des familles pauvres pour leurs dépenses en huile de chauffage, elles ont toutes fait silence. Seulement Hugo Chavez a répondu à cet appel à travers la compagnie CITGO, propriété de l’Etat vénézuélien. Ainsi en 2006 le Venezuela a accordé une réduction de 40% sur 50 millions de gallons d’huile destinés aux familles en difficulté leur permettant ainsi de survivre aux rigueurs de l’hiver. En 2008 le Venezuela a cette fois-ci donné gratuitement 45 millions de gallons à près de 200 000 familles dans 15 Etats des Etats Unis. Solidarité Sud-Nord ?
Accédé à la présidence en mai 2006 le Président René Préval a pu tenir tête aux pressions, injonctions et tentatives d’obstruction des diplomates américains en mission en Haïti. Haïti devint membre du Fond Petro Caribe.
Aujourd’hui grâce à cette coopération nous avons en Haïti trois centrales électriques thermiques. En outre un apport appréciable est constate dans le domaine agricole depuis bientôt six ans et des fonds disponibles pour engager un ensemble de projets à caractère social.
Nul ne peut nier aux gouvernements américains le droit d’intervenir par tous les moyens à leur disposition pour déjouer ou bloquer toute initiative, qui selon leurs propres jugements bien entendu menace leurs intérêts suprêmes. C’est dans leur droit inaliénable de faire échec à tous prix à tout ce qui pourrait potentiellement contrarier leurs plans, surtout si ce prix à payer n’ est que le maintien de tout un peuple dans une misère abjecte, dans le cas qui nous concerne il s’agit du peuple haïtien. Cela peut s’appeler, le réalisme le pragmatisme, la loi de la jungle, la loi du plus fort…qui peut dire mieux ?
Pourtant malgré le différend qui les oppose, les Etats Unis et le Venezuela entretiennent de solides relations commerciales et économiques. En 2010 les échanges commerciaux entre eux se sont élevés à 55.6 milliards de dollars américains. 42% du pétrole vénézuélien est vendu aux EU soit 990 000 barils par jour pour un montant annuel de 43.3 milliards de dollars. Le Venezuela importe 12.4 milliards des Etats Unis. Et dans le domaine de l’alimentation en particulier le montant d’importation s’élève à 1 milliard de dollars annuellement, soit le quart de l’importation vénézuélienne dans ce domaine. On ne peut qu’admirer le « pragmatisme » des familles américaines bénéficiaires de l’aide du Venezuela, des hommes d’affaires américains et du gouvernement américain en dernier lieu. Car le pétrole et le dollar n’ont, dans ces cas précis, aucune « odeur idéologique »
On comprend par ce qui précède que la conduite des affaires est une chasse bien gardée dans les relations entre deux pays, entre deux peuples souverains. « Souverains » c’est le qualificatif déterminant dans toute cette histoire. Donc il faut donner vie à ces déclarations du Président Martelly à la lumière des accords passés au cours de cette année entre deux représentants de deux peuples « souverains »..
Au-delà de cette aide humanitaire il faudrait développer des relations commerciales dynamiques avec le Venezuela. A l’intérieur des accords déjà signés se trouve un cadre approprié à cet effet. A l’issue du sommet de l’Alba tenu au début de février 2012 auquel participait le président Martelly, le Palais National a émis le communiqué suivant : « Un accord cadre de coopération visant à accroître l’aide du Venezuela au-delà des fonds Petro Caribe déjà robuste et généreux et autres formes d’assistance bilatérale et multilatérale offert par le Venezuela. » Le communiqué rajoute : « la signature de ce document qui fait suite à la réunion bilatérale tenue entre les deux dirigeants le vendredi 3 février permettra d’augmenter l’aide du Venezuela de façon drastique et comprendra la coopération, les crédits à l’investissement direct dans les domaines de l’agriculture, le développement industriel, l’énergie et le tourisme entre autres. Cet accord vise aussi la création de co-entreprise pour travailler dans le secteur de l’agriculture, créer des emplois, augmenter la capacité de la production agricole à travers laquelle Haïti fournira la main-d’œuvre et le Venezuela la technologie, l’équipement ainsi que le crédit aux agriculteurs. En outre le Venezuela travaillera parallèlement avec des compagnies privées pour les encourager à investir en Haïti. »
Au cours de cette rencontre aussi le gouvernement haïtien a été invité par le Président Chavez à se joindre au SUCRE (Système Unitaire de Compensation Régionale de paiements) un système utilisé par les pays membres de l’ALBA pour les produits importés et exportés., CitonsHaïti Libre : « Chavez a expliqué que, par exemple, « si un importateur vénézuélien achète des textiles de la Bolivie, il n’a pas besoin de dollars, il paye en bolivars ici, à une banque vénézuélienne qui donne ces bolivars à la Banque Centrale du Venezuela, qui, dans le cadre de SUCRE, transfère ces fonds à la Banque Centrale de Bolivie. Ainsi, l’importateur vénézuélien a payé ses marchandises en monnaie locale. C’est merveilleux ! »
À propos de l’utilisation de SUCRE, le Président équatorien Rafael Correa, a souligné qu’il s’agissait d’un puissant outil pour le commerce au sein de l’Alba « Nous avons besoin de promouvoir le commerce équitable au sein de l’Alba et nous devons éviter l’utilisation de devises étrangères [sous entendu le dollar américain] dans nos échanges, les devises sont une vulnérabilité pour nous. »
A l’issue du sommet de l’Alba il a été annoncé qu’une réunion des ministres des Affaires Etrangères des pays membres aurait lieu à Jacmel les 3 et 4 mars 2012. Le but de cette réunion était non seulement de donner corps aux accords cités ci haut mais aussi à un vaste champ de coopération, d’aide et d’échanges commerciaux avec Haïti. Suite n’a pas été donnée à ce projet sans qu’aucune information n’ait été fournie au peuple haïtien anxieux de voir la concrétisation de ces accords. Le peuple a tiré ces propres conclusions quant aux raisons de la non tenue de cette rencontre importante pour le pays.
Le peuple haïtien supporte fermement les relations haitiano- vénézuéliennes, les relations Sud-Sud en général et celles avec les pays de la région en particulier. A ce carrefour où nous sommes, l’Alba est un créneau important pour jeter les bases et garantir le développement économique et social du pays dans la dignité, cependant jusqu’à maintenant le gouvernement haïtien n’ose pas intégrer cette communauté où nous sommes ‘obligés’ de maintenir un statut d’observateur. Il est temps qu’Haïti devienne membre à parti entière de l’ALBA.
Nous comprenons très bien que face aux pressions et menaces américaines il ne soit pas facile à quelque gouvernement haïtien que ce soit de faire avancer des initiatives même quand elles sont conformes aux intérêts majeurs du pays et aux aspirations légitimes du peuple haïtien. Cependant fort d’un soutien actif de secteurs importants de la nation un gouvernement serait plus en mesure de résister à ces obstacles et faire avancer ces dossiers cruciaux pour la nation haïtienne Nous devons créer la dynamique nécessaire pour sortir sous la coupe de l’assistanat international et des « gestionnaires internationaux de la misère ».
Ce n’est certes pas facile, aussi nous avons besoin de toute la solidarité nécessaire pour y parvenir, tout comme il n’était pas facile pour les peuples de l’Amérique latine de sortir sous la coupe de la colonisation au début du 19e siècle et ils avaient à ce moment besoin de toute la solidarité possible.
Cap Haitien 24 octobre 2012
Pour le Comité de Solidarité Haïti-Venezuela
Rony Mondestin

Venezuela-Haïti : de PetroCaribe à la « Patrie Caraïbe »

Port-au-Prince, 20 juillet 2012 – Les fonds consacrés par le programme vénézuélien Petrocaribe à la reconstruction de Haïtí s’élèvent à plus de 400 millions de dollars, a expliqué ce 20 juillet 2012 le directeur du Bureau de Financement des programmes d’aide au développement, Michael Lecorps (photo). 

Ces fonds proviennent d’un prêt du gouvernement vénézuélien pour l’achat d’hydrocarbures, a expliqué le fonctionnaire haïtien, et sont utilisés pour la réalisation de projets d’infrastructure parmi lesquels le réseau de santé publique et la reconstruction d’édifices détruits par le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Le mois dernier, le Premier Ministre haïtien Laurent Lamothe, a annoncé que le  Venezuela construira près de 5000 maisons destinés aux victimes du tremblement de terre. 400 mille d’entre elles vivent encore sous des tentes.

Lamothe a précisé que le gouvernement de Hugo Chávez financera l’édification de 2500 maisons dans la capitale elle-même et environ 280 maisons dans chacun des 10 départements du pays.

Face à l’éventuel passage d’un cyclone par Haïti, quelques 450 mille personnes sont en situation de risque, selon l’Organisation des Nations Unies. En juin dernier le Venezuela a donné à Haïti un lot de matériels pour faire face à la saison des cyclones, comprenant des lits, des générateurs d’électricité, des tentes et des aliments.

Après la signature d’un accord tripartite en mai 2012 le Venezuela s’est en outre engagé à financer en compagnie de Cuba la construction d’un hôpital sur la base d’un budget de 78 mille dollars.

Cet accord, auquel a souscrit également l’Argentine, prévoit de développer des projets de développement agricole dans la nation Caraïbe.

Les quatre pays se sont mis d’accord pour créer une société mixte en vue d’administrer les fonds du projet vénézuélien Petrocaribe en Haïti, la construction d’auberges, la donation d’infrastructure pour l’éducation et l’octroi de 300 bourses à des jeunes membres de secteurs pauvres. Lamothe a lancé à la mi-mai un programme d’aide sociale qui bénéficiera à 100 mille mères haïtiennes, montant qui provient également du programme vénézuélien Petrocaribe.

Haïti vit une situation de crise depuis plus de deux ans, lorsqu’un tremblement de terre a tué plus de 300 mille personnes et a laissé sans logements à plus d’un million et demi d’habitants. Plus de 40 mille citoyens haïtiens vivent actuellement dans des campements, alors que le pays subit une épidémie de choléra qui a fait plus de sept mille morts.

C’est en 2005 autour de 14 nations qu’est né l’accord de coopération énergétique Petrocaribe. L’objectif : parvenir à l’intégration des peuples d’Amérique Centrale et des Caraïbes, grâce à la coopération énergétique sur un modèle d’échange équitable et favorable à tous les pays.

Ce projet a pour but d’encourager le développement social et économique de la région, avec cinq principes directeurs : l’union, la solidarité, la coopération, la complémentarité, et la vision Sud-Sud.

 L’initiative regroupe aujourd’hui dix-huit pays : Antigua-et-Barbuda, le Bahamas, le Belize, Cuba, la communauté de la Dominique, le Guatemala, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Nicaragua, la République Dominicaine, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, le Surinam et enfin le Venezuela.
Les pays membres de PetroCaribe (2012): Source : Édition 3 du journal PatriaCaribe, Caracas, juillet 2012.

Cette volonté d’union politique caraïbe ne date pas d’aujourd’hui et s’appuie sur de profondes racines historiques. Dans le cas de Haïti et du Venezuela, voici un article signé par Gary Olius * et publié par par AlterPresse (Haïti) le 14 mars 2011, sous le titre : Haïti-Venezuela : sur les traces de Pétion et de Bolivar :

« Les héros haïtiens de la trempe de Toussaint Louverture, d’Alexandre Pétion ou de Dessalines sont souvent copieusement vénérés mais jamais bien imités. On ne sait pas exactement pourquoi, mais il semble que ceux qui sont capables de gargarisme ou de turlututu politique ne sont pas toujours aptes au mimétisme grandeur-nature, lequel exige une certaine capacité d’action politique concrète et positive. C’est peut-être une preuve de plus qu’il existe tout un monde de différence entre les blablablas passéistes et la reproduction – même en miniature – des exploits des grands d’antan.

Aux prises avec un présent désagréable, les dirigeants haïtiens et les politiciens de tout acabit s’accrochent toujours aux hauts faits du passé et oublient de définir la praxis appropriée qui permettrait au pays d’avoir droit à un présent plus supportable et de mieux faire face à son avenir. Ce qui serait une façon bien plus éloquente de rendre aux ancêtres l’hommage qu’ils méritent, juste un peu comme les tenants du bolivarisme qui s’activent à lier avec maestria le verbe patriotique à une action politique digne de la mémoire de leur héros chéri. Les faits historiques varient d’un pays à un autre et il n’existe pas en histoire cet homéomorphisme mathématique qui puisse faire en sorte que l’expérience vénézuélienne, par exemple, puisse servir de déclic facilitant le réveil des haïtiens.

Comme par un heureux hasard, une logique existentielle et un concours de circonstances ont voulu que les destins de certains grands hommes se croisent, et pour cause, l’amour de la liberté, le sens élevé du sacrifice et le don de soi ont mis barbe pour barbe deux révolutionnaires du continent américain et scellé à jamais leur destins. Et depuis, l’amitié Pétion-Bolivar est née. On dirait qu’ils ont été créés pour se comprendre rapidement, fraterniser et s’unir contre tout ce qui va à l’encontre du bien-être de l’être humain. Ils avaient en commun les mêmes ennemis et étaient tous deux prêts à mourir pour faire échec au colonialisme ou l’impérialisme sous sa forme rampante.

Cette amitié légendaire s’est convertie, jadis, en coopération militaire bilatérale entre le Venezuela et Haïti. Et on en connait les résultats. L’Espagne colonisatrice n’avait pas seulement vu rouge, mais de toutes les couleurs. Toute l’Amérique Latine a pu bénéficier des fruits de cette coopération pour la défense de la liberté et la dignité humaine. Cette amitié a consacré aussi le début d’une lutte sans merci pour le respect des droits de la personne et le respect de l’égalité entre les humains. Aussi, mérite-t-elle d’être considérée comme la légitime génitrice de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour le malheur des uns et, peut-être, pour le bonheur des autres, les générations se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Et, de fait, les néocolonialistes ont aujourd’hui le champ libre pour agir à leur guise sous nos cieux, puisque les dirigeants actuels n’ont pas grand’ chose à voir avec les contemporains de Pétion ou de Dessalines. Au Venezuela aussi, Hugo Chavez n’est pas l’égal de Simon Bolivar, mais tout porte à croire qu’il a su trouver la façon appropriée pour assurer la survie ou la pérennité des idéaux de ce grand Libertador et donner du fil à retordre aux ennemis déguisés de son peuple. Il s’est imprégné de l’idéologie bolivarienne et en a fait son cheval de bataille ; tandis que nos dirigeants se rappellent de Pétion ou de Dessalines uniquement quand la communauté internationale les traine dans la boue au grand jour, au vu et au su de tout le monde, à un point tel qu’on a l’impression que lorsqu’ils se disent fiers des héros de l’indépendance haïtienne que ces derniers, surement, ne doivent pas être fiers d’eux. Chavez, par contre, puise l’essentiel de ses réflexes politiques et diplomatiques dans cette idéologie bolivarienne, tout en se préoccupant très peu du tintamarre provoqué par ses prises de position et des qu’en dira-t-on ; car il sait pertinemment qu’en fin de compte l’histoire ne retiendra que les actions remarquables, laissant à la littérature politique le soin de passer au crible les verbiages sans valeur et les discours malveillants des uns et des autres.

Des historiens latino-américains comme Paul Verna et Lecuna Vicente ont redessiné avec minutie la route suivie par Simon Bolivar en vue de parvenir à la libération de son peuple du joug espagnol et, ce faisant, ont permis à ceux qui le veulent de suivre les traces de ce monument dans leurs luttes pour libérer leurs concitoyens des systèmes oppressifs d’envergure planétaire. C’est d’ailleurs pour s’élever à la dimension de l’esprit bolivarien que certains pays de l’Amérique Latine ont mis en place le mouvement régional baptisé ALBA.

Comme l’aube d’une solidarité agissante contre l’exploitation, la ségrégation internationale et la globalisation malfaisante de la bêtise économique, ce mouvement se veut être une farandole indéfectible servant à honorer sempiternellement Simon Bolivar et faire triompher son idéologie empreinte de dignité, de solidarité et d’équité, en ce bas monde où les velléités liberticides tendent à s’imposer au détriment de tout.

ALBA se veut aussi être un renvoi d’ascenseur à notre Haïti réprimée, meurtrie et appauvrie pendant plus d’un siècle et demi d’impérialisme ou de néocolonialisme. Et c’est en ce sens qu’il faut comprendre le statut particulier qui y est accordé à Haïti et la tenue de la future grande réunion des présidents et chanceliers albiens à Jacmel, en 2013.

Jacmel, faut-il le souligner, c’est cette ville aux quatre portails [1], portée sur les fonts baptismaux par un flibustier fuyard d’origine espagnole appelé Jacomelo et d’un franc-maçon doublé d’un Chevalier de la Toison d’Or, Gouverneur de la colonie de Saint-Domingue et répondant au nom de Jean-Baptiste du Casse en 1698 [2]. Tel le produit d’une combinaison savante de l’art de la fuite et de l’ésotérisme, ou d’un étrange mélange du matériel et du spirituel, Jacmel – ville assise confortablement sur deux épées croisées d’Archange Michel – a offert droit de cité à Simon Bolivar et lui a donné l’ultime onction contre la défaite, tout en lui inculquant la colère vertueuse d’Ogoun Feray qui rend invincible ; oui, ce dieu guerrier vêtu de rouge qui inspirait les combattants de 1804.

Bolivar et ses compagnons d’armes sont partis de ce coin de terre, comme si une drôle de coïncidence historique a voulu que ce français et cet espagnol participent à la mise en place de la rampe de lancement de la grande opération militaire qui alla chambarder l’ordre colonial dans la région. La raison des historiens s’égare quand li s’agit de comprendre le pourquoi de ce haut fait historique.

L’histoire, on dirait, manipule les hommes et leur joue des tours comme pour leur rappeler que les faits sont ce qu’il y a de plus rusé dans le monde des humains. Il a fallu un Price et un Verret, tous deux commerçants jacméliens, pour vendre à Bolivar une grande part de la quantité de poudre à canon et des cartouches dont il avait besoin pour mener les décisives batailles de Barcelona. Il a fallu que l’expédition des Cayes échoue pour que celle de Jacmel soit – à tout point de vue – mieux préparée et puisse porter bonheur aux révolutionnaires conduits par le super-héros latino-américain. Il a fallu un gouvernement de droite pour franchir les barrières idéologiques et convaincre Hugo Chavez qu’ALBA se donne en assise à Jacmel. Ah l’histoire ! Tu ne finiras jamais de nous surprendre. Plût au ciel que nous puissions déceler à temps les agréables surprises que recèle l’amitié Haitiano-Vénézuélienne. »

* Economiste, spécialiste en administration publique

Contact : golius_3000@hotmail.com

[1] Selon Bonnard Posy “Jacmel se distingue des autres villes de la république parce qu’elle est pourvue de 4 portails : le Portail de Léogane, le Portail de Bainet, le Portail de la Gosseline et le Portail de St. Cyr … chacun d’eux s’impose comme une âme vivante. Ils contribuent tous, efficacement, à la vie, à l’épanouissement de la cité. …Certaines villes étrangères ont édifié des remparts à l’ombre desquels se nouent les trames de leur vie quotidienne. De même, à partir de ces célèbres portails qui s’ouvrent sur le profil dentelé de ses rues, Jacmel se débat, s’affaire avec au cœur, un rêve tenace de progrès économique et social et de dépassement culturel. (JACMEL, SA CONTRIBUTION A L’HISTOIRE D’HAITI, p. 32)
[2] “… Yaqui, en langue Taino, signifie rivière, et dans toutes les cartes du 17e siècle, on parle de “Villanova de Yaquimo” toujours place à l’embouchure d’un cours d’eau à deux bras, au-dessus d’Aquin. Elle s’y trouve déjà sur la « Mapa miniature de la isla de Santo Domingo », dressée en 1516 et sur celle de Herrera, un siècle plus tard ; une autre carte anglaise du 14 septembre 1712 la place juste au-dessus de Léogane. Pour les Espagnols Yaquimo a toujours été « Le Port du Brésil »à cause de la grande quantité de bois de Brésillet qui occupait une place importante dans les exportations de Jacmel, prés de 600.000 livres annuellement. Ce bois de teinture a toujours été le monopole de la région. « Ojeda, après un voyage dans les Caraïbes avec Amerigo Vespucci, fit voile, nous dit Charlevoix, vers Hispaniola et prit terre le 5 septembre 1499 au port de Yaquimo pour charger des bois de Brésil. » Harry Carrenard cité dans JACMEL ET SES QUARTIERS POPULAIRES, Imprimerie l’Abeille, Jacmel, Juin 1955.

Sources : Radio Métropole et AlterPresse (Haïti)

Photos : Stediletto, avec la Brigade du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre (Brésil) et de Via Campesina en Haïti.

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