« Temps de lutte », le nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne

On sait pourquoi le gouvernement mondial des médias a creusé un abîme entre la réalité du Venezuela et son image. Encore faut-il pouvoir ressourcer notre conscience au réel. “Temps de lutte” nous fait entrer au coeur d’une démocratie participative que la plupart des journalistes ont substituée par “la-dictature-de-Maduro”.

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les réalisateurs de ce documentaire dense et imposant de 90 minutes, Jesús Reyes (image) et Víctor Hugo Rivera (son), se sont immergés pendant un an dans un “barrio”. Un de ces quartiers populaires où vit la majorité des vénézuélien(ne)s, invisibilisés par les grands médias depuis vingt ans en tant que base sociale de la révolution. Ils y ont suivi sept conseils communaux qui, face à la guerre économique impériale, prennent en main la santé, le transport, l’approvisionnement, et surmontent mille et une difficultés pour s’organiser en commune. Au départ, les auteurs voulaient étudier le lien possible entre luttes paysannes et approvisionnement de Caracas. Ils ont fini par se marier pour une année avec cette organisation populaire dans ses doutes, ses rires, ses conflits, ses chutes et ses nouveaux départs. Le personnage principal du film, ce sont comme souvent au Venezuela, les femmes.

Temps de lutte” est le contraire d’une vitrine. Il refuse la colonisation des images par la voix off. Le montage associe le local et le global, le passé et le futur, l’individu et le groupe, laissant le spectateur libre de sa lecture. Croire dans le documentaire, c’est aussi croire dans le droit des sujets d’une Histoire de transmettre une expérience qui peut nous aider dans nos propres processus de transformation.

Durée: 90 minutes. HD. Sous-titres français. Coproduction: Commune Socialiste « Altos de Lidice »/EPLACITE. Venezuela janvier 2020. Pour acquérir le DVD de ce film (vendu au prix de 15 euros), vous pouvez contacter Amanda Ioset : amanda@pst.ch 

Ci-dessous: première du film au Théâtre Principal de Caracas, le 12 décembre 2019, en présence des communard(e)s. Photos: Yrleana Gomez.

Ci-dessous: photogrammes tirés du documentaire « Temps de lutte« .

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« La révolution ne sera pas télévisée », épisode 5.418 ? Le Vénézuéla qu’on ne voit pas entre dans la lumière, par Marco Teruggi

Photo © Sputnik / Marco Teruggi

Un reportage de Caracas, 10 décembre 2019

Deux cinéastes se sont immergés pendant une année dans un quartier populaire de Caracas pour montrer comment s’organise une commune. Le résultat sort enfin sur les écrans avec la première à Caracas de “Temps de lutte, actions d’une commune”, un documentaire pour rompre les mythes et nous ouvrir à la réalité populaire de Caracas.

Il y a un lieu très digne dans le monde. Il s’appelle Altos de Lidice” raconte à Sputnik Víctor Hugo Rivera, preneur de son de ce documentaire sur la Commune Socialiste Altos de Lídice, qui sera projeté en avant-première au théâtre principal de Caracas, ce 12 décembre à 17 h. 30.

L’oeuvre est le produit d’un an de travail. “Nous nous étions rapprochés dans le but de faire un reportage sur les semailles, nous avons pris conscience de tout un mouvement qui nous a fait dire : “cela doit donner quelque chose de plus”, et nous sommes restés un an” explique Jesús Reyes, qui a créé l’image et l’a montée, à Sputnik. Les semailles sont une des nombreuses activités liées à l’approvisionnement impulsées par la Commune d’Altos de Lidice, sur les hauteurs de cette colline qui jouxte le parc national Waraira Repano, au nord de Caracas.

Rivera et Reyes se présentent comme “inspirés par la philosophie de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre”, fondée comme projet social en 1995, à Maracay. Ces deux réalisateurs proviennent eux-mêmes de quartiers populaires de Caracas, ce que souligne Reyes: “Nous ne sommes pas des agents externes à l’environnement et à l’espace; nous avons conçu la réalisation audio-visuelle sur la base de la fraternité et de l’empathie”.

Que les gens se voient

Víctor Hugo Rivera y Jesús Reyes, réalisateurs du documentaire “Temps de lutte, actions d’une commune” © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

La force qui nous a poussés à réaliser le documentaire, c’est que les gens se voient et que cette vision s’opère par une réalisation audiovisuelle digne” dit Reyes assis dans une rue du quartier des Altos de Lídice. De là-haut on voit le quartier descendre jusqu’à l’avenue principale: là où commence le secteur du “23 de Enero”, un des lieux les plus emblématiques de la Caracas chaviste.

Cette recherche a empreint l’ensemble du tournage du documentaire. Il a supposé de rompre avec un regard présent dans de nombreux documentaires réalisés sur les quartiers populaires, dont le regard se centre sur ce que le cinéaste résume comme “des rues détruites, des briques rouges, des murs en ruine, des espaces pleins d’ordures” qui restent pour beaucoup la représentation visuelle de la pauvreté.

Notre relation avec l’espace part d’une autre sensibilité et cette sensibilité naît en nous parce que nous sommes du barrio. Dans le cinéma commercial la représentation du quartier populaire est le lieu des voyous, des putes, de la drogue, il ne s’agit pas de ça: le quartier a un potentiel infini, le documentaire éclaire cette dimension” explique Reyes.

L’objectif était différent dès le début: montrer les habitants dans leur mouvement quotidien de construction de leur organisation populaire, de leur commune. Pour réussir cela, il était nécessaire de s’immerger, de partager, de construire les images depuis le quotidien, de son rythme et de ses dynamiques.

Nous travaillons sur la base de l’esthétique de la dignité, du respect des gens, du refus d’exploiter la pauvreté ou les espaces. Le point de vue du cinéma direct nous donne l’avantage de ne pas intervenir dans l’espace des personnes, il n’y a pas de poses dans le documentaire; les portraits sont pris sans que les personnes ne s’en rendent comptent, d’où leur force d’authenticité” souligne-t-il.

Qu’est-ce qu’une commune ?

Espace récupéré par la Commune Socialiste Altos de Lídice, Caracas, Venezuela © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Le documentaire dure une heure et demie. Tout au long de cette durée on peut voir, selon les réalisateurs, comme est menée la construction de la Commune Socialiste Altos de Lídice. Et pas par une explication narrée en off, mais par la visibilisation des mouvements propres aux habitant(e)s: actions, dialogues, débats entre eux.

Nous faisons le portrait du processus. Tu vois les gens au travail pour le bien-être social de chacun des conseils communaux et s’assurant du bien-être des aïeux, des enfants, depuis la pharmacie communale, l’éducation, les services, le transport” précise Reyes.

Temps de lutte, actions d’une commune montre la dynamique intérieure. La caméra pénètre au coeur de la construction d’une commune: ses assemblées quotidiennes, ses planifications d’activités, leur réalisation. “Toutes les fins de semaine il y a une activité, tous les jours quelque chose se passe, c’est comme un volcan sans fin, ce que nous avons fait c’est en tirer le meilleur portrait possible” ajoute le réalisateur.

D’où un double défi. D’une part, raconter l’expérience d’une commune ce qui signifie s’immerger dans une des formes d’organisation populaire nouvelles, créées par la Révolution Bolivarienne. D’autre part, le faire sans compter beaucoup d’antécédents à l’intérieur du pays: ce documentaire n’est que le quatrième depuis que les communes ont commencé à se former dans le pays depuis 10 ans.

Le point de vue est d’exposer le bon, le difficile, les contradictions qui selon Reyes “font que le processus avance et se maintienne. Nous ne brossons pas le “magique et le merveilleux”.

Le son du barrio

Jesús Reyes (gauche) et Víctor Hugo Rivera (droite) dans la Commune Socialiste Altos de Lídice. © SPUTNIK / MARCO TERUGGI

Les barrios (quartiers populaires) de Caracas, avec leur musique, leur vitesse et leurs zones de calmes, tissent un temps caraïbe et populaire à chaque coin de rue. La Commune Socialiste Altos de Lídice, immergée dans cet espace, respirent ce temps dans ses rues, ses conversations, ses activités.

Ce rythme de vie est un rythme de transformation politique, s’il y a des élections on a de la salsa à plein volume, un bouillonnement citoyen, les grandes soupes collectives, tout ça. Ces actions sont entrées dans le tournage, on a intégré la salsa populaire, les cris des gens, leur organisation, pas de mise en scène ou d’intervention du réalisateur en ce sens. Nous respectons l’espace et le son des habitants” soutient Rivera.

Ce rythme a donné lieu à ce qu’il appelle “une bande sonore propre aux Altos de Lídice” qui donne au documentaire son timbre particulier.

Le portrait du quartier devient alors celui d’un quartier populaire de Caracas en processus soutenu d’organisation. Il s’agit d’une des réalités invisibilisées par la majorité des grands médias internationaux qui construisent l’image d’une Caracas dévorée par la pauvreté, la violence et l’abandon de l’Etat.

Ce documentaire ouvre la porte de la réalité d’une colline filmée par ceux qui font partie de ces secteurs populaires, et permet de comprendre ce que signifie le chavisme pour les gens pauvres. Parce que la commune ne s’explique pas sans la révolution et que la révolution ne peut se comprendre sans prendre en compte les milliers de personnes qui jour après jour construisent des solutions collectives.

Nous allons offrir une autre information à la communauté internationale : le Venezuela lutte de manière digne, sans besoin de pleurer, sans besoin de mendier, depuis sa propre dynamique, sachant que seul le peuple sauve le peuple et que c’est le travail collectif qui compte” conclut Reyes.

M.T.

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/201912101089583790-la-revolucion-no-sera-televisada-parte-5418-otra-venezuela-que-no-ves-sale-a-la-luz/

Traduction de l’espagnol: Thierry Deronne

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Résidence de création de 18 jours – du 10 au 28 avril 2020, au Venezuela (inscriptions ouvertes jusqu’au 15 décembre 2019)

Qui sommes-nous ?

En 25 ans d’existence, l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE) a réalisé des milliers d’ateliers dans tout le continent latino-américain. Défendue par des cinéastes comme Alex Cox ou des intellectuels comme Ignacio Ramonet, cette longue expérience a permis de créer une méthode unique, intensive, d’enseignement audiovisuel. Le cinéaste salvadorien Sergio Sibrián a participé à un de ces ateliers, et a vu sa première oeuvre « El Tigre y el venado » (« Le Tigre et le Cerf« ) couronnée du Prix du Meilleur Documentaire Latino-Américain au Festival Sunscreen 2015 (Floride) :

D’autre partenaires de nos formations tels le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil qui ont créé le court-métrage « La tierra es de todos« , « La terre est à tous » (voir ci-dessous) sont évoqués dans ce reportage du site français Reporterre :

En 2019, le documentaire “Marcha”, réalisé par de jeunes réalisateurs sortis de l’EPLACITE a été sélectionné par le Festival « Rencontres du Cinéma Latino-américain 2019 » (Bordeaux, France), le Festival International de Cinéma Politique FICIP 2019 (Argentine) et le Festival International des Droits Humains de Guadeloupe 2019 :

En quoi consiste l’atelier ?

Il s’agit d’une résidence de création de 18 jours – du 10 au 28 avril 2020, au Venezuela – au sein d’un mouvement social, pour 15 apprentie-e-s cinéastes ou simples débutant(e)s. Aucune formation préalable au cinéma n’est nécessaire. Les participant(e)s disposeront des espaces et des outils pour préparer, réaliser, monter, présenter leurs court-métrages et pour échanger leurs expériences. Cet atelier est un espace de création individuelle et collective qui part des intérêts de chaque participant. Chacun(e) développe ce dont il ou elle pense qu’il est important de parler. L’atelier se donnera en trois langues (espagnol, français, anglais). A l’issue des cours l’EPLACITE vous délivrera un diplôme professionnel.

Résumé des contenus

  • Comprendre la relation morale avec l’Autre social comme base du documentaire. Ici, le(a) réalisateur(trice) est sur un pied d’égalité avec l’Autre, loin du marché thématique qui le(la) pousse subtilement à gommer l’Histoire pour individualiser des « objets humains ».
  • Prendre conscience du « hors-champ » en tant qu’activateur de l’imagination du spectateur. Comprendre le rôle des inférences.
  • Prendre conscience du plan « détail » en tant que détachement du temps et de l’espace, charnière entre espaces/temps différents.
  • Prendre conscience du son en tant que créateur d’images mentales.
  • Prendre conscience du montage parallèle comme concentration du temps. L’ellipse comme activation de l’imagination du spectateur.
  • Apprendre à passer du concept de l’individu isolé à l’individu social + relation triangulaire êtres-choses-êtres. Un exemple de style de cadre: Joris Ivens.
  • Pourquoi et comment dépeindre les processus plutôt que les produits.
  • Pourquoi faire un mouvement de caméra ? Passage de l’épicentre d’une action à un autre, relation entre les points d’intérêt, création du “hors champ”.
  • Compréhension de la construction mutuelle entre l’univers et le personnage.
  • Prendre conscience de l’observation des axes principaux et secondaires, comment passer de l’un à l’autre. Un axe (de regard, de dialogue, de mouvement, de création-production de quelque chose, de mouvement de relation, d’organisation, voire de montage intellectuel, etc..) est la base de la construction d’un espace cinématographique. Travailler la relation entre ses angles, ses durées, ses échelles, permet d’aller au-delà du simple aspect descriptif d’une action. Ecrire-en-cinéma, c’est créer progressivement la relation entre l’univers et le personnage, entre pôles narratifs, préparer, mesurer, calibrer les impacts de l’un sur l’autre, entre les choses et les êtres, et entre les êtres et les choses. On peut ainsi passer d’un axe physique à un axe mental et, au-delà de la simple description d’un lieu ou d’une action, susciter une révélation.
  • Connaître et pratiquer les trois techniques d’interview pour dépasser la « radio déguisée en télévision » qu’est l’interview frontale + plans de coupes du journal TV.

Exemples d’exercices (adaptables aux besoins des participant-e-s)

Ecouter le son de fragments de films, dessiner des plans imaginaires associés à ces sons, puis voir le même fragment avec l’image, pour découvrir le pouvoir créateur d’images mentales que possède le son.
Ecouter l’environnement les yeux fermés, puis verbaliser la carte sonore.
Une journée ou un après-midi d’observation pure pour détecter les sensations (sonore et visuelle) que chacun perçoit de l’environnement et travailler ensuite sur le développement de ces sensations.
Exercice de prise de vue totalement libre. Entre l’intention du réalisateur et la perception collective qui suit, étudier les réussites et les possibles améliorations. Découverte par ce moyen d’éléments de grammaire audio-visuelles.
Exercice du plan « Lumière ». Comprendre la force de la composition dans le cadre. Quelques lois de composition. Exercice d’Eisenstein (« Crime et châtiment »)
Prise-concept : faire une prise de vue pour illustrer une idée telle que « amour », « solitude », « temps ».
Exercices de la lumière. Exercices de la couleur. Exercices de rythme.
Construire une action en trois sons (en utilisant chacun des « 3 plans sonores »)
Construire une action en trois plans (à l’aide des 3 pôles narratifs).
Avec ces deux derniers exercices, on découvre aussi quelques vertus du montage.
Exercices figure-fond / mouvement interne-externe / exercice de création d’un hors champ. Exercice d’interview en situation.

Comment s’inscrire ?

Très facile, écrivez-nous à escuelaterratv@gmail.com. Le coût de l’inscription est de 960 euros. Il couvre votre participation à l’ensemble de l’atelier, l’accès au matériel audiovisuel (tournage, son, montage) pour produire votre film, ainsi que votre alimentation, votre logement et votre transport. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 15 décembre 2019. Le billet d’avion du pays d’origine jusqu’à l’aéroport de Caracas est à charge du ou de la participant(e). Dès votre arrivée vous serez prise en charge par les organisateurs.

Thierry Deronne, coordinateur des formations internationales de l’EPLACITE et de TERRA TV

Ci-dessous: trailer, pour sa prochaine sortie, de notre documentaire « Commune », fruit d’un an de travail au sein d’un quartier populaire de Caracas. Réalisation: Jesus Reyes et Victor Hugo Rivera.

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Les frères Rodriguez, cinéastes vénézuéliens, en Tunisie: “faire des films reste un acte de résistance à l’Empire, il faut travailler de sud à sud”

TUNIS, 8 nov. 2019 (Agence TAP Tunisie Afrique Presse) –

(Note de Venezuelainfos: ) Dans notre École Populaire et Latino-américaine créée au Venezuela il y a 25 ans, nous avons toujours pu compter sur la participation des jumeaux Rodriguez, cinéastes et formateurs de grand talent. En témoigne ce court-métrage remarqué par le magazine français Reporterre

Durant leur séjour récent en Tunisie, Andrés et Luis Rodriguez ont exploré cette lumière fascinante de la pointe Nord du continent africain. Après un ancien séjour dans le Sahara algérien, ils sont de retour vers ce monde lointain de leur terre natale, le Venezuela, royaume des Andes et des populations autochtones d’Amérique Latine.

Entretien à la Cinémathèque Tunisienne avec les frères jumeaux à la sensibilité profonde et découverte du monde d’un duo de cinéastes complices; Luis plutôt calme et bon orateur, et Andrés aux allures d’un séduisant rebelle derrière la caméra.

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La lumière de Tunisie… rappelle celle des Andes

« Sur le chemin de retour de Kélibia vers Tunis, j’étais fasciné par le coucher du soleil et cette lumière unique qui couvre l’horizon ». Andrés regrette de n’avoir pas eu sa caméra sur lui pour immortaliser cette lumière impressionnante qu’il venait de découvrir avec son frère.

Ils étaient à la découverte de nouvelles opportunités dans la ville du plus ancien festival du cinéma en Tunisie, le Fifak. Les frères jumeaux se disent fascinés par cette lumière tunisienne « pareille à celle qu’on a sur la vaste étendue des hauteurs des Andes ».

Ils seraient sur les pas de Paul Klee, un siècle auparavant ébloui par cette lumière Tunisienne. Ils assimilent l’effet d’une lumière qui leur fait rappeler les descriptions et le monde pictural de Klee, lors de son voyage en Tunisie en 1914.

Ils captent une « lumière limpide, très différente de celle à Caracas, assez intense ». Andrés est sous le charme d’une « lumière qui est ici plus soft. Elle est dramatique comme une peinture ». Le duo croit en ce pouvoir métaphorique de l’image.

Quand on est cinéaste et photographe, la luminosité demeure cette magie qui opère pour réunir le triangle inséparable de la technique, la créativité et la lumière. Leur voyage à Tunis semble bouleverser leur conception de l’image qui serait probablement plus lumineuse.

Les frères cinéastes sur les plateaux de tournage

Sur le tournage, le tour de manivelle s’opère entre ces jumeaux natifs de 1974 derrière la caméra depuis plus de vingt ans et dont les propos laissent présager deux personnages au tempérament quelques parts opposés.

Entre les Rodriguez, le partage des tâches sur le plateau de tournage se fait d’une manière assez spontanée. Selon Luis, l’un à la direction d’acteurs, l’autre derrière la caméra. Parfois on fait usage d’une seule caméra et une fois fatigués, chacun prend sa propre boite magique… »

Être à la fois réalisateurs, scénaristes, photographes, et cameramen, a aidé encore plus leur travail en duo. Un atout qui s’avère parfois compliqué à gérer. Quand on est frères et jumeaux, il arrive de se bagarrer, un fait assez courant qu’ils gèrent avec beaucoup d’amour.

Travailler en duo, permet, selon Luis, « d’avoir le contrôle sur les outils techniques et tout le processus cinématographique ». Toutefois, les visions « sont parfois assez différentes ».

Luis, admet cette intersection entre le cinéma de fiction et le cinéma atmosphérique plutôt basé sur le sensoriel, les sentiments et l’image. Car au final, les deux genres transmettent une histoire à travers l’image.

Andrés est quant à lui un rebelle derrière la caméra qui privilégie une certaine méthodologie de narration. « Je ne me limite pas au scénario et parfois je me trouve orienté vers des choix plus sensoriels ».

Les films que le duo aime faire sont parfois très intimistes qui cherchent dans la psychologie intérieure des caractères. Même si le documentaire est un genre de prédilection pour les Rodriguez, le duo demeure convaincu que la fiction est aussi importante puisque les deux genres reposent sur le même fondement qu’est l’image et la poésie de l’image qui est universelle.

Le duo se dit porté par « la réalisation de fictions avec la méthode du documentaire, une façon à nous d’approcher un peu plus la réalité, le caractère réel, et de raconter une histoire». Il s’agit là d’une approche qu’ils essayent de développer et de ne pas se limiter au scénario qui demeure une partie du processus.

Le cinéma au pays de Chavez

Les sanctions économiques internationales sur le Venezuela ont considérablement affecté le pays et la vie de tous les jours et de chaque citoyen. Le cinéma en fait partie et subit les conséquences d’un tel embargo. « C’est un secteur endommagé par la situation », regrette Luis.

Les Rodriguez mentionnent le soutien de l’Etat Vénézuélien tout au long des 15 dernières années à travers des institutions qui oeuvrent au développement de l’industrie du film. « Brecha En El Silencio » (Brecha en el silencio), une fiction de 2012, présentée à Tunis, a été réalisée en partenariat avec une société de production publique qui oeuvre en dehors du circuit commercial.

Les cinéastes au Venezuela font également des coproductions avec des pays de l’Amérique du Sud et d’Europe. Sauf que même avec l’encouragement de l’Etat, « réaliser le sursaut espéré dans le cinéma vénézuélien n’est pas si évident ».

Au pays d’Hugo Chavez, le célèbre Commandant disparu, les cinéastes sont obligés de recourir à différentes approches et méthodes de travail. Ils sont contraints à faire des films à petit budget comme, c’est le cas pour les frères Rodriguez, selon lesquels il serait vital de trouver d’autres approches exigées par le contexte actuel..

Actuellement, faire des films est devenu un acte de résistance », affirme André. Les cinéastes sont obligés de lutter contre ce qu’ils qualifient d' »ennemi culturel. » Ils sont ouverts à tous les cinémas du monde, mais estiment qu’il n’est pas évident de construire un film face au monopole des grandes industries.

Les réalisateurs vénézuéliens se trouvent dans une situation de lutte contre une certaine invasion culturelle de l’industrie cinématographique du nord. Une situation qui demeure assez similaire à d’autres cinématographies des pays du Sud.

Besoin de Coproduire avec des Tunisiens

Le voyage des Rodriguez en Afrique du Nord n’est pas le premier. Ils avaient dans le passé séjourné plus qu’un mois et demi sur le camp Sahraoui en Algérie, dans le cadre un atelier de cinéma proposé par le ministère de la culture vénézuélien.

De leur intérêt pour la culture de ces peuples et des thèmes sur les drames humains était né leur film “En attendant le Vol”, un doc-fiction de 2013. Ils évoquent une découverte et un contact quotidien avec les réfugiés qui était derrière l’idée d’un documentaire portant « un regard sans préjugé aucun autre que le visuel et la découverte des peuples du Sahara. »

Leur visite en Tunisie a créé une grande envie d’entamer des coproductions avec des cinéastes tunisiens. La projection de leurs films dans le cadre du Focus sur le cinéma en Amérique du Sud des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) 2019 et à la Cinémathèque constitue aussi une façon de dénicher de nouveaux partenariats.

Dans une période où leur pays vit dans un moment assez difficile, les Rodriguez ne veulent pas limiter leurs partenariats aux seuls pays de l’Amérique latine et du Nord et l’Europe. Ils croient vital d’opter pour les coproductions avec pour objectif de s’ouvrir sur le Continent africain et le Monde arabe.

Les Rodriguez adoptent une vision commune autour de cette sensibilité qui est commune aux peuple de l’Afrique, du Monde arabe et d’Amérique latine ». Ils comptent sur «notre ressemblance et cette haute sensibilité qui « sera notre arme contre le diktat des grosses productions internationales.

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Source : https://www.tap.info.tn/fr/Portail-%C3%A0-la-Une-FR-top/12010851-des-andes-les

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« Il vente », documentaire intégral de Victor Hugo Rivera en ligne (Venezuela 2019, sous-titres FR)

Première oeuvre de Victor Hugo Rivera, “Il vente” nous rappelle la question première que Theo Angelopoulos conseillait de se poser au cinéaste : “Est-ce que je vois ?” Une révolution n’a pas besoin pas de vendre des images mais de cinéastes qui voient. Au Venezuela, après tant d’années d’école populaire de cinéma, le voir/écouter de Victor Hugo fait partie des moments bénis. En couvrant avec Betzany Guedez une marche paysanne pour la jeune télévision Terra TV, il a vu ce que d’autres ne voient pas. Il a écouté (le son est sa spécialité) ce que d’autres n’écoutent pas du haut des estrades.

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Victor Hugo Rivera en plein tournage (état de Falcon, 2018)

Victor Hugo Rivera: “J’écoutais beaucoup les gens… je me souviens de ce monsieur de 82 ans qui parlait peu, j’ai filmé un peu de son travail chaque matin, le dernier jour il m’a rattrapé avec une tasse de café et une arepa au fromage de chèvre. Chaque fragment que j’enregistrais, devenait… un symptôme… un miroir peut-être… on traverse le visage des choses au-delà de l’esthétique du lieu, dans la présence constante du vent. J’ai rejeté la « belle image » par besoin d’écouter. C’étaient des moments éphémères que l’on passait avec les gens, où l’on perçoit l’énergie de ceux qui transforment le monde en toute simplicité. A aucun moment je n’ai imposé le geste formel du tournage. La caméra était une compagne qui marchait avec nous, il n’y avait pas l’attitude égocentrique de l’artiste qui vient faire ses plans, non, on part avec toute la simplicité pour faire son travail et toute cette énergie est transmise dans la réalisation. Alors, dans la magie du montage, se révèle l’intensité de chaque espace, il devient plus dense, on a l’impression que dans chaque plan il y a des idées, des moments fugaces qui cherchent à parler directement au spectateur. »

Soutenir Terra TV ?

En juillet 2018, les militant(e)s de l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma et de Télévision ont relevé le défi de créer Terra TV, une télévision voulue et pensée par les paysan(ne)s eux-mêmes. Ils nous demandent aujourd’hui de former partout dans le pays des noyaux paysans de production audiovisuelle. Nous avons donc lancé une campagne de financement participatif. Nous sommes très proches de l’objectif, avec 95% des ressources apportées par 142 donateurs(trices). Vous pouvez nous aider en exprimant votre solidarité ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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« Jusqu’à nous enterrer dans la mer »: le film intégral en ligne (sous-titres FR)

affiche_danslamer_taille-moyenne_franc.jpgComment le petit peuple, les gens modestes, et les femmes en particulier des quartiers populaires vénézuéliens (que les grands médias s’évertuent à invisibiliser) vivent-ils la guerre économique décrétée par les Etats-Unis, organisent-ils la résistance et renforcent la démocratie à la base… ? De cela, l’information calibrée ne parle jamais. Ce film surgit d’un an de vie commune du réalisateur Thierry Deronne avec les habitants du barrio Bello Monte, dans l’état d’Aragua et fait le point sur la révolution bolivarienne en essayant de faire « politiquement du cinéma plutôt que du cinéma politique ». Pour le professeur de cinéma documentaire Thierry Odeyn (INSAS, Bruxelles) ce film nous apporte « une trace de la construction d’une démocratie au Venezuela » et pour l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique et spécialiste de ce continent qu’est le journaliste français Maurice Lemoine, «c’est le film le plus juste que j’ai vu sur l’Amérique Latine».

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Teaser de “Commune”, nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne de TERRA TV

“Commune”, qui sortira en janvier 2020, est un nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne produit par TERRA TV et et par l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE).

Sans doute y a-t-il un grain de folie à vouloir encore montrer au monde ce qui se passe au Venezuela hors du champ médiatique, à l’heure où le gouvernement mondial s’exerce par les médias, et où s’est creusé un abîme insondable entre la réalité d’un pays et son image à l’extérieur. ¨Commune¨ nous fait entrer au coeur des contradictions qui font avancer une démocratie participative, celle que les médias ont occultée depuis vingt ans pour la transformer aujourd’hui en ¨dictature de Maduro¨.

Ce film est parti d’une idée de Terra TV : comprendre le lien entre luttes paysannes et agriculture urbaine comme base des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs) qui résistent aux pénuries provoquées par la guerre économique. La relation nouée avec les habitant(e)s de la Commune Altos de Lidice, née au sein des quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, a ouvert la boîte de Pandore. De réunion en réunion, le tournage s’est fait tourbillon quotidien : santé, approvisionnement, eau, électricité, transport… doutes, conflits, flottements, absences, chutes, rechutes, humour et nouveaux départs…. élections, reélections de conseils communaux, fêtes de quartier, “arepazos” pour nourrir et ausculter les enfants, cerfs-volants flottant sur les hautes terres froides qu’on s’est promis de semer pour soutenir les CLAPs, avec toujours, partout, les femmes en première ligne…

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Assemblée populaire, maquette du quartier… Jesus Reyes à la caméra et Victor Hugo Rivera au son

Cette chronique d’une organisation populaire depuis sa naissance repose sur les épaules de Jesús Reyes, de Victor Hugo Rivera, issus de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision.

Jesus Reyes explique : « Les images parlent d’elles-mêmes, il y a de l’affection dans leur conception, elles cherchent à être vues et tentent de faire comprendre un futur pas si lointain. La poésie ne se détermine pas, elle naît de ce que nous observons jour après jour, à l’aube, l’après-midi, le soir.  On n’a pas peur de montrer la vie, quand on connaît la mort de près, on montre les blessures. Nous travaillons tous les jours.  »

Victor Hugo Rivera se dit ¨fatigué de voir comment notre époque a rétréci l’oeil documentaire, de voir le latino-américain rester une victime individualisée, vidée de son Histoire, objet humanitaire monnayable dans les télévisions et les festivals. L’art du réalisateur, de l’équipe qui réalise, ce n’est pas de chercher un thème mais de laisser le thème le trouver, non pas de choisir les gens mais de les laisser vous choisir. La forme de l’image naît de ce moment d’égalité, d’amour, de respect, de compréhension, de construction.¨

Et de citer Julio García Espinoza: ¨Un cinéma au service de la révolution exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui ¨illustre et embellit¨ les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Thierry Deronne, Caracas, 25 novembre 2018

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Découvrir à Paris les films « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » (2017) et « Histoire du Venezuela » (2018)

Le Cercle Bolivarien de Paris a le plaisir de vous inviter le Mercredi 21 mars 2018 à 19h25 à la

PROJECTION-DEBAT   « JUSQU’A NOUS ENTERRER DANS LA MER »

(Venezuela, 2017)

Cinéma LE BRADY, 39, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris

Métro : Château d’Eau / Strasbourg Saint-Denis / Gare de l’Est

La projection du film sera suivie d’un débat en présence du réalisateur Thierry Deronne de passage à Paris, et d’un pot de l’amitié. L’entrée est gratuite dans la limite des places disponibles (capacité maximum de 100 sièges). Les dons sont acceptés et seront reversés au Cercle Bolivarien de Paris pour financer de futures activités. Le film en DVD sera également disponible à la vente.

Synopsis : Fruit d’un an de vie commune avec les habitants de Bello Monte, ce documentaire nous raconte la lutte quotidienne de ce quartier populaire de l’Etat d’Aragua sur le front de la culture, de la santé et de l’alimentation dans le contexte difficile du Venezuela aujourd’hui. Loin de toute propagande, sans voix off, ni interview journalistique, nous voici plongés au cœur de la réalité d’une commune populaire et rurale du Venezuela aux côtés d’hommes et surtout de femmes qui s’organisent collectivement pour faire front et exercer pleinement leur citoyenneté. Pour le spécialiste de l’Amérique latine qu’est le journaliste indépendant Maurice Lemoine, c’est le « documentaire le plus juste » qu’il a vu sur le pays caribéen.

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Le Collectif International pour la Paix au Venezuela a le plaisir de vous inviter le mardi 27 mars 2018 à 18h30 à la

PROJECTION-DEBAT « HISTOIRE DU VENEZUELA»

(Venezuela 2018)

Venez découvrir ce nouveau film en avant-première le mardi 27 mars à 18h30 au Centre Pierre-Mendès-France de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, au 90 rue de Tolbiac, amphithéâtre L. Ligne 14 du métro (Olympiades).

La projection sera suivie d’un débat en présence du réalisateur Thierry Deronne, de passage en France pour l’occasion.

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Synopsis : On a en Afrique cette idée du temps : Il n’y a pas de retour au passé. Il faut placer le passé devant soi. Le passé est devant soi parce qu’on le connaît et le futur derrière soi car on ne le connaît pas. Qu’importe si l’écran de la télévision nous barre l’accès au peuple vénézuélien. Laissons-le nous regarder, avec son impatience de rejoindre ses frères d’Afrique et des Caraïbes. Émaillé des idées de nombreux penseurs vénézuéliens, de Simon Rodriguez à Fernando Coronill, en passant par Mario Briceño Iragorry, c’est l’ »Histoire du Venezuela » que nous ramène entre ses crocs le tigre bondissant dans la forêt de l’Histoire. Un antidote au « présentisme » obscurantiste des médias. »

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Le réalisateur : Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (IHECS, Bruxelles, 1985) vit au Venezuela depuis 1994. Enseigne le documentaire et la théorie du montage dans deux universités (UBV, UNEARTE). Formateur des mouvements sociaux au sein de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma et de Télévision. Après avoir donné des formations audiovisuelles dans le Nicaragua sandiniste des années 80, il fonde cette école au Venezuela en 1994, et participe à la fondation de plusieurs télévisions associatives et publiques comme Vive TV, dont il fut vice-président de 2004 à 2010. Créateur du Blog www.venezuelainfos.wordpress.com. Cinéaste, réalisateur entre autres du « Passage des Andes » (2005), « Carlos l’aube n‘est plus une tentation » (2012), « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » (2017) et « Histoire du Venezuela » (2018).

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(Vidéo intégrale) : « Un pont pour Pluton » ou comment fonctionne notre école populaire de cinéma

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Ce reportage montre les cinq jours d’atelier/tournage et le court-métrage réalisé par les militant(e)s de diverses télévisions associatives du Venezuela lorsqu’en 2015 l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, de Télévision et de Théâtre (EPLACITE) prit ses quartiers sur les hauts de Cordero, à la frontière avec la Colombie. Un cours de scénario donné par Thierry Deronne à partir du temps-spirale d’Alejo Carpentier avait motivé les 12 participant(e)s à écrire l’histoire de “Pluton”, le vieux contrebandier d’essence. Puis vint cette leçon de cinéma sous la caméra-férule de Luis Rodriguez, réalisateur/professeur invité par l’EPLACITE.

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Invitation à la première de notre documentaire sur « l’autre Che » à Bruxelles, le 18 novembre

Grâce aux amis d’ATTAC sera projeté, pour la première fois en Belgique, notre documentaire « Carlos l’aube n’est plus une tentation » le 18 novembre à 20 h. au Botanique, Rue Royale à Bruxelles, dans le cadre du Festival du cinéma d’ATTAC Bruxelles. Nous publions aussi un nouveau livre (en espagnol) basé sur ce film, qu’on peut télécharger ici https://t.co/leUSDLEePP

Format original : Vidéo HDV NTSC). Durée : 1 h. 22. Production : Las Tres Raíces, Venezuela. Avec l’appui de Zin TV (Bruxelles). Image : Henry Linares, Deylin Peugnet et Olivier Auverlau. Assistante de réalisation : Marjorie Arostegui. Musique : Philippe Tasquin. Enquête, scénario, réalisation, prise de son et montage : Thierry Deronne. Diffusion du DVD (V.O. sous-titres FR) : gloriaverges@free.fr

Quelques avis sur le film

Un film émouvant à l’image de la rencontre du commandant Borge avec son rêve d’un parc d’enfants

Alex Cox, cinéaste britannique, réalisateur de “Walker

C’est un cadeau non seulement pour ma famille mais pour les nouvelles générations qui, comme la fillette qui apparaît au début du documentaire, ignorent tout de cette Histoire

Tania de los Andes Fonseca, fille de Carlos Fonseca

Alors que beaucoup de films ne la peignent que par petites touches, ce documentaire donne accès à la séquence complète de l’Histoire

Gilda Bolt, Ambassadrice du Nicaragua au Salvador

Il faut que la jeunesse le voie dans tout le Nicaragua

Tomás Borge, Commandant de la Révolution, lors de la première du film à Managua.

 

La journaliste Sonia Contreras (au centre)

La journaliste Sonia Contreras (au centre), La Guajira, État du Zulia.

Interview du réalisateur Thierry Deronne par la journaliste vénézuélienne Sonia Contreras

Sonia Contreras – Que retiens-tu des témoignages rassemblés autour de la vie de Carlos Fonseca ?

Thierry Deronne : d’abord, la gorge nouée de beaucoup lorsqu’ils évoquaient la perte d’un leader visionnaire qui en même temps était le frère humble, celui qui te parlait avec clarté. Les paysans qui l’appuyèrent durant sa guérilla dans les montagnes se sont mobilisés pour participer au tournage en réactivant leur réseau. Pour projeter le documentaire dans diverses communautés, ils sont allés en charrette à chevaux emprunter un générateur d’électricité dans un village appelé La Concordia. Du froid des montagnes du nord du Nicaragua, nous est parvenue cette énergie, ce sentiment.

Sonia Contreras – Comment as-tu procédé pour ton enquête ?

Enquête parmi les collaborateurs historiques de El Carmen, Matagalpa.

Enquête parmi les collaborateurs historiques de El Carmen, Matagalpa.

Dès le début l’objectif fut de contribuer à écrire une Histoire détruite par les grands médias, pour la rendre au peuple, en particulier à la jeunesse. Avant de commencer à enquêter, je me suis demandé : comment nous libérer de la “Fin de l’Histoire” et du dogme de ¨la Vie”, de l’intimisme des tranches de vie télévisées qui règnent depuis les années 80, de ce centrage sur l’individu qui est une forme subtile d’obscurantisme ? La première réponse fut que si ce sont les peuples qui font l’Histoire, nous devons la raconter de leur point de vue. Écouter celles et ceux qui ont lutté dans l’ombre avec Fonseca ne revient pas à nier l’individu mais à lui rendre sa vraie dimension. La priorité fut donc de retrouver celles et ceux qui ont connu personnellement Fonseca, mais aussi d’incarner la mémoire populaire dans des personnages anonymes. C’est une idée empruntée à Rius, un extraordinaire dessinateur mexicain qui raconte l’Histoire et vulgarise la philosophie à partir de petits personnages populaires en marge du texte. D’autre part, le Carlos de 1976 n’est plus celui de 1936 parce que l’Histoire l’a transformé, il fallait donc s’immerger dans la reconstruction d’une dialectique sociale, économique, politique, avant de pouvoir écrire le scénario.

Sonia Contreras – Tu disais que ce qui t’a motivé était le risque de voir disparaître la mémoire de Carlos Fonseca Amador. En faisant ce film, qu’as-tu découvert ?

Carlos Fonseca emprisonné en 1969 au Costa Rica. Un appel international fut lancé pour sa libération avec parmi les signataires, un certain jean-Paul Sartre.

Carlos Fonseca emprisonné en 1969 au Costa Rica. Un appel international fut lancé pour sa libération avec parmi les signataires, un certain Jean-Paul Sartre.

T.D. –  Si nous parlons encore aujourd’hui de Fonseca (ou de Simón Bolívar, de Simón Rodríguez, de Augusto Sandino), c’est parce qu’ils ont fait le ¨travail¨. Fonseca fut une intelligence supérieure à son temps : il voulait la formation intégrale comme garantie de l’irréversibilité d’une révolution socialiste. Il a donné des cours à ses militants jusqu’au dernier jour pour organiser les combattants, collaborateurs, les cadres qui l’entouraient. Pour lui l’unité, la modestie, la sincérité, étaient les ferments d’un nouveau type de conscience. Cette vision, Fonseca la puisait chez Sandino, le rebelle nicaraguayen des années 30, adoubé Général des Hommes Libres par ses paysans-soldats métis et indigènes. Or, dans les rares écrits de Sandino, recueillis, étudiés, publiés par Fonseca, on trouve le ¨Plan de réalisation du rêve de Bolívar¨ dans lequel il propose aux 21 gouvernants latino-américains la création d’une banque latino-américaine pour le développement, de voies de communication, d’une citoyenneté et d’un passeport latino-américains, d’une cour de justice et d’une force de défense commune constituée par les nations latino-américaines pour garantir leur souveraineté et du canal interocéanique dont le gouvernement de Daniel Ortega vient de lancer la construction et qui va devenir un moteur économique très puissant… Sandino avait tout pensé dans les années trente… Hé bien nous y sommes… Si tu lis l’Histoire avec les yeux du principal sujet historique, de la majorité sociale, tu te rends compte qu’aujourd’hui le Nicaragua réalise peu à peu le programme historique conçu par Carlos Fonseca : une assemblée nationale à majorité féminine, l’appui direct au petit producteur agricole, l’armée populaire et patriotique, l’autonomie de la Région Atlantique, l’unité des peuples d’Amérique Latine et les réalisations de l’ALBA, tout ne fait que commencer. Et même s’il est à la mode en Europe de dire que « le sandinisme n’est plus ce qu’il était » ou de parler de « fin de cycle », la popularité des sandinistes et le vote d’une majorité d’électeurs en faveur de leurs politiques, comme on vient encore de le voir aux municipales de novembre 2017, inviterait à plus de prudence et à moins de projection. Depuis le retour du Front Sandiniste au gouvernement en 2006, la pauvreté générale est en baisse constante, ce qui n’était pas possible dans les années 80 à cause de la guerre contre le développement menée par l’administration Reagan.

Sonia Contreras – Carlos publia en 1975 le manifeste clandestin ¨Qu’est-ce qu’un sandiniste ?¨ où il jetait les bases morales du militantisme : « Le sandiniste doit posséder un authentique esprit critique, car cet esprit donne plus de consistance à l’unité, la renforce et lui donne sa continuité, alors qu’une critique mal comprise et qui met en péril l’unité perd son sens révolutionnaire¨. Qu’en penses-tu dans le cadre de la révolution bolivarienne ?

T.D. – Pour Carlos il fallait à tout prix éviter l’inclusion dans le Front d’éléments petit-bourgeois qui débarquent avec leurs critiques ¨démocratiques¨. Carlos préférait enseigner aux travailleurs l’art de la critique à partir des erreurs pour ¨être plus¨ comme disait Paulo Freire… Aujourd’hui au Venezuela, grâce à l’impulsion de Nicolas Maduro, la révolution bolivarienne tente de faire émerger le nouveau pouvoir des organisations communales, il y a un déplacement du champ politique classique, d’où découle la possibilité, la nécessité d’une critique et d’une autocritique populaire. La guerre médiatique non seulement nous empêche de voir le passé et le futur, elle déplace et occulte ce qui devraient être les champs principaux de l’information. Nous devons sortir du cercle argumentaire des médias pour pouvoir informer et réfléchir sur ce que nous faisons autour d’une nouvelle forme de vie, sur ce que signifie un pouvoir, une économie exercée par des communes organisées. C’est là où on comprend que la critique populaire n’a rien à voir avec la critique ¨médiatique¨ que pratiquent la plupart des journalistes. Il y a une autre ressemblance de Carlos Fonseca avec Hugo Chávez : tous deux parlaient la langue du peuple. Fonseca recommandait aux cadres de s’exprimer dans un langage clair. Rafael Correa aime citer Fonseca : ¨Il faut critiquer de face et faire l’éloge dans le dos”.

Sonia Contreras – Comment s’est passée la participation du Commandant Tomás Borge ?

Tomás Borge, de retour dans la prison où il subit neuf mois de torture

Tomás Borge, de retour dans la prison somoziste où il subit neuf mois de torture.

T.D. – Malgré sa santé fragile – il allait mourir quelques mois plus tard –  il nous a beaucoup aidés. Sous son caractère rude, on percevait une grande nostalgie. Au début du film, on le voit rencontrer par hasard une jeune étudiante et il lui demande si elle sait ce que fit Somoza. Elle l’ignore et Borge est abasourdi, il n’arrive pas à le croire, ne comprend pas. Comment une lycéenne peut-elle ignorer que ce dictateur installé par les États-Unis a assassiné 200.000 nicaraguayens ? Lors du montage final il nous a rappelé cette rencontre, il voulait montrer le film aux quatre coins du pays. Il vint à la première, à la Cinémathèque de Managua, pour demander aux adolescents de ne pas oublier les causes de la révolution. Les derniers mots qu’ils nous a adressés furent : ¨Entre nous, Carlos Fonseca était beaucoup plus grand que toute la révolution sandiniste¨.

Sonia Contreras – Si nous situons le documentaire dans l’ici et maintenant de la révolution bolivarienne, que peut-il nous apporter de plus ?

T.D. – Dans le documentaire nous mettons l’accent sur un épisode de la lutte sandiniste aussi fondateur que notre 4 février 1992 au Venezuela, c’est la Geste Héroïque de Pancasán, en 1967. Du point de vue militaire ce fut une lourde défaite pour la guérilla mais qui se transforma en victoire morale parce qu’elle montra au peuple que les sandinistes étaient capables de mourir pour lui. Cet épisode fit beaucoup pour marquer la fin de l’apathie, pour réveiller  la Nation nicaraguayenne. Ce qui pousse à réfléchir sur l’idée fondatrice d’unité civico-militaire. Dans le Programme Historique des sandinistes, Carlos Fonseca insère la création d’une ¨armée populaire et patriotique¨. Sandino est à Fonseca ce que Zamora est à Chavez. Depuis les montagnes du nord du Nicaragua, Sandino rappelait ¨nous ne sommes pas des soldats mais des citoyens armés¨ et depuis son ¨llano¨ vénézuélien, Ezequiel Zamora, autre général paysan, posait sur son képi militaire un chapeau paysan pour symboliser cette double nature de soldat/peuple.Brvz3t2IcAArhQg

A partir de ces racines, Fonseca et Chavez comprennent que défendre durablement un processus révolutionnaire, signifie défendre la souveraineté tout en élevant le niveau de conscience. Tous deux croient dans une police et dans une armée non répressives, au ¨citoyen armé¨ dont parle Sandino. Carlos Fonseca admirait Ho-Chi-Minh pour sa capacité à créer une armée populaire, s’opposait aux enlèvements et préconisait la formation de gardes nationaux du somozisme pour les humaniser et les insérer dans le processus révolutionnaire. Un jour que son jeune fils, pour un jeu dans le quartier, l’interroge sur les grades militaires, Fonseca lui répond que le plus haut est celui de ¨simple soldat”. Comme pour Chavez, c’est ce concept civico-militaire qui provoque la rupture de Fonseca avec la gauche classique, assez éloignée du peuple et qui préférait, dans le cas du Nicaragua, ¨attendre les élections¨.

Quand Fonseca s’oppose à ce pacifisme de l’opposition à Somoza il réaffirme la nécessité d’une voie politico-militaire pour que la révolution puisse se défendre et se construire à long terme, et relie le Front Sandiniste à son ancêtre, l’Armée de Défense de la Souveraineté Nationale mise sur pied par Sandino. A Caracas, en janvier 2013, Evo Morales nous disait : “En Bolivie aussi nous avions des forces armées désidéologisées qui terrorisaient les enfants, des soldats utilisés pour tuer. Nous avons expulsé les étasuniens de notre État-Major, de même qu’au Vénézuéla. Ce que garantit la révolution bolivienne ce sont des mouvements sociaux alliés à des forces armées conscientes.”

Tournage dans les montagnes de Matagalpa.

Tournage dans les montagnes de Matagalpa.

Sonia Contreras – Tu parlais de la mémoire paysanne, de ceux qui appuyaient la lutte du guérillero Fonseca, qu’as-tu appris auprès d’eux ?

T.D. –L’enquête a révélé le rôle peu connu des syndicats ruraux dans la genèse de la guérilla du FSLN. Les bases de la guérilla de Pancasán s’enracinaient dans les luttes menées par les journaliers indigènes pour améliorer leurs conditions de travail et pour récupérer leurs terres ancestrales. Comme dit le commandant Borge dans le film, “beaucoup ont été assassinés parce qu’ils aidèrent le Front sandiniste, ils ont offert leurs vies”. C’est un autre élément important de l’enquête : sous chaque silence il y a la voix de ceux qui parlent sous la terre, des corps sans sépulture qui flottent sur nos têtes, qui continuent à penser pour nous, qui nous pressent d’agir. Parmi les points du programme historique du Front Sandiniste, Carlos Fonseca inscrivit “Vénération des martyrs” pour que les anonymes des poèmes de Roque Dalton, les “Saints” de Leonel Rugama, donnent un sens à nos vies.

Images du film

Víctor Guillen dans la nuit de Pancasán. Guide de la guérilla de Carlos Fonseca en 1967.

Víctor Guillen dans la nuit de Pancasán. Guide de la guérilla de Carlos Fonseca en 1967.

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