Le gouvernement Maduro inaugure 100 bases de missions socialistes

« Aujourd’hui, nous inaugurons 100 bases de missions socialistes dans 100 localités où vivent les familles populaires, pour servir des milliers d’entre elles, afin que la population sache qu’elle est protégée. Malgré le blocus états-unien nous avons réorganisé ce réseau avec le soutien de la communauté » a expliqué le président Maduro lors d’une évaluation générale avec l’ensemble des ministres concernés, le 10 novembre 2020. « Nous devons gouverner avec le peuple, par le peuple, pour le peuple, c’est ainsi que Chávez l’a conçu« .

Pour accélérer le mouvement face à la détérioration des conditions socio-économiques sous la pression, depuis plusieurs années, de la guerre économique états-unienne, Maduro a également approuvé le budget qui permettra de mener à bien de nouveaux chantiers avec les conseils communaux et les communes avant le 31 décembre. « Nous allons inaugurer 100 autres bases de missions socialistes pour 150000 communautés populaires, nous le ferons malgré le blocus, car c’est comme ça que nous attaquons vraiment la pauvreté. Les grandes missions sociales sont le mécanisme permettant d’atteindre l’égalité, d’éliminer la pauvreté et de maintenir la communication permanente avec la population« , a-t-il précisé.

La base de missions socialistes « Marisela Mendoza de Brito » a été l’une des premières à être inaugurée dans l’État de Miranda : 13 communautés de la municipalité de Charallave en bénéficieront, soit 2026 familles. Dans ce lieu opérera la Mission Barrio Nuevo Barrio Tricolor dont l’objectif est de réparer les maisons ou d’en construire, le Programme de l’accouchement humanisé, les missions sociales éducatives Ribas, Robinson, Foyers de la Patrie et le Mouvement Somos Venezuela.

À San Carlos, dans le secteur de San Ramón, sept nouvelles bases de mission ont été inaugurées, où les patients seront également soignés par la médecine naturelle. Sur place, 1527 familles bénéficieront des services de cette base. De même, la base de missions socialistes « Rosa Inés » a été inaugurée dans le secteur de San Simón, de la municipalité de Maturín (région orientale du pays), pour s’occuper de plus de 3300 familles. La base de mission « Darío Vivas » dans le secteur de Las Majaguas de la municipalité de Juan Germán Roscio activera les espaces éducatifs, la clinique de médecine générale, ainsi que le système « point et cercle » avec un terrain de sport, l’espace préscolaire et Simoncito.

Ces « bases de missions socialistes » sont composées de trois modules à partir desquels sont gérées les missions sociales, programmes publics de protection créés par la Révolution bolivarienne.

En général le premier des modules internes de chaque base sert de logement aux médecins déjà installés dans ces communautés pour y dispenser des soins permanents. Le second est l’espace prévu pour les programmes de formation et les programmes culturels, notamment le Simoncito (enseignement initial), Misión Robinson (alphabétisation), Misión Ribas (enseignement secondaire) et Misión Sucre (enseignement universitaire). Il y a également un espace pour des activités culturelles, des cours, des ateliers, des lectures de groupe, etc. Le troisième module est une clinique de soins primaires dont le personnel est composé de médecins qui vivent dans la communauté. C’est là qu’opèrent les missions Barrio Adentro, le programme de santé de l’État. En bref, il y a trois espaces : le module résidentiel, le module de services et le module éducatif.

Cette campagne de construction de bases a été relancée par le président Nicolas Maduro le 7 juin 2014, après une enquête qui a déterminé qu’il y avait encore 1 500 communautés dans 255 paroisses avec une pauvreté extrême dans le pays.

Plan de relance de la Gran Misión Barrio Nuevo Tricolor

Le président a également ordonné d’accélérer la Grande Mission Barrio Nuevo, Barrio Tricolor (GMBNBT), dont l’objectif est de construire et/ou transformer l’habitat des secteurs populaires au niveau national (cette mission a déjà remis plus de trois millions de logements à très bas prix aux secteurs populaires).

« Je veux un plan spécial pour donner une forte impulsion à cette mission« , a-t-il déclaré depuis le Palais présidentiel, rappelant que « cette mission est un mécanisme pour vaincre la pauvreté et assurer une meilleure qualité de vie » dans le cadre de la lutte gouvernementale contre l’inégalité produite par les sévères restrictions économiques, financières et commerciales imposées depuis 2014 par l’Occident.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/mas-vida/gobierno-entrego-100-nuevas-bases-de-misiones-socialistas/

Traduction : Thierry Deronne

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Les « biens communs » coloniaux et la décolonisation de la gauche

Les chercheurs universitaires Daniel Montañez et Juan Vicente Iborra (UNAM, Mexique) dénudent les contradictions d’une certaine gauche « communaliste » occidentale. Tracer trop vite une « internationale des biens communs » dissout le rapport prépondérant du colonialisme. Le « ni-nisme » sur le Venezuela, si utile à l’Empire, n’en est qu’une des conséquences politiques.

Des vendeurs informels protestent sur la Plaça Catalunya de Barcelone contre la persécution raciste qu’ils affirment subir de la part des médias et des institutions. Photo : Sandro Gordo

Le paradigme du « commun » s’est installé dans la politique contemporaine à différentes échelles depuis des décennies. D’une assemblée de quartier à une ville collectivisée, en passant par les centres culturels, les musées et même les environnements institutionnels tels que les mairies, les municipalités et les partis politiques, cette idée rassemble diverses expériences d’organisation sociale qui renouvellent de manière créative divers horizons politiques. S’inscrivant dans le cadre universitaire, la proposition rassemblerait des intellectuels et des militants de toutes sortes, auparavant encadrés dans des traditions très diverses allant du marxisme et de la social-démocratie à l’anarchisme, l’autonomie, le municipalisme ou le mouvement des squatters. En bref, il semble s’agir d’une sorte de renouveau de la gauche qui est parfaitement exprimé par le jeu de mots proposé par la philosophe Marina Garcés dans le titre d’une de ses publications : « Commun (sans isme) ».

Mais qu’entend-on par « commun » ? Un nombre infini de livres ont été écrits sur le sujet au cours des dernières décennies, et une synthèse risque de caricaturer la proposition. Mais nous allons essayer. Au fond, ils semblent faire appel au fait que dans la civilisation capitaliste, le monde a été divisé de manière dichotomique entre les sphères publique et privée, faisant disparaître tout vestige de relation communautaire. L’individu apparaît ainsi comme un sujet éclaté qui affronte dans la solitude le monde des entreprises et de l’État, qui définissent le cadre de son existence. Il s’agit alors de retrouver les liens communautaires dans toutes les dimensions de la vie, des relations entre les voisins d’une ville ou d’un quartier à celles des ouvriers d’une usine ou de toute entreprise. Cela révolutionnerait la politique et le sens même de la vie en redonnant aux individus leur rôle actif dans le monde et leur essence d’êtres sociaux, récupérant ainsi les rênes de leur existence dans la collectivité.

Dans cette grande idée, il y a fondamentalement deux positions, l’une libérale et l’autre critique. La première proposerait que le commun puisse communaliser et humaniser le capitalisme, en proposant qu’à la propriété privée et publique s’ajoute la défense d’une propriété commune de ressources et de moyens de production. Le défenseur le plus connu de cette ligne était la politologue Elinor Ostrom, qui a étudié diverses expériences de gestion communale des ressources dans le monde entier et a montré qu’il s’agissait des moyens les plus efficaces et humains de produire des biens. D’autre part, la perspective critique de la proposition verrait l’expansion du commun comme un moyen d’affronter et de transformer le capitalisme en un nouveau système civilisateur, où la gestion collective des ressources et des moyens de production viserait non seulement à gérer collectivement la production de biens de manière efficace mais aussi à mettre fin au système d’exploitation au niveau mondial. Cette ligne a été développée par de nombreux intellectuels dans l’orbite du marxisme hétérodoxe, mettant en avant des auteurs comme Silvia Federici ou Raquel Gutiérrez et des auteurs comme David Harvey, Antonio Negri, Peter Linebaugh ou Raúl Zibechi.

Cette proposition étant née en Europe se base sur une généalogie historique centrée sur les luttes contre la dépossession des biens communs au Moyen Âge européen, surtout l’enclosure des terres. Cela n’a pas empêché la proposition d’être reçue et développée à sa manière dans d’autres contextes comme l’Amérique latine, où l’accent est mis sur le fait que les modes de vie communautaires des peuples indigènes et leurs luttes contre le colonialisme sont également une part importante de cet horizon global de lutte pour le commun. En fait, une tendance importante de la théorie des biens communs consiste à décentraliser les réflexions de l’expérience européenne, en essayant de montrer comment les biens communs des différents territoires et cultures se sont articulés contre le système mondial capitaliste. Des œuvres telles que « L’hydre de la révolution : marins, esclaves et paysans dans l’histoire cachée de l’Atlantique » de Peter Linebaugh et Marcus Rediker ou « Caliban et la sorcière » de Silvia Federici montrent une sorte d' »unité » dans les luttes des différents groupes à travers le monde contre le capitalisme au cours des siècles de son expansion mondiale et de la transition entre les modes de production féodaux et capitalistes. Les pirates, les esclavisé.e.s d’origine africaine, les peuples indigènes et les paysan.ne.s d’Europe organisés à partir de leurs propres formes et institutions, au-delà des sphères de l’État public et du commerce bourgeois, sont montrés dans ces œuvres comme une « première internationale communale » hétérogène contre le capitalisme.

Nous ne nions pas que ces liens et articulations soient intéressants et séduisants, mais c’est précisément à partir de ce type d’extrapolations qu’une série de contradictions ont commencé à apparaître, qui ont conduit certains intellectuels indigènes à proposer l’existence de « biens communs coloniaux« . Comme nous le savons, la gauche n’a pas été exempte de colonialisme dans son parcours historique, étant généralement fidèle à l’idéal occidental moderne qui postule un linéarisme téléologique historique où les peuples occidentaux sont présentés comme les plus « avancés » du monde. Le concept des « biens communs coloniaux » met en lumière que la nouvelle gauche communale porte encore en elle le vieux problème de l’ancienne gauche. Nous souhaitons montrer deux façons dont les biens communs reproduisent le colonialisme :

1. L’EUROCENTRISME ET LE COLONIALISME THÉORIQUE DES BIENS COMMUNS

Le débat sur l’eurocentrisme de l’approche commune a récemment eu lieu dans le contexte latino-américain. En 2015, Raquel Gutiérrez et son cercle de recherche sur les « réseaux communautaires » à l’Université de Puebla ont convoqué le « Congrès international de la communalité » au Mexique, en essayant de mettre en dialogue diverses traditions de pensée et d’activisme qui ont pour horizon le commun. Cependant, au moment du dialogue, il est devenu évident que le terme « communalité« , inventé par les intellectuels indigènes de Oaxaca pour penser aux « modes de vie des peuples indiens« , avait peu à voir avec les biens communs dont parlaient la plupart des invités à l’événement, et plus à voir avec la trajectoire critique des biens communs inventés en Europe, comme l’a particulièrement souligné l’intellectuel zapotèque Carlos Manzo. Des auteurs tels que Raquel Gutiérrez, Raúl Zibechi, Mina Navarro et Lucía Linsalata avaient réussi à « latino-américaniser » la tradition européenne des biens communs en intégrant des études de cas de la région et en l’articulant avec les travaux théoriques d’intellectuels tels que le critique marxiste équatorien Bolívar Echeverría, mais ils avaient encore un cadre épistémologique eurocentrique ancré dans l’expérience historique européenne de la dépossession des biens communs.

Travailler avec une idée eurocentrique des biens communs efface effectivement de profondes différences. Ce n’est pas la même chose d’être dépossédé en tant que paysan européen par un processus de transformation des relations sociales de production au sein de votre propre civilisation, que d’être dépossédé en tant que paysan indigène, africain ou tout autre paysan non occidental par une civilisation qui vous est étrangère. Dans ce dernier cas, la dépossession comprend la destruction non seulement du mode de production et du mode de vie, mais aussi de la culture elle-même, qui comporte des dimensions spirituelles, religieuses et existentielles de la plus haute importance en plus des dimensions sociales et économiques. L’indistinction de la signification même du communal dans chaque contexte montre à quel point cette approche peut être problématique. Rappelons qu’en Europe, au cours de ces siècles, la politique de clôture des biens communs et la chasse aux sorcières – comme l’a excellemment raconté Federici – avaient pour but de détruire les relations communales afin d’établir la solitude de l’individu contraint de vendre sa force de travail au capital. Dans le cas des Amériques, les communautés indigènes ont souvent été re-fonctionnalisées et encouragées de manière contrôlée afin qu’en plus de payer les taxes sur les épices qui en résultent à la Couronne, elles restent des usines de main-d’œuvre bon marché pour les mines et les armées de réserve dans les guerres d’invasion du continent contre les autres peuples indigènes.

D’autre part, et ce n’est pas moins important, cette approche occulte le colonialisme historique donné au sein des expériences de « commun » en Occident. La confirmation de ce phénomène a été soulignée avec insistance par des auteurs comme Allan Green, qui fait référence à l’existence de « biens communs coloniaux » historiques, en faisant allusion dans son cas aux traditions communales des colons d’Amérique du Nord, qui ont privé les indigènes de leurs terres pour les utiliser parmi eux en commun. L’auteur confronte ainsi les visions quelque peu idéalistes d’auteurs-rices tels que Kēhaulani Kauanui, qui soutiennent que la rébellion de Nathaniel Bacon en 1675 a présenté un scénario à partir duquel on peut imaginer des croisements et des intersections entre les classes ouvrières blanche, noire et indienne. Alors que l’alliance entre la classe ouvrière blanche et l’élite coloniale renforcerait la domination raciale avec la promulgation des codes noirs de Virginie, qui peuvent être interprétés comme une genèse du suprématisme blanc qui prévaut dans les sociétés modernes, qu’elles soient communautaires ou non.

Ce « racisme communautaire » peut être relié à d’autres expériences communautaires historiques revendiquées par les communautés contemporaines. Par exemple, les expériences communautaires de la péninsule ibérique n’étaient pas exemptes de racisme à l’égard des groupes gitans, juifs et musulmans. Le caractère anti-mauresque de la révolte des Germanías à Valence et à Majorque et leurs attaques continues contre les Morerías font partie de l’implantation coloniale hispanique dans le territoire, s’accordant sur la question coloniale avec l’autoritarisme impérial auquel ils ont eux-mêmes été confrontés. En bref, il s’agissait de racistes et d’exclusifs communs, une question qui n’est pas débattue dans d’importants ouvrages récents tels que « Las vecindades vitorianas : una experiencia histórica de comunidad popular embodied in the future » (Ayllu Egin, 2014) ou « El comú català : la història dels que no surten a la història » (David Segarra, 2015), qui sont venus présenter dans le contexte péninsulaire des expériences d’auto-organisation et de travail collectif à partir desquelles on peut imaginer les processus de reproduction communautaire de nos jours. Cependant, cet exercice reste incomplet s’il n’est pas accompagné d’une réflexion sur la manière dont les enclosures et les processus d’accumulation primitive délimitaient, à travers la division raciale du travail, les formes d’organisation actuelle du travail, les privilèges de la citoyenneté par les politiques migratoires et les noyaux de concentration et d’accumulation des richesses.

En bref, l’eurocentrisme de l’approche affecterait au moins deux questions dans la vision des biens communs : d’une part la notion même de ce qui est communal, où aucune différence n’est faite entre l’économie politique du communal au sein des sociétés du « centre » et de la « périphérie », et d’autre part l’occultation du racisme au sein des expériences historiques des biens communs occidentaux.

2. L’IMPÉRIALISME ET LE COLONIALISME POLITIQUE DES « BIENS COMMUNS »

Étant donné l’eurocentrisme et le colonialisme théoriques des biens communs, il est plus facile de comprendre les dérives politiques coloniales qu’ils prennent actuellement. Nous en avons identifié au moins trois :

Tout d’abord, le problème de la cooptation. Cette question a été soulignée par des intellectuels indigènes d’Amérique du Nord, qui ont mis en garde contre l’existence de « biens communs coloniaux » qui viennent essayer d’inclure leurs luttes dans un horizon qui leur est étranger. Des auteurs comme Glen Sean Coulthard (Déné Yellowknives) ou J. Kēhaulani Kauanui (Kanaka maoli ou Hawaïen natif) pointent dans ce sens vers une cooptation des mouvements indigènes du paradigme des biens communs. Cette question est historiquement liée à la longue tradition d’intégration coloniale des sociétés communales non occidentales au sein de l’impérialisme, bien que dans ce cas elle se réfère plus directement à l’expérience de l’intégration des luttes indigènes dans les horizons de la gauche occidentale. Pendant longtemps, les mouvements indigènes ont été contraints de s’inscrire dans des catégories de classe et des luttes politiques, et se sentent aujourd’hui dans une situation similaire face aux exigences du bien commun.

Deuxièmement, le problème de la répression. Ce débat a été intense en Europe en ce qui concerne les peuples racialisés et migrants qui s’y sont établis. Par exemple, le gouvernement des « communs » dirigé par Ada Colau à Barcelone a eu d’intenses conflits avec le syndicat des vendeurs de rue de la ville, une organisation de migrants racialisés qui les accuse de promouvoir des politiques racistes contre leurs formes sociales de survie. Ces actions sont historiquement liées au racisme des gens du commun donné dans le passé dans la péninsule ibérique. On assiste ainsi à l’exclusion des biens communs et à la répression des stratégies de survie vitales des groupes de migrants entraînés sur le territoire par l’impérialisme mondial, en accord avec la logique raciste du passé et en toute harmonie avec les logiques racistes du discours citoyen.

TROISIEMEMENT, L E PROBLEME DE L’ALLIANCE AVEC L’IMPERIALISME. Cette question est clairement d’actualité face à la situation politique au Venezuela. De nombreux intellectuels de gauche du monde entier ont promu un manifeste « de et pour le peuple vénézuélien pour arrêter la guerre et l’impérialisme« , parmi lesquels se trouvaient de grandes figures de la nouvelle gauche mondiale des biens communs, tant européen-ne-s que latino-américain-ne-s. Suivant la logique « communale », ils proposent de ne s’aligner ni sur l’impérialisme dirigé par les États-Unis ni sur le gouvernement autoritaire du président vénézuélien Nicolas Maduro, mais sur le peuple lui-même, qui devrait décider de sa propre voie au-delà des logiques partisanes et impérialistes, qu’il soit de gauche ou de droite. Certains ont même rencontré le chef de l’opposition Juan Guaidó, récemment autoproclamé président du pays avec le soutien des États-Unis et des puissances occidentales. Bien que la proposition d’aller au-delà des parties et de résoudre le conflit à partir des pouvoirs communs du peuple lui-même puisse sembler intéressante, cette prétendue « voie médiane » dans la crise politique actuelle ne fait que soutenir le coup d’État de l’opposition au Venezuela et l’entrée de l’impérialisme et du néocolonialisme occidental dans le pays. Cet exemple montre malheureusement comment fonctionne cette logique du bien commun colonial, où le pari sur le bien commun continue de participer à la logique du colonialisme. Cet exemple est historiquement lié aux alliances établies entre les classes ouvrières blanches organisées en commun et les élites impériales, comme nous l’avons vu dans le cas de l’Amérique du Nord.

Il semblerait que la nouvelle gauche communale maintienne un vieux problème non résolu de l’ancienne gauche : le problème du colonialisme. Le paradigme du commun contient des contributions très intéressantes à la politique contemporaine et cette remarque doit être considérée comme une critique constructive. L’analyse de cette face obscure coloniale de la théorie, de la généalogie et de la pratique politique des biens communs pourrait contribuer à la tâche importante d’une véritable décolonisation de la gauche et à la construction d’un paradigme non colonial des biens communs des deux côtés de l’Atlantique, puisque, comme nous l’avons vu : le « communal » ne chasse pas forcément le « colonial ».

D.M.
J.V.I.

Les auteurs (photographiés avec la veuve de Haywood Harry, Gwendolyn Midlo Hall, qui a théorisé avec son mari la Nation Noire comme « colonie interne ») :

Daniel Montañez Pico a étudié l’anthropologie sociale et culturelle à l’Université de Grenade et a obtenu une maîtrise et un doctorat en études latino-américaines à l’Université nationale autonome du Mexique. Il enseigne à l’Universidad Nacional Autónoma de México et écrit régulièrement pour le supplément Ojarasca sur les affaires indigènes de La Jornada et pour Gara. Auteur de Marxisme noir, pensée décolonisatrice dans les Caraibes anglophones.

Juan Vicente Iborra Mallent est diplômé en sciences politiques et en administration (Université de Valence), en histoire (Université de Valence), spécialiste des conflits (Université d’Utrecht) et titulaire d’un master en études latino-américaines (Université nationale autonome du Mexique). Il a récemment effectué un séjour de recherche à l’Université de New York (NYU) et un travail ethnographique de terrain au Honduras et à New York (USA). Il a également collaboré avec diverses revues scientifiques, éditeurs, médias numériques et avec des universités interculturelles telles que l’Universidad de los Pueblos del Sur (UNISUR). En outre, il a participé à diverses conférences et activités universitaires. Sa dernière publication est Black Lives Matter à travers la série télévisée américaine (2018, North America, Revista Académica del CISAN-UNAM).

Source : https://www.elsaltodiario.com/1492/los-comunes-coloniales-y-la-descolonizacion-de-la-izquierda

Traduction : Julie Jaroszewski pour Venezuelainfos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/13/les-biens-communs-coloniaux-et-la-decolonisation-de-la-gauche/

Le Venezuela au fond des yeux (4) : « contribuer à écrire l’Histoire » par le photographe Giuliano Salvatore

GiulianoGiuliano Salvatore (photo) est un talentueux réalisateur audiovisuel, documentaliste et photographe vénézuélien. Directeur de photographie chez Salvaje Films et à la coopérative La Célula, Giuliano a contribué à réaliser divers projets audiovisuels, dont le long métrage Juntera (2014). Giuliano a aussi été l’un des premiers photographes que nous avions mis en valeur dans cette série “Esta vida nuestra”.

L’art et la précision dont fait preuve le réalisateur vénézuélien lorsqu’il capte et fixe les expressions des sujets photographiés sous leurs multiples facettes nous étonne toujours encore. Nous avons voulu en savoir davantage sur l’auteur de cet important travail audiovisuel. Voici son histoire.

De quelle partie du Venezuela es-tu originaire ? Parle-nous un peu de toi et de tes débuts dans le pays.

Je suis né à Cumana où j’ai vécu jusqu’à mes dix ans. Ensuite, je suis allé à San Antonio de Los Altos et plus tard à Caracas. A vrai dire, même si en ce moment je ne suis pas un “caraqueno”, je considère Caracas comme mon chez moi, bien que j’aie voulu m’installer dans d’autres endroits du pays depuis un certain temps déjà et que j’ai failli le faire à maintes reprises. Mais plus maintenant. Caracas est tout un pays en lui-même, petit, hétéroclite et isolé du restant du pays. Quand je reste longtemps sans en partir, cette impression se renforce. Puis on sort de la ville, et l’univers que nous pensions être se dilate à l’infini tandis que Caracas se fait toute petite face au reste du monde.

Il est bien évident pour nous autres qui sommes de l’intérieur de ce petit monde, que lorsque nous quittons la ville, nous nous dilatons aussi et nous retrouvons des horizons que nous avions souvent oubliés.

Tu as fait des études littéraires. Qu’est-ce qui t’y a poussé ? Pourrais-tu nous citer un auteur qui t’a influencé ?

J’ai étudié la littérature à l’Université Centrale du Venezuela. Ma mère est écrivaine, j’ai donc passé mon enfance entouré de livres et occupé à lire; jusqu’à mes treize ans, rien ne m’intéressait hormis la lecture. Plus tard, j’ai attrapé le bon filon et me suis mis à écrire de la poésie, et à quinze ans j’avais déjà décidé d’étudier la littérature, bien qu’au fond étudier ne m’intéressait pas vraiment. A cette époque, je voulais surtout connaître des gens qui avaient la même motivation.

L’Université m’a transformé. J’ai un peu traîné les premières années, mais j’ai tenu bon et j’ai même fait une maîtrise en littérature latino-américaine à L’Université Simon Bolivar, dont je me suis échappé juste au moment de passer ma thèse pour réaliser mon premier documentaire, sans jamais y retourner. Beaucoup d’auteurs m’ont influencé : Ramos Sucre, Julio Garmendia, Lezama, Juarroz, Saint-Exupéry, Kafka, Borges, Barthes, Deleuze, Derrida, Mutis, Faulkner, Capote, Cabrera Infante, Miguel Hernandez, Araujo, entre autres.

Comment se sont passés tes débuts dans la photographie ?

Eh bien, il se trouve que je suis aussi fils de photographe, donc la photographie et la littérature m’ont toujours été proches. Très souvent, petit, je m’asseyais sur une petite chaise dans le laboratoire de mon père pour le regarder développer ses photos ; l’ambiance me plaisait beaucoup, le silence, l’odeur du révélateur, la lumière rouge. J’ai grandi dans cette atmosphère dans ma propre maison. Le premier appareil photo à pellicule que j’ai eu entre les mains, préparé par mon père vers mes seize ans, a été un vrai désastre : j’avais bougé en prenant les photos, elles étaient brouillées, floues, l’exposition était mal faite. Je ne m’y suis plus intéressé pendant plusieurs années. Je préférais faire des vidéos.

J’ai réalisé mon premier court métrage avec un ami, à vingt ans. Par la suite, nous en avons fait quelques autres. Puis je suis revenu à la littérature. En 2008, j’ai présenté un film documentaire au Centre National du Cinéma, et il a été accepté. A partir de ce moment, j’ai commencé à tourner des vidéos documentaires. Il y a environ cinq ans, je me suis mis à prendre des photos avec un portable, puis j‘ai utilisé une Canon avec laquelle je faisais presqu’exclusivement des vidéos jusqu’à ce que je l’aie prise au bureau pour commencer à faire de la photo. C’était en 2017. Je faisais déjà de la photo avant, mais pas très sérieusement.

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Quel photographe ou réalisateur -ou leur travail- t’ont-ils influencé ?

Au Venezuela, disons qu’il y a eu mon propre père, Rafael Salvatore, puis Paolo Gasparini, Claudio Perna, Torito, Joaquin Cortez, Alexis Pérez Luna, Antolin Sanchez, Leo Alvarez, Luis Brito et quelques autres. A l’étranger, je crois que c’est Alex Webb qui restait à mes yeux le plus étonnant, techniquement et artistiquement parlant ; il y a eu aussi Blossfeld, Weston, Arbus, Mary Ellen Mark, Brassaï, Marilyn Mugot, Saul Leiter, David Alan Harvey.

Ta série de photographies “La Pastora” publiée le 16 mars nous plait beaucoup. Pourrais-tu nous en dire quelques mots ?

Eh bien, la Commune Altos de Lidice est un lieu qui m’est très proche, politiquement et affectivement parlant, et je connais bien le sérieux et la ferveur avec lesquels les habitant(e)s poursuivent leur action. Je suis allé photographier cela, pas les petits faits de l’existence quotidienne, mais la cohérence de l’effort qu’ils font et la logique qui est la leur, l’état d’esprit qui anime le quotidien.

La photographie est également l’art du temps, aussi bien par rapport au contenu de la photo que de sa publication, et en ce moment, juste au début de la quarantaine, je sens qu’il faut nous rendre compte que nous pouvons prendre en charge par nous-mêmes cette situation, nous mettre en retrait en l’assumant avec courage, efficacité et dévouement. Rien ne vaut une communauté faisant face au problème avec ses propres moyens et de manière solidaire.

A certains moments, on se rend compte que ce qu’il faut réussir à faire, c’est de contribuer à écrire l’Histoire, à fournir des arguments (même si ce n’est qu’une photo) pour qu’ensuite nous revoyions le passé, la photo nous donnant une image de nous-mêmes qui nous plaise ou, en tout cas, nous évoque.

Parlons à présent de matériel. Qu’utilises-tu pour prendre les photos que tu publies sur Instagram ?

Depuis l’an dernier, j’utilise un Sony Alpha 7II, équipé de trois lentilles, de 50 mm, de 14 mm et de 28-70 mm, toutes étant de gamme moyenne ou basse. Avant, j’avais une Canon 60D, avec des lentilles de meilleure qualité parfois, et avec plus de possibilités de distances focales. Mais je n’utilise plus la Canon ni le capteur APSC. La Sony me convient très bien, c’est moi qui dois encore m’améliorer, et beaucoup.

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Quels projets as-tu prévu pour les années à venir ?

J’en ai plusieurs en cours, que je ne pensais pas aussi longs à réaliser. A Caracas, j’aimerais faire un essai sur Altagracia, l’une des communes de Caracas qui me plait le plus, car j’y ai vécu deux ans et je crois bien que c’est là que j’ai commencé à me mettre sérieusement à la photo, même si ce n’était qu’avec un portable ; et un autre sur Santa Rosalia, un bel aménagement urbain de la ville. Mais Caracas m’étouffe un peu, j’aimerais retourner, cette fois avec une caméra photo, à des endroits qui me manquent comme les régions de Barinas, Apure ou Sucre. De plus, en ce moment, l’un de mes grands projets est le collectif dont je fais partie, Cacri Photos et les projets de mes étudiants de UNEARTE.

Pour finir, une question que nous posons à tous nos interviewés en ce moment : que fais-tu pendant le confinement ?

Depuis la deuxième semaine de confinement, je ne suis presque pas sorti faire de photos. Je n’ai pas voulu prendre de risques et je ne savais pas quoi photographier qui ne l’ait déjà été par d’autres collègues. J’ai commencé à écrire sur la photographie comme sur le cinéma, je lis des ouvrages de référence et je regarde aussi des films. Sans oublier de voir des memes et écouter de la musique.

Pour suivre le travail de Giuliano Salvatore sur Instagram: https://www.instagram.com/giuliosalvadio/ et sur Behance: https://www.behance.net/GiulianoSalvatore

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Source: https://estavidanuestra.com/giuliano-salvatore-la-voz-detras-de-las-fotografias/

Traduction: Frédérique Buhl

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Venezuela: La réponse au Covid-19 pourrait vous surprendre…

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Photo du haut : médecins vénézuéliens effectuant des visites à domicile dans les quartiers populaires de Caracas. Photo du bas: visite de dépistage et formation de la population de la Commune Socialiste de Lidice. Photos de @OrlenysOV et Giuliano Salvatore

Par Leonardo Flores  /  Global Research

Quelques heures après son lancement, plus de 800 Vénézuéliens aux États-Unis se sont inscrits pour un vol d’urgence de Miami à Caracas par le biais d’un site web géré par le gouvernement vénézuélien. Ce vol, offert gratuitement, a été proposé par le président Nicolás Maduro lorsqu’il a appris que 200 Vénézuéliens étaient bloqués aux États-Unis suite à la décision de son gouvernement d’arrêter les vols commerciaux à titre de mesure préventive contre les coronavirus. La promesse d’un vol s’est étendue à deux vols ou plus, car il est apparu clairement que de nombreux Vénézuéliens aux États-Unis voulaient retourner au Venezuela, mais la situation n’est toujours pas résolue en raison de l’interdiction américaine sur les vols à destination et en provenance du pays.

Ceux qui se fient uniquement aux médias grand public pourraient se demander qui, dans leur bon sens, voudrait quitter les États-Unis pour le Venezuela. Le Time, le Washington PostThe Hill et le Miami Herald, entre autres, ont publié des opinions au cours de la semaine dernière décrivant le Venezuela comme un cauchemar chaotique. Ces médias ont brossé le tableau d’un désastre dû au coronavirus, de l’incompétence du gouvernement et d’une nation au bord de l’effondrement. La réalité de la réponse du Venezuela aux coronavirus n’est pas du tout couverte par les médias mainstream.

De plus, ce que chacun de ces articles résume, c’est le dommage causé par les sanctions de l’administration Trump, qui a dévasté l’économie et le système de santé bien avant la pandémie de coronavirus. Ces sanctions ont appauvri des millions de Vénézuéliens et ont eu un impact négatif sur des infrastructures vitales, comme la production d’électricité. Le Venezuela est empêché d’importer des pièces de rechange pour ses centrales électriques et les pannes qui en résultent interrompent les services d’eau qui dépendent des pompes électriques. Ces problèmes, ainsi que des dizaines d’autres implications de la guerre hybride contre le Venezuela, ont provoqué une baisse générale des indicateurs de santé, entraînant 100 000 décès à la suite des sanctions.

En ce qui concerne les coronavirus en particulier, les sanctions augmentent le coût des kits de dépistage et des fournitures médicales, et interdisent au gouvernement vénézuélien d’acheter du matériel médical aux États-Unis (et dans de nombreux pays européens). Ces obstacles semblent placer le Venezuela sur la voie du pire des scénarios, comme l’Iran (également frappé par les sanctions) ou l’Italie (frappée par l’austérité et le néolibéralisme). Contrairement à ces deux pays, le Venezuela a pris très tôt des mesures décisives pour faire face à la pandémie.

Grâce à ces mesures et à d’autres facteurs, le Venezuela se trouve actuellement dans son meilleur scénario. Au moment où nous écrivons ces lignes, 11 jours après le premier cas confirmé de coronavirus, le pays compte 86 personnes infectées, avec 0 décès. Ses voisins n’ont pas fait aussi bien : Le Brésil compte 1 924 cas avec 34 décès ; l’Équateur 981 et 18 ; le Chili 746 et 2 ; le Pérou 395 et 5 ; le Mexique 367 et 4 ; la Colombie 306 et 3 (à l’exception du Mexique, ces gouvernements ont tous participé et contribué activement aux efforts de changement de régime menés par les États-Unis au Venezuela). Pourquoi le Venezuela fait-il beaucoup mieux que les autres pays de la région ? (1)

Les sceptiques prétendront que le gouvernement Maduro cache des chiffres et des décès, qu’il n’y a pas assez de tests, pas assez de médicaments, pas assez de talents pour faire face de manière adéquate à une pandémie. Mais voici les faits :

Premièrement, la solidarité internationale a joué un rôle inestimable pour permettre au gouvernement de relever le défi. La Chine a envoyé des kits de diagnostic de coronavirus qui permettront de tester 320 000 Vénézuéliens, en plus d’une équipe d’experts et de tonnes de fournitures. Cuba a envoyé 130 médecins et 10 000 doses d’interféron alfa-2b, un médicament qui a fait ses preuves en aidant les patients atteints de COVID-19 à se rétablir. La Russieenvoyé le premier de plusieurs envois de matériel et de kits médicaux. Ces trois pays, que la politique étrangère américaine qualifie régulièrement de malfaisants, offrent leur solidarité et leur soutien matériel. Les États-Unis offrent davantage de sanctions et le FMI, dont on sait qu’il est sous contrôle américain, a rejeté une demande vénézuélienne de 5 milliards de dollars de financement d’urgence que même l’Union européenne soutient.

Deuxièmement, le gouvernement a rapidement mis en œuvre un plan pour contenir la propagation de la maladie. Le 12 mars, un jour avant les premiers cas confirmés, le président Maduro a décrété l’urgence sanitaire, a interdit aux foules de se rassembler et a annulé les vols en provenance d’Europe et de Colombie. Le 13 mars, premier jour, deux Vénézuéliens ont été testés positifs ; le gouvernement a annulé les cours, a commencé à exiger le port de masques dans le métro et à la frontière, a fermé les théâtres, les bars et les boîtes de nuit, et a limité les restaurants à emporter ou à livrer. Il convient de répéter que c’était le premier jour où un cas a été confirmé ; de nombreux États américains n’ont pas encore pris ces mesures. Au quatrième jour, une quarantaine nationale a été mise en place (équivalent à des ordonnances de confinement) et un portail en ligne appelé « Plan pour la Patrie » a été réorienté pour enquêter sur les cas potentiels de COVID-19. Au huitième jour, 42 personnes étaient infectées et environ 90 % de la population se conformait à la quarantaine. Au onzième jour, plus de 12,2 millions de personnes avaient répondu à l’enquête, plus de 20 000 personnes ayant déclaré être malades ont reçu la visite de professionnels de la santé à leur domicile et 145 personnes ont été orientées vers un test de dépistage du coronavirus. Le gouvernement estime que sans ces mesures, le Venezuela compterait 3 000 personnes infectées et un nombre élevé de décès.

Troisièmement, le peuple vénézuélien était en mesure de faire face à une crise. Au cours des 7 dernières années, le Venezuela a vécu la mort d’un leader très populaire, de violentes manifestations de droite, une guerre économique caractérisée par des pénuries et une hyperinflation, des sanctions qui ont détruit l’économie, un coup d’État en cours, des tentatives d’insurrections militaires, des attaques contre les services publics, des coupures de courant, des migrations massives et des menaces d’action militaire américaine. Le coronavirus est un défi d’un autre genre, mais les crises précédentes ont instillé une résilience chez le peuple vénézuélien et renforcé la solidarité au sein des communautés. Il n’y a pas de panique dans les rues ; au contraire, les gens sont calmes et suivent les protocoles de santé.

Quatrièmement, l’organisation de masse et la priorité donnée aux personnes avant tout. Les communes et les communautés organisées ont pris les devants, en produisant des masques, en maintenant le système d’approvisionnement alimentaire CLAP en marche (ce paquet alimentaire mensuel atteint 7 millions de familles), en facilitant les visites de médecins dans chaque maison et en encourageant l’utilisation des masques en public. Plus de 12 000 étudiants en médecine en dernière ou avant-dernière année d’études ont demandé à être formés aux visites à domicile. Pour sa part, l’administration Maduro a suspendu le paiement des loyers, a instauré un gel des licenciements à l’échelle nationale, a accordé des primes aux travailleurs, a interdit aux télécoms de couper le téléphone ou l’internet des gens, a conclu un accord avec les chaînes hôtelières pour fournir 4 000 lits au cas où la crise s’aggraverait, et s’est engagée à payer les salaires des employés des petites et moyennes entreprises. En pleine crise de santé publique – aggravée par une crise économique et des sanctions – la réponse du Venezuela a été de garantir la nourriture, de fournir des soins de santé gratuits et des tests de dépistage à grande échelle, et d’alléger encore la pression économique sur la classe ouvrière.

Le gouvernement américain n’a pas répondu à la demande de l’administration Maduro de faire une exception pour Conviasa Airlines, la compagnie aérienne nationale sous sanctions, afin de ramener à Caracas les Vénézuéliens bloqués aux États-Unis. Étant donné tout ce qui se passe aux États-Unis, où le traitement par COVID-19 peut coûter près de 35 000 dollars et où le gouvernement pèse la possibilité de donner la priorité à l’économie sur la vie des gens, peut-être que ces Vénézuéliens qui attendent de rentrer chez eux comprennent que leurs chances de survivre au coronavirus – tant physiquement qu’économiquement – sont bien meilleures dans un pays qui privilégie la santé aux profits.

(1) au 29 mars, les chiffres de contagion dans la plupart des pays mentionnés par Leonardo Flores ont fortement cru, alors que le Venezuela réussit toujours à « aplatir la courbe » de la progression. On y compte en effet 10 nouveaux cas de Covid-19, ce qui porte à 129 le nombre de patient(e)s atteint(e)s du virus. 87 patient(e)s restent sous surveillance médicale. 3 personnes sont malheureusement décédées mais 39 se sont rétabli(e)s. Près de 20.000 professionnel(le)s de la santé sont déployé(e)s dans tout le pays pour suivre les cas qui ont répondu à l’enquête en ligne du gouvernement. (Note de Venezuelainfos)

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Les étudiants en médecine communautaire intégrale, de la promotion « Helenira Resende », de l’Ecole de Médecine Latino-Américaine (Elam), au Venezuela, ont effectué une autre cycle de visites de dépistage du Covid-19 dans la commune socialiste d’Altos de Lidice, auprès de la population d’une des zones les plus nécessiteuses de Caracas.
La promotion formée par les jeunes issus des unités productives rurales du Mouvement des Sans Terre ont recueilli les données sur le Covid-19 et répondu aux habitant(e)s qui restent confiné(e)s chez eux en cette période de quarantaine nationale.

Traduction: Bernard Tornare

Source en anglais

Leonardo Flores est un expert politique latino-américain et militant de CODEPINK.

Cette traduction peut être librement reproduite. Merci de respecter son intégrité et d’en mentionner  le traducteur, l’auteur et le blog Hugo Chavez.

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(Photos:) l’avantage de la démocratie communale dans l’endiguement d’une pandémie

« Le Venezuela à l’agonie » nous dit France Inter. Il y a quelque chose de réconfortant dans le fait que les tigres de papier soient obligés depuis vingt ans de s’accrocher aux dix principes de la propagande de guerre pour nous convaincre que le Venezuela est une dictature doublée d’une faillite du socialisme, où tout effet aura fait fuir les causes.

A part les quelques fake news ponctuelles de Marie Delcas du « Monde » (comme les « 18000 morts du régime », resucée du « charnier de TImisoara« , ou des « charniers sandinistes » de De la Grange dans le même journal), démontées en leur temps par Maurice Lemoine, la méthode aura été aussi bête que peut l’être toute propagande. Les journalistes français basés dans les quartiers chics de l’Est de Caracas, ou.. à Bogota, ont tout simplement occulté la majorité de la population, les 80 % de secteurs populaires, la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif les insurrections périodiques de l’extrême droite et en « répression » les affrontements générés. Ils n’occultent pas le peuple par pure morgue idéologique ou par mépris de classe, comme ils le font en France face à la colère sociale. Il leur faut aussi cacher la mise en place par une révolution de gauche d’une participation citoyenne comme ressort démocratique renforçant la forme représentative. Car on pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américains, Rodriguez Zapatero, Lula, ou Rafael Correa, avec tant d’observateurs internationaux et de médiateurs entre gouvernement et opposition démocratique, ont insisté sur la transparence, sur la légitimité, et sur le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est en fin de compte l’avènement d’une démocratie participative depuis vingt ans qui aura permis d’endiguer assez vite, pour l’heure en tout cas, l’épidémie.

Nous venons d’étrenner « Temps de Lutte », chronique documentaire réalisée pendant plus d’un an aux côtés des citoyen(ne)s construisant une de ces communes invisibles dans les médias. Ces photos prises dans les dernières heures en sont la suite. Les personnages du film ont pris en main la prévention, le dépistage, la remise d’aliments à la population qui a rapidement accepté, avec un grand niveau de conscience, les instructions gouvernementales sur le confinement et la prévention. Au 19 mars, on compte dans tout le pays 42 cas détectés (34 de personnes voyageant d’Europe et 8 venues de Colombie) et suivis médicalement. Aucun décès. Le réseau de remise d’aliments gratuits créé face au blocus des USA sert à recenser les symptômes et, notamment, à préparer 320.000 examens grâce aux 4015 kits arrivés de Chine, avec laquelle un pont aérien vient d’être installé, et bientôt de Russie. Cuba aussi est présent, agit sur le terrain avec 130 nouveaux médecins qui renforceront le système de santé dans les quartiers populaires, ainsi qu’avec ses experts, dont le créateur du puissant Interféron, qui sera produit sur place.

Alors que la destruction du secteur public vendue depuis des décennies par les mêmes médias au nom de l' »efficacité du privé », génère aujourd’hui chaos, détresse, hécatombes en Europe ou aux Etats-Unis, le Venezuela récolte un travail sui generis de construction d’une double alliance : Etat-organisation populaire, et union civico-militaire. Les deux convergent en cet instant, dans un contexte de guerre économique et de blocus occidentaux. Car bien sûr les Etats-Unis redoublent leurs sanctions, empêchant des avions et des bateaux d’apporter de la nourriture ou des médicaments, tentant d’attiser le feu de l’épidémie. Face à quoi des soldats des forces armées bolivariennes aident avec les citoyen(ne)s à fermer des commerces privés, à arrêter des accapareurs qui cachent ou spéculent sur le matériel médical, à organiser la remise de tonnes de nourriture gratuite aux quartiers populaires via les Comités Locaux d’Approvisionnement, quand ce n’est pas à désinfecter les sols des marchés populaires ou fabriquer des masques et des gants dans le centre militaire de production textile.

Au blocus bancaire occidental, aux sanctions états-uniennes, à l’impossibilité d’acheter des médicaments essentiels, répond un travail invisible, essentiellement féminin, de recensement des besoins des familles, repris ensuite par le « Carnet de la Patria » pour faire arriver à des millions de bénéficiaires une alimentation mensuelle quasi gratuite mais aussi des allocations. C’est ce système du www.patria.org.ve qui a permis à chacun de remplir un questionnaire en ligne sur ses symptômes. Au 21 mars plus de de 10 millions de personnes ont participé à l’enquête en ligne du gouvernement. Grâce à cette carte 16336 personnes ont été visitées chez elles.

Tout cela explique – avec le confinement organisé par le gouvernement, la réduction des déplacements au strictement vital pour le métro, les routes, le maillage des centres de santé populaire renforcés récemment dans leur capacité d’accueil, et la capacité politique de Nicolas Maduro (toujours méprisé et sous-estimé en tant qu’ex-ouvrier)-, pourquoi le Venezuela bolivarien freine fortement la progression du virus, alors que des gouvernements voisins, d’extrême droite, laissent filer l’épidémie, comme le rappellent les concerts de casserole à Brasilia ou à Bogota.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 mars 2020

Photos: Giuliano Salvatore, Jesus Garcia, Commune socialiste d’Altos de Lídice.

Mise à jour 21 mars: depuis le début de l’épidémie dans le monde on compte 70 cas, pas de décès, deux états critiques, 15 guérisons. Tous sont suivis et soignés à l’hôpital.

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Organisations communales et gouvernement bolivarien, front commun contre l’épidémie

Dans la Commune Altos de Lidice des femmes et hommes médecins visitent les habitant(e)s pour leur expliquer comment éviter la contagion. Moments d’unité, de solidarité, et de grande responsabilité. Le Venezuela vient de déposer auprès de la Cour Pénale Internationale une plainte pour Crimes contre l’Humanité contre les Etats-Unis dont les sanctions n’ont cessé de se multiplier depuis des années, empêchant notamment le pays d’acheter des médicaments, avec pour conséquence la mort de milliers de patient(e)s. Pour enrayer la propagation du Coronavirus, Cuba et la Chine pallient le blocus en envoyant médicaments et matériel. Dix mille traitements d’interféron,  ce médicament cubain industrialisé par Pékin et qui a sauvé de nombreux patients chinois en renforçant leurs défenses (1) sont déjà sur place.

Au 15 mars, sur l’ensemble du territoire, quatorze cas d’infection ont été détectés, venus notamment d’Europe, des Etats-Unis et de Colombie, d’où la suspension des vols en provenance de ces pays. Les ministres et les militaires ont été mis sous pression par le président Maduro: « pas question de dormir plus de trois ou quatre heures par jour pendant les semaines à venir« . Le chef de l’État a pris la tête des opérations, signant le décret d’alerte nationale, organisant les arrêts de travail et les mises en quarantaine région par région. Les établissements scolaires ont été fermés. 4.800 lits ont été disposés dans 572 CDI (Centres de Diagnostic Intégral du réseau de santé publique) pour renforcer leurs capacités d’accueil. Les travailleuses de 172 entreprises communales, gérées avec l’appui de l’Etat par une organisation populaire essentiellement féminine, se sont mises à fabriquer des masques protecteurs pour distribution gratuite alors que les cliniques et chaînes privées de pharmacie ont immédiatement augmenté leurs prix.

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Jesus Garcia un jeune porte-parole de la Commune socialiste Altos de Lidice raconte: « nous avons visité plus de 230 MAISONS, fait le test pour plus de 450 PERSONNES. Ruelles, courées, immeubles, pas de lieu que nous n’ayons visité. Nous avons instruit, informé, vérifié, ri, pris des notes, marché, et marché encore. Toute une journée de lutte. Une journée entière de volonté commune pour prendre soin de nos concitoyens. Et transmettre le calme, la patience et la conscience.« 

T.D., Caracas, 15 mars 2020

(1): Cette molécule développée par la biotechnologie cubaine est utilisée dans le cas d’infections virales provoquées notamment par le VIH, le papillomavirus ou encore dans certains cas de cancers et d’hépatites.

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Au Venezuela, une armée non conventionnelle pour une guerre non conventionnelle : l’armée productive ouvrière

Les projets d’autogestion tels que l’Armée productive ouvrière représentent une expérience prometteuse pour surmonter la guerre économique vénézuélienne, menée à partir de positions de classe. 

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Photo : Première bataille productive à INDORCA : réparation du réseau électrique. Archive EPO.

Par Joseph M. MARTORELL CALAF

Depuis 2017, il existe au Venezuela une armée de travailleurs(euses) qui parcourt le pays pour lutter contre les effets de la crise économique et du blocus. Pour ce faire, ils remettent en marche des usines et des installations qui sont restées à l’arrêt pendant de nombreuses années. Il ne s’agit pas d’une initiative gouvernementale ou d’un autre secteur de l’Etat, mais du projet d’un groupe de travailleuses de l’Est du pays né de stratégies politiques de classe.

Après l’abandon de plusieurs entreprises métallurgiques de Guayana par leurs propriétaires, les travailleurs qui se sont proposés de les remettre en route n’ont trouvé que cette solution pour surmonter les grosses difficultés en résultant. Face au lockout, au désinvestissement, au pillage et à l’abandon délibéré des entreprises, Chavez avait lancé dès 2005 la consigne du contrôle ouvrier, mais il revenait aux travailleurs d’inventer les solutions aux problèmes rencontrés lors de leur redémarrage.

A Ciudad Guayana, dans l’Etat de Bolivar, ce fut particulièrement le cas à partir de 2008. CALDERYS, EQUIPETROL et INDORCA ont été récupérées par leur propre personnel et il leur fallut bientôt surmonter de grands obstacles : la dépendance technologique, la fragmentation du tissu industriel vénézuélien, le blocus économique jusqu’aux sabotages. Les dynamiques de “complémentarité qu’ils mirent en œuvre leur permirent de mener à terme le processus de redressement et relancer la production. Après cela, ils tentèrent d’inciter d’autres entreprises, aussi bien d’Etat que publiques, à utiliser cette méthode de travail volontaire : actuellement, 2270 volontaires sont disponibles dans tout le pays.

SEUL LE PEUPLE PEUT SAUVER LE PEUPLE

En juillet dernier, l’EPO a fait sa première présentation publique à Caracas. Des camarades des organisations de gauche les plus diverses ont pris place au Théâtre Principal de la Place Bolivar. Amaru RIERA les accueillit chaleureusement et leur souhaita la bienvenue au nom des “héros et héroïnes anonymes du pays”, les travailleurs du Venezuela. Elle était chargée d’exposer brièvement les objectifs de cette jeune organisation.

Notre objectif est de réactiver l’appareil productif national afin de gagner la guerre économique menée contre nous. Et ceci, à l’initiative et avec la participation de la classe travailleuse.

Elle commença son discours en mettant l’accent sur la détermination et l’esprit d’engagement dont fait preuve le peuple vénézuélien dans la défense quotidienne de son indépendance. Et ce n’est pas que pure réthorique :  le Venezuela est constamment attaqué dans sa souveraineté des manières les plus diverses… à l’exception d’une violation étrangère du territoire national. C’est pourquoi il est évident pour le chavisme que nous vivons une guerre “non conventionnelle”. Et c’est aussi pour cela que l’EPO se structure comme une armée -avec un état-major et la mise en place de capitaineries pour chaque bataille productive, etc.- mais une armée “non conventionnelle”, une armée de travailleurs. Ceci parce que face à la grave crise en cours et au blocus impérialiste, “seul le peuple peut sauver le peuple” comme Amaru le répétait avec enthousiasme.

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Photo : Sixième Bataille Productive Ambrioso Plaza. Archive EPO.

TACTIQUE UTILISÉE : LES BATAILLES PRODUCTIVES 

Mais quel genre de batailles peut bien mener une armée “non conventionnelle” ? Des batailles productives. Comme nous l’explique Edimar Martinez, militant de l’Armée de production ouvrière (EPO), elles consistent à faire le nécessaire pour remettre en fonction les unités de travail paralysées ou semi-paralysées. L’objectif étant de réactiver l’appareil productif national afin de gagner la guerre économique. Et ceci sur l’initiative et avec la participation de la classe travailleuse.

La bataille productive commence par une phase de diagnostic au cours de laquelle un groupe restreint de militants spécialisés se rend dans l’entreprise concernée et identifie les éléments critiques qui paralysent les processus de production. En fonction des besoins repérés, l’état-major se met à la recherche une équipe de professionnels dans sa réserve de volontaires, en prenant en compte les critères de proximité de l’entreprise sinistrée. Une fois le contact établi, les volontaires demandent des commissions de service à l’entreprise où ils travaillent afin de pouvoir s’absenter quelques jours ou, si cela ne s’avère pas possible, de poser des jours de permission ou de congés. La bataille productive, qui dure entre 5 et 7 jours, commence ou s’achève généralement en fin de semaine afin de faciliter la coordination.

DEPUIS 2016, L’EPO A LIVRE AVEC SUCCÈS 14 BATAILLES PRODUCTIVES DANS TOUT LE PAYS, REMETTANT EN ÉTAT UN TOTAL DE 320 INSTALLATIONS ET MACHINES ET CE, SANS AUCUN FINANCEMENT.

Sergio Requena, co-fondateur de l’EPO et membre de l’état-major, nous explique que dès qu’ils arrivent sur le site, ils s’organisent sur le modèle d’ un petit campement militaire. Ils s’installent sur leur lieu de travail même, où ils dormiront et prendront leurs repas jusqu’à la fin du travail entrepris. Car il faut optimiser le temps imparti et pour ce faire, ils travaillent du lever au coucher du soleil. Le soir venu, les équipes rendent compte des travaux accomplis et on attribue à chacune d’elle la tâche à effectuer le lendemain. Une équipe s’occupe de l’intendance et de la cuisine. Depuis 2016, l’EPO a livré avec succès 14 batailles productives dans tout le pays, remettant en état de marche un total de 320 installations et machineries. Et ce, sans aucun financement.

REPARER LES CONSCIENCES

A INDORCA, Victor Mujica, tourneur et vice-président, interrompt un instant son travail pour nous parler de la première bataille productive, celle pour laquelle ils se sont déplacés à 500 kms au nord-ouest du pays, à CUMANA. C’était en février 2016, à l’usine de farine de poisson et de mise en boîte de sardine UPSA La Gaviota, une entreprise d’état entièrement paralysée en raison de l’avarie d’un tour depuis deux ans et demi.

“Quand nous sommes arrivés là-bas avec le matériel et tout le reste, les gens en sont restés bouche-bée et ne savaient comment réagir, se demandant comment nous allions pouvoir arranger leur usine gratuitement et en gérant tout nous-mêmes. Il y avait un groupe qui n’était pas d’accord. C’était le premier jour. Les gens arrivaient à 7 heures du matin et repartaient à 10 heures. Puisqu’on leur payait de toute façon leur salaire entier…et ils ne produisaient rien. Le 2è jour, d’autres camarades sont arrivés et se sont progressivement intégrés au groupe. Le 3ème jour, tous étaient mobilisés. Et le grand nettoyage a commencé : nous réparions une machine ou autre chose, et eux nettoyaient ensuite le local. Et ils en étaient très contents. Le jour où tout a été opérationnel… ils étaient enchantés. A partir de ce moment, ils ont décidé de démarrer l’usine et de relancer la production de sardines en boîtes. C’était impressionnant ! La plupart d’entre eux avaient totalement changé d’attitude. Et eux aussi s’y sont mis après notre départ, intervenant auprès d’autres entreprises. Ils ont pris part à ce combat et font maintenant partie de l’EPO.

On entend dire dans l’armée productive qu’on n’y répare pas seulement les machines, mais aussi les consciences. l’effet le plus marquant produit par la bataille productive, selon les avis recueillis lors de nombreuses entrevues, est un regain d’espoir chez le personnel qui retrouve sa fierté de classe.

Reportage de Terra TV : « El Maizal, la bataille pour produire » sur la treizième « bataille productive » de l’EPO en faveur de la Commune El Maizal pour récupérer les machines inutilisables faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre électriciens et travailleurs ruraux, afin que les communard(e)s sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif.

C’est pourquoi on dit à ‘EPO qu’on n’y répare pas seulement les machines mais avant tout les consciences. L’effet majeur obtenu par la bataille productive, selon les avis recueillis lors de nombreux entretiens, est un regain d’espoir chez le personnel qui retrouve sa fierté de classe. C’est pour cette raison qu’on entend dire à l’EPO qu’on n’y répare pas seulement les machines, mais surtout les consciences. Les travailleurs se sentent soutenus par d’autres travailleurs et travaillent pour des travailleurs. Ils sont heureux de pouvoir recommencer à produire, cela leur apporte une satisfaction qui peut paraître anodine jusqu’à ce qu’elle manque. Aujourd’hui encore davantage, alors que la crise économique et le blocus entraîne souvent la pénurie de certains produits de base pour le peuple vénézuélien.

La “moralisation de la classe travailleuse” et “l’intégration et la reconnaissance des travailleuses et travailleurs en tant que sœurs et frères appartenant à la même classe” font donc partie des objectifs de cette organisation. Pour qui la bataille productive est une activité “contre-culturelle, car elle va à l’encontre de la culture dominante dans le tissu des entreprises vénézuéliennes. Dans une économie entièrement dédiée depuis des centaines d’années à l’exportation, les liens entre les entreprises sont très lâches. La bataille productive est basée sur le principe de la “complémentarité”. Elle essaie de réparer l’avarie en collaboration avec les entreprises voisines, en leur demandant l’autorisation de fouiller dans leurs entrepôts, afin d‘utiliser pour l’usine en panne ce qui ne représente que du rebut pour les autres. De cette façon, ils luttent contre l’isolement, suscitent une solidarité active et font en sorte de mettre en place des relations de collaboration avant de repartir.

C’est ainsi qu’ils mettent leur idéal en pratique : “Notre perspective est d’instaurer le Socialisme dans notre pays” et ceci en mettant en place un véritable contrôle ouvrier, chose très différente de la simple nationalisation et de sa gestion bureaucratique par le Ministère correspondant dont le siège est à Caracas. Selon leurs propres termes, il s’agit de “promouvoir la gestion ouvrière directe et démocratique du processus social du travail”.

UNE MÊME CRISE MAIS DIFFÉRENTES MANIÈRES D’EN SORTIR

Une fois vérifiée sa solvabilité sur un laps de quatre années, il peut être difficile de comprendre pourquoi un projet tel que celui de l’EPO ne bénéficie pas d’aides de la part de l’Etat. Cela est dû au fait qu’à l’intérieur même du Chavisme coexistent deux propositions très différentes pour surmonter la crise et le blocus.

D’une part, le Gouvernement de Maduro se réclame du premier Chavez, celui qui défendait l’économie mixte. Et opte donc pour le recours à l’investissement étranger -provenant de Chine, de la Russie, de la Turquie et d’autres pays rivaux des Etats-Unis-, aux privatisations et au renforcement du modèle extractiviste –or et autres métaux rares outre le pétrole-.

D’autre part, le chavisme populaire réclame le maintien du deuxième Chavez, celui du Changement de Cap. Dans cette optique, les communes, le contrôle ouvrier et la démocratisation de la terre représentent la seule véritable alternative permettant de développer les forces productives d’un pays comme le Venezuela situé à la périphérie du marché global.

Quoiqu’il en soit, l’EPO, projet chaviste entièrement basé sur l’autogestion, a non seulement démontré sa capacité à restaurer le potentiel de production nationale, mais il a aussi fait preuve d’une croissance exponentielle grâce à la seule contribution des travailleurs qui la rejoignent quotidiennement. Il faut donc la considérer comme l’une des pièces fondamentales qui, en complémentarité avec d’autres, peut aboutir à une réelle sortie de la crise par la Gauche.

Source: https://www.elsaltodiario.com/mapas/batallas-ejercito-productivo-obrero-venezuela-guerra-no-convencional

Traduction: Frédérique Buhl 

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Barcelone-Caracas, au-dessus de l’océan des médias

Le 27 février, nous avons parlé via Skype avec un public de Catalogne qui a regardé notre documentaire « Temps de lutte ». Ici, au Venezuela, les communard(e)s s’étaient joints aux cinéastes de l’École Populaire et Latino-Américaine de Cinéma pour répondre à ses questions. Nous n’abandonnerons jamais le rêve de Dziga Vertov de faire des images et des sons un moyen « de créer un lien visuel entre les travailleurs du monde entier, afin qu’ils puissent se voir mutuellement« .

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Première du documentaire « Temps de lutte » en France

Nous vous invitons à découvrir notre documentaire « Temps de lutte » sur l’épopée de la construction d’une commune populaire au Venezuela ! Avant-première au Laboratoire International pour l’Habitat Populaire le samedi 7 mars à 17 heures, 25A, rue Jean Jaurès, 93200 Saint-Denis. Pour y aller en bus ou en métro: https://www.lihp.info/contact

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Le documentaire sera également présenté le jeudi 19 mars à 18 heures au Cinéma Jean Eustache, dans le cadre du Festival « Rencontres du cinéma latino-américain » à Bordeaux : http://www.lesrencontreslatino.org/index.php/es/inicio/

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Pour en savoir plus sur la genèse du documentaire : https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/12/10/la-revolution-ne-sera-pas-televisee-episode-5-418-le-venezuela-quon-ne-voit-pas-entre-dans-la-lumiere-par-marco-teruggi/

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Venezuela : la nouvelle société émergera de la commune

Conversation avec Angel Prado, militant de base qui parle de la commune comme d’un moyen de transformer la société et l’économie à partir de la base.

El Maizal est une commune rurale phare située entre les États vénézuéliens de Lara et Portuguesa, au centre du pays, qui produit du bétail, du maïs et d’autres denrées alimentaires. La production communale à El Maizal est basée sur le contrôle social des moyens de production. Les processus démocratiques au cœur de ses initiatives comprennent la prise de décision collective dans le processus de travail et dans la distribution des surplus, qui sont souvent destinés à résoudre les problèmes médicaux et de logement de la communauté, à soutenir d’autres communes et à encourager les initiatives éducatives.

La commune a été proposée par Chávez comme l’unité embryonnaire du pouvoir populaire sur le territoire pour la construction du socialisme. Regroupant les conseils communaux et autres organisations, l’idée est que la communauté exerce directement le pouvoir par le biais d’assemblées, et qu’elle assume progressivement des facteurs de production et des compétences politiques.

Q. – Puisque le Venezuela est assiégé par l’impérialisme, il devrait y avoir un front unifié dans la lutte pour la souveraineté. Cependant, la commune d’El Maizal, comme la plupart des organisations de base du chavisme, a une attitude critique envers certaines politiques et positions gouvernementales. Quelle est votre opinion sur la dialectique entre soutien et critique ?

Angel Prado – Quand El Maizal a commencé à occuper des terres en friche et à les rendre collectives, c’était au moment où le Commandant Chavez menait une guerre acharnée contre les grands domaines de l’oligarchie du pays… El Maizal est donc né au milieu d’une lutte économique et politique. Dans ce contexte, nous sommes nécessairement entrés en contradiction avec l’ordre des choses existant : la logique qui prévaut dans notre société. Ainsi, notre histoire même a fait de nous une organisation critique, luttant contre les « antivaleurs » de la société capitaliste qui doivent être détruites. C’est pourquoi nous ne pouvons pas fermer les yeux sur la façon dont une logique contraire au chavisme entre dans certaines sphères politiques.

Depuis la mort de Chavez, qui nous a rendus particulièrement vulnérables face à l’impérialisme américain, le gouvernement s’est surtout efforcé d’établir des alliances tactiques avec de nombreux secteurs, en privilégiant parfois même le capital privé. Il l’a fait pour tenter d’éviter, premièrement, une guerre civile ou une intervention militaire et, deuxièmement, pour éviter la chute du gouvernement.

Nos principes, nos objectifs et notre engagement envers Chavez signifient que nous ne pouvons pas être d’accord avec certaines des politiques du gouvernement. De nombreux pactes privilégiant le secteur privé ont mis de côté le potentiel de la commune – c’est pourquoi nous ne soutenons pas le gouvernement lorsqu’il s’agit de ces politiques. Cependant, tant que le gouvernement restera ferme contre l’impérialisme (comme il le fait), nous resterons fermes dans un front uni avec lui.

Nous continuerons à critiquer [le gouvernement] de manière constructive, mais quoi qu’il en soit, nous ne contribuerons jamais à créer les conditions d’une intervention militaire.

Comme vous le savez, nous ne pouvons exclure une intervention directe, et nous avons déjà été témoins d’une action indirecte des États-Unis au Venezuela. De plus, ce ne serait pas la première fois que les États-Unis interviennent au Venezuela [par exemple, le blocus naval de 1902-1903], et le continent a une longue histoire d’interventions, la plus récente étant l’invasion du Panama [1989]. De plus, ce n’est pas pour rien que les États-Unis ont des bases militaires en Colombie et à Aruba.

L’Amérique latine a connu une longue histoire d’interventions américaines, de renversement de gouvernements et de massacres de populations. Cependant, le Venezuela, qui est maintenant dans la ligne de mire de l’impérialisme américain, a pu se relever. Cela est dû en partie à la solidarité internationale développée au fil du temps, au processus d’intégration continentale de Chavez (sur les traces de Bolivar), et à l’organisation interne de la classe ouvrière.

Pour ceux d’entre nous qui font partie du mouvement populaire – avec notre degré d’autonomie et notre disposition à dire ce qui doit être dit – nous sommes de ceux qui ont créé les conditions pour empêcher une intervention américaine, qui serait catastrophique non seulement pour le peuple vénézuélien, mais pour le continent tout entier.

Revenons un peu en arrière : il y a beaucoup de politiques en cours avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Face à ces politiques, nous serons critiques et non soumis. Cependant, nous comprenons que notre engagement inébranlable pour la défense de la Patrie est l’une des clés pour empêcher les États-Unis de nous bombarder et de nous massacrer. En fait, contrairement aux gouvernements d’autres pays producteurs de pétrole qui étaient également aux prises avec l’impérialisme américain, le resserrement des rangs du mouvement populaire vénézuélien avec le gouvernement en ce qui concerne les questions de souveraineté est l’une des raisons pour lesquelles Maduro est encore debout aujourd’hui.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, je pense que nous pouvons dire que la République bolivarienne du Venezuela a jusqu’à présent vaincu le projet impérialiste dans notre pays. Cet exemple continue d’inspirer les peuples d’Amérique latine, qui se dressent aujourd’hui contre l’impérialisme. Cet exemple continue d’inspirer les peuples d’Amérique latine, qui se dressent aujourd’hui contre le système néolibéral auquel ils sont soumis depuis tant d’années.

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Dans la commune d’El Maizal, sous un énorme saman [arbre – NDLT], les visiteurs trouveront une sculpture d’Hugo Chavez. Derrière elle, le drapeau vénézuélien et le drapeau de Zamora, sur lequel on peut lire « Terre libre et hommes libres ».

Lorsque vous serrez les rangs du gouvernement pour défendre le Venezuela, défendez-vous seulement la souveraineté ou défendez-vous aussi la révolution ?

Je dirais que nous faisons les deux. Il y a un processus révolutionnaire en cours au Venezuela, mais il y a aussi un secteur réformiste qui est en conflit avec nous. Ces derniers s’enrichissent des opportunités qui se présentent avec la crise. Cependant, le peuple est conscient de ce problème et le mouvement populaire travaille dur pour maintenir le processus révolutionnaire à flot.

Je suis sûr qu’un jour nous serons assez forts pour combattre non seulement l’impérialisme américain, mais aussi les secteurs qui ont nui au projet révolutionnaire de l’intérieur – ceux qui en profitent personnellement dans le contexte de la crise et de la guerre économique.

La défense de la révolution se fait au jour le jour. La défense de la révolution a lieu dans le bâtiment quotidien de la commune. Elle a lieu lorsqu’un paysan produit pour satisfaire les besoins de sa famille, mais aussi lorsqu’il s’engage dans la société dans son ensemble.

C’est une victoire pour le peuple vénézuélien que nous soyons toujours une nation souveraine, ce qui n’est pas rien. Le peuple vénézuélien défend également la révolution au quotidien. C’est aussi une victoire très importante, et elle devrait être connue du monde entier ! Une partie de la gauche internationale ne le comprend peut-être pas. Nous nous faisons l’écho de Chavez en leur disant : « Il y a des gens qui ont passé toute leur vie à poursuivre un rêve, mais en pratique, ils n’ont jamais rien construit ». Nous avons notre méthode, notre travail et notre projet. Nous défendrons notre projet, et notre victoire finale sera le jour où le  » peuple prendra le pouvoir entre ses mains « .

Depuis El Maizal, comment comprenez-vous la proposition de la commune de Chavez ? S’agit-il d’autonomie locale ou cela va-t-il au-delà ?

La commune est le pari politique du Commandant Chavez. Il l’a placée au centre de la scène… Son slogan « Commune ou rien ! » Le concept de « Comuna o nada ! » est très important.

La commune est le système politique que Chavez a planté, taillé et fertilisé. Il a fait cela pour qu’une nouvelle société s’épanouisse. La commune est la réorganisation de la société dans son ensemble, du petit au grand, afin que le peuple puisse prendre le pouvoir.

Dans la pensée de Chavez, la commune est destinée à en finir avec le pouvoir qui, pendant tant d’années, s’est concentré autour de la bourgeoisie, des classes dominantes et de leur état obsolète – un état qui a tenu les gens humbles à l’écart de la participation non seulement dans la sphère politique, mais aussi dans toutes les autres sphères de la vie.

La commune est une proposition intéressante : elle offre une forme d’autonomie populaire, elle nous donne le pouvoir de définir notre propre destin, de décider de nos propres ressources, de définir notre modèle de production et d’imaginer notre modèle de vie. Je pense que la commune est le moyen le plus viable de surmonter le modèle imposé par le capitalisme, qui a construit une machine d’État pour maintenir le contrôle de nos ressources tout en contrôlant le peuple avec certaines formes de domination culturelle, idéologique et religieuse.

J’oserais dire que la commune n’est pas une proposition uniquement destinée au peuple vénézuélien. C’est une proposition d’émancipation pour les peuples du monde. Les classes populaires, les dépossédés, la majorité – nous devons tous nous organiser à partir du niveau local, en construisant des communes socialistes. À partir de là [le peuple organisé en communes] doit devenir le gouvernement du peuple avec un réel contrôle sur nos ressources naturelles et sur nos ressources économiques en général.

C’est un projet populaire qui vise à changer le modèle politique et économique à partir de la base. À partir de là, les gens doivent faire partie du projet, l’assumer comme leur propre projet et commencer à gouverner d’abord au niveau local. De plus, dans la mesure où nous, le peuple, nous nous organisons, nous pourrons défendre nos pays, et même définir l’avenir de chaque pays. En fin de compte, c’est la seule façon de nous libérer du joug de l’impérialisme, qui domine et nous prend nos ressources, même si ce sont les bourgeois locaux qui nous gouvernent.

La commune est un projet de grande envergure. C’est un projet qui intègre les territoires à l’intérieur d’un pays, avec le peuple comme pierre angulaire. Je pense que les communes peuvent être la base à partir de laquelle on peut construire une véritable intégration continentale. Comme le dirait Chavez, la commune est la nouvelle Patrie. C’est la seule alternative politique face au capitalisme.

Ces derniers mois, El Maizal a donné le coup d’envoi d’une importante initiative éducative. Dans tout projet autonome, l’éducation politique devrait être l’un des piliers. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette proposition ?

Pour notre deuxième décennie à la Commune d’El Maizal, nous avons défini plusieurs objectifs stratégiques. L’un d’entre eux est de construire un système d’éducation populaire qui nous éduquera politiquement, nous préparera techniquement et nous donnera des outils pour travailler à la transformation collective. Nous avons construit une commune et ce n’est pas rien, mais le moment est venu de travailler à une transformation culturelle profonde. Nous devons créer une nouvelle conscience. Nous avons besoin que notre peuple voie les choses avec ses propres critères et définisse son avenir par des processus conscients de débats et de réflexions, ainsi que par l’acquisition de mécanismes de construction collective. Pour ce faire, nous développons notre propre système éducatif.

Nous ne voulons pas d’un peuple qui se contente de répéter des slogans, qui suit aveuglément un acronyme ou un drapeau. Cette année, nous voulons faire de l’éducation politique et de la formation technique un objectif transversal. Cet objectif ne doit pas être limité. Nous pensons à un système qui commence avec nos plus jeunes enfants qui vont étudier ici dans la commune, et nous espérons construire notre propre programme scolaire pour eux. Les adolescents, les étudiants universitaires, les travailleurs – tous doivent être intégrés dans un système qui a en son centre la formation politique critique.

Nous devons cultiver la conscience patriotique et construire la conscience politique. Nous devons également créer une conscience communautaire, et cela se fait par l’exemple – par un travail réel sur le territoire, mais aussi par l’éducation et la formation.

Nous faisons cela dans le but de transformer culturellement notre société, qui est pleine de vices. Elle nous façonne comme des êtres soumis, adaptés à un système de domination conçu par le capitalisme et imposé par la violence.

La préparation des cadres militants est essentielle pour notre commune, mais la formation technique est également très importante pour tous nos processus de production. Nous voulons que notre système éducatif soit holistique.

Nous travaillons à l’organisation d’une nouvelle société, ce qui nécessite une énorme transformation culturelle.

L’année 2019 a marqué le 10e anniversaire de la commune d’El Maizal. Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de ce qui a été réalisé jusqu’à présent ?

En dix ans de construction communale ici à la Commune d’El Maizal, nous avons accumulé des expériences et nous avons mené des batailles sur les fronts économiques, politiques, idéologiques, électoraux et organisationnels. Au fil des années, nous avons eu l’occasion de nouer des relations avec de nombreuses personnes à l’intérieur et à l’extérieur de la commune qui ont contribué au projet. En d’autres termes, la commune est une construction collective pour l’émancipation collective.

Sur le front productif, nous avons pu concevoir un système économique grâce auquel nous finançons divers projets et initiatives au sein de notre organisation et de notre communauté. Nous avons pu faire face à la situation économique difficile en produisant, et nous avons élargi notre distribution de produits alimentaires et la redistribution des excédents. Nous avons également réussi à mettre en relation les petits et moyens producteurs – individuels et collectifs – avec le système de production d’El Maizal. Cela a renforcé la commune dans son ensemble.

La réussite économique est la clé de la réussite politique. Nous avons travaillé à la souveraineté et à l’autonomie, en consolidant des projets qui étaient initialement précaires. Nous l’avons fait avec l’aide et l’orientation de beaucoup. Maintenant, nous pensons pouvoir lancer de nouveaux projets dans les domaines de l’éducation et de l’agriculture.

Dans le domaine électoral, nous avons remporté quelques victoires dans de dures batailles contre la droite politique, mais aussi contre notre propre gouvernement et notre propre système politique et électoral. Nous sommes maintenant représentés à l’Assemblée nationale constitutive, au Parlement de l’État et dans les communes de notre territoire. Ces batailles et ces espaces de représentation sont symboliquement importants. Cela inclut les postes de représentation qui nous ont été retirés dans le conflit entre l’État, le parti et le gouvernement, d’une part, et le peuple et le mouvement populaire, d’autre part.

Heureusement, dans le domaine électoral, nous avons pu surmonter un problème commun aux hommes politiques de tous types qui se séparent souvent du peuple. C’est-à-dire que nous continuons à être des gens humbles, certains d’entre nous ayant des responsabilités en tant que représentants élus du peuple… mais surtout, nous sommes des communards.

Sur le plan éthique, je pense que nous avons beaucoup progressé. Aujourd’hui, El Maizal dispose d’un vaste réseau de jeunes intégrés dans les processus productifs, politiques, administratifs et économiques, et nous sommes tous dans un débat permanent, qui remet en question nos valeurs et se concentre sur nos principes collectifs. Aujourd’hui, El Maizal se distingue non seulement par sa capacité productive, mais aussi parce qu’elle est un exemple éthique.

L’honnêteté et la solidarité ouvrière au service de l’organisation et sur le chemin de la construction du socialisme – voilà ce que nous sommes. De nombreuses organisations populaires du pays et du monde entier apprécient cela, et elles reconnaissent qu’El Maizal est une petite expérience intéressante dont il vaut la peine de tirer des enseignements. Nous devons être à la hauteur de cela !

Je pense qu’en dix ans de cheminement communal, nous avons beaucoup progressé. La Commune d’El Maizal est composée de plus de 22 conseils communaux. Notre travail s’étend au-delà de notre territoire, et nous avons entamé un processus de connexion avec d’autres communautés, avec d’autres projets d’organisation. En fait, parmi nos objectifs historiques, l’expansion du projet communal est considérée comme stratégique. Jusqu’à présent, nous avons exprimé notre disposition à nous unir et nous avons fait les premiers pas vers la construction d’une société communale.

Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés pour l’avenir ?

Dans les dix prochaines années, nous travaillerons très dur pour consolider un nouveau système de production, en organisant notre travail de façon démocratique, en nous orientant vers l’industrialisation et en éliminant les intermédiaires, dans le but de déplacer la logique du capital et de ses monopoles, qui vise à contrôler les besoins de base de notre population tout en saccageant les plus humbles.

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Pour dépasser la logique du capital, la seule option est d’unifier fortement les nombreuses organisations populaires et communales du pays (et du monde). Depuis les rangs du vrai chavisme, nous sommes appelés à donner des solutions aux besoins fondamentaux de notre société. Cela devra se faire en parallèle avec la construction de nouvelles organisations de masse, avec un militantisme politique qui devra être à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés. Il ne s’agit pas seulement de la sphère politique et économique. Nous sommes obligés de construire une grande organisation pour faire comprendre qu’il existe une alternative. C’est aussi un combat idéologique.

La commune d’El Maizal a de grands défis à relever. Au fur et à mesure que nous les affronterons, nous nous développerons. Le processus de construction des communes est aussi un processus d’apprentissage et d’enseignement, et nous savons que des gens du monde entier continueront à nous rendre visite et à nous donner des conseils, tout comme nous espérons visiter d’autres projets et en tirer des enseignements. Partout où la vie nous mènera, nous chercherons à renforcer les projets populaires communaux et collectifs.

Ricardo Vaz

Investig’action / traduit par : Venesol