L’État communal, une utopie en construction, par Angèle Savino

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Source : L’Humanité Dimanche, édition du 29 juin au 5 juillet 2017

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Huit mythes sur l’économie vénézuélienne

Par: Pasqualina Curcio

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L’économiste et universitaire Pasqualina Curcio (Venezuela)

On nous a ressassé tant de fables sur l’économie vénézuélienne, qu’elles font aujourd’hui partie de la culture de masse. A l’heure où se noue un large dialogue social dans le cadre de l’Assemblée Constituante, il peut être important de visibiliser les lignes qui séparent le réel du fantastique dans ces histoires qu’on nous serine depuis l’enfance.

1. « Le Venezuela est un pays monoproducteur ». Tant chez nous qu’à l’étranger on a l’habitude de dire qu’ au Venezuela on ne produit que du pétrole. Les chiffres publiés par la Banque Centrale du Venezuela indiquent le contraire. En moyenne, du total de la production nationale [1], 84% provient de l’activité non pétrolière. La production pétrolière n’occupe que les 16% restants.

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Dans le cadre de la production non pétrolière, c’est la manufacture qui occupe la première place (21%), suivie par les services offerts par le gouvernement général (15,6 %, à savoir santé, éducation, ordre public, sécurité et défense, protection sociale); viennent ensuite les services immobiliers avec 13,2%; le commerce et les services de réparation (12,6 %); la construction (8 %); les services communautaires (7%); l’agriculture, l’élevage et la pêche (6,4 %); les communications (5,9 %); enfin, le transport et le stockage avec 4,6 %.

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Si donc nous ne sommes pas ce pays mono-producteur qu’on nous a toujours présenté, l’économie vénézuélienne se caractérise en revanche par sa condition mono-exportatrice. Près de 90% des exportations concernent en effet le pétrole et sont réalisées par le secteur public (l’entreprise d’État Petróleos de Venezuela, PDVSA).

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Le problème ne réside pas dans notre condition de pays mono-exportateur de pétrole, ni dans le fait que ce soit le secteur public qui s’en charge, mais dans la faible performance du secteur privé. Alors qu’on le présente toujours comme un secteur très efficace, celui-ci n’a exporté historiquement et en moyenne que moins de 10 % de ce total.

Quant aux 10% d’exportations non-pétrolières, ils sont formés par la vente de minéraux (26 %); les industries chimiques (45 %); le plastique et le caoutchouc (3 %), les métaux (10 %), tous produits par le secteur public [2]. L’exportation du secteur privé ne dépasse pas en moyenne 1% de ce total.

2. « Nous ne produisons pas ce que nous mangeons ». Une autre fable veut que tous les aliments que consomment les vénézuéliens soient importés. Rien de plus éloigné de la réalité. Du total des aliments disponibles, 88% en moyenne sont produits par nos paysans, éleveurs et pêcheurs en terres et en mers vénézuéliennes, les 12% restants furent et sont encore importés. [3]

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Le Venezuela produit 99% des tubercules consommés, 92% des sucres, 97% des légumes, 92% des viandes, 99% des œufs, 98% des fruits et du lait, 90% des stimulants (café et thé). 63% des céréales. L’importation principale est le blé (100 %) et l’orge malté (100%), utilisés pour la production du pain et de la bière, ces deux derniers ne pouvant être produits sur place à cause du type de climat. 91% des légumineuses (haricots noirs, rouges, lentilles) que consomment les vénézuéliens sont importés alors qu’ils pourraient parfaitement être produits sur notre territoire. Nous importons aussi 53% des graisses, et spécifiquement le soja.

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Sans doute certaines de ces fables ont-elles servi d’excuses au grands capitaux, en particulier ceux qui concentrent la production agroindustrielle, pour exiger de l’État de plus en plus de dollars au taux préférentiel avec l’argument que sans l’accès à ces devises, ils ne pourraient pas importer ces produits et la population subirait par conséquent la famine. Ils ont aussi servi à justifier l’endettement privé, et sa reconnaissance puis son remboursement par l’État…

50% de la production totale d’aliments traités par l’agro-industrie sont concentrés dans 10% du total d’entreprises privées [4]. En d’autres termes nous sommes face à une production alimentaire monopolistique.

Bien qu’on ne le mentionne pas, c’est bien là une des principales faiblesses du modèle économique de production au Venezuela, non seulement par les effets pervers que produisent par nature les monopoles quant à la fixation des prix et des quantités, mais surtout par la dépendance d’une poignée d’entreprises qui produisent, importent et distribuent un bien aussi stratégique que l’alimentation de la population. Situation qui renforce le pouvoir de coercition que peuvent exercer ces entreprises, soit par intérêts économiques soit par intentionnalité politique, comme on l’observe ces dernières années au Venezuela.

Le principal enseignement à tirer de cette histoire est la différence entre sécurité et souveraineté alimentaire.

3. « Le secteur public est improductif ». On raconte aussi que le secteur public ne produit rien. En discriminant le total de la production par secteurs institutionnels, c’est-à-dire entre secteurs public et privé, nous nous rendons compte qu’en moyenne 34 % du Produit Interne Brut sont générés par le secteur public et 66% par le secteur privé.

Dans les activités du secteur public au Venezuela entrent principalement le pétrole, les services offerts par le gouvernement (santé, éducation, transport, défense, ordre public, sécurité, protection sociale), l’électricité, l’eau, l’activité minière.

Ces quatre dernières années, malgré la chute des prix du pétrole, facteur déterminant des niveaux de production au Venezuela et malgré les divers aspects de la guerre économique mise en place par le secteur privé – avec blocage de lignes de crédit international et inflation induite à travers la manipulation de la valeur de la monnaie dans le marché illégal, la production dans le secteur public a connu une augmentation.

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La production du secteur public a augmenté de manière soutenue depuis 2003, y compris en 2009, année qui a connu une chute de 34 % du prix du pétrole. Sans compter l’activité pétrolière, la prestation de services de la part du gouvernement occupe la deuxième place de la production après l’activité manufacturière.

4. « Le secteur public, contrairement au secteur privé, est inefficace ». On dit que l’État est inefficace, c’est-a-dire que dans le secteur public les travailleurs perçoivent un salaire mais ne font rien ou, au mieux, font peu. En revanche, les entreprises privées sont toujours réputées « plus efficaces ». Or, par définition, est réputé « efficace » celui qui produit plus avec moins de ressources. [5]

Cette fable a servi de socle à l’argumentaire selon lequel l’État ne doit pas intervenir dans l’économie.

Au Venezuela, en moyenne, la productivité du travail dans le secteur public, y compris dans pétrolier [6], a été 2,5 fois plus élevée que celle du secteur privé [7]. Depuis 1997 et jusque 2015, chaque travailleur public a produit 8,07 millions de bolivars annuels [8] alors que chaque travailleur du secteur privé en a produit 3,25 millions.

Même en excluant de ces calculs l’activité pétrolière, la productivité du travail du secteur public reste non seulement 1,3 fois plus forte que celle du secteur privé, mais a connu en outre depuis 2006 une augmentation de 44%, passant de 3,5 millions de bolivars annuels par travailleur à 5,1 millions [9]. En revanche et sur la même période, la productivité du travail du secteur privé a chuté de 14%.

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Ces résultats nous permettent de célébrer certains personnages de notre histoire contemporaine : les travailleurs du secteur public. Ouvriers des entreprises publiques, médecins, infirmières, ambulanciers, bio-analystes, institutrices, enseignants et travailleurs universitaires en général; ingénieurs et techniciens de maintenance et de nettoyage; ceux qui se chargent de nettoyer les rues et de ramasser les ordures; communicateurs; conducteurs du métro, des autobus; membres de la police; membres des Forces Armées Nationales Bolivariennes; pompiers; ceux qui travaillent dans le service diplomatique; les travailleurs de l’administration publique; ceux qui administrent la justice; les cuisiniers qui préparent les repas pour les écoliers; les musiciens des orchestres symphoniques; les entraîneurs sportifs; les gardiens de parcs et d’espaces boisés; ceux qui travaillent dans les ports et dans les aéroports, ceux qui administrent les processus électoraux, et même les députés, en fin tous ceux qui se lèvent tôt pour faire vivre le secteur public.

5. « Seules les entreprises privées produisent ». Cette fable classique voudrait que tout mode de production qui n’est pas privé a une moindre capacité de produire, non seulement par comparaison avec l’État mais aussi avec les services communautaires, les coopératives, les coopératives et les communes.

En fait, de 1999 – première année de la révolution bolivarienne – à 2015, le produit intérieur brut total a augmenté de 43%. Or, après les activités financières et de communications, celle qui a montré la plus forte augmentation durant la même période est celle des services communautaire et sociaux. En quatrième lieu vient la production de services du gouvernement général. Les activités agricoles, d’élevage, de manufacture, commerciales et de transport, qui sont principalement aux mains du secteur privé, enregistrent également des augmentations depuis 1999 mais de moindre grandeur.

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Il ressort que ce ne sont pas les seuls modes de production privés qui apportent une valeur ajoutée à l’économie. La propriété d’État, comme nous l’avons déjà dit, non seulement occupe la deuxième place sur l’échelle de la production, et non seulement a crû ces dernières années – malgré la chute du prix du pétrole : elle a même connu une haute productivité du travail. La production de la propriété sociale a été une des activités économiques qui a enregistré la plus forte augmentation ces dernières années et a donc contribué dans une mesure majeure au produit intérieur brut.

La reconnaissance constitutionnelle d’autres modes de production en parallèle au mode déjà établi de la production privée, constituerait une avancée importante dans la démocratisation de la production et dans la diminution de la dépendance d’un petit nombre de grandes entreprises qui dans de nombreux secteurs monopolisent la production, l’importation et la distribution des biens et des services.

6. « La production privée a chuté depuis 1999 (première année de la révolution bolivarienne) ». C’est la rumeur publique, amplifiée par certains médias : depuis 1999 l’entreprise privée a été démantelée, et les politiques économiques issues du modèle d’égalité et de justice sociale ont créé une méfiance et découragé les investisseurs. On affirme de même que les contrôles des prix, le contrôle du marché des changes et la supposée manque de devises ont empêché les entreprises de produire.

Fiction, là encore : la production dans le secteur privé a augmenté en moyenne de 35% depuis 1999. Toutes les activités économiques aux mains du secteur privé ont enregistré des augmentations. Par exemple, l’activité des institutions financières et d’assurances, principalement privée, a explosé (375 %) durant la même période; le commerce a augmenté de 64 %; le transport et le stockage de 46 %; les communications de 332 %; l’agriculture, l’élevage et la pêche de 27 %; la manufacture, de 12 %; les services immobiliers de 50 %.

Plus : non seulement le produit intérieur brut du secteur privé a augmenté, mais le taux de rentabilité du capital a connu une croissance soutenue depuis 2003, pour se situer en 2008 [10] aux niveaux historiques les plus élevés depuis 1970, soit 22%.

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Sans doute ceux qui répètent cette fable veulent justifier le retour au modèle néolibéral qui cesserait de contrôler les prix des biens essentiels produits par les grands monopoles, gèlerait les salaires, privatiserait les services publics, et permettrait à quelques propriétaires de grands capitaux, parmi lesquels le système bancaire et financier, de s’approprier les devises obtenues grâce à l’exportation du pétrole.

7. « On ne produit pas parce que le gouvernement a exproprié toutes les entreprises privées ». Le mythe selon lequel le gouvernement a exproprié presque toutes les entreprises privées s’ajoute à la liste en vogue depuis quelques années.

Des 28.222 unités économiques correspondant à l’activité industrielle, seules 363, soit 1,2 %, sont aux mains du secteur public. Les 98,71 % restantes appartient au secteur privé. Quant aux unités économiques liées aux activités commerciales, le secteur public n’en réunit que 294 sur un total de 243.444, c’est-à-dire seulement 0,12 %. Les 99,87 % restants des unités correspondant à cette activité appartiennent au secteur privé. De la même manière, l’activité des services n’appartient que pour 0,88 % au secteur public (943 sur un total de 111.333 unités). Le reste appartient au secteur privé. [11]

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8. « Nous ne vivons que de la rente pétrolière ». Cette fable est la plus élaborée et la plus diffusée de toutes. Elle véhicule un message idéologique particulièrement puissant : « les vénézuéliens sont paresseux, ils ne travaillent pas », dont la fonction est d’occulter le principal problème de l’actuel modèle économique vénézuélien: l’usage, la distribution, et l’appropriation de la richesse, dont la rente pétrolière. Il importe de comprendre en effet qui, entre propriétaires du capital et propriétaires de la force de travail, « ne travaille pas », c’est-à-dire qui s’est approprié historiquement et en majeure proportion la rente pétrolière et de manière générale la valeur ajoutée de l’économie.

Nous reviendrons dans le prochain article sur cet aspect central, qui révèle ce qui doit être changé et dépassé dans ce qu’on appelle le modèle rentier pétrolier.

Notes et références :

[1] Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure tous les biens et services produits dans une économie sur une période donnée, en général sur une année.

[2] Institut National de Statistique (INE). Système de Consultation du Commerce Extérieur. Chiffres disponibles depuis 1950. Nous avons eu accès à l’information recueillie depuis 1980.

[3]  Données du Bilan de l’Équilibre Alimentaire, instrument mis en place depuis 1950 par l’Institut National de Nutrition (INN) pour mesurer al disponibilité d’aliments (production, importation et exportation).

[4]  Chiffre de 2011, repris de l’Enquête des Grandes Entreprises Industrielles de décembre 2013, publiée par l’Institut National de la Statistique (INE).

[5]  La productivité du travail est calculée en divisant le total de la production par le nombre de travailleurs.

[6]  Chiffre obtenu en divisant le Produit Intérieur Brut (PIB) du secteur public par le nombre de travailleurs de ce secteur.

[7]  Calcul effectué de 1997 à 2015.

[8]  Pour l’année de base 1997.

[9]  Bolivars indexés à la valeur de 1997.

[10]  Nous disposons de ces données jusqu’à 2008, année à laquelle s’arrête le travail de Baptista Asdrúbal : Bases Quantitatives de l’Économie Venezuelienne.

[11]  Institut National de Statistique. IVème Recensement économique 2007-2008. http://www.ine.gov.ve/documentos/Economia/IVCensoEconomico/pdf/InformeIVCE.pdf

Source : http://www.15yultimo.com/2017/06/17/mitos-sobre-la-economia-venezolana-i-version-ilustrada

Traduction : Thierry Deronne

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La double attaque contre l’Assemblée Constituante

Par Marco Teruggi

Retour de la politique à la politique. Tel est l’appel à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). Après plus d’un mois, avec des milliers de candidats inscrits, il est d’une clarté brutale que la droite n’abandonnera pas sa stratégie insurrectionnelle/interventionniste. Son bloc est resté uni ‒ avec ses divisions historiques internes ‒ autour du rejet du dialogue national. S’il existe des secteurs qui veulent s’asseoir à la table, ils sont éjectés de la direction du mouvement putschiste.

Avec cette droite, à ce stade, il ne semble pas qu’il y ait de retour possible au champ d’un accord minimal pour résoudre les conflits. En tout cas jusqu’à preuve du contraire. Mais la politique comme politique dans le cadre démocratique ‒ et non comme intensification de la violence ‒ doit continuer à s’imposer de son poids, de sa légitimité, reconquérir l’hégémonie. Et la manière la plus puissante de le faire, telle qu’elle est proposée aujourd’hui à tous les secteurs de la société, c’est l’Assemblée Nationale Constituante et surtout, le processus qui doit précéder et accompagner son élection.

Cette tentative de dominer la scène politique implique deux questions centrales. L’une d’elles est la capacité de construire un discours public-médiatique-officiel capable d’élever la dynamique jusqu’au débat d’idées, afin de démonter l’argumentaire de la droite. L’autre est de récupérer le débat où se joue – même si on l’oublie parfois – la grande politique : dans les territoires, parmi les citoyens ordinaires, les égaux, hors des caméras. Tout autant parmi les milliers de personnes désorganisées que dans les secteurs organisés. Sans cette re-création, sans ce ré-enracinement de la politique là où se trouve la majorité nécessaire, il restera difficile de faire en sorte que ce processus constituant, à savoir participatif, citoyen et actif, débouche sur une Constitution exprimant des aspirations et des conclusions populaires. La politique sans gens est le projet de la droite, elle est la défaite du processus révolutionnaire.

La question qui se pose dès lors est : comment s’approprier l’Assemblée Constituante hors de la superstructure et du parti ? Une des manières de le savoir, au-delà des enquêtes, c’est de se mettre à l’écoute des espaces populaires organisés ‒ Rodolfo Walsh disait qu’écrire c’est écouter.

Captura de pantalla 2017-02-28 a la(s) 4.17.47 PMCommune Jesús de Nazareth, état d’Apure, municipe Páez ‒ territoire totalement couvert de communes ‒, Guasdualito, à une demi-heure de la Colombie. La réunion rassemble des femmes et des hommes qui sont les porte-paroles de la commune pour débattre de l’Assemblée Constituante. On commence par analyser en profondeur son pourquoi, ses puissances et ses limites. Le bilan est clair sur l’existence d’une offensive insurrectionnelle de la droite, accompagnée par une avancée paramilitaire ‒ ce qui, dans cette zone frontalière, est un thème familier‒ et en même temps sur l’existence d’une bataille interne à la révolution.

Ce dernier point est approfondi par les communards, qui sont ceux qui impulsent le projet stratégique développé par Hugo Chávez et qui observent comment le pouvoir constitué ‒ c’est ce qui se répète au cours de la réunion – leur ferme les portes de manière quasiment systématique. Ils sont un sujet-charnière qui a construit la révolution, qui à son tour ne leur reconnaît pas de centralité. Pour cela ils insistent sur ce point contenu dans le menu propose par le président Maduro pour l’Assemblée Constituante : graver dans la constitution l’espace que doivent avoir les communes.

Le débat tourne autour de comment débattre de l’assemblée constituante avec les voisins qui vivent sur le territoire de la commune. Les porte-paroles élaborent un chronogramme d’assemblées pour chacun des conseils communaux qui forment la commune. “Nous devons porter ce débat à l’intérieur de nos populations, débattre avec tout le monde, y compris avec les voisins de droite, leur demander pourquoi ils ne veulent pas d’assemblée constituante, nous avons le caractère et les facultés de convaincre” analyse William López, membre du parlement de la commune. Il y a un consensus : il est nécessaire de sortir, d’ouvrir des assemblées, de mener le débat avec tous, dans un contexte marqué à la fois par le repli et la résistance, par le désenchantement et la conscience.

La réalité dans les communautés n’est plus la même qu’il y a quelques années. Plusieurs éléments ont frappé les gens : la guerre-crise économique, les effets de la contrebande soutenue, l’impunité transversale, les logiques fermées de certains espaces du chavisme, les poids bureaucratiques écrasants. Il existe un reflux et à contre-courant de ce mouvement il faut régénérer la politique et la participation. “Les gens sont mécontents, préoccupés” dit William. Comment s’articulent les besoins fondamentaux des gens – aliments, médicaments, par exemple ‒ avec l’Assemblée Constituante ? C’est là tout le défi, la complexité. La distance entre les mots et les réalités paraît grande.

Captura de pantalla 2017-02-06 a la(s) 2.15.44 PMOn ne peut gagner qu’avec la politique. Et celle-ci doit renaître depuis les bases, là où est né le chavisme lui-même. Ce qui se passe dans une commune n’est pas la réalité de toutes les communes ni de tout le pays, mais a valeur de thermomètre ‒ s’il s’agit effectivement d’une commune participative ‒ de ce qui se passe dans les territoires organisés. Les débats qui s’y déroulent condensent des nœuds structurels du processus. La situation dans les zones de moindre organisation semble être plus complexe : plus forts désenchantement de la politique et sensation d’être dans une bataille entre deux forces de partis éloignés du quotidien des gens, marqués par la hausse continue des prix.

La prochaine ANC ne se débat pas seulement dans les communes. Il existe des forums dans différents endroits du pays, des assemblées dans les quartiers, dans les lieux de travail, d’étude, dans des espaces publics, où parfois opposants et chavistes se retrouvent face à face. Ce sont des initiatives qui se multiplient hors des caméras, qui rencontrent cette nécessité d’un véritable processus constituant et non d’un technicisme arrangé d’avance. La préoccupation qui émerge de la réunion dans la commune Jesús de Nazareth est : ces débats collectifs, les propositions construites, seront-ils pris en compte ? Ou sommes-nous face à des assemblées qui sont pure formalité ?

La crainte,  disent-ils, est de générer de nouveau des espoirs parmi les gens et que le résultat de cette mobilisation participative ne soit exprimé nulle part, que ce soient les logiques bureaucratiques qui s’imposent. Ce serait un coup trop lourd dans un contexte marqué par le désenchantement, l’éloignement, les difficultés matérielles soutenues et par le contexte général : un blocage par la violence entre deux forces, dans lequel le chavisme a mis sur la table l’Assemblée Nationale Constituante comme manière de trouver une issue pacifique et politique et où la droite a annoncé sa volonté d’empêcher que se tienne cette assemblée.

Dans la Commune Jesús de Nazareth, ainsi que dans beaucoup de communes du pays, existe la volonté d’assumer le rôle historique, de dialoguer dans les communautés, de construire des débats, des propositions, de tenter de convaincre ceux qui se sont éloignés. Ils croient que même dans les difficultés on peut convertir l’Assemblée Constituante en un processus qui fera que les gens reviennent vers la politique et viceversa. Il suffit d’y aller et d’écouter. Le temps est aujourd’hui.

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/06/07/el-doble-asedio-a-la-asamblea-nacional-constituyente/

Traduction : Thierry Deronne

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Le Venezuela sans la télévision

par Marco Teruggi

Jour 1 : pays en mouvement

Caracas 6 heures du matin, recommence la ville du travail. L’agenda du jour indique des violences à hauteur de l’autoroute Francisco Fajardo, une nouvelle confrontation médiatique et armée, un possible épicentre de terreur dans un point de l’intérieur du pays – on parle de Barinas- qui laissera un mort ou plus, et de nouvelles pressions internationales. Comme s’il s’agissait d’un ordre dans le siège, un quotidien de l’impact assimilé par la force par la majorité.

A cette heure tout est calme, en particulier dans l’Ouest de Caracas où vit la majorité de la population. Personne ne dirait que nous sommes en guerre – sommes-nous en guerre ? On ne le dirait pas non plus lorsque nous partons en direction de l’état de Guarico, point-charnière du pays par sa situation stratégique d’état limitrophe avec huit autres états. Le plan pour ces jours-ci est de parcourir, écouter, raconter le pays en mouvement, comprendre ce qui se passe hors du champ des caméras. Autant celles de la droite que du gouvernement. Qui raconte ce qui se passe dans les profondeurs du pays ? Presque personne, comme on nous le dira lors de ce parcours.

Le chemin ? Le pays. D’abord un arrêt faute de nourriture: plusieurs mois sans que parvienne les produits au Comité Local d’Approvisionnement et de Production (CLAP). Ensuite une manifestation de la droite à la hauteur de El Sombrero, la localité où on parlait du Picure, chef d’une bande criminelle structurée selon la logique paramilitaire, abattu l’an dernier lors d’une opération policière. Les opposants ne coupent pas la route, ils agitent leurs panneaux, soufflent dans des vuvuzelas. Casquettes tricolores, chemises blanches. Ils sont la surface de la bataille, la part la plus authentique peut-être de l’opposition.

Tout aux alentours est immense : plaine, herbages, oiseaux, vaches. L’amour de Simón Díaz.

Ce sont des heures de plaine pour parvenir à la Valle de La Pascua, zone d’élevage et d’agriculture, jusqu’à une entreprise privée de traitement de farine de mais précuite, la « Doña Goya ». Elle est une des bénéficiaires des accords que l’État a signés pour fournir matière première et machines. La capacité est d’empaqueter 100 tonnes par jour. 70% sont destinés aux Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production : c’est la contrepartie de l’accord. Il s’agit de stimuler un secteur d’entrepreneurs qui produisent pour le marché national, hors de la logique spéculative qui consiste à demander à l’État des dollars subventionnés pour importer des biens surfacturés et les revendre en s’alignant sur la valeur du dollar parallèle/illégal…

Peut-on encore créer une bourgeoise nationale en Amérique Latine ?

Nous parcourons les lieux, nous conversons avec les dirigeants de l’entreprise pour comprendre la logique de ceux qui cherchent à émerger dans un marché écrasé par une seule entreprise : la Polar contrôle 56 % du marché de farine de maïs. Ils ne s’identifient avec aucun courant politique, mais seulement avec leur commerce, et ils ont besoin de l’État. En cas de victoire de la droite, disent-ils en raisonnant avec pragmatisme, le pays irait mieux.

Là-bas les boucliers, les gaz lacrymogènes, les destructions de Barinas qui ont lieu au même moment, semblent un peu lointains. Combien de pays existent-ils en même temps ? Dans la Valle de la Pascua, l’offensive de la droite ne s’est pas encore mise en route. Fera-t-elle partie d’une prochaine phase du plan ? Nous repartons à l’aube vers l’État d’Apure. La vendeuse d’empanadas et de café ou nous déjeunions nous raconte qu’elle achète sa farine dans sa communauté à prix de marché noir, c’est à dire trois fois plus cher.

Combien de temps faut-il pour connaître la carte de la vérité des choses ?

Jour 2 : les distances de la plaine

Nous ne comprenons pas les distances de cette grande Plaine (« le Llano »), nous qui venons de la ville serrée, toujours pris dans ce bus, ce métro, cette moto-taxi, rapide qui n’en finit pas d’arriver. Ici le temps se défait de tant d’horizon vert et d’heures qui passent. Nous voyageons de jour, depuis les premières heures de ce pays qui commence avant le soleil. Par les nuits les routes sont dangereuses : manque d’éclairage, de panneaux de signalisation, animaux-surprises traversant sur la route, vaches, sangliers « chiguïres », ours mangeurs de fourmis, caïmans, – et vols à main armée.

Nous nous arrêtons pour interviewer une dame qui vend la chair de caïman séchée au soleil, du piranha moulu pour soigner tout type de douleur, des épices très piquantes de fourmis à gros derrière, prépare le casabe (1), résiste à la chaleur qui écrase. Littéralement écrase. Les points de vente sont alignés au bord de la route. Tous vendent la même chose. Plus loin, derrière, et de chaque côté, continue l’immensité. Il ne manque pas de nourriture produite ici. Manque l’autre, celle du Comité Local d’Approvisionnement et de Production. Tandis que nous interviewons, on entend entre cris et rires:

Dis qu’on ne trouve pas de riz, ni de pâtes, ni de sucre !

Le plan était d’arriver au Hato (grand domaine destiné à l’élevage) El Cedral en début d’après-midi. Nous arrivons à 21 heures. 53 mille hectares achetés en 2008 par l’État qui à présent possède 90% des terres. Les 10% restants appartiennent à l’ancien propriétaire. Contredisant le mythe de l’improductivité des entreprise d’État, celle-ci fonctionne. Le tourisme se maintient encore, mais affecté par la violence et l’insécurité, a baissé. Le Hato, rebaptisé Unité de Production Socialiste Agroécologique El Cedral, dispose de 14 mille têtes de bétail – vaches et buffles. Il est un des maillons de l’Entreprise Socialiste d’Élevage Bravos de Apure – elle aussi d’État -, qui regroupe 9 de ces hatos avec un total de 40 mille têtes. Un de ces grands domaines – El Frío – fut récupéré après des années de mauvaise gestion. Il est vrai que souvent les espaces sous administration directe de l’État n’ont pas donné de résultats. Par manque de suivi, par la corruption, l’impunité, l’inexpérience, la nomination à leur tête de personnes non formées, par la fermeture des directions à la participation des travailleurs, et l’éternelle confiance dans la rente pétrolière.

Mais certains fonctionnent comme El Cedral. Ce sont les cas modèles. Ici se développe la politique du point et du cercle : on réalise un travail social dans les communautés qui l’environnent -14 plus 13 territoires indigènes – et on s’appuie sur les petits producteurs avec des crédits pour les animaux sans spéculation bancaire. L’entreprise est partie de quelque chose de plus que le bénéfice propre, d’un projet défini de manière intégrale. Quant aux ventes elles se font à un prix moindre que celui du marché, avec priorité pour les réseaux de l’État – écoles, grandes ou petites surfaces du réseau public alimentaire (PDVALs, Mercals).

La propriété d’État, la privée, et la sociale/communale sont les trois formes de propriété au Venezuela. Dans cette époque d’ouverture – dramatique – constituante, plusieurs proposent que la troisième forme soit incorporée dans le texte de la nouvelle Constitution.

Nous réalisons les entretiens, nous parcourons, nous filmons. Les maisons sont regroupées en régime de fruits dans l’immensité. Dans toutes les directions il y a une immensité que nous ne saurions pas comment traverser. On nous monte dans une embarcation qui va remonter le fleuve Matiyure. A quelques mètres passent des cerfs, des petits sangliers chigüires, des caïmans, des hérons blancs d’un mètre et demi qui s’arrachent dans un vol lent et lourd.

Nous en restons bouche bée.

Jour 3: brigades populaires à la frontière.

Nous sommes en zone frontalière. La Colombie n’est pas de l’autre côté du fleuve, elle est ici, déjà. Dans la musique, les accents, l’économie, la population. L’essence, par contre, est de l’autre côté. Une partie au moins en tout cas. La contrebande des biens subventionnés par le socialisme bolivarien et revendus aux prix du marché colombien n’est pas nouvelle, elle a lieu depuis de nombreuses années dans la zone – et parfois dans les deux sens, selon le type de change. Le changement est venu avec la guerre économique qui lui a fait prendre des proportions jusque là inconnues, se transformant en pénurie. Et la frontière, selon les habitants, même lorsqu’elle a été officiellement fermée, est toujours restée ouverte partiellement, avec son ordre et avec ses prix.

Il faut faire près de six heures de file pour remplir les réservoirs d’essence. Nous en profitons pour suivre une mobilisation de la droite qui passe à un pâté d’un rassemblement chaviste. Pas de tirs, ni de lynchages, ni de pierres. La violence de la droite – je parle de sa base sociale et non de ses groupes de choc dans la rue et de ses paramilitaires – est avant tout classiste. C’est pour cela que dans ce village du « Llano », personne n’incinère un chaviste vivant ou quelqu’un qui serait simplement suspect de l’être. Cela ne se passe pas dans les quartiers populaires. (2)

D’Elorza à Guasdualito il reste trois heures – cela paraît déjà peu. Il pleut et l’immensité prend des tons gris qui l’étirent un peu plus. Ce pays pèse des tonnes de beauté.

La menace aussi : à Guasdualito est entré un groupe de 20 paramilitaires depuis la Colombie. 20 hommes qui ont pour plan de former 20 cellules. Ils ont dû y recourir parce que malgré les tentatives ils n’ont pas réussi à déclencher dans cette municipalité. Pour deux raisons. D’abord parce qu’il s’agit comme pour tout Apure, d’une zone profondément chaviste.

Il serait nécessaire pour comprendre cette dimension, de saisir l’impact qu’a eu Hugo Chavez dans ces villages oubliés, relégués, tombés de la carte historique, politique, culturelle du Venezuela. Ensuite, parce que le niveau d’organisation est très élevé, tant communard – tout le municipe Páez est couvert de communes – qu’en ce qui concerne les groupes de défense civile. Dans cette zone, où les mouvements populaires affrontent la contrebande et le paramilitarisme depuis des années, ont surgi des équipes de défense populaire Hugo Chávez avec un objectif clair : défendre le territoire, les infrastructures, prévenir les attaques de la droite. Pour cela il n’est pas de meilleure arme que la participation et les informations que peuvent apporter les citoyens. Et ce ne sont pas de simples citoyens, ils ont vécu un processus de transformation de 18 ans.

La chaleur à Guasdualito est plus forte que toutes les autres chaleurs. Le village est calme. Le dernier épisode de violence remonte à décembre dernier, pendant la crise des billets de 100 bolivars, quand furent incendiés la Banque du Venezuela et les billets de 100 lancés en l’air, brûlés et distribués par sacs. Le lendemain on apprenait qu’ils resteraient en circulation et garderaient leur valeur pour un mois de plus. Ces jours-là on remarqua que ceux qui menaient les destructions avaient été en majorité ramenés d’états voisins. Dans ces petits espaces tout le monde se connaît.

Le climat est donc de calme et d’attente. On sait ce qui peut se passer. Les mesures de protection sont prises. Des assemblées ont lieu. Dans les communes on parle de l’Assemblée Nationale Constituante, de comment organiser des réunions avec toute la communauté, dialoguer, écouter l’autre, cet autre qui peut être fatigué, déçu, pris dans l’urgence de la recherche d’aliments, de prix relativement justes. Nous assistons aux réunions : dans la politique communarde est condensé le meilleur du chavisme.

Comment raconter tant de choses ? Comment raconter le Venezuela : une révolution et sa contre-révolution ?

Je lance une mangue dans les feuillages pour qu’en tombent d’autres de l’arbre. Des perroquets guacamayas s’envolent.

Les vaches observent. Un compagnon filme l’après-midi dans son heure la plus longue.

Nous savons ce que ferait la droite si elle reprenait les rênes du pouvoir politique.

Jour 4 : scènes de guerre.

Nous arrivons à Socopó, un des points névralgiques dans cette étape de la guerre. Il s’agit d’une municipalité de droite, avec une forte dose de narcotrafic, de paramilitarisme et de gros éleveurs. Cela donne un bloc compact, auquel se joignent une partie des commerçants. Ils ont des conditions pour disputer le territoire. Et Socopó possède surtout une position stratégique : elle est sur la route qui unit San Cristóbal – arrière-garde du paramilitarisme – à la ville de Barinas, et possède un pont qui en cas de coupure empêche tout transit. Fermer Socopó, c’est fermer une des voies principales vers Caracas. Et c’est du Táchira que sortent de grandes quantités de légumes vers Caracas. Supprimer les aliments : une tactique principale dans cette guerre.

La situation à l’arrivée est tendue. On sait qu’un vendeur de jus, d’arepas (3), un homme assis sur le banc public, toute personne peut être un informateur de la structure paramilitaire. Ici a eu lieu une bataille frontale – les 19 et 20 avril et les 22, 23 et 24 mai – cinq jours de terreur au dire des voisins. Nuits de pillages et de destructions dans un village dont l’éclairage avait été coupé. Le commissariat de police fut attaqué pendant quatre heures avec des armes à feu, pris sous le feu d’un franc-tireur blessant six policiers – l’objectif était de les tuer – laissant l’édifice incendié et détruit par un bulldozer. Ne restent que des ruines.

A Socopó, comme à Guasdualito, le chavisme de base s’est organisé et à créé le Front de Défense Intégrale Hugo Chávez. L’initiative a surgi pour deux raisons principales. La première, celle de se protéger : les menaces envers les dirigeants ont commencé le 20 avril, avec des motos parcourant les rues avec une liste de chavistes à tuer. La deuxième, le besoin de mettre en mouvement un niveau d’organisation majeur, capable de prévenir les actions de la droite. Et si c’est la fonction des corps de sécurité de l’État, il est aussi vrai que le chavisme, en tant que trame organisée dans les territoires, lieux de travail, possède une capacité d’intelligence populaire et de lecture directe du terrain.

C’est la guerre. Avec ses batailles, ses balles, ses sièges, ses tactiques, ses ponts, ses compagnons menacés.

Il n’y a pas de doute à ce sujet quand on débarque à Socopó et qu’on comprend ce qui s’est passé ici – ce qui se passera.

– Une télévision du gouvernement est venue ici ? ai-je demandé.

– Personne, c’est comme si on nous avait oubliés, me répond une compagne.

Socopó est une répétition de la phase deux de l’insurrection paramilitaire. Elle en contient tous les éléments. On est dans une trêve, on sait que cela continuera. C’est une partie de la tactique déployée par la droite qui déplace les affrontements sur le territoire, comme un coup d’échecs qui a des points clefs à frapper. Elle est passée par plus de dix villes.

Toutes les variables sont à leur tension maximale. La droite cherche à ce que l’une d’elles explose et précipite la corrélation de forces en sa faveur. Une des tâches est de comprendre cette réalité, d’informer, de construire des clefs pour l’analyse, d’agir et d’écouter, simplement, comme disait Rodolfo Walsh quand il affirmait qu’écrire c’est écouter. C’est le pourquoi de notre itinéraire de Valle de la Pascua, à Guasdualito et à Socopó, là l’écoute des gens, de la militance, du temps profond et silencieux qui n’est pas transmis par les médias, du retour à Caracas et de ces textes. La réalité est dans le 2.0 et dans les territoires. C’est là que se trouve un pays en mouvement, une des sources majeures d’information, les meilleures synthèses communardes, populaires, chavistes.

Ce pays a les portes ouvertes.

Il demande qu’on le raconte.

M. T.

Notes :

(1) grande galette très plate de manioc, tradition indigène.

(2) https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/la-rage-raciste-de-lextreme-droite-venezuelienne

(3) galettes de maïs, aliment quotidien au Venezuela.

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/06/04/cronicas-llaneras-historias-silenciadas/

Traduction : Thierry Deronne

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Les communes ont-elle encore un avenir ?

Les communes ressemblent à un mythe, et se résument à une stratégie ramassée tout entière dans une consigne finalement stérile. Quand on leur reconnaît une existence, c’est toujours dans un  ailleurs: les communes des Llanos (plaines de l’Ouest), celles de la montagne de Lara ou de Portuguesa, toutes paysannes ; c’est quelque chose de loin, d’héroïque, de presque romantique, et qui n’a surtout rien à voir avec la réalité des grandes villes, en particulier Caracas. Des communes ici, dans la capitale ? Impossible, trop risqué…

Qu’est-ce qu’une commune ? Dit autrement : qu’est-ce que ça devrait être au regard du projet politique ? Avant tout c’est plus que la somme des procédures légales ; plus que des réunions de conseils communaux, plus que l’élaboration et le vote de la charte fondatrice de la commune naissante, plus que la mise en œuvre du parlement, de la banque, des conseils techniques, de l’économie et des contrepouvoirs communaux : tout ça c’est la structure formelle, indispensable certes mais insuffisante à nous révéler si, en son sein, il y a ce que Chavez appelait « l’esprit de la commune ».

Ce qui compte avant tout, c’est la participation de la communauté. Sans elle il n’y a pas de démocratie radicale soutenable, ni de processus novateur générateur de richesses. La communauté ne se résume pas à l’assemblée des citoyens délégués aux différentes tâches communales. La commune ne se réduit pas à ses porte-paroles. Elle est -ou devrait être- le gouvernement d’une communauté organisée, qui décide et exécute des politiques dans chacun des domaines de la vie locale : le sport, la santé, l’alimentation, la sécurité, la communication, l’économie, le transport, etc… . Et tout cela sous-tendu par une stratégie qui vise à tisser un réseau national communal et non pas à se développer isolément -conformément cette idée désuète des années 90 sur la construction du socialisme dans un seul endroit-

***

Existe-t-il dans le pays des communes avec ces particularités ? Combien parmi les 1730 ressemblent au modèle de société souhaité ? Les deux tiers, la moitié, le tiers ? Difficile de savoir. Les indicateurs évaluent des structures , notamment pour savoir s’il existe ou non tous les organes autogestionnaires dument constitués. Mais ils ne photographient pas le niveau de participation, l’implication de la communauté, le rapport aux autres conseils communaux et au parlement communal par exemple. Car pour mieux connaître et mesurer cette réalité, il faut être immergé dans les territoires, il faut partager, démystifier, comprendre les différents moments de l’organisation populaire.

De la même façon qu’il n’existe pas de sujet idéal ou pur, il n’y a pas non plus de processus sociaux exempts de contradictions, de hauts et de bas. La même commune qui a un moment donné a pu avoir un très haut niveau de participation, peut le perdre à un autre moment et vice-versa. Les communes sont insérées dans une réalité faite de superposition de coups, de doutes, de résistances ; actuellement elles sont dans une étape marquée par la logique du repli ; comme l’explique Rodolfo Walsh : « Les masses ne se replient pas vers le vide, mais plutôt vers des terrains difficiles mais connus, vers des opinions dominantes, des pratiques routinières, en bref vers leur propre histoire, leurs propres culture et psychologie, dit autrement vers les composants essentiels de leur identité sociale et politique. »

Le repli sur soi -si l’on veut bien admettre que l’on est actuellement dans cette tendance- ne consiste pas en la construction d’ une entreprise en propriété collective, mais en un processus mercantile bassement lucratif. Les gens recherchent-ils des solutions dans le modèle socialiste en construction, ou dans le cadre de la logique du marché avec l’exemple de la rente pétrolière dans la mire? Comme prévu, le plus grand nombre de communes ont opté pour un repli du 2e type. En particulier dans les villes, beaucoup plus exposées à la culture capitaliste, à la logique spéculative, au consumérisme et à l’individualisme. Mais certains autres n’ont pas opéré de repli : elles ont opté pour une des organisations élaborées tout au long des années de processus chaviste.

Comprendre ces étapes est la clé pour analyser le processus communal, et donner des perspectives aux forces populaires. Rien ne nait du vide.

***

Une autocritique : nous n’avons pas su jusqu’à maintenant imposer le thème des communes dans les discussions. On ne débat pas de ce thème, il ne figure pas à l’agenda militant ni de l’opinion publique. On peut en rejeter la faute sur la position gouvernementale qui l’a effacé du discours pour ne se concentrer que sur les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs). Il n’y a pas de hasard, et rien n’est innocent en politique. Il est cependant malhonnête d’accuser les autres sans assumer ses propres lacunes. Pourquoi n’avons-nous pas « communalisé » le débat ? Le mouvement populaire ne s’est-il pas attelé à la tâche de construction des communes, et n’a-t-il pas parié sur le moyen terme en le faisant ? Il semble qu’à Caracas ce ne soit pas le cas ; avant tout il serait bon de définir ce qu’est le mouvement populaire.

Il existe 44 communes enregistrées dans la municipalité Libertador. Il est difficile de savoir à quel niveau en est la participation citoyenne et quelle est leur capacité productive. Ce dernier point est fondamental et le constat sans appel : une commune qui ne produit pas est difficilement viable à terme. Elle doit pouvoir générer du travail et un excédent de ressources . C’est dans les zones rurales que cela apparaît avec le plus d’évidence car il y a des besoins en engrais, semences, camions, routes, centres de stockage, points de vente. Dans ces territoires le développement communal de la force productive est une réalité.

Dans les villes le panorama est plus complexe. Déjà à cause des contraintes liées à l’espace physique dans lequel doit opérer une entreprise de propriété sociale, ensuite en raisons des objectifs à définir. Il s’agit de bâtir une production sociale dans un contexte d’économie de guerre : boulangerie, textile, café, tourisme, marché, collecte des déchets ? Les débats institutionnels – « il manque tellement de projets pour l’avenir »- se résument en urgences improvisées et au final en impuissance. Il nous faut des avancées, des victoires quotidiennes qui dessinent une stratégie.

C’est difficile et il ne peut pas en être autrement. En particulier quand le processus communal se trouve confronté à un activité économique en récession d’abord, à une intensification de la politique clientéliste via les CLAP -Maduro lui-même dénonce ce travers- ensuite, et enfin à l’entrisme de militants de droite. Ce dernier aspect était prévisible. Le premier est plus complexe car il résulte de la tension interne au chavisme : « tout le pouvoir aux CLAPs » est un en soi déni du processus communal. Il en irait autrement si le PSUV pariait sur la pouvoir des communes plutôt que de les voir telle une menace à endiguer. Il aurait, à travers elles, la possibilité de récupérer la légitimité perdue, de construire des leadeurships authentiques et de recomposer les forces populaires. Je parle depuis la réalité des territoires communaux dans lesquels nous militons, depuis celle que je connais à travers le pays ou grâce aux informations qui me parviennent des autres communes.

***

Une hypothèse très probable est à examiner : si le chavisme perd le pouvoir politique, à partir de quoi se fera la résistance? En tout cas, pas à partir des CLAPs, ni des ministères, ni des vice-présidences diverses, ni à partir de l’appareil logistique visant à mobiliser les gens. Il est encore temps d’accumuler de l’expérience et des victoires, et dans le domaine d’une transition au socialisme, et dans celui de l’affrontement avec un gouvernement de droite qui appliquerait frontalement des ajustements néolibéraux et une politique de répression sélective et/ou massive. Les communes portent en elle la réponse à ces 2 options.

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Lors de la construction des communes, on constate une bonne participation aux divers ateliers de travail. Malgré les reflux et désillusions, le citoyen du quartier est malgré tout bien disposé et contribue à la bonne dynamique du projet communal. Mais il est orphelin : si on met de côté l’exécution des mots d’ordre et les manifestations organisées, qu’est-ce que le chavisme a à lui proposer d’autre ? Un constat : on ne peut pas faire de la politique en dehors de la demande essentielle, celle qui réunit des centaines de personnes en quelques minutes à peine : la nourriture. Pour cela il existe les CLAP. C’est un des points cruciaux, et il faut y répondre, même s’il est compliqué de présenter un panier de victuailles comme une victoire politique, si tant est que c’en est une…

Les communes sont capables de garantir les marchés hebdomadaires de fruits, légumes, viandes et poissons. C’est vrai dans plusieurs régions du pays, et même à Caracas. C’est une réponse concrète à un besoin réel. Mais est-ce seulement la nourriture qui manque ? Est-ce que tout se résume finalement à ça ? Que demande la jeunesse dans nos territoires ? Il y a par exemple des demandes de formation politique, d’instruments concrets pour lutter au niveau des communes, des moyens de communication…

Il y a encore des possibilités de consolider ou créer de nouvelles communes. C’est encore le moment pour mobiliser des bras, les intelligences et les volontés sur cette tâche stratégique. C’est semble-t-il le lieu où doit se construire le rapport de forces au sein du chavisme, où l’engagement socialiste doit être la raison d’être du processus, où on doit tout miser sur la recomposition d’une éthique ; bref c’est le lieu où il y a encore des réseaux qui résistent au processus destructeur des liens de solidarité populaire généré par la guerre. Le citoyen de la commune veut aller plus loin. C’est quelque chose de palpable, et pas seulement dans la région des Llanos, de Lara ou de Portuguesa. Nous sommes face au défi de redonner du sens à la révolution, de réenclencher le processus qui a mis en avant le projet de société le plus avancé de ce siècle. Nous sommes obligés de gagner : dans l’hypothèse d’un retour au pouvoir de la droite, la cure d’opposition du chavisme ne lui permettra pas de résoudre ses contradictions, comme on a pu l’entendre. La politique n’est pas un jeu d’échecs car l’ennemi ne pardonne jamais.

Est-ce qu’investir le meilleur de nous-mêmes dans le processus communal permettra de redresser le cours actuel des choses ? Peut-être pas. Mais une chose est certaine : ne pas le faire ôte toute possibilité de victoire dans le présent et à l’avenir.

@Marco_Teruggi

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/04/01/las-comunas-todavia-tienen-futuro/

Traduction : Jean-Claude Soubiès

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Les communes existent-elles ? par Marco Teruggi

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On ne parle plus guère des communes aujourd’hui au Venezuela. Il est vraiment exceptionnel que le thème soit traité dans une information, un reportage, une analyse ou un débat des medias publics. C’est comme si elles n’existaient pas, sauf en conclusion  des discours du président Maduro quand il énumère tous les secteurs de la société.

Cette absence peut s’expliquer par une actualité toujours brûlante qui ne laisse pas beaucoup de place au moyen terme. Ces jours-ci par exemple, un des débats a lieu autour de la rénovation des partis politiques, avec une question sous-jacente: quand se dérouleront les élections de gouverneurs et de maires? Le thème monopolise les titres, les déclarations, les échanges et on ne sait trop quand cela va finir. L’autre point chaud c’est l’attaque virulente des Etats-Unis contre le vice-président de la République, Tarek El Aissami, accusé d’être impliqué dans le narcotrafic et le terrorisme -coktail du mal par excellence-. Dans un tel contexte, quelle place pour les communes?

L’urgence prime sur tout le reste. Le problème est que ce reste-là c’est précisément le projet stratégique de société développé par Hugo Chavez. Les communes devraient être présentées comme les porte-drapeaux des succès du processus révolutionnaire, comme des espaces dans lesquels le socialisme cherche son chemin, comme des expériences productives réussies en ces temps où il faudrait montrer que oui on produit: elles ne le sont pas! Le thème des communes ne nourrit aucun débat dans l’opinion publique.

Les communes existent-elles? Oui. Il y en a plus de 1700.

***

On dit d’elles qu’elles sont fictives, qu’elles n’existent que sur le papier. S’il y a manifestement là de la  dévalorisation, voire de la négation, c’est davantage à cause d’une méconnaissance du phénomène. Comme pour tout processus d’organisation populaire, les communes ont des niveaux, des rythmes de développement, des relations à l’Etat et des degrés d’adhésion populaire différents. Certaines ne sont qu’à l’état d’ébauche et sont très loin d’une expérience d’autogestion avancée? Sans aucun doute. Combien y en a-t-il ainsi? Difficile de le savoir…

Il est plus intéressant de faire l’exercice à l’envers. Et au lieu de chercher celles qui ne sont pas ce qu’elles devraient être, il faut aller là où le processus est en pointe. Prenons le cas de la province Portuguesa, le grenier du Venezuela. Partons de chiffres: pour que la totalité de son territoire  -soit 15 200km2-   soit entièrement quadrillé par des communes il en faudrait 130; or il y en a actuellement 110! De ces 110, 64 disposent des structures autogestionnaires dûment constituées: parlement, banque, instance de contrôle, organisme exécutif. Le reste est en cours de constitution.

En même temps, 70 d’entre elles se sont regroupées au sein du Bloc Provincial de Communes, instance régionale du Conseil Présidentiel du Gouvernement Populaire pour les Communes; cet organisme a été créé pour formaliser le co-gouvernement entre la présidence de la République et les conseils communaux. S’il est vrai que durant l’année 2016 et depuis le début de cette année ce Conseil n’a jamais été convoqué par le Président, sa dynamique est réelle, particulièrement dans les provinces. C’est là que se situe le saut qualitatif du processus communal.

Une commune ne fait pas le socialisme, mille non plus… Comment seulement le construire? En tout cas un regroupement communal à des fins de gouvernement communal c’est déjà une avancée. A fortiori si plusieurs provinces sont impliquées. Là commence à se concrétiser un pouvoir territorial, à des fins productives, capable d’automie si nécessaire. Mais une autonomie pour quoi faire? Par exemple, pour peser, à partir du chavisme, face à l’absence de réponses politiques aux revendications; pour imposer au sein du chavisme même le débat, grâce à la légitimité que confère le pouvoir des masses.

Et c’est bien ce qu’a fait dernièrement le Bloc des Communes de Portuguesa: une mobilisation massive à Caracas pour exiger des réponses au Ministre du Pouvoir Populaire pour les Communes. A cette occasion, tout a été mis à profit pour rassembler et transporter les gens: des bus, les remorques de camions communaux. Ce n’est pas un mince détail: dans un processus politique où les initiatives populaires dépendaient du financement de l’Etat, la capacité autonome de mobilisation est un signe de force populaire.

A force de patience et de détermination ils ont pu se réunir avec le Ministre et mettre en chantier un certain nombre d’accords.

Mais à ce jour, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances.

***

Nous nous sommes rendus dans la province de Portuguesa, les jours suivant la mobilisation. Nous avons filmé, montré les cultures, les entreprises de propriété sociale, les idées, les débats et les conclusions politiques qui ont émergé. Nous avons pénétré à l’intérieur du llano  -à l’horizon déchiré par le soleil-, gravi les montagnes  -aux forêts de fleurs oranges-  pour nous asseoir et écouter. La conclusion est la même: les avancées politiques sont bien tangibles en territoire communal, et plus particulièrement dans les zones rurales.

« -Le peuple est sage et patient. Il résiste. Mais actuellement il y a une réelle d’indignation devant l’absence de réponse; nous voulons passer à une autre niveau, regrouper les forces pour être entendus », nous dit Nelly Rodriguez, porte-parole du Bloc et militante du courant révolutionnaire Bolivar y Zamora.

Le diagnostic est largement posé. La patience face à une bureaucratie impénétrable  -spécialement dans les régions-  a atteint ses limites. Comment transformer cet état de fait en moyens de pression dans ce contexte politique? C’est le débat en cours dans les 70 communes de Portuguesa qui ont invité les autres blocs provinciaux à rechercher les moyens de se faire entendre et respecter. Faut-il passer à autre chose? Depuis le début de l’année il y a eu un processus de récupération de terres de la Commune Negro Miguel, dans la province du Yaracuy, un autre a eu lieu à Sur de Lago, dans la province de Barinas; une autre mobilisation communale enfin s’est déroulée dans la province de Guarico. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais plusieurs luttes montrent que quelque chose a commencé à changer qui peut aller plus avant… ou s’éteindre par manque de coordination, de vision et de conditions politiques partagées.

Il n’est bien sûr pas question d’idéaliser le dispositif communal. Il n’y a pas de sujet politique pur, non-entaché d’erreurs ou sans limite. Les communes représentent un  processus typiquement vénézuélien et plus particulièrement chaviste: elles ont leur lot de qualités et de défauts inhérents au projet révolutionaire. Avec leurs errances et leurs impasses, elles dessinent le pays à venir, nourrissent une force éthique quand cette dernière même est en crise, enracinent la résistance dans les territoires dans l’hypothèses d’une perte du pouvoir central. Alors pourquoi ne parle-t-on pas des communes? N’est-ce vraiment pas le moment propice d’en parler, d’y penser, de s’y impliquer?

Il n’y a aucun doute à avoir sur l’importance de sujets comme les élections à venir, la rénovation des partis politiques, les prix internationaux du pétrole, les changements de gouvernement, les accords avec la Chine, les attaques des Etats-Unis, ou encore les querelles entre dirigeants de droite. Le problème est que, en laissant trop de côté une problématique, on en arrive à oublier qu’elle existe. Pour éviter cette impasse, il convient de faire émerger et d’entretenir un débat. Il ne s’agit pas de se plaindre, mais plutôt de trouver le moyen de briser le silence.

 

Marco Teruggi, depuis Caracas.

@Marco_Teruggi

Source : https://hastaelnocau.wordpress.com/2017/02/18/existen-las-comunas/

Traduction : Jean-Claude Soubiès

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Comment raconter une révolution ?

  1. A 5 h.30 du matin la flaque de sang de la vache est d’un rouge phosphorescent. Illuminée par les phares du camion des communards : six d’entre eux tranchent, dépècent, ouvrent l’animal dont la peau se décolle, la tête inerte, la gueule levée vers la nuit épaisse. Une heure de lutte pour transformer 400 kilos en côtes, en steaks, en tripes. Transpiration, mains pleines de sang et de graisse, morceaux qui pendent aux crochets, lever de soleil, survol de vautours, la plaine avec ses arbres, la traite, la vie qui recommence. Nous filmons, nous photographions, nous cherchons des plans, des lumières, des voix, des phrases, des odeurs.

Cette vache morte, cette femme de la commune qui la découpe en kilos, ce ciel haut, c’est la révolution.vaca_muerta-_marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Nous faisons des reportages, des chroniques, des interviews, des analyses, des essais, nous tentons d’absorber le maximum de ce qui nous entoure. Trop de réalité et pas assez de temps. Cette fois, c’est l’état d’Apure, municipalité de Biruaca, dans les communes déjà connues de Colonias del Viento et de La Revolución en Progreso, où nous accompagne le mouvement paysan Bolívar et Zamora. Nous attend Nilson, référent communard et pasteur évangéliste. C’est une zone où abonde la présence religieuse, temples, églises, dimanche de haut-parleurs pour la parole de Dieu, et un chavisme aux reins solides. Chavisme humble, aux pieds nus, de plantations de jojoto (maïs tendre), sacs pleins de kilos sur les épaules, tables ouvertes aux hôtes de passage, terre, vent, pluie, sécheresses. Ici Chávez est vivant – et le Bon Dieu aussi, semble-t-il.

Nous allons passer ici une fin de semaine. Je me demande comment raconter de nouveau ce que j’ai déjà raconté et qu’il est indispensable de montrer une fois de plus. Posons la simple question à un passant : que savez-vous des communes ? La réponse, sauf dans des zones à forte présence communarde, sera quasi toujours un lever de sourcils et un « je ne sais pas ». La majeure partie du pays ignore la réalité du projet stratégique de la commune, proposé par  Hugo Chávez. Ce devrait être un motif suffisant pour tourner massivement nos crayons, claviers et caméras dans cette direction.

Qui sont ceux qui racontent la révolution ? Que montrerons-nous à nos enfants de cette époque passionnante ?comunas_apure-_marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Les activités sont les habituelles dans les communes rurales : semailles, productions, ventes au prix juste, assemblées, rapport, projets de semences, maux de têtes avec l’entreprise publique Agropatria – douleurs et combats -, parcelles productives, auto-construction de logements, routes, formation d’un sujet collectif qui gouverne son territoire. Tout est important : la production pour rompre le mythe du pays improductif, le marché communal pour défaire la matrice médiatique de la crise humanitaire, l’autogouvernement pour expliquer le pouvoir communal. Je pourrais ajouter les équipes de protection bolivariennes, les galettes de maïs maison, les Conseils Locaux d’Approvisionnement et de Production, etc… Toute la question est : comment le raconter ?

La majeure partie des gens lisent – quand ils le font – des textes courts, au Venezuela plus qu’en Argentine. Je ne peux pas écrire quelque chose de trop long pour les réseaux sociaux. La chronique, dit-on, traite de ce qu’ignore le pouvoir constitué – toute chronique est politique et, d’habitude, relativement longue. Entre mon désir et les lecteurs il y a une distance, toujours tendue : si le texte est trop long il y a un risque de décrochage mais je ne peux renoncer en même temps à lui donner le contenu que je crois nécessaire. Comment parvenir à ce que le lecteur – avec son quotidien accéléré, 2.0, privé de temps, arrive au bout ? C’est tout l’art en soi. C’est la même chose avec les vidéos : entre 40 secondes et 2 minutes. Plus, c’est trop. Comment intituler, ouvrir sur des images qui n’annoncent pas qu’elles vont montrer quelque chose de lent, au format documentaire ? Est-ce mieux avec des voix en off, style playground avec rien que des lettres, avec des plans fixes et des communards racontant leur réalité? Si vous, le lecteur, êtes arrivé jusqu’ici, je tiens le bon cap. Sinon je devrais me demander à quel moment le récit s’est affaibli.

Il y a une erreur qui ne peut se produire : l’ennui – le prédictible par exemple est ennuyeux.

C’est facile à dire, dans les faits c’est très difficile.produccion_comunas-marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Au Venezuela l’idée du journalisme telle qu’on l’enseigne dans les universités a été pulvérisée – il n‘en reste rien. Personne ne peut feindre de se situer au-dessus du partage des eaux : révolution et contre-révolution. Avec toute la palette des nuances possibles, mais sans échappatoire. Comme l’a écrit José Roberto Duque : ce qu’il y a est propagande, d’un côté comme de l’autre. Avec une machine internationale de mass media qui n’hésite pas à mentir systématiquement -mentir totalement, même pas repeindre la réalité.

En soi la propagande n’est ni bonne ni mauvaise. C’est la qualité qui importe. La nôtre, je veux dire celle que produit le gouvernement, n’est pas bonne depuis longtemps. C’est là le problème. Prédictible, répétitive, uniforme, éloignée d’une langue de la rue qui a changé.

On peut faire de la propagande sans la langue de la propagande – en cela la droite est experte. La solution se donne dans chaque texte : l’écriture à venir doit être construite dans les faits, non dans les effets d’annonce. Je crois qu’entre autres choses, elle doit réussir à traduire des idées, des concepts, des théories, des débats critiques, dans des langages attirants, qui accrochent, qui soient comme des coups à la mâchoire pour reprendre le mot de Roberto Arlt. C’est la rupture avec la reproduction qui possède une force d’entraînement : briser les langages académiques, traditionnels, de gauche, identiques à eux-mêmes.

Inventer pour convaincre.

J’ignore, par exemple, si ce texte, y parvient.periodismo_comunas-marco_teruggi-jpg_825434843

  1. Citadins dans la campagne : nous apprenons comme des enfants. Comment on tue une vache, comment on sème du riz, comment on récolte des haricots, comment on trait à l’aube, comment on fait des crêpes de maïs à l’aube ou des radeaux pour traverser les fleuves. Et nous dans tout ça, qui conversons, qui dormons dans l’Entreprise de Propriété Sociale, nous qui pensons « comment raconter ce que nous voyons ? », cela est aussi la révolution.

Au bout de deux jours nous rentrons à Caracas. Les mémoires des caméras remplies, les carnets aussi. Dans la commune on nous demande un matériel à usage interne. Ce sera une vidéo de plus, indispensable. Le retour se fait de nuit, par les états d’Apure, de Guárico, d’Aragua jusqu’à la capitale, dans la solitude du ciel dégagé vers où la vache inerte dressait sa gueule, dans l’aube de la commune. Nous voyons les photos, nous conversons sur comment traiter tant d’information, l’immensité de la plaine, être avec des hommes et des femmes qui ont l’Histoire sur le bout de la langue, et la certitude de résister face à tout ce qui peut arriver. Tout.

Heure d’écrire. Comme chaque fois je devrai me mesurer avec le texte.

Et je répondrai une fois de plus à la question qui revient toujours : comment raconter une révolution ?periodismo_comunas_2-marco_teruggi-jpg_825434843

Texte : Marco Teruggi

Source : http://www.telesurtv.net/opinion/Como-se-cuenta-una-revolucion-20160928-0031.html

Traduction : Thierry Deronne

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« Le noir manqué » : diplômée à  85 ans et future archéologue

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Le noir manqué” nous attend à l’ombre d’un arbre de l’arrière-cour, dans sa maison du village de Caujarao, État de Falcón. La première chose qu’elle me dit c’est qu’en m’asseyant en position de papillon j’accoucherai sans douleur. Puis l’envie de se répandre en histoires illumine son visage. C’est là, au milieu des vibrations des couleuvres, des iguanes et des grands perroquets qui nous entourent, qu’elle commence. « J’étais très coureuse de garçons. Tout le temps dans la rivière à jouer avec eux. C’est pour ça qu’on m’appelle « le noir manqué ». Un de ces gars est tombé amoureux de moi, c’est le vieux avec qui je vis. J’avais quinze ans. A dix-sept ans je suis tombée enceinte pour la première fois, et à partir de là j’ai fait un enfant tous les deux ans. Quand nous sommes arrivés au onzième, j’ai décidé de me marier parce que je m’étais dit « tant que je ne le connais pas suffisamment je ne me marie pas avec lui », et c’est après notre petit onzième que je l’ai connu », lance-t-elle avec un rire épais et savoureux.

Amelia et son époux, qu’elle a “connu” après avoir eu 11 enfants de lui.

Amelia et son époux, qu’elle a “connu” après avoir eu 11 enfants de lui.

Un des fils d’Amelia, avec son père.

Un des fils d’Amelia, avec son père.

Amelia Agüero a quatre-vingt-cinq ans. L’écouter c’est monter sur un trapèze pour sauter d’histoire en histoire, elle vous parle d’Histoire, de psychologie, de théologie et même des murmures du vent de Coro. Ce n’est qu’à onze ans qu’elle s’est mise à étudier “formellement”.

Fillette, elle réussit à achever la sixième primaire. Mais il lui fallut travailler aussitôt. Chez sa mère elle achetait du fil pour coudre les pièces des sandales de cuir, avec quoi elle achetait du tissu pour faire des vêtements. Elle a fait des confiseries, des conserves, des gâteaux de maïs de toutes sortes – du pan de horno aux pipiritos, des meringues. Et quand elle a eu ses enfants les travaux sont devenus plus épineux : casser des pierres dans la rivière, couper du bois, laver à la main, porter l’eau sur la tête, moudre à force de poignet, tout ce qui lui fut possible pour que les enfants aient les mêmes chances. Il en fut ainsi pendant plusieurs années : « élever les enfants, couvrir les labeurs domestiques, travailler. Jusqu’au jour où, il y a dix ans, je me suis dit “maintenant mon heure est venue, et j’ai dit à mon vieux, je vais à l’école, je vais apprendre. »

Ma motivation

« Tu sais d’où vient le nom Caujarao? C’était le nom du père du cacique  indigène Manaure, grand-père de Jadacaquiva. Comment je le sais ? Mes parents me l’ont raconté, ils le savaient par mes aïeux. C’est pour toutes ces histoires que j’ai eu envie d’étudier mais à ce moment-là c’était impossible. Qu’est-ce qui m’a motivée à le faire après tant d’années ? Chávez. C’est lui qui m’a donné l’inspiration quand j’ai vu que naissait un Venezuela nouveau. Il nous dévoilait la vraie histoire du pays dans ses discours. De mes quelques et lointaine années d’école primaire, je me souviens qu’on nous disait que Christophe Colomb était venu nous découvrir. Quoi ? Nous nous étions déjà découverts, par nous-mêmes, mais cela on ne nous le disait pas. C’est adulte, en écoutant Chávez, que je me suis rendu compte de tout ça. C’est à présent que j’ai découvert l’Histoire, la vraie. »

Elle avait plus de soixante-dix ans quand elle a commencé à étudier dans la Mission  Robinson, le programme social d’alphabétisation mis en place sous le gouvernement du président Chávez. Bien qu’elle eût déjà réussi sa sixième primaire elle décida de commencer à zéro. D’abord par le niveau 1, appelé “Moi oui je peux”, ensuite la “Bataille pour la sixième”, et finalement, les “Cercles de lecture”. « Je ne pouvais pas m’arrêter. Je me suis inscrite immédiatement dans la Mission Ribas, j’ai passé mon bac. Puis j’ai continué avec la Mission Sucre, pour obtenir mon diplôme de Technicien Supérieur Universitaire en audiovisuel. Et ce titre, le premier de ma vie, je l’ai obtenu seule, j’ai fait ma thèse toute seule parce que mes compagnons d’étude pensaient que comme j’étais vieille je serais un poids pour eux, mais non, pas du tout. Une de mes petites filles m’aidait à faire les diapositives et m’interrogeait : « Vous savez faire tout ça ?’ Moi je lui répondais “bien sûr que je sais le faire parce que tout cela je l’ai étudié. »

Pour sa licence elle a entrepris une thèse collective. « Je suis entrée dans un groupe de jeunes. Ma fille m‘a conseillée. Au début nous étions trente, à la fin nous étions trois. »

Elle est tellement appliquée que cela fait quarante-huit ans qu’elle donne des cours de catéchisme dans l’école de son village. Au point d’être la seule personne autorisée à dire la messe : le peu de temps qui lui restait, elle le consacrait à l’église et dans les années quatre-vingt, en voyant sa détermination, le curé l’a poussée vers des études religieuses. « Je n’avais même pas mon bac mais comme ce qui m’intéressait était de bien faire les choses, je fus constante et on m’a même donné une bourse. »

Elle respire. Elle regarde la cour comme si elle reconnaissait une autre époque: « Nous avons toujours eu la conscience claire. Je vais te raconter. Je nourrissais les guérilleros. Un chemin passait par cette maison, qu’ils empruntaient pour aller dans la montagne. A cette époque il y avait un garçon dot nous avons fait un neveu adoptif, on l’appelait Gallinazo, il passait par ici et me demandait de l’eau, et on lui gardait les galettes de maïs. Je lui préparais des caisses de nourriture, des boîtes de conserve, tout ce que je pouvais, pour les aider. Même le chien qu’on avait chez nous, ils l’ont pris. Je les ai récriminés et ils m’ont dit que ce chien les a sauvés : « il se battait avec nous ». C’est pour cela que je me sens une guérilléra de plus, parce que je les ai aidés et que j’ai gardé le secret. Je ne sais pas, je dois avoir ça dans le sang parce que mon arrière-grand-père, le père de ma grand-mère, Sandalio Navas, était lui aussi guérillero, il s’est battu à l’époque de Maisanta ». Ce qui semblait une digression se mue en conférence sur l’Histoire du Venezuela.

Pourquoi une licence à quatre-vingt-cinq ans ?

« Je n’ai pas acquis ces diplômes pour travailler ou pour entrer dans la concurrence du marché du travail. Je les ai voulus parce que j‘ai voulu sortir de l’ignorance. Je suis sûre qu’avec ces connaissances je peux aider à celui qui en a besoin. » Et il en est ainsi. Elle a filmé sa montagne pendant plus de cent heures jusqu’au tournant qui borne le village, des plans d’ensemble qui racontent l’histoire de sa communauté et qui dénoncent, il faut le dire, la destruction des collines aux mains de ceux qui improvisent des maisons sans le moindre contrôle. « Alors, pourquoi étudier ? Pour ne pas oublier l’origine, parce qu’un peuple sans Histoire n’est rien. Et pour avoir plus d’outils au moment de nous organiser, pour dénoncer ce genre de choses car l’étude confinée à une salle de cours ne garantit rien, nous devons aussi assumer note rôle comme membres de la commune, et qu’est-ce qu’être communard ? Tout simplement s’unir, se rassembler pour défendre et lutter et protéger sa communauté. Si nous croyons et avons confiance dans cette forme d’unité, tout s’arrange. »

Elle n’avait pas de lieu pour faire les travaux pour l’université. Un jour le président Chávez est allé à Coro, Amelia s’est préparée et a quitté sa maison un papier à la main qu’au milieu d’un fleuve de gens elle lui a tendu. “Il m’a vue et il a dit “dites-lui de venir”. Il a emporté le feuillet. En un mois le vœu a été exaucé. Amelia et son époux sont entrés dans la Mission En Amor Mayor, le programme social destiné aux personnes du troisième âge qui n’ont pas de pension. « Avec cet argent je me suis acheté un ordinateur pour faire mes travaux. Personne ne m‘a appris à l’utiliser, j’ai appris toute seule. »

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Montrant avec fierté quelques photos de son processus.

Montrant avec fierté quelques photos de son processus.

Ce ne fut pas son seul contact avec Chavez. Quand il a été emprisonné à Yare, après sa rébellion civico-militaire de 1992, un fils d’Amelia et d’autres compagnons de classe lui ont envoyé une lettre demandant qu’il soit le parrain de leur promotion. « Nous n‘espérions rien, ce n‘était que notre manière de lui dire notre admiration et l’envie qu’il nous accompagne, mais Chávez a répondu, il a dit que oui. Imaginez l’émotion ! Nous avons pris la lettre, nous l’avons reproduite et distribuée dans toute l’université » racontent les filles d’Amelia. Personne n’osait croire qu’il irait les voir mais après sa libération et peu avant de lancer la campagne présidentielle, Chávez est apparu à Coro. « Nous avons dîné avec lui à la fin du meeting, nous avons parlé, ri. Il est parti à trois heures du matin. En sortant il a vu quelques jeunes voyous debout pas loin d’où nous étions, il les a appelés, il s’est assis par terre avec eux, pour converser un moment. »

Deuxième diplôme, “nom de …” !

« Vous saviez que le premier cri de liberté sur ces terres c’est le noir José Leonardo Chirino qui l’a poussé ? Et pourquoi je vous dis cela ? Ceci était une maison de terre. Un jour est tombée une averse et mon mari s’est mis à creuser le sol pour que l’eau n’envahisse pas la chambre des enfants et soudain sous la terre il a trouvé un mort et une dague. C’étaient les restes de quelqu’un qui avait lutté pendant la Guerre Fédérale ». Elle fait chercher la dague, la range comme un trésor qui n’a pas de prix, comme si ce fragment de métal contenait toutes les chroniques de combats enterrés des années durant dans le silence d’argile.

« C’est pour tout cela, que je veux continuer à étudier les étapes de l’histoire du Venezuela, je veux commencer à étudier l’archéologie pour découvrir l’histoire cachée sous le sol. Et tout ce que je trouve je voudrais que cela fasse partie d’un futur musée archéologique. Pourquoi continuer à écrire ? Pour découvrir plus de vérité. Et en second lieu parce que nous devons être le témoignage de ceux qui viendront après nous, je me considère ainsi, témoignage vivant de cette communauté qui va entamer un chemin pour les nouvelles générations. Ce musée ne doit pas être un espace pour ranger des objets, il doit se déplacer, enquêter, générer des changements sociaux, communiquer une vision cultuelle. Si nous avons initié ce processus au Venezuela, pourquoi le laisser se perdre, merde ! Pardon pour le mot. »

Au début de ses études elle a dû essuyer les critiques faites aux missions éducatives : « Beaucoup disaient que nous n‘étudions pas, que nous n’étions pas vraiment formés, que nous étions des « étiquettes jaunes » – terme méprisant associé aux produits de mauvaise qualité. Je vous dis une chose, « étiquette jaune » c’est toute personne qui indépendamment de son lieu d’études, n’enquête pas, n’a pas d’éthique. Je vous recommande d’avoir une éthique, d’être authentique, de ne pas laisser dévier votre route par des intérêts égoïstes et surtout, enquêter, faire des recherches, si vous n’enquêtez pas à fond, vous êtes fichu. »

Elle a reçu l’Ordre Santa Ana de Coro en première classe pour son destin  exemplaire. Quand on lui a passé la bandoulière elle a crié « Vive Chávez, nom de.. ! »

« Mon mot d’ordre c’est insister, résister et ne jamais désister. Dans la persévérance réside le triomphe. Vous voyez, on se moquait de moi parce que j’étais vieille, “un vieux perroquet n‘apprend pas à parler » me disait-on. Ma réponse est : si, on peut apprendre, regardez-moi. »

Elle a trente petit-fils et trois arrière-petits-fils et affirme que tant qu’elle vivra elle sera plongée dans les livres, parce qu’elle adore lire, qu’elle se sent heureuse avec un livre dans les mains, renouvelant, apprenant des choses nouvelles : « je me sens comme une adolescente ».

Pour étudier il n‘y a pas d’âge. C’est une de ses filles qui le dit, et qui a eu l’occasion de lui donner des cours à l’université. « Un jour elle m’a cherché querelle parce que je ne lui avais pas mis vingt sur vingt. Je l’ai traitée comme une autre étudiante, je lui ai expliqué en quoi elle avait commis une erreur, elle a compris et m’a remerciée. » Amelia répond « Ma fille a eu une éthique. Je suis fière: je l’ai bien éduquée. »

A son âge,  Amelia, celle qui a élevé le technicien en chimie, le topographe et le dessinateur, le technicien en électricité, l’enseignante de français et d’anglais, le technicien agricole, le technicien mécanicien, le mécanicien industriel et celui de machines lourdes, la licenciée en prévention de désastres naturels et deux bacheliers de plus, a reçu son diplôme de communication sociale.

« Qu’il n‘y ait pas de doute, toute cette expérience de vie n‘aurait pas été possible sans le pari du président Chávez de nous alphabétiser, lui-même a toujours étudié, y compris quand il était prisonnier à Yare, cet homme avait une bibliothèque dans la tête. Et à celui qui par peur ou par préjugés n’a pas voulu continuer à se former, je dis qu’étudier est une source très puissante pour nous défendre, pour défendre nos pensées, notre souveraineté, pour découvrir des vérités cachées, pour discerner les supposées vérités qui en fait ont toujours été des mensonges. »

Amelia avec une petite partie de sa famille.

Amelia avec une petite partie de sa famille.

 

Texte : Katherine Castrillo / Contact : @ktikok

Photographies : Sahili Franco / Contact : @slashysah

Source : La Cultura Nuestra, http://laculturanuestra.com/loro-viejo-no-aprende-a-hablar-el-negro-chato-licenciada-a-los-85-anos/

Traduction : Thierry Deronne

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Commune El Tambor : le rêve ne meurt pas

img_20150217_092249Poèmes, chansons, thèses, chroniques, arts plastiques : beaucoup de témoignages ont été produits sur la Commune de La Azulita, la beauté de ses paysages et de ses gens. Sans atteindre la même ampleur, beaucoup de documentaires et de chroniques ont évoqué le développement productif et le bilan organisationnel de la Commune de El Tambor. Mais rare sont ceux qui  expriment la force d’El Tambor; hé oui, vous lisez bien, il y a une force occulte à El Tambor, somme d’éléments naturels, magiques, symboliques, agricoles et politiques.

Au bout de notre route nous attend l’arbre Tambor, gardien végétal couronné de fleurs dont le  jaune contraste avec l’obscur du feuillage, ce qui lui donne un attrait particulier au sein de la flore locale.

La commune se compose d’environ 500 familles, soit un peu moins de 4000 habitants ; elle abrite l’entreprise  de torréfaction, siège de l’Entreprise en Propriété Sociale Directe (EPSD) « Cœur du café », qui fédère huit producteurs de café. Leur production organique provient de 3 hameaux voisins. Cette initiative née pendant la révolution à 5 ans d’âge et elle a bénéficié de l’aide du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Rien qu’en 2015 pas moins de 8 tonnes de café qui ont été empaquetées et distribuées.

Actuellement les associés ont décidé de faire une pause dans la production après avoir analysé de façon détaillée les logiques de marché qui obèrent les possibilités de construire un système économique communal.  Julio Mota et Shirley Guerra, habitants de la commune et porte-paroles de l’entreprise, m’expliquent que les conditions de la culture du café ont changé au fil du temps ; l’élevage extensif et les monocultures de cycle court, en particulier la culture de la pomme de terre, des carottes et de l’ail ont pris des extensions considérables de terrain, faisant reculer les pratiques ancestrales de culture du café.

L’aspect le plus terrible en sont la pollution des principales sources d’eau de la municipalité d’Andrés Bello par suite de l’usage abusif de produits agro-toxiques et chimiques pour nettoyer les étables, et la présence dans ces sources vitales de résidus fécaux générés par les troupeaux de bovins.

A quoi s’ajoute le fait que la culture du café a perdu son caractère culturel d’entreprise de famille : avant, chaque membre participait solidairement au processus productif.

« Aujourd’hui nous n’avons pas de génération de relève qui prenne à bras-le-corps la problématique du café, et plus généralement, la problématique de la terre. Les jeunes veulent travailler comme chauffeurs de moto-taxis, vendre des disques piratés, que sais-je, tout sauf s’investir dans le travail du café. D’où notre projet dont l’objectif principal étaient la réhabilitation de cette culture et l’attraction d’une main d’œuvre jeune, en l’associant à de nouveaux processus technologiques » me dit Julio, alors que nous partageons le déjeuner dans l’entreprise de torréfaction.

Julio Mota, le lutin des champs de café

Julio Mota, le lutin des champs de café

L’entreprise a mis en production près de 4000 hectares mais les distorsions de l’économie de marché brident ce potentiel en modifiant profondément la réalité et les besoins de la paysannerie. Des producteurs qui dans de nombreux cas ont bénéficié des divers programmes de l’Etat sur le plan agricole finissent par écouler leur production sur base de la logique mafieuse des marchés de gros, ce qui entraîne une augmentation conséquente du prix au consommateur ; alors qu’en réalité produire et distribuer le café peuvent épouser une logique différente, celle d’un prix juste et solidaire.

C’est ce qu’expliquent ces compagnons, qui ont réalisé un travail méticuleux, méthodique, et vraiment passionnant pour produire du café en zones ombragées. L’ombre offre une option plus soutenable, en équilibre avec l’environnement et plus proche des postulats de l’agroécologie. En fin de compte il s’agit de réhabiliter des formes ancestrales de culture.

D’où leurs réflexions sur les adaptations nécessaires pour assurer une production de café pérenne. Sans bien sûr que cela ne se fasse au détriment de la production générale d’aliments dans la commune, nécessaire à l’autosuffisance.

Il s’agit aussi des décisions éthiques et politiques liées à  la construction du pouvoir, de l’autogestion et de l’auto-gouvernement.

Ironie de l’Histoire ! Le café le plus cher du monde provient des excréments d’éléphant, vieille bataille entre Capital et conscience….14139042_10153584429432574_1940944035_o

Paysage et histoire.

L’histoire raconte que ces mêmes sentiers que nous parcourons parmi les caféiers furent un temps le Chemin Royal par lequel on transportait le café vers le Port de Gibraltar (sud du Lac de Maracaibo, État du Zulia). D’où l’idée qui a germé chez les associés de l’entreprise de torréfaction d’une route touristique du café qui permettrait, tout en visitant la plantation, de comprendre le processus de culture du café, de sa récolte et de sa distribution.

La route du café

La route du café

Ces paysages d’une beauté unique abritent le haut-plateau d’El Tambor ; le sommet du même nom culmine à 3047 mètres sur le niveau de la mer. La toponymie résulte de cette circonstance géographique. Ce n’est pas tout : sur ce plateau on trouve la pierre sacrée El Tambor à laquelle on attribue des pouvoirs curatifs ; cette pierre a la particularité de résonner, d’où la comparaison avec un tambour.

La montagne, la pierre, le haut-plateau et l’arbre ont construit un imaginaire naturel, magique, symbolique et  historique qui alimente un héritage culturel marqué du sceau de la résistance et de l’insurrection. Même si aujourd’hui la participation aux activités de la commune a diminué (comme dans d’autres espaces militants au niveau national) en raison de la situation complexe que nous vivons, le rêve n’est pas mort. L’expérience de ces associés est la concrétisation d’un militantisme conscient de son rôle historique, qui place le travail collectif par-dessus toute atomisation. Voilà une expérience concrète de comment se mène la bataille au quotidien. Magnifique pays en mouvement.

Texte : Xavier Rodríguez, École Populaire de Comunicación “Casa del Costurero”, Mérida.

Photos : Tatuy TV

Source : http://laculturanuestra.com/comuna-el-tambor-viaje-al-corazon-del-cafe/

Traduction : Jean-Claude Soubiès

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“Une cité communale brise toute limite établie”

17 avril 2016, Reportage de Katherine Castrillo pour Cultura Nuestra

IMG_20160330_222121-744x558Qu’est-ce qu’une cité communale ?

“C’est l’espace dans lequel nous dépassons les bornes géographiques. Ici, nous les habitants nous unifions les problèmes, les besoins, les pratiques, les forces, les identités.” Une définition de vie claire pour Alexander Molina, responsable de communication de la Commune Manuelita Sáenz. C’est sur ce chemin qu’avancent peu à peu les 14 mille habitants de la Cité Communale Florencio Ramírez.

Nous sommes dans l’État de Mérida mais en entrant dans cette cité communale nous entrons aussi dans l’état du Zulia où se trouve une des communes qui appartiennent à ce « système d’agrégation ».

Au Venezuela, ces formes d’organisation qui se répandent hors des concepts traditionnels de frontière, sont de plus en plus courants. Pour comprendre la dimension de ce qu’ont réussi ces quarante conseils communaux organisés en cinq communes réparties sur deux états, il faut revenir aux concepts de la Loi Organique des Communes (LOC) : un « système d’agrégation » est une figure qui permet à plusieurs systèmes communaux de s’articuler pour résoudre collectivement des problèmes territoriaux, politiques, économiques, sociaux, culturels, écologiques, de sécurité, et de défense de la souveraineté. Bien. Ce qui permet de fortifier leur autogouvernement, faire des plans d’investissement sur leur territoire, impulser leur système économique, effectuer des inspections citoyennes sur les plans et projets qu’exécutent les pouvoirs citoyens et pouvoirs publics. En d’autres termes leur niveau d’autonomie croît avec leur degré d’organisation.

Ces systèmes d’agrégation se développent à d’autres niveaux, à commencer par le conseil communal, puis l’articulation de plusieurs communautés avec leurs conseils communaux qui génèrent la commune. Au troisième niveau on trouve la cité communale: plusieurs communes s’organisent dans un territoire déterminé. Ici, dans la commune Florencio Ramírez, atteindre ce troisième niveau a pris trois ans.

“En 2013 nous commençâmes á nous organiser, à étudier comment nous pourrions former des communes. Les compagnons du courant révolutionnaire Bolívar y Zamora (CRBZ) nous ont beaucoup aidés. Ensuite nous sommes allés visiter tous les conseils communaux, pour les informer. Nous voulions passer à la deuxième étape, celle de la commune. Au début de 2014 nous étions déjà organisés en communes mais nous nous sommes arrêtés, nous avons lu, nous nous sommes formés avec notre école de pouvoir populaire et d’autogouvernement, et nous avons décidé de marcher vers la troisième étape, l’organisation en « cité communale” raconte  Alexander.

Pour initier leur organisation ils ont mis en commun ce dont chacun disposait pour pouvoir fortifier ce qui manquerait aux autres : “nous travaillons dans différents projets socio-productifs qui ne sont pas répétitifs, par exemple la Commune Manuelita Sáenz travaille dans un usine de traitement de la farine de banane à cuire et de manioc; la commune Simón Bolívar travaille dans la pisciculture et dans l’agriculture; la commune Juan Evangelista González dispose d’une unité d’empaquetage et de traitement de matières pour l’engrais organique; la commune Bolívar Bicentenaire travaille dans un centre de stockage de cacao; et la commune Luis Mora travaille dans la volaille et le café. Globalement, nous devons définir nos politiques de production et de travail, ce qui entraîne pas mal de difficultés, certes, mais nous le faisons toujours en débattant”.

Ismaël Reyes, parlementaire du conseil communal Delicias Altas, qui fait partie d’une des communes qui forment la cité communale, raconte qu’au début ils n’étaient qu’un groupe de voisins : “Ensuite, avec notre président Chavez, nous avons démarré les conseils communaux et petit à petit cette nouvelle politique a fait son sillon. Aujourd’hui je suis parlementaire, j’ai beaucoup lutté pour obtenir ce que nous avons”.IMG_20160331_042937-744x411

“Ici nous unifions la force de nos communes”

Dans l’état de Mérida existent deux cités communales. Celle-ci est à 90 % agricole. De son travail paysan bénéficient non seulement ses 14 mille habitants mais aussi plusieurs villes du pays. Ils cultivent du café, du manioc, de l’ananas, de la banane à cuire, du cacao, des citrons, de l’avocat et plusieurs types d’élevage.

Ils racontent que leurs conseils communaux ne perdent pas l’autonomie, mais échelonnent le travail, l’organisation, les projets, par étapes: si le projet est petit il est mené par le conseil communal, si le projet est important, il est porté par la commune, s’il est d’une envergure majeure, il sera traité par la cité communale. Comment ? A travers les porte-paroles de chaque conseil communal, plus les parlementaires que ces conseils communaux désignent pour la commune. Ceux qui légifèrent et discutent des projets sont les parlementaires de la commune. A part cette organisation, la cité communale est formée par onze comités choisis comme porte-paroles lors des élections du bloc de l’état de Mérida, formé de quatre-vingt-deux communes.

Les difficultés ne manquent pas. Bien qu’ils n’ont pas cessé de travailler un seul jour, ils subissent l’état précaire des routes, le manque d’intrants agricoles pour pouvoir travailler la terre, et en particulier la mafia des intermédiaires: “Ce que nous voulons, c’est vendre directement à qui va manger, c’est très triste de travailler et investir autant pour devoir vendre le kilo de banane à cuire à 90 bolivars et pour que celui qui va le manger le paye à 1000 bolivars” explique Lourdes Camacho, autre communarde. Ils veulent établir un système de distribution pour garantir que leur travail ne soit pas précarisé et pouvoir contribuer ainsi pouvoir contribuer à l’offensive économique.

Celui qui parcourt cette cité communale se rend compte que la majeure partie des terres productives sont travaillées par les conseils paysans alors que les terrains abandonnés sont aux mains des grands propriétaires. Hé oui…. Dans une cité communale peuvent persister des incohérences qui ne furent pas résolues à temps par l’appareil d’État et qui se maintiennent par la “grâce” de certains tribunaux agraires…

Face à ces contradictions ce qui soutient les processus sociaux et communaux nouveaux est le haut degré de conscience politique: “Ici nous ne sommes pas pour le bénéfice du logement ou des crédits, ce dont il est question c’est du transfert de pouvoirs, c’est le véritable pouvoir du peuple. Nous ne sommes pas ici pour une bourse ou pour une place, ce que nous voulons c’est de décider sur nos processus, sur notre économie. Le soi-disant “progrès” a fait que nous perdions les habitudes de produire, de générer nos propres processus, cela a fait de nous des parasites, la crise nous fait revenir à l’autogestion, au bénéfice de nos communautés et des voisines” dit Lourdes.IMG_20160331_044720-744x482

A suivre….

Ils veulent continuer à grandir et ils en sont capables. Selon la LOC ils peuvent avancer vers la création d’une Fédération Communale, mais cela dépend de la création d’autres cités communales qui peuvent s’articuler. Y de là, passer à la Confédération Communale, où se réunissent plusieurs fédérations. Le but ultime est la création d’un État communal complet, où le pouvoir “est exercé directement par le peuple, à travers les autogouvernements communaux, avec un modèle économique de propriété sociale et de développement endogène et soutenable”. Même si ce chemin est le plus long, le plus escarpé et le plus épineux, surtout au milieu de cette guerre économique, il y a des gens qui ont commencé à le parcourir et qui savent comme Jenifer Villafañe, que cette organisation se traduit en forces: “La force que nous avons maintenant est celle d’un peuple organisé, et à l’heure de défendre ceci nous allons tous nous mobiliser. Nous avons brisé des barrières, comme disait Chávez, brisé les limites géographiques établies”.

Alexander s’interroge : “quelle est notre légitimité comme cité communale? Celle de répondre à toutes sortes de problèmes d’organisation, de communication, de fraternité. De comment ressentir ce que vivent d’autres là-bas, à quatre heures de route, et eux de même envers nous. Assurer la continuité du travail territorial que nous a laissé Chávez et que poursuit Maduro. Nous sommes cinq communes qui se sont imbriquées l’une après l’autre, qui vivons la même chose. Cela nous permet de nous voir avec une même identité pour travailler. C’est une des expériences les plus fortes, parce qu’elle nous fait sentir que nous faisons partie d’u espace et d’un projet plus grand, où nous travaillons pour que les figures anciennes (mairies, gouvernements régionaux) disparaissent. Pour renforcer l’organisation populaire”.

La chose semble possible, construire depuis un seul corps, avec des identités communes, alors, à quand la suite ?

Source: http://laculturanuestra.com/una-ciudad-comunal-rompe-cualquier-limite-establecido/

Texte et photographies: Katherine Castrillo / Contact: @ktikok

Traduction: Thierry Deronne

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