Terra TV présente : « El Maizal, la bataille pour produire » (en ligne, sous-titres français)

maizalaf.png« Avant de vivre la bataille productive dans la commune d’El Maizal, j’avais peu entendu parler des Equipes de Production Ouvrière. Au boulot, j’avais bien entendu quelqu’un mentionner ces initiatives d’échange de savoirs entre travailleurs compétents en matière de réparation et d’entretien pour améliorer la production communale, mais je n’avais pas approfondi. C’est du 4 au 9 février 2019, aux côtés des compagnes(ons) d’El Maizal, que j’ai compris ce que sont ces équipes, et leur idée centrale: faire face à une guerre non-conventionnelle d’une manière non-conventionnelle.» C’est ainsi que Silvana Solano, qui accompagnait notre équipe de tournage, résume le nouveau film de Terra TV : « El Maizal, la bataille pour produire », visible ici :

Cette treizième « bataille productive » a permis de récupérer les machines inutilisables faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre électriciens et travailleurs ruraux, afin que les communard(e)s sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif et notamment, l’élevage et la mise en culture. Beaucoup reste à faire au sein de la commune d’El Maizal, dans l’ouest agricole du Venezuela, où le pouvoir populaire n’est pas un simple slogan, mais une construction constante.

Pour le sociologue vénézuélien Reinaldo Iturriza, « ce qui induit à la superficialité ou à l’erreur un nombre considérable d’analyses de la situation vénézuélienne est l’invisibilisation du sujet politique, du tissu populaire, de ces bases chavistes capables de considérer que leur gouvernement fait mal quelque chose, ou que ses efforts sont insuffisants, tout en comprenant qu’il n’en demeure pas moins le gouvernement du peuple ». 

En créant la télévision paysanne Terra TV non comme un « média de plus » mais comme média d’un type nouveau, nous voulons humblement préparer l’époque où les peuples réinventeront les outils de leur souveraineté dans la production de leur image, de leur information, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui les oblige à passer par de grands groupes privés de communication pour s’informer mutuellement.

Vous pouvez visualiser l’ensemble des nombreux reportages ou documentaires déjà produits en quelques mois par l’équipe de Terra TV ici: https://www.facebook.com/terratv2018/

136 donateurs (trices) appuient déjà la création de Terra TV. Nous sommes de plus en plus proches de l’objectif avec 92% de la somme recueillie. Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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Ecouter les voix du peuple vénézuélien. Interview de Reinaldo Iturriza

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L’ex-ministre de la Commune Reinaldo Iturriza (à gauche) lors de la fête qui a marqué la légalisation de la 600ème commune

Un lieu commun dans certains courants de gauche est qu’il faut renvoyer dos à dos Trump et Maduro au motif que ce dernier a trahi les travailleurs et que le « régime » est corrompu. Le « ni-ni » a l’avantage de caresser une opinion publique construite par les médias tout en se disant “de gauche mais antidogmatique”. C’est le “tention il ne faut pas être un béni-oui-oui du chavisme, il y a aussi des critiques à faire, un débat à mener…”. C’est oublier un fait central : le Venezuela est déjà, depuis le début, tous les jours et à tous les niveaux, une machine à critiquer et à transformer. Cette critique depuis le sein du chavisme n’est pas toujours entendue mais elle donne ses fruits dans l’action gouvernementale. Elle s’exprime aussi dans toute sorte d’initiatives autonomes de construction d’un pouvoir populaire. Croire qu’il faut expliquer aux travailleurs vénézuéliens ce qu’ils doivent faire, alors qu’ils critiquent mieux que quiconque leur réalité, confine au colonialisme. Et au mépris d’un peuple qui a élu démocratiquement le président Maduro. Ce « ni-ni », qu’on entend souvent avant les « guerres humanitaires », finit par renforcer l’hégémonie médiatique qui a réduit l’image du Venezuela à un dictateur esseulé, sans peuple critique, voire sans peuple du tout.

Nous publions l’interview du sociologue vénézuélien Reinaldo Iturriza, professeur à l’Université Centrale et à l’Université Bolivarienne du Venezuela, ex-Ministre des Communes et des Mouvements sociaux (2013-14) puis Ministre de la Culture (2014-16). Iturriza est l’auteur de plusieurs ouvrages dont 27 de febrero de 1989: interpretaciones y estrategias (2006) et El chavismo salvaje (2017). C‘est un analyste respecté de la révolution bolivarienne. Dans cet entretien, il appelle la gauche internationale à rejeter la position du « ni-ni », et suggère à celles et à ceux qui veulent exprimer leur solidarité avec le peuple vénézuélien de se placer fermement du côté des luttes populaires et d’exprimer leur critique du gouvernement Maduro dans la révolution, et non à l’extérieur ou contre celle-ci.

Venezuelainfos

Roar Mag – Cela fait six semaines que le leader d’opposition pratiquement inconnu, Juan Guaidó, s’est auto-proclamé president par interim, dans une tentative de “putsch soft” soutenu par les Etats-Unis. Où en est-on maintenant? Pourriez-vous nous rappeler brièvement les principaux éléments de l’évolution politique de ces dernières semaines au Venezuela ?

Reinaldo Iturriza – Il y a un fait dont on parle peu mais qu’il est bon de rappeler: l’épisode Guaido démarre le 21 janvier à l’aube, avec le soulèvement d’un petit groupe de la Garde Nationale Bolivarienne, qui a appelé le peuple vénézuélien à ne plus reconnaître Maduro comme président et les autres unités militaires à la rébellion. Ce groupe a été vite neutralisé, sans violence et sans que l’on ait à déplorer de victimes, mais cela donna lieu à une série de manifestations violentes qui ont débouché justement sur cette date du 23 janvier, et l’auto-proclamation de Guaidó .

C’est un fait qui illustre l’un des principaux objectifs de la première étape du complot : rompre l’unité des Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) et encourager la mobilisation du peuple contre la révolution bolivarienne. En d’autres termes, briser le peuple vénézuélien. Rien de tout cela ne s’est produit. De même importance que l’événement décrit plus haut, il y a la décision de saisie des biens de l’entreprise d’état vénézuélienne du pétrole et du gaz naturel, PDVSA, se trouvant sur le territoire des Etats-Unis, continuant ainsi une politique systématique d’agression contre l’économie vénézuélienne et plus précisément contre son secteur pétrolier. Plus récemment, il y a eu une tentative de faire entrer « l’aide humanitaire » dans le pays, un prétexte évident pour préparer le terrain à une intervention militaire, avec un fort soutien du gouvernement colombien.

Il y a encore autre chose qui mérite d’être soulignée : après l’auto-proclamation du 23 janvier, la violence de rue a pratiquement cessé. Un calme tendu règne dans le pays. Après le 23 février, et l’échec de la tentative d’agression militaire, la situation est bien moins tendue, la grande majorité du pays étant occupée à faire face à une situation économique très difficile, essayant d’aller de l’avant.

Quelle est, selon vous, la probabilité de la menace de guerre civile ou d’intervention militaire des Etats-Unis à ce stade ? A court terme, cette menace a-t-elle faibli ou augmenté à cause de l’”échec” de cette tentative de Guaido de chasser Maduro ?

La menace n’a pas entièrement disparu. Nous avons la conviction qu’une opération militaire contre le Venezuela est en cours, jusqu’à présent l’agression s’est focalisée sur l’aspect psychologique (y compris avec des menaces de mort proférées contre des chefs militaires et contre le Président Maduro lui-même), moyennant les attaques contre l’économie, et le sabotage des services publics. Mais cette opération n’est pas passée à la phase militaire. Malgré les tentatives, l’agression psychologique n’a pas réussi a briser les Forces Armées Bolivariennes (FANB).

Nous avions déjà frôlé la guerre civile en 2014, et tout particulièrement en 2017. Jusqu’ici, nous avons réussi à surmonter ces menaces. Mais la possibilité d’une agression militaire des Etats-Unis reste latente, notamment à mesure que les efforts pour provoquer une implosion échouent les uns après les autres.

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Ecole de féminisme populaire, la Azulita, état de Mérida.

Vous avez été Ministre du Pouvoir Populaire pour les Communes et les Mouvements Sociaux. Le rôle du pouvoir Populaire et des communautés dans l’organisation du chavisme n’a attiré pratiquement aucune attention en dehors du Venezuela, les médias internationaux se concentrant à une majorité écrasante sur les manifestations de l’opposition. Pourriez-vous nous parler un petit peu de l’histoire de l’auto-organisation populaire et de la démocratie directe dans le chavisme, notamment dans le mouvement des conseils communaux et des coopératives auto-gérées par les travailleurs ?

Ce funeste silence concernant les bases sociales du chavisme est, fondamentalement, ce qui induit à la superficialité ou à l’erreur un nombre considérable d’analyses de la situation vénézuélienne. Les bases sociales sont le sujet politique qui a rendu Chavez possible, et qui l’ont par la suite fortement défendu (contre un putsch soutenu par les Etats-Unis Ndr). Le tissu populaire qu’elles ont réussi à développer est ce qui a permis à ce gouvernement de tenir.

La même chose vaut pour les Forces Armées Bolivariennes (FANB) : il existe une multitude d’analyses superficielles des raisons qui expliqueraient leur soutien à la démocratie. Celles-ci ne tentent jamais de comprendre, par exemple, la classe sociale dont sont issus les militaires. Les médias internationaux font montre d’un puissant mélange d’ignorance et de préjugés concernant le chavisme, mais il y a aussi l’intention délibérée de cacher le soutien populaire au gouvernement et, au-delà, de cacher la pensée et les sentiments des classes populaires, pour la simple et bonne raison que les médias sont étrangers à la démocratie bolivarienne.

De toute évidence, de nombreux membres des classes populaires se trouvent maintenant dans une situation très difficile : d’un côté, ils se trouvent face à un gouvernement qui n’a pas réussi à répondre comme il se doit à une crise économique et sociale paralysante, et de l’autre ils sont confrontés à une opposition de droite, soutenue par les Etats-Unis, qui cherche à détruire toute expression du pouvoir populaire. Comment les chavistes de la base répondent-ils à une situation aussi complexe ? Quelle est leur position par rapport au gouvernement Maduro?

On néglige souvent le fait que la base sociale du chavisme a été, depuis le tout premier jour, très critique dans son bilan du gouvernement. C’était également le cas sous Chavez. Sa force comme dirigeant venait en grande partie de son extraordinaire capacité d’être ouvert aux critiques venant d’en bas, à la remise en question populaire. La critique du gouvernement n’est donc rien de nouveau. Plutôt qu’un problème, c’est en réalité un signe de vitalité de la révolution bolivarienne.

Les chavistes sont capables de considérer que leur gouvernement fait mal quelque chose, ou que ses efforts sont insuffisants, tout en comprenant qu’il n’en demeure pas moins le gouvernement du peuple. Il est clair que l’alternative ne saurait être un régime imposé par les Etats-Unis. A partir de là, il est aisé de voir pourquoi il n’y a pas de dilemme dans le choix entre Maduro et Guaidó: l’opposition de droite soutenue par les Etats-Unis n’est tout simplement pas envisageable.

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Reinaldo Iturriza avec les équipes de travail volontaire de récolte du maïs, commune El Maizal, état de Lara.

Justement, à propos de ce soi-disant dilemme : certaines voix à l’intérieur du Venezuela appellent maintenant la gauche à prendre une position “ni-ni”, de rejet de Guaidó comme de Maduro . Qu’en pensez-vous ?

C’est une imposture qui ne peut être défendue qu’au mépris de ce que pensent et ressentent les chavistes, ou en prenant ses distances par rapport aux luttes populaires, sans les comprendre, même si cette position est censée être prise au nom de ces mêmes luttes, du chavisme lui-même, ou en se revendiquant d’une critique de gauche. L’éloignement des luttes réelles des classes populaires, voilà ce qui rend cette position si trompeuse.

Au Venezuela, il y a un conflit de longue date entre deux projets historiques, même s’il existe de fortes tensions au sein de chacune des forces en opposition, et même s’il y a une intense divergence au sein du chavisme lui-même quant à l’orientation stratégique de la révolution bolivarienne. Sur le plan personnel, même si une bonne part du peuple vénézuélien décide de cesser de se battre, ma position de principe est de toujours m’aligner sur le peuple qui se bat et de ne jamais prendre de position qui puisse être utile à l’oligarchie vénézuélienne ou à l’impérialisme des Etats-Unis.

Que proposez-vous pour sortir de la crise actuelle ? Que peut ou que devrait faire la gauche internationale pour soutenir le peuple vénézuélien dans ce moment difficile ?

La gauche internationale peut faire beaucoup. En fait, ses actions peuvent être vraiment décisives. Je ne vais donner qu’un exemple : Roger Waters, fondateur des Pink Floyd. Le Venezuela n’a pas besoin de soutien exempt de critiques ou condescendant. Ce n’est pas ce que nous voulons. Que la critique s’exprime, même publiquement, mais dans la révolution, depuis le camp des luttes populaires, des gens qui ne peuvent plus continuer d’être rendus invisibles.

La critique doit donner une voix au peuple et créer les conditions pour que ces voix se multiplient. Elle doit continuer d’informer. La gauche internationale peut beaucoup faire pour nos aider à percer le blocus brutal imposé par les médias à l’information et à l’analyse de ce qui se passe réellement au Venezuela. Elle doit procéder à l’analyse sérieuse des causes de la crise actuelle, étudier en profondeur l’histoire : naissance et origine du chavisme, comment a-t-il pu résister à de tels assauts de l’impérialisme ? En fin de compte, nous menons le même combat.

Source : ROAR, https://roarmag.org/essays/reinaldo-iturriza-venezuela-crisis-interview/

Traduction : Venezuelainfos

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Histoire du travail effectué par un village de communard(e)s pour faire avancer la Révolution Bolivarienne

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Notre Commune El Maizal est constituée de 22 Conseils Communaux dont 12 font partie de la Municipalité Simon Planas de l’Etat de Lara et 10 de celle d’Araure, dans l’état de Portuguesa. Nous sommes une des premières communes à avoir regroupé des terres de différents états. Depuis notre création nous gérons une exploitation de 2200 hectares dont environ 1800 sont essentiellement destinés à la culture du maïs. C’est Chavez en personne qui nous a remis ces terres le 5 mars 2009. Il nous a visités deux fois – le 29 novembre de la même année, c’est depuis El Maizal qu’il a transmis le n°344 d’Alo Presidente”.

Cette année-là, nous avions réalisé notre première plantation communale d’environ 150 hectares de haricots à l’aide d’un crédit géré par la Banque Mutuelle Gustavo Vegas Léon. En 2010, nous sommes passés au maïs avec un financement géré par le Conseil Communal El Esfuerzo de la communauté d’El Cerrito, car à cette époque-là nous n’étions pas encore officiellement enregistrés. Ce n’est que récemment, en octobre 2012, que le Ministère des Communes a procédé aux premiers registres légaux, celui de la Commune El Maizal a été signé le 25 mars 2013.

En 2011 et 2012, nous avons semé 250 hectares de maïs et en 2013 nous en avons planté 600, cette année-là ayant été une année cruciale pour la Commune qui, après de multiples conflits avec la Corporation Venezuela de Alimentacion, entreprise d’Etat avec laquelle nous partagions l’utilisation des sols, décida de s’en retirer lors d’une Assemblée. Cette superficie cultivée est restée constante jusqu’en 2015.

En 2016 et 2017, 1100 hectares de maïs ont été cultivés avec la participation de 68 petits producteurs; le financement attribué par le gouvernement révolutionnaire ne correspond qu’à une superficie de 600 hectares mais le reste a pu être cultivé grâce aux excédents provenant de la Commune. C’est ainsi que s’est constitué le Réseau de Producteurs qui s’étend et se renforce actuellement avec l’ajout d’autres cultures.

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.. mais la Commune El Maizal, ce n’est pas que du maïs !

En travaillant incessamment, nous avons pu mettre en place diverses expériences de production parallèlement avec notre développement organisationnel, grâce à notre détermination à aller de l’avant et au soutien du gouvernement révolutionnaire.

Cela nous a permis de contribuer de manière significative au bien-être de notre population, d’abord dans le cadre de la Commune El Maizal et maintenant au-delà, ce qui a amené la Municipalité Simon Planas à créer sa cité communale et son district de développement agro-industriel. Pas à pas, nous avons monté d’autres entreprises de propriété sociale directe et des unités de production qui forment aujourd’hui notre système d’économie communale. En 2011, nous avons lancé un projet d’élevage en achetant 48 taureaux destinés à l’engraissement grâce à un crédit du FONDEMI. Lors de l’Assemblée de juillet 2011, qui s’est tenue sur le terrain de foot de Sabana Alta, nous avons choisi le statut de l’entreprise, première étape dans ce nouveau défi. Puis nous avons agrandi le troupeau en y ajoutant quelques vaches, ce qui nous a permis de fabriquer nos premiers fromages. Cette nouvelle expérience nous a encouragé à demander un autre crédit auprès de FONDAS pour l’acquisition de bétail laitier en 2013, commençant par 60 vaches et 3 taureaux. L’année suivante, nous avons rajouté 50 vaches et 2 taureaux à ce troupeau. Dès 2012, nous nous sommes lancés dans la vente de viande et en 2013, dans celle de fromage aux Conseils Communaux de notre secteur. Fin 2017, nous disposions d’un cheptel de 1150 têtes. Nous avons amélioré chaque jour notre travail de sorte que nous avons pu maintenir puis augmenter la production de fromage, de beurre et de viande qui, ajoutée à celle du maïs, nous a permis d’organiser des journées de vente en plein air avec les conseils communaux.

Le Centre de stockage et de distribution de la Commune El Maizal

Dès 2013, quand la commune d’El Maizal a commencé son activité de vente aux conseils communaux, deux nouveaux défis se sont posés à nous : créer les conditions nécessaires au stockage de notre production et de celle des petits producteurs de la région (contribuant ainsi à lutter contre les intermédiaires et la spéculation), et élargir peu à peu le circuit des communautés desservies au-delà de notre territoire.

C’est ainsi qu’en 2014, la vente extérieure à notre secteur s’est étendue aux 86 Conseils Communaux de Sarare et La Miel. En 2016 s’acheva la construction de notre Centre de stockage et de distribution, répondant ainsi au besoin de disposer d’un espace où stocker la totalité de nos produits, dont le fromage, la viande, les haricots, le maïs, le beurre, les légumes, entre autres. Rien qu’en décembre 2017, près de 8 000 kilos de viande ont été écoulés, approvisionnant tout le secteur de la Commune El Maizal ainsi que les deux paroisses de la Municipalité, Sarare et La Miel. A la même époque, nous avons écoulé 1 500 kg de fromage, 800 kg de beurre, près de 4 tonnes de légumes dont des poivrons, de la coriandre, des oignons, sans compter la vente de près de 2 500 kg de café moulu.

Nous avons participé à bon nombre d’autres actions de vente en dehors de la Municipalité, couvrant des communes ou des organisations sociales, institutions et associations diverses ; nous étions par exemple présents pendant trois années consécutives sur les Marchés Communaux organisés par le Ministère des Commune à Caracas.

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La transformation du maïs : meule et minoterie

En 2017, nous avons tenté de réaliser un vieux rêve : transformer nous-mêmes le maïs que nous produisons, alors qu’il finit habituellement entre les mains de l’industrie agro-alimentaire, remis par ce même gouvernement auquel nous fournissons toute notre production subventionnée. Un système fermé qui renforçait notre dépendance et détournait une part importante du produit de notre travail de notre zone d’activité et de notre Municipalité. Après diverses tentatives et projets, nous avons fini par intégrer le Programme de Minoteries lancé par le Ministère des Communes et nous disposons déjà des infrastructures nécessaires pour en accueillir une qui devrait être opérationnelle sous peu et sera alimentée par la production de notre Plan de Semis. En parallèle, nous avons récemment installé un moulin, en sorte de disposer des deux options pour répondre aux besoins de la population ; elle aura une capacité de production journalière d’environ 2 000 kg de maïs.

L’Entreprise de Propriété Sociale Directe et Communale (EPSDC) de Briques Simon Bolivar

La EPSDC de briques Simon Bolivar, créée en 2010, a été cruciale pour la réalisation de nombreux projets par la Commune El Maizal, en termes de construction d’infrastructures sociales et productives. C’est de là que proviennent les briques utilisées dans la construction des maisons de la Grande Mission Logements Venezuela, des lycées et des écoles que nous avons bâties, des maisons communales et des entrepôts, y compris les intrants permettant d’améliorer le rendement des récoltes. Une bonne partie de l’amélioration de notre habitat est due au travail de ses ouvriers. Cette même usine a pu maintenir une production de 400 000 briques par an jusqu’à ce que survienne la crise du ciment en 2016. Actuellement, elle est à l’arrêt à cause du coût élevé des matériaux et de son emplacement difficile d’accès.

L’Entreprise de Propriété Collective Directe Communale de Distribution de Gaz Camilo Cienfuegos

L’entreprise de distribution de gaz Camilo Cienfuego a été inaugurée en 2012 après la présentation de son projet à PDVSA Gaz et un conflit avec la Mairie de Simon Planas au sujet de son contrôle (qui perdure dans une certaine mesure). L’usine alimente 190 Conseils Communaux, et près de 16 000 familles avec la vente de 25 000 bonbonnes par mois. Elle est dirigée par une équipe de producteurs qui vivent dans les différentes communautés du territoire de la Commune. Elle est toujours en fonctionnement à ce jour malgré un contexte de crise, avec des baisses ponctuelles dans les cas où une expédition au secteur approvisionné est nécessaire et où des difficultés surviennent lors de l’entretien des camions. Elle est actuellement en pourparlers avec les conseils comunaux pour chiffrer de manière transparente ses coûts de production et rechercher des solutions qui ne représentent pas une charge supplémentaire pour les communautés.

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L’Unité de production communale de cultures

A Sabana Alta, qui fait partie du secteur de la Commune El Maizal, fonctionne une UPC de cultures protégées, un complexe agricole de 6,6 hectares constitué de 12 unités destinées à l’ensemencement d’une surface de 540 m2 chacune, un réservoir australien de 300 000 litres, des systèmes d’irrigation, un bureau, des appartements, des salles de bain, une serre pour la germination et pour les jeunes plants, une salle de fertilisation et un local pour les pompes, le tout recouvrant une superficie de plus de 160 m2. Elle a été construite par la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture et administrée par FONDAS pendant 8 ans, celle-ci l’ayant laissée complètement à l’abandon suite à une mauvaise gestion. Puis elle a été dévalisée jusqu’à sa récupération par la Commune.

En 2014, la Commune El Maizal l’a reprise en main et depuis lors nous la restaurons petit à petit à nos propres frais, après avoir relancé sa production dès le début, avec diverses cultures comme les poivrons, les tomates, les oignons, les concombres, la coriandre, le pois quinconcho, le manioc (yuca)…

Lors de la session du Conseil Présidentiel du Gouvernement Populaire des Communes du 15 août 2015, le Président Maduro a signé son transfert à la Commune El Maizal, scellant ainsi notre victoire dans ce combat. A ce jour, six unités récoltent les poivrons tandis que les six autres sont en pleine reprise et viendront s’ajouter à sa capacité de production. Jusqu’en avril 2018, nous avons obtenu une récolte d’environ 3000 kg alors que cette plantation n’en est encore qu’à 50% de son exploitation. L’objectif de production annuel est d’environ 30 tonnes de légumes.

La plantation de semences de maïs et de riz sera aussi développée dans le cadre des projets-clés visant à renforcer l’autonomie dont a besoin notre production agricole. Parmi les réparations effectuées, la pose de la toiture de six pépinières et la remise en état d’un système d’irrigation qui avait été détérioré autant par l’usure que pendant le cambriolage, surtout au niveau de ses tuyaux, tubes et valves, ont exigé un gros investissement.

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L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon (anciennement Porcinos de Alba)

L’Unité de Production Communale Argimiro Gabaldon, anciennement nommée Porcinos del Alba et aux mains de la Corporation Vénézuélienne d’Agriculture, a été récupérée par ses travailleurs et les habitant(e)s de la Commune El Maizal le 28 juin 2017. Elle a été occupée parce que ladite entreprise n’assumait pas comme il le fallait l’entretien de l’unité de production, provoquant la perte de bétail et portant préjudice aux travailleurs, probablement pour la céder ensuite au secteur privé. Alors qu’elle dispose d’une capacité d’accueil de 6000 têtes de bétail, elle a été récupérée avec 350 animaux faméliques, des reproductrices pour la plupart. Les travailleurs, préoccupés par leur état, leur avait donné des mangues jusqu’à ce qu’au bout de 28 jours de privation de nourriture, ils aient fini par l’occuper avec l’aide de la Commune El Maizal.

En décembre 2017, après cinq mois de travail sous le contrôle de la commune et des travailleur(se)s, le troupeau avait déjà regagné 2 150 bêtes, dont 900 en croissance et 665 pour l’engraissement, sans compter les reproductrices et les veaux à la mamelle. La plus grosse difficulté que cette unité productrice de base a rencontrée a été d’obtenir de l’alimentation pour bétail à un prix juste qui dans les dispositifs actuels, dépend d’un quota chez des distributeurs d’aliments contrôlés par l’Etat. Curieusement, elle n’a pas pu y accéder jusqu’à présent, ce qui l’a obligée à recourir à l’achat par intermédiaires à des prix spéculatifs au cours des premiers mois.

La mortalité du bétail a chuté de 98%, les animaux sont suivis par des vétérinaires et un accord a été conclu avec Porcinos de Alba pour régulariser la fourniture d’aliments en échange de l’achat assuré par l’Etat de la majorité de la production. Mettre en route sa propre usine de production d’aliments équilibrés dans l’U.P.C. constitue une priorité pour la Commune El Maizal. C’est ce qui lui permettra d’améliorer les conditions de sa production et, par ailleurs, de récupérer la flotte de véhicules adaptés aux exigences du transport des porcins, actuellement à l’abandon.

S’y ajoutent : la remise en état des silos de chaque aire de travail (10 d’une capacité de 14 000 kg, dont 8 nécessitent une maintenance et 2 des réparations importantes, y compris un petit silo de 2 000 kg), l’installation d’une unité de production d’électricité assurant l’autonomie de l’U.P.C., et pour finir l’installation d’un système d’éclairage pour garantir sa sécurité en améliorant sa surveillance.

L’Unité de Production Communale Simon Bolivar (anciennement UCLA)

Le 17 octobre 2017, nous nous sommes engagés dans une nouvelle bataille. En effet, les installations de la station expérimentale de l’Université du Centre-Ouest Lisandro Alvarado, dans le secteur El Torrellero, étaient à l’abandon bien qu’ayant bénéficié d’un financement de l’Etat ; elle avait une longue expérience de la pisciculture derrière elle, grâce aux infrastructures qui s’y trouvaient et dont elle avait besoin pour son activité.

Nous avons été convoqués par le Conseil Communal de la Collectivité de Torrellero qui nous a proposé de nous charger de sa relance et d’assurer sa gestion avec celle-ci. Cette position avait été prise en Assemblée suite à l’indignation soulevée par les vols permanents et les dégâts importants causés à cette infrastructure destinée à la production et à la formation, et qu’il fallait maintenant remettre en état pour qu’elle retrouve son emploi. Ceci en hommage à la méthodologie du “point et du cercle” dont parlait Chavez.

L’UCLA réagit à cette récupération en mentant à l’opinion publique, affirmant que l’unité était pleinement opérationnelle et que ses installations étaient menacées. Elle porta plainte en Justice bien que l’évidence même prouvait tout le contraire. Nous sommes donc engagés dans un procès judiciaire dont nous sortirons certainement gagnants. Nous y avons trouvé du bétail de race Caroro dans de très mauvaises conditions, une maison considérée comme patrimoine régional tombait en ruines, les médicaments vétérinaires étaient périmés, les machines pillées et les étables s’écroulaient à cause des infiltrations d’eau, les caves et les pièces d’habitation étaient en mauvais état ou totalement endommagées. Bref, nous étions face au résultat de nombreuses années d’abandon.

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En mars 2018, la Commune El Maizal, avec l’accord de la communauté, décida d’installer là son troupeau laitier, car l’espace et les conditions qui s’y présentaient après l’aménagement des lieux permettait de mieux s’en occuper. Cette décision a été prise suite à l’incendie criminel de plus de 200 hectares de pâturages situés sur les terres de El Maizal, qui a mis notre cheptel en danger.

En avril 2018, nous avons obtenu une production journalière de 180 litres de lait et de 15 à 18 kg de fromage. Notre cheptel, qui se trouvait alors à l’UPC Simon Bolivar, comptait 46 vaches Girolando et 36 Carora, 25 veaux Girolando et 14 Carora répartis dans 14 parcs installés sur les 90 hectares dont les pâturages et les clôtures ont été récupérés. En ce qui concerne les infrastructures destinées à l’élevage, nous disposons de 4 corrals, une salle de traite mécanisée avec 4 stations dont 2 sont en activité et le reste en cours de restauration. Il y a également 8 chambres froides dont 2 fonctionnent, 3 entrepôts utilisables et un logement actuellement occupé par les producteurs qui vivent sur place.

Nous essayons de relancer le projet de pisciculture, vu qu’il existe six étangs sur le site (le premier en voie de réfection pour l’élevage de tilapias); la remise en état d’une salle d’alevinage, base de l’autonomie que requiert le bon déroulement de cette expérimentation, est également envisagée. Dans le cadre du démarrage du Plan de Semis 2018, nous avons déjà préparé 3 hectares pour la plantation de maïs, 4 pour le Verger Communal en collaboration avec la communauté, et ½ hectare pour les producteurs qui vivent à l’UPC.

Le Verger Communal est une nouvelle ligne de travail du Plan de Semis 2018, qui consiste à former des Brigades de plantation, que ce soit avec des équipes de producteurs provenant des différentes UPC et/ou des comuneras et comuneros qui développent le processus organisationnel du Mouvement Communal Simon Planas. La Commune El Maizal y conserve les intrants de base pour la culture de de produits essentiels comme le maïs, le quinconcho, les haricots et la yuca, entre autres. La majorité de la production est destinée à la consommation familiale des brigadistes, et le restant à l’approvisionnement à des prix équitables des secteurs où ceux-ci mènent leur travail politique et social. Ces ressources permettant de reconstituer le stock d’intrants et de créer un fonds pour la plantation suivante.

L’UPC Simon Bolivar a aussi un fort potentiel de développement du tourisme communal, car sa région est constituée de formations rocheuses offrant aux visiteurs nationaux comme étrangers l’occasion de pratiquer des sports extrêmes et d’effectuer des randonnées dans un milieu naturel riche en cascades, en faune et en flore. Cette unité est cruciale pour l’effet de levier qu’elle exerce sur les processus fondamentaux assurant la viabilité de la Commune et du Mouvement Communal Simon Planas, du fait qu’elle réunit toutes les conditions pour l’installation de plusieurs unités de conditionnement ; à part celle du fromage et du beurre qui fonctionne déjà, il pourrait s’en ajouter une produisant de la charcuterie et de la viande sous diverses présentations et découpes, ainsi qu’ un abattoir pour les bovins et les porcins, par exemple. Pour cela, il nous faut remettre en état les chambres froides et évaluer l’état des infrastructures physiques afin d’établir un plan de restauration ou de remplacement, tant de la maison que des entrepôts, y compris l’achèvement de l’aménagement des parcs et la réfection des clôtures extérieures, travail qui a déjà été commencé.

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Un travail de gestion et de production communales réinvesti dans le social

Notre Commune El Maizal a subvenu aux besoins sociaux des communautés grâce aux revenus de projets financés par l’Etat et aux excédents générés par nos entreprises et unités de production. Ceux-ci ont été nombreux au cours des dernières années, ce qui constitue une nouvelle preuve de l’importance du partage des responsabilités tel qu’il figure dans la Constitution Bolivarienne et dans les programmes de nos conseils communaux ; ce sont les deux axes majeurs de notre Révolution.

Nous pouvons affirmer avec fierté que c’est grâce à la mobilisation de la population et à sa gestion directe qu’ont pu être réalisés l’asphaltage des routes, effectué par les communes de Paujisal, Palmarito, El Flaco, Caballito et Palma Redonda, l’électrification de commune comme Paujisal, Palma Redonda, El Playon, La Calanchera, Brisas Del Cerrito, Palma Sola, Palmarto. Sans oublier la construction de l’aqueduc de El Calvario.

Nous avons aussi construit deux dispensaires, l’un à Caballito qui est sur le point de fonctionner, l’autre à Palmarito, que nous avons aussi équipé et qui est déjà en activité. S’y ajoutent plus de 1200 mesures d’aides en matière de santé, que ce soit pour des opérations, l’achat de médicament ou d’équipements médicaux. Sans compter divers dons apportés à des écoles, des lycées et à diverses activités sociales et culturelle, de même qu’à des églises catholiques et évangéliques, fournissant par exemple des kits sportifs à des disciplines comme le base-ball, le football, le volley ball et des uniformes pour les équipes, et enfin la construction du stade de El Cerrito.

Nous avons remis en état cinq écoles rurales et construits avec nos excédents trois lycées pour 450 élèves environ à El Cerrito, Caballito et Sabana Alta où a également été édifiée par nos soins la Maison Communale. Notre travail a aussi permis la construction de 284 logements distribués sur tout le territoire de la Commune, dans le cadre de la Grande Mission Logement. Nous projetons d’édifier une infrastructure qui servira de siège au groupe universitaire de L’Université Polytechnique Territoriale J.J. Montilla de l’Etat de Portuguesa, avec laquelle nous avons passé un accord en vue de construire des annexes qui accueilleront au minimum 300 de nos jeunes dans le cadre de trois Programmes Nationaux de Formation (P.N.F.) dans les spécialités de soins vétérinaires, agro-alimentation et conditionnement-distribution d’aliments.

Nous oeuvrons à un regroupement politique autour d’un projet de Cité Communale

Tout comme nous avons développé la Commune El Maizal, nous avons mis en route le Mouvement Communal Simon Planas, avec la collaboration des différentes communes de la Municipalité, relevant le défi d’aller encore plus loin dans l’édification de l’Etat Communal, projet stratégique de notre Commandant Chavez qui a devant lui une route toute tracée dans les Lois du Pouvoir Populaire; pour nous, il s’agit de la seule stratégie qui nous permette d’affronter la phase actuelle d’escalade de l’agression impériale en sortant des limites de l’Etat bourgeois et de ses méthodes de gestion politiques comme la corruption, la bureaucratie et le clientélisme ; méthodes qui ont depuis toujours favorisé la dépendance et le colonialisme du capitalisme rentier vénézuélien.

C’est pour cette raison que nous avons créé nos Conseils Communaux constitués de Communes, dont celle de El Maizal est la pionnière. Et nous continuons à nous regrouper politiquement pour consolider notre autogouvernement. Nous avancerons dans cette voie avec un nouveau pas en avant consistant à organiser nos Villes Communales pour ensuite développer la Fédération Communale avec son District Moteur de Développement Agroindustriel, pièce maîtresse de notre stratégie visant à devenir un modèle de construction du socialisme.

L’évaluation de notre territoire et des communes créées nous mène à la conclusion qu’il nous faut créer deux Cités Communales, bases de notre future Fédération Communale, ce qui veut dire que les communes faisant actuellement partie des paroisses Sarare et Gustavo Vegas Léon de Simon Planas constitueront une Cité Communale, parmi elles : El Maizal (sachant qu’elle est aussi composée de conseils communaux de l’Etat de Portuguesa), Lanceros de Atures, Sarare (où nous avons relevé le défi de développer une véritable dynamique communale et de faire en sorte qu’elle redevienne ce qu’elle aurait toujours dû être), Armando Bonilla (projet de cette commune suite à l’élargissement du territoire de la Commune de Sarare) et Ezequiel Zamora.

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La deuxième Cité Communale sera constituée des Communes de la Paroisse Buria (certaines comprenant des Conseils Communaux de l’Etat de Yaracuy), terre de Negro Miguel et de son épopée libertaire, dont Negro Miguel, Minas de Buria, Revolucionarios de Buria Con el Cuartel de la Montana, et Rio Turbio de Buria Patria Querida. Ce sont donc 9 Communes qui feront partie des deux Cités Communales devant former la Fédération Communale, en hommage à notre Commandant Chavez et à notre Général d’hommes et de femmes libres, Ezequiel Zamora : nous consoliderons ainsi notre Système de Gouvernement Populaire.

Ce processus met l’accent sur le rôle des femmes, des jeunes et de la production. Voilà pourquoi s’est développé le Mouvement des Femmes Communardes, créant ses propres méthodes et objectifs à partir de son programme, car la grande majorité de nos membres sont des femmes, ce qui fait notre force et caractérise nos actions tout en garantissant la qualité de sa ce que nous entreprenons ainsi que nos victoires. Il nous faut aussi renforcer le Mouvement des Jeunes Communeros, qui représente un autre succès important de notre lutte, à savoir le ralliement d’une importante partie de la jeunesse qui assume les tâches les plus variées et s’exprime par sa propre voix dans toutes nos actions.

Nous nous engageons aussi à développer intégralement la production communale avec son réseau de producteurs, dans la perspective d’améliorer notre Programme de plantations comunal qui vise à rendre plus efficace encore le travail effectué sur nos terres. La distribution et le conditionnement de notre production doivent être effectués de nos propres mains. Associer nos femmes et nos jeunes à la capacité organisatrice de nos Conseils Communaux et de nos Communes et à notre production, voilà la formule organisationnelle proposée durant toutes ces années et qui doit s’imposer plus que jamais en cette période extrêmement difficile que connait la révolution bolivarienne.

Source : http://www.albatv.org/Comuna-El-Maizal-en-el-camino-de.html

Traduction : Frédérique Buhl

Photos: Juan José Moreno pour Terra TV et Alba Ciudad

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« Il vente » et « La bataille d’El Maizal » : Terra TV prépare deux nouveaux documentaires sur le Venezuela invisible

Réinformer sans cesse l’honnête citoyen(ne) face à des journalistes qui s’estiment dispensés du devoir d’enquêter et de rectifier leur « actu » copiée/collée, nous enlève un temps précieux qui peut servir à visibiliser le Venezuela populaire. L’élimination de cet acteur est précisément un des objectifs des médias. Il faut empêcher l’identification avec ces « autres » qui sont un « nous ailleurs », occulter ce peuple vénézuélien, son travail, son Histoire, ses rêves, ses mille expériences à raconter. On dit souvent « on veut envahir le Venezuela à cause son pétrole » et ce n’est vrai qu’en partie. Sa matière première principale c’est ce peuple qui reste debout. Son effacement dans les médias est au fond un préalable dans la stratégie d’élimination tout court.

Il faut sortir de la simple « critique des médias », initier ensemble la démocratisation et la réappropriation radicales de l’information, créer de nouvelles manière de faire. Avec la télévision paysanne Terra TV, nous voulons humblement contribuer à réinventer notre souveraineté audio-visuelle, pour la partager directement de peuple à peuple, sans intermédiaires privés, libérés de cette globalisation qui nous oblige encore à passer par de grands groupes privés de communication. On peut voir ici tous les reportages produits en quelques mois par notre équipe: https://www.facebook.com/terratv2018/ Nous sommes maintenant très proches de l’objectif (89% de la somme recueillie) pour créer Terra TV grâce à 132 donateurs (trices). Si vous souhaitez exprimer votre solidarité, vous pouvez le faire ici: https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

1. « Il vente » de Victor Hugo Rivera : « La caméra était une compagne qui marchait avec nous » (25 min, ST FR, sortie: avril 2019)

« Victor Hugo Rivera, réalisateur et formateur intégral de Terra TV (photo) raconte : « Il vente » a surgi d’un reportage sur une marche paysanne dans l’Etat de Falcon. J’ai vu beaucoup d’espace et entendu de plus en plus de choses, je me souviens que le premier jour je voyais beaucoup de ciel et les montagnes et les étoiles rendaient l’endroit magique. Avant de filmer j’ai parlé beaucoup avec les gens jusqu’à devenir… inaperçu, pouvoir être invisible… J’écoutais beaucoup les gens… je me souviens de ce monsieur de 82 ans qui parlait peu, j’ai filmé un peu de son travail chaque matin, le dernier jour il m’a rattrapé avec une tasse de café et une arepa avec du fromage de chèvre.

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« Chaque fragment que j’enregistrais, devenait comme… un symptôme… comme un miroir peut-être… le visage des choses, des espaces que l’on traversait, au-delà de l’esthétique propre au lieu, transmettait beaucoup de vie, la présence constante du vent, souvent je n’ai pas filmé la « belle image » par respect, par besoin d’écouter. C’étaient des moments éphémères que l’on passait avec les gens et l’on percevait l’énergie de ceux qui transforment le monde en toute simplicité.
Toutes ces choses ont précédé l’objectif central, qui était filmer la deuxième Marche Paysanne dans l’état de Falcon. C’était un défi titanesque d’emmener tout le monde à Coro, mais avec tout le reste cette image a gagné en force au moment de visualiser le matériel durant environ un mois et cinq jours, pour la relier à tant d’expériences vécues avec les habitants.

« A aucun moment je n’ai imposé le geste formel du tournage, la caméra était une compagne qui marchait avec nous, il n’y avait pas l’attitude égocentrique de l’artiste qui vient faire les plans, non, on part avec toute la simplicité pour faire son travail et toute cette énergie est transmise dans la réalisation. Dans la magie du montage, il y a une intensité de chaque espace, il semble qu’il devient encore plus dense, on a l’impression que dans chaque plan il y a des idées, des moments fugaces qui cherchent à parler directement au spectateur. »

« La bataille d’El Maizal » de Juan Jose Moreno et Miguel Escalona. :« Ces visages où on reconnaît le mieux Chavez » (25 min., ST FR, sortie avril 2019)

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Silvana Solano accompagnait le réalisateur de Terra TV Juan José Moreno « Jota » lors du tournage. Elle raconte :

« Avant de vivre la bataille productive dans la commune d’El Maizal, j’avais peu entendu parler des Equipes de Production Ouvrière. Je me souviens que quelqu’un sur mon lieu de travail avait mentionné ces initiatives d’échange de savoirs entre travailleurs des entreprises d’État, qui possèdent de grandes connaissances en réparation et en entretien, et qu’elles pouvaient être organisées pour améliorer les conditions de production mais cela n’avait pas été approfondi davantage. Du 4 au 9 février 2019, aux côtés des compagnes(ons) d’El Maizal, j’ai mieux compris ce que sont les Equipes de Production Ouvrières, leurs objectifs, et les avantages sociaux qu’elles cherchent à générer. J’ai pu palper concrètement l’idée centrale: faire face à une guerre non-conventionnelle d’une manière non-conventionnelle.

La commune d’El Maizal, dans l’État de Lara, a subi de plein fouet cette guerre non-conventionnelle. Elle lutte pour récupérer un immense espace de production, capable de produire bien plus. Faute de soutien gouvernemental, en pleine guerre économique, la route a été longue pour jeter les bases productives. Toute production d’envergure exige des machines spécialisées, des conditions optimales et des espaces disponibles qui permettent au cycle de se matérialiser. La guerre économique met des machines hors d’usage, paralyse des technologies et entrave de beaucoup de manières ce processus de production alimentaire.

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C’est ici qu’entre en scène cette Equipe de Production Ouvrière formée d’hommes et de femmes venu(e)s de tout le Venezuela avec des connaissances dans divers domaines, acquises par l’expérience, pour produire, réparer, faire de la politique depuis cette expérience, et améliorer les conditions matérielles de production d’un espace aussi précieux qu’El Maizal. Pour le compagnon Sergio Requena : « l’équipe ouvrière productive est le fruit de l’enrichissement d’un processus qui commencé au moment de la rencontre avec les travailleurs qui ont récupéré l’usine de sardines « La Gaviota » dans l’état de Sucre. Maintenant notre équipe couvre deux aspects, les usines et la production paysanne, nous avons augmenté le nombre de personnes qui peuvent participer à cette équipe comme outil du pouvoir populaire.”

Cette treizième bataille productive a permis de franchir de grands pas : récupérer les machines qui tombaient en désuétude faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre métallurgistes et travailleurs ruraux, afin que les personnes occupant l’espace sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif. Beaucoup reste à faire au sein de la commune d’El Maizal où le pouvoir populaire n’est pas un simple slogan, mais une construction constante. La prochaine étape de cette équipe de production ouvrière n’est pas encore fixée, mais il est certain que d’autres espaces en ont besoin. Convaincre d’autres secteurs de la révolution, y compris les institutions d’Etat, est un combat permanent.

Sergio Requena appelle les travailleurs urbains et ruraux à « rejoindre ce mouvement qui cherche à essayer de résoudre depuis la base les problèmes économiques existants par la réactivation des unités de production du pays. En sachant comment résoudre nos besoins, nous serons à même de renforcer la Révolution Bolivarienne. L’attaque que nous avons subie est une attaque non-conventionnelle qui s’est manifestée, entre autres, comme une attaque contre la sécurité alimentaire et, bien sûr, une attaque contre l’intégration des unités de production, c’est pourquoi notre équipe veut réparer ce tissu productif que le président Chávez nous a appelé à créer, et y intégrer les unités territoriales des communes. » Il n’existe pas de manuel pour construire le pouvoir populaire mais c’est dans ce type d’initiatives, parmi tous ces hommes et ces femmes de l’Equipe de Production Ouvrière bataillant pour appuyer concrètement la commune d’El Maizal, qu’on sent vivre les idées d’Hugo Chavez : « la Commune ou rien ».

Photos : Betzany Guedez et Juan José Moreno / Terra TV

Traduction : Julie Jaroszewski

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Vivre le Vénézuéla (II)

Une main est posée à plat sur la table. L’autre glisse du haut en bas, l’index appuyé sur la liste comme de peur qu’un nom s’envole. Hector, militant chaviste, a trop souvent entendu la plainte de celle ou celui à qui on a pris la place dans la file de distribution du gaz. « Souvent on passe une journée à tout expliquer aux gens, puis ils oublient et il faut tout recommencer ».

Un des grands problèmes, selon lui, ce ne sont pas les militants de droite qui depuis 2017 font alliance avec la pègre pour allumer, de préférence la nuit, les incendies que les satellites du monde entier transformeront « live » en révolte populaire. C’est l’absence prolongée des cadres du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) et l’inaction de certains fonctionnaires gouvernementaux. Surtout en ce mois de janvier 2019 où le secteur privé a augmenté les prix au-delà du supportable pour créer le chaos et empêcher Nicolas Maduro d’assumer le verdict des urnes. A chaque augmentation du salaire décrétée par le président a répondu une hausse des prix, mais celle-ci a passé toute mesure. Des réponses ! Des réponses ! Geler les prix des aliments ! Face aux plaintes populaires, le formateur de la commune Jesus Garcia a lâché un jour : « Moi au moins je suis ici, avec vous ».

D’ou la valeur de « thermomètre » de la réunion sur les services (voir épisode précédent) qui se tient ce soir dans le secteur El Rosario, quelque part dans l’Ouest populaire de Caracas. Le monde ne connaît que l’Est de la capitale car c’est de ses quartiers riches que partent les manifestations de l’opposition. L’Ouest, où vit 80% de la population et qui est le vrai centre de gravité politique du pays, n’attire pas micros et caméras. Ce soir on gravit à pied l’enchevêtrement de ruelles humides, les trois corps inégaux d’escaliers, la plaque de ciment qui sert aux enfants de terrain d’entraînement de base-ball, une lente marche guidée par la salsa vieja :

Hoy tristeza, mañana felicidad !

Au bout de l’impasse au sol strié pour éviter les chutes, un groupe de femmes converse au seuil de la salle des fêtes. Le secteur d’El Rosario a tardé a répondre aux appels du pied de la commune « Altos de Lidice ». Mais le travail des responsables féminines de la santé dans les secteurs voisins a porté, brisant la méfiance. Un pas considérable, quand chaque goutte d’eau peut renverser ou renforcer le courant de la vie ou du néant.

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Le militant montre la liste. « Voici comment nous avons fait : le matin je suis allé frapper à toutes les portes, à cinq heures du matin, tant pis pour les gens fâchés d’être ainsi réveillés, et je leur ai crié ¨le gaz ! Le gaz !¨ Oui, en frappant à toutes les portes ! » (applaudissements). Puis j’ai attendu tout le monde à l’heure dite, à sept heures du matin, et chacun a reçu le numéro correspondant à sa bonbonne, ainsi pas de petits finauds débarquant avant les autres, pas de gens faisant la file depuis la veille pour passer devant les autres, chaque famille a reçu sa bonbonne, et croyez-en mon expérience: il faut partir du recensement des familles mené par chacun des CLAPs (Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production). »

« Oui, se lève Betty, l’autre jour j’ai vu des personnes qui commençaient la file depuis 18 heures la veille… »

« Ah pour ça vous savez ce que je fais, reprend Hector le vétéran ? je m’assieds dès l’aube au lieu d’arrivée du camion et si je vois des gens qui arrivent avant l’heure je leur dis : revenez à l’heure du camion. Ah et autre chose il faut prévoir une équipe pour descendre jusqu’à l’avenue et guider le camion et l’aider à répartir le gaz. Chaque famille paie sa bonbonne et si on veut donner un pourboire au chauffeur, chacun est libre de le faire mais moi je préfère ne pas me mêler d’histoires de sous.»

Quand Johanna propose de diviser les camions en trois zones, la fibre du pédagogue inquiet se réveille chez le jeune Jesus Garcia, accroupi au bord du cercle: « On reviendrait aux années 90. Pourquoi ne pas travailler à partir de nos organisations, des conseils communaux, des CLAPs ? Quand je parle de zones, le rassure la première, je parle de la quantité de personnes. Chaque camion amène autant de bonbonnes pour autant de personnes, qu’elles soient organisées en CLAPs ou en conseils communaux. »vlcsnap-2019-01-22-16h46m07s850.pngvlcsnap-2019-01-22-16h51m54s601« D’accord, poursuit Jesus Garcia, mais ne retombons jamais dans la représentativité, dans l’obligation d’attendre des mois ou des années pour voir si la personne que nous avons élue fait bien ou mal son travail, à nous d’assumer nos tâchesEt n’oublions pas qu’ici au Venezuela, ce gaz n’appartient pas à l’élite, il est notre propriété et qu’il est pratiquement gratuit; Pas question d’en faire commerce. »  A El Rosario, quartier aux 350 familles, tout le monde se connaît, et la méthode a fonctionné. Ici même le boulanger qui escroque la commune et sa mère, venue le défendre à la réunion, continuent à réclamer leurs bonbonnes et on les leur donnera. Au sortir de la réunion, les abrazos se mêlent aux rires, puis s’éloignent à reculons les silhouettes qui saluent et les reflets de lunettes dans la brume de la nuit.

Le lendemain, avant l’assemblée plénière du gaz communal, Jesus Garcia anime deux réunions dans une classe de l’école primaire: sur la boulangerie communale (où il dénude les calculs douteux du boulanger) et sur l’achat de la viande par la boucherie communale. Il explique aux différents conseils de la commune que les producteurs de viande préfèrent qu’on les paie avec du sel pour les aliments du bétail, qui vaut plus pour eux que l’argent vu la difficulté de trouver ce complément dans leur région. Au total si chacun joue son rôle, on vendra aux familles du pain et de la viande à 40% du prix que pratique le secteur privé, et il en restera un bénéfice pour la banque communale.

« Dehors les gens sont arrivés, on avait dit à sept heures » interrompt un participant.

« On y va, on y va, dans quinze minutes !» promet Garcia.

L’assemblée plénière du gaz se déroule à deux pas de la crèche de Noël construite en carton des boîtes alimentaires des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs). Dedans un âne aux dents hilares réchauffe le nouveau-né qui en a bien besoin à cette heure, sur les hauteurs de Caracas. Au micro, le jeune Garcia interroge la cinquantaine d’habitant(e)s : « Et si à el Rosario ils ont réussi a organiser la distribution du gaz calmement et sans heurts, est-ce parce qu’ils sont extraterrestres ? Non, ils sont comme nous, et nous sommes comme eux. Etait-il vraiment nécessaire de recourir à la violence ou de nous en prendre au voisin, comme cela est arrivé ici l’autre soir ? ». Puis il énumère les points de la méthode expliquée la veille lors de la réunion sur les services, appelle à l’estrade les responsables du gaz des divers conseils communaux, leur propose de prendre en main la nouvelle méthode, cède le micro pour des questions, des propositions.vlcsnap-2019-01-24-17h13m36s635

Si on regarde l’histoire de la commune « Altos de Lidice », en pleine guerre économique qui exerce une pression de plus en plus forte force sur les habitant(e)s, force est de constater qu’au-delà du rôle « d’éclaireur » de Jesus Garcia, les responsables assument de plus en plus leur responsabilité concrète, et que ce sont des femmes en majorité. C’est le doux paradoxe de cette assemblée : au moment où elles débattent de gaz, viande, pain et de démocratie participative, à quelques dizaines de mètres, des opposants frappent sur des casseroles, et quelques gamins de 12 à 13 ans tapent eux aussi sur du métal en dévalant les trottoirs, rieurs. Le profond mécontentement populaire n’a pas donne le niveau politique espéré par la droite, même si les meetings d’opposants ont, pour la première fois, retrouvé l’affluence. Les foyers de violence duraient ici une nuit, là une autre, sans suivi, sans enracinement, preuve de leur caractère « planifié », destinés à la blitzkrieg des médias internationaux. Les chavistes aussi se mobilisent en nombre mais attendent que Maduro agisse vite, et agisse plus fort, face aux entrepreneurs privés, au patronat, aux montées quotidiennes des prix qui asphyxient le peuple, et à l’incapacité de nombreux fonctionnaires à effectuer la tâche qu’on attend d’eux.

La partie n’est pas simple puisqu’au gel des prix les producteurs répondent en paralysant la production, et la révolution productive planifiée par Maduro ne va pas aussi vite que la guerre économique. Sur le plan international le président a joué de son talent diplomatique, s’assurant le soutien de puissances comme la Chine ou la Russie pour redresser l’économie. En intrônisant un jeune leader d’extrême droite depuis Washington, qui ne fait pas l’unanimité dans les partis d’opposition, et en rejouant la carte de la violence, l’opposition locale dilapide son maigre crédit politique. Elle heurte de front la culture démocratique, patriotique et pacifiste ancrée profondément chez les vénézuéliens de tout bord. La droite, ici ou dans des pays comme le Brésil, est d’ailleurs vouée à un exercice éphémère  du pouvoir: ses politiques ultra-néolibérales et racistes créent très vite des bombes à retardement social, qui les condamnent à la fuite en avant, par exemple en voulant détruire le Venezuela.

A part réussir sa « révolution productive », le salut du Venezuela bolivarien passe plus que jamais par réduire l’écart entre l’Etat et les attentes des citoyens. Jesus Garcia: « Dans notre commune aucun service public ne fonctionne correctement (un an sans eau potable, sans éclairage, sans transport et un service de gaz irrégulier). Face à cette réalité nous avons décidé de fortifier les équipes et leurs porte-paroles, l’organisation communale, tout en demandant à la mairesse Erika Farías une meilleure articulation entre le cabinet des services et notre commune. Ce soir nous, les habitants du quartier, nous nous sommes mis d’accord sur plusieurs points. L’un d’eux est qu’il existe des solutions, il n’y manque que la volonté politique et une meilleure articulation. L’autre point est que nous rejetons la violence, les barrages de rue comme solution. Si nous sommes une commune, c’est pour quelque chose, la route est ouverte. Prendre ses responsabilités face aux problèmes et chercher les solutions en profondeur avec les habitants qui s’organisent est la clef pour réduire les problèmes dans la rue. Nous savons quels sont les plans de l’empire mais si dans le quartier, dans la commune, nous faisons bien les choses, nos territoires seront des espaces inexpugnables, et libres de toute tentative de violence fasciste. »

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Thierry Deronne, Caracas, 25 janvier 2019

Photos : Jesus Reyes

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Vivre le Vénézuéla

D’un coup de hache un géant a tranché ces collines de terre aujourd’hui semées de maisons. Des grands quartiers populaires de l’Ouest de Caracas roulent chaque matin les affluents humains qui rient, jurent, s’arrêtent, s’étirent et repartent, se pressent dans le métro: le monde du travail noue et dénoue le Venezuela. Là-haut un vieil ermite devenu fou avait bougé un caillou, puis deux puis trois, faisant jaillir la source. « Une eau pure » raconte un vieillard qui mime de ses bras la taille du ruisseau. « On pourrait creuser un puits d’eau profonde » répond aujourd’hui Jesus Garcia, le jeune coordinateur de la commune « Altos de Lidice ». La majorité des participants à la première réunion de l’année sont, comme toujours et partout, des femmes. Cette fois, les pieds de métal des pupitres de l’école primaire fraîchement repeinte ne font pas de bruit.

– Parfois on entend dire moi je n’aime pas la manière dont Maduro gouverne le pays, commence Garcia, hé bien voyons comment nous allons gouverner notre commune. Parce que c’est notre devoir de nous autogouverner. On va voir si nous en sommes capables, nous, et une commune, en principe, c’est plus facile à gouverner qu’un pays, non ? Maintenant, si nous disons aux gens que pour monter la banque communale nous devons faire deux élections, ils vont nous pendre. Ils en ont marre, ils ont déjà voté tant de fois, ils veulent des réponses concrètes. (Acquiescements). Autre chose : nous n’allons pas créer cette banque puis attendre le financement. Nous avons déjà l’argent. Alors cette banque créons-la sans délai. (Garcia dessine au tableau). Les trois projets sont, primo, semer des pommes de terre sur les terres récupérées la haut.

– A condition qu’on ne nous les vole pas ! lance Yudami.

– Exact. On a pris des mesures pour ça, là-haut. L’autre jour j’ai parlé avec la mairesse Erika. Il y a dans la cour de la Corporation Municipale de Services plusieurs camions abandonnés, jamais réparés depuis des lustres, certains n’ont plus les pneus du devant, à d’autres il manque une pièce, j’ai dit à Erika « pourquoi ne pas donner un de ces camions à la commune ? ». Ici avec nos mécaniciens, on s’arrange pour les réparer, on trouve les pièces manquantes. Avec un seul de ces camions que ne pourrions-nous faire ! Nous pourrions aller chercher les semences de la commune El Maizal, des semences de maïs, de haricots… Le deuxième projet c’est la boulangerie communale. Comme vous savez le boulanger à qui nous avions donné le crédit, les gens s’en sont plaints parce que son pain c’était de la farine et de l’eau, sans levure. Avec la levure, il vendait du pain ailleurs ! Il faut monter nous-mêmes notre boulangerie, nous devons acheter les fours, il y a beaucoup de gens qui savent faire du pain dans la commune. L’autre problème est qu’avec l’hyperinflation, le distributeur de farine de l’Etat ne fournit plus sans être payé d’abord et il faut trouver la levure autrement qu’aux prix du marché noir. Le troisième projet de la banque, c’est le recyclage. Nous parlons de salarier des équipes de jeunes qui vont trier les déchets. Au Venezuela nous sommes très en retard sur le recyclage et pourtant, avec tout l’argent gagné, on pourrait faire beaucoup.

– Je ne suis pas d’accord Jesus ! (c’est Rosiris qui parle), nous sommes tous égaux, nous sommes tous des êtres humains, il serait injuste que ces jeunes doivent trier des papiers hygiéniques souillés mélangés à du verre. C’est à chacun de trier.

– Moi je peux dire d’expérience, poursuit Luisa Elena, qu’il y a une grande réceptivité, j’ai travaillé avec les grand-mères, certaines sont ici à la réunion, et elles ont encouragé leurs petits-fils à trier eux-mêmes. Imaginez, quand on aura recensé tous les coins obscurs du quartier, tous ces lampadaires qu’on pourra avec l’argent gagné…

Un homme mince, lunettes à monture noire, se lève : un professeur d’économie de l’université bolivarienne, accompagné d’étudiant(e)s comme Mariana qui a dessiné un plan des fonctions de la banque. « Une banque comunale n’est pas comme une banque privée qui utilise notre argent pour faire des bénéfices sans que nous ne puissions rien contrôler. La banque communale génère des bénéfices pour la communauté. Chaque projet a ses caractéristiques et ses cycles. Semer des pommes de terre ou faire du pain, ce sont des frais différents et des délais de remboursement différents. Les étudiants peuvent vous aider, par exemple donner un cours de comptabilité… »

– Une question (Yarimir lève la main) : et si je propose à la banque un projet de gâteaux, qui serait bien sûr soumis à l’évaluation collective… ?

– … dans ce cas, reprend le professeur, je suppose que vous devrez vous mettre d’accord sur les critères de recevabilité des projets.

– Moi je sais que ce n’est pas un point à l’ordre du jour, intervient Yusleiny, mais je voudrais dire que c’est regrettable ce qui s’est passé l’autre soir quand est venu le camion du gaz communal, il n’y avait pas assez de bonbonnes. Quand j’ai vu les gens courir derrière le camion, je me suis sentie très triste.

– Oui nous devons tout réorganiser lors de la prochaine réunion sur le gaz, dit Jésus Garcia.

– Il y en a qui ont sorti leurs armes et ont tiré…

– Et l’eau ! (c’est Mara qui parle), écoutez-moi, là tout en haut, il y a des gens qui n’ont pas d’eau depuis un an et je peux vous certifier, j’ai un peu honte de le dire, que les camions-citernes sont pleins, que de l’eau il y en a mais les travailleurs de l’entreprise on ne leur a pas payé leurs allocations de décembre, et ils ont décidé de chômer, ils préfèrent ouvrir les robinets pour vider les camions…

– Moi ce que je veux dire ici puisque nous aurons bientôt la prochaine réunion sur le gaz, c’est que nous devons nous engager, mais vraiment nous engager. Parce que souvent à la première réunion nous y sommes tous, puis à la suivante, il y a la moitié qui vient, et à la suivante la moitié de la moitié. Cette banque nous devons la penser au-delà de tout intérêt individuel, c’est un bénéfice pour tous, s’exclame Rosiris.

Les longs cheveux des participantes sont comme les filets qu’on replie avec patience, dans une barque tendue entre passé et présent. Depuis vingt ans, le journaliste du vieux monde est resté sur le quai et leur a tourné le dos. Il ne peut pas considérer la patience de ces « pêcheuses » comme un bon « sujet ». Ainsi durant vingt ans fut cachée au reste du monde l’humble course des temps qui se surveillent du coin de l’oeil. Ne fuis pas, dit le passé au présent, oui, oui je sais, répond le présent. Les écrans ont caché le lointain, la quantité est devenue « vérité » et ceux qui avaient le plus intérêt à se connaître se sont éloignés. La droite rêvait de prendre racine ici, mais elle ne peut plus compter que sur les médias occidentaux. C’est pourquoi ceux qui débarquent à Caracas ne comprennent pas la sérénité, la nonchalance, le rire là où ils croyaient trouver violence, crise humanitaire, exode, famine. Notre révolution a vingt ans mais quel âge a-t-elle ?

Thierry Deronne, Caracas, 21 janvier 2019

Photos : Jesus Reyes

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“Les médias sont obligés d’occulter 90 % de la population vénézuélienne, celle qui tente de s’organiser” (interview de Thierry Deronne, l’un des créateurs de TERRA TV)

Interview réalisée par le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne @REDEuropaVE

Nous rencontrons aujourd’hui Thierry Deronne. Né en Belgique, il vit depuis 25 ans au Venezuela. Cinéaste, documentariste, professeur universitaire et journaliste, il travaille à rendre visible ce peuple vénézuélien qui, malgré les agressions externes auxquelles il est soumis, continue à nous surprendre dans la construction d’un « autre monde possible ». 

Ton collectif produit divers documentaires sur la Révolution Bolivarienne tels « Marche » et prochainement « Commune ». Parle-nous de ces productions récentes.

Ces documentaires sont deux productions de TERRA TV, une télévision paysanne que nous avons créée récemment. Nous voulons construire un média cohérent avec notre démocratie participative, citoyenne, non seulement dans le discours mais aussi et surtout dans la manière de s’organiser et dans son mode de production. On peut voir les premières vidéos sur la page Facebook @terratv2018. Le documentaire ¨Marche¨ vient d’être projeté à Londres, Liège et Bruxelles. Nous l’avons réalisé directement avec les compagnes et compagnons de la plateforme paysanne qui ont remonté à pied les quelque 400 kilomètres qui séparent le bourg rural de Guanare de la capitale Caracas. Ils racontent comment, en pleine guerre économique contre la Révolution Bolivarienne, les mafias agraires appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics ont lancé une contre-offensive pour récupérer les terres remises au peuple par le Président Chávez. Et comment ils ont décidé de marcher sur Caracas pour réaffirmer leur appui au Président Maduro, mais aussi pour lui demander de renouer avec la réforme agraire et de faire cesser les assassinats de leaders et militants de la lutte pour la terre.

Le documentaire ¨Commune¨ naît de l’idée de chercher le lien entre luttes paysannes et production d’aliments dans les communes urbaines pour faire face aux pénuries organisées par le secteur privé majoritaire dans l’économie. La relation nouée avec les habitants des Altos de Lídice a ouvert la boîte de Pandore. Le tournage s’est transformé en course quotidienne entre les réunions des comités de santé, la mise en route des boulangeries ou entreprises textiles communales, l’eau, le transport, avec son cortège de doutes, conflits, chutes et rechutes, absences, humour, redémarrages, progrès, reprise à zéro, élections des conseils communaux, bals populaires de salsa, petits déjeuners d’arepas (galettes de maïs, aliment quotidien) pour nourrir les enfants et les ausculter médicalement, jusqu’aux cerfs-volants qui flottent haut par-dessus les terres froides qu’on vient de semer pour les comités locaux d’approvisionnement. Ce documentaire sortira en mars 2019 et comptera huit épisodes d’une heure chacun.

Tu vis depuis longtemps au Venezuela. Que retires-tu de cette expérience, qu’est-ce que ce peuple est en train de construire ? Peut-on l’expliquer en Europe ?

Oui, c’est après une première expérience de formation audiovisuelle dans le Nicaragua sandiniste des années 80 que je me suis établi ici, il y a 25 ans. Ce que je lis dans cet acharnement à vouloir nous détruire de la part du suprématisme des Trump, Macron, Bolsonaro, de l’Union Européenne, dans la résurgence historique d’une Sainte-Alliance médiatico-économique, c’est que nous sommes – entre autres – une avancée dangereuse, contagieuse, rebelle, souverainiste, de l’Afrique en Amérique Latine. Nous sommes les héritiers et héritières des idées égalitaires du président d’Haïti, Alexandre Pétion, qui sauva Bolívar et lui donna des armes et d’importants moyens financiers pour qu’il puisse commencer son Passage des Andes avec son armée populaire d’ex-esclaves et de paysan(ne)s et libérer d’autres peuples de notre Amérique. Les vénézuélien(ne)s surprennent jusqu’à leurs propres structures partisanes quand ils descendent à pied des hauts plateaux, traversent des rivières, forcent des barrages d’extrême droite, pour élire une Assemblée Constituante ou, plus récemment, avec cette marche paysanne historique qui a parcouru 400 kilomètres pour soutenir Nicolás Maduro contre les secteurs conservateurs de l’Etat.

Les européens sont prisonniers de leur incapacité à penser un pays hors du cadre et du champ médiatiques. Il est très révélateur que beaucoup à gauche croient que cette guerre économique que l’Empire a conçue et perfectionnée pour détruire le socialisme de Salvador Allende, ou le Nicaragua, ou Cuba, est… une « crise humanitaire » ou la « faillite d’un socialisme dictatorial » au Venezuela. Cette gauche qui s’informe par les « médias » et qui a fini par se faire penser par eux, ne perçoit pas l’objectif impérial de marteler et magnifier, à travers la guerre économique, cette image de migration massive pour justifier une intervention extérieure. La causalité a disparu, substituée par les effets… et les effets sont devenus l’« information ». Les grands médias ont amené les Européens à se couper du monde. Dans le passage de sa politique étrangère sous commande médiatique, l’Europe a perdu pour longtemps sa crédibilité.

Dans notre cas, il y a  quelque chose de plus : les médias sont obligés d’occulter 90% de la population vénézuélienne parce qu’elle tente de s’organiser, que ce soit dans les quartiers populaires ou dans les zones rurales. C’est ainsi qu’en 2017 une minorité violente d’extrême-droite, multipliée par les caméras, s’est transformée aux yeux du monde en « peuple vénézuélien », et grâce à l’inversion du montage des « news », en « peuple réprimé par Maduro ». C’est ainsi que ceux qui ont été emprisonnés pour avoir participé ou organisé des attentats à la bombe, des incendies de maternité, des lynchages d’afrodescendants, etc, sont devenus des « prisonniers politiques ». Si la majorité des Européens croient dans une propagande qui nous ramène aux années trente ou à la Guerre Froide, on comprend pourquoi ils peuvent soutenir des coups d’État ou des invasions armées contre ce qui est en réalité une démocratie électorale et participative, qui bruit quotidiennement des critiques émanant des partis de tout bord et de l’ensemble de la population, dans la rue et depuis les médias en majorité privés et d’opposition.

Avec ce type de films, peut-on desserrer l’étau communicationnel et médiatique contre le Venezuela ? Quel peut être le rôle des médias communautaires, alternatifs pour faire front à la manipulation médiatique et à la désinformation contre le processus bolivarien ?

La révolution bolivarienne a une identité très participative mais notre communication sociale semble incapable de l’exprimer dans toutes ses contradictions et ses potentialités. Par exemple, presqu’aucun média bolivarien ne parle de la tâche difficile et passionnante de construire une commune, alors que c’est la stratégie centrale du chavisme. Passer toute notre vie, jour après jour, à répondre aux mensonges de l’hégémonie médiatique ne nous laisse pas le temps de développer notre propre agenda, de parler du monde nouveau que nous voulons construire.

Un autre problème est celui qu’énonce Clausewitz : utiliser les mêmes armes que l’adversaire peut nous amener à lui ressembler. On le voit par exemple dans la croyance que les médias actuels peuvent servir à exprimer notre processus bolivarien. Jouer sur le terrain de Twitter ou de Facebook – conçus par les grands groupes états-uniens pour multiplier la consommation individualiste, voire narcissique, du réel – nous fait perdre du temps et retarde une tâche stratégique : celle d’inventer des technologies numériques originales, révolutionnaires, qui renforcent l’organisation et la conscience populaires. Les exemples de l’Equateur, du Brésil, etc., nous le rappellent : alors que la gouvernance mondiale s’exerce via les médias et les réseaux sociaux, la gauche reste incapable – ce qui est incompréhensible à ce stade – de créer de nouveaux moyens numériques pour connecter le collectif, de démocratiser radicalement la propriété des grands médias ou encore de refonder des écoles de communication sociale indépendante de la logique du marché.

Hugo Chávez critiquait cette manie de vendre le socialisme comme un savon, comme une vitrine, cette habitude mécanique de nos médias publics d’édulcorer la réalité et d’effacer les critiques qui émanent des quartiers populaires et de la campagne, critiques qu’il voyait comme moteur vital – car populaire – de la révolution. Pourquoi ne pas compter sur l’intelligence du public, sur son désir de participer au sens d’un message, sur sa maturité et sa capacité de comprendre qu’une critique populaire n’est pas une destruction ?

Depuis les années 60 nous savons qu’une communication révolutionnaire doit dépasser qualitativement celle de son adversaire, et qu’il s’agit par exemple de « faire politiquement des films plutôt que des films politiques » (Jean-Luc Godard). Paulo Freire parlait d’“une télévision de la question plus que de la réponse¨. Et Mao Zedong expliquait qu’“une action ne doit pas être une réaction mais une création“. En ce sens, notre école populaire de cinéma a étudié l’expérience des presque 4000 films d’actualité produits par l’équipe de Santiago Álvarez, devenus aujourd’hui patrimoine de l’UNESCO, qui ont pendant trente ans renforcé la révolution cubaine en en déployant sa chronique populaire et souvent critique.

Julio García Espinosa, autre cinéaste et penseur cubain, parle de cette image ¨qui exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui illustre et embellit les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage et la mise en page. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Une partie de l’équipe de Terra TV réunie à Caracas entre tournages ou ateliers parmi les mouvements sociaux, un projet qu’on peut découvrir et soutenir ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Terra Tv fait aussi partie du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne. Comment vois-tu le travail et comment impliquer davantage de collectifs dans la défense de la souveraineté et de l’autodétermination du peuple vénézuélien ?

Notre ami Marco Teruggi a fait un excellent rapport après sa tournée en Europe effectuée il y a quelques mois. Après avoir observé qu’« aujourd’hui nous sommes pratiquement seuls », une de ses propositions pour sortir des cercles d’habitués est de nouer des relations avec les mouvements sociaux, des organisations de femmes, les syndicalistes, les étudiant.e.s, etc… Nos documentaires cherchent à exprimer l’épopée populaire, le grain de folie de celles et ceux qui construisent, sans tomber dans la vitrine pour convaincus. Ces films rendent visible un peuple vénézuélien qui n’est pas la victime humanitaire, dépouillée de son Histoire, mais le sujet historique, collectif, créateur, qui après vingt ans de révolution ne se lasse pas d’inventer un autre monde possible – raison pour laquelle les médias occidentaux doivent l’occulter.

Source: https://twitter.com/redeuropave/status/1073866045503492096  

Traduction: Philippe Hennebert pour VENESOL www.venesol.org

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Teaser de “Commune”, nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne de TERRA TV

“Commune”, qui sortira en avril 2019, est un nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne produit par TERRA TV et et par l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre (EPLACITE).

Sans doute y a-t-il un grain de folie à vouloir encore montrer au monde ce qui se passe au Venezuela hors du champ médiatique, à l’heure où le gouvernement mondial s’exerce par les médias, et où s’est creusé un abîme insondable entre la réalité d’un pays et son image à l’extérieur. ¨Commune¨ nous fait entrer au coeur des contradictions qui font avancer une démocratie participative, celle que les médias ont occultée depuis vingt ans pour la transformer aujourd’hui en ¨dictature de Maduro¨.

Ce film est parti d’une idée de Terra TV : comprendre le lien entre luttes paysannes et agriculture urbaine comme base des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAPs) qui résistent aux pénuries provoquées par la guerre économique. La relation nouée avec les habitant(e)s de la Commune Altos de Lidice, née au sein des quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, a ouvert la boîte de Pandore. De réunion en réunion, le tournage s’est fait tourbillon quotidien : santé, approvisionnement, eau, électricité, transport… doutes, conflits, flottements, absences, chutes, rechutes, humour et nouveaux départs…. élections, reélections de conseils communaux, fêtes de quartier, “arepazos” pour nourrir et ausculter les enfants, cerfs-volants flottant sur les hautes terres froides qu’on s’est promis de semer pour soutenir les CLAPs, avec toujours, partout, les femmes en première ligne…

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Assemblée populaire, maquette du quartier… Jesus Reyes à la caméra et Victor Hugo Rivera au son

Cette chronique d’une organisation populaire depuis sa naissance repose sur les épaules de Jesús Reyes, de Victor Hugo Rivera, issus de l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma et de Télévision.

Jesus Reyes explique : « Les images parlent d’elles-mêmes, il y a de l’affection dans leur conception, elles cherchent à être vues et tentent de faire comprendre un futur pas si lointain. La poésie ne se détermine pas, elle naît de ce que nous observons jour après jour, à l’aube, l’après-midi, le soir.  On n’a pas peur de montrer la vie, quand on connaît la mort de près, on montre les blessures. Nous travaillons tous les jours.  »

Victor Hugo Rivera se dit ¨fatigué de voir comment notre époque a rétréci l’oeil documentaire, de voir le latino-américain rester une victime individualisée, vidée de son Histoire, objet humanitaire monnayable dans les télévisions et les festivals. L’art du réalisateur, de l’équipe qui réalise, ce n’est pas de chercher un thème mais de laisser le thème le trouver, non pas de choisir les gens mais de les laisser vous choisir. La forme de l’image naît de ce moment d’égalité, d’amour, de respect, de compréhension, de construction.¨

Et de citer Julio García Espinoza: ¨Un cinéma au service de la révolution exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui ¨illustre et embellit¨ les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Thierry Deronne, Caracas, 25 novembre 2018

« Commune » de Jesus Reyes et Victor Hugo Rivera, production Terra TV, sortie le 20 janvier 2019. Pour acquérir le DVD en sous-titres français, on peut écrire à partir de cette date à Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

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Au Venezuela, la révolution paysanne

Par Geraldina Colotti, correspondante en Europe de Resumen Latinoamericano

14 novembre 2018

Le 13 septembre à Bruxelles (Belgique) est né le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne en présence d’organisations internationalistes de 17 pays. Pour le Venezuela étaient présents Pablo Sepúlveda Allende, Gustavo Borges, Jimmy Laguna et Jonathan Vargas, militant du mouvement social de base paysanne, le ¨Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora¨ (CRBZ). Nous avons évoqué avec lui la situation de son pays, des paysans, des comunes et des nouveaux défis qu’affronte le socialisme bolivarien.

Quel est le travail du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora, et à quel titre participez-vous à ces journées ?

Je fais partie du Comité des Relations Internationales du CRBZ, un organisation chaviste active sur tout le territoire vénézuélien et porteuse d’une longue histoire de lutte enracinée dans les années 80. Elle articule le Front National paysan Ezequiel Zamora, le Front National Communal Simón Bolívar, le Système National de Formation Simón Rodríguez et deux autres axes liés à la formation: le CEFES, un centre d’études sociales et l’Ecole Nationale de Cadres Mariscal Sucre. Nous sommes une organisation collégiale, structurée en différentes commissions : économique, politique, internationale… Nous agissons sur la base d’un plan stratégique à l’intérieur du processus bolivarien, nous menons un travail politique avec les femmes, les jeunes… Nous sommes membres de Vía Campesina, de l’Observatoire des Droits Humains dont le siège est au Mexique, nous avons des responsabilités au sein de la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, etc… Pour nous il est prioritaire de combattre la guerre médiatique, de briser l’étau international contre le Venezuela, d’établir des relations fraternelles entre les peuples et d’organiser ce que Chavez appelait la ¨diplomatie des peuples¨.

Et au Venezuela, quelles sont vos priorités politiques ?

Nous nous lions à la population directement, sans formalismes ni bureaucraties, mais maintenons une relation de travail avec notre chancellerie. Nous sommes un courant révolutionnaire à l’intérieur du Parti Socialiste Unifié (PSUV). Pour le moment nous accompagnons un groupe de comunes sur le plan national, notamment la Cité Communale Paysanne Simón Bolívar, situé dans l’état d’Apure, municipalité Paez. Nous avons deux méthodologies de travail politique selon que nous avons des adhérents sur place ou non : accompagner ou conseiller. D’une cité communale comme La Sierra, naît une nouvelle architecture de pouvoir populaire qui se décline dans différentes sphères sociales: de l’économique à la politique, de la communication à la culture et la militaire, traduite dans l’unité civico-militaire.

La société communale rurale Simón Bolívar est une expérience sans précédent de la relation créatrice entre l’auto-gouvernement et ce que nous pourrions appeler le leadership formel – le gouvernement, l’État et le parti. En tant que mouvement révolutionnaire nourri d’une longue expérience historique des luttes populaires, nous faisons partie de cette avant-garde collective qui défend clairement le processus révolutionnaire et appuie le gouvernement bolivarien comme garantie de continuité du processus. Cependant nous croyons que doivent être appliquées une série de mesures pour accélérer le processus de transition d’un modèle encore marqué par la forme ancienne de la démocratie représentative, vers un modèle participatif dont le peuple est l’acteur principal: un modèle où les gens ne sombrent pas dans l’apathie ou la délégation mais prennent en main directement leurs affaires, décident, gèrent, participent à l’élaboration de tactiques et de stratégies. Nous refusons les manoeuvres de groupes qui se disent de gauche mais finalement s’alignent sur des positions de droite et nient le caractère révolutionnaire du gouvernement bolivarien.

Et quelle est ton analyse ?

Le Venezuela traverse une situation économique difficile à cause des attaques impériales tant internes qu’externes. Pour saisir ce qui se passe au Venezuela il faut repartir des contradictions capital-travail mais aussi nation-empire. Nous avons un gouvernement de transition au socialisme mais les valeurs restent fondamentalement celles d’une société capitaliste, l‘Etat bourgeois reste debout. Avec comme on l’imagine toutes sortes de contradictions dans le champ social, consumérisme, mercantilisme etc… Il faut penser tout cela avec une bonne dose de “réalisme révolutionnaire” : nous ne sommes pas à l‘époque de Lénine, ni du Che Guevara, ni dans les années 80. Nous devons construire de nouveaux paradigmes qui nous permettent de réactiver des secteurs influencés par le modèle capitaliste, les rendre amoureux du projet révolutionnaire, ce qui suppose de nouveaux mécanismes d’organisation, de nouvelles manières de combiner l’humanisme avec le ¨socialisme scientifique¨, de rompre avec la logique verticale et bureaucratique, etc.. Il s’agit de se ressourcer aux intuitions chavistes pour défendre les acquis révolutionnaires et mobiliser de manière permanente le pouvoir populaire.

Qu’a fait le CRBZ pendant les violences d’extrême droite de 2017 (présentées par les grands médias comme révolte populaire, NdT) et pour lutter contre la guerre économique?

¨Guarimba est un terme qui n’existe dans aucun pays ni dans le champ juridique, appelons un chat un chat : terrorisme fasciste utilisé par une droite qui a vu s’étioler son espace social mais n’a jamais renoncé à ses velléités putschistes et déstabilisatrices. Une violence à laquelle la droite a recouru dès que la révolution est devenue une majorité électorale (ce qui ne signifie pas qu’elle ait la majorité en général). Tant en 2014 qu’en 2017, cette droite a causé de nombreux morts, usant des tactiques du chaos pour accuser ensuite le gouvernement de réprimer les protestations. En 2014, la violence s’est cantonnée aux quartiers riches, en 2017 on a tenté de l’exporter dans les quartiers populaires, d’y semer le chaos et le nombre de morts a augmenté. Le peuple a cependant défendu ses acquis et a repris le contrôle du territoire.

Plus que la réponse du gouvernement, la victoire est venue de l’union civico-militaire et du pouvoir populaire organisé de diverses manières. Pendant la ¨guarimba¨ de 2014, je suis allé avec un groupe de compagnons retirer les barricades qui empêchaient la libre circulation en violation de la constitution. Pendant cette action pacifique, nous avons été attaqués par un groupe de motards masqués qui ont commencé à nous tirer dessus avant de s’enfuir. Une valle a ricoché sur un mur et m’a frappé la jambe droite, heureusement sans trop de dommage. D’autres compagnons n’ont pas eu cette chance et ne sont plus là pour en parler.

Face à la guerre économique, les communes rurales en particulier et urbaines où nous travaillons, s’organisent à travers l’autoproduction et l’échange direct, ainsi qu’avec des monnaies alternatives comme dans la Commune du ¨Panalito¨du quartier 23 de enero, on part des besoins profonds des personnes et non d’intérêts créés par le marché capitaliste. On ne produit que ce que l’on consomme et on construit de nouvelles relations sociales, plus solidaires. Dans l’État paysan d’Apure, par exemple, nous avons élu comme maire un militant historique, José María Romero. On y construit un espace partagé entre le peuple organisé et le gouvernement révolutionnaire, l’espace du bien vivre, où on discute ensemble du budget, les frais sont calculés sur la base des besoins de la communauté, bref les décisions de la population dépassent le niveau institutionnel de l’État.

Le mouvement paysan a récemment assumé un rôle direct sur la scène politique, dévoilant une image complexe de la situation. Après presque vingt ans de révolution bolivarienne, quel est votre bilan en tant que marxistes ?

Le mouvement paysan a pour caractéristique d’être un des sujets les plus loyaux de la révolution. Mais il est aussi le secteur le plus attaqué par les forces latifundistes et de l’agro-industrie qui n’ont jamais renoncé à détruire la Loi des Terres ni le nouveau cadre constitutionnel garant de l’occupation des terres improductives. De 1998 jusqu’à aujourd’hui les grands propriétaires et l’extrême droite (les premiers finançant souvent les violences de la seconde) ont assassiné plus de 200 paysans. Le dernier en date est un adolescent de 15 ans, fils d’une militante révolutionnaire, assassiné dans une embuscade dans l’État de Barinas.

Ce qui se passe avec le mouvement paysan illustre mon propos: la persistance d’un État libéral, y compris en présence d’un gouvernement qui tente de le détruire. Dans ce cadre il y a des intérêts en conflit qui poussent des fonctionnaires et des magistrats sans scrupules à saboter le procesus révolutionnaire, à persécuter les paysans en foulant au pied les garanties légales, pour protéger les intérêts des grands latifundistes. C’est pourquoi nous saluons la détermination du nouveau Procureur Général de la République, Tarek William Saab, dans sa lutte contre la corruption. Cependant notre tâche est d’assumer complètement cette contradiction de classe, d’appuyer la lutte du mouvement paysan dans les quartiers et dans les communes pour construire un monde nouveau. C’est-à-dire de construire une majorité nouvelle capable de radicaliser la révolution.

Source : http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/11/14/venezuela-la-revolucion-campesina-entrevista-a-jonathan-vargas-militante-de-la-crbz/

Texte revu par Gabriela Pereira

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Eduardo Viloria Daboin / CRBZ

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Congrès des Communes : comment passer des engagements aux actes ?

Une analyse du mouvement social vénézuélien Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora (www.CRBZ.org)

Une première phase du Congrès national des communes vient de s’achever. Comme l’a annoncé le président Maduro, celui-ci sera prolongé durant soixante jours pour élaborer et développer les propositions de manière plus détaillée. Après des jours de débats, lors de la réunion de clôture avec le Président de la République, Nicolás Maduro lui-même a fait siennes et approuvé les propositions présentées par les congressistes. C’est sans aucun doute de la plus haute importance, surtout si l’on considère que le discours officiel acte la décentralisation de la question des communes et l’approfondissement du pouvoir populaire.

Le fait que le président Maduro a publiquement pris ces engagements signifie que le gouvernement national dans son ensemble et les mairies et les administrations doivent prendre en compte et appliquer ces orientations. Ainsi, la question communale reprend de l’importance dans les actions du gouvernement, en vertu de l’engagement pris par la première autorité de l’État vénézuélien, le gouvernement et le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

Il ne s’agit pas d’une question mineure, car l’approfondissement de la construction communale n’est rien moins que l’horizon stratégique défini par le commandant Chávez pour développer une démocratie révolutionnaire et ainsi transformer la société à travers un socialismo territorial. C’est dans la commune en effet, dans ses formes d’organisation, dans son potentiel de productivité économique, dans sa capacité à générer de nouvelles formes d’administration, de gestion des services et la satisfaction des besoins de base, à partir de structures organisationnelles fondées sur la participation et l’implication du peuple, que se manifeste le mieux la possibilité de créer une société dans laquelle le peuple lui-même prend en main son destin pour ne pas être conduit par les élites économiques et politiques. D’où l’importance de la tenue du Congrès et des résultats exprimés dans l’engagement du Président Maduro, qui vont dans cette direction.

Un peu de mémoire…

Ces nouveaux accords devraient comporter un nécessaire équilibre d’engagements semblables pris dans le passé par l’Exécutif national. Par exemple, le programme de travail avec lequel le président Maduro s’est engagé le 15 août 2015 et dans lequel il a également impliqué un nombre important de hauts fonctionnaires.

Dans cet ensemble d’accords, il avait été proposé d’avancer dans des domaines tels que la police communale, les plans de défense territoriale, l’intégration des plans de développement communaux dans le système national de planification, la création d’un système national de presses communales, la création d’un réseau pour la distribution et la commercialisation de la production des communes et d’une grande société de production et de distribution commune, la création d’une super intendance du système économique communal, la construction d’un plan afin de transférer des compétences à l’administration et la gestion des services, un plan de transfert de l’administration et de la gestion des sablières, des carrières, des fours à chaux, entre autres, la détermination par la banque de programmes de financement des communes, la promotion du système agricole communal qui implique, entre autres, la création d’un plan agro-industriel pour les communes et une banque de semences, l’affectation d’un code unique d’achat de fournitures pour les communes et autres organisations socio-productives pour avoir un accès préférentiel aux intrants agricoles, au ciment, au fer et à l’acier ainsi qu’à la production des entreprises publiques d’aliments.

Si l’on fait le bilan aujourd’hui, force est de constater que très peu de choses ont été accomplies et beaucoup a été fait pour des choses qui n’ont pas avancé. La logique bureaucratique s’est imposée, la lassitude, des retards, des intérêts politiques partisans, des quotas de pouvoir régional et municipal, mais aussi la corruption et les mafias. Comment faire en sorte que le cela ne se répète pas et que nous puissions réellement avancer dans la réalisation des objectifs proposés ? Comment pouvons-nous reprendre cet agenda en suspens et l’intégrer dans l’agenda actuel ?

Tout d’abord, nous pensons qu’en plus de l’élaboration détaillée des propositions, il est nécessaire de définir des priorités, d’élaborer des plans et des calendriers d’exécution, d’orienter les ressources ainsi que de définir les responsables des tâches aux différents niveaux de gouvernement et dans les instances organisées des communes ; ces plans et calendriers doivent être examinés périodiquement. Les raisons du non-respect et des retards éventuels doivent être évalués afin de déterminer les responsabilités et prendre les décisions en la matière.

Deuxièmement, il est essentiel que cela soit fait à l’égard du pays, d’une manière publique et transparente, sans opacité d’aucune sorte ; à cette fin, il faut mettre à profit internet et les technologies de l’information et de la communication.

Troisièmement, il est essentiel que les communes disposent d’instances et de canaux au sein du gouvernement pour pouvoir porter plainte au sujet des obstacles, des retards, du détournement des ressources dans la mesure où cela se produit : ces canaux doivent être d’une efficacité immédiate.

Quatrièmement, il doit y avoir un espace et des moyens pour que les médias publics deviennent des haut-parleurs tant pour les mesures prises dans les processus de respect des accords que pour les critiques, alertes et dénonciations qui doivent être faites.

Cinquièmement, il faut que les électeurs du Secteur des communes et des Conseils communaux élus par le peuple lors d’élections libres et directes aient un poids déterminant ; le pouvoir transféré par la base communale à ces fonctionnaires doit se traduire par une contre-expression et doit être reconnu dans sa juste mesure par les institutions du gouvernement national, régional et municipal, ainsi que par les autres organes qui constituent l’État.

Le peuple des communes et ceux d’entre nous qui promeuvent et accompagnent la construction communale se sont avérés être l’une des constructions les plus importantes de toutes ces années de révolution ; c’est là que se concentre la base populaire la plus engagée dans les transformations profondes, celles qui concernent l’approfondissement de la démocratie, la défense de la souveraineté, le développement productif. Ceux d’entre nous qui font partie du secteur communal ont également fait preuve d’une loyauté absolue envers la révolution, le gouvernement bolivarien et le président Maduro. Nous voilà, ancrés au sol, fermes dans la défense de l’héritage du commandant Chavez. Notre combativité et notre capacité de lutte seront entièrement mises à disposition pour respecter ces nouveaux accords. L’institutionnalisation du gouvernement bolivarien à tous les niveaux et l’institutionnalisation de l’État dans son ensemble doivent également s’avancer et assumer cette tâche. C’est l’horizon stratégique de la révolution qui est en jeu.

Ciné-club dans une commune du Venezuela (novembre 2015)

École de féminisme populaire, commune « La Azulita », État de Mérida, 2 au 5 octobre 2015

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

Enfants de la Commune d’El Rosillo (État d’Anzoategui)

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l’État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Récolte de pommes de terre, Commune Macho Capaz.

María Vivas, coopérative La Hoja (¨La feuille¨), Commune Macho Capaz

Jardins d’orangettes, Commune de Macho Capaz.

L’ex-ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (assis au fond) durant la fête populaire qui a marqué la légalisation de la six-centième commune

Commune Agro-écologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographie : Verónica Canino

Le communicateur alternatif et directeur régional du Ministère de la Commune Gerardo Rojas signe la légalisation de la Commune Socialiste Sabas Peralta (État de Lara, août 2013)

Commune Sabas Peralta, État de Lara. Photos : Leonardo Ramos

Commune Sabas Peralta

Source : http://www.crbz.org/congreso-de-comunas-como-trascender-del-compromiso-a-los-hechos-comunicado-de-la-corriente/

Traduction : VeneSol

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