Nouvelle baisse du chômage en avril

Caracas, Venezuela, 28/05/14  Le rapport mensuel de l’Institut National de la Statistique indique que le taux de chômage est descendu à 7,1 %. En avril 1999, première année du gouvernement Chavez, le chômage au Venezuela était de 14,6%. Il a donc été diminué de 50 % en quinze ans de révolution bolivarienne. Au total 4 millions de personnes ont trouvé un emploi. Tandis que le travail dans le secteur informel est passé de 51 % en avril 1999 à 40,7% en avril 2014, dans le même temps, le secteur formel de l’économie a crû de 10,3 – passant de 49% en avril 1999 à 59,3% en avril 2014. Le rapport montre aussi qu’entre avril 2013 et avril 2014, 444 mil 313 personnes ont trouvé un emploi dans l’économie formelle.

L’évolution de l’emploi se caractérise par la consolidation des activités économiques qui génèrent la plus grande quantité d’emplois et par une stabilité accrue pour les travailleurs¨ précise le rapport qui souligne l’amélioration des conditions de travail.

Même les travailleurs indépendants installés à leur compte – 3 millions 637 mille 484 personnes – peuvent aujourd’hui cotiser à la sécurité sociale et ont droit aux pensions de vieillesse grâce à la modification de la Loi de l’Institut Vénézuélien de la Sécurité Sociale.

Nicolas Maduro le 24 mai 2014, lors d’une rencontre nationale avec les travailleurs du secteur public et les syndicats qui lui ont remis le projet de contrat collectif 2014-2016. Ce projet sera approuvé dans les 60 jours, a promis le président, qui a par ailleurs approuvé la nouvelle échelle d’augmentation du salaire pour l’administration publique, annoncé le renforcement de la Caisse d’Épargne et la création d’une Banque des Travailleurs où seront déposées toutes les prestations sociales qui leurs sont dues, et relancé la Mission Mercal Obrero qui prolonge le système de distribution des aliments à bas prix en installant ces magasins à proximité des lieux de travail.

Nicolas Maduro le 24 mai 2014, lors d’une rencontre nationale avec les travailleurs du secteur public et les syndicats qui lui ont remis le projet de contrat collectif 2014-2016. Ce projet sera approuvé dans les 60 jours, a promis le président, qui a par ailleurs approuvé la nouvelle échelle d’augmentation du salaire pour l’administration publique, annoncé le renforcement de la Caisse d’Épargne et la création d’une Banque des Travailleurs où seront déposées toutes les prestations sociales qui leurs sont dues, et relancé la Mission Mercal Obrero qui prolonge le système de distribution des aliments à bas prix en installant ces magasins à proximité des lieux de travail.

Notes :

– Voir ¨Nicolas Maduro annonce une nouvelle augmentation de 30 % du salaire minimum et des pensions¨ https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/30/maduro-annonce-une-nouvelle-augmentation-de-30-du-salaire-minimum-et-des-pensions/

– Lire ¨Venezuela : l’augmentation du salaire et la baisse du chômage continuent.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/

– Pour les détails de la nouvelle loi, lire ¨Nouvelle loi du travail au Venezuela : un pas de plus vers la vraie vie.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

Source : AVN

Traduction : T. D.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/29/nouvelle-baisse-du-chomage-en-avril/

Adriana. Les montagnes, toujours plus hautes.

Par Aquarela Padilla. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Jean-Marc del Percio

1Gustavo-Lagarde-028

Comuna José Felix Ribas. Secteur de Santa Ana. Quartier Antimano. District Capital.

L’on a parfois affaire à des configurations géographiques invraisemblables, à des architectures de la survie. Ces chemins quasi verticaux qui serpentent la colline telle une grande toile d’araignée, résultent d’une action en commun fondée sur la solidarité et la sueur. Ils nous mènent tellement haut, qu’à première vue, cela semble impossible. Ici on ne trouve pas seulement des maisons, des écoles, des boutiques et des terrains de foot-ball. En deçà des réseaux de câbles et de toutes ces façades, tout un peuple fait acte de présence. En chacun de ces hommes et de ces femmes qui le constituent, des idées jaillissent et se rassemblent. Le temps passé en commun les a rendus chaque jour un peu plus forts.

Ce récit commence et finit avec Adriana. Ses 4 ans et le bonheur inhérent à cet âge sont la cause et la conséquence de tous les efforts fournis. Rien que pour elle, cela vaut la peine de se pencher sur ces petites actions qui en fin de compte, façonnent un pays. Celles qui résultent d’une armée libre d’êtres humains qui se posent en acteurs de leur propre vie, qui en sont la clé de voûte, qui constituent la pointe avancée d’une force collective qui ne se dément pas. En fait, tout cela ressemble bel et bien à l’initiative propre à ces oiseaux qui font le choix de se poser sur le point culminant d’une chaîne montagneuse, afin de ne pas être vaincus par le vertige. Humant l’air, étendant leurs ailes, ils surplombent le tout.

2Adriana

Adriana

Adriana  est la fille d’Aura. Le visage de l’une et de l’autre sont en permanence illuminés d’un sourire. Aura pourrait être originaire de n’importe quel coin d’Amérique Latine. Cependant, son apparence est celle d’une métisse, et son allure, celle d’une rebelle à l’instar des paysages qui l’entourent. Adriana dans ses bras, Aura nous reçoit pour nous faire part de l’expérience de la Commune à laquelle elle appartient. La voix enjouée par l’expérience qu’elle narre, son discours rapporte par le menu, les dynamiques propres aux structures organisationnelles communales. La réunion hebdomadaire (tous les jeudis) se tient à la Sala de Batalla, c’est le point d’orgue ; le déjeuner qu’elle partage avec les associés de l’Entreprise de Propriété Sociale, le temps fort. Une anecdote est à retenir, qui circonscrit les contours d’une  dynamique sociale digne de ce nom : impliquée dans le bon déroulement du programme local de la Mission Ribas, Aura comptera sa propre mère parmi ses élèves. Celle-ci acquerra un niveau équivalant au baccalauréat.

La commune est née d’une nécessité

Aura nous captive de sa parole séductrice. Et ce, malgré le bruit continuel des machines à coudre en action qui l’accompagne. « La Commune est née d’une nécessité. Alors que la taille du Conseil Communal initial s’avérait trop peu importante pour résoudre les problèmes auxquels il était confronté, 7 Conseils Communaux (CC) ont décidé de se regrouper en une seule entité. Il en résulte 4 années de travail en commun ». A ce jour, 24 CC  sont autant de parties constitutives de l’ensemble Communal. De ce fait, de nombreux projets ont été menés à bien : 4 boulangeries ont vu le jour ; mais aussi une forge ; une route desservant la commune ; une ananeraie ; 2 unités socio-productives consacrées au maintien de la propreté.

Ces initiatives ne résultent pas uniquement de la nécessité de s’acquitter de tâches auxquelles la population de la zone aspire. Elles entrent en résonance avec le projet d’ensemble qui influe sur le pays tout entier. C’est l’impulsion d’un projet politique global qui prend corps. Volonté d’aboutir, affrontement, contradictions sont les maîtres-mots d’un état de fait hérité d’un système social colonialiste, à l’intérieur duquel l’on ne pouvait que survivre, l’on ne peut que « surmourir », comme le déclarera Galeano.

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Porte-parole de l’un des Conseils Communaux, et par ailleurs membre sociétaire de la EPS (Entreprise de Propriété Sociale) Textile, Nancy Romero nous déclare que « ces entreprises n’ont pas été créées dans une perspective d’enrichissement. Elles relèvent d’une forme d’autogestion. De ce fait, les activités de la Commune bénéficie d’un taux de participation accru. Et les problèmes à résoudre ne font plus l’objet d’une solution qui s’inscrirait dans une logique individuelle, mais collective ». L’EPS Textile José Felix Ribas est le parangon de ce dessein d’ensemble. Tout cela passe par la formulation d’une analyse globale qui puise à la source des diagnostics que les structures communales prennent soin d’établir. Cette tâche, ce sont les Conseils Communaux du quartier qui s’en acquittent. Cela n’exclut nullement les errements qui procèdent inévitablement de la mise en place d’initiatives sans précédents, de la confrontation aux inerties de la quotidienneté.

Les femmes des Conseils Communaux relèvent le défi de s’attaquer aux inégalités dont elles étaient les victimes.

L’amélioration de la condition féminine aura été une priorité. De ce fait, les femmes des Conseils Communaux ont assumé la tâche historique de s’attaquer aux inégalités dont elles étaient les victimes. Le plus souvent jeunes et seules elles auront à prendre soin de leurs enfants respectifs, à déjouer les pièges de la vie. De plus, trouver un emploi impliquait le fait de se détacher de la communauté de quartier. Il fallait donc répondre à la question suivante : comment confier sa progéniture à la garde de personnes, sans que cela n’entraîne des frais, que ces mères ne pouvaient pas honorer ? C’est ainsi que ce qui semblait relever a priori de la sphère de la vie privée, a fait l’objet d’une prise en compte collective. Et ce, à travers la concrétisation des projets portés par la Commune. La création de l’EPS (Entreprise de Propriété Sociale) Textile prend en considération les demandes et besoins de ces femmes célibataires, qui ne savaient comment faire pour mettre à l’abri leur foyer respectif. L’exercice d’une activité professionnelle digne de ce nom,  assortie de l’aménagement des horaires de travail à leur attention, a rendu possible la formulation d’une réponse appropriée aux difficultés rencontrées.

Tout cela est inimaginable au sein d’une entreprise privée 

« Au sein de cette EPS, nous sommes toutes en situation d’égalité. Nous sommes toutes associées. C’est à travers le Fonds d’Action Sociale, que nous nous employons à faire face aux divers problèmes qui s’imposent à la communauté. La majorité des femmes qui travaillent ici, sont des mères célibataires. Notre mode de vie est grandement facilité car l’entreprise est pourvue d’une installation -une petite aire de jeu- qui permet à nos enfants d’être sur place. A cela s’ajoute un espace de formation qui leur donnent la faculté de bénéficier de travaux (scolaires) dirigés. Tout cela est inimaginable au sein d’une entreprise privée ». C’est ainsi qu’Aura s’exprime.

Le travail, l’autre, celui que nous méconnaissons encore, parce que nous sommes en train d’en inventer le contenu, jouit d’avantages non mercantiles. Par exemple les fils et les filles des camarade de l’EPS, passer des jours entiers à apprendre, à profiter des installations d’un quartier que leurs mères ont contribué à rendre tangibles. De ce fait, ils ne se verront pas dans l’obligation d’être soumis à l’autorité policière. Ils n’auront pas à subir le poids d’alternatives qui leur sont imposées : soit vendre pour vendre ; soit « se former » pour s’en sortir et être quelqu’un dans la vie. Ce qui revient en réalité, à se détourner de la classe sociale et des origines dont ils dépendent, et dont ils sont tributaires.

L’un des problèmes centraux à résoudre, est celui de l’acquisition de la matière première, qui continue à dépendre du marché privé. Il s’agit par ailleurs, d’appréhender cette thématique en se plaçant dans le sillage de la stratégie économique telle qu’elle est conçue et appliquée par le gouvernement. Le Venezuela n’est pas à proprement parler, un pays producteur de tissu. Les toiles de coton et de jean faisant exception à cette règle. Tout le reste est importé. C’est l’une des raisons pour lesquelles le coût de ces produits restent élevé ; du fait que le système capitaliste contrôle les modes de production. D’où une incontestable situation de vulnérabilité de ceux-là. Ils subissent en effet les contrecoups des conspirations touchant la sphère de l’économie, et les diverses formes de pression politique émanant des entrepreneurs privés.

Il ne s’agit pas d’invoquer un miracle

Nulle forme de science n’est en situation d’expliquer l’espoir qui naît des sommets. Là où pas même les oiseaux ne semblent devoir échapper au vertige. La proximité du ciel entre peut-être en jeu. Il ne s’agit toutefois pas d’invoquer une quelconque forme d’action miraculeuse, celle qui ne provient de rien, et que l’on attend passivement, bien à l’abri d’un arbre, protégé du soleil de midi. Les communardes quant à elles, nous font part de leur foi, de ce qui est inatteignable et qui bat dans leur poitrine. De ce qui les incite à être sur pieds jour après jour, dès 5 heures du matin, préparant le café et prenant soin de réveiller les enfants. Lorsque le jour décline, ces communardes continuent à sourire. Adriana rit également. Leurs corps auront gravi maintes et maintes fois les marches des escaliers, les auront tout autant descendues. Pour tous, elles auront cuisiné. Grâce à elles, une espèce de magie de la création aura façonné la multitude de pièces de toile dont elles avaient la charge. Elles sourient parce qu’elles croient -c’est en cela précisément, que la Révolution est tout, sauf un concept abstrait- elles croient en leur propre force. C’est tout ce qui importe. Car c’est à ce point, que le caractère irréversible de ce qu’elles réalisent, est atteint.

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Comment prendre conscience du fait qu’un processus révolutionnaire n’est pas synonyme de relation paternaliste ?

« De temps en temps, la perte de foi de quelqu’un devient un obstacle. Il en est ainsi parce qu’une source de financement attendue n’arrive pas. Il y a parfois des gens qui ne travaillent pas suffisamment avec leur cœur. Ils pensent que tout relèvent de l’argent. Le révolutionnaire quant à lui, se doit de poursuivre sa route » complète Nancy Romero.

Surgit toute une série de questions. Comment faire pour que cette organisation émergente marquée par le principe de l’autogestion se substitue aux vieilles structures institutionnelles d’exercice du pouvoir; comment prendre conscience du fait qu’un processus révolutionnaire n’est pas synonyme de relation paternaliste cherchant à tout résoudre avec force argent et propagande.

Contrairement à d’autres, cette Commune a maintenu de bonnes relations avec les institutions, Le Gouvernement du District Capital, Fondemi, le Conseil Fédéral de Gouvernement et Fundacomunal. Ce qui lui a permis d’obtenir un financement  pour la récupération  d’espaces destinés à la détente, au sport et à leur aménagement respectif.

Adriana prend congé. Tout attentives à la vie, ces femmes nous font leurs adieux. Nous savons que nous ne cheminerons plus seuls. Que la toile immense dont elles sont partie prenante nous permettra de nous revoir.

 URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/16/adriana-les-montagnes-toujours-plus-hautes/ 

Maduro annonce une nouvelle augmentation de 30% du salaire minimum et des pensions

Le 9 mars à Caracas, Maduro rencontre des mouvements communaux venus de tout le pays et annonce l’octroi de 2400 millions de bolivars pour qu’ils puissent réaliser leurs projets socio-productifs ou de construction de logements.

Fidèle aux engagements de protéger le pouvoir d’achat et de maintenir continuellement le salaire plusieurs points au-dessus de l’inflation, le Président de la République Nicolas Maduro a annoncé ce mardi 29 avril une nouvelle hausse de 30 pour cent du salaire minimum des travailleurs et des revenus des retraités et pensionnés. Le salaire minimum s’établit donc au premier mai 2014 à 4251,78 bolivars. Si l’on y ajoute les chèques d’alimentation il s’élève à 5.602 bolivars. Avec la hausse décidée en début d’année, le salaire minimum a donc augmenté de 43 % en 2014 : ¨En 15 ans de révolution, nous avons décidé, fidèles à notre politique socialiste et à notre mandat constitutionnel, 25 augmentations salariales et 25 augmentations des pensions. C’est un record, aucun autre pays ne l’a fait » a déclaré le président du Venezuela. (1)

Ces annonces ont été faites lors de la Conférence nationale avec le monde du travail. ¨Sans les travailleurs nous n’aurions pas de pays, pas de patrie » a ajouté Nicolas Maduro, lui-même ex-syndicaliste du transport, qui a par ailleurs annoncé la création d’une commission présidentielle pour proposer de nouvelles améliorations à la Loi du Travail (2012) d’inspiration anti-néo-libérale. (2)

En plus du renforcement des services publics gratuits (santé, éducation, etc..), cette politique de hausse continue des salaires des travailleurs et de lutte contre l’inflation fonctionne grâce à une contrôle sur le terrain du prix des produits de première nécessité. Rien que dans la dernière semaine d’avril, 19 personnes ont été arrêtées pour accaparement de produits destinés à la contrebande vers la Colombie ou pour infraction à la nouvelle Loi des Prix Justes qui établit un bénéfice maximum de 30 %. Cette politique qui affecte les intérêts de la mafia vénézolano-colombienne est un des facteurs d’explication de la récente campagne de violences organisée par l’extrême-droite locale en lien avec le paramilitarisme colombien (déguisée par les médias internationaux en ¨révolte étudiante contre la vie chère¨).

Notes : 

(1)  Lire ¨Venezuela : l’augmentation du salaire et la baisse du chômage continuent.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/

(2)  Pour les détails de la nouvelle loi, lire ¨Nouvelle loi du travail au Venezuela : un pas de plus vers la vraie vie.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

Source : Ciudad Caracas – AVN http://www.ciudadccs.org/?p=558868

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article :https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/30/maduro-annonce-une-nouvelle-augmentation-de-30-du-salaire-minimum-et-des-pensions/

Ceux de Jacoa

Famille de Ramón Virigay

Famille de Ramón Virigay

Nous sommes dans un de ces « fundos » qui, avant de s’organiser en communes, sont nés de l’alliance des forces paysannes contre les grands propriétaires du Venezuela et de Colombie. Rodolfo Romero : “la promulgation de la Loi des Terres en 2002 a poussé les gens à croire à la réalité d’un processus, aux paroles d’un Président, à une forme d’auto-gouvernement. Avant, 2 ou 3 personnes possédaient les 12.800 hectares que couvre aujourd’hui notre commune. Nous étions une poignée d’habitants taillables et corvéables par des grands propriétaires qui nous sous-payaient, violaient tous nos droits. Nous ne savions pas encore que le chemin serait long pour nous organiser, pour créer une conscience. Aujourd’hui pratiquement aucun de nous ne travaille plus pour un exploiteur –  chacun dispose d’une petite unité où nous produisons ce que nous consommons, l’excédent est partagé avec les voisins. Mais cette loi n’est pas tombée du ciel. Beaucoup de sang a été versé dans les zones rurales vénézuéliennes, dans le silence médiatique, dans l’indifférence générale. Des millions de personnes avaient la chair de poule chaque fois qu’un ”va-nu-pied” , un nègre marron, se multipliait sur les écrans de télévision, quand résonnait enfin le fameux “terre expropiée”, expression de justice absolue pour les “sans nom”.

La grand-mère communarde et ses paniers en matériel recyclé.

La grand-mère communarde et ses paniers en matériel recyclé.

Los Chiribitales, c’est ainsi que Chávez les appelait, se nomment aujourd’hui “Commune Las Uvitas” : comme les raisins sucrés qui bordent les chemins d’ici, fortifiants du marcheur. Pour accoucher de la charte fondatrice – devenue en quelque sorte la constitution des 200 familles – les communards ont travaillé quatre jours au finish, à bout de café et de délibération collective.

Depuis, ils se réunissent dans le Parlement : une maison où tout est discuté, de l’apport de chacun au plan de vacances des enfants au mode d’emploi des machines à semer, aux idées d’avenir : l’excédent du buget de la construction de 170 maisons se transforme en projet  de laboratoire d’analyse sanguine de chevaux, en élevage d’une variété locale de poules, en fromagerie.

Les communards José, Ramón y Rodolfo.

Les communards José, Ramón y Rodolfo.

Tous les projets de production alimentaire que possède Jacoa s’inscrivent stratégiquement sur l’axe de développement Abreu e Lima qui relie l’État de Barinas aux États de Portuguesa et d’Apure. Pour Joaquín Brito, c’est un engagement total : “Je vis depuis 38 ans au Venezuela, les patrons m’ont tellement exploité que je suis devenu  révolutionaire. J’ai réussi à étudier dans la missions éducative du Fundo. Avant il y avait beaucoup de population ouvrière, on vieillissait sur place, les jeunes n’étudiaient pas. Faute de possibilités, chacun se défendait comme il pouvait. Il n’y avait pas de politique qui le protège, aucune loi”.

Les communes ont arraché la “conscience de classe” à la théorie politique. La brèche entre l’”avant” et l’”après” a changé la perception des vénézuéliens. Les paysans agressés pendant des années par la corruption, l’arrogance du rentisme pétrolier, continuent à se battre, avec le courage de l’histoire dans la gorge, là, pour ne plus jamais se taire.

Les noms des cinq conseils communaux qui forment cette commune sont des curiosités locales que les gens d’ici expliquent aux visiteurs. Tel le Conseil Communal “Infierno  Gloria” où la boue atteint le poitrail des chevaux en saison des pluies. Les histoires sur l’eau abondent aussi, le fleuve est une légende vivante; nous sommes allés pêcher, il a fallu attendre quatre heures pour qu’un poisson morde, aucun d’entre nous n‘a échappé à la menace des moustiques. La nuit se referme, le silence coupé par le vent, le plaisir d’être ensemble.

Atardecer-en-La-comunaAuteur : Aquarela Padilla / Photos : Rosana Silva
Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/los-hijas-de-jacoa/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/17/ceux-de-jacoa/

Auto-gouvernement et production communale aux confins du Venezuela.

Ce samedi 19 janvier, le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture (FAO) au Venezuela, Marcelo Resenda de Souza, a souligné qu’alors que dans le monde 800 millions de personnes souffrent de la faim, aucune d’elles n’est vénézuélienne. Un des objectifs du plan socialiste 2013-2019 soumis par Hugo Chavez lors des élections présidentielles et approuvé par la majorité le 6 octobre 2012, est de parvenir à la souveraineté alimentaire intégrale. En 1998, avant la révolution, la production annuelle d’aliments était de 13 millions de tonnes. Elle en atteint aujourd’hui 24 millions, soit près du double. La réforme agraire et, dans les deux dernières années, l’octroi de crédits aux petits et moyens producteurs par le biais de la « Grande Mission AgroVenezuela » ont permis à 600 mille familles de se consacrer à la production agricole et à l’élevage.
Derrière ces chiffres il y a les visages et les voix d’êtres humains invisibles dans les médias occidentaux.

mapapolitico

Dans l’ouest du pays, à la frontière avec la Colombie, s’étend l’état d’Apure. Quelques kilomètres avant le village de Guacas, là où le fleuve Apure marque la frontière avec l’État de Barinas, fonctionne depuis trois ans l’Unité de Production socialiste Jorge Eliécer Nieves qui fait partie de la ville communale Simón Bolívar.

Pivot de cette unité agricole et d’élevage : une longue maison couleur de terre. Au fond de ces installations, des enclos et une structure en cours de construction où fonctionnera la cantine des travailleurs; un peu plus loin, des étangs pour la pisciculture des « cachamas ».

Ni patrons ni employés

La chaleur du « Haut Apure » laisse filtrer un vent frais. Amparo s’approche lentement, offre d’une voix douce, timide, quelque chose à boire. Cette femme d’un peu plus de cinquante ans, aux cheveux noirs et brillants, revient avec une limonade glacée.

Il y a trois ans, le conseil comunal “Jorge Eliécer Nieves” a mis en marche son unité productive. Actuellement celle-ci compte 32 têtes de bétail qui produisent entre 72 et 74 litres de lait par jour, 11.500 alevins de «cachamas», poissons qui seront prêts pour la vente dans six mois, à quoi il faut ajouter des hectares de riz, de manioc, de haricot et de maïs, ainsi qu’un projet d’auto-construction qui donne ses premiers résultats : aux alentours de Guacas, six logements de trois pièces, aux espaces amples, sont sur le point d’être achevés.

Willy Ríos, 24 ans, est ingénieur de production et travaille depuis le début dans le projet. Quatre jours par semaine il se charge avec ses compagnons de produire pour la communauté elle-même mais suivant un modèle éloigné des paramètres capitalistes.

“Nous commençons à huit heures du matin et nous planifions le travail tous les 15 ou 20 jours en commissions” explique ce jeune homme maigre, direct, coiffé du chapeau « llanero ».

Son histoire ressemble à celle de ses compagnons : “Avant je travaillais pour le privé, pour les capitalistes. Aujourd’hui il n’y a ni patron, ni employés : ce qu’on a dans le sang, c’est le côté social, le travail en communauté, apprendre et tenter de construire un modèle de production différent. Dans le capitalisme tout se résume à donner des ordres ou à obéir. Ici c’est plus humain, au lieu d’exploiter l’autre, on discute avec lui”.

Du total de la production laitière que génère cette unité, la majeure partie est vendue à prix solidaire aux habitants, et le reste est commercialisé, comme les poissons. Les excédents reviennent à la communauté. Willy : “Nous les utilisons pour améliorer la qualité de vie. Si un compagnon a besoin d’argent pour un transfo électrique, on le prend dans les excédents”.

Un schéma nouveau

Willy et Yorlis Fernández, membre du mouvement social paysan Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora (FNCEZ), précisent que « dans l’unité 25 familles travaillent trois ou quatre jours par semaine sur les terres collectives. Ce rythme permet de consacrer le reste du temps aux terrains de 50 hectares que chacune d’elles possède en propre et où elle produit pour son bénéfice personnel. Si quelqu’un a besoin d’aide pour sa production  familiale, il y a toujours cinq ou six compagnons disponibles. Tout ce qu’on produit sur une terre collective est destiné à l’ensemble des habitants ».

Le changement passe aussi par le refus d’utiliser des produits agro-toxiques ou des concentrés alimentaires pour les poissons. Dans le premier cas le débroussaillage se fait manuellement, dans le second les poissons sont alimentés avec du maïs, des fleurs, du manioc et des haricot, produits sur place.

En ce qui concerme les salaires, Willy explique : “Ceux qui travaillent n’ont pas de salaire fixe parce que nous tentons d’appliquer un autre modèle de production, différent des méthodes capitalistes. Ici nous gagnons tous la même chose, notre revenu hebdomadaire provient de la vente du lait, il est réparti entre tous les associés. Nous travaillons pour améliorer la production, ce qui permet d’augmenter notre revenu. Même chose, en augmentant le poids des poissons, nous vendons un peu plus. Ce n’est pas un salaire fixe pour chacun sinon nous retomberions dans : « Je te fais exécuter telle tâche, et je te paie pour ça. Ce n’est pas l’idée”.

Comme la vie en général dans l’unité, le processus d’auto-construction de logements est soumis à des assemblées qui discutent les plans : “la communauté a créé l’association coopérative Zamora Vive 2011 – explique Willy -, la mairie de la municipalité Pedro Camejo nous a donné les matériaux mais nous avons dessiné les plans nous-mêmes, le système de distribution des eaux, des égoûts, l’électricité, les modèles de toits et de fenêtres. Nous avons produit nous-mêmes les blocs. Tout s’est fait en nous appuyant sur le potentiel propre du conseil communal. Certains d’entre nous sommes forgerons, d’autres maçons, électriciens… Nous avons économisé la mise sous contrat d’ingénieurs, ce qui permet de construire plus de logements. Nous en sommes à six maisons qui vont être réparties aux habitants ».

« Nous associer entre compagnons, discuter des problèmes qui nous touchent et voir ensemble comment les résoudre, bref, vivre ensemble est toujours préférable même si dans les discussions en assemblées nous avons des visions différentes. Ensuite nous travaillons sur la base des plans approuvés, nous nous retrouvons les après-midis ou les fins de semaine pour une partie de foot. Même le terrain de foot a été auto-construit”.

Jusqu’à Guasdualito s’étend la cité communale Simón Bolívar, expérience née quelques mois après un moment complexe pour le pays : la réforme constitutionnelle proposée par le gouvernement du président Chávez venait d’être rejetée lors du référendum. Le mandataire national visita la grande propriété d’El Cedral. Un groupe du Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora lui remit en mains propres la proposition de créer une cité communale.

A partir de cette rencontre, et sur la base de la Loi des Communes, l’initiative a pris corps en regroupant les huit communes des secteurs de San Camilo, Urdaneta et Guasdualito, dans la municipalité de Páez. A cette expérience s’ajoutent d’autres de nature semblable organisées par le FNCEZ, comme une commune à Biruaca, dans le « Bas Apure » et six communes dans la zone urbaine de Guasdualito, ces dernières étant formées par 36 conseils communaux.

Dans la zone urbaine, grâce à un financement du budget participatif de la mairie de Guasdualito, les communes organisent des coopératives de coordonnerie, de fabrication de jeans et une petite usine de plastique. Fernández reconnaît que le principal obstacle est que dans une économie encore majoritairement privée, il faut “une plus grande assistance technique, savoir comment administrer, comment lutter dans le cadre d’une économie de marché traditionnelle, à partir d’une entreprise formée de personnes qui n’ont pas de connaissances en économie et en marketing ». La coopérative de chaussures est celle qui marche le mieux, selon Fernández. Les paires de chaussures de cuir sont vendues à cent bolivars pièce, ce qui leur a permis d’organiser des opérations de vente à San Fernando de Apure et à  Caracas.

Avant que s’allume l’enregistreur et que filent les heures de questions en réponses, les militants locaux du FNCEZ offrent à boire, installent des chaises et montrent avec fierté le local de la FM 96.3, la radio « Bolívar Vive ». Parmi les lignes stratégiques de cette organisation, la communication joue un rôle fondamental.

“Auto-gouvernement”

Le but avoué de la cité communale est l’auto-gouvernement. Un objectif que les membres du  FNCEZ comprennent comme “la prise de décisions en assemblées d’habitants, la formation socio-politique, le développement d’une culture du travail comme moteur fundamental, et la conscience que chacun doit atteindre chacun sur sa responsabilité collective. »

Braulio Márquez, depuis le studio de la radio associative, explique: « Nous comprenons que le gouvernement national ne peut tout nous donner, qu’il nous appartient de jeter les bases d’une culture nouvelle, de valeurs socialistes. Cela signifie que nous devons tous nous engager parce que c’est au peuple d’assumer le rôle central. Il serait contradictoire que le gouvernement fasse tout à notre place; nous devons être nous-mêmes le gouvernement, non pas faire partie du problème mais de la solution ».

Dans la cité communale le fonctionnement se base sur des réunions et sur les activités de travail : « une famille apporte une tôle d’acier, l’autre un sac de ciment, une autre une quantité de blocs, un jour on se réunit et nous construisons ensemble la maison communale ».

C’est en suivant cette méthode qu’ont été auto-construits les logements mais la population se charge aussi du maintien des voies d’accès et des câbles électriques.

Quand la cité communale a fait ses premier pas, le gouvernement national a collaboré pour mener le diagnostic de la zone et pour financer les projets initiaux. La cité a reçu un ensemble de machines telles qu’élévateurs, remorques et camions. « Par exemple, explique Márquez, si une machine de type Patrol, qui sert à labourer, est remise à une commune, tous les habitants deviennent responsables de son entretien et de l’appui au chauffeur et à l’opérateur. Si la machine est abîmée, c’est la même commune qui doit financer sa réparation. C’est ainsi que les habitants assument eux-mêmes les problèmes, cette culture a déjà généré une nouvelle conscience ».

Leandro Albani, AVN.

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Sources :  http://www.avn.info.ve/node/151948 et http://www.avn.info.ve/contenido/autogesti%C3%B3n-y-producci%C3%B3n-comunal-caracterizan-ups-jorge-eli%C3%A9cer-nieves

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/19/auto-gouvernement-et-production-communale-aux-confins-du-venezuela/

Venezuela : attaquée par les médias privés, la nouvelle loi du travail est rapidement appliquée et diffusée avec l’appui des mouvements paysans, des syndicats et du réseau féministe.

Caracas, 8 mai 2012.

Lors d’une grande assemblée publique à Caracas ce 8 mai 2012, (photo) plus de 4 mille 600 travailleurs du secteur électrique victimes de la sous-traitance dans les quatorze entreprises qui forment la Corporation Électrique Nationale (Corpoelec) ont été intégrés officiellement au personnel du Ministère de l’Énergie Électrique et vont ainsi bénéficier des avantages offerts par la Nouvelle Loi du Travail (1).

Pour Yiseth González, représentante du Centre de Services La Yaguara et du Front Socialiste des Femmes de Corpoelec : “Nous avions beaucoup d’inconvénients avec les paiements de salaires et avec les tickets-repas, nous ne bénéficions pas des avantages que nous aurions dû avoir”. Clodomiro Serrano Bastídas, représentant du Centre de Services de Guarenas et de Guatire qualifie cette mesure de « vrai bonheur, au bout de 20 ans d’une sous-traitance qui nous réduisait à l’esclavage sans jamais recevoir les bénéfices qui nous sont dûs en tant que travailleurs”.

Le Ministre de l’Énergie Électrique Héctor Navarro a expliqué lors de cette assemblée que « le vieux truc de la sous-traitance n’est qu’un subterfuge du capitalisme pour voler leurs droits aux travailleurs. Avant d’être nationalisée et rattachée au service public de la Corporation Électrique Nationale (Corpoelec), l’entreprise Electricidad de Caracas était une entreprise privée. Une de ses pratiques consistait à créer plusieurs petites entreprises ciblées sur des activités spécifiques, ce qui lui permettait d’embaucher du personnel à un coût moindre que pour le personnel fixe. Ils économisaient sur les salaires et si la petite entreprise rencontrait un problème financier et tombait en faillite, l’entreprise-mère pouvait alléguer qu’elle n’avait aucun engagement vis-à-vis de cette force de travail.

Le ministre a rappelé que la sous-traitance n’a plus lieu d’être dans le socialisme, que la nouvelle Loi du travail signée par le président Chavez la rend illégale, que les entreprises ont un délai maximal de trois ans pour régulariser leur situation légale et que cela vaut aussi pour les entreprises d’État. Le Président de Corpoelec a critiqué les pratiques des entreprises privées et a déclaré aux travailleurs qu’ « aujourd’hui vous devez intégrer le fait que l’État c’est vous tous, vous ne travaillez plus pour un patron mais pour le peuple« .

Les bénéfices

Ces travailleur(se)s qui font désormais partie intégrante du Ministère de l’Énergie électrique seront nommés au 1er janvier 2013 comme personnel fixe de  Corpoelec. Ils jouiront ainsi d’une revalorisation de leur salaire au niveau appliqué dans cette entreprise publique, soit d’une augmentation de 20 à 30% approximativement selon le salaire qu’ils percevaient jusqu’ici. Ils recevront la prime d’alimentation versée via une carte électronique et d’un montant mensuel de 1.350 bolívares. Les travailleurs jouiront aussi de 90 jours de prime salariale de fin d’année calculée sur la base du salaire intégral. Les parents recevront par ailleurs 40% du salaire minimum pour leur permettre de couvrir leurs frais de garderie.

Pour les employés travaillant la fin de semaine et en horaire nocturne le salaire sera majoré selon les nouvelles normes légales. Tous les travailleurs ayant des enfants recevront une aide sous la forme d’une allocation pour chaque enfant – l’une pour l’achat de jouets (1.500 bolivars) et l’autre, en septembre, pour l’achat du matériel et des vêtements scolaires (2000 bolivars). Ils bénéficieront également du Plan Autoadministré de Santé (PAS) de Corpoelec qui offre une couverture de 150 mille bolivars pour les mères, pères, personnes vivant en couple, et enfants jusqu’à l’âge de 25 ans. 

Caracas, 8 mai 2012. Distribution publique de la nouvelle loi du travail.

Caracas 9 mai. Pour diffuser la nouvelle loi au plus grand nombre, les organisations syndicales, le ministère du travail et la commission présidentielle comptent organiser dix mille assemblées dans les prochains mois.

Caracas 11 mai 2012. Assemblée pour étudier la loi, organisée par les travailleur(se)s de CANTV, Compagnie Nationale du Téléphone (nationalisée) , retransmise par vidéo aux autres collectifs de travailleu(se)rs dans le pays.

12 mai. Forum sur la nouvelle loi à l’Université Bolivarienne, Caracas.

 

Les mouvements paysans et le réseau féministe « Araña » lancent une campagne pour défendre la loi.

Laura Lorenzo, porte-parole du mouvement paysan Jirajara, qui regroupe des producteurs agricoles de l’État de Yaracuy, de Barinas, de Monagas, d’Apure et de Portuguesa, rappelle que l’article 235 de la nouvelle loi du travail établit que tout travailleur agricole travaillant un jour férié verra son salaire doublé. Et qu’il jouira annuellement de vacances rémunérées de même qu’une famille travaillant dans une unité de production agricole. « Cette conquête a été obtenue grâce au travail et aux assemblées organisées par les paysans et les pêcheurs, lassés de tant d’injustice » a déclaré Laura Lorenzo (photo).

Laura Lorenzo (au centre), porte-parole du mouvement paysan Jirajara.

« Pendant des années nous les paysans nous fûmes exploités, nous travaillions parfois plus de douze heures, pour moins que le salaire minimum. En réalité nous étions les esclaves des patrons et dans la plupart des cas, des grands propriétaires terriens qui profitaient du fait qu’aucun des gouvernements antérieurs ne nous défendait« .

Laura Lorenzo évoque aussi l’article 238 qui crée une norme légale régulant le travail de tous ceux qui participent à la production agricole. « Nous allons organiser des assemblées et des réunions de travail pour débattre de tout ce qui regarde notre activité productive, les dates de mise en culture, les horaires de travail, le cas des familles liées à la culture de produits alimentaires stratégiques. L’idée est que nous fassions tous des propositions pour qu’il y ait une vraie justice« .

Parallèlement une trentaine de collectifs féministes membres du réseau « Araña Feminista » (Araignée féministe, NdT) se sont exprimés par la voix de leur porte-parole Daniela Hinojosa.

« Après avoir mené campagne pour réunir nos propositions en vue d’élaborer cette loi, propositions que nous avons remises à l’exécutif lors de notre mobilisation du 8 mars 2012, nous nous mobilisons à présent sur le terrain pour faire connaître davantage les articles qui nous visibilisent et pour les faire appliquer. »

Daniela Hinojosa a évoqué les avancées de la loi notament sur l’égalité homme-femme, sur le harcèlement sexuel et a rejeté la campagne des médias privés (2) qui font planer la menace d’une imminente baisse du nombre d’emplois pour les femmes parce que la loi étend à 20 semaines le congé post-natal ou parce qu’elle interdit le licenciement de celles qui ont un enfant de moins de deux ans. « C’est un mensonge de plus car non seulement les femmes représentent 59 % des emplois formels dans ce pays, et sans elles tout s’effondrerait. Mais surtout nous voulons faire prendre conscience à toutes et à tous que ces droits au congé pré- et post-natal ne représentent aucun coût supplémentaire pour le patron puisque la Sécurité Sociale les prend en charge totalement. C’est une grande conquête pour nous les femmes, que cette extension à 20 semaines du congé maternel, alors que dans la loi de 1997 ce congé était limité à 12 semaines. La loi est une grande avancée dans la construction de relations de travail plus justes et plus égalitaires. Seul un gouvernement révolutionnaire pouvait reprendre telles quelles nos propositions pour en faire une loi. »

Notes

(1) Pour connaître la plupart des nouveaux droits garantis par la loi, on peut lire un résumé ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

(2) Alors qu’à l’étranger on a fini par croire que « Chavez contrôle et réprime la presse », en réalité sur place la plupart des médias (TV, radio, presse écrite) sont privés et font librement campagne contre les politiques du gouvernement. Sur cet abîme entre le réel vénézuélien et sa perception à l’extérieur : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/09/venezuela-attaquee-par-les-medias-prives-la-nouvelle-loi-du-travail-est-rapidement-appliquee-et-diffusee-avec-lappui-des-mouvements-paysans-et-du-reseau-feministe/

Nouvelle loi du travail au Venezuela : un pas de plus vers la vraie vie.

La nouvelle Loi du Travail célébrée en grande pompe par les travailleurs vénézuéliens ce 1er mai 2012 est un vieux rêve devenu réalité au bout d’un débat citoyen qui a duré près de trois ans. Plus de 19000 propositions ont été remises par toutes sortes d’organisations de travailleurs, syndicats, coordinations, etc.. à la commission présidentielle chargée d’élaborer le projet. Avec la Constitution Bolivarienne, c’est le texte de loi qui a le plus bénéficié de la participation populaire.

Nous avions rendu compte de ce débat national il y a quelques semaines : « Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail »

Résultat : la loi signée le 30 avril 2012 par le président Chavez brise enfin le carcan néo-libéral où les gouvernements antérieurs avaient étouffé les droits sociaux. Depuis le 2 mai la loi (dont on peut lire ici le texte intégral en espagnol) circule gratuitement sur internet et de main en main, massivement, dans plusieurs journaux. Sauf dans ceux de l’opposition qui relaient les critiques patronales contre la loi, contre l’égalité homme/femme, contre l’augmentation des indemnités dues aux travailleurs, etc… Des réunions seront organisées partout dans les mois qui viennent, notamment par les syndicats, pour continuer à faire connaître la loi et pour qu’elle soit un levier de nouvelles transformations.

Points forts : l’égalité entre hommes et femmes ; l’interdiction de la sous-traitance du travail ; les conseils de travailleurs. Ceux-ci ne substituent pas les syndicats (qui voient leurs prérogatives renforcées par la loi). Leur fonction, bientôt développée par une loi spéciale, est de promouvoir la participation des travailleurs et de la communauté vivant autour des centres de travail, dans la gestion des entreprises. Ainsi que de lutter contre la spéculation, l’accaparement des produits de première nécessité.

Détail amusant (qui rappelle l’extrême misère de l’information sur le Venezuela en France) : pour occulter le débat citoyen à la base de cette loi, le Monde et l’AFP n’ont rien trouvé de mieux que de la présenter comme une épreuve de force entre un autocrate et son opposition. Saluons cette nouvelle victoire du droit des lecteurs qu’on « informe » sur une Loi du travail sans donner la parole à un seul des millions de travailleurs concernés mais en la donnant… au patronat.

Cette loi s’accompagne par ailleurs d’une nouvelle augmentation du salaire minimum, qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. Une augmentation du pouvoir d’achat protégéee par la baisse continue de l’inflation depuis cinq mois consécutifs (0,8% en avril), par une loi de contrôle des prix pour les produits de première nécessité et l’offre concomitante de biens bon marché produits par les entreprises nationalisées.

Voici un résumé (non exhaustif) de quelques uns des droits dont jouissent à présent les travailleurs vénézuéliens.

Les indemnités auxquelles aura droit le travailleur lors de la fin ou lors de la rupture d’un contrat seront calculées en fonction du dernier salaire. Le travailleur y a droit de manière immédiate, tout retard dans le paiement entraînant des intérêts supplémentaires à lui verser. Ce calcul d’indemnités a un effet rétroactif à partir de de juin 1997, date à laquelle le gouvernement néo-libéral de Rafael Caldera et de Teodoro Petkoff avait modifié la loi au détriment des travailleurs. A présent le patron devra verser pour chaque trimestre et à chaque travailleur une somme équivalant à 15 jours de salaire. (Art. 141 y 142).

DAVANTAGE DE BÉNÉFICES NON SALARIAUX. La loi crée des avantages nouveaux (non décomptables des cotisations et des épargnes déjà établies en faveur des travailleurs) : notamment le remboursement de soins médicaux, l’octroi de bourses ou le financement de formations, de spécialisations. (Art. 105)

SANTÉ ET ÉDUCATION GRATUITES PROTÈGENT LE REVENU DU TRAVAILLEUR. (Art. 97)

DURÉE DU TRAVAIL. La durée du travail qui était jusqu’ici de 44 heures (ce qui obligeait à travailler les samedis) se réduit à 40 heures hebdomadaires (Art. 173). L’idée est d’avancer progressivement vers plus de temps libre (Art. 174)

SIX MOIS DE CONGÉ PRÉ- ET POST-NATAL (six semaines avant l’accouchement et vingt semaines ensuite) (Art. 336 y 338). Les pères auront droit de leur côté à quatorze jours de congé à partir de la naissance de leur enfant (Art. 339). Les parents sont désormais protégés contre toute forme de licenciement durant deux années à partir de l’accouchement. La loi prévoit des avantages semblables en cas d’adoption. L’idée est de permettre à l’enfant d’être mieux accueilli, mieux entouré affectivement par ses parents . Des repos quotidiens sont prévus pour l’allaitement des nourrissons (Art. 335-330-345)

LA SOUS-TRAITANCE DU TRAVAIL EST INTERDITE. Cette pratique s’était étendue à toute l’Amérique latine depuis les années 90 avec la néo-libéralisation du continent. On estime qu’au Venezuela 1 million 200 mille travailleurs en sont victimes.

RETOUR DE LA DOUBLE INDEMNISATION, comme l’avait annoncé le président Hugo Chávez peu avant la promulgation de la loi. Ce mécanisme vise à sanctionner le patron qui effectue un licenciement injustifié, et à compenser la perte de l’emploi pour le travailleur en doublant ses indemnités de licenciement (Art. 92)

LE PATRON PAIERA PLUS S’IL LICENCIE. Tandis qu’en Europe les politiques d’ajustement visent à rendre les licenciement moins chers pour le patronat, au Venezuela la nouvelle loi en élève le coût pour le patron (Art. 92)

QUINZE JOURS D’INDEMNITÉS DE VACANCES, c’est ce que devra payer à présent le patron au travailleur en plus du salaire normal (Art 192).

PLUS DE JOURS FÉRIÉS. La nouvelle loi prévoit quatre jours fériés de plus en faveur des travailleurs (Art. 184).

VACANCES OBLIGATOIRES. Le travailleur devra jouir de ses vacances de manière effective et obligatoire (Art 197).

LE CALCUL DES DIVIDENDES ET AUTRES BÉNÉFICES DE FIN D’ANNÉE DÛS AU TRAVAILLEUR se fera a présent sur la base de trente jours au lieu de quinze. La fourchette va donc à présent de trente jours minimum à quatre mois maximum de salaires (Art. 131-132). Les organisations syndicales pourront aussi inspecter les comptes de l’entreprise pour déterminer si ce qui est versé aux travailleurs reflète bien la réalité des bénéfices de l’entreprise (Art. 133-138)

Sanctions légales contre les patrons délinquants, avec DE POSSIBLES PEINES D’EMPRISONNEMENT. Nouveauté introduite par la loi, la détention comme mécanisme de sanction en cas d’infraction à la loi par un patron. Exemples d’infractions: le refus de réembaucher un travailleur, la violation du droit de grève, le refus d’appliquer ou l’obstruction aux actes des autorités du Travail. Ces infractions seront sanctionnées par une mesure de détention de six à quinze mois. (Art. 512, 538)

LA FERMETURE D’UN CENTRE DE TRAVAIL sera également cause d’une mesure de détention qui peut aller de six à quinze mois selon le verdict des organes juridiques compétents de la République. Toute récidive est punie d’une peine augmentée (Art. 539-540)

TRAVAILLEURS FIXES DÈS LE PREMIER MOIS. Les travailleurs de durée indéterminée (comme de durée déterminée, ou à la tâche) seront considérés comme fixes par la loi dès le premier mois et non à partir de trois mois (en fin de période d’essai) comme auparavant. Dans la loi antérieure le patron pouvait rompre le contrat en payant simplement la valeur de celui-ci au travailleur ou en s’appuyant sur les causes de licenciement (Art. 87).

ENTREPRISES SOUS CONTRÔLE OUVRIER : c’est le mécanisme établi par la loi pour faire face à la fermeture illégale ou frauduleuse d’entreprises et de centres de travail. Si le patron ne se soumet pas à l’ordonnance de reprise des activités productives, le Ministère du travail réunira les travailleurs pour former une instance d’administration et réactiver la production. Dans ce Conseil d’Administration Spécial est prévue la participation du patron. Si celui-ci s’y refuse, le contrôle revient totalement aux travailleurs. La loi prévoit la possibilité que l’État offre son assistance technique et participe à la gestion à travers les ministères compétents (Art. 149)

CE N’EST QU’APRÈS LE PAIEMENT DES TRAVAILLEURS et quand ceux-ci s’estiment pleinement satisfaits que les tribunaux peuvent désormais procéder à la déclaration de faillites. Le paiement des salaires est prioritaire par rapport à tout autre engagement de l’entreprise. (Art. 150-151)

CONTRE LE  HARCÈLEMENT MORAL AU TRAVAIL ET SEXUEL. La loi interdit tout autant ce harcèlement au travail que sexuel et établit les sanctions. Elle définit le harcèlement au travail comme la pression constante et la conduite abusive exercée par le patron ou ses représentants ou un travailleur portant atteinte à la dignité ou à l’intégrité bio-psycho-sociale d’un travailleur. Le harcèlement sexuel est défini comme l’imposition d’une conduite sexuelle non désirée et non demandée, exercée de manière isolée ou de manière répétée par le patron ou ses représentants contre le travailleur. La norme légale établit à présent que l’État, les travailleurs, leurs organisations sociales, les patrons sont dans l’obligation de promouvoir des actions qui garantissent la prévention, l’enquête, la sanction, ainsi que la diffusion, le traitement, le suivi et l’appui aux dénonciations de harcèlement. (Art. 164-166)

Signature de la loi par Chavez: « Justicia social ! ». 30 avril 2012.

Caracas, 1er mai 2012.

Voir aussi :

« Venezuela : attaquée par les médias privés, la nouvelle loi du travail est appliquée et diffusée rapidement avec l’appui des mouvements paysans et du réseau féministe. »

Un lac sauvé, un village agro-écologique en construction : l’écologie en mouvement au Venezuela.

Situé dans les États de Carabobo et d’Aragua, le lac baptisé « Los Tacarigua » en mémoire des peuples indigènes qui vivaient sur ses rives, et plus connu comme « Lac de Valencia« , était devenu un immense égoût à ciel ouvert que des années de déversements chimiques d’industries privées et d’égoûts urbains, sans le moindre contrôle de la part de l’État, avaient condamné à une mort définitive. Il est aujourd’hui assaini à 80%, comme le démontrent les analyses et le rétablissement des chaînes trophiques. La réapparition des oiseaux est une preuve du retour du lac à la vie. On y pêche et vend de grandes quantités de poissons.

En 1999 la catastrophe environnementale se caractérisait d’une part par la montée incontrôlée des eaux pendant trois ans à la suite de la mise en service de l’Aqueduc Régional du Centre, et par la pollution totale. 0% des eaux rejetées était traité. La station d’épuration « La Mariposa » a depuis été construite. Elle traite 80% des eaux rejetées par la ville et les zonings industriels de Valencia, appuyée par les stations de Los Guayos pour la zone de Guacara et le nord-ouest de Valencia.

Depuis 1999 jusqu’à aujourd’hui le gouvernement bolivarien a investi plus de 750 millions de dollars, dont 255 millions de bolivars approuvés en 2012 par le président pour parachever les travaux d’assainissement et de contrôle du niveau du lac de Valencia, et pour recycler les 20% d’eaux sales qui s’y déversent encore.

Augmentation des espèces marines

La réapparition de la faune est également perceptible sur la côte caraïbe du Venezuela. C’est le fruit d’une politique de protection et d’encouragement de la pêche artisanale face aux désastres causés par la pêche industrielle, politique mise en oeuvre depuis La Loi de la Pêche de 2001 (qui fut l’un des détonants du coup d’État contre Hugo Chavez mené par les secteurs patronaux en avril 2002).

Selon Régulo Zambrano, pêcheur de Machurucuto, qui possède plus de 28 ans d’expérience, « on observe une grande différence par rapport aux années antérieures. Avant les bateaux-usines arrachaient tout le fond marin avec leurs filets industriels, les alevins, les algues, tout, ils détruisaient l’éco-système. Ils nous exploitaient, ils sont devenus millionnaires en nous exploitant et ils ont tout fait pour éviter que passe la loi. Nous avons toujours lutté contre eux mais ce n’est qu’avec Chavez que nous avons pu éliminer ce fléau.  La pêche redevient un métier productif« .

Julio Moreno, pêcheur artisanal de Choroní, sur la côte de l’État d’Aragua, explique qu’il ne s’agit pas seulement de l’élimination de la pêche industrielle mais d’avancées sociales comme l’intégration de neuf mille pêcheurs au système de retraites de l’Institut Vénézuélien de Sécurité Sociale, à la suite du décret de 2010. « Parce que la pêche est une activité dangereuse, très dure, elle détruit peu à peu le pêcheur. Avant le pêcheur âgé ne pouvait que mourir de faim, maintenant il compte sur les ressources qui couvrent ses besoins fondamentaux« .

Dans l’état de Vargas on sèmera sans pesticides

De leur côté les habitants du secteur El Junko en collaboration avec le gouvernement régional de l’État de Vargas ont lancé une initiative pour lutter contre l’agro-business et le commerce  des pesticides : la création du Village Expérimental « Augusto César Sandino », oú les groupes paysans apprendront à travailler les terres de manière écologique et sans besoin de pesticides.

Ce projet est impulsé par le Mouvement Social Écologique Bolívar y Martí, les conseils communaux, les habitants et les conseils de paysans et de pêcheurs de l’axe Junko-Carayaca, qui réalisent des productions agro-écologiques dans les zones d’agriculture urbaine our les étendre aux zones rurales. Ce projet collectif, porté par les habitants depuis 13 ans, s’est développé au fil des années.

L’objectif principal du hameau agro-écologique Expérimental « Augusto César Sandino » est d’impulser l’agro-écologie comme alternative au commerce des pesticides et dans ce but, de former des paysans organisés dans les communes de l’État de Vargas. L’idée est aussi de projeter l’agro-écologie comme mode de production en tant que tel, basé sur la revitalisation des savoirs ancestraux des paysans et la souveraineté agro-alimentaire avec le relancement de cultures comme l’avocat, le café, le cacao, entre autres. Un autre aspect important est la pêche artisanale, dans cette région située entre la montagne et la côte.

Le gouvernement régional offre son appui pour articuler les actions concrètes de l’État en faveur des secteurs paysans. Actuellement le secteur d’El Junko couvre quatre hectares situés dans El Arbolito, sur la route de Trampa El Tigre, secteur El Farallón, municipalité de Carayaca, dans l’État de Vargas.

C’est là que commencera la construction de ce village agro-écologique dont est chargé l’Institut Autonome du Logement de l’État Vargas (Invivar). Les ressources seront destinées au processus de planification et d’exécution des processus d’auto-construction dirigé par les familles paysannes du secteur, basé sur les techniques indigènes et paysannes de constructions en harmonie avec l’environnement.

Ce Village Agro-écologique Expérimental Augusto César Sandino comptera des espaces d’activités pratiques et théoriques parmi lesquelles 10 salles de classe pour 30 étudiants, équipées avec des ressources didactiques, une salle consacrée á la planification agro-écologique, trois laboratoires : l’un de détection des maladies végétales, l’autre pour la production d’engrais agro-écologiques et le troisième pour l’étude et la conservation des semences autochtones. Il y aura aussi des parcelles pour les cultures tropicales et un système de production d’espéces forestiéres autochtones, dans le cadre de la récupération des sources d’eau pure dans des zones protégées.

Texte et photo : Simón Rendón, militant du collectif local, avec AVN.
Traduction : Thierry Deronne, pour www.venezuelainfos.wordpress.com

Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail.

« Démocratiser le monde opaque de la production », “Mettre en place des conseils des travailleurs”, “éliminer la division du travail”, « réduire la durée du travail pour faire place au temps de la vie », « créer la propriété sociale des moyens de production » : les objectifs qui fondent historiquement l’existence de la gauche sont bien vivants… au Venezuela. Alors qu’en Europe, en Espagne par exemple, la loi du travail est revue et corrigée pour la rendre plus favorable au patronat, le Venezuela a lancé il y a quelques mois un débat public pour élaborer une loi qui «paie enfin la dette que possède encore la révolution vis-à-vis des travailleurs».

La loi actuelle reste en effet très favorable à un secteur privé dominant, et marquée au coin du néo-libéralisme et des accords de Punto Fijo (1961) par lesquels sociaux-chrétiens et sociaux-démocrates avaient fixé le contrôle politique de l’État. Pour que la nouvelle « Loi Organique du Travail » (LOT) que signera le président Chavez le 1er mai prochain soit le fruit d’un débat pluraliste, la commission présidentielle a déjà reçu des milliers de propositions que rédigent des mouvements sociaux aux quatre coins du pays : syndicats, mouvements de jeunes, organisations de femmes, coordinations de concierges, de producteurs agricoles ou de pêcheurs, etc…

Ainsi les militants de la JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique) ont réalisé un diagnostic précis des atteintes aux droits des jeunes travailleurs (photo). «Non-reconnaissance des jeunes travailleurs du secteur informel», «mauvais traitements et agressions au travail», «licenciements injustifiés», «irrespect du droit lié au premier emploi», «stages sans paiement de salaires», «pas d’accès à la santé dans les centres de travail», etc.. L’axe central de leur proposition est que la loi consacre enfin les jeunes travailleurs comme sujets de plein droit, en garantissant l’égalité et en punissant sévèrement les patrons coupables de discriminations. Parmi les propositions, on notera entre autres:

– Le patron devra garantir que 25% au moins du personnel soit composé de jeunes. Ceux-ci bénéficieront d’un régime spécial qui leur permette d’étudier tout en travaillant, sans que cela affecte ni leur salaire, ni la stabilité de l’emploi.

– Le patron devra garantir les moyens concrets de la formation intégrale des travailleurs durant la journée de travail (ce qui vaut pour les syndicats, délégués de prévention et membres du Conseil des Travailleurs).

– L’interdiction de pré-requis à l’embauche tels qu’expérience préalable ou période d’ essai.

– Les pleins droits à la participation politique et à l’organisation dans les centres de travail, pour le mouvement syndical comme pour les conseils des travailleurs.

– Les pleins droits aux assemblées permanentes comme moyens de prises de décisions et de consultations syndicales et des conseils de travailleurs pendant les heures de travail ou pendant le temps libre.

Osvaldo Vera, député socialiste (PSUV) et membre de la commission présidentielle qui rassemble les diverses propositions, explique que la loi modifiera le rôle du ministère du Travail. «Il cessera d’être neutre et se mettra du côté du travail, non plus de celui du capital». Mr. Vera évoque la création d’un fonds pour le paiement des divers droits sociaux dus aux travailleurs, alimenté par 3% des royalties pétrolières. «Ainsi, tout travailleur qui quitte son poste pour prendre sa retraite, ou parce qu’il démissionne ou se fait licencier, pourra compter sur le paiement rapide de ses droits ou de ses indemnités”. La figure du « licenciement injustifié » sera éliminée de la loi et sera remplacée par celle du « licenciement illégal« . Pour Antonio Espinoza Prieto, avocat expert en droit du travail, lui aussi membre de la commission présidentielle, trois aspects sont incontournables : « la restitution du régime des prestations sociales la réduction de la durée du travail et le renforcement des droits du travaillleur« .

Depuis la salle de réunion des conseils communaux du secteur Valentin Valiente de la ville de Cumaná, sur la côte (photo), des dirigeants syndicaux parmi lesquels Marcela Maspero (UNETE, syndicat bolivarien) ont annoncé la remise de propositions le 22 mars prochain dans le cadre d’une grande mobilisation nationale à Caracas. Elle a exigé que la commission présidentielle rende publique l’ensemble des propositions : « Il n’y a aucune clarté et nous ne pouvons nous démobiliser vu la compromission de secteurs locaux du ministère du travail et le retard de certains dossiers, comme c’est le cas pour les 18 travailleurs de l’entreprise privée Toyota licenciés en septembre 2011, et dont le retour au travail a été repoussé durant 5 mois ».

« Nous sommes toutes travailleuses, dans tous les aspects de la vie»

Dans l’État agricole de Portuguesa, une cinquante de travailleuses se sont réunies à l’occasion de la Journée Internationale de la femme (photo).

Sindia Aguilar et Yilvany Martínez de l’entreprise Protécnica, Patricia Méndez de l’entreprise Molinera, Carolina Gana et Milena Hernández de l’entreprise Proarepa, Camila Rodríguez de ATC, Johanna Rojas et Ninfa Riera, de Pronutricos, Rosa Landínez (Communauté de Píritu), María Mendoza (Venearroz) et Olga Angulo (Arroz del Alba), entre autres, veulent «adapter la loi à nos besoins concrets et en particulier réaliser l’équité totale entre hommes et femmes au travail». Chacune d’elles va réunir le plus grand nombre possible de  travailleuses dans d’autres entreprises pour poursuivre la discussion.

A l’autre bout du pays, des femmes de l’État de Vargas (Maison de la Femme de la mairie, Zone Éducative de Vargas, Direction Régionale de la Santé, Organisation des femmes Josefa Joaquina Sánchez, etc..) exigent que la loi «visibilise la femme travailleuse sous toutes ses facettes : femme qui travaille au foyer, paysanne ou commerçante informelle».

Aimée Benítez, du mouvement Josefa Joaquina Sánchez : «L’égalité absolue est indispensable. Nous sommes toutes travailleuses, dans tous les aspects de la vie. Nous défendons des propositions comme le fonds de sécurité sociale financé par les entreprises publiques et privées, pour résoudre les difficultés des travailleu(r)ses indépendantes». Les femmes appuient la réduction de la durée du travail de 8 à 6 heures par jour, l’extension du congé prénatal à deux mois comme droit inaliénable et du congé postnatal à six mois, un droit qui pourrait être étendu à tout proche qui aide à prendre soin de l’enfant jusqu’à l’âge d’un an. On défend la proposition de “garderies dans les entreprises publiques et privées pour, notamment, garantir le temps de l’allaitement maternel”.

Renaissance légale du «Conseil des travailleurs».

Un des buts de la nouvelle loi est de rattraper le retard pris dans la création de la figure légale du «Conseil des Travailleurs» que le Parti Communiste du Venezuela avait déjà proposée à l’Assemblée Nationale en 2007. Quel est le but de ces «conseils», revendication historique de la gauche mondiale (1) ?

Pas de collaborer avec le patronat pour augmenter l’emprise du capital sur le travail mais de devenir une forme d’organisation supérieure des travailleurs, qui exercera le contrôle social sur la production et sur l’administration des entreprises, prendra une part active aux décisions et développera la participation directe de la population dans les centres de travail publics comme privés. Les «conseils de travailleurs» ne se substitueront donc pas aux syndicats, maintenus dans la nouvelle loi, mais leurs membres jouiront de la même protection légale que les militants syndicaux. Il s’agit en fait de démocratiser le monde du travail. Les entreprises mixtes et privées ne pourront en aucun cas faire obstacle à leur constitution ni à leur fonctionnement, sous peine de sanctions.

Thierry Deronne, avec AVN, Ciudad CCS, Prensa Proarepa, JOC-V, Prensa MINPPAL.

(1) La journaliste Carolina Hidalgo (Ciudad CCS) rappelle qu’au Chili en 1973, les travailleurs chiliens s’organisèrent spontanément sous la forme des “cordons industriels”, sorte de conseils de travailleurs constitués dans chaque secteur pour faire face aux pénuries provoquées par l’opposition et par le gouvernement états-unien sous la présidence de Salvador Allende. Dans ces cordons industriels les ouvriers prenaient les décisions sur la production et fonctionnaient indépendamment du gouvernement.

Dans les premières années de la révolution russe, avant l’époque stalinienne, les “soviets” désignaient des assemblées d’ouvriers, de soldats, de paysans comme force fondamentale de transformation. En 1918, en Allemagne, l’opposition à la Première Guerre Mondiale et à ses pénuries et à la monarchie prussienne furent le point de départ des conseils de travailleurs, de marins et de soldats. Cette année-là des milliers de ces organisations s’établissent dans 18 villes allemandes. En Espagne, en 1936, de nombreuses expériences semblables appelées « collectivités » surgirent au sein du mouvement républicain en lutte contre les franquistes. Ces structures contrôlées par les travailleurs assumèrent dans certains cas les services municipaux, voire le pouvoir municipal. En 1937, ces “collectivités” furent anéanties sous l’action des troupes franquistes.

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Les travailleurs assument la direction de VIVEX, Vidrios Venezolanos Extras, nationalisée par le gouvernement bolivarien.

mercredi 1er juin 2011

Le vice-ministre de Développement Industriel, Carlos Farías, a annoncé que les travailleurs assumeront l’administration de Vidrios Venezolanos Extras (Vivex), industrie qui se consacre à la fabrication de vitres pour véhicules. Farías a souligné que les travailleurs de l’entreprise située dans la zone industrielle de Barcelona, municipalité de Bolívar, état d’Anzoátegui luttent depuis près de trois ans pour leurs revendications.

Il a indiqué que le décret 8.260, qui émane de la présidence de la république, constitue un acte de justice sociale envers les travailleurs. La disposition légale, publiée au Journal Officiel 39.685 du 31 mai 2011, ordonne la réquisition des biens meubles, immeubles et autres ajouts ou dépendances de VIVEX.

Les installations sont prêtes à fonctionner. Basiquement ce que nous avons à faire, c’est de préparer un projet, connaître le niveau d’investissement financier, le matériel et les ressources humaines qui manquent pour pouvoir la réimpulser” a expliqué le fonctionnaire du gouvernement bolivarien.

Il a souligné que le droit au travail de tous les employés de Vivex est garanti et il a rappelé l’importance de l’entreprise pour le gouvernement bolivarien dans le secteur de la production nationale d’automobiles pour la population.

De son côté le porte-parole syndical de Vivex, Jean Sabino, a rappelé que “après que les anciens propriétaires ont déclaré de manière frauduleuse la faillite et ont refusé de payer les droits aux travailleurs, nous, les travailleurs avons décidé de commencer la lutte pour réaliser nos revendications”.

Il a raconté comment pendant les trois dernières années le mouvement a organisé des réunions de travail et des assemblées avec les communautés voisines pour discuter des possibilités de réactivation de l’entreprise, et que de toutes les possibilités c’est la nationalisation qui a été retenue par la majorité.

Le syndicaliste Sabino a remercié le président Hugo Chávez pour cette décision de nationaliser l’entreprise et il a rappelé l’engagement de tous les travailleurs de Vivex d’impulser la production en faveur du peuple vénézuélien.

Sur le thème du contrôle ouvrier au Venezuela, on peut lire également : Venezuela, 24.05.2011. Les travailleurs de « La Gaviota » veulent approfondir le contrôle ouvrier

Source : http://www.correodelorinoco.gob.ve/…

Voir le reportage de VIVE Oriente en espagnol

Traduction : Thierry Deronne URL de cet article : http://www.larevolucionvive.org.ve/…