« Les bagarreuses de Santa Barbara » et autres visages invisibles du Venezuela

Santa Bárbara, État de Miranda. Tout commence par une maison. Ce qui la rend particulière c’est qu’elle est aussi une briqueterie. Et une occasion parfaite de conspirer pour un groupe de femmes dont la plus âgée a 38 ans. On les appelle « les bagarreuses« . Il y a Juana, le débit rapide de qui a l’habitude de parler. Quand elle reconstruit l’histoire et jette les mains au ciel, son corps danse, le tambour ne s’arrête plus. Juana la marronne, la libre, la démesurée, la libre arbitre, tout la rend belle, hors série, digne. Elle nous parle des accouchements, avec un sourire capable d’emporter d’un éclair la dureté du temps, la trahison d’un peuple aveuglé qui vote pour son ennemi historique, l’eau qui un jour a noyé le village et laissé le pauvre sans toit, les heures de marche avec la boue à la ceinture, la faim, le silence.

Enfants du Secteur Caño La Palma 1

Enfants du Secteur Caño La Palma 1

Juana Benaventa, porte-parole du comité de finances du Conseil Communal Bolivarien Santa Bárbara et travailleuse de la forge, et de la briqueterie (coopérative "Vivir viviendo")

Juana Benaventa, porte-parole du comité de finances du Conseil Communal Bolivarien Santa Bárbara et travailleuse de la forge, et de la briqueterie (coopérative « Vivir viviendo »)

Joie… “Les bagarreuses” remontent les rues de Santa Bárbara avec l’air de connaisseuses. Elles sont plus de vingt femmes lancées dans la construction de logements décents pour leurs voisins. Le Conseil Fédéral de Gouvernement a approuvé leur projet de construire 22 maisons. Avec ce même budget ces entêtées ont non seulement construit les logements mais aussi une briqueterie, une forge et une coopérative pour produire des meubles.

Si on veut mettre un visage sur les avancées de la révolution, il suffit d’écouter. Au détour de la conversation surgit le nom d’une Mission. Les sourds en tireront que c’est un droit de la population garanti par les politiques d’État. Une oreille attentive (celle qui écoute avec l’âme) comprendra que la transformation d’une société comme la vénézuélienne touche des dimensions plus profondes, que la science ne peut embrasser, effrontément humaines. A Santa Bárbara s’est installée la Mission Ribas (mise à niveau des études secondaires, NdT) et à partir de là “les bagarreuses” ont allumé la mêche.

Elles ont réussi à créer la Mission Alimentation, et une première école maternelle; elles (Milagros, Antonia, Thaly, Yuleidy, Juana) en parlent avec fierté. Avant, quand un caïd surnommé “El Coman” ne sévissait pas dans la zone, ces femmes inventaient des trêves pour supporter la réalité, “nous jouions du tambour partout, tout le temps… la danse de l’ânesse c’était Thaly Itriago qui s’en chargeait et nous parcourions le village pour égayer les gens, nous faisions la fête de Santa Bárbara…”

A la fin des années 90 le barrage “El Guapo” a cédé, emportant les maisons, les semis et les habitants. Dans le processus de reconstruction du village sont nés les Conseils Communaux, une forme d’organisation qui a permis une première prise de conscience dans un état soumis à une forte tradition “adeca” (adjectif tiré de AD, parti social-démocrate qui a régné pendant quarante ans avec son allié social-chrétien, NdT). Le black “grossier” (c’est ainsi que la droite parle de Chavez et de la “plèbe”, NdT) fut défendu dans les assemblées, dans la rue, dans les centres électoraux; avec le temps les conseils communaux bolivariens ont crû, et malgré les discriminations politiques des gouverneurs de droite, le peuple chaviste ne s’est pas rendu. “En 2010 Radonski (actuel gouverneur de Miranda, leader de la droite et ex-candidat présidentiel, NdT) est venu jusqu’ici pour distribuer des certificats et construire quelques maisonnettes… nous pleurions parce qu’il a touché nos voisins alors que nous, nous n’avions pas les moyens de leur offrir des réponses. “Tu crois que ces baraques sont un bénéfice ? Vous voulez que la révolution vous construise une maison ?… Nous avons jeté à bas ces cages à lapin et à la place nous avons construit des logements décents. Après, les photographes de Radonski sont venus pour prendre des clichés de ces constructions comme si c’était lui qui les avait faites… nous les avons chassés”.

L’auto-construction, la briqueterie et la forge sont aujourd’hui un point d’honneur pour le Conseil Communal “Santa Bárbara”, membre de l’équipe promotrice de la Commune. Ce processus d’intégration a permis d’améliorer la qualité de vie de ses habitants mais aussi de voir plus loin. Le grand projet, c’est de libérer ce territoire de l’emprise des grands propriétaires du cacao, d’en faire une source de production d’aliments autogérés, et elles y travaillent…

Argenis Quintana, porte-parole du Conseil Communal et travailleur de la briqueterie

Argenis Quintana, porte-parole du Conseil Communal et travailleur de la briqueterie

Thaly Itriago, porte-parole de la commission du logement, conseil communal Bolivarien Santa Bárbara.

Thaly Itriago, porte-parole de la commission du logement, conseil communal Bolivarien Santa Bárbara.

Nous sommes allés jusqu’au Caño La Palma, en file indienne à travers le champ de maïs de Yuleidy. Avec son époux et ses sept enfants elle y fait pousser deux hectares d’énormes plants de maïs jaune. “Un maïs très sérieux, nous dit-elle, si on rit en le semant, il ne pousse pas bien”; ça nous rappelle la croyance du fil rouge à poser sur le front des enfants qui ont le hoquet. Sous les piqûres de mouchettes nous avons appris l’histoire des titres agraires, des évidents obstacles à leur approbation en faveur des paysans. Le gouvernement est connu pour les octroyer à des personnes qui ont déjà des bénéfices, des crédits, de l’argent ou à des personnes qui ne sèment pas mais qui ont un titre agraire; et le paysan, celui qui sème, celui qui récolte, vu qu’il ne possède pas le titre, n’est pas pris en compte. Exemple : les voisins de Yuleidy travaillent dans une immense grande propriété privée, Hato Grande. Au moment des élections on les oblige à voter pour les candidats de droite sous peine de perdre leur emploi. Le patron a reçu un titre agraire et un crédit approuvé par l’État; Yuleidy et sa famille, comme des dizaines d’agriculteurs de la zone, réclament la terre depuis des années, et pas moyen.

Le collectif fait la force

De retour à la briqueterie avec Thaly, assis sous le soleil, appareils éteints, caméra allumée, réflecteur en main. Elle nous donne un cours d’économie socialiste, compare les coûts du marché privé avec la production auto-gérée. Pas surprenant si pour ces “bagarreuses” l’intégration des jeunes au travail de la Commune est fondamentale pour garantir l’économie. Même si la productivité baisse, ce qui compte pour elles finalement c’est que les jeunes puissent recevoir leur salaire en fin de semaine pour nourrir leurs enfants, qu’ils se sentent reconnus et pris en compte; et que ces parpaings qu’ils fabriquent comme par magie dans la cour de la maison soient la matière première de la participation aux brigades d’auto-construction. « Celui qui a les moyens d’acheter une maison,  tant mieux pour lui, mais il ne l’aimera jamais autant que s’il avait participé à sa construction.« 

Aquarela Padilla. Photos : Rosana Silva

Source : http://mpcomunas.gob.ve/las-peleonas-de-santa-barbara/?utm_source=rss&utm_medium=rss&utm_campaign=las-peleonas-de-santa-barbara

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/24/les-bagarreuses-de-santa-barbara-et-autres-visages-invisibles-du-venezuela/

Éducation bolivarienne au Venezuela, par Ken Jones

clasesLors de mon voyage au Venezuela au sein d’une délégation d’enseignants (1), je n’ai pas entendu une seule fois les mots “prise de responsabilité”ou “tests à haut risque” (2). En tant que professeur formant des enseignants aux États-Unis, je discute rarement des politiques éducatives et des réalités de mon pays sans devoir affronter ces concepts stressants. Mais dans les écoles et dans les systèmes éducatifs du Venezuela ? Cela n’entre pas dans la discussion.

Ken-Jones

Ken Jones, professeur associé d’éducation à l’Université du Maine du Sud, États-Unis (1)

Là-bas, le dialogue porte davantage sur l’éducation comme droit humain et comme responsabilité de l’État. Il ne s’agit pas des “produits” comme nous disons aux États-Unis mais davantage “d’accès” et de “possibilités”. Ce que notre petit groupe venu des États-Unis a découvert fut une foule de témoignages, pas un “test”.

Nous avons aussi appris certaines choses quant aux résultats très concrets et positifs obtenus depuis que le Président Chavez a commencé à s’occuper de l’analphabétisme et de l’absence d’accès à l’éducation en général, à la suite de son élection en 1998.

Par exemple en 2005, l’UNESCO a déclaré le Venezuela territoire libre d’analphabétisme, avec plus d’un 1,5 millions de personnes initiées à la lecto-écriture, principalement à travers un curriculum et une approche pédagogique développés par les cubains. Le taux d’inscription de l’école secondaire a augmenté de 53.6% en 2000 à 73.3% en 2011. Récemment l’UNESCO a placé le Venezuela à la cinquième place mondiale pour le pourcentage de personnes inscrites dans l’enseignement supérieur – la deuxième place en Amérique Latine après Cuba. L’éducation publique au Venezuela est gratuite pour tou(te)s, de l’école maternelle à l’université. L’État assure également la gratuité des repas et du transport.

Chavez a mis en mouvement un système scolaire novateur – les écoles bolivariennes s’inspirent de l’émancipateur de l’Amérique Latine Simón Bolivar, qui a aussi donné son nom à la République Bolivarienne du Venezuela. Le volet éducatif de la Révolution Bolivarienne, lancé par Chavez, fait partie du nouveau tissu socialiste qui émerge dans la société, articulé avec d’autres initiatives gouvernementales visant à encourager le pouvoir communal, le coopérativisme, la santé gratuite (là aussi en coopération avec Cuba) et l’alimentation subventionnée. Ensemble, ces initiatives et d’autres mesures cherchent à transférer le pouvoir à la majorité de citoyens pauvres jusqu’ici exclus du droit de vote, et s’inscrivent dans une perspective socialiste plutôt que capitaliste.

Notre délégation a visité une école maternelle bolivarienne, un école primaire, un lycée, une école professionnelle, un centre de formation d’adultes, une université, un conservatoire de musique et une académie de la police. Nous avons également visité une coopérative de femmes dans une communauté agricole, un centre culturel dans un quartier populaire, et une agence gouvernementale de droits humains. Le point commun qui relie ces différents lieux et initiatives est l’objectif de construire une société nouvelle par la construction de connaissances et de compétences nouvelles, d’une citoyenneté responsable, de coopérativisme, de collaboration et d’apprentissage avec la communauté locale. Nous avons observé le plaisir et la réussite dans l’expression artistique, un enseignement axé sur le concept de projet, et une attention particulière portée au bien-être des personnes et à la santé des différents éco-systèmes.

“Quelque chose de plus grand que soi”

On pouvait presque palper un sentiment d’espoir et d’énergie connecté à ces écoles, au sens de ne pas travailler seulement à produire une amélioration personnelle, mais aussi pour quelque chose de plus grand que soi. Il existe aussi une conscience politique incisive, informée sur le pays et sur le monde. Les personnes ont très envie de s’exprimer sur les changements en cours dans leur pays. Ils ont parlé de leur vision démocratique de l’avenir d’un pays libéré de l’exploitation des transnationales et de notre propre nation impérialiste. Ils ont parlé consciemment d’une histoire nationale faite de dictatures et de capitalisme extrême et ont versé des larmes sincères sur la mort de leur cher enseignant et dirigeant Hugo Chavez. Ils savaient que Chavez et la révolution qu’ils continuent à mener ont été diabolisés par leurs propres médias privés comme par ceux des États-Unis et du monde occidental. Ils voulaient que nous connaissions leur réalité, sur place.

Nous avons également rencontré un couple d’étudiants universitaires qui s’identifiaient comme opposants à Chavez. Ils n’étaient pas aussi positifs au sujet des changements, bien sûr, et mettaient en cause la qualité des nouvelles écoles et des missions éducatives, exprimant des réserves sur la viabilité de ces nouveaux programmes largement financés par les revenus pétroliers. Ils ont également exprimé leurs préoccupations au sujet de la réussite individuelle et des avantages compétitifs, ainsi que sur les effets dissuasifs et les inéquités générées par ce qu’ils voient comme un système éducatif  “d’aumônes”. Pour notre délégation venue des États-Unis, ceci avait une résonance familière : nous avons pu percevoir le fort contraste entre ces valeurs issues d’une vision globale du capitalisme et celles du socialisme. Simplification excessive peut-être, mais néanmoins évidente.

Les écoles bolivariennes prennent au sérieux l’idée d’éduquer tout le monde et offrent aux éducateurs états-uniens une vision de ce qui peut être fait d’une manière tout à fait différente de la réforme éducative de notre pays. C’est perceptible dans une foule de détails, dans les approches observées, dans les points de vue recueillis tout au long de notre séjour, de lieu en lieu.

Les écoles maternelles sont appelées Simoncitos (3), en référence à Simón Bolivar. Selon les statistiques gouvernementales, près de 70% des enfants du Venezuela sont accueillis par ces écoles gratuites, où le gouvernement paie les salaires des enseignants, et où les conseils communaux (fondés par les habitants et appuyés par le gouvernement) fournissent les immeubles et les matériels scolaires. Souvent, les parents viennent aussi en tant que bénévoles, s’ils le peuvent. Lors de notre visite à une école maternelle, nous avons vu un groupe de 14 petits avec 3 adultes. Ils nous ont dit leurs noms, âges, couleurs et animaux préférés, et ont dansé le hokey-pokey avec nous.simoncitos Les écoles primaires sont aujourd’hui des écoles à temps plein (dans le passé la plupart fonctionnaient avec deux horaires de demi-journées pour deux populations étudiantes séparées) qui offrent des repas et des soins de santé gratuits, ainsi que des activités extra-curriculaires. Les édifices scolaires sont remeublés et de nouveaux bâtiments sont rapidement construits. Tous les étudiants reçoivent un ordinateur portable (bien que comme nous l’avons appris il existe encore un grand besoin de formation professionnelle des enseignants sur comment les utiliser efficacement).

A travers les projets des étudiants et les services d’éducation d’adultes, ces écoles sont connectées à la vie des communautés avoisinantes. Notre groupe de dix a obtenu d’être invité d’honneur le jour d’une remise de diplômes dans une école primaire qui a présenté des performances très réussies et maîtrisées des élèves : danses, chants, costumes traditionnels et expositions d’art original. Les étudiants diplômés sont venus vers nous pour nous demander d’ajouter notre signature sur les t-shirts qu’ils portaient – une coutume semblable à la signature des albums de promotion aux États-Unis.

“Nous devons faire évoluer notre langage”

L’école secondaire que nous avons visitée se trouve dans une communauté rurale, Monte Carmelo. Elle vient d’emménager dans un bâtiment achevé en 2010 – un cadeau du président Chavez, personnellement convaincu de le faire par sa directrice charismatique, Gaudy Garcia. Le curriculum de l’école est centré sur les vies des habitants à travers des récits oraux, les manières naturelles de cultiver les aliments, les artisanats et traditions locales, les confiseries, les guérisseurs. Cette année les projets des étudiants tournent autour de l’histoire de leur propre communauté, dont l’histoire de l’éducation. Les projets sont réalisés en sous-groupes et doivent posséder un impact social, au-delà d’une simple enquête. Les thèmes choisis par les étudiants incluent l’agro-écologie, la coopérative locale féminine, les plantes qui protègent les cultures des insectes prédateurs, la lombriculture et les serres.

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Gaudy Garcia, directrice de l'école de Monte Carmelo.

Gaudy Garcia, directrice de l’école de Monte Carmelo.

Dans ce lycée l’accent est mis sur la collecte des semences et la fabrication de plats à partir des cultures produites par ces graines. Gaudy nous a parlé en connaissance de cause du problèmes des organismes génétiquement modifiés (OGM). En 2005, lorsqu’elle a mené un inventaire des semences locales, elle a réalisé qu’il y avait encore beaucoup de semences indigènes dans sa propre communauté et qu’on devrait collecter et protéger ces semences. « Monsanto a sa main partout« , dit-elle. «Nous devons veiller à ce qu’ils ne volent plus nos semences, notamment le maïs. Nous ne voulons pas qu’il se passe chez nous ce qui s’est passé au Mexique.” L’école a créé sa «réserve» ou son «réservoir» de graines. Gaudy ne veut pas l’appeler «banque» de graines. “Nous devons faire évoluer notre langage du capitalisme au socialisme”, dit-elle.

La “Mission Robinson” est le programme d’alphabétisation d’adultes. Irlanda Espinoza, directrice régionale de ce programme dans la ville de Sanare, s’est entretenue avec nous. Elle nous a parlé avec émotion de ce programme comme une réponse à la dette sociale envers les pauvres, accumulée pendant de nombreuses années avant Chavez, lorsque la croyance dominante était que tous n’ont pas droit à l’éducation. Elle a expliqué qu’avant la révolution on avait cessé d’offrir une éducation aux jeunes filles enceintes, d’où la dette actuelle envers leurs enfants.

Irlanda nous a décrit les efforts intensifs menés pour tenter d’inclure tout le monde dans ce programme d’alphabétisation. Par exemple, le gouvernement a envoyé les statistiques de l’administration éducative réunies lors du recensement des habitants inscrits dans la nouvelle Mission « En Amor Mayor » qui offre des pensions à toutes les personnes âgées, même celles qui n’ont jamais cotisé.

Irlanda va de maison en maison pour visiter celles qui ont signalé dans ce recensement qu’elles ne savent pas lire ni écrire, et leur demande si elles souhaitent apprendre. Si non, elles signent qu’elles ne désirent pas ce service. Le programme vise une participation de 100%, qu’elle considère comme essentielle. «C’est une façon de faire de chacun un citoyen actif», dit-elle. « Si vous ne pouvez pas lire ni écrire, vous ne connaissez pas vos droits et vos responsabilités, vous ne pouvez vraiment pas faire partie d’un conseil communal. » Elle sait tout de la philosophie éducative émancipatice de Paulo Freire.

"Lire le monde avant de lire le mot" : Paulo Freire (Recife 1921-São Paulo, 1997)

« Lire le monde avant de lire le mot » : Paulo Freire (Recife 1921-São Paulo, 1997)

“La musique, une manière naturelle d’être solidaire de l’autre”

Dans la ville de Barquisimeto, nous avons visité une branche locale du Conservatoire national de musique pour la jeunesse, “El Sistema”. Il s’agit d’un programme d’éducation à la musique classique financé par le gouvernement et qui concerne 350.000 jeunes dans 125 orchestres. Selon les rapports de l’institution, près de 70% des participants proviennent de secteurs de faible revenu. Le programme a démarré en 1975 et s’est transformé en un système reconnu mondialement au point d’être adopté partout en Amérique Latine et en Europe. Le célèbre directeur Gustavo Dudamel, qui travaille actuellement comme chef d’orchestre de l’Orchestre Symphonique Simón Bolívar et du Philharmonique de Los Angeles, s’est formé dans la branche de Barquisimeto. Le “Sistema” possède des programmes spéciaux pour les enfants handicapés et un choeur White Hands de sourds-muets. Le mois dernier, le fondateur du “Sistema” (4) José Antonio Abreu a rencontré le nouveau président Nicolas Maduro et a convenu avec lui d’étendre le programme pour intégrer un million d’enfants à l’apprentissage des instruments de musique.

Gustavo Dudamel, directeur de « El sistema »

Dante_happy-band-kidsNUCLEO-articleLargesistemaAvec 2000 étudiants inscrits dans ses programmes, l’école de Barquisimeto était une vraie ruche le samedi où nous l’avons visitée. Un groupe de vingt enfants de quatre ans se familiarisait avec des violons et des violoncelles dans une cour ouverte, les couloirs étaient pleins de personnes jouant toutes sortes d’instruments. Dans de petites salles travaillaient les sections de pratique. Deux orchestres de jeunes au complet se trouvaient en pleine répétition, ainsi qu’un ensemble avec chef d’orchestre et un orchestre de musique de chambre sans chef : “cela les aide à s’écouter l’un l’autre” a dit notre guide.

Il nous a expliqué que le système suivi au conservatoire dépend du coopérativisme. “Si vous savez un peu, vous pouvez enseigner un peu” est la maxime. Notre guide a expliqué que l’instruction musicale offre un équilibre parfait d’excellence individuelle et de coopération de groupe – des étudiants de tous les âges jouent dans un orchestre. “La musique est une manière naturelle d’être solidaire de l’autre” a-t-il dit.

A Barquisimeto, nous avons aussi visité une école professionnelle pour des étudiants de 14 à 25 ans qui avaient quitté l’enseignement formel. En tant qu’états-uniens nous fûmes surpris d’apprendre que cette école fait partie du réseau d’écoles catholiques mais est financée par l’État. Des cycles courts et longs sont offerts dans des matières telles que l’électricité, la plomberie, la coiffure, la cuisine, la céramique. On compte 222 de ces programmes à travers tout le pays, situés dans les secteurs les plus pauvres, selon le gouvernement. Il est encore plus surprenant d’apprendre que bien que ces écoles sont subventionnées par le gouvernement, l’Église catholique a adopté une position fortement anti-Chavez, voyant le gouvernement comme “castro-communiste.” L’enseignant qui nous a rencontrés nous a dit “c’est quelque chose qui est dans leur tête mais pas dans la réalité. Ils voient comme un droit le fait de recevoir de l’argent du gouvernement fédéral.” 

“Articuler les savoirs populaire et universitaire”

Un des aspects les plus intéressants du système scolaire bolivarien est la “territorialisation” de l’université. Les nouvelles universités ont été initiées par Chavez comme une alternative aux universités dites autonomes, traditionnelles, qui ont principalement servi les élites et qui conservent la part du lion dans le financement de l’enseignement supérieur par l’État. Les facultés des communautés locales sont converties en universités territoriales dans le but de former chacun mais aussi de contribuer aux projets stratégiques nationaux. L’université que nous avons visitée à Barquisimeto compte 12.500 étudiants en science et technologie, ergonomie, bibliothécologie, systèmes intégraux, administration publique, sciences informatiques appliquées, souveraineté alimentaire, sécurité, protection de l’environnement, entre autres domaines. Comme dans les écoles bolivariennes de niveaux inférieurs, les curriculums cherchent à contribuer à la solution de problématiques des communautés locales. Et contrairement aux universités traditionnelles, les études ne sont pas enfermées dans les départements de chacune des disciplines mais générés par la faculté et les étudiants à travers une approche intégrée, multidisciplinaire. Les professeurs et les instructeurs ne possèdent pas toujours de diplômes formels. “Il est important d’articuler les connaissances populaires avec le savoir académique”, nous a-t-on expliqué.

Une section unique de cette université est appelée Chaires Libres et offre des études sur la culture populaire, la transformation sociale, l’égalité de genre et le “bien vivre”. Ce dernier point est développé en collaboration avec les élèves pour dégager ce que « le socialisme peut nous apporter en termes de relations mutuelles » et s’inspire largement de la pensée indigène sur la vie en harmonie avec la nature.

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Université Indigène du Venezuela, conçue par les peuples originaires

Université Indigène du Venezuela, conçue par les peuples originaires

D’autres universités sont encore en cours de création – parmi lesquelles une Université des Travailleurs (où les connaissances sont acquises au travail et construites sur base des savoirs des travailleurs), une Université Expérimentale des Arts (5) et l’Université Indigène du Venezuela (6) située dans l’État d’Amazonas et conçue par les peuples indigènes.

Peut-être le plus grand défi posé au système éducatif vénézuélien est-il le problème de la corruption policière et de la violence. Dans ce pays les forces armées sont considérées comme un appui solide du gouvernement et appuyées par la population en général. Chavez était un militaire et les membres des forces armées sont venus historiquement des secteurs pauvres et du monde du travail, aussi défendent-elles la révolution bolivarienne. La police, en revanche, ne bénéficie pas de la même confiance, vu son rôle dans la violence et dans la corruption tout au long des dernières années, et sa collusion dans les fréquents enlèvements et homicides à Caracas.

Afin de transformer la police, Chavez a créé une Police Nationale Bolivarienne (7) et a nommé Soraya El Achkar, ex-laïque de l’ordre Maryknoll et militante des droits humains, à la tête de la nouvelle académie de la police, l’Université Nationale Expérimentale de la Sécurité (UNES) (8). Nous avons rencontré Soraya à l’université de Caracas, dont les bâtiments sont encore en cours de construction. Sur ces lieux, avant Chavez, se dressait une prison haïe par la population. Soraya a persuadé Chavez de transformer ce site en académie, en lieu d’espérance sur les cendres du désespoir.

Fondée en 2009 pour transformer les méthodes policières, pour rendre les officiers plus attentifs aux droits humains et pour qu’ils travaillent en lien étroit avec les communautés, l’UNES dispose de neuf sièges à travers le pays et en prévoit sept de plus. Pour l’heure, selon le rapport de Soraya, elle accueille 25.000 étudiants et dispose d’un personnel de 4.000 professeurs, administrateurs et travailleurs. On y forme tous les niveaux de la police ainsi que des inspecteurs et du personnel pénitentiaire

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L’approche éducative passe par une prise de décision collective des policiers, enseignants et groupements de droits humains sur ce qui doit figurer dans les curriculums. Trois axes fondent ce curriculum, selon Soraya : éco-socialisme, droits humains et égalité de genre.

Le curriculum s’articule autour de quatre aspects du travail communautaire : la jeunesse; le désarmement (ce que nous appellerions aux États-Unis le contrôle des armes); la culture, les sports, la musique et l’art; et la vie en commun (à savoir la médiation des difficultés). Les partenariats et les accords communautaires sont encouragés et des efforts sont menés pour aider les jeunes à trouver du travail et s’insérer dans des activités productives.

Il y a deux thèmes transversaux dans l’ensemble du cursus policier :

1.      L’usage progressif et différencié de la force, pour adapter la réponse policière aux personnes impliquées et au contexte. La violence est interdite. On enseigne l’usage judicieux et approprié de la force.

2.      La police communautaire. La police apprend à développer des relations de travail et de collaboration avec la communauté et la recherche de solutions communautaires à la criminalité.

Soraya nous a dit que Chavez était “grand sur l’éducation” et qu’il disait “nous avons besoin de plus d’intelligence et de moins de force”. “La réforme de la police”, a-t-elle dit, “incarne l’esprit de Chavez sur la révolution et les droits humains.”

Sa vision de l’académie est qu’elle évoluera de l’UNES (université nationale) à l’ULES (académie latino-américaine) pour devenir un équivalent de l’École Latino-Américaine de Médecine (ELAM) de Cuba. Soraya voit aussi ce travail comme un contrepoids aux états-uniennes École des Amériques (SOA) et International Law Enforcement Academy (ILEA), toutes deux connues pour avoir formé des militaires et des policiers aux méthodes de répression et dont les diplômés sont réputés pour leurs tortures, assassinats et coups d’État. Le Venezuela vient d’assumer la présidence du MERCOSUR et la formation de la police sera peut-être un des axes de travail au sein de ce groupe de nations.

Conclusion

Après ce bref parcours à travers le système éducatif vénézuélien il est apparu à notre délégation que ce qu’on entend par “réforme éducative” dans ce pays est virtuellement à l’opposé de ce que nous appelons réforme éducative aux États-Unis. Ici, ce terme a fini par désigner une approche centralisée et standardisée dont les prémisses blâment et dévalorisent les enseignants des écoles publiques. Il fonctionne à travers l’individualisme et un régime de contrôle externe, une réduction du financement public, et une politique de privatisation appuyée par le gouvernement. Sa raison d’être est de générer une plus grande compétitivité sur la scène mondiale. L’effet est d’exclusion. C’est un modèle capitaliste, modelé sur des paramètres de domination du monde.

Au Venezuela, par contraste, la réforme éducative implique des aproches locales et diversifiées, inspirantes, dont les prémisses sont la valorisation et l’autonomisation de l’ensemble du personnel travaillant dans les écoles. Il fonctionne grâce à une éthique de responsabilisation interne et de travail collectif, l’augmentation du financement public, et l’appui par le gouvernement de la prise de décision au niveau local. Sa raison d’être est de construire une coopération accrue au niveau de la communauté. L’effet est d’inclusion. Il s’agit d’un modèle socialiste, formulé en termes de «bien vivre».

Un soir au Venezuela, alors que nous discutions à  quelques uns sur ce que nous considérons comme les agressions tragiques contre l’éducation publique aux États-Unis, une personne a demandé où nous pouvions voir un espoir. J’ai répondu: «Au Venezuela».

 Ken Jones

bachilleresSource : ZNet, 26 juillet 2013, http://www.zcommunications.org/bolivarian-education-in-venezuela-by-ken-jones

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

Notes :

(1)  Ken Jones, auteur de cet article, est professeur associé d’éducation à l’Université du Maine du Sud. Membre de l’American Educational Research Association (AERA) et du National Network for Educational Renewal (NNER). Éditeur de “Democratic School Accountability: A Model for School Improvement”. Du même auteur, on peut lire “la guerre contre les écoles publiques”, http://www.zcommunications.org/the-war-on-public-schools-by-ken-jones. Il peut être contacté à jonesk@maine.edu

(2)    Remis en vogue sous l’administration Obama, critiquées pour leur social-darwinisne, les “high stake tests” sont des épreuves du type “quitte ou double” qui fixent en une seule fois le sort d’un élève.

(3)   Sur les Simoncitos, voir http://www.slideshare.net/edelinbravo29/05-simoncito-comunitario

(4)   Site de “El sistema” : http://www.fesnojiv.gob.ve/

(5)   Site de l’Université Expérimentale des Arts : http://www.unearte.edu.ve/

(6)   Sur l’Université Indigène, voir “Nous sommes comme des herbes qui repoussent quand on les arrache”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/27/nous-sommes-comme-les-herbes-des-haut-plateaux-qui-repoussent-quand-on-les-arrache/

(7)    Voir “La sécurité au Venezuela : la solution depuis l’État et non comme offre électorale”, par Jesse Chacón, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/14/la-securite-au-venezuela-la-solution-depuis-letat-et-non-comme-offre-electorale-par-jesse-chacon-fondation-gisxxi/

(8)   Site de l’Université Expérimentale de la Sécurité : http://www.unes.edu.ve/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/30/education-bolivarienne-au-venezuela-par-ken-jones/

Auto-gouvernement et production communale aux confins du Venezuela.

Ce samedi 19 janvier, le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture (FAO) au Venezuela, Marcelo Resenda de Souza, a souligné qu’alors que dans le monde 800 millions de personnes souffrent de la faim, aucune d’elles n’est vénézuélienne. Un des objectifs du plan socialiste 2013-2019 soumis par Hugo Chavez lors des élections présidentielles et approuvé par la majorité le 6 octobre 2012, est de parvenir à la souveraineté alimentaire intégrale. En 1998, avant la révolution, la production annuelle d’aliments était de 13 millions de tonnes. Elle en atteint aujourd’hui 24 millions, soit près du double. La réforme agraire et, dans les deux dernières années, l’octroi de crédits aux petits et moyens producteurs par le biais de la « Grande Mission AgroVenezuela » ont permis à 600 mille familles de se consacrer à la production agricole et à l’élevage.
Derrière ces chiffres il y a les visages et les voix d’êtres humains invisibles dans les médias occidentaux.

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Dans l’ouest du pays, à la frontière avec la Colombie, s’étend l’état d’Apure. Quelques kilomètres avant le village de Guacas, là où le fleuve Apure marque la frontière avec l’État de Barinas, fonctionne depuis trois ans l’Unité de Production socialiste Jorge Eliécer Nieves qui fait partie de la ville communale Simón Bolívar.

Pivot de cette unité agricole et d’élevage : une longue maison couleur de terre. Au fond de ces installations, des enclos et une structure en cours de construction où fonctionnera la cantine des travailleurs; un peu plus loin, des étangs pour la pisciculture des « cachamas ».

Ni patrons ni employés

La chaleur du « Haut Apure » laisse filtrer un vent frais. Amparo s’approche lentement, offre d’une voix douce, timide, quelque chose à boire. Cette femme d’un peu plus de cinquante ans, aux cheveux noirs et brillants, revient avec une limonade glacée.

Il y a trois ans, le conseil comunal “Jorge Eliécer Nieves” a mis en marche son unité productive. Actuellement celle-ci compte 32 têtes de bétail qui produisent entre 72 et 74 litres de lait par jour, 11.500 alevins de «cachamas», poissons qui seront prêts pour la vente dans six mois, à quoi il faut ajouter des hectares de riz, de manioc, de haricot et de maïs, ainsi qu’un projet d’auto-construction qui donne ses premiers résultats : aux alentours de Guacas, six logements de trois pièces, aux espaces amples, sont sur le point d’être achevés.

Willy Ríos, 24 ans, est ingénieur de production et travaille depuis le début dans le projet. Quatre jours par semaine il se charge avec ses compagnons de produire pour la communauté elle-même mais suivant un modèle éloigné des paramètres capitalistes.

“Nous commençons à huit heures du matin et nous planifions le travail tous les 15 ou 20 jours en commissions” explique ce jeune homme maigre, direct, coiffé du chapeau « llanero ».

Son histoire ressemble à celle de ses compagnons : “Avant je travaillais pour le privé, pour les capitalistes. Aujourd’hui il n’y a ni patron, ni employés : ce qu’on a dans le sang, c’est le côté social, le travail en communauté, apprendre et tenter de construire un modèle de production différent. Dans le capitalisme tout se résume à donner des ordres ou à obéir. Ici c’est plus humain, au lieu d’exploiter l’autre, on discute avec lui”.

Du total de la production laitière que génère cette unité, la majeure partie est vendue à prix solidaire aux habitants, et le reste est commercialisé, comme les poissons. Les excédents reviennent à la communauté. Willy : “Nous les utilisons pour améliorer la qualité de vie. Si un compagnon a besoin d’argent pour un transfo électrique, on le prend dans les excédents”.

Un schéma nouveau

Willy et Yorlis Fernández, membre du mouvement social paysan Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora (FNCEZ), précisent que « dans l’unité 25 familles travaillent trois ou quatre jours par semaine sur les terres collectives. Ce rythme permet de consacrer le reste du temps aux terrains de 50 hectares que chacune d’elles possède en propre et où elle produit pour son bénéfice personnel. Si quelqu’un a besoin d’aide pour sa production  familiale, il y a toujours cinq ou six compagnons disponibles. Tout ce qu’on produit sur une terre collective est destiné à l’ensemble des habitants ».

Le changement passe aussi par le refus d’utiliser des produits agro-toxiques ou des concentrés alimentaires pour les poissons. Dans le premier cas le débroussaillage se fait manuellement, dans le second les poissons sont alimentés avec du maïs, des fleurs, du manioc et des haricot, produits sur place.

En ce qui concerme les salaires, Willy explique : “Ceux qui travaillent n’ont pas de salaire fixe parce que nous tentons d’appliquer un autre modèle de production, différent des méthodes capitalistes. Ici nous gagnons tous la même chose, notre revenu hebdomadaire provient de la vente du lait, il est réparti entre tous les associés. Nous travaillons pour améliorer la production, ce qui permet d’augmenter notre revenu. Même chose, en augmentant le poids des poissons, nous vendons un peu plus. Ce n’est pas un salaire fixe pour chacun sinon nous retomberions dans : « Je te fais exécuter telle tâche, et je te paie pour ça. Ce n’est pas l’idée”.

Comme la vie en général dans l’unité, le processus d’auto-construction de logements est soumis à des assemblées qui discutent les plans : “la communauté a créé l’association coopérative Zamora Vive 2011 – explique Willy -, la mairie de la municipalité Pedro Camejo nous a donné les matériaux mais nous avons dessiné les plans nous-mêmes, le système de distribution des eaux, des égoûts, l’électricité, les modèles de toits et de fenêtres. Nous avons produit nous-mêmes les blocs. Tout s’est fait en nous appuyant sur le potentiel propre du conseil communal. Certains d’entre nous sommes forgerons, d’autres maçons, électriciens… Nous avons économisé la mise sous contrat d’ingénieurs, ce qui permet de construire plus de logements. Nous en sommes à six maisons qui vont être réparties aux habitants ».

« Nous associer entre compagnons, discuter des problèmes qui nous touchent et voir ensemble comment les résoudre, bref, vivre ensemble est toujours préférable même si dans les discussions en assemblées nous avons des visions différentes. Ensuite nous travaillons sur la base des plans approuvés, nous nous retrouvons les après-midis ou les fins de semaine pour une partie de foot. Même le terrain de foot a été auto-construit”.

Jusqu’à Guasdualito s’étend la cité communale Simón Bolívar, expérience née quelques mois après un moment complexe pour le pays : la réforme constitutionnelle proposée par le gouvernement du président Chávez venait d’être rejetée lors du référendum. Le mandataire national visita la grande propriété d’El Cedral. Un groupe du Frente Nacional Campesino Ezequiel Zamora lui remit en mains propres la proposition de créer une cité communale.

A partir de cette rencontre, et sur la base de la Loi des Communes, l’initiative a pris corps en regroupant les huit communes des secteurs de San Camilo, Urdaneta et Guasdualito, dans la municipalité de Páez. A cette expérience s’ajoutent d’autres de nature semblable organisées par le FNCEZ, comme une commune à Biruaca, dans le « Bas Apure » et six communes dans la zone urbaine de Guasdualito, ces dernières étant formées par 36 conseils communaux.

Dans la zone urbaine, grâce à un financement du budget participatif de la mairie de Guasdualito, les communes organisent des coopératives de coordonnerie, de fabrication de jeans et une petite usine de plastique. Fernández reconnaît que le principal obstacle est que dans une économie encore majoritairement privée, il faut “une plus grande assistance technique, savoir comment administrer, comment lutter dans le cadre d’une économie de marché traditionnelle, à partir d’une entreprise formée de personnes qui n’ont pas de connaissances en économie et en marketing ». La coopérative de chaussures est celle qui marche le mieux, selon Fernández. Les paires de chaussures de cuir sont vendues à cent bolivars pièce, ce qui leur a permis d’organiser des opérations de vente à San Fernando de Apure et à  Caracas.

Avant que s’allume l’enregistreur et que filent les heures de questions en réponses, les militants locaux du FNCEZ offrent à boire, installent des chaises et montrent avec fierté le local de la FM 96.3, la radio « Bolívar Vive ». Parmi les lignes stratégiques de cette organisation, la communication joue un rôle fondamental.

“Auto-gouvernement”

Le but avoué de la cité communale est l’auto-gouvernement. Un objectif que les membres du  FNCEZ comprennent comme “la prise de décisions en assemblées d’habitants, la formation socio-politique, le développement d’une culture du travail comme moteur fundamental, et la conscience que chacun doit atteindre chacun sur sa responsabilité collective. »

Braulio Márquez, depuis le studio de la radio associative, explique: « Nous comprenons que le gouvernement national ne peut tout nous donner, qu’il nous appartient de jeter les bases d’une culture nouvelle, de valeurs socialistes. Cela signifie que nous devons tous nous engager parce que c’est au peuple d’assumer le rôle central. Il serait contradictoire que le gouvernement fasse tout à notre place; nous devons être nous-mêmes le gouvernement, non pas faire partie du problème mais de la solution ».

Dans la cité communale le fonctionnement se base sur des réunions et sur les activités de travail : « une famille apporte une tôle d’acier, l’autre un sac de ciment, une autre une quantité de blocs, un jour on se réunit et nous construisons ensemble la maison communale ».

C’est en suivant cette méthode qu’ont été auto-construits les logements mais la population se charge aussi du maintien des voies d’accès et des câbles électriques.

Quand la cité communale a fait ses premier pas, le gouvernement national a collaboré pour mener le diagnostic de la zone et pour financer les projets initiaux. La cité a reçu un ensemble de machines telles qu’élévateurs, remorques et camions. « Par exemple, explique Márquez, si une machine de type Patrol, qui sert à labourer, est remise à une commune, tous les habitants deviennent responsables de son entretien et de l’appui au chauffeur et à l’opérateur. Si la machine est abîmée, c’est la même commune qui doit financer sa réparation. C’est ainsi que les habitants assument eux-mêmes les problèmes, cette culture a déjà généré une nouvelle conscience ».

Leandro Albani, AVN.

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Sources :  http://www.avn.info.ve/node/151948 et http://www.avn.info.ve/contenido/autogesti%C3%B3n-y-producci%C3%B3n-comunal-caracterizan-ups-jorge-eli%C3%A9cer-nieves

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/01/19/auto-gouvernement-et-production-communale-aux-confins-du-venezuela/

Le dimanche au Venezuela, les pêcheurs votent aussi.

«C’était pas dans le catalogue !». Surprise de touristes occidentaux qui espéraient oublier le boulot sans rien voir de la révolution au Venezuela, jouissant du soleil, des palmiers et d’autres plaisirs apolitiques, lorsque surgit entre les planches de surf une caravane de pêcheurs artisanaux. Cette image parle bien de cette campagne présidentielle et, surtout, de ceux qui s’apprêtent à voter.

Caravane de pêcheurs appuyant la candidature de Hugo Chavez, Venezuela, août 2012.

Le Venezuela fut en effet le premier pays à interdire, en 2009, la pêche industrielle et à octroyer aux pêcheurs artisanaux des crédits pour monter des coopératives, ainsi que le droit à la sécurité sociale. Des milliers de travailleurs jusqu’ici exploités sur des bateaux-usines, jouissent à présent d’une retraite, même s’ils n’ont pas cotisé et même si leur patron les employait illégalement. Cette loi a permis le repeuplement des fonds marins par une flore et une faune en voie d’extinction. Ici l’écologie n’est pas un hobby de plus ou une correction du libre marché mais une base structurante du socialisme du 21ème siècle.

Déjà, en 2007, s’opposant à l’introduction des OGM et à la substitution de cultures vivrières par celles destinées à l’éthanol, Hugo Chavez déclarait son refus d’“enlever le maïs aux gens, à la chaîne alimentaire, pour remplir les automobiles”.

Dans un quartier populaire d’Antimano (Caracas). L' »unité de production agricole » Fernando Carlos Clavijo  » est une des 19.000 coopératives développées par le gouvernement et les communautés organisées en vue de construire une souveraineté alimentaire sous contrôle des habitants. Crédit : Venezuelanalysis.com

Aujourd’hui, son programme prévoit de poursuivre le développement de l’agro-écologie et de l’agriculture urbaine, la réforme agraire et la protection des réserves d’eau, de la biodiversité, des lacs, mers et forêts, de continuer à s’opposer sur les plans régional et international à toute forme de commercialisation de la nature et à défendre l’équilibre climatique (tel que défini dans le Pacte de Kyoto) ; de démanteler les schémas du charbon sur le marché international qui légitiment le droit de polluer, ou encore de concrétiser un plan national contre le rejet de gaz (effet de serre) et la transformation des industries concernées (1).

Ces nouvelles relations entre être humain et nature sont absentes du programme du candidat de la droite, Henrique Capriles Radonski, qui promet de rétablir la pêche industrielle pour  « recréer l’emploi perdu» et de « rétablir la compétitivité des entreprises ». La fuite, grâce à des dissidents de l’opposition, des documents du «vrai programme» de Capriles a provoqué ces derniers jours la défection de plusieurs personnalités de la droite (comme les ex-gouverneurs De Lima, Cermeño ou le député Ojeda). Ceux-ci dénoncent à présent «le danger que ferait courir Capriles au Venezuela en nous ramenant à un libre marché pur et dur», ainsi que l’intolérance de son noyau vis-à-vis des autres courants de l’opposition.

La loi de la pêche n’est qu’un exemple d’une révolution générale qui motive les appels à voter pour Chavez depuis le Venezuela et depuis l’Amérique Latine. Ils sont signés par la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, les mouvements écologistes, des collectifs féministes, gay et de la diversité sexuelle, des travailleurs de la culture (photo), des groupes de populaires de rap, de hip-hop ou de rock, des coordinations indigènes (comme en Bolivie) et afrodescendantes, les mouvements de paysans sans terre (p. ex. du Brésil), d’éducation populaire (comme le Frente Dario Santillan ou Pañuleos en Rebeldia d’Argentine), les collectifs défenseurs de l’usage du software libre, des mouvements étudiants (Chili, etc..), ou encore des syndicats nationaux comme la puissante CUT brésilienne .

Coordination nationale de travailleurs de la culture manifestant leur appui à la candidature de Hugo Chavez, Venezuela, septembre 2012.

Pour construire le « socialisme bolivarien » le gouvernement écoute souvent les revendications de ces mouvements (2), par exemple en instaurant le software libre dans toute l’administration publique, en légalisant des centaines de radios et de télévisions associatives, en légiférant pour faire avancer la condition de la femme et pour sanctionner toute forme de discrimination. Il a aussi, par exemple, rompu avec l’École des Amériques (école des bourreaux qui ont sévi dans les dictatures latino-américaines), sorti de l’impunité les cas de tortures et de disparitions de nombreux vénézuéliens dans les années 50 à 80, ou encore créé au terme d’un vaste débat citoyen une loi du travail très avancée (3).

Le candidat Chávez veut aller plus loin. Son programme propose de structurer un État communal basé sur la démocratie participative (on compte déjà 40.000 conseils communaux au Venezuela, approfondissant un modèle que les altermondialistes découvrirent à Porto Alegre (Brésil), où les citoyens élaboraient eux-mêmes le budget municipal) et de réaliser ce qu’il appelle « l’éco-socialisme » : l’écologie non comme « accompagnement » mais comme négation et dépassement du capitalisme (4).

Thierry Deronne, Caracas, le 4 octobre 2012.

Notes: 

(1)  – Un lac sauvé, un village agro-écologique en construction : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/23/un-lac-sauve-un-village-agro-ecologique-en-construction-lecologie-en-mouvement-au-venezuela/

– Le Venezuela à contre-courant sur le maïs : :https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/le-venezuela-a-contre-courant-le-mais-pour-lalimentation-pas-comme-combustible/

(2) – Lorena Freitez militante de la culture alternative: Chavez est un politique de type nouveau, il valorise les savoirs populaires : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/17/lorena-freitez-militante-de-la-culture-urbaine-alternative-au-venezuela-chavez-est-un-politique-de-type-nouveau-il-valorise-les-savoirs-populaires/

(3) – La nouvelle loi du travail au Venezuela, un pas de plus vers la vraie vie : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

(4) – C’est aussi pour cela que des campagnes ciblent régulièrement les mouvements écologistes : il y a quelques semaines les grands médias et les réseaux sociaux diffusèrent l’information sur « le massacre d’une communauté indigène Yanomami par des chercheurs d’or au Venezuela ». La source, l’ONG britannique Survival, critiqua aussitôt l’inaction du gouvernement vénézuélien… avant de se rétracter discrètement quelques jours plus tard, reconnaissant qu’ « en fait, aucun massacre n’a eu lieu » tout en répétant que le gouvernement vénézuélien « devrait être honteux » (shameful) de cette situation.

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Annexes en images.

1. Quelques uns des messages de solidarité des mouvements sociaux latino-américains.

Ce reportage de Telesur: http://multimedia.telesurtv.net/media/telesur.video.web/telesur-web/#!es/video/liderazgo-de-chavez-debe-ser-defendido-movimientos-alba/ débute par un message vidéo de la « Sole », une habitante d’une commune chilienne qui vit au pied du chantier abandonné d’un immense hôpital public : celui que le Président Salvador Allende voulait offrir aux pauvres du Chili et d’Amérique Latine. Sole rappelle que quarante ans après le coup d’État de Pinochet, l’éducation et la santé coûtent de plus en plus cher au Chili. Elle appelle à voter pour celui qui, au Venezuela, a réalisé le rêve d’Allende :  la gratuité de l’université et de la santé.  Ensuite, l’argentin Manuel Bertoldi du Frente Popular Darío Santillán et la brésilienne Messilene Gorete du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, expriment le soutien de la coordination continentale des mouvements de l’ALBA à la révolution bolivarienne face à la dictature des transnationales médiatiques qui veulent interférer avec les élections du 7 octobre, en générant des scènes de violence pour les imputer au « dictateur » Chavez.

Manifestation de soutien depuis le Chili.

Manifestation de soutien au Brésil.

Manifestation de soutien en Argentine.

Manifestation de soutien en Bolivie.

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2. Des images que vous ne verrez pas dans vos médias : le meeting de clôture de campagne de Hugo Chavez à Caracas, le 4 octobre 2012.

Cierre de campaña del presidente Hugo Chávez. FOTO: AVN

Cierre de campaña del presidente Hugo Chávez. FOTO: AVN

URL de cet article :  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/05/au-venezuela-les-pecheurs-votent-aussi-le-dimanche/

Je suis heureuse à Caracas (photos)

Et on arrive à Caracas et la vie se fait intense. Taxi pour la FILVEN (Foire Internationale du Livre du Venezuela), s’il vous plaît, et je me retrouve en pleine autoroute de Prados del Este à converser avec mon ami chauffeur de taxi de La Caverne de Platon et puis un peu de Gramsci, gracieusement offert par l’Université Bolivarienne. Ainsi commence la plénitude des mes jours caraquègnes.

La FILVEN n’a pas ouvert et des dizaines d’enfants de différentes écoles se préparent à parcourir la foire avec leurs maîtresses. Passe une jeune fille déguisée en ours suivie d’une abeille et d’un clown étrange, les enfants rient, joyeux ,et moi, gagnée par l’émotion, je ris avec eux. Dix minutes avant dix heures et il y a des gens qui attendent de se retrouver avec leurs livres, leurs auteurs, leurs amis, car dans la foire tous nous sommes amis, et on parle, on boit un café avec un de ces vieux amis qu’on ne connaissait pas il y a cinq minutes.

Dans la foire un chargé d »entretien et de nettoyage m’offre un café et parle des livres qu’il a lus et de ceux qu’il espère lire. Il me guide parmi les pavillons, me recommande des lectures et « Kiki », qui marche toujours à mes côtés, ne peut pas croire que le monsieur qui nettoie en sache tant, chose dangereuse penserait la Kiki si la Kiki pensait comme Médéme Marifer Popof mais la Kiki ne pense pas, elle imite.

C’est un danger que le peuple lise. Un monsieur du nettoyage lecteur ne sera plus un balayeur qui remplit les poches du propriétaire de l’entreprise de nettoyage. Un monsieur du nettoyage lecteur monte une coopérative et obtient le contrat pour garder propre sa Fête du Livre et il le fait avec plaisir. Le monsieur du nettoyage lecteur comprend et ne se fait plus exploiter… Tremblez, oligarques ! (1)

Mais la FILVEN ne dure pas toute l’année et Caracas n’est pas que la FILVEN, sans oublier que la responsabilité m’oblige à laisser le paradis littéraire pour courir à la Plaza Bolívar, à mon cher journal, écrire la chronique que vous êtes en train de lire. Encore heureux qu’il existe des obligations comme celle-ci, qui en plus d’être délicieuses, vous amènent à remonter le centre de Caracas, vous rendent un brin irresponsable et vous font retarder l’arrivée en buvant un chocolat épais, de ceux qui se boivent les yeux fermés, comme pour arrêter l’instant, comme pour attraper le bonheur sous les paupières serrées.

Un rire d’enfant me fait ouvrir les yeux chocolateux et je comprends que le bonheur ne s’en va pas, il est là sur la place, dans les rues, dans les gens qui parcourent ces rues aujourd’hui jolies, des rues où on peut marcher, dans ce Caracas qu’on peut aimer.

Caracas change et retrouve la beauté que lui ont volée l’abandon, la bassesse de ceux qui ont voulu la vendre comme une ferraille pour ensuite la mépriser et rêver de vivre à Miami. Mais Caracas, comme toujours, a résisté et nous, les caraquègnes, avons résisté et nous nous sommes soulevés. Et moi, caraquègne, qui n’ai jamais voulu vivre trop longtemps dans ma ville adorée, je fête ce peu de jours intenses en tapant mon bonheur avec la chair de poule, et les yeux humides cachés derrière un sourire.

Je suis heureuse à Caracas.

Carola Chávez

Notes

(1) phrase de l’hymne du général Zamora (1859-1863) et de son armée de paysans rebelles, une des racines de la révolution bolivarienne.

(2) L’auteure Carola Chavez est homonyme mais non parente du président vénézuélien. Son blog : www.carolachavez.wordpress.com

Source : http://www.ciudadccs.info/?p=272417

Photos : http://www.avn.info.ve/

Traduction : Thierry Deronne pour www.venezuelainfos.wordpress.com

Le repeuplement de poissons du fond marin augmente grâce à l’élimination de la pêche au chalut

samedi 26 février 2011

L’élimination de la pêche au chalut (filet industriel que l’on traîne sur le fond de la mer), mesure mise en œuvre par le Gouvernement national en 2009 en faveur des pêcheurs artisanaux et applaudie par la FAO, a redonné vie et santé à l’écosystème marin vénézuélien et a permis le repeuplement de poissons qui étaient sur le point de disparaître, a informé ce mardi José Antonio Pineda, porte parole du Front de Paysans et Pêcheurs du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV).

« Avec l’élimination de la pêche au chalut sont de retour dans les fonds marins la sardine, la catalana, el pargo, el roncador, le merlu, la curvina, le mako, le poisson-chat et autres espèces marines qui avaient disparus des côtes vénézuéliennes. » a-t-il indiqué.

La réapparition des ces espèces est le produit de la pêche artisanale, qui extraie de la mer les poissons nécessaires et aptes à la consommation humaine, tandis que la pêche au chalut détruit toute la vie sur son passage ; plusieurs récifs côtiers était en danger à cause de cette pratique.

« La pêche au chalut développe une pêche destructrice qui ne fait pas la différence entre les petites, moyennes et grandes espèces [de poissons] car tout tombe dans le filet. En éliminant cette méthode, le niveau de vie augmente considérablement » a expliqué Pineda.

Avec l’élimination de la pêche au chalut, la méthode artisanale, méthode plus bénéfique tant pour les personnes que pour les poissons, a crû passablement ; cela signifie pour les pêcheurs des conditions de travail plus saines et plus humaines et qui offrent de meilleurs niveaux de production, tandis que pour les poissons, cela représente un allongement de leur cycle de vie et des espaces marins plus sains étant donné la détérioration de l’écosystème causée par la pêche au chalut. Avec la pêche artisanale, les poissons vivent plus longtemps et se reproduisent plus, dû au fait que ne sont pêchés que les espèce grandes et âgées, ce qui permet l’augmentation de leur quantité dans les mers et des niveaux de production.

Traduction : Sebastian Franco pour La revolucion Vive

La Mission Campo Adentro et les fermes intégrales dans l’Etat Portuguesa

dimanche 17 janvier 2010

Le travail commence très tôt le matin, dans la ferme intégrale Isaac de Jesús Iglesia, créée grâce aux nouvelles conventions bilatérales Cuba-Venezuela.

Pour être qualifiée d’intégrale, cette ferme a dû en plus de l’élevage de bétail, élever des poules, des cochons, des dindes, des ragondins et descachamas(poissons).

Pour ces travailleurs, c’est une découverte, la première fois qu’ils font de la pisciculture : « Nous devons apprendre de nouvelles manières de faire, d’autres techniques d’élevage, nous avons un bassin dans la ferme où se trouvent environ 1500 cachamas qui ont 3 mois, et chacune pèse environ 500 grammes. c’est une bonne production , le bassin mesure 100 mètres de long sur 20 mètres de large, l’espace nécessaire pour leur bon développement« .

La missionCampo Adentroa pour objectif principal que les producteurs se perfectionnent dans leur travail sans perdre l’essence artisanale, tout cela dans l’objectif de produire en plus grande quantité. Les producteurs sont encouragés à vendre eux mêmes directement au peuple comme l’explique Pedro Juan Mejias : « Nous n’avions jamais entendu parler de cela, jusqu’à ce qu’un jour des cubains viennent nous en entretenir et des bénéfices que cela pourrait représenter pour nous. Cette mission nous aide, petits et moyens producteurs de la zone, no seulement pour l’élevage, mais également dans le savoir et les savoirs-faire pour un potager, la lombriculture, et ainsi nous produisons des aliments de qualité, utilisant une agriculture organique. Nous ne faisons pas cela seulement pour nous mais pour le peuple qui vit autour de la zone et qui n’a plus besoin d’aller à la ville pour faire ses achats. »

Dans le cadre de ce projet, leFond de Développement Agricole Sociale(FONDAS) a octroyé 10 nouvelles vaches qui viennent renforcer la production de lait. Un producteur raconte : « Avec ces 10 vaches supplémentaires, nous disposons désormais de 47 têtes, chacune produisant environ 3 litres en une semaine. Nous en tirons près de 150 litres de lait avec lequel nous produisons du fromage, un autre projet que nous développons dans la ferme »

Laynel Fumero

Traduction : Grégoire Souchay pour http://www.larevolucionvive.org.ve/

Coopérative La Arenosa R.L, symbole de volonté et de lutte pour le travail agricole

mercredi 20 janvier 2010

“ Le chemin de Pira vient de Paya, celui de Paya mène à Pira. Y passa le tigre qui arriva à la plage où marchait mon père. Comme d’habitude, tous les petits vieux passaient par là pour aller à Tocuyito …”

Ce refrain fait partie de l’histoire que nous raconte Juan Hidalgo. Celui ci vit dans le secteur Charco Largo, du quartier L’Indépendance, dans l’Etat Carabobo, est membre d’une coopérative qui a pu récupérer une grande partie des terres auparavant improductives : « nous avons nettoyé la zone, nous souhaitons mener un projet de culture de cacao, café, petits pois, sabila et ananas, cette terre sera rapidement prête à accueillir ce projet”.

« Ces producteurs et coopérativistes ont durant de nombreuses années, lutté pour ces terres, l’ancien maitre était un propriétaire terrien ayant tenté de faire croire à l’Etat qu’il avait la propriété de l’ensemble du domaine.

Face à cela, les paysans ont formé un comité des terres urbaines (CTU) et ont dénoncé cette situation devant l’Institut National de la Terre (INTI). Ils ont ensuite formé une coopérative et sont retourné devant l’INTI porter la plainte, mais cette fois pour cause de non-production..

José Mendoza explique « ’Nous avons toujours eu des problèmes avec ce latifundiste qui se croyait maitre de tout, mais en fait le domaine Charco est divisé en plusieurs parties, au sud le Charco Largo – seule la partie nord est entièrement privée – à l’est Los Caballos, à l’ouest El Trompillo, qui appartenait au général Gómez. La moitié de Los Caballos et del Trompillo est privée, mais le reste est public. »

Le principal problème aujourd’hui c’est l’absence de tracteur. : « Si nous voulons semer du piment, des concombres, des oignons ou d’autres produits, nous ne pouvons pas car nous n’avons pas les machines. Nous sommes 45 coopérativistes, nous n’avons qu’à acheter le matériel, car les graines nous sont fournies par l’INTI »

Ici, l’éveil de la conscience et le pouvoir populaire des paysans est une réalité, ils ne veulent plus être soumis pour pouvoir développer leurs projetscomme l’explique Manuel Ocando : « le paysan ne peut pas être en permanence dans les hautes sphères à mendier devant les autorités, ce sont les autorités qui doivent être vigilantes envers les paysans et les producteurs locaux du pays ».

Laynel Fumero

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/

Coopérative “La Ecologica 360” de Barinas

mardi 12 janvier 2010

La coopérative La Ecologica 360, située dans la ville de Sabanetas dans l’Etat de Barinas développe cette année un nouveau projet de culture agro-productive de la tomate sur 50 hectares, en utilisant les techniques d’agriculture biologique en vigueur ici depuis des années.

Les résultats de l’an passé sont encourageants puisque plus de 50% des cultures ont été classifiés comme bio et l’utilisation d’engrais chimiques et de fertilisants a diminué de plus de 44%. Les produits sont ensuite distribués dans les centres agricoles socialistes, nouveaux projets destinés à éliminer les intermédiaires capitalistes et garantir la souveraineté alimentaire du pays, les fournisseurs étant les petits producteurs et les coopératives.

Les fonds duMinistère de l’Agriculture et des Terres ont permis de mener à bien ce projet. Les coopérativistes travaillent depuis déjà 4 années consécutives sur ces terres, effectuant une sélection des cultures pour obtenir le meilleur résultat possible. Ils combattent ainsi les grands producteurs qui utilisent les agro-chimiques et détruisent les sols, la santé et l’environnement.

En tant que coopérativistes organisés, leur objectif est désormais de créer une école de formation pour le reste de la communauté et de poursuivre sur cette voie. La culture des produits biologiques a fait ses preuves. Ces tomates sont des produits de qualité pour la consommation et pour l’industrie nationale. Il faut désormais lancer une campagne pour que tous les agriculteurs se convertissent à ces méthodes. Leur tâche pour 2010 sera de faire diminuer de 80% l’utilisation d’agro-chimiques, pour arriver à ce qu’ils appelent une “production organique”.

Betzany Guedes

Traduction : Grégoire Souchay pour :http://www.larevolucionvive.org.ve/

la vie quotidienne au sein d’une coopérative agro-écologique

lundi 4 janvier 2010

Mon peuple, n’est plus triste Il vit de son chant Mon peuple travaille son allégresse est visible et… c’est mon peuple, mon peuple est latent Avec cette joie et cette allégresse de la réforme agraire Les gens s’aiment Tel est mon peuple

C’est sur cet air que travaille la communauté paysanne, à la récolte des cultures alors que d’autres préparent les arepas (galettes de maïs) pour le petit déjeuner. Une voix : “cette coopérative, c’est la plus belle chose que j’ai pu voir actuellement, chacun s’unit au reste de la communauté, dans l’égalité, et nous avons l’opportunité d’apprendre”.

Une autre voix se fait entendre, alors que les compagnons travaillent et apportent d’autres paniers pour la récolte. “Nous nous sommes rassemblés en coopérative pour nous entraider solidairement, pour résoudre les problèmes quotidiens économiques, organisationnels ou sociaux, pour continuer de résister culturellement, en petits groupes, aux dérives de la société moderne qui fait croire que l’individualisme doit primer sur l’intérêt collectif”.

La coopérative “La Alianza” se trouve dans le municipe Andres Eloy Blanco de l’Etat de Lara ; Les travailleurs, dans les champs depuis 30 ans promeuvent une activité agro-écologique et une alternative socio-productive.

Réunis depuis l’aube, prenant un café, les paysans démarrent le moteur du tracteur pour se rendre aux champs et continuer le travail, alors que suit un énorme troupeau de vaches, qui ouvre la marche vers les zones cultivées. Jaime Cruz, membre de la coopérative, commente : “La Alianza est née il y a 34 ans, nous fêtons avec bonheur cet anniversaire, qui représente toute une histoire de luttes, de résistance, d’un travail organisé, qui a suivi un processus très constructif, et dont la consolidation et aujourd’hui largement visible. Les débuts de la coopérative ont été difficiles, avec pas grand chose, en fait, c’était l’idée de vivre en ne possédant que peu de choses. Peu à peu de nombreuses personnes ont commencé à tisser ce rêve, avec le peu qu’ils avaient : un petit peu de terre par-ci, quelques outils par-là, avec du temps disponible, de la mystique, nous avons trouver ensemble comment créer cette expérience organisatrice”.

L’agriculture organique est utilisée pour obtenir des produits agricoles sains, par le biais de techniques qui favorisent la santé humaine et protègent l’environnement. Sans avoir recours aux agro-toxiques, fertilisants ou pesticides obtenus par synthèse chimique, l’agriculture organique est une discipline moderne en plein expansion, qui se nourrit des savoirs-faire paysans traditionnels.

“Nous travaillons actuellement dans la ferme “Las Lajitas”, qui est notre première propriété directe, le premier lopin de terre qu’à obtenu la coopérative. L’histoire est curieuse… Ici travaillaient les gars et aidaient le propriétaire terrien qui avait 17 hectares, et ensuite, il lui proposèrent d’acheter les terres, chose qui a plu au propriétaire. Ainsi, au lieu d’être les ouvriers agricoles, on est devenu ceux qui proposaient. Pour obtenir la terre, on a pris un crédit, on est depuis au travail”.

Les terres ont une superficie d’environ 23 hectares, une partie est consacrée à la culture de légumes et l’autre à l’élevage de brebis, qui produisent 7 à 10 litres de lait par jour, transformé en yaourt.

“Nous voulons que dans tout le pays on cultive de manière organique et saine”

“Nous travaillons le thème de la lombriculture, nous utilisons les vers de terre pour rendre nos sols plus fertiles. Nous avons une laiterie et une « maison des paysans » où l’on donne des ateliers d’agro-écologie, des cours de conscientisation. Ici l’on cultive des oignons, du piment, et toute sortes de légumes, à base de pure agroécologie, nous n’utilisons pas de composants chimiques, nous produisons sous serre et à l’air libre” nous explique Kilder Garcia de la coopérative.

Les objectifs de l’Agriculture Organique

La voie agro-écologique oblige à mener une réflexion et à une revalorisation des techniques agricoles traditionnelles. Les bénéfices qui proviennent de ces pratiques se concrétisent au travers de la mise en marche d’une série de technologies simples, de faible coüt et avec un impact environnemental minime. Ces propositions s’expriment au travers d’objectifs concrets de caractère cultuel, social et économique qui guident l’action agro-écologique vers une dimension éco-politique. Parmi elles on peut distinguer :

1.Produire des aliments et des plantes de haute qualité et en quantité suffisante.

2. Développer et intensifier les cycles biologiques au cœur du système agricole qui comprennent les microorganismes, la flore, la faune du sol, les plantes et la faune.

3. Répartir rationnellement les ressources locales en réduisant au minimum la dépendance des agents externes.

4. Opérer si possible dans un système fermé, soit en utilisant les matières organiques et les sels minéraux pour garantir la soutenabilité.

5. Éviter tout type de pollution qui puisse être généré par les techniques agricoles.

6. Maintenir la diversité génétique du système agricole et de son environnement en y incluant la protection des milieu de vie des animaux et plantes des forêts.

7. Garantir au niveau local la sécurité alimentaire et la santé des familles socio-productrices.

8. Garantir une gestion économique rentable et indépendante de l’unité agro-productive.

9. Générer des sources d’emplois pour augmenter la qualité de vie des zones rurales.

10. Développer de nouveaux modèles alternatifs d’organisation entre producteurs et consommateurs.

11. Élever les niveaux d’autosuffisance alimentaire à l’échelle régionale.

12. Revaloriser les savoirs-faire de l’agriculture paysanne et indigène au travers du sauvetage des agro-techniques traditionnelles.

13. Conserver la biodiversité du microcosme local tout comme les variétés traditionnelles des cultures.

Adriana Pacheco

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/