Nicolas Maduro décrète une série de mesures pour protéger les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a décrété dimanche plusieurs mesures pour protéger les travailleur(se)s vénézuélien(ne)s face à la situation générée par le Covid-19. Ces mesures viennent accompagner les mesures de santé publique (confinement général à domicile, port généralisé de masques, interruption ou réduction des activités économiques au minimum vital des transports et des services publics et commerces, etc..) qui ont déjà permis d’endiguer la progression de l’épidémie (1)

Ces mesures sont :

1. Prolongement de l’interdiction totale de licenciement jusqu’à la fin de 2020.
2. Les banques doivent suspendre pour six mois le recouvrement du capital et des intérêts sur tous les prêts, dettes, crédits.
3. Suppression immédiate du paiement des loyers des logements principaux et des commerces pendant 6 mois.
4. Interdiction de toute expulsion de logement, de toute coupure d’électricité, d’eau, de téléphone et d’internet.
5. Plan spécial par lequel le gouvernement assumera le paiement des salaires aux petites et moyennes industries par le biais du système Patria pendant 6 mois.
6. Restructuration des conditions d’accès au crédit, en faveur des petits et moyens producteurs.
7. Plan d’investissement prioritaire pour l’agroalimentaire en vue de garantir la production de 7 millions de caisses de nourriture à très bas prix pour leur distribution par les Comités Locaux d’Approvisionnement au même nombre de familles.
8. Des primes spéciales pour tous les travailleur(se)s de l’économie informelle et des entreprises privées par le biais du système Patria
9. Allocation pour l’ensemble de la population via le Carnet Patria.

Note (1):

Depuis que le Covid-19 est arrivé dans le pays (via les liaisons aériennes avec l’Europe en majorité, ainsi que via la Colombie), on compte 77 cas confirmés et aucun décès à ce jour, selon les statistiques officielles. Le gouvernement a très tôt déclaré l’état d’alarme, imposant une quarantaine générale d’un mois dans tout le pays. Il commence à administrer de la chloroquine non seulement aux patients infectés mais aussi à ses contacts proches – une quinzaine – et au personnel soignant qui s’occupe de ces personnes. Aucun patient infecté, pas même ceux ou celles qui sont dans des cliniques privées, ne paie un centime pour le traitement. Sont disponibles 23.762 lits  (11 mille dans le réseau public, 4003 dans les Centres de Diagnostic Intégral installés dans les quartiers populaires, 4759 dans le réseau privé et 4000 supplémentaires dans les hôtels réquisitionnés).

Nicolas Maduro a appelé de nouveau les États-Unis à lever toutes leurs sanctions et leur blocus bancaire, afin de pouvoir acheter l’ensemble du matériel médical dont a besoin le pays. La coopération médicale de la Russie, la Chine et Cuba, avec la production d’Interféron, l’envoi de kits de dépistage ainsi que la présence sur le terrain de 130 médecins cubains, permettent de pallier en partie les effets de la guerre économique de l’administration Trump. Le Venezuela vient de déposer plainte pour ces “crimes contre l’humanité” responsables de nombreuses morts et de vagues d’émigration, et visant à générer un chaos social comme technique de renversement d’un gouvernement élu.

Thierry Deronne, Caracas, 23 mars 2020

Sources: agences et https://albaciudad.org/2020/03/jefe-de-estado-nicolas-maduro-anuncio-medidas-economicas-para-proteger-a-los-venezolanos-durante-la-contingencia-del-coronavirus/

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-5cb

(Photos:) l’avantage de la démocratie communale dans l’endiguement d’une pandémie

« Le Venezuela à l’agonie » nous dit France Inter. Il y a quelque chose de réconfortant dans le fait que les tigres de papier soient obligés depuis vingt ans de s’accrocher aux dix principes de la propagande de guerre pour nous convaincre que le Venezuela est une dictature doublée d’une faillite du socialisme, où tout effet aura fait fuir les causes.

A part les quelques fake news ponctuelles de Marie Delcas du « Monde » (comme les « 18000 morts du régime », resucée du « charnier de TImisoara« , ou des « charniers sandinistes » de De la Grange dans le même journal), démontées en leur temps par Maurice Lemoine, la méthode aura été aussi bête que peut l’être toute propagande. Les journalistes français basés dans les quartiers chics de l’Est de Caracas, ou.. à Bogota, ont tout simplement occulté la majorité de la population, les 80 % de secteurs populaires, la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif les insurrections périodiques de l’extrême droite et en « répression » les affrontements générés. Ils n’occultent pas le peuple par pure morgue idéologique ou par mépris de classe, comme ils le font en France face à la colère sociale. Il leur faut aussi cacher la mise en place par une révolution de gauche d’une participation citoyenne comme ressort démocratique renforçant la forme représentative. Car on pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américains, Rodriguez Zapatero, Lula, ou Rafael Correa, avec tant d’observateurs internationaux et de médiateurs entre gouvernement et opposition démocratique, ont insisté sur la transparence, sur la légitimité, et sur le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est en fin de compte l’avènement d’une démocratie participative depuis vingt ans qui aura permis d’endiguer assez vite, pour l’heure en tout cas, l’épidémie.

Nous venons d’étrenner « Temps de Lutte », chronique documentaire réalisée pendant plus d’un an aux côtés des citoyen(ne)s construisant une de ces communes invisibles dans les médias. Ces photos prises dans les dernières heures en sont la suite. Les personnages du film ont pris en main la prévention, le dépistage, la remise d’aliments à la population qui a rapidement accepté, avec un grand niveau de conscience, les instructions gouvernementales sur le confinement et la prévention. Au 19 mars, on compte dans tout le pays 42 cas détectés (34 de personnes voyageant d’Europe et 8 venues de Colombie) et suivis médicalement. Aucun décès. Le réseau de remise d’aliments gratuits créé face au blocus des USA sert à recenser les symptômes et, notamment, à préparer 320.000 examens grâce aux 4015 kits arrivés de Chine, avec laquelle un pont aérien vient d’être installé, et bientôt de Russie. Cuba aussi est présent, agit sur le terrain avec 130 nouveaux médecins qui renforceront le système de santé dans les quartiers populaires, ainsi qu’avec ses experts, dont le créateur du puissant Interféron, qui sera produit sur place.

Alors que la destruction du secteur public vendue depuis des décennies par les mêmes médias au nom de l' »efficacité du privé », génère aujourd’hui chaos, détresse, hécatombes en Europe ou aux Etats-Unis, le Venezuela récolte un travail sui generis de construction d’une double alliance : Etat-organisation populaire, et union civico-militaire. Les deux convergent en cet instant, dans un contexte de guerre économique et de blocus occidentaux. Car bien sûr les Etats-Unis redoublent leurs sanctions, empêchant des avions et des bateaux d’apporter de la nourriture ou des médicaments, tentant d’attiser le feu de l’épidémie. Face à quoi des soldats des forces armées bolivariennes aident avec les citoyen(ne)s à fermer des commerces privés, à arrêter des accapareurs qui cachent ou spéculent sur le matériel médical, à organiser la remise de tonnes de nourriture gratuite aux quartiers populaires via les Comités Locaux d’Approvisionnement, quand ce n’est pas à désinfecter les sols des marchés populaires ou fabriquer des masques et des gants dans le centre militaire de production textile.

Au blocus bancaire occidental, aux sanctions états-uniennes, à l’impossibilité d’acheter des médicaments essentiels, répond un travail invisible, essentiellement féminin, de recensement des besoins des familles, repris ensuite par le « Carnet de la Patria » pour faire arriver à des millions de bénéficiaires une alimentation mensuelle quasi gratuite mais aussi des allocations. C’est ce système du www.patria.org.ve qui a permis à chacun de remplir un questionnaire en ligne sur ses symptômes. Au 21 mars plus de de 10 millions de personnes ont participé à l’enquête en ligne du gouvernement. Grâce à cette carte 16336 personnes ont été visitées chez elles.

Tout cela explique – avec le confinement organisé par le gouvernement, la réduction des déplacements au strictement vital pour le métro, les routes, le maillage des centres de santé populaire renforcés récemment dans leur capacité d’accueil, et la capacité politique de Nicolas Maduro (toujours méprisé et sous-estimé en tant qu’ex-ouvrier)-, pourquoi le Venezuela bolivarien freine fortement la progression du virus, alors que des gouvernements voisins, d’extrême droite, laissent filer l’épidémie, comme le rappellent les concerts de casserole à Brasilia ou à Bogota.

Thierry Deronne, Caracas, le 19 mars 2020

Photos: Giuliano Salvatore, Jesus Garcia, Commune socialiste d’Altos de Lídice.

Mise à jour 21 mars: depuis le début de l’épidémie dans le monde on compte 70 cas, pas de décès, deux états critiques, 15 guérisons. Tous sont suivis et soignés à l’hôpital.

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-5b2

Organisations communales et gouvernement bolivarien, front commun contre l’épidémie

Dans la Commune Altos de Lidice des femmes et hommes médecins visitent les habitant(e)s pour leur expliquer comment éviter la contagion. Moments d’unité, de solidarité, et de grande responsabilité. Le Venezuela vient de déposer auprès de la Cour Pénale Internationale une plainte pour Crimes contre l’Humanité contre les Etats-Unis dont les sanctions n’ont cessé de se multiplier depuis des années, empêchant notamment le pays d’acheter des médicaments, avec pour conséquence la mort de milliers de patient(e)s. Pour enrayer la propagation du Coronavirus, Cuba et la Chine pallient le blocus en envoyant médicaments et matériel. Dix mille traitements d’interféron,  ce médicament cubain industrialisé par Pékin et qui a sauvé de nombreux patients chinois en renforçant leurs défenses (1) sont déjà sur place.

Au 15 mars, sur l’ensemble du territoire, quatorze cas d’infection ont été détectés, venus notamment d’Europe, des Etats-Unis et de Colombie, d’où la suspension des vols en provenance de ces pays. Les ministres et les militaires ont été mis sous pression par le président Maduro: « pas question de dormir plus de trois ou quatre heures par jour pendant les semaines à venir« . Le chef de l’État a pris la tête des opérations, signant le décret d’alerte nationale, organisant les arrêts de travail et les mises en quarantaine région par région. Les établissements scolaires ont été fermés. 4.800 lits ont été disposés dans 572 CDI (Centres de Diagnostic Intégral du réseau de santé publique) pour renforcer leurs capacités d’accueil. Les travailleuses de 172 entreprises communales, gérées avec l’appui de l’Etat par une organisation populaire essentiellement féminine, se sont mises à fabriquer des masques protecteurs pour distribution gratuite alors que les cliniques et chaînes privées de pharmacie ont immédiatement augmenté leurs prix.

commune santé

Jesus Garcia un jeune porte-parole de la Commune socialiste Altos de Lidice raconte: « nous avons visité plus de 230 MAISONS, fait le test pour plus de 450 PERSONNES. Ruelles, courées, immeubles, pas de lieu que nous n’ayons visité. Nous avons instruit, informé, vérifié, ri, pris des notes, marché, et marché encore. Toute une journée de lutte. Une journée entière de volonté commune pour prendre soin de nos concitoyens. Et transmettre le calme, la patience et la conscience.« 

T.D., Caracas, 15 mars 2020

(1): Cette molécule développée par la biotechnologie cubaine est utilisée dans le cas d’infections virales provoquées notamment par le VIH, le papillomavirus ou encore dans certains cas de cancers et d’hépatites.

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-5aq

La Sainte Alliance se ressoude contre le Venezuela

Donald Trump vient d’inviter le brésilien Jair Bolsonaro aux USA pour « voir comment s’occuper du Venezuela« . Résultat : les deux pays signent un accord de coopération militaire. A cette tenaille de l’extrême droite suprématiste, coloniale s’est ajouté le colombien Duque. Ce grand massacreur de militant(e)s sociaux qui s’est emparé du pouvoir, comme vient de le révéler l’ex-congressiste Aida Merlano, en achetant massivement des votes avec l’argent de la cocaïne, vient de réclamer à Trump l’accroissement des « sanctions » contre le gouvernement légitimement élu du Venezuela.

Le leader local d’extrême droite Juan Guaido « opposant démocrate » pour les médias occidentaux, autoproclamé « président du Venezuela » par Trump, vient d’annoncer la reprise de l’insurrection pour chasser Maduro. La méthode est invariable: à l’aide de violences de rue, provoquer les forces de l’ordre pour que les médias internationaux puissent faire les images de la « répression du peuple par le régime ». La presse colombienne a publié des photos prouvant les liens de Guaido avec Los Rastrojos, narco-paramilitaires qui massacrent des deux côtés de la frontière Venezuela/Colombie. Alors que le gouvernement de Nicolás Maduro a fortement avancé dans des négociations avec le secteur démocratique de l’opposition, notamment en prévision des prochaines élections législatives, deux incendies viennent de détruire coup sur coup un entrepôt de la Compagnie Publique de téléphone CANTV et une importante quantité de machines et  matériel d’un dépôt du Centre National électoral, attentats aussitôt revendiqués par une bande paramilitaire (voir photo ci-dessous). Lors de son voyage à Washington, Guaido avait obtenu non seulement de nouvelles « sanctions » contre Caracas mais aussi une nouvelle manne pour financer les opérations visant « le changement de régime au Venezuela ».

Le gouvernement bolivarien vient de déposer officiellement une plainte pour crimes contre l’humanité contre les Etats-Unis devant la Cour Pénale Internationale. Les innombrables mesures coercitives unilatérales (« sanctions ») ont provoqué la migration de très nombreux vénézuéliens et des dizaines de milliers de morts – le pays ne pouvant plus acheter de nombreux médicaments et aliments comme conséquence du blocus bancaire occidental et de la guerre économique décrétée par Barak Obama et sans cesse renforcée depuis par Donald Trump.

Thierry Deronne, Caracas, 9 mars 2020

Version anglaise: https://www.fort-russ.com/2020/03/unholy-alliance-ups-the-ante-against-venezuela/

bolsonaro-con-jefe-del-comando-sur-580x326

Le président brésilien Jair Bolsonaro et l’amiral Craig Faller, commandant du Commandement Sud des États-Unis Photo : Agences.

Patriota-960x640 (1)

Dans un communiqué vidéo publié le 8 mars, la bande paramilitaire d’un mystérieux « Front Patriotique Vénézuélien » s’attribue les deux incendies contre la CANTV (téléphone) et le CNE (Centre National Electoral).

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-59W

Deux importants experts du Droit International dénoncent les vraies causes des migrations et des morts au Venezuela

Genève, 26 février 2020. « Les flux migratoires au Venezuela ont leur origine dans l’asphyxie financière, dans le blocus. C’est la cause et on veut l’ignorer, en rejetant la faute sur la victime » explique le professeur Alfred de Zayas, spécialiste du droit humanitaire, ex-expert de l’ONU qui a visité le Venezuela: « on peut dire qu’aujourd’hui plus de 100.000 vénézuélien(ne)s sont mort(e)s victimes des mesures unilatérales coercitives des Etats-Unis, des dizaines de milliers par manque de médicaments« .
Pour l’avocat Antonio Remiro Brotóns de l’Institut de Droit International et du Permanent Court of Arbitration: « la plainte du Venezuela à la Cour Pénale Internationale est justifiée: créer une famine, augmenter le nombre de morts pour renverser un régime, est un crime international« .

ERulOWgWoAAVQjj

ERubFFSXkAwBnnQ

Sources:
https://twitter.com/CancilleriaVE/status/1232749437501526025 
https://twitter.com/CancilleriaVE/status/1232760591607107591
https://twitter.com/CancilleriaVE/status/1232755688109158401 

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-58M

Après la tournée de Guaido à Washington, l’administration Trump alloue plus d’argent au « changement de régime » au Venezuela (Cavan Kharrazian, CEPR)

Cavan Kharrazian, chercheur au Center for Economic and Policy Research à Washington, est titulaire d'une maîtrise en études du développement de l'Institut international d'études sociales de La Haye, où il a exploré les modèles de développement alternatifs et s'est intéressé plus particulièrement aux questions agraires, alimentaires et environnementales. Il a notamment participé à des recherches avec des mouvements sociaux au Mexique qui luttent contre l'accaparement de l'eau, et poursuit son activisme universitaire en solidarité avec les mouvements des Amériques.

L’auteur : Cavan Kharrazian (à droite), chercheur au Center for Economic and Policy Research (Washington DC), est titulaire d’une Maîtrise en études du développement de l’Institut international d’études sociales de La Haye, où il a exploré les modèles de développement alternatifs et les questions agraires, alimentaires et environnementales. Il a participé à des recherches avec des mouvements sociaux au Mexique qui luttent contre l’accaparement de l’eau, et poursuit son activisme universitaire en solidarité avec les mouvements des Amériques.

Le voyage de haut niveau de Juan Guaidó à Washington au début du mois semble porter ses fruits. Alors qu’il a reçu une ovation bipartisane lors du discours sur l’état de l’Union de M. Trump, assisté à une conférence de presse conjointe avec la démocrate Nancy Pelosi et rencontré en privé le vice-président Pence dans le bureau ovale, l’administration de M. Trump vient pour sa part d’allouer des millions de dollars supplémentaires pour soutenir les efforts de changement de régime au Venezuela.

Selon la justification du budget du Congrès pour l’année fiscale 2021, récemment publiée par le Département d’État, les dépenses consacrées au changement de régime au Venezuela ont reçu une impulsion significative.

L’administration Trump a demandé 200 millions de dollars du Fonds de Soutien et de Développement économique (ESDF, sigles en anglais) pour l’exercice 2021, « pour faire face à la crise au Venezuela« , qui comprend une programmation flexible « pour soutenir une transition démocratique et les besoins connexes au Venezuela ». Ce qui représente 22 fois plus que la demande de l’administration pour l’exercice 2020, et environ 26 % de la demande de financement total du ESDF pour l’ensemble de l’hémisphère occidental.

Souvent, la destination finale de ces fonds peut changer et, compte tenu de la situation politique, ils finissent par être dépensés en dehors du territoire vénézuélien. L’année dernière, Trump a détourné plus de 40 millions de dollars de l' »aide » centraméricaine au profit direct de l’opposition vénézuélienne dirigée par Juan Guaidó, pour financer, entre autres, les salaires, les billets d’avion et la formation technique du personnel de Guaidó – dont la majorité réside à Washington, DC.

Parmi les autres postes budgétaires, on peut citer l’Agence Américaine pour les Médias Mondiaux (USAGM), qui a demandé un budget de 637 millions de dollars pour « informer, engager et connecter les gens du monde entier en faveur de la liberté et de la démocratie » tout en donnant la priorité aux « régions d’importance stratégique pour la sécurité nationale des États-Unis » et en « assurant une couverture complète du conflit actuel de gouvernance au Venezuela« . Ce chiffre est conservateur, car les deux budgets précédents ont largement dépassé des demandes similaires, dépensant plus de 810 millions de dollars rien que pour l’année dernière. On ne sait toutefois pas exactement quelle part de ce budget financera les différentes campagnes médiatiques de l’USAGM au Venezuela.

Un autre nouveau développement dans le budget de cette année est le transfert de 25 millions de dollars du Fonds pour le Progrès Diplomatique vers le « Contrôle international des stupéfiants et l’application de la loi« , citant la « transition politique au Venezuela » comme l’une des priorités politiques de ce financement. Bien que restant vague sur la façon dont l’argent sera utilisé, il semble en phase avec la rhétorique politique du « narcoterrorisme« , que l’administration Trump et ses alliés dans la région ont imposé à certains des gouvernements qu’ils ont cherché à renverser.

Bien qu’une partie des fonds du budget de cette année soit destinée à l’aide humanitaire au Venezuela, dont 5 millions de dollars pour le programme vénézuélien de santé mondiale de l’USAID, ce n’est qu’une goutte dans l’océan par rapport à l’impact dévastateur que les sanctions américaines ont eu sur le pays depuis qu’elles ont été fortement accrues en 2017.

Les sanctions sur les transactions financières avec les entreprises vénézuéliennes et les sanctions économiques contre la compagnie pétrolière nationale du Venezuela ont coûté au pays les milliards de dollars dont il a besoin pour maintenir les infrastructures vitales en matière de santé, d’eau et de sécurité alimentaire, tout en empêchant les transactions bancaires, les paiements et donc l’importation de médicaments et de nourriture qui pourraient sauver des vies. Le résultat a été la mort de dizaines de milliers de Vénézuéliens et de millions de réfugiés pour des raisons économiques. Ces sanctions sont illégales tant en vertu des traités que les États-Unis ont signés, qu’en vertu du droit international.

Avec la tournée internationale de Juan Guaidó et les promesses vides de soutien de Trump au « peuple vénézuélien« , la résolution pacifique et diplomatique de la crise politique semble rester lointaine. Le nouveau budget de Trump, au lieu de se concentrer sur les solutions diplomatiques, qui serait de faciliter une aide humanitaire dépolitisée et d’aider à la reprise de l’économie vénézuélienne, ne fait que miser de plus belle sur une stratégie de changement de régime qui a échoué et qui n’a fait que nuire à des millions de Vénézuéliens, tout en coûtant aux contribuables états-uniens des centaines de millions de dollars en impôts.

Cavan Kharrazian

Source de l’article: Center for Economic and Policy Research, Washington DC, https://cepr.net/after-guaidos-dc-circuit-trump-admin-earmarks-more-money-for-regime-change-in-venezuela/

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

Notes de Venezuelainfos:

L'hologramme Guaido et ses putschistes d'extrême droite re-adoubés par Trump. Comment lancer l'intervention militaire ? Les grands médias préparent le terrain en faisant passer Guaido pour un démocrate et le Venezuela pour une dictature. Déchirer un discours est une image vide, un alibi médiatique. Nancy Pelosi s'est levée pour applaudir le faux président du Venezuela autoproclamé par Trump. Deux leaderships pourris jusqu'à la moelle. Le 4 février, le président vénézuélien Nicolas Maduro a pris la tête d'une marche dans le centre-ville de Caracas en l'honneur de la rébellion civilo-militaire du 4 février 1992, menée par le commandant Hugo Chávez. Ce 4 février vient de loin, de la résistance indigène, des lutteurs Noirs d'avant l'indépendance, des actes héroïques de nos Libérateurs Bolívar, Sucre, avec l'appui décisif de Pétion.. une lutte reprise dans les temps modernes, par Hugo Chavez.

Photos du haut: à gauche l’hologramme Guaido et ses putschistes d’extrême droite re-adoubés par Trump. Comment lancer l’intervention militaire ? Les grands médias préparent le terrain en faisant passer Guaido pour un démocrate et le Venezuela pour une dictature. A droite, déchirer un discours est une image vide, un alibi médiatique. Nancy Pelosi s’est levée pour applaudir le faux président du Venezuela autoproclamé par Trump. En bas: Le 4 février, le président vénézuélien Nicolas Maduro a pris la tête d’une marche dans le centre-ville de Caracas en l’honneur de la rébellion civilo-militaire du 4 février 1992, menée par le commandant Hugo Chávez. Ce 4 février vient de loin, de la résistance indigène, des lutteurs Noirs d’avant l’indépendance, des actes héroïques de nos Libérateurs Bolívar, Sucre, avec l’appui décisif de Pétion.. une lutte reprise dans les temps modernes, par Hugo Chavez.

En haut : en escortant le délinquant Juan Guaido (putschiste d'extrême droite élu par Trump, lié à une bande d'assassins paramilitaires et narcotrafiquants de Colombie, ultra-corrompu selon des médias colombiens, panaméens, le Washington Post, son ex-"ambassadeur" à Bogota ou plusieurs ex-amis députés de droite), l'ambassadeur français à Caracas Romain Nadal perpétue une ingérence coloniale sans avenir. En bas: Face aux menaces de Trump contre le Venezuela, répétées à Washington lors de la visite de Juan Guaido, la population s'entraîne le 15 février aux côtés des forces armées bolivariennes pour protéger le pays.

En haut : en escortant le délinquant Juan Guaido (putschiste d’extrême droite élu par Trump, lié à une bande d’assassins paramilitaires et narcotrafiquants de Colombie, ultra-corrompu selon des médias colombiens, panaméens, le Washington Post, son ex-« ambassadeur » à Bogota ou plusieurs ex-amis députés de droite), l’ambassadeur français à Caracas Romain Nadal perpétue une ingérence coloniale sans avenir. En bas: Face aux menaces de Trump contre le Venezuela, répétées à Washington lors de la visite de Juan Guaido, la population s’entraîne le 15 février aux côtés des forces armées bolivariennes pour protéger le pays.

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-588

« Ils ont brûlé vif mon fils parce qu’il était noir et chaviste »

L’alliance du suprémacisme Brasilia-Washington et de la globalisation médiatique a produit un genre nouveau de déstabilisation. Des “blitzkrieg” dont les acteurs jouent sur des espaces réduits et dans des temps limités, des « stories » destinées essentiellement à l’exportation. Le modus operandi est le suivant : des commandos de droite cherchent l’affrontement avec les forces de l’ordre… dont la réaction est guettée par les caméras du monde entier, arrivées sur place à l’avance. A New York ou à Berlin, les monteurs inverseront la chronologie de la scène: le “régime” réprime le “peuple”. Aucun journaliste n’analysera pourquoi les victimes sont plus nombreuses chez les militants de gauche, les passants et les forces de l’ordre. Encore moins pourquoi dans ces manifestants “pacifiques”, il y plus du planteur de Haïti qui jetait au four les mauvaises cuisinières noires, ou du porteur de torche du Ku Klux Klan, ou du terroriste de l’Etat Islamique, que du “combattant pour la liberté”.

Thierry Deronne, Caracas, 19 mai 2019

5cdb638100123.r_1558000773687.0-91-3000-1636

Inés Esparragoza, mère d’Orlando Figuera, le jeune homme poignardé et brûlé vif à Caracas par les manifestants de droite en 2017. JAIRO VARGAS

par Jairo Vargas – 16/05/2019, pour Público (Espagne)

Le jeune Orlando Figuera est mort en 2017 après avoir été poignardé et brûlé par des manifestants de l’opposition lors de manifestations anti-gouvernementales au Venezuela. Deux ans après le crime, sa mère se souvient de l’affaire et appelle à la justice et à la paix dans son pays, où plusieurs affaires similaires ont conduit le gouvernement à légiférer contre les crimes de haine.

altamira

Le jeune Orlando aspergé d’essence et brûlé vif dans le quartier chic d’Altamira.

Inés Esparragoza a du mal à fermer les yeux. « Ce n’est pas facile parce que la première chose que je vois quand je les ferme, c’est mon fils, comme ça », dit-elle. Elle aimerait se souvenir de lui d’une manière différente, et elle le fait presque toujours, mais il y a deux scènes qui se collent fermement à sa rétine. La première est celle de son fils aux soins intensifs de l’hôpital. « Quand j’ai ouvert la porte… je me suis dit : terre, avale-moi. Il était là, nu. Il a dit : Bénis-moi, maman. Il a mis sa bouche pour l’embrasser, mais je ne l’ai pas trouvée. Il était tout meurtri, avec un œil au beurre noir, un visage enflé et un corps plein de brûlures », décrit la femme parmi de longs silences pendant lesquels elle retient les pleurs mais pas les larmes. La deuxième image qui lui mord les yeux, elle l’a vue à la télévision, juste après les funérailles, après « ces 15 jours de pure agonie », le pire de ce qu’elle a pu subir en 44 ans de sa vie. « Orlando Figuera est mort », passaient en boucle les actualités du 4 juin 2017, alors qu’il montrait un corps en flammes courant sans but et sans espoir, cherchant de l’aide parmi la foule qui lui avait mis le feu. « C’est la seule fois que j’ai vu ces images. Ma petite-fille m’a dit : Oncle Orlando est à la télé ». Encore du silence et des larmes.

Le nom Orlando Figuera ne signifie sûrement rien en dehors du Venezuela. Même chose avec Victor Salazar. Cependant, l’image de ce dernier, également couvert de flammes lors d’une manifestation anti-Chaviste, a fait la première page des médias internationaux qui ont serré les rangs pour condamner la répression du gouvernement de Nicolás Maduro contre la mobilisation de l’opposition en 2017. La photographie de Salazar, prise par le photographe vénézuélien Ronaldo Schemidt, qui vit au Mexique, a été distribuée dans le monde entier par l’AFP. Il lui a valu le prestigieux World Press Photo Award en 2018 et a été un symbole puissant de l’instabilité politique et sociale que traverse le pays. Le plus sordide, et que les médias n’ont pas dit, c’est que l’étudiant Salazar n’a pas été victime de la violence gouvernementale. Il s’est brûlé sur 70% de son corps en incendiant une moto de la garde nationale vénézuélienne, que les manifestants avaient volé et promené – Salazar inclus – comme un trophée.

5acfcdc8c9845

L’image gagnante de la World Press Photo 2017, par le Vénézuélien Ronaldo Schemidt. AFP

L’afro-descendant Orlando Figuera, par contre, n’est connu qu’au Venezuela. Son histoire atroce n’a guère traversé l’Atlantique. Il avait 22 ans quand il est mort à l’hôpital Domingo Luciani à El Llanito, Caracas. Dans le même hôpital où, quelques semaines plus tard, Salazar devait passer avant d’être transféré dans la clinique privée qui lui a sauvé la vie. Figuera n’a pas pu sortir de là, « nous ne sommes pas pauvres, mais nous sommes des gens à faible revenu », déplore sa mère à la porte de sa maison, au pied des immeubles au milieu de nulle part, près de la ville de Cúa, dans Los Valles del Tuy, État de Miranda. Esparragoza ne comprend pas pourquoi l’épreuve de son fils n’a pas fait le tour du monde alors que le Venezuela était au centre de l’attention des médias. C’est peut-être parce que Figuera a été tué par la même opposition qui traite Maduro d’assassin.

 

2017: pic de violences contre le chavisme

Tout s’est passé le 20 mai 2017 sur la Plaza de Altamira – dans un quartier chic de la municipalité de Chacao, à l’est de Caracas – l’épicentre des plus violentes manifestations de droite de mémoire d’homme. Plus de 130 jours de “guarimbas” (barrages violents), des jeunes cagoulés, des barricades de rue et des cocktails Molotov… d’avril à début août. Une authentique guérilla urbaine qui s’organisa contre une crise économique qui a ruiné une bonne partie de la protection sociale. C’est aussi le moment où le chavisme a perdu sa majorité au Parlement, où il en a constitué un nouveau en convoquant une élection constituante controversée à laquelle l’opposition ne voulait même pas se présenter. L’hégémonie bolivarienne était plus que jamais remise en cause et les secteurs les plus radicaux de l’opposition ont décidé de tendre dans les rues plutôt que dans les urnes une corde qui, encore aujourd’hui – plus de deux ans et plus de cent morts plus tard – n’a pu être rompue. La répression a été brutale. Il semblait que les Vénézuéliens sortaient la pire version d’eux-mêmes alors que la polarisation sociale, alimentée d’un côté et de l’autre, atteignait un point de non-retour.

Ce jour-là, comme tout le monde, Figuera avait quitté sa maison aux petites heures du matin pour gagner sa vie en aidant à trouver des places de parking et en chargeant des sacs de courses pour les clients dans un marché à Las Mercedes, Caracas. Il était en retard et a dit à sa mère qu’il ne rentrerait pas à la maison. Il lui fallait deux heures de train depuis la capitale et il préférait passer la nuit chez son oncle dans le quartier de Petare. Mais il n’est jamais rentré. Sa mère dit qu’il est tombé sur la haine anti-chaviste. Le jeune homme portait un t-shirt couleur bordeaux et un sac à dos, se souvient-elle. A hauteur d’Altamira, Figuera a rencontré la foule violente.

« Ils l’ont poignardé, lynché, aspergé d’essence et lui ont allumé le feu. Ils l’ont brûlé vif parce qu’il était noir et parce qu’il était chaviste » raconte Esparragoza. C’est ainsi que son fils lui expliqua de sa voix quand il se trouvait à l’hôpital, au lendemain du jour où la foule d’hommes cagoulés exigeant la démocratie au Venezuela, l’interpella : « Es-tu chaviste, oui ou non ? » « Maman, quelle que soit ma réponse, ils allaient me tuer. J’ai dit oui. Je suis un chaviste, et alors. » dit le fils par la bouche de sa mère. Avant cela, le jeune homme avait déjà reçu plusieurs coups de couteau dans l’abdomen et les jambes. « D’abord quelqu’un l’a accusé d’être un voleur et plusieurs ont commencé à le frapper. Il a couru quand il a senti le premier coup de couteau dans la fesse. Puis ils l’ont poussé dans la foule et l’une des personnes présentes lui a demandé si c’était un chaviste. Ils l’ont brûlé et il a couru demander de l’aide, mais il a dit qu’il ne recevait que des insultes en retour, qu’il avait été battu avec les boucliers qu’ils portaient et se moquaient de lui. Ils lui ont dit que c’était un maudit nègre », se souvient Esparragoza.

Le jeune Orlando Figuera n’avait jamais été membre d’un parti politique. « C’était un garçon qui travaillait aussi dur qu’il le pouvait, comme j’ai fait toute ma vie pour aller de l’avant », dit clairement sa mère. « Nous sommes reconnaissants envers le chavisme. Ils ont fait beaucoup pour les gens qui en avait le moins. J’ai, par exemple, pu obtenir mon diplôme grâce à la mission d’éducation des adultes et grâce à cela, j’ai pu trouver du travail en aidant des personnes à faible revenu comme moi à faire leurs demandes de logement et autres formalités, » explique la mère d’Orlando.

5cdb63eef31c4.r_1558000773644.0-0-3000-1545.jpg

« Je demande à Dieu qu’il arrache la rage et la haine de l’âme des opposants » a déclaré la mère d’Orlando à un journal vénézuélien.

Autres crimes de haine présumés

Figuera a été le cas le plus connu au Venezuela, mais pas le seul où la haine endémique de l’extrême droite anti-chaviste a lynché des personnes passant au mauvais endroit dans le pire climat de confrontation politique et sociale de l’histoire récente de ce pays. Le Bureau du Procureur général et le Gouvernement rappellent l’existence de jusqu’à cinq meurtres semblables documentés, en plus des 23 agressions commises par des groupes d’opposition au cours desquelles les victimes ont été blessées, certaines ont également été brûlées car accusés de chavistes. L’exécutif a toujours accusé les chefs de l’opposition d’instiguer la violence et a spécifiquement légiféré contre les crimes haineux après ces épisodes, mais le cas d’Orlando n’a pas encore été résolu complètement par la Justice et sa mère n’a guère espoir que ce soit un jour le cas.

« Il y a eu des enquêtes, mais je ne pense pas qu’elles aient été suffisantes. Personne n’a été condamné pour ce qu’ils ont fait à mon fils, se lamente-t-elle. Selon le ministère public, l’affaire fait toujours l’objet d’une enquête. « Il a été possible d’identifier l’un des agresseurs, qui a fait l’objet d’un mandat d’arrêt pour les crimes d’instigation publique, d’homicide volontaire aggravé et de terrorisme, mais il est en cavale en Colombie », confirme le bureau du Procureur général à Público.

Cependant, Esparragoza vise plus haut. « Dans la guarimba qui a attaqué mon fils, il y avait plusieurs leaders de l’opposition, je crois sincèrement qu’ils sont politiquement responsables de morts comme celle d’Orlando, c’est pourquoi je n’ai pas voulu y aller quand j’ai été invité récemment à un acte d’hommage aux morts des manifestations, » affirme-t-elle en levant un doigt pour chaque nom des politiques de l’opposition qui sont passés par Altamira, le 20 mai : María Corina Machado, Julio Borges, Lilian Tintori, Miguel Pizarro.

afp-oo1oy.jpg

Depuis, Inès Esparragoza est sous traitement psychiatrique, son état dépressif l’a éloignée de l’homme avec lequel elle avait partagé 15 ans et a tenté de mettre fin à sa vie à plusieurs reprises, avoue-t-elle. Trop de lignes rouges ont déjà été franchies par tous les acteurs et elle appelle au dialogue entre le chavisme et l’opposition car, malgré tout, elle veut la paix. « Je pense que le pays a appris sa leçon après tant de morts. Je pense qu’il peut y avoir une réconciliation entre les deux Venezuela, dit-elle. Il est encore trop tôt pour savoir si ses paroles se concrétiseront, c’est pourquoi elle ne passera plus par ce beau quartier d’Altamira. « J’ai beaucoup de colère en moi et parfois de mauvaises idées me viennent à l’esprit et j’ai envie de prendre la justice en main », prévient-elle. Elle préfère rester dans son appartement, celui que le gouvernement lui a donné après avoir enterré son fils. « Orlando disait toujours qu’il allait me sortir du taudis où nous vivions, parce qu’il n’y avait pas d’eau courante et que le sol était de la terre pure », se rappelle Inès. Il ne pensait pas qu’il devait donner sa vie pour tenir sa promesse, se lamente-t-elle.

5cdb644d1efc1.jpg

La cité de logements sociaux dans laquelle le gouvernement du Venezuela a logé la famille d’Orlando Figuera après l’assassinat de celui-ci – JAIRO VARGAS

Jairo Vargas – 16/05/2019, pour Público (Espagne)

Source: https://www.publico.es/internacional/venezuela-mi-hijo-quemaron-vivo-chavista.html

Traduction : Venesol.org

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4JM

Le Venezuela attaqué : les sept-clefs pour comprendre la guerre irrégulière des Etats-Unis

Ces derniers jours, le Venezuela a été victime d’une nouvelle vague de sabotages, la plus importante de l’histoire du pays, contre la centrale hydroélectrique de Guri à l’aide de virus informatiques mais aussi de bombardements électro-magnétiques contre la téléphonie notamment. Tout cela a privé d’électricité au moins 80% de la population. Même le magazine états-unien Forbes considère comme hautement probable que cette attaque soit l’oeuvre des Etats-Unis. Tant l’agence Stratfor (courriel révélé par Wikileaks) qu’un document de 2010 de CANVAS, l’organisation états-unienne qui a formé Juan Guaido avaient prévu les « avantages politiques d’un sabotage électrique »… Elliot Abrams l’a confirmé dans une interview radio réalisée le 12 mars : le but de cette action de guerre cybernétique est « d’augmenter la pression interne ». En clair, saper toute tentative du gouvernement du Venezuela de stabiliser l’économie et d’initier une séquence de chaos social insurrectionnel (panne d’électricité, panne de télécommunications = pénurie d’essence, d’eau, de nourriture, etc..) que les Etats-Unis et leurs outils comme Guaidó doivent à tout prix organiser dans ce pays.  La fausse “aide humanitaire” à la frontière colombienne était peut-être une manoeuvre secondaire, voire “distractive”, face à ce plan élaboré de phases successives du « coup d’Etat à mèche lente » (Maurice Lemoine). (Notons que le New York Times vient de faire amende honorable et de reconnaître, grâce à une vidéo non tronquée des événements, que l’incendie des camions « humanitaires » a été causée comme nous l’avions indiqué précédemment, par des paramilitaires colombo-vénézuéliens, et non par les autorités vénézuéliennes comme la plupart des médias l’ont affirmé. Pour sa part, la télévision canadienne a déjà démonté la fake news du « pont bloqué par Maduro »…)

    1. La préparation du choc.

Les messages venant des Etats-Unis étaient clairs ces derniers jours: la montée en puissance de la déstabilisation était imminente. Le retour faussement épique de Guaidó a duré moins longtemps que prévu sur le panneau d’affichage: il n’ y a pas eu de défections critiques dans les Forces Armées Nationales Bolivariennes (FANB) qui, mélangées à une révolte sociale générale, l’auraient installé à Miraflores pour exercer le pouvoir. Son retour glorieux au Venezuela n’a eu d’effet que dans la frénésie passagère des médias. En conséquence, Guaidó est revenu au point de départ inconfortable d’il y a deux mois. Épuisée par la défaite “humanitaire” du 23 février et sans des actions concrètes de commandement présidentiel qui le catapulteraient à l’intérieur, l’orchestration des opérations suivantes se ferait entièrement sous contrôle des Etats-Unis.

53577993_2110736682329566_7865907550909104128_o

Le sénateur US Marco Rubio, puis Juan Guaido, a annoncé quelques heures avant la panne que « les Vénézuéliens vivront la plus grave pénurie de nourriture et d’essence« . « Les politiques de Maduro n’amènent qu’obscurité. Pas de nourriture, pas de médicaments, pas d’électricité et bientôt, pas de Maduro » s’est gaussé le Secrétaire d’Etat et ex-directeur de la CIA Mike Pompeo dans un de ses tweets.  Pour sa part, le gouvernement russe a publié une déclaration dans laquelle il avertit que  » les Etats-Unis sont en train d’élaborer un plan de secours visant à introduire des groupes armés illégaux formés au Venezuela afin de mener des activités de sabotage et de subversion ».

Le black-out généralisé a eu un impact étendu sur le réseau bancaire, les télécommunications et les services publics vitaux du pays (hôpitaux, approvisionnement en eau, transport, etc.), entravant son fonctionnement et paralysant les activités courantes de la population. Bref, une attaque secrète contre le centre gravitationnel du système électrique vénézuélien, destinée à aggraver le malaise social et économique, a remis à flot le récit de la « crise humanitaire » et de l' »État en faillite », avec lesquels ils espèrent réactiver le leadership déprimé de Guaidó.

Mais cette tendance à faire appel aux options anti-politiques et à la guerre non conventionnelle lorsque les ressources politiques font défaut n’est ni nouvelle ni récente (il suffit de se rappeler les attaques électriques continues lorsque les révolutions colorées de l’extrême droite de 2014 et 2017 sont entrées en récession). À sa façon, Bloomberg l’a laissé entendre dans son dernier rapport. L’usure de Guaidó, son incapacité à mener un processus de transition plus ou moins sérieux, ouvre la voie à des attaques comme celle du barrage hydro-électrique du Guri, la violence armée, la guerre de sabotage irrégulière, du type de la Contra nicaraguayenne, pour devenir des alternatives « légitimes » et « urgentes » pour affronter le chavisme. Le délégué de Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams, spécialiste de la guerre contre le Nicaragua sandiniste et de l’invasion de l’Irak, se base à présent sur un mélange de chaos social générés par les sabotages croissants et les incursions paramilitaires destructrices.

contras-nicaragua-reagan-sandinista.jpg

La « Contra » semant la terreur au Nicaragua dans les années 80, chapeautée par l’actuel envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, Elliot Abrams

Dz9-0IKWkAA3gpy.png

Un des soldats d’Abrams: deuxième en bas à partir de la gauche, Lorent Saleh, paramilitaire vénézuélien formé par Alvaro Uribe a été considéré comme « persécuté politique » par Amnesty International et par le Parlement européen qui lui a octroyé… le « Prix Sakharov ». Le gouvernement de Juan Manuel Santos l’avait expulsé de Colombie en 2014 à la suite de ses activités illégales d’entraînement terroriste.

2. Embargo et sanctions: armes de destruction massive.

Outre les vulnérabilités historiques d’un système électrique tributaire des recettes pétrolières, il y a eu une politique féroce de sanctions financières qui a réduit la capacité d’investissement public dans les branches stratégiques de l’État. L’argent vénézuélien saisi par les États-Unis s’élève à 30 milliards de dollars, ce qui, en utilisant le « gouvernement parallèle » de Guaidó comme outil, a laissé le pays sans ressources liquides pour faire face aux difficultés soulevées par les sanctions.

Le système électrique national a été attaqué sur la base d’un mélange explosif entre désinvestissement, stimulé par le blocus financier, la perte de personnel technique spécialisé en raison de la dépréciation des salaires et opérations de sabotage systématique, ce dernier toujours mis en œuvre lorsque l’offensive politique est reprise par le chavisme. Chris Floyd, auteur du livre The Empire Burlesque, a eu raison de qualifier les sanctions financières d' »holocauste » : l’utilisation de cette arme de destruction massive dans des pays comme l’Irak, l’Iran et la Syrie, montre que les dommages aux infrastructures critiques sont similaires à une campagne intense de bombardements par des missiles de croisière.

En ce sens, la panne d’électricité est une extension de l’embargo contre le Venezuela, de la politique américaine de restriction des importations, de blocage des comptes et d’entrave à l’accès aux liquidités sur le marché financier international et sur son propre marché pétrolier, interdisant le paiement des exportations au Venezuela. La panne est aussi une métaphore de l’état de siège dans lequel le pays est maintenu et de la façon dont le blocus financier, qui empêche l’utilisation de l’argent pour récupérer un système électrique national déjà affaibli qui soutient l’activité pétrolière et économique du pays, vient se substituer aux actions militaires directes.

3. Coup d’Etat cybernétique et crime contre l’humanité.

Ce que Guaidó avait expliqué lors de son appel non suivi à une « grève nationale » mardi dernier devant certains syndicats de l’administration publique, était qu’une action énergique imminente accompagnerait la fabrication d’une situation d’effondrement, comme lorsque la plate-forme de paiement Credicard a été sabotée, en 2016, provoquant l’interruption de toutes les activités commerciales et économiques dans le pays, cette fois exécutée en élargissant son rayon d’affectation.

Le poids du stress et du mécontentement dans la population, comme carburant pour stimuler une situation d’anarchie généralisée qui pourrait en quelque sorte être canalisée dans des manifestations violentes en faveur de Guaidó, indique que la stratégie du chaos (par le cybersabotage et l’artisanat axé sur les infrastructures critiques qui font fonctionner le pays) est utilisé comme un outil de choc. L’opération n’est pas seulement une guerre électrique: ses conséquences couvrent toutes les activités courantes de la société vénézuélienne, auxquelles l’accès à la nourriture, au service hospitalier et aux communications de base est entravé. Un crime contre l’humanité vu à la lumière du Statut de Rome et du droit international, tout en cherchant à détruire physiquement un groupe de population en utilisant comme armes de guerre les éléments fondamentaux de sa subsistance.

Marco Rubio et Mike Pompeo ont réagi à la panne en plaisantant sur Twitter, ce qui reflète bien les motivations et la stratégie sous-jacente du coup d’Etat contre le Venezuela : comme le « plan Guaidó » a échoué dans ses objectifs à atteindre la fracture au sein des forces armées pour faire disparaître Maduro, la population civile (sans discrimination idéologique) devient la première victime des attaques militaires clandestines continues menées par les Etats-Unis.

Ce coup d’État cybernétique contre le système électrique national implique une agression militaire de facto, une extension de celle qui a eu lieu à la frontière entre la Colombie et le Venezuela le 23 février.

4. Cette phase n’est que la première de la guerre irrégulière.

Depuis l’arrivée de Guaidó, sa projection médiatique est devenue marginale. Cette réduction préméditée de sa visibilité contraste avec le poids croissant que le Commandement du Sud, John Bolton, Marco Rubio et Mike Pompeo ont dans l’orientation du changement de régime. En ce sens, les effets néfastes du black-out s’inscrivent parfaitement dans le récit de la  » crise humanitaire « , selon laquelle le Commandement Sud et l’extrême droite vénézuélienne, depuis 2016, mobilisent  » l’urgence  » d’activer un dispositif d' » intervention humanitaire  » qui neutralise l’interdiction du Congrès américain, du Conseil de sécurité des Nations Unies et le consensus pragmatique pour la non intervention qui a fait son chemin en Amérique latine et dans le monde entier.

Le black-out en tant que tel n’est pas une fin en soi. Il vise à aiguiser les vulnérabilités du pays et à mesurer la capacité de réponse militaire des systèmes défensifs de la République face à une action militaire irrégulière et mercenaire, qui profiterait du blocus de l’information pour couvrir les incursions armées, sa carte opérationnelle et ceux directement responsables sur le terrain, surtout du fait du black out généré par la rupture du système électrique.

Ainsi, au niveau du théâtre d’opérations de la guerre contre le Venezuela, le black-out se traduit par la génération d’un panorama diffus et déroutant qui favoriserait l’exécution d’opérations de faux drapeaux, d’incursions paramilitaires et autres actions violentes qui précipitent un état de troubles généralisés, qui pourrait être présenté comme l’événement déclencheur d’une intervention militaire préventive, soit pour « stabiliser le pays du fait de la crise humanitaire » ou pour « sauver les Vénézuéliens de la situation d’État failli » dans « une crise humanitaire ». Dans ce cadre narratif, Julio Borges, Antonio Ledezma, Juan Guaidó, Elliot Abrams et le cabinet de la guerre contre le Venezuela à Washington, se serrent la main et travaillent ensemble sous la doctrine du chaos contrôlé de facture américaines.

Avec le black-out, ils cherchent à concrétiser physiquement la « crise humanitaire », non seulement au niveau de la propagande, mais aussi en profitant des pertes humaines et des complications d’un autre type générées par l’opération de sabotage.

elliott-abrams-se-reunio-con-delegacion-venezolana-en-la-onu-para-la-consolidacion-del-gobierno-de-guaido-b

L’envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams (au centre), réuni avec l’équipe de Juan Guaido à New York le 26 janvier 2019.

  1. Caractéristiques de l’agression.

Cette fois-ci, il n’y a pas eu d’attaque contre des sous-stations ou des lignes de transport d’électricité, comme cela avait déjà été tenté à plusieurs reprises, selon les manuels de sabotage de la CIA contre le Nicaragua sandiniste des années 80, déjà déclassifié.

Il est à noter que le logiciel utilisé (appelé Scada) dans le système de contrôle automatisé (SCA) qui assure le fonctionnement des moteurs est celui créé par la société ABB, qui ne fonctionne plus dans le pays depuis des années. Cette société ABB, qui a travaillé au Venezuela sous le nom de ABB Trilateral Consortium (ABB Venezuela, ABB Canada, ABB Suisse), a conçu un projet de modernisation de Guri à la fin de la dernière décennie, sous le gouvernement de Hugo Chávez, dans lequel elle décrit en profondeur le système attaqué et l’organisation fondamentale du Guri.

L’analyste géopolitique Vladimir Adrianza Salas, dans un entretien avec TeleSur, a expliqué que le réservoir de Guri  » nécessite un système de contrôle techniquement appelé  » scada system « , qui n’est rien de plus qu’un système de supervision, de contrôle et de réquisition de données qui permet, du point de vue informatique, de contrôler tous les éléments de la production énergétique. Si vous sabotez ça, vous sabotez l’opération. Mais pour saboter cela, il faut deux choses : soit vous devez avoir accès de l’extérieur, soit vous devez avoir une complicité interne pour modifier les processus.

Des précédents de ce type se retrouvent dans des pays directement attaqués ou sous pression par les États-Unis, comme l’Irak et le Liban, où les pannes ont été systématiques et consécutives, l’une après l’autre pendant des dizaines d’heures. Les « répliques » de l’interruption de l’approvisionnement énergétique répondraient à ces séquences d’offensives qui ont déjà été vécues dans d’autres contextes de guerre asymétrique et irrégulière.

La création d’armées de pirates et de matériel de cyberguerre par la CIA et la NSA a été documentée au fil des ans. Un documentaire explique l’origine du virus Stuxnet, qui devrait indiquer les couloirs de ces agences de renseignement américaines. Cet instrument de cyberattaque visait à la fois à saboter les installations de recherche nucléaire en Iran et à dresser un tableau circonstancié qui pourrait conduire à une attaque du réseau électrique national automatisé de l’Iran (analogue au système Guri) en cas de guerre déclarée entre Washington et la République islamique.

  1. Ralentir les tendances à la reprise.

La panne se produit dans un contexte de tendance à la reprise économique à différent niveaux : une baisse des prix des produits alimentaires sensibles a réduit la tension en début d’année, tandis qu’au niveau financier, la restructuration du marché des changes a permis de contenir une des variables de l’inflation induite : la hausse du prix des devises sur le marché noir. Ces tendances ont favorisé la stabilité politique du pays, au milieu d’agressions non conventionnelles et de menaces d’intervention militaire, privant Guaidó non seulement du pouvoir de convocation, mais aussi de la capacité de manœuvre pour capitaliser le malaise général causé par les sanctions.

Ainsi, le black-out cherche à freiner ces tendances de redressement social, politique et économique, aggravant par un boycott généralisé les moyens de paiement, l’accès à la nourriture et aux hôpitaux et le développement normal de la société vénézuélienne. De même, l’agressivité de l’attaque vise à affaiblir la production pétrolière et industrielle du Venezuela.

  1. La prise de conscience du pays et le pouls de l’intervention.

Tout comme en 2002, la population vénézuélienne vient de connaître un baptême généralisé du feu. Une opération de sabotage visant à précipiter un chaos généralisé, qui met en danger la santé et la nutrition de la population, l’activité économique du pays, ses télécommunications et nos routines les plus élémentaires, nous ramène au paysage du sabotage pétrolier des années 2002-2003, où l’opposition de ce moment, les mêmes qui gèrent une intervention avec les Etats-Unis et la Colombie, ont exécuté un état de siège qui paralyse le pétrole.

La réaction de la population, attaquée psychologiquement au cours des dernières années dans le but de l’inciter à une guerre civile qui rend possible une intervention, a été défavorable au calcul du sabotage. Malgré des protestations locales, le calme s’est imposé, à travers l’utilisation d’alternatives pour cuisiner, la mobilisation des ressources physiques du pays pour faire face aux urgences les plus urgentes, et la vocation généralisée du pays à ne pas tomber dans une provocation qui vise à mener à une confrontation civile et armée. La violence a été vaincue comme en 2002-2003 : ce paysage qui marque aujourd’hui notre histoire contemporaine offre la leçon qu’après l’épreuve de feu, où la brutalité du coup d’Etat a un impact massif, la cohésion du peuple est réaffirmée. Les Etats-Unis doivent donc « augmenter la dose de chaos » pour obtenir le mécontement servant à justifier leurs plans d’intervention ou de coup d’Etat..

Juan Guaidó tente de canaliser l’impact du black-out pour  » déclarer une urgence extraordinaire  » à l’Assemblée nationale, car selon lui  » le moment est venu de faire le pas « , flirtant avec l’idée d’utiliser la Constitution pour légitimer une intervention. C’est précisément dans cette orientation comme moyen de boucler le cycle du sabotage, que l’on voit que le black-out tente de fabriquer les conditions de l’anarchie, du chaos et de l’absence de services vitaux, de faire pression pour une « intervention humanitaire » sur le sol vénézuélien, avec l’approbation de l’Assemblée nationale et la « coalition des pays latino-américains », prêts à entreprendre une action vigoureuse conçue par John Bolton.

Compte tenu de l’arrivée prochaine de la mission technique du Haut Commissariat aux Droits Humains (ONU), le black-out cherchera à être canalisé vers un renforcement du dossier  » crise humanitaire  » au Venezuela qui, s’il est bien géré et promu dans les médias, pourrait entraîner un changement de position au niveau de la région, de l’ONU elle-même, du Congrès américain, sur  » l’urgence  » d’une action  » humanitaire  » demandée par le  » gouvernement parallèle.

Cette manœuvre baisse le rideau sur Guaidó : emprisonné dans un plan mal conçu et dépendant de la chaîne de commandement du cabinet de la guerre contre le Venezuela à Washington, il doit être sacrifiée pour l’ouvrir à la guerre. Sa volonté de faire légitimer par une assemblée nationale à majorité de droite, une intervention militaire étrangère est un suicide politique. Il est accompagné par des secteurs de l’extrême droite de Caracas, descendants en droite ligne des premiers colonisateurs espagnols, et qui prétendent activer la Responsabilité de Protéger (R2P) qui a détruit la Libye, le Kosovo, l’Irak, et d’autres régions que les Etats-Unis ont pillées pour maintenir leur statut de puissance.

Mais le black-out doit apporter une autre leçon, et nous obliger à retrouver les codes sociaux et les habitudes collectives et solidaires pratiquées lors de la guerre économique de 2002-2003. C’est là que sont nos armes en tant que communauté historique et spirituelle, armes mises à notre disposition pour maintenir en vie le fil de notre histoire comme patrie.

descarga

fotovenpres0078061354382907.jpg

Mobilisation de travailleurs pétroliers en réaction au lock-out décidé par les cadres supérieurs de l’entreprise publique PDVSA  dans le cadre de la guerre économique de 2002-2003 contre Hugo Chavez


Source : Mision Verdadhttp://misionverdad.com/La-Guerra-en-Venezuela/venezuela-bajo-ataque

Traduction: Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4yJ

Désigné par Trump pour instaurer la « démocratie » au Venezuela, Elliott Abrams a consacré sa vie à la détruire (The Intercept)

elliott-abrams-se-reunio-con-delegacion-venezolana-en-la-onu-para-la-consolidacion-del-gobierno-de-guaido-b

L’envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, Elliott Abrams (au centre), réuni avec l’équipe de Juan Guaido à New York le 26 janvier 2019.

Le 11 décembre 1981, au Salvador, un escadron militaire salvadorien entreprit de massacrer jusqu’au dernier les habitants d’un village isolé, appelé El Mozote. Avant de les mettre à mort, les soldats violèrent à de multiples reprises les femmes et les filles, dont certaines n’avaient que dix ans, tout en riant de leur préférence pour celles âgées de douze ans. Un témoin décrivit un soldat qui jetait en l’air un enfant de trois ans pour qu’il s’empale sur sa baïonnette. Le bilan final s’éleva à plus de 800 morts.

Le lendemain, 12 décembre, Elliott Abrams commençait son travail en tant que secrétaire d’État adjoint à la démocratie, aux droits humains, et au travail, de l’administration Reagan. Abrams passa aussitôt à l’action, au sein de l’équipe dirigeante chargée d’étouffer le massacre. Devant le Sénat, Abrams affirma que les bulletins d’informations relatifs aux évènements n’étaient « pas crédibles », et que les guérillas anti-gouvernementales avaient « outrageusement dévoyé » toute l’affaire à des fins de propagande.

Vendredi dernier, le Secrétaire d’État Mike Pompeo nommait Elliott Abrams au poste d’envoyé spécial du gouvernement des EU, en charge du Venezuela. Selon Pompeo, Abrams « aura la responsabilité de tout ce qui a trait à nos efforts pour restaurer la démocratie », dans la nation riche en ressources pétrolières.

Le choix d’Abrams est un message clair, envoyé au Venezuela, mais aussi au reste du monde : l’administration Trump a bien l’intention de brutaliser le Venezuela, tout en déversant un flot de rhétorique onctueuse à base d’amour de l’Amérique pour la démocratie, et les droits de l’homme. La combinaison de ces deux facteurs – la brutalité, l’onctuosité – constitue la compétence principale d’Abrams.

Auparavant, Abrams a occupé, au sein des administrations Ronald Reagan, puis George W. Bush, une multitude de postes, dont les intitulés mentionnaient souvent leur objectif moral. Il fut d’abord secrétaire d’État adjoint aux organisations internationales (en 1981) ; puis il occupa le poste « droits de l’homme » du Secrétariat d’État, mentionné plus avant (1981-1985) ; celui de secrétaire d’État adjoint aux affaires inter-américaines (1985-1989) ; de directeur principal en charge de la démocratie, des droits humains, et des opérations internationales, pour le Conseil National de Sécurité (2001-2005), avant de finir conseiller délégué à la sécurité nationale, responsable de la stratégie pour la démocratie dans le monde, de George W. Bush (2005-2009).

Chacun de ces postes permit à Abrams de jouer un rôle dans certaines des plus épouvantables opérations étasuniennes de politique étrangère des 40 dernières années, période au cours de laquelle il ne cessa de déclarer à quel point il se préoccupait du sort de ces étrangers que lui et ses amis assassinaient. Avec le recul, la présence quasi-systématique d’Abrams lors des interventions étasuniennes les plus sordides, a quelque chose d’inouï.

Abrams fut d’abord diplômé du premier cycle de la Faculté des arts et sciences de Harvard, puis de la Faculté de droit de la même université, avant de rejoindre l’administration Reagan en 1981, à l’âge de 33 ans. Il bénéficia rapidement d’une promotion, suite à un coup de chance : Reagan voulait nommer Ernest Lefevere au poste de secrétaire d’État adjoint aux droits de l’homme et aux affaires humanitaires, mais la nomination de Lefever se fracassa contre les révélations de deux de ses propres frères, selon lesquels il était convaincu de « l’infériorité, sur le plan intellectuel », des Afro-Américains. Déçu, Reagan se retrouva dans l’obligation de faire appel à Abrams, sa solution de remplacement.

À l’époque, l’Amérique Centrale était au centre des préoccupations de l’administration Reagan – notamment quatre nations voisines : le Guatemala, le Salvador, le Honduras, et le Nicaragua. Depuis leur fondation, toutes subissaient la domination cruelle d’une élite blanche ultra-minoritaire, soutenue depuis un siècle par l’interventionnisme étasunien. Dans tous ces pays, les familles au pouvoir considéraient les autres habitants de la société comme des animaux à forme humaine, qu’elles pouvaient exploiter, voire tuer, en fonction de leurs besoins.

Mais lorsque Reagan entra en fonction, une révolution socialiste venait de renverser Anastasio Somoza, dictateur du Nicaragua et allié des États-Unis. En toute logique, les partisans de Reagan interprétèrent ce renversement comme une menace pour les gouvernements des voisins du Nicaragua. Dans tous ces pays, les populations étaient nombreuses et, tout comme celle du Nicaragua, supportaient mal leur destin d’ouvriers agricoles exploités jusqu’à la mort sur les plantations de café, et de parents, dont les enfants succombaient sous leurs yeux à des maladies auxquelles un traitement simple aurait dû leur permettre de survivre. Certains prendraient les armes, d’autres se contenteraient de faire profil bas, mais, du point de vue des soldats de la Guerre Froide en place à la Maison Blanche, tous étaient des « communistes » potentiels, obéissant à des ordres en provenance de Moscou. Il convenait de leur donner une leçon.

El Salvador

L’extermination des villageois de El Mozote fut une simple goutte, dans le fleuve des événements qui eurent lieu au Salvador pendant les années 80. Environ 75000 Salvadoriens périrent au cours de ce que l’on appelle une « guerre civile », même si c’est bien le gouvernement qui – avec la complicité d’escadrons de la mort – perpétra la quasi-totalité des crimes.

Mais les chiffres seuls ne racontent pas toute l’histoire. Le Salvador est un petit pays, dont la taille est comparable à celle du New Jersey. À l’échelle de la population des États-Unis, ce chiffre correspond à un total de 5 millions de morts. Par ailleurs, le régime en place au Salvador s’engagea dans une série ininterrompue d’actes de barbarie, dont le degré d’atrocité n’a pas d’équivalent contemporain, à l’exception peut-être de celui des crimes perpétrés par l’état islamique. Un prêtre catholique fit le récit de l’un d’entre eux : afin de pouvoir s’absenter quelques instants, une paysanne avait confié la garde de ses enfants à sa mère et sa sœur ; à son retour elle découvrit les cinq corps, que la Garde Nationale du Salvador avait décapités. On les avait assis autour d’une table, et leurs mains reposaient sur leurs têtes placées face à eux, « comme si chaque corps caressait sa propre tête ». La main d’une enfant, très jeune, n’avait semble-t-il pu tenir en place sur sa petite tête, de sorte qu’on avait fini par la clouer dessus. Au centre de la table, il y avait un grand bol, rempli de sang.

À l’époque, les critiques de la politique étasunienne ne provenaient pas uniquement de la gauche. C’est au cours de cette période que Charles Maechling Jr., qui avait travaillé au Département d’État dans les années 60, en tant que responsable de la planification des contre-insurrections, écrivit dans le Los Angeles Timesque les États-Unis soutenaient des « oligarchies mafieuses » au Salvador et ailleurs, et se rendaient coupables de complicité active « envers des méthodes dignes des escadrons d’extermination de Himmler ».

Abrams fut l’un des architectes de la politique de soutien inconditionnel au gouvernement salvadorien, menée par l’administration Reagan. Il était dépourvu de tout scrupule à ce sujet, et n’éprouvait pas la moindre pitié pour quiconque réussissait à s’évader de l’abattoir salvadorien. En 1984, il tint des propos – dont l’écho retentit aujourd’hui lors des prises de parole des membres de l’équipe Trump – visant à expliquer que les Salvadoriens entrés illégalement aux États-Unis, ne sauraient bénéficier d’un statut exceptionnel. Devant la Chambre des Représentants, il déclara : « Certains groupes prétendent que lorsque nous renvoyons les immigrés clandestins salvadoriens chez eux, ils y font l’objet de persécutions, et deviennent souvent la cible d’assassinats. Si nous accordions le moindre crédit à ces affirmations, nous ne les expulserions pas, cela semble évident ».

Même après avoir quitté ses fonctions, alors que 10 ans s’étaient écoulés depuis le massacre de El Mozote, Abrams continuait à mettre en doute la survenue là-bas du moindre événement fâcheux. En 1993, année où une Commission des Nation-Unies pour la Vérité conclut que 95 pour cent des actes de violence commis au Salvador depuis 1980, l’avaient été par les amis d’Abrams au sein du gouvernement salvadorien, il qualifia ce que lui et ses collègues de l’administration Reagan avaient accompli, de « réussite fabuleuse ».

Guatemala

Au cours des années 80, la situation au Guatemala était très semblable, et les initiatives d’Abrams le furent également. Après que les États-Unis eurent orchestré, en 1954, le renversement du président élu démocratiquement, le pays vécut un cauchemar, dans lequel des dictatures militaires se succédaient comme dans un jeu de chaises musicales. Entre 1960 et 1996, au cours d’une « guerre civile » de plus, 200 000 Guatémaltèques furent assassinés, soit 8 millions de morts, à l’échelle des EU. Par la suite, une commission des Nations-Unies conclut à la responsabilité de l’état guatémaltèque, dans 93 pour cent des cas de violations des droits de l’homme.

En 2013, Efraín Ríos Montt, qui présida le Guatemala au début des années 80, fut reconnu coupable, par la justice de son pays, du génocide de la population maya indigène. Pendant le mandat de Ríos Montt, Abrams demanda la levée de l’embargo sur les livraisons d’armes des États-Unis au Guatemala, au nom des « progrès considérables » auxquels Ríos Montt avait « contribué ». Selon Abrams, il était du devoir des États-Unis de soutenir le gouvernement du Guatemala, car « si nous adoptons la posture ‘ne nous approchez pas avant d’avoir atteint la perfection, nous ne traiterons pas le problème avant que le Guatemala ne présente un bilan immaculé en matière de droits de l’homme’, cela signifie que nous allons laisser en plan celles et ceux qui, là-bas, cherchent à améliorer les choses ». D’après lui, Ríos Montt était l’un de ceux qui ne ménageaient pas leurs efforts. Grâce à Ríos Montt, « un changement spectaculaire s’est produit, que l’on constate en particulier dans l’attitude du gouvernement vis-à-vis de la population indienne ». (Par la suite, la plus haute cour civile du Guatemala annula la condamnation de Ríos Montt, qui mourut avant la conclusion de son nouveau procès.)

Nicaragua

Mais c’est sa participation enthousiaste aux efforts entrepris par l’administration Reagan pour renverser le gouvernement sandiniste révolutionnaire, qui fit accéder Abrams à la notoriété. En 1983, juste après l’assaut victorieux des États-Unis contre le micro-état insulaire de la Grenade, il plaida pour une invasion totale du Nicaragua. Lorsque le Congrès mit fin au financement des Contras, un corps de guérilleros anti-sandinistes, que les États-Unis avaient créé, Abrams réussit à persuader le sultan de Brunei, de se délester de 10 millions de dollars pour leur cause. Abrams opérait sous le nom de code « Kenilworth », mais malheureusement pour lui, le numéro de compte bancaire en Suisse qu’il communiqua au sultan n’était pas le bon – la chance venait de sourire à l’heureux bénéficiaire de ce dépôt du hasard.

Abrams fut l’objet de questions du Congrès sur le sujet des Contras, auxquelles il répondit par une montagne de mensonges. Par la suite, il plaida coupable pour deux chefs d’accusation de rétention d’informations. L’un concernait le sultan et son argent, l’autre reprochait à Abrams d’avoir eu connaissance de l’existence d’un avion de ravitaillement des Contras, un C-123 abattu en 1986. Comme s’il avait préparé une jolie rime historique pour sa nouvelle fonction au sein de l’administration Trump, Abrams avait négocié auparavant avec l’armée vénézuélienne la fourniture de deux C-123, destinés aux Contras.

Abrams fut condamné à une peine de 100 heures de travaux d’intérêt général, mais éprouva le sentiment d’avoir été, dans toute cette histoire, la victime d’une immense injustice. Il ne tarda pas à écrire un livre, dans lequel il s’adressait à ses accusateurs sous forme de monologue intérieur, ce qui donnait à peu près ceci : « propres à rien, salauds, dégueulasses, parasites ! ». Il bénéficia ensuite du pardon du président George H.W. Bush, au moment où celui-ci prenait la porte, après sa défaite aux élections de 1992.

Panama

Bien que cela soit aujourd’hui tombé dans l’oubli, Manuel Noriega avait été un allié proche des États-Unis, avant qu’ils n’envahissent Panama en 1989 pour l’évincer du pouvoir – et ce en dépit du fait que l’administration Reagan n’ignorait rien de ses activités de baron de la drogue.

En 1985, Hugo Spadafora, personnalité appréciée au Panama dont il fut un temps vice-ministre de la santé, crut détenir la preuve de l’implication de Noriega dans la contrebande de cocaïne. Il était à bord d’un bus, en route vers Panama City où il devait faire une allocution publique sur le sujet, lorsqu’il fut capturé par les hommes de main de Noriega.

Si l’on en croit le livre Renversement, de l’ancien correspondant du New York Times Stephen Kinder, les renseignements étasuniens enregistrèrent le moment où Noriega donnait à ses sous-fifres le feu vert pour abattre Spadafora, comme « un chien enragé ». Ils le torturèrent pendant toute une nuit, avant de le décapiter, à la scie, alors qu’il vivait encore. Lorsque le corps de Spadafora fut découvert, le sang qu’il avait avalé remplissait son estomac.

Une telle horreur finit par attirer l’attention. Mais Abrams s’empressa de prendre la défense de Noriega, et fit barrage à l’ambassadeur au Panama, l’empêchant d’accentuer la pression sur le dirigeant panaméen. Lorsque le frère de Spadafora persuada Jesse Helms, sénateur républicain hyper-conservateur de Caroline du Nord, de tenir des audiences sur le Panama, Abrams fit savoir à Helms que Noriega leur était « d’une grande utilité », et ne posait pas « un problème si grave. … Les Panaméens ont promis de nous aider à combattre les Contras. Si vous organisez ces audiences, ils nous deviendront hostiles. »

… mais ce n’est pas tout

Abrams fut également l’auteur de méfaits gratuits, sans autre raison apparente que le désir de se maintenir en forme. En 1986, les États-Unis invitèrent Patricia Lara, une journaliste colombienne, à un dîner en l’honneur des écrivains qui avaient contribué aux progrès de « l’entente entre nations du continent américain, ainsi que de la liberté d’informer ». À son arrivée à l’aéroport de New York, Lara fut placée en garde à vue, avant d’être renvoyée chez elle par le premier avion. Peu de temps après, Abrams participa à l’émission « 60 minutes », au cours de laquelle il prétendit que Lara était membre des « comités directeurs » du M-19, un mouvement de guérilleros colombiens. Toujours selon Abrams, elle était par ailleurs un « agent de liaison actif » entre le M-19 et la « police secrète cubaine ».

Étant donnée la fréquence à laquelle les journalistes colombiens sont victimes de la violence des organisations paramilitaires d’extrême-droite, proférer ces accusations revenait à tracer une cible dans le dos de Lara. Rien ne prouvait alors la véracité des allégations de Abrams – en fait, le gouvernement conservateur colombien les démentit – et rien n’est venu la prouver depuis.

La longue litanie des mensonges éhontés de Abrams vint à bout de la patience les journalistes étasuniens. « Ils affirmaient que noir, c’était blanc », ainsi que l’expliqua par la suite Joanne Omang, du Washington Post, en évoquant Abrams et Robert McFarlane, son collègue à la Maison Blanche. « J’avais fait appel à toutes mes compétences professionnelles, mais malgré cela, j’avais induit mes lecteurs en erreur ». L’expérience épuisa Omang, jusqu’à la faire changer de métier ; elle essaya de mettre en mots, non plus le monde réel, mais un univers de fiction.

Après sa condamnation, beaucoup considérèrent Abrams comme une marchandise avariée, dont le retour au gouvernement était inenvisageable. Ils le sous-estimaient. En 1989, un affrontement violent opposa Abrams à l’amiral William J. Crowe Jr. – qui fut un temps Chef d’État-Major des armées, avec pour objet la conduite à tenir par les États-Unis envers Noriega, qui avait perdu toute valeur à leurs yeux, pour devenir une source d’ennuis. Crowe s’opposa avec force à l’idée lumineuse que soumettait Abrams : il s’agissait pour les États-Unis d’installer un gouvernement en exil sur le sol panaméen, sous la protection de milliers de soldats étasuniens. Crowe fit remarquer la stupidité vertigineuse d’une telle proposition, mais Abrams n’en tint aucun compte. Crowe exprima sur Abrams une opinion, qui fait aujourd’hui figure d’avertissement prémonitoire : « Ce serpent a la peau dure ».

Dès l’entrée de George W. Bush à la Maison Blanche, Abrams revint aux affaires, ce qui eut le don de surprendre les plus naïves des personnes en place à Washington. Obtenir du Sénat qu’il ratifie la nomination d’un parjure – devant le Congrès – n’aurait sans doute pas été chose aisée, raison pour laquelle Bush lui trouva une niche au Conseil National de Sécurité – où les nominations ne nécessitent la ratification d’aucune branche législative. Tout comme 20 ans auparavant, Abrams hérita d’un portefeuille dont l’intitulé mentionnait « la démocratie » et « les droits de l’homme ».

Venezuela

Au début de l’année 2002, Hugo Chavez, président du Venezuela, était déjà devenu un motif d’agacement profond pour la Maison Blanche de Bush, peuplée d’anciens combattants des guerres des années 80. En avril de cette année-là, un coup d’état soudain, venu de nulle part, évinça Chavez du pouvoir. On ne sait toujours pas aujourd’hui si les États-Unis furent impliqués, ni sous quelle forme ; il faudra pour cela attendre la déclassification des documents pertinents, qui n’interviendra sans doute pas avant quelques dizaines d’années. Mais si l’on se fie au siècle précédent, apprendre que l’Amérique ne joua aucun rôle en coulisses, constituerait une surprise de taille. Chacun en pensera ce qu’il voudra, mais à l’époque, l’Observer de Londres affirma que « À la périphérie du coup d’état, Abrams était le personnage principal, », celui qui « avait donné le feu vert aux conspirateurs » . Quoi qu’il en soit, le soutien populaire permit à Chavez de se ressaisir, et de reprendre ses fonctions au bout de quelques jours.

Iran

Par contre, lorsque l’Iran fit une offre de paix en 2003, peu après l’invasion de l’Irak par les États-Unis, il semble bien qu’Abrams ait joué un rôle dans l’histoire de son étouffement. Le fax de la proposition était destiné à Condoleeza Rice, qui conseillait alors Bush en matière de sécurité nationale, mais il devait d’abord passer par Abrams. Pour une raison ou pour une autre, il n’atterrit jamais sur le bureau de Rice. À une question qui lui fut posée plus tard le sujet, le porte-parole d’Abrams répondit qu’il « n’avait pas le moindre souvenir d’un fax de cette nature ». (Nombreux sont ceux qui, comme Abrams, évoluent comme des poissons dans l’eau aux échelons les plus élevés du monde politique, mais souffrent d’une mémoire labile pour tout ce qui touche à la politique. En 1984, Abrams affirma devant Ted Koppel qu’il ne pouvait se rappeler avec certitude si les États-Unis avaient déclenché des enquêtes, à la suite des rapports faisant état de massacres au Salvador. En 1986, la Commission Sénatoriale Permanente sur le Renseignement, qui l’interrogeait sur la levée de fonds destinés aux Contras, lui demanda s’il avait eu des discussions à ce sujet, avec un membre quelconque du Conseil National de Sécurité. Là encore, sa mémoire lui fit défaut.)

Israel et la Palestine

En 2006, Abrams se retrouva à nouveau au centre d’une nième tentative de remise en cause du résultat d’une élection démocratique. Bush avait fait pression pour la tenue d’élections législatives en Cisjordanie et à Gaza, afin que le Fatah, l’organisation palestinienne corrompue jusqu’à la moelle du président Mahmoud Abbas, successeur de Yasser Arafat, en retire la légitimité qui lui faisait cruellement défaut. À la surprise générale, la victoire revint à l’adversaire du Fatah, le Hamas, ce qui lui donna le droit de former un gouvernement.

L’administration Bush, au premier rang de laquelle se trouvaient Rice et Abrams, ne pouvait accepter cette irruption malvenue de démocratie. Le plan qu’ils élaborèrent prévoyait la formation d’une milice du Fatah chargée de prendre le contrôle de la Bande de Gaza, en écrasant le Hamas sur son propre territoire. D’après un reportage de Vanity Fair, un usage abondant de la torture et des exécutions était envisagé. Mais le Hamas eut lui-même recours à l’ultraviolence, et prit le Fatah de vitesse. David Wurmser, un néo-conservateur qui travaillait alors pour Dick Cheney, confia au magazine : « Il me semble que ce qui eut lieu ne fut pas tant un coup d’état du Hamas, qu’une tentative de coup du Fatah, mise en échec de manière préventive. Ce qui n’empêche pas les médias étasuniens de publier depuis des récits alternatifs de ces événements, dans lesquels ils font jouer au Hamas le rôle de l’agresseur ».

Le plan des États-Unis ne fut sans doute pas couronné du succès espéré, mais du point de vue américano-israélien, il n’échoua pas non plus sur toute la ligne. La guerre civile entre Palestiniens fit de la Cisjordanie et de Gaza deux entités distinctes, gouvernées par des rivaux. Depuis 13 ans, rares furent les signes annonciateurs de l’unité politique dont les Palestiniens ont besoin, s’ils veulent se donner les moyens d’accéder un jour à des conditions de vie décentes.

Abrams quitta ses fonctions un peu plus tard, lorsque Bush fit sa sortie. Mais aujourd’hui il revient, pour effectuer un troisième tour le long des allée du pouvoir – prêt aux mêmes machinations que celles mises à exécution lors des deux premiers.
Avec le recul, la vie d’Abrams semble être un tissu de mensonges et d’actes de cruauté, dont on se demande bien comment il pourrait les justifier. C’est pourtant ce qu’il fait – à l’aide d’une stratégie de défense efficace.

Vidéo intégrée

Allen Haim@senor_pez

The year was 1995. A young Elliott Abrams taught us how to laugh. Maniacally. When Allan Nairn brought up his involvement in the mass murder and torture of indigenous people in Guatemala.

C’était en 1995. Le jeune Elliott Abrams nous donna une leçon de rire. Hystérique. Lorsque Allan Nairn aborda le sujet de son rôle dans le massacre et les tortures dont furent victimes les peuples indigènes du Guatemala.
pic.twitter.com/N2nfDQAUrf
— Allen Haim (@senor_pez) January 25, 2019

 

En 1995, Abrams fit une apparition sur le plateau du « Charlie Rose Show », face à Allan Nairn, l’un des journalistes américains les plus au fait de la politique étrangère des États-Unis. Nairn fit remarquer que Bush avait un jour émis l’hypothèse de faire passer Saddam Hussein en jugement pour crimes contre l’humanité. D’après Nairn, il s’agissait d’une bonne idée, mais « pour être pris au sérieux, il faut faire preuve d’équité » – à savoir poursuivre également en justice des hauts fonctionnaires comme Abrams.

Le ridicule d’une telle suggestion fit glousser Abrams. D’après lui, cela reviendrait à « placer sur le banc des accusés, tous les hauts fonctionnaires américains ayant contribué à gagner la Guerre Froide ».

Abrams avait en grande partie raison. Aussi dérangeante soit-elle, la vérité oblige à dire qu’il n’a rien d’un franc-tireur marginal ; il est au contraire un membre honorable, respecté, du centre-droit de l’élite de la politique étrangère des États-Unis. Avant d’entrer dans le gouvernement Reagan, il commença par occuper deux postes, au service de deux sénateurs démocrates, Henry Jackson puis Daniel Moynihan. Il fut senior fellow au CFR , classé au centre. Il est membre de la Commission des États-Unis sur la Liberté Religieuse dans le Monde, et siège depuis peu au conseil d’administration de la Fondation Nationale pour la Démocratie. Il donne des cours à la future génération de hauts fonctionnaires en politique étrangère, à l’École de Diplomatie de l’université de Georgetown. Ni Reagan, ni Bush, ne furent ses dupes, en aucune manière – ils recherchaient exactement ce qu’Abrams était en mesure de leur fournir.

Peu importent, en fin de compte, les détails sordides de la carrière d’Abrams, ce qu’il faut garder à l’esprit – au moment où les serres acérées de l’aigle étasunien accentuent leur pression sur un pays latino-américain de plus – c’est qu’Abrams n’a rien d’exceptionnel. Il n’est qu’un des rouages d’une machine. Le problème, ne vient pas des pièces malveillantes qui la composent, mais bien de la machine elle-même.

Jon Schwarz

Traduction originale d’Hervé Le Gall pour Le Grand Soir

Le 30 janvier 2019

 

SOURCE : https://theintercept.com/2019/01/30/elliott-abrams-venezuela-coup/
URL de cet article 34657 : https://www.legrandsoir.info/designe-par-trump-pour-instaurer-la-democratie-au-venezuela-elliott-abrams-a-consacre-sa-vie-a-la-reprimer.html

   

De Trump à Macron, les grands cimetières sous la « une »

Lorsqu’il remonte ce 13 février les couloirs feutrés du Congrès jusqu’aux lambris du House Committee on Foreign Relations, Elliot Abrams, l’envoyé spécial de Donald Trump pour le Venezuela, a de quoi se réjouir. Le leurre des caisses à moitié vides a fonctionné. L’opinion publique occidentale s’est aussitôt étranglée: “pourquoi Maduro refuse-t-il l’aide humanitaire alors que son peuple meurt de faim ?”.

Convoyées par l’USAID, l’ONG de la CIA, jusqu’à une région de Colombie en proie à une pauvreté extrême, ces caisses que ni la Croix Rouge ni Caritas ne veulent distribuer car elles n’y voient pas d’“aide humanitaire” (1), ne concerneraient en fait que 20 mille vénézuéliens pour quelques jours, selon l’autoproclamé “président” Juan Guaido. Ce cheval de Troie, entouré d’une nuée de médias, a une fonction plus plausible : servir de décor à un incident militaire, voire à une invasion.

Depuis près de deux ans le gouvernement bolivarien résiste à la hausse des prix pratiquée par les oligopoles privés de l’alimentation. Via des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), il distribue une à deux fois par mois des caisses de nourriture à six millions de familles des classes populaires. Le prix des aliments est symbolique : 1 % de celui du secteur privé. Le gouvernement verse également des allocations pour tenter de défendre un salaire attaqué de toutes parts. En fait, au grand étonnement des voyageurs, on, n’observe nulle “crise humanitaire” au Venezuela, comme l’a expliqué l’expert dépêché sur place par l’ONU, Alfred de Zayas. Pour qui “l’aide, la seule, serait de lever le blocus et de cesser la guerre économique”. (2)

Tout cela a été occulté par les médias occidentaux. Mais ce 13 février, lors de son audition par le Congrès, malgré l’avantage du “sens commun” construit par les journalistes, Elliot Abrams est mis sur le grill par la ténacité d’une représentante démocrate, issue du mouvement féministe: Ilhan Omar. Celle-ci rappelle à Abrams son passé d’organisateur et de financeur des escadrons de la mort dans l’Amérique Centrale des années 80. Elle prononce le nom qui fait mal : El Mozote. Le 10 décembre 1981, le bataillon de réaction immédiate Atlacatl, formé aux États-Unis, a torturé, violé, dépecé plus de 800 civils, hommes, femmes et enfants de cette communauté paysanne du Salvador. 136 des restes identifiés par les médecins-légistes argentins correspondent à des enfants de moins de six ans. Propagande communistes’était alors gaussé Abrams.

« Allez-vous appuyer des groupes criminels et le génocide au Venezuela comme vous l’avez fait au Nicaragua, au Salvador et au Guatemala, si cela favorise les intérêts des Etats-Unis? » insiste la membre du Congrès.

« Je refuse de répondre à ce qui n’est pas une questionrétorque Abrams.

Ilhan Omar lui répond dans les yeux : Savoir si, alors qu’un génocide a lieu, vous détournerez le regard car cela sert les intérêts américains, est une question légitime pour le Congrès et pour le peuple états-unien”.

La représentante du Minnesota sait de quoi elle parle : à l’âge de dix ans, elle a dû quitter la Somalie, un pays qui a subi une intervention militaire des Etats-Unis soucieux d’y acheminer leur “aide humanitaire”.

Version française : https://www.facebook.com/venesolidarite/videos/429506354461296/

Dans les années 80, lorsque le Congrès décida de ne plus leur octroyer de budget officiel aux paramilitaires antisandinistes, Abrams organisa le financement clandestin des opérations meurtrières de la « Contra » et leur fit livrer des armes camouflées en « aide humanitaire ». Abrams mentit au Congrès à deux reprises sur son rôle, plaidant coupable avant d’être grâcié par George H. W. Bush. Défenseur enthousiaste de l’invasion de l’Irak, il oeuvrait de nouveau à la Maison Blanche au moment du coup d’Etat avorté de 2002 contre Hugo Chávez. « Je n’arrive pas à comprendre« , assène Ilhan Omar, « pourquoi les membres de ce Comité ou le peuple américain devraient considérer comme véridique tout témoignage que vous donnez aujourd’hui« .

« El Mozote: The Volumetrics of a Massacre, » Oeuvre de Romeo G. Osorio en mémoire des enfants assassinés.

Le président Macron est connu à l’étranger pour l’usage disproportionné de la force contre la population française, de centaines de personnes blessées, mutilées à vie, et des centaines de prisonniers victimes d’une justice expéditive. Mais il faut rappeler que bien avant la nomination d’Addams par Trump, il a reçu à l’Elysée les “fils cachés de Pinochet” du Venezuela. On le voit ainsi sourire aux côtés de Julio Borges et de Freddy Guevara, organisateurs du coup d’Etat de 2002 contre Hugo Chavez et des tentatives de coup d’Etat postérieures, non moins violentes, menées de 2013 à 2017 contre le président Nicolas Maduro (3).

Comme l’extrémiste de droite Juan Guaido, adoubé “président du Venezuela » par Trump et Macron, les hommes de Washington ont montré leur vrai visage lors de ces éphémères passages à l’acte : formation par les paramilitaires colombiens, attentats terroristes contre des transports en commun, des ministères, des maternités, des centres de santé, sous-traitance de violences par la pègre, utilisation d’enfants-mercenaires, assassinats et tortures. Les photos plus bas montrent un manifestant de la droite vénézuélienne éloigner ses comparses pour brûler vif le jeune Orlando Jose Figuera après l’avoir tabassé, jeté au sol et aspergé de combustible. Ces lynchages d’afrodescendants ont été commis par les amis de Mr. Macron au Venezuela en 2017. Comme leurs mentors Uribe, Duque, Bolsonaro, Abrams ou Bolton, cette faction radicale rêve aujourd’hui de s’emparer du pouvoir pour “finir le travail”: nettoyer définitivement le Venezuela de tous les microbes communistes.

macronguevaraborges

Autour du président français Emmanuel Macron, les leaders de l’extrême droite vénézuélienne Julio Borges (gauche) et Freddy Guevara (droite), reçus à l’Élysée le 4 septembre 2017.

primero-justicia-golpismo-1

Julio Borges (centre) avec Leopoldo Lopez et Henrique Capriles Radonsky lors du coup d’État sanglant d’avril 2002 organisé contre le Président Chavez par le MEDEF local, les télévisions privées et des militaires formés à la School of Americas.

img-8229

Freddy Guevara (en bas à gauche) et ses croisés « pacifiques », lors de l’insurrection de 2017.

Orlando Figuera

Le jeune Orlando Figuera, brûlé vif dans un quartier chic de Caracas par des extrémistes transformés par les médias internationaux en « combattants de la liberté » ». Voir http://wp.me/p2ahp2-2CO

Si Mr. Macron se fait prendre en photo à côté d’eux, c’est aussi parce que l’écrasante majorité des journalistes a créé un sens commun : ces violateurs des droits humains seraient des “combattants de la liberté”. Sauf que le “peuple” du Venezuela que montrent les médias, n’en est pas un. Depuis plusieurs années, seul l’Est de Caracas, ses beaux quartiers, ses 10% de classe moyenne et ses manifestations anti-Maduro, ont droit de cité à la télé. Cette minorité sociologique et politique est constamment transformée par les journalistes en « peuple ». Et chaque fois que ses militants d’extrême droite cherchent l’affrontement, les télévisions du monde entier sont déjà sur place pour enregistrer l’image et inverser la chronologie au montage. La riposte des forces de l’ordre précède alors les violences des paramilitaires et devient par la magie de l’inversion… la répression à priori d’un Etat contre le « peuple ». Les éléments financés et entraînés par l’Empire sont repeints, une fois de plus, en « combattants de la liberté ». Par contre, l’immense Ouest populaire de Caracas où vivent les 80% des habitants, tout comme les zones rurales, reste invisible. Parce qu’il est pacifique et constitue en grande partie la base sociale du processus de transformation. Ce n’est pas tout : à chaque fois, les médias imputent automatiquement au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui alimente l’énergie des tueurs. Ceux-ci savent parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcera le discours en faveur d’une intervention. Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, de RFI à El Pais, qui, dans la vaste zone grise (Primo Levi) de l’“actu” reconnaîtra qu’il encourage des assassins ?

Comme l’explique l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique Maurice Lemoine : “aux pages les plus honteuses de l’Histoire de France – la reconnaissance du régime franquiste en 1939 ou le maintien des relations diplomatiques avec le Chili, après le « golpe » du général Augusto Pinochet (1973) – , il convient désormais de rajouter un chapitre : l’appui d’Emmanuel Macron à la tentative de coup d’Etat au Venezuela(4). Il est urgent de dénoncer la complicité de Mr. Macron et des grands médias avec une extrême droite qui rêve de faire du Venezuela, comme la Colombie, un grand cimetière sous la lune.

Le symbole de la « main blanche » commercialisé pour les sympathisants de Juan Guaido à Caracas ressemble beaucoup au sigle que les escadrons de la mort du Salvador peignaient sur les portes de leurs victimes.

Thierry Deronne, Caracas, le 15 février 2019

Notes : 

(1) « El envío de productos desde EE.UU. a Venezuela: ¿Es « ayuda » o « amenaza humanitaria »? »https://actualidad.rt.com/actualidad/305389-ayuda-humanitaria-eeuu-guaido-maduro-venezuela

(2) « Il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela » explique l’expert de l’ONU », https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/12/05/il-ny-a-pas-de-crise-humanitaire-au-venezuela-explique-lexpert-independant-nomme-par-lonu/

(3) « Le Monde lâché par la BBC: Stephen Sackur démasque la droite vénézuélienne et ses rêves de coup d’Etat« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/25/le-monde-lache-par-la-bbc-la-droite-venezuelienne-revele-son-objectif-dun-coup-detat/

(4) « Venezuela : qui reconnaît qui ?« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2019/02/08/venezuela-qui-reconnait-qui/

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-4uD