Au Venezuela, la révolution paysanne

Par Geraldina Colotti, correspondante en Europe de Resumen Latinoamericano

14 novembre 2018

Le 13 septembre à Bruxelles (Belgique) est né le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne en présence d’organisations internationalistes de 17 pays. Pour le Venezuela étaient présents Pablo Sepúlveda Allende, Gustavo Borges, Jimmy Laguna et Jonathan Vargas, militant du mouvement social de base paysanne, le ¨Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora¨ (CRBZ). Nous avons évoqué avec lui la situation de son pays, des paysans, des comunes et des nouveaux défis qu’affronte le socialisme bolivarien.

Quel est le travail du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora, et à quel titre participez-vous à ces journées ?

Je fais partie du Comité des Relations Internationales du CRBZ, un organisation chaviste active sur tout le territoire vénézuélien et porteuse d’une longue histoire de lutte enracinée dans les années 80. Elle articule le Front National paysan Ezequiel Zamora, le Front National Communal Simón Bolívar, le Système National de Formation Simón Rodríguez et deux autres axes liés à la formation: le CEFES, un centre d’études sociales et l’Ecole Nationale de Cadres Mariscal Sucre. Nous sommes une organisation collégiale, structurée en différentes commissions : économique, politique, internationale… Nous agissons sur la base d’un plan stratégique à l’intérieur du processus bolivarien, nous menons un travail politique avec les femmes, les jeunes… Nous sommes membres de Vía Campesina, de l’Observatoire des Droits Humains dont le siège est au Mexique, nous avons des responsabilités au sein de la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, etc… Pour nous il est prioritaire de combattre la guerre médiatique, de briser l’étau international contre le Venezuela, d’établir des relations fraternelles entre les peuples et d’organiser ce que Chavez appelait la ¨diplomatie des peuples¨.

Et au Venezuela, quelles sont vos priorités politiques ?

Nous nous lions à la population directement, sans formalismes ni bureaucraties, mais maintenons une relation de travail avec notre chancellerie. Nous sommes un courant révolutionnaire à l’intérieur du Parti Socialiste Unifié (PSUV). Pour le moment nous accompagnons un groupe de comunes sur le plan national, notamment la Cité Communale Paysanne Simón Bolívar, situé dans l’état d’Apure, municipalité Paez. Nous avons deux méthodologies de travail politique selon que nous avons des adhérents sur place ou non : accompagner ou conseiller. D’une cité communale comme La Sierra, naît une nouvelle architecture de pouvoir populaire qui se décline dans différentes sphères sociales: de l’économique à la politique, de la communication à la culture et la militaire, traduite dans l’unité civico-militaire.

La société communale rurale Simón Bolívar est une expérience sans précédent de la relation créatrice entre l’auto-gouvernement et ce que nous pourrions appeler le leadership formel – le gouvernement, l’État et le parti. En tant que mouvement révolutionnaire nourri d’une longue expérience historique des luttes populaires, nous faisons partie de cette avant-garde collective qui défend clairement le processus révolutionnaire et appuie le gouvernement bolivarien comme garantie de continuité du processus. Cependant nous croyons que doivent être appliquées une série de mesures pour accélérer le processus de transition d’un modèle encore marqué par la forme ancienne de la démocratie représentative, vers un modèle participatif dont le peuple est l’acteur principal: un modèle où les gens ne sombrent pas dans l’apathie ou la délégation mais prennent en main directement leurs affaires, décident, gèrent, participent à l’élaboration de tactiques et de stratégies. Nous refusons les manoeuvres de groupes qui se disent de gauche mais finalement s’alignent sur des positions de droite et nient le caractère révolutionnaire du gouvernement bolivarien.

Et quelle est ton analyse ?

Le Venezuela traverse une situation économique difficile à cause des attaques impériales tant internes qu’externes. Pour saisir ce qui se passe au Venezuela il faut repartir des contradictions capital-travail mais aussi nation-empire. Nous avons un gouvernement de transition au socialisme mais les valeurs restent fondamentalement celles d’une société capitaliste, l‘Etat bourgeois reste debout. Avec comme on l’imagine toutes sortes de contradictions dans le champ social, consumérisme, mercantilisme etc… Il faut penser tout cela avec une bonne dose de “réalisme révolutionnaire” : nous ne sommes pas à l‘époque de Lénine, ni du Che Guevara, ni dans les années 80. Nous devons construire de nouveaux paradigmes qui nous permettent de réactiver des secteurs influencés par le modèle capitaliste, les rendre amoureux du projet révolutionnaire, ce qui suppose de nouveaux mécanismes d’organisation, de nouvelles manières de combiner l’humanisme avec le ¨socialisme scientifique¨, de rompre avec la logique verticale et bureaucratique, etc.. Il s’agit de se ressourcer aux intuitions chavistes pour défendre les acquis révolutionnaires et mobiliser de manière permanente le pouvoir populaire.

Qu’a fait le CRBZ pendant les violences d’extrême droite de 2017 (présentées par les grands médias comme révolte populaire, NdT) et pour lutter contre la guerre économique?

¨Guarimba est un terme qui n’existe dans aucun pays ni dans le champ juridique, appelons un chat un chat : terrorisme fasciste utilisé par une droite qui a vu s’étioler son espace social mais n’a jamais renoncé à ses velléités putschistes et déstabilisatrices. Une violence à laquelle la droite a recouru dès que la révolution est devenue une majorité électorale (ce qui ne signifie pas qu’elle ait la majorité en général). Tant en 2014 qu’en 2017, cette droite a causé de nombreux morts, usant des tactiques du chaos pour accuser ensuite le gouvernement de réprimer les protestations. En 2014, la violence s’est cantonnée aux quartiers riches, en 2017 on a tenté de l’exporter dans les quartiers populaires, d’y semer le chaos et le nombre de morts a augmenté. Le peuple a cependant défendu ses acquis et a repris le contrôle du territoire.

Plus que la réponse du gouvernement, la victoire est venue de l’union civico-militaire et du pouvoir populaire organisé de diverses manières. Pendant la ¨guarimba¨ de 2014, je suis allé avec un groupe de compagnons retirer les barricades qui empêchaient la libre circulation en violation de la constitution. Pendant cette action pacifique, nous avons été attaqués par un groupe de motards masqués qui ont commencé à nous tirer dessus avant de s’enfuir. Une valle a ricoché sur un mur et m’a frappé la jambe droite, heureusement sans trop de dommage. D’autres compagnons n’ont pas eu cette chance et ne sont plus là pour en parler.

Face à la guerre économique, les communes rurales en particulier et urbaines où nous travaillons, s’organisent à travers l’autoproduction et l’échange direct, ainsi qu’avec des monnaies alternatives comme dans la Commune du ¨Panalito¨du quartier 23 de enero, on part des besoins profonds des personnes et non d’intérêts créés par le marché capitaliste. On ne produit que ce que l’on consomme et on construit de nouvelles relations sociales, plus solidaires. Dans l’État paysan d’Apure, par exemple, nous avons élu comme maire un militant historique, José María Romero. On y construit un espace partagé entre le peuple organisé et le gouvernement révolutionnaire, l’espace du bien vivre, où on discute ensemble du budget, les frais sont calculés sur la base des besoins de la communauté, bref les décisions de la population dépassent le niveau institutionnel de l’État.

Le mouvement paysan a récemment assumé un rôle direct sur la scène politique, dévoilant une image complexe de la situation. Après presque vingt ans de révolution bolivarienne, quel est votre bilan en tant que marxistes ?

Le mouvement paysan a pour caractéristique d’être un des sujets les plus loyaux de la révolution. Mais il est aussi le secteur le plus attaqué par les forces latifundistes et de l’agro-industrie qui n’ont jamais renoncé à détruire la Loi des Terres ni le nouveau cadre constitutionnel garant de l’occupation des terres improductives. De 1998 jusqu’à aujourd’hui les grands propriétaires et l’extrême droite (les premiers finançant souvent les violences de la seconde) ont assassiné plus de 200 paysans. Le dernier en date est un adolescent de 15 ans, fils d’une militante révolutionnaire, assassiné dans une embuscade dans l’État de Barinas.

Ce qui se passe avec le mouvement paysan illustre mon propos: la persistance d’un État libéral, y compris en présence d’un gouvernement qui tente de le détruire. Dans ce cadre il y a des intérêts en conflit qui poussent des fonctionnaires et des magistrats sans scrupules à saboter le procesus révolutionnaire, à persécuter les paysans en foulant au pied les garanties légales, pour protéger les intérêts des grands latifundistes. C’est pourquoi nous saluons la détermination du nouveau Procureur Général de la République, Tarek William Saab, dans sa lutte contre la corruption. Cependant notre tâche est d’assumer complètement cette contradiction de classe, d’appuyer la lutte du mouvement paysan dans les quartiers et dans les communes pour construire un monde nouveau. C’est-à-dire de construire une majorité nouvelle capable de radicaliser la révolution.

Source : http://www.resumenlatinoamericano.org/2018/11/14/venezuela-la-revolucion-campesina-entrevista-a-jonathan-vargas-militante-de-la-crbz/

Texte revu par Gabriela Pereira

Traduction : Thierry Deronne

Photos : Eduardo Viloria Daboin / CRBZ

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La Cuchilla : brévissime histoire d’une récupération de terre

2.jpgAida y Alexis, pendant près de sept années, se sont battus dans l’État de Lara pour sortir de l’abandon et de l’improductivité les terres de ¨La Cuchilla ».

C’est une montagne immense où ce couple et ses trois enfants, paysans comme leurs parents, veulent transformer la broussaille en aliment. ¨Pourquoi laisser la broussaille, quels fruits donne-t-elle ? Aucun. Par contre si tu sèmes du café, des haricots, du maïs, tu aides tes semblables, mais la broussaille, pourquoi la broussaille ? Qui mange de la broussaille ? interroge Alexis, qui se rappelle l’arrivée au milieu d’hectares de broussaille à ensemencer.

Alexis vivait plus haut, dans la montagne où l’océan de terres improductives qui noie la vallée, l’avait repoussé.

 

C’est de là qu’il a observé, des années durant, ces terres envahies d’herbe. Le jour où un des murs de sa maison s’est écroulé, il a décidé d’aller à La Cuchilla pour “semer et sortir d’en bas”. Sa plus grande volonté : que ses fils n’endurent pas ce qu’il avait vécu: “Ce n’est pas qu’on devient riche en semant des avocats, du riz, du maïs, non! On veut vivre bien, faire que les gosses ne revivent pas cette histoire, pour qu’un jour ils disent fièrement : mon père a lutté pour nous laisser quelque chose de bon.”

Ses enfants de 17, 20 et 23 ans travaillent aujourd’hui à La Cuchilla. Ils ont vécu ces longues journées de l’aube à la nuit pour débroussailler la terre et la semer. Et si on leur demande s’ils ne pensent pas migrer vers un autre pays, ils répondent : “Pourquoi chercher ailleurs ce qui est ici, ce qu’on peut trouver dans notre propre terre fertile qui peut nous nourrir, au lieu de mourir dans les mains d’un seul propriétaire qui ne veut pas la cultiver”.

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Robert Torrealba est un de ceux qui ont ressuscité cette terre. Avec ses cousins et ses frères, il a lui aussi enduré les premières et difficiles années de lutte: “Ces terres étaient totalement improductives et nous avons pris l’initiative de les faire produire pour le peuple”.

Ils ont jeté les fondations en élevant leurs cabanes et en quelques semaines à peine, en semant avec leurs propres ressources, sans avoir reçu encore d’appui de l’État. Ils ont semé toute la terre, et savent qu’un jour ils gagneront leur titre de propriété.

Le processus d’adjudication a été lente : les inspections des ingénieurs de l’Institut National des Terres (INTI) en fin de compte, n’ont pas apporté de réponses concrètes. Pourtant les supposés propriétaires n’ont pas de droits sur ces terres car “l’État les a financés, mais ils n’ont jamais remboursé le crédit, et ils veulent garder ces terres sans les cultiver, c’est pour ça que nous avons pris cette initiative”.

Le grand propriétaire Héctor Rivero prétend être le propriétaire. “Il nous menace tout le temps, moi et mes fils, de nous tuer, de nous disparaître” raconte Aida Carebilla, la “rebelle” de la Cuchilla, ainsi que l’appelle le propriétaire: “Quand il apparaît je suis la première à faire face à l’entrée, et il a même dit après qu’on a arrêté mes compagnons, et qu’on a frappé mon fils, qu’il enverrait un groupe de femmes policières pour frapper les femmes rebelles aussi”. Tel est le comportement des grands propriétaires, qui utilisent des fonctionnaires des corps de sécurité comme force de choc personnelle contre les paysans.

Alexis raconte que cela est arrivé plusieurs fois: “Parce qu’ils a beaucoup de contacts avec ces fonctionnaires. Dès qu’il apprenait que nous planifions quelque chose, il débarquait avec ses policiers et nous faisait frapper et arrêter. Avec les polices judiciaire, municipale, de l’État de Lara, alors qu’elles n’ont pas de compétence sur les thèmes de terre. C’est la Garde Nationale qui est compétente, qui ne peut agir qu’avec un ordre de l’Institut des Terres ou d’un tribunal”.

Mais ici, pas d’ordre, seulement des mafias qui agissent, protègent les intérêts du grand propriétaire: “Ils ont frappé mon fils, ont arrêté des compagnons et on les oblige encore à se présenter à la police alors qu’ils n’ont commis aucun délit”.

C’est que semer en ces heures de grande difficulté économique ne peut être traité comme un délit. Les paysans le savent. Même en exposant leurs vies ils gardent le cap : “Semer, rien de plus. Alimenter le peuple, nos enfants, nos petits-fils, qui en a besoin. Semer le maïs, les haricots, le pois chiche, la banane à cuire, le manioc …” Hommes et femmes en lutte contre le latifundisme, et qui visent le développement productif du pays. Comme l’explique Franklin Querales, militant du mouvement paysan www.CRBZ.org : “A la Cuchilla on veut remporter une victoire stratégique dans le cadre de la production, avec un modèle nouveau qui part du paysan, avec le pouvoir du peuple pour faire échec à la guerre économique”.

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Source : http://www.crbz.org/la-cuchilla-breve-historia-de-un-rescate-de-tierras/

Traduction : Thierry Deronne

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Congrès des Communes : comment passer des engagements aux actes ?

Une analyse du mouvement social vénézuélien Courant Révolutionnaire Bolívar et Zamora (www.CRBZ.org)

Une première phase du Congrès national des communes vient de s’achever. Comme l’a annoncé le président Maduro, celui-ci sera prolongé durant soixante jours pour élaborer et développer les propositions de manière plus détaillée. Après des jours de débats, lors de la réunion de clôture avec le Président de la République, Nicolás Maduro lui-même a fait siennes et approuvé les propositions présentées par les congressistes. C’est sans aucun doute de la plus haute importance, surtout si l’on considère que le discours officiel acte la décentralisation de la question des communes et l’approfondissement du pouvoir populaire.

Le fait que le président Maduro a publiquement pris ces engagements signifie que le gouvernement national dans son ensemble et les mairies et les administrations doivent prendre en compte et appliquer ces orientations. Ainsi, la question communale reprend de l’importance dans les actions du gouvernement, en vertu de l’engagement pris par la première autorité de l’État vénézuélien, le gouvernement et le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV).

Il ne s’agit pas d’une question mineure, car l’approfondissement de la construction communale n’est rien moins que l’horizon stratégique défini par le commandant Chávez pour développer une démocratie révolutionnaire et ainsi transformer la société à travers un socialismo territorial. C’est dans la commune en effet, dans ses formes d’organisation, dans son potentiel de productivité économique, dans sa capacité à générer de nouvelles formes d’administration, de gestion des services et la satisfaction des besoins de base, à partir de structures organisationnelles fondées sur la participation et l’implication du peuple, que se manifeste le mieux la possibilité de créer une société dans laquelle le peuple lui-même prend en main son destin pour ne pas être conduit par les élites économiques et politiques. D’où l’importance de la tenue du Congrès et des résultats exprimés dans l’engagement du Président Maduro, qui vont dans cette direction.

Un peu de mémoire…

Ces nouveaux accords devraient comporter un nécessaire équilibre d’engagements semblables pris dans le passé par l’Exécutif national. Par exemple, le programme de travail avec lequel le président Maduro s’est engagé le 15 août 2015 et dans lequel il a également impliqué un nombre important de hauts fonctionnaires.

Dans cet ensemble d’accords, il avait été proposé d’avancer dans des domaines tels que la police communale, les plans de défense territoriale, l’intégration des plans de développement communaux dans le système national de planification, la création d’un système national de presses communales, la création d’un réseau pour la distribution et la commercialisation de la production des communes et d’une grande société de production et de distribution commune, la création d’une super intendance du système économique communal, la construction d’un plan afin de transférer des compétences à l’administration et la gestion des services, un plan de transfert de l’administration et de la gestion des sablières, des carrières, des fours à chaux, entre autres, la détermination par la banque de programmes de financement des communes, la promotion du système agricole communal qui implique, entre autres, la création d’un plan agro-industriel pour les communes et une banque de semences, l’affectation d’un code unique d’achat de fournitures pour les communes et autres organisations socio-productives pour avoir un accès préférentiel aux intrants agricoles, au ciment, au fer et à l’acier ainsi qu’à la production des entreprises publiques d’aliments.

Si l’on fait le bilan aujourd’hui, force est de constater que très peu de choses ont été accomplies et beaucoup a été fait pour des choses qui n’ont pas avancé. La logique bureaucratique s’est imposée, la lassitude, des retards, des intérêts politiques partisans, des quotas de pouvoir régional et municipal, mais aussi la corruption et les mafias. Comment faire en sorte que le cela ne se répète pas et que nous puissions réellement avancer dans la réalisation des objectifs proposés ? Comment pouvons-nous reprendre cet agenda en suspens et l’intégrer dans l’agenda actuel ?

Tout d’abord, nous pensons qu’en plus de l’élaboration détaillée des propositions, il est nécessaire de définir des priorités, d’élaborer des plans et des calendriers d’exécution, d’orienter les ressources ainsi que de définir les responsables des tâches aux différents niveaux de gouvernement et dans les instances organisées des communes ; ces plans et calendriers doivent être examinés périodiquement. Les raisons du non-respect et des retards éventuels doivent être évalués afin de déterminer les responsabilités et prendre les décisions en la matière.

Deuxièmement, il est essentiel que cela soit fait à l’égard du pays, d’une manière publique et transparente, sans opacité d’aucune sorte ; à cette fin, il faut mettre à profit internet et les technologies de l’information et de la communication.

Troisièmement, il est essentiel que les communes disposent d’instances et de canaux au sein du gouvernement pour pouvoir porter plainte au sujet des obstacles, des retards, du détournement des ressources dans la mesure où cela se produit : ces canaux doivent être d’une efficacité immédiate.

Quatrièmement, il doit y avoir un espace et des moyens pour que les médias publics deviennent des haut-parleurs tant pour les mesures prises dans les processus de respect des accords que pour les critiques, alertes et dénonciations qui doivent être faites.

Cinquièmement, il faut que les électeurs du Secteur des communes et des Conseils communaux élus par le peuple lors d’élections libres et directes aient un poids déterminant ; le pouvoir transféré par la base communale à ces fonctionnaires doit se traduire par une contre-expression et doit être reconnu dans sa juste mesure par les institutions du gouvernement national, régional et municipal, ainsi que par les autres organes qui constituent l’État.

Le peuple des communes et ceux d’entre nous qui promeuvent et accompagnent la construction communale se sont avérés être l’une des constructions les plus importantes de toutes ces années de révolution ; c’est là que se concentre la base populaire la plus engagée dans les transformations profondes, celles qui concernent l’approfondissement de la démocratie, la défense de la souveraineté, le développement productif. Ceux d’entre nous qui font partie du secteur communal ont également fait preuve d’une loyauté absolue envers la révolution, le gouvernement bolivarien et le président Maduro. Nous voilà, ancrés au sol, fermes dans la défense de l’héritage du commandant Chavez. Notre combativité et notre capacité de lutte seront entièrement mises à disposition pour respecter ces nouveaux accords. L’institutionnalisation du gouvernement bolivarien à tous les niveaux et l’institutionnalisation de l’État dans son ensemble doivent également s’avancer et assumer cette tâche. C’est l’horizon stratégique de la révolution qui est en jeu.

Ciné-club dans une commune du Venezuela (novembre 2015)

École de féminisme populaire, commune « La Azulita », État de Mérida, 2 au 5 octobre 2015

Le travail de préparer le ciment pour construire les logements des membres de la commune.

Cacao séchant au soleil, commune agricole de Cacigal

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

Enfants de la Commune d’El Rosillo (État d’Anzoategui)

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l’État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

Lieu de réunion de la Commune ¨Rogelio Castillo Gamarra¨

Récolte de pommes de terre, Commune Macho Capaz.

María Vivas, coopérative La Hoja (¨La feuille¨), Commune Macho Capaz

Jardins d’orangettes, Commune de Macho Capaz.

L’ex-ministre de la Commune Reinaldo Iturizza (assis au fond) durant la fête populaire qui a marqué la légalisation de la six-centième commune

Commune Agro-écologique “EL Tambor”, Municipalité Andrés Bello. État de Mérida, Venezuela, 2013.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographie : Verónica Canino

Le communicateur alternatif et directeur régional du Ministère de la Commune Gerardo Rojas signe la légalisation de la Commune Socialiste Sabas Peralta (État de Lara, août 2013)

Commune Sabas Peralta, État de Lara. Photos : Leonardo Ramos

Commune Sabas Peralta

Source : http://www.crbz.org/congreso-de-comunas-como-trascender-del-compromiso-a-los-hechos-comunicado-de-la-corriente/

Traduction : VeneSol

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Entretien avec Marco Teruggi, auteur de Mañana será historia, un journal intime frénétique sur la réalité vénézuélienne

Leandro Albani  /  Traduit par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Depuis plusieurs années, le Venezuela est dans l’œil du cyclone mondial. Le journaliste Marco Teruggi raconte cette réalité dans son nouveau livre.

Lire Mañana será historia. Diario urgente de Venezuela  (Demain, ce sera de l’histoire, Journal urgent du Venezuela), c’est se lancer dans un fleuve impétueux qui, parfois, nous permet un bref répit pour souffler, puis nous entraîne à nouveau dans des courants frénétiques dont nous ne savons pas vers quelle destination finale ils vont nous emmener. Ce tourbillon que l’on respire en tournant chaque page du livre est le même qui fait vibrer l’histoire du Venezuela.

Publié par Editorial Sudestada, Mañana será historia… peut être un guide pour ceux qui cherchent à comprendre la réalité vénézuélienne. Mais il devient aussi un blog quotidien où s’entremêlent révolution et nécessité, toujours à partir d’une histoire qui restitue les voix des principaux protagonistes du processus politique et social initié par Hugo Chávez en 1998 : les hommes et les femmes du peuple, qui refusent de perdre la dignité conquise, qui combattent les ennemis internes et externes, et qui doivent combattre les erreurs de ceux qui, à plusieurs reprises, ont décidé des destinées d’une révolution qui a sorti l’Amérique latine de sa torpeur. Teruggi tisse des pages qui deviennent un road movie à travers les plaines vénézuéliennes puis, quelques paragraphes plus bas, analyse et démêle une situation économique qui n’est pas toujours comprise dans son intégralité dans des pays comme l’Argentine.

Sociologue, journaliste, mais surtout protagoniste des victoires, des tragédies et des contradictions du processus bolivarien, Teruggi, qui vit au Venezuela depuis 2013, est récemment arrivé en Argentine, où il a commencé un marathon de présentations à travers le pays. Auteur de Lo que Chávez sembró. Testimonios desde el socialismo comunal (Ce que Chávez a semé. Témoignages du socialisme communal) (Sudestada, 2015) et des recueils de poèmes Siempre regreso al pie del árbol (Je reviens toujours au pied de l’arbre) (2012) et Días Fundados (Jours fondés) (2014), Teruggi a dialogué avec La tinta sur Mañana será historia…, l’actualité du Venezuela et la figure toujours présente de Hugo Chávez.

 Marco Teruggi

Pourquoi as-tu choisi de structurer le livre comme un journal intime ?

La première question que je me suis posée était de savoir comment raconter toute cette réalité. Quand je dis toute cette réalité, cela va de la vie quotidienne aux conflits internationaux, en passant par l’expérience de l’organisation populaire, la description d’un paysage, une réflexion ou un dialogue. Ce sont les formes qui peuvent contenir cette réalité extraordinaire, qui se trouve à un moment unique de son histoire et qui ne se répétera pas. La forme du journal intime est apparue comme une possibilité d’ordonner tout ça chronologiquement et de permettre à tous les genres que j’ai réussi à construire d’y entrer. Il y a des moments de chronique, de réflexion, d’essai, de littérature de voyage, d’analyse économique et politique plus dure, de dénonciations, de lettres. Toutes ces formes sont des possibilités d’attraper ce que l’on vit et dans quoi on est immergé. L’idée d’un journal signifie que celui qui écrit n’est pas à l’extérieur et observe à partir d’une neutralité supposée, dont certains secteurs du journalisme aiment faire croire qu’elle  existe toujours, mais qu’il est à l’intérieur de ce qui se passe. Et il doit être crédible et savoir de quoi il parle. Le « moi » apparaît peu, mais il apparaît, afin que le lecteur puisse atterrir un peu plus et se demander comment vit et survit cette personne qui lui parle.

Dans le livre, tu te concentres beaucoup sur le processus communal et paysan, pourquoi as-tu inisisté sur ce secteur pour raconter l’histoire ?

D’abord, parce que c’était ma porte d’entrée dans le pays. Quand je suis entré dans le processus révolutionnaire, c’était par cet univers. Et parce que j’ai toujours vu que, dans ce secteur, il y avait un pouvoir de transformation qu’il n’y avait pas dans d’autres, lié au projet proposé par Chávez, de ce qu’il signifiait en termes organisationnels et dans l’horizon de la transformation. Et aussi parce que mes héros et héroïnes étaient toujours là. Mes points de repère, les gens que j’admire le plus, étaient toujours dans ces espaces. Il y a beaucoup de choses qui se passent dans cette dimension : de la merveilleuse expérience communautaire à la tragédie de l’assassinat de dirigeants paysans. Tout cela fait partie de l’espace dont je parle et dont j’analyse souvent la réalité.

Le livre est situé dans un endroit qui n’est ni meilleur ni pire. Il s’agit aussi d’un rythme du pays, alors, à mon tour, je me détache et je tourne l’écriture vers le conflit politique qui se développe. Par exemple, en avril et juin 2017, il y avait des paysans à qui les propriétaires fonciers qui finançaient les secteurs paramilitaires avaient pris des terres, mais l’accent était mis sur l’analyse de la manière dont l’assaut contre le pouvoir prenait forme de la part des forces d’opposition. Précisément, le plus difficile est toujours de faire une synthèse, que tous ces éléments coexistent. La plupart de mes sources d’information, ou là où je pouvais trouver des explications pour la plupart des événements, avait à voir avec l’univers des territoires concrets. Là où il y a une richesse d’information qui n’est souvent pas dans les médias. La particularité du journalisme au Venezuela est que, bien souvent, il est difficile d’accéder aux sources et que celles-ci peuvent être obtenues à partir des sommets politiques et des dirigeants, ou à partir de niveaux très bas dans les territoires.

Comment était-ce d’aborder la question de la bureaucratie et de la corruption dans le cadre du processus bolivarien ?

La corruption n’était pas un problème jusqu’au jour où Maduro, une fois, a dit que c’était le principal ennemi de la révolution. Ce que même les médias d’Etat ont négligé, mais Maduro a insisté. En septembre 2017, lorsque le nouveau procureur général, Tarek William Saab, est arrivé, il a ouvert la situation de la corruption dans ses dimensions les plus fortes, attaquant des problèmes très complexes, comme celui de PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A.). Là, la question a fait l’objet d’un débat public approfondi, même contre la résistance de certains secteurs au sein du chavisme, qui disent que ce n’est pas quelque chose dont il faut parler. Il a été possible de relier  ce débat sur la corruption avec les chiffres donnés par le bureau du Procureur général, ce qui a rendu bien des choses plus complexes. Je pense qu’il y a une dimension de ce qui se passe au Venezuela qui ne peut être comprise sans intégrer ce facteur, sachant qu’il s’agit d’un programme de la droite pour le continent. Mais sachant aussi que le processus bolivarien s’est attaqué à ce problème. Contrairement à d’autres processus, il l’a mis au centre de la table, en disant qu’il fallait prendre ses responsabilités et mener une bataille contre cela.

La question de la bureaucratie a connu une évolution. D’abord, il y avait plus une logique d’analyse, démontrant comment la bureaucratie opère et porte atteinte dans la vie quotidienne, d’une manière invisible, aux processus d’organisation populaire. Cela a ensuite évolué vers un débat autour du projet politique et économique, qui est plus qu’une simple question de bureaucratie. C’est dans cette direction que la ligne stratégique est orientée dans le domaine économique. Le nœud principal du débat le plus complexe est là.

Pourquoi avons-nous vu, ces derniers temps, que le pari sur le communal, le social, l’étatique – en enlevant quelques points clés, comme le PDVSA – a quitté le centre de la scène, pour être remplacé par la question des accords avec le secteur privé ? Qu’y a-t-il derrière cela ? Est-ce seulement tactique ou est-ce stratégique ? Comment les  expulsions de paysans, les assassinats de dirigeants, les difficultés pour les communes à se développer s’inscrivent-ils dans ce débat ? Cela a plus à voir avec l’exercice théorique sur la question de la nature du modèle économique proposé dans la situation actuelle, qui n’est pas idéale. C’est une situation pleine d’erreurs qui se sont accumulées, avec un blocus économique international de plus en plus lourd, en même temps que les secteurs économiques boycottent l’économie. Dans ce contexte, de quoi s’agit-il ? Là, l’exercice est plus théorique sur le type de projet économique, sachant que l’économie, c’ est de la politique concentrée.

Comment peux-tu décrire l’opposition vénézuélienne ?

Coincée par sa propre incapacité à créer des scénarios insurrectionnels ou incendiaires, dans lesquels elle finit par être brûlée par son propre feu. Une grande partie de l’opposition est convaincue que ça ne pourra être résoluque par une solution violente. Ce n’est pas à partir d’une conception idéologique, mais parce qu’ele a commis tant d’erreurs, qu’elle a dilpaidé le peu qu’elle avait, qu’elle est arrivée à un point où elle n’a pas d’autre choix. Mais sa situation est si critique que, pour que cela se réalise, ça ne dépend pas de sa propre force, mais d’un facteur international. Voilà le paradoxe de la question. Ils proposent une issue pour laquelle ils n’ont pas la force, c’est pourquoi ils demandent, avec leurs opérateurs internationaux, une action depuis le front extérieur dans le cadre de la crise humanitaire.

Ensuite, il y a un autre secteur qui oscille entre accompagner la ligne la plus violente et ne pas la soutenir, et dont le gouvernement essaie de se rapprocher pour un dialogue. L’approche continue d’être de construire une démocratie participative au sein d’une démocratie représentative. Nous avons besoin d’une opposition qui participe selon les règles du jeu qui sont établies et, contre la mythologie qu’elle agite, la droite elle-même se charge de la démentir. Quand ils gagnent les élections, ils les reconnaissent, mais quand ils perdent, ils ne les reconnaissent pas. Le problème, c’est que lorsqu’ils se présentent ensemble, certains gagnent et d’autres perdent, alors ceux qui ont perdu demandent à ceux qui ont gagné de ne pas reconnaître leur victoire. Dans leur propre capacité à se tirer dans le pied, ils ont créé une sorte de crise politique profonde qui conduit à la situation dans laquelle, aujourd’hui, leurs principaux porte-parole, leur ligne d’action et leur stratégie se trouvent aux USA, via la Colombie.

Comment apparaît la figure de Chávez dans le livre ?

Elle apparaît d’une manière complexe, comme un point sur lequel revenir pour réfléchir en termes de projet politique stratégique. Cela apparaît dans sa relation sentimentale et émotionnelle très forte avec le peuple, avec ce que Chavez représentait pour des millions de personnes. C’est une absence qui pèse. Il arrive même d’un endroit où on ne sait pas quoi dire. Il y a un texte, c’est l’un des rares articles que j’incorpore dans le livre, sur un anniversaire de la mort de Chávez, et je raconte comment s’est passée l’écriture de cet article et sa difficulté. Parce qu’au sein d’une révolution, il y a des choses complexes à traiter qui font partie de l’apprentissage de la vie dans cette révolution. Comme, par exemple, les secteurs qui usurpent le mot et le nom, se vantent et glorifient, mais qui, dans leur pratique quotidienne, font exactement le contraire. Parfois, le silence est préférable à la msie en avant de questions que vous n’avez aucune raison d’aborder à ce moment-là dans le débat public. Chávez est omniprésent et apparaît parfois comme une absence. Il y a même quelque chose qui ressemble à un cauchemar dont on se réveille et il apparaît.

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Gracias a: Tlaxcala
Fuente: https://latinta.com.ar/2018/10/manana-sera-historia-un-diario-frenetico-sobre-la-realidad-venezolana/
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Au Venezuela, l’Alliance Nationale Productive comme instrument de lutte pour développer la production

Face à l’urgence de produire, une Alliance Nationale Productive (A.N.P.), formée d’organisations de petits et moyens producteurs et de mouvements de paysan(nes) de tout le Venezuela, est en train d’être créée dans le pays. L’A.N.P. est un espace de rencontre national sur la production alimentaire, qui a pour objectif d’élaborer des agendas de travail et  d’actions permettant de surmonter les difficultés que rencontrent actuellement les producteurs (ices) agricoles.

Les actions de cette Alliance sont menées par l’intermédiaire de Commissions Productives dans des communes et des territoires stratégiques où, explique Kevin Rangel, coordinateur national de la Corriente Revolucionaria Bolivar y Zamora, “nous sommes venus organiser des assemblées et des réunions en faisant largement appel aux producteurs des différents secteurs de production, comme le cacao, la banane, le manioc, la culture maraîchère, les pommes de terre, la carotte, l’oignon, le lait, la viande, et principalement à des petits et moyens producteurs”.

Dans quel but les producteurs(ices) de secteurs aussi divers s’assoient-ils autour d’une table de discussion? Pour lutter tous et toutes ensemble. Si les  principales problématiques leur sont communes, alors les solutions doivent aussi être trouvées en commun. Les Commissions Productives sont tout d’abord un espace de discussion pour identifier les difficultés et les problèmes rencontrés localement et réfléchir de manière collective aux solutions à y apporter. “Ce sont des espaces de discussion portant sur le thème de la production, dont l’objectif est de chercher des solutions à des situations qui peuvent être résolues et débloqués au niveau de la région même. Il faut lutter, par exemple, pour avoir accès aux intrants, aux semences, au carburant que nécessite la production, pour obtenir une faucheuse, une tronçonneuse, de lubrifiants, ces difficultés étant particulières à chaque région”, souligne Kevin Rangel.

L’idée est de trouver une solution à certains problématiques locales, mais aussi à des questions d’ordre structurel qui doivent être analysées à de plus hauts niveaux. Depuis l’A.N.P. on cherche à incorporer progressivement à ces commissions régionales des acteurs qui participeront à la résolution des problèmes ; ils pourront provenir du Ministère de l’Agriculture et des Terres et de ses instances ou institutions rattachées, des Forces Armées Nationales Bolivariennes, des autorités locales et des instances du Pouvoir Populaire, car seule une coordination de cette sorte permettra d‘analyser en détail la réalité qu’affrontent ces régions  dont la tâche est de produire, et d’agir en conséquence rapidement  pour gérer les situations rencontrées.

D’autre part, mettre en place ces Commissions Productives de l’Etat était indispensable pour s’attaquer à des problèmes plus complexes comme la mécanisation, la distribution des récoltes, la sécurité et l’attribution des terres. Pour les espaces agricoles et les secteurs de production, l’objectif est de mettre en place une instance supérieure de coordination avec le gouvernement régional ou même national, avec des porte-parole par secteur, pour exposer leur problématique particulière et discuter des politiques agricoles et productives du pays. Ces commissions iront même jusqu’à débattre du plan de production 2019 avec l’ensemble les forces productives de toutes les régions rassemblées dans des espaces ouverts et démocratiques.

Il en existe déjà au Sud du Lac de Mérida, qui disposent d’un réseau de plus de 1500 producteurs, de caco et de bananes pour l’essentiel ; dans la Commune Libertador del Táchira s’en est formée une de producteurs de lait, de viande, de manioc, de banane, de fromage et d’un front uni de pêcheurs ; il en est de même dans la Commune d’Uribante et au coeur de la Ville Communale Juan Pablo Penaloza qui présente un potentiel prometteur de production de légumes, de pommes de terre, de carottes, d’oignon et d’ail. Toutes ces commissions ont un objectif  commun : combattre les mafias qui se sont emparées de la distribution d’intrants et de semences. Selon Rangel “aujourd’hui, des producteurs de légumes changent de secteur pour subsister en raison des difficultés à obtenir des intrants et des semences qui se retrouvent aux mains de mafias agricoles ; ceux-ci  détournent les maigres ressources, intrants et semences attribuées à l’agriculture vers le “bachaqueo” (revente à prix fort de produits de base accaparés ou volés) et la contrebande, ce qui a pour conséquence que dans des régions comme Laguna Garcia, dans l’Etat de Táchira, par exemple, on cultive différemment.

Jusqu’à tout récemment, il y existait une bonne production mais à ce jour cette productivité est tombée à 17% de ce qu’elle était”. L’Alliance Nationale Productive se propose, à partir de discussions et d’actions communes, d’élaborer des solutions et des propositions qui seront présentées au gouvernement national afin de sortir de la crise dans laquelle se trouve le pays, crise de production pour l’essentiel, et nous en sortirons”, insiste Rangel, “grâce à la volonté politique de ceux qui luttent pour combattre les pratiques bureaucratiques inefficaces qui ont permis l’implantation de mafias agricoles dans les états les plus productifs, en élaborant des projets et des solutions concrètes aux problèmes rencontrés”.

La tâche est immense, comme l’est celle du pays qui doit mettre en oeuvre un développement de la production constituant la base matérielle de notre indépendance et de notre souveraineté. Un nouveau modèle de production au Venezuela ne pourra être instauré qu’à partir de la transformation profonde du secteur agricole, puisque c’est sur lui que repose la subsistance de toute société : les aliments. C’est pour cela qu’il faut s’engager à fond dans l‘effort de mettre en place un tel espace où se joue en bonne partie la viabilité de la relance économique  dont a besoin le Venezuela.

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Source : http://www.crbz.org/alianza-nacional-productiva-instrumento-lucha-desarrollo-productivoalimentos/

Traduction : Frédérique Buhl

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Des nouvelles de Terra TV, la télévision paysanne

Le 17 octobre nous avons organisé dans un cinéma du centre de Caracas la première de ¨Marche¨. Ce long-métrage documentaire, produit par Terra TV en plus de ses reportages hebdomadaires, a été retransmis parallèlement par la chaîne des mouvements sociaux Alba TV sur la TNT et le satellite CANTV. Comme l’explique Gerardo Sieveres, porte-parole de la marche paysanne, ces diffusions montrent l’importance de la création de Terra TV puisqu’elles ont poussé le Ministre de l’Agriculture Wilmar Castro Soteldo à recevoir dès le lendemain les délégué(e)s de ce mouvement social et à commencer à résoudre les nombreuses demandes de terre…

Plus sensible à l’agrobusiness, Mr. Castro Soteldo traînait les pieds pour appliquer la Loi des Terres promulguée par Hugo Chavez et les instructions récentes du Président Maduro de répondre rapidement aux revendications paysannes. Mais en pleine guerre économique et pénuries alimentaires, peut-on rester sourd à l’alternative formulée par les petits producteurs agricoles, et oublier la la justice sociale qui fonde le projet bolivarien ? Combien d’études scientifiques n’ont-elles démontré par ailleurs que ce sont les petits paysans qui sont le plus à même d’assurer la souveraineté alimentaire et de produire des aliments sains pour l’ensemble de la population ?

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Membres de l’équipe de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision chargés de construire Terra Tv avec le mouvement paysan. Caracas octobre 2018.

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Au terme de la projection du 17 octobre à Caracas, les porte-paroles de la marche paysanne conversent avec le public.

Lors du débat qui a suivi la première de ¨Marche¨ à Caracas, le leader paysan Arbonio Ortega a décrit au public à quel point la caméra de Terra Tv avait fait corps avec la marche paysanne durant les 400 km qui séparent Guanare de Caracas. Luisana Colomine, professeure de journalisme à l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV), a salué un nouveau langage qui ouvre la voie ¨à une nouvelle source journalistique et à des formes de communication différentes des formes traditionnelles¨.

En fait, Terra TV dépasse le cadre du Venezuela. La création d’un nouveau type de télévision émanant de la participation populaire, et la refonte quantitative et qualitative du champ médiatique, de sa propriété et de ses écoles, sont directement liées à la survie de la démocratie dans un continent où le putschisme médiatique contre des présidents élus et des mouvements sociaux est le dernier rempart des élites.

Vous êtes déjà 112 ami(e)s à l’avoir compris en nous faisant un don, ce qui a permis d’atteindre la barre des 72 % du montant nécessaire à la création de Terra TV. D’ici le 15 décembre, fin de la campagne, toute initiative de soutien est bienvenue, par exemple l’organisation de projections de ¨Marche¨. Ce film sera disponible avec les sous-titres français dès le 1er noviembre. Pour acquérir le DVD on peut contacter Gloria Verges, gloriaverges@free.fr . En Belgique, la première de ¨Marche¨ aura lieu le mercredi 12 décembre à 19 h. 30 au Cinéma l’Aventure (Bruxelles).

Voici le lien de la campagne pour qui souhaiterait faire un don : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Teaser de « Marche » (Sous-titres français) :

Les Sans Terre du Brésil appuient la création de Terra TV :

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Venezuela : les « Admirables » passent à l’ « action »

19 Oct 2018, 

« Admirable » c’est ainsi que le Président Maduro a salué les Campesinos lors de leur longue marche de 21 jours.

Una mañana se ha levantado,

Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Una mañana se ha levantado,
Para luchar contra el opresor,
Oh campesino, llévame contigo,
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Oh campesino, llévame contigo,
Porque siente que va a morir.

« Admirable » c’est ainsi que le Président Maduro a salué les Campesinos lors de leur longue marche de 21 jours. Ainsi depuis les Etats les plus reculés du Venezuela près de soixante-dix paysans ont débuté leur marche vers Caracas pour rencontrer le gouvernement et revendiquer les points suivants :

  • Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.
  • Renforcer la production paysanne.
  • Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds
  • Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions
  • Garantir la sécurité juridique des récupérations
  • Appui à la création de la chaîne paysanne Terra TV.

Une marche « admirable » mais pauvre. Pauvre car pavée de heurts : ces 435 kilomètres, les paysans les ont parcourus avec des moyens rudimentaires. Accompagnés d’un camion pour le ravitaillement en eau ils n’ont pu compter sur la vieille mécanique que peu de fois : des détours imprévus, des pannes, des pneus crevés, et aucune aide des institutions publiques.

Pour la médiatisation de leur combat, c’est grâce à leur post sur les réseaux sociaux et à leurs « selfies » qu’ils ont pu apporter une dimension médiatique à leur lutte. Et même lorsqu’ils ont appris la mort de trois de leurs compagnons sur la route, ils ont poursuivis. Les mafias des grands propriétaires terriens, bien qu’elles les effrayent encore, ne les impressionnent plus. Trop de paysans sont tombés pour abandonner les millions de pas qui les éloignent de la capitale. Cette marche ils l’ont affronté seuls mais ils l’ont arpenté pour le bien de tous les Campesinos vénézuéliens.

L’ennemi capitaliste à peur, il a peur car une union nationale paysanne suivie de la volonté Chaviste de Maduro abattrait les oligarques véreux et les politiques corrompues par ces derniers. La « marcha » a divisé le gouvernement, entre ceux qui ont et qui veulent continuer à bénéficier des émoluments de la révolution du « Comandante » et ceux qui veulent suivre cette révolution sociale menée depuis Simon Bolivar jusqu’à Nicolas (Maduro).

C’est un moment spécial pour la révolution car au-delà de mettre en exergue la lutte de paysans, cette marche va apporter de la visibilité à la culture rurale, à la lutte pour des semences biologiques, l’accès à l’eau et au droit foncier.

« Nous voulons être vu tels que nous sommes ! »

Il n’existe que peu de reportage à leur propos, les paysans sont inaudibles et invisibles. Les quelques minutes existantes dans le paysage audiovisuelle vénézuélien à propos de l’agriculture sont dédiés aux grand propriétaires terriens, les « terratenientes » et à leur culture d’huile de palme, à leurs champs de cana sucre, aux hectares de maïs pour le bioéthanol ou au « bienfait » de l’utilisation d’intrants chimique ou autre.

 « Combien de personnes nous nourrissons ? Et combien de personnes nous reconnaissent ? »

La médiatisation de cette lutte ne passera pas par le mass-média mais par les médias alternatifs. Voilà pourquoi les élèves de l’EPLACITE soucieux de construire la Terra TV pour et par les paysans sont allés à leur rencontre. Pendant une semaine nous les avons accompagnés dans leurs réunions et dans leurs activités dans le but d’établir une relation de confiance et de lutte commune.

Proposer un outil de communication et les enseignements théoriques et pratiques pour le développer ne s’enseigne pas verticalement mais sur base d’une concertation horizontale. Les cinéastes en herbes de l’EPLACITE peuvent leur apporter les clefs, mais c’est aux « Campesinos» d’ouvrir les portes pour élargir l’horizon audiovisuel.

Accompagnés de caméras et de micro, ils ont filmé leurs interventions, écouté leurs besoins et entendu le média qu’ils veulent développer. La révolution ne se construira pas par quelques cris mais par la mobilisation de toutes les voix conscientes que c’est un processus utopiques pour lequel nous devons nous battre chaque jour.

Des assemblées pour un débat démocratique participatif

Leur lutte ne s’est pas achevée à Caracas, une fois réunis dans la capitale ils en ont profité pour se concerter. Comment ouvrir leur champ de lutte aux autres Campesinos du pays ? Par des assemblées. Une fois le noyau dur formé, les Admirables se sont divisés pour parcourir le pays en formant des assemblées en invitant les autres agriculteurs lors d’assemblées locales.

Au cours de ces assemblées ils ont écouté les revendications extérieures et ont décidés d’élire des représentantes et des représentants dans chaque région du pays. Ces élu.e.s sont continuellement invités à les renseigner sur leur fonctionnement et sur les incidents de la région. De plus chaque élu.e.s aura pour mission de se déplacer jusqu’à la capitale pour la création d’un congrès paysan.

 Investir dans l’agriculture, certes mais surtout investir dans le champ des mentalités

Entre deux assemblées paysannes, je me joins aux Campesinos, nous discutons de leurs objectifs et des conclusions qu’ils tirent de ces assemblées. Le message est passé, mais l’objectif visé par les nouveaux élus ne coïncide pas avec leur vision à long terme. S’ils veulent une révolution verte, ils la veulent agrobiologique.

Ce qu’ils veulent produire, c’est sur le long terme en symbiose avec leur terre. Mais ce qu’ils entendent par des assemblées, c’est la promotion l’agriculture transgénique, la diffusion d’OGM, bref ils veulent produire pour exporter et s’agrandir et voir le vert du Dollar. Si une révolution du droit foncier aura lieu, il devra être encadrée par un accompagnement à l’agriculture biologique pour ne pas reproduire les erreurs vécues dans d’autres pays.

Une marche qui divise le gouvernement bolivarien

Au niveau institutionnel, cette action a chamboulé le paysage du gouvernement. Si les Admirables étaient soutenus par le ministre de l’éducation et par Nicolas Maduro, elle ne l’était pas pour Wilmar Castro Ministre de l’agriculture et vice-ministre de l’économie. Homme fort de la politique du gouvernement Vénézuélien il a participé à l’élaboration de la reconversion monétaire, il est donc une pièce maitresse pour Maduro, malgré ses divergences sur le plan de la lutte paysanne. En effet sa vision économique lui préconisant un développement à court et à moyen terme de l’agriculture industrielle ne coïncide pas avec les valeurs défendue par les Campesinos.

Afin de rassembler les différentes parties prenantes de ce secteurs et le gouvernement le samedi 6 octobre s’est tenu le Congrès Nationale de la lutte paysanne et tous ont été invités à s’y rendre pour envisager l’avenir des agriculteurs vénézuéliens.

Y si se muere el campesino
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Y si se muere el campesino
Tú lo debes enterrar,
enterrar en la montaña,
Ô tierra ciao, tierra ciao, tierra ciao, ciao, ciao.
Enterrar allà en la montaña
Bajo la sombra de una bella flor

Source : Journal de Notre Amérique

« Marche », nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne, sort en Europe.

Ce documentaire produit par Terra TV sera disponible en Europe le 1er novembre 2018. Pour organiser une projection et/ou acquérir le DVD on peut contacter Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires, appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics, lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de lutteurs pour la terre se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

Durée : 60 minutes. Vidéo HD. Sous-titres FR. Production : Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela 2018.

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Le Venezuela vu du Sud féministe

 

 

 

Par Virginia Bolten, journal digital argentin.

Cette chronique est la première que le Journal Virginia Bolten publiera au fil des prochaines semaines sur le voyage réalisé dans ce territoire de Notre Amérique.

 

Venezuela, la dignité d’un peuple qui ne se rend pas

En débarquant à l’aéroport international de Maiquetía, proche de Caracas, on peut lire sur les uniformes des travailleurs : “Ministère du Pouvoir Populaire”; Ces mots ¨peuple¨et ¨populaire¨ sont ceux que nous avons le plus lus tout au long des journées intenses vécues dans la capitale.

Ce voyage que nous avions planifié pour écouter les mouvements sociaux et connaître de première main la réalité vénézuélienne, commençait par de nombreuses surprises… Les rues tranquilles démentaient la réalité inventée par l’hégémonie médiatique. Le chaos exposé dans les images et déroulé dans les storytellings de la ¨crise humanitaire¨ se désagrégeait peu à peu, faisant place sous nos yeux à la réalité concrète, palpable. Un privilège seulement possible quand on se trouve au coeur d’une situation.

Sur la route de Parque Central – où nous étions logées – apparaissaient de longues files dans les boulangeries et dans les banques. De nombreuses personnes, de manière ordonnée et calme, mais avec le visage de la fatigue, attendaient pour acheter du pain et retirer de l’argent. Une scène qui se répèterait souvent les jours suivants. A plusieurs reprises nous avons dû faire de longues files pour acheter des aliments et là aussi nous avons pu parler avec des personnes sur comment obtenir tel ou tel produit et partager leurs sentiments sur la situation économique en pleine réforme monétaire.

Nous sommes arrivées au moment où le gouvernement avait annoncé l’émission de nouveaux billets. Les millions de Bolivars Forts se convertissaient en Bolivars Souverains après l’élimination de cinq zéros. Dans la rue, dans les magasins et dans les ascenseurs les conversations tournaient toujours autour de : “Combien coûteront les choses après le changement de monnaie ?¨ Malgré la nouveauté, les personnes ne semblaient pas espérer grand chose de la modification monétaire. Le salaire avait certes été augmenté de 6000% mais le secteur privé, majoritaire, avait augmenté les prix dans la même proportion.

Féminisme bolivarien

Le premier jour de notre visite se tenait l’Assemblée Populaire Féministe sur la Place Bolivar. Nous arrivâmes un peu plus tôt, ce qui nous permit d’observer d’autres activités qui se déroulaient sur au coeur du vieux centre historique.

Peu à peu les compagnes arrivèrent. Les drapeaux de couleur violette, LGTB, et les foulards verts au cou des organisatrices indiquaient le lieu de l’activité : face à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La première du genre fut proclamée durant le gouvernement de Hugo Chávez. C’est le plus haut organe de pouvoir de l’État vénézuélien. Peu après nous sûmes que depuis un an, chaque 28 du mois, l’assemblée féministe se réunissait au même endroit.

Les interventions dénoncèrent le manque d’accès aux pilules contraceptives, celles du lendemain comme le Misoprostol. Sur ce sujet Daniella Inojosa de l’organisation féministe Encre Violette (Tinta Violeta) du Réseau de l’Araignée Féministe expliqua : “les médicaments se trouvent aux mains des grandes transnationales qui possèdent les licences, elles livrent un blocus économique contre le Venezuela et attentent contre les médicaments génériques. Durant le gouvernement de Hugo Chávez, ces médicaments étaient subventionnés mais actuellement, en pleine attaque économique contre le pays, les pilules contraceptives ne sont pas considérées comme prioritaires, elles ne comptent pas parmi les médicaments subventionnés”.

Le machisme structurel qui tarde à céder, et le manque d’appui dans les espaces de lutte, surgirent au fil de toutes les interventions. Parmi les slogans criés par les compagnes :  “Avortement légal partout !” “Pas à l’État, ni au parti, ni au mari, ni au patron; mon corps est à moi et la décision m’appartient”. Une des exigences faites au gouvernement, comme nous l’expliqua une des manifestantes du réseau de femmes qui appuient les compagnes décidant d’avorter, est que la contraception soit considérée comme un droit humain. Une intervention des plus fortes rappela le fait qu’il n’y a pas de droit à l’avortement en cas de viol.

La manifestation et les revendications prirent fin avec l’intervention d’un groupe d’étudiants qui participaient à une autre activité sur la place, avec leur uniforme scolaire et tou(te)s avec un peu plus de dix ans d’âge, et qui crièrent au micro : “hommes et femmes luttant en équité : ainsi se construit le pouvoir populaire!”.

Source : Journal Virginia Bolten, http://virginiabolten.com.ar/editorial/venezuela-la-dignidad-de-un-pueblo-que-no-se-rinde/

Traduction : Thierry Deronne

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Les invisibles en marche

Pendant vingt jours, ils ont parcouru les routes et autoroutes qui relient l’Etat de Portuguesa à Caracas quelles qu’aient été les conditions climatiques, mangeant peu, dormant où ils le pouvaient, mais fermement résolus à faire entendre leur voix devant le pays tout entier. Et ils y sont parvenus.

 

Par Malu Rengito, @malurengito  Photos : Michael Mata

Les leçons que nous autres créatures de la ville, avons à recevoir de la campagne et de ses habitants sont nombreuses. Celle d’aujourd’hui ne parle certes pas de semailles ou d’élevage de bétail – ce qui vient à l’esprit de n’importe quel habitant de Caracas réductionniste face aux propos d’un paysan- mais une leçon de détermination, d’organisation, d’humilité, de lutte et de loyauté, entre autres choses, comme en ont fait preuve les plus de 120 hommes et femmes de la campagne vénézuélienne qui se sont mis en marche le 12 juillet dernier depuis Guanare, dans l’Etat de Portuguesa pour un long périple qu’ils ont appelé la Grande Marche Paysanne Admirable.

« Nous exigeons que le fonctionnement du Pouvoir Judiciaire soit réexaminé. Nous ne comprenons pas comment il se peut qu’après plus de 17 ans, pas un seul propriétaire terrien ne soit emprisonné alors que de milliers de paysans font l’objet de mesures préventives en ce moment ».

Ils voulaient partir trois mois plus tôt, mais l’assassinat de deux de leurs compagnons à Palo Quemao a stoppé ce projet.

« Nous voulons que la manière dont fonctionne le Pouvoir Judiciaire soit réexaminée et modifiée. Nous ne comprenons pas comment il se peut qu’après plus de 17 ans pas un seul propriétaire terrien ne soit emprisonné alors que des milliers de paysans font l’objet de mesures préventives en ce moment même et doivent se présenter devant la Justice parce qu’ils ont été expulsés illégalement de leurs exploitations ; nous en avons toutes les preuves. Nous ne continuerons plus à accepter cette situation », dit Gerardo Sieveres, paysan de Tinaco, l’un des porte-paroles du mouvement.

Leurs revendications : justice, terres et intrants.

Parmi les nombreux documents qu’ils ont apporté pour les soumettre au Président, il y a par exemple la Proposition Tagua Venezuela, un projet de production d’une protéine végétale qui pourrait se substituer au soja, à une dimension industrielles afin de produire de l’alimentation pour le bétail, dont l’approvisionnement fait défaut du fait du blocus et des sanctions imposées par l’Empire qui empêche le soja d’entrer dans le pays. L’objectif est donc de développer la culture d’espèces comme le pignon de pin qui pousse de manière naturelle dans notre pays, afin de réguler la production d’aliments pour le bétail de manière souveraine. Mais ce n’est pas tout.

Mettez-vous à notre place : quand la distribution de ressources et d’intrants destinés à la production agricole et à l’élevage se retrouve aux mains de mafias en tous genres qui ont activement participé au déroulement de la terrible guerre économique à laquelle nous avons survécu ces dernières années, ou quand on se rend compte que la sécurité juridique qui vous est due concernant la récupération de terres non cultivées dépend de votre détermination et de vos jambes, ou, en quelques mots, si vous êtes un simple paysan, vous avez en avez tant vu que rien ne vous fait plus peur.

Quand vous vous réveillez tous les matins en sachant que la responsabilité d’alimenter le reste du pays repose entre vos mains, que vos jambes sont le support d’une grande chaîne de production qui emporte les aliments depuis les champs jusqu’à la table de vos compatriotes, et, surtout, dans vous avez de tous temps été dupés par des maires ou des fonctionnaires démagogues passant par votre communauté juste pour se faire prendre en photo, vous n’avez pas peur de faire une marche de 400 kms à pied pour faire entendre ce que vous avez à dire face au pays et au Président, auquel le fonctionnaire démagogue que nous venons de mentionner n’a jamais fait parvenir le message que nous lui avions adressé.

Lorsque vous avez vu vos camarades paysans déplacés de force par des groupes paramilitaires importés, vous n’hésitez pas à vous déplacer par n’importe quel moyen, (y compris ce putain de vieux si nécessaire ?), pourvu que quelqu’un qui s’en soucie écoute ce que vous avez à dire. Vous hésitez encore moins si les raisons qui vous poussent à réaliser une mobilisation de cette ampleur, il y a le fait que des centaines de paysans ont été brutalement assassinés par des latifundistes et les sicaires à leur solde au cours de ces dernières années ; ce qui ne s’arrêtera pas aussi longtemps que justice n’aura pas été fait et que ne soit enfin imposé de manière définitive le principe révolutionnaire qui affirme que la terre appartient à ceux qui la travaillent. Tout ce que nous venons de dire là nous a conduits jusqu’ici. Les soldats de Chavez ne vont-ils pas accomplir leur mission ?

LES INVISIBLES

« La marche se planifie en cours de route, et c’est ce que nous avons fait depuis notre départ de Portuguesa. Nous sommes arrivés ici prêts à donner une accolade  à nos camarades de Caracas, de parler aux médias ; cela nous a beaucoup attristés de constater que des camarades de la presse ont voulu passer sous silence ce que nous sommes venus dire. Nous étions invités à un programme en direct sur Vive TV, et à la dernière minute on nous a dit que non, que finalement le programme n’aurait pas lieu. Ce que nous sommes venus dire ici ne va pas à l’encontre du processus révolutionnaire, bien au contrait, nous voulons nous exprimer en faveur de notre gouvernement, en soutien au Président Nicolas Maduro. Nous savons que des camarades occupant des postes intermédiaires dans le Gouvernement ont voulu ôter toute visibilité à notre Marche, car ils craignent que celle-ci ne fasse ce qu’elle a déjà fait : réveiller l’espoir du peuple en le laissant s’exprimer et parvenir à faire que les choses fonctionnent. Ils ont menti à notre sujet, nous traitant d’infiltrés et nous voulons faire savoir que c’est faux ; ce que nous présentons ici, c’est une série de dénonciations et de propositions qui exposent nos problèmes mais aussi les solutions que nous savons pouvoir y apporter », dit Sieveres.

Le drôle d’accueil  qui nous a été réservé et la réussite de ce qui n’est qu’un début : le mercredi 1er août au matin, les paysans, accompagnés de nombreux camarades des mouvements sociaux de Caracas, se sont rendus de Hoyo de la Puerta (où ils ont bénéficié d’une assistance médicale et d’un lieu de repos) jusqu’à l’avenue Urdaneta, très proche du Palais de Miraflores. Mais un cordon de sécurité policière important les a empêché d’arriver jusqu’au Palais, et, bien qu’il ne s’agissait pas d’un rassemblement violent, cette situation a contribué à ce que des voix pressantes se soient élevées, ne provenant pas de la Marche, en défense des paysans. Malgré tout, avec la fermeté et le calme qui caractérisent l’homme de la campagne, ces derniers ont pris cela comme une ultime bataille à livrer et ils ont supporter stoïquement une nuit de plus, encouragés par l’enthousiasme et le soutien qu’ils avaient reçu tout au long de leur voyage.

« Tu vois, nous sommes partis avec le cœur en bandoulière, avec nos bananes, quelques topochos (bananes à cuire), du riz. Nous sommes allés jusqu’à Cojedes, Carabobo, en mangeant ces topochos, du riz salé, car c’est tout ce que nous avions. Notre arrivée à Carabobo a été impressionnante : les camarades du mouvement populaires, les camarades de Conuquo, ceux de « Todas la Manos a la siembra » nous ont reçu très cordialement et nous ont apporté un grand soutien. De là-bas jusqu’ici, nous n’avons manqué de rien. Nous avons reçu à boire et à manger, et bon, nous pouvons affirmer avec une grande dignité et beaucoup de fierté que c’est le peuple qui a financé cette Marche et nous sommes très reconnaissants envers ces camarades, ceux du Parti Tupamaro, du PCV, des partis du Pôle Patriotique qui se sont montrés favorables à cette marche ; de même que les camarades de Patria Grande, d’Argentine ; les camarades du Mouvement des Sans Terre du Brésil ; les Zapatistes du Chiapas, les camarades d’Europe qui nous ont apporté leur soutien ; les camarades de Via Campesina et bien d’autres encore.

Nous n’avons donc pas le moindre doute qu’avec un tel soutien, le Président Nicolas Maduro nous recevra, car son peuple se tient là, le peuple qui le défend et qui le défendra dans n’importe quelles circonstances ».

Gerardo ne s’est pas trompé : le lendemain, ils ont été reçus par le Président et leur droit de s’exprimer sur une chaîne nationale, acquis bien plus qu’à la simple force des poignets, pour dire ce qu’ils avaient à dire, a été respecté.

Source : EPALE 284, http://epaleccs.info/campesinos-admirables-una-travesia-por-la-justicia-y-el-alimento/

Traduction : Frédérique Buhl

Note : on peut voir et entendre les témoignages des paysan(ne)s sur la Teleweb Terra TV 

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