La Commune, “coprésidente du Venezuela”

Pour ceux qui désespèrent de voir un jour la démocratie – au sens originel du terme – s’incarner dans la pratique politique, les mesures prises ce mardi 16 septembre par le président Maduro et le mouvement communal montrent que le rêve reste permis. Nous avons rendu compte ici des premières étapes de l’aspect central de la révolution bolivarienne qu’est la transformation de l’État : des critiques répétées du président Chavez face au manque de volonté de ses ministres pour déraciner la bureaucratie de l’État bourgeois et lui substituer l’État communal (1) à la création en juillet dernier du Conseil présidence/commune (2) et à la refondation de l’État opérée par Nicolas Maduro il y a quelques jours (3).

Ce conseil s’est réuni deux fois pour élaborer un cahier de propositions (4). “Ce ne sont ni des conseillers ni des experts qui les ont rédigées, a insisté Maduro, c’est l’intellectuel collectif, le peuple qui pense”. Cette instance de gouvernement populaire, dotée du rang présidentiel, comptera 120 délégués (à raison de 5 délégués communaux par état régional). Elle siègera tous les deux mois, renouvelée par une rotation annuelle de ses membres. Le président a demandé au ministre des télécommunications de mettre en place un système de vidéo-conférence pour que les délégué(e)s puissent organiser des réunions de travail en temps réel avec les 874 communes fondées à ce jour sur l’ensemble du territoire.consejo-presidencial-de-gobierno-popular-059 consejo-presidencial-de-gobierno-popular-065 consejo-presidencial-de-gobierno-popular-071

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

16 septembre. Réunions des groupes de travail du Conseil Présidence/Communes, quelques heures avant la rencontre avec le président Maduro.

Lors de cet échange télévisé avec les délégués nationaux du mouvement communal, le délégué Jesús Marcano dela commune « Guarico Sur » de l’État agricole du même nom a rappelé au président la revendication principale : la concrétisation rapide du transfert du pouvoir aux communes. Lui répondant en direct, Maduro a signé le transfert de compétences à travers la création d’entreprises communales de propriété sociale directe couvrant les secteurs de la santé, de l’éducation, du sport, de la culture, des programmes sociaux, de la construction et des travaux publics; et a approuvé d’autres revendications communardes comme la fusion des diverses banques créées jusqu’ici pour lutter contre la pauvreté (Banque de la Femme, Banque du Peuple ou Fonds de Développement des Micro-crédits) en une banque unique, plus ambitieuse : la Banque de Développement Social des Communes. Également approuvée par le président, la refonte du Fonds de financement des conseils communaux (Safonac) en fonds de financement des communes.

Le chef de l’État, qui s’est défini comme “président communal, récepteur des projets portés par les mouvements sociaux”, a demandé au ministre compétent de concrétiser un accord immédiat pour faciliter aux communes la vente et la distribution de leur production par les organismes de l’État et l’accès aux devises pour importer les matériels nécessaires à la réalisation de leurs projets. « Si les entreprises privées qui veulent importer des marchandises ont accès aux dollars de l’État, comment les communes- qui ne représentent pas des élites mais des millions de personnes -, ne jouiraient-elles pas du même droit ? » a expliqué Maduro, qui a aussi approuvé la proposition que des délégués communaux soient dorénavant présents au sein des instances régionales chargées de planifier les puissantes Grande Mission Logement Venezuela (5) et Quartier nouveau, quartier tricolore (6), ajoutant qu' »il faut renforcer le tissu urbain des communes« .

Ce conseil présidence-commune sera suivi le 23 septembre par l’installation du Conseil des mouvements de femmes, le 30 septembre par celui des mouvements de jeunesse, le 7 octobre par celui des organisations de travailleurs, le 12 octobre par celui des peuples indigènes, le 14 octobre par celui des coordinations de paysans et de pêcheurs et le 21 octobre par celui des travailleurs de la culture. Chaque conseil a pour tâche centrale la formulation de critiques et de propositions pour démonter les structures de l’État bourgeois.002_FB__6735_W-425x292

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Arrivée du président Maduro à la rencontre avec les communard(e)s, au cinéma Cipreses (Caracas), le 16 septembre 2014.

Ce dialogue, rythmé par les exclamations émues des communard(e)s, était transmis par une chaîne publique depuis le cinéma Cipreses, une des salles tombées en ruines ou aux mains de sectes religieuses – ce qui a longtemps obligé le public à se replier sur les films diffusés dans les centres commerciaux. Remis à neuf comme une quinzaine d’autres salles de la capitale, il accueille aujourd’hui le premier festival international de cinéma de Caracas, au contenu essentiellement latino-américain et non-commercial. Le président y a par ailleurs annoncé la construction prochaine de 1500 nouvelles écoles intégrales, dont les espaces seront repensés en fonction du saut qualitatif défini par le pédagogue Prieto Figueroa : “notre école ne doit pas ressembler à la société actuelle mais à celle du futur”.

Nicolas Maduro a écouté l’acteur Pedro Lander dresser le bilan du mouvement de formation théâtrale César Rengifo, créé il y a un an pour permettre aux écolier(e)s de s’initier aux techniques d’écriture et d’interprétation dramatiques, et conçu sur le modèle de la formation musicale offerte par le système des orchestres symphoniques, devenu célèbre dans le monde entier, dont l’objectif est d’ouvrir les portes de l’apprentissage musical à un million de jeunes vénézuélien(ne)s de milieu populaire. Le président a annoncé la création de l’École nationale de Théâtre, qui permettra à la nouvelle génération de donner “un nouvel essor à notre dramaturgie”, invitant au passage les créateurs de l’Amérique Latine et d’ailleurs à appuyer cet effort mené sous l’égide de Rodolfo Santana, Ignacio Cabrujas, César Rengifo, Dario Fo et Bertolt Brecht.

Thierry Deronne, Caracas, le 17 septembre 2014

Notes :
(1)  “Le président Chávez exige d’avancer vers une communication plus profonde et plus populaire « avec les travailleurs, depuis les usines », et critique l’incapacité du gouvernement à mettre en place l’état communal”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/21/le-president-chavez-exige-davancer-vers-une-communication-plus-profonde-et-plus-populaire-avec-les-travailleurs-depuis-les-usines/
(2)     “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/
(3)     “Nicolas Maduro refonde l’État pour “donner plus de pouvoir au peuple”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/09/06/nicolas-maduro-refonde-letat-pour-donner-plus-de-pouvoir-au-peuple/
(4)     “Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/24/le-venezuela-accelere-sa-%c2%a8transformation-du-pouvoir-citoyen-en-gouvernement%c2%a8/
(5)     “Le gouvernement Maduro accélère la révolution citoyenne du logement”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/14/le-gouvernement-maduro-accelere-la-revolution-citoyenne-du-logement/
(6)   “Dans mon quartier, la vie a changé”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/07/27/dans-notre-quartier-la-vie-a-change/

 

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Le dernier sursaut de Santander

Ainsi fonctionne la mondialisation médiatique. Ce n’est que plusieurs semaines après coup que la vérité apparaît… aux happy few. La récente ¨opération¨ au Venezuela montre le succès de la fabrication d’une opinion soutenant des ¨mouvements de libération¨ dont on occulte les années de préparation, les financements, les stratégies impériales relayées localement par des paramilitaires. Si elle ne s’attelle pas à la démocratisation de la propriété des médias, la gauche occidentale se coupera du monde avant de disparaître elle-même, laminée idéologiquement. La critique des médias, dès les années 70, avait prédit ce qui arrive aujourd’hui. En 1980 le rapport remis à l’UNESCO par la commission du prix Nobel irlandais Sean MacBride (y participèrent Gabriel Garcia Marquez, Marshall Mc Luhan et Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde) mit en cause la circulation unilatérale de l’information – victime du pouvoir économique – et le déséquilibre nord-sud des flux médiatiques. Il prôna de développer dans le Tiers Monde des politiques nationales en vue de créer ¨un nouvel ordre mondial de l’information¨. Le rapport fut rejeté par le gouvernement Reagan. N’est-il pas temps de passer aux actes ?

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Francisco de Paula Santander (1792-1840)

L’Amérique Latine, elle, ne retournera pas en arrière. Ce que nous vivons au Venezuela n’est que la nervosité impériale, la fébrilité des dernières cartes, le dernier sursaut du colonialisme. Un Alvaro Uribe n’est que l’avatar de son ancêtre et homologue Francisco de Paula Santander  qui signa avec les États-Unis un Traité de Libre Commerce et fit tout pour torpiller les efforts de Bolivar en vue de construire ¨l’équilibre du monde¨. Le rêve d’Uribe est cruel mais vain : exporter au Venezuela le chaos qu’il a expérimenté pendant des années en Colombie – narcotrafic, destruction des services publics, contrôle social par la terreur paramilitaire (1). Selon le journaliste José Vicente Rangel 400 paramilitaires colombiens attendent le signal de l’extrême-droite vénézuélienne pour traverser la frontière et renforcer leur armée dormante en vue d’une nouvelle phase d’attentats et d’assassinats sélectifs. Mais Uribe et Washington peuvent-il encore arrêter l’Histoire alors que leur base colombienne elle-même se dérobe sous leurs pieds ? Tôt ou tard la guérilla s’y muera en force politique pour, avec le reste de la gauche, oxygéner le champ politique, comme ailleurs en Amérique Latine. D’où l’empressement de détruire le futur avant qu’il n’advienne, de revenir aux fosses communes creusées sous la lune.

Qui peut croire que le Venezuela reviendra un jour à l’apartheid d’avant Chavez ? Pourquoi 95 % des universités ont-elles poursuivi normalement leurs activités ? Pourquoi sur les 2.620.000 étudiants universitaires, seuls 3% ont-ils participé aux manifestations ? Pourquoi, comme l’a indiqué la procureure générale Luisa Ortega Diaz, sur les 197 personnes arrêtées pour meurtres ou destructions, ne compte-t-on que 14 étudiants ? Tout simplement parce que l’ensemble de la jeunesse jouit pour la première fois de la démocratisation et de la gratuité de l’université. Tous les mois, de nouvelles facultés s’ouvrent, de nouvelles carrières, de nouveaux débouchés sur fond de baisse du chômage. A ces étudiants de peau brune ou noire, hier encore exclus, rien de plus étranger que la violence ou la mort comme pratique politique. Tôt ou tard la Colombie suivra la même voie : les exclusions et les inégalités seront surmontées grâce aux urnes. Le futur n’a pas envie de se suicider.

Des écoliers manient leur ¨Canaimita¨, ordinateurs- encyclopédies distribués gratuitement par le gouvernement (il en existe un modèle universitaire). Le Wifi est en cours d’installation dans les places publiques des principales villes, les lycées et les universités.

Des écoliers manient leur ¨Canaimita¨, ordinateurs-encyclopédies distribués gratuitement par le gouvernement (il en existe un modèle universitaire). Le WiFi est en cours d’installation dans les places publiques des principales villes, les lycées et les universités.

Où vivent en grande majorité les étudiants vénézuéliens ? Dans les zones populaires. Là où vivent les 85 % de la population. Ces citoyens hier invisibles participent à la politique, obtiennent des services publics gratuits. Les constantes augmentations protègent leurs salaires et leurs pensions de l’inflation. L’opposition n’a pu entraîner cette majorité dans ses rêves de coup d’État. Même les alliés supposés de la droite comme les habitants du quartier riche de Chacao désapprouvent à 73 % les destructions des ¨guarimberos¨, préfèrent à 68 % le dialogue entre gouvernement et opposition, estimant à 69 % que la droite devrait se démarquer de la violence de l’extrême-droite (2).

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Après avoir attaqué d’autres universités et s’être livrés dans certains cas à des autodafés, des brigades d’extrême-droite ont incendié l’Université Fermín Toro, à Barquisimeto (État de Lara) le lundi 5 mai 2014.

L’UNESCO a situé en 2013 le Venezuela comme le deuxième pays d’Amérique Latine et le cinquième au monde en nombre d’étudiants universitaires. En 2013 les inscriptions ont bondi de 289%, ce qui donne deux millions 620 mille étudiants inclus dans l’enseignement supérieur (3). Le Venezuela est devenu le troisième pays du continent pour le nombre de lecteurs (4). La révolution bolivarienne a également démocratisé l’octroi des bourses d’études à l’étranger, jusqu’ici confisquées par la bourgeoisie. Voir débarquer des jeunes de milieu populaire jouissant du même droit d’étudier enrage la colonie vénézuélienne installée en Europe, à Madrid ou à Paris, celle-là même qui inonde Twitter de photos de la-répression-au-Venezuela… prises dans d’autres pays.

Bref, c’est pour faire durer le plus longtemps possible le mensonge de la ¨rébellion étudiante contre la vie chère¨ que Paulo Paranagua (lui aussi fils de la bourgeoisie latino-américaine) du ¨Monde¨ et les autres adhérents du Parti de la Presse et de l’Argent sont obligés d’occulter les marches pacifiques de la majorité des étudiants pour défendre la voie électorale. (6)

Thierry Deronne, Caracas le 8 mai 2014.

12 mars, à Caracas. Marche des étudiants du milieu populaire pour défendre les institutions démocratiques face aux violences de l'extrême droite.

12 mars, à Caracas. Marche des étudiants du milieu populaire pour défendre les institutions démocratiques face aux violences de l’extrême droite.

71-540x367Notes 

(1)    Des 41 victimes fatales, la majorité appartiennent au camp bolivarien, assassinées le plus souvent par des mercenaires étrangers (dont 48 ont été arrêtés), notamment colombiens. 275 fonctionnaires publics ainsi que 510 civils ont été blessés, 8 gardes nationaux et un policier assassinés. Les 15 agents des forces de l’ordre qui ont enfreint les instructions du gouvernement de ne pas user d’armes et coupables d’homicides (cas de Geraldine Moreno) ont été livrés sans délai à la justice par souci de mettre fin à toute impunité.

On mesure l’ampleur du financement de cette enième tentative de coup d’État dans la saisie de plus de deux mille armes dont des lance-roquettes, des fusils de haute précision, des grenades, du matériel de télécommunications etc.. Sa préparation remonte à plusieurs années avec les attentats à l’explosif contre des ambassades à Caracas, des réunions-formations au Mexique sous la férule de coach serbes ou l’infiltration de bases paramilitaires comme la ¨finca Daktari¨dont l’objectif était l’assassinat de Hugo Chavez (5).

Elle fut relancée en 2013 par le candidat de la droite Henrique Capriles Radonski dès l’annonce de sa défaite aux présidentielles du 14 avril. Suivant sa consigne de descendre dans la rue pour libérer la rage, des commandos mêlant paramilitaires infiltrés et militants de son parti Primero Justicia avaient déjà assassiné une dizaine de militants bolivariens, attaqué ou incendié des permanences du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV), 25 centres de diagnostic intégral (centres de santé populaire gratuits), des médias communautaires, des centres d’approvisionnement populaire (réseau Mercal), des sièges régionaux du Conseil National Électoral, ainsi que des domiciles de fonctionnaires publics. Les leaders d’extrême-droite Leopoldo Lopez et Maria Corina Machado ont emboîté le pas à la fin de 2013 appelant, selon les mots de cette dernière à reprendre les ¨confrontations non-dialogantes¨ pour forcer la ¨sortie de Maduro¨.

(2)    Sondage de la firme privée Hinterlaces, http://www.redpres.com/t10030-hinterlaces-73-de-los-vecinos-de-chacao-rechazan-las-guarimbas

(3)    http://www.avn.info.ve/contenido/unesco-reconoce-venezuela-como-quinto-país-mayor-matrícula-universitaria-del-mundo

(4)     https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/07/le-venezuela-est-devenu-le-troisieme-pays-damerique-latine-pour-le-nombre-de-lecteurs-de-livres-par-jesse-chacon-gis-xxi/

(5)    Lire ¨Déjà 2,5 millions de dollars investis pour assassiner le président Maduro¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/08/01/deja-25-millions-de-dollars-investis-pour-assassiner-le-president-maduro/

(6)    Lire ¨Venezuela, la jeunesse d’un changement d’époque¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/16/venezuela-la-jeunesse-dun-changement-depoque/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/08/le-dernier-sursaut-de-santander/  

“Nous sommes comme les herbes des haut-plateaux qui repoussent quand on les arrache”.

Le Vème Congrès bolivarien “Jeune Indo-Amérique” s’est conclu le 26 juillet à Caracas. Il a réuni 260 délégués indigènes de 14 pays latino-américains et des Caraïbes autour du thème “fortifier la diplomatie entre les peuples du Sud”.

La déclaration finale lue par la déléguée équatorienne Diana Pijal (vidéo) rend hommage à Hugo Chavez en tant qu’initiateur de la politique de défense des droits des peuples originaires aujourd’hui poursuivie par le président Nicolas Maduro, et demande aux gouvernements du reste du continent d’oeuvrer à la reconnaissance totale des droits civils, politiques, économiques et de l’autodétermination des peuples indigènes.

Le congrès rappelle la nécessité de la démarcation de l’ensemble des territoires ancestraux et de la remise immédiate des titres de propriété aux communautés autochtones, de la lutte contre l’agro-business et contre la destruction de la terre-mère par les agro-toxiques, du développement de l’agro-écologie et de l’usage des semences autochtones pour lutter contre l’invasion des transnationales.

La déclaration propose également :

  1. L’intégration immédiate des organisations de la jeunesse indigène à la CELAC ainsi qu’au MERCOSUR à la faveur de la récente arrivée du Venezuela à la tête de cet organisme, afin de participer aux politiques de lutte contre le chômage, l’analphabétisme et la pauvreté en général.
  2. La création d’une école de formation socio-politique des dirigeants des mouvements de jeunesse indigène.
  3. L’intégration des peuples indigènes à la fonction diplomatique.
  4. La création de Conseils de gardiens écologiques.
  5. La création de l’agence d’information “Jeune Indo-Amérique”.
  6. La création d’une école pour l’étude et la transmission des savoirs de la médecine traditionnelle des peuples autochtones en complément de la médecine scientifique, hors de la logique commerciale.
  7. La création d’un fonds latino-américain pour financer les projets socio-productifs des peuples amérindiens et fortifier ainsi leur autonomie économique.
    La Ministre des Peuples indigènes Aloha Nuñez

    La Ministre vénézuéliene des Peuples Indigènes Aloha Nuñez

    Le Vice-président de la république bolivarienne Jorge Arreaza a participé aux conclusions du congrès pour appuyer ses décisions.

    Le Vice-président de la république bolivarienne Jorge Arreaza a participé aux conclusions du congrès pour appuyer ses décisions.

    Acte conclusif du Congrès « IndoAmérica Joven », Caracas, 26 juillet 2013.

Comme l’ont fait la CELAC, l’ALBA, le MERCOSUR, l’UNASUR et l’OEA, le congrès indigène condamne la violation du droit international et le comportement discriminatoire, néo-colonialiste, de pays comme la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne qui ont fermé leur espace aérien au président bolivien Evo Morales sur injonction des États-Unis. La dirigeante Diana Pijal a conclu en rappelant la pensée d’une de ses compagnes de lutte en Équateur : “nous sommes comme les herbes des haut-plateaux qui repoussent quand on les arrache”.

La Ministre vénézuéliene des Peuples Indigènes Aloha Nuñez (droite) lors d'une visite à une communauté autochtone, juillet 2013.

La Ministre Aloha Nuñez (à droite) visitant une communauté autochtone, juillet 2013.

La ministre vénézuélienne des peuples indigènes Aloha Nuñez, membre de la nation Wayuu (1), a pour sa part rappelé l’importance de ce dialogue entre pays-frères qui a permis à la déléguée mexicaine ou aux représentants péruviens venus à Caracas par voie terrestre, de juger sur pièce des conquêtes des peuples indigènes du Venezuela afin d’en informer leurs mouvements.

Aloha Nuñez a souligné que ce congrès est un des fruits de la révolution bolivarienne. Avant sa première élection en 1998 Hugo Chavez s’était engagé à régler en priorité la dette due depuis cinq cents ans aux peuples indigènes (bien qu’au Venezuela ceux-ci ne représentent environ que 3 % de la population). Une fois élu, le président a convoqué une assemblée pour rédiger la nouvelle Constitution Bolivarienne dont l’article 121 déclare : “Les peuples indigènes ont le droit de maintenir et de développer leur identité ethnique et culturelle, leur cosmovision, leurs valeurs, leur spiritualité et leurs lieux sacrés et de culte. L’État appuiera la mise en valeur et la diffusion des manifestations culturelles des peuples indigènes qui ont droit à une éducation propre et à un régime éducatif interculturel et bilingue qui respecte leurs particularités socio-culturelles, leurs valeurs et leurs traditions. »

Cet article a ouvert la voie à une série d’instruments légaux qui ont permis de visibiliser les peuples indigènes et leur ont donné des moyens effectifs d’action comme en témoigne la création du ministère.

Construite sur les rives des fleuves Orénoque et Tauca, dans l’État de Bolívar, l’Université Indigène du Venezuela est un exemple de cette lutte pour défendre et transmettre les savoirs ancestraux de communautés victimes depuis longtemps de l’acculturation provoquée par l’invasion de sectes évangélistes, de la violence des grands propriétaires terriens ou de l’exploitation illégale des gisements de minéraux.

Cette initiative des peuples autochtones, unique en Amérique Latine, a obtenu la reconnaissance et l’appui du gouvernement bolivarien qui en a fait une université publique en juin 2010 et a créé un second siège dans l’état d’Amazonas.

Un des apports gouvernementaux consiste en l’octroi de bourses collectives gérées par les communautés Tegui, Cuibas, Puné o Yaruro, Baniva, Bare, Jivi, Kurnipako, Mako, Piapoka, Piaroa, Punave, Yavorana, Yekuana, Warao, Arawak, Macuchu, Pemón, Sanema, Umak o, Anitani, e’ñepá, ou Jodi.

Le reportaje photo ci-dessous montre la vie de ces étudiant(e)s – depuis leurs trajets vers l’université jusqu’à l’étude et au repos dans la résidence.

Thierry Deronne, Caracas, 27 juillet 2013.

Note :

(1) Lire « Aloha Nuñez : continuer la lutte des peuples indigènes du Venezuela » , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/14/aloha-nunez-continuer-la-lutte-des-peuples-indigenes-au-venezuela/

Photos : Jorge Silva / Caridad – HavanaTimes. Vidéo : TVEs, chaîne publique vénézuélienne.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/27/nous-sommes-comme-les-herbes-des-haut-plateaux-qui-repoussent-quand-on-les-arrache/

Les facteurs sociaux de la victoire de Chavez. Par Carles Muntaner, Joan Benach, María Paez Victor

Pendant que le Président vénézuélien Hugo Chávez, en traitement à Cuba, lutte pour la vie, la presse libérale des deux côtés de l’Atlantique (entre autres « El Pais ») n’a cessé d’attaquer son gouvernement. Sa victoire significative (avec 12 points d’avance sur son adversaire) mérite d’être analysée avec sérieux, faits à l’appui. Il faut remarquer d’abord que Chavez a remporté les élections malgré le cancer et malgré les attaques permanentes des médias privés locaux et internationaux (qu’on pense au traitement médiatique de Syriza lors des élections en Grèce). Il faut prendre en compte un autre fait peu étudié, qui est l’existence d’une carte électorale extrêmement favorable aux classes moyennes et supérieures, avec des barrières géographiques et des difficultés d’accès pour le monde du travail.

Un des facteurs principaux de la popularité du gouvernement Chávez et du raz-de-marée victorieux d’octobre 2012 est la réduction de la pauvreté, qu’a rendue possible le retour dans le giron de l’État de la compagnie nationale pétrolière PDVSA. Ses ressources abondantes, au lieu de bénéficier à une petite classe de rentiers comme c’était le cas sous le gouvernement précédent, ont permis de construire les infrastructures nécessaires et d’investir dans la création de services publics dont les vénézuéliens avaient un cruel besoin  Pendant la dernière période, le gouvernement a augmenté les dépenses sociales de 60.6%, pour un montant total de 772 milliards de dollars [i].

De même que la santé ne saurait se définir seulement par l’absence de maladie, la pauvreté ne se définit pas seulement par l’absence de revenus. Les deux phénomènes – santé et pauvreté – sont corrélés et multi-factoriels, déterminés par une série de processus sociaux. Pour réaliser un état des lieux objectif des progrès réels obtenus par la Révolution Bolivarienne dans les 13 dernières années, il est essentiel de réunir certaines données-clefs déterminantes en matière de santé et de pauvreté : éducation, inégalité, emploi et revenu, soins de santé, sécurité alimentaire, sécurité sociale et services publics.

En ce qui concerne les déterminants sociaux des indicateurs de la santé, le Venezuela est à présent le pays de la région qui connaît le plus bas niveau d’inégalité (mesuré par le Coefficient Gini) : il a réduit l’inégalité de 54%, la pauvreté de 44%, du niveau de 70.8% (1996) à 21% (2010). Et l’extrême pauvreté est passée de 40% (1996) à 7.3% (2010). Près de 20 millions de personnes ont bénéficié des programmes gouvernementaux de lutte contre la pauvreté, appelés “Missions”. A l’heure actuelle 2.1 millions de personnes âgées perçoivent des pensions de vieillesse – soit 66% de la population. Seules 387.000 personnes recevaient des pensions avant le gouvernement actuel.

L’éducation est un déterminant crucial de la santé comme de la pauvreté et le gouvernement bolivarien a mis un accent particulier sur l’enseignement en le finançant à hauteur de 6% du PIB. L’UNESCO a reconnu que l’analphabétisme a été éliminé et le Venezuela est le troisième pays de la région dont la population lit le plus. L’éducation est gratuite des classes maternelles jusqu’à l’université; 72% des enfants sont accueillis dans l’enseignement maternel public et 85% des enfants en âge scolaire vont à l’école. Il y a des milliers d’écoles reconstruites, parmi lesquelles 10 nouvelles universités. Le Venezuela occupe la deuxième place latino-américaine et la cinquième place mondiale en proportion d’étudiants universitaires. Actuellement un vénézuélien sur quatre participe à un programme éducatif [ii]. Il est intéresant de noter que le Venezuela se trouve maintenant au même niveau que la Finlande en tant que cinquième pays avec la population la plus heureuse du monde [iii] .

Avant le gouvernement Chavez, en 1998, 21% de la population était mal nourrie. Le Venezuela a maintenant établi un réseau de distribution d’aliments subventionnés parmi lesquels des épiceries et des supermarchés. Tandis quèn 1980 90% de la nourriture était importée, aujourd’hui on n’en importe que 30%. La « Mission Agro-Venezuela » a remis 454.238 crédits aux producteurs ruraux. Rien qu’en 2012, 39.000 d’entre eux ont reçu des crédits. Cinq millions de vénézuéliens reçoivent de la nourriture gratuite, quatre millions d’entre eux sont des enfants scolarisés, et des cantines publiques nourrissent 900.000 personnes. La réforme agraire et les politiques de soutien à la production agricole ont fait augmenter la production nationale de nourriture. Les résultats de toutes ces mesures en faveur de la sécurité alimentaire est qu’aujourd’hui la malnutrition n’est plus que de 5%, et que la malnutrition infantile qui était de 7.7% en 1990 est aujourd’hui de 2.9%. Sous tous les aspects, c’est une impressionnante réussite en matière de santé.

Voici quelques unes des données les plus importantes sur les soins de santé et sur la santé publique [iv],[v],[vi]:

  • Le taux de mortalité infantile est passé de 25 pour 1000 (1990) à seulement 13/1000 (2010);
  • 96% de la population dispose à présent d’eau potable (ce fut un des objectifs de la révolution);
  • En 1998, on comptait 18 médecins pour 10.000 habitants, on en compte actuellement 58 pour mille, et le système public de santé en emploie 95.000;
  • S’il a fallu plusieurs décennies aux gouvernements antérieurs pour construire 5.081 cliniques, en 13 ans à peine le gouvernement bolivarien en a construit 13.721 (soit une augmentation de 169.6%);
  • La « Mission Barrio Adentro » (qui est le programme de soins de santé primaire organisé avec l’aide de plus de 8.300 médecins cubains) a sauvé environ 1,4 millions de vies dans 7.000 cliniques et a effectué 500 millions de consultations;
  • En 2011 seulement, 67.000 vénézuéliens ont reçu gratuitement des médicaments coûteux pour 139 pathologies dont le cancer, l’hépatite, l’ostéoporose, la schizophrénie, parmi d’autres; il y a maintenant 34 centres de désintoxication ;
  • En 6 ans 19.840 personnes sans domicile fixe ont reçu l’appui d’un programme spécial (« Mission Negra Hipolita »); Il n’y a pas pratiquement plus d’enfants des rues.
  • Le Venezuela possède à présent la plus grande unité de soins intensifs de la région.
  • Un réseau de pharmacies publiques vend des médicaments subventionnés, ce qui permet à la population de réaliser des économies de 34 à 40%.
  • 51.000 personnes ont été traitées à Cuba pour des soins oculaires spécifiques et le programme “Mision Milagro” a restauré la vision de 1,5 millions de vénézuéliens.

On trouve un exemple d’une réponse rapide aux besoins réels de la population lorsqu’entre la fin de 2010 et le début de 2011 de fortes pluies tropicales ont privé 100.000 personnes de foyer. Celles-ci ont été immédiatement relogées dans toutes sortes d’immeubles publics, des ministères, ou des hôtels. En un an et demi le gouvernement a construit 250.000 logements.

Bien entendu le gouvernement n’a pas encore surmonté tous les problèmes sociaux mais malgré tous les défauts et toutes les erreurs, la population le considère comme un allié. Une partie de cette équation est la participation politique intense qui singularise la démocratie vénézuélienne : près de 40.000 conseils communaux et les premières communes jouent un rôle déterminant dans la réponse aux besoins sociaux locaux, dans le suivi des mesures et permettent aux citoyens d’être acteurs des changements.[vii]

Un solide succès économique.

L’économie vénézuélienne a de faibles dettes, de grandes quantités de pétrole et de fortes réserves monétaires. Pourtant les économistes qui s’opposent au président Chávez répètent ad nauseam que l’économie vénézuélienne n’est pas «soutenable» et prédisent son écroulement lorsque cesseront les revenus pétroliers. Il est amusant de noter qu’ils ne font pas ces prédictions pour des économies pétrolìères comme le Canada ou l’Arabie Saoudite. Ils éludent le fait qu’au Venezuela la réserve de 500 milliards de barils est la plus grande du monde, et ils considèrent que les investissements sociaux sont une perte ou un effort futile. Et ce, alors que durant ces treize dernières années le gouvernement bolivarien a construit un économie plus diversifiée, à travers une infrastructure industrielle et agricole que les gouvernements précédents avaient négligée pendant 40 ans, et que son économie continue à se fortifier et à croître, même dans le contexte de la crise globale.

Une indication de la diversification progressive de l’économie est le fait que l’État obtient aujourd’hui presque autant de revenus à travers les impôts qu’à travers le pétrole, ayant renforcé son système fiscal et redistributif. En une seule décennie l’État a obtenu 251.694 millions de dollars sous la forme de taxes, un montant superieur à son revenu pétrolier annuel.

Les plus importantes étapes économiques de ces dix dernières années comprennent la réduction du chômage de 11.3% à 6.4% (décembre 2012); la multiplication par deux du nombre de personne bénéficiant de la sécurité sociale ; la réduction de la dette publique de 20.7% à 14.3% du PIB et la multiplication des coopératives, ce qui a renforcé les économies authentiquement locales.

En général l’économie vénézuélienne a crû de 47.4% dans ces dix dernières années [viii]. De nombreuses nations européennes pourraient envier de tels chiffres. Selon des économistes qui ont étudié en détail l’économie du Venezuela pendant les dernières années, “les prédictions de la faillite économique, des crises de la dette ou de la balance des paiements, et d’autres pronostics sombres et comme beaucoup de prévisions réalisées tout au long du processus, se sont régulièrement révélées fausses… La croissance économique actuelle du Venezuela est soutenable et pourrait se poursuivre et même passer à un niveau supérieur pendant plusieurs années.”[ix] .

Selon “Global Finance” et le “World Factbook” de la CIA , l’économie vénézuélienne présente les indicateurs suivants [x]: taux de chômage de 8%; 45,5% de dette publique gouvernementale comme pourcentage du PIB (par contraste le même pourcentage est de 82.5% dans l’Union Européenne); une croissance réelle du PIB par habitant qui atteint 13.070 dollars. En 2011, l’économie vénézuélienne a défié toutes les prévisions en croissant de 4.2 % et de 5.6 % dans la première moitié de 2012. Son rapport dette/PIB est beaucoup plus bas que celui des États-Unis et du Royaume Uni et meilleur que celui des pays européens; l’inflation qui fut endémique pendant plusieurs décennies, atteignant des taux de 80%, a suivi une courbe descendante depuis quatre ans, atteignant 13.7%  pour le dernier trimestre de 2012. Même le « Wall Street Journal » rapporte que le marché boursier du Venezuela est de loin le plus performant du monde, battant son record historique en octobre 2012, et les bons du Venezuela sont parmi les plus performants dans les marchés émergents.

La victoire de Hugo Chavez a eu un impact dans le monde entier ; dans son propre pays mais aussi dans toute l’Amérique Latine où des gouvernements progressistes ont été élus, il est perçu comme celui qui a lancé le changement radical et la transformation de l’ordre global. Sa victoire est d’autant plus significative si on considère l’important soutien financier et stratégique que les agences états-uniennes et leurs alliés apportent aux partis d’opposition et à leurs médias. Depuis 2002, Washington a fait parvenir 100 millions de dollars aux groupes d’opposition du Venezuela et, rien que pour l’élection de 2012, a distribué 40 à 50 millions de dollars. [xi]  La population vénézuélienne a surmonté le barrage de propagande des médias qui à 85 % sont privés (et font 95 % d’audience nationale). [xii]

La marée progressiste dans la région a permis d’initier pour la première fois la construction d’une véritable indépendance de l’Amérique du Sud avec des organisations fédératrices telles que la Banque du Sud, la CELAC, l’ALBA, PETROSUR, PETROCARIBE, UNASUR, MERCOSUR, TELESUR, le SUCRE comme monnaie alternative au dollar, initiatives pour la plupart dues au président du Venezuela et qui ont démontré au reste du monde qu’il y a, au 21ème siècle, des alternatives économiques et sociales [xiii] et un modèle de développement différent du capitalisme global. Le contraste est frappant entre une Europe qui subit des niveaux élevés de dette, alors qu’en Amérique Latine ils sont faibles et continuent à baisser.

Les changements au Venezuela ne sont pas abstraits. Le gouvernement du Président Chávez a amélioré de manière significative les conditions de vie des Vénézuéliens et les a engagés dans une dynamique de participation politique pour les approfondir [xiv]. Le nouveau modèle de développement socialiste a eu un impact phénoménal dans toute l’Amérique Latine, y compris récemment vis-à-vis de la Colombie. Les gouvernements progressistes de gauche ou du centre maintenant majoritaires dans la région voient dans le Venezuela le catalyseur qui a insufflé dans la région plus de démocratie, plus de souveraineté nationale et plus de progrès économique et social.[xv].

Nulle rhétorique néo-libérale ne peut éluder ces faits. Des dizaines d’experts en opinion peuvent continuer à discuter sur Internet de si la Révolution bolivarienne est socialiste ou non, si elle est révolutionnaire ou réformiste (elle est probablement les deux à la fois). Il n’empêche que ces réussites substantielles demeurent. C’est ce qui rend furieux ses opposants tant à l’intérieur du pays que dans les pays néo-coloniaux. L’“objectif” et “empirique” « The Economist » ne publiera pas ces données, préférant prédire une fois de plus la déroute imminente de l’économie vénézuélienne. “El Pais”, en Espagne, préfèrera citer un des architectes du Caracazo (le massacre de 3000 personnes à Caracas qui protestaient en 1989 contre les mesures d’austérité, dix ans avant la révolution bolivarienne) : l’ex-ministre des finances Moises Naim, connu pour son obsession anti-chaviste. Mais aucun d’eux ne peut nier l’Indice de Développement Humain des Nations Unies qui situe le Venezuela à la 61ème place sur 176 pays, avec une avancée de sept places en 10 ans. Une raison de plus pour comprendre que la Révolution Bolivarienne va survivre à la présidence du leader vénézuélien.

Les auteurs :

– Carles Muntaner est Professeur d’Infirmerie, de Santé Publique et de Psychiatrie à l’Université de Toronto. Il a travaillé sur les aspects de la santé publique de la Révolution Bolivarienne depuis plus de dix ans. Voir notamment “Muntaner C, Chung H, Mahmood Q and Armada F. “History Is Not Over. The Bolivarian Revolution, Barrio Adentro and Health Care in Venezuela.” In T Ponniah and J Eastwood The Revolution in Venezuela. Harvard: HUP, 2011

– María Páez Victor est une sociologue vénézuélienne, spécialisée en santé et en médecine.

– Joan Benach est professeur de Santé Publique à l’Universitat Pompeu Fabra, Barcelona. Il a collaboré à de nombreuses études sur les politiques de santé publique de la Révolution Bolivarienne.

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

Notes :

[i] Páez Victor, Maria. “Why Do Venezuelan Women Vote for Chavez?” Counterpunch, 24 April 2012

http://www.counterpunch.org/2012/04/24/why-do-venezuelan-women-vote-for-chavez/print

[ii] Venezuela en Noticias, Venezuela en Noticias <venezuelaennoticias@minci.gob.ve> Venezuela en Noticias, Venezuela en Noticias venezuelaennoticias@minci.gob.ve

[iii] Gallup Poll 2010

[iv] Muntaner C, Chung H, Mahmood Q and Armada F. “History Is Not Over. The Bolivarian Revolution, Barrio Adentro and Health Care in Venezuela.” In T Ponniah and J Eastwood The Revolution in Venezuela. Harvard: HUP, 2011 pp 225-256; see also 4, Muntaner et al 2011, 5, Armada et al 2009; 6, Zakrison et al 2012

[v] Armada, F., Muntaner, C., & Navarro, V. (2001). “Health and social security reforms in latin america: The convergence of the world health organization, the world bank, and transnational corporations.” International Journal of Health Services, 31(4), 729-768.

[vi] Zakrison TL, Armada F, Rai N, Muntaner C. ”The politics of avoidable blindnessin Latin America–surgery, solidarity, and solutions: the case of Misión Milagro.”Int J Health Serv. 2012;42(3):425-37.

[vii] Ismi, Asad. “The Bolivarian Revolution Gives Real Power to the People.” The Canadian Centre for Policy Alternatives Monitor , December 2009/January. http://www.policyalternatives.ca/publications/monitor/latin-american-revolution-part-iv

[viii] Carmona, Adrián. “Algunos datos sobre Venezuela”, Rebelión, March 2012

[ix] . Weisbrot, Mark and Johnston, Jake.  “Venezuela’s Economic Recovery: Is It Sustainable?”  Center for Economic and Policy Research, Washington, D.C., September 2012. En France la palme des prédictions erronées sur la faillite économique du Venezuela revient sans doute à Jean-Pierre Langelier, dont l’aversion pour Chavez a tenu lieu d’information dans « Le Monde ».

[x] Hunziker , Robert. “Venezuela and the Wonders of Equality”.  October 15th, 2012

[xi] Golinger, Eva. “US$20 million for the Venezuelan Opposition in 2012”, http://www.chavezcode.com/2011/08/us-20-million-for-venezuelan-opposition.html

[xii] Páez Victor, Maria. “Chavez wins Over Powerful Foreign Conglomerate Against Him”, Periódico América Latina, 11 October, 2012

[xiii] Milne,Seumas.  “The Chávez Victory Will be Felt Far Beyond Latin America” , Associate Editor, The Guardian, October 9, 2012:

[xiv] Alvarado, Carlos, César Arismendi, Francisco Armada, Gustavo Bergonzoli, Radamés Borroto, Pedro Luis Castellanos, Arachu Castro, Pablo Feal, José Manuel García, Renato d´A. Gusmão, Silvino Hernández, María Esperanza Martínez, Edgar Medina, Wolfram Metzger, Carles Muntaner, Aldo Muñoz, Standard Núñez, Juan Carlos Pérez, and Sarai Vivas. 2006. “Mission Barrio Adentro: The Right to Health and Social Inclusion in Venezuela”. Caracas: PAHO/Venezuela.

[xv] Weisbrot, Mark.”Why Chávez Was Re-elected”. New York Times. Oct 10th 2012

[xv] A Paris, sur un mode plus folklorique, il y a Alexandre Adler, Renée Frégosi etc..  A noter que parmi les plus féroces opposants à la révolution bolivarienne, on compte des vénézuéliens partis vivre en Europe en emportant des capitaux acquis au dépens de l’État vénézuélien, des années 70 aux années 90.

Source (original en anglais): CounterPunch

URL de cet article (français) : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/24/les-facteurs-sociaux-de-la-victoire-de-chavez-par-carles-muntaner-joan-benach-maria-paez-victor/

Le dimanche au Venezuela, les pêcheurs votent aussi.

«C’était pas dans le catalogue !». Surprise de touristes occidentaux qui espéraient oublier le boulot sans rien voir de la révolution au Venezuela, jouissant du soleil, des palmiers et d’autres plaisirs apolitiques, lorsque surgit entre les planches de surf une caravane de pêcheurs artisanaux. Cette image parle bien de cette campagne présidentielle et, surtout, de ceux qui s’apprêtent à voter.

Caravane de pêcheurs appuyant la candidature de Hugo Chavez, Venezuela, août 2012.

Le Venezuela fut en effet le premier pays à interdire, en 2009, la pêche industrielle et à octroyer aux pêcheurs artisanaux des crédits pour monter des coopératives, ainsi que le droit à la sécurité sociale. Des milliers de travailleurs jusqu’ici exploités sur des bateaux-usines, jouissent à présent d’une retraite, même s’ils n’ont pas cotisé et même si leur patron les employait illégalement. Cette loi a permis le repeuplement des fonds marins par une flore et une faune en voie d’extinction. Ici l’écologie n’est pas un hobby de plus ou une correction du libre marché mais une base structurante du socialisme du 21ème siècle.

Déjà, en 2007, s’opposant à l’introduction des OGM et à la substitution de cultures vivrières par celles destinées à l’éthanol, Hugo Chavez déclarait son refus d’“enlever le maïs aux gens, à la chaîne alimentaire, pour remplir les automobiles”.

Dans un quartier populaire d’Antimano (Caracas). L' »unité de production agricole » Fernando Carlos Clavijo  » est une des 19.000 coopératives développées par le gouvernement et les communautés organisées en vue de construire une souveraineté alimentaire sous contrôle des habitants. Crédit : Venezuelanalysis.com

Aujourd’hui, son programme prévoit de poursuivre le développement de l’agro-écologie et de l’agriculture urbaine, la réforme agraire et la protection des réserves d’eau, de la biodiversité, des lacs, mers et forêts, de continuer à s’opposer sur les plans régional et international à toute forme de commercialisation de la nature et à défendre l’équilibre climatique (tel que défini dans le Pacte de Kyoto) ; de démanteler les schémas du charbon sur le marché international qui légitiment le droit de polluer, ou encore de concrétiser un plan national contre le rejet de gaz (effet de serre) et la transformation des industries concernées (1).

Ces nouvelles relations entre être humain et nature sont absentes du programme du candidat de la droite, Henrique Capriles Radonski, qui promet de rétablir la pêche industrielle pour  « recréer l’emploi perdu» et de « rétablir la compétitivité des entreprises ». La fuite, grâce à des dissidents de l’opposition, des documents du «vrai programme» de Capriles a provoqué ces derniers jours la défection de plusieurs personnalités de la droite (comme les ex-gouverneurs De Lima, Cermeño ou le député Ojeda). Ceux-ci dénoncent à présent «le danger que ferait courir Capriles au Venezuela en nous ramenant à un libre marché pur et dur», ainsi que l’intolérance de son noyau vis-à-vis des autres courants de l’opposition.

La loi de la pêche n’est qu’un exemple d’une révolution générale qui motive les appels à voter pour Chavez depuis le Venezuela et depuis l’Amérique Latine. Ils sont signés par la coordination des mouvements sociaux de l’ALBA, les mouvements écologistes, des collectifs féministes, gay et de la diversité sexuelle, des travailleurs de la culture (photo), des groupes de populaires de rap, de hip-hop ou de rock, des coordinations indigènes (comme en Bolivie) et afrodescendantes, les mouvements de paysans sans terre (p. ex. du Brésil), d’éducation populaire (comme le Frente Dario Santillan ou Pañuleos en Rebeldia d’Argentine), les collectifs défenseurs de l’usage du software libre, des mouvements étudiants (Chili, etc..), ou encore des syndicats nationaux comme la puissante CUT brésilienne .

Coordination nationale de travailleurs de la culture manifestant leur appui à la candidature de Hugo Chavez, Venezuela, septembre 2012.

Pour construire le « socialisme bolivarien » le gouvernement écoute souvent les revendications de ces mouvements (2), par exemple en instaurant le software libre dans toute l’administration publique, en légalisant des centaines de radios et de télévisions associatives, en légiférant pour faire avancer la condition de la femme et pour sanctionner toute forme de discrimination. Il a aussi, par exemple, rompu avec l’École des Amériques (école des bourreaux qui ont sévi dans les dictatures latino-américaines), sorti de l’impunité les cas de tortures et de disparitions de nombreux vénézuéliens dans les années 50 à 80, ou encore créé au terme d’un vaste débat citoyen une loi du travail très avancée (3).

Le candidat Chávez veut aller plus loin. Son programme propose de structurer un État communal basé sur la démocratie participative (on compte déjà 40.000 conseils communaux au Venezuela, approfondissant un modèle que les altermondialistes découvrirent à Porto Alegre (Brésil), où les citoyens élaboraient eux-mêmes le budget municipal) et de réaliser ce qu’il appelle « l’éco-socialisme » : l’écologie non comme « accompagnement » mais comme négation et dépassement du capitalisme (4).

Thierry Deronne, Caracas, le 4 octobre 2012.

Notes: 

(1)  – Un lac sauvé, un village agro-écologique en construction : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/23/un-lac-sauve-un-village-agro-ecologique-en-construction-lecologie-en-mouvement-au-venezuela/

– Le Venezuela à contre-courant sur le maïs : :https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/le-venezuela-a-contre-courant-le-mais-pour-lalimentation-pas-comme-combustible/

(2) – Lorena Freitez militante de la culture alternative: Chavez est un politique de type nouveau, il valorise les savoirs populaires : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/17/lorena-freitez-militante-de-la-culture-urbaine-alternative-au-venezuela-chavez-est-un-politique-de-type-nouveau-il-valorise-les-savoirs-populaires/

(3) – La nouvelle loi du travail au Venezuela, un pas de plus vers la vraie vie : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

(4) – C’est aussi pour cela que des campagnes ciblent régulièrement les mouvements écologistes : il y a quelques semaines les grands médias et les réseaux sociaux diffusèrent l’information sur « le massacre d’une communauté indigène Yanomami par des chercheurs d’or au Venezuela ». La source, l’ONG britannique Survival, critiqua aussitôt l’inaction du gouvernement vénézuélien… avant de se rétracter discrètement quelques jours plus tard, reconnaissant qu’ « en fait, aucun massacre n’a eu lieu » tout en répétant que le gouvernement vénézuélien « devrait être honteux » (shameful) de cette situation.

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Annexes en images.

1. Quelques uns des messages de solidarité des mouvements sociaux latino-américains.

Ce reportage de Telesur: http://multimedia.telesurtv.net/media/telesur.video.web/telesur-web/#!es/video/liderazgo-de-chavez-debe-ser-defendido-movimientos-alba/ débute par un message vidéo de la « Sole », une habitante d’une commune chilienne qui vit au pied du chantier abandonné d’un immense hôpital public : celui que le Président Salvador Allende voulait offrir aux pauvres du Chili et d’Amérique Latine. Sole rappelle que quarante ans après le coup d’État de Pinochet, l’éducation et la santé coûtent de plus en plus cher au Chili. Elle appelle à voter pour celui qui, au Venezuela, a réalisé le rêve d’Allende :  la gratuité de l’université et de la santé.  Ensuite, l’argentin Manuel Bertoldi du Frente Popular Darío Santillán et la brésilienne Messilene Gorete du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre, expriment le soutien de la coordination continentale des mouvements de l’ALBA à la révolution bolivarienne face à la dictature des transnationales médiatiques qui veulent interférer avec les élections du 7 octobre, en générant des scènes de violence pour les imputer au « dictateur » Chavez.

Manifestation de soutien depuis le Chili.

Manifestation de soutien au Brésil.

Manifestation de soutien en Argentine.

Manifestation de soutien en Bolivie.

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2. Des images que vous ne verrez pas dans vos médias : le meeting de clôture de campagne de Hugo Chavez à Caracas, le 4 octobre 2012.

Cierre de campaña del presidente Hugo Chávez. FOTO: AVN

Cierre de campaña del presidente Hugo Chávez. FOTO: AVN

URL de cet article :  https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/10/05/au-venezuela-les-pecheurs-votent-aussi-le-dimanche/

Le Venezuela est devenu le troisième pays d’Amérique Latine pour le nombre de lecteurs de livres, par Jesse Chacón (GIS XXI)

On vient d’apprendre par une étude menée sur la base d’un échantillon de 8.652 personnes de plus de 13 ans un peu partout dans le pays, que 50,2% des vénézuélien(ne)s lisent des livres et que 82,2% lisent l’une ou l’autre publication – revues, textes scolaires, journaux, pages d’internet ou documents digitaux.

Ces résultats placent le Venezuela au-dessus du Brésil, de la Colombie, du Pérou et du Mexique, et traduisent une augmentation de 4% par rapport à  2006 et ses 46% de lecteurs .

Selon cette étude du comportement des lecteurs, de l’accès au livre et à la lecture développée par le Centre National du Livre à travers l’Équipe de Conseil Goya (formée par des statisticiens et des psychologues), le Venezuela devient le troisième pays qui lit le plus de livres en Amérique Latine.

Si l’on compare ces chiffres avec les données du Centre Régional pour le Soutien du Livre en Amérique Latine et Caraïbe  (CERLAC), le Venezuela passe devant des pays dotés d’une forte industrie éditoriale, où le pourcentage de lecteurs se trouve en dessous du nôtre :  le Brésil avec 46%, la Colombie avec 45%, le Pérou avec 35% et le Mexique avec 20%. Occupent les première et deuxième places en Amérique Latine l’Argentine (55%) et le Chili (51%). Pour le monde ibéro-américain, l’Espagne est en tête avec 61%.

Graphique: croissance du nombre de Libraires du Sud au Venezuela (2000-2008). Ces librairies généralistes offrent à bas prix des titres en tout genre et pour tous les âges, l’accent étant mis sur la littérature nationale et latinoa-américaine. Site : http://libreriasdelsur.gob.ve/nuevositio/

L’étude du comportement du lecteur réalisé par le CENAL (Centre National du Livre) apporte des conclusions intéressantes dans le contexte de transformation culturelle que vit la société vénézuélienne :

– Les femmes lisent plus que les hommes. Elles représentent 55,6% de la population lectrice, pour 44,4% de lecteurs masculins.

– Les jeunes forment le peloton de tête avec 21%, suivis par le groupe des personnes de 45 à 59 ans (20,3%).

– Les couches sociales les plus pauvres sont celles qui concentrent le plus haut pourcentage de lecteurs. Sur le tableau mesurant les strates sociales de haut en bas (1 pour la plus haute et 5 pour la plus basse), la strate numéro 4 réunit 38% des lecteurs.

– 18,2% des personnes interrogées disent avoir reçu des livres offerts par l’État.

– 81,3% des bénéficiaires de ces dons de livres gratuits par l’État disent les avoir lus.

– 71,2 % considèrent que l’État remplit sa fonction de promouvoir l’habitude de lire.

– 32,3% des personnes interrogées ont répondu qu’elles lisaient plus qu’il y a trois ans.

– Lire occupe le quart du temps libre.

– Les personnes interrogées expliquent que lire n’est pas un geste utilitaire, mais un plaisir.

On sait que l’usage du livre et de l’écriture font partie des formes par lesquelles les sociétés établissent les cartes du savoir, du pouvoir et de la reproduction symbolique et culturelle. Dans notre société vénézuélienne, le livre est devenu un objet culturel dominant pour faire circuler le savoir et la connaissance, alors qu’il était utilisé auparavant comme dispositif de discrimination et d’exclusion.

Le livre et la lecture durant le cycle du pouvoir « puntofijiste » (1) représentait un signe de pouvoir des élites , un dispositif auquel n’accédaient que les élites.  On ne peut sous-estimer l’impact sur les logiques de connaissance et de reproduction culturelle qu’a eu le fait que notre population connaisse la télévision avant le livre. Pas plus qu’on ne peut ignorer le projet social de la bourgeoisie vénézuélienne et les taux élevés d’analphabétisme qui existaient dans notre société.

La révolution bolivarienne est arrivée pour redistribuer les lieux de pouvoir, pour garantir le pouvoir du peuple. Un lieu fondamental du pouvoir populaire est la connaissance. C’est pourquoi la révolution instaure un processus de bataille culturelle dans laquelle l’alphabétisation s’accompagne d’un processus croissant de scolarisation, tout en créant parallèlement les structures nécessaires pour garantir à la population l’accès au livre comme dispositif culturel et pour qu’il puisse jouer son rôle transformateur.

La création et le renforcement d’instruments stratégiques comme les maisons d’édition et la fondation de l’Imprimerie Nationale de la Culture, ont été accompagnés d’un vigoureux processus de création de canaux de distribution et de liens directs avec les populations : c’est dans cette direction que se sont renforcés les processus de promotion de la lecture, des Fêtes du Livre et des Librairies du Sud.

Les Librairies du Sud ont cherché à dépasser le rôle de simples espaces de vente de livres pour devenir des centres culturels destinés à démocratiser l’accès au livre. La révolution bolivarienne a triplé le nombre de ces Librairies en portant leur nombre de 16 en l’an 2000 à 51 en 2008.

Quelque chose de fondamental a changé au Venezuela dans la façon de comprendre la culture. Aujourd’hui nous sommes loin de penser la culture comme le bon plaisir des élites ou sous la pure acception des Beaux Arts. Nous voyons à présent la culture comme l’ensemble de toutes les expressions matérielles et symboliques de la personnalité et de la conscience du peuple en révolution et comme un projet nouveau d’identité nationale multiculturelle.

Aujourd’hui notre population élève son capital culturel et symbolique, en pariant sur la construction de l' »homme nouveau » comme levier de la réalisation d’une nouvelle société socialiste.

(1) NDT : le « puntofijisme » est un pacte signé en 1958 à Punto Fijo entre deux partis dominants (social-chrétien et social-démocrate) pour occuper en alternance le gouvernement et l´État sans en modifier les structures.

Jesse Chacón

Directeur de la Fondation GIS XXI

www.gisxxi.org

Source (en espagnol:) http://www.gisxxi.org/articulos/venezuela-tercer-pais-de-america-latina-con-mas-lectores-de-libros-jesse-chacon-gisxxi/

Traduction : Thierry Deronne, pour www.venezuelainfos.wordpress.com

L’éducation comme sphère d’inclusion : une comparaison entre le Venezuela, le Chili et la Colombie, par Jesse Chacón

Presque tous les discours sociaux sont d’accord sur le rôle de l’éducation comme dépassement de l’inégalité et comme source de développement pour un pays. L’éducation est identifiée comme sphère d’inclusion, de construction et de partage de sens sociaux qui garantissent la survie de l’ensemble de la société.

Investissement public dans l'éducation exprimé en pourcentage du Produit Intérieur Brut (UNESCO)

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, grâce à l’élaboration de cadres internationaux de protection des droits, l’éducation possède un statut de droit humain. Rappelons que les droits humains sont un ensemble de biens primaires ou de revendications protégées juridiquement par la communauté nationale et/ou internationale et qui expriment les aspirations et les exigences de liberté, de dignité et d’équité à chaque époque de l’Histoire.

Le fait de la protection juridique de ces biens par l’État ou par la communauté internationale leur confère le statut de droits. Dans le cas contraire on ne parlerait que d’aspirations morales de la part de l’humanité ou de  la part d’une communauté politique nationale spécifique, mais pas d’un droit universel.

Indice GINI (= niveau de l'inégalité). Source : Banque Mondiale.

En ce qui concerne la protection juridique du droit à l’éducation, une architecture légale internationale établit clairement le caractère obligatoire pour les États signataires de garantir l’éducation sur la base des principes de gratuité et d’universalité.

Á ce sujet l’observation générale numéro 13 du Comité des Droits Humains, Économiques et Sociaux de l’ ONU, par référence à l’article 13 du Pacte international des droits économiques et sociaux, établit que:

… L’éducation doit être à la portée de tous. Cette dimension de l’accessibilité est conditionnée par les différences de rédaction du paragraphe 2 de l’article 13 sur l’enseignement primaire, secondaire et supérieur : alors que l’éducation primaire doit être gratuite pour tous, il est demandé aux États signataires de mettre en place graduellement la gratuité de l’enseignement secondaire et supérieur…

Plus loin, l’observation numéro 13 définit la valeur sociale que revêt aujourd’hui l’éducation tant pour le développement national que pour la satisfaction des besoins et des aspirations humaines :

… L’idée est de plus en plus acceptée selon laquelle l’éducation est un des meilleurs investissements que les États puissent réaliser mais son importance n’est pas seulement pratique : disposer d’un esprit instruit, intelligent et actif, avec une liberté et une ouverture de pensée, est un des plaisirs et des récompenses de l’existence humaine…

En tant que pays engagé dans la construction d’une nouvelle architecture internationale garante des droits humains, l’État vénézuélien a assumé la responsabilité de réaliser les principes d’universalité et de gratuité de l’éducation primaire, secondaire et universitaire.

Pour l’éducation maternelle, primaire et secondaire, l’effort vénézuélien a été reconnu par l’UNESCO dans le cadre de la réalisation des Objectifs du Millénaire. En ce qui concerne l’enseignement universitaire, le Venezuela a été classé par l’ UNESCO au deuxième rang pour le taux brut d’inscriptions d’étudiants à l’université sur le plan latino-américain et au quatrième rang mondial. Le Venezuela a augmenté pendant dix ans de 170% le nombre d’inscrits à l’université : en passant de 785.285 étudiants en 1998 à 2.120.231 en 2009.

Ces résultats ont pour base une augmentation soutenue de l’investissement dans l’éducation, qui a bondi de 107 % pendant ces années de révolution, en passant de 3,38% du Produit Intérieur Brut en 1998 à 7% du PIB en 2008.

L’éducation récupère sa place comme sphère d’inclusion. L’enfance et la jeunesse circulent positivement à travers tout le système éducatif. Les aspirations d’une vie meilleure trouvent leurs corrélats matériels dans une sphère liée à un modèle économique plus humain. Le Venezuela est devenu le pays le moins inégal de l’Amérique Latine avec un indice GINI de 0.39, sur une échelle oú le « zéro » indique la plus grande égalité et le « un » la plus grande inégalité.

Tandis qu’au Venezuela le droit à l’éducation se fortifie, dans des pays d’Amérique Latine sous hégémonie néo-libérale nous voyons ces principes communs convertis en politiques qui font de l’éducation un privilège et un outil d’exclusion générationnelle. Voyons certaines de ces politiques :

– L’État s’est désengagé de son devoir de garant et de financeur de l’éducation, la transférant peu à peu aux municipalités. Des municipalités aux ressources fragiles ont reçu une haute responsabilité.

– On abandonne le principe de la gratuité et de l’universalité de l’éducation à tous les niveaux.

– L’éducation a été remise au marché, l’éducation est devenue une marchandise. Ce processus a visé le transfert au capitaux privés des budgets de l’éducation, que ce soit via le système des subventions éducatives au Chili ou via la sous-traitance en Colombie. Au Chili par exemple pour 1990, l’éducation subventionnée concernait 980.000 élèves alors qu’en 2009 elle a cru à  1.700.000 élèves. De même l’éducation publique municipale comptait en 1990 1.700.000 élèves pour descendre à 1.430.000 élèves en 2009.

– On cherche à installer l’idée des « écoles efficaces ». Ainsi l’éducation privée est présentée comme « de meilleure qualité » et donnant « de meilleurs résultats » alors que l’éducation publique est stigmatisée comme celle qui donne de « moins bons résultats ».

1. Investissement éducatif en pourcentage du PIB (UNESCO).
2. Indice GINI (niveau d'inégalité) (Banque Mondiale).
3. Rang mondial pour le nombre d'étudiants universitaires (UNESCO).
4. Rang latino-américain pour le nombre d'étudiants universitaires (UNESCO).
5. Taux d'analphabétisme (UNESCO)

Ce modèle néo-libéral a fait de l’éducation un commerce, de sorte que les réussites en matière d’extension de la couverture éducative ne s’accompagnent pas de processus d’inclusion sociale ni d’amélioration de la qualité de la vie. Les cas du Chili et de la Colombie sont exemplaires. Ce sont les sociétés les plus inégalitaires d’Amérique Latine. La Colombie possède un indice Gini de 0.58 et le Chili de 0.50. Les taux d’analphabétisme sont de 3.5 pour le Chili et de 6.4 pour la  Colombie. Parallèlement ces pays maintiennent de faibles taux d’inscription universitaire et les jeunes qui accèdent à l’enseignement doivent le faire sous la modalité du crédit éducatif, ce qui hypothèque leurs vies pour près de 15 ans après l’obtention d’un diplôme.

L’option socialiste de construction de la société a amené le Venezuela à faire sortir l’éducation du marché et à la garantir en tant que droit à tous les niveaux, ce qui permet aujourd’hui d’élever le capital culturel de toute la population.

Lors des élections présidentielles du 7 octobre 2012 le choix se fera entre deux modèles : capitalisme néo-libéral ou socialisme bolivarien. Nous ne disons pas cela par spéculation idéologique mais à partir de la compréhension de l’impact négatif que le capitalisme néo-libéral a sur la vie quotidienne des majorités en Amérique Latine.

Le 7 octobre 2012 les vénézuéliens choisiront entre l’éducation comme droit humain et comme principal outil d’inclusion sociale, ou la transformation de l’éducation en marchandise qui marginalise et exclut les grandes majorités.

Jesse Chacón

Directeur de GISXXI

http://www.gisxxi.org

URL de l’original en espagnol : http://www.gisxxi.org/articulos/la-educacion-como-esfera-de-inclusion-una-mirada-comparativa-entre-venezuela-chile-y-colombia-jesse-chacon-gisxxi/

Traduction de Thierry Deronne pour www.venezuelainfos.wordpress.com

Les autorités éducatives appuient le sauvetage de la langue afroaméricaine parlée dans l´État de Bolívar

jeudi 12 novembre 2009

Le ministère de l’éducation et les autorités de l’état Bolivar se sont engagés à répondre aux pétitions de la communauté de El Callao visant a garantir la sauvegarde et la préservation de la langue Pawta. Cette langue est un mélange d’anglais, d’espagnol et de différentes langues africaines. Elle est parlée depuis 150 ans par les descendants des travailleurs de race noire installés dans la zone sud de l’état, au service de compagnie britanniques spécialisées dans l’extraction d’or.

Briceida Quiñones, chef de l’autorité éducative unique de l’état Bolivar, nous a signalé que l’intérêt pour ce projet est né lors du 3iéme Congrès sur l’Education Bilingue Indigène et Afrodescendantes tenu la semaine passée dans la capital de l’état Bolivar. Un total de 200 enseignants provenant de toute l’entité ont participé à cette événement.

Quiñones a expliqué que le porte-parole culturel de la communauté El Callao, Carlos London, à offert un exposé sur les origines et l’évolution de la langue Pawta qui fut pendant prés d’un siècle et demi, la langue prédominante dans cette communauté minière. De nos jours, celle-ci abrite la plus grande population d’origine afrodescendante de tout l’état Bolivar.

« Actuellement, il ne reste que 12 personnes d’un âge très avancé parlant régulièrement le Pawta. C’est pourquoi il est urgent que nous assumions le devoir d’étudier et de préserver cette langue pour les générations futures » à déclaré, en outre, la chef de l’autorité éducative. Carlos London à quant a lui précisé que le Pawta constitue un héritage unique dans le pays qui ne se limite pas seulement à la langue mais comprend également la musique, la gastronomie et d’autres manifestations culturelles propres à cette communauté.

Lors de son exposé, le représentant de la communauté afrodescendante et du peuple de El Callao à à salué au nom des siens, l’initiative du gouvernement national dans le domaine de la préservation et sauvegarde des langues indigènes par l’inclusion de celles-ci dans les programmes scolaires nationaux . Il a de plus assuré de l’appui des habitants de El Callao.

Il a ajouté :« Nous voulons tirer profit de ce point afin de garantir la pérennité de la langue que nous avons hérité de nos grands-parents et arrières grands-parents. C’est pour quoi nous avons demandé au Ministère de l’éducation d’envoyer une commission à El Callao dans le but d’étudier la situation et de réunir les informations nécessaires pour ce travail ». Carlos London à finalement mis en garde contre l’arrivée de cultures externes qui mettent en danger la conservation d’une identité culturelle et de traditions uniques. El Callao et ses 7500 habitants font face à une dure lutte de résistance culturelle. Selon lui, la sauvegarde de ces traditions permettront aussi le développement du tourisme et stimuleront la recherche sociologique dans cette zone de l’état Bolivar.

Fuente : http://www.abn.info.ve/noticia.php?articulo=206683&lee=2

Source : http://www.abn.info.ve/noticia.php?…

Traduction : Yerko, pour www.larevolucionvive.org.ve

La longue marche d´une révolution dans l´Université

lundi 9 novembre 2009

C’est à l’occasion de la journée du 6 novembre qu’une équipe de Vive s’est rendue à l’Université Centrale du Venezuela (UCV) de Caracas. Ce jour-là se tenaient les élections générales des représentants étudiants à la fédération des Centres Universitaires (FCU) soit pour les conseil d’école, conseil de faculté et conseil Universitaire.

Sauf que ce jour là des étudiants révolutionnaires, plus précisément le Mouvement 28 mars (M-28) avaient installé une « quatrième urne » pour organiser un référendum totalement novateur sur la question des conseils étudiants…

On associe classiquement à l’Université Centrale du Venezuela l’adjectif « d’opposition ». A tel point que certains de ses dirigeants se sont effectivement parfois faits porte-paroles de l’opposition politique vénézuelienne, dans ses composantes démocratiques ou non. Pourtant l’UCV n’est pas une enceinte uniforme. Loin de l’image médiatique qui en est donnée, on y trouve toutes les tendances politiques, de la droite la plus dure et anti-démocratique à une gauche radicalement révolutionnaire. Rencontre.

A peine arrivés dans l’université des étudiants nous mettent en garde :« le M-28 ? Mais c’est un groupe armé » Un autre étudiant risque « Si, c’est une organisation terroriste, et si vous ne me croyez pas, une grande chaine nationale les a même filmés en pleine action ». Nous décidons d’aller malgré tout à leur rencontre. Surprise, nous nous trouvons face à des étudiants plutôt joyeux, dansant au son des dernières chansons en vogue, accrochant des banderoles et disposant des urnes sur des tables. Sur les banderoles leur logo, un drapeau bleu et noir déclare : « la libération ou la mort ». C´était aussi la devise de Thomas Sankara. Un étudiant du M-28 s’approche, ces accusations le font rire : « bien sûr que nous sommes un groupe armé, intellectuellement bien sûr, le savoir est une arme non ? ».

Il nous explique de quoi il s’agit. « ce que vous voyez là c’est la mise en pratique de la nouvelle loi organique d’éducation. Celle-ci a créé une nouvelle institution : les conseils étudiants, mais la loi reste très floue sur leur rôle et leur manière de fonctionner . Alors nous avons organisé ce référendum pour savoir ce qu’en pensent les étudiants. »

C’est effectivement, la nouvelle Loi Organique pour l’Education, votée il y a peu, qui inclut dans ses dispositions la création de « conseils étudiants (…) destinés à promouvoir la formation des citoyen-ne-s médiant une participation protagonique et co-responsable de l’étudiant »(Art 21 LOE)

Vicente Moronta , l’un des porte parole nous raconte l’histoire du mouvement. « A l’origine, il y eu dans les années 2000, devant l’élan révolutionnaire, le mouvement pour la transformation universitaire, qui, soutenu par des centaines d’étudiants, a organisé le 28 mars 2001 l’occupation du rectorat, pour faire pression et lancer une assemblée constituante universitaire, pour changer en profondeur la structure des universités.

Suite à cette occupation, en représailles, de nombreux étudiants furent exclus, parfois pendant plusieurs années de l’UCV. Le Mouvement pour la Transformation Universitaire, 28 mars (M-28) est alors né, pour continuer le travail déjà commencé » jusqu’à ce jour, point culminant, avec ce référendum consultatif.

Deux questions étaient posées :

– Les conseils étudiants doivent-ils se baser sur la démocratie participative, protagonique (…) ?

- Les conseils étudiants doivent-ils coexister avec les structures déjà existante comme la Fédération des Centres Universitaires et les centres des étudiants ?

Un étudiant nous avait confié qu’il n’était pas par principe contre le référendum mais que le jour n’était pas bien choisi : « ils veulent saboter les élections ». Andreina Tarazon répond : « c’est faux, ce n’est pas notre objectif, si nous avons procédé une consultation en parallèle c’est parce que l’administration universitaire à refusé de placer une quatrième urne pour que tous les étudiants puissent se prononcer sur les conseils étudiants ».

Pour autant, elle confirme qu’ils ne voient aucune légitimité dans ces élections : « c’est bien simple, nous sommes minoritaires dans tous ces conseils, et nous n’avons clairement aucun pouvoir réel. Exemple, on sait qu’il existe des partenariats public-privé avec des entreprises, et des contrats juteux à la clef mais les représentants étudiants n’ont aucune information sur les montants et l’utilisation qui est faite de l’argent. Nous respectons les camarades qui participent mais nous ne prendrons pas part à ces élections » De l’argent il y en a aussi beaucoup en jeu dans ces conseils élus, au total, car on estime les sommes circulant à 15 et 20 millions de BsF (de 5 à 8 millions d’Euros).

L´entretien est interompu par un mouvement de foule derrière nous. Une bombe lacrymogène vient d’exploser dans le bâtiment voisin. Personne ne sait qui l´a lancé mais tous ceux qui se trouvent dans la zone sont touchés. La sécurité de l’université arrive quelques minutes plus tard et le calme revient. Rosangela, autre militante de l’organisation, commente : « Cela arrive à chaque élection, c’est presque une tradition ici. Et après les élections, ce soir, les mêmes déclencheront des affrontements, c’est certain. » Qui sont-ils ? Un étudiant aux yeux en larmes à cause des gaz nous répond : « c’est cette petite partie minoritaire de la droite oppositionnelle qui n’a recours qu’à la violence. Je suis contre les politiques de Chavez mais jamais je ne soutiendrai ces groupes-là » De violence, cette fraction d’extrême droite en a en effet fait preuve a de nombreuses reprises, comme en 2005 lors du mouvement étudiant qui pendant des marches pacifiques a déclenché des affrontements contre la police ; ou encore en 2007, lorsque les mêmes ont attaqué le bâtiment et les étudiants de la Faculté des Travailleurs Sociaux, un des bâtiments de l’UCV, pôle de gauche révolutionnaire. « Ils n’ont aucun contenu politique, alors ils utilisent la violence, c’est leur seule ressource. » nous dit ce même étudiant en retournant tenter d’aller voter.

Nous reprenons notre entretien sur le référendum avec Vicente Moronta, un autre des porte-parole qui nous explique d’emblée « Ici, il n’y a pas de porte-parole, ou bien mous le sommes tous. C’est un mouvement horizontal. ». Il précise la question des conseils étudiants. « Clairement, il s’agit d’appliquer dans l’université le même processus que dans la société. Les communautés ont leurs conseils communaux, nous souhaitons créer les conseils étudiants, pour que s´applique aussi à l´intérieur des universités cette « démocratie protagonique et participative » comme l’édicte le texte de la Constitution. Nous demandons plus de précision mais on nous répond « Nous pouvons évidement donner notre avis mais c’est aux étudiants de définir tout ça ! Sinon à vote avis, pourquoi organisons-nous cette consultation populaire ? »

Unité des projets révolutionnaires, divergences des stratégies

Le M-28 n’est bien sûr pas la seule organisation étudiante de gauche révolutionnaire. On trouve par exemple à l’Ecole de Sciences Politiques une Equipe Révolutionnaire Etudiante (ERES), qui a aussi soutenu l’initiative du M-28. Molly Morales nous explique que « nous sommes d’accord sur le fond avec le M-28, nous sommes comme eux révolutionnaires, mais notre stratégie diverge de la leur. Nous pensons qu’il faut que la gauche révolutionnaire étudiante participe elle-aussi aux élections universitaires non pas pour obtenir des postes, mais parce que c’est un outil pour faire entendre notre voix ».

La divergence porte aussi sur la nécessité ou non de faire jonction avec les autres mouvements de la société : travailleurs, conseils communaux, mouvements indigènes, etc … pour mener une lutte globale afin de pousser à des changements révolutionnaires dans l’ensemble de la société. Plus loin, nous croisons un étudiant membre de « Voces por la Unidad », autre organisation révolutionnaire implantée dans l’Ecole des Travailleurs Sociaux qui dira quant à lui : « Pour nous, le problème du M-28, c’est que c’est un mouvement qui se base beaucoup sur les médias, pas seulement bien sûr, mas beaucoup de « militantisme de caméra », et notre organisation, bien moins visible fait parfois beaucoup plus de travail de terrain qu’eux. » On revient vers les urnes, on retrouve les caméras de grandes chaines nationales et de diverses télés communautaires.

Toutes ces organisations révolutionnaires sont souvent circonscrites à un secteur particulier. Bien que majoritairement présent dans la faculté de droit et science politique, le M-28 dispose pour sa part d’un réseau étendu dans presque toute l’université. Le M-28 est aussi un mouvement qui, s’il se base à l’université, s’étend au-delà, avec des contacts dans des usines et dans les mouvements paysans de tout le pays. Bref, « c’est un véritable mouvement politique » confirme Andreina.

L’UCV : un ancien pôle révolutionnaire

Nous poursuivons l’entrevue en évoquant les activités récentes du M-28, en dehors de référendum.

D’abord, on évoque la lutte récente contre la privatisation de l’Université, projet remis à l’ordre du jour au début de l’année universitaire, pour l’instant ajourné face à la mobilisation étudiante. Andreina poursuit : « Nous avons effectué une journée de commémoration le 31 octobre dernier en hommage à tous les étudiants victimes de la répression, ». La mémoire demeure entres autres de cette date, le 31 octobre 1969, la prise de l´université par 2000 militaires qui avaient réprimé sans relâche. On nous rappelle ainsi que l’UCV n’a pas toujours été un pôle conservateur.

Avant les années 90, il y avait ici un mouvement de gauche révolutionnaire très important. Cette université a toujours résisté que ce soit à la dictature ou à la « démocratie représentative ». Alors pourquoi aujourd’hui un tel glissement à droite ?

« Cela s’explique par l’évolution de la structure sociale poursuit Adreina. Même si l’université est publique, n’oublions pas que dans les années 90 la droite a tenté de privatiser l’éducation, comme le reste d’ailleurs. Même si la privatisation n’a pas abouti, les classes populaire ont peu à peu été économiquement exclues et ce sont les fils et filles de la classe moyenne qui occupent aujourd´hui largement l’UCV. L’administration, d’une droite très dure, sélectionne ses étudiants. Ce racisme social est aussi quelque chose que nous combattons. ». Malgré cette évolution, avec le changement de politique, de grandes avancées sont apparues : « auparavant parler de marxisme dans un cours de science politique était considéré comme une activité subversive, aujourd’hui c’est en train de changer. D´autre part, on ne nous enseigne plus la découverte de l’Amérique comme une libération mais on nous parle aussi des massacres et des déplacements de populations, etc … Nous avons une liberté de pensée, malgré les pressions violentes de la part de l’opposition anti démocratique. ». Au M-28, comme dans les autres mouvements de gauche révolutionnaire, la grande majorité des membres est issue des classes populaires, mais ils n’excluent pas pour autant ceux qui ne viennent pas de ce milieu « pour ne pas reproduire les discriminations de l’opposition ». Simplement, tous partagent cette vision d’une autre université, démocratique et révolutionnaire.

Autres luttes, autres unions

Depuis quelques semaines, une autre peuple de ’université s’active : les ouvriers et les travailleurs. Ceux-ci réclament à l’administration le paiement de leurs salaires en retard. Certaines dettes remontent à plusieurs années. Mais l’administration de l’université a répondu qu’elle ne pouvait rien faire, qu’elle n’avait pas d’argent et que c’était à l’État d’assumer sa responsabilité. Les ouvriers se sont donc mis en grève et ont procédé à des blocages partiels de l’enceinte le matin même du vote, d’où une plus faible affluence que d’habitude. Pour Keila, du M-28, cela ne fait aucun doute « les ouvriers sont majoritairement révolutionnaires, c’est une minorité médiatique qui récupère leur lutte pour alimenter les discours anti-chavistes ».

Sur la question des salaires, l’État a remboursé partiellement des dettes accumulées y compris par les gouvernement précédent mais ce n’est pas suffisant pour résoudre le conflit. Keila commente : « c’est un jeu de dupes, bien évidemment l’université dispose de l’argent nécessaire pour payer les salaires en retard. Mais elle ne veut tout simplement pas le faire, tout comme elle ne l’utilisera pas pour rénover les espaces en mauvais état ou pour améliorer la situation des étudiants, elle cherche juste à garder l’argent pour son propre usage » Corruption, bureaucratie, enrichissement personnel : le milieu universitaire n´échappe pas à ces problèmes. Elle ajoute « une des innovations de la LOE c’est aussi que la direction de l’université devra rendre des compte de ses activités budgétaires à l’État ». Pas étonnant donc qu’on voie une opposition féroce à la LOE de la part des administrations universitaires.

Nous terminons cette rencontre en évoquant les problèmes qui existent au M-28. « D’abord notre principal souci est que nous n´existons que dans certaines facultés, nous n’avons pas d’implantation réelle sur l’ensemble de l’université ». Une autre question non sans rapport est l’unité du mouvement révolutionnaire étudiant : « Même si nous avons des camarades dans d’autres organisations, la grande majorité d’entre nous quelle que soit l’organisation, avons décidé d´adhérer au PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela) ou des JPSUV (Jeunesses Socialistes), nous restons fractionnés dans de petites organisations dispersées, alors que nous savons bien qu’une unité générale nous donnerait plus de poids pour mettre en œuvre cette démocratie protagonique et participative dans l’université à laquelle nous aspirons tous, pourquoi ne pas renverser la mainmise de la droite sur cette université ? ».

La nuit tombée, malgré l´annonce d´affrontements dans l’université, se tient un concert gratuit en soutien au référendum sur la Place Venezuela. Tombent alors les résultats des élections étudiantes, c’est la liste 100% Unidad, classée dans l’opposition, qui gagne, avec 5000 votes sur les 16 000 exprimés. Un communiqué du M-28 annonce les résultats du référendum : 3157 étudiants se sont exprimés, à une très large majorité (92%) pour la constitution des conseils étudiants. Le mouvement s’attendait à moins de 2000 votes exprimés. C’est donc un nouveau succès populaire. Sur la deuxième question posée, la coexistence avec les institutions déjà existantes, l’avis est moins tranché, 56% soit près de 1800 étudiants s’exprimant contre la coexistence avec les autres structures. Un tel référendum est un fait historique, inédit. Aujourd’hui, le mouvement des travailleurs continue, la lutte de la gauche étudiante aussi, à l’Universidad Central de Venezuela comme ailleurs…

Grégoire Souchay, publié originellement sur Escapades Bolivariennes

Vie de Sixta : une brève histoire de la révolution vénézuélienne

jeudi 5 novembre 2009

Le premier février 2005, un rapport mondial a montré qu’il existait 39 millions d’adultes analphabètes dans toute l’Amérique Latine et les Caraibes et que pour éliminer ce problème à l’horizon de 2015, un investissement de 6,9 milliards de dollars seraient nécessaires.

L’étude a été élaborée par la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraibes (CEPAL) et l’Office Régional pour l’Amérique Latine et les Caraibes de l’UNESCO. En 2005, dans 10 des 22 pays de la région le taux d’analphabétisme était supérieur ou égal à 10% et dans cinq d’entre eux il dépasse 20%.

Neuf mois après l’annonce de ce terrible bilan régional, Koichiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO a proclamé le Venezuela comme pays libre d’analphabétisme. Ce 28 octobre 2005 fut un jour historique pour la nation bolivarienne.

Meilleure qualité de vie

Sixta Palma Orozco a passé son enfance à Las Nieves, localité située dans l’agglomération de Barranquilla, en Colombie. Là-bas, c’est sa mère Petilla qui lui a appris “la vie”. Comme pour nombre de latino-américains cette « vie”n’était pas des plus enviables.

Sixta était encore enfant dans les années 40. Une âpre décennie pour le monde entier, y compris pour la Colombie. La seconde Guerre Mondiale a anéanti 2% de la population mondiale totale. En Colombie pendant ces années, Jorge Eliécer Gaitán mena une lutte pour les revendications sociales jusqu’à ce qu’on l’assassine le 9 avril 1948.

Soumise à tant de pressions, Sixta ne put apprendre à lire. Ainsi les années passèrent jusqu’à ce qu’elle devienne une jeune femme. Elle ne savait toujours pas lire mais avait le minimum nécessaire pour vivre. A 19 ans, au milieu des années 60, elle eut son premier enfant et deux ans plus tard son deuxième. La Colombie vécut alors une explosion sociale. Au Venezuela on découvrait la “démocratie” avec Romulo Betancourt. Sixta avait 23 ans et la charge d’être mère l’obligea à prendre une décision : fuir la misère de la Colombie en cherchant ailleurs une meilleure qualité de vie. Ainsi arriva-t-elle au Venezuela. Là-bas restèrent les souvenirs de son enfance Las Nieves, sa mère et sa vie colombienne. “Je suis venue parce que j’avais besoin d’une meilleure vie” répond Sixta, âgée aujourd’hui de 68 ans. “La vie état très difficile à cette époque, même si ça n’a pas beaucoup changé en Colombie depuis” ajoute-t-elle.

Elle fut accueillie a Venezuela par Maria, autre colombienne dans la même situation et qui avait cherché à Maracaibo (Venezuela) une vie meilleure.”Elle m’a accueillie comme une sœur” se rappelle Sixta. ”Elle m’a beaucoup aidé pour comemncer ma nouvelle vie”. Mais cette “nouvelle vie” au Venezuela ressemblait peu ou prou à celle qu’elle avait fui en Colombie. “Femme de ménage là-bas, je le suis toujours ici”. Ce n’était pas de sa faute. C’était la conséquence de son illettrisme. Cependant, être illettrée était la conséquence de l´exclusion sociale, de tout un système.

Rude Venezuela

15 à 20 ans de vie à Las Nieves lui donnèrent une large expérience, temps durant lequel elle donna naissance à 5 autres enfants. Nous sommes alors dans les années 80, époque des présidents « démocratiques » du Venezuela Luis Herrera, Jaime Lusinchi. “La nouvelle vie” de Sixta n’avait toujours pas commencé. Elle continuait de survivre, très loin de vivre. A l’époque l’IDH du Venezuela était de 0,765, un IDH moyen.

Pendant les années 80 le pays de Bolivar souffrit des conséquences de terribles politiques d’exclusion sociale. De 1980 à 1994 l’investissement en santé publique diminua de 43%, selon un rapport présenté à l’ONU par des ONGs. Toute cette situation généra une augmentation du nombre de foyers en situation de pauvreté, de 46% en 1988 à 76% en 1994.

Sixta survivait alors avec les mille Bolivars qu’elle gagnait chaque mois. “Sans sécurité sociale ni aucun autre avantage” se remémore-t-elle. Ce sont ces chiffre-clefs qui permettent de comprendre l’autre grande explosion sociale que vécut cette exilée colombienne : le Caracazo, quand le peuple vénézuélien affamé descendit dans la rue pour réclamer ses droits face aux mesures néo-libérales et brutales du FMI, en 1989.

Deux scénarios difficiles

Les années 90 menèrent le pays à une situation alarmante de pauvreté alors qu’il restait un des principaux producteurs pétroliers. Une rébellion civico-militaire organisée par un certain Hugo Chavez annonça des changements possibles. Mais il y eut l´échec du soulèvement, le “pour l’instant nous renonçons”. Sixta, la colombienne qui avait quitté son pays 23 ans plus tôt, dut poursuivre sa lutte.

Ses enfants grandirent et l’aidèrent, mais un poste de vente de nourriture rapide était le seul gagne-pain de la famille. Le travail informel concernait presque 50% de la population dans le pays. Un peuple meurtri était pour la seconde fois aux mains de Rafael Caldera. Et il en paya les conséquences une deuxième fois.

En 1997, 47,3% de la population de moins de 12 ans était en situation de pauvreté et 21,9% en situation de pauvreté extrême selon les chiffres d’une Étude de l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV). A la fin du mandat de Caldera, 18 millions d’enfants et adolescents travaillaient dans la rue et 407000 enfants étaient sans-papiers, selon la même étude.

Même si la situation dans le pays était difficile, c’eût été encore pire de retourner à Las Nieves, en Colombie. “En 1992, les 10% des plus riches disposaient de 33% des revenus globaux” révèle une étude de l’Observatoire de l’Économie Latino-américain. “Cinq ans plus tard, ces mêmes 10% détenaient 58% des richesses totales” peut-on lire dans le rapport. Et de 1996 à 1999 le nombre de foyers sous le seuil de pauvreté passa de 53,8% à 60%.

La refondation de la patrie

En 1998, avec 56,20% des suffrages, la population vénézuelienne décida de changer de cap en élisant pour président Hugo Chávez.

Ainsi commença le processus de l´assemblée constituante, comme actuellement au Honduras, qui allait donner naissance à la Cinquième République, comme base fondamentale de l’intégration de tous les citoyens. Une intégration méprisée par l’oligarchie métisse, qui mit en œuvre un coup d’Etat en 2002 et sabota l’èconomie.

Ces actions menèes par la contre-révolution ont généré rien que pour 2002 des pertes de 20 à 25 milliards de dollars pour le budget national, avec la grève des cadres de l`industrie pétrolière. Pour autant, cela n’a pas empêché le Gouvernement révolutionnaire de lancer les Missions Sociales avec l’appui de la Rèpublique de Cuba.

Les missions permirent d’aborder de manière complète les “problèmes générés par tant d’années d`exclusion durant le IVe République” explique le sociologue Freddy Castillo. Le Venezuela avait vécu sous un État bourgeois durant de longues décennies et cela a déclenché “une terrible crise sociale” à laquelle devait répondre le gouvernement bolivarien avec volontarisme. “A l’échec de l’État bourgeois, on a cherché une alternative” explique le sociologue.

Cette alternative s’est manifestée en premier lieu par la mission Barrio Adentro puis avec l`ensemble du plan stratégique. Une étude menée par l’UBV dans la communauté El Gaitero a mis en lumière que “les missions se complètent et qu’elles ne peuvent être envisagées séparément”. Dans ce cadre, la mission Robinson s’effectua en plusieurs étapes et derrière elles ont suivi les missions Ribas, Sucre et Alma Mater.

Education pour le peuple

Le concept de la mission s´enracine dans la philosophie de Simón Rodríguez (professeur rousseauiste de Simon Bolivar), pour qui il fallait libérer le peuple au travers de l’éducation. “Rodríguez pensait que le développement de l’éducation du peuple était une activité hautement subversive” nous explique José Javier León, professeur à l’UBV et spécialiste de l’Histoire du Venezuela. “C’était subversif car on était alors dans une société raciste et productrice d’exclusion.”

Le point fondamental de la philosophie de la mission Robinson est donc de “donner le savoir et la connaissance à un peuple qui restr jusque là esclave” décrit l’historien Carmelo Raydán. ”Historiquement, l’écriture est un outil des élites” avertit Léon, licencié en lettres “et ce type d’éducation (selon les principes de Rodriguez) nous a permis de prendre à bras le corps la cruciale question des lettres. Cette pensée subversive fait rupture avec la médiocre et conservatrice pensée espagnole” précise-t-il. Raydan ajoute “A cause de ce modèle (espagnol) dominant, le modèle éducatif de Rodriguez ne put en son temps trouver l’espace pour sa réalisation”.

Des siècles plus tard, au Venezuela, l’éducation est enfin un droit du peuple. Une étude de l’Institut Latino-américain des Recherches Sociales a montré que les participants à la mission Róbinson “sont des personnes exclues du système éducatif traditionnel ou qui ne peuvent pour diverses raisons poursuivre leur études initiales. La grande majorité des étudiants est issue des strates socio-économiques les plus basses” C’est une question structurelle. D’ailleurs les personnes évoquent comme raison principale de l’abandon de leurs études la situation économique de leur famille.

La relation interne du groupe d’étude est un autre aspect important : “car le formateur doit se familiariser avec les étudiants” nous dit Edixon Plaza, ex-formateur dans la communauté El Gateiro à Maracaibo. “Nous sommes satisfaits de voir comment quelqu’un ne sachant pas lire peut apprendre et réussir” ajoute Plaza, communicateur social. “Apprendre à lire c’est rendre sa souveraineté à un être humain” expliquet Léon. “c’est un changement de vie, une nouvelle naissance” explique Castillo.

La nouvelle vie

A 68 ans, Sixta, venue au Venezuela pour mieux vivre, a finalement réalisé son projet. “Aujourd’hui, je suis une autre personne” assure-t-elle. “J’ai appris à lire grâce à la mission Robinson, je me suis diplômée avec la mission Ribas et maintenant je m´oriente vers la mission Sucre” nous dit-elle avec fierté.

“Nous sommes tous très fiers d’elle” nous explique Yasmín Atencio, une de ses filles. “C’est très bien d’aider ma mère dans sa formation, elle a fait l’impossible pour nous permettre de réussir aussi”. Susana, une autre de ses filles née en Colombie use de son temps libre pour soutenir sa mère.

Aujourd’hui, Sixta bénéficie aussi de la Mission Identité et a pu régulariser ses papiers. Désormais, elle ne marche plus dans la rue de la même manière. “Il me manque encore à apprendre beaucoup de choses, mais je peux maintenant lire, je comprends mieux les choses, certains se moquent et critiquent le fait que je sois encore étudiante à mon âge. Ils dénigrent la mission, mais moi, maintenant, je suis diplômée. Je les entends et je me dis intérieurement qu’il vaut mieux que je me taise, ce n’est même pas la peine de discuter avec ces brutes”. Le changement de vie a été si important pour elle qu’elle peut se permettre d’appeler “brutes” ses contempteurs. Aujourd’hui, elle voit son rêve se réaliser. Deux de ses enfants sont bacheliers, l’une est maitresse d’école diplômée universitaire et l’autre est licenciée en travail social.

En 2004, son neveu Ricardo lui avait dit que dans son collège à Pinincha, au centre de Maracaibo, d’autres adultes étudiaient dans une mission du nouvau gouvernement. Sixta ne pouvait pas imaginer à quelle point ce que lui disait ce petit garçon de 7 ans allait lui être utile pour construire sa nouvelle vie.

Données de la mission Robinson :

Population indigène

Nous avons réussi à alphabétiser nos peuples indigènes dans les Etats d’Amazonas, Anzoátegui, Apure, Bolívar, Delta Amacuro, Monagas, Sucre y Zulia, apportant ainsi une aide essentielle à ces secteurs qui sont parmi les plus pauvres du pays. Leur apprendre à lire et écrire a été un de nos plus grand défi, car pour cela, il fallut traduire l’ensemble de notre matériel dans les langues originaires indigènes correspondantes : jivi, yekwana, kariña y warao.

Population pénitenciaire

Dès son lancement, l’intégration de l’univers carcéral au Système Éducatif Vénézuelien a été un des fers de lance de la mission. Cela a permis l’alphabétisation des détenus et la poursuite des formations d’éducation initiale, secondaire et même supérieure avec les autres missions Ribas et Sucre pour toutes les personnes incarcérées qui le désiraient.

Population malvoyante

La méthode d’apprentissage “Yo Sí Puedo”, (« Oui, je peux »), inventée á Cuba et applaudie par l`UNESCO, a été traduite en braille et des manuels ont été publiés spécifiquement pour les non-voyants, créant ainsi un matériel novateur, pratique et en accord avec les besoins de ces personnes.

Une stratégie par phases

ROBINSON 1 “YO, SÍ PUEDO”

Cette première étape a diffusé la connaissance dans tous les recoins du pays, permettant l’alphabétisation des vénézuelien-ne-s qui ne savaient pas encore lire ni écrire. La méthode “Yo, sí puedo” (Oui, je peux) se base sur l’association de chiffres et de lettres en partant du principe que l’adulte analphabète connait naturellement les nombres. Chaque lettre est associée à un chiffre conformément à une étude préalable des phonèmes. On a ainsi une méthode où la personne sait déjà la moitié des choses (les chiffres) et découvre l’autre moitié (les lettres). La méthode utilise les technologies audiovisuelles – télévision, cassettes et vidéoconférence – ce qui permet la massification des matières éducatives.

ROBINSON 2 : Bataille pour le Sexto Grado

Cette phase est née le 15 septembre 2003 avec l’objectif de garantir l’acquisition du sexto grado (équivalent niveau collège) autant pour ceux qui ont déjà suivi la mission Robinson 1 comme pour n’importe qui ayant abandonné son éducation de base. Cette étape de la mission d’appui auss sur la méthode “Yo, sí puedo”.

ROBINSON 3 : Cercles de travail et d’étude

Elle est née en septembre 2006 avec l’objectif de diffuser et d’établir l’habitude de la lecture, pour renforcer et permettre de suivre l’actualité sur les questions politiques, économiques, sociales, culturelles et d’intérêt général.

RÓBINSON PRODUCTIVE :

La proposition tient ici à l’élargissement de l’horizon et des opportunités des citoyens membres de la mission. Il s’agit d’inclure les questions de formation socio-productives dans la formation académique sans remettre en cause les fondamentaux pédagogiques, en contribuant à l’augmentation du bien être socio-économique de la collectivité, en contribuant à la construction d´une économie socialiste du pays.

FONDO DE APOYO SOLIDARIO (FAS)

Ce fonds créé en décembre 2004, est né de la proposition d’apporter un appui complet aux citoyens, formateurs, coordinateurs, superviseurs et familles pour les questions de santé et d’aide sociale.

ROBINSON INTERNACIONAL

Né le 19 mars 2006, cette mission vise à développer une coopération internationale et un échange dans les domaines éducatifs et sportifs avec d’autres pays d’Amérique Latine et du monde nécessitant des programmes d’alphabétisation et d’éducation. Actuellement, des brigadistes vénézueliens se trouvent au Nicaragua et en Bolivie où ils réalisent des recensements dans les différents localités pour permettre aux personnes qui en ont besoin de participer à des projets d’alphabétisation.

T/ Arlenin Aguillón. F/ Cortesía Familia Palma.

Sources : Radio Nacional de Venezuela/ Courrier de l’Orénoque

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/