Vie de Sixta : une brève histoire de la révolution vénézuélienne

jeudi 5 novembre 2009

Le premier février 2005, un rapport mondial a montré qu’il existait 39 millions d’adultes analphabètes dans toute l’Amérique Latine et les Caraibes et que pour éliminer ce problème à l’horizon de 2015, un investissement de 6,9 milliards de dollars seraient nécessaires.

L’étude a été élaborée par la Commission Économique pour l’Amérique Latine et les Caraibes (CEPAL) et l’Office Régional pour l’Amérique Latine et les Caraibes de l’UNESCO. En 2005, dans 10 des 22 pays de la région le taux d’analphabétisme était supérieur ou égal à 10% et dans cinq d’entre eux il dépasse 20%.

Neuf mois après l’annonce de ce terrible bilan régional, Koichiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO a proclamé le Venezuela comme pays libre d’analphabétisme. Ce 28 octobre 2005 fut un jour historique pour la nation bolivarienne.

Meilleure qualité de vie

Sixta Palma Orozco a passé son enfance à Las Nieves, localité située dans l’agglomération de Barranquilla, en Colombie. Là-bas, c’est sa mère Petilla qui lui a appris “la vie”. Comme pour nombre de latino-américains cette « vie”n’était pas des plus enviables.

Sixta était encore enfant dans les années 40. Une âpre décennie pour le monde entier, y compris pour la Colombie. La seconde Guerre Mondiale a anéanti 2% de la population mondiale totale. En Colombie pendant ces années, Jorge Eliécer Gaitán mena une lutte pour les revendications sociales jusqu’à ce qu’on l’assassine le 9 avril 1948.

Soumise à tant de pressions, Sixta ne put apprendre à lire. Ainsi les années passèrent jusqu’à ce qu’elle devienne une jeune femme. Elle ne savait toujours pas lire mais avait le minimum nécessaire pour vivre. A 19 ans, au milieu des années 60, elle eut son premier enfant et deux ans plus tard son deuxième. La Colombie vécut alors une explosion sociale. Au Venezuela on découvrait la “démocratie” avec Romulo Betancourt. Sixta avait 23 ans et la charge d’être mère l’obligea à prendre une décision : fuir la misère de la Colombie en cherchant ailleurs une meilleure qualité de vie. Ainsi arriva-t-elle au Venezuela. Là-bas restèrent les souvenirs de son enfance Las Nieves, sa mère et sa vie colombienne. “Je suis venue parce que j’avais besoin d’une meilleure vie” répond Sixta, âgée aujourd’hui de 68 ans. “La vie état très difficile à cette époque, même si ça n’a pas beaucoup changé en Colombie depuis” ajoute-t-elle.

Elle fut accueillie a Venezuela par Maria, autre colombienne dans la même situation et qui avait cherché à Maracaibo (Venezuela) une vie meilleure.”Elle m’a accueillie comme une sœur” se rappelle Sixta. ”Elle m’a beaucoup aidé pour comemncer ma nouvelle vie”. Mais cette “nouvelle vie” au Venezuela ressemblait peu ou prou à celle qu’elle avait fui en Colombie. “Femme de ménage là-bas, je le suis toujours ici”. Ce n’était pas de sa faute. C’était la conséquence de son illettrisme. Cependant, être illettrée était la conséquence de l´exclusion sociale, de tout un système.

Rude Venezuela

15 à 20 ans de vie à Las Nieves lui donnèrent une large expérience, temps durant lequel elle donna naissance à 5 autres enfants. Nous sommes alors dans les années 80, époque des présidents « démocratiques » du Venezuela Luis Herrera, Jaime Lusinchi. “La nouvelle vie” de Sixta n’avait toujours pas commencé. Elle continuait de survivre, très loin de vivre. A l’époque l’IDH du Venezuela était de 0,765, un IDH moyen.

Pendant les années 80 le pays de Bolivar souffrit des conséquences de terribles politiques d’exclusion sociale. De 1980 à 1994 l’investissement en santé publique diminua de 43%, selon un rapport présenté à l’ONU par des ONGs. Toute cette situation généra une augmentation du nombre de foyers en situation de pauvreté, de 46% en 1988 à 76% en 1994.

Sixta survivait alors avec les mille Bolivars qu’elle gagnait chaque mois. “Sans sécurité sociale ni aucun autre avantage” se remémore-t-elle. Ce sont ces chiffre-clefs qui permettent de comprendre l’autre grande explosion sociale que vécut cette exilée colombienne : le Caracazo, quand le peuple vénézuélien affamé descendit dans la rue pour réclamer ses droits face aux mesures néo-libérales et brutales du FMI, en 1989.

Deux scénarios difficiles

Les années 90 menèrent le pays à une situation alarmante de pauvreté alors qu’il restait un des principaux producteurs pétroliers. Une rébellion civico-militaire organisée par un certain Hugo Chavez annonça des changements possibles. Mais il y eut l´échec du soulèvement, le “pour l’instant nous renonçons”. Sixta, la colombienne qui avait quitté son pays 23 ans plus tôt, dut poursuivre sa lutte.

Ses enfants grandirent et l’aidèrent, mais un poste de vente de nourriture rapide était le seul gagne-pain de la famille. Le travail informel concernait presque 50% de la population dans le pays. Un peuple meurtri était pour la seconde fois aux mains de Rafael Caldera. Et il en paya les conséquences une deuxième fois.

En 1997, 47,3% de la population de moins de 12 ans était en situation de pauvreté et 21,9% en situation de pauvreté extrême selon les chiffres d’une Étude de l’Université Bolivarienne du Venezuela (UBV). A la fin du mandat de Caldera, 18 millions d’enfants et adolescents travaillaient dans la rue et 407000 enfants étaient sans-papiers, selon la même étude.

Même si la situation dans le pays était difficile, c’eût été encore pire de retourner à Las Nieves, en Colombie. “En 1992, les 10% des plus riches disposaient de 33% des revenus globaux” révèle une étude de l’Observatoire de l’Économie Latino-américain. “Cinq ans plus tard, ces mêmes 10% détenaient 58% des richesses totales” peut-on lire dans le rapport. Et de 1996 à 1999 le nombre de foyers sous le seuil de pauvreté passa de 53,8% à 60%.

La refondation de la patrie

En 1998, avec 56,20% des suffrages, la population vénézuelienne décida de changer de cap en élisant pour président Hugo Chávez.

Ainsi commença le processus de l´assemblée constituante, comme actuellement au Honduras, qui allait donner naissance à la Cinquième République, comme base fondamentale de l’intégration de tous les citoyens. Une intégration méprisée par l’oligarchie métisse, qui mit en œuvre un coup d’Etat en 2002 et sabota l’èconomie.

Ces actions menèes par la contre-révolution ont généré rien que pour 2002 des pertes de 20 à 25 milliards de dollars pour le budget national, avec la grève des cadres de l`industrie pétrolière. Pour autant, cela n’a pas empêché le Gouvernement révolutionnaire de lancer les Missions Sociales avec l’appui de la Rèpublique de Cuba.

Les missions permirent d’aborder de manière complète les “problèmes générés par tant d’années d`exclusion durant le IVe République” explique le sociologue Freddy Castillo. Le Venezuela avait vécu sous un État bourgeois durant de longues décennies et cela a déclenché “une terrible crise sociale” à laquelle devait répondre le gouvernement bolivarien avec volontarisme. “A l’échec de l’État bourgeois, on a cherché une alternative” explique le sociologue.

Cette alternative s’est manifestée en premier lieu par la mission Barrio Adentro puis avec l`ensemble du plan stratégique. Une étude menée par l’UBV dans la communauté El Gaitero a mis en lumière que “les missions se complètent et qu’elles ne peuvent être envisagées séparément”. Dans ce cadre, la mission Robinson s’effectua en plusieurs étapes et derrière elles ont suivi les missions Ribas, Sucre et Alma Mater.

Education pour le peuple

Le concept de la mission s´enracine dans la philosophie de Simón Rodríguez (professeur rousseauiste de Simon Bolivar), pour qui il fallait libérer le peuple au travers de l’éducation. “Rodríguez pensait que le développement de l’éducation du peuple était une activité hautement subversive” nous explique José Javier León, professeur à l’UBV et spécialiste de l’Histoire du Venezuela. “C’était subversif car on était alors dans une société raciste et productrice d’exclusion.”

Le point fondamental de la philosophie de la mission Robinson est donc de “donner le savoir et la connaissance à un peuple qui restr jusque là esclave” décrit l’historien Carmelo Raydán. ”Historiquement, l’écriture est un outil des élites” avertit Léon, licencié en lettres “et ce type d’éducation (selon les principes de Rodriguez) nous a permis de prendre à bras le corps la cruciale question des lettres. Cette pensée subversive fait rupture avec la médiocre et conservatrice pensée espagnole” précise-t-il. Raydan ajoute “A cause de ce modèle (espagnol) dominant, le modèle éducatif de Rodriguez ne put en son temps trouver l’espace pour sa réalisation”.

Des siècles plus tard, au Venezuela, l’éducation est enfin un droit du peuple. Une étude de l’Institut Latino-américain des Recherches Sociales a montré que les participants à la mission Róbinson “sont des personnes exclues du système éducatif traditionnel ou qui ne peuvent pour diverses raisons poursuivre leur études initiales. La grande majorité des étudiants est issue des strates socio-économiques les plus basses” C’est une question structurelle. D’ailleurs les personnes évoquent comme raison principale de l’abandon de leurs études la situation économique de leur famille.

La relation interne du groupe d’étude est un autre aspect important : “car le formateur doit se familiariser avec les étudiants” nous dit Edixon Plaza, ex-formateur dans la communauté El Gateiro à Maracaibo. “Nous sommes satisfaits de voir comment quelqu’un ne sachant pas lire peut apprendre et réussir” ajoute Plaza, communicateur social. “Apprendre à lire c’est rendre sa souveraineté à un être humain” expliquet Léon. “c’est un changement de vie, une nouvelle naissance” explique Castillo.

La nouvelle vie

A 68 ans, Sixta, venue au Venezuela pour mieux vivre, a finalement réalisé son projet. “Aujourd’hui, je suis une autre personne” assure-t-elle. “J’ai appris à lire grâce à la mission Robinson, je me suis diplômée avec la mission Ribas et maintenant je m´oriente vers la mission Sucre” nous dit-elle avec fierté.

“Nous sommes tous très fiers d’elle” nous explique Yasmín Atencio, une de ses filles. “C’est très bien d’aider ma mère dans sa formation, elle a fait l’impossible pour nous permettre de réussir aussi”. Susana, une autre de ses filles née en Colombie use de son temps libre pour soutenir sa mère.

Aujourd’hui, Sixta bénéficie aussi de la Mission Identité et a pu régulariser ses papiers. Désormais, elle ne marche plus dans la rue de la même manière. “Il me manque encore à apprendre beaucoup de choses, mais je peux maintenant lire, je comprends mieux les choses, certains se moquent et critiquent le fait que je sois encore étudiante à mon âge. Ils dénigrent la mission, mais moi, maintenant, je suis diplômée. Je les entends et je me dis intérieurement qu’il vaut mieux que je me taise, ce n’est même pas la peine de discuter avec ces brutes”. Le changement de vie a été si important pour elle qu’elle peut se permettre d’appeler “brutes” ses contempteurs. Aujourd’hui, elle voit son rêve se réaliser. Deux de ses enfants sont bacheliers, l’une est maitresse d’école diplômée universitaire et l’autre est licenciée en travail social.

En 2004, son neveu Ricardo lui avait dit que dans son collège à Pinincha, au centre de Maracaibo, d’autres adultes étudiaient dans une mission du nouvau gouvernement. Sixta ne pouvait pas imaginer à quelle point ce que lui disait ce petit garçon de 7 ans allait lui être utile pour construire sa nouvelle vie.

Données de la mission Robinson :

Population indigène

Nous avons réussi à alphabétiser nos peuples indigènes dans les Etats d’Amazonas, Anzoátegui, Apure, Bolívar, Delta Amacuro, Monagas, Sucre y Zulia, apportant ainsi une aide essentielle à ces secteurs qui sont parmi les plus pauvres du pays. Leur apprendre à lire et écrire a été un de nos plus grand défi, car pour cela, il fallut traduire l’ensemble de notre matériel dans les langues originaires indigènes correspondantes : jivi, yekwana, kariña y warao.

Population pénitenciaire

Dès son lancement, l’intégration de l’univers carcéral au Système Éducatif Vénézuelien a été un des fers de lance de la mission. Cela a permis l’alphabétisation des détenus et la poursuite des formations d’éducation initiale, secondaire et même supérieure avec les autres missions Ribas et Sucre pour toutes les personnes incarcérées qui le désiraient.

Population malvoyante

La méthode d’apprentissage “Yo Sí Puedo”, (« Oui, je peux »), inventée á Cuba et applaudie par l`UNESCO, a été traduite en braille et des manuels ont été publiés spécifiquement pour les non-voyants, créant ainsi un matériel novateur, pratique et en accord avec les besoins de ces personnes.

Une stratégie par phases

ROBINSON 1 “YO, SÍ PUEDO”

Cette première étape a diffusé la connaissance dans tous les recoins du pays, permettant l’alphabétisation des vénézuelien-ne-s qui ne savaient pas encore lire ni écrire. La méthode “Yo, sí puedo” (Oui, je peux) se base sur l’association de chiffres et de lettres en partant du principe que l’adulte analphabète connait naturellement les nombres. Chaque lettre est associée à un chiffre conformément à une étude préalable des phonèmes. On a ainsi une méthode où la personne sait déjà la moitié des choses (les chiffres) et découvre l’autre moitié (les lettres). La méthode utilise les technologies audiovisuelles – télévision, cassettes et vidéoconférence – ce qui permet la massification des matières éducatives.

ROBINSON 2 : Bataille pour le Sexto Grado

Cette phase est née le 15 septembre 2003 avec l’objectif de garantir l’acquisition du sexto grado (équivalent niveau collège) autant pour ceux qui ont déjà suivi la mission Robinson 1 comme pour n’importe qui ayant abandonné son éducation de base. Cette étape de la mission d’appui auss sur la méthode “Yo, sí puedo”.

ROBINSON 3 : Cercles de travail et d’étude

Elle est née en septembre 2006 avec l’objectif de diffuser et d’établir l’habitude de la lecture, pour renforcer et permettre de suivre l’actualité sur les questions politiques, économiques, sociales, culturelles et d’intérêt général.

RÓBINSON PRODUCTIVE :

La proposition tient ici à l’élargissement de l’horizon et des opportunités des citoyens membres de la mission. Il s’agit d’inclure les questions de formation socio-productives dans la formation académique sans remettre en cause les fondamentaux pédagogiques, en contribuant à l’augmentation du bien être socio-économique de la collectivité, en contribuant à la construction d´une économie socialiste du pays.

FONDO DE APOYO SOLIDARIO (FAS)

Ce fonds créé en décembre 2004, est né de la proposition d’apporter un appui complet aux citoyens, formateurs, coordinateurs, superviseurs et familles pour les questions de santé et d’aide sociale.

ROBINSON INTERNACIONAL

Né le 19 mars 2006, cette mission vise à développer une coopération internationale et un échange dans les domaines éducatifs et sportifs avec d’autres pays d’Amérique Latine et du monde nécessitant des programmes d’alphabétisation et d’éducation. Actuellement, des brigadistes vénézueliens se trouvent au Nicaragua et en Bolivie où ils réalisent des recensements dans les différents localités pour permettre aux personnes qui en ont besoin de participer à des projets d’alphabétisation.

T/ Arlenin Aguillón. F/ Cortesía Familia Palma.

Sources : Radio Nacional de Venezuela/ Courrier de l’Orénoque

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/

« Le Monde » et le Venezuela : Jean-Pierre Langellier prend un aller simple pour le pays des soviets

Le 27/08/2009, sous le titre “Au Venezuela, une loi sur l’éducation ouvre la voie à la censure de la presse”, le “Monde” attaque la loi de l´éducation que viennent d´adopter les députés. Le correspondant Jean-Pierre Langelier, qui rédige cet article depuis … Rio de Janeiro, fait siens les mensonges d´une droite férocement opposée depuis dix ans à toute avancée democratique et sociale, et de plus en plus médiatique (1). Analyse (non exhaustive).

1. J.-P. Langellier :La récente promulgation d’une loi organique d’éducation renforçant le contrôle de l’Etat vénézuélien sur l’école et l’université inquiète de larges secteurs de l’opinion qui accusent le président Hugo Chavez de vouloir apparenter de plus en plus son régime au modèle cubain.”

Ce qui frappe au contraire c´est le faible nombre des opposants (conséquence des divisions et du déclin relatif de la droite). Cette faiblesse numérique pousse l´opposition à la “violence sur commande“. Captés par AP ou Reuters, les gros plans de la “répression” font le tour du monde en un éclair. L´opposition vénézuélienne dispose de 80 % des ondes radio, TV et de la presse écrite sur le plan national. Elle se sent aussi encouragée dans cette violence par l´écho complaisant qu´elle suscite dans CNN, Fox, Reuters, El Pais, le Monde, Libération, etc..

Langelier occulte que la majorite de la population appuie la nouvelle loi (4, voir photos) Dans tout le pays, des dizaines de milliers de citoyen(ne)s défendent pacifiquement le droit nouveau à une “éducation publique et sociale, obligatoire, gratuite, de qualité, de caractère laïque, intégrale, permanente, socialement pertinente, créative, artistique, innovatrice, pluriculturelle, multiethnique, interculturelle et multilingue. (Art.3) et qui vise à “développer le potentiel créateur de chaque etre humain en vue du plein exercice de sa personnalité et de sa citoyenneté”, á “stimuler le respect de la dignite des personens” ; á “développer la formation d´une conscience écologique pour préserver la biodiversité”. (Art. 15)

2. Mr. Langellier poursuit :L’université ne contrôlera plus seule les admissions et les élections internes, ce qui représente une double menace pour son autonomie”. Le monde universitaire s’est déclaré en « désobéissance civile« .

Les droits d´inscription exorbitants pratiqués par de nombreuses universites privees ont pendant longtemps tenu la majorité sociale á l´écart de l´éducation supérieure (on compte au Venezuela 80 % de secteurs populaires). La nouvelle loi démocratise les élections internes jusqu´ici réservée á une minorité, en incluant l´ensemble du personnel et de la communauté universitaires. La fin du négoce et du suffrage censitaire irrite logiquement les entrepreneurs du savoir, mais ne peut que réjouir les esprits démocratiques. C´est pourquoi la majorité des étudiants et des professeurs approuve cette réforme.

3.L´Eglise proteste contre la disparition de toute mention d’un enseignement catholique facultatif.”

La hiérarchie catholique a longtemps régné sur l´éducation et largement profité des subventions de l´Etat. Elle perd un de ses grands négoces. D´ou sa campagne féroce contre un “Chavez qui veut chasser Dieu de l´école” (2). Dans la nouvelle loi, “les familles ont le droit et la responsabilité de l´éducation religieuse de leurs enfants, en accord avec leurs convictions et conformément a la liberté religieuse et de culte, prévue par la Constitution de la Republique. L´Ètat veillera en toute circonstance á maintenir le caractère laïque de l´éducation et à préserver son indépendance vis-à-vis des courants et des organismes religieux” (art. 7)

4. Selon Langellier,sous prétexte de légiférer sur l’école, deux articles visent une autre cible : les médias. L’enseignement scolaire devra inclure « une analyse critique des moyens de communication » ; les médias ne pourront publier des informations qui « terrorisent les enfants » ou « portent atteinte aux saines valeurs du peuple vénézuélien ». Une interdiction aussi vague ouvre la voie à toutes les censures.

L´article de loi en question n´a rien de neuf. C´est une copie fidèle de la loi votée en 1980 (art. 11), soit 18 ans avant la premiere élection de Chavez. Cet article évoquait déjà la necessité de protéger les enfants de tout ce qui peut les terroriser, les pousser à la violence, à la haine, etc… Un article auquel nul n´avait trouvé à redire. Tous savent que le temps passé devant la télévision a deplacé depuis longtemps celui passé sur les bancs de l`école (avec les conséquences dramatiques, violentes qu´on a pu observer ici et là, aux Etats-Unis ou en France). La vraie nouveauté de la loi, c´est l´éducation critique aux médias, une mesure souvent recommandée par les pédagogues du monde entier et qui angoisse Mr. Langellier. Celui-ci ferait bien de relire ce qu´un rédacteur en chef du Monde proposait dès 1979 : « Savoir maîtriser les médias, avoir une attitude critique à leur égard, c’est à coup sûr se donner la possibilité d’être mieux informé, et d’en tirer le plus grand parti possible. Un lecteur qui comprend les mécanismes de fabrication d’un journal, qui sait analyser un article, comparer diverses sources… sera plus exigeant. L’école est le premier lieu où doit se faire cet apprentissage (…) L’éducation du citoyen et sa liberté dépendent aujourd’hui de sa capacité à maîtriser le flot d’informations qu’il reçoit ou subit.” (3)

Trente ans plus tard le Monde en est réduit au journalisme de guillemets. La matrice mondiale (Venezuela = Cuba =URSS) permet de remplacer l´enquête par la typographie. “Socialisme”, “textes socialistes”, “principes du socialisme”, “fils d`ouvrier”, les guillemets de Mr. Langelier sont censés nous faire peur.

Hier le Monde dénonçait la volonté de Chavez d´imposer un “parti unique”. Hélas, le recyclage du bon vieux film de guerre froide n´a pas marché..  Deux ans plus tard ce “parti socialiste unifié” n´a fait que prendre sa place parmi quarante autre partis, de droite et de gauche, qui sont régulièrement soumis au choix dex électeurs. Privé de droit de suite, le lecteur du Monde n´en saura rien.

Nostalgique infatigable du carton-pàte hollywoodien des années 50, J.-P. Langellier dénonce cette fois la présence de “conseils communaux” comme “agents d´éducation” contrôlés par le pouvoir. En omettant de dire que ces conseils communaux descendent en droite ligne des assemblées de budget participatif que les altermondialistes admiraient a Porto Alegre (Brésil). Structures-clefs de la démocratie participative, parfois embryonnaires, ils sont ouverts à tous, au point que des partis de droite comme Primero Justicia, en contrôlent certains. Les projets qu´ils proposent, financés par l´Etat, sont réalisés par les habitants eux-mêmes, une bonne manière de lutter contre la corruption qui sévissait dans l´usage des fonds publics.

Les tenants d´une conception démocratique, participative de l´école ne peuvent que se réjouir de ce que parents, élèves, habitants travaillent la main dans la main pour faire sortir l´école de ces murs, lui rendre sa dimension sociale, développer les valeurs de solidarité, d´égalité, de lutte contre toute forme de discrimination, comme le demande la nouvelle loi. Des générations de pédagogues, de Paulo Freire à Jean Piaget, en ont rêvé. Le Venezuela l´a fait. Les lecteurs auront-ils droit à une enquête de terrain, contradictoire, sur la concrétisation de cette loi ? Parti précipitamment pour le pays des soviets, le correspondant du Monde restait hier injoignable.

Thierry Deronne, Caracas.

Notes :

(1) Pour savoir ce qu´écrira demain Mr. Langelier, voyez ce que dit aujourd´hui la télévision privée venezuelienne (80 % des ondes) dont RCTV, http://elobservador.rctv.net/ soi-disant “fermée par Chavez”, Globovision, http://globovision.com/channel.php?cha=1 ou la presse écrite, majoritairement d´opposition : Tal Cual http://www.talcualdigital.com/index.html , El Nacional, http://www.el-nacional.com/, El Universal, http://opinion.eluniversal.com/, ou Ultimas noticias,http://www.ultimasnoticias.com.ve, La Razón, http://www.larazon.net/

(2) Le cardinal Velazco avait signé de sa main, face aux caméras des télévisions privées, le décret du coup d`Etat contre le president Chávez (12 avril 2002). Au Honduras le clergé catholique vient d`avaliser le coup d´Etat contre un president jugé trop réformiste.

(3) Jacques Fauvet, préface de LIRE LE JOURNAL, de Yves Agnès et Jean-Michel Croissandeau, pour comprendre et expliquer les mécanismes de la presse écrite, avec 110 fiches pratiques, – Saint-Julien-du-Sault : Éd. Lobbies, 1979. -263 p. (Cité par Hugo Chavez le 16/08/2009).

(4) Images occultées par le Monde : moblisations massives en faveur de la loi :

Images diffusées mondialement : l´opposition « réprimée »  :


« Fils de l´arbre de vie »

Municipe Atunes, Etat Amazonas. Depuis la Curiara, tandis que nous naviguons sur le fleuve Orinoco, nous rencontrons Luis Inagas, correspondant indigène de RNV (Radio Nationale du Venezuela). « Nous naviguons actuellement sur le fleuve le plus grand du Venezuela, et le troisième plus grand en Amérique latine. Certains disent qu’il a été découvert il y a 1500 ans… Mais il s’agit de la propagande médiatique de l’époque : le fleuve Orinoco était déjà la terre de nos aborigènes qui vivaient sur ses rives. L’Orinoque signifie pour nous le Grand Serpent, et il mesure plus de 2000km », nous raconte-t-il.

« Sur ce fleuve, depuis des milliers d’années, nos frères Yanomami, Caribe, Currutacos, Yecuana et Araguacos ont navigué… Nos vingt peuples ancestraux l’ont parcouru, sur leurs canoës. Des peuples de l’eau. Ce fleuve est un pain de vie, qui nous alimente jour après jour. Depuis le fleuve on peut voir les « churuatas » (habitations circulaires au toit de palme), les « curiaras » (petits canoës creusés dans un tronc d’arbre), et surtout les visages de notre peuple. »

Nous arrivons ainsi à la communauté Betania de Topocho, à 45 km de Puerto Ayacucho, dont les maisons aux sols en terre battue et aux toits de palme, sans cloisons intérieures, sont habitées par des familles qui viennent à 99% de l’ethnie Píaroa et à 1% des Gibis. « Cette communauté a été construite par ses propres habitants, il y plus de 35 ans, et compte 105 familles au total », nous explique notre compagnon Héctor Pérez, leader social de la communauté de Betania.

A l’entrée du village, une grande pancarte nous souhaite la bienvenue de la part des enfants du village dans la langue Piaroa :  » AQUIHUA’A CUICHÂTUCUAMA ». Elle nous signale l’Unité Educative Bolivarienne du 27 juin, fondée par la communauté indigène le 17 octobre 1978. Ses 135 participants travaillent à préserver, à travers une éducation interculturelle binlingue, la signification de notre héritage indigène : calendrier productif de l’installation du conuco (parcelle de terre cultivée, saison des pluies, récolte des fruits et des bachacos (grosses fourmis), musique, danse, artisanat, élaboration du casabe (pain de manioc) et préparation des typiques mañococatare, et yare.

Pablo Pérez nous explique que « l’éducation commence dans les foyers, mais nous, les facilitateurs, nous sommes les seconds parents à l’école. »

Source : Radio Nationale du Venezuela

« Seuls deux instituteurs y travaillaient »

LAS CACHAMAS, communité indigène de l’Etat Amazonas se trouve confrontée à une sérieuse problématique concernant l’éducation de ses enfants.

En effet, ceux-ci ne disposent pas de salle de classes. Etant donné les circonstances – la reprise des cours était imminente – ils se sont vus dans l’obligation d’utiliser un rancho (une habitation modeste, souvent construite par les propres habitants), où les conditions étaient inhumaines pour les enfants : pas d’hygiène élémentaire, un sol en terre battue, pas de lumière, des rideaux à la place des murs, pas de chaises, des pupitres bien trop lourds pour les enfants.

« Seuls deux instituteurs y travaillaient » – l’un enseignant aux classes de premier, deuxième et troisième niveau d’éducation initiale (de 4 à 6 ans), l’autre s’occupant des premier au troisième niveaux basiques (de 7 à 9 ans). Les parents doivent ensuite se charger de trouver où leurs enfants pourront poursuivre leurs études.

Grâce au Conseil Communal de Las Cachamas, la communauté indigène de Piaroa a obtenu une aide pour construire l’école, afin que leurs enfants puissent recevoir une bonne éducation. Et le plus important est que cette école va être construite au sein même de la communauté. Cette école sera pourvue du matérial nécessaire à l’éducation des enfants ; elle leur offrira aussi des repas, et mettra à la disposition de ses élèves une cour de récréation.