(Photos :) La Commune « Indigènes Quiriquire » de Yare : un exemple d’organisation citoyenne

1 qA quelques kilomètres de la route Tocorón-Punta Brava, dans le secteur de San Francisco de Yare, État de Miranda, deux portails conduisent à une immense propriété de 2,6 hectares récupérés par les organisations citoyennes. L’ancienne Hacienda San Juan, rebaptisée Centre Agroécologique « Indigènes Quiriquire », est protégée par la fraîcheur des arbres fruitiers.3 q

Debout face à un foyer, casquette et chemise rouge, la porte-parole du parlement communal Elizabeth Guzmán a milité toute sa vie. Elle raconte qu’elle travaille ici depuis trois ans, depuis que le gouvernement national a déclaré la propriété d’utilité publique et l’a transformée en centre agro-écologique. Parmi les projets qu’y gère aujourd’hui la commune sur une aire de 127 hectares, on trouve les unités de culture protégée, le centre de stockage de produits laitiers Tocorón, le centre de traitement d’eau, l’usine d’aliments pour animaux et l’usine de produits laitiers Yare.2 q

La Commune “Indigènes Quiriquire” est une des expressions concrètes du pouvoir citoyen dans la région des Vallées du fleuve Tuy. Elle regroupe neuf conseils communaux, quatre d’entre eux faisant partie du secteur agricole de cette zone qui compte une population de 5.033 habitants.4 q

Six femmes, porte-paroles de l’organisation citoyenne, se répartissent les tâches de la cuisine, de l’entretien des espaces verts, des unités de culture et des espaces communs de cette hacienda faite de grands couloirs, d’une salle principale, d’une cuisine, de toilettes, de sept chambres et de six placettes baptisées Bolívar, Afrodescendance, La Milagrosa, San Antonio, Café Venezuela, Souvenir, ainsi que d’un espace réservé au grill et un parc pour les enfants. La vieille hacienda possède en outre une salle de conférences, des allées, des animaux (vaquiros (petits sangliers), vaches du type “maute”, pintades, oies, canards), des zones de culture de plantes médicinales (moringa, baies de morera, origan); des arbres fruitiers, cacao, légumes, racines et tubercules, parmi les aliments destinés à la population locale.9 q5 q

Elizabeth Guzmán évoque la récupération de cette hacienda par l’organisation citoyenne locale, fatiguée de voir la structure se détériorer et les fruits pourrir au pied des arbres : “les grands propriétaires préféraient laisser l’hacienda à l’abandon, ils préféraient jeter le lait produit plutôt que nous l’offrir”.6 q

Pour développer leurs projets socio-productifs, les membres de la Commune “Indigènes Quiriquire” comptent sur l’appui intégral et la formation permanente offertes par la Corporation pour le Développement de la Vallée du Fleuve Tuy Francisco de Miranda (Corpomiranda), l’Institut National de Développement Rural (Inder), la Corporation Vénézuélienne d’Alimentation, toutes deux inscrites au Ministère de l’Agriculture et des Terres.

Le centre développe diverses activités. Parmi elles, la vente de repas modiques pour les travailleurs des quatre usines et les visiteurs qui parcourent la route Tocorón-Punta Brava. 7 qMême s’il n’offre pas de logement touristique, le centre ouvre aussi ses espaces aux divers groupes citoyens (partis, conseils communaux, communes) pour leurs réunions et pour leurs ateliers de formation.

Production

Dans le rayon de la commune “Indigènes Quiriquire” fonctionne aussi le centre de stockage de produits laitiers Tocorón, secteur de San Francisco de Yare, inauguré le 7 mars 2015 par le président Nicolas Maduro afin d’articuler les systèmes de production, de distribution et de commercialisation avec les besoins de la population. Jorge Navas, coordinateur de ce centre, explique que l’activation de cette petite entreprise a créé 90 emplois directs et 15 indirects et bénéficiera à plus de 65 producteurs laitiers recensés et aux 32 mille habitants de la Vallée du fleuve Tuy.8 q

Le centre compte quatre entrepôts frigorifiques avec la capacité de stocker 3 mille litres de lait chacun, soit un total de 12 mille litres, pour la production du fromage (du type Paisa et demi dur). “Actuellement nous recevons mille litres de lait par jour pour produire 170 kilos de fromage par semaine”.

A court terme on prévoit le renforcement de la ligne de production pour élaborer la crème, le flan, le babeurre, le beurre et les confiseries à base de lait, produits qui seront écoulés à travers le supermarché public « Abasto Bicentenario ». “Nous attendons une écrémeuse pour initier la production de tous ces dérivés” ajoute Navas.

Pour construire ce centre de production laitière de 4.030 hectares, l’Etat a apporté 15 millions de bolivars. A part le centre de stockage proprement dit, on trouve des aires d’élevage de bétail, des corrals, des unités de traite et 30 hectares de patures irriguées, afin d’alimenter le bétail qui arrivera bientôt dans ce complexe agro-industriel.

Unité de production de maracuyas

Un autre projet mis en oeuvre par les membres de la Commune “Indigènes Quiriquire” de Yare, depuis janvier 2015, est la mise en culture de milliers de plants de maracuyas (fruits de la passion) sur un terrain de cinq hectares, lui aussi reconnu d’intérêt public, à l’entrée du secteur de Tocorón. “Ce terrain en friche est devenu productif. Avec un investissement de 6 millions de bolivars on a semé 4.700 arbustes de maracuya, sous la supervision de membres de la commune qui se consacrent à l’entretien, au désherbage, arrosage, fertilisation et à la récolte” poursuit Jorge Navas.

Actuellement l’Unité de Production de fruits, à son niveau le plus élevé, produit par semaine plus de 500 kilos de fruits écoulés par le même supermarché « Abasto Bicentenario » de la municipalité Cristóbal Rojas et des communautés des Vallées du Tuy. Une partie de la récolte sera traitée par l’Usine Laitière Yare, qui fonctionne depuis le 7 mars 2013 dans le complexe Agroindustriel Ezequiel Zamora, sur la route Ocumare – Yare.

Projets

Autres projets qu’on veut impulser avec l’appui de la commune : une unité d’extraction de  pulpe de fruits pour l’élaboration de jus et de produits concentrés et emballés. Cette usine génèrera de nouveaux emplois locaux. D’autres projets agricoles s’articulent autour de la Base agro-productive “La Espada de Bolívar”, sur la route nationale San Francisco de Yare- Santa Teresa del Tuy. Inaugurée il y a trois ans par le gouvernement, elle possède une surface de deux hectares composés d’une centaines d’aires de culture organoponique (écologique), un vivier de plantes médicinales (moringa et baies de morera) et d’ornement, un point d’Agrociudad, une salle de formation,  une chambre de conservation d’aliments, un bureau administratif, un réfectoire et sept réservoirs d’eau potable avec une capacité de 14 mille litres chacun. On y trouve aussi deux unités de culture protégée (avec la technologie de contrôle de température et d’humidité) qui permettront de récolter durant le reste de l’année des produits prisés comme la tomate et le poivron.10 q

Ces différents projets font partie des efforts actuels d’articulation des organisations communales avec le gouvernement pour développer le potentiel productif de l’État de Miranda.15 q 14 q 13 q 12 q 11 q

Source : AVN, Reina Ruiz, http://albaciudad.org/wp/index.php/2015/05/comuna-indios-quiriquire-de-yare-un-modelo-exitoso-de-organizacion-popular-fotos/

Traduction : T. Deronne

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Comment le Vénézuéla bolivarien fait baisser le chômage

1Au Venezuela 4,5 millions d’emplois ont été créés en 15 ans de révolution bolivarienne : le taux de chômage a baissé de 8%, passant de 14,7 % en juillet 1999 à 6,7 % en juillet 2014. C’est ce qu’ont annoncé conjointement le Vice-Président de Planification Ricardo Menéndez et le Président de l’Institut National de la Statistique (INE) Elías Eljuri.

Pour Menéndez, “malgré la guerre économique et les tentatives de déstabilisation, l’économie vénézuélienne s’est montrée non seulement capable d’absorber la totalité de la population économiquement active entrée dans le monde du travail entre juillet de 1999 et juillet 2014  – soit 3 millions 999 mille personnes. Elle a aussi permis à 533 mille personnes qui se trouvaient au chômage de trouver un emploi. Ce qui totalise une population de 4 millions 532 mille 331 personnes disposant d’un emploi”.

Le Président de l’Institut National de la Statistique a expliqué ce résultat en rappelant qu’à la différence des pays d’économie néo-libérale qui optent pour des politiques d’austérité, le Vénézuéla a multiplié sur ces quinze années les investissement sociaux et a fait sortir de la pauvreté des millions de vénézuélien(ne)s. Le budget social de l’État qui était de “36 % sous les gouvernements antérieurs est passé à 64% des revenus de la République, soit un bond de 27,9%. Sur 975 milliards de bolivars de revenus publics captés entre 1999 et 2013, 623 milliards ont été investis dans le secteur social, au bénéfice de la population”.

L’enquête de l’Institut National de la Statistique, menée en juillet 2014 auprès d’un échantillon de 6 mille 605 foyers, confirme également, pour la même période, une augmentation de 10% de l’emploi dans le secteur formel qui devient le secteur dominant, l’emploi dans le secteur informel ayant connu une baisse concomitante de 10 %.

Autre donnée révélée par cette étude, l’impulsion donnée depuis quinze ans aux politiques éducatives a permis de faire baisser le chômage des jeunes de 13,9 %. Un chiffre que le Ministre Menéndez a comparé avec ceux de pays européens où le chômage des jeunes peut atteindre des niveaux de 20%.

Grafico-desempleo

Source : http://www.ciudadccs.info/2014/09/en-venezuela-se-han-creado-45-millones-de-empleos-los-ultimos-15-anos/

Traduction : Thierry Deronne

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Nouvelle baisse du chômage en avril

Caracas, Venezuela, 28/05/14  Le rapport mensuel de l’Institut National de la Statistique indique que le taux de chômage est descendu à 7,1 %. En avril 1999, première année du gouvernement Chavez, le chômage au Venezuela était de 14,6%. Il a donc été diminué de 50 % en quinze ans de révolution bolivarienne. Au total 4 millions de personnes ont trouvé un emploi. Tandis que le travail dans le secteur informel est passé de 51 % en avril 1999 à 40,7% en avril 2014, dans le même temps, le secteur formel de l’économie a crû de 10,3 – passant de 49% en avril 1999 à 59,3% en avril 2014. Le rapport montre aussi qu’entre avril 2013 et avril 2014, 444 mil 313 personnes ont trouvé un emploi dans l’économie formelle.

L’évolution de l’emploi se caractérise par la consolidation des activités économiques qui génèrent la plus grande quantité d’emplois et par une stabilité accrue pour les travailleurs¨ précise le rapport qui souligne l’amélioration des conditions de travail.

Même les travailleurs indépendants installés à leur compte – 3 millions 637 mille 484 personnes – peuvent aujourd’hui cotiser à la sécurité sociale et ont droit aux pensions de vieillesse grâce à la modification de la Loi de l’Institut Vénézuélien de la Sécurité Sociale.

Nicolas Maduro le 24 mai 2014, lors d’une rencontre nationale avec les travailleurs du secteur public et les syndicats qui lui ont remis le projet de contrat collectif 2014-2016. Ce projet sera approuvé dans les 60 jours, a promis le président, qui a par ailleurs approuvé la nouvelle échelle d’augmentation du salaire pour l’administration publique, annoncé le renforcement de la Caisse d’Épargne et la création d’une Banque des Travailleurs où seront déposées toutes les prestations sociales qui leurs sont dues, et relancé la Mission Mercal Obrero qui prolonge le système de distribution des aliments à bas prix en installant ces magasins à proximité des lieux de travail.

Nicolas Maduro le 24 mai 2014, lors d’une rencontre nationale avec les travailleurs du secteur public et les syndicats qui lui ont remis le projet de contrat collectif 2014-2016. Ce projet sera approuvé dans les 60 jours, a promis le président, qui a par ailleurs approuvé la nouvelle échelle d’augmentation du salaire pour l’administration publique, annoncé le renforcement de la Caisse d’Épargne et la création d’une Banque des Travailleurs où seront déposées toutes les prestations sociales qui leurs sont dues, et relancé la Mission Mercal Obrero qui prolonge le système de distribution des aliments à bas prix en installant ces magasins à proximité des lieux de travail.

Notes :

– Voir ¨Nicolas Maduro annonce une nouvelle augmentation de 30 % du salaire minimum et des pensions¨ https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/30/maduro-annonce-une-nouvelle-augmentation-de-30-du-salaire-minimum-et-des-pensions/

– Lire ¨Venezuela : l’augmentation du salaire et la baisse du chômage continuent.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/01/22/venezuela-laugmentation-du-salaire-et-la-baisse-du-chomage-continuent/

– Pour les détails de la nouvelle loi, lire ¨Nouvelle loi du travail au Venezuela : un pas de plus vers la vraie vie.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

Source : AVN

Traduction : T. D.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/29/nouvelle-baisse-du-chomage-en-avril/

Venezuela : l’augmentation du salaire et la baisse du chômage continuent.

Occultés par les médias privés vénézuéliens et leurs relais internationaux (Le Monde, El Pais, Libération, NY Times, etc..) les chiffres révélés en janvier 2014 par l’Institut National de la Statistique indiquent une nouvelle baisse du chômage, tombé à 5,6% en décembre. Ce chiffre est le plus bas enregistré par le gouvernement bolivarien (rappelons que le chômage atteignait 11% lors de l’élection de Hugo Chavez en décembre 1998).

De 1999 à 2013, l’économie vénézuélienne a décollé grâce au rôle moteur de l’État et aux investissements publics, permettant à 4.185.697 personnes de trouver un emploi. L’étude indique également que le travail “informel” qui occupait 55 % de la population active en 1999 a reculé en 2013 à 37,9 %. Dans la même période l’emploi formel a fortement augmenté, passant de 45,0% à 62,1% de la population. Signe des temps, le Venezuela est devenu, après l’Argentine, le deuxième pays latino-américain en nombre d’immigrants (en grande majorité espagnols) qui fuient l’Europe en quête d’un travail.

En janvier 2014, le président Maduro a décrété une nouvelle augmentation de 10 % du salaire minimum, ce qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. De mai 2013 à janvier 2014 celui-ci a augmenté au total de 59% pour s’établir actuellement à 3270 bolivars. Parallèlement les droits des travailleurs vénézuéliens ont été renforcés par une nouvelle loi du travail qui a brisé le carcan néo-libéral (1).

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Pour gommer ces faits, les médias internationaux préfèrent insister sur l’inflation (qui, soit dit en passant, selon le FMI était bien plus forte sous les régimes antérieurs à la révolution bolivarienne) (2). Ils “oublient” qu’au Venezuela l’alimentation, les soins de santé, l’éducation à tous ses niveaux, le logement et l’ensemble des missions sociales sont subventionnés par l’État, sont dans certains cas totalement gratuits, et qu’une part croissante de la population bénéficie de la sécurité sociale. En 1998, à l’arrivée de la révolution, le Venezuela ne comptait que 380.000 pensionné(e)s ne percevant que 60 % du salaire minimum. On compte aujourd’hui 2.750.000 pensionné(e)s dont les allocations augmentent au même rythme que le salaire minimum et leur sont versées avec un mois d’avance. De sorte que les hausses du salaire et du pouvoir d’achat sont bien réelles.

Il faut y ajouter la loi des “coûts et des prix justes” qui vient de limiter à 30 % la marge bénéficiaire d’un secteur commercial privé pratiquant jusqu’ici des hausses de 200 à 1000 %, la réduction des bails pour les locataires ou les petits et moyens commerçants, les coups de pouce aux petits épargnants, et les divers mécanismes économiques qui dégonflent peu à peu la bulle spéculative du dollar.

L’investissement social (qui stagnait à 12 % avant la révolution) a totalisé en 2013 54% du budget de l’État et passe à 60 % en 2014.

On comprend pourquoi, malgré la guerre économique menée en 2013 par l’opposition, les politiques mises en oeuvre par le gouvernement bolivarien continuent de faire baisser la pauvreté. Celle-ci est passée de 21,6% en 2012 à 19,6 % en 2013. Sur la même période, la pauvreté extrême est passée de 6,3 à 5,5%. Ces chiffres sont confirmés par la CEPAL (Commission Économique des Nations Unies pour l’Amérique Latine). Le président Maduro a rappelé que l’objectif de la révolution bolivarienne est “la pauvreté zéro en 2019”.

T.D., Caracas, 22 janvier 2014.

Graphique 6  Graphique 1 Graphique 2 Graphique 3 Graphique 5

Notes :

1)    “La nouvelle loi du travail, un pas de plus vers la vraie viehttps://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

2)    Voir “Associated Press et le mythe d’une opposition muselée au Venezuelahttps://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/14/associated-press-et-le-mythe-de-lopposition-muselee-au-venezuela/ et “The Economist.. économise la vérité sur le Venezuelahttps://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/30/the-economist-economise-la-verite-sur-le-venezuela/

3)   Sur le mythe d’une économie en difficulté au Venezuela,  “L’apocalypse tant espérée n’aura pas lieu”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/11/10/venezuela-lapocalypse-tant-esperee-naura-pas-lieu/

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Venezuela : attaquée par les médias privés, la nouvelle loi du travail est rapidement appliquée et diffusée avec l’appui des mouvements paysans, des syndicats et du réseau féministe.

Caracas, 8 mai 2012.

Lors d’une grande assemblée publique à Caracas ce 8 mai 2012, (photo) plus de 4 mille 600 travailleurs du secteur électrique victimes de la sous-traitance dans les quatorze entreprises qui forment la Corporation Électrique Nationale (Corpoelec) ont été intégrés officiellement au personnel du Ministère de l’Énergie Électrique et vont ainsi bénéficier des avantages offerts par la Nouvelle Loi du Travail (1).

Pour Yiseth González, représentante du Centre de Services La Yaguara et du Front Socialiste des Femmes de Corpoelec : “Nous avions beaucoup d’inconvénients avec les paiements de salaires et avec les tickets-repas, nous ne bénéficions pas des avantages que nous aurions dû avoir”. Clodomiro Serrano Bastídas, représentant du Centre de Services de Guarenas et de Guatire qualifie cette mesure de « vrai bonheur, au bout de 20 ans d’une sous-traitance qui nous réduisait à l’esclavage sans jamais recevoir les bénéfices qui nous sont dûs en tant que travailleurs”.

Le Ministre de l’Énergie Électrique Héctor Navarro a expliqué lors de cette assemblée que « le vieux truc de la sous-traitance n’est qu’un subterfuge du capitalisme pour voler leurs droits aux travailleurs. Avant d’être nationalisée et rattachée au service public de la Corporation Électrique Nationale (Corpoelec), l’entreprise Electricidad de Caracas était une entreprise privée. Une de ses pratiques consistait à créer plusieurs petites entreprises ciblées sur des activités spécifiques, ce qui lui permettait d’embaucher du personnel à un coût moindre que pour le personnel fixe. Ils économisaient sur les salaires et si la petite entreprise rencontrait un problème financier et tombait en faillite, l’entreprise-mère pouvait alléguer qu’elle n’avait aucun engagement vis-à-vis de cette force de travail.

Le ministre a rappelé que la sous-traitance n’a plus lieu d’être dans le socialisme, que la nouvelle Loi du travail signée par le président Chavez la rend illégale, que les entreprises ont un délai maximal de trois ans pour régulariser leur situation légale et que cela vaut aussi pour les entreprises d’État. Le Président de Corpoelec a critiqué les pratiques des entreprises privées et a déclaré aux travailleurs qu’ « aujourd’hui vous devez intégrer le fait que l’État c’est vous tous, vous ne travaillez plus pour un patron mais pour le peuple« .

Les bénéfices

Ces travailleur(se)s qui font désormais partie intégrante du Ministère de l’Énergie électrique seront nommés au 1er janvier 2013 comme personnel fixe de  Corpoelec. Ils jouiront ainsi d’une revalorisation de leur salaire au niveau appliqué dans cette entreprise publique, soit d’une augmentation de 20 à 30% approximativement selon le salaire qu’ils percevaient jusqu’ici. Ils recevront la prime d’alimentation versée via une carte électronique et d’un montant mensuel de 1.350 bolívares. Les travailleurs jouiront aussi de 90 jours de prime salariale de fin d’année calculée sur la base du salaire intégral. Les parents recevront par ailleurs 40% du salaire minimum pour leur permettre de couvrir leurs frais de garderie.

Pour les employés travaillant la fin de semaine et en horaire nocturne le salaire sera majoré selon les nouvelles normes légales. Tous les travailleurs ayant des enfants recevront une aide sous la forme d’une allocation pour chaque enfant – l’une pour l’achat de jouets (1.500 bolivars) et l’autre, en septembre, pour l’achat du matériel et des vêtements scolaires (2000 bolivars). Ils bénéficieront également du Plan Autoadministré de Santé (PAS) de Corpoelec qui offre une couverture de 150 mille bolivars pour les mères, pères, personnes vivant en couple, et enfants jusqu’à l’âge de 25 ans. 

Caracas, 8 mai 2012. Distribution publique de la nouvelle loi du travail.

Caracas 9 mai. Pour diffuser la nouvelle loi au plus grand nombre, les organisations syndicales, le ministère du travail et la commission présidentielle comptent organiser dix mille assemblées dans les prochains mois.

Caracas 11 mai 2012. Assemblée pour étudier la loi, organisée par les travailleur(se)s de CANTV, Compagnie Nationale du Téléphone (nationalisée) , retransmise par vidéo aux autres collectifs de travailleu(se)rs dans le pays.

12 mai. Forum sur la nouvelle loi à l’Université Bolivarienne, Caracas.

 

Les mouvements paysans et le réseau féministe « Araña » lancent une campagne pour défendre la loi.

Laura Lorenzo, porte-parole du mouvement paysan Jirajara, qui regroupe des producteurs agricoles de l’État de Yaracuy, de Barinas, de Monagas, d’Apure et de Portuguesa, rappelle que l’article 235 de la nouvelle loi du travail établit que tout travailleur agricole travaillant un jour férié verra son salaire doublé. Et qu’il jouira annuellement de vacances rémunérées de même qu’une famille travaillant dans une unité de production agricole. « Cette conquête a été obtenue grâce au travail et aux assemblées organisées par les paysans et les pêcheurs, lassés de tant d’injustice » a déclaré Laura Lorenzo (photo).

Laura Lorenzo (au centre), porte-parole du mouvement paysan Jirajara.

« Pendant des années nous les paysans nous fûmes exploités, nous travaillions parfois plus de douze heures, pour moins que le salaire minimum. En réalité nous étions les esclaves des patrons et dans la plupart des cas, des grands propriétaires terriens qui profitaient du fait qu’aucun des gouvernements antérieurs ne nous défendait« .

Laura Lorenzo évoque aussi l’article 238 qui crée une norme légale régulant le travail de tous ceux qui participent à la production agricole. « Nous allons organiser des assemblées et des réunions de travail pour débattre de tout ce qui regarde notre activité productive, les dates de mise en culture, les horaires de travail, le cas des familles liées à la culture de produits alimentaires stratégiques. L’idée est que nous fassions tous des propositions pour qu’il y ait une vraie justice« .

Parallèlement une trentaine de collectifs féministes membres du réseau « Araña Feminista » (Araignée féministe, NdT) se sont exprimés par la voix de leur porte-parole Daniela Hinojosa.

« Après avoir mené campagne pour réunir nos propositions en vue d’élaborer cette loi, propositions que nous avons remises à l’exécutif lors de notre mobilisation du 8 mars 2012, nous nous mobilisons à présent sur le terrain pour faire connaître davantage les articles qui nous visibilisent et pour les faire appliquer. »

Daniela Hinojosa a évoqué les avancées de la loi notament sur l’égalité homme-femme, sur le harcèlement sexuel et a rejeté la campagne des médias privés (2) qui font planer la menace d’une imminente baisse du nombre d’emplois pour les femmes parce que la loi étend à 20 semaines le congé post-natal ou parce qu’elle interdit le licenciement de celles qui ont un enfant de moins de deux ans. « C’est un mensonge de plus car non seulement les femmes représentent 59 % des emplois formels dans ce pays, et sans elles tout s’effondrerait. Mais surtout nous voulons faire prendre conscience à toutes et à tous que ces droits au congé pré- et post-natal ne représentent aucun coût supplémentaire pour le patron puisque la Sécurité Sociale les prend en charge totalement. C’est une grande conquête pour nous les femmes, que cette extension à 20 semaines du congé maternel, alors que dans la loi de 1997 ce congé était limité à 12 semaines. La loi est une grande avancée dans la construction de relations de travail plus justes et plus égalitaires. Seul un gouvernement révolutionnaire pouvait reprendre telles quelles nos propositions pour en faire une loi. »

Notes

(1) Pour connaître la plupart des nouveaux droits garantis par la loi, on peut lire un résumé ici : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/04/nouvelle-loi-du-travail-au-venezuela-un-pas-de-plus-vers-la-vraie-vie/

(2) Alors qu’à l’étranger on a fini par croire que « Chavez contrôle et réprime la presse », en réalité sur place la plupart des médias (TV, radio, presse écrite) sont privés et font librement campagne contre les politiques du gouvernement. Sur cet abîme entre le réel vénézuélien et sa perception à l’extérieur : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-12-14-Medias-et-Venezuela

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/09/venezuela-attaquee-par-les-medias-prives-la-nouvelle-loi-du-travail-est-rapidement-appliquee-et-diffusee-avec-lappui-des-mouvements-paysans-et-du-reseau-feministe/

Nouvelle loi du travail au Venezuela : un pas de plus vers la vraie vie.

La nouvelle Loi du Travail célébrée en grande pompe par les travailleurs vénézuéliens ce 1er mai 2012 est un vieux rêve devenu réalité au bout d’un débat citoyen qui a duré près de trois ans. Plus de 19000 propositions ont été remises par toutes sortes d’organisations de travailleurs, syndicats, coordinations, etc.. à la commission présidentielle chargée d’élaborer le projet. Avec la Constitution Bolivarienne, c’est le texte de loi qui a le plus bénéficié de la participation populaire.

Nous avions rendu compte de ce débat national il y a quelques semaines : « Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail »

Résultat : la loi signée le 30 avril 2012 par le président Chavez brise enfin le carcan néo-libéral où les gouvernements antérieurs avaient étouffé les droits sociaux. Depuis le 2 mai la loi (dont on peut lire ici le texte intégral en espagnol) circule gratuitement sur internet et de main en main, massivement, dans plusieurs journaux. Sauf dans ceux de l’opposition qui relaient les critiques patronales contre la loi, contre l’égalité homme/femme, contre l’augmentation des indemnités dues aux travailleurs, etc… Des réunions seront organisées partout dans les mois qui viennent, notamment par les syndicats, pour continuer à faire connaître la loi et pour qu’elle soit un levier de nouvelles transformations.

Points forts : l’égalité entre hommes et femmes ; l’interdiction de la sous-traitance du travail ; les conseils de travailleurs. Ceux-ci ne substituent pas les syndicats (qui voient leurs prérogatives renforcées par la loi). Leur fonction, bientôt développée par une loi spéciale, est de promouvoir la participation des travailleurs et de la communauté vivant autour des centres de travail, dans la gestion des entreprises. Ainsi que de lutter contre la spéculation, l’accaparement des produits de première nécessité.

Détail amusant (qui rappelle l’extrême misère de l’information sur le Venezuela en France) : pour occulter le débat citoyen à la base de cette loi, le Monde et l’AFP n’ont rien trouvé de mieux que de la présenter comme une épreuve de force entre un autocrate et son opposition. Saluons cette nouvelle victoire du droit des lecteurs qu’on « informe » sur une Loi du travail sans donner la parole à un seul des millions de travailleurs concernés mais en la donnant… au patronat.

Cette loi s’accompagne par ailleurs d’une nouvelle augmentation du salaire minimum, qui en fait le plus élevé d’Amérique Latine. Une augmentation du pouvoir d’achat protégéee par la baisse continue de l’inflation depuis cinq mois consécutifs (0,8% en avril), par une loi de contrôle des prix pour les produits de première nécessité et l’offre concomitante de biens bon marché produits par les entreprises nationalisées.

Voici un résumé (non exhaustif) de quelques uns des droits dont jouissent à présent les travailleurs vénézuéliens.

Les indemnités auxquelles aura droit le travailleur lors de la fin ou lors de la rupture d’un contrat seront calculées en fonction du dernier salaire. Le travailleur y a droit de manière immédiate, tout retard dans le paiement entraînant des intérêts supplémentaires à lui verser. Ce calcul d’indemnités a un effet rétroactif à partir de de juin 1997, date à laquelle le gouvernement néo-libéral de Rafael Caldera et de Teodoro Petkoff avait modifié la loi au détriment des travailleurs. A présent le patron devra verser pour chaque trimestre et à chaque travailleur une somme équivalant à 15 jours de salaire. (Art. 141 y 142).

DAVANTAGE DE BÉNÉFICES NON SALARIAUX. La loi crée des avantages nouveaux (non décomptables des cotisations et des épargnes déjà établies en faveur des travailleurs) : notamment le remboursement de soins médicaux, l’octroi de bourses ou le financement de formations, de spécialisations. (Art. 105)

SANTÉ ET ÉDUCATION GRATUITES PROTÈGENT LE REVENU DU TRAVAILLEUR. (Art. 97)

DURÉE DU TRAVAIL. La durée du travail qui était jusqu’ici de 44 heures (ce qui obligeait à travailler les samedis) se réduit à 40 heures hebdomadaires (Art. 173). L’idée est d’avancer progressivement vers plus de temps libre (Art. 174)

SIX MOIS DE CONGÉ PRÉ- ET POST-NATAL (six semaines avant l’accouchement et vingt semaines ensuite) (Art. 336 y 338). Les pères auront droit de leur côté à quatorze jours de congé à partir de la naissance de leur enfant (Art. 339). Les parents sont désormais protégés contre toute forme de licenciement durant deux années à partir de l’accouchement. La loi prévoit des avantages semblables en cas d’adoption. L’idée est de permettre à l’enfant d’être mieux accueilli, mieux entouré affectivement par ses parents . Des repos quotidiens sont prévus pour l’allaitement des nourrissons (Art. 335-330-345)

LA SOUS-TRAITANCE DU TRAVAIL EST INTERDITE. Cette pratique s’était étendue à toute l’Amérique latine depuis les années 90 avec la néo-libéralisation du continent. On estime qu’au Venezuela 1 million 200 mille travailleurs en sont victimes.

RETOUR DE LA DOUBLE INDEMNISATION, comme l’avait annoncé le président Hugo Chávez peu avant la promulgation de la loi. Ce mécanisme vise à sanctionner le patron qui effectue un licenciement injustifié, et à compenser la perte de l’emploi pour le travailleur en doublant ses indemnités de licenciement (Art. 92)

LE PATRON PAIERA PLUS S’IL LICENCIE. Tandis qu’en Europe les politiques d’ajustement visent à rendre les licenciement moins chers pour le patronat, au Venezuela la nouvelle loi en élève le coût pour le patron (Art. 92)

QUINZE JOURS D’INDEMNITÉS DE VACANCES, c’est ce que devra payer à présent le patron au travailleur en plus du salaire normal (Art 192).

PLUS DE JOURS FÉRIÉS. La nouvelle loi prévoit quatre jours fériés de plus en faveur des travailleurs (Art. 184).

VACANCES OBLIGATOIRES. Le travailleur devra jouir de ses vacances de manière effective et obligatoire (Art 197).

LE CALCUL DES DIVIDENDES ET AUTRES BÉNÉFICES DE FIN D’ANNÉE DÛS AU TRAVAILLEUR se fera a présent sur la base de trente jours au lieu de quinze. La fourchette va donc à présent de trente jours minimum à quatre mois maximum de salaires (Art. 131-132). Les organisations syndicales pourront aussi inspecter les comptes de l’entreprise pour déterminer si ce qui est versé aux travailleurs reflète bien la réalité des bénéfices de l’entreprise (Art. 133-138)

Sanctions légales contre les patrons délinquants, avec DE POSSIBLES PEINES D’EMPRISONNEMENT. Nouveauté introduite par la loi, la détention comme mécanisme de sanction en cas d’infraction à la loi par un patron. Exemples d’infractions: le refus de réembaucher un travailleur, la violation du droit de grève, le refus d’appliquer ou l’obstruction aux actes des autorités du Travail. Ces infractions seront sanctionnées par une mesure de détention de six à quinze mois. (Art. 512, 538)

LA FERMETURE D’UN CENTRE DE TRAVAIL sera également cause d’une mesure de détention qui peut aller de six à quinze mois selon le verdict des organes juridiques compétents de la République. Toute récidive est punie d’une peine augmentée (Art. 539-540)

TRAVAILLEURS FIXES DÈS LE PREMIER MOIS. Les travailleurs de durée indéterminée (comme de durée déterminée, ou à la tâche) seront considérés comme fixes par la loi dès le premier mois et non à partir de trois mois (en fin de période d’essai) comme auparavant. Dans la loi antérieure le patron pouvait rompre le contrat en payant simplement la valeur de celui-ci au travailleur ou en s’appuyant sur les causes de licenciement (Art. 87).

ENTREPRISES SOUS CONTRÔLE OUVRIER : c’est le mécanisme établi par la loi pour faire face à la fermeture illégale ou frauduleuse d’entreprises et de centres de travail. Si le patron ne se soumet pas à l’ordonnance de reprise des activités productives, le Ministère du travail réunira les travailleurs pour former une instance d’administration et réactiver la production. Dans ce Conseil d’Administration Spécial est prévue la participation du patron. Si celui-ci s’y refuse, le contrôle revient totalement aux travailleurs. La loi prévoit la possibilité que l’État offre son assistance technique et participe à la gestion à travers les ministères compétents (Art. 149)

CE N’EST QU’APRÈS LE PAIEMENT DES TRAVAILLEURS et quand ceux-ci s’estiment pleinement satisfaits que les tribunaux peuvent désormais procéder à la déclaration de faillites. Le paiement des salaires est prioritaire par rapport à tout autre engagement de l’entreprise. (Art. 150-151)

CONTRE LE  HARCÈLEMENT MORAL AU TRAVAIL ET SEXUEL. La loi interdit tout autant ce harcèlement au travail que sexuel et établit les sanctions. Elle définit le harcèlement au travail comme la pression constante et la conduite abusive exercée par le patron ou ses représentants ou un travailleur portant atteinte à la dignité ou à l’intégrité bio-psycho-sociale d’un travailleur. Le harcèlement sexuel est défini comme l’imposition d’une conduite sexuelle non désirée et non demandée, exercée de manière isolée ou de manière répétée par le patron ou ses représentants contre le travailleur. La norme légale établit à présent que l’État, les travailleurs, leurs organisations sociales, les patrons sont dans l’obligation de promouvoir des actions qui garantissent la prévention, l’enquête, la sanction, ainsi que la diffusion, le traitement, le suivi et l’appui aux dénonciations de harcèlement. (Art. 164-166)

Signature de la loi par Chavez: « Justicia social ! ». 30 avril 2012.

Caracas, 1er mai 2012.

Voir aussi :

« Venezuela : attaquée par les médias privés, la nouvelle loi du travail est appliquée et diffusée rapidement avec l’appui des mouvements paysans et du réseau féministe. »

Le Venezuela ouvre le débat pour construire une nouvelle loi du travail.

« Démocratiser le monde opaque de la production », “Mettre en place des conseils des travailleurs”, “éliminer la division du travail”, « réduire la durée du travail pour faire place au temps de la vie », « créer la propriété sociale des moyens de production » : les objectifs qui fondent historiquement l’existence de la gauche sont bien vivants… au Venezuela. Alors qu’en Europe, en Espagne par exemple, la loi du travail est revue et corrigée pour la rendre plus favorable au patronat, le Venezuela a lancé il y a quelques mois un débat public pour élaborer une loi qui «paie enfin la dette que possède encore la révolution vis-à-vis des travailleurs».

La loi actuelle reste en effet très favorable à un secteur privé dominant, et marquée au coin du néo-libéralisme et des accords de Punto Fijo (1961) par lesquels sociaux-chrétiens et sociaux-démocrates avaient fixé le contrôle politique de l’État. Pour que la nouvelle « Loi Organique du Travail » (LOT) que signera le président Chavez le 1er mai prochain soit le fruit d’un débat pluraliste, la commission présidentielle a déjà reçu des milliers de propositions que rédigent des mouvements sociaux aux quatre coins du pays : syndicats, mouvements de jeunes, organisations de femmes, coordinations de concierges, de producteurs agricoles ou de pêcheurs, etc…

Ainsi les militants de la JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique) ont réalisé un diagnostic précis des atteintes aux droits des jeunes travailleurs (photo). «Non-reconnaissance des jeunes travailleurs du secteur informel», «mauvais traitements et agressions au travail», «licenciements injustifiés», «irrespect du droit lié au premier emploi», «stages sans paiement de salaires», «pas d’accès à la santé dans les centres de travail», etc.. L’axe central de leur proposition est que la loi consacre enfin les jeunes travailleurs comme sujets de plein droit, en garantissant l’égalité et en punissant sévèrement les patrons coupables de discriminations. Parmi les propositions, on notera entre autres:

– Le patron devra garantir que 25% au moins du personnel soit composé de jeunes. Ceux-ci bénéficieront d’un régime spécial qui leur permette d’étudier tout en travaillant, sans que cela affecte ni leur salaire, ni la stabilité de l’emploi.

– Le patron devra garantir les moyens concrets de la formation intégrale des travailleurs durant la journée de travail (ce qui vaut pour les syndicats, délégués de prévention et membres du Conseil des Travailleurs).

– L’interdiction de pré-requis à l’embauche tels qu’expérience préalable ou période d’ essai.

– Les pleins droits à la participation politique et à l’organisation dans les centres de travail, pour le mouvement syndical comme pour les conseils des travailleurs.

– Les pleins droits aux assemblées permanentes comme moyens de prises de décisions et de consultations syndicales et des conseils de travailleurs pendant les heures de travail ou pendant le temps libre.

Osvaldo Vera, député socialiste (PSUV) et membre de la commission présidentielle qui rassemble les diverses propositions, explique que la loi modifiera le rôle du ministère du Travail. «Il cessera d’être neutre et se mettra du côté du travail, non plus de celui du capital». Mr. Vera évoque la création d’un fonds pour le paiement des divers droits sociaux dus aux travailleurs, alimenté par 3% des royalties pétrolières. «Ainsi, tout travailleur qui quitte son poste pour prendre sa retraite, ou parce qu’il démissionne ou se fait licencier, pourra compter sur le paiement rapide de ses droits ou de ses indemnités”. La figure du « licenciement injustifié » sera éliminée de la loi et sera remplacée par celle du « licenciement illégal« . Pour Antonio Espinoza Prieto, avocat expert en droit du travail, lui aussi membre de la commission présidentielle, trois aspects sont incontournables : « la restitution du régime des prestations sociales la réduction de la durée du travail et le renforcement des droits du travaillleur« .

Depuis la salle de réunion des conseils communaux du secteur Valentin Valiente de la ville de Cumaná, sur la côte (photo), des dirigeants syndicaux parmi lesquels Marcela Maspero (UNETE, syndicat bolivarien) ont annoncé la remise de propositions le 22 mars prochain dans le cadre d’une grande mobilisation nationale à Caracas. Elle a exigé que la commission présidentielle rende publique l’ensemble des propositions : « Il n’y a aucune clarté et nous ne pouvons nous démobiliser vu la compromission de secteurs locaux du ministère du travail et le retard de certains dossiers, comme c’est le cas pour les 18 travailleurs de l’entreprise privée Toyota licenciés en septembre 2011, et dont le retour au travail a été repoussé durant 5 mois ».

« Nous sommes toutes travailleuses, dans tous les aspects de la vie»

Dans l’État agricole de Portuguesa, une cinquante de travailleuses se sont réunies à l’occasion de la Journée Internationale de la femme (photo).

Sindia Aguilar et Yilvany Martínez de l’entreprise Protécnica, Patricia Méndez de l’entreprise Molinera, Carolina Gana et Milena Hernández de l’entreprise Proarepa, Camila Rodríguez de ATC, Johanna Rojas et Ninfa Riera, de Pronutricos, Rosa Landínez (Communauté de Píritu), María Mendoza (Venearroz) et Olga Angulo (Arroz del Alba), entre autres, veulent «adapter la loi à nos besoins concrets et en particulier réaliser l’équité totale entre hommes et femmes au travail». Chacune d’elles va réunir le plus grand nombre possible de  travailleuses dans d’autres entreprises pour poursuivre la discussion.

A l’autre bout du pays, des femmes de l’État de Vargas (Maison de la Femme de la mairie, Zone Éducative de Vargas, Direction Régionale de la Santé, Organisation des femmes Josefa Joaquina Sánchez, etc..) exigent que la loi «visibilise la femme travailleuse sous toutes ses facettes : femme qui travaille au foyer, paysanne ou commerçante informelle».

Aimée Benítez, du mouvement Josefa Joaquina Sánchez : «L’égalité absolue est indispensable. Nous sommes toutes travailleuses, dans tous les aspects de la vie. Nous défendons des propositions comme le fonds de sécurité sociale financé par les entreprises publiques et privées, pour résoudre les difficultés des travailleu(r)ses indépendantes». Les femmes appuient la réduction de la durée du travail de 8 à 6 heures par jour, l’extension du congé prénatal à deux mois comme droit inaliénable et du congé postnatal à six mois, un droit qui pourrait être étendu à tout proche qui aide à prendre soin de l’enfant jusqu’à l’âge d’un an. On défend la proposition de “garderies dans les entreprises publiques et privées pour, notamment, garantir le temps de l’allaitement maternel”.

Renaissance légale du «Conseil des travailleurs».

Un des buts de la nouvelle loi est de rattraper le retard pris dans la création de la figure légale du «Conseil des Travailleurs» que le Parti Communiste du Venezuela avait déjà proposée à l’Assemblée Nationale en 2007. Quel est le but de ces «conseils», revendication historique de la gauche mondiale (1) ?

Pas de collaborer avec le patronat pour augmenter l’emprise du capital sur le travail mais de devenir une forme d’organisation supérieure des travailleurs, qui exercera le contrôle social sur la production et sur l’administration des entreprises, prendra une part active aux décisions et développera la participation directe de la population dans les centres de travail publics comme privés. Les «conseils de travailleurs» ne se substitueront donc pas aux syndicats, maintenus dans la nouvelle loi, mais leurs membres jouiront de la même protection légale que les militants syndicaux. Il s’agit en fait de démocratiser le monde du travail. Les entreprises mixtes et privées ne pourront en aucun cas faire obstacle à leur constitution ni à leur fonctionnement, sous peine de sanctions.

Thierry Deronne, avec AVN, Ciudad CCS, Prensa Proarepa, JOC-V, Prensa MINPPAL.

(1) La journaliste Carolina Hidalgo (Ciudad CCS) rappelle qu’au Chili en 1973, les travailleurs chiliens s’organisèrent spontanément sous la forme des “cordons industriels”, sorte de conseils de travailleurs constitués dans chaque secteur pour faire face aux pénuries provoquées par l’opposition et par le gouvernement états-unien sous la présidence de Salvador Allende. Dans ces cordons industriels les ouvriers prenaient les décisions sur la production et fonctionnaient indépendamment du gouvernement.

Dans les premières années de la révolution russe, avant l’époque stalinienne, les “soviets” désignaient des assemblées d’ouvriers, de soldats, de paysans comme force fondamentale de transformation. En 1918, en Allemagne, l’opposition à la Première Guerre Mondiale et à ses pénuries et à la monarchie prussienne furent le point de départ des conseils de travailleurs, de marins et de soldats. Cette année-là des milliers de ces organisations s’établissent dans 18 villes allemandes. En Espagne, en 1936, de nombreuses expériences semblables appelées « collectivités » surgirent au sein du mouvement républicain en lutte contre les franquistes. Ces structures contrôlées par les travailleurs assumèrent dans certains cas les services municipaux, voire le pouvoir municipal. En 1937, ces “collectivités” furent anéanties sous l’action des troupes franquistes.

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Début 2012 : les 3 problèmes principaux de la population vénezuélienne sont : insécurité, chômage, inflation.

La question était: à présent je voudrais savoir quels sont selon vous les trois problèmes principaux du pays ?

Réponse :

Insécurité : 38 % / Chômage : 16 % / Inflation et coût de la vie : 9 % / Service publics : eaux, ordures, voies publiques, zones de récréation : 8 % / Rareté des aliments : 6 % /  Assistance médicale : 6 % / Logement : 5 % / Routes, voies publiques : 3 % / Pauvreté : 3 % / Éducation : 3 % /  Autres : 1 % / Pas de problèmes : 1 %.

Source : Grupo de Investigación Social GIS XXI, http://www.gisxxi.org