Huit mythes sur l’économie vénézuélienne

Par: Pasqualina Curcio

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L’économiste et universitaire Pasqualina Curcio (Venezuela)

On nous a ressassé tant de fables sur l’économie vénézuélienne, qu’elles font aujourd’hui partie de la culture de masse. A l’heure où se noue un large dialogue social dans le cadre de l’Assemblée Constituante, il peut être important de visibiliser les lignes qui séparent le réel du fantastique dans ces histoires qu’on nous serine depuis l’enfance.

1. « Le Venezuela est un pays monoproducteur ». Tant chez nous qu’à l’étranger on a l’habitude de dire qu’ au Venezuela on ne produit que du pétrole. Les chiffres publiés par la Banque Centrale du Venezuela indiquent le contraire. En moyenne, du total de la production nationale [1], 84% provient de l’activité non pétrolière. La production pétrolière n’occupe que les 16% restants.

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Dans le cadre de la production non pétrolière, c’est la manufacture qui occupe la première place (21%), suivie par les services offerts par le gouvernement général (15,6 %, à savoir santé, éducation, ordre public, sécurité et défense, protection sociale); viennent ensuite les services immobiliers avec 13,2%; le commerce et les services de réparation (12,6 %); la construction (8 %); les services communautaires (7%); l’agriculture, l’élevage et la pêche (6,4 %); les communications (5,9 %); enfin, le transport et le stockage avec 4,6 %.

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Si donc nous ne sommes pas ce pays mono-producteur qu’on nous a toujours présenté, l’économie vénézuélienne se caractérise en revanche par sa condition mono-exportatrice. Près de 90% des exportations concernent en effet le pétrole et sont réalisées par le secteur public (l’entreprise d’État Petróleos de Venezuela, PDVSA).

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Le problème ne réside pas dans notre condition de pays mono-exportateur de pétrole, ni dans le fait que ce soit le secteur public qui s’en charge, mais dans la faible performance du secteur privé. Alors qu’on le présente toujours comme un secteur très efficace, celui-ci n’a exporté historiquement et en moyenne que moins de 10 % de ce total.

Quant aux 10% d’exportations non-pétrolières, ils sont formés par la vente de minéraux (26 %); les industries chimiques (45 %); le plastique et le caoutchouc (3 %), les métaux (10 %), tous produits par le secteur public [2]. L’exportation du secteur privé ne dépasse pas en moyenne 1% de ce total.

2. « Nous ne produisons pas ce que nous mangeons ». Une autre fable veut que tous les aliments que consomment les vénézuéliens soient importés. Rien de plus éloigné de la réalité. Du total des aliments disponibles, 88% en moyenne sont produits par nos paysans, éleveurs et pêcheurs en terres et en mers vénézuéliennes, les 12% restants furent et sont encore importés. [3]

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Le Venezuela produit 99% des tubercules consommés, 92% des sucres, 97% des légumes, 92% des viandes, 99% des œufs, 98% des fruits et du lait, 90% des stimulants (café et thé). 63% des céréales. L’importation principale est le blé (100 %) et l’orge malté (100%), utilisés pour la production du pain et de la bière, ces deux derniers ne pouvant être produits sur place à cause du type de climat. 91% des légumineuses (haricots noirs, rouges, lentilles) que consomment les vénézuéliens sont importés alors qu’ils pourraient parfaitement être produits sur notre territoire. Nous importons aussi 53% des graisses, et spécifiquement le soja.

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Sans doute certaines de ces fables ont-elles servi d’excuses au grands capitaux, en particulier ceux qui concentrent la production agroindustrielle, pour exiger de l’État de plus en plus de dollars au taux préférentiel avec l’argument que sans l’accès à ces devises, ils ne pourraient pas importer ces produits et la population subirait par conséquent la famine. Ils ont aussi servi à justifier l’endettement privé, et sa reconnaissance puis son remboursement par l’État…

50% de la production totale d’aliments traités par l’agro-industrie sont concentrés dans 10% du total d’entreprises privées [4]. En d’autres termes nous sommes face à une production alimentaire monopolistique.

Bien qu’on ne le mentionne pas, c’est bien là une des principales faiblesses du modèle économique de production au Venezuela, non seulement par les effets pervers que produisent par nature les monopoles quant à la fixation des prix et des quantités, mais surtout par la dépendance d’une poignée d’entreprises qui produisent, importent et distribuent un bien aussi stratégique que l’alimentation de la population. Situation qui renforce le pouvoir de coercition que peuvent exercer ces entreprises, soit par intérêts économiques soit par intentionnalité politique, comme on l’observe ces dernières années au Venezuela.

Le principal enseignement à tirer de cette histoire est la différence entre sécurité et souveraineté alimentaire.

3. « Le secteur public est improductif ». On raconte aussi que le secteur public ne produit rien. En discriminant le total de la production par secteurs institutionnels, c’est-à-dire entre secteurs public et privé, nous nous rendons compte qu’en moyenne 34 % du Produit Interne Brut sont générés par le secteur public et 66% par le secteur privé.

Dans les activités du secteur public au Venezuela entrent principalement le pétrole, les services offerts par le gouvernement (santé, éducation, transport, défense, ordre public, sécurité, protection sociale), l’électricité, l’eau, l’activité minière.

Ces quatre dernières années, malgré la chute des prix du pétrole, facteur déterminant des niveaux de production au Venezuela et malgré les divers aspects de la guerre économique mise en place par le secteur privé – avec blocage de lignes de crédit international et inflation induite à travers la manipulation de la valeur de la monnaie dans le marché illégal, la production dans le secteur public a connu une augmentation.

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La production du secteur public a augmenté de manière soutenue depuis 2003, y compris en 2009, année qui a connu une chute de 34 % du prix du pétrole. Sans compter l’activité pétrolière, la prestation de services de la part du gouvernement occupe la deuxième place de la production après l’activité manufacturière.

4. « Le secteur public, contrairement au secteur privé, est inefficace ». On dit que l’État est inefficace, c’est-a-dire que dans le secteur public les travailleurs perçoivent un salaire mais ne font rien ou, au mieux, font peu. En revanche, les entreprises privées sont toujours réputées « plus efficaces ». Or, par définition, est réputé « efficace » celui qui produit plus avec moins de ressources. [5]

Cette fable a servi de socle à l’argumentaire selon lequel l’État ne doit pas intervenir dans l’économie.

Au Venezuela, en moyenne, la productivité du travail dans le secteur public, y compris dans pétrolier [6], a été 2,5 fois plus élevée que celle du secteur privé [7]. Depuis 1997 et jusque 2015, chaque travailleur public a produit 8,07 millions de bolivars annuels [8] alors que chaque travailleur du secteur privé en a produit 3,25 millions.

Même en excluant de ces calculs l’activité pétrolière, la productivité du travail du secteur public reste non seulement 1,3 fois plus forte que celle du secteur privé, mais a connu en outre depuis 2006 une augmentation de 44%, passant de 3,5 millions de bolivars annuels par travailleur à 5,1 millions [9]. En revanche et sur la même période, la productivité du travail du secteur privé a chuté de 14%.

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Ces résultats nous permettent de célébrer certains personnages de notre histoire contemporaine : les travailleurs du secteur public. Ouvriers des entreprises publiques, médecins, infirmières, ambulanciers, bio-analystes, institutrices, enseignants et travailleurs universitaires en général; ingénieurs et techniciens de maintenance et de nettoyage; ceux qui se chargent de nettoyer les rues et de ramasser les ordures; communicateurs; conducteurs du métro, des autobus; membres de la police; membres des Forces Armées Nationales Bolivariennes; pompiers; ceux qui travaillent dans le service diplomatique; les travailleurs de l’administration publique; ceux qui administrent la justice; les cuisiniers qui préparent les repas pour les écoliers; les musiciens des orchestres symphoniques; les entraîneurs sportifs; les gardiens de parcs et d’espaces boisés; ceux qui travaillent dans les ports et dans les aéroports, ceux qui administrent les processus électoraux, et même les députés, en fin tous ceux qui se lèvent tôt pour faire vivre le secteur public.

5. « Seules les entreprises privées produisent ». Cette fable classique voudrait que tout mode de production qui n’est pas privé a une moindre capacité de produire, non seulement par comparaison avec l’État mais aussi avec les services communautaires, les coopératives, les coopératives et les communes.

En fait, de 1999 – première année de la révolution bolivarienne – à 2015, le produit intérieur brut total a augmenté de 43%. Or, après les activités financières et de communications, celle qui a montré la plus forte augmentation durant la même période est celle des services communautaire et sociaux. En quatrième lieu vient la production de services du gouvernement général. Les activités agricoles, d’élevage, de manufacture, commerciales et de transport, qui sont principalement aux mains du secteur privé, enregistrent également des augmentations depuis 1999 mais de moindre grandeur.

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Il ressort que ce ne sont pas les seuls modes de production privés qui apportent une valeur ajoutée à l’économie. La propriété d’État, comme nous l’avons déjà dit, non seulement occupe la deuxième place sur l’échelle de la production, et non seulement a crû ces dernières années – malgré la chute du prix du pétrole : elle a même connu une haute productivité du travail. La production de la propriété sociale a été une des activités économiques qui a enregistré la plus forte augmentation ces dernières années et a donc contribué dans une mesure majeure au produit intérieur brut.

La reconnaissance constitutionnelle d’autres modes de production en parallèle au mode déjà établi de la production privée, constituerait une avancée importante dans la démocratisation de la production et dans la diminution de la dépendance d’un petit nombre de grandes entreprises qui dans de nombreux secteurs monopolisent la production, l’importation et la distribution des biens et des services.

6. « La production privée a chuté depuis 1999 (première année de la révolution bolivarienne) ». C’est la rumeur publique, amplifiée par certains médias : depuis 1999 l’entreprise privée a été démantelée, et les politiques économiques issues du modèle d’égalité et de justice sociale ont créé une méfiance et découragé les investisseurs. On affirme de même que les contrôles des prix, le contrôle du marché des changes et la supposée manque de devises ont empêché les entreprises de produire.

Fiction, là encore : la production dans le secteur privé a augmenté en moyenne de 35% depuis 1999. Toutes les activités économiques aux mains du secteur privé ont enregistré des augmentations. Par exemple, l’activité des institutions financières et d’assurances, principalement privée, a explosé (375 %) durant la même période; le commerce a augmenté de 64 %; le transport et le stockage de 46 %; les communications de 332 %; l’agriculture, l’élevage et la pêche de 27 %; la manufacture, de 12 %; les services immobiliers de 50 %.

Plus : non seulement le produit intérieur brut du secteur privé a augmenté, mais le taux de rentabilité du capital a connu une croissance soutenue depuis 2003, pour se situer en 2008 [10] aux niveaux historiques les plus élevés depuis 1970, soit 22%.

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Sans doute ceux qui répètent cette fable veulent justifier le retour au modèle néolibéral qui cesserait de contrôler les prix des biens essentiels produits par les grands monopoles, gèlerait les salaires, privatiserait les services publics, et permettrait à quelques propriétaires de grands capitaux, parmi lesquels le système bancaire et financier, de s’approprier les devises obtenues grâce à l’exportation du pétrole.

7. « On ne produit pas parce que le gouvernement a exproprié toutes les entreprises privées ». Le mythe selon lequel le gouvernement a exproprié presque toutes les entreprises privées s’ajoute à la liste en vogue depuis quelques années.

Des 28.222 unités économiques correspondant à l’activité industrielle, seules 363, soit 1,2 %, sont aux mains du secteur public. Les 98,71 % restantes appartient au secteur privé. Quant aux unités économiques liées aux activités commerciales, le secteur public n’en réunit que 294 sur un total de 243.444, c’est-à-dire seulement 0,12 %. Les 99,87 % restants des unités correspondant à cette activité appartiennent au secteur privé. De la même manière, l’activité des services n’appartient que pour 0,88 % au secteur public (943 sur un total de 111.333 unités). Le reste appartient au secteur privé. [11]

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8. « Nous ne vivons que de la rente pétrolière ». Cette fable est la plus élaborée et la plus diffusée de toutes. Elle véhicule un message idéologique particulièrement puissant : « les vénézuéliens sont paresseux, ils ne travaillent pas », dont la fonction est d’occulter le principal problème de l’actuel modèle économique vénézuélien: l’usage, la distribution, et l’appropriation de la richesse, dont la rente pétrolière. Il importe de comprendre en effet qui, entre propriétaires du capital et propriétaires de la force de travail, « ne travaille pas », c’est-à-dire qui s’est approprié historiquement et en majeure proportion la rente pétrolière et de manière générale la valeur ajoutée de l’économie.

Nous reviendrons dans le prochain article sur cet aspect central, qui révèle ce qui doit être changé et dépassé dans ce qu’on appelle le modèle rentier pétrolier.

Notes et références :

[1] Le Produit Intérieur Brut (PIB) mesure tous les biens et services produits dans une économie sur une période donnée, en général sur une année.

[2] Institut National de Statistique (INE). Système de Consultation du Commerce Extérieur. Chiffres disponibles depuis 1950. Nous avons eu accès à l’information recueillie depuis 1980.

[3]  Données du Bilan de l’Équilibre Alimentaire, instrument mis en place depuis 1950 par l’Institut National de Nutrition (INN) pour mesurer al disponibilité d’aliments (production, importation et exportation).

[4]  Chiffre de 2011, repris de l’Enquête des Grandes Entreprises Industrielles de décembre 2013, publiée par l’Institut National de la Statistique (INE).

[5]  La productivité du travail est calculée en divisant le total de la production par le nombre de travailleurs.

[6]  Chiffre obtenu en divisant le Produit Intérieur Brut (PIB) du secteur public par le nombre de travailleurs de ce secteur.

[7]  Calcul effectué de 1997 à 2015.

[8]  Pour l’année de base 1997.

[9]  Bolivars indexés à la valeur de 1997.

[10]  Nous disposons de ces données jusqu’à 2008, année à laquelle s’arrête le travail de Baptista Asdrúbal : Bases Quantitatives de l’Économie Venezuelienne.

[11]  Institut National de Statistique. IVème Recensement économique 2007-2008. http://www.ine.gov.ve/documentos/Economia/IVCensoEconomico/pdf/InformeIVCE.pdf

Source : http://www.15yultimo.com/2017/06/17/mitos-sobre-la-economia-venezolana-i-version-ilustrada

Traduction : Thierry Deronne

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La contre-offensive bolivarienne et la course contre la montre de la droite au Venezuela

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par Franco Vielma

Une vue d’ensemble d’abord : pour les droites vénézuélienne et transnationale, la stabilité politique est un vrai problème car elle permet au gouvernement élu (Maduro) de travailler et d’approfondir cette étape de la révolution. D’où la nécessité d’accélérer l’offensive de la pénurie économique, la confrontation politique, la construction du récit de “l’explosion sociale”, la confrontation des pouvoirs institués, la violation des normes du Centre National Électoral pour que celui renonce aux délais légaux et organise de manière très rapide le référendum révocatoire, la propagation de la campagne internationale sur une “crise humanitaire” et les appels à une intervention extérieure.

Sur le plan économique, la contre-offensive du camp bolivarien amène des nouveautés qui, même si elles ne sont pas dûment visibilisées (par l’ensemble de la classe politique) préparent une nouvelle donne à moyen terme.

C’est dans l’économique que se trouve le noyau du malaise, au bout de trois ans d’une guerre économique dure aggravée par la chute mondiale des cours du pétrole. C’est donc en 2016 que les acteurs du putschisme espèrent enfin mener à bien leur coup d’État sur la base politique du mécontentement et de la fatigue.

De nouvelles perspectives d’amélioration de la situation économique apparaissent cependant, qui trouvent leur origine principale dans les actions du gouvernement Maduro. La droite comprend le risque de voir ces actions produire leurs effets. Voyons:

  1. Le prix du pétrole: après les mois catastrophiques de février et de mars 2016, les cours du pétrole connaissent une remontée qui pourrait atteindre un niveau d’équilibre autour des 50 dollars par baril suivant les indicateurs Brent et WTI.

Bien que ce prix reste très bas, il marque une rupture avec le niveau de 10 ou 20 dollars auquel aurait pu stagner le baril cette année, ce qui aurait mis en faillite toute l’économie des hydrocarbures. Même dans les conditions instables du marché, c’est une bonne nouvelle pour le Venezuela.

Si ce niveau se maintient, l’impact de ce prix encore modeste se fera sentir au cours du second semestre lors de l’entrée des revenus générés par ce nouveau prix.

  1. La gestion de la dette en devises: Le président Maduro a expliqué que dans les 20 derniers mois le Venezuela a honoré ses paiements de dette, pour plus de 35 mille millions de dollars. Malgré ce respect strict des engagements, les agences de notation internationales continuent à élever de manière démesurée le “risque pays”, provoquant et générant de fait un blocus financier. Cependant le ministre Miguel Pérez Abad a déclaré à Reuters que le Venezuela a convenu de meilleures conditions de paiement et a signé de nouveaux contrats financiers avec la Chine.

Le Ministère des relations Extérieures chinois a annoncé le mardi passé qu’il est parvenu à un accord avec le Venezuela pour renforcer sa coopération financière. Sur cette alliance avec la Chine, Abad a précisé qu’elle est adaptée « aux nouvelles conditions, ce qui va insuffler au pays un oxygène très important pour avancer ». Le réaménagement de la dette n’est pas une situation totalement nouvelle : quand il était à la tête de la Banque Centrale du Venezuela Nelson Merentes avait déjà évoqué la possibilité de mettre en place des swaps en or ou tout autre instrument. C’est le cas avec les titulaires de bons émis par la compagnie pétrolière publique PDVSA. La recherche de nouvelles sources pour le paiement des engagements allègera la pression sur les liquidités très affaiblies cette année.

  1. Certification et monétisation des réserves de l’Arc Minier: dans quelques mois seront rendues publics les résultats de l’évaluation des réserves de l’Arc Minier. Une fois certifiées, ces réserves pourront être monétisées, avec pour résultat immédiat l’attraction de nouvelles devises à travers les investissements étrangers.

Mais la Nation peut aussi mettre en œuvre l’émission de bons payables à terme en or (ou en autres minéraux), ce qui implique une entrée rapide de devises qui peuvent contribuer en grande partie à atténuer la chute des revenus en dollars suite à la chute du pétrole. Pour notre économie hautement dépendante d’importations de biens et de matières premières, la mise en route rapide de ces sources alternatives est une bonne nouvelle.

  1. Investissements focalisés sur des leviers de la production nationale: Un des aspects favorables de la conjoncture est la conjugaison d’une politique pertinente et cohérente de substitution des importations et de la diversification des exportations, en partant de la capacité installée dans le pays. L’investissement « par acuponcture financière » vise à recapitaliser des secteurs comme l’alimentation et la santé, ce qui limite la pression sur les devises pour les importations (une variable de l’extraction de devises, de la spéculation et de la fraude dans le cadre de la guerre économique) et favorise la rotation de produits nationaux.

L’effort en faveur de la production nationale transversalise l’économie. L’usage des ressources financières se met en place de manière planifiée, de manière pragmatique, sur la base d’une méthodologie plus efficace, avec des accords directs entre l’État et certains acteurs économiques à toutes les échelles, des grandes entreprises privées jusqu’aux entreprises d’État ainsi que des entreprises du tissu communal.

On construit une administration de ressources sur la base de résultats. Le rôle de l’État étant de superviser et d’inspecter rigoureusement les secteurs concernés pour qu’ils remplissent les objectifs prévus de productivité. En plus de préserver des devises, la production nationale fait du bien en profondeur sur l’approvisionnement du marché avec beaucoup d’autres articles.

  1. Contention de la tempête du dollar parallèle: Une partie des accords passés au sein du Conseil de l’Économie Productive est le rejet par certains acteurs économiques (pas les importateurs) de matières premières qui se basent sur le taux du DolarToday, ce qui limite la tendance à  la hausse, clairement spéculative, que ce taux a généré. Bien qu’il reste un marqueur important de la spéculation et des prix commerciaux et qu’il continue à affecter le pouvoir d’achat des vénézuéliens, le DolarToday stagne à 1000 bolivars pour un dollar et perd de sa force après avoir occasionné des dommages brutaux aux acteurs économiques.
  2. Avec l’arrivée des pluies, viendront les grandes récoltes: La complexité de la conjoncture vénézuélienne provient également de deux années de grande sécheresse et de faibles pluies. Son impact le plus médiatisé sont les coupures d’électricité et les réductions d’horaire dans l’administration publique en vue d’économiser l’énergie générée par des barrages victime du faible étiage. Cette mesure sera levée dans quelques semaines et les pluies sont d’une énorme importance dans la production d’aliments stratégiques sur le plan national.

De nombreux produits au Venezuela sont soumis aux conditions d’irrigation, des céréales telles que le riz et le maïs dépendent des cycles hydriques et les grandes récoltes dépendent des pluies. Les pluies de cette année auront donc un impact positif sur ces productions dont la circulation se fera sentir dans la seconde moitié de l’année.

  1. Nouveau système de prix: c’est un thème polémique et sujet à de longs débats. Il y a beaucoup de facteurs en jeu. Pour commencer admettons que l’actuelle conjoncture économique vénézuélienne met fin à une période de plus de dix ans de prix artificiellement bas maintenus grâce aux différentes subventions directes et indirectes de l’État. Beaucoup de produits sujets à de fortes baisses d’inventaire sont dérivés de matières premières importées au dollar préférentiel. Ce qui explique les prix de produits comme le fameux Pantène à 37 bolivars, ou le dentifrice Colgate à 40 Bolivars, ou le paquet de couches-culottes Huggies à 100 bolivars.

Pendant des années nous avons été nombreux à ne pas reconnaitre l’effort de l’État pour protéger la population avec ces subventions. La situation a changé. Nous ne disposons pas d’une réserve énorme de devises pour effectuer des achats massifs de matières premières et pour produire à grande échelle ces produits à des prix artificiellement bas, ce qui en a fait la proie d’aspects sanglants de la guerre économique tels que la contrebande, le méga-accaparement, le méga-détournement et la méga-revente liés à l’induction de la micro-revente, des files d’attente et des asymétries dans la distribution.

La « mise à niveau » réaliste des prix de nombreux produits (précisément ceux qui subissent le plus de pénurie organisée) implique que les nouveaux prix stimulent la production et la circulation de nombreux produits. Certains resteront subventionnés, leur prix sera plus élevé qu’avant, mais ils se verront favorisés dans leur circulation. Pérez Abad a dit que « le  second semestre de 2016 sera meilleur que le premier, tant en ce qui concerne les niveaux d’approvisionnement que de perception économique ».

  1. Le nouveau modèle d’approvisionnement populaire: pour les acteurs de terrain du sabotage économique, la transformation de la nature du modèle de distribution est plus qu’une menace. Le renforcement des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) dans les secteurs populaires, à travers les conseils communaux, l’introduction de plus de produits et la régularisation de nouvelles formes de distribution vont s’accélérer et s’approfondir dans les prochains mois. Chaque semaine des milliers de tonnes supplémentaires de produits sont distribuées par les CLAP à seulement trois mois de leur naissance. Cette modalité a l’avantage de protéger la population face aux asymétries et aux irrégularités de la distribution, et limite la spéculation qui affecte des produits essentiels.

Dans la lutte contre trois ans de guerre économique, les CLAP ne sont pas la solution définitive et totale mais constituent un facteur d’un poids énorme comme réponse au chaos. Leur importance vient de qu’ils ont un impact au-delà de leur objectif économique. Ils relancent l’économie solidaire au service des gens, revitalise le tissu politique chaviste, surmonte la logique de l’économie cannibale de guerre, impose la gouvernance d’État en faveur de mécanismes participatifs pour la distribution et confère au peuple un rôle vital dans la contre-offensive.

Source: http://misionverdad.com/la-guerra-en-venezuela/acelerar-el-conflicto-y-propiciar-el-golpe-antes-que-la-economia-mejore

Traduction: Thierry Deronne

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Que se passe-t-il dans le chavisme ?

Par Franco Vielma, sociologue.

 

Exerçons une seconde notre mémoire: toutes les batailles électorales qu’a livrées le chavisme furent précédées de phases dures d’agression politique et économique. Coups d’État, sabotages pétroliers, attentats contre le réseau électrique, lock-outs patronaux, boycott économique, violences de l’extrême droite, tentatives de putsch militaire, pression internationale, attaques médiatiques persévérantes, asphyxiantes et généralisées, qui trouvent leur origine dans les cercles politiques et économiques de la droite nationale et internationale. Cette histoire a déjà été racontée : de Pedro Carmona (1) à la plantation Daktari (2), des plans de Fedecámaras (3) à ceux du Département d’État (4).

La seule constante qui a favorisé le chavisme, entre résistance et offensive, fut la clarté de la direction politique et la cohésion populaire : une force unitaire, consciente de son devenir. Depuis 2002 une réflexion s’y incarne collectivement, qu’on peut résumer en paraphrasant l’expression populaire : “nous avons trop nagé pour mourir sur la rive”.

Pour le chavisme, les élections n’ont pas été une fin en soi

Le panorama politique national resterait incompréhensible si l’on méconnaissait la nature de la variable économique : la conjonction des problèmes structurels de notre économie rentière, la baisse des prix du pétrole et l’attaque articulée et soutenue de la guerre économique comme “ingénierie sociale” – le chantage politique et le chaos visant à détruire tout ce qui fait l’âme du chavisme. (5)

Face à la conjoncture électorale parlementaire, l’équation de la droite est simple: récolter en votes les conséquences de l’offensive économique, paraéconomique et la distorsion dans les systèmes d’approvisionnement et de prix (l’économie étant privée à 80%). En aval, le pillage et la revente par le privé de produits subventionnés par l’État visent à générer une démobilisation, une perte d’espoir parmi la population. Au sein du chavisme la situation se caractérise par une lutte pour réparer les dégâts de cette guerre, réaffirmer des positions politiques non négociables, défendre le processus des acquis sociaux et sanctionner la délinquance économique.

S’il faut parler de campagnes électorales, le chavisme a commencé la sienne, celle de l’identité et de la résistance, bien avant qu’on parle des échéances de décembre 2015, bien avant : il y a de nombreuses années. Pour le chavisme, les élections n’ont pas été une fin en soi, même s’il a semblé à certains moments que si. Campagnes, scrutins n’ont fait que cristalliser les moments d’une lutte politique qui ne s’arrête pas, qui ne cède pas.

A la différence des opposants qui n’apparaissent que lors des élections pour faire “leur contribution au pays” et qui se montrent apathiques voire indifférents à la mobilisation, le chavisme voit les élections comme l’occasion de rappeler et d’affirmer ce qui a été fait, ce qu’a été la lutte, la sueur dans les rues, jour après jour. C’est toute la différence entre les militants chavistes et les sympathisants (ou antichavistes) de l’opposition. Alors que les premiers s’efforcent, dans de multiples espaces et conjonctures, de pousser le réel vers un monde différent, l’opposant dur concentre sa lutte en une journée électorale pour chasser ce qu’il n’aime pas. C’est la différence de nature entre un secteur du pays constamment politisé et mobilisé, et un autre qui n’a pas compris que la politique a changé au Venezuela depuis 1999. (6)

Parler de mécontentement au sein d’une partie du chavisme, c’est prendre en compte les dimensions politiques de la conjoncture actuelle. C’est un acte politiquement sain. Autre chose est d’en nier l’identité populaire. Face aux élections parlementaires le chavisme est loin de se comporter comme une masse inerte de de mécontents. Pour ne pas nous raconter d’histoires, voici quelques expressions ponctuelles que j’ai pu rencontrer sur le terrain:

  • A Barinas un groupe de communes du territoire de la réserve de Ticoporo s’organise pour renforcer la production agricole face à la guerre économique et simultanément réparer les dégâts de la déforestation sauvage dans cette réserve forestière, à partir d’une vision agro-soutenable. Parmi les activités privilégiées: la formation sociopolitique intégrale de tous(te)s les participants dans le cadre des communes.

    Militant(e)s pour la Loi des Semences traditionnelles et anti-OGMs (en voie d'approbation à l'assemblée nationale). Rencontre pour la biodiversité, la souveraineté alimentaire, l'agroécologie, Naguanagua, État de Carabobo, 8 au 12 octobre 2015

    Militant(e)s pour la Loi des Semences traditionnelles et anti-OGMs (en voie d’approbation à l’assemblée nationale). Rencontre pour la biodiversité, la souveraineté alimentaire, l’agroécologie, Naguanagua, État de Carabobo, 8 au 12 octobre 2015

  • A Maracaibo, un groupe nombreux de travailleurs du secteur technique de Pdvsa (compagnie publique du pétrole) a commencé à se battre pour des espaces traditionnellement sous contrôle d’une opposition qui se présente sous les espèces du professionalisme technocratique “apolitique”. Depuis plusieurs années ce Front Uni des Travailleurs Socialistes d’Exploration et d’Études Intégrées des Gisements (Futsey) s’efforce d’organiser les travailleurs qualifiés autour de revendications radicalement chavistes.
  • A Mérida, divers collectifs de communication populaire et plusieurs communes en construction ont lancé un Réseau Communal d’Informations, pour rendre visible l’important travail des communes de la région. L’idée est de lutter contre l’invisibilisation de la part des médias privés (majoritaires au Venezuela et au plan international, NdT) et de dépasser le court terme de l’appareil de la communication officielle, pour construire et consolider la culture communarde.

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    Lancement d’un Réseau Communal d’Informations, Mérida, le 12 octobre 2015

  • Dans l’État de Portuguesa, des travailleurs de la Corporation Socialiste de Développement Éco-Social de l’état Portuguesa (Corsodep) s’organisent depuis cette entreprise pour articuler un tissu économique sur la base de la production et des besoins des paysans. Il ne s’agit pas de distribuer des aides financières mais de créer des espaces politiques.
  • Des compagnons du front révolutionnaire des artisans de l’État de Lara organisent des ventes de produits artisanaux d’hygiène et domestiques ainsi que des réunions pour diffuser les savoirs élaborés en réponse à la guerre économique. Ils organisent des journées de troc.
    École de féminisme populaire, commune "La Azulita", État de Mérida, 2 au 5 octobre 2015

    École de féminisme populaire, commune « La Azulita », État de Mérida, 2 au 5 octobre 2015

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La liste de ces expériences est longue. Elles sont présentes dans tout le pays et ont un dénominateur commun : le travail politique s’opère, le corps reste en mouvement. S’il est une éternelle campagne à l’intérieur du chavisme, ce n’est pas l’électorale mais la construction du différent.

Les élections

La dynamique politique nationale nous pousse à réduire une force politique à une simple force électorale. C’est un risque, un danger, y compris pour le chavisme lui-même. Il ne faut pas tomber dans ce piège. Bien sûr c’est l’heure des mathématiques électorales mais cet exercice statistique doit garder distance avec notre fait politique : si le chavisme comme force sociale a fait preuve d’une cohérence accumulée durant des années, ce n‘est pas fortuit. Les législatives de décembre, comme toutes les élections à venir, passent par la conscience du peuple, et cette conscience se construit dans le travail, dans le devenir, dans la sueur et dans la lutte quotidienne contre l’adversité. Le scrutin de décembre sera remporté par le chavisme comme expression d’une conscience accumulée, mais il faut redoubler d’efforts dans le travail, dans l’authentique travail politique, sans cesse.

Texte : Franco Vielma

Source : http://misionverdad.com/columnistas/el-chavismo-no-es-un-movimiento-electoral

Traduction : Thierry Deronne

Notes:

  1. “Quand les Grecs étaient vénézuéliens” par Maurice Lemoine, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/06/13/quand-les-grecs-etaient-venezueliens-par-maurice-lemoine/
  2. “Déjà 2,5 millions de dollars investis pour assassiner le président Maduro”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/08/01/deja-25-millions-de-dollars-investis-pour-assassiner-le-president-maduro/
  3. “Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les files d’attente au Venezuela sans jamais oser le demander”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/02/07/tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-les-files-dattente-au-venezuela-sans-jamais-oser-le-demander/
  4. “Rafael Correa : “la tactique de la droite nord-américaine en Équateur, au Venezuela et en Bolivie, est de financer des fondations pour déstabiliser les gouvernements progressistes.” https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/08/rafael-correa-la-tactique-de-la-droite-nord-americaine-en-equateur-au-venezuela-et-en-bolivie-est-de-financer-des-fondations-pour-destabiliser-les-gouvernements-progressistes/
  5. “Le Venezuela lance la campagne des législatives”, http://wp.me/p2ahp2-21z
  6. “Démocratisation des élections : la lutte entre l’ancien et le nouveau au Venezuela et en Amérique Latine”, http://wp.me/p2ahp2-1TS

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-23s

« Plus d’énergie pour l’unité » : le Salvador devient membre de PetroCaribe

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San Salvador, 1er juin 2014. Salvador Sánchez Céren, ancien dirigeant guérillero et ex-ministre de l’Éducation, devient Président de la République. Photos : G. Trucchi

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Par Giorgio Trucchi | LINyM

Il n’a pas perdu de temps. Pour son premier acte de politique internationale après sa prise de fonctions ce dimanche 1er juin, le président Salvador Sánchez Cerén a inauguré dans la capitale salvadorienne le 13ème Conseil Ministériel de PetroCaribe qui, au terme de ses travaux, a accepté la demande d’adhésion du Salvador, Celui-ci devient ainsi le 19ème pays membre à part entière de l’instance régionale [1].

Cette initiative avait été annoncée par Sánchez Cerén et par Medardo González, secrétaire général du parti de gauche FMLN (Front Farabundo Martí pour la Libération Nationale) dans les jours qui ont précédé la cérémonie officielle. « Aujourd’hui nous allons faire un grand pas dans l’histoire de notre pays, un pas qui marque la volonté de transformation socio-économique pour continuer à forger le Salvador que nous voulons » a déclaré le nouveau président.

Le nouveau chancelier salvadorien Hugo Martínez a salué cette décision unanime de l’instance régionale, expliquant que l’adhésion de son pays lui permettra de se fournir en énergie « suivant les príncipes de coopération, solidarité, commerce juste et complémentarité » en vue d’atteindre le développement « dans la justice sociale, en préservant son indépendance, sa souveraienté et son identité« .

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Pays membres de PetroCaribe (en rouge), auxquels il faut ajouter à présent le Salvador.

Petrocaribe est une Alliance énergétique entre nations créée en 2005 par le président Hugo Chávez, qui permet aux pays membres d’obtenir du pétrole à bas prix, dans le cadre d’un projet plus vaste d’intégration régionale basée sur l’indépendance et la souveraineté des peuples.

L’accord propose une échelle de financement d’entre 5% et 50% de la facture pétrolière, en prenant comme référence le prix des hydrocarbures. Le délai de grâce pour le financement est étendu à un ou deux ans et prévoit un allongement de la période de paiement de 17 a 25 años, avec une réduction de l’intérêt à 1% si le prix du pétrole dépasse les 40 dollars par baril.

De cette manière les pays bénéficient d’un traitement préférentiel et peuvent faire usage d’au moins 40% de ce qu’ils doivent en facture pétrolière pour l’investir dans des programmes économiques et sociaux qui visent à réduire la pauvreté et une meilleure distribution de la richesse. En outre le paiement peut être effectué avec des biens et des produits nationaux, surtout agricoles, ce qui avantage les petits et moyens producteurs.

En matière de programmes sociaux, Petrocaribe compte 88 projets approuvés, dont 46 ont été réalisés, pour un investissement de 208 millions de dollars.

Petrocaribe est une réalité

Lors de l’inauguration du Conseil Ministériel, le vénézuélien Bernardo Álvarez, président de  Petrocaribe, s’est dit honoré par la décision du Salvador de demander l’adhésion. Selon les données communiquées par Álvarez, dans les 9 dernières années, le Venezuela a fourni journellement 105 mille barils de pétrole à tous les pays membres de Petrocaribe, ce qui leur permet de couvrir 43% des besoins énergétiques. En plus, a été financée la facture pétrolière à hauteur de 15 milliards de dollars. « Parmi ceux-ci 5 milliards de la facture à long terme ont été utilisés pour des projets d’inclusion sociale. Pendant ces années, le PIB (Produit Intérieur brut) des pays membres a augmenté de 25%, le revenu par habitant a augmenté de 387 dollars et l’indice de développement humain est monté de 0.60 à 0.70 » a souligné Álvarez.

ALBA Petróleos : ¨Pour la première fois au Salvador quelqu’un concurrence les grands entrepreneurs et offre un contrepoids à leur pouvoir¨

Sous le gouvernement de Mauricio Funes (2009-2014), le Salvador s’était converti en observateur de Petrocaribe et avait initié les études en vue de son adhéalba1sion intégrale.

ALBA Petróleos de El Salvador est une entreprise d’économie mixte créée précisément pour faire entrer le pays dans l’accord Petrocaribe. Face aux résistances qu’affrontait le projet d’y intégrer le Salvador en tant qu’État, fut mise sur pied l’Association Inter-municipale ENEPASA (Énergie pour le Salvador), en tant qu’interlocutrice.

Parmi les projets sociaux impulsés par cette entité, se détache le populaire programme ALBA Alimentos de El Salvador. “Avec ce projet nous avons appuyé le crédit aux producteurs individuels et organisés, on a remis des équipements technologiques pour l’ensemencement de haricot, riz, maïs, etc.. . Alba alimentos s’est chargée de la distribution commerciale, en signant des accords avec les grandes chaînes commerciales” a expliqué Abel Lara, président de la CONFRAS (Confédération de la Réforme Agraire Salvadorienne).get_img (1)

En outre, ALBA Alimentos s’est consacrée à la tâche de produire ces grains de base à un prix juste, a offert une formation technique et commerciale aux producteurs et a appuyé le programme gouvernemental du Verre de Lait Scolaire, qui a bénéficié à plus de 1.3 millions d’étudiants.get_img (3)

En 2013 a été inaugurée le premier centre de production de bio-fertilisants du pays, afin de réduire la dépendance et la forte consommation de produits agro-toxiques dans la production des grains de base. On a également installé une usine de traitement de maïs, ris et haricot, brisant le monopole qui existe dans ce secteur.

485212_469952743059952_1733896417_nLe projet a été très attaqué et a dû affronter l’opposition des grands entrepreneurs. Pour la première fois au Salvador quelqu’un les concurrence et offre un contrepoids à leur pouvoir. Aujourd’hui, avec ce nouveau gouvernement et ce nouveau pas vers l’intégration, nous espérons pouvoir aller plus loin et, de manière graduelle, cesser de dépendre des décisions d’une élite économique privée qui a fait beaucoup de mal à notre pays” conclut Ricardo Ramírez, de la direction de la CONFRAS (Confédération de la Réforme Agraire Salvadorienne).

Texte : Giorgio Trucchi

Source : http://www.nicaraguaymasespanol.blogspot.it/2014/06/el-salvador-ya-esta-en-petrocaribe.html

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Antigua et Barbuda, Bahamas, Bélize, Cuba, Dominique, Grenade, Guatémala, Guyana, Haití, Honduras, Jamaïque, Nicaragua, République Dominicaine, San Cristóbal et Nieves, San Vicente et Las Granadinas, Santa Lucía, Suriname et Venezuela. Sur proposition du gouvernement bolivarien, l’État de Palestine a été récemment admis comme observateur au sein de PetroCaribe. Lire ¨Mahmoud Abbas : ¨le Venezuela nous a permis de briser le monopole d’Israël sur notre économie.¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/17/mahmoud-abbas-¨le-venezuela-nous-a-permis-de-briser-le-monopole-disrael-sur-notre-economie-¨/

Pour plus d’information sur PetroCaribe, on peut consulter sa page officielle http://www.petrocaribe.org/

(2)  Lire également ¨De PetroCaribe à la Patrie Caraïbe¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

 

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/04/plus-denergie-pour-lunite-le-salvador-devient-membre-de-petrocaribe/ 

FiveThirtyEight se trompe sur le Venezuela, par Mark Weisbrot (CEPR, Washington)

Mark Weisbrot, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research in Washington DC (CEPR)

Mark Weisbrot, économiste, co-directeur du Centre for Economic and Policy Research, Washington DC (CEPR)

Nate Silver, rendu célèbre par sa capacité à manier les données électorales pour projeter avec succès les résultats des élections aux USA, a lancé le mois dernier un nouveau blog – FiveThirtyEight.com. Ce fut un démarrage difficile, “quelque chose entre une déception et un désastre” comme Paul Krugman l’a écrit après son lancement, en constatant le mauvais traitement de certains éléments et des “affirmations basée sur l’emploi désinvolte et bâclé de quelques données, comme le dit la vieille expression, à la manière dont un ivrogne utilise un réverbère — comme support, non comme éclairage” dit Krugman.

Je laisse le lecteur juger si cette image s’applique à l’article publié dans FiveThirtyEight le 17 mars par Dorothy Kronick sur le Venezuela. Bien qu’il soit devenu banal de publier à peu près n’importe quoi sur le Venezuela du moment que ce soit négatif pour le gouvernement, au CEPR nous appliquons les mêmes mesures aux mêmes produits.

La thèse de l’article de D. Kronick est étrange. Tout en notant correctement que la polarisation politique au Venezuela épouse à l’extrême les coupures de classe, avec des groupes de haut revenu qui tendent à soutenir les protestations et les vénézuéliens de moindre revenu appuyant le gouvernement, l’auteur pose la question rhétorique : ¨pourquoi la division ?¨et répond :

Le désaccord sur la vision politique pour leur pays proviendrait en partie du fait qu’ils utilisent des références différentes pour mesurer le ¨chavisme¨ : alors que les chavistes comparent le Venezuela d’aujpurd’hui à celui d’avant la révolution, l’opposition compare la situation économique actuelle avec les récents développements dans le reste de l’Amérique Latine.

Je pense que l’auteure veut dire que le chavisme semble meilleur si on le compare à l’ère d’avant Chávez que si on le compare avec le reste de l’Amérique Latine. Il est très facile de répondre à la première partie : le PIB per capita a chuté de plus de 15 pour cent au cours des 20 années qui ont précédé Chávez (1978-1998). Cependant, il n’existe aucune preuve que les deux parties fassent ces comparaisons. Quels électeurs dans le monde jugent-ils leur gouvernement en se basant sur une comparaison avec ses voisins ? Si c’était le cas aux États-Unis par exemple, les taux d’approbation du président Obama seraient très élevés et les démocrates voleraient vers une victoire éclatante aux électiosn pour le Congrès en novembre grâce à la comparaison du niveau de revenu se ferait avec l’Europe, qui s’est comportée de manière bien pire dans sa récupération de la grande récession depuis 2009.

Voyons maintenant la comparaison entre le Venezuela et le reste de l’Amérique Latine. Est-il probant ou même logique d’évaluer la performance des gouvernements de Chávez (et de Maduro) depuis 1999, l’année où le premier a pris ses fonctions ? Pendant les quatre premières années le gouvernement bolivarien ne contrôlait pas la compagnie nationale pétrolière, qui compte pour 50 pour cent dans les ressources du gouvernement et pour 90 % dans les bénéfices de l’exportation. Cette compagnie était sous contrôle de l’opposition qui l’a utilisée pour saboter l’économie et pour lancer plusieurs tentatives de renverser le gouvernement. Comme le journaliste d’opposition Teodoro Petkoff l’a écrit par la suite, l’opposition vénézuélienne a suivi une stratégie de “prise de pouvoir militaire” de 1999 à 2003 (brièvement couronnée de succès lors du coup d’État d’avril 2002).  La dernière tentative de l’opposition pour prendre le contrôle de l’industrie pétrolière en décembre 2002 a provoqué une perte de 24 % du PIB, comparable au pire moment de la récession états-unienne. Elle a aussi mené à une forte chute permanente de la production des champs pétrolifères traditionnels du Venezuela.

Pour poser une question analogue en ce qui concerne les États-Unis : si Paul Ryan (congressiste républicain ultra-libéral, NdT) contrôlait la Réserve fédérale et augmentait les taux d’intérêt à 25 %, pour plonger l’économie américaine dans une grave récession alors que le président Obama était au pouvoir, Obama serait-il responsable des résultats de l’économie américaine au cours de cette récession ? Bien sûr, si vous êtes un opposant inconditionnel, vous pouvez blâmer Chávez pour tous ces dégâts en disant que s’il avait fait ce que ses adversaires politiques voulaient qu’il fît (au lieu d’accomplir le programme pour lequel avait voté les électeurs), alors il n’y aurait pas eu cet énorme sabotage de l’économie. Mais je ne voudrais pas mettre Dorothy Kronick ou Nate Silver dans cette catégorie.

Même si D. Kronick peut avoir d’autres raisons de tenir le gouvernement pour responsable des dommages économiques causés par ses adversaires, nous ne pouvons pas commencer à 1999. Le gouvernement a finalement obtenu le contrôle de l’industrie pétrolière en 2003. Mais reprendre la mesure à partir de 2003 ne serait pas juste non plus pour ceux qui critiquent le gouvernement, car cela reviendrait à mesurer la croissance depuis un point très bas. La façon juste de le faire est de recommencer en 2004, lorsque le PIB a rattrapé le niveau d’avant la récession. C’est une mesure valable des années Chávez/Maduro.

Si l’on regarde la croissance du PIB par habitant entre 2004 et 2013, l’image change de façon significative. Le Venezuela est le 12ème sur 20 pays latino-américains, et plus important encore pour la comparaison faite par D. Kronick, il égale la Bolivie avec une croissance du PIB annuel par habitant de 2,7 pour cent. (D. Kronick utilise la Bolivie comme une comparaison pour affirmer que le Venezuela ne s’est pas bien porté sous les années Chávez/Maduro).

Amérique latine: croissance annuelle, PIB par habitant 2004-2013 

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 Source: FMI.

L’auteure note la réduction de la pauvreté au Venezuela, mais pour une raison inconnue, ne la compare pas à celle des autres pays. Toutefois, si nous faisons cette comparaison, nous voyons que le Venezuela est la quatrième de 9 pays d’Amérique du Sud plus le Mexique dans le pourcentage de réduction de la pauvreté et aussi de l’extrême pauvreté; notons qu’il est en avance sur la Bolivie, la comparaison choisie par Kronick, et loin devant la moyenne de l’Amérique latine dans son ensemble. Cette mesure comprend le revenu mesuré uniquement en espèces; si nous devions mettre une valeur monétaire sur les augmentations de l’accès gratuit aux soins de santé, à l’éducation et au logement, le rang du Venezuela monterait de manière significative.

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Source: CEPAL, Commission Économique Pour l’Amérique Latine (ONU).

Remarque: Les exposants se rapportent à des périodes de temps reflétées dans le graphique; (1) 2004-2012, (2) 2004-2011, (3) 2003-2011, et (4) de 2007 à 2012.

Le reste des comparaisons de Kronick ne prend pas en compte le niveau de vie. L’inflation est bien sûr devenue un problème grave au cours des 16 derniers mois, et si elle devait se poursuivre à ce rythme, elle pourrait nuire à la production, à l’emploi et éventuellement à la répartition des revenus. Cependant, nous ne pouvons pas affirmer que ce sera le cas; par exemple, l’inflation annuelle était de 39 pour cent en Février 2003, mais a baissé en février 2014. Donc, tout ce que nous pouvons faire actuellement pour une comparaison de ce genre est de comparer les mesures du niveau de vie et la protection sociale de 2004 à nos jours, avec les dernières données disponibles. Beaucoup de gens ne sont pas conscients de ce fait, mais l’inflation n’est pas une mesure du niveau de vie.

Pas plus que ne l’est le montant des réserves de liquidités détenues par le gouvernement central du Venezuela, qui est comparé avec la Bolivie dans cet article. Il n’est pas dit clairement pourquoi nous devrions penser que c’est un point de comparaison important, ou pourquoi les Vénézuéliens devraient s’en soucier. Selon le dernier rapport de Bank of America Merrill Lynch, les actifs liquides et semi-liquides de la banque centrale, de PDVSA, et d’autres avoirs du gouvernement totalisent plus de 50 milliards de dollars, ce qui est un montant tout à fait raisonnable de réserves par rapport aux importations du Venezuela (équivalent à la valeur d’une année). Et ce d’autant plus que la monnaie du Venezuela n’est pas directement convertible (il existe des contrôles de change). Il n’est pas clair pourquoi les réserves de trésorerie serait la mesure la plus pertinente pour la balance des paiements.

D. Kronick compare également la dette publique extérieure du Venezuela avec celle de la Bolivie, qui montre que celle du Venezuela est plus élevée, à environ 27 pour cent du PIB alors que la Bolivie en est à 16 pour cent du PIB. Bien sûr, ce n’est pas une mesure du niveau de vie soit, mais cela pourrait être pertinent si on considère que le Venezuela est confronté à une sorte de crise de la dette. Mais ce n’est pas le cas. Si nous comparons, il est important de souligner que la Bolivie avait un montant de dette extérieure à 10 pour cent de son PIB – due à la Banque interaméricaine de développement – qui fut annulée en 2007. Ce chiffre représente la quasi-totalité de la différence entre la la dette publique extérieure de deux pays. Ce fut Chávez, d’ailleurs, qui réussit à faire annuler la dette en poussant d’autres gouvernements d’Amérique du Sud à l’accepter (ce mouvement comprenait également l’annulation de la dette pour le Honduras, Haïti, le Guyana et le Nicaragua).

La comparaison de la réduction de la mortalité infantile entre le Venezuela et le reste de l’Amérique latine est aussi peu valide. D. Kronick mesure le pourcentage de réduction annuelle mais bien sûr, il est beaucoup plus facile de réduire la mortalité infantile de 1 point de pourcentage si vous êtes à 60 pour mille que si vous êtes déjà tombé à 18 comme le Venezuela. Comme l’explique le graphique ci-dessous, le Venezuela a commencé la période (ici vous pouvez utiliser 1999 ou 2004 comme ici, cela ne change pas la photo) avec le cinquième le plus bas taux de mortalité infantile et a terminé la période avec le sixième le plus bas taux de mortalité infantile.

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Il y a d’autres comparaisons tout aussi peu pertinentes (par exemple, Kronick écrit que Chávez a remporté l’élection de 2012 par « seulement » 11 points d’avance, c-à-d moins que les autres titulaires) mais cela ne vaut pas la peine de les relever toutes. L’article illustre bien le commentaire initial que Krugman fait sur ce blog, celui d’utiliser (ou d’abuser) des chiffres sans cadre cohérent.

La comparaison avec la Bolivie, par exemple, aurait pu être instructive pour illustrer deux importantes erreurs de politique économique importantes faites par le gouvernement vénézuélien, si l’auteur avait disposé d’un cadre cohérent. Bien que la Bolivie n’avait nul besoin de 50 pour cent du PIB en réserves de liquidités, le gouvernement Morales a maintenu le taux de change bolivien très stable pendant sept ans. Les boliviens ont utilisé un flottement dirigé sans cible pré-annoncée, et accumulé suffisamment de réserves (tout en utilisant des contrôles de change) pour maintenir le taux de change dans une fourchette étroite. Le système du taux de change au Venezuela, en revanche, a été beaucoup moins stable et a rencontré des difficultés graves depuis un an et demi, avec une forte hausse du prix du dollar sur le marché noir et une forte augmentation conséquente de l’inflation.

La seconde comparaison intéressante entre la Bolivie et le Venezuela porte sur leur réponse à la crise financière et à la récession mondiales de 2008-09. La Bolivie – en partie à cause des plans déjà mis en route – disposait d’une large stimulation fiscale et a fini avec pratiquement la meilleure performance en termes de croissance de l’hémisphère en 2009. Le Venezuela a répondu avec des réductions de dépenses pro-cycliques et a donc connu une récession qui a duré un et demi (toute l’année 2009, plus de la première année de l’année 2010). Si le gouvernement vénézuélien avait adopté des politiques anticycliques, sa croissance durant la dernière décennie aurait été plus élevée que la Bolivie et en avance sur la plupart des pays de la région.

Bien sûr, si la tendance des 16 derniers mois devait se maintenir, l’économie vénézuélienne suivrait une autre voie et pourrait en effet afficher des résultats moindres que ceux des pays voisins dans son but affiché d’élever le niveau de vie des vénézuéliens. Mais l’auteure prétend que ceci s’est déjà produit sous les années Chávez/Maduro – et sur ce point, les données vont dans le sens contraire de ses affirmations.

Finalement, toute évaluation des années Chávez/Maduro devrait prendre en compte les milliards de dollars de coopération extérieure que le Venezuela a fournis à la région – un fait probablement sans précédent pour une économie de cette taille. Du point de vue d’un opposant, bien sûr, cela ne mérite aucun crédit. Mais quand on considère ce qui s’est passé avec les recettes pétrolières de cette époque qui ne furent pas réinvesties sur place, il y a ici une grande différence avec le fait de les transférer sur un compte en Suisse comme c’est le cas pour de nombreux alliés des États-Unis. D’un point de vue économique, humain et moral, cela mérite d’être pris en compte.

Mark Weisbrot

Source: CEPR

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/13/fivethirtyeight-se-trompe-sur-le-venezuela-par-mark-weisbrot-cepr-washington/

Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019

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Célébration de la victoire, 14 avril 2013, Caracas.

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Le programme révolutionnaire (socialiste, écologique, participatif, basé sur les concepts de souveraineté et de politique étrangère multipolaire) proposé par Nicolas Maduro a été approuvé par 50,7 % des électeurs ce 14 avril 2013, contre 48,9 % au programme néo-libéral du candidat Henrique Capriles Radonski. La victoire de ce programme inconnu des citoyens occidentaux frappe d’autant plus que les médias privés du Venezuela et leurs relais internationaux ont fabriqué depuis quatorze ans l’image du “dictateur Chavez”. Pourtant, en l’absence de celui-ci et malgré l’usure de quatorze ans de pouvoir, la majorité des citoyens s’est mobilisée pour confirmer dans les urnes le programme débattu publiquement depuis juillet 2012, qui avait valu sa victoire à Hugo Chavez en octobre 2013 et qui a constitué le coeur de la campagne présidentielle de Nicolas Maduro. Alors que le candidat de la droite appuyé par les médias privés fait campagne depuis trois scrutins et a disposé de plus de temps pour construire son plancher électoral, Nicolas Maduro n’a eu que quelques semaines pour mener sa première campagne au contact de la population.

Près de 19 millions d’électeurs pouvaient voter et, bien que le vote ne soit pas obligatoire, la participation a été massive (79,8 %). Ce scrutin, comme les 16 autres qui l’ont précédé depuis le début du processus révolutionnaire, a été suivi par 173 observateurs internationaux accrédités par le Conseil National Électoral (CNE) : l’Union des douze Nations Sud-américaines (UNASUR), l’Union Interaméricaine des Organismes Électoraux (UNIORE), le MERCOSUR et le Centre Carter, notamment. Nicolas Maduro a été proclamé officiellement président de la république ce lundi 15 avril par le Centre National Électoral. Les résultats définitifs sont publiés sur le site du CNE :  http://resultados.cne.gob.ve/resultado_presidencial_2013/r/1/reg_000000.html

Du côté de la droite, le scénario se répète : le candidat Capriles Radonski, qui avait participé activement au coup d’État du patronat et de généraux made in CIA contre Chavez en avril 2002, refuse de reconnaître le verdict des urnes et appelle au coup d’État, allumant ici et là des foyers de violence avec l’aide des mêmes  « puissances étrangères » et des mêmes médias. Des centres de santé populaire, un siège du Parti Socialiste Uni du Venezuela ont été détruits, plusieurs personnes ont été assassinées par des commandos d’extrême-droite. Le gouvernement bolivarien, sans tomber dans la provocation,  s’est attelé dès ce lundi à défendre la constitution, à empêcher la violence d’interrompre le cours de la démocratie, et à réaliser son programme pour résoudre les problèmes économiques, sociaux définis durant la campagne, avec l’appui de 20 sur 23 gouverneurs, une majorité de maires et de députés, et de nombreux espaces de démocratie participative.

Comme le dit José Roberto Duque, « Si l’état communal que nous sommes à peine en train de formuler, de discuter et de construire maladroitement à travers des processus et des expériences locales et pour l’heure isolées, se convertit en forme de vie et de participation citoyenne, là oui ce sera la révolution. Cela sera, oui, l’héritage de Chavez, ce sera aussi notre fierté. Nous, formés, moulés par les codes bourgeois, dans des écoles bourgeoises et dans une manière de nous relier absolument bourgeoises, nous aurons démontré que nous pouvons nous faire violence, faire échouer notre être égoïste, individualiste, consommateur et médiocre, pour mériter l’épithète de génération révolutionnaire. La mauvaise nouvelle est que nous, les vénézuéliens vivants, ne saurons jamais si on se souviendra de nous de cette manière. Je le regrette. L’histoire est pleine de personnes qui n’ont pas mesuré la taille de leur contribution à l’humanité« . (1)

Pajarito

« J’ai voté pour Maduro ! Mission accomplie ». Face au dénigrement de Maduro par les médias comme « simple chauffeur d’autobus » (allusion à sa trajectoire de syndicaliste du transport), l’humour populaire a rendu la politesse.

morales_evoParmi les félicitations des présidents du monde entier, celle du président Evo Morales : « cette victoire montre que face à la soumission, face au pillage du capitalisme et de l’impérialisme, les peuples se manifestent démocratiquement« .

Depuis l’Équateur Rafael Correa a déclaré : “Gloire au peuple courageux qui a vaincu le joug ! Félicitations Président imagesMaduro. Commandant Chávez : le Venezuela ne retournera jamais au passé ! »

L’ensemble des présidents latino-américains seront présents à la prise de fonctions de Maduro, ce vendredi 19 avril 2013.

Le seul fait que le Venezuela bolivarien, système “excessivement démocratique” selon l’ex-président Lula, avec sa surdose de processus électoraux et la participation citoyenne aux dizaines de milliers de conseils communaux, puisse être dépeint comme un régime autoritaire démontre que les médias privés et leurs copies publiques ne défendent plus le droit des citoyens à l’information. Certes, cette propagande prend de moins en moins dans les secteurs populaires en Occident, et éveille des soupçons grandissants chez ceux qui ont compris le rôle des médias dans le maintien de l’ordre néo-libéral mondial.

Mais ni Facebook, ni les blogs ne suffiront à contrebalancer l’image du monde transmise par les médias de masse. Par exemple, la gauche occidentale ferme les yeux sur des guerres coloniales, sur des bombardements humanitaires ou laïcs de populations civiles ou sur des coups d’Etat téléguidés, parce qu’elle n’ose pas affronter les justifications démocratiques diffusées par ces médias et qu’elle préfère y soigner son image de marque. Les citoyens occidentaux ont devant eux une tâche urgente : démocratiser et répartir les ondes de radio et de télévision pour garantir la libre expression des mouvements sociaux, pour briser la colonisation du service public par la logique des médias privés et par le dogme du libre marché et pour que les citoyens puissent comprendre ce qui se passe dans le reste du monde.

L’Argentine l’a déjà fait en légiférant pour offrir un tiers des ondes radiophoniques et télévisées au service public, un tiers aux entreprises privées, un tiers aux associations citoyennes. En Equateur, en Bolivie, ou au Venezuela, la démocratisation des ondes avance plus lentement – ces pays vivent encore sous la domination médiatique de grands groupes économiques privés anti-État, anti-mouvements sociaux (2). Alors que ce thème était jusqu’ici tabou au Brésil, le Parti des Travailleurs et la principale centrale syndicale du pays, la CUT, évoquent pour la première fois publiquement la nécessité d’en finir avec la dictature du monopole privé incarné par TV Globo et toute sa chaîne de journaux, livres, revues, etc.. (3). Quelque chose s’est mis en mouvement en Amérique Latine. Mais démocratiser les ondes dans une seule partie du monde ne suffira pas s’ils restent monopolisés par de grands groupes privés ailleurs.

En Occident, il ne s’agit pas seulement de légaliser et de multiplier les médias citoyens et de refinancer le service public, mais aussi de revenir à une formation intégrale, universelle et critique des journalistes, qui les libèrera de la Fin de l’Histoire, leur rendra le sens original d’un métier qui passe par une véritable rencontre avec l’Autre, par le respect de son Histoire, de son droit d’élire qui il veut, et d’être entendu dans ses propositions. Ce qui implique de restaurer une logique de production où le temps est premier : le temps de voyager, de sortir des hôtels et des conférences de presse, le temps d’écouter, de se former, de comprendre et de découvrir tout qu’on ne savait pas, tout ce qu’on ne comprenait pas.

Sans cela, comment un journaliste européen pourra-t-il comprendre la rébellion vivante dans les gènes des vénézuéliens, ces métis qui n’ont jamais obéi à aucune capitainerie générale du royaume d’Espagne, et qui ne sont plus prisonniers du présent médiatique, mais ont un pied dans le passé et l’autre dans le futur ? Ou que la révolution au lieu de se militariser comme l’annonçaient les médias il y cinq ou dix ans, vient d’élire un président civil et que les médias privés, majoritaires, font librement campagne contre lui ? Ou ce qui pousse des voyageurs du monde entier à chercher à Caracas un sens aux mots démocratie, socialisme, politique ?

Nous publions une synthèse des 70 pages du programme choisi par les électeurs.

Dans beaucoup de pays la “gauche” gouvernementale s’est vidée de tout programme pour se muer en agence de casting et fournir des “évènements” quotidiens aux médias. Les bolivariens, eux, tiennent leurs promesses et ont ouvert le chantier infini de la transformation de la vie. “Ne nous y trompons pas : la formation socio-économique qui prévaut encore au Venezuela est de caractère capitaliste et rentier. Le socialisme commence à peine à imposer sa propre dynamique interne parmi nous. Ce programme est fait pour le fortifier et l’approfondir, en radicalisant la démocratie participative. Nous partons du principe qu’accélérer la transition au socialisme bolivarien du XXIème siècle passe nécessairement par l’accélération de la restitution du pouvoir au peuple. C’est sa condition indispensable. Le présent programme s’efforce d’exprimer la volonté des majorités populaires, mais nous avons beau vouloir figer celle-ci dans des mots, nous savons que cela est totalement insuffisant. C’est pourquoi, à partir de ce jour, nous voulons que ce texte soit le sujet du débat le plus large et le plus libre pour qu’il soit prolongé, biffé, amendé, corrigé, complété et enrichi, pour que ce deuxième Plan Socialiste de la Nation soit une oeuvre éminemment collective, comme il se doit en temps de révolution.” (Introduction du programme par Hugo Chavez, juin 2012).

Thierry Deronne, Caracas, avril 2013.

Programme de gouvernement pour 2013-2019.

Premier objectif :Défendre, étendre et consolider le bien le plus précieux que nous ayons reconquis depuis 200 ans : l’indépendance Nationale.”

INFOGRAFÍA obj 1Exemples de quelques mesures prévues :

Renforcement et expansion du Pouvoir Populaire pour que le peuple soit le pouvoir. Préserver, récupérer et avancer dans les espaces de gouvernement régional et local pour approfondir la restitution du pouvoir au peuple. Continuer à construire l’hégémonie en matière de communications, pour qu’au Venezuela, on écoute toutes les voix. Maintenir et garantir le contrôle de l’Etat sur Pétroles de Venezuela S.A. Garantir l’hégémonie de la production nationale de pétrole. S’assurer une participation majoritaire dans les entreprises mixtes. Maintenir et garantir le contrôle de l’Etat sur les entreprises d’état qui exploitent les ressources minières sur le territoire national.
Promouvoir et stimuler la recherche scientifique et le développement technologique dans le but d’assurer les opérations intermédiaires de l’industrie pétrolière. Renforcer la coordination des politiques pétrolières au sein de l’OPEP. Impulser des mécanismes pour la juste valorisation du gaz. Elever la conscience politique et idéologique du peuple et des travailleurs du pétrole et du secteur minier , ainsi que sa participation active dans la défense des ressources naturelles de la nation. Impulser la participation des travailleurs dans la planification des activités de l’industrie pétrolière. Consolider et approfondir les instances de participation politique du peuple et des travailleurs du pétrole et des mines. Impulser et promouvoir une initiative de coordination entre les grands pays pétroliers.
Garantir l’utilisation des ressources naturelles du pays, souverainement, pour la satisfaction des demandes internes ainsi que son utilisation en fonction des plus hauts intérêts nationaux. Etablir et développer un régime fiscal minier, comme mécanisme de récupération efficace de recouvrement des revenus de l’activité minière.
Projets de développement social, notamment via la convention Chine-Vénézuéla : logements, hôpitaux et centres médicaux. Projets de développement énergétique tels que raffineries, usines de production de gaz naturel, de pipelines et de gazoducs, usines de gaz liquide, projets d’extraction, transport et commercialisation du charbon, etc.. Cette politique a permis de nous rendre indépendants des organismes financiers multilatéraux comme le Fonds Monétaire International (FMI), la Banque Mondiale (BM) et la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Fortifier et amplifier les accords de coopération énergétique. Renforcement des accords dans le cadre de Petrocaribe pour contribuer à la sécurité énergétique, au développement socio-économique et à l’intégration des pays des Caraïbes et de l’Amérique Centrale par l’emploi souverain des ressources énergétiques. Renforcement de l’ALBA.
Souveraineté alimentaire pour garantir le droit sacré de notre peuple à l’alimentation. Développer notre potentiel de production agricole. Augmenter la surface agricole irriguée de 178 000 ha jusqu’à 538000 ha irrigués en 2019, ce qui représente une augmentation de 202%. Accélérer la démocratisation de l’accès , pour les paysans, les producteurs et les différentes collectivités et entreprises socialistes, aux ressources nécessaires (terres, eau, arrosage, semences et capitaux) pour la production, en encourageant leur utilisation rationnelle et soutenable. Commencer la construction de 14 Maisons de Pêcheurs au niveau national dans les états de Carabobo, Aragua, Apure, Falcon, Nueva Esparta, Sucre, Miranda et Portuguesa. Créer et consolider les centres de distribution et de vente locale dans les grandes villes, vente et distribution directe de produits de consommation directe dont l’accès sera garanti à la population avec une rémunération juste du travail du paysan dans le but de développer le commerce d’exportation. Multiplication des réseaux de distribution socialiste Mercal, PDVAL, BICENTENARIO, marchés communaux et programmes de distribution gratuite. Renforcer et moderniser le système de régulation sociale d’état pour combattre l’usure et la spéculation dans l’achat et la distribution des aliments, étant donné son caractère de bien essentiel pour la vie humaine.
Mettre en place une politique d’exportation dans les pays des Caraïbes et au nord du Brésil. Donner un coup de pouce au développement et à l’utilisation de technologies pour les matières premières, réduisant les émissions nocives dans le milieu environnemental. Consolidation des espaces de participation citoyenne dans la gestion publique des aires thématiques et territoriales en rapport avec les sciences, la technologie et l’innovation. Consolider le déploiement des infrastructures éducatives du pays dans les centres universitaires, techniques, des médias et pour la formation pour le travail libérateur. Accroître la capacité défensive du pays avec la consolidation de la redistribution territoriale des Forces Armées Nationales Bolivariennes. Accroître la participation active du peuple pour consolider l’union civique et militaire. Renforcer et accroître le système de renseignements et de contre-espionnage militaire pour la défense intégrale de la patrie.

Deuxième objectif :Continuer à construire le socialisme bolivarien du XXIème siècle comme alternative au système destructeur et sauvage du capitalisme et ainsi, assurer la «plus grande sécurité sociale possible, la plus grande stabilité politique et le plus grand bonheur possibles» (Simón Bolívar) pour notre peuple.

INFOGRAFÍA obj 2Exemples de quelques mesures prévues :

Favoriser la démocratisation des moyens de production et impulser de nouvelles formes d’articulation de formes de propriété, en les plaçant au service de la société. Fortifier l ‘appareil productif national, en le modernisant technologiquement pour fournir la base matérielle en l’orientant vers le nouveau modèle du socialisme. Développer des modèles de gestion des unités de production basés sur l’inclusion, la participation des travailleurs et travailleuses, alignés sur les politiques nationales ainsi que sur une culture du travail qui s’oppose au rentisme du pétrole, en démontrant la structure d’ oligopole et de monopole existante. Assurer la formation collective dans les centres de travail en assurant son incorporation dans le travail productif, solidaire et libérateur. Augmenter durablement la production et la distribution de biens culturels au niveau national, à travers la production de 15.000.000 d’exemplaires du système massif de revues, et avec l’augmentation de 200% de la production de livres. Augmenter les infrastructures culturelles mises à la disposition du peuple avec la construction de 336 salles de bibliothèques, une par municipalité, avec le mobilier nécessaire à la lecture. Universaliser la sécurité sociale pour les artistes, les employés du secteur de la culture et les créateurs.
Rendre plus puissantes les expressions culturelles libératrices. Rendre visible l’identité historique et communautaire (Mision Cultura Corazon Adentro). Améliorer l’habitat et les infrastructures pour les peuples indigènes. Accélérer la délimitation territoriale de leurs espaces, à travers la remise de titres de propriété de terres aux communautés indigènes et de dotation de logements dignes à chaque famille indigène en situation de vulnérabilité, dans le respect de leurs choix culturels. Encourager la formation et le financement pour des unités socioproductives, avec le renforcement de 2345 conseils communaux et communes socialistes indigènes au moyen du financement de projets, dans le respect de leurs pratiques et de leurs formes d’organisation traditionnelles. Approfondir la participation politique et active des femmes dans le Pouvoir Populaire. Améliorer et construire des infrastructures pour les communautés pénitentiaires. Développer une politique intégrale de protection et de divulgation scientifique en relation avec la diversité biologique de notre pays, et en particulier en ce qui concerne nos Parcs, ainsi que les réservoirs d’eau de notre pays et ce qu’ils représentent pour la planète.
Renforcer la lutte contre ce qui détermine les conditions d’inégalité qui doivent être supprimées pour éradiquer l’extrême pauvreté. Etendre la couverture de l’inscription scolaire à toute la population. Développer l’éducation interculturelle bilingüe avec la participation des populations indigènes. Consolidation de la transformation universitaire autour de la formation intégrale, de la production intellectuelle et des liens sociaux qui garantissent le développement des capacités créatives et des capacités qui permettent de résoudre les problèmes prioritaires du pays. Renforcer le droit constitutionnel à l’éducation universitaire pour tous et toutes en augmentant les investissements, la poursuite et la dépense, au moyen de l’augmentation de 90% de l’inclusion des jeunes bacheliers au système d’éducation universitaire. Assurer la santé de la population à travers la consolidation du système public national de santé, sur la base de l’approfondissement de Barrio Adentro, du pouvoir populaire et de l’articulation de tous les niveaux du système de protection, de promotion, de prévention et de soin intégrala u service de la santé individuelle et collective. Assurer une alimentation saine et adéquate tout au long de la vie, en concordance avec les demandes de la Constitution concernant la Santé, la Souveraineté et la Sécurité Alimentaire, avec l’augmentation de la prédominance de l’allaitement Maternel Exclusif  jusqu’à 70%.
Renforcer 4500 magasins d’alimentation pour en faire des centres de formation et de soins nutritionnels. Consolider et agrandir le Réseau de Pharmacies Populaires sur tout le territoire national. Développer le Système Economique Communal avec les différentes formes d’organisation socio-productive : entreprises de propriété sociale, unités familiales, groupes d’échange solidaires et d’autres formes associatives pour le travail. Fortifier la base sociale du système d’économie communale. Développer le Pouvoir Populaire dans les entreprises de propriété sociale indirecte. Constitution de Conseils de Travailleurs et Travailleuses dans les entreprises de propriété sociale indirecte. Créer de nouvelles Grandes Missions dans des zones et sur des thèmes ou des problèmes prioritaires. Développer à partir des Grandes Missions, les systèmes d’accompagnement territoriaux pour transformer la vie des familles et des communautés en situation de pauvreté. Garantir la participation active du peuple organisé en ce qui concerne la formation, la transformation du modèle économique de production, la prévention et la protection sociale par les nouvelles instances de participation populaire comme les Conseils Communaux, les organisations de femmes, de jeunes , d’adolescents, d’indigènes, d’afro-descendants, d’étudiants, d’ouvriers et d’ouvrières, de paysans et de paysannes,  de travailleurs du transport, de professionnels, de petits et moyens producteurs et commerçants, associations de la diversité sexuelle, employés de la culture, écologistes, mouvements de villageois parmi beaucoup d’autres dans les sphères de la formation.
Accélérer la participation du peuple aux conseils communaux, groupes de bataille sociale, communes socialistes, cités communales, fédérations et confédérations communales pour le renforcement des possibilités d’action locales dans une perspective territoriale , politique, économique, sociale, culturelle, écologique,et de défense de la souveraineté nationale . De 2013 à 2016 : on développera l’organisation des 21 004 Conseils Communaux qui relieront 8.821.296 personnes (couverture totale de la population vénézuélienne). Le renforcement et l’accompagnement du Pouvoir Populaire dans la période 2013-2019 permettront la mise en conformité de 3 000 Communes Socialistes, selon des prévisions approximatives de 450 Communes, conformément à la démographie des axes de développement territorial. Ces Communes regrouperont 39 000 Conseils Communaux où vivront 4 680 000 familles , ce qui représente 21 060 000 citoyens. Garantir le transfert de compétences en ce qui concerne la gestion et l’administration de la chose publique à partir des instances institutionnelles régionales et locales vers les communautés organisées , les organisations de base et autres instances du Pouvoir Populaire comme stratégie de restitution totale du pouvoir au peuple souverain. Création de 3 000 Banques Communales qui serviront à consolider la nouvelle architecture financière du Pouvoir Populaire. Supprimer toutes les démarches inutiles demandées aux citoyens et aux citoyennes, pour réaliser des opérations légales avec l’Etat, ou pour obtenir des licences, des enregistrements, des diplômes, des certifications, etc…
Elaborer à partir de l’Etat une profonde et définitive révolution dans le système d’administration de la justice pour que cesse l’impunité, pour l’égalité et pour supprimer le caractère de classe et le caractère raciste dans son application. Poursuivre la transformation du Système Pénitentiaire. Activer le Système National de Soins aux Victimes. Garantir le droit et l’accès au libre exercice de l’information et de la communication véritable. Consolider la régulation sociale des moyens de communication en tant qu’outils pour le renforcement du Pouvoir Populaire en promouvant le Système National de Communication Populaire (radios, télévisions communales, journaux communautaires, environnementaux, personnels de l’environnement, ouvriers, jeunes, membres des partis, syndicalistes, paysans,entre autres) en tant qu’espace pour l’articulation de signifiants et de relations produites par la pratique de la communication sociale et humaine dans le but de transformer la réalité à partir du Pouvoir Populaire organisé. Actualiser et développer les plate-formes technologiques des moyens de communication en profitant du développement que représente la mise en arche de la Télévision Digitale Ouverte (TDA) qui permettra d’améliorer la qualité des transmissions.

Troisième objectif :Transformer le Venezuela en une puissance du point de vue social, économique et politique, à l’intérieur de la grande puissance naissante de l’Amérique Latine et des Caraïbes qui garantisse la création d’une zone de paix dans Notre Amérique.

INFOGRAFÍA obj 3Exemples de quelques mesures prévues :

Développer la capacité de production du pays en rapport avec les immenses réserves d’hydrocarbures conformément au principe d’exploitation nationale et de la politique de conservation des ressources naturelles épuisables et non renouvelables. Développer des projets pétrochimiques pour l’exploitation du gaz naturel, la production de carburants et dérivés de raffinage en les transformant en produits d’une plus grande valeur ajoutée. Renforcer et étendre la souveraineté technologique. Approfondir les stratégies de diversification des marchés du pétrole brut et des produits dérivés, avec l’objectif, pour 2019, de 2.200 MBD destinés aux pays asiatiques, 1.250 MBD vers l’Amérique Latine et les Caraïbes, 550 MBD vers l’Europe et 1,150 MBD vers l’Amérique du Nord. Renforcer et élargir le réseau électrique national. Diversifier les sources de production électrique en favorisant le recours au gaz naturel, au coke, et aux autres sources d’énergie. Développer l’utilisation efficace de l’électricité, en ayant recours à des sources alternatives et en développant le recours à la ressource éolienne. Approfondir les alliances politiques et économiques avec les pays qui ont un positionnement géostratégique favorable et dont les intérêts convergent avec ceux de notre nation, ce qui encouragera la construction d’un monde multipolaire.
Développer et adapter les Forces Armées pour le défense de notre Patrie. Consolider la coopération avec les pays frères en accord avec les exigences de la Défense Intégrale de la Patrie. Conserver et préserver les milieux naturels. Incorporer la reconnaissance de la Culture propre à chaque Peuple dans les processus de planification et de mise en valeur des territoires. Entretenir et étendre le réseau de routes, autoroutes et voies de raccordement qui relient les agglomérations grandes et moyennes sur toute l’étendue du territoire national et pour relier les zones industrielles aux zones d’exploitation des ressources. Améliorer l’état des routes dans les zones rurales et agricoles. Développer la seconde phase de la Grande Mission Logement Venezuela pour en finir définitivement avec la pénurie de logements récurrente. Renforcer la construction de logements dans les zones rurales pour améliorer les conditions de vie des familles paysannes. Poursuivre la construction de réseaux de distribution d’eau potable et d’assainissement des eaux usées dans les agglomérations encore dépourvues de ces services. Accélérer le Plan de distribution de gaz domestique. Développer l’usage des transports collectifs pour qu’ils l’emportent sur les transports privés.

Quatrième objectif :Contribuer au développement d’une nouvelle géopolitique internationale incarnant un monde multipolaire pour atteindre l’équilibre de l’univers (Simón Bolívar)et garantir la paix mondiale.

4Exemples de quelques mesures prévues :

Promouvoir le rôle d’avant-garde de l’ALBA dans le processus des changements en cours en Amérique Latine et les Caraïbes et dynamiser les nouveaux espaces tels que l’UNASUR et la CELAC. Renforcer le rôle du Système Unitaire de Compensation Régionale (SUCRE) et celui de la Banque de l’Alba dans la stratégie de complémentarité économique, financière, productive et commerciale de la zone. Renforcer le mécanisme de PETROCARIBE comme schéma de coopération énergétique et sociale solidaire. Assurer la participation active dans chacun des Conseils de UNASUR pour impulser des politiques et des actions bénéfiques pour les peuples de Notre Amérique. Impulser et renforcer la Communauté des États Latino-Américains et des Caraïbes (CELAC) comme mécanisme d’union de l’Amérique Latine et les Caraïbes. Développer les projets nationaux d’union économique avec les pays de l’ALBA et de complémentarité productive avec les pays du MERCOSUR. Renforcer la Banque du Sud en tant qu’institution visant l’intégration financière régionale. Consolider le rôle du Venezuela en tant qu’acteur d’une coopération solidaire, sans prétensions hégémoniques, et respectueux du principe de l’autodétermination de chaque peuple.
Développer le nouvel ordre latino-américain dans le domaine des communications en insistant sur les nouveaux systèmes et les nouvelles technologies de l’information et en développant de nouveaux outils de communication. Renforcer Telesur et lui assurer une plus grande présence régionale et mondiale. Développer les émissions de Radio du Sud comme outil de communication pour faire connaître les processus politiques en cours dans la région. Développer les réseaux de chaînes d’information alternatives et communautaires dans la région de même que les réseaux sociaux. Diffuser de façon permanente l’information véridique émise par les pays de l’ALBA et les pays alliés du Sud. Défendre la présence des miminorités ethniques et des peuples autochtones dans les organes décisionnels “notre-américains”. Développer le rapprochement et la coordination entre les nouveaux mécanismes de l’union latino-américaine et Caraïbes (ALBA, UNASUR, CEPALC) et le groupe BRICS pour donner plus de force à la voix des peuples du Sud dans l’arène mondiale. Nouer des alliances avec des chaînes de communication et d’information des pôles émergents du monde pour améliorer la compréhension mutuelle et l’information authentique sur nos réalités à l’abri du filtre déformant des grandes entreprises de la communication propriétés des puissances impérialistes.
Promouvoir la diplomatie des peuples et la participation active des mouvements populaires organisés dans la construction d’un monde multipolaire et équilibré.Promouvoir la participation des réseaux mondiaux des mouvements sociaux dans les grands Forums et Sommets internationaux. Poursuivre une politique active et entreprenante en partenariat avec les pays progressistes de notre zone en appelant à une urgente et indispensable réforme du Système Inter-américain de Défense des Droits de l’Homme et de la Justice étant donné que celui-ci est un bastion hautement politisé de l’impérialisme nord-américain. Dénoncer les traités et les accords bilatéraux pouvant limiter la souveraineté nationale face aux intérêts des puissances néocoloniales (promotion et défense des investisements). Porter à un niveau non vital les échanges commerciaux avec les puissances néocoloniales. Porter à un niveau non vital la connexion du Venezuela avec les réseaux de communication dominés par les puissances néocoloniales. Augmenter la part des devises des pays émergents dans les réserves et le commerce international du Venezuela. Réaliser la majeure partie des échanges économiques et commerciaux avec les pôles émergents du monde nouveau.

Cinquième objectif :Contribuer à préserver la vie sur la planète et au sauvetage de l’espèce humaine”.

5Exemples de quelques mesures prévues :

Développer l’action aux niveaux national et international pour la protection et la conservation des zones stratégiques, entre autres les sources et plans d’eau (eaux de surface et nappes phréatiques) pour une gestion globale des bassins hydrographiques, la biodiversité, la gestion soutenable des mers, des océans et des forêts. Continuer à militer pour la reconnaissance du droit à l’accès à l’eau comme un des Droits Humains supplémentaire dans tous les forums et toutes les enceintes. Combattre les chémas internationaux qui prônent la marchandisation de la nature, des services environnementaux et des écosystèmes. Rechercher des alliances stratégiques dans tous les forums internationaux pour lutter contre la marchandisation de la nature. Redynamiser la coopération avec les pays frontaliers sur les questions concernant la gestion respectueuse de l’environnement et les zones écologiques d’intérêt commun sur la base des principes du droit international. Défendre les droits territoriaux et la souveraineté de l’État du Venezuela dans les négociations concernant l’administration des espaces marins et océaniques de même que la diversité biologique marine au-delà de la juridiction nationale.
Elever le niveau des débats de fond sur les questions économiques, sociales et environnementales dans les instances pertinentes au niveau régional et international pour que les décisions y soient prises de façon inclusive et transparente, hors de toute orientation de type paternaliste et néocolonial de la part des pays développés.  Impliquer les institutions publiques dans la production d’une critique percutante des formes culturelles et des reconstructions historiques imposées par la culture jusqu’à présent dominante. Faire circuler la critique à travers les médias publics (magazines, télévision, manifestations événementielles, etc.). Développer l’édition de manuels scolaires pour faire naître une conscience nouvelle et former l’esprit critique des nouvelles générations. Créer des lieux d’expression et des mécanismes d’enregistrement et de conservation des cultures populaires et de la mémoire historique des groupes sociaux et ethniques tenus jusqu’à présent pour secondaires. Aux niveaux national et régional, recenser les lieux d’expression et les formes populaires de conservation de la mémoire historique (par exemple, les conteurs). Organiser, au sein de chaque Conseil de Communauté et dans chaque Commune en Création, des groupes de travail pour la conservation de la mémoire historique et pour la diffusion des acquis de la culture populaire ou ethnique (par exemple, s’agissant, des Afro-Vénézueliens, les travaux réalisés par les Comités “Tierras Urbanas”, “Mesas de Agua” et autres…).
Former des experts issus de ces populations pour la sauvegarde de leur patrimoine culturel et de leur mémoire historique. Accorder une attention toute particulière aux rapports entre les sexes. Dans ce sens, développer des groupes de travail constitués de femmes pour réfléchir sur leur vie familiale et professionnelle et mettre au point des stratégies de résistance et de libération, car les femmes sont les principales victimes des cultures dominantes, cultures qui lesrelèguent dans des rôles secondaires et qui font d’elles, souvent, les victimes de formesexplicites de violence. La même chose peut s’appliquer aux groupes dont l’orientation sexuelle est diverse (gays, lesbiennes, bisexuels et transsexuels), contraints de vivre dans un état de répression et d’humiliation permanentes et dont la seule issue est la frivolité offerte par le monde capitaliste. Élaborer des stratégies pour que soit conservée et diffusée, dans l’actuelle société“mondialisée”, la mémoire culturelle et historique du peuple de Venezuela. Contribuer à la constitution d’un mouvement mondial visant à enrayer les causes et à remédier aux effets du changement climatique conséquence du modèle capitaliste prédateur. Poursuivre la lutte pour la préservation, le respect et la stabilisation du régime climatique conformément à la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique et son Protocole de Kyoto.
Faire abolir les schémas de marchés internationaux du carbone qui légalisent l’achat de droits à polluer et la destruction de la planète en toute impunité. Développer et renforcer le régime juridique actuel concernant le climat en insistantsur les responsabilités historiques des pays développés. Impulser et soutenir toutes les actions qui visent à porter devant la justice internationale tous les manquements des pays développés à leurs obligations dans le cadre du Protocole de Kyoto. Concevoir, au niveau national, un Plan National de Modération qui concerne les secteurs productifs émetteurs de gaz à effet de serre, comme une contribution nationale volontaire aux efforts pour sauver la planète. Promouvoir, au niveau national, la transformation des secteurs productifs selon la ligne tracée par l’éthique transformatrice du modèle économique socialiste, en insistant en particulier sur les secteurs de l’energie, de l’agriculture et de l’élevage, de la gestion des déchets solides et celui de la forêt. Mettre au point un ambitieux Plan National d’Adaptation, conforme à l’engagement éthique bolivarien éco-socialiste, en vue de préparer notre pays à affronter les scénarios et impacts climatiques à venir en raison de l’irresponsabilité des pays industrialisés et pollueurs du monde.

Notes :

  1. « Hacia un nuevo ciclo de nuestra historia », http://www.tracciondesangre.blogspot.com/2013/04/hacia-un-nuevo-ciclo-de-nuestra-historia.html
  2. https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/03/04/au-venezuela-la-marche-vers-la-democratisation-des-medias/
  3. http://www.cut.org.br/destaques/23103/comunicacao-publica-e-debatida-por-cutistas-e-parceiros-da-luta-pela-libertacao-da-palavra

Illustrations : Collectif d’artistes “Crea y combate

Traduction du programme : Manuel Colinas, Gaston Lopez et Françoise Lopez. Texte intégral : https://venezuelainfos.files.wordpress.com/2012/10/programme-de-chavez-2013-2019-texte-integral1.pdf

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

50 vérités sur Hugo Chávez et la Révolution bolivarienne, par Salim Lamrani

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Une caractéristique du président vénézuélien était de rompre le protocole ampoulé des actes officiels pour converser directement avec les citoyen(ne)s, ici avec un jeune homme de Caracas sans domicile fixe et affrontant des problèmes de drogue.

1. Jamais dans l’histoire de l’Amérique latine, un leader politique n’avait atteint une légitimité démocratique aussi incontestable.Depuis son arrivée au pouvoir en 1999, seize élections ont eu lieu au Venezuela. Hugo Chávez en a remporté quinze, dont la dernière en date, le 7 octobre 2012. Il a toujours battu ses opposants avec un écart allant de dix à vingt points.

2. Toutes les instances internationales, de l’Union européenne à l’Organisation des Etats américains, en passant par l’Union des nations sud-américaines et le Centre Carter, ont été unanimes pour reconnaître la transparence des scrutins.

3. James Carter, ancien président des Etats-Unis, a déclaré en 2012 que le système électoral vénézuélien était le « meilleur au monde ».

4. L’universalisation de l’accès à l’éducation élaborée depuis 1998 a eu des résultats exceptionnels. Près de 1,5 millions de Vénézuéliens ont appris à lire, écrire et compter grâce à la campagne d’alphabétisation, nommée Mission Robinson I.

5. En décembre 2005, l’UNESCO a décrété que l’illettrisme avait été éradiqué au Venezuela.

6. Le nombre d’enfants scolarisés est passé de 6 millions en 1998 à 13 millions en 2011 et le taux de scolarité dans l’enseignement primaire est désormais de 93,2%.

7. La Mission Robinson II a été lancée afin d’amener l’ensemble de la population à atteindre le niveau du collège. Ainsi, le taux de scolarité dans l’enseignement secondaire est passé de 53,6% en 2000 à 73,3% en 2011.

8. Les Missions Ribas et Sucre ont permis à des centaines de milliers de jeunes adultes d’entreprendre des études universitaires. Ainsi, le nombre d’étudiants est passé de 895 000 en 2000 à 2,3 millions en 2011, avec la création de nouvelles universités.

9. Au niveau de la santé, le Système national public de santé a été créé afin de garantir l’accès gratuit aux soins à tous les Vénézuéliens.Entre 2005 et 2012, 7 873 centres médicaux ont été créés au Venezuela.

10. Le nombre de médecins est passé de 20 pour 100 000 habitants en 1999 à 80 pour 100 000 habitants en 2010, soit une augmentation de 400%.

11. La Mission Barrio Adentro Ia permis de réaliser 534 millions de consultations médicales. Près de 17 millions de personnes ont ainsi pu être soignées, alors qu’en 1998, moins de 3 millions de personnes avaient un accès régulier aux soins. 1,7 millions de vies ont ainsi été sauvées entre 2003 et 2011.

12. Le taux de mortalité infantile est passé de 19,1 pour mille en 1999 à 10 pour mille en 2012, soit une réduction de 49%.

13. L’espérance de vie est passée de 72,2 ans en 1999 à 74,3 ans en 2011.

14. Grâce à l’Opération Milagro lancée en 2004, 1,5 millions de Vénézuéliens atteints de cataractes et autres maladies oculaires, ont retrouvé la vue.

15. De 1999 à 2011, le taux de pauvreté est passé de 42,8% à 26,5% et le taux de pauvreté extrême de 16,6% à 7%.

16. Au classement de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Venezuela est passé du 83ème rang en 2000 (0,656) au 73ème rang en 2011 (0,735), intégrant ainsi la catégorie des nations à l’IDH élevé.

17. Le coefficient de GINI, qui permet de calculer les inégalités dans un pays, est passé de 0,46 en 1999 à 0,39 en 2011.

18. Selon le PNUD, le Venezuela, qui dispose du coefficient de GINI le plus bas d’Amérique latine, est le pays de la région où il y a le moins d’inégalités.

19. Le taux de malnutrition infantile a été réduit de près de 40% depuis 1999.

20. En 1999, 82% de la population avait accès à l’eau potable. Ils sont désormais 95%.

21. Durant la présidence de Chávez, les dépenses sociales ont augmenté de 60,6%.

22. Avant 1999, seules 387 000 personnes âgées recevaient une pension de retraite. Elles sont désormais 2,1 millions à en bénéficier.

23. Depuis 1999, 700 000 logements ont été construits au Venezuela.

24. Depuis 1999, le gouvernement a remis plus d’un million d’hectares de terres aux peuples aborigènes du pays.

25. La réforme agraire a permis à des dizaines de milliers d’agriculteurs de posséder leurs terres. Au total, plus de 3 millions d’hectares de terres ont été distribués.

26. En 1999, le Venezuela produisait 51% des aliments qu’il consommait. En 2012, la production est de 71%, alors que la consommation d’aliments a augmenté de 81% depuis 1999. Si la consommation de 2012 était similaire à celle de 1999, le Venezuela produirait 140% des aliments consommés au niveau national.

27. Depuis 1999, le taux de calories consommées par les Vénézuéliens a augmenté de 50% grâce à la Mission Alimentation qui a créé une chaîne de distribution de 22 000 magasins alimentaires (MERCAL, Casas de Alimentación, Red PDVAL), où les produits sont subventionnés à hauteur de 30%. La consommation de viande a augmenté de 75% depuis 1999.

28. Cinq millions d’enfants reçoivent désormais une alimentation gratuite à travers le Programme d’alimentation scolaire. Ils étaient 250 000 en 1999.

29. Le taux de malnutrition est passé de 21% en 1998 à moins 3% en 2012.

30. Selon la FAO, le Venezuela est le pays d’Amérique latine et de la Caraïbe le plus avancé dans l’éradication de la faim.

31. La nationalisation de l’entreprise pétrolière PDVSA en 2003 a permis au Venezuela de retrouver sa souveraineté énergétique.

32. La nationalisation des secteurs électriques et de télécommunications (CANTV et Electricidad de Caracas) ont permis de mettre fin à des situations de monopole et d’universaliser l’accès à ces services.

33. Depuis 1999, plus de 50 000 coopératives ont été créées dans tous les secteurs de l’économie.

34. Le taux de chômage est passé de 15,2% en 1998 à 6,4% en 2012, avec la création de plus de 4 millions d’emplois.

35. Le salaire minimum est passé de 100 bolivars (16 dollars) en 1999 à 2047,52 bolivars (330 dollars) en 2012, soit une augmentation de plus de 2000%. Il s’agit du salaire minimum en dollars le plus élevé d’Amérique latine.

36. En 1999, 65% de la population active touchait le salaire minimum. En 2012, seuls 21,1% des travailleurs disposent de ce niveau de salaire.

37. Les adultes d’un certain âge n’ayant jamais travaillé disposent d’un revenu de protection équivalant à 60% du salaire minimum.

38. Les femmes seules et les personnes handicapéesreçoivent une allocation équivalente à 80% du salaire minimum.

39. Le temps de travail est passé à 6h par jour et à 36 heures hebdomadaires sans diminution de salaire.

40. La dette publique est passée de 45% du PIB en 1998 à 20% en 2011. Le Venezuela s’est retiré du FMI et de la Banque mondiale en remboursant par anticipation toutes ses dettes.

41. En 2012, le taux de croissance au Venezuela a été de 5,5%, l’un des plus élevés au monde.

42. Le PIB par habitant est passé de 4 100 dollars en 1999 à 10 810 dollars en 2011.

43. Selon le rapport annuel World Happinessde 2012, le Venezuela est le second pays le plus heureux d’Amérique latine, derrière le Costa Rica, et le 19ème au niveau mondial, devant l’Allemagne ou l’Espagne.

44. Le Venezuela offre un soutien direct au continent américain plus important que les Etats-Unis. En 2007, Chávez a alloué pas moins de 8,8 milliards de dollars en dons, financements et aide énergétique contre seulement 3 milliards pour l’administration Bush.

45. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela dispose de ses propres satellites (Bolívar et Miranda) et est désormais souverain dans le domaine de la technologie spatiale. Internet et les télécommunications sont disponibles sur tout le territoire.

46. La création de Pétrocaribe en 2005 permet à 18 pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, soit 90 millions de personnes, d’acquérir du pétrole subventionné à hauteur de 40% à 60%, et d’assurer leur sécurité énergétique.

47. Le Venezuela apporte également son aide aux communautés défavorisées des Etats-Unis en lui fournissant de l’essence à des tarifs subventionnés.

48. La création de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) en 2004 entre Cuba et le Venezuela a jeté les bases d’une alliance intégratrice basée sur la coopération et la réciprocité, qui regroupe huit pays membres, et qui place l’être humain au centre du projet de société, avec l’objectif de lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.

49. Hugo Chávez est à l’origine de la création en 2011 de la Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC) qui regroupe pour la première fois les 33 nations de la région, qui s’émancipent ainsi de la tutelle des Etats-Unis et du Canada.

50. Hugo Chávez a joué un rôle essentiel dans le processus de paix en Colombie. Selon le président Juan Manuel Santos, « si nous avançons dans un projet solide de paix, avec des progrès clairs et concrets, des progrès jamais atteints auparavant avec les FARC, c’est également grâce au dévouement et à l’engagement de Chávez et du gouvernement du Venezuela ».

Salim Lamrani

Opera Mundi http://operamundi.uol.com.br/conteudo/opiniao/27642/50+verda…

Pauvreté et progrès aux États-Unis et au Venezuela, par Eric Draitser

The program was launched at the Night of Peace Family Shelter in Baltimore (CITGO)Le programme vénézuélien d’aide aux pauvres états-uniens arrive à sa huitième année d’existence. La fourniture par « CITGO-Venezuela » de gazoile de chauffage, qui a commencé en 2005 comme une simple donation humanitaire à la suite du désastre humain causé par les ouragans Katrina et Rita, a permis ces dernières années d’assurer le chauffage à plus de 1,7 millions de personnes pendant les mois les plus durs de l’hiver. L’apport en gazoile est évalué à 400 millions de dollars. En 2013, plus de 100.000 familles des 25 états plus le District de Columbia, dont plusieurs communautés des nations indigènes et plus de 200 refuges pour personnes privées de domiciles fixe, en ont bénéficié. Pour plus de détails sur ce programme : http://www.citgo.com/Home.jsp

C’est sur ce thème de la pauvreté aux États-Unis et au Venezuela, que nous publions une étude d’Eric Draitser (Counterpunch). 

Pauvreté et progrès. Comparaison entre les Etats-Unis et le Venezuela.

Eric DRAITSER

Qu’appelle-t-on « tiers monde » en 2013 ? Si nous prenons la définition classique du terme, alors le « tiers monde » comprend les pays (non blancs) qui luttent pour atteindre de hauts niveaux de développement économique et qui, généralement, restent à la périphérie de l’économie mondiale. Cependant, depuis la crise qui a commencé en 2007-2008, de nombreux problèmes de ces pays traditionnellement pauvres ont fait leur apparition parfois de manière plus flagrante encore dans les pays soi-disant développés. Les maux socio-économiques tels que la misère, la faim et le chômage se sont terriblement aggravés dans des pays capitalistes développés comme les Etats-Unis pendant que les politiciens et les médias continuent à faire miroiter le mirage d’un redressement économique. Il faut bien sûr se demander qui bénéficie de ce rétablissement économique… les pauvres ou Wall Street ? Par ailleurs, cela a forcé le monde à se pencher sur la nature du progrès. C’est intéressant par exemple de comparer les statistiques étasuniennes à celles du Venezuela. Quand on le fait, on commence à avoir un tableau plus clair, débarrassé des distorsions médiatiques et politiciennes, des progrès réalisés par la Révolution Bolivarienne pendant que la situation des pauvres et des travailleurs étasuniens continue de se détériorer.

Qu’est-ce que la pauvreté ?

Avant de pouvoir définir la pauvreté aux Etats-Unis et au Venezuela, il faut d’abord analyser les différences entre les deux pays dans la manière de mesurer la pauvreté. Aux Etats-Unis, la pauvreté est mesurée seulement par le revenu du foyer, à l’aide d’un certain seuil appelé « seuil de pauvreté » déterminé par le Bureau du Recensement. Cette mesure, basée sur une limite absolument arbitraire entre la pauvreté et las « non pauvreté » est celle qui préside à la plupart des analyses et décisions concernant les pauvres étasuniens. Comme cela devrait sauter aux yeux, ce système ignore le simple fait que les personnes qui sont juste au dessus du seuil de pauvreté n’on pas la vie beaucoup plus facile que celles qui sont juste en dessous. Dans les deux cas, la privation est la norme. Qui plus est, l’inflation croissante, la baisse des salaires et d’autres facteurs continuent à affecter le pouvoir d’achat et la vie des pauvres, ce qui rend le seuil de pauvreté de plus en plus problématique.

Le Venezuela, quant à lui, utilise une série de mesures tout à fait différentes pour déterminer la vraie pauvreté comme l’accès à l’éducation, à l’eau potable, au logement etc. Par conséquent la pauvreté au Venezuela n’est pas une question de revenus mais de qualité de vie. En mesurant la pauvreté de cette manière, le gouvernement vénézuelien offre un tableau beaucoup plus complet de la situation socio-économique du pays. Il faut noter que, à la différence des Etats-Unis, les statistiques sur la pauvreté font partie des principales données sur lesquelles le gouvernement du Venezuela s’appuie pour prendre ses décisions. Tandis qu’aux Etats-Unis la pauvreté est devenue un gros mot (comme le montre son absence totale des débats de la présidentielle, l’année dernière), Chavez et la Révolution Bolivarienne en ont fait la pièce centrale des politiques publiques dans tous les domaines.

Que disent les chiffres ?

Quand on examine les données réunies par le Bureau du Recensement des Etats-Unis, on constate de nombreux faits troublants. D’abord il faut absolument noter qu’en 2012, le seuil de pauvreté pour une famille typique de quatre personnes était un total de 23 050 dollars bruts annuels (17 000 euros). Notez que du fait que cette somme est brute et non nette d’impôts, elle ne reflète même pas la gravité réelle de la situation endurée par ces familles. Tous ceux qui ont la moindre notion du coût de la vie aux Etats-Unis se rendent tout de suite compte que le « seuil de pauvreté » est une farce cruelle. Ce niveau de revenu signifie une pauvreté abjecte, elle signifie le manque de ce qui est nécessaire à la vie humaine. De sorte que, en réalité, nous ne parlons pas ici des « pauvres » mais de ceux qui sont en danger de mort à cause de la malnutrition, des maladies graves qui pourraient être guéries et d’innombrables autres problèmes. De plus, il faut noter que le revenu moyen d’une famille (toutes les familles, pas seulement les pauvres) continue à baisser dramatiquement : il a baissé de 8.1% depuis 2007. Par conséquent il est évident que la pauvreté est non seulement importante mais qu’en plus elle augmente.

La Californie, qui a longtemps été le fleuron de l’économie étasunienne, possède maintenant, en plus de la Silicon Valley et de ses côtes magnifiques, le taux de pauvreté le plus haut des Etats-Unis. Selon La Mesure Supplémentaire du Bureau du Recensement des Etats-Unis, la Californie peut se vanter d’avoir un taux de pauvreté de 23,5%, et si on y ajoute les personnes qui ne répondent pas techniquement aux conditions pour être repris dans ce chiffre mais qui vivent en marge de l’économie, on peut dire que la pauvreté se répand comme une épidémie en Californie. Comme Timothy Smeeding, économiste à l’université de Wisconsin Madison l’a expliqué : « D’une manière générale, le filet de sécurité permet à beaucoup de gens de se maintenir à flot mais en Californie c’est relativement plus difficile d’obtenir des bons de nourriture et autres aides. » Nous voyons donc que dans l’état le plus peuplé de la nation, et soi-disant le premier sur le plan économique, la situation des pauvres est catastrophique et de plus en plus de gens ne survivent que grâce à l’aide de l’état. Tout cela bien sûr avec en toile de fond l’austérité, sous la forme de la « entitlement reform » (réforme de l’admissibilité aux prestations, ndt) que veulent imposer les Démocrates comme les Républicains et qui aura pour effet de couper ces programmes d’aide qui sont absolument indispensables à la survie de millions d’étasuniens.

Le revenu ne peut pas et ne devrait pas être le seul indicateur de la pauvreté et de la situation économique. En réalité, il y a beaucoup d’autres facteurs importants comme l’accès à une nourriture correcte, chose cruciale pour les enfants dont les parents sont pauvres. En fait, les données les plus récentes de USDA montrent que, déjà en 2011, au moins 18 millions de familles étasuniennes étaient en situation de « précarité alimentaire ». Et ce n’est que la partie émergée de l’iceberg si on pense aux millions de foyers qui n’ont pas été repris dans cette statistique mais qui pour autant n’ont pas les moyens de s’offrir une nourriture de qualité, et aux familles encore plus nombreuses qui échappent à la précarité alimentaire uniquement grâce aux programmes d’aide du gouvernement comme le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) connu sous le nom de tickets de nourriture. Le manque d’accès à la nourriture de bonne qualité est l’apanage des quartiers pauvres des villes où les noirs surtout ont du mal à offrir à leurs enfants autre chose que les plats préparés et les produits bas de gamme du magasin du coin.

Ce que nous constatons en examinant ces informations, c’est que la précarité alimentaire et la pauvreté ne sont pas seulement des indicateurs de difficultés économiques, elles délimitent des classes sociales. Les Etats-Unis abritent une sous-classe sociale de plus en plus large, qui regroupe de plus en plus d’anciens ouvriers et de blancs, mais qui touche encore plus les communautés de gens de couleur. Dans toutes les grandes villes et de plus en plus dans des quartiers blancs autrefois prospères, la pauvreté est devenue une réalité quotidienne, mais une réalité cachée par l’illusion collective du « rétablissement économique ».

Le modèle vénézuélien

A la différence des Etats-Unis, le Venezuela progresse rapidement dans l’éradication de la pauvreté dans un pays qui, pendant des décennies, a été un des plus pauvres et des plus exploités du continent américain. En dépit de sa richesse pétrolière et de ses vastes ressources, la misère régnait au Venezuela, spécialement chez les indigènes et les paysans. C’était la conséquence du système colonial et post-colonial qui permettait à une petite élite à la peau claire de dominer le pays et de maintenir le reste de la population dans une misère abjecte. La situation a commencé à changer avec Hugo Chavez et la Révolution Bolivarienne. Chavez, qui était déjà un héro aux yeux des pauvres Vénézuéliens, s’est mis tout de suite au travail pour réaliser son modèle socialiste avec la lutte contre la pauvreté au coeur de son projet politique. Et il poursuit le même projet depuis qu’il est arrivé au pouvoir il y a 14 ans.

Comme je l’ai déjà dit, le Venezuela utilise plusieurs critères pour évaluer la pauvreté : l’accès à l’éducation, l’accès à l’eau potable, l’accès à un logement correct, les familles de plus de 3 personnes qui vivent dans une seule pièce, et les familles dont le chef de famille a fait moins de 3 ans d’école. Ces statistiques, connues sous le nom de système de calcul des Besoins Elémentaires non Satisfaits, donnent des résultats surprenants. Au cours des 10 dernières années, le nombre de Vénézuéliens vivant dans la misère (ceux qui souffraient d’au moins deux de ces signes de pauvreté) a diminué de 11.36% à 6.97%, une réduction de presque la moitié. En même temps, l’espérance de vie et la population totale ont augmenté de manière significative, ce qui montre l’amélioration des services de santé. Un chiffre intéressant concerne la population indienne autochtone, le groupe le plus marginalisé historiquement. Au cours des 10 dernières années, leur nombre a fortement augmenté et ils forment maintenant 3% de la population. Cela montre que non seulement les services de santé sont de meilleure qualité mais qu’ils sont devenus accessibles aux segments les plus démunis de la population.

Il faut noter que l’une des pièces maîtresses des programmes anti-pauvreté du gouvernement bolivarien de Chavez a été l’augmentation exponentielle de construction de logements publics et d’appartements bons marché. Le président Chavez a annoncé la Grande Mission Logement en 2011 pour combattre la misère à laquelle était confrontée tant de famille vénézuéliennes qui vivaient dans des logements insalubres et dangereux. En septembre 2012, plus de 250 000 logements avaient été construits et confiés à de pauvres familles vénézuéliennes. Ce chiffre doit encore augmenter dans les années à venir car les constructions continuent et il y a de plus en plus de logements abordables.

Malgré la crise économique mondiale, le gouvernement Chavez continue à développer ses programmes anti-pauvreté comme le logement et la santé, tandis que la plus grande partie du monde soi-disant développé se laisse gagner par l’hystérie générale de l’austérité. La Révolution Bolivarienne s’est donnée pour tâche de réduire et finalement d’éradiquer la pauvreté dans un pays où la pauvreté était une tradition historique et une réalité supposément incontournable. Pendant l’ère post-coloniale le Venezuela a connu la domination et l’oppression des Etats-Unis et le règne des multinationales pendant que les pauvres et les classes laborieuses vivaient dans la misère. Ce sont les efforts de Chavez pour corriger l’histoire qui l’ont rendu, plus que toute autre chose, si cher au coeur des Vénézuéliens.

Les économies capitalistes développées d’Amérique du nord et d’Europe essaient désespérément de maintenir leur hégémonie et leur survie économique grâce à des programmes d’austérité qui ont pour but de transférer le poids de la dépression des épaules des riches financiers et spéculateurs qui l’ont provoquée, à celles des pauvres et des classes laborieuses qui doivent la payer. Les coupes draconiennes dans les services sociaux dont dépendent des millions d’Etasuniens pour leur survie sont la preuve de ce processus. A la différence du Venezuela, les puissances impérialistes occidentales veulent détruire le filet de sécurité sociale et accroître la misère et le désespoir de leur population.

Il s’agit en fait de la crise du capitalisme post-industriel avancé —un système économique qui creuse le fossé entre les riches et les pauvres, crée des fortunes insensées et une misère extrême et se maintient en réduisant à la misère et à la pauvreté les classes inférieures. C’est pourquoi les Républicains et les Démocrates, le président Obama et Boehner, le président de l’Assemblée, sont tous au même titre responsables des souffrances et du désespoir des étasuniens pauvres qui peuvent encore se tourner vers le Venezuela et la Révolution Bolivarienne pour trouver le modèle d’une vision réellement progressiste de l’avenir.

Eric Draitser (analyste géopolitique indépendant, New York City).

Pour consulter l’original (anglais) avec les liens internes et l’ensemble des notes : http://venezuelanalysis.com/analysis/7671

Traduction : Dominique Muselet

Les facteurs sociaux de la victoire de Chavez. Par Carles Muntaner, Joan Benach, María Paez Victor

Pendant que le Président vénézuélien Hugo Chávez, en traitement à Cuba, lutte pour la vie, la presse libérale des deux côtés de l’Atlantique (entre autres « El Pais ») n’a cessé d’attaquer son gouvernement. Sa victoire significative (avec 12 points d’avance sur son adversaire) mérite d’être analysée avec sérieux, faits à l’appui. Il faut remarquer d’abord que Chavez a remporté les élections malgré le cancer et malgré les attaques permanentes des médias privés locaux et internationaux (qu’on pense au traitement médiatique de Syriza lors des élections en Grèce). Il faut prendre en compte un autre fait peu étudié, qui est l’existence d’une carte électorale extrêmement favorable aux classes moyennes et supérieures, avec des barrières géographiques et des difficultés d’accès pour le monde du travail.

Un des facteurs principaux de la popularité du gouvernement Chávez et du raz-de-marée victorieux d’octobre 2012 est la réduction de la pauvreté, qu’a rendue possible le retour dans le giron de l’État de la compagnie nationale pétrolière PDVSA. Ses ressources abondantes, au lieu de bénéficier à une petite classe de rentiers comme c’était le cas sous le gouvernement précédent, ont permis de construire les infrastructures nécessaires et d’investir dans la création de services publics dont les vénézuéliens avaient un cruel besoin  Pendant la dernière période, le gouvernement a augmenté les dépenses sociales de 60.6%, pour un montant total de 772 milliards de dollars [i].

De même que la santé ne saurait se définir seulement par l’absence de maladie, la pauvreté ne se définit pas seulement par l’absence de revenus. Les deux phénomènes – santé et pauvreté – sont corrélés et multi-factoriels, déterminés par une série de processus sociaux. Pour réaliser un état des lieux objectif des progrès réels obtenus par la Révolution Bolivarienne dans les 13 dernières années, il est essentiel de réunir certaines données-clefs déterminantes en matière de santé et de pauvreté : éducation, inégalité, emploi et revenu, soins de santé, sécurité alimentaire, sécurité sociale et services publics.

En ce qui concerne les déterminants sociaux des indicateurs de la santé, le Venezuela est à présent le pays de la région qui connaît le plus bas niveau d’inégalité (mesuré par le Coefficient Gini) : il a réduit l’inégalité de 54%, la pauvreté de 44%, du niveau de 70.8% (1996) à 21% (2010). Et l’extrême pauvreté est passée de 40% (1996) à 7.3% (2010). Près de 20 millions de personnes ont bénéficié des programmes gouvernementaux de lutte contre la pauvreté, appelés “Missions”. A l’heure actuelle 2.1 millions de personnes âgées perçoivent des pensions de vieillesse – soit 66% de la population. Seules 387.000 personnes recevaient des pensions avant le gouvernement actuel.

L’éducation est un déterminant crucial de la santé comme de la pauvreté et le gouvernement bolivarien a mis un accent particulier sur l’enseignement en le finançant à hauteur de 6% du PIB. L’UNESCO a reconnu que l’analphabétisme a été éliminé et le Venezuela est le troisième pays de la région dont la population lit le plus. L’éducation est gratuite des classes maternelles jusqu’à l’université; 72% des enfants sont accueillis dans l’enseignement maternel public et 85% des enfants en âge scolaire vont à l’école. Il y a des milliers d’écoles reconstruites, parmi lesquelles 10 nouvelles universités. Le Venezuela occupe la deuxième place latino-américaine et la cinquième place mondiale en proportion d’étudiants universitaires. Actuellement un vénézuélien sur quatre participe à un programme éducatif [ii]. Il est intéresant de noter que le Venezuela se trouve maintenant au même niveau que la Finlande en tant que cinquième pays avec la population la plus heureuse du monde [iii] .

Avant le gouvernement Chavez, en 1998, 21% de la population était mal nourrie. Le Venezuela a maintenant établi un réseau de distribution d’aliments subventionnés parmi lesquels des épiceries et des supermarchés. Tandis quèn 1980 90% de la nourriture était importée, aujourd’hui on n’en importe que 30%. La « Mission Agro-Venezuela » a remis 454.238 crédits aux producteurs ruraux. Rien qu’en 2012, 39.000 d’entre eux ont reçu des crédits. Cinq millions de vénézuéliens reçoivent de la nourriture gratuite, quatre millions d’entre eux sont des enfants scolarisés, et des cantines publiques nourrissent 900.000 personnes. La réforme agraire et les politiques de soutien à la production agricole ont fait augmenter la production nationale de nourriture. Les résultats de toutes ces mesures en faveur de la sécurité alimentaire est qu’aujourd’hui la malnutrition n’est plus que de 5%, et que la malnutrition infantile qui était de 7.7% en 1990 est aujourd’hui de 2.9%. Sous tous les aspects, c’est une impressionnante réussite en matière de santé.

Voici quelques unes des données les plus importantes sur les soins de santé et sur la santé publique [iv],[v],[vi]:

  • Le taux de mortalité infantile est passé de 25 pour 1000 (1990) à seulement 13/1000 (2010);
  • 96% de la population dispose à présent d’eau potable (ce fut un des objectifs de la révolution);
  • En 1998, on comptait 18 médecins pour 10.000 habitants, on en compte actuellement 58 pour mille, et le système public de santé en emploie 95.000;
  • S’il a fallu plusieurs décennies aux gouvernements antérieurs pour construire 5.081 cliniques, en 13 ans à peine le gouvernement bolivarien en a construit 13.721 (soit une augmentation de 169.6%);
  • La « Mission Barrio Adentro » (qui est le programme de soins de santé primaire organisé avec l’aide de plus de 8.300 médecins cubains) a sauvé environ 1,4 millions de vies dans 7.000 cliniques et a effectué 500 millions de consultations;
  • En 2011 seulement, 67.000 vénézuéliens ont reçu gratuitement des médicaments coûteux pour 139 pathologies dont le cancer, l’hépatite, l’ostéoporose, la schizophrénie, parmi d’autres; il y a maintenant 34 centres de désintoxication ;
  • En 6 ans 19.840 personnes sans domicile fixe ont reçu l’appui d’un programme spécial (« Mission Negra Hipolita »); Il n’y a pas pratiquement plus d’enfants des rues.
  • Le Venezuela possède à présent la plus grande unité de soins intensifs de la région.
  • Un réseau de pharmacies publiques vend des médicaments subventionnés, ce qui permet à la population de réaliser des économies de 34 à 40%.
  • 51.000 personnes ont été traitées à Cuba pour des soins oculaires spécifiques et le programme “Mision Milagro” a restauré la vision de 1,5 millions de vénézuéliens.

On trouve un exemple d’une réponse rapide aux besoins réels de la population lorsqu’entre la fin de 2010 et le début de 2011 de fortes pluies tropicales ont privé 100.000 personnes de foyer. Celles-ci ont été immédiatement relogées dans toutes sortes d’immeubles publics, des ministères, ou des hôtels. En un an et demi le gouvernement a construit 250.000 logements.

Bien entendu le gouvernement n’a pas encore surmonté tous les problèmes sociaux mais malgré tous les défauts et toutes les erreurs, la population le considère comme un allié. Une partie de cette équation est la participation politique intense qui singularise la démocratie vénézuélienne : près de 40.000 conseils communaux et les premières communes jouent un rôle déterminant dans la réponse aux besoins sociaux locaux, dans le suivi des mesures et permettent aux citoyens d’être acteurs des changements.[vii]

Un solide succès économique.

L’économie vénézuélienne a de faibles dettes, de grandes quantités de pétrole et de fortes réserves monétaires. Pourtant les économistes qui s’opposent au président Chávez répètent ad nauseam que l’économie vénézuélienne n’est pas «soutenable» et prédisent son écroulement lorsque cesseront les revenus pétroliers. Il est amusant de noter qu’ils ne font pas ces prédictions pour des économies pétrolìères comme le Canada ou l’Arabie Saoudite. Ils éludent le fait qu’au Venezuela la réserve de 500 milliards de barils est la plus grande du monde, et ils considèrent que les investissements sociaux sont une perte ou un effort futile. Et ce, alors que durant ces treize dernières années le gouvernement bolivarien a construit un économie plus diversifiée, à travers une infrastructure industrielle et agricole que les gouvernements précédents avaient négligée pendant 40 ans, et que son économie continue à se fortifier et à croître, même dans le contexte de la crise globale.

Une indication de la diversification progressive de l’économie est le fait que l’État obtient aujourd’hui presque autant de revenus à travers les impôts qu’à travers le pétrole, ayant renforcé son système fiscal et redistributif. En une seule décennie l’État a obtenu 251.694 millions de dollars sous la forme de taxes, un montant superieur à son revenu pétrolier annuel.

Les plus importantes étapes économiques de ces dix dernières années comprennent la réduction du chômage de 11.3% à 6.4% (décembre 2012); la multiplication par deux du nombre de personne bénéficiant de la sécurité sociale ; la réduction de la dette publique de 20.7% à 14.3% du PIB et la multiplication des coopératives, ce qui a renforcé les économies authentiquement locales.

En général l’économie vénézuélienne a crû de 47.4% dans ces dix dernières années [viii]. De nombreuses nations européennes pourraient envier de tels chiffres. Selon des économistes qui ont étudié en détail l’économie du Venezuela pendant les dernières années, “les prédictions de la faillite économique, des crises de la dette ou de la balance des paiements, et d’autres pronostics sombres et comme beaucoup de prévisions réalisées tout au long du processus, se sont régulièrement révélées fausses… La croissance économique actuelle du Venezuela est soutenable et pourrait se poursuivre et même passer à un niveau supérieur pendant plusieurs années.”[ix] .

Selon “Global Finance” et le “World Factbook” de la CIA , l’économie vénézuélienne présente les indicateurs suivants [x]: taux de chômage de 8%; 45,5% de dette publique gouvernementale comme pourcentage du PIB (par contraste le même pourcentage est de 82.5% dans l’Union Européenne); une croissance réelle du PIB par habitant qui atteint 13.070 dollars. En 2011, l’économie vénézuélienne a défié toutes les prévisions en croissant de 4.2 % et de 5.6 % dans la première moitié de 2012. Son rapport dette/PIB est beaucoup plus bas que celui des États-Unis et du Royaume Uni et meilleur que celui des pays européens; l’inflation qui fut endémique pendant plusieurs décennies, atteignant des taux de 80%, a suivi une courbe descendante depuis quatre ans, atteignant 13.7%  pour le dernier trimestre de 2012. Même le « Wall Street Journal » rapporte que le marché boursier du Venezuela est de loin le plus performant du monde, battant son record historique en octobre 2012, et les bons du Venezuela sont parmi les plus performants dans les marchés émergents.

La victoire de Hugo Chavez a eu un impact dans le monde entier ; dans son propre pays mais aussi dans toute l’Amérique Latine où des gouvernements progressistes ont été élus, il est perçu comme celui qui a lancé le changement radical et la transformation de l’ordre global. Sa victoire est d’autant plus significative si on considère l’important soutien financier et stratégique que les agences états-uniennes et leurs alliés apportent aux partis d’opposition et à leurs médias. Depuis 2002, Washington a fait parvenir 100 millions de dollars aux groupes d’opposition du Venezuela et, rien que pour l’élection de 2012, a distribué 40 à 50 millions de dollars. [xi]  La population vénézuélienne a surmonté le barrage de propagande des médias qui à 85 % sont privés (et font 95 % d’audience nationale). [xii]

La marée progressiste dans la région a permis d’initier pour la première fois la construction d’une véritable indépendance de l’Amérique du Sud avec des organisations fédératrices telles que la Banque du Sud, la CELAC, l’ALBA, PETROSUR, PETROCARIBE, UNASUR, MERCOSUR, TELESUR, le SUCRE comme monnaie alternative au dollar, initiatives pour la plupart dues au président du Venezuela et qui ont démontré au reste du monde qu’il y a, au 21ème siècle, des alternatives économiques et sociales [xiii] et un modèle de développement différent du capitalisme global. Le contraste est frappant entre une Europe qui subit des niveaux élevés de dette, alors qu’en Amérique Latine ils sont faibles et continuent à baisser.

Les changements au Venezuela ne sont pas abstraits. Le gouvernement du Président Chávez a amélioré de manière significative les conditions de vie des Vénézuéliens et les a engagés dans une dynamique de participation politique pour les approfondir [xiv]. Le nouveau modèle de développement socialiste a eu un impact phénoménal dans toute l’Amérique Latine, y compris récemment vis-à-vis de la Colombie. Les gouvernements progressistes de gauche ou du centre maintenant majoritaires dans la région voient dans le Venezuela le catalyseur qui a insufflé dans la région plus de démocratie, plus de souveraineté nationale et plus de progrès économique et social.[xv].

Nulle rhétorique néo-libérale ne peut éluder ces faits. Des dizaines d’experts en opinion peuvent continuer à discuter sur Internet de si la Révolution bolivarienne est socialiste ou non, si elle est révolutionnaire ou réformiste (elle est probablement les deux à la fois). Il n’empêche que ces réussites substantielles demeurent. C’est ce qui rend furieux ses opposants tant à l’intérieur du pays que dans les pays néo-coloniaux. L’“objectif” et “empirique” « The Economist » ne publiera pas ces données, préférant prédire une fois de plus la déroute imminente de l’économie vénézuélienne. “El Pais”, en Espagne, préfèrera citer un des architectes du Caracazo (le massacre de 3000 personnes à Caracas qui protestaient en 1989 contre les mesures d’austérité, dix ans avant la révolution bolivarienne) : l’ex-ministre des finances Moises Naim, connu pour son obsession anti-chaviste. Mais aucun d’eux ne peut nier l’Indice de Développement Humain des Nations Unies qui situe le Venezuela à la 61ème place sur 176 pays, avec une avancée de sept places en 10 ans. Une raison de plus pour comprendre que la Révolution Bolivarienne va survivre à la présidence du leader vénézuélien.

Les auteurs :

– Carles Muntaner est Professeur d’Infirmerie, de Santé Publique et de Psychiatrie à l’Université de Toronto. Il a travaillé sur les aspects de la santé publique de la Révolution Bolivarienne depuis plus de dix ans. Voir notamment “Muntaner C, Chung H, Mahmood Q and Armada F. “History Is Not Over. The Bolivarian Revolution, Barrio Adentro and Health Care in Venezuela.” In T Ponniah and J Eastwood The Revolution in Venezuela. Harvard: HUP, 2011

– María Páez Victor est une sociologue vénézuélienne, spécialisée en santé et en médecine.

– Joan Benach est professeur de Santé Publique à l’Universitat Pompeu Fabra, Barcelona. Il a collaboré à de nombreuses études sur les politiques de santé publique de la Révolution Bolivarienne.

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

Notes :

[i] Páez Victor, Maria. “Why Do Venezuelan Women Vote for Chavez?” Counterpunch, 24 April 2012

http://www.counterpunch.org/2012/04/24/why-do-venezuelan-women-vote-for-chavez/print

[ii] Venezuela en Noticias, Venezuela en Noticias <venezuelaennoticias@minci.gob.ve> Venezuela en Noticias, Venezuela en Noticias venezuelaennoticias@minci.gob.ve

[iii] Gallup Poll 2010

[iv] Muntaner C, Chung H, Mahmood Q and Armada F. “History Is Not Over. The Bolivarian Revolution, Barrio Adentro and Health Care in Venezuela.” In T Ponniah and J Eastwood The Revolution in Venezuela. Harvard: HUP, 2011 pp 225-256; see also 4, Muntaner et al 2011, 5, Armada et al 2009; 6, Zakrison et al 2012

[v] Armada, F., Muntaner, C., & Navarro, V. (2001). “Health and social security reforms in latin america: The convergence of the world health organization, the world bank, and transnational corporations.” International Journal of Health Services, 31(4), 729-768.

[vi] Zakrison TL, Armada F, Rai N, Muntaner C. ”The politics of avoidable blindnessin Latin America–surgery, solidarity, and solutions: the case of Misión Milagro.”Int J Health Serv. 2012;42(3):425-37.

[vii] Ismi, Asad. “The Bolivarian Revolution Gives Real Power to the People.” The Canadian Centre for Policy Alternatives Monitor , December 2009/January. http://www.policyalternatives.ca/publications/monitor/latin-american-revolution-part-iv

[viii] Carmona, Adrián. “Algunos datos sobre Venezuela”, Rebelión, March 2012

[ix] . Weisbrot, Mark and Johnston, Jake.  “Venezuela’s Economic Recovery: Is It Sustainable?”  Center for Economic and Policy Research, Washington, D.C., September 2012. En France la palme des prédictions erronées sur la faillite économique du Venezuela revient sans doute à Jean-Pierre Langelier, dont l’aversion pour Chavez a tenu lieu d’information dans « Le Monde ».

[x] Hunziker , Robert. “Venezuela and the Wonders of Equality”.  October 15th, 2012

[xi] Golinger, Eva. “US$20 million for the Venezuelan Opposition in 2012”, http://www.chavezcode.com/2011/08/us-20-million-for-venezuelan-opposition.html

[xii] Páez Victor, Maria. “Chavez wins Over Powerful Foreign Conglomerate Against Him”, Periódico América Latina, 11 October, 2012

[xiii] Milne,Seumas.  “The Chávez Victory Will be Felt Far Beyond Latin America” , Associate Editor, The Guardian, October 9, 2012:

[xiv] Alvarado, Carlos, César Arismendi, Francisco Armada, Gustavo Bergonzoli, Radamés Borroto, Pedro Luis Castellanos, Arachu Castro, Pablo Feal, José Manuel García, Renato d´A. Gusmão, Silvino Hernández, María Esperanza Martínez, Edgar Medina, Wolfram Metzger, Carles Muntaner, Aldo Muñoz, Standard Núñez, Juan Carlos Pérez, and Sarai Vivas. 2006. “Mission Barrio Adentro: The Right to Health and Social Inclusion in Venezuela”. Caracas: PAHO/Venezuela.

[xv] Weisbrot, Mark.”Why Chávez Was Re-elected”. New York Times. Oct 10th 2012

[xv] A Paris, sur un mode plus folklorique, il y a Alexandre Adler, Renée Frégosi etc..  A noter que parmi les plus féroces opposants à la révolution bolivarienne, on compte des vénézuéliens partis vivre en Europe en emportant des capitaux acquis au dépens de l’État vénézuélien, des années 70 aux années 90.

Source (original en anglais): CounterPunch

URL de cet article (français) : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/24/les-facteurs-sociaux-de-la-victoire-de-chavez-par-carles-muntaner-joan-benach-maria-paez-victor/

“La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?” : le rapport du CEPR (Washington).

Le Centre de Recherches Économiques et Politiques (CEPR), basé à Washington, vient de publier ce 26 septembre 2012 son dernier rapport  intitulé La récupération économique du Venezuela est-elle durable ?”.

Mark Weisbrot

Mark Weisbrot, directeur du CEPR, rappelle que durant les treize années de gouvernement Chávez, la majorité des experts ont annoncé un effondrement économique imminent mais que « ces prévisions étaient basées sur des désirs, non sur des données concrètes”.

Le CEPR indique que la modification apportée par le président vénézuélien à la politique pétrolière a permis de créer “des fonds pour l’investissement dans le secteur social” et que « le Venezuela a construit 2,5 fois plus de logements que les États-Unis en 2011 : chiffres importants si on les compare à la population vénézuélienne« . La construction d’oeuvres civiles a augmenté de 22% en 2011, impulsée par la Grande Mission Logement (Gran Misión Vivienda), qui a construit 147 mille logements jusqu’à l’an dernier et planifie d’en construire 200 mille de plus jusqu’à la fin de 2012.

L’étude mentionne les fonds de développement sino-vénézuéliens, le contrôle des changes, le contrôle des finances publiques et les grands investissements comme facteurs-clefs pour asseoir la stabilité économique du pays. La disponibilité à présent vérifiée de la majeure réserve de pétrole du monde, « près de 500 milliards de barils” et la stabilité politique depuis le retour de l’économie pétrolière sous contrôle de l’État, confèrent au Venezuela “la capacité de maintenir des taux solides de croissance économique.

Le rapport analyse en détail la réaction de l’actuelle équipe gouvernementale face aux deux récessions économiques, en 2003 et en 2009.

La première récession fut la conséquence du coup d’État contre le président Chavez en 2002 et du lock-out des gérants pétroliers en 2002-3. Ce sabotage de la part des cadres supérieurs de Pdvsa (Petróleos de Venezuela) fit chuter la production pétrolière au niveau quasi zéro avec de graves dommages pour le pays. La seconde récession eut lieu à la suite de la chute des prix du pétrole (2008) et de la crise économique mondiale (2009).

Durant la période de récupération économique à la suite du lock-out pétrolier, le Fonds Monétaire International (FMI) avait sous-estimé la reprise de l’économie vénézuélienne, avec des marges de 10,6%, 6,8% et 5,8% pour les années 2004 et 2006. En réalité, l’économie du Venezuela a connu une croissance, respectivement, de 16,8%, 9,3% et 10,3%. »

La seconde récession en 2009 avait assombri les perspectives de croissance. « Or, l’économie vénézuélienne a de nouveau défié la majorité des prévisions par une croissance de 4,2% en 2011 et de 5,6% au premier semestre de 2012”. La CEPAL, organisme des Nations Unies chargé de mesurer le développement économique et social de l’Amérique Latine, table dans son rapport de septembre 2012 sur une croissance de 5 % pour la fin de 2012.

Le rapport de CEPR mentionne le superavit en comptes courants de 24,6 milliards de réserves en US$ (6,6% du PIB dans les 12 derniers mois). « Avec les prévisions de stabilité et l’augmentation des prix du baril de pétrole, un problème dans les paiements internationaux du Venezuela est hautement improbable« .

Sur l’inflation les analystes du CEPR sont optimistes au vu sa baisse continue dans les huit derniers mois (de 27,6% à 19,4%). Sur l’investissement dans les bons du trésor, Weisbrot a signalé qu’il s’agit d’une bonne affaire. “Sur la base de la capacité de paiement de la dette publique et si on se tourne vers le futur, le prix des titres du trésor vénézuélien est certainement sous-évalué« .

Gran Misión Vivienda Venezuela

Gran Misión Vivienda

Les économistes Mark Weisbrot et Jake Johnston concluent que « la récupération de l’économie vénézuélienne, ainsi que l’augmentation de la qualité de vie, la réduction de la pauvreté, l’accès majeur à l’éducation et à la santé, depuis que le gouvernement bolivarien a repris le contrôle de l’industrie pétrolière il y a dix ans, rendent très probable une réélection du président Hugo Chávez le 7 octobre”.

Rapport original intégral (en anglais) : http://www.cepr.net/documents/publications/venezuela-2012-09.pdf

Graphiques du rapport. (Cliquer pour agrandir.)

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Note : nous publions par ailleurs ci-dessous un tableau reprenant les derniers sondages réalisés par les instituts les plus expérimentés (privés ou publics) pour la prochaine élection présidentielle du 7 octobre. En effet, face à une défaite annoncée, il est possible que l’opposition de droite s’appuie de nouveau sur les grands médias pour refuser le verdict des urnes et ignorer les avis positifs exprimés par les observateurs étrangers sur le mode de scrutin. Dans ce cas le plan consisterait à dénoncer la « fraude de Chavez », et à préparer des actes de violence destinés aux agences internationales, etc…

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/09/28/la-recuperation-economique-du-venezuela-est-elle-durable-le-rapport-du-cepr-washington/