Venezuela, mode d’emploi, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

Nick Estes, membre du Peuple Sioux de Lower Brule (USA) était un des 3000 observateurs internationaux des élections législatives du 6 décembre au Venezuela, il en a profité pour rencontrer les peuples indigènes qui élisent directement leurs représentants à l’Assemblée nationale

Le 6 décembre, comme l’exige leur Constitution, les citoyens de la République bolivarienne du Venezuela ont été appelés aux urnes pour élire 277 députés à l’Assemblée nationale. Dès l’annonce de la consultation, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a donné le ton : « La communauté internationale est de plus en plus consciente que les élections prévues par le régime de [Nicolás] Maduro ne seront ni libres ni justes. Trente-quatre pays nous ont rejoints en faveur d’un Gouvernement de transition. » Suivant à la lettre ces instructions, les secteurs extrémistes de l’opposition, emmenée par le « président autoproclamé » Juan Guaido, ont donc appelé au boycott d’un scrutin déclaré par avance « frauduleux ».

Nonobstant cette injonction, les élections ont pu avoir lieu à la date prévue et, malgré la pandémie, dans des conditions sanitaires satisfaisantes. Regroupé autour du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) au sein d’un Grand Pôle patriotique (GPP), le chavisme l’a très largement remporté avec 68,43 % des suffrages. L’Alliance démocratique (droite), au sein de laquelle figurent deux formations historiques de la vie vénézuélienne (le Copei et une scission d’Action démocratique) engrange 17,52 % des voix. Une deuxième coalition conservatrice, Venezuela Uni, recueille 4,15 % des votes. Sur le flanc gauche de l’arc politique, le Parti communiste vénézuélien (PCV) et quelques satellites rassemblés dans l’Alternative populaire révolutionnaire (APR) sont crédités de 2,7 %. En ordre dispersé, d’autres organisations politiques se partagent 6,48 % (voir l’encadré).

Au-delà de cette victoire incontestable du chavisme, deux faits, bien entendu, retiennent l’attention. D’une part, la faible participation (30,1 % du corps électoral). D’autre part, le fait que pour montrer ses muscles, l’opposition radicale organise en parallèle une « consultation populaire ». Débutant le 6, jour des législatives, celle-ci se terminera le 12 décembre par une « démonstration de force » préludant à la proclamation des résultats.

Décryptage d’un processus électoral atypique auquel ne peuvent s’appliquer les commentaires consciencieux et orthodoxes, les critères classiques et généralement admis d’analyse et d’explications.

Le contexte

Elus le 6 décembre 2015, les députés sortants, dont Guaido (représentant de l’Etat de Vargas avec 90 000 voix), termineront leur mandat de cinq ans le 4 janvier 2021. Pour avoir fait impudemment prêter serment à trois députés non élus (car accusés d’avoir eu recours à des achats de votes), cette Assemblée nationale, dominée par la droite, a été depuis 2016 déclarée en « desacato » (outrage à l’autorité) par le Tribunal de justice (TSJ). Tout en continuant à se réunir, elle n’a pu exercer ses prérogatives du fait de cette illégitimité.
Dans leur obsession d’en terminer avec le « chavisme », la droite vénézuélienne, depuis 2013, a fait du renversement de Maduro une véritable obsession. Barack Obama d’abord, mais ensuite et surtout Donald Trump, lui ont servi de boussole et de soutien. Emeutes insurrectionnelles en 2014 et 2017 (les « guarimbas »), tentative d’assassinat du chef de l’Etat (août 2018), coup d’Etat raté (avril 2020), incursion paramilitaire (mai 2020), blocus économique, commercial et financier, pression maximum et diabolisation des dirigeants chavistes se sont succédés sans discontinuer.

Depuis janvier 2019, en s’autoproclamant président, le député Guaido a établi une sorte de gouvernement parallèle, dont la capitale se situe non pas à Caracas, mais à Bogotá (où l’ambassade des Etats-Unis fait office de « palais présidentiel » vénézuélien).
Si toutes ces manœuvres – mais essentiellement les mesures coercitives unilatérales et la confiscation des biens vénézuéliens à l’étranger – ont mis le pays à genou, économiquement asphyxié, il n’en demeure pas moins que le pouvoir n’est pas tombé et que Guaido a échoué. Même Trump, le véritable patron du cirque, a lâché qu’il le considérait comme « un enfant » qui n’a pas « ce qu’il faudrait » (sous-entendu : dans le pantalon) [1] et a laissé filtrer en juillet dernier qu’il semblait avoir perdu « son autorité » (si tant est qu’il en ait jamais eu).

Les modalités du scrutin

En mars 2020, un attentat criminel a détruit par incendie un hangar où étaient entreposés 50 000 machines de vote et 582 ordinateurs utilisés par le système électoral. Le genre d’événement qui en dit long sur le caractère fanatique de certains acteurs de l’opposition. Néanmoins, tout au long de cette même année 2020, les discussions entre le gouvernement et d’autres secteurs résolus à rejoindre le chemin constitutionnel ont conduit à l’établissement de garanties électorales, unanimement acceptées (elles ont également permis la libération de cent dix opposants emprisonnés pour délits et crimes à caractère politique). Cinq nouveaux recteurs du Conseil national électoral (CNE) ont été nommés en juin par le Tribunal suprême de justice (TSJ). Dans une situation classique, ceux-ci auraient dû être élus par la majorité des deux tiers de l’Assemblée nationale. Malgré l’alliance des députés chavistes (minoritaires) et de représentants de la droite modérée, cette majorité qualifiée ne put être atteinte pendant de longs mois. Devant la situation de blocage, les protagonistes de la Table de dialogue national s’accordèrent sur une nomination par le TSJ (comme le stipule, en cas d’« omission législative », la Constitution [2]).
Une réforme (très critiquée par la droite dure et abstentionniste) a fait passer le nombre des députés de 167 à 277 de façon à favoriser la représentation des « petits partis » – 28 organisations nationales, 52 formations régionales et 6 organisations de peuples et communautés indigènes participant aux élections [3].

Tant les représentants des partis politiques que les observateurs internationaux ont participé aux audits du système électoral et des nouvelles machines de vote. Organisme pluraliste et indépendant regroupant, indépendamment de leur tendance politique, des juristes, des magistrats professionnels et des présidents de tribunaux électoraux de tous les pays du sous-continent, le Conseil des experts électoraux d’Amérique Latine (CEELA) a été en première ligne de cette observation. Le dernier audit a duré dix-sept jours et a pu compter sur une participation en présentiel et partiellement en virtuel (pour raisons de pandémie). Relatant cette expérience qu’il a vécu sur place, le chef de la mission du CEELA, Guillermo Reyes, a qualifié de « fiable et crédible » le système électoral vénézuélien [4]. Difficile, dans son cas, d’évoquer un comparse de Maduro : colombien, Reyes a été vice-ministre de la justice dans le gouvernement du très droitier Álvaro Uribe, pendant 22 mois, jusqu’en 2008.

L’opposition « made in USA »

Depuis 2015, les quatre partis d’opposition les plus importants – Voluntad Popular (VP ; extrême droite) Primero Justicia (PJ ; droite), Acción Democrática et Un Nuevo Tiempo (respectivement AD et UNT ; ex-socio-démocrates) forment ce qu’on appelle le G4. Ils dominent et imposent leur agenda. Sans aucune voix à la parole, une nébuleuse de groupuscules conservateurs se conforme de plus ou moins bonne grâce à leurs prescriptions. Toute honte bue, à l’instar d’un Nicmer Evans, quelques transfuges ou « repentis » de gauche les ont rejoints. A l’extrême de l’extrême droite, María Corina Machado (Vente Venezuela) et sa poignée de pyromanes réclament plus ouvertement que les autres un apocalypse « yankee » immédiat, sous forme d’intervention militaire, pour faire tomber le « castro-chavisme » honni.

Las ! Malgré ses appuis nationaux et internationaux – l’administration Trump, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) Luis Almagro, les supplétifs du Groupe de Lima [5], l’Union européenne, le régime macroniste français –, le « pinochétisme » n’est pas parvenu à s’imposer.
« Pinochétisme » ! Il ne s’agit là ni d’un écart de langage, ni d’un terme excessif, ni d’un jugement outrancier. Conçue à Washington, l’ « opération Guaido » n’a eu, depuis l’origine, qu’un seul objectif : obtenir que la chaîne de commandement de la Force armée nationale bolivarienne (FANB) se retourne contre Maduro et le fasse tomber. Comme en leur temps Richard Nixon et la CIA pour renverser Salvador Allende et le socialisme chilien, trouver au sein de l’institution militaire un Augusto Pinochet. Depuis janvier 2019, pas un jour n’est passé sans que Guaido, son entourage, la Maison-Blanche ou le Département d’Etat américain, ne lancent de pressants appels du pied ou d’ouvertes exhortations au soulèvement des militaires. Seule différence avec les « golpes » des années de Guerre froide : si un quelconque quarteron de généraux était passé à l’acte et avait réussi, il aurait immédiatement rendu le pouvoir à un « gouvernement de transition » civil, après avoir fait « le sale boulot », pour éviter que puisse être employée l’expression « coup d’Etat ». Ainsi eut lieu la tentative de « golpe » contre Hugo Chávez en avril 2002 et le renversement du président Manuel Zelaya, en juin 2009, au Honduras [6].

« Pinochétisme » : n’en déplaise aux classes politiques et chefs d’Etat européens qui, relayés par leurs médias, « blablatent » à n’en plus finir sur la démocratie et l’Etat de droit, voilà ce qu’ils appuient, voilà leur véritable camp… Pour l’heure, un camp cynique, honteux et immoral, mais, nonobstant son apparente puissance, un camp perdant : malgré quelques centaines de déserteurs et une poignée de putschistes qui ont pu être neutralisés, les militaires vénézuéliens, inspirés par Simón Bolivar et Hugo Chávez, n’ont pas flanché.

Dans ces conditions, trente-sept organisations politiques emmenées par le G4 ont donc annoncé leur décision de ne pas participer aux élections du 6 décembre (comme elles avaient boycotté l’élection de l’Assemblée nationale Constituante, en juillet 2017, et la présidentielle de mai 2018 remportée par Maduro [7]). Guaido a annoncé une « nouvelle offensive » dont on a pu comprendre qu’elle s’appuierait sur la Responsabilité de protéger (R2P) – débouchant par nature sur une intervention militaire étrangère –, le renforcement de la pression internationale – c’est à dire des « sanctions » – contre son pays et la préparation d’un Gouvernement d’urgence nationale. Le Département d’Etat américain a immédiatement rendu public son soutien à cette option.

Les protestataires

Lorsque, avec son physique de « gendre idéal », Guaido a annoncé (sur ordre de Washington) qu’il s’emparait du pouvoir, il a déclenché une vague d’enthousiasme au sein de l’opposition. Maduro et le chavisme allaient s’effondrer en quelques semaines, au pire quelques mois. Résultat final : rien ! Guaido parle, Guaido parle et, pendant que Guaido parle, rien ne se crée, rien ne s’accomplit. Au fil des mois, le scepticisme et la lassitude se sont emparés des anti-Maduro. Le combat n’est plus tout à fait le même, les derniers appels aux mobilisations de rue ont débouché sur autant de fiascos. Provoquée par le blocus étatsunien, la désastreuse situation économique transforme peu à peu la vie quotidienne de tous – opposants non privilégiés compris – en parcours du combattant. Et nombre de gens, nul n’en ignore, contribuent à perpétuer ce cauchemar. A commencer par Guaido.

Depuis toujours, les dirigeants de l’opposition se chamaillent, se querellent, se jalousent, se menacent. Une lutte à mort oppose les factions qui tentent de se supplanter par tous les moyens. On touche désormais au paroxysme. Certains posent ouvertement la question : ont-ils tant travaillé, tant œuvré, tant fait souffrir leurs compatriotes, pour en arriver là ?

Le clé est comme souvent : beaucoup d’argent. Financés par les agences de Washington et le pillage des biens vénézuéliens à l’étranger – Citgo aux Etats-Unis, Monómeros en Colombie, les tonnes d’or confisquées par la Banque d’Angleterre, pour ne parler que des cas les plus connus [8] –, les « Guaido boys » s’en mettent plein les poches, ne laissant que des miettes, et parfois même pas, aux protagonistes de second rang. Désormais en exil, les Julio Borges (en Colombie), Henry Ramos Allup, Antonio Ledezma et depuis peu Leopoldo López (en Espagne) [9], Carlos Vecchio (aux Etats-Unis), plus des dizaines d’et cætera en costume cravate, vivent sur un grand pied et dépensent sans compter. Contre l’entourage du président fantoche, les accusations (et les preuves) de corruption se multiplient.

Lorsque la droite a pris le contrôle de l’Assemblée nationale, après sa victoire de décembre 2015, le G4 a décidé d’en exercer la présidence par rotation – chacun des partis l’assumant pendant une année. Ce qui fut fait (indépendamment des conséquences institutionnelles du « desacato ») : Henry Ramos Allup (AD ; 2016-2017), Julio Borges (PJ ; 2017-2018) ; Omar Barboza (UNT ; 2018-2019), Juan Guaido (VP ; 2019-2020). Désormais habitué à usurper les fonctions officielles, Guaido a refusé, début 2020, de laisser se perpétrer cette alternance. Le titre de président de l’Assemblée nationale lui procure le seul argument susceptible de justifier son auto-proclamation comme chef de l’Etat. Perdre ce statut mettrait par ailleurs en danger la cohésion de la coalition internationale engagée « derrière lui » dans la lutte contre Maduro.

Ce refus de passer la main a provoqué une première révolte dans une partie du bloc de la droite. Le 5 janvier 2020, alors que Guaido se livrait à une comédie pitoyable, devant les caméras de télévision, pour faire croire que la police « du régime » lui interdisait l’accès au Parlement (ce qui était faux) [10], une fraction substantielle des députés de droite, avec le soutien de leurs collègues chavistes, ont élu Luis Parra (PJ) au perchoir. Sans souci du ridicule, car fort du soutien de ses amis de l’étranger, Guaido a immédiatement été se faire « réélire » président de l’AN par une escouade de ses partisans lors d’une session parallèle tenue au siège d’El Nacional, un quotidien d’opposition. Parra a bien entendu été exclu de PJ (sous une accusation de corruption). Néanmoins, la contestation ne s’est pas arrêtée là.
Fin octobre 2020, Juan Carlos Caldera, dirigeant influent de Primero Justicia, révélera qu’ont effectivement été proposés au G4 une rotation à la présidence du gouvernement dit intérimaire, la limitation de ses compétences et la « remise à zéro » de la stratégie de l’opposition en vue de 2021. Du cœur d’Action démocratique sont montées les mêmes revendications.
Depuis son annonce, même la fameuse Consultation populaire de Guaido fait débat.

Un velléitaire

Entre temps, quelque peu marginalisé, laissé dans l’ombre par les projecteurs rivés aux gesticulations de Guaido, un dirigeant de poids est réapparu : Henrique Capriles Radonski. Leader historique de Primero Justicia, ex-gouverneur de l’Etat de Miranda, deux fois candidat de la droite à la présidence, contre Chávez (2012) et Maduro (2013), Capriles émet régulièrement des doutes sur la stratégie de Guaido et de son mentor Leopoldo López, le véritable leader de VP. « Le vrai débat est de savoir si nous nous battons ou non, si nous faisons quelque chose ou non, s’est emporté Capriles, début juillet. Nous n’allons pas accompagner les fictions et les fantasmes qui ne font que donner plus de frustration aux Vénézuéliens et détruire davantage l’opposition, si tant est qu’ils n’aient pas déjà fini de la détruire [11]. »
Le 2 septembre dernier, Capriles va jusqu’au bout de la logique : il appelle les citoyens à se mobiliser et à participer aux législatives. Jusqu’alors très proche conseiller de Guaido, le député Stalin González (UNT) prend ses distances avec ce dernier et se rallie. Ancien président de l’association patronale Fedecamaras, toujours très influent au sein de ce lobby, Jorge Roig déclare le 9 septembre qu’il s’engage sur le chemin tracé par Capriles, sachant que celui de Guaidó est « dynamité ». Tenant en effet des propos particulièrement sévères sur le « gouvernement Internet », Capriles remet en question le manque d’explications concernant le pseudo soulèvement militaire du 30 avril 2020 et l’incursion ultérieure d’un groupe armé venu de Colombie et dirigé par des mercenaires (l’« opération Gedeon ») [12]. « Il y a une grande déconnexion entre la classe politique et les gens dans la rue, s’insurge Capriles. Non seulement ils parlent mal du régime, mais ils parlent aussi mal de nous, l’opposition. »

L’épisode approfondit la crise du G4, les brèches qui s’ouvrent à l’intérieur même des formations politiques et la perplexité des militants. Membres du même parti que Capriles (PJ), mais tous deux en exil,Julio Borges (pseudo ministre des Affaires étrangères) et Miguel Pizarro (président de la Commission spéciale de suivi de l’aide humanitaire !) appartiennent au cercle rapproché de Guaido.

Il est temps pour les commanditaires de siffler la fin de la récréation. Depuis Bogotá, l’« ambassadeur » des Etats-Unis auprès du Venezuela imaginaire de Trump et Guaido », James Story, ordonne plus qu’il ne dit : « C’est le moment d’unir nos forces. Seule l’unité autour des pouvoirs légitimes garantit la pression et le soutien internationaux. Nous soutenons pleinement le projet du président Guaidó. » Fin octobre, lors d’une vidéoconférence organisée depuis le Bureau des affaires vénézuéliennes (ouvert le 28 août 2019 dans l’ambassade US en Colombie), James Story et Rafael Foley taperont à nouveau sèchement sur les doigts de Tomás Guanipa. Dirigeant de Primero Justicia et bien qu’ « ambassadeur » du régime imaginaire de Guaido à Bogotá, Guanipa a osé remettre en cause l’absence de rotation à la tête de l’opposition ; il a également exprimé les doutes de son parti quant à l’utilité de la Consultation populaire de l’« autoproclamé ». Il ne va pas tarder à changer prudemment d’avis…

Capriles a lui aussi compris les messages. Le 15 janvier, le Département du trésor américain a mis sur sa liste noire et sanctionné Luis Parra, opposant élu au perchoir de l’AN avec l’appui des chavistes, ainsi que ses deux vice-présidents et quatre autres députés de droite en raison de leur « tentative infructueuse (sic !) de prise de contrôle du Parlement ». Cela signifie que leurs (éventuels) actifs aux Etats-Unis sont bloqués et qu’ils ne peuvent plus faire affaire avec des entreprises ou des citoyens américains. En ce qui les concerne, et comme nombre de chavistes (ou dirigeants nicaraguayens) nominalement sanctionnés par Washington, rien ne prouve qu’ils disposent de tels actifs au pays du Destin manifeste [13] (et nous l’ignorons). Il s’agit souvent d’effets d’annonce, destinés à l’opinion publique internationale, et d’intimidation. Tout autre est la situation de Capriles. Issu d’une famille dont la fortune a été faite dans l’immobilier, le secteur des services, les chaînes de cinéma et les médias, avec des ramifications dans d’autres pays du monde, lui possède des avoirs aux Etats-Unis.

Capriles se couche. Par chance pour lui, l’Union européenne vient de faire la même chose en refusant d’envoyer une mission d’observation électorale pourtant invitée par le gouvernement vénézuélien. Capriles peut donc se cacher derrière aussi couards que lui. Début octobre, il fait volte-face et demande que les élections soient ajournées. « Comme le dit l’Union européenne, il n’y a pas les conditions, en raison de la pandémie et d’autres choses, pour qu’une élection ait lieu. Une élection qui serve le Venezuela doit être reportée. » Une sorte de mauvaise conscience le ronge-t-elle ou tente-t-il de camoufler son manque de cran ? Quelques jours plus tard, lors d’une réunion publique via Zoom, il demandera aux représentants de la communauté des affaires vénézuélienne de trouver un moyen de faire pression sur le Congrès américain et les politiciens de Washington afin d’alléger les mesures coercitives unilatérales imposées au Venezuela.

Les opposants aux opposants

L’interminable pièce de théâtre En attendant Guaido amuse de moins en moins de Vénézuéliens. Contrairement à Capriles, et suivant l’exemple de Parra et de ses apparentés, d’autres ont franchi le Rubicon. Début août, le Front large Venezuela uni (coalition regroupée autour du G4) a dû expulser la gouverneure de l’Etat de Táchira, Laidy Gómez (AD), élue en 2017 car s’étant présentée malgré la consigne de boycott, et le secrétaire régional du même parti, Miguel Reyes : ils ont manifesté l’intention de participer à nouveau aux élections. Comme mentionné précédemment, Stalin González informe qu’il quitte l’UNT, en mentionnant qu’il « respecte sa position » de non-participation au scrutin, mais qu’il « ne la partage pas ».
Les partis traditionnels tanguent. Ecartés de décisions que désormais ils contestent, militants, députés et députés suppléants « de l’intérieur » se rebellent contre les diktats de leaders vivant confortablement « à l’étranger » tout en séquestrant les partis. Depuis parfois plus de dix ans, ils ont omis ou refusé d’organiser des élections internes et d’en renouveler les directions. Ce qui provoque un clash spectaculaire au sein d’Action démocratique. «  Je propose un référendum pour que les militants décident  » de participer ou non aux législatives, lance Bernabe Gutiérrez, bras droit et ami du leader historique Ramos Allup. Silence glacial de ce dernier. Gutiérrez en tire ses propres conclusions : Ramos Allup a « des engagements » liés à des « cadeaux et des faveurs extérieures » qui freinent l’option électorale. Gutiérrez fait sécession.
Les dissidents d’AD et de PJ se tournent vers le Tribunal suprême de justice. Ils veulent pouvoir participer aux législatives. On a vu des motivations plus honteuses ! Le TSJ leur donne raison. Des directions provisoires sont nommées. Au sein d’AD, Isabel Carmona de Serra, la présidente, est écartée. Le secrétaire général Ramos Allup est remplacé par Gutiérrez. Le nouveau « comité directeur ad hoc » «  pourra utiliser le logo, les symboles, les emblèmes, les couleurs et toutes autres propriétés  » d’AD [14]. La direction de PJ passe un temps aux mains d’un militant de cette organisation, José Brito, avant que le TSJ ne revienne sur sa décision (sans doute pour ménager Capriles et ne pas insulter l’avenir). Les « ultras » hurlent à la trahison, les « commentocrates » de l’appareil médiatique global dénoncent « un nouveau coup de force contre l’opposition ».
Ces nouveaux venus renforcent le camp de l’anti-chavisme à visage légal qu’occupaient déjà les partis et dirigeants ayant participé à l’élection présidentielle de 2018 (en particulier Henri Falcón et Javier Bertucci). L’Alliance démocratique regroupe donc les deux partis historiques du XXe siècle vénézuélien, le Copei (social-chrétien) et Acción Democrática (social-démocrate), plus Avanzada Progresista (centre-gauche), Cambiemos (centre) et Esperanza por el Cambio (démocratie chrétienne). Faute d’accord avec cet ensemble, Venezuela uni emmène une autre coalition que dominent la fraction dissidente de Primero Justicia, devenue Primero Venezuela, et une émanation de Voluntad popular. Se présentent de façon indépendante, dans presque tout le pays, d’autres partis qu’on dira « périphériques », traditionnellement ignorés ou exclus par le G4 : Soluciones, Movimiento al socialismo (MAS), ProCiudadanos, Unión Progreso, Nuvipa, UPPP89…

Les mécontents

D’autres voix ont pris leur indépendance, mais dans l’autre camp. Habituellement membres du Grand Pôle patriotique (GPP) – coalition de gauche rassemblée autour du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) créé par Chávez – le Parti communiste (PCV) et des fraction dissidentes de Patria para todos (PPT) et des Tupamaros figurent au sein d’une inédite Alternative populaire révolutionnaire (APR), en compagnie d’autres formations d’extrême gauche – Corriente Marxista Internacional, Somos Lina, etc [15].
Revendiquant le socialisme, l’anti-impérialisme et l’héritage de Chávez, précisant que leur ennemi « n’est pas Maduro », ils se positionnent en « critiques de gauche », contestent l’hégémonie « excluante » du PSUV et l’absence de débat qui en résulte, réclament des mesures plus sociales, s’inquiètent de la loi anti-blocus récemment votée par l’Assemblée nationale constituante, dont ils pensent qu’elle pourrait préluder à des privatisations. Sans le dire, ils estiment également que, destinée à favoriser la participation et la présence des petits partis au sein de l’AN, l’augmentation du nombre des députés pourrait leur permettre de tirer leur épingle du jeu.

Les résultats

Tant les sondages que le sens commun avaient prévu une faible participation. Dans un dernier effort pour l’éviter et mobiliser leurs troupes respectives, l’opposition démocratique et le chavisme, dans les derniers jours de la campagne, font monter les enjeux. Pour la droite, la consultation devient « un plébiscite contre Maduro ». Relevant le gant (sans trop de risque), celui-ci rétorque : « Je ne me suis jamais rendu, je ne me rendrai jamais, et c’est pourquoi je dis à toute l’opposition que, dimanche prochain, j’accepte le défi. Voyons qui gagne. Si nous gagnons, nous irons de l’avant, mais je dois aussi dire, au peuple je dis : je laisse mon destin entre vos mains. Si l’opposition gagne, je quitterai la présidence ; si l’opposition gagne les élections, je ne resterai pas là. Je laisse mon destin entre les mains du peuple vénézuélien. »

Efforts vains. Les inconditionnels de l’anti-chavisme ont suivi les consignes de Guaido en restant à la maison. Cela n’eut pas suffi à une abstention à ce point massive, mais la volte-face de Capriles a soustrait aux bureaux de vote une masse considérable d’opposants de la « société civile » soucieux de participer à une normalisation de la vie du pays. S’y sont joint ceux qui, parmi les mêmes opposants, ont renoncé à aller voter pour des candidats décrits comme « des alliés déguisés du parti au pouvoir ». Ceux qui, dans les milieux populaires, face aux désordres et aux sabotages, ont fini par se démoraliser. Ceux qui rejettent à la fois Guaido et Maduro, rendus conjointement responsables de la crise. Ceux qui, à droite et à gauche, au vu des déclarations des puissances hostiles, ont estimé qu’une nouvelle Assemblée nationale ne changerait rien au harcèlement venu de l’étranger, et donc à leurs difficultés quotidiennes. Ceux qui, toujours au sein de l’opposition, avaient compris que le torpillage de la droite modérée par le camp Guaido favoriserait in fine la victoire des partisans de Maduro, et n’ont pas pris la peine de se déplacer. Ceux qui, enfin, mais il ne s’agit pas là d’un phénomène majeur, ont préféré éviter la promiscuité des bureaux de vote en période de pandémie [16].

On retiendra sans doute que le taux de participation de 31 % a été inférieur à celui de l’élection présidentielle de 2018 et ses 46,1 %. Toutefois, une autre comparaison s’impose. En 2005, sous Chávez, lorsque l’opposition refusa également de participer aux législatives, la participation ne fut que de 25,3 %.

Fort de son noyau dur de militants et d’une machine électorale bien rôdée, le PSUV (et par extension le GPP) l’a donc fort logiquement remporté et contrôle désormais confortablement l’Assemblée nationale. Refus des diktats de l’étranger, défense de la souveraineté et de la dignité nationales, rejet d’une droite « assassine », parfaite compréhension des tenants et aboutissants de la crise, « communauté émotionnelle » rassemblée autour du souvenir de Chávez, il s’est agi là d’un vote de résistance et de loyauté à l’égard de Maduro. Avec leur maigre solde de 2,74 %, le Parti communiste et l’Alliance populaire révolutionnaire ont échoué à imprimer leur marque « depuis la gauche ». Le PCV obtiendra même moins de députés que lorsqu’il appartenait au GPP. Parmi les vainqueurs, figurent tous les poids lourds du chavisme : Diosdado Cabello (président de l’Assemblée nationale constituante, qui va disparaître, ayant perdu sa raison d’être), Cilia Flores (épouse de Maduro), Tania Díaz, Iris Varela, Jesús Farias , Ileana Medina (PPT), Mario Silva (journaliste), etc…

La gauche latino-américaine ne s’est pas trompée sur la nature et l’importance de ce scrutin. Elle avait entre autres délégué à Caracas les ex-présidents Rafael Correa (Equateur) ; Manuel Zelaya (Honduras) et Fernando Lugo (Paraguay), renversés respectivement par des coups d’Etat en 2009 et 2012 ; Evo Morales (défenestré en 2019), accompagné d’Andrónico Rodríguez, nouveau président du Sénat bolivien après l’éclatante victoire du Mouvement vers le socialisme (MAS) et de Luis Arce en octobre dernier ; accompagné de quelques eurodéputés, l’ex-chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero s’est chargé de sauver l’honneur du Vieux continent [17].
Quant aux opposants élus (voir l’encadré), tout aussi respectables, car il s’agit bien d’opposants, ils espèrent négocier avec le pouvoir des projets de loi urgents, notamment en matière économique, mais aussi agir pour une levée des sanctions américaines, ces mesures illégales qui aggravent le profond marasme économique et social que connait le Venezuela. En quoi ces élus – Bernabé Gutiérrez ou José Brito, pour ne citer qu’eux – seraient-ils moins légitimes et moins représentatifs que les « terroristes modérés » et les « extrémistes démocrates » de la bande à Trump et Guaido ?

La « manip »

La tâche est claire, a proclamé Guaido, dans sa fuite en avant : le 6D (6 décembre), laisser les bureaux de vote vides et le 12, au terme de la Consultation populaire, descendre massivement dans la rue.
Trois questions ont été annoncées le 19 novembre par les organisateurs de cette « consulta » :

  • Exigez-vous la fin de l’usurpation de la présidence par Nicolás Maduro et demandez-vous des élections présidentielles et parlementaires libres, justes et vérifiables ?
  • Refusez-vous l’événement du 6 décembre organisé par le régime de Nicolás Maduro et demandez-vous à la communauté internationale de l’ignorer ?
  • Ordonnez-vous que les mesures nécessaires soient prises devant la communauté internationale pour activer la coopération, l’accompagnement et l’assistance afin de sauver notre démocratie, de faire face à la crise humanitaire et de protéger les populations des crimes contre l’humanité [18] ?

On notera que l’ensemble du questionnaire a pour évident destinataire la « communauté internationale » et que la dernière question se réfère de façon à peine subliminale à la fameuse « responsabilité de protéger » – et donc à une intervention militaire.

Qui pourra voter ? Tout « Vénézuélien de naissance », quelle que soit la ville du monde où il se trouve, inscrit ou non sur les listes électorales, en virtuel (en raison de la pandémie) ou en présentiel. Virtuellement, du 6 au 12 décembre, à travers Whatsapp, Facebook, une application mobile (Voatz) disponible sur Google Store et un site Web (www.consultaporvzla.com). Le 12 décembre, dans n’importe lequel des 3 000 « Points de liberté » installés sur le territoire vénézuélien.
Le but de l’opération et son résultat ont déjà été annoncés par Tomás Guanipa, interrogé par la radio internationale allemande Deutsche Welle : « Il faut mobiliser massivement, et les sondages indiquent qu’il y a davantage de Vénézuéliens prêts à participer à la consultation populaire de l’opposition (qu’au scrutin du 6 décembre).  » CQFD. Oui, mais, justement… Qui contrôlera l’opération, en l’absence du Conseil national électoral, par définition écarté de l’opération ? Qui garantit les droits de ceux qui voteraient « non » ? Réponse : personne ! Il n’y aura pas plus de liste électorale, votera qui veut. Afin d’« éviter les persécutions ou les représailles du régime », les données recueillies ne seront pas étayées physiquement.

Même au sein de l’opposition, cette Consultation est désavouée. Plusieurs dirigeants d’Action démocratique – dont Ramos Allup – et de Primero Justicia ont contesté son utilité. Dans son zig-zag incessant, opportuniste et sans réelle conviction, Capriles a décrit l’initiative comme « un appel à une mobilisation sans solutions tangibles ». L’« ultra » María Corina Machado y va de ses anathèmes : « Aujourd’hui, nous, les Vénézuéliens, ne tombons plus dans les manipulations ou les pièges. Ni farces électorales ni mécanismes qui, à travers des consultations débiles, donnent du temps pour que dure ou se rallonge la tyrannie au pouvoir. » Dans la rue, on le sait, le citoyen de base ne s’intéresse nullement à la question. Beaucoup même ignorent cette initiative.
Tout cela n’a qu’une influence relative. Le résultat proclamé après le 12 décembre n’aura aucun rapport avec le vrai ou le faux. Sans aucun contrôle d’aucune sorte ni de qui que ce soit, et connaissant les chiffres de participation aux législatives, il suffira d’annoncer un nombre de votants « infiniment supérieur » et le tour sera joué. Le « gouvernement Guaido » aura démontré qu’il a « le soutien » d’une « immense » majorité des Vénézuéliens. Ce que répéteront, sans aucune possibilité ni volonté de vérification, les commissaires politiques de l’information.

Fort de cette onction, et au nom d’une « continuité administrative » fantasmée, Guaido pourra ensuite prétendre prolonger l’existence de l’actuelle Assemblée nationale, et donc son « gouvernement intérimaire », sans déterminer quand ils se termineront… Ce qui, bien entendu, n’a ni queue ni tête d’un point de vue légal et constitutionnel. Ce qui, entre parenthèses, oublie (ou feint d’oublier) que, dans le « Statut de transition » élaboré en janvier 2019 par le clan Guaido, l’article 13 stipule que l’Assemblée nationale exercera ses fonctions jusqu’au… 4 janvier 2021.
On l’aura compris, la vraie question n’est pas là. S’il ne parvient pas à imposer cette fiction de la « continuité », Guaido n’est plus ni député, ni supposé président de l’AN, ni chef d’Etat imaginaire… Guaido n’est plus rien. En janvier, il ne pourra même plus compter sur ses sponsors Donald Trump, Eliott Abrams ou Mike Pompeo…

Sous-impérialisme et impérialisme

Dès le 7 décembre, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, a déclaré que l’UE ne reconnaît pas le résultat des élections, « décision approuvée à l’unanimité par les ministres », a-t-il ajouté. Mais Guaido ? « Un processus de discussion concernant l’actuelle Assemblée nationale et le président en exercice s’ouvre aujourd’hui et s’achèvera le 5 janvier », a précisé sans trop se mouiller Arancha González Laya, ministre des Affaires étrangères du gouvernement (socialiste !) espagnol. Borrell a annoncé son intention de convoquer une réunion ministérielle du Groupe international de contact (GIC) sur le Venezuela – Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne, Italie et plusieurs pays latino-américains –, mais il s’agit là d’un rideau de fumée. Comme toujours, l’UE fera ce que Washington décidera. Sans surprise, les Etats-Unis ont annoncé leur décision de « continuer à reconnaître  » Guaido comme « président par intérim  » du Venezuela. Sauf que, dans quelques semaines, avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, les Etats-Unis ne seront plus ce qu’ils étaient. Quant à savoir si, nonobstant un changement de style, ils seront réellement différents…

Dans l’équipe qui va piloter la politique étrangère, tous ont travaillé au sein des administrations démocrates précédentes. Nommé Secrétaire d’Etat, Antony Blinken a été le numéro deux du Département d’Etat sous la présidence de Barack Obama, alors que Biden était vice-président. C’est l’époque pendant laquelle Obama a signé l’absurde et criminel décret exécutif (EO) déclarant une urgence nationale suite à la « menace inhabituelle et extraordinaire du Venezuela pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis ».
Prochain conseiller à la fameuse Sécurité nationale, Jake Sullivan a été le bras droit d’Hillary Clinton et, sur les dossiers chauds – Libye, Syrie, Ukraine – a toujours défendu une politique musclée. Plutôt que de spéculer à n’en plus finir sur l’attitude du prochain gouvernement américain, on se référera ici à l’une des déclarations récentes de ce « faucon démocrate » sur la manière dont Washington entend « manger » le Venezuela : « Vous savez, je dirais qu’une solution militaire menée par les Etats-Unis est un trop grand risque ; les Etats-Unis devraient donc se concentrer sur tous les outils non militaires. Cela signifie qu’il faut doubler les sanctions et continuer à construire la coalition internationale et se concentrer particulièrement sur la séparation de la Chine, de Cuba et de la Russie du Venezuela, par tous les moyens dont nous disposons, car ce sont ses gilets de sauvetage. Maintenant, si les pays de la région, si la Colombie, le Brésil et d’autres, décident qu’ils veulent prendre des mesures plus agressives, c’est à eux de décider. Mais cela ne devrait pas être [19]… »
Un « ce ne devrait pas être » pas vraiment vigoureux. Moins vigoureux en tout cas que la capacité de Cuba à résister au chantage – « vous lâchez Caracas, on assouplit les sanctions » – et que la volonté des Vénézuéliens de ne pas céder aux pressions et aux agressions.Les résultats

*GAUCHE

Grand pôle patriotique (PSUV, PPT, Unidad Popular Venezolana [UPV], Organización Renovadora Auténtica [ORA], Movimiento Electoral del Pueblo [MEP], Podemos, Tupamaro, Somos Venezuela, Alianza para el Cambio) : 4 277 926 voix (68,43 %).

Parti communiste (PCV) et Alternative populaire révolutionnaire (APR) : 168 743 voix (2,7 %)

DROITE

Alliance démocratique (Acción Democrática [AD], Copei, Cambiemos Movimiento Ciudadano [CMC], Avanzada Progresista [AP], El Cambio) : 1 950 170 voix (17,52 %).Venezuela uni (Primero Venezuela, Voluntad Popular) : 259 450 voix que (4,15 %),

AUTRES

Organisations diverses (Soluciones, Movimiento al socialismo [MAS], ProCiudadanos, Unión Progreso, Nuvipa, UPPP89) : 404 017 voix (6,48 %).
* Résultats sur la base d’une transmission de 98,63 % des résultats (Conseil national électoral, deuxième communiqué, 7 décembre 2020).


[1] John Bolton, The Room Where it Happened, Simon & Schuster, New York, 2020.

[2] Cette procédure a déjà dû être utilisée en 2014.

[3] Cinquante-deux pour cent des sièges sont attribués par scrutin de liste à la proportionnelle et 48 % par scrutin uninominal, c’est-à-dire sur le nom d’un candidat.

[4]  Telesur, Caracas, 15 novembre 2020.

[5] Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panamá, Paraguay, Pérou (et à l’origine Mexique, qui s’est retiré). Officiellement non membre, les Etats-Unis tirent les ficelles derrière le rideau.

[6] Sur ce thème : Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation, Don Quichotte, Paris, 2015.

[7] Pendant la présidence de Hugo Chávez, l’opposition, qui redoutait une nouvelle défaite, a également boycotté les élections législatives de 2005.

[8] Citgo : filiale (d’une valeur de 8 milliards de dollars) de la compagnie pétrolière nationale PDVSA. Monómeros : entreprise publique vénézuélienne du secteur de la pétrochimie confisquée par le gouvernement colombien et remise au clan Guaido.

[9] Fondateur de Voluntad Popular, Leopoldo López, le mentor de Guaido, a été condamné pour son rôle dans le déclenchement des violences insurrectionnelles de 2014. Bénéficiant d’une détention à domicile, il a été libéré par les factieux lors de la tentative de coup d’Etat du 30 mai 2020. Il est arrivé le 25 octobre à Madrid après avoir quitté le Venezuela où il était réfugié dans la résidence de l’ambassadeur d’Espagne. 

[10https://elcomunista.net/2020/01/12/puro-show-el-video-que-muestra-como-guaido-no-quiso-entrar-en-el-parlamento/

[11]  El País, Madrid, 6 juillet 2020.

[12] Lire https://www.medelu.org/Une-inoculation-de-bleuite-sous-controle-au-Venezuela et https://www.medelu.org/Baie-des-Cochons-ou-Operation-Mangouste

[13] Expression inventée par le journaliste John O’Sullivan et repris par le représentant du Massachusetts au Congrès, Robert C. Winthrop, en 1845 : « C’est notre destin manifeste de nous déployer sur tout le continent. »

[14] Frère de Bernabe, Luis Gutiérrez, qui avait précédemment affiché son appui à Guaido, avait auparavant accepté de devenir membre du nouveau CNE.

[15] En désaccord avec la décision de faire « bande à part » au sein de cette APR, des militants et dirigeants de Patria para todos et des Tupamaros ont pris le contrôle de leurs partis et se présentent, comme d’habitude, en alliance avec le PSUV.

[16] Le Venezuela n’a comptabilisé à ce jour que 102 000 cas de Covid-19 et un peu moins de 900 morts.

[17] De nombreux intellectuels européens ont signé la pétition de 3 500 personnes remise le 1er décembre au Service européen d’action extérieure (SEAE) : « L’Union européenne doit respecter le résultat des élections législatives au Venezuela ».

[18] Sur les accusations de crimes contre l’humanité, lire : https://www.medelu.org/Venezuela-Contes-et-mecomptes-de-curieux-defenseurs-des-droits-humains

[19https://www.hudson.org/research/14923-transcript-dialogues-on-american-foreign-policy-and-world-affairs-a-conversation-with-jake-sullivan

URL de cet article : https://www.medelu.org/Venezuela-mode-d-emploi

Crier au loup à propos de « fraude électorale » ? OK pour le New York Times… si les cibles sont des ennemis officiels, par Alan MacLeod (FAIR)

Le refus catégorique de Donald Trump d’accepter ce qui semble être une défaite électorale inévitable et de plus en plus écrasante a fait craindre à juste titre à de nombreux médias les répercussions politiques d’une telle décision, certains tirant la sonnette d’alarme sur un éventuel coup d’État aux États-Unis. (e.g., Salon11/11/20Washington Post11/12/20Guardian11/13/20New Republic11/13/20).

Une vache sacrée de la presse états-unienne comme le New York Times, a pris la tête des condamnations, accusant le président de « vandaliser notre pays » (11/11/20), le diagnostiquant comme un narcissique et un sociopathe, et citant ses tentatives de s’accrocher au pouvoir comme « un renoncement brutal à la démocratie américaine ». (11/11/20).

NYT: Trump’s Post-Election Tactics Put Him in Unsavory Company

Le New York Times (11/11/20) déclare que Donald Trump agit comme le président vénézuélien Nicolás Maduro en « refusant de concéder la défaite et en lançant des accusations infondées de fraude électorale » – même si c’est l’opposition vénézuélienne qui a refusé de concéder la défaite et a fait des allégations douteuses de fraude.

Andrew Higgins, chef du bureau du Times à Moscou (11/11/2011/12/20) a été le dernier collaborateur du journal à dénoncer Trump, affirmant que « nier la défaite, invoquer la fraude et utiliser la machine gouvernementale pour inverser les résultats des élections sont les outils traditionnels des dictateurs » tels que Robert Mugabe du Zimbabwe, Slobodan Milosevic de Serbie et Nicolás Maduro du Venezuela.

Pour Higgins, Trump a effectivement « brisé la tradition démocratique de base » des États-Unis, en la faisant passer du « monde libre » au royaume des États tyranniques auxquels les États-Unis se sont si longtemps opposés au nom de la démocratie et des « élections libres ». (En réalité les Etats-Unis fournissent l’aide militaire aux trois quarts des dictateurs du monde, bien que les médias privés utilisent ce mot presque exclusivement pour désigner les politiciens Washington n’aiment pas, Fair.org 4/11/19.)

Bien sûr, a concédé Higgins, Trump n’est pas aussi mauvais que Milosevic ou Maduro, et « n’a pas à s’inquiéter d’être accusé de crimes de guerre et de génocide, comme l’était M. Milosevic ». Cela peut être une nouvelle pour les populations du Yémen, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie ou de toute autre nation que Trump a personnellement ordonné de bombarder, ou pour les pays dont les diplomates qu’il avait assassiné, ou au presque quart de la population mondiale qui subit les sanctions mortelles des Etats-Unis.

Higgins a affirmé que, comme Trump, Maduro « a frauduleusement fabriqué une victoire dans une élection de mai 2018 », une affirmation qui a aussi peu de fondement dans la réalité que la prétention de Trump d’avoir réellement remporté la course présidentielle de 2020. Contrairement aux États-Unis, l’élection vénézuélienne a été marquée par un vote effectué dans les temps, avec des machines de vote ultra-modernes qui ont été surveillées par des centaines d’éminents observateurs internationaux, dont les rapports attestent de la propreté du processus (FAIR.org5/23/18). Maduro a remporté plus de 4 millions de votes de plus que son plus proche concurrent – un résultat peu surprenant (PAP5/20/18), en raison d’un boycott généralisé du scrutin et d’une division du vote de l’opposition restante entre deux candidats.

AP: Maduro favored as Venezuelans vote amid crisis

La réélection du président vénézuélien Nicolás Maduro était très attendue (AP5/20/18)-mais après le vote, la matrice médiatique a martelé que sa victoire ne pouvait s’expliquer que par la fraude.

Après cette élection, cependant, l’opposition de droite soutenue par les États-Unis a crié à la fraude et a tenté de renverser le gouvernement à plusieurs reprises, en utilisant des tactiques qui ne sont pas différentes des manœuvres post-électorales de Trump. Pourtant, Higgins s’est prononcé en faveur de Trump pour avoir sanctionné le Venezuela (des actions qui ont causé la mort d’au moins 100,000 personnes, selon un rapporteur spécial américain des Nations Unies), et pour la reconnaissance du president auto-proclamé Juan Guaidó comme dirigeant légitime. Une récente enquête d’opinion a révélé que Mr. Guaidó ne bénéficiait du soutien que de 3 % des Vénézuéliens – et ce, avant le désasstre de son invasion mercenaire ratée dans le style de la “Baie des Cochons”.

Ainsi, pour le Times, crier à la fraude électorale puis mettre en scène un coup d’État est mauvais car c’est ce que font les dictateurs – à moins que les États-Unis ne fassent des allégations douteuses de fraude électorale contre des ennemis officiels, auquel cas c’est une pratique honorable. Tel est le monde confus des experts des médias d’élite.

Depuis que le Venezuela a voté à gauche en 1998, le Times a préconisé le renversement du gouvernement vénézuélien. Son comité de rédaction a appuyé le coup d’État éphémère contre le président Hugo Chávez en 2002, allant jusqu’à affirmer qu’un tel événement n’avait même pas eu lieu. Avec la démission hier du président Hugo Chávez, la démocratie vénézuélienne n’est plus menacée par un apprenti dictateur. M. Chávez, un démagogue ruineux, s’est retiré après l’intervention des militaires et a remis le pouvoir à un chef d’entreprise respecté, Pedro Carmona.

Ainsi, Times (4/13/02) a écrit que Carmona licenciait tous les élus et se donnait le pouvoir suprême de gouverner par décret. Une étude FAIR 2019 sur le Venezuela (4/30/19) a constaté que Times avait publié 22 articles favorables au changement de régime sur une période de trois mois, et aucun qui s’opposait à la destitution du gouvernement démocratiquement élu.

Pas de coup d’État, juste une « surprise ». 

Les actions de Trump reflètent également celles de l’aile droite soutenue par les États-Unis en Bolivie, qui a clairement perdu les élections en octobre dernier, pour ensuite crier à la fraude et lancer un coup d’État réussi contre le vainqueur légitime, le président Evo Morales, un autre leader socialiste devenu figure de la haine dans les médias privés (FAIR.org4/11/19).

NYT: Evo Morales Is Gone. Bolivia’s Problems Aren’t.

Selon un éditorial du New York Times (11/11/19), chasser le président bolivien qui venait d’être réélu avec une marge de plus de 10 points de pourcentage était « la seule option restante ».

Alors que la sénatrice d’extrême droite, la raciste Jeanine Añez (qui ne s’est même pas présentée à la présidence, et dont le parti n’a obtenu que 4 % des voix) commençait à ordonner les rafles de journalistes et à superviser des massacres d’opposants, Times était en extase. Refusant à nouveau d’utiliser le mot « coup d’Etat » pour décrire les événements (FAIR.org11/11/19), son comité de rédaction (11/11/19) a décrit Morales comme un populiste « arrogant » qui « a effrontément abusé de son pouvoir », « a perdu sa légitimité » et « a écrasé toute institution » à sa manière. Le comité l’a accusé de présider une élection « très louche », citant une déclaration de l’Organisation des États américains (OEA) qui parlait de « manipulation évidente » des votes. Times a également applaudi la droite pour « le respect des règles et des institutions démocratiques ». Cela a apparemment forcé Añez à prendre le pouvoir… à cause d’un « vide de pouvoir ».

Le même jour, Times a publié un article d’opinion (11/11/19) intitulé « Comment l’ambition d’Evo Morales a contribué à sa chute », qui écartait d’emblée l’idée qu’il s’agissait d’un coup d’État, malgré le fait que l’armée a littéralement placé le cordon présidentiel autour du cou d’Añez.

Comme c’était évident à l’époque (CounterSpin11/21/19), les affirmations de l’OEA avaient autant de substance que les fantasmes de Trump sur la fraude électorale à l’échelle nationale. Ce n’est que sept mois plus tard – bien après que la poussière soit retombée et qu’Añez fut installée au pouvoir – que le Times (6/7/20) a reconnu que le rapport de l’OEA était défectueux. Mais même après cela, il a continué (9/17/20) à apporter de l’eau au régime d’Añez, prétendant par euphémisme qu’elle était arrivée au pouvoir de façon « surprenante » après une élection « chaotique » et qu’elle avait présidé une « année orageuse au pouvoir ».  Il s’agit d’une description peu utile d’une dirigeante qui est arrivée au pouvoir par un coup d’État militaire et qui a supervisé les fusillades de ses opposants politiques, et que seul un soulèvement national a finalement forcée à concéder une défaite électorale, qui a montré combien son pouvoir était rejeté par la population.

Imaginez que vous essayez de décrire un éléphant sans jamais utiliser le mot « éléphant ». Seuls des écrivains au talent prodigieux pourraient le faire de manière convaincante. De même, s’abstenir d’utiliser le mot « coup d’Etat » là où il est évidemment approprié demande un effort énorme, mais cela semble être la politique de Times, le mot apparaissant à peine en un an de couverture, sauf comme accusation dans la bouche des partisans de Morales (FAIR.org11/11/197/8/2010/23/20), un homme longtemps diabolisé comme un autoritaire. En écrivant sur le coup d’État, il est difficile d’éviter la répétition constante de ce mot dans chaque paragraphe, donc ne pas le mentionner du tout est un sérieux exploit.

Bien que Morales est rentré en Bolivie la semaine dernière après l’élection écrasante qui a chassé Añez et a vu le retour en force du Mouvement vers le Socialisme (MAS), Times (11/9/20) tentait encore de dissimuler le fait du coup d’État, moquant la « tentative ratée de Morales pour garder le pouvoir » qui « a déchiré la nation et l’a envoyé en exil ». Le retour de Morales, a informé Times à ses lecteurs, des Boliviens « inquiets », qui étaient « désireux de surmonter les troubles politiques déclenchés par sa tentative de division pour un quatrième mandat présidentiel ». L’aggravation de la tension politique était peut-être davantage liée au coup d’État d’extrême droite, aux massacres qui l’ont suivi, à la répression des médias critiques, à l’expulsion des étrangers et à la suspension des élections et des droits fondamentaux – mais même les abonnés avides de Times n’en sauront rien, à moins de savoir lire habilement entre les lignes.

Les coups d’Etat sont bons, en fait

Le Venezuela et la Bolivie sont loin d’être des cas isolés. De fait, une étude réalisée par Adam Johnson (Truthdig1/29/19) a constaté que le comité de rédaction du New York Times a explicitement soutenu 10 des 12 coups d’État soutenus par les Américains en Amérique latine depuis 1954.

Joao Goulart

Le comité de rédaction du New York Times (5/8/64) sur le renversement par un coup d’Etat militaire du président brésilien démocratiquement élu João Goulart : « Nous ne regrettons pas le décès d’un dirigeant qui s’était montré si incompétent et si irresponsable ».

Par exemple, deux jours après un coup d’État militaire au Brésil qui a mis fin à l’ère réformiste libérale de João Goulart et installé plus de 20 ans de dictature fasciste avec tortures et disparitions, le comité de rédaction du Times (4/3/64) a soutenu la « révolution pacifique » contre un personnage qui « n’avait presque pas de partisans ». Refusant d’utiliser le mot « coup d’Etat », ils ont conclu : « Nous ne regrettons pas la disparition d’un leader qui s’était montré si incompétent et si irresponsable ».

Un mois plus tard, la rédaction (5/8/64) a écrit sur le prétendu « sentiment général de soulagement et d’optimisme » du Brésil, selon lequel le « régime » d’extrême gauche de Goulart était terminé, et a annoncé que la « nation semble avoir aspiré » à un « nettoyage politique » des « extrémistes », tout en applaudissant l’emprisonnement généralisé de fonctionnaires libéraux au motif qu’ils étaient « communistes ».

Et comme dans le cas de Morales, le New York Times (9/12/73) a également blâmé le président chilien Salvador Allende pour son propre renversement en 1973. « Aucun parti ou faction chilien ne peut cacher sa part de responsabilité », écrit-il : Mais une part importante de responsabilité doit être attribuée au malheureux Dr Allende lui-même. Même lorsque les dangers de la polarisation sont devenus indéniablement évidents, il a persisté à impulser un programme de socialisme exacerbé pour lequel il n’avait pas de mandat populaire.

Le comité de rédaction a également éclairé son propre public avec désinvolture, en insistant sur le fait que: rien ne prouve que l’administration Nixon ait sérieusement envisagé les manœuvres à l’encontre du Dr Allende…. Il est essentiel que Washington garde méticuleusement les mains loin de la crise actuelle, que seuls les Chiliens peuvent résoudre. Il ne doit y avoir aucune raison de soupçonner une intervention extérieure.

Or les archives non gouvernementales de la Sécurité Nationale à Washington viennent de publier en novembre 2020 une nouvelle mine de documents concernant les efforts acharnés de l’administration Nixon pour renverser Allende).

En fin de compte, pour le New York Times, la légitimité des fraudes électorales criantes ne repose pas sur le fait qu’elles se soient réellement produites, mais sur leur utilité politique. Si Times dénonce les tentatives de Trump de renverser les résultats de l’élection, lorsqu’il s’agit de pays ennemis, toute accusation, aussi infondée soit-elle, est traitée avec respect et mérite d’être amplifiée. Les gouvernements légitimes qui tentent de se défendre contre les coups d’État antidémocratiques sont accusés de déployer les mêmes tactiques que celui qui veut les renverser.

Alan-MacLeod

L’auteur: @AlanRMacLeod est membre du Groupe sur les Médias de la Glasgow University. Son dernier ouvrage “Bad News From Venezuela: 20 Years of Fake News and Misreporting” (Venezuela : 20 ans de mensonges ou d’inexactitudes) a été publié par Routledge en avril 2018.

Source : https://fair.org/home/crying-wolf-on-election-fraud-is-ok-at-nyt-if-targets-are-official-enemies/

Traduction de l’anglais: Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/24/crier-au-loup-a-propos-de-fraude-electorale-ok-pour-le-new-york-times-si-les-cibles-sont-des-ennemis-officiels-par-alan-mc-leod-fair/

Joe Biden devrait serrer la main de Nicolas Maduro, par Vijay Prashad (Peoples Dispatch)

En juin dernier, Joe Biden, le président des États-Unis en 2021, a envoyé un tweet qualifiant le président vénézuélien Nicolas Maduro et d’autres dirigeants de « voyous et dictateurs ». Cependant, Maduro a largement remporté deux élections pour atteindre ce poste, en 2013 et 2018. Maduro a remporté 67,8 % des voix en 2018, le tiers restant étant partagé entre deux figures de l’opposition, Henri Falcón et Javier Bertucci. La participation à cette élection a été minée par le sabotage des autres partis d’opposition qui ont suivi les instructions de Washington visant à délégitimer le processus politique vénézuélien. Les États-Unis ont promu un coup d’État au nom de la démocratie au lieu de reconnaître que leurs alliés n’avaient tout simplement pas la capacité de gagner la présidence lors des élections.

Les administrations états-uniennes, tant démocrates que républicaines, ont tenté d’employer des méthodes antidémocratiques pour renverser les gouvernements au Venezuela depuis la victoire d’Hugo Chavez en 1998. En janvier 2019, le rapporteur spécial des Nations unies sur l’impact des sanctions, Idriss Jazairy, s’est dit « préoccupé d’apprendre que l’objectif de ces sanctions est un changement de gouvernement au Venezuela », ce qui, selon l’ambassadeur Jazairy, « viole toutes les normes du droit international ». Mais cela ne semble pas avoir d’importance pour Biden, dont le langage libre rappelle l’expression la plus utilisée par Trump : « pays de merde ».

Les Nations unies ont demandé le retrait de toutes les sanctions pendant la crise actuelle. Selon leurs propres termes, « ces sanctions causent la mort de nombreuses personnes en les privant de leurs droits fondamentaux, y compris le droit à la santé, à l’alimentation et à la vie elle-même ».

Tout semble indiquer que la nouvelle administration maintiendra les sanctions punitives contre le Venezuela qui étouffent le pays en pleine pandémie. Le président Maduro, en revanche, est apparu à la télévision pour féliciter Biden et a déclaré que son gouvernement espère « reprendre des canaux de dialogue dignes, sincères et directs » avec la nouvelle présidence. Ce serait une bonne idée que Biden accepte l’offre de Maduro et participe aux pourparlers pour mettre fin aux politiques américaines visant à renverser le gouvernement vénézuélien. C’est la seule option digne qu’il ait.

L’auteur : Vijay Prashad est un historien, rédacteur et journaliste indien. Il est rédacteur et correspondant en chef de Globetrotter, un projet de l’Institut des médias indépendants. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il a écrit plus de vingt livres, dont The Darker Nations : A People’s History of the Third World (The New Press, 2007), The Poorer Nations : A Possible History of the Global South (Verso, 2013), The Death of the Nation and the Future of the Arab Revolution (University of California Press, 2016) et Red Star Over the Third World (LeftWord, 2017). Il écrit régulièrement pour Frontline, the Hindu, Newsclick, AlterNet et BirGün.

Source : https://peoplesdispatch.org/2020/11/12/joe-biden-should-shake-hands-with-nicolas-maduro/

URL de cet article : https://venesol.org/2020/11/18/joe-biden-nicolas-maduro/

USA/Amérique Latine: le grand air de la « fraude » ou les arroseurs arrosés, par Maurice Lemoine

Depuis plus de trente ans Maurice Lemoine reste fidèle au métier d’informer comme enquête de terrain, aux antipodes du « copier-coller » qui tient lieu aujourd’hui de journalisme. Photos: par 35 mètres de fond, avec les travailleurs de l’Arc minier de l’Orénoque (Etat de Bolivar, Venezuela, 2018). Avec Giorgio Trucchi au Honduras en 2013 pour couvrir la résistance populaire au coup d’État de l’oligarchie contre le président Zelaya. Au Paraguay, en 2012, enquêtant sur un massacre de paysans dans le contexte du coup d’Etat contre Fernando Lugo… ou traversant les lignes des « guarimbas » violentes de l’extrême droite à Caracas en 2017.

Dès le 23 octobre, reçu dans le « Tonight Show » de Jimmy Fallon, sur la chaîne NBC, le sénateur Bernie Sanders, éliminé de la course à la Maison-Blanche car trop « à gauche » pour ses « amis » démocrates, avait prévu la situation. Pandémie de Covid-19 oblige, estimait-il, le vote par correspondance – les « absentee ballots » – allait considérablement augmenter et, en bonne logique, les électeurs démocrates, plus respectueux de la distanciation sociale, favoriseraient ce mode de vote par anticipation. « Pour des raisons que je n’ai pas le temps d’expliquer ce soir, déclara Sanders, vous allez avoir une situation, je suppose, dans des Etats comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin et d’autres, où vous allez recevoir d’énormes quantités de bulletins de vote par la poste. Contrairement à des Etats comme la Floride ou le Vermont, ils ne peuvent pas, pour de mauvaises raisons, commencer à traiter ces bulletins avant, je ne sais pas, le jour des élections ou peut-être la fermeture des bureaux de vote. Cela signifie que les Etats vont devoir traiter des millions de bulletins de vote par correspondance. » Dans ces conditions, le républicain Donald Trump pourrait très bien se retrouver en tête des décomptes dans certains Etats, le soir du scrutin, et devancé le ou les jours suivants par son adversaire démocrate Joe Biden, une fois tous les bulletins dépouillés. D’où cette prédiction de Sanders : « A ce moment-là, Trump dira : « Vous voyez ? Je vous avais dit que tout cela était une escroquerie. Je vous avais dit que ces bulletins étaient truqués. Nous ne quitterons pas nos fonctions. » C’est une préoccupation que beaucoup de gens et moi-même avons… Les gens doivent être conscients de cette possibilité. »

Sans lui retirer aucun des mérites que lui reconnaissent ses partisans, on ne qualifiera pas Sanders de « prophète ». Le 30 juillet, invoquant les « risques de fraudes » liés à la mise en place du vote par correspondance, Trump en personne avait annoncé la couleur et évoqué « l’élection la plus inexacte et la plus frauduleuse de l’Histoire ». Ce en quoi il n’innovait guère. En 2016 déjà, à la fin du troisième débat l’opposant à Hillary Clinton, il avait provoqué la stupeur en refusant de s’engager à accepter les résultats du scrutin : « Je verrai en temps voulu », avait- il déclaré.

On ne peut donc mettre les derniers événements sur le compte d’une quelconque improvisation. Le 4 novembre, lors de sa première prise de parole après la fermeture des bureaux de vote, et sans s’embarrasser des quelques millions de bulletins restant encore à dépouiller [1], le président sortant s’est autoproclamé vainqueur en dénonçant que certains Etats aient arrêté de compter les bulletins le temps de la nuit : « C’est une fraude contre le peuple américain. C’est une honte pour notre pays. Nous étions en train de gagner cette élection. Franchement, nous avons gagné cette élection. » Quelques heures plus tard, il dénoncera la dynamique désormais favorable à Biden : « Hier soir, j’avais une bonne avance dans de nombreux Etats décisifs, puis, un par un, ils ont commencé à disparaître par magie avec l’apparition et le comptage de bulletins surprises. Très étrange. »

De là à réclamer la suspension du dépouillement des votes par correspondance, en particulier dans le Michigan, la Géorgie et en Pennsylvanie, il n’y avait qu’un pas, allégrement franchi. Dans une réaction officielle, la directrice de campagne de Biden, Jen O’Malley Dillon, a déclaré scandaleuses, sans précédent et incorrectes les déclarations du président : « Scandaleuses parce qu’il s’agit d’un effort évident pour retirer les droits démocratiques aux citoyens américains. Sans précédent, car jamais auparavant dans notre histoire un président américain n’avait tenté de priver les Américains de leur voix lors d’une élection nationale. » Même la chaîne CNN, à travers ses commentateurs, a jugé la réaction de Trump « contraire à la démocratie ».

Dont acte, aux uns et aux autres. Mais on leur fera remarquer – et pas uniquement à eux ! – qu’ils auraient pu se montrer aussi clairvoyants en octobre 2019 lorsque se produisit le même phénomène en… Bolivie. Le dimanche 20 octobre, le décompte de 84 % des voix donnait au président sortant Evo Morales, candidat à la réélection en représentation du Mouvement pour le socialisme (MAS), une avance de sept points sur son concurrent de droite Carlos Mesa (45,28 % des voix contre 38,16 %), plaçant ce dernier en position de disputer un second tour. Après une interruption nocturne du dépouillement, le décompte du lundi soir changea la donne. Morales devançait à présent Mesa de dix points et, avec 46,8 % des suffrages contre 36,7 %, l’emportait dès le premier tour [2].
Aussi « trumpistes » que Trump, leur grand allié, la droite et l’extrême droite boliviennes, ainsi que quelques renégats censément « de gauche », hurlèrent à la fraude. Chargée d’observer le processus électoral, l’Organisation des Etats américains (OEA), aux ordres et à la botte de Washington, leur vint en aide en dénonçant un « changement inexplicable de tendance ».En fait, comme on l’avait constaté lors des élections précédentes, les zones rurales, indiennes et paysannes, très majoritairement favorables à « Evo », mais dont les résultats arrivaient en dernier du fait des difficultés de communication, avaient fait basculer définitivement le résultat [3].

La suite est connue. Washington parla d’une tentative de « subversion de la démocratie ». Encouragés, les « ultras » boliviens déclenchèrent une vague de violence qui déboucha sur un coup d’Etat. Que l’Union européenne entérina. Le mimétisme moutonnier faisant le reste, l’immense majorité de la « communauté médiatique » ratifia la thèse de « la fraude », responsable de la crise qui s’ensuivit. Aux Etats-Unis mêmes, seul Bernie Sanders qualifia de putsch l’éviction de Morales. Egalement classée « à gauche » du Parti démocrate, la sénatrice du Massachusetts, Elisabeth Warren, évita soigneusement d’utiliser l’expression « coup d’Etat » et qualifia le « gouvernement » de la présidente autoproclamée Jeanine Añez de « leadership intérimaire », validant ainsi la nouvelle administration [4]. Il est vrai que, comme Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Warren a reconnu en Juan Guaidó le président du Venezuela, que seul Trump et son équipe ont élu à cette haute fonction ; elle a également approuvé l’utilisation des sanctions aussi illégales que criminelles imposées à ce pays.
S’agissant de la Bolivie, et laissant la voie libre aux faucons républicains, l’ensemble du Parti démocrate s’est donc très ostensiblement désintéressé de la question.

Pour Washington et les « élites politiques » conservatrices qui, dans les Amériques, lui servent de relais en même temps qu’elles défendent leurs propres intérêts, les élections sont certes indispensables, mais à une condition : il faut pouvoir garantir que les gens votent comme il faut. De sorte que, chanté depuis la droite du noble orchestre de la Démocratie, et promus par le puissant voisin du Nord, le « grand air de la fraude » est depuis longtemps un grand classique dans la région.
 
En 2008, au Nicaragua, lors d’élections municipales largement remportées par le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) – 109 villes sur 153 –, le candidat battu pour la mairie de Managua, le banquier Eduardo Montealegre, hurle au scandale et exige un recomptage des votes. Lorsque le Conseil suprême électoral (CSE) accepte la requête, il refuse d’assister à l’opération. Il n’apportera ultérieurement aucune des « preuves » censées sustenter son accusation.
Le 6 novembre 2011 voit la réélection du sandiniste Daniel Ortega, avec 62 % des suffrages. Arrivé en deuxième position avec 31 % des voix, le représentant du Parti libéral indépendant (PLI), Fabio Gadea, conteste sa défaite, prétendant avoir lui-même recueilli 62 % des voix (alors que tous les sondages lui avaient accordé environ 30 %). Alertant la « communauté internationale » (comprendre : les Etats-Unis et l’Union européenne) acquise à sa cause, il annonce une protestation massive et, pour le 3 décembre suivant, cent mille manifestants dans les rues de la capitale Managua. Présent sur place, nous n’assistons qu’à un défilé de cinq à dix mille personnes (en l’absence d’un appareil massif de répression).
Lorsque Ortega est réélu pour un troisième mandat le 6 novembre 2016, le CSE annonce une abstention de 31,8 % ; sans citer aucune source identifiable, la coalition d’opposition du Front large de la démocratie (FAD) l’estime à plus de 70 % et, comme d’habitude, conteste le résultat du scrutin.
A chaque fois, invoquant « la fraude », l’administration américaine (en l’occurrence celles de George W. Bush et Barack Obama) condamne (et sanctionne) l’indésirable vainqueur. A chaque fois, la sphère médiatique, sans plus d’hésitations que de preuves, enferme le Nicaragua dans la catégorie des « Etats voyous » [5].

Novembre 2009, en Haïti : trois jours d’émeute pour contester un résultat ! Le Conseil électoral provisoire (CEP) a bien exclu quatorze partis politiques – dont Fanmi Lavalas, formation de l’ex-président Jean-Bertrand Aristide (deux fois bouté hors du pouvoir par des coups d’Etat) –, ce n’est pas suffisant. Les Haïtiens ont mal voté. Le premier tour de l’élection présidentielle a placé Mirlande Manigat (31,4 %) et Jude Célestin (22,5 %) devant le candidat de Washington Michel Martelly (21,8 %), dès lors éliminé pour le deuxième tour. Jeté dans la rue par ce dernier, un dévergondage de gens de toutes sortes sème le chaos. Sensibles à cette mobilisation de la « société civile » et sur la base d’un rapport fort bien venu de l’OEA, les principaux bailleurs de fonds, Washington en tête, obligent le CEP à modifier les résultats. Celui-ci installe Martelly en deuxième place, permettant ainsi à cet individu carrément corrompu, franchement incompétent, de participer au second tour et de devenir président de la République le 20 mars 2011.

L’année suivante, au Venezuela, le camp bolivarien emmené par Hugo Chávez continuant manifestement à envisager sa permanence au pouvoir, l’oppositionsonne le tocsin. Pourtant, le 15 septembre, l’argentin Carlos Álvarez, chef de la Mission d’observation électorale de l’Union des Nations sud-américaines (Unasur), a déclaré : « Il est intéressant de souligner un élément que très peu connaissent, je parle surtout de ceux qui analysent la réalité depuis la désinformation ou les préjugés, c’est que le Venezuela possède aujourd’hui l’un des systèmes électoraux les plus vigoureux et les plus avancés technologiquement de l’Amérique latine, ce qui garantit la transparence, le contrôle et la surveillance du scrutin. » La semaine précédente, l’ancien président américain James Carter, dirigeant du Centre éponyme, avait pour sa part déclaré : « En réalité, sur les quatre-vingt-douze élections dont nous avons surveillé le déroulement, je dirais que le processus électoral du Venezuela est le meilleur du monde »…

Il n’en demeure pas moins que, à l’instar de Rafael Poleo, directeur du quotidien El Nuevo País, qui a écrit le 7 août « ignorer que le gouvernement prépare une fraude est une idiotie », l’opposition ne cesse de mettre en cause l’impartialité du Conseil national électoral (CNE) ; chaque fois qu’on le lui demande, Henrique Capriles, le candidat de droite, se refuse à préciser si, dans l’hypothèse où il lui serait défavorable, il acceptera le résultat (Trump n’a rien inventé).
Manque de chance : le 7 octobre, jour du scrutin, un million six cent mille voix de différence constituent une marge suffisante pour couper court à toute contestation. Avec 55,1% des votes et quasiment dix points d’avance, le président en exercice repart pour un nouveau de mandat. Capriles range provisoirement ses protestations dans son chapeau.

Chávez disparu, les Vénézuéliens élisent son dauphin Nicolás Maduro, le 14 avril 2013, avec 50,60 % des voix (n’importe quel fraudeur moyennement intelligent aurait porté cet avantage à 55-60 % pour éviter ce résultat « ric-rac » ; un vrai dictateur aurait, lui, gagné avec au minimum 80 %). Qu’importe. Capriles refuse d’admettre sa défaite. Le fait devrait surprendre : tout comme il a accepté avoir perdu lors de la présidentielle précédente, organisée par le même CNE, il n’a pas mis en cause l’arbitre électoral lorsque, quelques semaines auparavant, il a été réélu gouverneur de l’Etat de Miranda avec moins de trente mille voix d’avance sur le candidat du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) Elías Jaua. Appuyé par le secrétaire d’Etat américain John Kerry, l’OEA et le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, Capriles demande un recomptage de « tous » les bulletins de vote. Puis déclenche l’escalade en appelant ses partisans à exprimer leur « arrechera » –  mélange de rage et de hargne mêlées d’indignation morale – dans les rues. Suggérée sur les réseaux sociaux par le journaliste d’opposition Nelson Bocaranda, au prétexte que « les médecins cubains cachent des urnes pleines de bulletins de vote », des centres médicaux sont attaqués, incendiés et détruits. La vague de violence provoque la mort de onze personnes. Comme elles sont toutes chavistes, les grandes multinationales dites de défense des droits de l’Homme ne s’emparent pas de la question.

Contrairement à ce que croient certains niaiseux, l’impérialisme ne se manifeste pas que sous la forme extrême de l’intervention militaire et de l’invasion armée. Aux coups d’Etat menés à bien par des acteurs locaux, tentatives de déstabilisation, mesures coercitives unilatérales, guerres non conventionnelles, opérations clandestines, s’ajoutent les techniques de désinformation permettant de diaboliser l’ « ennemi ». Quoi de plus efficace, pour transformer un pays en « dictature », face à l’opinion internationale, que d’y remettre en cause l’honnêteté des processus électoraux ?
Au Venezuela, la comédie dure depuis deux décennies. Quand, en 2004, Chávez gagna un référendum révocatoire avec 59 % des suffrages exprimés, le dirigeant d’opposition Henry Ramos Allup dénonça une « gigantesque fraude » dont il présenterait les preuves dans les vingt-quatre heures. Seize années plus tard, on ne les a pas encore vues. Mais d’aucuns prennent toujours Ramos Allup au sérieux.

En 2018, en pleine période de déstabilisation économique, les leaders de l’opposition, sur ordre explicite de Washington, refusent de participer à la présidentielle et appellent à la boycotter. D’autres dirigeants, tout aussi critiques à l’égard du « chavisme », mais plus soucieux de l’intérêt général, se portent malgré tout candidats. Dans un tel contexte, 9,2 millions de citoyens se rendent aux urnes (46,02 % de participation). Maduro l’emporte avec 68 % des voix, devant Henri Falcón (ex-chef de campagne d’Henrique Capriles ; 21 %) et le pasteur Javier Bertucci (11 %). Ce qui se passe à ce moment ne peut même plus être placé dans la catégorie « comique de répétition » : soumis à une pression extrême des « ultras » étatsuniens et vénézuéliens, Falcón refuse soudain de reconnaître la légitimité du scrutin et exige… d’en organiser un autre. « On pourrait les faire en octobre et nous, nous sommes disposés une fois de plus, cohérents comme nous sommes [authentique !], à y participer. » Avec l’infime étincelle de lucidité qui semble lui rester, il constate néanmoins : « Aujourd’hui il est clair que cet appel à l’abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela. » Arrivé en troisième position, Bertucci n’entre pas dans une fausse polémique : « Les gens qui ont voté ont voté, on ne peut pas dire que le résultat n’est pas le produit du vote. »
En état de choc, échaudés, écœurés par l’irresponsabilité et l’incohérence de leurs dirigeants, les électeurs qui s’en réclament et les abstentionnistes ne descendent même pas dans la rue pour manifester. Nul n’y prête attention. L’effet troupeau faisant son œuvre, les médias dominants bourdonnent sur le même thème : la légende noire d’un Maduro « président illégitime » vient de naître.

On n’occultera pas ici que, le 30 juillet 2017, l’élection d’une Assemblée nationale constituante (ANC) avait été très controversée. Pas tant du fait du boycott des mêmes que l’année suivante et des violences qu’ils incitèrent alors à déclencher pour saboter la consultation. On déplora au moins quinze morts au cours de ce week-end, dont un sergent de la Garde nationale et un candidat chaviste. Vingt-et-un fonctionnaires de police furent blessés par arme à feu, huit gardes nationaux brûlés par un engin explosif. En vain : 8 089 320 Vénézuéliens se rendirent aux urnes pour élire leurs Constituants, soit 41,5 % de l’électorat.
Ces chiffres, bien sûr, furent immédiatement contestés. Toujours en première ligne dès qu’il s’agit de ruses, de manèges et de finasseries, Ramos Allup estima la participation à 12 %, soit à peine 2,4 millions de personnes. Plus troublante, et semant légitimement le doute, se révéla la déclaration d’Antonio Mugica, président de la firme Smartmatic, qui fournissait le software des machines à voter et l’assistance technique, quand il dénonça une manipulation des résultats. « Nous estimons que la différence entre la participation réelle et celle annoncé par les autorités est d’au moins un million de voix », déclare-t-il, depuis… Londres, trois jours après le scrutin.

Depuis, Mugica a disparu des radars, sans jamais avoir soumis à quiconque un quelconque rapport technique détaillé expliquant la supposée fraude, qui l’a réalisée et comment elle a été détectée. En revanche, tout observateur attentif dispose de quelques certitudes. Smartmatic, leader mondial en solutions électorales et de gestion d’identités, jouit d’une solide réputation internationale. Elle opère dans une quarantaine de pays. Sans jamais aucun incident, et défendant l’intégrité des résultats de douze élections vénézuéliennes successives, Smartmatic en encadrait techniquement le déroulement depuis 2004 – le vote étant complètement automatisé. Or, dans un contexte d’agression permanente, Washington venait d’annoncer des sanctions contre la présidente du CNE Tibisay Lucena, pour son rôle dans l’organisation de cette élection « illégale ». Toute entreprise travaillant avec le CNE risquait désormais d’être condamnées à de très fortes amendes par la justice étatsunienne et même de se voir exclue définitivement du marché américain. Or…

Après cette spectaculaire mise en cause de Caracas, et la rupture qui s’ensuivit, Smartmatic annoncera que l’Argentine (du président de droite Mauricio Macri) fait appel à sa technologie biométrique pour l’authentification de ses électeurs ; qu’elle présente sa technologie innovante aux experts et administrateurs électoraux du Royaume-Uni ; qu’elle participe à la mise en place de la même technologie innovante au Mexique (du président conservateur Enrique Peña Nieto) ; que, d’ici à 2020, « après une évaluation technique, légale et financière », le comté de Los Angeles achèvera avec elle l’installation d’un nouveau système de vote ; que la Commission européenne a attribué à son Centre d’excellence sur le vote par internet une nouvelle bourse de recherche dans le cadre du programme Horizon 2020 ; que, dans le secteur en charge des infrastructures électorales, elle intègre… le Conseil de coordination du Département de la sécurité intérieure des Etats-Unis ! Que des « amis » très chers du Venezuela ! Mieux vaut ne pas se placer sous l’épée de Damoclès des sanctions américaines quand on ne souhaite pas perdre de tels contrats [6].

« Personne n’a expliqué comment, pendant ces deux décennies de gouvernement bolivarien, l’opposition a presque toujours gagné, par exemple, dans l’Etat de Miranda, où se trouve la partie la plus grande et la plus puissante de Caracas, constate la philosophe et historienne vénézuélienne Carmen Bohórquez ; et qu’elle a également gagné à plusieurs reprises des Etats stratégiques tels que les Etats de Zulia, Táchira, Mérida, Nueva Esparta ou Amazonas [7]. » Néanmoins, au prétexte que « les conditions pour qu’il y ait des élections justes et démocratiques (n’y) sont pas réunies », l’Union européenne, en parfaite supplétive de l’administration Trump (et des ténors du Parti démocrate), refuse par avance de reconnaître les résultats des élections législatives organisées le 6 décembre prochain. Scrutin que, comme il se doit, leur petit protégé, l’autoproclamé Juan Guaido, appelle à boycotter. Une question, et non des moindres, demeurant néanmoins en suspens : le jour où aura lieu, au Venezuela, cette consultation électorale (à laquelle participent les factions non anti-démocratiques de l’opposition), connaîtra-t-on le nom du prochain président des Etats-Unis ?

Effarés, nombre d’Américains découvrent des méthodes que leurs gouvernements successifs ont sans vergogne appuyées, voire suscitées, à l’étranger. C’est que, à répandre cyniquement la peste chez les autres, on finit par l’attraper. Le 4 novembre, sans la moindre preuve, Trump s’est à nouveau posé en victime d’une vaste fraude électorale : « Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l’élection ! » S’il perd (ce qui est probable, mais pas absolument certain, à l’heure de la rédaction de ce billet), il va multiplier les recours en justice et en appelle déjà à la Cour suprême, pour que « la loi soit respectée et utilisée de manière appropriée  ». La partie est loin d’être terminée.
 
Mais au fait… Où est passée l’OEA ? Pas d’ironie facile : elle est là et bien là. Défenseur intraitable, scrupuleux et désintéressé de la pureté des processus démocratiques sur le continent, son secrétaire général Luis Almagro a dirigé en personne une mission d’observation électorale. Pour ces minuscules Etats-Unis, pays de 328 millions d’habitants répartis sur 9,834 millions de Km², 28 experts et observateurs ont été déployés ; rien à voir avec l’immense Bolivie (11,35 millions d’habitants, 1,098 million de Km²) qui avait nécessité… 92 experts et observateurs déployés en 2019 dans les neuf départements du pays et dans trois pays étrangers (Argentine, Brésil et Etats-Unis) pour y surveiller le vote des expatriés.

Disons qu’au sein de l’OEA, et en matière de surveillance du respect de la démocratie, tous les pays sont égaux, mais que certains sont plus égaux que d’autres. « En raison de la nature décentralisée de l’administration électorale aux Etats-Unis, explique le Rapport préliminaire rendu public le 6 novembre, la Mission a dû obtenir l’autorisation de chaque Etat afin d’observer leurs processus de vote. La Mission a donc contacté les autorités de quatorze Etats [sur cinquante !] et du district de Columbia pour demander un accès pendant la période préélectorale et le jour du scrutin. (…) En fin de compte, les restrictions résultant de COVID-19 ainsi que d’autres facteurs échappant au contrôle de la Mission ont limité les Etats dans lesquels elle a pu se déployer [8]. » Et pour cause : certains Etats n’autorisent pas ou ne prévoient pas de dispositions spécifiques pour l’observation internationale de leurs processus électoraux. Et n’ont pas l’intention d’y changer quoi que ce soit. De sorte que l’imposante « Mission de l’OEA pour les élections présidentielles américaines » n’a été en réalité présente qu’en Géorgie, dans l’Iowa, dans le Maryland, dans le Michigan et dans le district de Columbia [9] !

Dans le rapport préliminaire qui en découle, l’OEA indique qu’elle « n’a pas directement observé de graves irrégularités jetant le doute sur les résultats » Préalablement, elle a mentionné sur un ton critique qu’ « un candidat en particulier » a fait référence à la « progression et à la crédibilité du vote » ce qui a ensuite conduit sa campagne à « contester le processus en cours et les résultats devant les tribunaux ». « Un candidat en particulier »… Jamais le nom de Donald Trump n’est mentionné. Il a plus de chance qu’Evo Morales, nommément cité et épinglé à de multiples reprises dans les mensongers rapports préliminaire et définitif de 2019. Mais Almagro n’insulte pas l’avenir. Le 6 novembre, date de publication de ce premier document, il n’est pas encore certain que Trump ait perdu l’élection.
On se permettra tout de même d’interpeller le secrétaire général sur cette « mission d’observation électorale à portée limitée » (expression employée dans le rapport précité). Plutôt que vouloir imposer autoritairement ses diktats à la Bolivie, au Nicaragua, au Venezuela ou aux autres pays de la région, ne devrait-il pas, en priorité, exiger des Etats-Unis un accès sans limites à l’observation de ses élections ? (excusez, « it’s a joke » : on n’a jamais vu un « péon » [10] imposer quoi que ce soit à son patron). Autre question : dans la plus extravagante des hypothèses (mais qui sait…), le président français Emmanuel Macron recevra-t-il Trump à l’Elysée si celui-ci s’autoproclame chef de l’Etat ? Et encore : comme elle l’a fait avec la Bolivie post-coup d’Etat, pourquoi l’Union européenne ne se propose-t-elle pas comme médiatrice pour « pacifier le pays »  ? Sans augurer du pire, on y note déjà une montée des tensions digne de la dernière des Républiques bananières. Selon le Washington Post, le Secret Service s’inquiète de la sécurité de Joe Biden : des agents ont été envoyés en renfort à Wilmington (Delaware) pour protéger son QG.

M.L.

Illustration : Clay Banks / Unsplash


[1] Il s’agit de bulletins postés au plus tard le jour du scrutin, donc le 3 novembre.

[2] En Bolivie, pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40 % des voix avec 10 points de pourcentage d’écart sur le second.

[3http://www.medelu.org/Les-petits-telegraphistes-du-coup-d-Etat-qui-n-existe-pas

[4https://jacobinmag.com/2019/12/bernie-sanders-elizabeth-warren-foreign-policy-bolivia

[5http://www.medelu.org/Le-Nicaragua-sous-dictature-du#nb2

[6https://www.smartmatic.com/fr/

[7https://www.alainet.org/es/articulo/209597?utm_source=email&utm_campaign=alai-amlatina

[8file :///Users/admin/Downloads/PreliminaryReportoftheOASEOMUSA2020.pdf

[9] Le District de Columbia abrite la capitale fédérale Washington.

[10] En Amérique latine : gardien de bétail, ouvrier agricole, paysan pauvre, domestique…

Source : https://www.medelu.org/Le-grand-air-de-la-fraude-ou-les-arroseurs-arroses

Décolonialisme et anti-impérialisme, le point de vue d’Amzat Boukari

L’Ecole Décoloniale de Caracas, avec l’universitaire Ramon Grosfoguel et toute une génération de jeunes intellectuels comme Daniel Montanez, vient marquer une rupture salutaire depuis le Sud: reconnaître la « décolonialité » en « décolonialité anti-impérialiste. » Notre ami Amzat Boukari apporte son point de vue, mûri par son important travail d’organisation et de formation au sein du mouvement panafricaniste. Il aborde notamment la moue d’intellectuels « progressistes » ou « universitaires décoloniaux » à propos du Venezuela bolivarien. « On passe quatre ans à entendre les anti-Trump ruminer, mais les mêmes font la moue quand on leur explique la situation au Congo ou vont hésiter à soutenir le peuple vénézuélien confronté à l’extension de l’obamatrumpisme. Les menaces de Trump quant à la légalité du vote font écho aux mascarades de Guaido mais il s’en trouvera toujours des personnes pour ranger les forces bolivariennes, décoloniales ou panafricaines dans le même sac que les forces conservatrices, réactionnaires et chauvines. »

LE DÉCOLONIAL N’EST PAS LE TROPHÉE D’UN PRIVILÈGE DE CONSCIENCE MALHEUREUSE, par Amzat Boukari

Avec Frantz Fanon, Amilcar Cabral et Cheikh Anta Diop en pivots, il existe une vraie critique radicale et RE-constructive de la pensée et de l’action décoloniales dans les milieux panafricanistes et afrocentrés, critique dans laquelle je m’inscris de manière solidaire mais qui est invisibilisée par la ridicule guerre médiatique menée par quelques pions de l’establishment conservateur au nom de la survie de la République. Des gens qui ne connaissent strictement rien de nos travaux et de nos luttes sont ainsi en train de se placer au centre du débat et de faire diversion. Des gens qui n’ont que mépris pour nos luttes et nos vies obtiennent des privilèges ou des crédits pour les étudier ou les caricaturer.

Pas plus que le panafricanisme, le décolonial n’est pas un fait divers. C’est une diversification des bifurcations géopolitiques de ceux qui voient l’eurocentrisme comme une impasse. Pour les militants panafricains, c’est soit on ouvre un chemin en faisant sauter le mur du fond (intégration dans une visée internationaliste), soit on creuse un tunnel pour faire convergence (Harlem/Alger/Accra/Bandung), soit on rebrousse chemin (Back to Africa). La hantise des milieux conservateurs est peut être de voir une véritable politique d’alliance panafricaine et décoloniale. La preuve en est que la critique panafricaine du décolonial n’est pas reprise par les conservateurs, bien qu’ils soient en train de chercher des valets dans nos rangs, car ils savent que le panafricanisme ne peut que renforcer et fluidifier le débat sur le décolonial en leur défaveur.

Un sas de décompression résidait jusqu’à présent dans le décolonial présent dans le cadre universitaire qui n’a pas forcément grand chose à voir avec le décolonial dans le cadre politique et militant. Il suffit de voir les quelques 2000 universitaires qui signent une tribune de défense de la liberté académique et de se demander lesquels accepteraient de signer une tribune de soutien à la politique bolivarienne, décoloniale et panafricaine du Venezuela soumis à une agression impérialiste. C’est une situation intéressante de voir autant d’universitaires signer une tribune et c’est toujours rassurant quelque part.

Néanmoins ce fossé entre la théorie et l’action est peut être le cœur de la liberté d’expression comme limite de l’engagement. On peut accepter de débattre d’une idée sans en valider les modalités d’application pratique. Comme sans doute plusieurs peuvent accepter de parler de la Françafrique et du néocolonialisme mais sans valider les actions qui mettraient fin à la Françafrique et au néocolonialisme. Une volonté de passer entre les gouttes qui se défend. C’est pour cela que le camp d’été décolonial avait marqué un tournant politique particulier, ainsi que le lancement de l’École décoloniale. C’est pour cela que je me suis engagé pour lancer l’école politique africaine (EPA) qui est un outil nécessaire sans avoir besoin de faire de longs discours ou de grandes tribunes.

Le paradoxe rejoint aussi les élections américaines où la victoire de Trump en Floride a été présentée comme le signe qu’il n’y aurait pas de vague démocrate. Les gens étaient déçus mais le vote en Floride est très lié à la politique américaine de déstabilisation envers Cuba et le Venezuela, thème qui a été absent des rares reportages-bilan du mandat Trump que j’ai pu voir. Sous Trump, beaucoup d’intellectuels et de médias « progressistes » ont d’ailleurs refusé de prendre position contre l’agression impérialiste au Venezuela.

Comment veut on combattre une idée en tournant le dos aux forces politiques d’alternative et de résistance qui incarnent cette idée ? C’est effectivement une problématique à géométrie variable car les idées se confondent parfois avec des opérations de communication et de récupération. Et des carrières. On passe quatre ans à entendre les anti-Trump ruminer, mais les mêmes font la moue quand on leur explique la situation au Congo ou vont hésiter à soutenir le peuple venezuelien confronté à l’extension de l’obamatrumpisme. Les menaces de Trump quant à la légalité du vote font écho aux mascarades de Guaido mais il s’en trouvera toujours des personnes pour ranger les forces bolivariennes, décoloniales ou panafricaines dans le même sac que les forces conservatrices, réactionnaires et chauvines.

J’entends parler de retour au maccarthysme, oui, mais pour nous, le cointelpro n’a jamais cessé et nous n’oublions pas que la première cible des ancêtres du FBI et de la DGSI au début du 20eme siècle fut le panafricanisme et le garveyisme. Nous pouvons déplorer une critique répressive contre les militants panafricains et décoloniaux, puis les universitaires potentiellement « complices » de ces mouvements, selon une tactique d’intimidation qui a egalement déjà été appliquée aux Black and Africana studies dans le passé. Toujours plus facile à dire qu’à faire mais ne reproduisons pas la hiérarchie que nous prétendons combattre car on ne passera pas entre les gouttes. Don’t Agonize, Organize.

PS : évidemment, le panafricanisme est aussi pris dans de nombreuses illusions de puissance et des contradictions multiples donc dans ce post je n’en parle que de mon point de vue.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/05/decolonialisme-et-anti-imperialisme-le-point-de-vue-damzat-boukari/

Le chef d’une opération paramilitaire contre Nicolas Maduro confirme l’implication de la Maison Blanche

Alors que l’administration Trump poursuit son plan combiné d’attentats terroristes pour détruire des raffineries d’essence au Venezuela et de sanctions économiques (comme le blocus récent sur l’importation de diesel par le gouvernement bolivarien), le journal états-unien Miami Herald publie une longue enquête, particulièrement fouillée, qui comporte de nouvelles révélations de Jordan Goudreau, ex-béret vert et patron de l’organisation mercenaire SilverCorp, organisateur de l’opération Gedeon, incursion paramilitaire sur les côtes du Venezuela qui a échoué en mai 2020.

L’ex-béret vert et actuel patron de l’organisation paramilitaire Silvercorp, Jordan Goudreau, ici membre de l’équipe de sécurité du candidat Trump en 2016

Goudreau a remis des documents audio et vidéo confirmant que « deux responsables de l’administration de Trump se sont réunis et ont offert leur soutien aux organisateurs de l’opération Gedeon » explique le journal de Miami, qui confirme par ailleurs l’approbation par Juan Guaidó (le fake-président nommé par Trump) de l’incursion de mercenaires armés.

Les deux responsables américains sont Andrew « Drew » Horn, qui était à l’époque l’assistant du vice-président Mike Pence, et Jason Beardsley, un ancien soldat qui est aujourd’hui conseiller au ministère des anciens combattants.

Les hauts fonctionnaires de la Maison Blanche étaient pleinement conscients de ce projet d’invasion armée par des mercenaires étrangers et vénézuéliens et y ont apporté leur soutien.

Le propriétaire de la SilverCorp « a insisté sur le fait qu’il avait le soutien de l’administration Trump et a même tenu des réunions pour planifier l’opération au Trump Hotel à Washington et au club de golf Trump Doral à Miami.

Goudreau a décider d’attaquer un conseiller en guerre psychologique d’Alvaro Uribe, Juan Jose Rendon, pour « rupture de contrat », « exigeant le paiement de 1,4 million de dollars ». Cette plainte a été déposée vendredi par l’avocat Gustavo J. Garcia-Montes devant le Tribunal du Circuit de Miami-Dade.

Dans cette plainte, il est allégué que « Horn a assuré à Goudreau que les licences du gouvernement états-unien concernant l’acquisition d’armes et d’armements pour le projet étaient sur le point d’arriver ».

Le document complet, obtenu par le Miami Herald et sa société mère McClatchy, contient une clause inédite qui donnait à Guaidó la possibilité de se dissocier de l’opération Gedeon si la mission échouait.

Photo du « General Services Agreement » signé par Juan Guaidó et d’un amendement qui inclut la clause permettant au fake-président vénézuélien de se distancer de l’opération Gedeón (Photo : Jordan Goudreau)

Le New Herald précise:

« Les messages de texte dévoilés par Goudreau suggèrent qu’au moins une des réunions a eu lieu au restaurant de P.J. Clarke, situé à quelques blocs de la Maison Blanche, tandis que les témoignages de personnes liées à l’opération indiquent que des personnalités de haut rang de l’opposition ont été informées de l’opération à différentes occasions, notamment le chef du parti d’extrême droite de Guaidó, Leopoldo López, qui a fui Venezuela la semaine dernière.

Le journal insiste sur le fait que « Goudreau a dit qu’il se sentait abandonné et utilisé comme un bouc émissaire » et qu’il a donc décidé de donner les éléments qui prouvent sa version des faits, contrairement à ce que proclament les porte-parole du parti d’extrême droite vénézuélien « Volonté populaire », de l’équipe Guaidó et des États-Unis.

En raison de ces informations, on tente de faire taire l’équipe de SilverCorp, comme le rapporte le Miami Herald:

« Goudreau, qui a reçu trois étoiles de bronze pour sa bravoure au combat au cours de sa carrière militaire, allègue que le FBI a tenté de provoquer une confrontation armée avec lui pour provoquer artificiellement ce qui est connu aux États-Unis sous le nom de « suicide par la police » pendant le raid.

« Un autre participant à l’opération a confirmé que Goudreau fait l’objet d’une enquête fédérale en cours.

Sources: Miami Herald https://amp.miamiherald.com/news/nation-world/world/americas/article246819562.html et Mision Verdad https://misionverdad.com/jordan-goudreau-la-casa-blanca-respald%C3%B3-la-operaci%C3%B3n-gede%C3%B3n

Traduction: Thierry Deronne

URL de cet article: https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/02/le-chef-dune-operation-paramilitaire-contre-nicolas-maduro-confirme-limplication-de-la-maison-blanche/

« Un changement de régime à visage si humain… la politique de Trudeau au Venezuela » par Jorge Arreaza (The Canada Files)

Jorge Arreaza, Ministre des Affaires étrangères du Venezuela

Les relations entre le Venezuela et le Canada sont actuellement au plus mal. Bien que les gouvernements canadiens précédents n’aient pas caché leur aversion pour nos politiques visant à récupérer la souveraineté sur nos ressources naturelles et accorder la priorité aux politiques sociales, aucun n’avait aussi activement reproduit la politique des États-Unis envers le changement de régime que l’actuelle administration Trudeau. Le Canada fait un usage calculé et mal intentionné du discours sur les droits de la personne afin de saper efficacement les institutions démocratiques du Venezuela et de promouvoir des sanctions illégales qui causent d’énormes souffrances à la majorité des Vénézuéliens.

Bien que Trudeau soit premier ministre depuis 2015, c’est en 2017, après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, que le Canada a intensifié son interventionnisme dans les affaires du Venezuela. Auparavant, nos ministères des Affaires étrangères étaient en communication constante et se sont rencontrés au moins neuf (9) fois en 2016 pour discuter de questions bilatérales. Après des désaccords notoires avec Trump sur les changements climatiques et, dans une moindre mesure, sur les termes d’un nouvel accord de libre-échange pour l’Amérique du Nord, Trudeau a découvert au Venezuela un point sur lequel il pouvait soutenir ouvertement Trump, et obtenir en échange un leadership régional qui l’aiderait à décrocher un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies aux élections de 2020. De plus, ce soutien à Trump favoriserait également les intérêts des entreprises canadiennes aspirant à occuper la place du Venezuela en tant que fournisseur de brut lourd aux raffineries américaines, et pourquoi pas reprendre Citgo, une filiale américaine de la société pétrolière d’État du Venezuela, PDVSA. 

Nulle part dans ce plan ne figurait une réelle préoccupation pour la démocratie vénézuélienne, les droits de la personne ou même la stabilité du pays. Trudeau a repris une stratégie conçue par des gens comme John Bolton et a lancé quatre séries de mesures coercitives illégales contre le Venezuela en reproduisant et même, dans certains cas, en amplifiant la liste des cibles des États-Unis. Les fonctionnaires vénézuéliens sanctionnés sont responsables de l’organisation des élections, de l’exercice de leurs fonctions diplomatiques et même de la mise en œuvre de la politique officielle des droits de la personne du pays. Même les athlètes olympiques connus pour sympathiser avec le gouvernement ont été empêchés d’entrer au Canada et de terminer leurs essais pour les prochains Jeux olympiques. Cependant, l’ancien général Manuel Christopher, qui en avril 2019 a comploté un coup d’État manqué contre le président Maduro, a été rapidement gracié et rayé de la liste des cibles des États-Unis.

Depuis 2017, le Canada, sous étroite surveillance américaine, a participé à la création du Groupe de Lima, un cartel de gouvernements néolibéraux du continent américain qui n’a pas réussi à obtenir la majorité des voix à l’Organisation des États américains (OEA). Le Groupe visait à harceler le Venezuela et à rechercher une tribune pour présenter le pays comme une menace régionale au profit de l’opposition pro-étasunienne. Où étaient les préoccupations humanitaires du Canada lorsque, par l’entremise du Groupe de Lima, il a cherché à rétablir le Traité de Rio pour servir de cadre à une éventuelle intervention militaire? 

La démocratie vénézuélienne a également été victime de cette politique interventionniste. Lors des élections du 20 mai 2018, le Canada a été le seul pays au monde à avoir expressément interdit aux missions diplomatiques vénézuéliennes, soit l’ambassade à Ottawa et les consulats à Montréal, Toronto et Vancouver, d’ouvrir comme bureaux de vote pour les citoyens vénézuéliens vivant au Canada. Le gouvernement d’Ottawa s’est plutôt engagé à reconnaître le président intérimaire autoproclamé Juan Guaidó en violation de la Constitution vénézuélienne. Depuis, le Canada a soutenu politiquement et matériellement le lobbying de Guaidó auprès d’autres gouvernements de la région et a nommé un conseiller spécial, Allan Culham, pour utiliser son « réseau de contacts afin de plaider en faveur d’un soutien élargi pour faire pression sur le gouvernement illégitime », selon sa référence au gouvernement démocratiquement élu du président Nicolás Maduro. 

En soutenant la mascarade de Guaidó conçue à Washington, le Canada a également été complice du pillage des avoirs étrangers du Venezuela. La Fondation Simon Bolivar de Citgo, autrefois dédiée au financement de programmes sociaux tels que l’huile de chauffage à prix abordable pour les familles nord-américaines à faible revenu ou le traitement spécialisé de la moelle osseuse pour les patients vénézuéliens, utilise maintenant ses fonds pour financer une soi-disant ONG, la Venezuelan Engagement Foundation, dont le conseil d’administration au Canada est composé d’Orlando Viera-Blanco et de sa famille, un opportuniste qu’Ottawa reconnaît comme l’ambassadeur de Guaidó au Canada. 

Cette semaine, pendant que le Canada continue de faire pression sur l’Union européenne au nom des États-Unis dans le but de remettre en question les prochaines élections législatives du 6 décembre, des millions de Vénézuéliens – partisans du gouvernement et de l’opposition – veulent voter, renouveler l’Assemblée nationale et remplir le mandat constitutionnel, mais le Canada, se considérant toujours au-dessus de la loi vénézuélienne, estime le contraire. 

Le 20 août, j’ai eu le rare plaisir de m’adresser aux Canadiens à l’invitation de l’Institut canadien de la politique étrangère sur ces questions. Aujourd’hui, je réitère l’invitation au ministre Champagne et au gouvernement canadien pour un retour à la diplomatie, à la recherche d’une entente réaliste entre nos nations pour mettre fin à cette politique sans issue que l’administration Trump a établie pour Ottawa. Les entreprises inconstitutionnelles et illégales ne devraient plus être encouragées par le Canada. Notre invitation est de revenir à la politique électorale comme option, à la diplomatie comme choix. Ce n’est qu’à cette condition que le Canada sera de nouveau considéré comme un bon voisin et non comme le complice de la plus grande agression contre le peuple vénézuélien de son histoire moderne.

Tribune publiée originalement en anglais dans The Canada Files, sous le titre Regime Change with a Human (Rights) Face: Trudeau’s Venezuela Policy | Op-Ed

Merci à Anne-Marie et à Arnold August pour la traduction.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/29/un-changement-de-regime-a-visage-si-humain-la-politique-de-trudeau-au-venezuela-par-jorge-arreaza-the-canada-files/

De comment Londres créa un outil de « regime change  » au Venezuela

Le Premier ministre britannique Boris Johnson (à droite) rencontre Juan Guaidó,
le leader de l’opposition vénézuélienne, reconnu comme le « président par intérim » par le gouvernement britannique, Londres, 21 janvier 2020.
(Photo : Twitter/ Guaidó)

Dans une information communiquée par Declassified, le ministère britannique des affaires étrangères a déclaré qu’il avait accordé 250 000 livres sterling en 2019 pour créer la « Coalición Anticorrupción », qu’il décrit comme « une coalition anti-corruption de la société civile et des acteurs des médias libres, pour les aider à lutter contre la corruption et le crime organisé au Venezuela ».

Le ministère des affaires étrangères a versé 200 000 livres sterling supplémentaires à Transparencia Venezuela pour la période de mars à décembre 2020 « pour renforcer la durabilité de la coalition ».

Declassified a constaté que la coalition est dirigée par — et s’associe à — certains des individus et groupes les plus virulents du pays, opposés au gouvernement progressiste de Maduro. Les gouvernements britannique et états-uniens reconnaissent Juan Guaidó comme le « président par intérim » du Venezuela et ont ouvertement cherché à destituer Maduro de ses fonctions.

La coalition, dont le seul bailleur de fonds extérieur semble être le gouvernement britannique, compte déjà 781 organisations et promeut 243 « initiatives ». Transparencia Venezuela appelle le nouveau groupe un « mouvement de citoyens » qui espère parvenir à une « véritable transformation » et à un « nouveau Venezuela ».

Transparencia Venezuela a déclaré à Declassified qu’ils « présentent des rapports d’avancement et de gestion de projet tous les trois mois » à l’ambassade britannique à Caracas.

Les fonds ont été attribués par le Fonds britannique pour les conflits, la stabilité et la sécurité (CSSF) qui, selon le gouvernement, « travaille à la construction de la paix et de la stabilité dans les pays menacés d’instabilité ». Ce dernier est doté de 1,26 milliard de livres sterling.

Le gouvernement britannique avait précédemment refusé les demandes de Declassified de préciser qui il finance au Venezuela. En réponse à deux récentes demandes dans le cadre de la Liberté d’Information, le ministère britannique du développement international (DFID) a déclaré qu’il « dissimulait les détails des organisations que nous soutenons au Venezuela » pour des raisons de santé et de sécurité mais la pertinence de ces mesures en matière de santé et de sécurité n’est pas claire.

Un résumé du programme pour ce projet, daté de mars 2020, est la seule référence publique du gouvernement à la coalition vénézuélienne que Declassified a pu trouver. Il indique que 0,3 million de livres sterling d’aides a été alloué en 2019-2020 pour un « projet de lutte contre la corruption au Venezuela ».

Le document ajoute que « le programme finance également pour la première fois des activités au Panama et au Venezuela » et que la CSSF prévoit « une activité accrue » dans les deux pays avec le projet vénézuélien « axé sur la résistance de la société civile aux pratiques corrompues de l’État ».

Ce financement soulève des questions sur l’engagement du gouvernement en matière de transparence puisque le projet ne semble pas être mentionné sur le site web « DevTracker » du gouvernement, qui est censé répertorier tous les projets d’aide internationale du Royaume-Uni.

Un porte-parole de Transparencia Venezuela a déclaré à Declassified que le groupe « se concentre sur la transparence et la lutte contre la corruption, et pour cette raison, contrôle les ressources qui sont gérées ou qui sont sous la responsabilité des organes actuels de l’Etat ».

Pour un Venezuela intègre : Matériel promotionnel pour la Coalición Anticorrupción, soutenue par le Royaume-Uni.

Se battre dans la rue

Sur sa page « Qui sommes-nous ? », la coalition écrit que sa motivation est de « lutter activement pour mettre fin aux problèmes structurels qui perdurent depuis près de deux décennies et sont profondément enracinés dans ce pays ».

Nombre de ses initiatives nationales visent le gouvernement vénézuélien, tandis que sa page d’information contient de nombreuses critiques sur la manière dont Maduro a géré la pandémie de Covid-19 et des allégations de corruption.

Le site web du groupe ne précise pas qui dirige la coalition. Le ministère des affaires étrangères et l’ambassade britannique à Caracas ont ignoré les questions de Declassified sur les personnes impliquées dans la coalition.

Cependant, un récent rapport mentionne Yonaide Sánchez comme sa coordinatrice nationale. Sánchez, professeur à l’université Lisandro Alvarado de Barquisimeto, dans le nord du Venezuela, est une proche de Guaidó et a soutenu ouvertement les efforts de l’opposition pour renverser le gouvernement de Maduro.

Lors des violentes manifestations de rue d’avril et mai 2017, Sánchez a écrit que « chaque annonce de Maduro confirme que nous devons poursuivre la lutte dans les rues. Le gouvernement est de plus en plus isolé ».

En janvier 2019, peu après que Guaidó se soit auto-proclamé président du Venezuela, Sánchez a écrit : « Moi, Yonaide Sánchez… ne reconnais que Juan Guaidó — président de l’Assemblée nationale — comme le président légitime du Venezuela. J’espère pour le bien de mon pays que mon organisation est d’accord ».

En août 2020, la coalition a invité Guaidó pour une discussion sur le « carrefour électoral » au Venezuela, en demandant « Où allons-nous à partir d’ici ? » En présentant Guaidó comme le « président par intérim » du Venezuela, la conversation a porté sur les avantages d’inviter la Drug Enforcement Agency (DEA) nord-américaine à revenir au Venezuela après son expulsion par le président Hugo Chávez en 2005 pour des soupçons d’espionnage.

Le financement britannique des activités de « lutte contre la corruption » au Venezuela est susceptible d’ajouter aux soupçons selon lesquels le Royaume-Uni donne aux organisations de la société civile les moyens de renverser le gouvernement Maduro. Le gouvernement britannique n’est pas connu pour financer des groupes de lutte contre la corruption dans les États alliés, tels que les régimes du Golfe, où la corruption est courante.

En février 2017, l’ambassadeur britannique au Venezuela, John Saville, a participé à un événement sur la « transparence » aux côtés de Guaidó. En mai dernier, Saville a été identifié comme le chef de l’unité de reconstruction du Venezuela du ministère des affaires étrangères, qui, selon le gouvernement vénézuélien, fonctionnait dans le secret. L’unité cherche ostensiblement à « conduire le Venezuela vers une résolution pacifique et démocratique » de sa crise politique actuelle.

Lors d’un événement de la coalition en mars, Duncan Hill, l’ambassadeur adjoint du Royaume-Uni au Venezuela, aurait déclaré « Le Venezuela a été victime du plus grand pillage de l’histoire ».

L’actuel ambassadeur britannique à Caracas, Andrew Soper, a été premier secrétaire à Washington DC de 1995 à 1999, et a été dénoncé comme un informateur nord-américain « strictement protégé » dans un câble diplomatique de janvier 2010 alors qu’il était ambassadeur britannique au Mozambique.

Alors que la coalition était en cours de construction en octobre 2019, Soper a réaffirmé que « Guaidó a l’amitié et le soutien du Royaume-Uni ».

Le ministère des affaires étrangères n’a pas répondu à la question de Declassified sur l’état des relations actuelles de Soper avec l’ambassade américaine à Caracas.

Juan Guaidó (à gauche) avec l’ambassadeur du Royaume-Uni au Venezuela, Andrew Soper, qualifié d’informateur américain dans les communiqués diplomatiques de WikiLeaks. (Photo : Assemblée nationale vénézuélienne)

Le Centre Thatcher

Parmi les 20 organisations nationales de la coalition anti-corruption du Venezuela, beaucoup sont des critiques de longue date du gouvernement et des bénéficiaires passés ou actuels des financements des gouvernements occidentaux.

L’un des membres est le « Centre Thatcher », dont le site web a été mis en ligne moins d’une semaine après celui de la coalition. Bien que les informations d’enregistrement aient été rendues privées, les deux enregistrements par procuration ont été effectués par la même société basée en Arizona, aux États-Unis.

Le « Thatcher Centre » a été fondé en août 2019 par le journaliste vénézuélien Guzman González et est basé dans l’État de Carabobo, dans le nord du pays. Nommé d’après l’ancien premier ministre britannique qui était un fervent défenseur des régimes de droite en Amérique latine, le centre affirme que ses objectifs sont « une citoyenneté forte et un État faible ».

Superatec AC, un autre membre de la coalition, a reçu une subvention de 80 000 dollars de la Citibank en 2019, tandis que le responsable de Fetrasalud, la fédération des travailleurs de la santé a appelé tous les secteurs du pays à se joindre à Guaidó lors des manifestations nationales de mars 2020.

La coalition comprend également l’Asociación Civil Súmate (Association civile pour le rassemblement), qui reçoit depuis longtemps des fonds du National Endowment for Democracy (NED) du gouvernement américain et qui a été fondée et dirigée par la figure clé de l’opposition Maria Corina Machado.

La corruption est un problème grave au Venezuela, et la mauvaise utilisation des fonds publics a exacerbé une crise économique déjà grave. Cependant, les notations de corruption sont toutes produites par des organisations financées directement ou indirectement par des gouvernements occidentaux qui cherchent à renverser le gouvernement Maduro.

En 2017, l’ancien procureur général Luisa Ortega a fui le pays après avoir été licenciée et a obtenu l’asile en Colombie. Elle a soutenu que Maduro est impliqué dans le scandale de corruption autour de l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht, et qu’un tribunal vénézuélien de haut niveau bloque une enquête, bien qu’aucune preuve n’ait été fournie publiquement pour appuyer ces allégations.

Entre-temps, les envoyés de Guaidó ont été accusés d’avoir détourné des fonds destinés aux déserteurs militaires vénézuéliens qui ont fui en Colombie en février et mars 2019. Selon la société PanAm Post, basée à Miami, deux responsables du parti Voluntad Popular ont gonflé le nombre de déserteurs afin de recevoir des fonds supplémentaires, et ont donc fait l’objet d’une enquête du gouvernement colombien.

En réponse à ce scandale, Guaidó a demandé à Transparencia Venezuela de lancer une enquête, qui a largement absous les personnes accusées de détournement de fonds. Après avoir publié ses conclusions, l’équipe de Guaidó a publiquement remercié Transparencia Venezuela pour son travail, affirmant que l’enquête prouvait « l’engagement de l’opposition vénézuélienne en faveur de la transparence et de l’utilisation correcte des ressources ».

L’équipe de Guaidó : « Où allons-nous à partir de maintenant ? »  
Matériel promotionnel pour un événement avec Juan Guaidó,
organisé par la « Coalición Anticorrupción ».

Transparencia Venezuela

Transparencia Venezuela prétend être un acteur « non partisan » au Venezuela bien que sa co-fondatrice et directrice, Mercedes de Freitas, ait établi et géré un certain nombre d’institutions financées par les Etats-Unis dans le pays.

Mme de Freitas a été directrice de la Fundación Momento de la Gente (Fondation Moment du peuple), une organisation de surveillance juridique basée à Caracas qui a reçu un financement important du NED et du National Democratic Institute (NDI), une autre fondation de « promotion de la démocratie » financée par le gouvernement américain.

Selon des documents publiés par WikiLeaks, le NDI a financé des groupes d’opposition vénézuéliens depuis les premières années de la présidence de Chávez.

Le NED a été fondé en 1983 sous le président américain Ronald Reagan après une série de scandales embarrassants pour la CIA, et a été décrit par le Washington Post comme le « sugar daddy of overt [US] operations ». Allen Weinstein, qui a dirigé l’étude de recherche qui a conduit à la création du NED, a déclaré : « Une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui a été fait secrètement il y a 25 ans par la CIA ».

Par le biais d’institutions comme le NED, le gouvernement américain a déboursé de l’argent pendant deux décennies au Venezuela dans le but d’y réaliser un changement de régime. En 2011, le NED a financé des groupes de rock anti-Chávez dans le but de déstabiliser le gouvernement.

Des documents obtenus grâce à la loi américaine sur la Liberté de l’Information montrent qu’en avril 2002, De Freitas a envoyé un courriel au NED pour montrer son soutien à la tentative de coup d’État infructueuse contre Chávez. Comme l’a rapporté The Nation, son courriel visait à « défendre les militaires et [l’homme d’affaires et chef de file du coup d’État Pedro] Carmona, en affirmant que la prise de contrôle n’était pas un coup d’État militaire ».

De Freitas a également travaillé comme coordinatrice de Queremos Elegir (Nous voulons choisir) — une organisation de la société civile qui a reçu des fonds américains et a fait partie du mouvement contre Chávez au début des années 2000.

Depuis 2010, De Freitas est également vice-président de la Fundación Tierra Viva (Fondation Terre vivante), qui promeut « la conservation des ressources naturelles » mais dont les mécènes financiers sont les compagnies pétrolières Chevron, Total Oil & Gas, Shell Venezuela et l’ambassade britannique.

Les audits financiers de Transparencia Venezuela, publiés chaque année depuis 2005 (sauf pour 2019 et 2020), montrent que l’ambassade britannique à Caracas a été l’un de ses principaux bailleurs de fonds.

L’organisation faîtière Transparency International, dont le siège est à Berlin et dont le revenu d’exploitation s’élève à 25,7 millions de livres sterling, est financée par les gouvernements américain et britannique, entre autres, depuis sa création en 1993. En 2019, le DFID était le plus grand donateur gouvernemental, avec 4,4 millions d’euros, soit près du double du deuxième plus grand bailleur de fonds gouvernemental, le ministère des affaires étrangères du Canada. Le Département d’État américain a donné 743 799 euros.

Le plus grand donateur de Transparency International en termes de fondations privées est le géant minier anglo-australien BHP (anciennement BHP Billiton), qui a donné au groupe 1,9 million d’euros en 2019. Parmi les autres donateurs, on trouve Shell et Exxon Mobil, qui s’est engagée dans une bataille de plusieurs années avec le gouvernement Chávez concernant la nationalisation du pétrole. (Le Venezuela possède les plus grandes réserves pétrolières prouvées au monde).

L’un des quatre membres de Transparencia Venezuela, CEDICE, est un groupe de réflexion qui « pense que l’ouverture du pétrole aux investissements privés » au Venezuela « est un pas dans la bonne direction ». Avec le soutien du réseau Atlas, un groupe de réflexion américain libertarien qui soutient les mouvements politiques de droite en Amérique latine, la CEDICE a financé le projet de recherche « Citizen Oil » visant à explorer les avantages de la privatisation du pétrole, qui a ensuite été inclus dans le plan économique de Guaidó pour le Venezuela.

Transparencia Venezuela a déclaré à Declassified qu’elle ne demandait pas le retrait de Maduro. « La coalition demande la transparence dans la gestion, avec la responsabilité, la participation des citoyens et un système de justice qui mette fin à l’impunité », a déclaré son porte-parole. Ils ont ajouté que le gouvernement britannique finançait la coalition parce qu’elle était anti-corruption, et non anti-gouvernementale.

La ventilation des flux de financement de l’organisation non gouvernementale Transparency International. La majorité de son financement provient
de gouvernements, dont beaucoup cherchent à destituer le président
du Venezuela, Nicolás Maduro, du pouvoir.

Les membres de l’opposition

Au sein du conseil d’administration de Transparencia Venezuela, qui compte neuf membres, siège l’ancienne directrice de la CEDICE, Rocío Guijarro, qui a été l’une des premières personnalités à signer la législation de 2002 qui a dissous les institutions démocratiques du Venezuela lors du coup d’État contre Chávez.

Andrés Duarte, membre du conseil d’administration de la Chambre pétrolière vénézuélienne, dont l’objectif est d’accroître la participation privée dans le secteur pétrolier du pays, siège également au conseil d’administration de la CEDICE. Miguel Bocco, un des membres fondateurs de Transparencia Venezuela et également membre du conseil d’administration, est un ancien directeur de la Chambre pétrolière vénézuélienne, et a appelé à la privatisation du secteur pétrolier vénézuélien.

Gustavo Linares Benzo, un avocat qui siège au conseil consultatif de Transparencia Venezuela, a soutenu dès novembre 2018 que Guaidó devrait appliquer l’article 233 de la Constitution vénézuélienne pour revendiquer la présidence vénézuélienne.

L’article 233 précise qu’en cas de « vide absolu du pouvoir » résultant de « l’incapacité physique ou mentale permanente » du président ou de « l’abandon de son poste », le président de l’Assemblée nationale assume légalement ses fonctions. Cet argument a fourni la principale justification juridique de la tentative de remplacement de Maduro.

Transparencia Venezuela répertorie également 24 membres dont Carlos Fernández. En tant que président de la Fédération des chambres de commerce et d’industrie (Fedecamaras) en 2002, Fernández a joué un rôle clé dans le sabotage de trois mois de l’industrie pétrolière vénézuélienne qui visait à renverser Chávez. Jorge Botti, un autre ancien président de Fedecamaras, est également membre de la fédération.

Un porte-parole de Transparencia Venezuela a déclaré à Declassified : « Notre personnel et nos organisations alliées sont des défenseurs des droits humains, des combattants pour le droit à la santé, au bien-être des enfants, aux communautés indigènes, aux groupes vulnérables, à l’accès à l’information, à la justice, entre autres choses ». Le porte-parole a ajouté : « Dans la coalition, nous n’acceptons pas la participation de partis politiques ou d’organisations ayant des objectifs politiques électoraux ».

Le ministère britannique des affaires étrangères et l’ambassade britannique au Venezuela n’ont pas retourné les demandes de commentaires de Declassified. La Coalición Anticorrupción n’avait pas de personnel ni d’informations de contact sur son site web.

Matt Kennard et John McEvoy

Matt Kennard est le chef des enquêtes de Declassified UK. John McEvoy est un journaliste indépendant qui a écrit pour International History Review, The Canary, Tribune Magazine, Jacobin, Revista Forum et Brasil Wire.

Declassified UK est une organisation de journalisme d’investigation qui couvre le rôle du Royaume-Uni dans le monde.

Source : daily maverick

Traduction : Venesol

Pompeo et la CIA contre les élections législatives au Venezuela, par Katu Arkonada (La Jornada, Mexique)

L’auteur : Katu Arkonada est titulaire d’un diplôme en Politiques Publiques. Ancien conseiller du vice-Ministère de la planification stratégique, de l’unité juridique spécialisée dans le développement constitutionnel et du Ministère bolivien des Affaires Etrangères. Il a coordonné les publications « Transitions vers le bien-vivre » et « Un Etat, beaucoup de peuples, la construction de la plurinaltionalité en Bolivie et en Equateur ». Membre du Réseau des Intellectuels en Défense de l’Humanité.

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La semaine même où un rapport dénonçant le gouvernement vénézuélien pour « crimes contre l’humanité » a été rendu public par une « mission internationale indépendante » payée comme sous-traitante d’une Commission de l’ONU, mais qui n’a jamais mis les pieds dans le pays et qui s’est appuyée sur des témoignages.. de l’opposition de droite et des réseaux sociaux, le secrétaire d’État Mike Pompeo était au Brésil et en Colombie pour continuer à alimenter la rhétorique contre la révolution bolivarienne pendant la campagne présidentielle états-unienne, mais aussi en pleine campagne électorale pour les élections législatives qui se tiendront le 6 décembre au Venezuela.

Au Brésil, Pompeo a traité Nicolas Maduro de trafiquant de drogue et a déclaré que Washington continuerait à travailler pour atteindre son objectif basé sur la crise déclenchée par son blocus et ses sanctions imposées à l’économie vénézuélienne. En Colombie, son principal partenaire dans la région, il a accusé le gouvernement vénézuélien de collaborer avec le terrorisme et d’héberger des membres de l’ELN et des dissidents des FARC.

Le terrorisme et le trafic de drogue, non pas ceux de la Colombie – principal fournisseur de la cocaïne consommée aux États-Unis, mais… vénézuéliens, malgré le fait qu’au Venezuela il n’y a pas de feuille de coca, contrairement au pays voisin, qui en cultive plus de 200.000 hectares, soit 10 fois plus que, par exemple, les hectares de feuille de coca cultivés en Bolivie.

Mais il faut s’arrêter à la visite de Pompeo, dont il ne faut pas oublier qu’il a été le directeur de la CIA, en Colombie. Son principal objectif était de promouvoir un changement de stratégie pour renverser le gouvernement de Nicolás Maduro, à commencer par l’impact sur les résultats des élections législatives de décembre.

La délégation états-unienne a finalisé les détails de l’arrivée des 300 soldats qui seront installés dans une nouvelle base militaire dans la ville frontalière de Cúcuta, plus précisément à Cerro del Tasajero, un endroit clé au niveau géopolitique car de là, on peut voir une bonne partie de la frontière colombo-vénézuélienne et le lac pétrolier de Maracaibo.

En plus de demander à Ivan Duque son soutien pour promouvoir le vote républicain au sein de la communauté colombienne du Texas, du New Jersey et du sud de la Floride, Pompeo a demandé à la Colombie ses réflexions sur la nouvelle stratégie opérationnelle et médiatique conçue contre le Venezuela, qui irait d’une action militaire dans le cadre d’une coalition tripartite (UE-Colombie-Brésil), à la déclaration de fraude et d’ignorance des résultats à la manière de la Bolivie, en passant par des infiltrations paramilitaires depuis le sol colombien, des violences terroristes sous forme de « guarimbas » (violences d’extrême droite transformées par les médias en « révoltes populaires réprimées par le régime ») et même une tentative d’assassinat contre Maduro.

Pompeo a mentionné à Duque que pendant son séjour au Brésil, il a convenu avec Bolsonaro du soutien de l’armée brésilienne pour une éventuelle intervention militaire sur le territoire vénézuélien. La création de faux positifs justifiant une intervention armée de la coalition est envisagée, qui pourrait prendre la forme d’une attaque contre une ambassade à Caracas d’un pays allié des États-Unis, ainsi que d’agressions contre des diplomates et des dirigeants de haut rang de l’opposition pour que les médias internationaux puissent l’imputer à Nicolas Maduro. À cette fin, un groupe paramilitaire, formé à Inirida par des déserteurs vénézuéliens encadrés par des mercenaires américains et israéliens, s’est déjà installé en territoire vénézuélien.

Pompeo a également demandé à Iván Duque de mener des opérations « anti-drogue » au cours du mois d’octobre, notamment dans les zones frontalières des départements de l’Arauca, du Norte de Santander et de la Guajira, afin qu’elles servent de prétexte à l’arrivée et au déploiement de militaires qui pourraient être utilisés dans des actions déstabilisatrices à l’approche des élections du 6 décembre.

Un autre élément qui justifierait une éventuelle agression militaire serait la dénonciation préparée d’un prétendu achat « d’armes iraniennes à moyenne et longue portée, avec lesquelles le Venezuela tenterait prétendument d’attaquer la Colombie. »

Comme nous l’avons déjà dénoncé dans la rubrique « Sabotage électoral du G4 », de graves altérations de l’ordre public au Venezuela (pillages et attaques contre les institutions publiques) devraient avoir lieu vers le 6 décembre, jour des élections législatives, dans le but de promouvoir la thèse d’un État failli, ce qui permettrait d’augmenter encore la pression internationale sur le Venezuela.

Pompeo a également fait comprendre à Duque que Guaidó n’est plus un acteur majeur dans sa stratégie d’ingérence, et qu’il vaut mieux ne plus appuyer le projet initial de former un gouvernement parallèle en exil de l’extrême droite guaidiste, ce qui pourrait finir par favoriser le chavisme sur le plan électoral. Le pari états-unien se déplace maintenant vers Capriles, qui malgré les doutes qui pèsent sur lui après sa sortie de prison, leur est utile pour promouvoir la campagne de discrédit des élections, aux côtés d’Almagro, de l’OEA et d’autres voix de la droite internationale.

La Colombie a joué un rôle clé dans l’appui à la proposition du Département d’État, de nommer Mauricio Claver Carone au lieu d’un latino-américian à la présidence de la Banque interaméricaine de développement (BID), et il semble qu’elle pourrait une fois de plus jouer un rôle décisif tant dans la justification internationale de nouvelles sanctions économiques contre le secteur minier et pétrolier, et se convertir en plate-forme d’une nouvelle agression paramilitaire dans le but de déstabiliser les élections législatives vénézuéliennes.

Un mois plus tôt aura lieu la dispute présidentielle entre Trump et Biden, dont l’issue se décidera en grande partie dans l’état-clef de Floride, et malheureusement, les votes aux États-Unis peuvent se traduire par des morts au Venezuela.

Katu Arkonada

Source : La Jornada (Mexique) https://www.jornada.com.mx/2020/10/10/opinion/013a1pol

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/10/pompeo-et-la-cia-a-la-manoeuvre-contre-les-elections-legislatives-au-venezuela-par-katu-arkonada-la-jornada-mexique/

Le Venezuela, seul en Amérique du Sud à créer un programme de rapatriement en pleine pandémie

Les vols humanitaires sont effectués par la compagnie vénézuélienne d’État Conviasa, qui a été sanctionnée par les États-Unis.

Malgré la proximité de la Colombie et du Brésil dont les régimes néo-libéraux abandonnent la population pauvre au Covid, le Venezuela, en ce début d’octobre, a pu guérir 68088 patients sur un total de 77646 cas depuis le début de la pandémie, soit un taux de 88%. On y compte 643 décès (un des taux de létalité les plus bas du monde) alors que la Colombie voisine en compte 26397 (chiffres de l’OMS). Cette politique de santé est d’autant plus remarquable que les voisins sud-américains ne subissent pas, eux, de blocus états-unien ni les sanctions financières occidentales qui limitent fortement l’accès du gouvernement bolivarien aux médicaments. Grâce à sa diplomatie multipolaire, le Venezuela est devenu le 2 octobre, le premier pays de l’hémisphère occidental à recevoir un premier chargement du vaccin russe Sputnik. « Cette aide médicale revêt une importance particulière face aux sanctions illégales, motivées politiquement, des USA, qui limitent l’accès du Venezuela aux médicaments » explique le Ministère Russe des Affaires Extérieures. Après sa troisième phase d’essai sur 2000 volontaires, ce bouclier sera ensuite produit sur place et distribué gratuitement à la population. Ce mois d’octobre arrivera également un chargement du vaccin chinois, qui suivra le même processus.

Ce n’est pas tout.

Plus de 92000 citoyens sont déjà rentrés dans le pays, à leur demande, par des vols affrétés par le gouvernement dans le cadre du programme «Vuelta a la Patria» (Retour à la Patrie) ou grâce aux couloirs humanitaires mis en place par le Ministère de la Santé. Créé en 2019, le programme « Vuelta a la Patria » garantit le transport des Vénézuéliens qui ont émigré et qui souhaitent rentrer au pays, mais qui n’en ont pas les moyens économiques.

En utilisant des avions, des bus et des couloirs humanitaires, 92.000 Vénézuéliens sont rentrés au pays pendant la pandémie depuis des pays comme la Colombie, le Brésil, le Pérou, le Chili. Sur ce total, 9 mille qui étaient infectés par le nouveau coronavirus et ont été traités par le système de santé publique du pays.

Jeudi dernier (1), 800 Vénézuéliens sont revenus d’Espagne et de République dominicaine. La semaine précédente, 600 autres étaient déjà revenus du Mexique, de l’Uruguay et du Panama.


L’État offre des transports gratuits, par voie terrestre et aérienne, ainsi que l’hébergement, la nourriture, les médicaments et les soins médicaux. En effet, selon les règles établies par le gouvernement bolivarien, toute personne qui entre dans le pays doit subir les tests de diagnostic du covid-19 et passer deux semaines en isolement social. Les vols de « Vuelta a la Patria » ont été réactivés en septembre, à la suite de nouveaux accords conclus par l’État vénézuélien avec d’autres nations.

200 Vénézuéliens sont revenus de la République dominicaine jeudi dernier (1) sur le troisième vol humanitaire « Vuelta a la Patria »

Ramses Fuenmayor Arocha, ingénieur système et professeur à l’Université centrale du Venezuela (UCV), s’était rendu au Mexique le 7 mars pour offrir un cours de 10 jours et n’a réussi à revenir que le 9 septembre, sur un vol qui est parti de la ville de Toluca. Les frontières vénézuéliennes étant fermées le 15 mars, son vol a été annulé. Arocha dit avoir envoyé plusieurs lettres à l’ambassade du Venezuela à Mexico jusqu’à ce qu’il soit inclus dans la liste des rapatriés.

«Je dois dire que le personnel de l’ambassade a été très gentil. Tout était très organisé. Le jour même de mon arrivée, ils avaient déjà préparé du matériel pour effectuer un test PCR, le résultat négatif est sorti en trois jours, à ma sortie de la quarantaine » explique ce professeur de l’UCV.

Une autre rapatriée, Ana Karine Rivas, une jeune vénézuélienne qui vivait à Lima, au Pérou depuis deux ans, avait été victime d’un accident en tentant de rentrer dans son pays. Au chômage en raison de la pandémie, Ana a été expulsée de la maison où elle vivait, et a décidé de retourner au Venezuela à pied, avec son compagnon et un autre groupe de 10 Vénézuéliens. La traversée a commencé le 30 avril, et à l’aube du lendemain, les Vénézuéliens ont été heurtés par un camion-citerne alors qu’ils dormaient sur les rives de l’Avenida Panamericana Norte, dans la province de Barranca, au nord de la capitale péruvienne. Dans l’accident, trois personnes sont mortes et neuf ont été blessées.

«Nous avons demandé de l’aide et personne ne voulait s’arrêter, jusqu’à que, quelques minutes plus tard, un homme nous aide en appelant la police. Après nous avoir emmenés à l’hôpital, l’ambassade nous a aidés avec tout, nourriture, soins, médicaments et quand nous nous portions mieux, ils nous ont fait embarquer sur un vol avec du personnel diplomatique pour rentrer dans notre pays » raconte Rivas.

« Nous exprimons notre douleur et nos condoléances pour l’accident survenu sur la route panaméricaine, à Barranca, au Pérou: un camion-citerne a écrasé plusieurs compatriotes à son retour à pied au Venezuela. Notre personnel consulaire est en contact avec les blessés et les autorités pour les soigner« . – Jorge Arreaza M (@jaarreaza) 1 mai 2020

Ana Karina a subi trois chirurgies aux jambes et marche toujours à l’aide de béquilles. Elle a pris le vol de « Vuelta a la Patria » le 21 juillet à Lima et est rentrée chez elle le 13 août, après avoir accompli la période de quarantaine obligatoire.


« Nous exprimons notre douleur et nos condoléances pour l’accident survenu sur la route panaméricaine, à Barranca, au Pérou: un camion-citerne a écrasé plusieurs compatriotes à leur retour à pied au Venezuela. Notre personnel consulaire est en contact avec les blessés et les autorités pour les soigner
« . – Jorge Arreaza M (@jaarreaza), Ministre des Affaires Etrangères de la République Bolivarienne du Venezuela 1 mai 2020

Deux poids, deux mesures

Bien qu’il soit un pays économiquement soumis à un blocus impérial, le Venezuela recherche des ressources pour suivre les directives des organisations multilatérales.

En mai, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) avait lancé l’alerte sur la nécessité de créer des ponts pour garantir le retour des immigrés dans leurs foyers, soulignant que l’Amérique latine et l’Afrique de l’Est sont les régions avec la plus grande mobilité humaine au monde. Les derniers jours confirment ces prédictions. Jeudi dernier (1), environ 1000 Honduriens ont lancé une nouvelle caravane d’immigrants à destination des États-Unis.

Une caravane avec un millier de Honduriens est déjà arrivée au Guatemala, après avoir traversé la frontière à travers la ville de Corinthe / Gilda Silvestrucci / Telesur

Le gouvernement de Donald Trump refuse à nouveau d’accueillir cette population en situation de vulnérabilité sociale, conservant la même position qu’il exprimait en 2019, avec les autres caravanes qui ont quitté le Salvador, le Guatemala et le Honduras. En plus de maintenir les portes fermées à l’immigration, Trump a également procédé à quelque 10000 expulsions pendant la pandémie. Les gouvernements qui ont accueilli des citoyens expulsés des États-Unis ont dénoncé le fait que beaucoup sont revenus avec la maladie.
Depuis plus de six mois, les États-Unis sont restés le pays le plus touché par le virus, accumulant 7,3 millions de patients et 208 000 décédés, selon l’Université Johns Hopkins.
Le président Trump a également refusé d’autoriser un vol de la compagnie aérienne vénézuélienne Conviasa à atterrir sur le territoire américain pour rapatrier 524 citoyens qui avaient demandé de l’aide. La chancellerie vénézuélienne a reçu pour instruction que ces personnes se rendent au Mexique afin de pouvoir rentrer ensuite dans leur pays.

D’autre part, la Maison Blanche a annoncé une aide de 128 millions de dollars américains au député vénézuélien Juan Guaidó, officiellement pour aider à combattre la pandémie de covid-19 dans le pays et soutenir les migrants. Cependant, des députés et des personnalités politiques opposées au gouvernement Maduro dénoncent que cet argent n’a jamais été investi dans des actions concrètes. Ce 5 octobre, la Banque d’Angleterre a finalement annulé la remise de l’or vénézuélien à Guaido, dont les implications dans des cas de corruption sont notoires, aux USA notamment.

par Michèle de Mello
Brasil de Fato | Caracas (Venezuela)
03 octobre 2020

Édition: Lucas Weber

Source : https://www.brasildefato.com.br/2020/10/03/venezuela-e-o-unico-pais-do-continente-com-programa-de-repatriacao-durante-pandemia

Traduction : Monica Passos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/05/le-venezuela-seul-en-amerique-latine-a-creer-un-programme-de-rapatriement-en-pleine-pandemie/