« El Curarire », sous la bannière de l’organisation

1La place du village grouille de monde. On a l’impression d’avoir affaire à une exposition de motos en tout genre, tant elles stationnent en nombre, les unes à côté des autres. Juché sur le mur du monument qui se situe en son centre, Danis – un porte-parole du parlement communal – explique à la centaine de pêcheurs présents le but de l’assemblée : élaborer un document collectif qui sera adressé à Insopesca, l’Institut de la Pêche dont le siège se situe dans la capitale de l’Etat de Zulia.

« On peut et on doit trouver un terrain d’entente, car la situation actuelle nous porte préjudice, à tous autant que nous sommes ». Perdu au sein de cette nombreuse assemblée, un des pêcheurs présents renchérit : « on ne peut pas remettre les décisions à plus tard, cela entretient la désunion. En outre il faut préserver les ressources ».

Une des raisons d’être  de la Commune « El Curarire », c’est la pêche. Elle façonne en grande partie son identité. A quoi il faut ajouter l’élevage laitier. Danis Parra est natif de la côte occidentale du Lac de Maracaibo. Il vit depuis toujours à La Canada de Urdaneta. Son père, mais aussi le père de son père étaient pêcheurs. Avec un sourire malicieux qui lui éclaire le visage – dont les traits attestent de ses lointaines origines indigènes – Danis se souvient encore de sa première sortie en mer. Il avait 9 ans. Pour la première fois, il accompagnait son frère aîné et son père dans une campagne de pêche nocturne. Bien que son regard soit teinté d’une certaine timidité, Danis, son chapeau bien calé sur le crâne, n’en est pas moins la figure de proue des pêcheurs de la commune. Il préside par ailleurs l’assemblée qui déterminera la voie à suivre, la position collective à adopter pour le futur immédiat.

Danis Parra

Danis Parra

Et quelle est cette réclamation adressée à Insopesca (Institut socialiste de la Pêche et de l’Agriculture) ? En 2011, dans le cadre d’une réunion annuelle, toute une série d’accords furent ratifiés, qui engageaient les deux parties en présence : pour l’État  Insopesca, d’une part ; 115 Conseils de pêcheurs représentatifs de l’état du Zulia dans son ensemble, d’autre part. Il s’agissait de mettre en oeuvre  la Loi de la Pêche promulguée en 2008, interdisant la pratique du chalutage, en raison de son impact négatif bien connu sur l’écosystème marin, et par voie de conséquence, sur la biodiversité.

De cette rencontre, il résulte ce qui suit : aux fins de préservation des ressources halieutiques, une décision est prise, consistant à substituer la pêche à la palangre à celle ayant recours aux nasses. En effet, ces dernières ont ceci de spécifique, qu’elles doivent reposer durant un laps de temps assez long, sur le fond. Or, de ce fait, elles ont fait l’objet de vols répétés. Le Lac de Maracaibo n’ayant pas échappé à la règle. De plus, ce dispositif est nocif, puisque les nasses agissent comme autant de pièges, qui se referment d’une manière non discriminante sur toutes sortes de poissons, y compris les plus jeunes. Il était impératif de prendre un certain nombre de dispositions : établir au plus vite, une taille minimale de capture ; déterminer un quota de pêche hebdomadaire à ne pas dépasser, assorti d’un nombre de jours de sortie à respecter. Malgré quoi la pression qu’exercent certains gros employeurs de la région, pourrait mettre à mal cet ensemble de mesures et amener une régression, avec la réintroduction des vieilles méthodes de pêche que ces récents cadres légaux ont bannies. De cela, les Conseils de pêcheurs ne veulent pas entendre parler.Orillas-de-la-cañanada

Il faut également préciser que l’Assemblée dont Danis est le porte-parole, est l’expression de l’un des secteurs les plus défavorisés, les plus pauvres de la communauté. La majeure partie des hameaux regroupant les familles de pêcheurs, sont composés de maisonnettes bien précaires, surmontées de plaques de zinc faisant office de toits. Ces villages se blotissent tout autour du Lac, et les rivages qui en constituent le prolongement, sont maculés de pétrole et d’huile de bateaux. De loin en loin, tant bien que mal, les filets de pêche noircis de graisse, sèchent au soleil.

Danis passe en revue les besoins des pêcheurs qu’il représente :

1/ créer un centre de stockage du produit de la pêche afin de le soustraire à l’obligation de le vendre au secteur privé, et donc, à un prix fixé par le marché ;

2/ consolider la filière de la pêche artisanale, afin de contrer les gros employeurs qui embauchent  les pêcheurs en leur versant en retour un salaire de misère ;

3/ concourir au maintien des accords passés avec Insopesca, sur base de la nouvelle loi de la pêche, prenant en ligne de compte la nécessité de se placer dans une logique qui serait celle du développement durable; inverser les tendances lourdes se situant à l’origine des diverses formes de pollution.

Depuis la côte – bercée par une douce brise – on distingue les plate-formes pétrolières qui se détachent nettement sur l’horizon marin. Elles sont les témoins d’un temps où dans l’Etat de Zulia comma ailleurs, l’extraction de l’or noir ne s’accompagnait d’aucune mesure concrète de préservation. « L’industrie pétrolière portent de rudes coups à l’écosystème. Les plaques de pétrole  s’échouent en permanence sur les plages. Chaque soir qui passe, nous nous voyons dans l’obligation de nous laver les pieds et les mains avec de l’essence. Nous souhaitons que tous ces  »tuyaux » soient bouchés. Et en plus de cela, on est exposé à des émanations de gaz ».Cangrejos-El-Curarire

« Nous voulons court-circuiter le réseau des intermédiaires »

A La Canada, le circuit de commercialisation relève du secteur privé. Et uniquement de ce dernier. C’est la raison pour laquelle la préférence est donnée au plus offrant. Le crabe bleu est la principale espèce qui se pêche ici.  On en capture jusqu’à 8 tonnes par jour. Quant aux crevettes, la production journalière s’échelonne d’une à trois tonnes. En ce qui concerne le poisson en tant que tel, Danis nous apprend qu’on en ramène en moyenne 1 tonne par jour. « Pourtant, lorsque le fournisseur s’occupe de la commercialisation, il cherche à dégager une marge financière qui lui est extrêmement favorable. Alors que la marchandise achetée au pêcheur relève de la portion congrue. Donc, vendre au plus offrant, ce n’est pas probant. Il faut procéder autrement. C’est notre conviction ». Pour eux, l’alternative est simple : « Il faut court-circuiter le réseau des intermédiaires, et nous approprier cette fonction. Nous nous occuperons aussi des relations commerciales. Et les points de vente, nous les animerons nous-mêmes ».

Katiuska Rincon est membre du Conseil communal « La Gabarra », un des premiers à être mis sur pied et qui, avec les autres Conseils représentant le secteur de la pêche, a jeté les bases du système actuel. Vivant depuis 52 ans des produits de la pêche, son père  lui fera découvrir le  métier à l’âge de 7 ans. Par la suite, les vols d’embarcations se multipliant, il est devenu dangereux pour une fille de travailler dans ce secteur. Katiuska s’est consacrée aux études. Elle se souvient : « de retour du Lac, chaque jour, tôt le matin, papa nous réveillait pour nous faire manger du poisson frais ».

Kati insiste sur le fait que la vie collective placée sous le signe de la commune, a profondément transforme la communauté : « le conseil communal, c’est un peu notre famille à tous. Si une partie de la communauté venait à être confrontée à un problème, c’est la commune dans son ensemble qui s’en emparerait, pour le résoudre ».

Katiuska, le conseil communal

Katiuska Rincón, le conseil communal

Si on souhaite porter un regard extérieur sur cet échantillon d’humanité, sur ce qu’il est en train de réaliser, il ne faut surtout pas se contenter d’une première impression. « Toutes les bonnes choses,  viennent aussi de ce qui est proche, de ce que l’on connaît depuis toujours ».  Ainsi parle Marylis, une vénérable grand-mère. (Sa bisaïeule , une «indigène guajira vêtue de sa tunique traditionnelle », est décédée à l’âge canonique de 114 ans). Ce qui ne l’empêche nullement d’être l’une des porte-parole de la commune et d’y assumer nombre de responsabilités. Entourée à ce jour de quelque 72 petits-enfants, elle est issue d’une famille de modestes agriculteurs.

« Nous devons préserver ce mode d’être »

Marylis est convaincue du fait que le nouvel état d’esprit qui émane de cette organisation communale puise à la source de la forme de vie paysanne, dont elle s’abreuve depuis sa plus tendre enfance. « La vie collective telle qu’elle s’exprime aujourd’hui, à travers la commune, nos ancêtres la pratiquaient déjà. C’est la raison pour laquelle nous devons préserver ce mode d’être, mais aussi cette culture fondés sur une vie collective  harmonieuse, qui nous rend chaque jour, un peu plus forts. Cette vigueur, on la doit également à la possibilité d’être formés sur le plan idéologique. Car si nous ne sommes pas pourvus d’une idée claire de ce qu’est le socialisme, on ne pourra pas appréhender correctement la nature même de la commune. Parce que la commune plonge également ses racines dans cette matrice ».

Marylis

Marylis

Jeune, Marylis devait partir à la recherche de maigres touffes d’herbe qu’elle trouvait le plus souvent sur les trottoirs. Telle était la pitance qu’elle donnait aux quelques pauvres vaches qui lui appartenait. La police l’a arrêtée à deux ou trois reprises alors qu’elle faisait paître les  animaux sur la place du village.

Désormais, au sein de l’Unité de Production Familiale (UPF) de La Flerida, Marylis s’occupe de l’élevage de bovins, de chèvres et de porcs. Toutefois, le poste qui marche le mieux dans cette structure, c’est la fabrication de fromages. Il en est ainsi parce que Marylis est des petits producteurs locaux qui ont bénéficié de la réforme agraire. En 2003, les plus grands propriétaires terriens de la commune – la famille Urdaneta – ont vu leurs terres expropriées aux fins de redistribution. A ce jour, la majeure partie de ce qui est produit est vendu au secteur privé. Il en est ainsi parce que même si l’on souhaitait vendre le lait à l’entreprise publique Lacteos Los Andes, cela ne serait pas possible, du fait de l’absence de moyens de transport et de réseau routier adéquat. Il faut néanmoins préciser que les excédents en matière de production de fromages et de viande, sont vendus aux membres de la communauté, à des tarifs préférentiels, solidaires.leche

Bien que les inégalités en matière économique et sur le plan du développement entre les différents secteurs soient encore perceptibles, Marylis tient à souligner que le point fort de la commune, c’est sa capacité organisationnelle : « depuis que nous nous sommes donné les moyens d’apparaître sous cette forme, nous constituons un véritable gouvernement local. Désormais, tout ce qui est constitutif de notre secteur, est de notre ressort. Nous avons également besoin de nous appuyer sur tous les moyens existants pour parvenir à l’éradication des dernières poches de pauvreté ».

« El Curarire », est la seule et unique Commune qui existe dans la localité « La Canada de Urdaneta ». Pour être précis, 17 conseils communaux la  composent : 6 pour la partie urbaine proprement dite ; 5 pour le secteur  piscicole ; 6 enfin, pour l’agriculture.

C’est en 2010, que l’on a jeté les bases de ce qui deviendra cette articulation sur laquelle la Commune repose. Il a fallu dans un premier temps, dresser un état des lieux, établir un diagnostic initial. Pas moins de 2 années ont été nécessaires qui auront permis la recension des secteurs les plus fragiles, en situation de pauvreté extrême.

Un an après sa constitution officielle et légale, « El Curarire » est incontestablement pourvu d’un potentiel réellement prometteur. Marylis : « Dans 5 ans,  »El Curarire » s’appuyera sur une chaîne de commercialisation efficace, qui lui permettra de nouer des liens de ce type, avec d’autres Etats de notre pays. Il en sera ainsi, parce que les moyens de transport tout autant que les voies de communication nouvelles, nous en donneront la possibilité. De ce fait, les secteurs se situant en marge des grands axes d’échanges et de communication disparaîtront. Pour ce faire, nous allons entreprendre la construction de logements d’habitation, et extirper une fois pour toute de la misère, tous ces gens qui méritent un  autre sort ».

«  Notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion.»

Irwin, l’un de ces autres producteurs locaux qui a obtenu de bons  résultats ces dernières années du fait des changements en cours, tient également à s’exprimer. Il se défie des phrases toutes faites et des stéréotypes qui les accompagnent. Bien qu’un peu mal à l’aise avec les constructions de phrases, il s’emploie à donner à son intervention toute la verve nécessaire. Et ce qu’il ne sait pas dire, il le dessine. Il ne cesse de sécher son visage ruisselant de sueur, tandis que s’agitant sans arrêt, ses mains accompagnent son effort. A sa manière, c’est un véritable maître en rhétorique : « certains  producteurs locaux se tiennent à distance du Conseil communal. Quelques-uns manifestent de l’indifférence, d’autres éprouvent une certaine inquiétude à s’investir au sein de la Commune. Toutefois la grande majorité d’entre nous , soutient l’expérience de Pouvoir populaire en cours ».

Irwin

Irwin

Comme Marilys, Irwin est issu de ce secteur de petits producteurs locaux, qui ont accédé à une certaine prospérité, à travers son appartenance à l’Unité Familiale (UPF) dont il dépend. C’est donc en connaissance de cause qu’il fait partie de ceux qui ont souhaité s’intégrer aux activités de la Commune, à partir d’une prise en compte du caractère politique de l’organisation : « notre apport central, ce n’est pas tant notre production, que l’autogestion. Or, l’autogestion relève à la fois du politique et du social ».

Selon Irwin, la production laitière de la Commune s’élève à 45 000 litres par jour. Toutefois ces brillants résultats ne peuvent être étendus aux sphères de la pêche et de l’agriculture proprement dite. Irwin : « Au jour d’aujourd’hui, le Plan de Développement Communal 2014, relève de la théorie pure et simple, puisque aucun des 44 projets dont nous avons prévu la réalisation, n’est sorti des cartons ».

Parmi ceux-ci, l’on peut citer : la reprise d’une unité d’élevage et de production de crevettes ; la consolidation de deux Entreprises de Propriété Sociale (fabrication de parpaings, et textile) en cessation d’activité par manque d’intrants; des centres d’approvisionnement pour le secteur de la pêche;  le percement de puits supplémentaires pour l’agriculture (eau/irrigation).

Bien qu’à l’abri d’un arbre solitaire qui lui prodigue une ombre bienfaisante, Irwin ne cesse de transpirer. Il poursuit : « la commune est un espace de communication et d’échanges qui offre de très nombreuses opportunités. La convivialité est le maître-mot. C’est également un lieu où les paradigmes d’antan qui ont la vie dure, peuvent être dépassés. Quant à la solidarité, c’est un point d’appui solide, qui nous permet de replacer au centre du débat des valeurs longtemps mises à l’écart, et que l’on a trop souvent dénigrées ».

Carmen

Carmen

Carmen a les yeux légèrement bridés, les pommettes hautes, les mains tannées et maculées de terre : « Je suis paysanne jusqu’au bout des ongles. J’ai grandi dans les montagnes environnantes, avec en permanence autour de moi, des poules, des vaches, des cochons. Sans oublier les chats et les chiens ».

Lors du déroulement de la réunion hebdomadaire – à laquelle les porte-paroles des autres Conseils communaux participent – on s’attache (à la manière de l’État du Zulia) à mutualiser les problèmes auxquels on se heurte, en vue d’un règlement rapide. Les cris et les gesticulations sont également au rendez-vous. Les rires ne manquent pas et les plaisanteries fusent de toutes parts.

Carmen adopte une certaine attitude de retrait qui la singularise quelque peu. Elle place en effet toutes ses interventions, sous le signe de la mesure et de la pondération. Ceci dit, tout est enregistré pour le lendemain. Ce qui permet à qui le souhaite, de consulter la teneur des débats de la veille.  Bien connue de tous, la maisonnette de Carmen, qu’elle partage avec son époux, se situe sur un terrain sec et aride.

Le Conseil communal « Tagualayuu » (« Mes frères » en langue indigène wayuu) a vu le jour, il y a 6 ans. Chacune des 42 familles qui le compose dispose d’une parcelle depuis 2003, date à laquelle, l’Institut National des Terres (Inti)  les a mises à leur disposition. Et ce, à la suite de l’expropriation de terrains que le propriétaire terrien et « grand homme » du secteur détenait. Il s’agit de Rafael Urdaneta dont on a déjà parlé.

En dépit de cette aide initiale, la faiblesse (voire l’absence) des infrastructures existantes a été un frein constant, auquel se sont heurtées les aspirations du secteur productif local dans son ensemble. Quand les pluies surviennent, les routes inondées ont contribué à la perte totale de plus d’une récolte. Par ailleurs, pour l’instant, un seul et unique puits est mis à la disposition de toutes ces familles.

« Que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? »

Carmen, fille de paysans, est l’aînée d’une fratrie de 7 enfants. Quand elle s’exprime, sa voix est pleine de fermeté : « que peut faire un agriculteur sans maison, sans eau, sans électricité à sa disposition ? Qui plus est, quand il occupe une ferme au fin fond de la forêt, avec pour seule compagnie, quelques colonies de chauve-souris ? Rien. Nous ne manquons pas de ressources quand il s’agit de mettre la main à la pâte. La volonté est là, en nous. Bien présente. La terre est désormais mise à notre disposition. Il nous faut une seule chose : que le gouvernement/les pouvoirs publics nous donne le coup de pouce décisif, en nous apportant les financements appropriés. Parce que, je le répète, sans eau, sans machines agricoles, sans moyens de transport et en l’absence d’infrastructures routières dignes de ce nom, on ne pourra rien produire. Alors que cette terre est généreuse et fertile ».

Une femme approchant la cinquantaine témoigne du fait qu’elle ignorait tout de la politique, jusqu’à ce fameux 4 février 1992. A ce moment, sûre de son fait, elle affirma aux membres de sa famille : « c’est l’homme qu’il nous faut ». (Il s’agissait du futur Président Chavez, auteur d’une insurrection contre la corruption et la répression du régime de Carlos Andrés Pérez). Aujourd’hui, 20 ans après, elle soutient que la clé du succès réside dans le fait de réunir les moyens d’obtenir ce coup de pouce financier : « avec cette aide, nous pourrons résoudre les questions relatives au manque d’électricité, d’habitations, de routes. En somme, si l’on peut construire ici, 30 unités d’habitation pour les paysans, ce sera 30 problèmes en moins pour notre président et ses ministres ».

D’après Carmen, si certaines catégories de producteurs du secteur ont tout de même réussi à prospérer, elles le doivent aux prêts qui leur ont été accordés, ce qui leur a permis d’entreprendre sur des bases spécifiques, le travail de la terre qui leur ont été concédées à l’époque. Toutefois, à l’unisson de tous les membres du Conseil communal, Carmen poursuit son total engagement au sein de cette organisation. Parce qu’ils sont convaincus que c’est le seul et unique moyen d’atteindre ce à quoi ils aspirent collectivement. «Cette organisation, ce n’est qu’un bébé qui vient de naître. Procéder étape par étape, méthodiquement, telle est la voie. Une organisation digne de ce nom est l’outil incontournable. Cela suppose également que l’on respecte la loi. Nous veillons scrupuleusement à ce que personne ne cherche à la violer. La commune est en plein essor. C’est certain. Nous allons très prochainement recueillir les fruits de nos efforts. Nous organisons de nombreuses réunions. Nous engageons de multiples débats. Quant à l’opposition, elle est dans les cordes. Les maires et les gouverneurs qui la représentent sont sur les dents, parce qu’ils sont contraints à leur corps défendant de transmettre le pouvoir au peuple ».el-peladero

Les nuages de terre que soulève la camionnette engagée sur le chemin de terre, l’accompagnent jusqu’au seuil de la maisonnette. L’atmosphère compacte rend plus oppressante la chaleur de midi qui s’abat sur les environs immédiats. Ici et là, quelques pauvres vaches paissent le long de la piste poussiéreuse. Au centre de ce paysage désolé, se dresse un maisonnette solitaire, qui semble avoir été comme déposée ici, sur ce sol sec et cassant. Une clôture de cactus complète le décor. Ce tableau d’ensemble est caractéristique du grand problème qui affecte d’une manière récurrente cette zone agricole : le tragique manque d’eau.

La nuit s’abat sur le toit de zinc de la galerie attenante au logement de Marylis, qui accueille ce soir, quelques communardes et communards qui se retrouvent ici après une journée de travail au Mercal local (magasin d’État qui vend les aliments bon marché) et la visite à ceux qui bénéficient du réfectoire communautaire. Les familles de pêcheurs et certaines personnes liées aux Unités de Production Familiales sont de celles qui le fréquentent assidûment. C’est à ce moment de la journée que les moustiques locaux profitent de leur festin quotidien. La chaleur de Maracaibo est de celle qui pourrait effrayer le Diable en personne. Toutefois, une brise bienfaisante la chasse peu à peu. Malgré toutes les contradictions et les problématiques, avec tous leurs désaccords, les erreurs et réussites, les communardes et aux communards de « El Curarire » continuent à parier sur l’organisation.

Texte : Martín Di Giácomo. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Jean-Marc del Percio

Source : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-organizacion-como-bandera/

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Pourquoi rester chez soi quand il pleut sur Momboy ?

Valle MomboyDans une vallée qui explose dans toutes les directions à chaque seconde, rester chez soi serait gâcher sa vie. Cette zone pleine de chemins construits par les peuples originaires (les indigènes Momboy) avant la mise en esclavage de Colón, a une surface d’environ 15.000 hectares. On projette d’y créer douze comunes qui seraient formées par les 70 conseils communaux qui opérent actuellement dans cette vallée. Pour l’heure le mouvement communard ne regroupe qu’un conseil comunal et trois conseils paysans, et fait partie du Réseau national des Communards; il a pensé aussi mettre en place un système économique comunal, projet intégral pour l’ensemble de la communauté et qui a été discuté avec le Ministère pour les Communes et les Mouvements Sociaux : une expérience de société alternative différente de la dynamique connue dans les mégalopoles appauvries comme Caracas, Valencia et Maracaibo et même de la tragédie des campagnes où on charge le bétail sur des motos Bera.

Matías et Jesús Bastidas, père et fils, sont parmi les héritiers de cette histoire. Malgré la récupération des terres en 2009, comme la terre de San Pablo où ils travaillent, ils ne peuvent y semer du maïs parce que leur fleuve, le Momboy, est pollué. Il y a un projet gouvernemental pour l’assainir mais qui est encore sur le papier. Ceci démontre que la production industrielle à grande échelle est inconcevable dans un projet socialiste tel que celui qui rassemble ces communards. Dans le journal du mouvement qui a déja sorti quatre numéros – Comuner@s est son nom –, on lit des critiques de ce genre comme des réflexions sur l’expérience révolutionnaire et l’histoire de la vallée.

Benito Briceño Manzanilla

Benito Briceño Manzanilla

Benito Briceño Manzanilla, un vieil ami de 79 ans, paysan par tous les pores de sa peau et chroniqueur oral de la vallée, raconte que sous le dictateur Gomez quelques italiens parmi lesquels la famille La Corte, ont expulsé les paysans de ces terres pour quatre sous, les ont trompés et appauvris, ont tout clôturé et mis au travail ceux qui voulaient rester à condition de supporter la misère.

Comment des italiens installèrent l’esclavage

Ils sont arrivés et nous ont élevés comme des esclaves – raconte Briceño. Et pour nous dominer, personne n’avait un toit pour vivre, ils faisaient faire des baraques, et nous devions travailler obligés. Tout est devenu comme leur héritage. Pourquoi ? Parce qu’ils héritaient la terre : le père mourait, elle allait aux fils; et nous, comme des esclaves, notre père mourait, lui succédaient ses fils, puis ses petits-fils. C’était comme une échelle entre les esclaves et les grands propriétaires, un ¨héritage¨ car je savais qu’à la mort de mon père je serais le suivant à effectuer le travail forcé. Et puis mes enfants et ainsi de suite. Jusqu’à l’arrivée de Chavez, quand ce monde s’est écroulé; nous avons ouvert les yeux.

La lutte pour la propriété de la terre a donné ses fruits : les domaines Geromito, Antonio Nicolás Briceño, San Pablo et La Victoria, avec leurs centaines d’hectares, ont commencé à produire des aliments pour la vallée et pour les villages proches. On a noué des liens avec les compagnons de Alexis Vive, à Caracas, pour la distribution de nourriture dans la capitale. En même temps le mouvement communard appuie le système de troc scolaire qui intègre dans la dynamique de semailles et de cultures paysannes les quatre écoles établies à Momboy.

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De nombreuses anecdotes courent la vallée. Dans la première moitié des années 1980 la route qui traverse les chaleurs et la zone montagneuse de l’État du Zulia et les premiers zones vertes de l’état du nord de Trujillo fut coupée par des barricades : réponse des éleveurs et des grands propriétaires aux révoltes paysannes et au commerce alternatif que ceux-ci voulaient instaurer. L’habituel gouvernement social-démocrate-social-chrétien ferma les yeux, comme on pouvait s’y attendre. Le blocage se fit interminable mais le village de La Puerta cria ¨ça suffit !¨.

Fruto Vivas, qui est non seulement architecte mais aussi militant de sang guérillero et actif à cette époque, s’était rendu sur place pour trouver une solution. Ce qu’il trouva fut une révolte populaire sur le point d’éclater. Valera, Motatán, La Puerta et Mendoza (zones qui entourent les vallées voisines de Momboy) s’unirent en chaîne populaire pour montrer leurs visages aux riches de la terre, et le peuple pauvre remporta une victoire – fait inhabituel à l’époque. Il y eut ce que les sociologues, publicitaires et experts en évidences apellent ¨dommages collatéraux¨de la partie affectée, à savoir des exploités. Cette bataille donna naissance à une chanson d’Alí Primera (“Je ne reste pas chez moi car je vais me battre / Je vais défendre La Puerta dans la Vallée de Momboy”) qui avait répondu à l’appel de Fruto Vivas pour accompagner le peuple dans ce qui semblait une geste insolite mais enfin couronnée de succès.

Le ciment est-il la seule solution de logement que nous ayons comme peuple ?

La Grande Mission Logement se propose de construire des foyers au milieu du territoire pour le bénéfice des habitants de la vallée : la majorité des paysans vivent hors de leur zone de labour et de semailles, certains entassés dans le quartier La Guaira, en plein milieu de la vallée; d’autres vivent sur les rives du fleuve Momboy malheureusement pollué; et d’autres à La Puerta, à quelques kilomètres des cultures. Mais il faudrait se demander : sont-elles nécessaires, ces structures urbaines en pleine vallée ? Le ciment est-il la seule solution de logement que nous ayons comme peuple ? Le paramètre monotone des édifices ne va-t-il pas à contre-courant de la naturalité paysanne ? Les travailleurs de la terre répondent par un NON catégorique à l’urbanisation de leurs terres ; Fruto Vivas s’est engagé vis-à-vis du mouvement à concevoir les maisons qui conviendraient au climat et au territoire des habitants de Momboy.

Carlos Montiel, jeune militant du mouvement, raconte que la dernière fois que Vivas s’est rendu dans la vallée, il est resté près d’une semaine et a dessiné aussitôt les logements qu’on pourrait construire en pleine colline, montés sur des sortes de pilotis et appuyés aux flancs des montagnes, pour ne pas nuire aux semis et aux parcelles cultivées par les paysans. Au moment de repartir le célèbre architecte s’est mis au garde-à-vous devant les futurs communards et, sur le vieux salut martial, a lancé : “Je suis un fidèle militant de la vallée de Momboy”. Le projet n’a pu être mené à terme faute de ressources. On attend encore les institutions concernées.

Manuel Pérez

Manuel Pérez

Dans la vaste famille humaine et dans tout ce monde de travail qui existe à l’intérieur du mouvement, il y a Manuel Pérez – selon Matías: “Manuel a travaillé, il est même allé en prison pour nous”. (Pardon pour cette parenthèse : toute lutte même si nous avons le gouvernement de notre côté comporte ses risques et ses violences. Une révolution, notre histoire comme peuple nous l’apprend, ne consiste pas dans la prise du pouvoir d’État et de ses institutions mais dans le chambardement complet et l’enterrement d’un système et de son mode de production aux bases aujourd’hui vacillantes pour que naisse et se construise une autre vie qui ne ressemble pas à la mort ni à ses équivalents); Manuel Pérez parle de la réalité intégrale, du tout et des parties, celle que Chávez évoquait souvent et surtout quand il abordait le thème de la commune.

– Nous devons abandonner cette manie de penser le monde de manière cartésienne, de tout considérer de manière fragmentaire. Parce que nous ne pouvons pas semer en ignorant l’usage des pesticides, de même que nous ne pouvons perpétuer le mode de gestion capitaliste si nous sommes appelés à faire le socialisme. Tout est lié.

– Modèle de gestion ? Tu parles du mode de production ou de…?

– Je parle du fait que nous ne pouvons changer cette manière de voir les choses depuis le travail quotidien. Nous avons des références comme celles des cultures originaires. Par exemple comment travaillaient et vivaient les incas.

– On dirait que tu as lu les essais de Mariátegui.

– C’est bien mais il y a plus que cela.

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La vision intégrale, pour Manuel, c’est celle de la culture paysanne comme culture totale, jamais totalitaire. Que la terre et l’homme se fondent en un tout, que les semences ne soient pas seulement aliment et récolte suivante mais travail de la main jusqu’ici plongée dans l’oubli et au seul service de la classe dominante; loin de toute phraséologie poétique il montre Matías et son plus jeune fils occupés à atteler les boeufs:

– Regardez, c’est une relation belle qui s’est perdue dans la culture capitaliste : l’enfant apprend la relation de travail auprès de son père. C’est une relation sociale qui se perd dans le marasme de l’individualisme régnant. Ce garçon, quand il grandira, reprendra l’attelage et labourera comme son père lui a enseigné sans mots, parce qu’il comprendra que la vie s’appuie sur la terre elle-même.

Isidro Rivas, un homme de haute taille de 47 ans est un des paysans qui travaillent sur le domaine Antonio Nicolás Briceño, et qui organise avec d’autres compagnons, tous les 15 mai, la fête de San Isidro le laboureur, qui rassemble les villages pour célébrer l’arrivée de la saison des pluies.

Isidro Rivas

Je travaille sur ces terres depuis près de 25 ans. Je me rappelle que les italiens nous ont mis ici et quand ils nous ont donné cette terre ce n’était qu’une broussaille, nous avons comencé à travailler avec les boeufs et les tracteurs. Les propriétaires nous payaient à peine, et nous nous crevions au travail. C’est ainsi que les mouvements ont comencé à se créer : on parlait de récupérer ces terres, le conseil paysan s’est créé et les gens de l’INTI (Institut National des Terres) est venue. C’était il y a quatre ans. Une forte lutte s’est nouée avec les soi-disants propriétaires mais le gouverneur de l’État de Trujillo nous a donné le Titre Agraire d’Usage de la Terre et nous attendons aujourd’hui la propriété des terrains. Nous sommes 56 paysans à travailler ici. Mais l’histoire n’est pas si rose : il y a plus de trois ans, quand Juan Carlos Loyo était chargé des questions agraires depuis l’État, arriva un document orné d’une fausse signature de lui pour déloger les paysans de ces terres et les rendre aux italiens. Ce qui fut fait de force. Le peuple dans son ensemble se rebella de nouveau, ocupa les bureaux locaux de l’INTI jusqu’à ce qu’une solution leur soit donnée. Il y eut des gens battus et emprisonnés comme Manuel Pérez et d’autres qui ne fléchirent pas dans la lutte. Après la prise des terres, raconte Isidro, a été approuvé un projet d’irrigation par l’Institut National de Développement Rural (Inder).

Quand la pluie est forte, on dit : ¨Passe-moi le chimó !¨

Le chimó, disent les paysans de Momboy, fait partie de l’identité de la vallée. Ce qui revient à dire que le paysan qui ne masque pas son chimó n’est pas paysan. Isidro :

Je mâche du chimó depuis tout petit, ma grand-mère m’a appris. J’allais jusqu’aux plants de bananes, sur les hauteurs des parcelles, et nous cherchions la coquille sèche, ce qui sort du tronc. Elle savait quelle était la meilleure, nous la coupions et l’emportions à la maison. Là nous ponçions la coquille et la taillions avec des ciseaux. Nous y mettions le chimó, qu’on battait à l’aide d’une spatule. Il était fort et bon, le chimó de la grand-mère. Depuis que j’ai cessé d’étudier je me suis mis à la production de chimó en suivant la technique de la grand-mère. Tu vois, ici, quand la pluie est forte on dit : passe-moi le chimó !

La vallée, quand elle “appartenait” aux italiens, était envahie par la canne à sucre. Des champs de canne partout; mono-production et raffinerie comme seule usine. Aujourd’hui, sur le domaine Antonio Nicolás Briceño et ses 39 hectares cultivables, on produit des salades, des choux, et des oignons longs (en quantité) en plus d’oignons ronds, de persil, de coriandre et de poivron. Le climat froid, en saison des pluies, favorise ces cultures. On travaille dur pas seulement pour les revendre comme marchandise (il faut bien financer la lutte) mais aussi pour fournir le village, les écoles, les familles des paysans.

Comment cela ne nous appartiendrait-il pas, à nous, les paysans ? Puisque nous sommes ceux qui avons travaillé ? – dit Isidro. Un jour un pont s’est écroulé, celui qui traversait le ravin de Mocojó, à la sortie de la vallée, et nous avons passé 12 jours à le réparer, un pont de 18 mètres, et les propriétaires ne nous ont pas donné un verre d’eau, ni une poutrelle. Ceci est à nous. J’ai toujours rappelé la Loi des Terres quand a surgi le problème avec les Italiens lors de la prise des terres.

Nous travaillions la terre ¨au tiers¨: sur trois sacs de récolte, deux pour le propriétaire et un pour nous. Ils nous ont bien trompés, le type ne bougeait pas le petit doigt. Maintenant nous pouvons décider comment et quoi travailler, malgré les difficultés que nous vivons.momboy5

Matías Bastidas a 54 ans, il vient de Boconó, et ressent la vallée comme la sienne depuis la tragédie imposée par les anciens propriétaires, ces escrocs d’italiens. Les problèmes persistent non plus à cause de manoeuvres ennemies mais de malentendus sur l’organisation entre quelques militants du mouvement. Dans le domaine Geromito on a décidé d’abolir l’Entreprise de Production Sociale (EPS) qu’ils avaient créée, à la suite de contradictions inhérentes au capitalisme : quand l’argent apparaît, le reste se fissure. C’est ce que nous raconte Manuel Pérez, qui avait l’espoir de vivre à Geromito après tant de luttes, mais Matías pense que tout se résoudra sous peu.

Les avatars de la révolution – pour suivre la pensée d’Argimiro Gabaldón, légende de cette vallée – avec ses avancées, erreurs, échecs et victoires, sont inévitables. Le marxiste péruvien José Carlos Mariátegui disait que la révolution comme projet vers le socialisme était une création héroïque, un travail collectif des peuples sans cet héroïsme aristocratique digne d’une statue grecque ou d’une icône hollywoodienne. Qui reste chez soi quand l’odeur de la terre mouillée de Momboy monte après la tempête ? Les lutteurs d’acier de la vallée de Momboy, le mouvement communard, sortent vers la vie.momboy6

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2014/06/a-la-vida-momboy.html

Texte : Ernesto Cazal. Photos : Gustavo Lagarde

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : http://wp.me/p2ahp2-1xC 

Un souffle repris…

Ministro-Reinaldo-Iturriza-MonagasNommé au Ministère de la Commune par Nicolas Maduro, le sociologue critique Reinaldo Iturizza (photo) a pour mission d’appuyer la construction de ce levier stratégique dans la transformation du vieil État. Il  a commencé par changer la méthode. Fi de toute imposition d’un “modèle”. Écouter, écouter les critiques et les propositions citoyennes. Des journalistes comme Aquarela Padilla ont commencé à écrire cette chronique communarde, non plus pour vendre – comme le font encore d’autres institutions de l’État – le socialisme comme un “produit” mais pour se faire l’écho des voix populaires. Son récent article a été publié (en espagnol) sur le site du Ministère de la Commune : http://www.mpcomunas.gob.ve/la-comunaun-aire-recuperado/

T.D., Caracas, février 2014.

Un souffle repris…

Par Aquarela Padilla

Ici les distances se mesurent différemment, il faut s’habituer à ces ruses du temps; nous voulons atteindre du regard tout l’horizon, le secret de ce calme, mais tant de plaine et de pluie nous débordent les yeux, la poitrine. Nous avons avalé les heures et les kilomètres comme des quartiers de mandarine, jusqu’à la rencontre… Au milieu de la terre, un arbre Pomalaka aux fleurs fuschia remplit l’espace : c’est là que nous faisons la connaissance des membres de la Commune Luisa Cáceres de Arismendi qui fait partie de la Cité Communale Francisco de Miranda, dans l’État de Portuguesa.

Le café qu’on nous offre est le rite du commencement de la journée. C’est ainsi, tasse serrée entre les doigts, fumée dans les narines, que nous commençons à comprendre ce qui naît en ces lieux; chaque maison a son potager. A chaque coin un arbre plein d’ombre et à l’infini, les champs de riz.

Nei Sánchez

Ney Sánchez

Ney Sánchez est un homme qui se lève tôt : son accent le révèle. Quand il commence à nous raconter la commune, c’est de lui qu’il parle, et des autres, de sa famille, des enfants qu’il embrasse endormis à la tombée du jour. “Nous avons choisi le nom Luisa Cáceres, dit-il, parce que 80 % des membres de l’organisation sont des femmes et qu’elles ont voté en majorité pour ce nom” (1). Il est si sûr, Ney, de ce qu’il raconte, que les mains s’envolent à chaque point et reviennent en place après une pause. Chaque phrase est directe, porte : “auto-gouvernement”, “dépasser le pouvoir des mairies”, “la participation directe du peuple”, tout l’effort qu’a coûté la construction a valu la peine, malgré la négligence, la complicité et le sabotage de quelques fonctionnaires et de dirigeants choisis dans les urnes.

On sent chez ces communard(e)s la fermeté d’une position politique : tous argumentent et dénoncent avec la rage de qui sait qu’il possède la raison et la justice. L’héritage de Chavez est plus fort que tout opportunisme, et c’est pour cela qu’ils continuent de voter pour des candidats de papier quand il le faut, même s’ils savent que là n’est pas la voie mais dans la lutte collective, au coude à coude. S’ il est posible de dire quelque chose du “chavisme” c’est cette fidélité à l’idée, ce pari sur l’espoir, là où se noue l’affrontement direct entre celui qui a tout et celui qui vend sa récolte pour quelques sous afin de payer les chaussures du petit pour l’école; Et cela n’a pas cessé en pleine révolution, la Garde Nationale reste un instrument répressif contre le paysan, les crédits continuent à arriver au patron, certains dirigeants se lavent les mains, complices, avant de se faire prendre en photo pour la postérité; les gens continuent à croire en Chávez… il n’y a pas de peuple vaincu.Familia de la Comunidad de Puerto Las Animas de la comuna Luisa Cáseres de Arismendi

Le courant paysan Bolívar et Zamora a appuyé la naissance de cette organisation; mais c’est avant, en 2006, qu’ont commencé à se former les Conseils communaux. “Nous sommes nés sans formation, Chavez voulait que le peuple s’organise, nous avons démarré avec 30.000 Bolivars, ce fut une erreur; c’est avec cela que nous avons construit un couloir pour l’école et un toit avec sa plate-forme pour l’école maternelle; mais nous avons éprouvé le besoin de nous former, d’organiser le contrôle social. La faiblesse des conseils communaux, c’est que nous ne sommes pas tous convaincus de la nécessité de cette construction, les partis politiques nous divisent aussi”. Quand sont venus les militants du courant Bolivar et Zamora, avec leur expérience de l’État d’Apure, nous avons désigné en assemblée la commission de lancement de la commune. Parallèlement à ce processus d’auto-gouvernement, le gouvernement officiel créait les zones communales selon un découpage géographique différent de celui décidé par la population et sous une forme juridique qui empêchait l’usage direct des ressources par les Conseils communaux.Platanal-de-la-Comuna-Luisa-Caseres-de-Arismendi

Aujourd’hui Luisa Cáceres de Arismendi est une des communes agricoles les plus productives du pays; si la Patrie était un corps, San Genaro serait la bouche… Ocumo, papaye, banane à cuire,  manioc, oignon, riz, maïs et tomate font partie des 27 cultures mises en production sur les 8000 hectares que couvre la Commune. On estime la production quotidienne à 40 tonnes qui sont revendues dans les supermarchés à un prix trois fois plus élevé que celui payé au paysan. “Il faut en finir avec ce modèle qui règne depuis 50 ans, il faut installer des Entreprises de Production Sociale; échanger, envoyer ce manioc directement aux autres communes, casser les chaînes de l’intermédiaire privé et du capitaliste” poursuit Ney.

Une partie du problème à résoudre est que les unités de stockage et de distribution les plus proches se trouvent dans les chefs-lieux, à Acarigua ou à Guanare, ce qui rend le transport de la récolte si coûteux; d’un autre côté il y a les intrants qui doivent être garantis par Agropatria (entreprise publique, NdT) mais qui arrivent… après le cycle des semailles.

Un drapeau qui flotte peut signifier beaucoup de choses, surtout s’il est désigné par la main d’une survivante… Elle, elle est arrivée il y a vingt ans, fuyant la guerre en Colombie, elle a vu mourir ses frères, elle sent encore le feu dans ses mains et dans sa poitrine, raconte-t-elle, le bruit que laisse l’horreur, parce que ses frères sont tout un peuple, tout un peuple en flammes. Chaque fois qu’elle dit “Colombie”, ses yeux se mouillent, la mort ne fait pas de trêve à la mémoire. Elle est son histoire, le portrait vivant de son massacre, elle militait dans l’Union Patriotique, camarade de Gaitán et de Bolívar, camarade de Chávez avec qui elle s’est réunie dans la clandestinité, avant son “pour l’heure…”Je suis exilée, j’ai subi la guerre, j’ai 40 ans, je suis de gauche, et j’ai suivi ma route, persécutée par Uribe quand il était gouverneur, il fut le chef direct des paramilitaires – c’est là la racine principale des assassinats commis en Colombie; et Santos aussi, qui fut son ministre de la défense, ils ont assassiné la Colombie, ils ont assassiné les pauvres, le paysan, l’humble…Tous ces morts nous les devons à Uribe, ce fut pire que Pinochet, la bourgeoisie colombienne ce sont 300 familles très puissantes; les gens aussi sont très courageux, j’en ai connus qui ne se sont jamais rendus”.

Elle sait que toute naissance est difficile et que la Commune est une respiration, un souffle repris, en fin de compte c’est la même semence qu’elle a toujours défendue. “Ce ne sont que 14 ans, c’est comme lorsqu’un enfant naît et qu’on regarde comment il se met à marcher, tel est le Venezuela, là-bas en Colombie on a vécu 65 ans de lutte. Chavez, ce fut le meilleur de ce qui pouvait nous arriver 200 ans après Bolívar, il a touché tout le monde, les enfants, les vieux, il nous a rendu les clefs de l’Histoire, et nous a brisé le coeur quand il nous a laissés”.

Pour protéger sa vie, nous tairons son nom, c’est sa force morale qui importe, les femmes de la commune l’appellent “la grand-mère”. Ensemble elles nous montrent la plaie ouverte, elles disent encore qu’une révolution se gagne avec le ventre plein et que chaque fois qu’elles arrosent la terre et portent les petits-fils sur la hanche, elle se sentent “révolution”.

Comuneros y comuneras reunidosComuneros-y-comuneras-conversandoPhotos : Veronica Canino

Source : “La Comuna… un aire recuperado”, http://www.mpcomunas.gob.ve/la-comunaun-aire-recuperado/

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

Note :

(1)   Luisa Caceres Arismendi (1799-1866),  héroïne républicaine de la lutte pour la libération et l’indépendance du Venezuela contre la monarchie espagnole. Ses restes reposent au Panthéon, à Caracas.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/01/un-souffle-repris/

C’est encore loin la Commune ?

comuna10Il y a José, qui a conduit 17 heures jusqu’à Guasdualito; Milangela, qui a pris les photos; Ángel, le “filmeur”; Miguel Ángel, l’assistant de production; et Christian, le script : ce sont quelques uns des membres de l’équipe qui filme la chronique de la naissance des communes au Venezuela depuis que le sociologue Iturizza a été nommé ministre par Nicolas Maduro. C’est encore loin, la Commune ? Quand nous lirons “C.C. El Valle” et nous ne penserons plus à un Centre Commercial mais à un Conseil Comunal, nous aurons déjà pas mal avancé…

A 10 h. 55 du matin le vendredi 4 octobre nous étions proches d’une station d’essence à Guasdualito. Nous étions arrivés à l’aube. Nous sommes passés par San Fernando.

SONY DSCJesús Aragoza est de Guasdualito et il a 22 ans. Il est “chargé par le ministère des Communes de coordonner les politiques avec le pouvoir citoyen”. “Combien gagnes-tu ?”. “Le salaire minimum” (rires). Á côté de nous un homme vend du café et du jus de canne. “Nous allons à la Commune Ezequiel Zamora, sur le grand domaine Los Blancos, une des premières créées dans la municipalité Páez”. Je lui demande: “Pourquoi une file aussi longue pour l’essence ?”. Réponse sans détours: “Contrebande. La contrebande est totale ici. C’est un commerce très puissat, acheter l’essence la moins chère du monde au Venezuela pour la revendre en Colombie… et non seulement l’essence, n’importe quoi. Un rouleau de papier toilette, vaut mieux le revendre dans l’Arauca (département colombien, NdT) qu’ici à Guasdualito”.

Ainsi, les ressemblances entre Apure et Caracas vont au-delà des deux mairies. Les spéculateurs du dollar sont aussi des contrebandiers. La maxime du capitalisme – tirer le plus grand bénéfice possible du moindre effort – resurgit à chaque pas.

Ici on parle du chip pour contrôler combien de fois on remplit le réservoir. Je m’approche et j’en vois un, collé sur un pare-brise, une étiquette avec un code-barre. C’est le chip.

Une heure plus tard nous sommes au domaine Los Blancos, un système de production mixte de 5.731 hectares selon l’unique document. Il y a un réservoir peint en jaune avec les visages, peints aussi, de Chávez, Bolívar, Simón Rodríguez, Fidel et le Che. SONY DSCIl a cessé de pleuvoir. Un temps et nous sommes envahis par la tranquilité des grandes plaines. Les gens nous reçoivent cordialement. Un garçon se sert d’un ballon de foot comme tambour. Une douzaine de types se réunissent. Les gars du ministère leur racontent pourquoi ils sont venus et ils écoutent attentivement. La plupart usent de bottes de vachers ou de caoutchouc. Un seul porte des sandales. L’idée est d’enregistrer une vidéo pour expliquer ce qu’est une commune de l’État d’Apure. Ils commencent par le commencement: “D’abord nous avons pris la terre…”.

comuna 2Une jeune fille observe depuis la maisonnette voisine. Elle s’appelle Eglis, elle est de l’État de Guarico, de Tucupido. Elle est venue pour sa mère. Voix douce, légère. Elle porte un enfant de trois mois, qu’elle a eu avec Franklin, qui est, lui, de l’État d’Apure. Le garçon qui joue au foot, et qui est ausi le percussioniste du ballon, a cinq ans. Il s’appelle Kelvin. “Qui connais-tu pour jouer au foot ?” “Et ton joueur favori ?”, je lui demande. “Mon cousin”. “Quel âge a-t-il ?”. “Il m’arrive ici” me répond-il en alignant sa main au-dessus de sa tête. Un enfant heureux, qui s’assied pour écouter les adultes raconter leur histoire avant de se lever pour jouer au ballon. Il y a plusieurs tracteurs, et, tout près, un porcelet attaché qui tente de s’échapper quand je m’approche.

Essai pour le son. Quand on tend le micro à Esteban Martínez, parlementaire de la commune, Franklin dit : “C’est du courant que vous allez lui mettre, mon Dieu !”. Esteban n’a pas peur et compte d’abord de un à dix, arrive à huit, c’est bon pour le son; ensuite il se lance dans le récit de la prise de terres, sans regarder la caméra : “Nous sommes dans la municipalité Páez, secteur Guasdualito, Commune Ezequiel Zamora, Conseil Comunal Jorge Eliécer Nieves. Baptisée ainsi à la mémoire d’un compagnon décédé das les premiers jours de la lutte. On l’a assassiné”.

« Beaucoup d’entre nous disions que la femme ne faisait rien, hein ? simplement parce qu’elle était à la maison. »

Tant de sang versé pour obtenir ce que nous avons et il y a encore des vénézuéliens qui se moquent avec leur “oui mais” lorsqu’on leur parle d’avoir enfin une Patrie. Exser Araujo s’est approché de nous. Il est responsable de Fundacomunal, municipalité Páez et il est membre de la Commune Bolivarienne Socialiste Periquera. Sept Conseils Communaux la composent, pour 9.020 habitants. Il m’explique que dans le temps Guasdualito s’appelait Periquera (la “perrucherie” NdT), pour des raisons évidentes, et fut rebaptisée à cause d’un arbre qui s’appelle la guasda, une sorte de bambou. Il me dit qu’ils sont révolutionnaires, qu’ils n’ont pas peur de faire des aller-retours pour participer aux manifs. Je lui dis que certains affirment qu’ils sont payés pour aller manifester. “Non, vous voyez, cela me gêne de le dire, mais parfois on n’a rien à se mettre sous la dent là-bas, c’est dur. Nous devons faire le travail qui nous incombe : quand on voit un vieillard qui a donné toute sa vie pour construire ce pays, parfois avec une pelle, parfois une machette, travaillant pour le capitaliste et parfois sans salaire; et qu’aujourd’hui le gouvernement le prend en compte, pour nous c’est une satisfaction. Parce que tout ce que ces capitalistes leur ont pris, en les exploitant, jusqu’à les jeter quand ils étaient trop vieux, cette immense dette sociale qui leur est due, le gouvernemet la paie aujourd’hui. C’est comme la Mission “Mères de Quartier” (Madres del Barrio), beaucoup d’entre nous disions que la femme ne faisait rien, hein ? simplement parce qu’elle était à la maison. Mais c’est le travail le plus digne qu’on puisse avoir dans la vie”. Exser a 47 ans.comuna 1Toutes les histoires parlent de l’appel à travailler dur à partir de la prise des terres. Des personnes qui ont envie de s’organiser, fatiguées des injustices, des mauvais traitements. Jesús Contreras va nus pieds. Il s’en fiche. Il foule l’urine de vache, monte à cheval, fait tous les travaux de la terre ainsi. Il a 58 ans, taiseux. Les gars du ministère ont eu du mal à lui tirer des mots. Il a étudié jusqu’en deuxième primaire. “Hé Jesús, tu es chaviste ?”.Ça oui, je suis révolutionaire, très. Parce que je suis né avec la révolution dans le ventre, et c’est bon ce qui se passe. Beaucoup ont leur terre aujourd’hui et travaillent pour eux-mêmes. Ils ne sont plus les esclaves d’autrui”.

On a fait du café, on a continué à converser. Est arrivée l’heure du déjeuner.

comuna 8AMPARO

Je suis seule. Je n‘ai pas de mari et à Caracas beaucoup me connaissent”. “Pourquoi ?” je lui demande. “Peut-être parce que je suis une bonne personne ! Je ne perds pas une manif”. Elle est venue de Colombie il y a 36 ans, quand elle en avait 30. Madame Amparo nous a cuisiné de la viande, du manioc, des bananes vertes, du riz. Assiettes d’étain, pour verres de pots de mayonaise. “Pourquoi êtes-vous venue ?”. Un bref silence. “Problèmes dans la vie” me répond-elle. Tout fut délicieux, abondant. Nous sommes dans sa parcelle cultivée. Elle parle de “palos”. Ceux d’Amparo portent des avocats (une cinquantaine), des goyaves, des citrons (une vingtaine). Nos “palos” à nous désignent des quantités d’argent (“Combien coûte ce portable ?” et on te répond: “Trois palos, quatre palos, trois mille, quatre mille”). Quelle différence. Esteban, dès qu’il a fini de manger, se met à courtiser Amparo. Ouvertement. Nous avons mangé tous les quinze et le ventre plein, nous nous amusons des tentatives d’Esteban. Par chance, je n’ai pas dû faire la vaisselle.

Esssayons de décrire l’espace : toit de paille, sol de terre. Foyer. Papayes, noix de coco, bananes, citrons, avocats, mangues. Les piliers de la maison sont des troncs où courent les fourmis. Un transistor à piles pend d’une clôture. Une palette ! Cela faisait longtemps que je n’en voyais pas. Elle sert à tamiser. Des poules, des chiens, des chats, du bétail. Ciel, vert, terre, tranquilité. Grande plaine ouverte. Silence. Ils n’ont pas encore l’énergie électrique.

Luis Molina est de Barinas. Venu ici à cause des “circonstances de la vie. Je suis tombé amoureux”. Lors d’un match de foot on lui a parlé de la prise de terres. Il y a trois ans qu’il vit au sein de “cette belle famille que j’ai autour de moi. Vous dire que tout fut merveille serait mentir. Nous avons eu nos embûches, mais nous les avons surmontées. Chaque jour on apprend à se tolérer un peu plus. Une commune c’est une grande famille”. Luis mâche sa chique de tabac, une très grosse chique et continue l’histoire de l’alimentation pour les cachamas (poissons d’élevage, NdT), on n’en trouve pas: “On ne trouve pas d’aliments. Quand ils arrivent, on le donne aux gros producteurs, que les petits se fassent foutre. Alors il faut s’associer à un capitaliste pour pouvoir en acheter. Puis le bénéfice, c’est ce qu’on distribue. Supposons qu’on arrive à vendre 2.000 kilos à 50 bolívares. Le capitaliste vient avec ses factures de frais: carburant, alimentation… ça fait 60.000. Donne-moi ma part. Et de ce qui reste, fifty-fifty. Donc en six, sept mois de travail tu gagnes 20.000 bolívars. Le capitaliste ne s’intéresse qu’aux billets. Souvent toute la production part pour la Colombie. Bien sûr, là-bas c’est plus cher, on leur en donne un meilleur prix. Eux ne s’intéressent pas à la nourriture des gens d’ici, seuls les bénéfices les intéressent. En Colombie on t’offre jusqu’à 100 bolívars le kilo, ici il n’atteint pas 50. Les problèmes ? Les poissons guabinas, les caïmans, oxygéner l’eau. Il faut courir chercher des gens pour entrer dans l’étang et remuer l’eau”. Reprise de chique de tabac.

Le quotidien est exotique: regarder comment on alimente les cachamas. Dans l’étang d’Amparo il y en a  2.000. Il faut faire attention au caïman. Je l’ai vu. Avec tous ces caraquègnes faisant du tapage, les cachamas n’osaient pas venir manger, jusqu’à ce que nous nous taisions et elles ont mangé. Auparavant, la photographe s’est baignée dans l’étang. Le caïman ne lui a rien fait et elle ne lui a rien fait non plus.

comuna 6SAMEDI ET DIMANCHE

Le samedi les communards ont joué au football. Avant d’aller les regarder, sur la place Bolívar de Guasdualito j’ai bu la meilleure chicha du Venezuela : “Chicha La Caraquègne”. Yohender est de San Cristóbal, il se trouve à Guasdualito et a appris à faire la chicha à Caracas.

Le dimanche nous sommes allés à Barinas. Dans la rivière La Acequia, nous nous sommes offerts une baignade. Á Barinas, j’appelle “le chien” José Roberto Duque. Il débarque et nous offre une seule tournée de bières. Je lui raconte : “Je viens de voir une commune dans l’état d’Apure. Hier ça a fait sept mois qu’est mort le Commandant abattu et aimé. Comment terminer cette chronique ?” pendant que je bois un verre. Et “le chien” qui n’a encore rien bu, de me répondre: “Non, bon, ce qu’il faut c’est la commencer. Si tu cherches des conmunes par ici, tu verras que tout est en germe. Et les gens ont l’intuition suffisante pour savoir par où commencer. En outre il y a beaucoup de communautés qui font des communes depuis longtemps sans le savoir. Le Venezuela est plein de communautés de ce type. En Apure, d’oú tu viens, il y en a une qui s’appelle El Zancudo, c’est celle dont je suis tombé amoureux. C’est une commune en formation et ils se sont rendus compte que ça s’appelle comme ça. Il y a des gens qui se sont d’abord informés par des lectures, par le discours de Chávez, sur ce qu’est une commune et ensuite ils ont commencé à la faire. Il y a des gens qui ont commencé à l’envers. Ils ont fait les choses avec leur corps et ensuite se sont rendus compte qu’ils faisaient la révolution, sans le savoir”.

Texte original (espagnol): Gustavo Mérida

http://www.ciudadccs.info/?p=493031
Photographies Milángela Galea

Traduction: Thierry Deronne

Piritu Becerra, une commune qui crée la vie et l’organisation.

piritu 4Par Marco Teruggi

Le soleil frappe la pleine, la terre devient rouge, l’horizon dépose son immensité bleue sur la verdure. Sous un chêne vert , Pedro Pantoja, à sa gauche un déjeuner tardif, à sa droite un élevage de tortues et de « cachamas ». « La communauté doit s’approprier l’héritage du Commandant Hugo Chavez », dit-il. Nous sommes dans la commune de Piritu Becera, près de la ville de Calabozo, dans l’état de Guarico.

comuna 3Cette histoire a ses racines dans la lutte pour les terres, lorsque « ce qui était à un dictateur passait aux mains d’un autre dictateur » et pour les gens, misère et exploitation. Le sol que nous foulons a été récupéré par le peuple, plus de 300 000 ha, obtenus après dénonciation à l’Institut National des Terres et occupation.

Pour le dire en chiffres, Piritu Becera possédait 2 540 familles organisées en 36 conseils communaux, un parlement communal auquel participaient 40 porte-paroles hommes et femmes, un conseil exécutif, un conseil de planification, un conseil d’économie, celui des finances sociales et une banque communale. A l’Assemblée constitutive de la commune, tenue en octobre 2012, ont participé 2 000 personnes dont 1 200 votants mettant en place ce que nous voyons aujourd’hui.

Mais laissons les chiffres de côté, qu’est-ce que la commune ? La première chose que Pedro nous dit, c’est qu’il s’agit d’un espace dans lequel ils ont réussi à obtenir une réponse à quelques-unes des demandes collectives. Par exemple, l’acquisition et la mise en route de 2 entreprises appartenant à la commune, une de transport et l’autre d’exploitation de gravier et la remise à la commune de 1 100 ha distribués à 66 producteurs. « Nous nous unissons parce que les besoins sont communs », explique à son tour Maria Nuñez. Elle porte une casquette de la Milice Bolivarienne Paysanne et on l’appelle « Maruja ».

piritu piritu3 piritu 2

Le pouvoir populaire, pour moi, c’est cela, avoir le pouvoir de décision.

C’est l’endroit où au moyen de l’organisation populaire continuent à chercher une réponse à d’autres revendications, comme par exemple la viabilité, les crédits pour les machines, une école, une usine de traitement des aliments. Pourquoi ? Par nécessité et dans une perspective que l’habitant de la commune José Soto, explique, lui qui a écrit un livre sur les succès de la Révolution Bolivarienne : « L’idée, c’est que nous produisions et soyons auto-suffisants, que nous fassions monter la production jusqu’à l’auto-suffisance ». Sur ce, Maruja ajoute : « L’idée, c’est que dans environs 3 ans ou peut-être un peu plus, nous ne dépendions plus de l’Etat providence parce que nous n’allons pas tout le temps solliciter l’Etat ». Dans ces paroles, il y a une idée : l’autogestion et dans ce but, ils fonctionnent avec une commune urbaine.

Il y a un autre objectif : le « bien-vivre » comme le dit Pedro, sous les branches où se posent les grives. Mais aussi et surtout, cette commune suit la route qu’a tracé le Commandant Hugo Chavez, présent dans ces paroles : « La commune est un gouvernement autonome, un projet politique pour avancer vers une société dont l’objectif est l’homme ». Qu’est-ce que le gouvernement autonome : l’autogestion et le développement du pouvoir populaire, comme l’explique Maruja : « Le pouvoir du peuple, avoir nous, la possibilité de décider ce que nous voulons, comme nous voulons, dans le but que nous voulons et de la façon que nous voulons. Le pouvoir populaire, pour moi, c’est cela, avoir le pouvoir de décision. »

L’auto-gouvernement, qui a une de ses instances centrales dans la commune, dans le parlement communal, qui se réunit en ce qui concerne Piritu Becera chaque deuxième samedi du mois car le premier samedi ont lieu les assemblées du Conseil Communal : « Le Parlement serait comme l’Assemblée (Nationale ) là où l’on discute, débat,où l’on aboutit à des accords auxquels on doit aboutir ».

Quelles sont les difficultés pour y arriver ? Nombreuses. Certaines propres à la commune, comme l’explique Irama Maldonado en montrant des affiches où sont indiqués les succès de la commune : « Nous cherchons à travailler horizontalement, chacun avec une participation identique mais ce n’est pas facile. Souvent, il arrive que quelques-uns pensent d’abord à leur conseil communal, à leur secteur ». Elle est claire : « Les gens ont toujours le même état d’esprit, ils en sont toujours à la quatrième république, à la démocratie représentative, clientéliste. »

Il faut mettre au rancart les vieilles bureaucraties, les mairies, les gouvernements, pour en arriver à un peuple qui se conduise lui-même.

Face à cette difficulté, Maruja insiste sur la nécessité de travailler de manière collective et permanente : « Il y a une grande équipe qui est en lutte jour après jour , du dimanche au dimanche, les 365 jours de l’année ». elle souligne aussi que la commune doit répondre aux intérêts collectifs, non à ceux d’un producteur particulier, encourager toujours la perspective de l’ensemble : « L’organisation des communes n’est pas là pour défendre l’individualisme, si tu ne veux pas travailler avec l’ensemble de la commune ou du groupe, tu dois partir et te défendre comme tu peux. »

SONY DSCAutre difficulté ? Quelquefois, les relations avec les institutions d’Etat. Maruja explique qu’elles se sont améliorées : « Auparavant, la bureaucratie nous tuait, ici. On fermait les portes aux paysans. Maintenant, elles sont ouvertes pour nous. Cela n’a pas été facile mais nous l’avons obtenu. » Cependant, les critiques existent, c’est ce qu’explique Pedro : « Il y a des résistances de la part des institutions qui ne veulent pas céder de l’espace à la nouvelle société ». Et il ajoute : « De nombreux habitants de la commune partagent notre réalité. Il faut mettre au rancart les vieilles bureaucraties, les mairies, les gouvernements, pour en arriver à un peuple qui se conduise lui-même.” La commune est une réalité de l’organisation populaire qui se construit jour après jour, par le bas, avec effort et comme un horizon immense où se trouvent les rêves individuels et collectifs dans lesquels les uns rendent les autres possibles. Face à ces problèmes qui surgissent et parfois découragent apparaît ce que le compagnon de Maruja, Carlos Muñoz, définit comme « l’invention » : l’initiative et la créativité populaires, celles qui permettent de construire en économisant, de s’armer avec les moyens disponibles, sous la pluie, le soleil et dans la nuit.comuna 5

La commune rurale possède, en outre, une force unique : elle produit des aliments, la vie. Et Piritu Becera le fait sur des milliers d’hectares qui, auparavant, étaient improductifs parce qu’ils étaient aux mains de grands propriétaires et parce que, dans la logique du grand capital, il n’était pas rentable de les exploiter. Ces étendues étaient alors des terres oisives qui n’avaient d’autre place dans le modèle rentiste pétrolier que celle d’être louées pour l’élevage ou pour que le paysan soit exploité pendant le jour pour ensuite voir les étoiles, affamé, depuis sa maison sans toit.

Pastèque, papaye , tomate, laitue, coriandre, riz, concombre, manioc, piment, haricots, citrouille, banane, ail, pour ne nommer que quelques-uns des légumes et des fruits que donnent à présent ces terres grâce aux efforts quotidiens des hommes et des femmes, malgré, comme l’affirme Yelitza Araujo, la chaleur accablante du midi vêtu de libellules : « La campagne est forte, tu viens aujourd’hui samedi, nous travaillons, tu viens demain dimanche et nous travaillons aussi. »

Piritu Becera produit, crée, montre la force de l’organisation populaire. Elle enseigne l’héritage de Chavez, l’aube de la campagne quand les arbres font de l’ombre sous le ciel qui devient magenta, bleu, la terre reprend son vert lointain et l’habitant de la commune Elvis Hidalgo affirme : « Je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de faire partie de cette histoire ». Sous le regard tel un fleuve de José qui répète : « Oui, nous pouvons, oui, nous pouvons ».

Texte original (espagnol) : Marco Ferrugi

http://comunaadentro.blogspot.com/2013/10/piritu-becerra-una-comuna-que-produce.html

Traduction : Gaston Lopez, http://cubasifranceprovence.over-blog.com/

 URL de cet article : http://bit.ly/16QtEhB

Le droit à la retraite : modèle vénézuélien contre modèle grec, par Jesse Chacon

Dans la première semaine d’avril, une nouvelle a secoué le monde entier. Dimitris Christoulas, pharmacien à la retraite de 77 ans, se suicidait d’un tir dans la tête face à une multitude sur une place d’Athènes. Dans sa poche et chez lui, il laissait une lettre où il disait:

« … Le gouvernement Tsolakoglou a anéanti toutes mes possibilités de survie, qui se basaient sur une pension très honorable que j’ai payée seul pendant 35 ans sans aucune aide de l’Etat. Et comme mon âge avancé ne me permet pas de réagir d’une façon dynamique (quoique si un compatriote grec devait se saisir d’une Kalashnikov, je m’empresserais de le suivre), je ne vois pas d’autre solution que de mettre fin à ma vie dignement, ce qui m’épargne d’avoir à fouiller les poubelles pour assurer ma survie. Je crois que les jeunes sans avenir vont prendre les armes un jour et ils pendront les traîtres de ce pays sur la Place Syntagma, exactement comme les Italiens l’ont fait pour Mussolini en 1945 ».

La mort tragique de Dimitris, plus qu’une attitude d’impuissance et de frustration telle que l’a présentée la presse internationale, représente un fait politique de résistance et de dignité, qui s’ajoute à la mobilisation de milliers de grecs qui aujourd’hui prennent les places d’Athènes pour protester contre le paquet drastique d’ajustements néo-libéraux que le gouvernement impose sous l’exigence du pouvoir financier et technocratique européen.

En Grèce depuis le début des mesures d’austérite gouvernementale prises en 2010 les allocations de retraite ont été diminuées d’environ 15 %  et celles de plus de 1.200 euros ont été réduites de 20 % de plus. Des citoyens qui ont cotisé, épargné toute leur vie, patiemment, pour jouir de la tranquillité dans leur vieillesse, découvrent aujourd’hui que tout s’écroule, que leur argent n’existe pas, que d’autres l’ont dépensé ou mal investi dans les ballets de titres qui se sont évaporés avec la crise financière déclenchée depuis 2008.

La sécurité sociale, et notamment la protection de la vieillesse, est une institution enracinée socialement depuis de nombreux siècles, et a surgi comme une pratique solidaire générée par la préoccupation pour les invalides ou face aux incertitudes du lendemain. Après la deuxième guerre mondiale et la déclaration formelle des droits humains en 1948, la sécurité sociale se déploie dans une structure de normes internationales et nationales qui en fait un droit formel; les états nationaux créent des structures prévisionnelles et de sécurité sociale et, au sein de celles-ci, des fonds de pensions, lesquels garantissaient une retraite pour les travailleurs à travers leur épargne.

Mais dans la décennie des années 70, la voracité néo-libérale a détruit le sens solidaire de cette institution et l’a convertie en un butin, cédant la place à la privatisation des fonds de pension. Ces fonds sont alors gérés non plus par des sécurités sociales publiques mais par des fonds privés de pension.

La bouchée succulente de l’épargne populaire commence à remplir les coffres du capital financier. Celui-ci sans perdre de temps se met à investir ces fonds dans des titres et dans d’autres investissements douteux à l’extérieur. Au Chili par exemple en 2008, selon des données du Centre National de Développement Alternatif (CENDAS), “95,2 % des fonds investis à l’extérieur l’étaient sous rente variable, dans des pays fortement touchés par la crise et dans des instruments à haut risque. Depuis le début de la crise, le 25 juillet  2007 et jusqu’au 30 septembre 2008, les fonds de pensions avaient perdu 20,37 millions de dollars actuels, ce qui équivaut à une perte de 18.97%”. Tout ceci incombe aux Administrations des Fonds de Pensions (AFP) privés, qui jouent et perdent l’argent des personnes âgées, tout en se présentant au monde comme des experts en efficacité.

Le crédo capitaliste néo-libéral qui s’appuie sur le discours de Hayek et de Fridman, détruit la solidarité comme valeur et rend hégémonique une nouvelle anthropologie basée sur l’égoïsme et sur l’utilitarisme; cependant, de manière répétée, son modèle échoue et sa nature apparaît au grand jour : un système de de gangsters voué à la dépossession, au vol déguisé, destiné à augmenter la richesse de ceux qui sont déjà riches, très riches.

Mais il existe une alternative pour construire la société et la vie, il est possible de construire la société à partir d’idées socialistes, il est possible de récupérer la solidarité comme cœur des relations sociales et de construire des politiques qui garantissent le bien-vivre et le bonheur social.

Au Venezuela, après la mise en échec du modéle néo-libéral par l’insurrection populaire, lors de la révolte du caracazo (1989) et les soulèvements civico-militaires de 1992, cette alternative socialiste a été validée par des réalisations tangibles. Les fonds de pensions ont été préservés comme faisant partie du secteur public et l’État national est redevenu le garant de ces droits. Pendant ces 12 ans de gouvernement bolivarien le nombre de pensionnés a augmenté, passant de  211.040 en 1998 à 1.544.856 en 2010 (voir graphique).

L’Europe subit une crise qui est le produit de la dure recette néo-libérale d’austérité et de privatisations;  le Venezuela avance en tissant son futur sur la base de la solidarité et des idées du socialisme.

Jesse Chacón

Director GISXXI

http://www.gisxxi.org

Traduction : Thierry Deronne, pour http://www.venezuelainfos.wordpress.com

Original en espagnol : http://www.gisxxi.org/articulos/la-pension-un-apetecido-bocado-para-el-capital-financiero-jesee-chacon-gisxxi/

Le projet Capriles et la nostalgie de la voie capitaliste pour l’agriculture vénézuélienne

Le Venezuela agraire antérieur à 1930 avait pour noeud central des relations sociales le « latifundio »: Nous disons « relation sociale » car cette immense étendue de terre improductive, accumulée dans peu de mains et  appelée « latifundio », est l’expression d’une forme particulière d’organisation sociale et en particulier de processus productifs. Autour de l’improductivité de la terre s’articulent des relations d’exploitation agraire qui vont de la vassalité exprimée sous des formes de métayage ou de location jusqu’à des formes d’esclavage et de surexploitation. Sa logique est la dépossession et la concentration de la richesse – la terre – dans peu de mains.

Politiquement le « latifundio » est le reproducteur d’une mentalité conservatrice et des usages despotiques dans la configuration du régime. Socialement, son résultat est la pauvreté pour d’immenses masses paysannes condamnées à l’analphabétisme.

Bien que la configuration du nouveau modèle productif centré sur le pétrole à partir de 1930 a déplacé la terre comme axe de l’accumulation capitaliste, comme pouvoir et comme lignage, il n’a pas entraîné la dissolution du latifundio comme institution fondamentale de la trame sociale vénézuélienne. Au contraire celui-ci a survécu et a coexisté avec l’oligarchie de l’argent configurée autour de la capture de la rente pétrolière et des formes rudimentaires d’industrie, agro-industries et commerciales dérivées de ce processus.

Timidement, dans la perspective du développement d’un modèle agro-industriel rachitique, la bourgeoisie tenta dès la décennie des années 60 un processus de réforme agraire. Cependant le recensement de 1998 nous montre une carte agraire sous l’emprise du latifundio, qui occupait alors une étendue de 6.762.399 hectares, avec les séquelles de la pauvreté rurale et de l’improductivité.

Dans les années 90, en lien avec l’hégémonie du capital financier international et de son nouveau mode d’accumulation appelé néo-libéralisme, la bourgeoisie vénézuélienne, sans toucher à la structure du latifundio, a tenté inutilement de 1989 à 1998 d’approfondir la voie capitaliste pour l’agriculture vénézuélienne. Dans ce sens s’est ajouté un modèle drastique de dérégulation et d’ouverture économique (dont l’élimination des taxes sur les importations).

Ce modèle a introduit en outre l’élimination de toute mesure de protection interne pour la production agricole nationale. Cette politique a eu pour résultat une crise majeure de l’agriculture vénézuélienne. Il ne pouvait en être autrement vu l’entrée dérégulée de biens agricoles (eux oui, subventionnés) que les pays développés exportaient sur le marché vénézuélien. En complément de cette politique s’est produit une augmentation des taux actifs d’intérêts et une chute du crédit agricole. Le rythme de la productivité agricole a décroché, passant de 15.915.235 tonnes d’aliments produits en 1988 à 17.160.577 tonnes d’aliments produits en 1998, soit une croissance de seulement 8% entre 1988 et 1998.

Mais la prétention de la bourgeoisie vénézuélienne de l’époque et d’aujourd’hui, qui a pour têtes visibles les grands groupes privés Mendoza et Capriles García, était de faire fonctionner la terre sur la base du discours capitaliste de la productivité. Pour atteindre cet objectif, à l’instar de ses pairs latino-américains, elle s’est reconvertie dans le négoce de l’agro-industrie et des cultures liées. Ce qui a signifié un changement radical dans la géographie des relations agraires car semer une hectare de palme africaine, de soja ou de maïs pour produire de l’éthanol, génère un excédent financier supérieur à tout autre produit ou usage du sol agricole. Rapidement les formes de production d’auto-consommation et d’autres biens agricoles destinés à l’alimentation nationale ont disparu, tandis que s’imposait la monoculture avec toutes ses séquelles négatives.

La voie capitaliste pour l’agriculture vénézuélienne, associée à l’horizon de la concentration de la terre dans peu de mains, à la crise agro-alimentaire et à la déprédation de l’environnement, a été stoppée à partir de 1998 par un modèle socialiste. Depuis 12 ans, nous vivons un progrès constant dans la démocratisation de la terre et du crédit agricole, en même temps que la lutte pour récupérer la productivité agricole en vue de produire des aliments pour la population, le tout formant une voie révolutionnaire de souveraineté agro-alimentaire.

Les résultats, au-delà de l’image catastrophiste que veulent imposer les grands médias liés aux intérêts de la bourgeoisie, sont tangibles; la révolution bolivarienne a liquidé le latifundio à 54%. Sur les 6.762.399 hectares de latifundio 3.654.681 hectares ont été récupérés, distribués et mis en production. Il reste donc à transformer 3.107.718 hectares en terres productives, soit 46%.

Comme nous l’écrivions plus haut, de 1988 à 1998 la production agricole nationale a progressé à peine de 8%. A partir de 1998, comme résultat du modèle de révolution agraire, nous sommes passés de 17.160.577 tonnes d’aliments produits en 98 à 24.686.018 tonnes produites en 2010; soit une augmentation de 44%.

La voie socialiste pour l’agriculture a également abouti à la démocratisation du crédit agricole. Selon les données du MInistère de l’Agriculuture et des Terres, la Banque Agricole Vénézuélienne (BAV) est passée de l’octroi de 19.003.986 Bolivars de crédits en 2006 à 1.226.190.113 Bolivars en 2010. Soit une augmentation de 6.352%. De 2008 à décembre 2010, le Fonds pour le Développement Agraire Socialiste (FONDAS) a versé plus de 77.519 crédits pour un montant de 3.758.944.157 Bolivars. Le FONDAS est passé de 16.755.306 Bolivars de crédits en 1998 à l’octroi de 1.165.871.704 Bolivars de crédits en 2010. Soit une augmentation de  6.858%.

Autre fait à souligner dans ce cycle, le développement d’un Système Agro-industriel de Propriété Sociale avec plus de 21.000 travailleurs et 110 Unités de propriété Agro-industrielle; parmi lesquelles des centres de traitement de céréales, de lait, viande, légumineuses, oléagineux, fruits, légumes, sucre, cacao, café et poisson.

La nostalgie bourgeoise de la voie capitaliste pour l’agriculture ne disparaît pas pour autant. Au contraire elle se transforme en 2012 en projet national de restauration et de contre-révolution, c’est-à-dire de supression de tous les acquis de la population, de restauration de l’appropriation privée de la terre et de l’ensemble des chaînes agro-productives. Ce projet réactionnaire et anti-national (qui curieusement s’affirme progressiste) dévoile ses grandes lignes dans le programme d' »unité nationale » formulé par la bourgeoisie propriétaire de la campagne présidentielle de Capriles Radonski.

Lisons :

• “La première action doit être l’émission d’un message net et cohérent destiné au secteur productif privé et aux consommateurs afin de rétablir la confiance. Le gouvernement d’Unité Nationale devra réaliser des réformes légales et appliquer des politiques destinées à garantir les droits de propriété et les libertés économiques établies par la Constitution. Elle procèdera à revoir et à corriger les mesures légales et les abus administratifs qui ont déterminé l’acquisition illicite d’entreprises, de terres et d’autres biens dans la dernière décennie”.

Ce qui signifie que sera développée une contre-révolution agraire.

• “Le gouvernement d’Unité Nationale prendra des mesures nécessairement graduelles pour démonter l’engrenage de permis, de pré-requis administratifs et autres obstacles qui freinent la production, le transport, le traitement et l’importation d’aliments, de fourrage, d’équipements, de produits et de matières premières”.

Soit le retour à la dérégulation de l’agriculture qui sera rendue au libre marché, avec avantages pour les monopoles.

• “Sera mis en marche le processus de séparation entre entités publiques et activités productives ou commerciales sauf celles indispensables au traitement de la population de moindres ressources ou au maintien de réserves techniques qui dépassent la capacité de stockage du secteur privé”.

On reviendra sur les formes de propriété sociale et on les privatisera, pour rendre au secteur privé le contrôle absolu de la chaîne agro-alimentaire.

Ce qui précède montre clairement le processus radical de contre-révolution qu’affrontera la société vénézuélienne si l’option de la bourgeoisie représentée par Capriles Radoski parvient à la présidence. Ce qui est moins clair c’est comment peut se dire « progressiste » une politique qui rend l’agriculture au capital, aux minorités et qui l’arrache à la population, aux majorités.

Comme l’a répété le président Chávez, c’est un problème de modèles : la société vénézuélienne devra choisir dans les urnes entre le modèle qui bénéficiera à la bourgeoisie et le modèle qui bénéfice aux majorités.

Jesse Chacón

Directeur GISXXI

http://www.gisxxi.org

Traduction : Thierry Deronne pour Venezuela Infos, http://www.venezuelainfos.wordpress.com

PDF du texte en espagnol: El Proyecto Capriles y la Nostalgia de la vía capitalista para el Agro  Venezolano

Commune socialiste « Manuelita Saez » de l’Etat Apure

vendredi 22 janvier 2010

La Cité Communale Socialiste Paysanne Simón Bolívar rassemble 39 conseils communaux sur un espace d’environ 155.000 hectares et développe des projets tels qu’une usine de banane, la production essentielle de cette zone.

A l’heure actuelle les paysans n’ont pas d’autres solution que de vendre leur production périssable à faible prix à des intermédiaires, pour ne pas perdre leur production.

L’intermédiaire, qui ne prend aucun risque ou presque, se moque de tout le monde, et ne laisse que des miettes aux travailleurs. La misére continue à peser sur la population qui tente de survivre.

Dans les campagnes, les villes, les commerces, l’industrie, les programmes sociaux, dans tout le travail social en fin de compte, il s’incruste et rend le travail plus difficile e avortant des initiatives désintéressées. Notre peuple a assez d’intelligence, de courage et de sens de solidarité pour n’avoir pas besoin d’intermédiaires.

Dans une petite fiction populaire faite par les habitants eux-mêmes, ceux-ci racontent leur travail quotidien et les avancées qu’ils ont obtenus depuis qu’ils se sont organisés en cité communale. Il est nécessaire de continuer encore et toujours à se former à tous les niveaux pour ne pas être de nouveau trompés par les intermédiaires mercantilistes.

Grâce à l’appui constamment reçu de la part du courant Bolivar et Zamora, ils ont crée une école de formation populaire où ils ont l’opportunité de fortifier leur conscience, de recevoir des savoirs socio-politiques et de s’exprimer pour continuer la lutte, de faire avancer les projets.

Betzany Guedes

Traduction : Grégoire Souchay pour http://www.larevolucionvive.org.ve/

La communauté indigène Timotes s’organise dans l’Etat Mérida

vendredi 18 décembre 2009

Les hautes montagnes, l’intense verdure et l’implacable froid constituent les éléments permettant d’identifier le climat de la région de Mérida. Dans les profondeur de cette région isolée vit une communauté indigène : les Timotes.

Ces indigènes se consacrent essentiellement à la culture de légumes, une partie d’entre elle va à la consommation interne, le reste est vendu aux marchands qui passent régulièrement par leurs villages. Ils doivent le plus souvent vendre leurs production à prix très bas pour ne pas la perdre, car il ne disposent pas de transport en propre pour aller la vendre directement au consommateur.

Ainsi l’explique M. Regulo “ un panier de brocolis est vendu 10 BsF( 3 euros) et si l’on demande un peu plus ils nous répondent qu’ils ne peuvent pas parce que l’essence coûte cher et que pour atteindre ces régions leurs véhicules endurent beaucoup de risques, sans compter leurs autres dépenses ».

Le problème des Timotes est qu’ils ne disposent pas de ce service de transport en propre, qui puisse atteindre les parties hautes des montagnes, sans cela, ils doivent parfois payer un prix exorbitant pour pouvoir simplement rentrer chez eux avec de la nourriture et une bonbonne de gaz. Ils ont donc décidé de créer un Conseil Communal Indigène.

Le premier projet qu’ils ont mis en œuvre a été de construire une route comme l’explique un des membres de la communauté : « avant, nous souffrions beaucoup de la situation car la majorité des transports ne nous amenaient qu’à la moitié du chemin, peu importe qu’ils s’agisse d’enfants ou de personnes âgées. Leur problème c’était leur jeep plus que notre santé. » Le projet a couté au total 30 000 BsF (10 000 euros).

Ils ont également lancé un autre projet : La maison dans laquelle fonctionne actuellement l’Unité Educative a été donnée par une voisine mais le lieu présente de nombreux problèmes comme l’explique une des institutrices : « l’école dispose d’une cuisine et de deux toilettes, mais le toit n’est pas étanche et quand il pleut nous devons faire classe dans la cuisine. Les toilettes sont également inutilisables car l’eau filtre dans la maison quand on tire la chasse ». Ainsi en plus d’acquérir des 4×4 pour développer un service de transport interne ils désirent construire une nouvelle école pour les enfants de l’ensemble de la communauté.

Laynel Fumero

Traduction : Grégoire Souchay pour :http://www.larevolucionvive.org.ve/

Peuples d’Aguas Negras, cultivateurs d’espoir

jeudi 12 novembre 2009

Débute l’assemblée de la communauté, avec l’idée de débattre et de trouver des solutions aux problèmes que rencontrent les producteurs et productrices agricoles du secteur – Aguas Negras, du municipe Tucupita, de l’Etat Delta Amacuro – en portant ces questions aux oreilles des responsables au niveau national “et qu’ils nous tendent une main, c’est ce dont nous avons le plus besoin en ce moment” commente une des paysannes de l’assemblée.

Les problèmes les plus importants rencontrés par la communauté sont :
- le mauvais état des voies d’accès et des routes
- le joug des intermédiaires dans la commercialisation des produits

Eugenio Figueroa (producteur agricole) nous explique : “quand nous avons une production, nous ne pouvons la faire sortir de cet état. Un autre point considérable à traiter c’est d’étudier les possibilités de sauver un partie des terres inondables, en ce qu’elles sont productives. Ce sont des terres très fertiles pour n’importe quelle culture et malheureusement nous devons travailler sur des cycles courts, soit pendant trois mois. En plus, nous devons jouer avec le volume de la rivière et nous pensons que nous devons construire une digue pour irriguer et cultiver tout au long de l’année et augmenter notre production dans cet état et au niveau national.”

“Peuples d’Aguas Negras, cultivateurs d’espérance”

…avec un tracteur de marque Veniran. Perché sur ce tracteur, les paysans se rendent sur leur lieu de travail, lorsque nous arrivons subitement à une ferme, où nous attendent d’autres compagnons avec des drapeaux et des marmites pleines de nourriture pour pouvoir s’enfoncer dans le terrain et ainsi travailler tous unis la terre…

“Je suis un petit producteur local, d’ici, de la commune Juan Millan, nous nous cultivons actuellement des pastèques, de manière artisanale comme chaque année. Les semailles artisanales font partie d’une coutume ancestrale, héritée de nos ancêtres, qui travaillèrent en leur temps la culture d’autres produits comme la yucca, le piment doux et fort, le potiron. Plus les autres cultures d’ici en fonction du climat” commente une productrice.

Luis Gascón (prducteur agricole) : “avec mes enfants et ma compagne ça fait 14 ans que l’on travaille ici dans la pastèque, je me souviens que nous avons commencé à travailler à la machette, avec une première récolte qui fut satisfaisante, une seconde encore plus. Ainsi j’ai pu améliorer ma production et ça m’a plu. Je vais tous les jours travailler, je traverse tous les jours 3 km dans la boue ce qui n’est pas de la tarte ! A 5 ou 6 heures du matin, je suis prêt à sillonner les terres boueuses pour arriver ici.

Pour nous, les terres communales sont toutes ces terres où l’on peut semer avec toute la communauté réunie collectivement et auxquelles peuvent accéder toute personne qui désire travailler la terre. On les appelle terres communalesparce qu’elles appartiennent à tous, par exemple, cette année, c’est moi qui travaille, et l’année prochaine ce sera un autre voisin. On pense en permanence au collectif, nous sommes tous les propriétaires. Comme vous le voyez, ce sont des terres qui n’ont pas de limite bien que beaucoup d’entre elles soient utilisés par des petits producteurs qui débutent dans l’élevage de bétail et qui petit à petit vont construire les enclos pour les animaux, et de même pour les agriculteurs. Ce sont les terres communales parce que nous les travaillons tous.”

“pour la communauté, c’est un succès qui a été rendu possible par les conseils communaux, lesquels, grâce à leur organisation ont atteint de nombreux objectifs. Si nous avions continué à travailler de manière isolée comme auparavant, nous n’aurions rien eu de tout ce que nous avons gagné avec le travail collectif.”

Une des histoires dont se souvient la communauté se déroule il y a deux ans. Arrivèrent deux “messieurs” avec des titres supplétifs, obtenus par le biais de certaines institutions en charge à l’époque. Ceux-là voulaient s’approprier les terres, par le biais d’un titre de propriétaire obtenu dans le dos de la communauté. Quelle ne fut pas notre surprise quand ils se présentèrent devant nous, en voulant expulser les voisins qui étaient à l’époque agriculteurs. À partir de ce moment, commença une lutte inégale. Malheureusement nous n’étions pas encore suffisamment organisés, nous les paysans. Mais, aujourd’hui, avec les conseils communaux et ensuite avec notre organisation comme co-producteurs agricoles, nous avons atteint nos objectif et je pense que désormais, l’Institut National des Terres (INTI) est conscient que ce sont nos terres que nous exploitons et que c’est notre droit en tant que paysans” nous dit Eugenio Figueroa.

Nous assistons à la récolte, au chargement des énormes pastèques qui ont été produites pendant tout ce temps, et chargées dans un des camions.

“Nous voyons, les conseils paysans comme une nouvelle avancée significative ; avant, c’était difficile de travailler la terre tout seul, c’est pourquoi nous avons créé des unités de mécanisation avec FONDAS, ce qui nous a permis d`améliorer la qualité de nos machines. Nous allons en profiter, nous avons tous et toutes contribué à la culture de ces terres. Actuellement, la communauté cherche à collecter toute la récolte de pastèques, et nous sommes sûrs que l’année prochaine celle-ci sera encore meilleure avec la mécanisation obtenue entre temps.

“Etre ici, dans le travail du paysan, au cœur du développement de notre campagne, dans la culture et la récolte collective, fait que le socialisme avance par des faits concrets, avec le travail de base et que se consolide la révolution agraire garantissant la souveraineté alimentaire.”.

Un autre des problèmes important de la zone c’est la commercialisation des produits, en raison des coûts élevés de production, ce qui oblige à faire de la vente à perte. C’est un problème qu’on souhaite porter devant les autorités compétentes pour qu’elles aident de quelque manière que ce soit à créer une coopérative de transport et qu’elles facilitent la vente dans les Mercal et les PDVAL, réseau qui garantit aux producteurs la vente du produit et qui permet d’être sûrs que la récolte ne sera pas perdue. “La commercialisation du produit par le biais d’intermédiaires est une réalité que l’on vit quotidiennement chez nous, qui nous oblige à vendre nos produits à très bas prix et malheureusement nous ne pouvons pas échapper à leurs griffes seuls. Nous, les paysans, nous ne savons pas jusqu’où le gouvernement national intervient dans la commercialisation des produits car nous sommes ceux qui suons et travaillons la terre, et eux sont les “intermédiaires”, qui profitent de la situation pour s’immiscer et nous payer un prix nettement inférieur au prix du marché et qui leur procure de larges bénéfices et nous les paysans sommes les perdants au final. En plus, nous nous sacrifions pour la production, on ne fait pas ça pour le plaisir mais pour pouvoir donner à manger à nos familles, pour pouvoir acheter les graines et les fertilisants pour les prochaines récoltes. Nous lançons donc un appel au ministre du Pouvoir Populaire pour l’Agriculture et les Terres Elias Jaua, pour qu’ils prenne en compte toutes ces problématiques, qui touchent nos communautés paysannes, et que nous puissions ainsi améliorer nos modes de production” assure Eugenio Figueroa.

Adriana Pacheco

Traduction : Grégoire Souchay pour http://www.larevolucionvive.org.ve/

Víctor González, porte-parole du Front National des Pêcheurs et aquiculteurs Simon Bolivar : « Attaquer la Loi de la Pêche et de l’Aquaculture, c’est attaquer directement les pêcheurs artisanaux ».

Le dirigeant affirme que les propriétaires des bateaux n’ont pas respecté le processus de reconversion démarré, il y a quatre mois, c’est la raison pour laquelle il a proposé de créer une commission mixte.

Des pourparlers vont être entamé avec la participation des marins au chômage et des pêcheurs artisanaux.

Víctor González, porte-parole du Front National des Pêcheurs et des producteurs d’aquiculture Simon Bolivar, présent dans les états de Carabobo, Nueva Esparta et Sucre, a affirmé qu’ils ont remis 462 crédits à leurs compagnons sans emploi et il a clarifié que « les marins n’ont pas été choisis, comme le prétendent certains médias, les réponses ont été donné au fur et à mesure de l’avancement du recensement par Insopesca (Institut Socialiste de Pèche et d’Aquiculture). Il existe d´ailleurs 482 nouvelles demandes en cours, dont 188 sont déjà approuvées ». Les pêcheurs ont souligné qu’ils soutiennent la tâche entreprise par Insopesca afin de promouvoir la reconversion de la pêche.

Lors de la conférence de presse effectuée dans le siège du Ministère du Pouvoir Populaire pour l’Agriculture et les Terres (MAT) dans la ville de Coro, État de Falcón, le porte-parole du Front des Pêcheurs, Víctor González, a rejeté les actions menées à bien par un groupe d’anciens travailleurs de la pèche au filet traînant, dévastateur pour la faune marine.

En ce qui concerne les marins ayant protesté la semaine passée devant le siège d’Insopesca, de la Communauté falconiana de Las Piedras, s’opposant ainsi à la gestion du Gouvernement Bolivarien, le porte-parole a assuré : « Ils ne représentent pas les pêcheurs de la zone, ce sont de simples opérateurs des partis politiques d’opposition, ils ne représentent aucunement la majorité des anciens travailleurs de la pèche au filet traînant ».

González a assuré que les propriétaires des bateaux n’ont pas respecté le processus de reconversion entamé il y a quatre mois. C´est pourquoi il a proposé de créer une commission mixte entre les anciens travailleurs de la pèche au filet traînant, ainsi que différentes institutions gouvernementales telles que l’Assemblée Nationale, afin de faire un suivi de ce processus.

À ce sujet il poursuit, « nous voulons une inspection avec l’ensemble des pêcheurs au chômage du secteur de la pèche au filet traînant, afin de constater que ces bateaux soient effectivement reconvertis. Sinon, nous solliciterons leur expropriation pour que les travailleurs de ces unités puissent récolter les aliments pour le peuple ».

Dans ce but, on a annoncé le début d’une série de pourparlers où prendront part les marins au chômage, les pêcheurs artisanaux, les fonctionnaires de la Defensoría del Pueblo et l’Insopesca dans le but de définir des solutions pour la problématique de reconversion des navires.

Il convient de souligner que les porte-parole du Front National et Régional des Pêcheurs et d’aquiculteurs Simon Bolivar ont fait connaître le rapport dans lequel hypothétiquement un groupe de chercheurs affirme que l’activité du filet à la traîne sera réactivée. Ce n’est qu’une rumeur résultant d’une enquête effectuée auprès de quelques et biologistes représentant les intérêts des chefs d’entreprise.

FUENTE : Correo del Orinoco / RNV http://www.rnv.gov.ve/noticias/audi…

Traduction : Ronnie Ramírez, collectif Vive Belgique