Huit thèses sur l’impérialisme américain et les luttes anti-impérialistes au 21ème siècle, par Ramon Grosfoguel

Ce texte a été prononcé par le professeur Ramón Grosfoguel lors de la réunion « Regards depuis l’Amérique du Nord » le 25 août 2020. Sociologue formé à l’Université de Puerto Rico et à la Temple University de Pennsylvanie (avec un Post-Doctorat, à la Maison des Sciences de l‘Homme, Centre Fernand Braudel, Paris) Ramon Grosfoguel est internationalement reconnu pour son travail sur la décolonisation du savoir et du pouvoir ainsi que pour son travail sur les migrations internationales et la politico-économie du système mondial. Il  enseigne actuellement à l’Université de Berkeley, où il travaille au sein de l’équipe de chercheurs « Modernité/Colonialité ». Site : https://ethnicstudies.berkeley.edu/people/ramon-grosfoguel-1/

_____________________________________________

THÈSE 1 : Le cycle de l’hégémonie américaine dans le système-monde est entré en crise terminale. L’hégémonie américaine, qui a commencé après la Seconde Guerre mondiale en 1945, a pris fin en 2020. Le nouveau centre de l’économie capitaliste mondiale s’est déplacé en Chine. Les États-Unis sont aujourd’hui l’épicentre de la pandémie avec le plus grand nombre de victimes au monde et l’épicentre de la Grande Dépression mondiale du système capitaliste mondial, avec plus de 50 millions de personnes ayant perdu leur emploi au cours des 12 dernières semaines.

THÈSE 2 : Le déclin de l’empire américain est une bonne nouvelle pour le monde à long terme, mais une mauvaise nouvelle à court terme pour l’Amérique latine. Après avoir perdu les guerres au Moyen-Orient, et après avoir perdu la guerre commerciale avec la Chine en Afrique et en Asie, l’empire se replie sur la seule chose qui lui reste, sa périphérie historique : l’Amérique latine et les Caraïbes. Cela signifie que la politique états-unienne dans notre région deviendra plus agressive et plus guerrière à mesure que la chute de l’empire s’accélère. L’empire cherche à monopoliser les ressources naturelles et les marchés de la région et cherche à récupérer les pays perdus afin de préserver son statut impérial dans le monde. D’où la vague de coups d’État, doux ou durs, de la dernière décennie, le dernier contre le gouvernement d’Evo en Bolivie en novembre dernier, et la guerre de 4ème génération contre le Venezuela.

THÈSE 3 : Les prochains mois seront des moments de grande tension pour le Venezuela. L’administration Trump est confrontée à une élection qu’elle craint de perdre. En désespoir de cause, elle utilise la Colombie avec son gouvernement fantoche néocolonial, narco-politique et parapolitique – ainsi que les pays voisins – pour faire monter cette tension et si possible créer un conflit qui détournera l’attention des problèmes intérieurs des États-Unis en pleine élection présidentielle.

Un classique de l’Empire : détourner la discussion de ses problèmes internes par des aventures guerrières dans le monde. Alors qu’au Moyen-Orient, ils ont usé de la rhétorique du « terrorisme islamique » pour justifier leur terrorisme d’État en détruisant des pays et en tuant des millions d’êtres humains, en Amérique latine, ils recourent à la rhétorique du trafic de drogue. Nous avons assisté à leur invention d’un cartel (El Cartel de los Soles) par le martèlement de « fake news », pour accuser le président Maduro et la direction du gouvernement bolivarien d’en être les chefs. Ce sont des prétextes pour neutraliser l’opinion publique mondiale, mais surtout pour l’opinion publique au sein de l’empire. C’est pourquoi la bataille de l’information devient fondamentale et la préparation au pire doit être organisée afin qu’il n’y ait pas de surprises.

THÈSE 4 : L’empire se débat entre deux versions de la suprématie blanche : la version de l’apartheid et du racisme ouvert et flagrant représentée par Donald Trump avec les groupes terroristes suprémacistes blancs qui le suivent, et la version du nouvel apartheid libéral multiculturel dirigé aujourd’hui par Joe Biden. La version du nouvel apartheid libéral multiculturel des administrations Clinton, Bush et Obama cherche à donner un visage multiculturel et multiracial à la suprématie blanche afin que rien ne change.

THÈSE 5 : Ces deux versions de la suprématie blanche sont deux réponses différentes face au fait que les états-uniens blancs sont en train de devenir une minorité démographique au cours des deux prochaines décennies. La population qui croît le plus rapidement est celle des Latinos. La réponse du vieil apartheid de Trump est de dresser un mur à la frontière sud pour arrêter la croissance de la population latino. La réponse libérale multiculturelle est de donner un visage multiracial à l’État impérial en intégrant les élites des groupes racialement inférieurs dans l’administration de l’État, et cela tant que l’État racial blanc et les élites capitalistes blanches continueront à gouverner et que les groupes représentés par ces élites noires et latino resteront appauvris et super-exploités. C’est pourquoi nous avons des ministres noirs et latinos, un ancien président noir et maintenant un candidat noir à la vice-présidence sans que rien ne change en termes de capitalisme, d’impérialisme et de racisme aux États-Unis. L’important est de garder à l’esprit que ces versions concurrentes de la suprématie blanche américaine sont les deux faces d’une même pièce. Leurs différences sont secondaires et se situent en lien avec la politique intérieure de l’empire. En ce qui concerne la politique étrangère de l’empire, elles ne font aucune différence. C’est pourquoi nous ne pouvons nous faire d’illusions sur aucun président américain : que ce soit la version de Donald Trump de l’ancien apartheid ou la version de Joe Biden du nouvel apartheid libéral multiculturel. La politique agressive de l’empire dans son déclin va s’intensifier à l’égard de l’Amérique latine et surtout du Venezuela, quel que soit le vainqueur des élections. Tant que la Maison Blanche sera blanche, quel que soit le président qui l’occupera, l’État restera un État capitaliste racial suprémaciste blanc.

THÈSE 6 : Cette croissance démographique des populations non blanches qui deviendront majoritaires au sein de l’empire dans 15-20 ans a le potentiel de renforcer les luttes anti-impérialistes au sein de l’empire vers la décolonisation et la disparition de la barbarie de l’État américain capitaliste racial en tant qu’empire et sa transformation en un pays civilisé au niveau international qui se comporterait avec solidarité, en paix et dans un rapport d’égalité avec les peuples du monde. Ces luttes ont été jusqu’à présent invisibles en dehors des États-Unis en raison du blocus médiatique. Mais ces luttes anti-impérialistes au sein de l’empire existent et ont un grand potentiel stratégique. Rappelons que la guerre du Vietnam a été gagnée non seulement par la lutte héroïque du peuple vietnamien mais aussi par les puissantes mobilisations au sein de l’empire contre la guerre du Vietnam. Et l’empire ne tombera que des luttes anti-impérialistes depuis l’intérieur corrélée à l’affaiblissement causé par les luttes anti-impérialistes depuis l’extérieur.

THÈSE 7 : Face au 21ème siècle, une lutte anti-impérialiste ne peut être pensée sans coordination avec les luttes anti-impérialistes au sein de l’empire. Au XXIe siècle, l’empire se débat entre la suprématie blanche dans l’une ou l’autre de ses deux versions et la lutte pour la décolonisation de l’empire de l’intérieur. La population latino et d’autres groupes au sein de l’empire comme les noirs, les indigènes et les migrants est stratégique. L’évolution démographique ouvre un potentiel de décolonisation. Ce n’est pas automatique comme nous l’avons vu avec la présidence Obama où l’impérialisme et l’état racial n’ont pas changé. Il s’agit d’organiser le travail politique en vue de la décolonisation de l’empire de l’intérieur, qui, en solidarité avec les autres peuples, développe une lutte anti-impérialiste globale pour la destruction de l’empire.

THÈSE 8 : Tout comme on ne peut penser à l’anti-impérialisme du 21e siècle sans la coordination des luttes anti-impérialistes au sein de l’empire, on ne peut penser à l’anti-impérialisme du 21ème siècle sans la diversité épistémique. Nous devons penser à un anti-impérialisme qui ne peut pas avoir comme point de départ une seule épistémologie ou vision du monde. L’anti-impérialisme du XXIe siècle doit être épistémiquement et spirituellement pluriversel, diversifié et pluriel. La paix, la solidarité et le droit souverain à l’autodétermination des peuples doivent être les principes de l’unité anti-impérialiste dans le respect des diverses spiritualités et épistémologies. Et il doit avoir pour thème central la défense de la VIE car le système impérialiste avec sa destruction écologique de la planète nous conduit à la mort.

Ramon Grosfoguel

ob_0f618e_blog-1

Avec le philosophe mexicain Enrique Dussel, d’autres intellectuels décoloniaux et le Président Nicolas Maduro, à Caracas en 2018, pour la création de l’Institut Décolonial.

Traduction : Julie Jaroszewski

Source : http://mppre.gob.ve/wp-content/uploads/2020/08/GROSFOGUEL-TESIS-DEL-IMPERIO.pdf

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5Ao

L’IALA, une école d’agroécologie en résistance au Venezuela

La télévision paysanne Terra TV continue de former les étudiant(e)s de l’IALA, une école latino-américaine d’agroécologie qui comme beaucoup d’autres projets résiste aux épreuves que traverse le Venezuela aujourd’hui et en particulier au blocus très lourd de l’économie par les Etats-Unis. Voici un nouvel épisode de leur chronique audiovisuelle et un résumé des tâches récemment accomplies, rédigé par Leiber Montana :

✓ La brigade permanente de 15 membres formée par les étudiants nationaux et internationaux, et les professeurs accompagnateurs, bénéficie du soutien à mi-temps des familles paysannes vivant autour de l’école.

✓ Avancement du processus pédagogique-académique avec des études de la communauté familiale et des communautés d’origine de chaque étudiant. On a initié les processus de 18 recherches en agroécologie sur les mêmes territoires.

✓ Appui agroécologique aux projets sociaux et productifs intégrés pour l’élevage, l’ensemencement et la production de bio-intrants. Tous ces éléments sont renforcés par le potentiel des unités de production.

✓ Prise en charge et protection du territoire local. Avec la volonté de ne pas abandonner les espaces d’éducation et de production, mais plutôt de les renforcer de manière durable.

✓ La territorialité agroécologique travaille main dans la main avec les communautés du Pie de Monte Andino, pour générer des processus agroécologiques à partir de l’agriculture familiale et communautaire.

✓ Ouverture et renforcement des projets : semis communautaires, semences paysannes, élevage collectif de porcs.

Dans les moments actuels de crise structurelle, où le capitalisme intensifie son contrôle hégémonique de la biosphère planétaire dans l’extraction, la contamination et la marchandisation de la nature et continue à étendre son contrôle culturel de la population, à la fragmentation des relations humaines, de la société et de la nature, la formation de l’être humain est plus que jamais un axe transversal de toute transformation révolutionnaire.

Ces moments de difficulté doivent devenir des leviers de grandes transformations et nous avons réussi à réparer des machines endommagées, un camion, une pompe…En inventant des formes d’appui qui viennent des organisations populaires et du gouvernement bolivarien, nous devons continuer à rassembler nos forces, échanger, troquer pour donner une réponse à ces difficultés et ouvrir de nouveaux projets qui renforcent la souveraineté alimentaire et les processus d’éducation populaire.

Étude, lutte et organisation, avec l’agroécologie dans la révolution

Pour la Coordination Politico-Éducative de la Coordinadora Latinoamericana de las Organizaciones del Campo (CLOC-VIA CAMPESINA), CLOC-LVC.

Leiber Montana

EgXnHSbWoAAn4OB (1)

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5A9

L’École de Communication des Mouvements Sociaux Hugo Chavez, c’est parti !

Avant d’initier les premiers ateliers présentiels à Caracas, nous avons décidé de diffuser nos cours en ligne. Ce premier cours « Pour un documentaire qui exprime la beauté intérieure des secteurs populaires » a été conçu par le réalisateur et formateur Jesus Reyes et restera disponible de manière permanente sur Youtube. Après l’avoir regardé, vous pouvez poser vos questions en écrivant à escuelaterratv@gmail.com

Tous les quinze jours un nouveau cours sera mis en ligne pour que vous puissiez vous former à fond, avec l’aide de notre équipe de formateurs(trices), à tous les aspects de la communication populaire au service de la transformation sociale.

La campagne de solidarité pour créer l’Ecole de Communication des Mouvements Sociaux « Hugo Chavez » est en cours. Vous pouvez vous joindre aux 120 premiers donateurs, et faire naître l’école grâce à ce lien : https://www.helloasso.com/…/pour-la-creation-de-l-ecole-de…/

URL de cet article : lecole-de-communication-des-mouvements-sociaux-hugo-chavez-cest-parti

Le pouvoir populaire et le rôle de la femme dans l’autogestion du logement au Venezuela

58f35414-4531-4436-84b4-79530ebd1288-1068x1068

Par Nahir González

Par l’intermédiaire de la Gran Misión Vivienda Venezuela (Grande Mission Sociale du Logement, GMVV), le gouvernement bolivarien de Nicolas Maduro a remis au secteurs populaires 3.105.131 maisons, ce qui en fait le seul pays au monde à développer ce type d’action sociale en pleine pandémie. Et jusqu’à présent 1.087.869 titres de propriété ont été remis aux familles bénéficiaires selon les données publiées par la presse du ministère de l’habitat et du logement du pays.

La GMVV a promu l’auto-construction, avec les Conseils Communaux, qui sont l’une des organisations de base les plus consolidées, et a formé les hommes et les femmes dans ce domaine, en leur fournissant des outils pour le plan des structures, le nettoyage du terrain, la préparation des matériaux de construction tels que les blocs et les structures métalliques, entre autres tâches de construction, et en participant également au processus de planification et aux propositions de développement urbain.

Ces politiques de protection sociale s’étendent à tout le pays. La création de la « Mission Venezuela Bella », qui vient de fêter un an de création, a été un facteur fondamental dans la restauration des espaces publics et leur entretien afin de fournir une qualité de vie au peuple vénézuélien. Elle s’appuie également sur les mairies et d’autres organisations pour la réhabilitation et la remise en état des maisons dans les zones urbaines établies par la « Misión Barrio Nuevo Barrio Tricolor« . L’objectif du Ministère de l’Habitat et du Logement pour 2025 est d’en construire et remettre cinq millions, pour lesquels il a garanti l’achat de matériaux de construction spéciaux nationaux et internationaux, avec notamment la coopération de la Chine, en donnant la priorité aux domaines et aux ressources.

Fin avril 2020, dans le cadre de la célébration du neuvième anniversaire de la GMVV, le président Maduro a approuvé un budget pour continuer à honorer la dette sociale qui, au Venezuela, fait partie du Plan de la Patrie rédigé par le chavisme: « Que les villes et les établissements humains soient inclusifs, sûrs, résistants et durables« . Il est prévu de construire 500.000 maisons d’ici 2020 : « Je signe le budget de 647.133 mille petros, pour cette première phase qui prévoit la construction de 500.000 maisons, 602 travaux d’urbanisme et de services de base, l’activation de 729 terrains, la délivrance de titres de propriété unifamiliale et de terrains urbains, ainsi que la planification de neuf nouvelles villes et l’attribution de 200.000 logements pour les jeunes » a déclaré M. Maduro.En 2018, le plan des Assemblées de Construction du Bien-Vivre Vénézuélien (AVV) a été lancé, pour préparer la population au processus d’auto-construction et de gestion de logements durables. Nous nous sommes entretenus avec Ayary Rojas, le principal porte-parole de l’organisation et le responsable de la construction urbaine « Jorge Rodríguez padre », situé dans le secteur El Algodonal de Caracas.
En quoi consiste ce projet et comment les gens ont-ils été préparés au processus d’auto-construction de logements ?
Il s’agit d’une construction verticale de plus de cinq étages, qui bénéficiera à 96 familles de Caracas. Nous sommes un système organisationnel, participatif et acteur direct de son destin : chacune des familles impliquées qui forge sa propre clé, son habitat et son logement digne, avec beaucoup de discipline, de constance, de volonté, avec des objectifs clairs, avec l’esprit, avec le cœur, avec l’action, notre devoir, notre droit, notre obligation de maintenir ce merveilleux processus qu’est la Grande Mission Logement.Nous avons l’organisation du pouvoir populaire, nous sommes les garants de ce processus d’autogestion constructive et de la distribution équitable des ressources économiques, des matériaux qui sont assignés par l’État à travers Construpatria et l’AVV.Les décisions sont prises en assemblée, l’information est discutée, diagnostiquée et socialisée, et là nous planifions, exécutons, réévaluons dans tous les aspects, modifions et sommes complètement impliqués dans tous les aspects.

« En tant que femmes, nous avons pris le contrôle de cette réalité et nous avons vu dans l’art de la construction les possibilités de l’exercer comme une profession ou comme une partie de notre métier« .

La formation des personnes au processus d’auto-construction de logements a été progressive. Nous avons le soutien technique du Ministère de l’Habitat et du Logement, et de la main d’œuvre qualifiée, nous sommes des organisations atypiques car 80% d’entre nous sont des femmes, constructrices intégrales, nous imprimons le temps d’exécution et nous sommes des participantes directes, du choix de la qualité des matériaux à la bonne exécution des travaux. Le matériel doit être conforme aux normes de sécurité, il doit être le bon, coupé à la taille exacte, selon ce qui a été établi dans le projet initial.

Dans le secteur de l’autogestion, et pour être durable dans le temps, nous nous sommes aventurés dans la production de protéines animales, nous sommes une communauté dédiée à la production de lapins, de lombriculture, nous avons une unité de production porcine et une plantation de maïs qui couvre deux hectares, des arbres différents Pour la récolte à moyen et long terme de mangues, fruits de la passion, carottes, avocat, guanabana, courge, qui sont distribués également aux membres de l’organisation.

8643a0c0-d7d8-4145-86ad-39de957e3c39-768x1024Nous traitons tous les domaines que nous considérons vitaux : formation sociopolitique, convivialité sociale, santé, constructif, malheureusement nous avons souffert d’un blocus bestial et inhumain qui nous a affaiblis, mais nous n’avons pas renoncé et nous nous battons toujours, nous sommes un projet qui va du personnel au collectif.
Comment le Covid-19 a-t-il affecté l’achèvement des travaux?
Le confinement a bien sûr touché le monde entier et nous n’échappons pas à cette réalité, cependant, comme nous sommes un projet autogéré, nous travaillons et nous construisons tous les jours avec quelques limitations, car nous évitons le surpeuplement de personnes dans les espaces. Nous ayons l’avantage d’être dans un espace ouvert, nous respectons les mécanismes de biosécurité mis en place par le gouvernement national.Le chantier a été un peu retardé, c’est vrai, par exemple, nous devions réaliser le faux-plafond du troisième étage et depuis deux semaines nous avons suspendu la tâche en raison du confinement radical, c’est quelque chose que nous ne pouvons pas éviter, nous convenons en tant que communauté que nous devons d’abord garantir la santé et ne pas générer de surexposition aux membres de l’organisation.L’État nous a accompagnées à tout moment, n’a cessé de nous soutenir, de nous envoyer le matériel pour répondre aux attentes et notre urbanisation entre dans les statistiques à livrer à la fin de cette année.
Comment s’est opérée la transformation personnelle pour vous en tant que femme, et en tant que leader communautaire, pour la famille?
Je pense que cela a été un tournant total, intense, y compris dans le cadre familial, et ce n’est pas courant, malgré le fait qu’Hugo Chávez se soit affirmé comme féministe, car dans notre pays nous continuons dans une certaine mesure à subir cette culture patriarcale, où les femmes ont généralement été invisibilisées, étiquetées comme “sexe faible”, comme des êtres incapables de mener des activités de ce type. Je crois que nous avons brisé des paradigmes, parce qu’ici nous, les femmes, nous nous sommes autonomisées et avons vu dans la construction la possibilité de l’exercer comme une profession ou comme une partie de notre profession, bien que cela soit d’habitude réservé aux hommes, nous démontrons que nous avons la force physique, et à notre rythme la capacité d’effectuer des tâches avec les mêmes compétences et capacités que n’importe quel expert.Nous avons découvert au cours de ces années ce qu’est un travail collectif, l’implication totale du noyau familial, nos attentes sont nombreuses pour l’avenir, nous savons qu’elles ne s’arrêtent pas ici, que le mouvement vénézuélien du logement existe au niveau national et que simultanément dans toutes les régions on construit des logements unifamiliaux et qu’à la différence de Caracas, le système de construction a été extraordinaire et que la formation, l’auto-formation, ce travail cohérent est ce qui nous a conduit au succès. Nous continuons de penser que c’est la voie qui nous incombe en tant que pouvoir populaire, en tant que personne à faibles ressources ou de ressources non constantes. Nous savons bien que dans le capitalisme, nous ne sommes pas en mesure d’acheter une maison dans un habitat décent semblable à ces espaces que nous construisons et qui deviennent une réalité tangible dans ce pays.

Source : https://correodelalba.org/2020/07/10/poder-popular-y-el-rol-de-la-mujer-en-la-autogestion-de-la-vivienda-en-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-5yT

Les entretiens des Nouvelles Libres – L’école de communication internationale des mouvements sociaux à Caracas

Thierry Deronne, créateur du blog Venezuela infos, a accepté de nous parler du projet qui est en train de voir le jour à Caracas : celui d’une école de communication internationale des mouvements sociaux. Entretien.

  1. Bonjour Thierry. Vous habitez au Venezuela depuis 1994. Comment d’abord avez vous pris la décision d’aller vivre là-bas ?

 « Dans les années 80, parmi d’innombrables “internationalistes”, j’ai vécu deux ans au Nicaragua pour apporter mon modeste concours de vidéaste à l’immense effort de transformation mené par le gouvernement sandiniste (1). J’y ai rencontré Mariana Yonüsg Blanco, une militante vénézuélienne féministe dont l’appartement était devenu une sorte de “siège de l’ONU ». Jésuites madrilènes, théologienne de gauche allemande, infirmières basques, professeur de musique mexicain, médecins cubains, femmes bâtisseuses de Condega, nous débattions passionnément, de longues nuits durant, de comment nous allions construire la planète socialiste. Après la défaite électorale des sandinistes en 1990, nombre de ces “architectes” ont dû renoncer à leur « folie » et sont rentrés dans leur pays. Mariana est retournée au Venezuela avec ses enfants. Elle m’a invité à la rejoindre à Maracay pour poursuivre le travail d’éducation populaire. C’est elle qui m’a fait connaitre le MBR-200, le mouvement bolivarien – encore à demi clandestin – conçu par Hugo Chavez à sa sortie de prison. Après la victoire électorale du Comandante en 1998 s’est déployée au Venezuela la même énergie collective qu’au Nicaragua. Grâce à quoi j’ai pu fonder une école populaire et latino-américaine audiovisuelle et deux télévisions populaires. A partir de 2004 j’ai participé à la direction et à la formation du personnel de la télévision publique participative Vive TV créée à la demande du président Chavez par la militante de la communication populaire Blanca Eekhout. »

  1. Sur votre site vous présentez un aspect du Venezuela qu’en France et en Europe nous ne connaissons pas ou peu. Pourquoi ce choix ?

 « Les médias qui fabriquent le consentement mondial ont pour tactique de personnaliser les processus (Venezuela = Maduro, etc.). Invisibiliser le peuple, son rôle moteur dans la démocratie participative, vise à empêcher l’identification citoyenne pour mieux construire des opinions publiques favorables aux “frappes sélectives” contre un “dictateur solitaire”. Depuis vingt ans, les journalistes français, logés dans les secteurs chics de Caracas, ont occulté les 80 % de quartiers populaires où vit la base sociale du chavisme. Ils ont repeint en « peuple » substitutif l’extrême droite insurgée des Guaido et autres, et en « répression » les affrontements générés pour les médias internationaux. On pourra rappeler cent fois que Jimmy Carter, le Conseil des Juristes Latino-américainsRodriguez ZapateroLula ou Rafael Correa, parmi tant d’observateurs internationaux, ont attesté la transparence, la légitimité, le nombre record d’élections, que cela resterait insuffisant. C’est l’inclusion des exclu(e)s et l’avènement d’une démocratie participative qui caractérisent le mieux le Venezuela bolivarien. Montrer ce que les gens font de leur destin, apprendre à comprendre, à respecter et à aimer ce sujet plein d’histoire, qui construit des communes et d’autres formes de pouvoir citoyen, et qui n’est pas seulement une “victime de l’impérialisme pétrolier”, est donc stratégique. C’est l’angle que je privilégie dans mon Blog Venezuela Infos. »

« Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? »

 

  1. Un projet, l’école de communication internationale des mouvements sociaux est en train de voir le jour. Pouvez-nous le présenter ?

 « Si les grands médias du capitalisme n’ont de cesse d’effacer l’Histoire des peuples et d’opposer les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Préparer le monde nouveau pourrait-il se faire sans créer de nouveaux médias qui permettent « au peuple de discuter avec le peuple » ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant d’abord et partout à une forme nouvelle, plus participative, moins narcissique, et moins éphémère, d’informer. Et comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« … »

  1. D’où est venue cette idée et par qui est-elle portée ?

 « Depuis vingt ans, avec Pablo Kunich d’Alba TV et tant d’autres, nous avons participé à des rencontres de mouvements sociaux latino-américains qui concluaient à ce besoin pressant d’un vaste système de communication populaire. C’est paradoxal : alors que nous assumons que tout travail politique, toute compréhension de l’Histoire suppose de mettre les cartes sur la table, d’ouvrir et de traiter les contradictions à partir du cerveau collectif, au moment de « communiquer » nous revenons à la forme pauvre – commerciale, lisse, verticale – de vendre un message à un consommateur individuel. On recycle les schèmes de la communication du libre marché, des techniques émanant d’un monde que nous rejetons. Or s’il est un acquis de la pensée révolutionnaire en matière de communication, c’est celui qu’Althusser résumait: “Ce n’est que d’une technique que l’on peut déduire une idéologie”. Un média (ou une usine, un État, une université, une commune, etc.) n’est pas révolutionnaire parce que son discours l’est mais parce que son mode de production l’est (à savoir comment il émane de la population, comment il organise le travail, la formation interne, la programmation, etc.).

Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier. »

  1. Quel est le rôle des mouvements sociaux, et notamment du Mouvement des Sans Terre dans ce projet ?

 « Les Sans Terre du Brésil appuient depuis le début, puissamment, notre école, et de beaucoup de manières, ils font d’ailleurs partie de son équipe pédagogique à Caracas. En tant qu’enseignant(e)s nous avons été très influencé(e)s par l’extraordinaire Université populaire des Sans Terre construite par eux-mêmes, sur la base du volontariat, au sud de Sao Paulo pour les mouvements sociaux du monde entier.

L’école Florestan Fernandes est un projet intégral. Après les matins d’étude de la philosophie, de l’économie politique, de l’agroécologie ou de la théorie de l’organisation, les étudiant(e)s de tous les continents partagent la tâche de produire leur alimentation en cultivant sur le terrain de l’école, et ils s’organisent pour faire la cuisine, entretenir l’école et créer toutes sortes d’activités culturelles parallèles aux cours. Aucune activité n’y est étrangère à la vision transformatrice. Dans notre école de communication aussi, chaque mouvement social apportera sa propre expérience. »

  1. Quelles en seront les modalités ? Qui pourra s’inscrire ? Quels seront les cursus et les matières ?

 « L’école est destinée aux mouvements sociaux – qu’il s’agisse de travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, elle organisera chaque année 30 ateliers intégraux, quatre ateliers de formation de formateurs, quatre séminaires, quatre laboratoires de création et deux stages internationaux. Elle apportera des réponses concrètes aux besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’école sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. »

  1. Depuis l’arrivée au pouvoir de Chavez au Venezuela, les attaques économiques, mais aussi médiatiques, contre le pays se multiplient. Plus généralement elles touchent tous les pays Latinos-américains dirigés par la gauche mais aussi tous les pays du monde qui refusent d’être les valets de l’impérialisme. Cette école est-elle un moyen de rétablir quelques vérités ?

 « Une des conséquences de la vitesse émotionnelle, de l’instantané satellitaire, de l’absence de contexte, etc. qui caractérisent le champ médiatique actuel, est « l’obligation de moyenne ». D’un côté mille médias martèlent la Weltanschauung états-unienne (Maduro-est-un-dictateur-qui-affame-son-peuple), de l’autre le terrain du Venezuela reste trop lointain, difficile d’accès. La plupart des citoyens, intellectuels ou militants sont donc réduits à « faire une moyenne » forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et le réel. Ce qui donne, dans le meilleur des cas : « Il y a des problèmes de droits de l’homme, de famine, de pauvreté, je condamne la violence d’où quelle vienne, etc. »

Comment, dès lors, nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, ou Via Campesina, ou le Forum de Sao Paulo qui regroupe 168 organisations, partis politiques et mouvements sociaux d’Amérique Latine, ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains décrivent la déstabilisation économique, les violences, mais aussi les réponses populaires et gouvernementales à cette guerre impériale, on dispose d’un large éventail alternatif de sources et d’expertises provenant d’organisations démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité que la « moyenne » d’un science-po occidental, obligé de préserver sa carrière médiatique et universitaire. Dans notre école, le temps d’enquête, l’acquisition d’une culture historique, la possibilité de travailler sur place avec un secteur aussi ancré dans le réel que les mouvements sociaux, vont permettre en effet de générer toute sortes de contenus, documentaires, reportages multimédias, au-delà de toute propagande. »

« L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. »

 

  1. A long terme l’école pourra-t-elle être reproduite dans d’autres pays afin d’aider à l’émergence de nouveaux médias ?

 « Telle est en effet notre stratégie : contribuer à mettre en place une politique de rupture médiatique partout dans le monde. Il est temps de sortir de l’éternelle “critique des médias” pour récupérer notre temps, notre agenda. Seule la souveraineté populaire, communicationnelle, la polyphonie des témoignages contradictoires, endogènes, permettent à une nation de croître mais aussi de dialoguer avec les autres. L’information est un besoin vital du peuple pour s’orienter dans le chaos de la globalisation. C’est pour esquiver les menaces, survivre, croître et trouver des alliés qu’il a besoin d’une information plurielle et différenciée – alors que la commerciale est de plus en plus homogène, superficielle, socialement inutile. C’est pourquoi l’avenir du métier d’informer est dans la démocratie participative. Pour le dire avec Sartre “le rôle du journaliste est de permettre que le peuple discute avec le peuple”. Contrairement aux médias commerciaux, la communication populaire ne résout pas la réalité sur l’écran ou sur la scène mais reste une « oeuvre ouverte » pour que le peuple participe à la construction du sens et se mette en mouvement. C’est aussi pourquoi elle est toujours originale dans sa forme. Elle repart toujours de quelque chose de nouveau parce que la réalité bouge à chaque instant, génère une forme nouvelle, non-formatée, à tout moment. Elle fait aussi ce que ne font jamais les médias dominants : un suivi d’une information pour transmettre les leçons qui nourriront la construction d’autres organisations.

Comment ne pas voir que lorsque le mode de produire l’information sera totalement nié par le grand monopole privé, notre grande “cellule” – appelons-la république, nation ou peuple – aura toujours besoin de “s’alimenter” ? Dès lors qu’attendons-nous ? Pourquoi ne pas anticiper les événements ? Combien de coups d’Etat médiatiques de plus attendrons-nous pour rédiger une loi mondiale, de démocratisation de la propriété des médias, refonder un service public participatif qui ne soit pas la copie du privé, remettre le reste des ondes, concessions, fréquences et ressources aux organisations populaires, repenser un usage du numérique organisateur et non narcissique, tribal ou éphèmère, et mettre en activité les écoles de la nouvelle communication sociale ? L’école “Hugo Chavez” est une école parmi d’autres. Chaque peuple va construire la sienne pour générer des médias socialement utiles qui posent les questions utiles aux citoyen(ne)s. »

Pour aider cette école à naître, tout don, même petit, sera très utile : https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

(1) : Un peu d’histoire #8 : L’affaire Iran-Contra

Créer l’école internationale des mouvements sociaux « Hugo Chavez » : pour rester maîtres de notre futur

Cher(e) Ami(e), l’école internationale de communication des mouvements sociaux « Hugo Chavez » est un projet merveilleux que nous demandent de réaliser depuis vingt ans de nombreux mouvements du monde entier qui n’acceptent plus l’écrasement des luttes sociales par le champ médiatique. Comme disent les Travailleur(se)s Sans Terre du Brésil « c’est en période de reflux qu’il faut se former pour ne pas être pris au dépourvu quand revient la courbe ascendante« .

C’est pourquoi nous sollicitons votre soutien. Nous espérons aussi, avec votre aide, toucher un peu plus de gens tous les jours. Voici la présentation détaillée du projet ainsi que les modalités pour qui souhaiterait faire un don et faire de cette idée folle une réalité forte d’engagement et de solidarité: https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/pour-la-creation-de-l-ecole-de-communication-integrale-a-caracas-venezuela

Un abrazo fraternel depuis Caracas!

 

L’école de communication continentale Hugo Chavez : rester maîtres de notre futur

[Versión en español al final – English version below]

 

Si les grands médias effacent l’Histoire des peuples et opposent les citoyen(ne)s pour mieux démobiliser leurs luttes, nous suffira-t-il de démocratiser leur propriété ? Récupérer tous ces espaces n’aura de sens qu’en nous formant partout à une forme nouvelle, participative, d’informer. Située à Caracas, au carrefour des Amériques et des Caraïbes, l’école de communication internationale Hugo Chavez est un vieux rêve des mouvements sociaux. Sa force réside dans les 25 ans d’expérience de ses fondateurs(trices) et dans son infrastructure déjà prête de production et de transmission télévisée. Elle sera un pas important vers le retour du champ médiatique aux mains des citoyen(ne)s et tendra les bras vers les autres continents, vers l’Afrique en particulier.

Pour former qui ?

Toutes celles et ceux qui cherchent des réponses concrètes à leurs besoins en formation audiovisuelle, photographique, théâtrale, radiophonique, télévisuelle (y compris la transmission en direct) et dans l’écriture multimédia : travailleurs(ses) et créateur(trice)s de tout bord, syndicats, mouvements de femmes, de jeunesse, écologistes, coordinations paysannes, enseignantes, étudiantes, médias alternatifs, etc. Dès 2020, l’école organisera chaque année 30 ateliers intégraux, 4 Ateliers de formation de formateurs, 4 Séminaires, 4 Laboratoires de Création et 2 Stages Internationaux. Elle mettra ses modules de formation et ses master classes en ligne à la disposition des mouvements sociaux, afin d’en faciliter l’accès à tous. Les mouvements pourront également envoyer leurs scénarios ou productions pour être analysés par nos formateurs. L’École sera un espace d’articulation des mouvements sociaux du monde entier et de rencontre avec les organisations populaires locales. L’objectif économique vise à financer tous ces ateliers : hébergement, nourriture, transport, équipe d’instructeurs(trices). Nous fournissons, en plus de notre expérience, le matériel d’études, l’équipement technique nécessaire aux ateliers, l’infrastructure où la formation aura lieu et nos équipes de formatrices et formateurs qui garantiront la réalisation des ateliers. C’est pourquoi nous vous invitons à participer à cet effort collectif.

Qui porte le projet ?

Quatre associations à but non-lucratif ont décidé d’unir leur expérience en formation intégrale pour créer cette école: l’ EPLACITEALBA TV , TERRA TV et la BALEINE NOIRE. Ses enseignant(e)s se sont formé(e)s depuis quinze ans aux côtés de professeurs chevronnés comme Augusto Boal (Théâtre de l’Opprimé, Brésil), Jorge Sanjines (Cinéaste, Bolivie), Thierry Odeyn (professeur de documentaire, INSAS, Bruxelles), Claude Bailblé (professeur de son, FEMIS, France) et toute sorte d’enseignant(e)s d’Histoire, de littérature, de formation sociopolitique comme celles et ceux de l’École des Sans Terre au Brésil.

L’EPLACITE

Depuis 1995 l’École Populaire et Latino-américaine de Cinéma, Théâtre et Télévision a formé des milliers de personnes comme le salvadorien Sergio Sibrián dont la première oeuvre Le Tigre et le Cerfa reçu le Prix du Meilleur Documentaire Latino-Américain au Festival Sunscreen (Floride) et du Meilleur Documentaire Indigène au Festival Voces Urgentes (Mexique). « Mémoire des Luttes » raconte l’histoire de l’EPLACITE.

ALBA TV

Depuis 13 ans, la chaîne de télévision Alba TV travaille main dans la main avec des mouvements sociaux et avec d’autres télévisions communautaires ou médias alternatifs en Amérique latine, dans les Caraïbes et dans le monde entier. C’est un média basé sur la participation directe des peuples, et ses lignes de travail sont la production, la formation et l’articulation d’un point de vue décolonial, anti-impérialiste et anti-patriarcal.

TERRA TV

Diffusé via le satellite et le câble d’Alba TV, via les réseaux sociaux ou par des projections de terrain, Terra TV transmet les luttes et les propositions des paysan(ne)s. En tant qu’école audio-visuelle, Terra TV les accompagne dans la création de formes innovantes, non formatées. Des participants tels le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terre du Brésil ont réalisé « La terre est à tous » visible dans ce reportage de Reporterre.

LA BALEINE NOIRE

La BALEINE NOIRE a créé des documentaires comme Qui-es tu octobre ? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival International de documentaires de Buenos Aires, Visions du Réel, etc..) ou d’oeuvres théâtrales telles que le Choeur d’Ali Aarrass dont les 30 femmes racontent la lutte pour la libération du détenu belgo-marocain Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE place la rencontre au centre du processus créatif, et tend à effacer la frontière entre acteur et spectateur à travers l’émancipation d’un regard critique.
Pour savoir comment participer aux cours de l’école, proposer des thèmes ou des collaborations, écrivez-nous : escuelaenred.comunicacion@gmail.com
 
[Versión en español]

La Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez: para seguir siendo dueños de nuestro futuro

Si los grandes medios de comunicación borran la historia de los pueblos y dividen a lxs ciudadanxs para desmovilizar sus luchas, ¿bastará con democratizar su propiedad? La recuperación de todos estos espacios sólo tendrá sentido si nos formamos en todas partes en una nueva forma participativa de informar. Ubicada en Caracas, en la encrucijada de las Américas y el Caribe, la Escuela de Comunicación Continental Hugo Chávez es un viejo sueño de los movimientos sociales. Su fuerza radica en los 25 años de experiencia de sus fundadore(a)s y en su infraestructura concreta de capacitación, producción y transmisión televisiva. Será un paso importante en el retorno del campo mediático a manos de los ciudadanos y extenderá sus brazos a otros continentes, en particular a África.

¿Para formar a quién?

A todxs aquellxs que buscan respuestas concretas a sus necesidades de formarse en escritura audiovisual, fotográfica, teatral, radiofónica, televisiva (incluso en vivo) y multimedia: trabajadorxs y creadorxs de todo tipo, sindicatos, movimientos de mujeres y jóvenes, organizaciones campesinas, de maestrxs, estudiantiles, colectivos de medios alternativos o comunitarios, etc… A partir de 2020, la escuela organizará 30 talleres integrales, 4 talleres de formación de formadores, 4 diplomados, 4 seminarios, 4 laboratorios de creación y 2 prácticas internacionales cada año. Pondrá a disposición de los movimientos sociales sus módulos de formación y clases magistrales en linea, para facilitar el acceso de todos y todas. Los movimientos también podrán enviar sus guiones o producciones para que sean analizados por nuestros formadore(a)s. La escuela será un espacio de articulación de los movimientos sociales de todo el mundo y de encuentro con las organizaciones populares locales. El objetivo económico apunta a cubrir la realización de todos estos talleres: alojamiento, comida, transporte, equipo de instructores. Aportamos, además de nuestra experiencia, los materiales de estudio, los equipos técnicos necesarios para las prácticas, la infraestructura donde se realizarán la formación y nuestros colectivos de compañeras y compañeros que garantizarán la realización de los talleres. Por eso te invitamos a ser parte de este esfuerzo colectivo.

¿Quién lleva el proyecto?

Cuatro asociaciones sin ánimo de lucro han decidido unir sus experiencias en formación integral para crear esta escuela: la EPLACITEALBA TVTERRA TV y la BALLENA NEGRA. Sus educadore(a)s se formaron durante quince años junto a maestros experimentados como Augusto Boal (Teatro de los Oprimidos, Brasil), Jorge Sanjinés (Cineasta, Bolivia), Thierry Odeyn (Profesor de Documentales, INSAS, Bruselas), Claude Bailblé (Profesor de Sonido, FEMIS, Francia) y todo tipo de maestrxs de Historia, Literatura, formación sociopolítica como lxs de la Escuela de los Sin Tierra de Brasil.

La EPLACITE

Desde 1995 la Escuela Popular y Latinoamericana de Cine, Teatro y Televisión ha formado a miles de personas como el salvadoreño Sergio Sibrián, cuya primera obra El Tigre y el Venado recibió el Premio al Mejor Documental Latinoamericano en el Festival Sunscreen (Florida) y al Mejor Documental Indígena en el Festival Voces Urgentes (México). « Mémoire des Luttes » cuenta la historia de la EPLACITE.

ALBA TV

Durante los últimos 13 años, el canal de televisión ALBA TV ha trabajado de la mano de los movimientos sociales y otros medios de televisión comunitaria y alternativa en América Latina, el Caribe y en todo el mundo. Es un medio de comunicación basado en la participación directa de los pueblos, y sus líneas de trabajo son la producción, la formación y la articulación de un punto de vista descolonial, antiimperialista y antipatriarcal.

TERRA TV

Transmitido por satélite y por cable a través de ALBA TV, de las redes sociales o mediante proyecciones de campo, TERRA TV es un canal-escuela que transmite las luchas y propuestas del mundo campesino. Como escuela audiovisual, Terra TV acompaña a los campesinos en la creación de formas innovadoras y sin formato. Participantes como el Movimiento de los Trabajadores Rurales Sin Tierra del Brasil, han realizado el corto « La Tierra es para todos » visible en este informe de Reporterre.

LA BALLENA NEGRA

La Ballena Negra ha creado documentales como Quien eres octubre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Festival Internacional de Documentales de Buenos Aires, Visions du Réel, etc.) u obras teatrales como el Coro de Ali Aarrass cuyas 30 mujeres cuentan la historia de la lucha por la liberación del prisionero belga-marroquí Ali Aarrass. La BALEINE NOIRE coloca el encuentro en el centro del proceso creativo, y tiende a borrar la frontera entre el actor y el espectador a través de la emancipación de una mirada crítica.

Para saber cómo participar a los cursos de la escuela, proponer temas o colaboraciones, escríbanos a: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

(English version)

The Hugo Chavez School of Continental Communication : Let us remain in control of our Future

If the mass media erase the History of the peoples and oppose the citizens to demobilize their struggles, will it be enough for us to democratize their ownership? Recovering all those spaces will only make sense if we are trained everywhere in a new participatory form of informing. Located in Caracas, at the crossroads of the Americas and the Caribbean, the Hugo Chavez School of Continental Communication is a long-standing dream of the social movements. Its strength lies in its founders’ 25 years of experience and in its ready-made infrastructure for television production and transmission. It will be an important step towards the return of the media landscape in the hands of citizens and will reach out to other continents, in particular Africa.

To train whom?

All those who are looking for concrete answers to their needs in audiovisual, photographic, theatrical, radio, television (including live transmission) and multimedia writing training : workers and creators of all kinds, trade unions, women’s and youth movements, environmentalists, farmers’ organizations, teachers, students, alternative media, etc. Starting in 2020, the school will organize every year 30 integral workshops, 4 Workshops for Trainers’ training, 4 Seminars, 4 Creation Laboratories and 2 International Internships. It will upload its training modules and master classes which will be available to social movements, in order to facilitate access to all. The movements will also be able to send their scripts or productions for analysis by our trainers. The School will be a space for the articulation of social movements from all over the world and a meeting space with local popular organizations. The economic intention is to finance all of these workshops: including accommodation, food, transport, and the teams of instructors. In addition to our experience, we provide the study material and the technical equipment necessary for the workshops, as well as the spaces where the training will take place, as well as the personnel (the trainers) who will ensure the implementation of the workshops. This is why we invite you to participate in this collective effort.

Who carries the project?

Four non-profit associations have decided to combine their experience in integral training to create this school: EPLACITEALBA TVTERRA TV and the BLACK WHALE. Its teachers have been trained for fifteen years along with experienced teachers such as Augusto Boal (Theatre of the Oppressed, Brazil), Jorge Sanjines (Filmmaker, Bolivia), Thierry Odeyn (Documentary Film Teacher, INSAS, Brussels), Claude Bailblé (Sound Teacher, FEMIS, France) and all kinds of teachers of History, Literature, socio-political training such as those of the School of the Landless in Brazil.

EPLACITE

Since 1995 the Popular and LatinAmerican School of Cinema, Theatre and Television has trained thousands of people, such as the Salvadorian Sergio Sibrián, whose first work The Tiger and the Deer received the Award for Best Latin American Documentary at the Sunscreen Festival (Florida) and Best Indigenous Documentary at the Voces Urgentes Festival (Mexico). « Mémoire des Luttes » tells the story of EPLACITE.

ALBA TV

For the past 13 years, Alba TV has been working hand in hand with social movements and other community televisions and alternative media in Latin America, the Caribbean and around the world. It is a medium based on the direct participation of the peoples, and its directions of work are production, training and the articulation of a decolonial, anti-imperialist and anti-patriarchal point of view.

TERRA TV

Broadcast via satellite and cable of Alba TV, via social networks or through field projections, Terra TV transmits the struggles and calls for help of the peasants. As an audio-visual school, Terra TV accompanies its participants in the creation of innovative, unformatted forms. Participants such as the Landless Rural Workers Movement of Brazil have made « Earth is for everyone » which is viewable in this Reporterre report.

THE BLACK WHALE

The Black Whale has created documentaries such as Who are you Octobre? (Ecrans Documentaires, Benindocs – Africadoc, Buenos Aires International Documentary Festival, Visions du Réel, etc.) or theatrical works such as the Choir of Ali Aarrass, whose 30 women tell the story of the struggle for the liberation of the Belgian-Moroccan prisoner Ali Aarrass. The Black Whale sees the encounter as a central part of the creative process and tends to blur the lines between actor and spectator through the emancipation of a critical gaze.

To find out how to participate in the school’s courses, propose topics or collaborations, write to us at: escuelaenred.comunicacion@gmail.com

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-5eC

Au Venezuela, une armée non conventionnelle pour une guerre non conventionnelle : l’armée productive ouvrière

Les projets d’autogestion tels que l’Armée productive ouvrière représentent une expérience prometteuse pour surmonter la guerre économique vénézuélienne, menée à partir de positions de classe. 

1a Batalla Productiva INDORCA

Photo : Première bataille productive à INDORCA : réparation du réseau électrique. Archive EPO.

Par Joseph M. MARTORELL CALAF

Depuis 2017, il existe au Venezuela une armée de travailleurs(euses) qui parcourt le pays pour lutter contre les effets de la crise économique et du blocus. Pour ce faire, ils remettent en marche des usines et des installations qui sont restées à l’arrêt pendant de nombreuses années. Il ne s’agit pas d’une initiative gouvernementale ou d’un autre secteur de l’Etat, mais du projet d’un groupe de travailleuses de l’Est du pays né de stratégies politiques de classe.

Après l’abandon de plusieurs entreprises métallurgiques de Guayana par leurs propriétaires, les travailleurs qui se sont proposés de les remettre en route n’ont trouvé que cette solution pour surmonter les grosses difficultés en résultant. Face au lockout, au désinvestissement, au pillage et à l’abandon délibéré des entreprises, Chavez avait lancé dès 2005 la consigne du contrôle ouvrier, mais il revenait aux travailleurs d’inventer les solutions aux problèmes rencontrés lors de leur redémarrage.

A Ciudad Guayana, dans l’Etat de Bolivar, ce fut particulièrement le cas à partir de 2008. CALDERYS, EQUIPETROL et INDORCA ont été récupérées par leur propre personnel et il leur fallut bientôt surmonter de grands obstacles : la dépendance technologique, la fragmentation du tissu industriel vénézuélien, le blocus économique jusqu’aux sabotages. Les dynamiques de “complémentarité qu’ils mirent en œuvre leur permirent de mener à terme le processus de redressement et relancer la production. Après cela, ils tentèrent d’inciter d’autres entreprises, aussi bien d’Etat que publiques, à utiliser cette méthode de travail volontaire : actuellement, 2270 volontaires sont disponibles dans tout le pays.

SEUL LE PEUPLE PEUT SAUVER LE PEUPLE

En juillet dernier, l’EPO a fait sa première présentation publique à Caracas. Des camarades des organisations de gauche les plus diverses ont pris place au Théâtre Principal de la Place Bolivar. Amaru RIERA les accueillit chaleureusement et leur souhaita la bienvenue au nom des “héros et héroïnes anonymes du pays”, les travailleurs du Venezuela. Elle était chargée d’exposer brièvement les objectifs de cette jeune organisation.

Notre objectif est de réactiver l’appareil productif national afin de gagner la guerre économique menée contre nous. Et ceci, à l’initiative et avec la participation de la classe travailleuse.

Elle commença son discours en mettant l’accent sur la détermination et l’esprit d’engagement dont fait preuve le peuple vénézuélien dans la défense quotidienne de son indépendance. Et ce n’est pas que pure réthorique :  le Venezuela est constamment attaqué dans sa souveraineté des manières les plus diverses… à l’exception d’une violation étrangère du territoire national. C’est pourquoi il est évident pour le chavisme que nous vivons une guerre “non conventionnelle”. Et c’est aussi pour cela que l’EPO se structure comme une armée -avec un état-major et la mise en place de capitaineries pour chaque bataille productive, etc.- mais une armée “non conventionnelle”, une armée de travailleurs. Ceci parce que face à la grave crise en cours et au blocus impérialiste, “seul le peuple peut sauver le peuple” comme Amaru le répétait avec enthousiasme.

6ta BATALLA AMBROSIO PLAZA (2)

Photo : Sixième Bataille Productive Ambrioso Plaza. Archive EPO.

TACTIQUE UTILISÉE : LES BATAILLES PRODUCTIVES 

Mais quel genre de batailles peut bien mener une armée “non conventionnelle” ? Des batailles productives. Comme nous l’explique Edimar Martinez, militant de l’Armée de production ouvrière (EPO), elles consistent à faire le nécessaire pour remettre en fonction les unités de travail paralysées ou semi-paralysées. L’objectif étant de réactiver l’appareil productif national afin de gagner la guerre économique. Et ceci sur l’initiative et avec la participation de la classe travailleuse.

La bataille productive commence par une phase de diagnostic au cours de laquelle un groupe restreint de militants spécialisés se rend dans l’entreprise concernée et identifie les éléments critiques qui paralysent les processus de production. En fonction des besoins repérés, l’état-major se met à la recherche une équipe de professionnels dans sa réserve de volontaires, en prenant en compte les critères de proximité de l’entreprise sinistrée. Une fois le contact établi, les volontaires demandent des commissions de service à l’entreprise où ils travaillent afin de pouvoir s’absenter quelques jours ou, si cela ne s’avère pas possible, de poser des jours de permission ou de congés. La bataille productive, qui dure entre 5 et 7 jours, commence ou s’achève généralement en fin de semaine afin de faciliter la coordination.

DEPUIS 2016, L’EPO A LIVRE AVEC SUCCÈS 14 BATAILLES PRODUCTIVES DANS TOUT LE PAYS, REMETTANT EN ÉTAT UN TOTAL DE 320 INSTALLATIONS ET MACHINES ET CE, SANS AUCUN FINANCEMENT.

Sergio Requena, co-fondateur de l’EPO et membre de l’état-major, nous explique que dès qu’ils arrivent sur le site, ils s’organisent sur le modèle d’ un petit campement militaire. Ils s’installent sur leur lieu de travail même, où ils dormiront et prendront leurs repas jusqu’à la fin du travail entrepris. Car il faut optimiser le temps imparti et pour ce faire, ils travaillent du lever au coucher du soleil. Le soir venu, les équipes rendent compte des travaux accomplis et on attribue à chacune d’elle la tâche à effectuer le lendemain. Une équipe s’occupe de l’intendance et de la cuisine. Depuis 2016, l’EPO a livré avec succès 14 batailles productives dans tout le pays, remettant en état de marche un total de 320 installations et machineries. Et ce, sans aucun financement.

REPARER LES CONSCIENCES

A INDORCA, Victor Mujica, tourneur et vice-président, interrompt un instant son travail pour nous parler de la première bataille productive, celle pour laquelle ils se sont déplacés à 500 kms au nord-ouest du pays, à CUMANA. C’était en février 2016, à l’usine de farine de poisson et de mise en boîte de sardine UPSA La Gaviota, une entreprise d’état entièrement paralysée en raison de l’avarie d’un tour depuis deux ans et demi.

“Quand nous sommes arrivés là-bas avec le matériel et tout le reste, les gens en sont restés bouche-bée et ne savaient comment réagir, se demandant comment nous allions pouvoir arranger leur usine gratuitement et en gérant tout nous-mêmes. Il y avait un groupe qui n’était pas d’accord. C’était le premier jour. Les gens arrivaient à 7 heures du matin et repartaient à 10 heures. Puisqu’on leur payait de toute façon leur salaire entier…et ils ne produisaient rien. Le 2è jour, d’autres camarades sont arrivés et se sont progressivement intégrés au groupe. Le 3ème jour, tous étaient mobilisés. Et le grand nettoyage a commencé : nous réparions une machine ou autre chose, et eux nettoyaient ensuite le local. Et ils en étaient très contents. Le jour où tout a été opérationnel… ils étaient enchantés. A partir de ce moment, ils ont décidé de démarrer l’usine et de relancer la production de sardines en boîtes. C’était impressionnant ! La plupart d’entre eux avaient totalement changé d’attitude. Et eux aussi s’y sont mis après notre départ, intervenant auprès d’autres entreprises. Ils ont pris part à ce combat et font maintenant partie de l’EPO.

On entend dire dans l’armée productive qu’on n’y répare pas seulement les machines, mais aussi les consciences. l’effet le plus marquant produit par la bataille productive, selon les avis recueillis lors de nombreuses entrevues, est un regain d’espoir chez le personnel qui retrouve sa fierté de classe.

Reportage de Terra TV : « El Maizal, la bataille pour produire » sur la treizième « bataille productive » de l’EPO en faveur de la Commune El Maizal pour récupérer les machines inutilisables faute de réparation, les réfrigérateurs, les machines à semer, les réseaux électriques, les ampoules. Toute une série de connaissances ont été partagées entre électriciens et travailleurs ruraux, afin que les communard(e)s sachent réparer et entretenir les machines, et disposent d’outils pour fortifier le développement productif.

C’est pourquoi on dit à ‘EPO qu’on n’y répare pas seulement les machines mais avant tout les consciences. L’effet majeur obtenu par la bataille productive, selon les avis recueillis lors de nombreux entretiens, est un regain d’espoir chez le personnel qui retrouve sa fierté de classe. C’est pour cette raison qu’on entend dire à l’EPO qu’on n’y répare pas seulement les machines, mais surtout les consciences. Les travailleurs se sentent soutenus par d’autres travailleurs et travaillent pour des travailleurs. Ils sont heureux de pouvoir recommencer à produire, cela leur apporte une satisfaction qui peut paraître anodine jusqu’à ce qu’elle manque. Aujourd’hui encore davantage, alors que la crise économique et le blocus entraîne souvent la pénurie de certains produits de base pour le peuple vénézuélien.

La “moralisation de la classe travailleuse” et “l’intégration et la reconnaissance des travailleuses et travailleurs en tant que sœurs et frères appartenant à la même classe” font donc partie des objectifs de cette organisation. Pour qui la bataille productive est une activité “contre-culturelle, car elle va à l’encontre de la culture dominante dans le tissu des entreprises vénézuéliennes. Dans une économie entièrement dédiée depuis des centaines d’années à l’exportation, les liens entre les entreprises sont très lâches. La bataille productive est basée sur le principe de la “complémentarité”. Elle essaie de réparer l’avarie en collaboration avec les entreprises voisines, en leur demandant l’autorisation de fouiller dans leurs entrepôts, afin d‘utiliser pour l’usine en panne ce qui ne représente que du rebut pour les autres. De cette façon, ils luttent contre l’isolement, suscitent une solidarité active et font en sorte de mettre en place des relations de collaboration avant de repartir.

C’est ainsi qu’ils mettent leur idéal en pratique : “Notre perspective est d’instaurer le Socialisme dans notre pays” et ceci en mettant en place un véritable contrôle ouvrier, chose très différente de la simple nationalisation et de sa gestion bureaucratique par le Ministère correspondant dont le siège est à Caracas. Selon leurs propres termes, il s’agit de “promouvoir la gestion ouvrière directe et démocratique du processus social du travail”.

UNE MÊME CRISE MAIS DIFFÉRENTES MANIÈRES D’EN SORTIR

Une fois vérifiée sa solvabilité sur un laps de quatre années, il peut être difficile de comprendre pourquoi un projet tel que celui de l’EPO ne bénéficie pas d’aides de la part de l’Etat. Cela est dû au fait qu’à l’intérieur même du Chavisme coexistent deux propositions très différentes pour surmonter la crise et le blocus.

D’une part, le Gouvernement de Maduro se réclame du premier Chavez, celui qui défendait l’économie mixte. Et opte donc pour le recours à l’investissement étranger -provenant de Chine, de la Russie, de la Turquie et d’autres pays rivaux des Etats-Unis-, aux privatisations et au renforcement du modèle extractiviste –or et autres métaux rares outre le pétrole-.

D’autre part, le chavisme populaire réclame le maintien du deuxième Chavez, celui du Changement de Cap. Dans cette optique, les communes, le contrôle ouvrier et la démocratisation de la terre représentent la seule véritable alternative permettant de développer les forces productives d’un pays comme le Venezuela situé à la périphérie du marché global.

Quoiqu’il en soit, l’EPO, projet chaviste entièrement basé sur l’autogestion, a non seulement démontré sa capacité à restaurer le potentiel de production nationale, mais il a aussi fait preuve d’une croissance exponentielle grâce à la seule contribution des travailleurs qui la rejoignent quotidiennement. Il faut donc la considérer comme l’une des pièces fondamentales qui, en complémentarité avec d’autres, peut aboutir à une réelle sortie de la crise par la Gauche.

Source: https://www.elsaltodiario.com/mapas/batallas-ejercito-productivo-obrero-venezuela-guerra-no-convencional

Traduction: Frédérique Buhl 

URL de cet articlehttps://wp.me/p2ahp2-59L

L’Institut Agroécologique “Paulo Freire” du Venezuela: sur la voie d’une société nouvelle (Via Campesina/Radio Mundo Real)

Avant j’avais un sentiment de privation, aujourd’hui je me sens libre car je travaille ma terre et je décide ce que je veux faire de ma production : la vendre ou la troquer, mon gain ne dépend que de ma propre initiative. Je ne dépends plus d’un salaire” nous raconte Geronimo, paysan de la communauté Pena Larga, dans l’état de Barinas. C’est dans le cadre de la première Mission Internationale de Solidarité de la Via Campesina au Venezuela, que nous avons visité récemment le centre éducatif IALA “Paulo Freire” et l’exploitation familiale de Geronimo Solorzano, l’un des paysans accompagnateurs.

Geronimo Solorzano (deuxième à partir de la droite). Photo de David Crump, membre de l’Association des Travailleurs Agricoles de Floride (EEUU), qui fait partie de la Via Campesina. 

Geronimo Solorzano (deuxième à partir de la droite) partage son témoignage avec les délégué(e)s internationaux(nales) de Via Campesina. Photo de David Crump, membre de l’Association des Travailleurs Agricoles de Floride (Etats-Unis), qui fait partie de la Vía Campesina.

Quand j’ai besoin de sous, je vais vendre quelque chose et j’en obtiens. Cela aide les gens à se sentir mieux. Si ma fille a besoin d’un cahier, je pars vendre un kilo de quichoncho”  (pois cajan, ou pois d’angole), et aussitôt elle a son cahier. Comme ça tu vis tranquille, et c’est pour cela que je dis que je suis libre et indépendant”, ajoute Geronimo pendant son entretien avec Radio Mundo Real (Radio Monde Réel).

Nous l’avons interviewé en même temps que sa fille de 13 ans, Erlinda, qui s’est déroulée du 20 au 27 janvier et a visité plusieurs états de l’ouest de ce pays.

Le conuco (potager familial) de Geronimo est un terrain de 15 000 mètres carrés (l’équivalent d’un hectare et demi). Il s’y est installé il y a trois ans et demi avec sa famille après avoir quitté une entreprise pour travailler la terre avec le soutien de l’Institut Universitaire Latino-Américain d’Agroécologie Paulo Freire (IALA Paulo Freire). Cela fait maintenant sept ans que Geronimo travaille aux côtés de professeurs et d’étudiants de ce centre éducatif situé à une courte distance en voiture de sa maison, dans la même commune. L’IALA a été officiellement créé en avril 2008 par un accord entre le gouvernement vénézuélien de Hugo Chavez et la Via Campesina, pour former des étudiant(e)s (proposés par des mouvements sociaux) dans la production agropastorale à vocation agroécologique. Il a été l’un des premiers IALA de la Vía Campesina, qui en compte beaucoup plus actuellement dans différentes régions d’Amérique Latine.

Géronimo, sa femme et sa fille cultivent du riz, du maïs, de la caraota (haricots noirs), du quinchoncho (pois cajan), du topocho (banane plantain), de la canne à sucre, de l’ajonjoli (sésame), des haricots à galettes et du lait de chèvre. Une partie de la récolte sert à nourrir la famille, une autre est destinée à la vente et une autre encore au troc (échanges sans l’intermédiaire d’argent). Quelquefois il leur faut aussi conserver les semences.

Le paysan, auquel nous avons rendu visite le 22 janvier 2020, nous explique que les professeurs et les élèves de l’IALA Paulo Freire lui ont installé un système de compost à vers et lui apportent leur aide lors de visites chaque vendredi afin de surveiller et traiter l’apparition de ravageurs et de maladies dans ses cultures. Ils lui apportent aussi des plants de café ou de cacao.

Ci-dessus: À la demande de certains des étudiants de l’Institut Agro-écologique Latino-américain « Paulo Freire » (IALA, Venezuela), Betzany Guedez de Terra TV a planifié avec eux un atelier de formation audiovisuelle qui permette de visibiliser l’énorme travail qui est réalisé dans cette école polyvalente. Voici les notes visuelles de cette première réunion. Réalisé par : Betzany Guedez. Edition : Miguel Escalona. Terra TV août 2019

 

Geronimo apprécie l’oeuvre du chavisme et de la révolution bolivarienne en cours, qui a permis de récupérer de grands latifundios improductifs pour les distribuer aux paysans et paysannes organisé(e)s, et il revendique haut et fort l’identité et la dignité du paysannat.

Avant nous devions nous soumettre aux gens riches. Tu travaillais pour eux et tu avais peur de prendre ton indépendance. Tu avais peur en te disant : “si cet homme me renvoie, ma famille ne mangera pas aujourd’hui”. Mais maintenant je n’ai plus peur, je travaille en sachant que je dois le faire parce que j’ai une famille à entretenir et je cultive moi-même mes propres produits”.

Géronimo projette d’élever des porcs, des vaches et des poules et sa parcelle devra nourrir les animaux en plus de sa famille. Sa fille Erlinda est en 2ème année d’Enseignement Secondaire et a surpris les membres de la mission de Via Campesina par ses connaissances sur les cultures et l’usage des plantes médicinales. Elle a appris des choses à plus d’un d’entre nous : “l’origan sert à assaisonner la nourriture. Il existe deux variétés d’origan, le plus grand sert à fabriquer des remèdes, il faut broyer, recueillir le jus qu’il contient pour le mélanger avec du miel et le boire afin de soigner la toux ou la grippe. Le plus petit est mélangé à la nourriture et sert à conserver la viande. A défaut de réfrigérateur, on fait sécher l’origan pour le conserver.”

ÉDUCATION POPULAIRE

La mission de de l’IALA Paulo Freire est de former les étudiants proposés par les mouvements paysans, indigène et afro-descendants d’Amérique Latine, des Caraïbes et d’Afrique pour en faire des professionnels hautement qualifiés dans le domaine de la transformation des modes de production agricole et d’élevage dans une approche agro-écologique, afin d’atteindre la souveraineté alimentaire.

Le militant José Luis Riber Rodriguez, du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora (CRBZ) qui a dirigé la mission, participe à ce processus de coordination politique et pédagogique de l’IALA depuis 2017. José Luis est ingénieur dans le domaine de l’agroécologie et sort de cette école de formation. Agé de 25 ans, ce fils de paysans de l’Etat de Barinas, est responsable, à l’IALA, de projets socio-productifs et sociaux-intégratifs, ainsi que des unités de formation.

En ce qui concerne les projets sociaux-productifs, José Luis nous dit lors de notre visite à l’IALA qu’il s’occupait du secteur de la production animale, volailles, porcins et pisciculture. Il travaille par exemple à la récupération de poules créoles pour la consommation de viande et d’œufs à l’IALA. Le jeune dirigeant a opté pour la formation continue dans le cadre du collectif de formation de la Coordination Latino-Américaine des Organisations paysans (CLOC-La Via Campesina) et d’autres mis en place par le CRBZ.

La principale richesse de l’IALA, fondée sur la pensée du “pédagogue des opprimés” Paulo Freire, est, selon José Luis, sa contribution à générer des processus de formation qui misent sur la construction de l’être humain, ou “comment convertir une personne en sujet de construction de sa propre réalitéNous travaillons avec un sujet sensible, qui pense et agit en même temps, qui a la capacité d’évaluer les choses, de comprendre chacune des activités et de créer cette dynamique d’auto-construction en tant qu’être humain”, explique le jeune vénézuélien.

Nous travaillons à la formation de l’être humain, de son bien-être, du Vivre-Ensemble, pour que chacun puisse créer ses propres outils pour fonder sa propre base sociale et matérielle au sein de ce processus, qui se veut dialogique et qui relève de l’édification d’une nouvelle société”, ajoute-t-il.

José Luis explique à Radio Mundo Real les raisons d’être des accompagnements réalisés par le Centre d’études auprès des familles se dédiant à la production familiale : “Notre mission dans le cadre de ces accompagnements des exploitations est de renforcer les espaces agroécologiques ; territorialiser l’agroécologie est essentiel pour l’IALA, qui se différencie de l’Université dans le processus de la construction communale et doit s’appuyer sur la population et être en relation constante avec elle. Le but premier étant de promouvoir les processus de base d’organisation et de formation, et de tout ce qui relève de la transformation et de la production d’aliments selon une perspective écologique. Nous nous rencontrons une fois par semaine et nous maintenons cette relation pour poursuivre de manière planifiée ce processus de formation avec une méthodologie d’investigation et d’action participative, de paysan à paysan. Cela permet de socialiser et de créer un lien tout en établissant ensemble une planification du travail, pour atteindre notre objectif commun : la souveraineté alimentaire”.

La délégation internationale de Via Campesina à son arrivée à Caracas et (ci-dessous) parcourant les régions paysannes de l’ouest du Venezuela

Source: Radio Mundo Real, https://rmr.fm/informes-especiales/en-la-senda-de-una-nueva-sociedad/

Traduction: Frédérique Buhl

URL de cet article: https://wp.me/p2ahp2-57g

Venezuela : la nouvelle société émergera de la commune

Conversation avec Angel Prado, militant de base qui parle de la commune comme d’un moyen de transformer la société et l’économie à partir de la base.

El Maizal est une commune rurale phare située entre les États vénézuéliens de Lara et Portuguesa, au centre du pays, qui produit du bétail, du maïs et d’autres denrées alimentaires. La production communale à El Maizal est basée sur le contrôle social des moyens de production. Les processus démocratiques au cœur de ses initiatives comprennent la prise de décision collective dans le processus de travail et dans la distribution des surplus, qui sont souvent destinés à résoudre les problèmes médicaux et de logement de la communauté, à soutenir d’autres communes et à encourager les initiatives éducatives.

La commune a été proposée par Chávez comme l’unité embryonnaire du pouvoir populaire sur le territoire pour la construction du socialisme. Regroupant les conseils communaux et autres organisations, l’idée est que la communauté exerce directement le pouvoir par le biais d’assemblées, et qu’elle assume progressivement des facteurs de production et des compétences politiques.

Q. – Puisque le Venezuela est assiégé par l’impérialisme, il devrait y avoir un front unifié dans la lutte pour la souveraineté. Cependant, la commune d’El Maizal, comme la plupart des organisations de base du chavisme, a une attitude critique envers certaines politiques et positions gouvernementales. Quelle est votre opinion sur la dialectique entre soutien et critique ?

Angel Prado – Quand El Maizal a commencé à occuper des terres en friche et à les rendre collectives, c’était au moment où le Commandant Chavez menait une guerre acharnée contre les grands domaines de l’oligarchie du pays… El Maizal est donc né au milieu d’une lutte économique et politique. Dans ce contexte, nous sommes nécessairement entrés en contradiction avec l’ordre des choses existant : la logique qui prévaut dans notre société. Ainsi, notre histoire même a fait de nous une organisation critique, luttant contre les « antivaleurs » de la société capitaliste qui doivent être détruites. C’est pourquoi nous ne pouvons pas fermer les yeux sur la façon dont une logique contraire au chavisme entre dans certaines sphères politiques.

Depuis la mort de Chavez, qui nous a rendus particulièrement vulnérables face à l’impérialisme américain, le gouvernement s’est surtout efforcé d’établir des alliances tactiques avec de nombreux secteurs, en privilégiant parfois même le capital privé. Il l’a fait pour tenter d’éviter, premièrement, une guerre civile ou une intervention militaire et, deuxièmement, pour éviter la chute du gouvernement.

Nos principes, nos objectifs et notre engagement envers Chavez signifient que nous ne pouvons pas être d’accord avec certaines des politiques du gouvernement. De nombreux pactes privilégiant le secteur privé ont mis de côté le potentiel de la commune – c’est pourquoi nous ne soutenons pas le gouvernement lorsqu’il s’agit de ces politiques. Cependant, tant que le gouvernement restera ferme contre l’impérialisme (comme il le fait), nous resterons fermes dans un front uni avec lui.

Nous continuerons à critiquer [le gouvernement] de manière constructive, mais quoi qu’il en soit, nous ne contribuerons jamais à créer les conditions d’une intervention militaire.

Comme vous le savez, nous ne pouvons exclure une intervention directe, et nous avons déjà été témoins d’une action indirecte des États-Unis au Venezuela. De plus, ce ne serait pas la première fois que les États-Unis interviennent au Venezuela [par exemple, le blocus naval de 1902-1903], et le continent a une longue histoire d’interventions, la plus récente étant l’invasion du Panama [1989]. De plus, ce n’est pas pour rien que les États-Unis ont des bases militaires en Colombie et à Aruba.

L’Amérique latine a connu une longue histoire d’interventions américaines, de renversement de gouvernements et de massacres de populations. Cependant, le Venezuela, qui est maintenant dans la ligne de mire de l’impérialisme américain, a pu se relever. Cela est dû en partie à la solidarité internationale développée au fil du temps, au processus d’intégration continentale de Chavez (sur les traces de Bolivar), et à l’organisation interne de la classe ouvrière.

Pour ceux d’entre nous qui font partie du mouvement populaire – avec notre degré d’autonomie et notre disposition à dire ce qui doit être dit – nous sommes de ceux qui ont créé les conditions pour empêcher une intervention américaine, qui serait catastrophique non seulement pour le peuple vénézuélien, mais pour le continent tout entier.

Revenons un peu en arrière : il y a beaucoup de politiques en cours avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord. Face à ces politiques, nous serons critiques et non soumis. Cependant, nous comprenons que notre engagement inébranlable pour la défense de la Patrie est l’une des clés pour empêcher les États-Unis de nous bombarder et de nous massacrer. En fait, contrairement aux gouvernements d’autres pays producteurs de pétrole qui étaient également aux prises avec l’impérialisme américain, le resserrement des rangs du mouvement populaire vénézuélien avec le gouvernement en ce qui concerne les questions de souveraineté est l’une des raisons pour lesquelles Maduro est encore debout aujourd’hui.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, je pense que nous pouvons dire que la République bolivarienne du Venezuela a jusqu’à présent vaincu le projet impérialiste dans notre pays. Cet exemple continue d’inspirer les peuples d’Amérique latine, qui se dressent aujourd’hui contre l’impérialisme. Cet exemple continue d’inspirer les peuples d’Amérique latine, qui se dressent aujourd’hui contre le système néolibéral auquel ils sont soumis depuis tant d’années.

edf

Dans la commune d’El Maizal, sous un énorme saman [arbre – NDLT], les visiteurs trouveront une sculpture d’Hugo Chavez. Derrière elle, le drapeau vénézuélien et le drapeau de Zamora, sur lequel on peut lire « Terre libre et hommes libres ».

Lorsque vous serrez les rangs du gouvernement pour défendre le Venezuela, défendez-vous seulement la souveraineté ou défendez-vous aussi la révolution ?

Je dirais que nous faisons les deux. Il y a un processus révolutionnaire en cours au Venezuela, mais il y a aussi un secteur réformiste qui est en conflit avec nous. Ces derniers s’enrichissent des opportunités qui se présentent avec la crise. Cependant, le peuple est conscient de ce problème et le mouvement populaire travaille dur pour maintenir le processus révolutionnaire à flot.

Je suis sûr qu’un jour nous serons assez forts pour combattre non seulement l’impérialisme américain, mais aussi les secteurs qui ont nui au projet révolutionnaire de l’intérieur – ceux qui en profitent personnellement dans le contexte de la crise et de la guerre économique.

La défense de la révolution se fait au jour le jour. La défense de la révolution a lieu dans le bâtiment quotidien de la commune. Elle a lieu lorsqu’un paysan produit pour satisfaire les besoins de sa famille, mais aussi lorsqu’il s’engage dans la société dans son ensemble.

C’est une victoire pour le peuple vénézuélien que nous soyons toujours une nation souveraine, ce qui n’est pas rien. Le peuple vénézuélien défend également la révolution au quotidien. C’est aussi une victoire très importante, et elle devrait être connue du monde entier ! Une partie de la gauche internationale ne le comprend peut-être pas. Nous nous faisons l’écho de Chavez en leur disant : « Il y a des gens qui ont passé toute leur vie à poursuivre un rêve, mais en pratique, ils n’ont jamais rien construit ». Nous avons notre méthode, notre travail et notre projet. Nous défendrons notre projet, et notre victoire finale sera le jour où le  » peuple prendra le pouvoir entre ses mains « .

Depuis El Maizal, comment comprenez-vous la proposition de la commune de Chavez ? S’agit-il d’autonomie locale ou cela va-t-il au-delà ?

La commune est le pari politique du Commandant Chavez. Il l’a placée au centre de la scène… Son slogan « Commune ou rien ! » Le concept de « Comuna o nada ! » est très important.

La commune est le système politique que Chavez a planté, taillé et fertilisé. Il a fait cela pour qu’une nouvelle société s’épanouisse. La commune est la réorganisation de la société dans son ensemble, du petit au grand, afin que le peuple puisse prendre le pouvoir.

Dans la pensée de Chavez, la commune est destinée à en finir avec le pouvoir qui, pendant tant d’années, s’est concentré autour de la bourgeoisie, des classes dominantes et de leur état obsolète – un état qui a tenu les gens humbles à l’écart de la participation non seulement dans la sphère politique, mais aussi dans toutes les autres sphères de la vie.

La commune est une proposition intéressante : elle offre une forme d’autonomie populaire, elle nous donne le pouvoir de définir notre propre destin, de décider de nos propres ressources, de définir notre modèle de production et d’imaginer notre modèle de vie. Je pense que la commune est le moyen le plus viable de surmonter le modèle imposé par le capitalisme, qui a construit une machine d’État pour maintenir le contrôle de nos ressources tout en contrôlant le peuple avec certaines formes de domination culturelle, idéologique et religieuse.

J’oserais dire que la commune n’est pas une proposition uniquement destinée au peuple vénézuélien. C’est une proposition d’émancipation pour les peuples du monde. Les classes populaires, les dépossédés, la majorité – nous devons tous nous organiser à partir du niveau local, en construisant des communes socialistes. À partir de là [le peuple organisé en communes] doit devenir le gouvernement du peuple avec un réel contrôle sur nos ressources naturelles et sur nos ressources économiques en général.

C’est un projet populaire qui vise à changer le modèle politique et économique à partir de la base. À partir de là, les gens doivent faire partie du projet, l’assumer comme leur propre projet et commencer à gouverner d’abord au niveau local. De plus, dans la mesure où nous, le peuple, nous nous organisons, nous pourrons défendre nos pays, et même définir l’avenir de chaque pays. En fin de compte, c’est la seule façon de nous libérer du joug de l’impérialisme, qui domine et nous prend nos ressources, même si ce sont les bourgeois locaux qui nous gouvernent.

La commune est un projet de grande envergure. C’est un projet qui intègre les territoires à l’intérieur d’un pays, avec le peuple comme pierre angulaire. Je pense que les communes peuvent être la base à partir de laquelle on peut construire une véritable intégration continentale. Comme le dirait Chavez, la commune est la nouvelle Patrie. C’est la seule alternative politique face au capitalisme.

Ces derniers mois, El Maizal a donné le coup d’envoi d’une importante initiative éducative. Dans tout projet autonome, l’éducation politique devrait être l’un des piliers. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette proposition ?

Pour notre deuxième décennie à la Commune d’El Maizal, nous avons défini plusieurs objectifs stratégiques. L’un d’entre eux est de construire un système d’éducation populaire qui nous éduquera politiquement, nous préparera techniquement et nous donnera des outils pour travailler à la transformation collective. Nous avons construit une commune et ce n’est pas rien, mais le moment est venu de travailler à une transformation culturelle profonde. Nous devons créer une nouvelle conscience. Nous avons besoin que notre peuple voie les choses avec ses propres critères et définisse son avenir par des processus conscients de débats et de réflexions, ainsi que par l’acquisition de mécanismes de construction collective. Pour ce faire, nous développons notre propre système éducatif.

Nous ne voulons pas d’un peuple qui se contente de répéter des slogans, qui suit aveuglément un acronyme ou un drapeau. Cette année, nous voulons faire de l’éducation politique et de la formation technique un objectif transversal. Cet objectif ne doit pas être limité. Nous pensons à un système qui commence avec nos plus jeunes enfants qui vont étudier ici dans la commune, et nous espérons construire notre propre programme scolaire pour eux. Les adolescents, les étudiants universitaires, les travailleurs – tous doivent être intégrés dans un système qui a en son centre la formation politique critique.

Nous devons cultiver la conscience patriotique et construire la conscience politique. Nous devons également créer une conscience communautaire, et cela se fait par l’exemple – par un travail réel sur le territoire, mais aussi par l’éducation et la formation.

Nous faisons cela dans le but de transformer culturellement notre société, qui est pleine de vices. Elle nous façonne comme des êtres soumis, adaptés à un système de domination conçu par le capitalisme et imposé par la violence.

La préparation des cadres militants est essentielle pour notre commune, mais la formation technique est également très importante pour tous nos processus de production. Nous voulons que notre système éducatif soit holistique.

Nous travaillons à l’organisation d’une nouvelle société, ce qui nécessite une énorme transformation culturelle.

L’année 2019 a marqué le 10e anniversaire de la commune d’El Maizal. Pouvez-vous nous donner un bref aperçu de ce qui a été réalisé jusqu’à présent ?

En dix ans de construction communale ici à la Commune d’El Maizal, nous avons accumulé des expériences et nous avons mené des batailles sur les fronts économiques, politiques, idéologiques, électoraux et organisationnels. Au fil des années, nous avons eu l’occasion de nouer des relations avec de nombreuses personnes à l’intérieur et à l’extérieur de la commune qui ont contribué au projet. En d’autres termes, la commune est une construction collective pour l’émancipation collective.

Sur le front productif, nous avons pu concevoir un système économique grâce auquel nous finançons divers projets et initiatives au sein de notre organisation et de notre communauté. Nous avons pu faire face à la situation économique difficile en produisant, et nous avons élargi notre distribution de produits alimentaires et la redistribution des excédents. Nous avons également réussi à mettre en relation les petits et moyens producteurs – individuels et collectifs – avec le système de production d’El Maizal. Cela a renforcé la commune dans son ensemble.

La réussite économique est la clé de la réussite politique. Nous avons travaillé à la souveraineté et à l’autonomie, en consolidant des projets qui étaient initialement précaires. Nous l’avons fait avec l’aide et l’orientation de beaucoup. Maintenant, nous pensons pouvoir lancer de nouveaux projets dans les domaines de l’éducation et de l’agriculture.

Dans le domaine électoral, nous avons remporté quelques victoires dans de dures batailles contre la droite politique, mais aussi contre notre propre gouvernement et notre propre système politique et électoral. Nous sommes maintenant représentés à l’Assemblée nationale constitutive, au Parlement de l’État et dans les communes de notre territoire. Ces batailles et ces espaces de représentation sont symboliquement importants. Cela inclut les postes de représentation qui nous ont été retirés dans le conflit entre l’État, le parti et le gouvernement, d’une part, et le peuple et le mouvement populaire, d’autre part.

Heureusement, dans le domaine électoral, nous avons pu surmonter un problème commun aux hommes politiques de tous types qui se séparent souvent du peuple. C’est-à-dire que nous continuons à être des gens humbles, certains d’entre nous ayant des responsabilités en tant que représentants élus du peuple… mais surtout, nous sommes des communards.

Sur le plan éthique, je pense que nous avons beaucoup progressé. Aujourd’hui, El Maizal dispose d’un vaste réseau de jeunes intégrés dans les processus productifs, politiques, administratifs et économiques, et nous sommes tous dans un débat permanent, qui remet en question nos valeurs et se concentre sur nos principes collectifs. Aujourd’hui, El Maizal se distingue non seulement par sa capacité productive, mais aussi parce qu’elle est un exemple éthique.

L’honnêteté et la solidarité ouvrière au service de l’organisation et sur le chemin de la construction du socialisme – voilà ce que nous sommes. De nombreuses organisations populaires du pays et du monde entier apprécient cela, et elles reconnaissent qu’El Maizal est une petite expérience intéressante dont il vaut la peine de tirer des enseignements. Nous devons être à la hauteur de cela !

Je pense qu’en dix ans de cheminement communal, nous avons beaucoup progressé. La Commune d’El Maizal est composée de plus de 22 conseils communaux. Notre travail s’étend au-delà de notre territoire, et nous avons entamé un processus de connexion avec d’autres communautés, avec d’autres projets d’organisation. En fait, parmi nos objectifs historiques, l’expansion du projet communal est considérée comme stratégique. Jusqu’à présent, nous avons exprimé notre disposition à nous unir et nous avons fait les premiers pas vers la construction d’une société communale.

Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés pour l’avenir ?

Dans les dix prochaines années, nous travaillerons très dur pour consolider un nouveau système de production, en organisant notre travail de façon démocratique, en nous orientant vers l’industrialisation et en éliminant les intermédiaires, dans le but de déplacer la logique du capital et de ses monopoles, qui vise à contrôler les besoins de base de notre population tout en saccageant les plus humbles.

edf

Pour dépasser la logique du capital, la seule option est d’unifier fortement les nombreuses organisations populaires et communales du pays (et du monde). Depuis les rangs du vrai chavisme, nous sommes appelés à donner des solutions aux besoins fondamentaux de notre société. Cela devra se faire en parallèle avec la construction de nouvelles organisations de masse, avec un militantisme politique qui devra être à la hauteur des défis auxquels nous sommes confrontés. Il ne s’agit pas seulement de la sphère politique et économique. Nous sommes obligés de construire une grande organisation pour faire comprendre qu’il existe une alternative. C’est aussi un combat idéologique.

La commune d’El Maizal a de grands défis à relever. Au fur et à mesure que nous les affronterons, nous nous développerons. Le processus de construction des communes est aussi un processus d’apprentissage et d’enseignement, et nous savons que des gens du monde entier continueront à nous rendre visite et à nous donner des conseils, tout comme nous espérons visiter d’autres projets et en tirer des enseignements. Partout où la vie nous mènera, nous chercherons à renforcer les projets populaires communaux et collectifs.

Ricardo Vaz

Investig’action / traduit par : Venesol

“A la main ». Permaculture créatrice dans les Andes vénézuéliennes (Terra TV)

Venezuela, août 2019. Loin des médias, une équipe solidaire réunie par France-Amérique Latine Bordeaux Gironde, et une Brigade internationaliste du Mouvement des Sans Terre du Brésil, organisent un atelier de permaculture. Une formation impulsée par Gloria Verges et Franck David pour appuyer la création de “Tierra Libre”, le siège du réseau de producteurs de semences autochtones établi par les Sans Terre dans le village andin de La Azulita. Deux formateurs de TERRA TV se sont mêlés aux participant(e)s pour filmer les deux derniers jours de cette expérience. Au-delà de la transmission de connaissances, c’est une rencontre humaine toute particulière que révèle et raconte leur documentaire.

Image: Víctor Hugo Rivera

Son direct: Thierry Deronne

Montage: Miguel Escalona

Production: Terra TV, Venezuela, 2019

Durée: 53 minutes. Sous-titres français

ninas

URL de cet article:  https://wp.me/p2ahp2-4Ze

%d blogueurs aiment cette page :