L’invasion du Capitole, boomerang de la politique étrangère états-unienne, par Margaret Kimberley (Black Agenda Report)

par Margaret Kimberley, BAR senior columnist 13 Janvier 2021

L’attaque du Capitole des États-Unis ne fait que s’ajouter aux nombreux traumatismes créés par l’élection de Donald Trump. L’image de ses partisans défonçant littéralement les portes et provoquant la fuite ou la mise à l’abri des parlementaires n’est pas celle que les états-uniens souhaitent voir de leur pays. De toutes les réactions créées par l’émeute, la défense de l’exception américaine est la plus dominante mais aussi la plus cruelle : parmi ces personnes et institutions qui déplorent aujourd’hui l’état de la république, nombreuses sont celles qui ont donné à Trump et à ses prédécesseurs le feu vert pour subvertir la démocratie dans le monde entier. Le péché impardonnable de Donald Trump est de tendre enfin le miroir qui rend moins fier de ce que sont les Etats-Unis.

D’habitude, l’image de « foules en colère » qui prennent d’assaut les sièges du pouvoir est réservée à ce qu’il a appelé des « pays de merde » et aux « républiques bananières ». Les États-Unis ont défait la volonté populaire dans des pays comme le Guatemala parce que la United Fruit Company ne voulait pas d’un gouvernement qui travaillerait au nom du peuple et non de ses intérêts, et depuis, l’expression « république bananière » a naturalisé le récit impérialiste.

Rappelons que Donald Trump a fait la guerre non seulement en soutenant des coups d’Etat mais aussi et surtout en imposant des sanctions économiques unilatérales contre le Venezuela, la Syrie, Cuba, l’Iran, le Nicaragua et bien d’autres pays. Leurs citoyens souffrent du manque de nourriture et de médicaments à la suite de cette agression. Les infrastructures physiques et économiques de ces nations sont gravement touchées. Après tout, le but recherché est la destruction.

Pourtant, des millions de personnes sont horrifiées à l’idée que ce qui se passe dans d’autres pays puisse maintenant leur arriver, chez eux. Revenons sur la conversation téléphonique, quelques jours avant l’émeute du Capitole, entre M. Trump et le secrétaire d’État géorgien, révélée par les médias. Trump exigeait que 11.780 voix supplémentaires soient ajoutées sur son nom afin de remporter cet État. Cet acte insolite n’avait rien d’une tactique nouvelle pour M. Trump. Il l’a testée au Venezuela. Un jour, son administration a proclamé Juan Guaido président de ce pays et s’est entendue avec 50 pays alliés pour faire reconnaître l’usurpateur non élu.

Non seulement les présidents états-uniens détruisent la démocratie dans le monde entier, mais ils sont soutenus dans ces efforts par les médias de masse et le duopole politique. Lorsque des manifestants violents, à l’instigation des États-Unis et sous la surveillance de l’État, comme le National Endowment for Democracy, ont saccagé le Conseil législatif de Hong Kong, ils ont reçu des mots d’éloge de ces mêmes membres du Congrès qui ont fui la rage des trumpistes qui ont envahi le Capitole. Même les membres du Congrès soi-disant progressistes ne sortent pas du rang lorsque les États-Unis décident qui doit gouverner des endroits éloignés. Lorsqu’on lui a demandé quelle était sa position sur la tentative de coup d’État contre le Venezuela, Alexandria Ocasio-Cortez a déclaré : « Je m’en remets à la direction du caucus pour savoir comment nous allons gérer cela. »

Une combinaison de racisme réactionnaire de droite et de cynisme politique a conduit à l’invasion armée du Capitole. L’indignation est justifiée, de même que toute punition qui peut être infligée à Trump avant qu’il ne quitte ses fonctions le 20 janvier 2021. Mais il convient de se livrer à un examen de conscience et dire la vérité sur les invasions, les interventions, les coups d’État et les sanctions qui sont bien plus destructrices que ce que les adeptes de Trump pourraient jamais être.

En mai 2017 lors d’une de ses insurrections relookée par les grands médias occidentaux en « révoltes populaires contre le dictateur Maduro », l’extrême droite vénézuélienne a brûlé vifs plusieurs citoyens afrodescendants (dans ce cas le jeune Orlando Figuera), soupçonnés d’être chavistes à cause de leur couleur de peau. (Note de Venezuelainfos)

Tous les anciens présidents encore en vie ont fait des déclarations condamnant Trump et ses hordes d’extrême droite, mais aucun d’entre eux ne saurait échapper au devoir d’inventaire.  George W. Bush ne devrait pas être autorisé à se prononcer sur le vandalisme des marcheurs du « Make America Great Again » sans être interrogé sur ses mensonges qui ont conduit à l’invasion de l’Irak et à la mort d’un million de personnes ou à l’enlèvement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide. Barack Obama a détruit la Libye et a tenté de détruire la Syrie, créant ainsi une crise humanitaire permanente. Bill Clinton a soutenu l’attaque de Boris Eltsine contre le parlement russe en 1993, qui a entraîné la mort de plus de 100 personnes. Il est intervenu lors des élections russes de 1996 pour maintenir Eltsine au pouvoir.

Les dirigeants étrangers qui agissent comme des marionnettes des États-Unis sont tout aussi mal placés pour jouer les gardiens de la morale démocratique. L’OTAN est un membre zélé du syndicat du crime américain et les Justin Trudeau, Boris Johnson ou Emmanuel Macron prêtent volontiers leur concours aux États-Unis pour déstabiliser d’autres nations. Petits rouages des entreprises criminelles que Washington met en place, pourquoi viendraient-ils pleurer les malheurs de la « démocratie » ?

Les États-Unis ne sont ni un « phare de la démocratie » ni le « nombril du monde ». Les euphémismes qui occultent les crimes doivent être écartés au profit de la vérité. L’examen de conscience doit commencer chez nous et l’acceptation des interventions états-uniennes dans le reste du monde, prendre fin.

Source: Freedom Rider: Capitol Riot Brings U.S. Foreign Policy Home | Black Agenda Report

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

L’auteure : Margaret Kimberley est une écrivaine basée à New York. Le Dr Cornel West l’a qualifiée de « l’une des rares grandes diseuses de vérité qui, avec Glen Ford, Adolph Reed, Jr. et Bruce Dixon, a préservé son intégrité pendant les années Obama ». Elle est rédactrice et chroniqueuse principale pour le Black Agenda Report depuis sa création en 2006. Son travail a été publié dans le Dallas Morning News, Consortium News, American Herald Tribune et CounterPunch. Elle a contribué à l’anthologie « In Defense of Julian Assange ». Elle est diplômée du Williams College. Son œuvre majeure, PREJUDENTIAL est une exploration concise et autorisée de la relation de l’Amérique avec la race et les noirs américains à travers la lentille des présidents qui ont été élus pour représenter l’ensemble de son peuple. Tout au long de l’histoire des États-Unis, de nombreux présidents ont laissé en héritage leur rôle de négriers, de fanatiques et d’incitateurs à la violence raciale, mais ceux qui étaient généralement considérés comme plus sensibles à la situation et aux intérêts des Noirs américains – comme Lincoln, FDR et Clinton – étaient-ils vraiment meilleurs ? Au cours de 45 chapitres – un pour chaque président – Margaret Kimberley éclaire et informe les lecteurs sur les attitudes et les actions du plus haut représentant élu du pays. Pour Counterpunch, PREJUDENTIAL « trouve sa place à côté des œuvres de Howard Zinn et de Roxanne Dunbar-Ortiz. Il devrait être obligatoire de le lire dans chaque école ».

La rubrique Freedom Rider de Margaret Kimberley paraît chaque semaine dans le Black Agenda Report, et est largement reprise ailleurs. Elle tient également un blog fréquemment mis à jour sur patreon.com/margaretkimberley et elle publie régulièrement sur Twitter @freedomrideblog. Mme Kimberley peut être jointe par courrier électronique à l’adresse Margaret.Kimberley(at)BlackAgendaReport.com.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/01/15/linvasion-du-capitole-boomerang-de-la-politique-etrangere-etats-unienne-par-margaret-kimberley-black-agenda-report/

L’Etat communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela

par Franco Vielma

Lors de l’installation de l’Assemblée Nationale (AN) élue le 6 décembre dernier, son nouveau président, le député Jorge Rodriguez, a indiqué certaines orientations fondamentales que le nouveau parlement aura, plaçant dans cet ordre de priorités celui de légiférer et d’agir en faveur de la construction du pouvoir communal au Venezuela.

Rodriguez a déclaré que la nouvelle gestion parlementaire « ira vers le Parlement communal, cette gestion ira vers la conformation de lois pour protéger les cités communales, les communes, les conseils communaux », ce qui suppose une relance ou une réforme des lois du pouvoir populaire et la promulgation d’autres, parmi elles, du projet de loi des cités communales, qui est considéré par beaucoup comme une pièce juridique manquante pour l’avancée dans la concrétion des gouvernements autonomes dans le pays.

Dans le cadre de la campagne pour ces élections législatives, déjà, Rodriguez avait indiqué que la transformation de l’État était possible à partir de l’approfondissement des mécanismes de transfert du pouvoir aux organisations populaires.

« Nous devons adopter la loi qui donne du pouvoir à ceux qui connaissent le quartier, les conseils communaux, nous devons donner un vrai pouvoir aux communes et ce sera par la loi des cités communales. Une loi pour que les communes prennent le pouvoir une fois pour toutes à partir de leurs territoires »

L’agenda de l’Assemblée Nationale est en phase avec la stratégie de l’exécutif vénézuélien qui assume de nouveaux termes dans la gestion sociale et dans l’exercice de la démocratie participative. En octobre dernier, lors du Congrès national des Communes 2.0 organisé par voie numérique, le président Nicolás Maduro a donné des instructions visant à l’organisation, l’installation et le déploiement de 200 cités communales gérées en autogouvernement populaire, par les communes et les conseils communaux eux-mêmes.

De même, le président a accepté la proposition de mettre en place, à travers les travaux de l’assemblée nationale, un instrument qui confère une existence juridique au Parlement communal qui, selon ses termes, « oblige le Parlement national à consulter les Communes, sur tous les projets et sur tous les sujets qui seront mis en débat ». Une proposition politiquement très ambitieuse. Le chavisme propose la création d’un organe législatif complémentaire à l’Assemblée Nationale elle-même et qui aurait un véritable corps politique dans les axes territoriaux du pouvoir communal.

De même, le président Maduro a évoqué la nécessité de consolider un nouveau bloc historique national, où les nouvelles façons de faire de la politique soient un facteur inexorable, une nouvelle forme à l’échafaudage de gestion et de participation pour moduler l’infrastructure et la superstructure du pays.

Contours et défis politiques

La nouvelle Assemblée Nationale a pris sa place dans la politique nationale avec une présentation claire et concrète. Ils s’agit de « réparer » les dégâts laissés par le cycle de la majorité de droite qui l’a précédée : le blocus et le siège extérieur, la fracture de l’espace intérieur et du débat politique entre les Vénézuéliens, et la stagnation et l’échouage partiel de la politique intérieure.

La nouvelle Assemblée nationale, favorable à la « réconciliation », à l’ouverture de « mécanismes de dialogue », à la distension politique, selon les termes du député et président de l’assemblée Jorge Rodriguez (photo ci-dessous, à droite), vise à maintenir la paix, à briser le blocus, au retour des institutions et à l’harmonie politique nationale comme atouts politiques stratégiques.

Mais le chavisme ne conçoit pas que le dialogue national soit perpétué comme le seul dialogue de deux camps. Il a su reconnaître l’existence de diverses oppositions politiques et, au-delà, de tout un pays beaucoup plus diversifié, avec un ensemble de besoins politiques, de revendications de la population et d’anciennes dettes en termes de participation sociale et de démocratie directe.

La pleine reconnaissance du terrain rend ces propositions parlementaires hautement stratégiques. Pour la première fois dans un parlement national, les lois concernant le pouvoir populaire sont en tête de l’agenda législatif. Dans ce sens, aller vers la Commune, c’est, pour le chavisme, aller au fond des choses, au cœur politique de la nation, là où se nouent les contradictions de la vie quotidienne, aujourd’hui, parmi tant de souffrances et de conquêtes.

La nouvelle Assemblée Nationale est, dans tous ses aspects, une assemblée pour le « déblocage » du pays. La politique intérieure est un élément à « débloquer », et pour cela, outre les dialogues politiques avec les oppositions, le chantier concerne la création de lois qui, pour l’ensemble du spectre social, changent les règles du jeu démocratique du pays le plus profond.

Ces lois seront rédigées dans un cadre conflictuel, car elles seront contestées par des secteurs politiques auto-exclus, qui se sont abstenus aux élections et qui défendront la permanence des anciennes formes de politique. Pour cela, ils feront appel à la défense d’instances qui seraient supposées être éradiquées, comme les mairies, ou en signalant l’élimination des AN par un Parlement communal, en déclarant l’inconstitutionnalité de ces lois du pouvoir populaire.

Ils se soumettront à des pressions extérieures, au blocus et chercheront à perpétrer l’État national, en diabolisant ces initiatives et dénonçant à nouveau un prétendu communisme imposé au pays.

En outre, ces lois seront débattues dans un nouveau pays, un pays différent, soumis à de nouvelles inerties et conditions qui n’existaient pas lorsque les premières lois du pouvoir populaire ont été promulguées. Les nouvelles lois seront élaborées selon les critères d’un État limité en ressources, sous blocus occidental, en contingence permanente et en chemin de démantèlement du rentisme pétrolier qui fut le contrat matériel fondateur du Venezuela contemporain, avant et après 1999.

L’expérience accumulée

Les meilleures références sur lesquelles les parlementaires peuvent compter pour assumer les nouvelles tâches législatives de la Commune, sont peut-être dans les mémoires des Congrès communaux qui ont eu lieu ces dernières années. Il existe des principes élémentaires écrits à partir de l’expertise et de l’expérience de ses protagonistes.

Les forces communales et autres expressions du tissu politique du Chavisme sont la réserve sociale, morale et politique du pays ; ce sont elles qui ont eu le privilège ardu d’expérimenter dans l’arène politique du « nouveau ». Ils ont travaillé avec des hauts et des bas, des erreurs, des incongruités, des faiblesses et avec mille obstacles au premier plan, mais ce sont eux qui ont donné naissance à une nouvelle façon de faire de la politique au Venezuela et font, par conséquent, partie des expressions du savoir indispensable pour repenser le pays.

Les conseils communaux, et après eux, les communes et les systèmes d’agrégation communale, sont tous des expressions germinales du pouvoir social, ils sont le point de départ pour donner forme aux Cités communales comme espaces géo-humains. Ils sont aussi le point exact pour décanter un système de participation parlementaire communale, qui permet de dépasser la vieille logique clientéliste de l’ancien parlementarisme.

Mais écrire une loi des villes communales et une loi qui se réfère au Parlement communal, implique l’identification de sujets politiques appropriés avec une plus grande amplitude, non seulement pour être rendus visibles dans ces lois, mais aussi parce qu’ils sont les facteurs qui peuvent donner l’assentiment dans la réalité à ces initiatives législatives.

Nous parlons de l’avant-garde, des Comités d’Approvisionnement et de Production (CLAPS), des Unités de Bataille Hugo Chavez (UBCH) et du tissu politique principalement féminin qui fait la vraie politique depuis le quotidien et au plus profond de l’espace politique national : référence indispensable, car ils sont dans les formes cellulaires de la politique au jour le jour.

Ce sont des secteurs qui, par excellence, se sont formés aux façons de faire de la politique au milieu des nouveaux obstacles ou inerties internes, loin des méthodes aériennes de formulation des politiques publiques. Ils sont donc essentiels, car ils comprennent que l’éventuelle loi sur les cités communales et une loi sur le parlement communal doivent aller à la recherche de nouvelles formes de gestion politique et sociale. Ces secteurs sociaux et leurs espaces naturels constituent un foyer d’expertise inestimable et peuvent être, en tant que facteurs de première ligne, les promoteurs du changement opportun des règles qui pourraient découler de ces lois importantes.

Les lois qui viendront, pourraient même reformuler les lois du Pouvoir Populaire en vigueur, car après des années de leur promulgation la réalité a montré que les mécanismes prévus pour leur mise en œuvre sont dépassés, ils n’ont pas été remplis car les méthodes pour les imposer n’ont pas été efficaces et de plus de nombreuses conditions ont changé. Cela n’implique pas l’expiration des lois en vigueur, mais plutôt que celles-ci soient réinventées.

La lutte naturelle entre le pouvoir constitué et le pouvoir constituant, qui a été longue et complexe dans les entrailles de la gestion publique, va maintenant avoir de nouvelles lois qui, avec une grande emphase, vont déléguer à de nouveaux acteurs politiques et sociaux de nouveaux rôles pour l’exercice du pouvoir citoyen. C’est très important, car ces lois pourraient résoudre les différends qui découlent des anciennes pratiques et prétentions des fonctionnaires et des institutions en matière de préservation des quotas. Cette lutte est donc aussi une source d’apprentissage pour les législateurs.

En outre, il conviendrait que la rédaction de ces lois soit originale, en explorant l’idéologie nationale d’origine, en particulier celle qui est née de Simón Rodríguez lui-même, qui a appelé « Toparquía » le gouvernement local et l’autonomie comme forme d’organisation de l’exercice du pouvoir sur le territoire de la République, en dissolvant les formes de pouvoir apparues dans l’inertie coloniale et en les remplaçant par des autonomies adaptées aux hommes et aux femmes libres en association et en organisation. Il y a là, dans toute cette accumulation théorique, une immense richesse que nous ne pouvons pas continuer à sous-estimer.

Source : La agenda parlamentaria arranca con destino hacia lo comunal | Misión Verdad (misionverdad.com)

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : L’Etat communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela | Venezuela Infos (wordpress.com)

Révolution bolivarienne, révolution latino-américaine: l’interview intégrale de Nicolas Maduro par Ignacio Ramonet

Si effrayante pour tous, l’année 2020 a été relativement clémente pour le Venezuela. Bien sûr, le blocus et les attaques de l’extérieur n’ont pas cessé, et se sont même parfois intensifiés. Mais la révolution bolivarienne, qui vient d’avoir 22 ans, est déjà affermie par ces batailles. Ce qui est remarquable, c’est qu’ici, contrairement à ce qui s’est passé dans presque toute l’Amérique latine et en particulier dans les pays voisins (Colombie, Brésil), la pandémie de Covid-19 a été maîtrisée. Peu d’infections, faible mortalité (voir les chiffres de l’OMS). Entre-temps, l’économie, dans des circonstances très difficiles, a connu une reprise spectaculaire. Avec une augmentation sans précédent de la production agricole et des activités commerciales. En outre, la nouvelle législation encourage un afflux important d’investissements étrangers. Ces nouveaux airs et ces nouvelles grâces, après plusieurs années de difficultés, se sont traduits politiquement par une victoire éclatante du Chavisme, le 6 décembre dernier, aux élections législatives.

Attaqué férocement depuis des années, le président Nicolas Maduro savoure l’heure où, par ailleurs, deux de ses principaux adversaires mordent successivement la poussière. Sur la scène nationale : l’opposition extrémiste dirigée par Juan Guaidó, battue le 6 décembre et expulsée démocratiquement de l’Assemblée nationale. Sur la scène étrangère : le chef de la conspiration internationale, Donald Trump,a été mis KO aux Etats-Unis le 3 novembre et sera hors-jeu à dater du 20 janvier.

Pour parler de ces questions, dans les magnifiques jardins de La Casona  qui était autrefois la résidence officielle des présidents du Venezuela et qui est aujourd’hui un centre culturel ouvert au public , nous nous sommes entretenus avec Nicolás Maduro. 

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour la gentillesse dont vous avez fait preuve en nous accordant cette interview. Il est devenu une tradition pour nous de nous rencontrer chaque premier janvier pour faire le bilan de l’année écoulée et aussi pour que vous nous disiez comment vous envisagez les perspectives pour l’année à venir.

Cet entretien s’articulera autour de neuf questions : trois sur la politique intérieure, trois sur l’économie et trois sur la politique internationale.

Je voudrais commencer par la politique intérieure. L’année 2020, qui vient de se terminer, restera dans l’histoire comme « l’année de la pandémie Covid-19 » avec un bilan terrifiant à l’échelle planétaire, en termes de contagion et de victimes…. Dans ce panorama effrayant, les chiffres présentés par le Venezuela sont très encourageants, très positifs, et sont parmi les meilleurs du monde… Comment expliquez-vous ces bons résultats malgré les blocus et les mesures coercitives unilatérales imposées à votre pays par les autorités étasuniennes et européennes ? Existe-t-il peut-être un « modèle vénézuélien » pour la lutte contre le Covid ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, je vous remercie pour cette opportunité, cette fenêtre que vous nous ouvrez pour communiquer avec de nombreuses personnes honnêtes dans le monde, en Europe, aux États-Unis, en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Afrique… En effet, ces entretiens s’inscrivent déjà dans une tradition publiée le 1er janvier et qui marquera le début de la nouvelle année 2021. En effet, nous avons fait un grand effort pour traiter le coronavirus. Je pourrais vous dire qu’il existe un modèle vénézuélien. Je le dis humblement, parce qu’au Venezuela il y a un système de santé publique gratuit et de qualité construit en révolution. Et parce que, malgré les persécutions et les sanctions pénales qui nous empêchent d’acheter du matériel médical dans le monde ; et qui nous empêchent d’acquérir, de manière naturelle, les médicaments dont le pays a besoin, nous avons réussi à maintenir, à augmenter et à perfectionner le système de santé publique fondé par le commandant Chavez. La « Mission Barrio Adentro » a été la première étape de la construction de notre système primaire de médecine familiale avec plus de 14.000 cliniques externes, avec le médecin de famille, etc. Tout cela avec le soutien de Fidel Castro, de Cuba et, depuis seize ans, de milliers de médecins et du personnel de santé cubains… Entre-temps, nous avons également formé des milliers de médecins, d’infirmiers et d’infirmières…

Quand, en mars dernier, le Venezuela a commencé à faire face à Covid, je me souviens des articles du Miami Herald, des journaux espagnols El País et ABC, du New York Times, etc. qui « prédisaient », comme toujours avec le Venezuela, l’ »effondrement » de la société vénézuélienne, l’ »effondrement » de notre système de santé, donnaient des chiffres vraiment terrifiants, tragiques…

Entretien réalisé par Ignacio Ramonet à Caracas, le 30 décembre 2020

Cette guerre psychologique a un effet… Parce que vous lisez ces chiffres et vous vous dites : « Mon Dieu, que va-t-il se passer… » En mars, quand on a su que c’était une pandémie, eh bien, on a activé tous les mécanismes de la médecine préventive… Nous avons mobilisé environ 16.000 brigades médicales — qui sont toujours actives… — pour aller chercher les cas avec les tests PCR, les tests rapides, pour aller de maison en maison, dans les quartiers, dans les communautés…

Nous avons décidé d’offrir un traitement complet à tous les patients atteints de Covid… Tous ! Et les faire hospitaliser dans le système de santé publique… Et un petit pourcentage dans les cliniques privées, le système privé avec lequel nous avons établi une parfaite coordination, pour leur donner un traitement et une hospitalisation à 100 % des cas…

Aujourd’hui, je peux vous dire que 95 % des cas de Covid que nous avons eus — cent mille et demi cas d’infection — au Venezuela, ont été détectés à temps, ont reçu un traitement médical à l’hôpital et ont eu tous leurs médicaments.

Nous avons identifié un groupe des meilleurs médicaments nationaux et internationaux et nous avons effectivement fourni un traitement complet garanti à tous les patients : à ceux qui sont asymptomatiques, à ceux qui sont légèrement infectés, à ceux qui sont modérément infectés et, naturellement, à ceux qui sont gravement infectés dans leurs différentes modalités.

De plus, la science vénézuélienne a réussi à créer deux médicaments : un appelé DR10, et un autre que j’appelle les « gouttes miracles José Gregorio Hernández », qui sont deux thérapies permettant d’attaquer et de neutraliser le coronavirus à 100 %. C’est notre petite contribution…

Ces deux médicaments, nous les certifions auprès de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)… Et très bientôt, le pays entrera dans la phase de production de masse, pour la consommation nationale, de ces deux médicaments, qui sont vraiment encourageants.

Lorsque nous parlons du « modèle vénézuélien », nous devons également mentionner une formule que nous avons créée après les longues quarantaines volontaires pendant les mois de mars, avril, mai, juin et juillet. Parce que, ensuite, nous avons essayé une méthode, qui est notre méthode, que nous appelons « 7 + 7 » : sept jours de quarantaine radicale profonde, toujours volontaire ; et sept jours de flexibilisation. Cela nous a permis de combiner la protection indispensable avec l’activité économique… La nécessaire reprise économique s’est combinée à une quarantaine stricte et volontaire pour couper les cycles de contagion. C’est ainsi que nous avons construit notre méthode.

Où l’avons nous trouvé, Ramonet ? De l’étude des expériences dans le monde. De l’étude des expériences positives, comme il y en a eu en Chine, au Vietnam, à Cuba, au Nicaragua, en Nouvelle-Zélande, dans une étape en Corée du Sud… De ces expériences et de l’étude des expériences néfastes comme celle des États-Unis, du Brésil, de la Colombie, qui ont rempli ces pays frères de coronavirus, de maladies et de décès. Nous avons donc atteint un équilibre entre la quarantaine nécessaire, les soins nécessaires, la discipline nécessaire, et la flexibilité.

IR : Il faut dire aussi que le Venezuela a été le premier pays des Amériques, sur l’ensemble du continent, à prendre des mesures de quarantaine. Si je me souviens bien, l’OMS a déclaré la pandémie le 11 mars, et ici, la quarantaine a été décrétée le 13 mars… C’est-à-dire bien avant tout autre pays de la région.

Nicolás Maduro : Oui, et nous avons eu beaucoup de succès avec très peu de cas au cours des trois premiers mois. Puis il y a eu un phénomène : le retour massif de milliers de migrants vénézuéliens de Colombie, d’Equateur, du Pérou… Fuyant le coronavirus, la violence, la famine… Certains sont venus à pied de l’Équateur, du Pérou, de Cali, de Medellin, de Bogota jusqu’à la frontière.

Nous avons reçu plus de 270.000 Vénézuéliens, dont près de 250.000 de Colombie… Une « vague » qui est arrivée en juin, juillet… La frontière est très poreuse, très longue aussi. Et une grande partie de ces migrants sont arrivés par des moyens illégaux, par les « trochas » (Une « trocha » est un chemin souvent utilisé par les narcotrafiquants et qui permet de traverser la jungle ou les sous-bois.)… C’est pourquoi on parle de « trochismo »… Beaucoup d’entre eux sont venus de Colombie, d’Equateur, du Pérou et sont arrivés directement dans leurs communautés…  Ce qui a augmenté le nombre de cas de Covid. Actuellement, cela est contrôlé. Aujourd’hui, je peux dire que, malgré le fait que nous ayons fait une flexibilisation totale au mois de décembre 2020 — nécessaire pour la famille, pour l’économie — nous avons un bon niveau de contrôle.

Et maintenant, nous avons signé un accord avec la Russie pour acheter 10 millions de doses du vaccin Spoutnik V. Nous terminons les études de phase 3 de ce vaccin contre le Spoutnik V, qui sont très favorables. Et nous allons commencer la phase de vaccination. Mais il ne faut pas se leurrer : les vaccins aideront, mais ils ne protégeront que durant six mois à deux ans… Ce n’est pas pour toujours… Les gens doivent le savoir. De nombreuses personnes qui se font vacciner maintenant dans le monde, se font vacciner en espérant que c’est la fin définitive de tout danger de contracter le Covid. Non, c’est une expérience. La vaccination de masse est encore une expérience qui sera évaluée…

IR : Monsieur le Président, tout au long de l’année dernière, les attaques et le sabotage  en particulier contre l’industrie électrique et l’industrie pétrolière  dirigés et financés de l’étranger contre la révolution bolivarienne se sont également poursuivis.  En ce sens, la défaite de l’incursion armée appelée « Opération Gédéon« , en mai 2020, a démontré une fois de plus la force de l’union civile-militaire. Quelles sont les clés de cette union qui semble résister à toutes les épreuves ? Quelles nouvelles menaces armées craignez-vous contre le Venezuela et contre vous-même ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous travaillons beaucoup. En premier lieu, nous travaillons avec notre parole, avec des exemples, avec des actions du gouvernement permanent. Nous travaillons sur l’idéologie, la politique, les valeurs dans toute la société… Le Venezuela a montré, en cette année 2020, une fois de plus, la grande force de ses nouvelles institutions, des valeurs constitutionnelles. Et elle a démontré une grande force de conscience de l’ »union civique, militaire et policière », comme je l’appelle.

Le Venezuela est attaqué par une guerre permanente. Il ne faut laisser planer aucun doute sur le fait que l’empire étasunien, en tant qu’empire, a décidé de reconquérir, de recoloniser le Venezuela, de détruire notre révolution, de détruire nos institutions.

Durant ces quatre années de présidence de Donald Trump, nous avons connu une version extrémiste de la politique impériale contre le Venezuela. Un extrémisme total… Trump a autorisé à plusieurs reprises — on le saura en temps voulu, Ramonet — mon assassinat. Trump a pris goût pour le sang, pour la mort… Il a fait tuer Soleimani (Le 3 janvier 2020, le général iranien Qasem Soleimani, chef de la Force Quds, a été tué à Bagdad, en Irak, par une attaque de drones étasuniens) et bien d’autres. Et à plusieurs reprises, il a autorisé des plans, coordonnés avec le président colombien Iván Duque, pour m’assassiner. Ces plans sont toujours en vigueur aujourd’hui. De temps en temps, nous découvrons des éléments et prenons des mesures pour la protection, non seulement de ma vie, de la vie de ma famille, de la vie du haut commandement politico-militaire, de la vie des dirigeants du pays, de la vie des institutions…

Récemment, nous venons de démanteler un plan qui avait été conçu à Riohacha, sur la côte atlantique de la Colombie. C’est là qu’a eu lieu, le 21 décembre 2020, une réunion dirigée par trois agents des services secrets colombiens étroitement liés à Álvaro Uribe Vélez [ex-Président Colombien], envoyés par Iván Duque pour organiser un plan d’attaque de notre centrale hydroélectrique de Guri, pour attaquer nos raffineries, pour tenter de détruire, avec des explosifs, le siège de l’Assemblée nationale ? Ce plan s’appelait « Boycott de l’Assemblée nationale ».

Nous sommes en train de le démanteler en ce moment même, avec des preuves à l’appui, avec les témoignages des personnes qui ont participé à cette réunion à Riohacha. Le gouvernement colombien a gardé le silence, parce que nous avons découvert le plan secret qu’ils avaient pour ces jours de décembre et janvier. Nous sommes attaqués en permanence, menacés en permanence…

Mais la clé, c’est la prise de conscience. Sans aucun doute, si on nous demandait : quelle est la clé pour maintenir la révolution bolivarienne ? La réponse est : la vérité ; une parole engagée ; une action permanente ; avoir l’initiative politique… Et la conscience supérieure du peuple, la conscience supérieure de notre Force armée nationale bolivarienne.

Cette année, une loi a été adoptée — la loi constitutionnelle qui régit la Force armée nationale bolivarienne — et dans cette loi ont été exposés les éléments doctrinaux avec lesquels le soldat vénézuélien se meut. L’anti-impérialisme, le bolivarisme, l’américanisme latin s’expriment… La Force armée s’est déclarée comme une force armée anti-oligarchique.

Il y a des principes, des éléments clés : travailler la conscience, travailler les valeurs avec la vérité… C’est une clé fondamentale de l’union civile-militaire-policière qui soutient, en combat permanent, notre révolution.

IR : Monsieur le Président, les élections législatives du 6 décembre ont donné une nouvelle et éclatante victoire au Chavisme et à ses alliés. Le 5 janvier, le mandat de la précédente Assemblée, qui était dominée par l’opposition, prendra fin. Et le Chavisme va reprendre le contrôle de l’Assemblée nationale. Cependant, une partie de l’opposition a refusé de participer à ces élections et ne reconnaît pas les résultats. Quelles initiatives comptez-vous prendre pour convaincre cette opposition de participer à un nouveau dialogue pour aller vers la pacification définitive de la vie politique ?

Nicolás Maduro : Eh bien, en effet, une partie importante de l’opposition a adopté la vision extrémiste imposée par Washington en cette période de Trump. Mais l’ère de Trump se termine, et nous allons voir comment cette partie de l’opposition réagit maintenant. Nous avons toujours mené des dialogues et des négociations avec toute l’opposition, y compris celle qui s’est exclue du système politique démocratique du pays. Nous leur avons même parlé, en les invitant à occuper leurs espaces. L’opposition vénézuélienne a des partisans, des militants ; elle a des électeurs. Et bien, ils ont le droit d’occuper leurs espaces politiques.

J’espère qu’avec l’installation de la nouvelle Assemblée nationale le 5 janvier pour la période 2021-2025… Le mandat constitutionnel est de cinq ans, du 5 janvier 2021 au 5 janvier 2026, et ici les mandats constitutionnels sont de cinq ans pour le pouvoir législatif, pas un jour de plus, pas un jour de moins. Je souhaite que cette Assemblée nationale qui se met en place appelle à un grand dialogue, inclusif, large, très large. Je propose de participer à ce dialogue comme une personne de plus, assis sur une chaise comme une personne de plus ; j’enlève mes épaulettes présidentielles et je m’assieds là pour contribuer à la rencontre et à la réconciliation des Vénézuéliens. Et j’espère que ce dialogue convoqué par l’Assemblée nationale donnera de bons résultats. Et qu’elle devienne un épicentre politique de dialogue, de retrouvailles, de réconciliation.

Nous espérons que toute l’opposition participera aux élections de 2021 pour les gouverneurs que nous avons et qui sont très importantes… Ils sont mandatés par la Constitution… Il y a 23 gouvernorats dans le pays.

La dernière fois, Ramonet, que nous avons lutté contre toute l’opposition unie contre les forces bolivariennes, c’était lors d’une élection de gouverneurs, le 15 octobre 2017. Et sur 23 gouvernorats, nous en avons gagné 19, bien mérités. Nous avons obtenu 54 % des votes nationaux. Une formidable victoire. C’est la dernière fois que nous avons pu nous mesurer. De plus, je peux ajouter que nous voulons nous mesurer à toute l’opposition dans tous les États du pays, au bras de fer, ou comme ils le veulent, en taekwondo, en boxe… comme ils le souhaitent, mais aux élections, aux élections… Si seulement. Puis, en 2022, vient l’élection des maires de 335 municipalités, très importante pour le gouvernement local. Et en 2022, je dois rappeler que le 10 janvier 2022, je serai président depuis trois ans…

IR : Il y a une possibilité de révocation…

Nicolás Maduro : Oui, il y a le droit à un référendum révocatoire. Si quelqu’un de l’opposition voudrait recueillir les signatures, et s’il les recueillait, en respectant les exigences constitutionnelles et légales, nous aurions, en 2022, un référendum révocatoire, nous irions nous mesurer aussi.

Et puis, en 2024, qu’il fasse beau temps ou mauvais temps, il y aura des élections présidentielles au Venezuela. Nous avons donc un grand programme électoral, un programme politique, et au-delà du programme électoral, au-delà du programme politique, il y a un programme économique de relance, il y a un programme social, il y a un programme moral de lutte contre la corruption. J’aimerais parler de toutes ces questions avec toute l’opposition, et être capable de parvenir à un consensus.

Maintenant je peux vous dire sincèrement Ramonet, vous êtes un citoyen franco-espagnol, vous connaissez très bien l’Europe. La responsabilité de l’extrémisme de l’opposition, de l’exclusion de l’opposition de la vie politique du pays, de l’abandon de ses espaces naturels et de ses électeurs, incombe en grande partie à l’Union européenne et aux gouvernements européens. Pas seulement Donald Trump, parce que ceux qui ont suivi Donald Trump c’est l’Union européenne, soutenant toutes les politiques barbares, d’extrémisme de droite, toutes les politiques insensées, imprésentables… Le seul endroit au monde où l’Union européenne soutient ces politiques est le Venezuela. Il faudra voir pourquoi. Une grande partie du fait que la droite vénézuélienne, l’opposition, s’engage dans une politique de bon sens, de participation et de dialogue, est liée à l’Union européenne, qui a une telle influence sur l’esprit de ces dirigeants politiques dans ce secteur de l’opposition. Espérons que l’Union européenne leur parlera de dialogue et les aidera à réfléchir et à rectifier le tir.

IR : Nous allons maintenant parler de l’économie, je voulais vous demander la chose suivante : votre gouvernement a choisi, depuis un an, de permettre une dollarisation partielle de l’économie, plutôt que du commerce. Pourriez-vous faire un bilan de cette dollarisation ? Pourquoi cette mesure a-t-elle été prise ? Quels avantages a-t-elle apportés ? Quels inconvénients ? Jusqu’à quand va-t-elle être maintenue ? Et une autre question que certains analystes se posent : Révolution et dollarisation, n’y a-t-il pas là une contradiction ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, le Venezuela est soumis à une situation très particulière. Nous sommes poursuivis par toutes les sources de financement. Je pourrais vous dire, Ramonet, que pratiquement l’empire étasunien a interdit l’utilisation de la monnaie dollar par l’État vénézuélien. Donc, vous voyez… Je vais couper court à votre question en vous disant cette grande vérité : le Venezuela n’a pas le droit de vendre du pétrole au monde et d’encaisser en dollars. Le Venezuela n’a pas le droit, en tant qu’État, de gérer des comptes pour acheter les médicaments, la nourriture dans le monde… Elle n’en a pas le droit.

Nous avons nos propres façons de faire bouger les ressources, mais elles doivent toutes être atypiques, parallèles au monde du dollar. Tout cela montre comment le dollar, comment le système bancaire étasunien est utilisé pour tenter d’imposer un modèle économique, un modèle politique, un changement de régime au Venezuela. C’est la vraie vérité.

Nous sommes au milieu d’une économie de résistance, d’une économie de guerre. Nous avons dû passer de 56 milliards de dollars de revenus en 2013 à moins de 500 millions de dollars de revenus pétroliers en 2020. Que chacun tire ses propres conclusions. Et pourtant, nous avons maintenu l’État-providence social tel que dicté par notre Constitution. Ici, l’éducation publique gratuite et de qualité a été maintenue pour notre peuple. Ici, la santé publique gratuite et de qualité a été maintenue et même augmentée. Ici, nous avons maintenu le droit au logement… Nous avons un record mondial dans la construction et la livraison de logements… Je viens de livrer 3.400.000 logements… Nous construisons 1.095 logements sociaux par jour… Un record, un vrai record du monde. Et ici, les niveaux d’emploi ont été maintenus.

Qu’est-ce qui s’est effondré ? Le revenu national et le revenu des travailleurs. Le revenu des travailleurs a été attaqué en raison de la chute à 99 % du revenu national en devises étrangères.

Et au milieu de tout cela, que s’est-il passé ? Une économie autrefois subreptice a émergé, désormais ouverte et publique, où le dollar est géré, notamment au niveau commercial. J’ai quelques chiffres que, pour la première fois, je vais vous donner officiellement. Au niveau du commerce, et au niveau de certaines activités, le dollar a fonctionné comme une soupape de sécurité pour les revenus, pour le commerce et pour la satisfaction des besoins de secteurs importants de la vie vénézuélienne… Il s’agit d’une soupape de sécurité.

Mais je peux vous donner des données à partir de cette année 2020, vous voyez ? Toute l’activité commerciale est collectée dans ces chiffres. En 2020, je peux vous dire, en particulier au cours des deux derniers mois de novembre et décembre, que l’activité commerciale dans le pays a été multipliée par cinq par rapport à l’année dernière. Quintuplé en bolivars et en dollars.

Maintenant, je peux vous dire qu’en dollars — ces données sont récentes —, l’importance relative des dépenses faites par les ménages, selon les moyens de paiement utilisés, je peux vous dire que 77,3 % des transactions commerciales dans le pays, en 2020, ont été faites en Bolivar par des moyens de paiement numériques. Vous pouvez donc encore voir le poids de la monnaie nationale, et nous allons la récupérer. Seuls 18,6 % ont été réalisés en espèces en devises convertibles, principalement en dollars… Vous pouvez voir ici, par exemple, qu’au mois de juin, juillet les paiements en devises étrangères sont passés à plus de vingt pour cent, mais le résultat annuel est déjà de 18,6 pour cent de paiements en espèces en dollars, dans de nombreuses activités des centres commerciaux, y compris le commerce de rue, le commerce informel… Et 3,4 % en bolivars physiques, dont vous savez qu’ils nous font la guerre contre la monnaie physique. Nous allons, cette année 2021, vers une économie numérique plus profonde et plus étendue… J’ai fixé l’objectif : une économie 100 % numérique, que chacun ait ses moyens de paiement en carte de débit, carte de crédit…

IR : L’argent physique disparaît, donc dans une certaine mesure ….

Nicolas Maduro : Il disparaît. Pour le Venezuela, c’est un grand avantage. Nous allons même créer quelques formats de paiement en monnaie numérique, avec un compte d’épargne en devises étrangères dans la banque vénézuélienne. Les comptes d’épargne et les comptes courants en devises étrangères sont autorisés, et les gens pourront payer au prix de la monnaie en bolivars sur le marché général du pays. Cela signifie que le dollar est une soupape de sécurité. Vous ne pouvez pas dire que le Venezuela est, comme l’Équateur par exemple, une économie dollarisée. Il ne dépend pas du département du Trésor étasunien comme le Panama. Non. Le Venezuela a sa monnaie, le bolivar, et nous allons la défendre en 2021 en améliorant les revenus. Nous devons améliorer la qualité de la monnaie vénézuélienne. Nous devons continuer à faire baisser l’inflation, qui est encore très élevée, même si nous l’avons contrôlée progressivement. Mais c’est difficile, en raison de la situation globale du revenu national… On ne peut donc pas parler d’une dollarisation de l’ensemble de l’économie. Alors à la question : Y a-t-il une contradiction entre dollarisation et révolution ? La réponse est, pour autant qu’on puisse le voir : non. Il y a plutôt une complémentarité.

IR : Monsieur le Président, le Venezuela a été victime d’un vol spectaculaire de biens à l’étranger. Vous avez notamment été dépouillé de la société Citgo aux Etats-Unis, ainsi que des réserves d’or déposées à Londres. Quelles initiatives votre gouvernement a-t-il prises pour récupérer ces avoirs ? Quelle est la situation actuelle ? Quels espoirs avez-vous de les récupérer ?

Nicolás Maduro : Nous avons toujours de l’espoir, parce que nous avons la raison juridique, nous avons la raison nationale, républicaine. Ce sont des biens de la République. L’or de Londres appartient à la République, gérée par sa Banque centrale du Venezuela. Les comptes bancaires gelés au Portugal, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis, sont des comptes bancaires de près de 30 milliards de dollars qui, s’ils étaient activés et récupérés, constitueraient une injection immédiate de reprise et de relance économique du Venezuela, uniquement avec la récupération de cet argent.

Ils nous ont volé l’entreprise Citgo, une société qui possède huit mille stations d’essence aux États-Unis. Elle est gelée, volée par le clan Trump, ils la guettaient depuis que Donald Trump est devenu président avec son groupe d’affaires pour nous voler Citgo… Avec la complicité de ces bandits sournois, des voleurs, issus de l’extrême droite vénézuélienne, dirigés par Juan Guaidó… Ils ont volé Citgo. Il y a un espoir de récupération.

Nous avons eu du mal à défendre le Venezuela et ses intérêts car, même pour payer les cabinets d’avocats internationaux, on nous en empêche. Parce que, je le répète, ils nous ont gelés et ont volé nos comptes.

Mais au Venezuela, nous trouvons toujours un moyen de trouver de bons cabinets d’avocats, de trouver des avocats courageux, compétents et bien informés… Et pour défendre nos intérêts, une nouvelle Assemblée nationale arrive… Et l’Assemblée nationale, qui a été l’épicentre du pillage, de la dépossession, du vol du Venezuela, s’en va… Cela va beaucoup changer la situation parce qu’une nouvelle Assemblée nationale dotée de pleins pouvoirs législatifs va arriver, et je crois que cela va nous aider à avancer dans l’objectif de récupérer ce qui appartient à la République. Elle n’appartient pas à Maduro, elle n’appartient pas à un groupe, elle est l’héritage de la République, elle est l’argent et l’héritage de tous les Vénézuéliens, de toutes les femmes vénézuéliennes.

IR : Monsieur le Président, dans la difficile situation économique nationale et internationale actuelle, marquée par les conséquences, comme vous le soulignez, du blocus et de la pandémie, quelles seraient les principales questions à résoudre pour relancer la croissance économique de votre pays ? Dans quelle mesure le récent vote d’une loi « anti-blocus » peut-il y contribuer ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous nous sommes formés aux difficultés. Le Libérateur Simon Bolivar se disait « l’homme des difficultés ». Et nous appelons notre peuple le « peuple des difficultés ». Nous avons déjà indiqué et guidé un plan de relance qui a eu pour axe, cette semaine, la loi anti-blocus.

La loi anti-blocus joue le rôle d’un grand axe matriciel dans le processus de recouvrement du revenu national. Et avec le redressement du revenu national, nous devons progressivement retrouver les facteurs et les équilibres de la macroéconomie. Recouvrer les revenus des travailleurs et maintenir un processus de redressement du marché intérieur national.

Je peux vous donner une information importante sur la façon dont, en 2020, nous avons progressé dans le processus d’installation d’une économie alternative, d’une économie post-rentière, d’une économie productive… Nous avons augmenté de 400.000 tonnes, par exemple, la production alimentaire, et nous avons dépassé les niveaux de pénurie de produits et de nourriture qui existaient il y a trois, quatre ou cinq ans. Avec une production nationale.

Je tiens à féliciter les hommes d’affaires et les producteurs, l’industrie agro-alimentaire… Nous sommes en train d’élaborer le plan du CLAP 2021… Aujourd’hui, j’ai approuvé le plan pour le CLAP 2021, qui signifie le marché alimentaire mensuel pour 7 millions de ménages…

Pour me faire bien comprendre : les CLAP sont les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production qui constituent un instrument fondamental du marché alimentaire. Qu’il s’agit sans doute d’améliorer, d’augmenter… Nous en parlerons en janvier, avec le ministère de l’alimentation, le vice-président exécutif… J’ai déjà approuvé les lignes de travail pour la production nationale de tous les CLAP, de toute la nourriture distribuée aux 7 millions de ménages nationaux. Avant, nous importions 60 ou 70 % de cette nourriture… Ainsi, à partir de 2021, avec la loi anti-blocus, nous allons récupérer le revenu national, rétablir l’équilibre macroéconomique, contenir encore plus l’inflation l’année prochaine et reprendre la croissance économique réelle, de l’économie réelle.

L’année 2021 marque le début d’une nouvelle croissance progressive, soutenue, réelle, je vous le dis, de l’économie réelle, de l’économie productive. Pas de l’économie des papiers, de la spéculation, du mensonge, de la farce, non, c’est la croissance de l’économie qui produit des céréales, du lait, de la viande, du maïs, des arépas (spécialité Vénézuélienne et Colombienne) des vêtements, du pétrole, de l’or, etc. De l’économie réelle.

Je pense que toute cette cruauté qui a été appliquée contre le Venezuela nous a laissé de grandes leçons, et nous nous sommes mis sur la voie du développement de notre propre économie, une véritable économie, qui va être très forte, très puissante, vous verrez, et d’ailleurs, nous en donnons un exemple au monde. On peut nous interdire le dollar, on peut nous interdire le financement et le refinancement dans le système bancaire occidental, on peut nous persécuter et nous retirer nos comptes, mais on ne nous a pas arrêtés et on ne nous arrêtera jamais. Et ce qui émerge ici va donner au monde un exemple qu’un autre monde est possible, qu’il n’y a plus de chantage au dollar et au système financier par le Fonds monétaire international… Au Venezuela, nous démontrons, dans la résistance, dans une résistance très dure, qu’un autre monde est possible. Nous allons aller de l’avant, vous allez le voir.

IR : Monsieur le Président, nous allons maintenant parler de politique internationale et nous allons commencer par parler de l’Amérique latine. Quelque chose est en train de changer en Amérique latine. Aux gouvernements progressistes du Mexique et de l’Argentine se sont ajoutés la récente victoire du MAS en Bolivie, le succès du plébiscite au Chili, la défaite de Bolsonaro aux élections municipales au Brésil, la révolte populaire au Pérou, les protestations au Guatemala et en Colombie, les perspectives raisonnables de victoire du candidat Araúz aux prochaines élections présidentielles en Équateur et la victoire retentissante du Chavisme aux élections législatives du 6 décembre au Venezuela… Tout cela crée une atmosphère très différente de celle qui existait récemment lorsque certains parlaient de la « fin du cycle progressif »… Comment voyez-vous la situation géopolitique en Amérique latine pour cette année 2021 qui commence ?

Nicolás Maduro : Eh bien, je peux dire que les mouvements populaires radicaux de lutte, les mouvements dits progressistes, les mouvements de gauche, les mouvements révolutionnaires sont une réalité en Amérique latine et dans les Caraïbes. Nous sommes l’alternative de nos peuples, chacun avec son profil, sa caractéristique, son discours, son leadership… On ne peut pas, par exemple, comparer la direction des mouvements populaires en Colombie avec celle de l’Equateur, ou du Venezuela, ou du Brésil… Chacun a son profil, sa texture, son esthétique, son discours, son courage, ses opportunités mais, sans aucun doute, du Mexique à la Patagonie et dans toute la Caraïbe, il existe un puissant mouvement populaire, radical, rebelle. Il existe un puissant mouvement progressiste et un puissant mouvement de gauche. Il y a une direction révolutionnaire puissante. À l’avant-garde se trouve l’ALBA, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. La victoire en Bolivie a été une grande victoire pour l’ALBA et, eh bien, elle recompose ce qui est une grande alliance pour la paix, le développement social, la vie de nos peuples. A l’avant-garde est sans aucun doute Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie, les Caraïbes avec nos dirigeants des Caraïbes, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade…   La grande alliance profonde et véritable qui a été maintenue face aux menaces, face à toutes les circonstances.

L’ALBA a toujours tenu bon. L’ALBA est née et est le produit de la première vague révolutionnaire menée par Hugo Chávez à cette époque, la première vague qui a conduit à la rencontre historique de Chávez et Fidel, au moment du retour au pouvoir du Sandinisme, de la victoire d’Evo Morales, de Rafael Correa, la victoire de Kirchner… Eh bien, de cette première vague est née l’ALBA, et là, elle est ferme, forte… Et maintenant, sans aucun doute, je vois arriver une deuxième vague. La deuxième vague de gouvernements progressistes, populaires, nationalistes, latino-américains… Une deuxième vague arrive qui est en plein développement, et pourquoi cette deuxième vague arrive-t-elle ? parce que le capitalisme néolibéral est épuisé… Le capitalisme néolibéral génère la pauvreté, l’exclusion, la répression… Observons le Chili, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, toute la partie Pacifique : répression, misère, chômage… Colombie cette année plus de 90 massacres… Plus de 250 anciens combattants des FARC ont été tués… Et que disent les médias, que dit le monde ? Ils se taisent… Le modèle répressif, antipopulaire, excluant et générateur de misère du capitalisme néolibéral n’a pas de réponse pour le peuple… C’est un épuisement très profond, et il est naturel que de nouveaux leaderships émergent qui surprendront non seulement l’Amérique latine et les Caraïbes, mais aussi le monde entier.

Passons à une deuxième vague, je ne le dis pas simplement par optimisme, par foi — bien que je suis un homme optimiste, de foi, de foi dans les peuples, de foi dans la lutte, de foi dans l’histoire de nos pays —  je le dis par observation directe de la réalité et avec les données que vous, même, avez apportées dans votre question.

IR : Monsieur le Président, ces dernières années, alors que l’hostilité de Washington et de nombreuses capitales européennes envers le Venezuela s’est accrue, votre gouvernement a renforcé ses liens avec plusieurs puissances telles que la Chine, la Russie, l’Iran, la Turquie, l’Inde et d’autres qui ont défendu la souveraineté du Venezuela. Pouvez-vous nous dire quelles sont les perspectives de projets de coopération et de développement avec ces puissances ?

Nicolás Maduro : Nous sommes ouverts sur le monde. Sans aucun doute, nos relations sont particulières avec la Fédération de Russie, avec la République populaire de Chine, avec la République islamique d’Iran, avec Cuba… Nous avons aussi des liens privilégiés avec l’Inde, il y a une grande identité avec l’Inde, avec sa spiritualité, avec son peuple… Et avec de nombreux autres pays. Avec la Turquie… Et avec l’Afrique, avec de nombreux pays dans le monde, nous avons de grandes et excellentes relations.

Nous voulons que ces relations soient consolidées, nous continuerons à travailler. Grâce à la loi anti-blocus, de nouvelles alliances ont déjà fait des progrès spectaculaires dans divers domaines de l’investissement dans l’économie… Je ne peux pas en dire d’avantage, c’est la caractéristique de la loi anti-blocus, de faire sans dire, et de dire quand cela a été fait. C’est le principe : faire, faire, faire, avancer sans rien dire, pour éviter la guerre impérialiste, pour la neutraliser, et dire plus tard, quand tout sera fait, quand j’aurai l’accomplissement ici entre mes mains. Maintenant, dans cette même ligne de la loi anti-blocus, j’invite aussi les investisseurs d’Amérique latine, du Mexique, du Panama, nos frères d’investissement de Colombie, du Brésil, d’Argentine, de toute l’Amérique latine et des Caraïbes, des États-Unis : venez, voilà un monde pour investir avec des conditions spéciales. Si quelqu’un a porté préjudice aux investisseurs de toutes sortes, aux détenteurs de la dette des États-Unis, c’est bien Donald Trump et sa politique obstinée et extrémiste contre le Venezuela.

Parce que les investisseurs étasuniens ont les portes ouvertes ici pour investir dans le pétrole, le gaz, la pétrochimie, les télécommunications, le tourisme, la finance, tout ce qu’ils veulent. Trump a fait beaucoup de dégâts aux détenteurs de dettes… Et je peux également vous dire, pour la première fois, que nous avons versé aux détenteurs de la dette, par engagement de la République, plus de 76 milliards de dollars sur la période 2014-17. Et avec le commandant Chavez, sur la période 2010-2013, nous avons versé jusqu’à 56 milliards de dollars… Faites le calcul, comme le dit un de mes amis, faites le calcul : 76 milliards plus 56 milliards, c’est 132 milliards de dollars que nous avons payés de 2010 à 2017 jusqu’à l’arrivée de Trump…

C’étaient les profits des investisseurs financiers… Les détenteurs de la dette ont tout perdu quand ils ont gelé nos comptes, quand ils ont attaqué nos revenus pétroliers… J’ai affirmé à tous les détenteurs de dettes, à tous les investisseurs américains, notre volonté de négocier et de renégocier, et d’honorer tous nos engagements à l’avenir. Pour parvenir à des accords… Nous avons les meilleures relations… Ils savent que nous sommes bien payés, que nous sommes des gens de parole, fiables pour l’activité financière, économique, ils le savent, et ils savent que Trump a fait beaucoup de mal à leurs investissements, ils le savent parfaitement.

Il y a des investisseurs, Ramonet, qui représentent même des groupes, des syndicats de retraités américains, des groupes sociaux aux États-Unis qui ont acheté, pour leur fiabilité, des obligations de la dette vénézuélienne et maintenant, regardez, Trump les a brisées, Trump les a détruites. Un autre monde est possible, même à cet égard.

Je profite donc de votre question pour envoyer un message à tous les investisseurs du monde : nous sommes prêts, préparés, nous avons la loi anti-blocus, il y a la nouvelle Assemblée nationale qui va élaborer un ensemble de lois pour rendre plus flexible tout ce qui est investissement dans l’activité économique vénézuélienne, le Venezuela est ouvert au monde pour l’investissement.

IR : Monsieur le Président, c’est précisément la récente défaite électorale de Donald Trump aux États-Unis et l’arrivée imminente de la nouvelle administration démocratique du président Joe Biden qui constituent un moment particulier de changement dans la vie politique internationale. Qu’attendez-vous de cette nouvelle administration américaine ? Quel message de bienvenue adressez-vous à Joe Biden ?

Nicolas Maduro : À ce sujet, je suis obligé d’être prudent… Cela ne veut pas dire que je n’ai pas une pensée claire, j’en ai une, sur les changements aux États-Unis, sur la défaite retentissante de Donald Trump. Trump s’en va… Voyons si avec le départ de Trump, sa politique néfaste et extrémiste contre le Venezuela va partir aussi… Voyons voir… Il y a beaucoup de lobbying en cours. J’ai reçu hier des informations sur ce voleur et meurtrier nommé Leopoldo López : il vient d’engager, à Washington, deux sociétés de lobbying proches du Parti démocrate pour commencer à faire pression en faveur de l’extrémisme de droite au Venezuela face au nouveau gouvernement Biden. Vous savez que la politique américaine est basée sur le lobbying. C’est même légal… Maintenant, ils embauchent de nouveaux lobbyistes liés à Biden, liés au nouveau secrétaire d’État [Anthony Blinken] nommé par Biden, alors, eh bien, espérons que le 20 janvier arrive, que le président Joe Biden soit assermenté et que nous puissions suivre notre chemin.

J’ai toujours dit qu’avec le départ de Trump, puisse sa politique extrémiste et cruelle contre le Venezuela disparaître, espérons-le, et que le dialogue sera rétabli avec Biden et les États-Unis sur un programme constructif. Espérons, espérons. En attendant, nous sommes entre les mains de Dieu, toujours en fonction de nos propres efforts… Je dis toujours au peuple vénézuélien et aux peuples du monde : ne dépendons de personne, dépendons toujours de nos propres efforts, dépendons de nos propres pensées, de nos propres mots, le reste est du profit, comme disent nos peuples. Espérons que c’est pour le bien, le changement aux États-Unis, pour l’humanité, et espérons que c’est aussi pour le bien du Venezuela. C’est ce que je souhaite.

IR : Merci beaucoup, Monsieur le Président, nous sommes arrivés au terme de cette interview, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, à votre famille et, bien sûr, au Venezuela et à tout son peuple, une bonne année.

Nicolás Maduro : Merci beaucoup pour cette opportunité. Face à l’avalanche de mensonges, de manipulations, d’attaques qu’il y a dans la presse mondiale… Je vois tout le temps, dans la presse et à la télévision à Madrid, des attaques et des attaques… Madrid est devenu l’épicentre de l’attaque d’extrême droite contre le Venezuela, on lit le « New York Times« , le « Miami Herald« , la presse colombienne et le monde en général : des attaques sans pitié, incessantes, incessantes… Mais, eh bien, voici notre vérité et pour notre vérité nous donnons nos vies ; et avec notre vérité nous prenons les chemins du futur.

L’année 2021, sera une année emblématique car c’est le bicentenaire de la bataille de Carabobo (Le 24 juin 1821, la victoire des forces patriotiques de Simon Bolivar contre les troupes royalistes dans la bataille de Carabobo a été décisive dans la guerre d’indépendance du Venezuela.). Elle a été fixée par le commandant Chavez lui-même : « En 2021, 200 ans après Carabobo, Chavez a dit, nous devons arriver à être libres, indépendants et souverains ». Et c’est ainsi que nous sommes arrivés : libres, indépendants, souverains dans la résistance, mais aussi dans la victoire. Bonne année.

IR : Merci Monsieur le Président, prenons rendez-vous pour le 1er janvier 2022.

Nicolás Maduro : d’accord, approuvé !

(Caracas, 30 décembre 2020.)

Source : Cubadebate / Traduit par Venesol

Action urgente: le New York Times efface la guerre économique des États-Unis contre le Venezuela (Fair.org)

Par Bryce Greene (étudiant à l’université d’Indiana/Bloomington) pour www.fair.org

Le 6 décembre 2020, le Venezuela a organisé des élections pour l’Assemblée Nationale, principal organe législatif du pays. Bien que le taux de participation a presque atteint un creux historique, le Parti socialiste Unifié du président Nicolás Maduro (PSUV) a remporté une victoire éclatante.

A l’approche des élections, le New York Times (5/12/20) a publié un article intitulé  » Le Venezuela vote dans une élection que l’opposition qualifie de farce « . Ce texte contient diverses descriptions de la crise politique et économique dans le pays.

Malheureusement, l’article ignore le fait que le gouvernement états-unien a ciblé de très nombreuses sanctions visant explicitement à déstabiliser le gouvernement Maduro et à écraser l’économie vénézuélienne. Or le mot « sanction » n’apparaît jamais dans l’article.

Le New York Times (5/12/20) décrit « une période difficile pour le Venezuela, alors que le pays est aux prises avec de profonds défis économiques et un effondrement de son système de soins de santé » – sans mentionner que la politique états-unienne est conçue pour approfondir ces défis et exacerber cet effondrement.

Au cours de la première année de Trump, son administration a considérablement étendu les sanctions de l’ère Obama sur le Venezuela dans le cadre d’une campagne visant à évincer du pouvoir le président démocratiquement élu Nicolás Maduro. Ces sanctions limitaient les exportations de pétrole du Venezuela et empêchaient son accès aux institutions financières internationales. Selon la Maison Blanche, elles étaient « calibrées pour priver la dictature de Maduro d’une source de financement essentielle ».

Avec sa principale source de revenus qui se tarit et qui est isolée du système financier mondial, l’économie vénézuélienne est en chute libre. Une étude rédigée par un économiste vénézuélien a souligné certains des effets dévastateurs des sanctions. Elles ont provoqué une accélération du déclin de la production pétrolière, qui a coûté à l’État vénézuélien jusqu’à 31 milliards de dollars. L’étude a également établi une corrélation historique entre les exportations de pétrole et les importations de provisions essentielles. De 2018 à 2020, les importations ont diminué de 77 %. Le Venezuela ne perçoit plus qu’1 % des revenus qu’il percevait avant la guerre économique.

En raison des sanctions, le système de santé s’est effondré, les importations de denrées alimentaires ont chuté encore plus rapidement et des milliers de personnes ont quitté le pays. La pression exercée par les États-Unis sur les organismes humanitaires internationaux a empêché des organisations telles que la Croix-Rouge de fournir une aide indispensable. Un responsable de la Croix-Rouge a fait remarquer qu’il était plus facile d’obtenir des fournitures pour le Yémen ou la Syrie que pour le Venezuela. Une étude du Center for Economic and Policy Research estime que les sanctions ont entraîné jusqu’à 40 000 morts supplémentaires en raison de la détérioration des conditions de vie et de l’infrastructure sanitaire. Pendant la crise du Covid-19, le Fonds monétaire international (FMI) a même refusé de fournir un financement pour aider à développer les systèmes de détection et de réponse du Venezuela.

Le New York Times, notant « un petit groupe de personnes faisant la queue pour voter », suggère que les élections vénézuéliennes ne sont pas démocratiques parce que l’attente aux bureaux de vote n’est pas assez longue ! (La photo sous-exposée est également un bon moyen de suggérer visuellement l’oppression).

Après l’investiture du président Maduro pour un second mandat en 2019, après sa réélection en 2018, les États-Unis ont refusé de reconnaître le gouvernement, et ont renforcé les sanctions. Avec le soutien et l’appui total de Washington, Juan Guaidó, chef de l’Assemblée nationale, s’est autoproclamé président par intérim du pays. M. Guaidó a été accueilli par le Nord global et a même assisté au discours du président Trump sur l’état de l’Union en 2020. Encouragée par le soutien manifeste des États-Unis, l’opposition de Maduro a intensifié ses efforts pour déstabiliser le pays et délégitimer le gouvernement actuel, alimentant de violents affrontements, une tentative d’assassinat contre Maduro et même une invasion avortée dans le style « Baie des cochons ».

Trump se serait lassé de toute cette affaire, mais les sanctions et les souffrances continuent.

Rien de tout cela n’a rendu le Venezuela « plus démocratique », ni n’a rapproché le pays de la résolution de ses problèmes politiques. Au lieu de cela, la situation est bien pire.

Tout ce contexte critique a été complètement omis par le New York Times dans sa description de la situation au Venezuela. Comme indiqué plus haut, le mot « sanction » n’apparaît pas une seule fois.

D’après ce rapport du Times, toute la « faim, le chômage, les pénuries d’essence et… l’effondrement du système de santé » qui « n’ont fait qu’empirer avec le coronavirus » est à imputer exclusivement à Maduro. Le rôle des États-Unis est ignoré, et les lecteurs du journal, pour la plupart états-uniens, sont laissés dans l’ignorance totale des actions de leur propre gouvernement. Tout cela pour justifier la poursuite de la tentative du coup d’État états-unien et pour déplorer son échec apparent.

Le Times a décrit la victoire électorale imminente du parti de Maduro comme quelque chose qui « pourrait considérablement affaiblir Juan Guaidó » dans sa « tentative audacieuse mais finalement ratée, soutenue par les États-Unis pour prendre le pouvoir ». La tentative de coup d’État est donc présentée comme un noble effort des États-Unis qui est contrecarré par les élections.

Le Times a suggéré que l’échec de la tentative de coup d’État américain « a renforcé les sentiments d’abandon et d’impuissance politique ». Le lecteur est censé supposer que les Vénézuéliens attendent que Juan Guaidó, soutenu par les États-Unis, les sauve de leur situation désespérée.

L’auteure, Julie Turkowitz, chef du bureau des Andes, a déjà usé de ce même procédé dans le passé (FAIR.org, 16/04/20). Au début de cette année, Mme Turkowitz a écrit un article (4/10/20) sur l’effondrement du système de santé vénézuélien. Là aussi, elle a minimisé le rôle de la guerre économique états-unienne, en rejetant la plus grande partie de la responsabilité sur le gouvernement vénézuélien.  Au-delà de la situation actuelle au Venezuela, le New York Times joue depuis longtemps un rôle de soutien aux tentatives états-unienne de dominer l’Amérique latine (FAIR.org, 11/20/20).

Rien de tout cela n’excuse les erreurs dont Maduro et son gouvernement ont été accusés. Cependant, rien de ce que Maduro a fait n’est une raison d’effacer les actes de violence économique que les États-Unis commettent sur le Venezuela. Si le Times s’inquiète de la santé et du bien-être des Vénézuéliens, le journal devrait concentrer ses reportages sur la campagne du gouvernement états-unien visant à écraser l’économie vénézuélienne et à briser son système politique.

ACTION :

Veuillez rappeler au New York Times qu’en tant que journal états-unien, il a l’obligation de couvrir les effets de la politique du gouvernement états-unien sur des pays comme le Venezuela.

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Source : ACTION ALERT: NYT Erases US Economic War Against Venezuela — FAIR

Traduit de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/12/21/action-urgente-le-new-york-times-efface-la-guerre-economique-des-etats-unis-contre-le-venezuela-fair-org/

La différence idéologique n’empêche pas le Venezuela et l’Iran de nouer des relations stratégiques, par Elijah J. Magnier

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son équipe ont mis fin au rêve du président Donald Trump de renverser le système démocratique au Venezuela par un coup d’État : le parti au pouvoir de Maduro a remporté une claire victoire avec 68% des sièges à l’Assemblée nationale. L' »homme de Washington », Juan Guaidó, appartient désormais à l’Histoire, comme toute personne qui sert à faire pression pour que des forces étrangères interviennent dans son propre pays et, dans ce cas particulier, pour être de ceux qui demandent aux États-Unis de maintenir et d’augmenter les sanctions contre le Venezuela.

Maduro offre à la Russie et à l’Iran la possibilité de jouer un rôle dans l’arrière-cour des États-Unis, tant que le Venezuela tire un bénéfice de cette bataille internationale. La guerre « de basse intensité » menée par les États-Unis, par le biais de sanctions sévères, se révèle inefficace au Venezuela, et son échec ressemble déjà à celui d’autres régions du monde, en particulier au Moyen-Orient.

Pendant six ans, l’opposition vénézuélienne a détenu la majorité à l’Assemblée nationale, ce qui a permis au président Donald Trump de diviser la société vénézuélienne pour tenter de la retourner contre le président Maduro. Les États-Unis, l’Union européenne et 50 autres pays ont reconnu le député Guaidó autoproclamé président, un acte qui constitue une violation flagrante du droit international. Par contre, les 3/4 des 197 États actuellement reconnus par l’Organisation des Nations unies, avec parmi eux des puissances comme l’Inde, la Chine ou la Russie, reconnaissent le président élu, Nicolas Maduro. Quand les États-Unis ont envisagé d’utiliser la force militaire pour arrêter le Venezuela, la Russie a envoyé des conseillers militaires et des armes pour les avertir de se tenir à l’écart. Moscou a envoyé des avions SU-30 et des missiles S-300 au Venezuela. Certes ce n’est pas déterminant. En dernière instance, ce ne sont pas les armes qui pourraient arrêter les États-Unis, mais une politique de dissuasion : la Russie peut mettre en danger les intérêts américains dans des dizaines d’autres endroits du monde, si cet équilibre des pouvoirs n’est pas respecté.

L’Iran s’est joint à la Russie pour défier les États-Unis en envoyant au Venezuela plusieurs méga-pétroliers et des pièces détachées pour tenter de réparer les six raffineries paralysées par les sanctions américaines, notamment par le blocus sur les pièces détachées pour le pétrole et le gaz, la nourriture et les médicaments (mesures, rappelons-le, renforcées en pleine pandémie de coronavirus). Ainsi, la réserve de pétrole la plus riche du monde s’est trouvée paralysée par la guerre économique états-unienne.

Cette « guerre de basse intensité » utilisée par les États-Unis pour affamer les Vénézuéliens est la même politique que celle adoptée en Syrie, au Liban, en Palestine, en Iran et au Yémen et, en fait, partout où les États-Unis sont maintenant désobéis.

La Russie est soupçonnée d’investir au Venezuela sans tenir compte des gains ou des pertes financières, car le président Vladimir Poutine a décidé de redonner à la Russie sa place sur la scène internationale et s’est dressé face à l’éternelle volonté unilatérale d’hégémonie des États-Unis. La présence des Russes au Venezuela représente un énorme avantage pour Poutine face à toute administration états-unienne, car Moscou sera toujours considéré comme un ennemi pour la Maison Blanche.

Si Washington décide de se mouvoir ou d’agir sur un quelconque front (comme il l’a fait en Ukraine) ou dans tout autre pays considéré comme une question de sécurité nationale pour la Russie, Moscou peut avancer sur le front vénézuélien et accroître son soutien au gouvernement de Caracas.

La Russie et l’Iran sont présents en Syrie et coopèrent sur le terrain depuis cinq ans (2015-2020). Tous deux ont lutté ensemble contre le plan états-unien visant à renverser le président Bachar al-Assad et ont gagné la bataille. En Irak, les deux pays étaient également présents, offrant des renseignements et d’autres formes de soutien au gouvernement de Bagdad, afin de contrecarrer activement le plan états-unien visant à diviser le pays en trois sous-États.

Au Venezuela, Téhéran réagit en traversant les mers. La « République islamique » d’Iran met ses pas dans ceux de la Russie, en frappant Washington là où cela fait mal. Les États-Unis ont construit des dizaines de bases militaires autour de l’Iran et ont amené la plupart des pays du Golfe à normaliser leurs relations avec Israël, l’ennemi juré de l’Iran. Téhéran a répondu, non seulement en construisant un front d’alliés au Moyen-Orient, mais en soutenant le Venezuela, défiant Washington sur sa scène latino-américaine.

Les États-Unis ont toujours joué dans les arènes des autres pays, mais le Venezuela offre une occasion unique à la Russie et à l’Iran d’être présents dans l’arrière-cour des États-Unis.

La relation Iran-Vénézuela peut sembler plus opportuniste que stratégique. Elle a peut-être été déclenchée par la politique étrangère de Trump, en particulier ses sanctions sévères contre l’Iran, qui l’ont incité à trouver d’autres cartes à jouer contre cette administration américaine hostile. Cependant, le Venezuela devrait maintenant chercher à renforcer ses liens, en élevant ses relations avec l’Iran à un niveau stratégique.

Maintenant que le président Maduro contrôle la majorité de l’Assemblée nationale, il a prouvé qu’il était l’homme fort du pays. Il a complètement ignoré la marionnette états-unienne (Juan Guaidó) qui n’a pas réussi à renverser le président ni même à unifier l’opposition sous un même toit, malgré le soutien total des États-Unis et de l’UE.

Maduro a résisté en organisant une élection démocratique, en harmonie avec les aspirations des Vénézuéliens. Il n’est pas tombé dans le piège de jeter Guaidó en prison même si celui-ci s’est comporté en traître à la Nation (notamment en volant des actifs de l’État vénézuélien ou en appelant les forces US à intervenir dans le pays), préférant attendre le verdict des urnes. Le premier objectif de Maduro est d’essayer de résoudre la crise économique aiguë et la dévaluation de la monnaie locale, malgré les sanctions persistantes des USA. Le président vénézuélien doit maintenant tendre la main à ses proches alliés pour obtenir leur soutien et bâtir un pays autosuffisant pour la plupart des biens, qui ne dépende plus exclusivement du pétrole.

Nicolas Maduro continue d’envoyer des messages positifs au président élu Joe Biden, invitant la nouvelle administration à adopter une nouvelle politique à l’égard du Venezuela, même si, de l’avis général, Trump et Biden pourraient s’avérer n’être que les deux faces d’une même médaille en ce qui concerne la politique états-unienne à l’égard de l’Amérique latine.

En attendant, Maduro continue de bénéficier du soutien de l’Iran, qui envoie une grande flotte de pétroliers, et il est convaincu que Trump ne l’arrêtera pas en cours de route. L’Iran a déterminé que l’administration états-unienne devrait faire face aux conséquences de ses actes, en cas de confiscation de tout pétrolier traversant le détroit d’Ormuz, au cas où la marine US arrêtait un navire iranien en route vers le Venezuela.

Il est vrai qu’idéologiquement, le Venezuela socialiste et bolivarien n’a aucun lien avec l’idéologie de la « République islamique » d’Iran. Toutefois, les deux pays se trouvent dans une position similaire. Le Venezuela soutient la cause palestinienne et s’oppose à l’hégémonie de Washington. L’Iran considère la cause palestinienne comme une question prioritaire, ce qui lui permet de « rencontrer » le Venezuela dans son défi de la domination états-unienne. Il n’est pas nécessaire que les politiques socialistes et l’Islam se confondent : les deux nations sont réunies sous le parapluie de la résistance, ce qui a pour effet ultime d’alléger la pression politique de Washington sur l’Iran. Téhéran a trouvé une place dans l’arrière-cour des États-Unis, en envoyant un message clair qu’il n’est pas seulement un pays du Moyen-Orient qui attend la protection des États-Unis, comme la plupart des États du Golfe. Elle est devenue une puissance régionale qui doit être prise en compte lorsque les États-Unis développent leur stratégie dans la région.

L’auteur: le journaliste Elijah J. Magnier est un ancien correspondant de guerre et analyste politique qui a plus de 35 ans d’expérience dans la couverture du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Il est spécialisé dans les reportages en temps réel sur la politique, la planification stratégique et militaire, le terrorisme et la lutte contre le terrorisme. Magnier a couvert un grand nombre des principales guerres et affrontements militaires dans la région, notamment l’invasion israélienne du Liban en 1982, la guerre Irak-Iran, la guerre civile libanaise, la guerre du Golfe de 1991, la guerre de 1992-1996 en ex-Yougoslavie, l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et la guerre et l’occupation qui ont suivi, la deuxième guerre du Liban en 2006, ainsi que les guerres plus récentes en Libye et en Syrie. Il a vécu plusieurs années au Liban, en Bosnie, en Irak, en Iran, en Libye et en Syrie.

Source : https://ejmagnier.com/2020/12/12/venezuela-an-operational-stage-for-russia-and-iran-to-challenge-the-usa/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/12/17/la-difference-ideologique-nempeche-pas-le-venezuela-et-liran-de-nouer-des-relations-strategiques-par-elijah-j-magnier/

Venezuela, mode d’emploi, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

Nick Estes, membre du Peuple Sioux de Lower Brule (USA) était un des 3000 observateurs internationaux des élections législatives du 6 décembre au Venezuela, il en a profité pour rencontrer les peuples indigènes qui élisent directement leurs représentants à l’Assemblée nationale

Le 6 décembre, comme l’exige leur Constitution, les citoyens de la République bolivarienne du Venezuela ont été appelés aux urnes pour élire 277 députés à l’Assemblée nationale. Dès l’annonce de la consultation, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a donné le ton : « La communauté internationale est de plus en plus consciente que les élections prévues par le régime de [Nicolás] Maduro ne seront ni libres ni justes. Trente-quatre pays nous ont rejoints en faveur d’un Gouvernement de transition. » Suivant à la lettre ces instructions, les secteurs extrémistes de l’opposition, emmenée par le « président autoproclamé » Juan Guaido, ont donc appelé au boycott d’un scrutin déclaré par avance « frauduleux ».

Nonobstant cette injonction, les élections ont pu avoir lieu à la date prévue et, malgré la pandémie, dans des conditions sanitaires satisfaisantes. Regroupé autour du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) au sein d’un Grand Pôle patriotique (GPP), le chavisme l’a très largement remporté avec 68,43 % des suffrages. L’Alliance démocratique (droite), au sein de laquelle figurent deux formations historiques de la vie vénézuélienne (le Copei et une scission d’Action démocratique) engrange 17,52 % des voix. Une deuxième coalition conservatrice, Venezuela Uni, recueille 4,15 % des votes. Sur le flanc gauche de l’arc politique, le Parti communiste vénézuélien (PCV) et quelques satellites rassemblés dans l’Alternative populaire révolutionnaire (APR) sont crédités de 2,7 %. En ordre dispersé, d’autres organisations politiques se partagent 6,48 % (voir l’encadré).

Au-delà de cette victoire incontestable du chavisme, deux faits, bien entendu, retiennent l’attention. D’une part, la faible participation (30,1 % du corps électoral). D’autre part, le fait que pour montrer ses muscles, l’opposition radicale organise en parallèle une « consultation populaire ». Débutant le 6, jour des législatives, celle-ci se terminera le 12 décembre par une « démonstration de force » préludant à la proclamation des résultats.

Décryptage d’un processus électoral atypique auquel ne peuvent s’appliquer les commentaires consciencieux et orthodoxes, les critères classiques et généralement admis d’analyse et d’explications.

Le contexte

Elus le 6 décembre 2015, les députés sortants, dont Guaido (représentant de l’Etat de Vargas avec 90 000 voix), termineront leur mandat de cinq ans le 4 janvier 2021. Pour avoir fait impudemment prêter serment à trois députés non élus (car accusés d’avoir eu recours à des achats de votes), cette Assemblée nationale, dominée par la droite, a été depuis 2016 déclarée en « desacato » (outrage à l’autorité) par le Tribunal de justice (TSJ). Tout en continuant à se réunir, elle n’a pu exercer ses prérogatives du fait de cette illégitimité.
Dans leur obsession d’en terminer avec le « chavisme », la droite vénézuélienne, depuis 2013, a fait du renversement de Maduro une véritable obsession. Barack Obama d’abord, mais ensuite et surtout Donald Trump, lui ont servi de boussole et de soutien. Emeutes insurrectionnelles en 2014 et 2017 (les « guarimbas »), tentative d’assassinat du chef de l’Etat (août 2018), coup d’Etat raté (avril 2020), incursion paramilitaire (mai 2020), blocus économique, commercial et financier, pression maximum et diabolisation des dirigeants chavistes se sont succédés sans discontinuer.

Depuis janvier 2019, en s’autoproclamant président, le député Guaido a établi une sorte de gouvernement parallèle, dont la capitale se situe non pas à Caracas, mais à Bogotá (où l’ambassade des Etats-Unis fait office de « palais présidentiel » vénézuélien).
Si toutes ces manœuvres – mais essentiellement les mesures coercitives unilatérales et la confiscation des biens vénézuéliens à l’étranger – ont mis le pays à genou, économiquement asphyxié, il n’en demeure pas moins que le pouvoir n’est pas tombé et que Guaido a échoué. Même Trump, le véritable patron du cirque, a lâché qu’il le considérait comme « un enfant » qui n’a pas « ce qu’il faudrait » (sous-entendu : dans le pantalon) [1] et a laissé filtrer en juillet dernier qu’il semblait avoir perdu « son autorité » (si tant est qu’il en ait jamais eu).

Les modalités du scrutin

En mars 2020, un attentat criminel a détruit par incendie un hangar où étaient entreposés 50 000 machines de vote et 582 ordinateurs utilisés par le système électoral. Le genre d’événement qui en dit long sur le caractère fanatique de certains acteurs de l’opposition. Néanmoins, tout au long de cette même année 2020, les discussions entre le gouvernement et d’autres secteurs résolus à rejoindre le chemin constitutionnel ont conduit à l’établissement de garanties électorales, unanimement acceptées (elles ont également permis la libération de cent dix opposants emprisonnés pour délits et crimes à caractère politique). Cinq nouveaux recteurs du Conseil national électoral (CNE) ont été nommés en juin par le Tribunal suprême de justice (TSJ). Dans une situation classique, ceux-ci auraient dû être élus par la majorité des deux tiers de l’Assemblée nationale. Malgré l’alliance des députés chavistes (minoritaires) et de représentants de la droite modérée, cette majorité qualifiée ne put être atteinte pendant de longs mois. Devant la situation de blocage, les protagonistes de la Table de dialogue national s’accordèrent sur une nomination par le TSJ (comme le stipule, en cas d’« omission législative », la Constitution [2]).
Une réforme (très critiquée par la droite dure et abstentionniste) a fait passer le nombre des députés de 167 à 277 de façon à favoriser la représentation des « petits partis » – 28 organisations nationales, 52 formations régionales et 6 organisations de peuples et communautés indigènes participant aux élections [3].

Tant les représentants des partis politiques que les observateurs internationaux ont participé aux audits du système électoral et des nouvelles machines de vote. Organisme pluraliste et indépendant regroupant, indépendamment de leur tendance politique, des juristes, des magistrats professionnels et des présidents de tribunaux électoraux de tous les pays du sous-continent, le Conseil des experts électoraux d’Amérique Latine (CEELA) a été en première ligne de cette observation. Le dernier audit a duré dix-sept jours et a pu compter sur une participation en présentiel et partiellement en virtuel (pour raisons de pandémie). Relatant cette expérience qu’il a vécu sur place, le chef de la mission du CEELA, Guillermo Reyes, a qualifié de « fiable et crédible » le système électoral vénézuélien [4]. Difficile, dans son cas, d’évoquer un comparse de Maduro : colombien, Reyes a été vice-ministre de la justice dans le gouvernement du très droitier Álvaro Uribe, pendant 22 mois, jusqu’en 2008.

L’opposition « made in USA »

Depuis 2015, les quatre partis d’opposition les plus importants – Voluntad Popular (VP ; extrême droite) Primero Justicia (PJ ; droite), Acción Democrática et Un Nuevo Tiempo (respectivement AD et UNT ; ex-socio-démocrates) forment ce qu’on appelle le G4. Ils dominent et imposent leur agenda. Sans aucune voix à la parole, une nébuleuse de groupuscules conservateurs se conforme de plus ou moins bonne grâce à leurs prescriptions. Toute honte bue, à l’instar d’un Nicmer Evans, quelques transfuges ou « repentis » de gauche les ont rejoints. A l’extrême de l’extrême droite, María Corina Machado (Vente Venezuela) et sa poignée de pyromanes réclament plus ouvertement que les autres un apocalypse « yankee » immédiat, sous forme d’intervention militaire, pour faire tomber le « castro-chavisme » honni.

Las ! Malgré ses appuis nationaux et internationaux – l’administration Trump, le secrétaire général de l’Organisation des Etats américains (OEA) Luis Almagro, les supplétifs du Groupe de Lima [5], l’Union européenne, le régime macroniste français –, le « pinochétisme » n’est pas parvenu à s’imposer.
« Pinochétisme » ! Il ne s’agit là ni d’un écart de langage, ni d’un terme excessif, ni d’un jugement outrancier. Conçue à Washington, l’ « opération Guaido » n’a eu, depuis l’origine, qu’un seul objectif : obtenir que la chaîne de commandement de la Force armée nationale bolivarienne (FANB) se retourne contre Maduro et le fasse tomber. Comme en leur temps Richard Nixon et la CIA pour renverser Salvador Allende et le socialisme chilien, trouver au sein de l’institution militaire un Augusto Pinochet. Depuis janvier 2019, pas un jour n’est passé sans que Guaido, son entourage, la Maison-Blanche ou le Département d’Etat américain, ne lancent de pressants appels du pied ou d’ouvertes exhortations au soulèvement des militaires. Seule différence avec les « golpes » des années de Guerre froide : si un quelconque quarteron de généraux était passé à l’acte et avait réussi, il aurait immédiatement rendu le pouvoir à un « gouvernement de transition » civil, après avoir fait « le sale boulot », pour éviter que puisse être employée l’expression « coup d’Etat ». Ainsi eut lieu la tentative de « golpe » contre Hugo Chávez en avril 2002 et le renversement du président Manuel Zelaya, en juin 2009, au Honduras [6].

« Pinochétisme » : n’en déplaise aux classes politiques et chefs d’Etat européens qui, relayés par leurs médias, « blablatent » à n’en plus finir sur la démocratie et l’Etat de droit, voilà ce qu’ils appuient, voilà leur véritable camp… Pour l’heure, un camp cynique, honteux et immoral, mais, nonobstant son apparente puissance, un camp perdant : malgré quelques centaines de déserteurs et une poignée de putschistes qui ont pu être neutralisés, les militaires vénézuéliens, inspirés par Simón Bolivar et Hugo Chávez, n’ont pas flanché.

Dans ces conditions, trente-sept organisations politiques emmenées par le G4 ont donc annoncé leur décision de ne pas participer aux élections du 6 décembre (comme elles avaient boycotté l’élection de l’Assemblée nationale Constituante, en juillet 2017, et la présidentielle de mai 2018 remportée par Maduro [7]). Guaido a annoncé une « nouvelle offensive » dont on a pu comprendre qu’elle s’appuierait sur la Responsabilité de protéger (R2P) – débouchant par nature sur une intervention militaire étrangère –, le renforcement de la pression internationale – c’est à dire des « sanctions » – contre son pays et la préparation d’un Gouvernement d’urgence nationale. Le Département d’Etat américain a immédiatement rendu public son soutien à cette option.

Les protestataires

Lorsque, avec son physique de « gendre idéal », Guaido a annoncé (sur ordre de Washington) qu’il s’emparait du pouvoir, il a déclenché une vague d’enthousiasme au sein de l’opposition. Maduro et le chavisme allaient s’effondrer en quelques semaines, au pire quelques mois. Résultat final : rien ! Guaido parle, Guaido parle et, pendant que Guaido parle, rien ne se crée, rien ne s’accomplit. Au fil des mois, le scepticisme et la lassitude se sont emparés des anti-Maduro. Le combat n’est plus tout à fait le même, les derniers appels aux mobilisations de rue ont débouché sur autant de fiascos. Provoquée par le blocus étatsunien, la désastreuse situation économique transforme peu à peu la vie quotidienne de tous – opposants non privilégiés compris – en parcours du combattant. Et nombre de gens, nul n’en ignore, contribuent à perpétuer ce cauchemar. A commencer par Guaido.

Depuis toujours, les dirigeants de l’opposition se chamaillent, se querellent, se jalousent, se menacent. Une lutte à mort oppose les factions qui tentent de se supplanter par tous les moyens. On touche désormais au paroxysme. Certains posent ouvertement la question : ont-ils tant travaillé, tant œuvré, tant fait souffrir leurs compatriotes, pour en arriver là ?

Le clé est comme souvent : beaucoup d’argent. Financés par les agences de Washington et le pillage des biens vénézuéliens à l’étranger – Citgo aux Etats-Unis, Monómeros en Colombie, les tonnes d’or confisquées par la Banque d’Angleterre, pour ne parler que des cas les plus connus [8] –, les « Guaido boys » s’en mettent plein les poches, ne laissant que des miettes, et parfois même pas, aux protagonistes de second rang. Désormais en exil, les Julio Borges (en Colombie), Henry Ramos Allup, Antonio Ledezma et depuis peu Leopoldo López (en Espagne) [9], Carlos Vecchio (aux Etats-Unis), plus des dizaines d’et cætera en costume cravate, vivent sur un grand pied et dépensent sans compter. Contre l’entourage du président fantoche, les accusations (et les preuves) de corruption se multiplient.

Lorsque la droite a pris le contrôle de l’Assemblée nationale, après sa victoire de décembre 2015, le G4 a décidé d’en exercer la présidence par rotation – chacun des partis l’assumant pendant une année. Ce qui fut fait (indépendamment des conséquences institutionnelles du « desacato ») : Henry Ramos Allup (AD ; 2016-2017), Julio Borges (PJ ; 2017-2018) ; Omar Barboza (UNT ; 2018-2019), Juan Guaido (VP ; 2019-2020). Désormais habitué à usurper les fonctions officielles, Guaido a refusé, début 2020, de laisser se perpétrer cette alternance. Le titre de président de l’Assemblée nationale lui procure le seul argument susceptible de justifier son auto-proclamation comme chef de l’Etat. Perdre ce statut mettrait par ailleurs en danger la cohésion de la coalition internationale engagée « derrière lui » dans la lutte contre Maduro.

Ce refus de passer la main a provoqué une première révolte dans une partie du bloc de la droite. Le 5 janvier 2020, alors que Guaido se livrait à une comédie pitoyable, devant les caméras de télévision, pour faire croire que la police « du régime » lui interdisait l’accès au Parlement (ce qui était faux) [10], une fraction substantielle des députés de droite, avec le soutien de leurs collègues chavistes, ont élu Luis Parra (PJ) au perchoir. Sans souci du ridicule, car fort du soutien de ses amis de l’étranger, Guaido a immédiatement été se faire « réélire » président de l’AN par une escouade de ses partisans lors d’une session parallèle tenue au siège d’El Nacional, un quotidien d’opposition. Parra a bien entendu été exclu de PJ (sous une accusation de corruption). Néanmoins, la contestation ne s’est pas arrêtée là.
Fin octobre 2020, Juan Carlos Caldera, dirigeant influent de Primero Justicia, révélera qu’ont effectivement été proposés au G4 une rotation à la présidence du gouvernement dit intérimaire, la limitation de ses compétences et la « remise à zéro » de la stratégie de l’opposition en vue de 2021. Du cœur d’Action démocratique sont montées les mêmes revendications.
Depuis son annonce, même la fameuse Consultation populaire de Guaido fait débat.

Un velléitaire

Entre temps, quelque peu marginalisé, laissé dans l’ombre par les projecteurs rivés aux gesticulations de Guaido, un dirigeant de poids est réapparu : Henrique Capriles Radonski. Leader historique de Primero Justicia, ex-gouverneur de l’Etat de Miranda, deux fois candidat de la droite à la présidence, contre Chávez (2012) et Maduro (2013), Capriles émet régulièrement des doutes sur la stratégie de Guaido et de son mentor Leopoldo López, le véritable leader de VP. « Le vrai débat est de savoir si nous nous battons ou non, si nous faisons quelque chose ou non, s’est emporté Capriles, début juillet. Nous n’allons pas accompagner les fictions et les fantasmes qui ne font que donner plus de frustration aux Vénézuéliens et détruire davantage l’opposition, si tant est qu’ils n’aient pas déjà fini de la détruire [11]. »
Le 2 septembre dernier, Capriles va jusqu’au bout de la logique : il appelle les citoyens à se mobiliser et à participer aux législatives. Jusqu’alors très proche conseiller de Guaido, le député Stalin González (UNT) prend ses distances avec ce dernier et se rallie. Ancien président de l’association patronale Fedecamaras, toujours très influent au sein de ce lobby, Jorge Roig déclare le 9 septembre qu’il s’engage sur le chemin tracé par Capriles, sachant que celui de Guaidó est « dynamité ». Tenant en effet des propos particulièrement sévères sur le « gouvernement Internet », Capriles remet en question le manque d’explications concernant le pseudo soulèvement militaire du 30 avril 2020 et l’incursion ultérieure d’un groupe armé venu de Colombie et dirigé par des mercenaires (l’« opération Gedeon ») [12]. « Il y a une grande déconnexion entre la classe politique et les gens dans la rue, s’insurge Capriles. Non seulement ils parlent mal du régime, mais ils parlent aussi mal de nous, l’opposition. »

L’épisode approfondit la crise du G4, les brèches qui s’ouvrent à l’intérieur même des formations politiques et la perplexité des militants. Membres du même parti que Capriles (PJ), mais tous deux en exil,Julio Borges (pseudo ministre des Affaires étrangères) et Miguel Pizarro (président de la Commission spéciale de suivi de l’aide humanitaire !) appartiennent au cercle rapproché de Guaido.

Il est temps pour les commanditaires de siffler la fin de la récréation. Depuis Bogotá, l’« ambassadeur » des Etats-Unis auprès du Venezuela imaginaire de Trump et Guaido », James Story, ordonne plus qu’il ne dit : « C’est le moment d’unir nos forces. Seule l’unité autour des pouvoirs légitimes garantit la pression et le soutien internationaux. Nous soutenons pleinement le projet du président Guaidó. » Fin octobre, lors d’une vidéoconférence organisée depuis le Bureau des affaires vénézuéliennes (ouvert le 28 août 2019 dans l’ambassade US en Colombie), James Story et Rafael Foley taperont à nouveau sèchement sur les doigts de Tomás Guanipa. Dirigeant de Primero Justicia et bien qu’ « ambassadeur » du régime imaginaire de Guaido à Bogotá, Guanipa a osé remettre en cause l’absence de rotation à la tête de l’opposition ; il a également exprimé les doutes de son parti quant à l’utilité de la Consultation populaire de l’« autoproclamé ». Il ne va pas tarder à changer prudemment d’avis…

Capriles a lui aussi compris les messages. Le 15 janvier, le Département du trésor américain a mis sur sa liste noire et sanctionné Luis Parra, opposant élu au perchoir de l’AN avec l’appui des chavistes, ainsi que ses deux vice-présidents et quatre autres députés de droite en raison de leur « tentative infructueuse (sic !) de prise de contrôle du Parlement ». Cela signifie que leurs (éventuels) actifs aux Etats-Unis sont bloqués et qu’ils ne peuvent plus faire affaire avec des entreprises ou des citoyens américains. En ce qui les concerne, et comme nombre de chavistes (ou dirigeants nicaraguayens) nominalement sanctionnés par Washington, rien ne prouve qu’ils disposent de tels actifs au pays du Destin manifeste [13] (et nous l’ignorons). Il s’agit souvent d’effets d’annonce, destinés à l’opinion publique internationale, et d’intimidation. Tout autre est la situation de Capriles. Issu d’une famille dont la fortune a été faite dans l’immobilier, le secteur des services, les chaînes de cinéma et les médias, avec des ramifications dans d’autres pays du monde, lui possède des avoirs aux Etats-Unis.

Capriles se couche. Par chance pour lui, l’Union européenne vient de faire la même chose en refusant d’envoyer une mission d’observation électorale pourtant invitée par le gouvernement vénézuélien. Capriles peut donc se cacher derrière aussi couards que lui. Début octobre, il fait volte-face et demande que les élections soient ajournées. « Comme le dit l’Union européenne, il n’y a pas les conditions, en raison de la pandémie et d’autres choses, pour qu’une élection ait lieu. Une élection qui serve le Venezuela doit être reportée. » Une sorte de mauvaise conscience le ronge-t-elle ou tente-t-il de camoufler son manque de cran ? Quelques jours plus tard, lors d’une réunion publique via Zoom, il demandera aux représentants de la communauté des affaires vénézuélienne de trouver un moyen de faire pression sur le Congrès américain et les politiciens de Washington afin d’alléger les mesures coercitives unilatérales imposées au Venezuela.

Les opposants aux opposants

L’interminable pièce de théâtre En attendant Guaido amuse de moins en moins de Vénézuéliens. Contrairement à Capriles, et suivant l’exemple de Parra et de ses apparentés, d’autres ont franchi le Rubicon. Début août, le Front large Venezuela uni (coalition regroupée autour du G4) a dû expulser la gouverneure de l’Etat de Táchira, Laidy Gómez (AD), élue en 2017 car s’étant présentée malgré la consigne de boycott, et le secrétaire régional du même parti, Miguel Reyes : ils ont manifesté l’intention de participer à nouveau aux élections. Comme mentionné précédemment, Stalin González informe qu’il quitte l’UNT, en mentionnant qu’il « respecte sa position » de non-participation au scrutin, mais qu’il « ne la partage pas ».
Les partis traditionnels tanguent. Ecartés de décisions que désormais ils contestent, militants, députés et députés suppléants « de l’intérieur » se rebellent contre les diktats de leaders vivant confortablement « à l’étranger » tout en séquestrant les partis. Depuis parfois plus de dix ans, ils ont omis ou refusé d’organiser des élections internes et d’en renouveler les directions. Ce qui provoque un clash spectaculaire au sein d’Action démocratique. «  Je propose un référendum pour que les militants décident  » de participer ou non aux législatives, lance Bernabe Gutiérrez, bras droit et ami du leader historique Ramos Allup. Silence glacial de ce dernier. Gutiérrez en tire ses propres conclusions : Ramos Allup a « des engagements » liés à des « cadeaux et des faveurs extérieures » qui freinent l’option électorale. Gutiérrez fait sécession.
Les dissidents d’AD et de PJ se tournent vers le Tribunal suprême de justice. Ils veulent pouvoir participer aux législatives. On a vu des motivations plus honteuses ! Le TSJ leur donne raison. Des directions provisoires sont nommées. Au sein d’AD, Isabel Carmona de Serra, la présidente, est écartée. Le secrétaire général Ramos Allup est remplacé par Gutiérrez. Le nouveau « comité directeur ad hoc » «  pourra utiliser le logo, les symboles, les emblèmes, les couleurs et toutes autres propriétés  » d’AD [14]. La direction de PJ passe un temps aux mains d’un militant de cette organisation, José Brito, avant que le TSJ ne revienne sur sa décision (sans doute pour ménager Capriles et ne pas insulter l’avenir). Les « ultras » hurlent à la trahison, les « commentocrates » de l’appareil médiatique global dénoncent « un nouveau coup de force contre l’opposition ».
Ces nouveaux venus renforcent le camp de l’anti-chavisme à visage légal qu’occupaient déjà les partis et dirigeants ayant participé à l’élection présidentielle de 2018 (en particulier Henri Falcón et Javier Bertucci). L’Alliance démocratique regroupe donc les deux partis historiques du XXe siècle vénézuélien, le Copei (social-chrétien) et Acción Democrática (social-démocrate), plus Avanzada Progresista (centre-gauche), Cambiemos (centre) et Esperanza por el Cambio (démocratie chrétienne). Faute d’accord avec cet ensemble, Venezuela uni emmène une autre coalition que dominent la fraction dissidente de Primero Justicia, devenue Primero Venezuela, et une émanation de Voluntad popular. Se présentent de façon indépendante, dans presque tout le pays, d’autres partis qu’on dira « périphériques », traditionnellement ignorés ou exclus par le G4 : Soluciones, Movimiento al socialismo (MAS), ProCiudadanos, Unión Progreso, Nuvipa, UPPP89…

Les mécontents

D’autres voix ont pris leur indépendance, mais dans l’autre camp. Habituellement membres du Grand Pôle patriotique (GPP) – coalition de gauche rassemblée autour du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) créé par Chávez – le Parti communiste (PCV) et des fraction dissidentes de Patria para todos (PPT) et des Tupamaros figurent au sein d’une inédite Alternative populaire révolutionnaire (APR), en compagnie d’autres formations d’extrême gauche – Corriente Marxista Internacional, Somos Lina, etc [15].
Revendiquant le socialisme, l’anti-impérialisme et l’héritage de Chávez, précisant que leur ennemi « n’est pas Maduro », ils se positionnent en « critiques de gauche », contestent l’hégémonie « excluante » du PSUV et l’absence de débat qui en résulte, réclament des mesures plus sociales, s’inquiètent de la loi anti-blocus récemment votée par l’Assemblée nationale constituante, dont ils pensent qu’elle pourrait préluder à des privatisations. Sans le dire, ils estiment également que, destinée à favoriser la participation et la présence des petits partis au sein de l’AN, l’augmentation du nombre des députés pourrait leur permettre de tirer leur épingle du jeu.

Les résultats

Tant les sondages que le sens commun avaient prévu une faible participation. Dans un dernier effort pour l’éviter et mobiliser leurs troupes respectives, l’opposition démocratique et le chavisme, dans les derniers jours de la campagne, font monter les enjeux. Pour la droite, la consultation devient « un plébiscite contre Maduro ». Relevant le gant (sans trop de risque), celui-ci rétorque : « Je ne me suis jamais rendu, je ne me rendrai jamais, et c’est pourquoi je dis à toute l’opposition que, dimanche prochain, j’accepte le défi. Voyons qui gagne. Si nous gagnons, nous irons de l’avant, mais je dois aussi dire, au peuple je dis : je laisse mon destin entre vos mains. Si l’opposition gagne, je quitterai la présidence ; si l’opposition gagne les élections, je ne resterai pas là. Je laisse mon destin entre les mains du peuple vénézuélien. »

Efforts vains. Les inconditionnels de l’anti-chavisme ont suivi les consignes de Guaido en restant à la maison. Cela n’eut pas suffi à une abstention à ce point massive, mais la volte-face de Capriles a soustrait aux bureaux de vote une masse considérable d’opposants de la « société civile » soucieux de participer à une normalisation de la vie du pays. S’y sont joint ceux qui, parmi les mêmes opposants, ont renoncé à aller voter pour des candidats décrits comme « des alliés déguisés du parti au pouvoir ». Ceux qui, dans les milieux populaires, face aux désordres et aux sabotages, ont fini par se démoraliser. Ceux qui rejettent à la fois Guaido et Maduro, rendus conjointement responsables de la crise. Ceux qui, à droite et à gauche, au vu des déclarations des puissances hostiles, ont estimé qu’une nouvelle Assemblée nationale ne changerait rien au harcèlement venu de l’étranger, et donc à leurs difficultés quotidiennes. Ceux qui, toujours au sein de l’opposition, avaient compris que le torpillage de la droite modérée par le camp Guaido favoriserait in fine la victoire des partisans de Maduro, et n’ont pas pris la peine de se déplacer. Ceux qui, enfin, mais il ne s’agit pas là d’un phénomène majeur, ont préféré éviter la promiscuité des bureaux de vote en période de pandémie [16].

On retiendra sans doute que le taux de participation de 31 % a été inférieur à celui de l’élection présidentielle de 2018 et ses 46,1 %. Toutefois, une autre comparaison s’impose. En 2005, sous Chávez, lorsque l’opposition refusa également de participer aux législatives, la participation ne fut que de 25,3 %.

Fort de son noyau dur de militants et d’une machine électorale bien rôdée, le PSUV (et par extension le GPP) l’a donc fort logiquement remporté et contrôle désormais confortablement l’Assemblée nationale. Refus des diktats de l’étranger, défense de la souveraineté et de la dignité nationales, rejet d’une droite « assassine », parfaite compréhension des tenants et aboutissants de la crise, « communauté émotionnelle » rassemblée autour du souvenir de Chávez, il s’est agi là d’un vote de résistance et de loyauté à l’égard de Maduro. Avec leur maigre solde de 2,74 %, le Parti communiste et l’Alliance populaire révolutionnaire ont échoué à imprimer leur marque « depuis la gauche ». Le PCV obtiendra même moins de députés que lorsqu’il appartenait au GPP. Parmi les vainqueurs, figurent tous les poids lourds du chavisme : Diosdado Cabello (président de l’Assemblée nationale constituante, qui va disparaître, ayant perdu sa raison d’être), Cilia Flores (épouse de Maduro), Tania Díaz, Iris Varela, Jesús Farias , Ileana Medina (PPT), Mario Silva (journaliste), etc…

La gauche latino-américaine ne s’est pas trompée sur la nature et l’importance de ce scrutin. Elle avait entre autres délégué à Caracas les ex-présidents Rafael Correa (Equateur) ; Manuel Zelaya (Honduras) et Fernando Lugo (Paraguay), renversés respectivement par des coups d’Etat en 2009 et 2012 ; Evo Morales (défenestré en 2019), accompagné d’Andrónico Rodríguez, nouveau président du Sénat bolivien après l’éclatante victoire du Mouvement vers le socialisme (MAS) et de Luis Arce en octobre dernier ; accompagné de quelques eurodéputés, l’ex-chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero s’est chargé de sauver l’honneur du Vieux continent [17].
Quant aux opposants élus (voir l’encadré), tout aussi respectables, car il s’agit bien d’opposants, ils espèrent négocier avec le pouvoir des projets de loi urgents, notamment en matière économique, mais aussi agir pour une levée des sanctions américaines, ces mesures illégales qui aggravent le profond marasme économique et social que connait le Venezuela. En quoi ces élus – Bernabé Gutiérrez ou José Brito, pour ne citer qu’eux – seraient-ils moins légitimes et moins représentatifs que les « terroristes modérés » et les « extrémistes démocrates » de la bande à Trump et Guaido ?

La « manip »

La tâche est claire, a proclamé Guaido, dans sa fuite en avant : le 6D (6 décembre), laisser les bureaux de vote vides et le 12, au terme de la Consultation populaire, descendre massivement dans la rue.
Trois questions ont été annoncées le 19 novembre par les organisateurs de cette « consulta » :

  • Exigez-vous la fin de l’usurpation de la présidence par Nicolás Maduro et demandez-vous des élections présidentielles et parlementaires libres, justes et vérifiables ?
  • Refusez-vous l’événement du 6 décembre organisé par le régime de Nicolás Maduro et demandez-vous à la communauté internationale de l’ignorer ?
  • Ordonnez-vous que les mesures nécessaires soient prises devant la communauté internationale pour activer la coopération, l’accompagnement et l’assistance afin de sauver notre démocratie, de faire face à la crise humanitaire et de protéger les populations des crimes contre l’humanité [18] ?

On notera que l’ensemble du questionnaire a pour évident destinataire la « communauté internationale » et que la dernière question se réfère de façon à peine subliminale à la fameuse « responsabilité de protéger » – et donc à une intervention militaire.

Qui pourra voter ? Tout « Vénézuélien de naissance », quelle que soit la ville du monde où il se trouve, inscrit ou non sur les listes électorales, en virtuel (en raison de la pandémie) ou en présentiel. Virtuellement, du 6 au 12 décembre, à travers Whatsapp, Facebook, une application mobile (Voatz) disponible sur Google Store et un site Web (www.consultaporvzla.com). Le 12 décembre, dans n’importe lequel des 3 000 « Points de liberté » installés sur le territoire vénézuélien.
Le but de l’opération et son résultat ont déjà été annoncés par Tomás Guanipa, interrogé par la radio internationale allemande Deutsche Welle : « Il faut mobiliser massivement, et les sondages indiquent qu’il y a davantage de Vénézuéliens prêts à participer à la consultation populaire de l’opposition (qu’au scrutin du 6 décembre).  » CQFD. Oui, mais, justement… Qui contrôlera l’opération, en l’absence du Conseil national électoral, par définition écarté de l’opération ? Qui garantit les droits de ceux qui voteraient « non » ? Réponse : personne ! Il n’y aura pas plus de liste électorale, votera qui veut. Afin d’« éviter les persécutions ou les représailles du régime », les données recueillies ne seront pas étayées physiquement.

Même au sein de l’opposition, cette Consultation est désavouée. Plusieurs dirigeants d’Action démocratique – dont Ramos Allup – et de Primero Justicia ont contesté son utilité. Dans son zig-zag incessant, opportuniste et sans réelle conviction, Capriles a décrit l’initiative comme « un appel à une mobilisation sans solutions tangibles ». L’« ultra » María Corina Machado y va de ses anathèmes : « Aujourd’hui, nous, les Vénézuéliens, ne tombons plus dans les manipulations ou les pièges. Ni farces électorales ni mécanismes qui, à travers des consultations débiles, donnent du temps pour que dure ou se rallonge la tyrannie au pouvoir. » Dans la rue, on le sait, le citoyen de base ne s’intéresse nullement à la question. Beaucoup même ignorent cette initiative.
Tout cela n’a qu’une influence relative. Le résultat proclamé après le 12 décembre n’aura aucun rapport avec le vrai ou le faux. Sans aucun contrôle d’aucune sorte ni de qui que ce soit, et connaissant les chiffres de participation aux législatives, il suffira d’annoncer un nombre de votants « infiniment supérieur » et le tour sera joué. Le « gouvernement Guaido » aura démontré qu’il a « le soutien » d’une « immense » majorité des Vénézuéliens. Ce que répéteront, sans aucune possibilité ni volonté de vérification, les commissaires politiques de l’information.

Fort de cette onction, et au nom d’une « continuité administrative » fantasmée, Guaido pourra ensuite prétendre prolonger l’existence de l’actuelle Assemblée nationale, et donc son « gouvernement intérimaire », sans déterminer quand ils se termineront… Ce qui, bien entendu, n’a ni queue ni tête d’un point de vue légal et constitutionnel. Ce qui, entre parenthèses, oublie (ou feint d’oublier) que, dans le « Statut de transition » élaboré en janvier 2019 par le clan Guaido, l’article 13 stipule que l’Assemblée nationale exercera ses fonctions jusqu’au… 4 janvier 2021.
On l’aura compris, la vraie question n’est pas là. S’il ne parvient pas à imposer cette fiction de la « continuité », Guaido n’est plus ni député, ni supposé président de l’AN, ni chef d’Etat imaginaire… Guaido n’est plus rien. En janvier, il ne pourra même plus compter sur ses sponsors Donald Trump, Eliott Abrams ou Mike Pompeo…

Sous-impérialisme et impérialisme

Dès le 7 décembre, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, a déclaré que l’UE ne reconnaît pas le résultat des élections, « décision approuvée à l’unanimité par les ministres », a-t-il ajouté. Mais Guaido ? « Un processus de discussion concernant l’actuelle Assemblée nationale et le président en exercice s’ouvre aujourd’hui et s’achèvera le 5 janvier », a précisé sans trop se mouiller Arancha González Laya, ministre des Affaires étrangères du gouvernement (socialiste !) espagnol. Borrell a annoncé son intention de convoquer une réunion ministérielle du Groupe international de contact (GIC) sur le Venezuela – Royaume-Uni, France, Allemagne, Espagne, Italie et plusieurs pays latino-américains –, mais il s’agit là d’un rideau de fumée. Comme toujours, l’UE fera ce que Washington décidera. Sans surprise, les Etats-Unis ont annoncé leur décision de « continuer à reconnaître  » Guaido comme « président par intérim  » du Venezuela. Sauf que, dans quelques semaines, avec l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, les Etats-Unis ne seront plus ce qu’ils étaient. Quant à savoir si, nonobstant un changement de style, ils seront réellement différents…

Dans l’équipe qui va piloter la politique étrangère, tous ont travaillé au sein des administrations démocrates précédentes. Nommé Secrétaire d’Etat, Antony Blinken a été le numéro deux du Département d’Etat sous la présidence de Barack Obama, alors que Biden était vice-président. C’est l’époque pendant laquelle Obama a signé l’absurde et criminel décret exécutif (EO) déclarant une urgence nationale suite à la « menace inhabituelle et extraordinaire du Venezuela pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis ».
Prochain conseiller à la fameuse Sécurité nationale, Jake Sullivan a été le bras droit d’Hillary Clinton et, sur les dossiers chauds – Libye, Syrie, Ukraine – a toujours défendu une politique musclée. Plutôt que de spéculer à n’en plus finir sur l’attitude du prochain gouvernement américain, on se référera ici à l’une des déclarations récentes de ce « faucon démocrate » sur la manière dont Washington entend « manger » le Venezuela : « Vous savez, je dirais qu’une solution militaire menée par les Etats-Unis est un trop grand risque ; les Etats-Unis devraient donc se concentrer sur tous les outils non militaires. Cela signifie qu’il faut doubler les sanctions et continuer à construire la coalition internationale et se concentrer particulièrement sur la séparation de la Chine, de Cuba et de la Russie du Venezuela, par tous les moyens dont nous disposons, car ce sont ses gilets de sauvetage. Maintenant, si les pays de la région, si la Colombie, le Brésil et d’autres, décident qu’ils veulent prendre des mesures plus agressives, c’est à eux de décider. Mais cela ne devrait pas être [19]… »
Un « ce ne devrait pas être » pas vraiment vigoureux. Moins vigoureux en tout cas que la capacité de Cuba à résister au chantage – « vous lâchez Caracas, on assouplit les sanctions » – et que la volonté des Vénézuéliens de ne pas céder aux pressions et aux agressions.Les résultats

*GAUCHE

Grand pôle patriotique (PSUV, PPT, Unidad Popular Venezolana [UPV], Organización Renovadora Auténtica [ORA], Movimiento Electoral del Pueblo [MEP], Podemos, Tupamaro, Somos Venezuela, Alianza para el Cambio) : 4 277 926 voix (68,43 %).

Parti communiste (PCV) et Alternative populaire révolutionnaire (APR) : 168 743 voix (2,7 %)

DROITE

Alliance démocratique (Acción Democrática [AD], Copei, Cambiemos Movimiento Ciudadano [CMC], Avanzada Progresista [AP], El Cambio) : 1 950 170 voix (17,52 %).Venezuela uni (Primero Venezuela, Voluntad Popular) : 259 450 voix que (4,15 %),

AUTRES

Organisations diverses (Soluciones, Movimiento al socialismo [MAS], ProCiudadanos, Unión Progreso, Nuvipa, UPPP89) : 404 017 voix (6,48 %).
* Résultats sur la base d’une transmission de 98,63 % des résultats (Conseil national électoral, deuxième communiqué, 7 décembre 2020).


[1] John Bolton, The Room Where it Happened, Simon & Schuster, New York, 2020.

[2] Cette procédure a déjà dû être utilisée en 2014.

[3] Cinquante-deux pour cent des sièges sont attribués par scrutin de liste à la proportionnelle et 48 % par scrutin uninominal, c’est-à-dire sur le nom d’un candidat.

[4]  Telesur, Caracas, 15 novembre 2020.

[5] Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panamá, Paraguay, Pérou (et à l’origine Mexique, qui s’est retiré). Officiellement non membre, les Etats-Unis tirent les ficelles derrière le rideau.

[6] Sur ce thème : Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet. Précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation, Don Quichotte, Paris, 2015.

[7] Pendant la présidence de Hugo Chávez, l’opposition, qui redoutait une nouvelle défaite, a également boycotté les élections législatives de 2005.

[8] Citgo : filiale (d’une valeur de 8 milliards de dollars) de la compagnie pétrolière nationale PDVSA. Monómeros : entreprise publique vénézuélienne du secteur de la pétrochimie confisquée par le gouvernement colombien et remise au clan Guaido.

[9] Fondateur de Voluntad Popular, Leopoldo López, le mentor de Guaido, a été condamné pour son rôle dans le déclenchement des violences insurrectionnelles de 2014. Bénéficiant d’une détention à domicile, il a été libéré par les factieux lors de la tentative de coup d’Etat du 30 mai 2020. Il est arrivé le 25 octobre à Madrid après avoir quitté le Venezuela où il était réfugié dans la résidence de l’ambassadeur d’Espagne. 

[10https://elcomunista.net/2020/01/12/puro-show-el-video-que-muestra-como-guaido-no-quiso-entrar-en-el-parlamento/

[11]  El País, Madrid, 6 juillet 2020.

[12] Lire https://www.medelu.org/Une-inoculation-de-bleuite-sous-controle-au-Venezuela et https://www.medelu.org/Baie-des-Cochons-ou-Operation-Mangouste

[13] Expression inventée par le journaliste John O’Sullivan et repris par le représentant du Massachusetts au Congrès, Robert C. Winthrop, en 1845 : « C’est notre destin manifeste de nous déployer sur tout le continent. »

[14] Frère de Bernabe, Luis Gutiérrez, qui avait précédemment affiché son appui à Guaido, avait auparavant accepté de devenir membre du nouveau CNE.

[15] En désaccord avec la décision de faire « bande à part » au sein de cette APR, des militants et dirigeants de Patria para todos et des Tupamaros ont pris le contrôle de leurs partis et se présentent, comme d’habitude, en alliance avec le PSUV.

[16] Le Venezuela n’a comptabilisé à ce jour que 102 000 cas de Covid-19 et un peu moins de 900 morts.

[17] De nombreux intellectuels européens ont signé la pétition de 3 500 personnes remise le 1er décembre au Service européen d’action extérieure (SEAE) : « L’Union européenne doit respecter le résultat des élections législatives au Venezuela ».

[18] Sur les accusations de crimes contre l’humanité, lire : https://www.medelu.org/Venezuela-Contes-et-mecomptes-de-curieux-defenseurs-des-droits-humains

[19https://www.hudson.org/research/14923-transcript-dialogues-on-american-foreign-policy-and-world-affairs-a-conversation-with-jake-sullivan

URL de cet article : https://www.medelu.org/Venezuela-mode-d-emploi

Enjeux des élections au Venezuela

Au Venezuela, la majorité des candidates aux législatives de décembre 2020 sont des femmes. 107 organisations de tout bord politique, de la gauche à la droite, et 14 400 candidats se présentent, parmi lesquels aussi des jeunes, des indigènes, des afrodescendants, la communauté LGBTI+ et des personnes souffrant de handicap, ce qui témoigne d’une avancée dans l’inclusion des différents secteurs sociaux et politiques. Le Venezuela organise en moyenne une élection par an, un record dans le continent.

Plus de 30 000 bureaux de vote seront installés dans plus de 14 200 centres électoraux, comme l’a annoncé ce dimanche le Conseil national électoral lors d’une nouvelle journée de vérification des machines de vote, en présence des partis d’opposition.

Les enjeux des résultats sont multiples. Il en sortira une nouvelle majorité au sein de l’Assemblée nationale, disputée entre le chavisme, représenté par le Parti socialiste unifié du Venezuela, et l’alliance du Grand Pôle patriotique, dite Alliance populaire révolutionnaire, et une opposition hétérogène composée de différentes forces, telles que Avanza Progresista, Soluciones para Venezuela, El Cambio, Primero Venezuela, Movimiento al Socialismo et une partie de Acción Democrática.

Il s’agira également du renouvellement d’un des pouvoirs qui a été au centre du conflit et de la déstabilisation politique. C’est en effet depuis l’Assemblée nationale que l’opposition a tenté de déclarer « l’abandon de charge » de Nicolás Maduro en 2016, ce qui a ouvert la porte à l’escalade qu’on a connue en 2017. C’est également à partir de là que s’est construite la « présidence par intérim » de Juan Guaidó en janvier 2019.

Contrairement à 2016, 2017 et 2019, où il existait un espace unifié pour la majorité de l’opposition, les élections législatives actuelles montrent l’image d’une opposition divisée entre ceux qui participeront le 6 décembre et ceux qui ne participeront pas, subdivisée à son tour entre ceux qui se rallient encore autour de la figure du Guaidó, et les partis et dirigeants critique à l’égard de celui-ci et qui ont pris leur distance.

Le groupe dirigé par Guaidó fait campagne pour réaliser ce qu’il a appelé une « consultation populaire », annoncée pour le 12 décembre. La consultation comportera trois questions : exigez-vous la fin de l’usurpation de la présidence par Nicolás Maduro et appelez-vous à des élections présidentielles et législatives libres, justes et vérifiables ? Rejetez-vous l’événement du 6 décembre et demandez-vous à la communauté internationale de l’ignorer ? Ordonnez-vous que les mesures nécessaires soient prises devant la communauté internationale pour activer la coopération, l’accompagnement et l’assistance qui permettront de sauver notre démocratie ?

Pour chaque bloc beaucoup de choses sont en jeux. Guaidó devra démontrer qu’il dispose toujours d’un soutien de la société après presque deux ans d’un processus marqué par sa perte d’assise sociale. Le succès ou l’échec de la consultation sera central pour la suite en 2021, notamment parce que, sa « présidence intérimaire » n’étant plus valable à l’Assemblée, il n’aura plus le soutien sur lequel sa fiction de « présidence du Venezuela » a été fabriquée et amplifiée médiatiquement.

Le secteur de l’opposition qui a choisi de participer devra montrer qu’il est bien un acteur disposant d’un capital politique et d’un soutien dans les urnes afin d’occuper l’espace de la nouvelle opposition vénézuélienne après la défaite de ceux qui restent avec Guaidó et la stratégie du coup d’État.

Quant au chavisme, son objectif sera non seulement d’obtenir une majorité législative et confirmer son soutien social, mais aussi d’avoir un taux élevé de participation afin de donner une plus grande légitimité au résultat de l’élection, tant au niveau interne qu’international où il aura la reconnaissance de plusieurs gouvernements, comme ceux du Mexique, de la Bolivie, de l’Argentine, de la Russie et de la Chine, mais pas celle d’autres, comme les États-Unis (USA) — qui ont cherché à empêcher la tenue des élections — l’Union européenne et plusieurs gouvernements de droite en Amérique latine.

Décembre laissera une photographie du rapport des forces politiques, y compris la composante de l’abstention, à partir de laquelle chaque acteur pourra se tenir, avec plus ou moins de moyens, face à une année 2021 qui apportera sûrement des changements dans certaines données du conflit. L’un de ces changements venant de la nouvelle administration américaine, sous la présidence de Joe Biden, qui prendra ses fonctions en janvier.

Du neuf avec Biden ?

Il est encore trop tôt pour savoir quelles politiques le nouveau gouvernement prendra sous le nouveau département d’État dirigé par Antony Blinken, qui faisait partie de l’équipe de politique étrangère sous Barack Obama. Cependant, il semble probable qu’il y aura des changements, étant donné, par exemple, les différentes analyses publiées dans les médias et les think tanks démocrates, qui soutiennent que la stratégie — ou l’absence de stratégie — déployée par Donald Trump pour renverser Maduro n’a pas atteint son objectif.

Bien que la reconnaissance de Guaidó a été le fait des deux partis aux États-Unis depuis le début, il est probable que la situation changera et, dans ce cadre, une mauvaise performance dans la « consultation populaire » éloignerait encore plus Guaidó d’un rôle central dans la prochaine architecture construite à partir de Washington.

Un des principaux points de débat sur les changements possibles sera centré sur le blocus économique, critiqué au Venezuela tant par les acteurs politiques que commerciaux et sociaux, et remis en question par les États-Unis pour son manque d’efficacité. L’administration Biden pourrait-elle faire preuve de plus de souplesse pour négocier des points intermédiaires autres que la sortie immédiate de Maduro du pouvoir politique, ou sera-t-elle une simple variante de la continuité impériale ? Avant cela, une autre question se pose : quelle sera la priorité du Venezuela dans la politique étrangère américaine de l’après-Trump ?

Les élections législatives portent en elles la possibilité de marquer un tournant dans un conflit qui semble parfois se répéter en surface, mais qui a des modifications profondes dans un pays éprouvé par la guerre économique, et a de nouveau été frappé par une hausse du dollar passé de près de 700 000 bolivars à 1,2 million de bolivars en quelques jours, se rapprochant des chiffres de 2018, date de la conversion monétaire.

Marco Teruggi

Source : Pagina12

Traduction : Venesol

Au Venezuela, parmi les observateurs internationaux aux législatives du 6 déc. que l’ex-président espagnol Zapatero qualifie de « pluralistes », Evo Morales, la sénatrice militante des droits humains colombienne Piedad Cordoba, ou Rafael Correa qui témoigne : « au Venezuela en tant qu’observateur des élections, je visite le centre de contrôle de la Viceprésidence du COVID. Impressionnant! Le Venezuela compte 2,8 décès pour 100.000 habitants et l’Équateur en compte 200, soit 70 fois plus. La tragédie aurait pu être évitée. »

Lire aussi « Avis du CEELA et de l’Association Internationale des Avocats Démocrates sur les élections parlementaires du 6 décembre au Venezuela » : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/29/resolution-de-lassociation-internationale-des-juristes-democrates-sur-les-elections-parlementaires-du-6-decembre-au-venezuela/

Joe Biden devrait serrer la main de Nicolas Maduro, par Vijay Prashad (Peoples Dispatch)

En juin dernier, Joe Biden, le président des États-Unis en 2021, a envoyé un tweet qualifiant le président vénézuélien Nicolas Maduro et d’autres dirigeants de « voyous et dictateurs ». Cependant, Maduro a largement remporté deux élections pour atteindre ce poste, en 2013 et 2018. Maduro a remporté 67,8 % des voix en 2018, le tiers restant étant partagé entre deux figures de l’opposition, Henri Falcón et Javier Bertucci. La participation à cette élection a été minée par le sabotage des autres partis d’opposition qui ont suivi les instructions de Washington visant à délégitimer le processus politique vénézuélien. Les États-Unis ont promu un coup d’État au nom de la démocratie au lieu de reconnaître que leurs alliés n’avaient tout simplement pas la capacité de gagner la présidence lors des élections.

Les administrations états-uniennes, tant démocrates que républicaines, ont tenté d’employer des méthodes antidémocratiques pour renverser les gouvernements au Venezuela depuis la victoire d’Hugo Chavez en 1998. En janvier 2019, le rapporteur spécial des Nations unies sur l’impact des sanctions, Idriss Jazairy, s’est dit « préoccupé d’apprendre que l’objectif de ces sanctions est un changement de gouvernement au Venezuela », ce qui, selon l’ambassadeur Jazairy, « viole toutes les normes du droit international ». Mais cela ne semble pas avoir d’importance pour Biden, dont le langage libre rappelle l’expression la plus utilisée par Trump : « pays de merde ».

Les Nations unies ont demandé le retrait de toutes les sanctions pendant la crise actuelle. Selon leurs propres termes, « ces sanctions causent la mort de nombreuses personnes en les privant de leurs droits fondamentaux, y compris le droit à la santé, à l’alimentation et à la vie elle-même ».

Tout semble indiquer que la nouvelle administration maintiendra les sanctions punitives contre le Venezuela qui étouffent le pays en pleine pandémie. Le président Maduro, en revanche, est apparu à la télévision pour féliciter Biden et a déclaré que son gouvernement espère « reprendre des canaux de dialogue dignes, sincères et directs » avec la nouvelle présidence. Ce serait une bonne idée que Biden accepte l’offre de Maduro et participe aux pourparlers pour mettre fin aux politiques américaines visant à renverser le gouvernement vénézuélien. C’est la seule option digne qu’il ait.

L’auteur : Vijay Prashad est un historien, rédacteur et journaliste indien. Il est rédacteur et correspondant en chef de Globetrotter, un projet de l’Institut des médias indépendants. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il a écrit plus de vingt livres, dont The Darker Nations : A People’s History of the Third World (The New Press, 2007), The Poorer Nations : A Possible History of the Global South (Verso, 2013), The Death of the Nation and the Future of the Arab Revolution (University of California Press, 2016) et Red Star Over the Third World (LeftWord, 2017). Il écrit régulièrement pour Frontline, the Hindu, Newsclick, AlterNet et BirGün.

Source : https://peoplesdispatch.org/2020/11/12/joe-biden-should-shake-hands-with-nicolas-maduro/

URL de cet article : https://venesol.org/2020/11/18/joe-biden-nicolas-maduro/

Le gouvernement Maduro inaugure 100 bases de missions socialistes

« Aujourd’hui, nous inaugurons 100 bases de missions socialistes dans 100 localités où vivent les familles populaires, pour servir des milliers d’entre elles, afin que la population sache qu’elle est protégée. Malgré le blocus états-unien nous avons réorganisé ce réseau avec le soutien de la communauté » a expliqué le président Maduro lors d’une évaluation générale avec l’ensemble des ministres concernés, le 10 novembre 2020. « Nous devons gouverner avec le peuple, par le peuple, pour le peuple, c’est ainsi que Chávez l’a conçu« .

Pour accélérer le mouvement face à la détérioration des conditions socio-économiques sous la pression, depuis plusieurs années, de la guerre économique états-unienne, Maduro a également approuvé le budget qui permettra de mener à bien de nouveaux chantiers avec les conseils communaux et les communes avant le 31 décembre. « Nous allons inaugurer 100 autres bases de missions socialistes pour 150000 communautés populaires, nous le ferons malgré le blocus, car c’est comme ça que nous attaquons vraiment la pauvreté. Les grandes missions sociales sont le mécanisme permettant d’atteindre l’égalité, d’éliminer la pauvreté et de maintenir la communication permanente avec la population« , a-t-il précisé.

La base de missions socialistes « Marisela Mendoza de Brito » a été l’une des premières à être inaugurée dans l’État de Miranda : 13 communautés de la municipalité de Charallave en bénéficieront, soit 2026 familles. Dans ce lieu opérera la Mission Barrio Nuevo Barrio Tricolor dont l’objectif est de réparer les maisons ou d’en construire, le Programme de l’accouchement humanisé, les missions sociales éducatives Ribas, Robinson, Foyers de la Patrie et le Mouvement Somos Venezuela.

À San Carlos, dans le secteur de San Ramón, sept nouvelles bases de mission ont été inaugurées, où les patients seront également soignés par la médecine naturelle. Sur place, 1527 familles bénéficieront des services de cette base. De même, la base de missions socialistes « Rosa Inés » a été inaugurée dans le secteur de San Simón, de la municipalité de Maturín (région orientale du pays), pour s’occuper de plus de 3300 familles. La base de mission « Darío Vivas » dans le secteur de Las Majaguas de la municipalité de Juan Germán Roscio activera les espaces éducatifs, la clinique de médecine générale, ainsi que le système « point et cercle » avec un terrain de sport, l’espace préscolaire et Simoncito.

Ces « bases de missions socialistes » sont composées de trois modules à partir desquels sont gérées les missions sociales, programmes publics de protection créés par la Révolution bolivarienne.

En général le premier des modules internes de chaque base sert de logement aux médecins déjà installés dans ces communautés pour y dispenser des soins permanents. Le second est l’espace prévu pour les programmes de formation et les programmes culturels, notamment le Simoncito (enseignement initial), Misión Robinson (alphabétisation), Misión Ribas (enseignement secondaire) et Misión Sucre (enseignement universitaire). Il y a également un espace pour des activités culturelles, des cours, des ateliers, des lectures de groupe, etc. Le troisième module est une clinique de soins primaires dont le personnel est composé de médecins qui vivent dans la communauté. C’est là qu’opèrent les missions Barrio Adentro, le programme de santé de l’État. En bref, il y a trois espaces : le module résidentiel, le module de services et le module éducatif.

Cette campagne de construction de bases a été relancée par le président Nicolas Maduro le 7 juin 2014, après une enquête qui a déterminé qu’il y avait encore 1 500 communautés dans 255 paroisses avec une pauvreté extrême dans le pays.

Plan de relance de la Gran Misión Barrio Nuevo Tricolor

Le président a également ordonné d’accélérer la Grande Mission Barrio Nuevo, Barrio Tricolor (GMBNBT), dont l’objectif est de construire et/ou transformer l’habitat des secteurs populaires au niveau national (cette mission a déjà remis plus de trois millions de logements à très bas prix aux secteurs populaires).

« Je veux un plan spécial pour donner une forte impulsion à cette mission« , a-t-il déclaré depuis le Palais présidentiel, rappelant que « cette mission est un mécanisme pour vaincre la pauvreté et assurer une meilleure qualité de vie » dans le cadre de la lutte gouvernementale contre l’inégalité produite par les sévères restrictions économiques, financières et commerciales imposées depuis 2014 par l’Occident.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/mas-vida/gobierno-entrego-100-nuevas-bases-de-misiones-socialistas/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/11/le-gouvernement-maduro-inaugure-100-bases-de-missions-socialistes/

La capacité du Venezuela à lutter contre les effets sociaux du blocus états-unien reste entravée par le vol de 31 tonnes d’or de son trésor

Par Vijay PrashadCarmen Navas Reyes

Bien qu’ayant réussi à aplatir la courbe du Covid et à maintenir les décès à un des taux les plus bas du monde selon les chiffres de l’OMS, le combat du Venezuela contre la pandémie reste affecté par le vol de 31 tonnes d’or par la Banque d’Angleterre. Le 5 octobre 2020, la Cour d’appel d’Angleterre et du Pays de Galles a annulé une décision d’un tribunal inférieur de juillet qui refusait au gouvernement vénézuélien l’accès à 31 tonnes d’or stockées dans la Banque d’Angleterre. Personne ne nie que l’or appartient au gouvernement vénézuélien. Cependant, la banque a refusé de le rendre au gouvernement du président vénézuélien Nicolás Maduro. Cet or d’une valeur de 1,95 milliard de dollars devrait servir à l’achat d’équipements et de fournitures médicales essentiels.

Au départ, suivant l’exemple du ministère britannique des affaires étrangères, la banque a déclaré que le véritable président du Venezuela était Juan Guaidó. Mais Mr. Guaidó, contrairement au président Maduro, n’a ni participé ni remporté d’élection à la présidence, et n’est pas en voie de devenir président, sous quelque éventualité que ce soit. L’onction de M. Guaidó est venue du gouvernement des États-Unis, et non du peuple vénézuélien; le ministère britannique des affaires étrangères et les tribunaux inférieurs ont donné raison à Washington mais la cour d’appel d’Angleterre et du Pays de Galles s’est appuyée pour sa décision finale sur les faits et la logique.

En effet, la principale conclusion de la Cour d’appel est que, bien que le ministère britannique des affaires étrangères a déclaré qu’il ne reconnaissait pas le gouvernement du président Maduro, il continue en réalité à traiter diplomatiquement avec les représentants de ce gouvernement. L’ambassadrice Rocío Del Valle Maneiro González a présenté ses lettres de créance à la reine d’Angleterre en 2015 et représente depuis cinq ans le gouvernement du président Maduro au Royaume-Uni. L’actuel ambassadeur britannique au Venezuela – Andrew Soper – a présenté ses lettres de créance au président Maduro le 5 février 2018; il reste en poste à Caracas. Ces relations diplomatiques de base ont donc amené la Cour d’appel à conclure que le président Maduro – aux yeux du gouvernement britannique – « exerce en fait une partie ou la totalité des pouvoirs du président du Venezuela ».

L’avocat de M. Guaidó – Vanessa Neumann – a déclaré que le gouvernement vénézuélien voulait les 1,95 milliard de dollars (selon le prix actuel de l’or) pour pouvoir « se financer illégalement » (sic). Mais l’avocat du gouvernement vénézuélien – Sarosh Zaiwalla – a fait valoir que ces fonds seraient utilisés par le gouvernement pour briser la chaîne d’infection de COVID-19 et apporter un soulagement à une population frappée par les sanctions unilatérales des États-Unis et par les perturbations causées par la pandémie. La Banque centrale du Venezuela (BCV) a déclaré qu’elle voulait vendre l’or, faire verser les fonds au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et permettre à ce dernier d’aider le gouvernement à faire face à la pandémie. Ce canal via le PNUD a été rejeté par M. Guaidó, par le gouvernement britannique et par Washington ; il n’y a aucune raison probable qu’ils changent de politique en dehors d’une volonté de punir le peuple vénézuélien en pleine pandémie.

De l’argent pour les médicaments

L’Institut Tricontinental de recherche sociale et l’Instituto Simón Bolívar étudient l’impact social de ces sanctions très sévères imposées par l’administration états-unienne depuis 2017. Ils ont constaté que les sanctions primaires et secondaires ont privé le peuple vénézuélien des moyens de faire du commerce de base : vendre son pétrole et acheter de la nourriture, des médicaments et du matériel éducatif (les sanctions primaires empêchent directement les citoyens et les entreprises du pays sanctionné d’avoir des relations avec le pays sanctionné ; les sanctions secondaires empêchent un tiers – pays ou entreprise – de traiter avec le pays sanctionné). Des dizaines de milliers de Vénézuéliens sont morts inutilement à cause du refus de faire le commerce de médicaments et de matériel médical, ce qui a mis à mal un système déjà fragile pendant la pandémie. Il est choquant de voir que ces sanctions unilatérales des États-Unis, et leur poursuite du changement de régime au Venezuela, définissent la manière dont le Venezuela peut combattre le virus et la maladie. « Les sanctions collectives », dit la quatrième Convention de Genève (1949), « sont interdites ».

La vice-présidente Delcy Rodriguez en réunion à Caracas avec les divers organismes de l’ONU présents sur place (notamment l’OMPS/OPS, la FAO et le PNUD)

Que souhaite acheter le gouvernement vénézuélien avec les 1,95 milliard de dollars qui seraient remis au PNUD ? Selon une étude de l’Institut Tricontinental de recherche sociale et de l’Institut Simón Bolívar, la majeure partie de ces fonds – 600 millions de dollars – devrait servir à l’achat de médicaments pour 400 000 personnes dans les hôpitaux, de médicaments obstétriques pour 550 000 femmes enceintes et de médicaments pour les 243 pharmacies communautaires. Ensuite, 450 millions de dollars sont prévus pour l’achat de fournitures médicales jetables pour 400 000 opérations chirurgicales, pour 245 centres de santé et pour 3 000 stimulateurs cardiaques. Enfin, 250 000 dollars ont été prévus pour la fourniture de réactifs pour les laboratoires (pour l’hématologie et la sérologie) et de pièces de rechange pour divers types d’équipements médicaux (y compris les équipements de radiothérapie). C’est ainsi que le gouvernement vénézuélien – en collaboration étroite avec le PNUD – voudrait « se financer illégalement« .

En mai, trois rapporteurs spéciaux des Nations unies ont écrit qu’au Venezuela, « les hôpitaux signalent une pénurie de fournitures médicales, d’équipements de protection et de médicaments ». Ce sont exactement les matériaux qui figurent sur la liste du gouvernement vénézuélien à acheter avec le produit de la vente des 31 tonnes d’or. Ces experts-Olivier De Schutter (extrême pauvreté et droits de l’homme), Léo Heller (eau et assainissement), et Kombou Boly Barry (éducation) – a déclaré que « à la lumière de la pandémie de coronavirus, les États-Unis devraient immédiatement lever les sanctions générales, qui ont un impact sévère sur les droits humains du peuple vénézuélien ».

Les recherches indépendantes de l’Institut Tricontinental de Recherche Sociale et de l’Institut Simón Bolívar sont en accord avec les opinions de ces experts des Nations unies ; les sanctions états-uniennes ont eu un impact négatif sur la capacité du peuple vénézuélien à s’épanouir et à exercer ses droits humains. Les sanctions unilatérales doivent être levées. À défaut, nous estimons que les 31 tonnes d’or du Venezuela détenues par la Banque de Londres doivent être vendues, que le produit de la vente doit être remis au PNUD et que les fournitures médicales doivent être expédiées d’urgence au Venezuela. Toute autre mesure est un crime contre le peuple vénézuélien.

Cet article a été produit par Globetrotter.

Vijay Prashad est un historien, rédacteur et journaliste indien. Il est collaborateur de rédaction et correspondant en chef de Globetrotter. Il est le rédacteur en chef de LeftWord Books et le directeur de Tricontinental : Institute for Social Research. Il est chercheur principal non résident à l’Institut d’études financières de Chongyang, Université de Renmin en Chine. Il a écrit plus de 20 livres, dont The Darker Nations et The Poorer Nations. Son dernier livre s’intitule Washington Bullets, avec une introduction d’Evo Morales Ayma.

Carmen Navas Reyes, politologue vénézuélienne, est la Directrice exécutive de l’Instituto Simón Bolívar à Caracas.

Traduction de l’anglais par Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/11/02/la-capacite-du-venezuela-a-lutter-contre-les-effets-sociaux-du-blocus-etats-unien-reste-entravee-par-le-vol-de-31-tonnes-dor-de-son-tresor/