Venezuela. «Les sanctions tuent»

Par Christophe KOESSLER – Le Courrier
Le Venezuela est victime d’une guerre économique à l’interne et de sanctions internationales qui contribuent en grande partie à la crise actuelle, estime un expert onusien.
Le rapport déposé lundi au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, jour de son ouverture, fait tache face à l’unanimisme des pays occidentaux à condamner le gouvernement de Nicolas Maduro. Pour expliquer la grave crise économique et politique que traverse le Venezuela, Alfred de Zayas, expert indépendant de l’ONU sur l’ordre international, démocratique et équitable, insiste beaucoup sur la guerre économique menée à l’interne par l’opposition et sur les sanctions internationales des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Canada, qui viennent aggraver la situation de la population.
Spéculation sur la monnaie et le taux de change, flux illicites, rétention de marchandises, sabotage de biens publics sont autant de moyens utilisés par des financiers et de grands entrepreneurs vénézuéliens et étrangers pour déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu, constate l’ancien professeur étasunien et suisse.
Docteur en droit de l’Université Harvard, l’homme a été haut fonctionnaire des Nations Unies pendant vingt-deux ans (1981-2003) et professeur dans plusieurs universités, dont l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève, l’université DePaul à Chicago, et celle de British Columbia à Vancouver. Interview à l’heure où ce juriste laisse son mandat d’expert à son successeur, après six ans de loyaux services.
Ne sous-estimez-vous pas la responsabilité du gouvernement vénézuélien dans la crise actuelle? Quelles sont vos critiques de son action?
Alfred de Zayas: Je me sens comme Denis Halliday et Hans-Christoph von Sponeck, tous les deux coordinateurs humanitaires des Nations Unies à Bagdad dans les années 1990. Ils ont démissionné à cause des sanctions économiques qui ont provoqué la mort de plus d’un million de civils iraquiens.
Au Venezuela – comme auparavant à Cuba, au Chili et au Nicaragua –, le peuple a subi une guerre économique, une guerre non conventionnelle. Les sanctions économiques tuent. Il s’agit de mesures contre la démocratie. Elles sont interdites par la Charte de l’organisation des Etats américains et par la Charte des Nations Unies.
Il est certain que le gouvernement vénézuélien porte une responsabilité dans la crise. Tant Hugo Chavez que Nicolas Maduro ont commis de graves erreurs dans le domaine économique. Mais ils ont été élus démocratiquement. Dire aux Vénézuéliens comment ils doivent voter ne rentre pas dans le cadre de ma fonction. Je veux aider tout le peuple vénézuélien. Ma mission était orientée sur les résultats et j’en ai obtenu, tels que la libération de quatre-vingts prisonniers après ma visite et l’amélioration entre les agences de l’ONU et le gouvernement.
En tant qu’expert indépendant sur l’ordre international, démocratique et équitable, j’ai un mandat limité. Je ne suis pas un «super rapporteur» ni un plénipotentiaire des Nations Unies. J’ai formulé mes préoccupations au gouvernement oralement et dans un mémorandum. Il s’agit aussi de permettre à d’autres rapporteurs de l’ONU d’effectuer des visites. Entretemps, trois autres ont été invités. Je préfère une diplomatie discrète et efficace.
La vraie fonction d’un rapporteur est de formuler des recommandations constructives et de convaincre le gouvernement que c’est dans son propre intérêt et dans l’intérêt du peuple de faire de réformes. On ne réussit rien si l’on est hostile.
De nombreuses causes expliquent la crise vénézuélienne. Comment pondérez-vous l’importance de tous ces facteurs?
La crise a effectivement des causes multiples. Bien sûr, il y a la dépendance du pays envers le pétrole. Cela ne date pas d’hier: la structure de cette économie, qui a plus d’un siècle, a été héritée par les gouvernements de Chavez et de Maduro. Il est certain qu’il faut diversifier cette économie. Le gouvernement de Maduro a mis en place plusieurs initiatives dans ce sens, dans le domaine de l’agriculture, de la production de médicaments génériques, etc. Mais la guerre économique interne puis les sanctions extérieures ont freiné les progrès dans ce domaine. Bien sûr, il y a de l’incompétence, et je l’ai dit au gouvernement, il y a trop d’idéologues, pas assez de technocrates au sein de l’Etat.
La corruption est aussi présente. Mais, là encore, elle existait aussi dans les années 1980 et 1990. Beaucoup de citoyens ont élu Hugo Chavez pour protester contre la corruption des gouvernements antérieurs. Sous Maduro, le nouveau ministre de la Justice a mis en place un programme anticorruption robuste. En ce moment même, il y a des investigations et des procès en cours.
Les membres de l’opposition qui j’ai interviewés insistent sur les facteurs endogènes et sur la mauvaise gestion. Le gouvernement pointe les facteurs extérieurs. Ces deux séries de causes existent et convergent. J’ai formulé des recommandations à ce sujet dans mon mémorandum au gouvernement. J’ai proposé entre autres la création d’un Comité d’experts internationaux pour conseiller le gouvernement. Ce pourrait être un organe composé d’experts en économie, par exemple Thomas Piketty, Joseph Stiglitz, mais aussi d’experts dans le domaine de la production de pétrole, d’or, de bauxite, de coltan, et des spécialistes du commerce et de l’agriculture. Mais il faut d’abord libérer le pays du blocage financier qu’il subit et des sanctions qui sont en train d’asphyxier l’économie, entraînant la forte émigration actuelle.
Depuis votre visite au Venezuela fin 2017, la situation économique et sociale s’est encore dégradée. Des centaines de milliers de Vénézuéliens fuient la crise en émigrant… Connaissez-vous les causes précises de cette détérioration?
Pas besoin d’un doctorat en physique nucléaire pour comprendre que la guerre économique et les sanctions ont généré des manques dans tous les domaines, ainsi qu’énormément de chômage. Il est normal que les gens cherchent une vie meilleure, en Colombie, au Brésil, en Equateur, au Pérou, et le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés doit les aider. Il faut aussi rappeler que le Venezuela a accueilli par le passé quelque cinq millions d’émigrants économiques colombiens, qui ont bénéficié des programmes sociaux vénézuéliens, sans aucune discrimination.
A-t-on désormais atteint le stade de la crise humanitaire au Venezuela?
Non. Même si les médias aiment utiliser ce terme. La situation du Venezuela n’est aucunement comparable à celle de Gaza, du Yémen, de la Syrie, ou encore du Mali. Je reçois des informations fiables de toute l’Amérique latine et j’échange des informations et des statistiques avec des experts aux Etats-Unis et en Espagne. Le terme «crise humanitaire» dans le cas du Venezuela ne vise qu’à créer un climat propice à une éventuelle intervention militaire extérieure ou à la justification d’un coup d’Etat.

Vers une agression militaire?

Certains observateurs évoquent la possibilité d’une intervention armée des Etats-Unis ou d’une guerre déclenchée par la Colombie. Comment évaluez-vous la probabilité de tels événements?
Il existe effectivement plusieurs plans pour une intervention militaire. L’un serait mené par les Etats-Unis et la Colombie, avec le soutien de l’OTAN et du Brésil. L’idée serait de déguiser l’intervention et le renversement du gouvernement Maduro en une action liée à la protection des droits humains, prenant appui sur la crise économique actuelle.
Cela comporterait pourtant de grands risques, comme en 1961 lorsque Kennedy pensait que l’intervention de la CIA à la baie des Cochons, à Cuba, serait chirurgicale et rapide. Elle a échoué. Il est important de rappeler que le monopole de l’utilisation de la force reste l’apanage du Conseil de sécurité des Nations Unies. Toute intervention militaire menée sans son aval serait illégale et constituerait un crime d’agression selon le Statut de Rome.
Au vu de ces risques, je doute que les Etats-Unis ou la Colombie osent l’agression militaire. Ils misent probablement sur une aggravation de la crise et une rébellion interne contre Maduro. D’où la volonté des Etats-Unis d’imposer des sanctions économiques plus draconiennes encore, sans aucun égard pour les droits humains.
Aucune solution ne semble en vue.
Que recommandez-vous aux deux parties au Venezuela et à la communauté internationale?
Il faut renouer le dialogue entre le gouvernement et les partis de l’opposition. Avec l’appui du Vatican, l’ancien premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a tenté entre 2016 et 2018 une médiation internationale entre l’opposition et les représentants du gouvernement. Plusieurs Etats latino-américains ont aussi prêté leurs services pour la médiation, des deux côtés. Après deux ans de discussion, le compromis était prêt pour la signature. Hélas, à la surprise de tous les participants, le 7 février 2018, Julio Borges, le représentant de l’opposition, a refusé de signer.
Pourtant, je suis convaincu qu’il faut relancer une médiation internationale, et de bonne foi, sous les auspices des Nations Unies et de la Communauté d’Etats latino-américains (CELAC).
La seule alternative serait la violence, avec une autre tentative de coup d’Etat, comme en 2002 contre Chavez, ou une autre tentative d’assassinat, comme début août contre Maduro.
Que pensez-vous de l’appel de Quito, lancé par plusieurs Etats latino-américains après leur réunion début septembre? Il recommande l’adoption d’un mécanisme d’assistance humanitaire en faveur du Venezuela.
Une action humanitaire de bonne foi est urgente. La Croix-Rouge pourrait se charger de la distribution, de même que Caritas ou peut-être la Fondation Bill Gates. Le gouvernement Maduro a réclamé de l’aide à plusieurs reprises. Mais l’aide humanitaire ne doit pas servir des intérêts politiques cachés. Il s’agit d’aider tous les Vénézuéliens, sans discrimination.
CKR
10 septembre 2018
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Terra TV : les paysan(ne)s du Venezuela définissent les contenus et se forment pour les réaliser

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Après avoir adopté les propositions faites par les paysan(ne)s de tout le Venezuela pour construire la forme et les contenus de Terra TV, l’Ecole Populaire et Latinoaméricaine de Cinéma, Télévision et Théâtre leur a donné un premier atelier de réalisation audiovisuelle. De cette manière naît concrètement le réseau de producteurs(trices) audiovisuel(le)s de Terra TV. Un média stratégique au moment où les grands propriétaires déclarent la guerre aux paysans, veulent reprendre les terres distribuées aux petits producteurs, continuent à assassiner leurs leaders, à l’heure où l’agroécologie doit être développée pour briser le carcan des transnationales. Vous aussi vous pouvez appuyer la naissance de ce nouveau média en rejoignant ici les 88 premiers donateurs : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

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A la plate-forme de la marche paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons totalement comme nous l’avons fait jusqu’à présent”. Compte-rendu de l’assemblée paysanne qui a défini les contenus de Terra TV, le 13 août 2018.

José Ramón Bastardo Martínez, de l’Etat Bolivar prend la parole : “nous semons des tomates avec moins d’eau que les privés et en décembre, nous on récolte le triple ! Mais ça les médias ne peuvent pas le dire. Cela doit rester caché, on produit pour la patrie mais ça il ne faut pas le montrer… Il y a quelques années je disais que j’allais monter une école de paysans mais ce n’était pas pour former des paysans mais pour former des hommes et des femmes de la campagne. Terra Tv doit être aussi une école pour ces jeunes qui vivent dans la ville, avec les pères et les mères qui sont dans le plus grand besoin, leur enseigner à traire une vache, à manier des machines, à monter à cheval, à manier la hache et la houe, comme on le voyait dans cette vidéo…

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Pour Neida Rodríguez, venue de l’Etat de Portuguesa : “Quand vous nous demandez ce que pourrait être une télévision paysanne, sur nos propres terres, dans nos propres espaces, je dis qu’on pourrait faire, pourquoi pas, un feuilleton de la femme paysanne, du fils de paysans, du mari paysan, faire le feuilleton à partir de là, faire le feuilleton depuis ce lieu, vivre notre vie à nous les paysans. Si on réalise des feuilletons de toute sorte, sur les rives du fleuve Arauca, pourquoi pas un feuilleton plein d’amour pour le Venezuela et non seulement pour le Venezuela mais pour toute l’Amérique Latine. Comment est la femme et l’homme paysan, pourquoi nous avons un grand cœur en tant que paysans, si le monde n’en sait rien c’est parce qu’on nous a invisibilisés mais grâce à Terra TV, la télévision populaire qui va porter notre voix et nos sentiments aux pays frères, ils verra comment est le travail du paysan et de la paysanne quand ils se lèvent pour réaliser leur tâche quotidienne, tout ce qu’il leur faut faire, pourquoi ne pas en faire un feuilleton, quand ils se lèvent tôt avec leur gourde d’eau, pourquoi nous n’avons pas droit nous les paysans à ça ? Sans maquillage, sans déguisement, vers d’autres frontières, ou un documentaire pour qu’on voie comme on travaille, comment on fait la production. Si vous voyiez nos enfants, nos petits enfants, comment nous semons, ou comment nous marchons, pourquoi nous marchons pieds nus, on pourrait faire un feuilleton où nous lavons, là où nous sommes, au bord d’un fleuve, dans la cuisine de terre ou dans une maison qui n’est pas en ciment mais dans une maison paysanne, une maison de palmes. Nous, nous produisons de tout, c’est un bonheur. Malgré tout nous vivons bien, à la campagne. Nous voyons la femme urbaine, et nous sommes tristes pour elle, quand l’enfant lui demande à manger, quand il y a la faim, il y a la faim, alors pourquoi ne pas venir travailler avec nous, au moment des vacances, en décembre, pourquoi ne pas aller avec nous à la campagne, je ne leur dis pas de déménager mais ils vont voir qu’après le travail avec nous, ils vont commencer à construire des maisons avec nous. Nous sommes des oubliés sur le plan des institutions, des intrants, de l’engrais, des semences… Et pourquoi nous les paysan(ne)s nous ne pourrions pas être comme vous ? Avoir un studio, Terra Tv, je vous dis d’aller sur les terres pour voir la qualité de personnes que nous sommes et oui, j’aimerais qu’on fasse un feuilleton pour que les gens attendent l’heure de la diffusion et se disent “nous allons regarder le feuilleton des paysans” et que jour après jour on suive l’évolution de la femme paysanne, comment la situation s’améliore… Merci à Terra TV d’avoir suivi notre marche pas à pas et je vous le dis, ceci est un début, un éveil du paysan, parce que nous avons encore un tas de choses à régler.

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Selon un autre compagnon de l’état du Zulia, “Terra TV est un grand espace pour développer tout le potentiel culturel de notre peuple, la danse, la musique, la gastronomie, je parle d’une culture qui naît dans nos peuples, de racines, c’est différent de ce qui se projette dans une école, dans une maison de la culture. Il y a toute une transculturation, nous devons valoriser ce que font notre peuple, nos paysans.

Pour sa part le militant Andrés Alayo exprime : “Pourquoi Terra TV naît à El Esfuerzo et non à El Tunal ?, pourquoi ? Parce qu’il y a une option à El Esfuerzo, une communauté paysanne qui a été expulsée, son école brûlée, il y a une communauté qui construit, qui est un modèle agricole totalement différent de celui d’El Tunal. C’est une lutte communicationnelle avec des acteurs concrets. Comment construire un autre modèle de communication sans que les outils ne soient aux mains du peuple ?”

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Arbonio Ortega, un des leaders de la marche paysanne, de l’état Portuguesa : “on se souvient de comment était Vive TV il y a quelques années, dans la lutte et on se disait : pour travailler la terre, il y a la houe, la binette, le soc et pour la lutte, il y a la télévision; la communication… des armes qui font peur au grand propriétaire et au latifundiste. C’était aussi un moment d’intégration. On s’intégrait et on perdait même la peur de parler, de parler à la caméra, au micro, il y avait une intégration entre le journaliste, le reporter, le paysan… Ces jeunes de la chaîne prenaient leur sac à dos et s’en allaient à la campagne, ainsi était Vive. Je me souviens de plusieurs traversées, à l’Esfuerzo Bolivariano à Guanarito, à cheval, avec l’eau jusqu’à la ceinture… et quel bonheur, avec la caméra dans le sac à dos, et ce n’était pas une petite caméra comme celles d’aujourd’hui, c’était un machin grand et lourd qu’on portait sur le dos, pour enregistrer la lutte, ce n’était pas comme les pistolets-jouets d’aujourd’hui, même si ceux-ci sont tout aussi redoutables et peut-être plus, tout dépend de l’usage qu’on en fait. Combien de cas n’ont-ils pas été documentés ? 2006, 2005, où on surprenait les vigiles des grands domaines en pleine action, armés jusqu’aux dents, et on a fait tant de documentaires. Combien de programmes ne concernaient le secteur paysan ? Je me souviens de “arrachons les barbelés” à Vive TV. Combien d’images n’avons-nous vues de tant de compagnons tombés, tués, disparus ? Combien de compagnons n’ont-ils pas dit de mots en faveur de la lutte pour ensuite se transformer en dévoreurs de terres, vendant la terre, ceci sert aussi à réfléchir. Pour apprendre de ceux que nous appelons les voyous de la terre. Notre idiosyncrasie, l’échange de notre idiosyncrasie aussi, à travers la télévision.

Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ?

À El Esfuerzo, “Jota” de Terra TV attendait un ministre à Acarigua pendant que les grands propriétaires incendiaient l’école, et il y est allé avec la caméra, ce fut un coup de maître, sans doute que sans ces images l’Etat n’aurait pas bougé, même si les enfants d’El Esfuerzo allaient les enregistrer avec leurs tablettes, mais le plus fort ce fut Jota avec sa caméra. Les médias privés comme Venevisión ont produit des feuilletons comme “Doña Bárbara”, mais même la manière de parler des personnages n’allait pas, c’était comme une moquerie. Quand on lit “Doña Barbara”, on voit que le roman n’a rien à voir avec ça, ils le trahissent complètement. Pour l’auteur Rómulo Gallegos ce serait une honte de voir cela. Par contre si les mêmes personnages sont fidèlement restitués, si leur langue est maintenue, et le contexte aussi, alors l’adaptation nous touche. Là aussi la télévision devient nécessaire, pour maintenir vivante notre identité, notre manière d’être, de penser. Qu’y a-t-il de plus beau que d’enregistrer sa propre image ? Certains se battent encore comme la compagne de Colombeia TV, de Terra TV, mais Vive TV s’est perdue totalement, cette chaîne ne ressemble plus en rien à ce qu’il était initialement. Au début les compagnons voyageaient jusqu’au lieu de la lutte; parce qu’ils sentaient qu’il fallait y aller, “allons-y !”, sans rien demander en échange, parfois sans hamac, pour vivre la réalité rurale, avec les moustiques et tout. Je vois Terra TV comme une bonne initiative qui va nous réveiller à cette étape de l’Histoire. Je crois que c’est crucial dans ce moment historique que nous vivons, à ce croisement des chemins, parce que quand l’ennemi veut nous voler à nouveau nos terres, quand il veut déclarer une guerre aux paysans, la communication va jouer un rôle important, nous devons livrer cette bataille. Nous devons réussir ou perdre. Le grand propriétaire fonce sur nous et nous n’allons pas le permettre. A travers la communication nous allons montrer les degrés d’unité, d’organicité, la capacité de mobilisation que nous pouvons mener et cela va être une arme puissante contre l’impérialisme. A la plate-forme paysanne nous croyons qu’il n’y a pas eu d’initiative aussi importante jusqu’ici que Terra TV et nous l’appuierons sous tous ses aspects comme nous l’avons fait jusqu’ici. Autre chose : l’échange sur le plan international avec les autres mouvements paysans. Ici l’élément de pouvoir est la terre. Ils veulent nous éliminer pour conquérir le monopole de la terre et de ses ressources, c’est pourquoi ils nous tuent, partout.

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Douglas Quintero, de l’Etat de Trujillo, prend la parole : “Comment j’imagine la télévision des paysans ? D’abord comme instrument de formation sociopolitique. Deuxièmement comme un outil didactique pour offrir des connaissances au paysan. Parce que la guerre économique nous a fait comprendre que nous en sommes aux balbutiements à l’heure de produire. Qu’on nous coupe l’approvisionnement en intrants, en produits chimiques, qui sont des composants de l’agriculture conventionnelle… et la production retombe presque à zéro. Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous les paysans, bien que nous disposions de la parcelle comme outil de production, nous sommes encore loin du compte. Beaucoup de paysans sur le plan national ne savent pas ce qu’est un compostage et ne savent pas qu’à travers un biodigesteur nous pouvons produire du gaz. La télévision pourrait nous aider, en plus de la formation, à renforcer la lutte politique. Je voudrais qu’existent des espaces pour transférer la technologie, par exemple, pour comprendre que l’engrais organique est plus puissant que l’engrais chimique et ainsi nous le produirions dans toute la plantation. Je crois qu’il y a des gens qui ne saisissent pas la différence entre l’agriculture traditionnelle et l’agriculture organique, alors que c’est l’agriculture organique qui va nous apporter l’émancipation comme paysans y que va nous libérer d’une entreprise comme Agropatria, mais nous ne cherchons pas à en sortir. L’heure est arrivée. La guerre économique nous a apporté de mauvaises choses mais aussi des points positifs comme de nous rendre compte qu’il y a d’autres outils pour renforcer la production et pour que l’alimentation revienne dans les rayons. A partir de 2016, la majorité des productions étaient à prix écrasé, le riz, la farine de maïs, la viande, mais aujourd’hui même les marchés paysans ne sont plus une option, les commerçants mettent un kilo de pommes de terre à deux millions, ils nous ont ruinés, même un kilo de bananes qui étaient le produit meilleur marché vaut un million. Nous devons aller au plus profond et avec cette télévision apprendre comment on peut produire des semences d’oignon, de pomme de terre, ici nous avons tous les climats. Introduire des connaissances comme celles de la ferme intégrale, pour que le producteur soit plus efficace, plus intégral à l’heure de produire et qu’il y ait plus de bonheur tant envers les consommateurs qu’envers les producteurs. Il y aura moins de cancers.”

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Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes.”

Une compagne paysanne de l’Etat de Barinas conclut : “c’est important de visibiliser le travail, de mettre en lumière ce que les médias ne montrent pas. Parce que le média privé montre le paysan comme un pauvre hère, par exemple comme la femme qui doit épouser un riche mari pour pouvoir cesser d’être paysanne. Nous ne voulons pas que l’on nous regarde comme des pauvres gens, nous sommes celles et ceux qui travaillons et produisons la nourriture pour que ce pays puisse s’en sortir. Mais les institutions se sont pliées aux intérêts des grands riches qui ont de quoi les acheter sous la table. Mais nous sommes ceux qui semons. Nous voulons qu’on nous montre comme nous sommes, fiers d’être paysans. Moi par exemple j’étudie mais je veux aussi semer, je veux aussi avoir mon lopin de terre. L’agroécologie rend indépendant le paysan. Nous les paysans nous dépendons des semences de transnationales et nous ne voulons pas travailler avec des produits chimiques, avec des OGM. Les paysans sont ceux qui transmettent à leurs enfants les connaissances ancestrales, nous devons donc chercher et voir où sont ces connaissances. C’est ce dont nous avons besoin. Comment nous réussissons à maintenir par exemple les semences de maïs. Par exemple en ce moment l’Institut Agroécologique Latino-américain Paulo Freire (état de Barinas, NDT), travaille avec certaines de ces semences. Mais ils n’ont pas de sécurité, ils n’ont rien et ce sont eux qui poussent tout le thème agroécologique. Ils ont un programme qui s’appelle “maître populaire”: je suis paysan, je vais, je vois et en tant que paysan je vais en former d’autres, on donne des cours sur la manière de cultiver la terre, pas comme ces ingénieurs qui viennent commander. Et quelle fut la manière de revendiquer la marche paysanne invisibilisée par tous les médias ? Ce fut une diffusion télévisée nationale exigée par le président. Parce que ce fut une marche des pauvres, venus à pied, avec un camion qui devait transporter l’eau mais qui est tombé en panne. N’importe qui aurait dit : je rebrousse chemin, parce qu’imaginez, sans eau ni nourriture; et en fait les gens qui nous ont vus, ont dit : nous voulons que vous parveniez au terme de votre marche, nous allons vous aider, et les gens sont sortis pour nous donner de l’eau. Ils nous ont dit : “entrez chez moi, vous pouvez rester ici, ici il y a de la nourriture pour que vous l’emportiez”. Ce sont ces choses qui nous ont fait tenir à tout moment, et plus encore maintenant, quand on voit la réussite que la marche a permis, qui a dépassé nos espérances. L’espoir a envahi les gens, ils se sont sentis fiers et se sont enfin éveillés, c’était l’unique façon; tout le monde se plaint mais jusqu’à présent ce fut la seule action pour dénoncer la situation, pour que le président Maduro se rende compte de ce qui se passait, se rende compte de toute notre souffrance, de tous nos problèmes et que ces problèmes ne viennent pas d’aujourd’hui, depuis combien d’années se battait le compagnon Parra pour les terres (paysan assassiné par des grands propriétaires peu après la réunion entre Maduro et la marche paysanne, NDT) ? Pas depuis un mois ou deux jours, parce qu’ils ont entamé la marche avec nous et cela faisait six ans qu’ils occupaient ces terres. Comment l’ont-ils tué, pourquoi l’ont-ils tué de cette manière ? Ils l’ont torturé pour que le reste des paysans quittent les lieux, s’enfuient.. Et ce paysan, ce n’est pas qu’ils l’ont tué tout à coup, il y a eu tant de dénonciations, de visites aux institutions mais le grand propriétaire s’est dit : après tout ce n’est qu’un petit paysan, je le tue, je paie le juge, je paie la police, je m’en sors bien et plus personne ne saura rien du paysan. Grâce à cette marche on essaie de faire que justice soit rendue, je crois qu’on peut y arriver et aussi pour deux autres paysan assassinés au même endroit par les mêmes personnes (les assassins de Parra ont depuis été arrêtés grâce aux pressions des paysans, NDT).

Photographies de l’assemblée et de l’atelier : Jonas Boussifet.

Source de cet article : https://wp.me/p2bGPp-1Tb

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://wp.me/p2ahp2-4hI

L’heure venue

Notre « hors-champ médiatique » est infini. La majorité sociale du Venezuela, que les journalistes ne ponctionnent que dans un cadre individuel, humanitaire et atemporel, n’est pas cet objet qu’on veut identifier comme une victime. C’est un sujet pris dans une action collective, habillé d’une Histoire et d’un futur.

Il faudrait tenter d’expliquer a présent, pour ceux qui vivent loin de nous, ce qu’on perçoit du ronronnement de la machine souterraine. Pour beaucoup le sentiment est que l’heure est venue de s’ébrouer, d’inventer un nouvel Etat, de construire des communes autosuffisantes, des pouvoirs plus clairs, plus directs, voire un Etat communal. Il y a plusieurs explications a cela : les échéances electorales, gagnées par le camp révolutionnaire, sont derrière nous – si on excepte les municipales de décembre prochain. Le verdict des urnes et le répit électoral sont propices à ce recentrage sur la révolution de la structure.

La droite locale, convaincue en 2017 par l’axe Bogota-Washington d’organiser une vague de déstabilisation meurtrière pour que le monde puisse “voir” enfin comment Maduro réprimait les vénézuéliens, est de plus en plus discréditée auprès de sa base, et retrouve son plus bas étiage electoral. L’attentat contre le président Maduro organisé par les Etats-Unis et le président colombien Juan Manuel Santos à deux jours de l’expiration de son mandat, dit bien ce désespoir de l’oligarchie colombienne qui vient d’adhérer à l’OTAN. Transformer la Mer Caraïbe en Atlantique Nord parle d’une Histoire qui se répète. En 1819 la même oligarchie de Santander décidait de s’unir aux Etats-Unis contre un “Bolivar assoiffé de sang” pour empêcher la marche à travers les Andes des ex-esclaves noirs du Venezuela et de leurs alliés les jacobins noirs de Haïti…

Il y a d’autres explications à ce retour d’une ambiance révolutionnaire, très “années 90” au Venezuela: la guerre économique et la hausse irrationnelle des prix organisée par le secteur privé majoritaire, met beaucoup de citoyens au pied du mur. Les communes sont une partie de la solution à ces problèmes de survie, de production, d’alimentation, de services publics en voie de détérioration.

Par ailleurs, vingt ans de révolution ont servi d’école à toute une génération qui a les outils de l’expérience pour se remobiliser. Son but est d’influencer de plus en plus Maduro, en lui exigeant de faire le ménage, par exemple en cessant de recaser des fonctionnaires qui ont failli, volé, trahi la population, en les limogeant une fois pour toutes et en nommant des gens valables à leur place. Cette énergie spécifique, qui répond à la fois à la guerre impériale et au poids de la forme ancienne de l’Etat, est enfin née de ce temps que Chavez ne pouvait accélérer a lui seul, celui qui transforme les idées en force matérielle.

Ce besoin de commune, de transformer l’Etat, s’incarne dans les pieds gonflés des 200 paysan(ne)s venus des Etats intérieurs où les mafias des blanchisseurs de capitaux colombiens, juges, grands propriétaires, militaires, les ont chassés des terres données par Chavez, avant de revendre leurs tracteurs en Colombie. Mafias qui souvent trouvent des complices parmi les fonctionnaires de l’Institut des Terres qui sabotent la remise des engrais, des semences, des crédits aux mêmes paysans, ce qui permet à certains secteurs de l’Etat de dire que mieux vaut appuyer les agroindustriels privés puisque décidément les paysans ne produisent rien. 400 km de marche, 20 km par jour, épuisement, campements de fortune, soif, diarrhées, intimidations, mais la marche a continué grâce à la solidarité des plus humbles comme cette vieille dame qui partage l’espace de sa pauvre demeure au bord de la route et offre le peu qui lui reste de café. Les médias privés, majoritaires, invisibilisent la marche, mais aussi, curieusement, les médias bolivariens. Jusqu’à ce que Nicolas Maduro oblige les télévisions à transmettre leur parole…

A Caracas, lorsqu’une haie de police a stoppé la marche à deux pâtés du palais présidentiel, nous nous sommes dit : si Maduro a réellement ordonné cela et s’il ne les reçoit pas ces paysans qui sont une des bases les plus sincères de la révolution, il ne pourra plus rien comprendre. Quelques gauchistes avaient pris la tête de la marche pour les derniers mètres, exultaient à la vue d’un barrage de police, filmant les casques : la voilà, la preuve de l’Etat bourgeois, de la trahison de Maduro ! Jusqu’à ce que les organisateurs paysans leur demandent courtoisement de s’éloigner, de se placer en fin de cortège, les priant de comprendre les problèmes d’infiltrations et de sécurité du président. Au même moment une délégation des paysans se réunissait avec le Président de l’Assemblée Constituante Diosdado Cabello (photos).

Le lendemain le président Maduro ouvrit grand les portes du palais présidentiel pour les recevoir à son tour, faisant retransmettre à tout le pays par la télévision, radio et Internet, leurs longs témoignages. Il commença par écouter les paysans sans les interrompre, avant d’approuver leurs exigences et d’en faire des ordres.

  • Remise immédiate aux paysans de toutes les terres remises par Chavez et dont ils ont été expulsés de manière arbitraire.
  • Révision cas par cas de toutes les victimes de mercenaires et de persécution par des organes juridiques.
  • Révision de tout le système de désignation des juges agraires pour les mettre au service des paysans vénézuéliens.
  • Modification des lois agraires pour un système du 21ème siècle aux mains du peuple.
  • Démarrage d’une lutte contre la corruption et transformation de toutes les institutions en matière agricole du pays, à la chaleur de la critique populaire.
  • Alliance productive avec tous les secteurs paysans pour concrétiser le Plan Productif et le “Plan de la Patrie 2025”. Enfin, un grand Congrès Paysan pour la troisième semaine de septembre 2018.

Au sortir de la réunion, les paysan(ne)s épuisés ne cachaient pas leur satisfaction, malgré l’amertume des chausse-trappes semés sur la route par certains sous-ministres. N’avaient-ils enfin atteint leur objectif d’une rencontre au sommet et d’une parole totale ? En remettant à Nicolas Maduro deux cents propositions, ils lui on dit ce que tout un peuple chaviste a envie de lui dire depuis longtemps : « l’heure est venue ». Joie vite brisée : au moment même où la rencontre avec le Président prenait fin, le paramilitarisme répondait en torturant, mutilant, assassinant trois leaders de la lutte pour la terre a Barinas, trois compagnons des premières heures de la marche, trois victimes de plus parmi les centaines de victimes de la lutte des terres. A Sabaneta, terre natale de Chavez. Tout un symbole pour une déclaration de guerre aux accords énoncés par Maduro, qui le lendemain allait lui-même subir une tentative d’assassinat. La Loi des Terres promulguée par Chavez avait constitué un des facteurs déterminants du coup d’Etat en 2002.

Il y a quelques jours nous étions sous la bruine côtière de Caruao où les tambours d’Afrique vont de maison en maison de paysans et de pêcheurs dont les fils hésitent entre l’horizon de la mer et l’écran du Blackberry. Caruao recevait pour la première fois la visite de fonctionnaires du Conapdis. Cet institut organise depuis l’Etat le soutien aux personnes handicapées. Le travail du jour consistait à doter les personnes concernées d’un Carnet de la Patrie, outil de recensement qui leur permettra entre autres de toucher des allocations. Problème : beaucoup des patients qui font la file depuis tôt ce matin ne possèdent pas de rapports médicaux attestant de leur handicap. Les fonctionnaires décident alors d’oublier la paperasserie : un diagnostic visuel, une photo faite sur place, on imprime le Carnet, on le remet au patient. Bilan de la journée : une soixantaine de nouveaux allocataires. Tel est ce Venezuela “hors-champ”, toujours prêt a ouvrir doucement sa main pour qui voudrait lire dans ses lignes.

Thierry Deronne, Caracas, 5 août 2018

Photos : CRBZ, Jonas Boussifet

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Venezuela : Spéculation et hausse des prix (Chroniques d’en bas par Romain Migus)

 

Cet article sur la spéculation et la hausse des prix, s’inscrit dans un cycle de chroniques de notre ami Romain Migus, journaliste français qui a longtemps exercé son métier au Venezuela où il se trouvait encore il y a quelques semaines.
Son témoignage est particulièrement opportun quand les médias français (on se demande bien pourquoi ?) désinforment.
LGS

 

“On va aller faire les courses avant que les prix n’augmentent” me dit Paola, en rigolant.

Paola, c’est la cousine qui habite dans notre appartement. Elle est biologiste, et travaille à l’Institut vénézuélien de recherche scientifique. C’est une sportive, ainsi qu’une écologiste radicale, ce qui est assez rare dans ce pays pétrolier. Chaussures de montagne aux pieds et sac à dos sur les épaules, elle crapahute avec autant de dextérité à la campagne qu’à la ville. Quand elle est en mode rat des champs, elle rapporte toutes sortes de pousses de plantes, de mousses et d’autres espèces végétales qu’elle entrepose soigneusement dans des pots qui s’entassent dans le salon de l’appartement ou sur le rebord des fenêtres. Dans le cas présent, c’est plutôt le rat des villes qui m’intéresse. Ce matin, on va aller remplir le frigo et son sac à dos ne sera pas de trop.

« On va aller dans un supermarché et on achètera les légumes au marché de Coche, me dit Paola, ça nous reviendra moins cher ».
Au contraire de l´année 2016, tous les produits sont désormais disponibles sur les étals et les files d´attente ont disparudevant les portes des supermarchés. Désormais ce sont les prix qui s´envolent chaque semaine. En un mois et demi passé à Caracas, les prix de la plupart des produits ont doublé. On comprendra donc que n´importe quelle discussion au Venezuela s´amorce par une catharsis nécessaire sur l´augmentation continuelle des prix à la consommation.

La plupart des gens échangent sur le thème, se donnent des tuyaux pour trouver des produits à bas prix, se plaignent -à juste titre- de la situation, s’organisent pour assurer leur subsistance, critiquent tel ou tel membre du gouvernement pour son inaction, mais s’amusent aussi des multiples anecdotes que génère la hausse des prix.

Le poète José Javier me racontera comment, alors qu’il en train de manger une soupe dans un restaurant, dont le prix était indiqué á 250.000 bolivars sur l’ardoise des menus du jour, le patron effaça le prix initial pour indiquer le nouveau tarif en vigueur : 340.000.

« Hermano, protesta le poète en lâchant sa cuillère. Moi, j’ai commencé à manger la soupe avant, quand elle coutait 250.000.
– Dépêche-toi de la finir, lui répondit le tenancier, ou je te la compte au nouveau prix. »

Un autre jour, Sandra et Enrique (1) , en sortant du travail, tombe sur un camion frigorifique rempli de sardines qui revient de la côte caribéenne. Fraîchement pêchées, de nombreuses sardines gigotent encore dans les bacs. Le prix est imbattable : 300.000 le kilos.

« On savait que dans les prochains jours, le prix allait certainement doubler, me racontera Sandra. Alors, on en a acheté 12 kilos pour les congeler. Le problème, c’est qu’on a dû les ramener en métro à la maison. Je ne te raconte pas l’odeur sur la demi-heure de trajet.
– En plus, poursuit Enrique en rigolant, plusieurs sardines était encore vivantes et sautaient en dehors des sacs. J’étais obligé de les ramasser dans la rame de métro ».

Malgré ces histoires racontées dans la bonne humeur, la situation économique est plus préoccupante que drôle. Les citoyens doivent constamment s’adapter à cette réalité délicate, provoquée en partie par une guerre économique brutale.

Aux mesures de blocus économique et financier contre le pays bolivarien, s’ajoutent la contrebande d’extraction des produits de première nécessité, le pillage de l´essence ou encore la baisse de la note de solvabilité du Venezuela malgré le paiement de sa dette. Au cœur de ce dispositif mis en place pour étouffer l’économie du pays, la spéculation contre la monnaie nationale et le trafic de billets de banque compliquent particulièrement la vie quotidienne des Vénézuéliens.

« Pas besoin que tu achètes des féculents ou des aliments non périssables, on en a avec le Clap, me dit Paola. On devrait d’ailleurs recevoir cette caisse d’aliments subventionnée par l’Etat dans les prochains jours ». (2)

Au supermarché, on trouve de tout. La sélection par l’argent s’est substituée au rationnement des produits de base, mis en place il y a quelques années. Malgré cela, le lieu est bondé, et la seule file d’attente que nous rencontrons est celle qui se forme aux caisses.

Après avoir fait la queue, le verdict tombe : 40 millions de bolivars pour un demi caddie, comprenant un marché pour deux pour 15 jours (sans les légumes), des produits d’entretien pour l’appartement et des produits d’hygiène personnel dont le fameux papier toilette. 40 millions de bolivars, c’est 10 fois le salaire minimum et prés de 3 fois le salaire d’un directeur d’un organisme public.

Cette distorsion des échelles de prix est la conséquence de la manipulation du taux de change et de la spéculation criminelle contre la monnaie nationale.

Si l’Etat vénézuélien a depuis l’instauration du contrôle des changes en 2003 toujours eu le monopole du maniement des devises étrangères, il n’a jamais nationalisé le commerce extérieur. N’importe quelle entreprise peut lui acheter des dollars au taux fixé par le gouvernement pour importer des biens. Un taux parallèle a également toujours coexisté, afin de pallier les limites de l’offre officielle de devises, dépassant la valeur nominale officielle du bolivar de 50% à 100%. Or depuis 2012, la valeur du dollar au marché noir s’est envolé, et n’entretient plus aucun type de rapport rationnel avec le taux flottant officiel.

Si au début de notre séjour, le dollar au marché noir s’échangeait autour de 1 million de bolivars, un mois et demi plus tard, il valait 2,5 millions de bolivars. Cette dernière valeur est 1150% plus importante que la valeur du taux officiel flottant (autour de 200.000 bolivars). Il va de soi que le commerce de dollars est aujourd’hui plus rentable qu’aucune autre entreprise.

Cette augmentation du prix du dollar au marché noir ne correspond plus à aucun critère rationnel. Depuis maintenant plusieurs années, Dolar Today, un site web hébergé aux Etats-Unis donnait les cours du dollar parallèle comme bon lui semblait. Aujourd’hui, plusieurs autres plateformes web donnent des cours parallèles, et complexifient les mesures de contrôles. Des bourses d’achats de dollars en bolivars se sont propagées sur le web, sans parler des multiples manières de rentrer dans ce système de change depuis l’étranger.

Si ces contradictions liées au mode de production vénézuélien, ont toujours existé, avec la spéculation contre la monnaie nationale, le fossé s’est amplifié entre deux pays. D’un coté, le pays Dolar Today, minoritaire mais nombreux qui a accès à des devises – soit directement, soit par l’envoi des remesas, l’aide de famille ou proches vivant à l’étranger- ou qui commerce en bolivars au taux du marché noir. De l’autre, le pays Clap -du nom de cette caisse d’aliments subventionnés que distribue l’Etat- composé de ceux qui ne peuvent suivre l’augmentation continuelle des prix.


Vue aérienne du marché de Coche

Les achats au supermarché étant faits, on va aller acheter les légumes au marché.
Le sac à dos se remplit doucement et nous voilà dans le métro direction le marché en gros de Coche, au sud de la ville. Les étals de fruits et légumes sont nombreux. Au cul des camions, on vend aussi les produits qui arrivent des provinces agricoles. Le marché grouille de monde, venu acheter en quantité et à moindre coût.

Devant un gros marchant assis sur une petite chaise. Je lance : « Combien le kilo de patates ?
– 850.000 par carte de crédit. 100.000 en liquide.
J’ai très bien compris la phrase mais je me retourne perplexe vers Paola :
« C’est devenu compliqué d’avoir du cash, tu dois faire la queue des heures à la banque. Du coup, l’argent liquide est devenu une marchandise comme les autres. Si tu veux, tu peux même en acheter sur ce marché.
– Comment ça ?
– Là bas, me dit-elle en me montrant un coin du marché, il y a des types qui te vendent du cash. Tu leur payes 600.000 par carte, et ils te donneront 100.000 en billet. Ça te reviendra moins cher que si tu payes tes patates directement par carte.

Depuis 2015, un gigantesque trafic de billets de banque vénézuéliens s’est mis en place. En Colombie, dans la ville frontalière de Cúcuta, des négociants achètent les billets vénézuéliens à 150% de la valeur marquée sur le papier. Pour un billet de 100 bolivars, 150 bolivars seront transférés sur le compte du vendeur au Venezuela. Voilà pour la contrebande “artisanale”.


Point de vente de billets de banque vénézuéliens à Cúcuta

Le versant industriel de ce trafic est encore plus impressionnant. Régulièrement des hangars remplis de billets de banques sont découverts par les autorités vénézuéliennes, ou par la police de pays étrangers. Au Paraguay, à 6.000 kilomètres de Caracas, les autorités de ce pays ont arrêté, en 2016, un commerçant en possession de 30 tonnes de billets vénézuéliens.


30 tonnes de billets de banques vénézuéliens sont récupérés par la police du Paraguay

Le résultat de ce front particulier de la guerre économique est cruel. Le billet de banque a presque disparu des transactions quotidiennes. En un mois et demi passé à Caracas, je n’en ai jamais touché un. La plupart des achats se font par virement ou par carte de crédit. Aujourd’hui, même les vendeurs de rue, y compris les plus humbles, disposent d’un terminal de paiement électronique.

C´est avec un sac à dos remplide victuailles et un autre de questionnements économiques en tout genre que nous rentrons à l´appartement. A peine les courses rangées, je décide d´appeler Pascualina Curcio. Elle est économiste et pourra certainement m’aider à y voir plus clair. Rendez-vous est pris dans l’après midi à l´Hôtel Alba. Pour l’instant, on va déjeuner avec Paola qui me supplie : « Quand tu verras ton économiste tout à l’heure, n’oublie pas de lui demander quelles sont les solutions qu’elle propose, parce qu’on n’y comprend plus rien ».

Nicolas Maduro vient d’être largement réélu à la présidence du Venezuela. Parallèlement un sondage a révélé que 58% des vénézuéliens préfèrent que ce soit le chef de l’Etat actuel qui règle les problèmes économiques. Preuve, s’il en est, que les Vénézuéliens continuent de décrypter les difficultés du quotidien au prisme des idéologies politiques en jeu. Une grande majorité est consciente que la vie de tous les jours est fortement perturbée par la guerre économique. Ce qui ne l’empêche pas de critiquer le gouvernement lorsqu’elle le juge trop passif. Si les Vénézuéliens soutiennent Nicolas Maduro, l’absence, de la part du gouvernement, de prises de décisions radicales ou d’un cadre économique ajusté à la situation peut désorienter et mettre à l’épreuve la patience de la population.*

Bien conscient de cette problématique, je me dirige vers l’Hôtel Alba en ce début d’après-midi. Cet ancien hôtel de la chaine Hilton, nationalisé en 2007, a été, durant de nombreuses années, l’épicentre des rencontres internationales organisées par le gouvernement bolivarien. Il n’était pas rare de rencontrer au lobby ou au bar de l’Alba, la fine fleur du monde progressiste mondial. De très nombreux politiques ou intellectuels, membres de mouvements sociaux ou de syndicats ont fourmillé entre ces murs. Aujourd’hui, ce type de rencontres, plus rare à cause du manque de devise, s’est déplacé vers d’autres lieux de la capitale.

Du coup, l’Alba a perdu de sa splendeur d’antan, et ressemble plus à l’Hôtel Overlook dans le film Shinning qu’à ce qu’il fut dans ses meilleures années. Oublié l’activité permanente des années précédentes. C’est seul, que je patiente dans le fastueux lobby, en m’attendant plus à voir débarquer Jack Torrance avec sa hache, qu’Ignacio Ramonet ou Piedad Cordoba.

Une personne s’approche de moi et me demande : « Vous êtes Romain ?
– Pascualina ? On pouvait pas se louper, on est tous seuls. Venez, allons au bar, on y sera tout aussi tranquille.
Pascualina est docteure en sciences politiques, économiste, et professeure à l’Université Simon Bolivar. C’est une petite dame à la voix fluette, ce qui me change des braillards avec lesquels je converse habituellement. Depuis plusieurs années, elle a centré ses recherches sur les mécanismes de la guerre économique qui sévissent contre le Venezuela bolivarien.

Nous nous asseyons à une table, immédiatement servis par le garçon en costume. Tout en sirotant un soda, je raconte à Pascualina mon expérience au marché de Coche.
« Ce que tu as vu au marché, commence-t-elle, est une conséquence de la manipulation artificielle du taux de change. C’est injustifiable qu’en un mois le bolivar ait perdu la moitié de sa valeur et que les prix aient doublé. Depuis l’année 2013, ceux qui manipulent le cours de notre monnaie ont fait augmenter le prix du dollar au marché noir de 26.000.000% ».
Je manque de m’étouffer et de recracher ma boisson.
« 26 millions de pourcents ? Un 26 avec six zéros derrière ?
– C’est bien ça, me dit-elle d’un air grave. L’objectif est politique. Ils cherchent à déstabiliser l’économie, générer du mécontentement et détruire le soutien populaire à la révolution. Dans ce cas de figure où la conséquence est une inflation élevée, les billets viennent à manquer car la banque centrale ne peut pas suivre le rythme. Donc effectivement, tu vas payer moins cher un produit avec un billet parce qu’ensuite ce même billet va se commercialiser et être revendu plus cher.
« C’est une sorte de placement financier dans le papier ? lui dis-je un brin ironique.
– Si on veut répond-elle, en tout cas, le billet est devenue une marchandise comme une autre ».
Nous poursuivons la discussion.
« Comment expliques-tu que certains politiques ou intellectuels insistent pour faire endosser au seul gouvernement de Nicolas Maduro le problème de l’inflation ?
Pascualina démarre sa réponse au quart de tour. Visiblement ce n’est pas la première fois qu’elle s’attache à démonter cette position.
« Ça fait parti du jeu politique. La vérité, c’est que l’inflation au Venezuela est induite, ce n’est pas le résultat de politiques monétaires du gouvernement. Ceux qui prétendent le contraire vont te dire que le gouvernement fait tourner la machine à billets, que cet argent -qui n’est pas épargné- est dépensé, et que dés lors qu’il y a plus d’argent en circulation, la demande dépasse l’offre et donc que les prix augmentent.
– C’est la théorie monétariste.
– C’est ça, continue-t-elle. Sauf qu’au Venezuela, aucun vénézuélien ne consomme plus qu’avant, malgré l’augmentation des liquidités. De plus, cette augmentation de l’argent en circulation n’est pas proportionnelle à la manipulation des taux de change. Et d’autre part, cette augmentation des liquidités n’a eu aucune influence sur la demande, et donc sur les prix. Au mieux, elle a empêché une chute drastique de la demande face à une offre dont les prix augmentent sans cesse. En fait tu es face à deux politiques possibles : ou tu réduits la quantité d’argent et la population va en souffrir ou tu choisis de protéger la population en t’adaptant aux prix et en augmentant la quantité d’argent disponible. Mais j’insiste : c’est une conséquence et non pas la cause de l’augmentation des prix ».

Je repense à Paola. C’est le moment d’exaucer sa supplique pour une solution.
« La spéculation contre le bolivar est devenue le problème principal en ce moment. Parler de récupération du tissu productif ou de lutte contre la contrebande et la corruption peut paraître vain tant qu’il existe une différence aussi importante entre la valeur réelle du bolivar et celle du marché noir. Quelles seraient les solutions pour sortir de cette spirale ?
– La manipulation du taux de change est la plus puissante des armes de la guerre économique. Cela génère de l’inflation et de la pauvreté, mais a aussi des conséquences sur le tissu productif et sur le budget de l’Etat. Elle crée des distorsions dans toute notre économie. L’inflation est une arme politique, qui a déjà été utilisé au Nicaragua dans les années 80 ou dans le Chili d’Allende. Il faut donc éviter avant tout que la valeur de notre monnaie, le bolivar, puisse être manipulée par des personnes externes. C’est pourquoi une des solutions possibles est de fixer la valeur du bolivar à la valeur de l’or que nous possédons… »

Je la coupe : « Et en quoi cela empêcherait des facteurs externes de spéculer et manipuler le taux de change ? Pourquoi ne pourraient-ils pas indiquer une valeur irréelle du bolivar-or ? »
La professeure ne se démonte pas : « La confiance dans la valeur monnaie est une des principales variables sur laquelle jouent ceux qui manipulent les taux de change. Ils disent : “la valeur que fixe le gouvernement n’est pas correcte et ils inventent la valeur de change qu’ils veulent”. Nous prônons que le calcul de la valeur du bolivar ne se fasse plus en fonction du dollar mais en fonction de la richesse dont nous disposons.
– Et comment ça marcherait en pratique ?
– Si la Banque Centrale du Venezuela dispose par exemple de 160 tonnes d’or , tu prends tous les bolivars en circulation et tu les divise par la quantité d’or pour avoir une valeur de référence : tant de bolivars valent tant d’onces d’or. Ce n’est pas manipulable car cela dépend de la quantité d’or dont dispose la République et du prix de l’or sur les marchés internationaux ».

Il y a quelques mois, le Venezuela a lancé une crypto-monnaie indexée sur les richesses de la Nation : le Petro. Je demande à Pascualina en quoi cette crypto-monnaie diffère de son plan de sauvetage du bolivar.

« Le Petro, me répond-elle, est plus conçu pour déjouer le blocus imposé par les Etats-Unis et pouvoir réaliser des transactions commerciales normales. Il ne faut pas que le Petro se substitue au Bolivar ou qu’il entre en concurrence avec lui au plan national, parce qu’il y a un risque que la plus forte monnaie déplace l’autre, comme le stipule la loi de Gresham. Et le bolivar est notre monnaie, c’est inscrit dans la Constitution ».

Nous nous séparons devant la porte de l’hôtel. J’ai tout de suite conscience que la résolution du thème économique ne va pas être aussi simple que le “bon sens“ prôné par Pascualina. Si, par les erreurs politiques de l’opposition et son vide programmatique en la matière, le chavisme est aujourd’hui hégémonique, il n’est pas monolithique. Au sein même de l’administration de l’Etat ou du Parti Socialiste Uni du Venezuela (Psuv), plusieurs courants politiques se confrontent, chacun ayant une conception différente –parfois antagonique- pour résoudre la situation économique actuelle, pour répondre aux attentes des secteurs énergétiques et pétroliers, ou pour pallier les défaillances au sein de certains services publics.

Les mesures d’urgences prises par l’Etat, si elles sont nécessaires et bienvenues, ne résolvent pas l’augmentation continuelle des prix. Il y a fort à parier que, dans les semaines qui viennent, le président Maduro tranchera dans les diverses options économiques proposées au sein de l’exécutif, du Psuv ou de l’Assemblée Nationale Constituante pour définir le prochain cours économique de la Révolution. *

En attendant, les citoyens tentent de résoudre leur vie quotidienne. Les cartes de crédit revolving, très répandues dans le pays, permettent d’avancer l’argent d’un achat en attendant un prochain programme d’appoint salarial décrété par le gouvernement.

Dans la tourmente d’une situation économique délicate, les réseaux de solidarité se multiplient. Tout comme les Comités locaux d’Approvisionnement et de Production pour distribuer les caisses d’aliments subventionnés. Comme nous l’avions déjà mentionné, la situation économique actuelle n’est pas perceptible dans l’espace public.

Les Vénézuéliennes, très coquettes, continuent toutes de se maquiller, et de refuser de troquer un rimmel ou un rouge à lèvres pour un plat de lentilles. Les gens continuent de vivre. De sortir. De se réunir. De partager. De rire. Et de s’organiser pour laisser le mythe de la « crise humanitaire » aux organes de propagande du système médiatique.

Prochain épisode : Entre mesures d´urgence et construction de l´Etat.

* Un mois après notre retour, le 25 juillet 2018, Nicolas Maduro annoncera plusieurs mesures pour stabiliser la situation économique : 1) une reconversion monétaire : de nouveaux billets circuleront avec 5 zéros en moins 2) la valeur de la monnaie nationale sera fixée à la valeur du Petro, lui même indexé sur les réserves pétrolières vénézuéliennes 3) un champ pétrolier du bassin de l’Orénoque, dont les réserves sont certifiées à 29.298 millions de barils deviendra propriété de la Banque Centrale afin de supporter les devises internationales de l’entité financière 4) réforme de la loi sur les délits de change –Ley de ilicitos cambiarios-, prélude nécessaire à une profonde réforme des politiques de change de la monnaie vénézuélienne 5) exonération d’impôt pour les importations de matières premières, pièces de rechange pour l’industrie, matériel pour la production agricole 6) recensement de tout le parc automobile national afin d’améliorer le système de transport public et privé.

Romain MIGUS
(Pour legrandsoir.info).

Notes :
(1) Pour connaitre Sandra et Enrique, voir Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº2 : 2016-2017, le calme après la tempête”, Le Grand Soir, https://www.legrandsoir.info/2016-et-2017-le-calme-apres-la-tempete-ch…

(2) Voir la prochaine chronique, Romain Migus, “Chroniques d’en bas nº4 : Entre mesures d’urgence et construction de l’Etat”, à paraître sur Le Grand Soir.

URL de cet article 33627
https://www.legrandsoir.info/venezuela-speculation-et-hausse-des-prix-chroniques-d-en-bas-no-3.html

Au Venezuela, on sème dans le ¨hors-champ¨ médiatique

Au Venezuela, les habitants des quartiers populaires répondent à la guerre économique en autogérant des écoles de semences et en nettoyant des parcelles de terre pour développer l’agriculture urbaine. Dans les années qui viennent Terra Tv ira à la rencontre de cette majorité sociale rejetée dans le ¨hors-champ » médiatique…

Joignez-vous au 57 donateurs qui soutiennent déjà Terra TV, la télé faite par les paysans, il reste 40 jours pour atteindre notre objectif ! https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

« Dans les processus révolutionnaires, démocratiser la communication est stratégique » (Journal CoLatino, El Salvador)

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Gloria Silvia Orellana
@SilviaCoLatino

Thierry Deronne, cinéaste, professeur universitaire et journaliste, est convaincu que la démocratisation d’une société passe par le renforcement du rôle du peuple et de ses histoires, comme il l’enseigne, et que cela renforce le processus révolutionnaire dans la République Bolivarienne du Venezuela. Deronne, qui est arrivé au Venezuela en 1994, venant de Belgique, a fondé, avec d’autres professionnels vénézuéliens de l’audiovisuel, l’ « Ecole populaire latino-américaine de Cinéma, Télévision et Théâtre » .

¿Pourquoi cet intérêt pour la communication des communautés?

Ce sont deux processus, les gens ont déjà leurs histoires, et évidemment nous partons de l’idée qu’il faut leur donner les outils pour renforcer le rôle principal du peuple, comme nous l’enseignons à l’université. Pour créer véritablement un processus de démocratisation il est important que le peuple joue le rôle principal, comme pour tout le processus révolutionnaire que nous sommes en train de vivre au Venezuela. Nous devons enseigner les nouvelles formes de communication sociale, pour que, lorsque s’ouvriront de nouveaux espaces de diffusion des acteurs audiovisuels, l’on ait une nouvelle forme et de nouveaux contenus.

¿Estimez-vous que cela a été un plus pour le concept de communication?

Quand je parle d’outils, je ne veux pas seulement parler des techniques, mais précisément d’un rapport au contenu. On tombe souvent dans le piège qui consiste à les séparer, d’un côté l’idéologie, de l’autre la technique. Et ce divorce est un danger, c’est un piège. En fait, nous leur expliquons qu’il est possible de créer quelque chose de nouveau, et c’est là qu’est le saut qualitatif, une technique qui peut apporter un grand changement dans la communication.

¿Quelle est votre lecture dans le contexte politique actuel du Venezuela?

De manière générale, la réalité au Venezuela est bonne, bien que les medias soient entre les mains des grands groupes de pouvoir, mais je peux te dire que nous sommes un système démocratique qui se développe, nous savons qu’il y a une overdose d’élections, il y a eu plus de 25 scrutins en 18 ans, dont la légitimité et la transparence ont été certifiées par des présidents ou des représentants de cours électorales ainsi que par des experts de différentes latitudes de l’Amérique latine. Et nombreux de ces présidents électoraux qui ne sont pas proches de l’idéologie bolivarienne, mais qui sont des experts, ayant une longue expérience des processus électoraux, ont toujours corroboré et réaffirmé la transparence e des processus, mais ce qui caractérise véritablement cette démocratie vénézuélienne, c’est le Pouvoir Populaire.

¿Comment les institutions jouent-elles leur rôle?

Au-delà de la nature représentative de la démocratie, je crois que la démocratisation vient de la croissance en droits. Toutes les semaines, l’assemblée constituante élue l’année dernière mobilise pour une action, des mouvements sociaux ou de collectifs féministes. Et de cette manière, tout ce que l’on peut imaginer comme mouvement social cherche sa lutte aux côtés de ses représentants sectoriels et des députés à la Constituante. Car les députés ne sont pas seulement les députés des territoires, ils représentent aussi des secteurs, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les mouvements de femmes et les travailleurs font appel à leurs députés. Et à mon avis, il n’y a rien de tel que la mobilisation permanente pour que les revendications ou les pétitions ne tardent pas, ne soient pas reléguées au second plan. C’est comme une marmite toujours en ébullition, pleine de propositions. Grâce à cette participation populaire, peu à peu on vient à bout du monstre bureaucratique, pour en faire quelque chose de beaucoup plus contrôlé et efficace. C’est ce travail que nous appelons le pouvoir populaire.

¿Comment le pouvoir populaire relève-t-il les défis de la situation économique et sociale?

Il y a un secteur privé qui contrôle plus de 80% de la production et de la distribution nationales, ce qui te donne une idée des moyens qu’ils ont de créer les phénomènes de pénurie et de hausse permanente des Prix. Pour y faire face, le gouvernement travaille à deux niveaux, par l’augmentation du salaire, pour protéger le pouvoir d’achat des gens. Il y a deux mois on a presque atteint les 100%, mais le secteur privé a répliqué par une hausse des prix des produits quasiment dans la même proportion.

Cela fait dix jours que l’Etat contrôle les marchés municipaux, où se trame la manipulation des prix, avec la contrebande vers la Colombie. Le travail a été progressif et peu à peu on attaque la structure même de la spéculation, l’Etat cherche à protèger les voies vitales de production et de distribution pour les gens. Autre aspect du pouvoir populaire, la création des Comités locaux d’approvisionnement, c’est une nouvelle stratégie à laquelle a obligé la guerre économique, mais qui est intéressante car elle a réveillé à nouveau le mouvement populaire, qui était atténué depuis la mort d’Hugo Chavez.

Cela a conduit à la création de nouvelles stratégies de survie qui se sont substituées au conseil communal, et ce réveil de l’organisation populaire a joué un rôle stratégique dans la récente victoire électorale.

¿Comment abordez-vous la guerre médiatique?

On ne peut plus remettre vraiment à plus tard une initiative commune ou de démocratisation des médias. C’est inévitable, nous sommes dans la caverne de Platon, où les reflets arrivent à travers les medias hégémoniques, qui sont entre les mains des groupes du pouvoir économique qui sont ceux qui font la guerre médiatique.

Je vais te donner un exemple: l’image constante du Venezuela dans les medias, avec une grande intensité, pour justifier une invasion étrangère par une soi-disant crise humanitaire. Ou bien quand un expert de l’ONU, Alfred Maurice de Zayas, spécialiste en situations humanitaires qui travaille depuis vingt ans en Afrique, qui a publié de nombreux livres et qui enseigne dans de nombreuses universités sur la question de la crise humanitaire affirme qu’il n’y a pas de crise humanitaire au Venezuela, mais un défaut d’approvisionnement et qu’il faut différentes manières pour l’éviter.

¿Quel est l’intérêt des Etats-Unis au Venezuela?

Il y a deux niveaux d’appétit de l’empire des Etats-Unis pour le Venezuela. Les grandes réserves de pétrole sont mondialement connues, de même que d’autres richesses comme l’or et d’autres métaux, ainsi que des ressources naturelles qui intéressent les multinationales. Il y a un deuxième aspect que l’on oublie parfois, le plus important: “l’exemple politique”, cet élan qu’a donné la Révovolution Bolivarienne à de nombreux autres peuples qui aspirent à l’émancipation et à la construction d’alternatives au Capitalisme Libéral.

¿Quels sont les défis pour la gauche latino-américaine?

Le défi pour la gauche est d’apprendre à gérer les problèmes des critiques, sans les couvrir, mais au contraire en saisissant l’occasion pour aller à la rencontré des demandes et offrir de solutions , pour consolider la formation permanente du peuple , nourrir la politique publique. Il faut abandonner le verticalisme, le manque d’écoute ou les séparations bureaucratiques. Cette inconscience a coûté cher à la gauche dernièrement. C’est une leçon de plus, nul besoin de pessimisme,  c’est à partir du pouvoir populaire qu’on créera les changements.

Source : https://www.diariocolatino.com/en-procesos-revolucionarios-es-estrategico-democratizar-la-comunicacion-thierry-deronn/

Nicolas Maduro trace les six lignes d’action de la nouvelle étape de la révolution bolivarienne

« Nous devons opérer un changement radical, une rectification en profondeur, et un profond réapprentissage. Nous ne faisons pas les choses correctement et nous devons changer ce pays » a déclaré Nicolas Maduro devant la plénière des députés constituants, lors de la session extraordinaire du jeudi 24 mai où il prêtait serment en tant que président réélu pour la période 2019-2025. Dans son discours, Maduro a appelé à « une transformation de la direction de la révolution. Nous n’en faisons pas assez et nous ne nous débrouillons pas bien. Nous faisons de bonnes choses, mais cela ne veut pas dire que nous en faisons assez ! Vous devez faire des choses encore et mieux, au-delà des slogans et des applaudissements. Pour résoudre les problèmes, il n’y a pas d’excuses … nous avons tous les gouvernorats, les mairies, les conseils législatifs, la Constituante ! ». 

Le chef de l’Etat a tracé six grandes lignes d’action :

1.     Un processus de réconciliation nationale pour lequel il a demandé de commencer un processus de libération des dirigeants d’opposition emprisonnés pour leur responsabilité dans les violences des guarimbas de 2017 : « Il y a un ensemble de personnes emprisonnées pour la violence politique. Pas de pardon pour les assassins mais je veux que d’autres soient libérés et que cela donne l’occasion d’un processus national de réconciliation avec ceux qui n’ont pas commis de crimes graves. J’annonce une large politique de rencontre et de pacification pour que ceux qui étaient dans la violence se retrouvent dans le champ de la légalité et du respect de la Constitution ! ».

2.     Reprise du travail en profondeur pour atteindre la croissance économique, le renforcement d’un accord de production. « Pour stabiliser l’économie et restaurer la croissance économique, je tendrai la main à tous les patrons du pays : petits, moyens ou grands. Je convoque toutes les entreprises nationales et internationales qui travaillent dans le pays. Nous allons refaire le système de distribution, de commercialisation et de fixation des prix de tous les produits » insistant sur la nécessité de renforcer les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP). « Je veux entendre les communes, les membres des communes, écouter leurs problèmes, leurs diagnostics et leurs solutions. Je veux les recevoir par secteurs et écouter leurs propositions. »

3.     Renforcer la lutte contre la corruption pour garantir l’efficacité de la gestion du Gouvernement. Evoquant des fléaux comme la vente du papier monnaie revendu ensuite sur la frontière avec la Colombie, ou le vol et la revente de produits distribués par les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production, Nicolas Maduro a aussi exhorté les Vénézuéliens à travailler à la construction d’une nouvelle éthique morale, citoyenne et patriotique pour affronter et surmonter les difficultés qui affectent directement le peuple et a annoncé que face à cette situation, il va approfondir l’offensive contre la corruption, la bureaucratie et notamment prendra prochainement des mesures avec l’Inspection des Institutions du Secteur Bancaire (SUDEBAN) et les gouverneurs du pays.

4.     Le renforcement et la multiplication des réussites du Pouvoir Populaire, du Système de Sécurité et de Protection Sociale, y compris le Carnet de la Patrie, la nouvelle éducation publique et toutes les nouvelles expériences surgies du pouvoir communal. Maduro a demandé d’intensifier les foires agricoles directes du producteur au consommateur et des marchés populaires municipaux « qui, dans leur grande majorité, sont aux mains de mafias qui fixent les prix de la viande et des légumes. Et où est le Gouvernement ? » a -t-il demandé en répétant la question que se posent les gens dans la rue.

5.     La défense du pays face aux agressions de l’impérialisme nord-américain et sa politique de sanctions : « Pendant ces cinq derniers mois, nous avons été victimes de fortes attaques et nous allons continuer à être attaqués. Les sanctions demandées par la droite d’Antonio Ledezma, Julio Borges et Omar Barboza frappent tous les Vénézuéliens. Ces sanctions ne m’intimident en rien mais ce que je peux dire au peuple vénézuélien, c’est qu’elles feront souffrir tous les nôtres. Elles nous empêchent d’obtenir de l’argent pour faire des transactions, pour faire les importations nécessaires au pays. Nous allons les affronter mais je ne peux tromper personne : elles vont nous créer de graves et douloureuses difficultés. Ces sanctions signées par Donald Trump seront surmontées tôt ou tard ! »

6.     Le socialisme comme stratégie de la Révolution. Lors des élections du 20 mai, « le Venezuela a ratifié à nouveau notre socialisme du XXI° siècle : indépendantiste, solidaire, rebelle, chrétien, bolivarien. Nous devons construire le socialisme dans tous ses aspects. »

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Les relations avec la Colombie

Maduro a rappelé que l’actuel président colombien Juan Manuel Santos quittera son poste le 7 août prochain et que des secteurs proches d’Alvaro Uribe sont prêts à mener « des actions de provocation sur la frontière entre la Colombie et le Venezuela. » Il a demandé au ministre de la Défense Vladimir Padrino López, d’être très vigilant sur ces plans pour que la Force Armée Nationale Bolivarienne (FANB) active au plus haut niveau ses services de renseignement. Il a appelé à rétablir l’unité, la paix et le dialogue avec le pays voisin et en ce qui concerne les élections présidentielles du dimanche 27 mai en Colombie a déclaré : « J’espère que le nouveau président élu aura la hauteur, le courage de rétablir les relations avec le Venezuela que Juan Manuel Santos a détruites par sa propre faute et par sa propre responsabilité. » (NdT : la Colombie vient d’annoncer officiellement son adhésion à l’OTAN, pour renforcer la capacité d’intervention de l’Occident en Amérique Latine).

PDVSA doit augmenter sa production

Le Président a aussi appelé à augmenter la production de PDVSA d’un million de barils : « Qui va le faire ? Maduro? Où sont les ouvriers du pétrole ? Je compte sur toi, Wills Rangel, ou non ? » a-t-il dit en s’adressant au député à la Constituante président de la Fédération Unitaire des Travailleurs du Pétrole.  « J’ai nommé Manuel Quevedo, il a les pleins pouvoirs dans l’industrie du pétrole » a-t-il lancé au Président de l’entreprise pétrolière d’Etat. « Fais tous les changements que tu dois faire ! Je veux une PDVSA socialiste, éthique, souveraine, productive. » Selon les données officielles de l’OPEP, la production pétrolière vénézuélienne pour avril 2018 a été de 1 436 000 barils par jour.

Source : http://albaciudad.org/2018/05/maduro-6-lineas-anunciadas-en-anc/

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(Photos :) Nicolas Maduro est réélu Président de la République avec 68 % des voix

Le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera l’avait annoncé il y a quelques jours : ¨Le peuple du Venezuela détient aujourd’hui, de nouveau, la clef de l’avenir de l’Amérique Latine. Exactement comme il y a deux siècles, comme à l’époque de Simon Bolivar, son rôle historique est de protéger notre continent face à un empire et d’empêcher celui-ci de balayer les autres foyers de résistance¨. Après quatre ans de guerre économique, la tâche était difficile, à l’image du peuple indigène d’Autana, dans l’État d’Amazonas, faisant la file sous la bruine pour traverser le fleuve Orénoque et rejoindre les bureaux de vote (photo).

La campagne de la droite consistait, à travers le secteur privé majoritaire dans l’économie, à augmenter les prix au-delà de tout ce qu’on avait connu jusqu’ici et à promouvoir le boycott du scrutin, allant jusqu’à paralyser le transport dans la région de la capitale, le jour de l’élection. Une droite sous forte influence externe, en osmose avec les annonces anticipées de l’Union Européenne et de la Maison Blanche de refuser le verdict des urnes. Dans sa conférence de presse tenue peu avant l’annonce des résultats, le candidat le mieux placé de l’opposition Henri Falcon a soudain refusé de reconnaître la légitimité du scrutin et a exigé d’en organiser un autre, tout en critiquant les secteurs radicaux de la droite: ¨aujourd’hui il est clair que cet appel à l’abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela¨.

Avec 98,78 % des votes comptés, le Centre National Électoral a donné les résultats officiels. La participation totale s’élève à 46 %, soit 8 millions 360 mille votes. De ceux-ci, 6 millions 190 mille se sont portés sur le candidat Nicolas Maduro qui remporte la présidentielle avec près de 68 % des suffrages. De son côté, l’opposant Henry Falcón a obtenu 1.917.761 votes soit 21 %, l’évangéliste Javier Bertucci 988.761 votes (11 %) et Reinaldo Quijada, 36.246 votes. La Constitution vénézuélienne, dans son article 228 stipule : « sera proclamé vainqueur le candidat ou la candidate ayant obtenu la majorité des votes valides » : quel que soit le niveau de la participation, c’est la majorité simple qui détermine la victoire. Force est de constater que le ¨noyau dur¨ du chavisme, qui a toujours oscillé entre 5 et 6 millions de votes, est resté intact et a augmenté par rapport aux élections de 2015 remportées par la droite. L’abstention concerne essentiellement une opposition fragmentée qui a obéi au boycott, ou simplement déprimée depuis l’échec de ses violences pour ¨sortir Maduro¨ en 2017, déçue par l’abandon de ses chefs. La pression de la guerre économique et des sanctions euro-américaines s’est heurtée à une fibre historique de résistance populaire et a même réveillé toute une organisation de base – notamment autour de la distribution et de la production d’aliments, en alliance concrète avec les mesures et les programme sociaux de Nicolas Maduro.

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Liesse à Caracas le 20 mai 2018. Nicolas Maduro salue ses partisans rassemblés autour du palais présidentiel de Miraflores peu après l’annonce de sa victoire par le Centre National Électoral.

Après 26 jours de campagne officielle qui ont vu quatre candidats exposer des propositions antagoniques dans les médias, le Centre National Electoral avait installé 14.638 bureaux de vote sur l’ensemble du territoire. Étaient présents près de 2000 observateurs internationaux, venus notamment des nations caraïbes réunies au sein du CARICOM, de l’Union Africaine, et du CEELA, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains17 audits du système électoral avaient été organisés.

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Le Conseil des Experts Électoraux Latino-Américains (CEELA) avec Tibisay Lucena, Présidente du Centre National Électoral (CNE)

Composé en majorité de présidents des tribunaux nationaux électoraux de pays gouvernés par la droite, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains a expliqué par la voix de son président Nicanor Moscoso : ¨Nous avons eu des réunions avec chacun des candidats qui ont accepté les résultats des inspections et des contrôles. Nous sommes en présence d’un processus transparent, harmonieux.¨ Luis Emilio Rondón, Recteur du Centre National Électoral et membre de l’opposition, avait estimé publiquement que le scrutin offrait les mêmes garanties de transparence que celles des élections de 2015, remportées par la droite avec deux millions de voix d’avance.

L’ex-président de l’Équateur Rafael Correa, présent lui aussi en tant qu’observateur,  a rappelé que ¨les élections vénézuéliennes se sont déroulées avec une absolue normalité. J’ai assisté au vote dans quatre centres : flux permanent de citoyen, peu de temps d’attente pour effectuer le vote. Système très moderne avec double contrôle. De ce que j’ai vu, organisation impeccable. Personne ne peut mettre en doute les élections du Venezuela et sur la  planète entière, il n’existe pas d’élections plus contrôlées qu’au Venezuela.¨

Autre observateur, l’ex-premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero avait déclaré vendredi que la position des Etats-Unis et de l’Union Européenne de « désapprouver » les élections présidentielles au Venezuela avant qu’elles n’aient lieu était une « absurdité ». Il a reconnu éprouver « une certaine colère à cause de ce qui est en jeu. C’est très grave de dire à un pays : ces élections ne sont pas utiles, elles ne valent rien, avant qu’elles n’aient lieu. C’est une marque d’irresponsabilité envers un peuple et son avenir. Que des positions si importantes aient été prises avec si peu d’éléments de jugement me fait peur ».

Zapatero s’est interrogé sur les préjugés de l’Union Européenne envers le Venezuela : « Pourquoi a-t-elle agi ainsi avec le Venezuela ? Ce n’est pas raisonnable, ce n’est pas facile à expliquer. (..) Je crois que l’Union Européenne doit redevenir une puissance régionale qui donne la priorité au dialogue et à la paix. Je crois que l’Amérique Latine attend de l’Union Européenne qu’elle parie sur le dialogue ». Zapatero a pris comme exemple Cuba : « Après tout ce que nous avons entendu sur Cuba, maintenant, il y a un changement total de situation, il est très facile de discuter avec Cuba. L’attitude envers le Venezuela reste un grand mystère. Celui qui dit avant de l’avoir vécu que les conditions ne sont pas réunies pour des élections au Venezuela soit est un devin soit a des préjugés. Si le gouvernement bolivarien voulait frauder, il n’aurait pas invité le monde entier à observer les élections. Or, mise à part l’Organisation des Etats Américains (OEA), on a invité le monde entier à vivre le processus électoral. L’Union Européenne, l’ONU, n’ont pas d’experts pour vérifier un processus électoral ? Bien sûr qu’elles en ont, mais nous sommes enfermés dans un grand préjugé, dans des dogmes et cela conduit au fanatisme et au désastre. » Il a souligné, pour conclure, qu’il faut « venir sur le terrain. La vie et l’expérience politique consistent à bannir les préjugés et à connaître la vérité par soi-même. »

Thierry Deronne, Caracas, le 21 mai 2018.

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« J’aime ma révolution, je suis née avec et je meurs avec. » (BBC Monde)

Par Alicia Hernández, envoyée spéciale pour BBC Monde, Caracas.

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Les femmes de la commune Rogelio Castillo Gamarra sont prêtes à voter pour Nicolás Maduro. Ce dimanche et pour toujours.

Malgré la crise, malgré les problèmes, Nicolás Maduro peut compter sur plusieurs millions de personnes prêtes à le réélire dimanche à la présidence du Venezuela. 

Bien qu’il existe un pourcentage élevé de rejet, un noyau dur d’environ 4-5 millions de votants reste fidèle au leader politique du chavisme, une option politique qui pourrait atteindre les 20 ans de gouvernement avec Nicolas Maduro. Ses partisans l’appuient soit par des convictions politiques, soit par leurs expériences personnelles, soit parce qu’il ne trouvent pas de meilleure alternative ou par loyauté envers Hugo Chávez.

Cela fait de Maduro le favori d’une élection sans ses principaux rivaux, qui sont emprisonnés ou inhabilités (pour l’organisation de violences meurtrières ou des cas de corruption, NdT), et où l’opposition appelle à ne pas voter parce qu’elle considère que le processus est frauduleux.

Dans la commune Rogelio Castillo Gamarra, qui se trouve à Petare, considéré comme le plus grand quartier populaire d’Amérique latine, à l’est de Caracas, les opinions divergent.

En entrant, sur un grand mur à gauche, un portrait peint de la guérilla disparue regarde une affiche de propagande avec Chavez et Maduro en face. À l’intérieur de la commune, des affiches des campagnes passées, avec les deux présidents, et des photos de Che Guevara, Fidel et Raúl Castro ou une afiche de Simón Bolívar.

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La commune est responsable de la distribution des boîtes alimentaires vendues par le gouvernement à un prix subventionné.

Obilia Madrid est du comité exécutif de la commune, une forme autogérée d’organisation communautaire promue par Chávez. Sa chemise, avec un grand M tricolore, ne laisse pas de doute sur son choix : « Je vais voter pour Maduro, c’est l’héritage de Hugo Rafael Chávez Frías », dit-il.

« Par conviction »

La première fois qu’elle a voté, elle avait 26 ans, en 1998, quand Chávez a concouru pour la première fois. « Sous la ¨quatrième¨ (République – c’est ainsi que le chavisme appelle la période avant la victoire de Chávez), je n’avais jamais voté et je vais te dire : ¨je suis toujours là, debout, par conviction bien que je n’ai rien reçu, pas de maison, rien, mais c’est grâce à ce processus que nous (les pauvres) avons vu la réalité du pays.  »

Elle parle des missions, des programmes sociaux promus par le chavisme et y voit l’héritage, « ce que Chávez nous a laissé pour diriger notre destin« . « Et tout ça n’est pas pour acheter un vote, mais pensé en fonction des nécessités des gens », dit-elle, en rejetant ceux qui expliquent le soutien du chavisme par le favoritisme.

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La figure d’Hugo Chávez est toujours très présente et favorise Nicolás Maduro.

Elle fait elle-même partie de l’une des missions, ¨Barrio Adentro¨, qui apporte des soins de santé primaires aux zones les plus pauvres du pays. Dans la commune, il y a plusieurs salles consacrées à cela, dont la principale, un cabinet dentaire.

« Lors de la catastrophe naturelle et du glissement de terrain de Vargas (1999) les médecins cubains sont venus ici pour nous aider et on a demandé des volontaires à Petare. Je suis infirmière auxiliaire et j’ai collaboré pour aider les gens. » A partir de ce moment, elle s’est liée au chavisme à travers le travail avec la communauté. « J’aime ma révolution, je suis née avec et je meurs avec. »

La « guerre économique »

Elle reconnaît qu’avant il y avait de tout et que maintenant les médicaments ne sont pas disponibles. « La contrebande les revend. Le président a démantelé les hangars où ils avaient accaparé des médicaments. La guerre économique et sociale, est très forte. Maduro a fait tout ce qu’il pu, mais il y a beaucoup de sabotage interne ».

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On estime qu’il y a environ 5 millions d’électeurs du noyau dur du chavisme qui votent toujours pour Nicolás Maduro comme ils l’ont fait pour Hugo Chávez. 

Obilia souscrit à l’argument avancé par le gouvernement Maduro pour expliquer l’hyperinflation et les pénuries. Dans cette communauté le travail social se fait avec les voisins et on distribue les boîtes des CLAP (comités locaux d’approvisionnement et de production), une sélection de produits alimentaires que le gouvernement vend à un prix subventionné.

Santiaga Aponte est en charge de l’organisation de la distribution des 22 740 caisses chaque fois qu’elles arrivent, avec une régularité -non constante- d’une fois par mois. Malgré la qualité médiocre de certains produits, ils apportent un soulagement face au prix élevé de la nourriture pratiqué par le secteur privé, qui affirme le faire en raison de l’hyperinflation.

Pour Aponte, il y a un avant et après la soi-disant révolution bolivarienne. « Nous n’étions pas pris en compte du tout. Nous étions ¨les pauvres¨. Aujourd’hui, nous avons une participation active à la société. Chavez nous a fait voir beaucoup de choses et nous a réveillés. Et je vais voter pour Maduro parce que nous voulons continuer la révolution à travers lui. »

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Dans une élection avantageuse et boycottée par une partie de l’opposition, Nicolás Maduro pourrait être réélu. Meeting du 17 mai, Caracas.

Interrogée sur les pénuries actuelles de nourriture et de médicaments, elle explique : « Maintenant, ce que nous avons est une guerre économique et l’empire (les Etats-Unis) ne nous laisse pas acheter, ne nous laisse pas importer des biens ou nous approvisionner ».

« Le combat est un mode de vie »

La commune est surtout portée par des femmes, mais plusieurs hommes participent aux activités quotidiennes.

Palmiro Vidal, 68 ans, leur apporte son soutien en tant que conseiller politique, volontairement. Il faisait partie des Forces Armées de Libération Nationale, la guérilla vénézuélienne, et a été emprisonné pendant plusieurs années. En plus d’être un révolutionnaire, c’est une encyclopédie ouverte qui peut discourir d’économie, de littérature ou de Queen, son groupe de rock préféré.

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L’anti-impérialisme est l’un des thèmes du gouvernement socialiste du Venezuela et de ses sympathisants.

« Le combat est un mode de vie. Et maintenant, après le 20 (mai), nous devons nous battre, parce que ce qui est à venir est une sacrée bataille. L’opposition n’existe plus en tant que telle, c’est le Département d’État des États-Unis qui veut prendre le contrôle. » « Il y a tout un mouvement mondial qui nous agresse. Je vote contre l’impérialisme américain et européen. Je vote contre la dollarisation« , dit-il.

José González se définit comme un muraliste, un artisan, un pêcheur et un agriculteur. Il fait partie du mouvement culturel de la commune. Son premier vote est également allé à Chávez en 1998. Il avait 23 ans. « Quelque chose m’a poussé à voter pour lui, je l’ai fait avec mon coeur, je l’ai senti avec la vérité et la révolution. » Aujourd’hui il va voter pour Maduro parce qu’il croit que c’est la seule alternative: « Il n’y a pas d’autre gouvernement ici qui puisse être à la hauteur« .

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Malgré le mécontentement de beaucoup, il y en a d’autres qui ne voient pas la crise comme une raison de changer de gouvernement.

Mais aussi pour quelque chose dans laquelle il croit fermement: « Pour maintenir l’éducation, pour qu’elle reste publique, la lutte est pour les plus pauvres« . Il nous confie qu’il connaît de nombreux révolutionnaires qui ne voteront pas dimanche ou qui voteront contre le gouvernement. Il reconnaît que son vote n’est pas un chèque en blanc. « Nous allons donner un vote de confiance. Si cela ne fonctionne pas, ça s’arrêtera là. Je suis plein d’espoir, mais si la situation ne s’améliore pas, les gens descendront dans les rues. Je vais voter pour Maduro parce qu’il a donné sa parole que ça ira mieux, et s’il sait ce que tenir sa parole signifie, il la tiendra.  »

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-44149261

Traduction : Thierry Deronne

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Comment Nicolas Maduro répond aux nouvelles offensives économiques et impériales

Roger Noriega, ex-assistant du Secrétaire d’Etat pour les Affaires de l’Hémisphère Occidental, connu pour ses antécédents de « faucon » allié direct des secteurs putschistes et terroristes de la droite latino-américaine vient de publier dans le New York Times un article intitulé : « les options sont épuisées pour le Venezuela » où il réitère l’appel d’autres politiques républicains en faveur d’un coup d’Etat militaire pour renverser le président Nicolas Maduro. D’autres responsables de la politique étrangère des Etats-Unis ont émis des déclarations dans le même sens comme le vice-président Mike Pence qui a annoncé que les prochains pays à libérer sont « le Nicaragua, le Venezuela et Cuba » ou Mike Pompeo, ex-chef de la CIA et nouveau secrétaire d’Etat des Etats-Unis, qui a donné autorité à un nouveau groupe de diplomates étasuniens pour promouvoir un changement au Venezuela.

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Kurt Walter Tidd, Chef du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis

La journaliste Stella Calloni a diffusé un nouveau document du Commandement Sud des Forces Armées des États-Unis, signé par l’Amiral Kurt Walter Tidd, qui explique en onze pages, méthodiquement, ce que les États-Unis entendent faire pour empêcher la victoire du président Nicolás Maduro aux élections du 20 mai prochain ou, en cas d’échec de cette tentative, user de leur pouvoir médiatique pour lancer et justifier une intervention. Ce plan dénoncé par le président Evo Morales a été élaboré avant l’organisation des élections présidentielles du 20 mai prochain, il accorde un rôle à l’opposition mais il reconnaît aussi l’inefficacité de ces partis, vu l’absence d’une base sociale, les divisions, l’arrivisme et la corruption qui règne en leur sein. Les militaires étasuniens parlent d’une « renaissance de la démocratie » en Amérique Latine et ils citent l’exemple du Brésil, de l’Équateur et de l’Argentine. Ils considèrent que le tour du Venezuela est arrivé.

Si, comme la plupart des sondages des firmes privées l’indiquent, Nicolás Maduro sort vainqueur des urnes, tous les outils du Pentagone en matière de guerre psychologique seront déployés pour créer un climat favorable à une action militaire. À cette fin, assure le document, on travaille avec des pays alliés des États-Unis dont le Brésil, la Colombie, l’Argentine, le Panama et la Guyana, à la préparation d’une force conjointe sous la bannière de l’OEA, l’Organisation des États Américains et sous la supervision, sur le plan médiatique et juridique, de son secrétaire général Luis Almagro. Le Commandement Sud se servira des bases militaires en Colombie, des installations régionales de surveillance électronique, des hôpitaux et des enclaves dans la forêt panaméenne de Darién, ainsi que des terrains des anciennes bases d’Howard et d’Albrrok, dans la zone du Canal.

La première phase du projet est d’ores et déjà en marche : elle consiste à aggraver les problèmes internes du Venezuela, en particulier la pénurie d’aliments et de produits de première nécessité, couper l’accès aux sources de devises, exacerber la violence, épuiser le pouvoir d’achat de la monnaie nationale et, en même temps, mettre en marche tout l’appareil de propagande pour rendre le gouvernement de Nicolás Maduro responsable de cette crise et l’accuser lui et ses principaux collaborateurs de présumée corruption.

Après l’échec des « guarimbas » (violences d’extrême droite) organisées d’avril à juillet 2017, et présentées par les médias internationaux comme une « révolte populaire », la droite a reporté ses efforts sur le terrain économique, renforçant les variables comme la hausse des prix, le taux de change et la contrebande d’extraction.

Face à cette guerre aux mille visages qui vise à saper l’appui populaire au chavisme, le président Nicolas Maduro accélère la riposte en multipliant la distribution des aliments subventionnés à la population. Il porte en même temps des coups au cœur du système capitaliste : les dirigeants de la mégabanque privée Banesco qui se consacrait a une contrebande massive de la monnaie vénézuélienne et au blanchiment de capitaux, ont été arrêtés, et la banque mise sous tutelle publique.

A l’apogée de l’abondance pétrolière, Banesco avait ouvert la route de la fuite des capitaux vers des paradis fiscaux comme la République Dominicaine, la Colombie, le Panamá, Porto Rico et La Floride (Etats-Unis) où année après année commencèrent à apparaître des filiales de Banesco avec un capital de base très supérieur, comme dans le cas bien connu de Banesco Panamá, à celui de banques étasuniennes de grande envergure comme Citibank. Jusqu’à il y a peu, l’ascension de Banesco était présentée à l’opinion publique comme la conséquence des grandes qualités de son patron fondateur Juan Carlos Escotet. Cependant, en 2015, Banesco Panamá reçut une amende 614 000 dollars pour violation des règles de prévention du blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Le mythe recevait sa première dose de réalité…

Pendant ce temps, sur la frontière avec la Colombie, l’opération « mains de papier » s’efforce de démanteler le vaste système de contrebande des billets vénézuéliens, lavés et réimprimés en dollars ou réutilisés par la mafia colombienne pour acheter des biens subventionnés par le gouvernement bolivarien et les revendre cent fois plus cher sur le marché colombien. Les autorités nationales et régionales découvrent de nombreux hangars avec des passages secrets où on accaparait et on reconditionnait riz, beurre, sucre, huile, fongicides, et une grande quantité d’aliments protégés par l’Etat vénézuélien que les mafieux faisaient passer et versaient dans des emballages colombiens, aussi bien dans des ballots que dans des sachets. Sans oublier la contrebande massive d’essence – avec parc de camions-citernes. Dans la capitale des dépôts remplis de tonnes de nourriture accaparée (photo) ont été découverts et ces aliments sont redistribués a la population via les comités d’approvisionnement.

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Pour protéger le salaire des travailleurs, Maduro a décrété le 30 avril une nouvelle augmentation de 95 % du salaire légal, a annoncé l’augmentation des allocations et une couverture à 100% des pensionnés, et a multiplié les allocations aux plus vulnérables : personnes âgées, étudiants, femmes enceintes, femmes allaitant leurs enfants, etc… La réplique des chaînes de distribution qui sont comme la production et la commercialisation, à 80% aux mains du secteur privé, consiste à augmenter les prix dès le lendemain. Maduro a annoncé que s’il est réélu le 20 mai à la présidence, il va mettre au pas la mafia des supermarchés et relancera le « gouvernement de rue », ville par ville, pour renforcer le contrôle citoyen et gouvernemental des mécanismes de distribution.

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Photos : Nicolas Maduro en pleine campagne présidentielle, interrompue un temps pour recevoir le Président palestinien Mahmoud Abbas et signer avec lui un accord de coopération portant sur 20 millions de Petros, la nouvelle crypto-monnaie vénézuélienne indépendante du dollar.

Le candidat  le mieux placé de l’opposition aux présidentielles, Henri Falcon, affirme qu’en dollarisant le Venezuela, on gagnerait la confiance des organismes internationaux comme la Banque Mondiale (BM) et le Fonds Monétaire International (FMI). Le président Nicolás Maduro envisage la voie opposée, rendre le pays indépendant du dollar en créant une devise propre : le petro : « Qu’un pays comme le nôtre puisse avoir sa propre monnaie internationale serait un succès sans précédent dans le monde, » a-t-il ajouté en évoquant le Petro lancé par le Gouvernement Bolivarien.

5 domaines de travail

Dans le cadre de la coordination de la proposition du Président, la Commission de l’Economie a établi plusieurs domaines de travail : le domaine de la sécurité et de la souveraineté agro-alimentaire, la conception d’une nouvelle architecture financière concernant la gestion des finances publiques, la relation avec les capitaux étrangers, l’économie de production, un nouveau modèle économique avec exposition des motifs à la Constituante et le problème de l’énergie qui comporte plusieurs points faibles.

L’un d’entre eux est PDVSA Gas Communal : le service direct et la distribution en bombonnes font aussi partie des lignes de travail essentielles à cause de l’importance qu’ils ont dans les foyers populaires. En plus, on a insisté sur le problème des courants de raffinage pour valoriser le travail de transformation du brut aussi bien dans l’exploitation que dans l’extraction.

Interrogé sur le destin des plus importantes réserves de brut du monde, le député constituant David Paravisini a déclaré que les ressources de la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque Hugo Chávez continuent à être utilisées comme instrument de la géopolitique mondiale.

« Celui qui veut du pétrole doit s’adapter aux conditions établies par l’Etat. On envisage même de fixer des conditions plus strictes dans cette relation de propriété : 60% à la république et 40% à l’investisseur privé pour qu’il soit associé et qu’il apporte la technologie en plus du financement. »

La démocratisation de la gestion de l’industrie doit se poursuivre car malgré le contrôle du Gouvernement sur Petróleos de Venezuela (PDVSA) qui, avant le coup d’Etat et la grève pétrolière de 2002-2003 contre le président Hugo Chávez était contrôlé par « une caste bureaucratique » appelée méritocratie, elle continue à être géré par une structure très liée aux pouvoirs factuels des transnationales. Le décret présidentiel 3 368, publié le jeudi 12 avril au Journal Officiel du Venezuela N° 41 376 est un pas dans cette direction. Ce décret a valeur de loi a pour but de réorganiser les opérations pétrolières et de minimiser la bureaucratie à l’intérieur de l’entreprise d’Etat et dans ses entreprises mixtes pour rétablir les capacités de production du brut.

« L’activité de l’industrie pétrolière s’est totalement déformée. D’une soi-disant prise de contrôle de toutes les variables avec la nationalisation du pétrole en 1975 qui, en réalité, est devenue un Ministère du Pétrole très fort mais avec une industrie qui, en réalité, est gérée par les transnationales grâce à des rabatteurs, nous sommes passés à une autre dans laquelle les 2 flanc devaient être contrôlés par l’Etat. »

Cela a provoqué un renforcement sur le moment mais dans la pratique « nous avons perdu le contrôle sur le problème du pétrole. Aujourd’hui, nous l’avons perdu sur l’industrie et on a perdu la force du ministère, » a regretté Paravisini, député à la Constituante. « PDVSA a été une création de l’impérialisme et de la CIA. Rómulo Betancourt, au début, s’est opposé à sa création et ensuite, il a accepté à condition que les entreprises soient dirigées par les anciens directeurs des transnationales. » a-t-il rappelé.

Thierry Deronne, avec tous nos remerciements à Françoise Lopez pour ses traductions

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