Pompeo et la CIA contre les élections législatives au Venezuela, par Katu Arkonada (La Jornada, Mexique)

L’auteur : Katu Arkonada est titulaire d’un diplôme en Politiques Publiques. Ancien conseiller du vice-Ministère de la planification stratégique, de l’unité juridique spécialisée dans le développement constitutionnel et du Ministère bolivien des Affaires Etrangères. Il a coordonné les publications « Transitions vers le bien-vivre » et « Un Etat, beaucoup de peuples, la construction de la plurinaltionalité en Bolivie et en Equateur ». Membre du Réseau des Intellectuels en Défense de l’Humanité.

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La semaine même où un rapport dénonçant le gouvernement vénézuélien pour « crimes contre l’humanité » a été rendu public par une « mission internationale indépendante » payée comme sous-traitante d’une Commission de l’ONU, mais qui n’a jamais mis les pieds dans le pays et qui s’est appuyée sur des témoignages.. de l’opposition de droite et des réseaux sociaux, le secrétaire d’État Mike Pompeo était au Brésil et en Colombie pour continuer à alimenter la rhétorique contre la révolution bolivarienne pendant la campagne présidentielle états-unienne, mais aussi en pleine campagne électorale pour les élections législatives qui se tiendront le 6 décembre au Venezuela.

Au Brésil, Pompeo a traité Nicolas Maduro de trafiquant de drogue et a déclaré que Washington continuerait à travailler pour atteindre son objectif basé sur la crise déclenchée par son blocus et ses sanctions imposées à l’économie vénézuélienne. En Colombie, son principal partenaire dans la région, il a accusé le gouvernement vénézuélien de collaborer avec le terrorisme et d’héberger des membres de l’ELN et des dissidents des FARC.

Le terrorisme et le trafic de drogue, non pas ceux de la Colombie – principal fournisseur de la cocaïne consommée aux États-Unis, mais… vénézuéliens, malgré le fait qu’au Venezuela il n’y a pas de feuille de coca, contrairement au pays voisin, qui en cultive plus de 200.000 hectares, soit 10 fois plus que, par exemple, les hectares de feuille de coca cultivés en Bolivie.

Mais il faut s’arrêter à la visite de Pompeo, dont il ne faut pas oublier qu’il a été le directeur de la CIA, en Colombie. Son principal objectif était de promouvoir un changement de stratégie pour renverser le gouvernement de Nicolás Maduro, à commencer par l’impact sur les résultats des élections législatives de décembre.

La délégation états-unienne a finalisé les détails de l’arrivée des 300 soldats qui seront installés dans une nouvelle base militaire dans la ville frontalière de Cúcuta, plus précisément à Cerro del Tasajero, un endroit clé au niveau géopolitique car de là, on peut voir une bonne partie de la frontière colombo-vénézuélienne et le lac pétrolier de Maracaibo.

En plus de demander à Ivan Duque son soutien pour promouvoir le vote républicain au sein de la communauté colombienne du Texas, du New Jersey et du sud de la Floride, Pompeo a demandé à la Colombie ses réflexions sur la nouvelle stratégie opérationnelle et médiatique conçue contre le Venezuela, qui irait d’une action militaire dans le cadre d’une coalition tripartite (UE-Colombie-Brésil), à la déclaration de fraude et d’ignorance des résultats à la manière de la Bolivie, en passant par des infiltrations paramilitaires depuis le sol colombien, des violences terroristes sous forme de « guarimbas » (violences d’extrême droite transformées par les médias en « révoltes populaires réprimées par le régime ») et même une tentative d’assassinat contre Maduro.

Pompeo a mentionné à Duque que pendant son séjour au Brésil, il a convenu avec Bolsonaro du soutien de l’armée brésilienne pour une éventuelle intervention militaire sur le territoire vénézuélien. La création de faux positifs justifiant une intervention armée de la coalition est envisagée, qui pourrait prendre la forme d’une attaque contre une ambassade à Caracas d’un pays allié des États-Unis, ainsi que d’agressions contre des diplomates et des dirigeants de haut rang de l’opposition pour que les médias internationaux puissent l’imputer à Nicolas Maduro. À cette fin, un groupe paramilitaire, formé à Inirida par des déserteurs vénézuéliens encadrés par des mercenaires américains et israéliens, s’est déjà installé en territoire vénézuélien.

Pompeo a également demandé à Iván Duque de mener des opérations « anti-drogue » au cours du mois d’octobre, notamment dans les zones frontalières des départements de l’Arauca, du Norte de Santander et de la Guajira, afin qu’elles servent de prétexte à l’arrivée et au déploiement de militaires qui pourraient être utilisés dans des actions déstabilisatrices à l’approche des élections du 6 décembre.

Un autre élément qui justifierait une éventuelle agression militaire serait la dénonciation préparée d’un prétendu achat « d’armes iraniennes à moyenne et longue portée, avec lesquelles le Venezuela tenterait prétendument d’attaquer la Colombie. »

Comme nous l’avons déjà dénoncé dans la rubrique « Sabotage électoral du G4 », de graves altérations de l’ordre public au Venezuela (pillages et attaques contre les institutions publiques) devraient avoir lieu vers le 6 décembre, jour des élections législatives, dans le but de promouvoir la thèse d’un État failli, ce qui permettrait d’augmenter encore la pression internationale sur le Venezuela.

Pompeo a également fait comprendre à Duque que Guaidó n’est plus un acteur majeur dans sa stratégie d’ingérence, et qu’il vaut mieux ne plus appuyer le projet initial de former un gouvernement parallèle en exil de l’extrême droite guaidiste, ce qui pourrait finir par favoriser le chavisme sur le plan électoral. Le pari états-unien se déplace maintenant vers Capriles, qui malgré les doutes qui pèsent sur lui après sa sortie de prison, leur est utile pour promouvoir la campagne de discrédit des élections, aux côtés d’Almagro, de l’OEA et d’autres voix de la droite internationale.

La Colombie a joué un rôle clé dans l’appui à la proposition du Département d’État, de nommer Mauricio Claver Carone au lieu d’un latino-américian à la présidence de la Banque interaméricaine de développement (BID), et il semble qu’elle pourrait une fois de plus jouer un rôle décisif tant dans la justification internationale de nouvelles sanctions économiques contre le secteur minier et pétrolier, et se convertir en plate-forme d’une nouvelle agression paramilitaire dans le but de déstabiliser les élections législatives vénézuéliennes.

Un mois plus tôt aura lieu la dispute présidentielle entre Trump et Biden, dont l’issue se décidera en grande partie dans l’état-clef de Floride, et malheureusement, les votes aux États-Unis peuvent se traduire par des morts au Venezuela.

Katu Arkonada

Source : La Jornada (Mexique) https://www.jornada.com.mx/2020/10/10/opinion/013a1pol

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/10/pompeo-et-la-cia-a-la-manoeuvre-contre-les-elections-legislatives-au-venezuela-par-katu-arkonada-la-jornada-mexique/

La vision stratégique de la grande mission AgroVenezuela

Par Clara Sanchez

Des chercheurs, universitaires et familles andines travaillent sur des stratégies pour réorienter les choix alimentaires vers la production paysanne. Photo : Ministère du Pouvoir Populaire pour la Science et la Technologie 

“…Sur la question agricole, qui revêt un grand intérêt national, nous menons une dure bataille depuis le tout début de la Révolution”  

Hugo Chavez, lors de la présentation du Rapport et Compte-Rendu à l’Assemblée Nationale 

La Grande Mission Agro Venezuela a vu le jour le 25 janvier 2011 à l’initiative du Président Hugo Chavez et a été lancée depuis l’Unité de Propriété Sociale Agricole “La Productora, dans la Municipalité d’OSPINO, Etat Portuguesa dans le but d’assurer la sécurité et la souveraineté alimentaire du pays. 

Une mission hautement mobilisatrice 

Depuis sa création, cette Grande Mission est devenue une organisation hautement mobilisatrice, prenant une “nouvelle impulsion, un nouvel élan, les 3 R de la Révolution Bolivarienne » (1) ; elle a commencé par “l’enregistrement de tous et toutes les Vénézuélien(ne)s ayant la possibilité de produire des aliments et affiche, entre autres, “347 points tricolores” sur tout le territoire national.  

A son premier anniversaire, la Mission comptait déjà avec 682.125 inscriptions (2) (586 789 agriculteurs vénézuéliens inscrits lors de la première phase –mai, juin, juillet, août 2011- et 95 336 lors de la deuxième phase –septembre, octobre, novembre et décembre 2011- dont 4028 sont devenus délégués et parmi ces derniers, 1 007 ont été élus dans 1 030 assemblées qui s’étaient déjà tenues quand le Président a annoncé le démarrage de la deuxième année de la Grande Mission Agro Venezuela au début de 2012 (3) ; il a déclaré :  “nous nous engageons à accroître la production agricole, l’élevage, la production agropastorale (…), piliers de notre nouveau modèle de développement, l’économie productive, l’économie sociale”, afin “ de faire un grand saut qualitatif et quantitatif dans la production agricole” (4) ; pour cela, il a créé l’Organe Supérieur qui devait permettre une meilleure coordination entre toutes les entités étatiques pour sa conceptualisation, ses objectifs et ses tâches. 

Des résultats modestes 

Auparavant, le 13 janvier 2012, dans son Rapport et Compte-Rendu présenté à l’Assemblée Nationale, le Président Hugo Chavez a déclaré : “Sur la question agricole, qui revêt un grand intérêt national, nous menons une dure bataille depuis le tout début de la Révolution, (…) cet effort et ces modestes résultats, nous devons les utiliser comme base pour exiger un engagement national et pour cela, nous prenons plus d’initiatives chaque jour, nous travaillons plus efficacement pour continuer à augmenter a production nationale”. (5)

Au sujet des modestes résultats obtenus, il a annoncé que sur 47 produits agricoles, 39 avaient vu s’accroître leur superficie de culture et leur production par rapport à 2010 : la production de riz a augmenté de 6%, celle des haricots de 17%, celle du coton de 21,9%, celle du café de 2%, celle du cacao de 9%, celle du tournesol de 23%, celle du lait de 7%, celle du poulet de 8%, celle du porc de 26%, celle des œufs de 26% et celle de viande bovine de 6%, ces chiffres prouvant les progrès réalisés ;  dans la production de maïs, une diminution de 17% a été constatée bien que la superficie ensemencée ait augmenté de 397ù en raison de pluies abondantes qui ont gravement affecté les récoltes. 

Parmi d’autres résultats, on peut noter la création du programme d’agriculture urbaine, dont le nom initial, Agro Ciudad, a ensuite cédé la place à l’actuel “Pouvoir Populaire pour l’Agriculture Urbaine”. 

Une mission hautement stratégique 

Depuis notre espace, Nourriture et Pouvoir”nous avons donc mis l’accent sur le fait qu’au Venezuela le système agroalimentaire doit être considéré comme hautement stratégique et nous saluons la proposition de constitutionnalisation de la Grande Mission Agro Venezuela ; mais que signifie concrètement “hautement stratégique” ? 

En 2012, le Président Chavez a fait la lumière sur ce qu’il avait compris lui, en tant que chef d’état : “ c’est une secteur-clé pour la souveraineté alimentaire, pour l’Indépendance nationale”. (6)

La stratégie déployée consiste à garantir les besoins vitaux de la nation, ce qui, pour le Venezuela, signifie “atteindre la souveraineté alimentaire pour assurer le droit sacré du peuple à l’alimentation” (7) tel que décrit dans le Plan de la Patrie 2019-2025, dont le premier Grand Objectif Historique est l’Indépendance nationale.

En 2011, le Président Hugo Chavez lance la Grande Mission Agro Venezuela. Photo d’archive 

C’est donc pour sa propre sauvegarde que le pays s’engage dans ces actions, en essayant d’annuler ou de réduire les conséquences négatives découlant de desseins hostiles (la chute du prix du pétrole ou de sa production, mais surtout du blocus et des mesures coercitives unilatérales imposées par les Etats-Unis et ses alliés), en prenant les initiatives nécessaires pour canaliser le développement et la construction du pouvoir national, qui pour la Révolution Bolivarienne doit être un modèle alternatif de développement socialiste garantissant le “bien vivre” à sa population. 

Ceci en tenant compte du fait qu’à partir de 2014, lorsque le conflit ouvert avec les Etats-Unis a été dévoilé, conflit qui augmente ou baisse d’intensité à différents niveaux depuis qu’il a été déclenché, il a fallu introduire des mesures énergiques et durables dans le système agroalimentaire national, c’est-à-dire exploiter tout son potentiel en temps de paix –en admettant que cette situation de siège, de guerre non conventionnelle puisse s’appeler paix-, afin de préciser une politique nationale permettant d’anticiper ou d’affronter les périodes de crise, voire de guerre, qui avant ce jour n’étaient pas considérée par la société comme quelque chose qui pouvait vraiment arriver au Venezuela. 

Je veux parler du blocus contre la nation et de la menace constante d’intervention militaire de la part de la première puissance mondiale, dans lequel la nourriture devient un enjeu national vital car la survie même de la nation dépend de sa garantie ; la population étant le facteur de puissance d’une nation le plus important à protéger. 

Par conséquent, le Plan de la Patrie fait partie d’une planification générale et la Grande Mission Agro Venezuela est l’instrument de mise en œuvre qui permettra d’atteindre l’objectif 1.4 de ce Plan. 

C’est en partant de là que toutes les forces doivent se coordonner pour une politique de défense permettant de résoudre un problème d’importance stratégique : la vulnérabilité de la Révolution Bolivarienne devant la nécessité de nourrir de manière autonome ou au moins en quantité suffisante la population ; bien que de gros efforts aient été faits dans ce sens de 2000 à 2014 et malgré le fait que certains secteurs nient que les meilleurs résultats de la hausse des indicateurs nutritionnels de la population et de de la production nationale à des niveaux historiques aient été obtenus au cours de cette période, la réalité concrète est que cette hausse s’est produite dans un contexte totalement différent de celui d’aujourd’hui, avec un effondrement évident au cours de l’année 2014 qui, je le répète, était dû à la chute brutale du prix du pétrole, fait don certains analystes ne tiennent pas compte. 

Objectif : protéger la population 

Au sujet de l’annonce faite par le Président Nicolas Maduro sur la relance de la Grande Mission Agro Venezuela (8) avec la mise en œuvre d’un processus contribuant à l’élaboration collective de son redémarrage, nous considérons, depuis notre espace, que la participation de l’ensemble du système agroalimentaire est indispensable. 

Pour le dire plus clairement, “tous les facteurs ou éléments tangibles et intangibles qui impliquent le peuple et le gouvernement, ainsi que le public et le privé” (9) ; ou, pour paraphraser Chavez, “le communal ou le direct, l’Etat ou l’indirect, ou le mixte Etat-Privé, mais aussi l’Etat-Pouvoir Communal doivent œuvrer en vue de la formation d’un pouvoir national dont le but ultime n’est pas juste de renforcer la production alimentaire nationale, mais de préserver le facteur population, en particulier celui qui est touché au quotidien par la pénurie alimentaire en plein milieu du blocus et de la pandémie COVID-19. 

Car le blocus et les mesures unilatérales ont non seulement rendu difficile l’obtention de la quantité d’engrais nécessaire pour les semailles, mais sont aussi utilisés comme instrument de spoliation des Monomères Colombo-Vénézuéliens ou de diminution de la production de Pequiven (10) , au grand préjudice de la population vénézuélienne que l’on veut faire mourir de faim, même si cela entraîne des souffrances plus grandes encore pendant des mois et des années, tous ces moyens étant utilisés par les Etats-Unis pour parvenir au changement de régime qu’ils veulent obtenir. 

A l’heure actuelle, l’insuffisance alimentaire atteint 31,4% de la population du Venezuela (11), son augmentation étant proportionnelle au nombre de mesures coercitives unilatérales ou des actions menées par les Etats-Unis et leurs alliés, dont le blocus imposé à la nation, contre ses actifs, ses biens, ses ressources, ses habitants, ce afin d’atteindre leur objectif, la nourriture leur servant d’arme de guerre. 

C’est pour cette raison que certains ont affirmé qu’il était inutile d’augmenter la production nationale dans une perspective purement économique si l’objectif transversal n’est pas de nourrir en priorité l’ensemble de la population vénézuélienne, ce qui équivaudrait à réduire sa vulnérabilité et à obtenir une plus grande liberté d’action en parallèle du développement des forces de production susceptibles de réduire les attaques constantes contre la nation depuis l’étranger. 

Le Président Nicolas Maduro a relancé la Grande Mission Agro Venezuela dans le contexte du blocus américain contre le Venezuela. Photo : archives 

D’une part, on veut “faire mourir la population de faim” ce qui déclencherait une flambée de violence contre le gouvernement national, d’autre part on accuse constamment la révolution bolivarienne au niveau international comme seule responsable de l’augmentation de la pénurie d’aliments tout en empêchant l’accès du pays au commerce mondial pour acquérir des denrées alimentaires, des intrants ou des matières premières au moyen du blocus et d’autres mesures. 

Prenons l’exemple de l’Argentine qui “produit de la nourriture pour 400 millions de personne” d’où son surnom de “grenier du monde” ou plus récemment de “supermarché du monde” alors que sa population souffre de restrictions à l‘accès à cette nourriture en raison du manque de ressources économiques qui a augmenté de manière exponentielle ces dernières années, touchant actuellement 35,8% de la population ou –ce qui revient au même- environ 15,8 millions de personnes souffrant d’insécurité alimentaire modérée à sévère, 11 millions de personnes mangeant, en ces temps de pandémie, dans des cantines ou des soupes populaires ; 3,5 millions d’entre elles sont des enfants (12) ; pourtant ce pays ne connait ni sanctions, ni blocus, ni siège. Mais juste un système agroalimentaire principalement contrôlé par de grandes transnationales de l’alimentation et de l’agro-industrie pour lesquelles la nourriture n’est qu’une marchandise à laquelle seuls ceux qui peuvent la payer ont accès ; système qui ne peut ni ne doit tolérer la viabilité d’un nouveau modèle de production comme celui du Socialisme Bolivarien. 

Par conséquent, tous les acteurs et circuits du système agroalimentaire vénézuélien doivent être inclus dans la Grande Mission Agro Venezuela à tous les niveaux d’articulation, de contrôle et de responsabilité tout en donnant de l’importance aux comportements alimentaires comme moyen d’élargir ce système à un niveau supérieur, comme l’a fait la Grande Mission Venezuela à ses débuts en 2011. 

Dernières réflexions 

En résumé, étant donné que le système alimentaire est une composante du pouvoir national, que c’est par ce biais que l’autosuffisance agroalimentaire peut être atteinte, autosuffisance qui représente pour la Révolution Bolivarienne la souveraineté alimentaire, augmenter la production signifie en accroître la disponibilité, mais aussi l’engagement des politiques nécessaires pour assurer à la population un accès opportun et permanent aux aliments ; en particulier à celle qui dans l’immédiat est le plus affectée par la pénurie alimentaire et, pour cela, il faut prendre des mesures fermes avec la Grande Mission Agro Venezuela, susceptibles de briser le statu quo d’une configuration de relation de dépendance depuis une position périphérique de subordination du système agroalimentaire vénézuélien au restant du monde, aux transnationales et d’une condition fortement oligopolisée, tout en évitant de se laisser happer par un cycle de privatisation, de dénationalisation, d’oligopolisation et de transnationalisation dans lesquels peut tomber l’exploitation des terres cultivables elle-même. 

Par conséquent, l’utilisation rationnelle des ressources naturelles (terre, eau, pétrole, gaz et biodiversité) doit être prise en compte en toute connaissance de cause du scénario actuel et de la concurrence internationale pour accaparer ces ressources dont le Venezuela est un réservoir très attrayant pour les grandes multinationales. C’est une question primordiale, en lien avec d’autre facteurs déjà considérés comme la science et la technologie, avec tous les circuits et à tous les niveaux, pas seulement dans le domaine de la génétique, mais aussi dans le domaine de l’innovation, des usines et des pièces détachées, des machines et des instruments agricoles, des modèles alimentaires nationaux ou des engrais, grâce à l’expérience et aux connaissances ancestrales et au savoir-faire populaire ; sans oublier la géographie, les caractéristiques du territoire, l’armée et, facteur essentiel, la population qui a une importance stratégique dans la géopolitique. 

Car c’est elle qui en termes de quantité comme de qualité, en plus de son caractère et du niveau de son moral, a les capacités humaines nécessaires pour continuer à se battre, à vivre et à se reproduire pour le travail, le développement de son intelligence qui lui permettront de dépasser les niveaux élevés d’enseignements requis par la science et la technologie et qui mèneront à la réalisation des objectifs de la Révolution Bolivarienne, du Socialisme Bolivarien, de l’Indépendance Nationale, de la Souveraineté Agroalimentaire, dans la cadre d’un nouveau modèle de développement alternatif. 

Clara Sanchez est chercheuse, ingénieure agronome, Master en Stratégie et Politique. Elle publie des articles de recherche et d’anayse dans le domaine de l’alimentation et tout ce qui en dérive, sur son site ”Nourriture et Pouvoir”.  

Notes :

[1] (Instituto de Altos Estudios del Pensamiento del Comandante Supero Hugo Rafael Chávez Frías, 2011) Intervención del Comandante Presidente Hugo Chávez en Consejo de Ministros. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de http://www.todochavez.gob.ve/todochavez/277-intervencion-del-comandante-presidente-hugo-chavez-en-consejo-de-ministros

[2] 586.789 Agrovenezolanos registrados en la primera fase (mayo, junio, julio, agosto de 2011) y 95.336 en la segunda fase (septiembre, octubre, noviembre y diciembre de 2011).

[3] En febrero del año 2012. Lanzamiento de la Gran Misión AgroVenezuela 2012. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=10Xz24kqj8c

[4] (MinAgricultutaVe, 2012) Lanzamiento de la Gran Misión AgroVenezuela 2012. Recuperado el 04 de 09 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=10Xz24kqj8c

[5] (andresoasis, 2012)13 Ene 2012 Hugo Chávez: mensaje anual de Memoria y Cuenta ante la AN. Recuperado el 22 de 08 de 2019, de https://www.youtube.com/watch?v=3Q7EdMV4jvo

[6] (andresoasis, 2012)13 Ene 2012 Hugo Chávez: mensaje anual de Memoria y Cuenta ante la AN. Recuperado el 22 de 08 de 2019, de https://www.youtube.com/watch?v=3Q7EdMV4jvo

[7] (Ministerio del Poder Popular para la planificaión, 2019) Plan de la Patria 2019 – 2025. El futuro es hoy. Recuperado el 10 de 08 de 2020, de http://www.mppp.gob.ve/wp-content/uploads/2019/04/Plan-Patria-2019-2025.pdf

[8] (Nicolás Maduro, 2020) Miércoles Productivo. Recuperado el 02 de 08 de 2020, de https://www.youtube.com/watch?v=4u2ASVmBbVI

[9] (Sánchez, Sistema agroalimentario venezolano, componente del poder nacional, 2016) Sistema agroalimentario venezolano, componente del poder nacional. Buenos Aires, Argentina: Instituto de Enseñanza Superior del Ejército.

[10] (Gobierno Bolivariano de Venezuela, 2020) Gran Misión AgroVenezuela. Resumen ejecutivo. Caracas.

[11] (FAO, FIDA, UNICEF, PMA y OMS, 2020)The state food security and nutrition in the world. Recuperado el 01 de 08 de 2020, de TRANSFORMING FOOD SYSTEMS FOR AFFORDABLE HEALTHY DIETS: http://www.fao.org/3/ca9692en/CA9692EN.pdf

[12] (El Economista, 2020) Arroyo aseguró que más de 11 millones de personas están recibiendo asistencia alimentaria. Recuperado el 01 de 08 de 2020, de https://eleconomista.com.ar/2020-04-arroyo-aseguro-que-mas-de-11-millones-de-personas-estan-recibiendo-asistencia-alimentaria/

Source originale: https://alimentosypoder.com/2020/09/11/lo-estrategico-de-la-gran-mision-agrovenezuela/

Traduction : Frédérique Buhl pour Venezuelainfos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/09/la-vision-strategique-de-la-grande-mission-agrovenezuela/

Le Venezuela, seul en Amérique du Sud à créer un programme de rapatriement en pleine pandémie

Les vols humanitaires sont effectués par la compagnie vénézuélienne d’État Conviasa, qui a été sanctionnée par les États-Unis.

Malgré la proximité de la Colombie et du Brésil dont les régimes néo-libéraux abandonnent la population pauvre au Covid, le Venezuela, en ce début d’octobre, a pu guérir 68088 patients sur un total de 77646 cas depuis le début de la pandémie, soit un taux de 88%. On y compte 643 décès (un des taux de létalité les plus bas du monde) alors que la Colombie voisine en compte 26397 (chiffres de l’OMS). Cette politique de santé est d’autant plus remarquable que les voisins sud-américains ne subissent pas, eux, de blocus états-unien ni les sanctions financières occidentales qui limitent fortement l’accès du gouvernement bolivarien aux médicaments. Grâce à sa diplomatie multipolaire, le Venezuela est devenu le 2 octobre, le premier pays de l’hémisphère occidental à recevoir un premier chargement du vaccin russe Sputnik. « Cette aide médicale revêt une importance particulière face aux sanctions illégales, motivées politiquement, des USA, qui limitent l’accès du Venezuela aux médicaments » explique le Ministère Russe des Affaires Extérieures. Après sa troisième phase d’essai sur 2000 volontaires, ce bouclier sera ensuite produit sur place et distribué gratuitement à la population. Ce mois d’octobre arrivera également un chargement du vaccin chinois, qui suivra le même processus.

Ce n’est pas tout.

Plus de 92000 citoyens sont déjà rentrés dans le pays, à leur demande, par des vols affrétés par le gouvernement dans le cadre du programme «Vuelta a la Patria» (Retour à la Patrie) ou grâce aux couloirs humanitaires mis en place par le Ministère de la Santé. Créé en 2019, le programme « Vuelta a la Patria » garantit le transport des Vénézuéliens qui ont émigré et qui souhaitent rentrer au pays, mais qui n’en ont pas les moyens économiques.

En utilisant des avions, des bus et des couloirs humanitaires, 92.000 Vénézuéliens sont rentrés au pays pendant la pandémie depuis des pays comme la Colombie, le Brésil, le Pérou, le Chili. Sur ce total, 9 mille qui étaient infectés par le nouveau coronavirus et ont été traités par le système de santé publique du pays.

Jeudi dernier (1), 800 Vénézuéliens sont revenus d’Espagne et de République dominicaine. La semaine précédente, 600 autres étaient déjà revenus du Mexique, de l’Uruguay et du Panama.


L’État offre des transports gratuits, par voie terrestre et aérienne, ainsi que l’hébergement, la nourriture, les médicaments et les soins médicaux. En effet, selon les règles établies par le gouvernement bolivarien, toute personne qui entre dans le pays doit subir les tests de diagnostic du covid-19 et passer deux semaines en isolement social. Les vols de « Vuelta a la Patria » ont été réactivés en septembre, à la suite de nouveaux accords conclus par l’État vénézuélien avec d’autres nations.

200 Vénézuéliens sont revenus de la République dominicaine jeudi dernier (1) sur le troisième vol humanitaire « Vuelta a la Patria »

Ramses Fuenmayor Arocha, ingénieur système et professeur à l’Université centrale du Venezuela (UCV), s’était rendu au Mexique le 7 mars pour offrir un cours de 10 jours et n’a réussi à revenir que le 9 septembre, sur un vol qui est parti de la ville de Toluca. Les frontières vénézuéliennes étant fermées le 15 mars, son vol a été annulé. Arocha dit avoir envoyé plusieurs lettres à l’ambassade du Venezuela à Mexico jusqu’à ce qu’il soit inclus dans la liste des rapatriés.

«Je dois dire que le personnel de l’ambassade a été très gentil. Tout était très organisé. Le jour même de mon arrivée, ils avaient déjà préparé du matériel pour effectuer un test PCR, le résultat négatif est sorti en trois jours, à ma sortie de la quarantaine » explique ce professeur de l’UCV.

Une autre rapatriée, Ana Karine Rivas, une jeune vénézuélienne qui vivait à Lima, au Pérou depuis deux ans, avait été victime d’un accident en tentant de rentrer dans son pays. Au chômage en raison de la pandémie, Ana a été expulsée de la maison où elle vivait, et a décidé de retourner au Venezuela à pied, avec son compagnon et un autre groupe de 10 Vénézuéliens. La traversée a commencé le 30 avril, et à l’aube du lendemain, les Vénézuéliens ont été heurtés par un camion-citerne alors qu’ils dormaient sur les rives de l’Avenida Panamericana Norte, dans la province de Barranca, au nord de la capitale péruvienne. Dans l’accident, trois personnes sont mortes et neuf ont été blessées.

«Nous avons demandé de l’aide et personne ne voulait s’arrêter, jusqu’à que, quelques minutes plus tard, un homme nous aide en appelant la police. Après nous avoir emmenés à l’hôpital, l’ambassade nous a aidés avec tout, nourriture, soins, médicaments et quand nous nous portions mieux, ils nous ont fait embarquer sur un vol avec du personnel diplomatique pour rentrer dans notre pays » raconte Rivas.

« Nous exprimons notre douleur et nos condoléances pour l’accident survenu sur la route panaméricaine, à Barranca, au Pérou: un camion-citerne a écrasé plusieurs compatriotes à son retour à pied au Venezuela. Notre personnel consulaire est en contact avec les blessés et les autorités pour les soigner« . – Jorge Arreaza M (@jaarreaza) 1 mai 2020

Ana Karina a subi trois chirurgies aux jambes et marche toujours à l’aide de béquilles. Elle a pris le vol de « Vuelta a la Patria » le 21 juillet à Lima et est rentrée chez elle le 13 août, après avoir accompli la période de quarantaine obligatoire.


« Nous exprimons notre douleur et nos condoléances pour l’accident survenu sur la route panaméricaine, à Barranca, au Pérou: un camion-citerne a écrasé plusieurs compatriotes à leur retour à pied au Venezuela. Notre personnel consulaire est en contact avec les blessés et les autorités pour les soigner
« . – Jorge Arreaza M (@jaarreaza), Ministre des Affaires Etrangères de la République Bolivarienne du Venezuela 1 mai 2020

Deux poids, deux mesures

Bien qu’il soit un pays économiquement soumis à un blocus impérial, le Venezuela recherche des ressources pour suivre les directives des organisations multilatérales.

En mai, l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) avait lancé l’alerte sur la nécessité de créer des ponts pour garantir le retour des immigrés dans leurs foyers, soulignant que l’Amérique latine et l’Afrique de l’Est sont les régions avec la plus grande mobilité humaine au monde. Les derniers jours confirment ces prédictions. Jeudi dernier (1), environ 1000 Honduriens ont lancé une nouvelle caravane d’immigrants à destination des États-Unis.

Une caravane avec un millier de Honduriens est déjà arrivée au Guatemala, après avoir traversé la frontière à travers la ville de Corinthe / Gilda Silvestrucci / Telesur

Le gouvernement de Donald Trump refuse à nouveau d’accueillir cette population en situation de vulnérabilité sociale, conservant la même position qu’il exprimait en 2019, avec les autres caravanes qui ont quitté le Salvador, le Guatemala et le Honduras. En plus de maintenir les portes fermées à l’immigration, Trump a également procédé à quelque 10000 expulsions pendant la pandémie. Les gouvernements qui ont accueilli des citoyens expulsés des États-Unis ont dénoncé le fait que beaucoup sont revenus avec la maladie.
Depuis plus de six mois, les États-Unis sont restés le pays le plus touché par le virus, accumulant 7,3 millions de patients et 208 000 décédés, selon l’Université Johns Hopkins.
Le président Trump a également refusé d’autoriser un vol de la compagnie aérienne vénézuélienne Conviasa à atterrir sur le territoire américain pour rapatrier 524 citoyens qui avaient demandé de l’aide. La chancellerie vénézuélienne a reçu pour instruction que ces personnes se rendent au Mexique afin de pouvoir rentrer ensuite dans leur pays.

D’autre part, la Maison Blanche a annoncé une aide de 128 millions de dollars américains au député vénézuélien Juan Guaidó, officiellement pour aider à combattre la pandémie de covid-19 dans le pays et soutenir les migrants. Cependant, des députés et des personnalités politiques opposées au gouvernement Maduro dénoncent que cet argent n’a jamais été investi dans des actions concrètes. Ce 5 octobre, la Banque d’Angleterre a finalement annulé la remise de l’or vénézuélien à Guaido, dont les implications dans des cas de corruption sont notoires, aux USA notamment.

par Michèle de Mello
Brasil de Fato | Caracas (Venezuela)
03 octobre 2020

Édition: Lucas Weber

Source : https://www.brasildefato.com.br/2020/10/03/venezuela-e-o-unico-pais-do-continente-com-programa-de-repatriacao-durante-pandemia

Traduction : Monica Passos

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/05/le-venezuela-seul-en-amerique-latine-a-creer-un-programme-de-rapatriement-en-pleine-pandemie/

Nicolas Maduro résiste aux pressions de l’UE et des USA et défend le droit au suffrage universel des vénézuélien(ne)s

L’Union européenne (UE) a finalement ratifié sa position initiale : elle ne comptera pas parmi les observateurs internationaux des élections législatives du 6 décembre au Venezuela. Cette annonce s’est faite dans un contexte de fortes pressions diplomatiques et même militaires, comme la présence jeudi, dénoncée par le ministère des affaires étrangères vénézuélien, d’un destroyer de missiles guidés du Commandement Sud des Etats-Unis (US) à 16,1 miles nautiques des côtes.

« Les conditions ne sont pas réunies pour qu’un processus électoral, équitable et démocratique ait lieu », a déclaré le communiqué de presse du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) publié après la visite de deux membres du SEAE à Caracas, où ils ont rencontré Juan Guaidó, « toutes les forces d’opposition », la Conférence épiscopale, « la société civile et le secteur privé », selon ses informations.

La possibilité pour l’UE de reconnaître les élections législatives était paradoxalement liée… au report du scrutin : « sans un report et une amélioration des conditions démocratiques et électorales, l’UE ne peut envisager d’envoyer une mission d’observation électorale« .

Ces derniers jours, les sénateurs américains Marco Rubio et Benjamin Cardin ont envoyé une lettre au « chancelier européen« , Josep Borrell, pour lui demander de ne pas reconnaître le suffrage. Au même moment, un groupe de dirigeants et de partis de la droite européenne a envoyé une lettre au président du Conseil européen Charle Michel, pour dénoncer Borrell et ses « incongruités et ses conséquences désastreuses (…) pour ses initiatives politiques promues en collaboration avec le gouvernement espagnol« .

Lettre signée par des secteurs ouvertement pro-coup d’État au Venezuela, tels que María Corina Machado, Enrique Aristeguieta, Humberto Calderón Berti, et un arc de forces de droite avec des acteurs d’extrême droite tels qu’Álvaro Uribe, le PAN du Mexique, le PRO d’Argentine, ainsi que le Parti Populaire, Ciudadanos et VOX d’Espagne. L’initiative visait à la fois à discréditer Borrell, et à faire pression pour une non-reconnaissance du scrutin du 6 décembre, et enfin à attaquer le gouvernement espagnol : le Venezuela est à la fois un dispositif de politique internationale et intérieure.

La décision de l’UE a eu des conséquences prévisibles. L’une d’entre elles est la décision d’un des leaders de la droite, membre de l’oligarchie économique vénézuélienne, Capriles Radonski, de ne pas se présenter aux élections. Il avait déjà prévu qu’il ne participerait pas au cas où l’observation internationale européenne ne serait pas présente. « Cette élection doit être reportée. Nous demandons qu’elle soit reportée« , a-t-il déclaré mercredi soir. Son annonce était accompagnée de celle de Stalin Gonzalez, un autre leader de l’opposition, qui avait décidé de s’écarter de la feuille de route du Guaidó.

La carte électorale nationale et internationale ressemble maintenant à la situation du mois d’août : sans nouvelle reconnaissance internationale, et avec les mêmes acteurs politiques nationaux qui y participeront. Maduro a ratifié que les élections auront lieu le 6 décembre, pour lesquelles 107 organisations politiques et plus de 14.000 candidats se sont inscrits dans tout le pays, leur liste étant disponible sur le site du le Conseil National Electoral.

Plusieurs des chefs de l’opposition non putschiste et indépendante des USA et de l’UE, qui se présenteront aux élections ont été sanctionnés par les États-Unis, qui ont pris ces dernières semaines de nombreuses mesures pour empêcher la participation des forces politiques de croître à l’approche du vote du 6 décembre. La politique actuelle de Washington est d’empêcher que la dispute politique puisse être médiée démocratiquement, via les résultats électoraux, tant que le président Maduro poursuivra son mandat.

Cela signifie trois choses. D’une part, cinq nouvelles récompenses d’un million de dollars du gouvernement états-unien, la plus élevée étant de 10 millions de dollars. Différents acteurs qui font partie de tentatives d’incursion armée parlent publiquement d’extraditions de dirigeants chavistes. Ces menaces se sont accompagnées d’une nouvelle manœuvre d’un navire de guerre états-unien près des côtes vénézuéliennes.

Dans le même temps, le gouvernement Trump a confirmé qu’il continuera à soutenir le président fantoche Juan Guaidó jusqu’à ce que la « liberté » soit acquise. Dans le but de fabriquer une légitimité à sa permanence sans Assemblée nationale élue, l’opposition partisane d’une stratégie de « non-participation électorale« , a annoncé qu’elle mènera une « consultation Populaire » pour « rejeter la fraude » du 6 décembre, et autoriser « toutes les actions nationales et internationales« …

Enfin, les sanctions économiques menacent d’affecter davantage le commerce effectué par certaines grandes compagnies pétrolières étrangères dans le pays, en affectant par exemple l’importation de diesel. L’impact du blocus a affecté les revenus de l’Etat : Maduro a rapporté qu’au 28 septembre, seuls 477 millions de dollars ont été perçus par la Banque centrale du Venezuela en provenance d’entités publiques, et a annoncé une loi anti-blocus en cours de discussion à l’Assemblée nationale constituante.

Dans ce contexte, diverses protestations ont eu lieu dans différentes parties du pays, marquées par le besoin de services tels que le gaz, l’électricité, l’eau, l’essence et le problème des bas salaires. L’opposition appelle à la mobilisation et cherche à prendre la tête de ce qui pourrait être un conflit plus large, bien que, pour le moment, elle ait échoué dans ces plans en raison de sa crise de leadership et, plus généralement, d’une érosion générale de la politique dans de larges pans de la population.

Le dernier trimestre de l’année annonce donc de fortes pressions contre les élections et d’éventuels affrontements politiques. Le scrutin du 6 décembre pourrait être un tournant décisif, non seulement en raison de la date elle-même, mais aussi de ce qui le suivra.

Marco Teruggi

Source : https://www.pagina12.com.ar/296163-nicolas-maduro-resiste-a-las-presiones-y-convoca-a-votar

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/10/02/nicolas-maduro-resiste-aux-pressions-de-lue-et-des-usa-et-defend-le-droit-au-suffrage-universel-des-venezueliennes/

Le Président Maduro présente la « Loi Anti-blocus » à l’Assemblée Constituante

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a présenté ce mardi à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) le projet de loi constitutionnelle anti-blocus pour le développement national et pour la garantie des droits du peuple vénézuélien, compte tenu des menaces d’intervention militaire et de l’intensification du blocus économique, financier et commercial imposé par les États-Unis et leurs alliés occidentaux. L’activité s’est déroulée au Palais législatif fédéral, en présence des cabinets exécutif et ministériel, ainsi que d’une partie du corps diplomatique résidant au Venezuela.

Ce projet de loi permettra de « doter l’État vénézuélien des outils institutionnels, juridiques et de gestion pour faire face et surmonter l’agression la plus perverse, la plus répandue et la plus brutale que notre Patrie ait subie en 200 ans de vie républicaine. Le président a demandé que ce projet de loi soit débattu par le peuple vénézuélien afin de « partager l’information, de le sensibiliser, mais aussi de renforcer l’avenir et d’expliquer beaucoup de choses qui avaient dû être tues« .

Maduro a souligné que le blocus économique, financier et commercial imposé par les États-Unis fait partie d’une doctrine de la nation américaine visant à générer un changement de régime dans le pays, et en installer un qui réponde à ses intérêts.

Il a cité des déclarations officielles du Département d’État états-unien : « La campagne de pression contre le Venezuela fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées ont contraint le Venezuela à faire défaut et nous assistons à un effondrement économique total dans ce pays. Ainsi, notre politique fonctionne. Notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons. » Maduro a rappelé que cette citation « est l’aveu d’un crime international, d’un acte de sauvagerie économique visant à détruire un peuple, l’aveu d’un crime contre l’humanité. »

Il a expliqué les étapes successives des « sanctions » (mesures coercitives unilatérales):

  • Persécution financière pour étouffer le pays économiquement
  • Opérations politico-juridiques dans les tribunaux étrangers afin de déposséder le pays de ses avoirs
  • Embargo économique sur le pétrole et les produits vénézuéliens
  • Sabotage interne, pour provoquer la destruction des équipements et appareil industriel de la PDVSA, la compagnie publique du pétrole.

Maduro a indiqué que les mesures appliquées contre le Venezuela pendant la période de six ans entre 2014 et 2019, ont provoqué une baisse de 99% des recettes en devises. « Pour chaque 100 dollars ou euros que le pays obtenait de la vente du pétrole en 2014, il obtient aujourd’hui moins d’un dollar. Nous sommes passés de 56 milliards de dollars à moins de 400 millions de dollars sur 2019″.

Maduro a donné des chiffres : En 6 ans, le pays a perdu 99% de ses revenus pétroliers à cause du blocus

Le président vénézuélien a souligné que grâce au système des missions et des grandes missions sociales et à la conscience et à la résistance du peuple vénézuélien, les conséquences du blocus ont été surmontées. Il a également déclaré que la chute des revenus externes a été exacerbée en 2015, avec le « vol » de la société Citgo aux États-Unis.

Il a confirmé l’acte de piraterie contre des navires en provenance du Libéria, qui apportaient 3 millions de barils d’essence au Venezuela, illégalement expropriés par le gouvernement de Donald Trump et dont la marchandise a été mise aux enchères sur le marché étranger, alors qu’elle avait été payée par le Venezuela. Toutefois, il a indiqué que de bonnes nouvelles pour le Venezuela seront annoncées ce mercredi.

Nicolas Maduro a demandé de ne pas se faire d’illusions au sujet des élections états-uniennes. « Nous devons nous lever et être prêts à tout pour défendre le Venezuela contre l’empire états-unien. Si Trump gagne, nous l’affronterons et le vaincrons ! Et si Biden gagne, aussi ! » Le président a indiqué que, si l’un d’entre eux souhaite revoir la politique menée à l’encontre du Venezuela et veut engager des relations respectueuses avec ce pays, il est disposé à le recevoir à bras ouverts à renouer le dialogue. « Mais qu’ils sachent qu’ici ils trouveront des hommes et des femmes dignes« .

Qu’est-ce que la loi anti-blocus ?

Il s’agit d’une réponse de l’État dans son ensemble, qui, à travers un cadre juridique spécial et temporaire, « permettra à l’État, par une gestion efficace, de protéger nos actifs internes et externes contre la menace de confiscation, de vol et de pillage par des gouvernements étrangers et des entreprises alignées sur le blocus« .

Loi anti-blocage au Venezuela : Maduro explique en 6 minutes les mesures qui seront mises en œuvre:

La loi vise à renforcer l’administration publique et à améliorer les revenus de la nation. Elle créera des incitations pour stimuler l’activité économique interne et des partenariats productifs externes qui favorisent le développement national. Maduro propose de conclure des alliances avec des secteurs productifs et des entreprises à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela, afin de développer des secteurs économiques et des entreprises dans des domaines stratégiques, tels que les hydrocarbures, l’agriculture, les services, etc. Le revenu national sera amélioré en assouplissant la participation de l’État dans les coentreprises, ainsi qu’en gérant les actifs et les passifs de l’État afin d’accroître le revenu de la nation.

Des incitations fiscales et de travail seront créées et la stabilité juridique sera renforcée pour le développement des secteurs et des zones de production, et l’utilisation du pétrole et d’autres crypto-monnaies dans le commerce intérieur et extérieur sera améliorée, et toutes les crypto-monnaies du monde pourront être utilisées pour le commerce intérieur et extérieur.

La loi réaffirmera le décret d’interdiction de licenciement pour tou(te)s les travailleur(se)s et la pleine jouissance des droits sociaux. Les nouveaux revenus obtenus dans le pays serviront à renforcer le revenu réel des travailleurs, et les politiques de récupération progressive du salaire, à renforcer le réseau et les politiques de protection sociale de l’État et ses priorités telles que l’alimentation et la santé.

Les revenus extraordinaires générés par les partenariats productifs seront obligatoirement investis dans des programmes tels que le Comité Local d’approvisionnement et de Production (CLAP), la protection des enfants, des adolescents, des mères, de tous les secteurs vulnérables, l’amélioration des services publics, l’eau, l’électricité, le gaz, les télécommunications, les transports, entre autres. Cette loi et ses mécanismes resteront en vigueur exceptionnellement tant que le blocus durera ou jusqu’à ce que les effets des sanctions et des menaces sur l’économie cessent.

Le président de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), Diosdado Cabello, a affirmé que « le projet de loi anti-blocage est une alternative pour le peuple pour faire face aux agressions impériales, raison pour laquelle le pouvoir plénipotentiaire s’est déclaré en état d’urgence réglementaire pour la révision, la diffusion et l’approbation de ce projet dans les plus brefs délais. Ce projet de loi contient tout ce qui est nécessaire, non seulement pour faire face à ce dernier trimestre, mais aussi aux années à venir. Dès aujourd’hui une Commission mixte sera formée, composée de la Commission de l’économie, de la Commission constitutionnelle, de la Commission de la participation citoyenne, de la Commission des travailleurs et de la Commission de la sécurité et de la défense, pour approuver cette loi dans les prochains jours »

Texte : AVN et Alba Ciudad

Traduction : Thierry Deronne

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Création de l’Institut Simon Bolivar : une bouffée d’oxygène pour un monde en lutte

Par Arnold August, pour COHA, Montréal, Canada

La création de l’Institut Simón Bolívar pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples, le 6 septembre 2020, marque un nouvelle étape du combat politique. Dans des circonstances extrêmement difficiles, face non seulement aux sanctions états-uniennes et canadiennes mais aussi à la pandémie, la Révolution bolivarienne redéploie son énergie au profit de toutes celles et ceux qui croient en ses idéaux de libération à travers la planète. L’objectif de l’Institut est de coordonner la solidarité mondiale avec la Révolution bolivarienne et le peuple vénézuélien, mais aussi la solidarité de la nation sud-américaine envers les luttes pour la justice sociale et économique des peuples du monde entier. Il développera également la recherche, la formation et promouvra la discussion critique.

L’Institut répond également à la crise actuelle et urgente à laquelle la planète est confrontée. Le premier paragraphe de la déclaration de l’Institut Simón Bolívar explique : 

« La pandémie COVID-19 a montré que le modèle de société capitaliste basé sur des valeurs individualistes, dont le seul but est d’accumuler des richesses, n’est pas capable de défendre l’humanité, de garantir ses droits fondamentaux ni de sauvegarder la vie sur la planète. Face à cet échec, le modèle utilise la violence pour maintenir son hégémonie, s’approprie les ressources naturelles des peuples, s’attaque à la classe ouvrière et à ceux qui cherchent à construire un modèle alternatif« .

Les téléspectatrices(eurs) du monde entier qui ont assisté en ligne à la cérémonie à Caracas ont pu constater qu’un autre monde est possible, avec plus de 100 invités spéciaux, parmi lesquels des leaders sociaux, d’anciens présidents et des militants de nombreux pays, dont le prestigieux musicien Roger Waters :

L’un des premiers à prendre la parole a été Fernando González Llort, président de l’Institut cubain de l’amitié des peuples (ICAP). Le peuple cubain a été victime ces dernières années d’une intensification de l’embargo criminel des Etats-Unis, et González Llort a expliqué que  l’accent sur la solidarité internationale entre les peuples  et non sur le système bipartisan états-unien comme source de salut.

Parmi les autres participant(e)s figuraient Evo Morales et Rafael Correa, qui avaient beaucoup de choses à expliquer sur le récent coup d’État en Bolivie et le Lawfare qui se déchaîne en Équateur. Les deux anciens présidents sont touchés par des décisions de justice à motivation politique qui les empêchent de participer aux élections. Beaucoup d’autres voix ont résonné comme celle de la militante colombienne Laura Capote (photo), représentant la Marcha Patriótica, depuis la Colombie où se multiplient les assassinats de leaders sociaux. Dans l’une des premières déclarations publiques de l’Institut Simón Bolívar pour la paix et la solidarité entre les peuples, l’organisation a condamné dix meurtres récemment perpétrés par la police colombienne. L’Institut a également dénoncé l’assassinat de plus de 600 dirigeants sociaux et indigènes au cours des deux dernières années et celui de deux cents anciens guérilleros démobilisés et pourtant protégés par les Accord de Paix signés en 2016 par le gouvernement et les insurgés.

Un discours rafraîchissant

Au fur et à mesure que les travaux avançaient et que je réfléchissais à toutes ces paroles, à cette bouffée d’oxygène face au paradigme étouffant de la politique états-unienne dominante, une des nombreux représentant(e)s des États-Unis a pris la parole : l’universitaire Adrienne Pine (photo). Elle a souligné l’importance et la nécessité de développer le mouvement révolutionnaire contre ce concept idéologique empoisonnée de réformer un système en déclin. J’ai immédiatement commenté sur Twitter ses paroles formidables et rafraîchissantes : « le problème du fascisme n’est pas de voter pour l’un ou l’autre parti, la solution est la révolution« .

Les animateurs ont parlé la même langue, ne voyant aucune brèche transformatrice, aucun espoir d’humanisation sous l’actuel duopole états-unien qui a appliqué des sanctions sévères et illégales qui font tant de mal au peuple vénézuélien.

Nous avons également eu le privilège d’être en contact virtuel avec le président Nicolás Maduro dont le message s’adressait à tou(te)s les représentant(e)s des peuples du monde, lorsqu’il a dit : « Je demande le plein appui des mouvements de solidarité pour diffuser la vérité sur le Venezuela et ainsi conquérir la paix, la souveraineté, l’indépendance et le respect de notre peuple« .

Le Ministre du pouvoir populaire pour les affaires étrangères, Jorge Arreaza, a souligné que cette initiative a été créée pour coordonner la solidarité avec la révolution bolivarienne, mais aussi pour renforcer la solidarité du Venezuela et des Amériques avec toutes les révolutions et les causes justes du monde. Dans un récent article publié par le COHA, Arreaza a écarté toute illusion quant au scrutin de novembre 2020 alors qu’il est clair que les démocrates attaquaient Trump depuis la droite : « Trump ferait mieux de suivre son instinct initial de parler au président Maduro. Un dialogue respectueux avec le Venezuela va vraiment dans l’intérêt des États-Unis« .

Lors de son discours inaugural, le ministre Arreaza a également déclaré que « Cet Institut appartient aux peuples du monde et nous voulons que vous en tiriez profit, que vous l’utilisiez comme votre propre institut (…) Depuis le Venezuela, nous sommes solidaires de toutes ces luttes, de Julian Assange et de sa prison plus qu’injuste, du peuple palestinien, Saharahui, de tous ceux qui sont opprimés, soumis à des guerres injustes, et à l’impérialisme ».

Beaucoup d’entre nous, de l’Ouest capitaliste ou du Sud, se sentent chez eux au Venezuela. La solidarité n’est pas à sens unique. La solidarité est plutôt un soutien mutuel à la même cause d’opposition au capitalisme, à ses ramifications racistes, à l’hégémonie unipolaire de l’impérialisme et à ses guerres génocidaires. Nous sommes tous sur un pied d’égalité pour la même cause d’un monde multipolaire, de la souveraineté des peuples, de la paix et d’un nouveau système socio-économique.

Carlos Ron est le vice-ministre des Affaires Etrangères du Venezuela pour l’Amérique du Nord (au centre, avec Margaret Flowers et son compagnon Kevin Zeese, à Washington) et le nouveau président de l’Institut Simón Bolívar. Il nous l’a dit lors de la cérémonie de lancement : 

« Mes amis, soyez conscients que vous avez ici un peuple qui connaît vos luttes, qui les reconnaît et les partage« . De fait, au Canada, comme nos sœurs et frères aux États-Unis, nous avons fait l’expérience de la profonde sincérité des propos de Carlos Ron. Rien qu’en 2020, nous avons partagé deux événements. Tout d’abord, nous avons savouré la défaite de la candidature du gouvernement Trudeau à un siège au Conseil de sécurité des Nations unies (et je suis convaincu que l’une des raisons de cette victoire sur la candidature de Trudeau était la politique du gouvernement canadien au Venezuela). Deuxièmement, l’Institut canadien de politique étrangère, avec la collaboration de nombreux autres, a organisé une conférence virtuelle Zoom avec Jorge Arreaza depuis le Canada, qui a été vue par plusieurs milliers de personnes. Arreaza a fait une critique diplomatique mais aussi politique cinglante de l’ingérence de Trudeau au Venezuela par le biais de sa direction du groupe de Lima.

Le lancement de l’Institut Simón Bolívar a coïncidé avec l’anniversaire de la Lettre de Bolívar écrite en Jamaïque le 6 septembre 1885, par laquelle il voulait approfondir les perspectives et les objectifs du mouvement d’indépendance de l’Espagne. Un paragraphe de cette lettre nous permet d’apprécier la pertinence de l’héritage de Bolívar, en remplaçant simplement l’Espagne par les États-Unis : « Actuellement, le poids de l’adversité subsiste : nous sommes menacés par la peur de la mort, du déshonneur et de tout mal ; il n’y a rien que nous n’ayons subi aux mains de cette belle-mère contre-nature qu’est l’Espagne. Le voile a été déchiré. Nous avons déjà vu la lumière, et nous ne voulons pas être repoussés dans les ténèbres. Les chaînes ont été brisées, nous avons été libérés, et maintenant nos ennemis cherchent à nous asservir à nouveau. C’est pourquoi l’Amérique [du Sud] se bat désespérément, et il est rare que le désespoir n’aboutisse pas à une victoire. »

L’Institut a repris cette épée de Bolivar pour se tailler immédiatement une place dans les cyber-communications. Son compte Twitter est passé de zéro à plus de 3700 abonnés le 18 septembre, et de nombreuses mises à jour quotidiennes sont publiées depuis la création de l’Institut. De même, ses deux nouvelles chaînes YouTube (en anglais avec plus de 300 abonnés et en espagnol avec plus de 800) sont en constante évolution, tout comme ses comptes et son site web Telegram et Instagram. La cérémonie de lancement peut être vue ici en espagnol, et ici en anglais.

Hommage à l’avocat et militant Kevin Zeese

L’événement était consacré à la mémoire et à l’héritage de Kevin Zeese, connu dans le monde entier comme membre du Collectif de protection des ambassades vénézuéliennes à Washington DC. Il est décédé subitement au petit matin du 6 septembre, le jour où l’événement s’est déroulé à Caracas. À seulement 64 ans, sa mort a été un choc pour nous tous. Carlos Ron a immédiatement transformé notre chagrin en une émotion collective. Il a dédié le lancement de l’Institut à Kevin. Il ne s’agissait pas d’une dédicace officielle. Au contraire, le ministre vénézuélien des affaires étrangères Jorge Arreaza et Carlos Ron ont tous deux intégré un hommage à Kevin dans le tissu même de la fondation de l’Institut.

Je n’ai jamais rencontré Kevin. Mais j’ai suivi de près sa défense héroïque de la souveraineté vénézuélienne dans le ventre de la bête impériale, alors que la police de Washington menaçait à chaque instant de le déloger, lui et les siens, de l’ambassade du Venezuela. Cependant, bien que j’aurais pris l’avion pour Washington pour lui offrir mon soutien et écrire des articles, je n’ai pas pu entrer aux États-Unis depuis mars 2019. À cette époque, il y a un an et demi, je me rendais à Washington DC avec un message de soutien des mouvements canadiens pour cette manifestation historique dans la capitale américaine en faveur du Venezuela.

Je dédie donc, moi aussi, cet article à Kevin Zeese, à sa compagne Margaret Flowers, à sa famille et à ses camarades.

Arnold August est un auteur, journaliste, conférencier et membre de l’Institut canadien de politique étrangère basé à Montréal. Il a écrit trois livres sur Cuba, l’Amérique latine et les États-Unis. Ses articles sont publiés en anglais, en espagnol et en français en Amérique du Nord, Amérique Latine, Europe et Moyen Orient. Thèmes actuels : géopolitique des relations entre Etats-Unis, Venezuela, Cuba, Bolivie et le rôle du Canada.

[Credit of all photos: Foreign Relations Ministry of Venezuela]

Source : https://www.coha.org/new-simon-bolivar-institute-for-peace-and-solidarity-among-peoples-a-refreshing-contribution-from-venezuela-to-the-world/

Traduction : Thierry Deronne

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La stratégie chaviste pour combattre un foyer de Covid à Caracas

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MT&Une partie du quartier populaire de La Vega à Caracas est en pleine bataille épidémiologique. C’est la région de la capitale qui présente la plus forte concentration de cas COVID-19. La réponse locale, qui implique les efforts communs de l’État, des partis politiques et des organisations populaires, donne une bonne idée de l’architecture mise en place par le chavisme pour combattre la pandémie. (Au 10 juillet 2020 et depuis le début de la pandémie, le nombre de décès a pu être limité à 80, chiffre confirmé par l’OMS.)

« Ceux qui vivent dans ces quartiers populaires doivent rester chez eux, en respectant les mesures préventives pour éviter la propagation du coronavirus » répètent les haut-parleurs juchés sur les camions qui sillonnent dans les rues. Le quartier est fermé à chacun de ses accès, et c’est le point de plus forte concentration de COVID-19 à Caracas avec un total de 78 personnes infectées, alors que le nombre de cas augmente à 8 010 dans tout le pays.

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En temps de pandémie, les femmes de la mission sociale « Foyers de la Patrie » sont un pilier de l’économie populaire au Venezuela. Membres d’une Entreprise de Production Sociale (EPS) du quartier Cotiza avec les différents modèles de masques fabriqués, © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI.

Le « barrio » de la Vega est divisé en cinq axes, le troisième étant le plus touché, avec en son sein, 10 des 32 communautés. La barrière épidémiologique a commencé le 2 juillet. Personne n’est autorisé à entrer ou à sortir sans autorisation, sauf s’il remplit l’une des trois fonctions exemptées : santé, alimentation ou transport.

En parvenant à l’un des points d’accès, une opération conjointe est menée par la police et les membres des organisations politiques et sociales du site. « Ils nous accompagnent aux entrées et sorties, ce sont eux qui connaissent les gens de leur territoire« , explique la commissaire de police de Caracas en charge de la paroisse, Belkys Rangel.

À l’intérieur de la zone démarquée, les magasins d’alimentation et les pharmacies ne peuvent être ouverts que jusqu’à midi. L’objectif est d’empêcher la mobilité non seulement à l’extérieur mais aussi à l’intérieur du secteur. C’est un lieu complexe, densément peuplé, avec une vie de quartier intense.

« Nous procédons à des dépistages à domicile et à des tests rapides afin de couper la chaîne de contagion de ce dangereux virus« , répète le camion qui circule lentement dans les rues.

Délimiter, tester, contenir

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Un des points de contrôle pour entrer dans le quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Marquer une ceinture épidémiologique implique de marquer l’espace où la mobilité de la population doit être limitée, et de faire une enquête générale sur 100% des foyers« , explique Mary Carmen Moreno, membre de l’équipe d’organisation populaire du maire.

Ce dépistage massif, c’est-à-dire les tests de détection des cas de COVID-19, a commencé dès le début, tant dans les modules de santé spécialement préparés pour faire face à l’épidémie, que dans les visites de porte à porte. Il y a 12.000 familles sur le territoire délimité, et jusqu’à présent 5 000 ont été testées.

Lorsqu’une personne est testée positive, « elle est prise en charge pendant que le personnel arrive avec les normes de biosécurité, et cette personne est transférée dans un centre conçu pour la distanciation« , explique Mayarí Armas, responsable du regroupement et de la coordination des différentes organisations qui fonctionnent dans le quartier, consacrées à la lutte contre la pandémie.

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A droite, Mayarí Armas, responsable des organisations de quartier. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Chaque étape est gratuite : le test, le transfert au centre d’isolement, le séjour sur place, l’admission si nécessaire, les médicaments et l’alimentation.

L’objectif est que, pendant la durée de ce confinement, estimée à 14 jours, le secteur soit isolé, qu’une cartographie famille par famille soit réalisée, que les personnes porteuses du virus soient retirées du site, et que l’épidémie puisse ainsi être réduite jusqu’à sa disparition. Il s’agit d’une situation exceptionnelle dans le cadre de la stratégie de confinement qui est déjà en place depuis près de quatre mois.

« On ne peut pas dire aux gens de rester chez eux, faire une démarcation épidémiologique sans concevoir un plan, ce plan implique la partie alimentaire, les services« , explique Nancy Villegas, coordinatrice politique des quartiers de La Vega.

Le plan, outre l’aspect sanitaire, comprend avant tout l’alimentation. Les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), qui fournissent des denrées alimentaires subventionnées par l’Etat, ont raccourci le cycle d’approvisionnement pour avoir une plus grande régularité de livraison. Ils ajoutaient à la nourriture habituelle – principalement des hydrates de carbone – trois kilos de protéines par semaine.

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Le laissez-passer de mobilité utilisé pour entrer et sortir de la zone de la clôture épidémiologique et du journal municipal face à la pandémie © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

En collaboration avec les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), se poursuit le travail des Maisons d’alimentation, du Plan alimentaire scolaire, auquel s’ajoute un plan conçu dès le début du confinement et baptisé « Yo Compro en Casa » (J’achète à la maison) pour que les gens puissent s’approvisionner sans sortir de chez eux, et ainsi réduire la mobilité.

La fourniture comprend également un plan d’urgence pour deux des services qui connaissent des difficultés d’approvisionnement : le gaz et l’eau : « Nous avons une situation difficile en ce qui concerne l’eau dans la ville pour deux raisons, l’une étant la sécheresse qui a été très dure, à Caracas l’eau est pratiquement distribuée via le pompage, elle atteint 1.000 mètres dans l’ensemble de la ville et 1800 mètres dans certains quartiers, or à cause de la guerre économique qui bloque les pièces de rechange, nous avons des détériorations dans le service de pompage de l’eau, » explique Moreno.

Le nouveau cadre institutionnel

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Un autre des points d’entrée contrôlés. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Le déploiement pour soutenir la barrière épidémiologique dans chacun de ses aspects implique l’action de nombreux acteurs simultanés et coordonnés. Les institutions concernées sont le ministère de la santé, la police, la mairie de Caracas, l’organisation politique, principalement le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), et les différentes organisations sociales du territoire.

« C’est une approche avec une perspective de sécurité de l’État, qui n’a pas seulement un avantage institutionnel, mais qui repose fondamentalement sur la principale force que nous avons, qui est le tissu populaire, un tissu social qui a une série de leaderships organisés dans des instances de travail« , explique Moreno.

Chaque acteur joue un rôle dans un plan commun : la distribution de nourriture, les entrées et sorties de la zone démarquée, la tournée de porte à porte pour effectuer les dépistages, ou la désinfection des zones communes effectuée, par exemple, par les brigades de travail et de production communales :

« Nous avons deux brigades déployées pour effectuer des aspersions à hypochlorite, nous désinfectons les zones communes telles que les rampes, les escaliers, le parc, les murs où les gens s’assoient, les entrepôts, les épiceries, pour tenir à distance le foyer d’infection que nous avons dans la zone », explique Renny Colmenares, qui porte un costume qui couvre tout son corps avec une phrase écrite en chinois – plusieurs charters ont apporté des tonnes d’aide de Beijing.

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Lieu d’entrée dans le centre de tests du COVID-19. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

Une autre des actions menées par l’organisation populaire est la sensibilisation, c’est-à-dire l’explication quotidienne du danger du COVID-19, de l’importance des mesures de sécurité, de l’utilisation de masques, de ne pas faire la fête, de rester à la maison. Cette tâche est effectuée de manière centralisée par ceux qui font partie de la communauté :

« Qui mieux que nous, les leaders de nos territoires, pour connaître notre communauté, les familles qui font la vie du quartier, pour donner des informations, pour expliquer que le danger est réel, que nous avons des cas d’infection dans notre espace, même si nous ne les voyons pas, mais qu’ils existent et qu’il faut éviter qu’ils ne se multiplient » explique-t-on dans un exposé de formation pour ceux qui doivent ensuite sensibiliser leurs points respectifs.

« Sans organisation populaire ce déploiement populaire ne serait pas possible à imaginer« , déclare Moreno. « C’est un échafaudage qui forme un nouveau concept d’institutionnalité.« 

Menace et unité

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Atelier de sensibilisation à COVID-19 pour les leaders de quartiers. © SPOUTNIK / MARCO TERUGGI

« Nous combattons un ennemi commun et invisible. Cette situation a renforcé l’unité au sein des territoires, et a démontré l’avantage de l’accumulation de l’expérience, des situations comme celles-ci montrent ce que nous avons et ce qui nous manque » poursuit M. Moreno.

« Cette force n’est pas née avec le COVID-19. Des 20 dernières années, les cinq dernières ont été marquées par des situations de dégradation des conditions matérielles, ce qui a permis en même temps de développer des instruments qui se retrouvent au cœur de la lutte contre la pandémie, comme le Comité Local d’Approvisionnement et de Production (CLAP). »

D’où l’existence d’une pratique organisationnelle au sein des quartiers, une connaissance des réponses aux urgences, des exercices de cartographie des territoires, avec des axes, des communautés, des îlots, des familles, afin de donner des réponses générales et personnalisées.

C’est une situation qui unifie toutes les forces sur le territoire avec des objectifs communs. « C’est une menace pour la vie, pas pour un parti, et si le chavisme a appris quelque chose, c’est bien d’unir et de se mobiliser face aux menaces » selon Moreno.

Cette mobilisation et cette unité sont stratégiques non seulement pour faire face à ce moment d’urgence et à d’autres qui viendront sûrement, mais aussi pour le prochain rendez-vous électoral des législatives du 6 décembre, qui bénéficiera de la participation d’une centaine d’organisations politiques et sociales, de tout bord idéologique.

Marco Teruggi

Source: https://mundo.sputniknews.com/reportajes/202007091092030015-la-estrategia-chavista-para-combatir-un-foco-de-covid-19-en-caracas/

Traduction : Thierry Deronne

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Exclusif : L’aide humanitaire au Venezuela est devenue un négoce multimillionnaire, par Fania Rodrigues

L’auteure: Fania Rodrigues, journaliste brésilienne en poste à Caracas.

La journaliste brésilienne Fania Rodrigues explique: “Depuis des mois, j’entends la même question au Venezuela : « qu’est-il advenu de l’aide humanitaire des États-Unis ? » J’ai fait mon enquête. Et j’ai découvert un négoce de plusieurs millions de dollars .”

Autoproclamé “président” sur un trottoir de quartier riche à Caracas en 2019, l’hologramme Guaido s’est vite évaporé sous les révélations par la presse états-unienne de sa corruption ou de ses liens avec les assassins narco-paramilitaires “Los Rastrojos” (1500 victimes). On sait moins que ses réseaux ont fait main basse sur “l’aide humanitaire”. Déjà, les grands médias avaient occulté la cause principale de la migration vénézuélienne : la guerre économique des Etats-Unis et ses mesures coercitives unilatérales – sanctions contre des entreprises, blocus maritime, blocage des paiements bancaires pour l’achat de vivres, de médicaments et de pièces de rechange, vols d’actifs pétroliers et financiers de l’Etat vénézuélien par Guaido et les cercles trumpistes, sabotages et attentats paramilitaires contre les services publics, pénuries et hausses de prix organisées par le secteur privé majoritaire dans le pays.

Les mêmes médias passent aujourd’hui sous silence les dizaines de milliers de vénézuéliens qui rentrent au Venezuela, fuyant l’explosion du Covid-19 et la surexploitation des régimes néolibéraux voisins, sans avoir jamais rien vu de la fameuse “aide”

L’aide humanitaire au Venezuela est devenue un négoce multimillionnaire

Le gouvernement américain a envoyé 656 millions de dollars au Venezuela entre 2017 et 2019 comme « aide humanitaire« , selon des documents officiels de l’Agence américaine pour le Développement International (USAID). Mais on ne sait pas comment les ONGs qui ont reçu ces ressources les ont utilisées dans la pratique.

Après quelques rapports de corruption sortis par la presse, l’Assemblée nationale vénézuélienne (à majorité de droite) a créé une commission pour enquêter sur ce qui s’est passé. Les ONG dirigées par des militants politiques proches de Juan Guaidó sont soupçonnées de recevoir des fonds donnés pour l’aide humanitaire et d’investir dans des activités politiques, dans la formation de jeunes dirigeants, des événements, des campagnes publiques contre le gouvernement, le financement de médias d’opposition, des cours pour journalistes et d’autres activités étrangères à la fonction d’aide humanitaire.

En outre, des rapports publiés aux États-Unis indiquent que le gouvernement américain utilise l’USAID pour financer des politiques contre le gouvernement vénézuélien. L’USAID nie avoir donné de l’argent à Juan Guaidó, mais admet qu’elle paie les dépenses du leader de l’opposition et de l’Assemblée nationale. « Le gouvernement intérimaire [de Juan Guaidó] n’administre aucun programme ou fonds de l’USAID. Dans certains cas, l’USAID paie les remboursements, les frais de voyage et les dépenses des conseillers techniques de l’Assemblée nationale et de l’administration intérimaire de Guaidó, par le biais de fonds d’assistance« .

Autres négoces des ONGs vénézuéliennes

La commission du contrôle de l’Assemblée nationale vénézuélienne enquête sur plus de 200 ONG, selon le président de la commission d’enquête, le député José Brito, du parti d’opposition Primero Justicia. « Ici, nous pouvons mettre en évidence certaines des personnes qui font l’objet d’une enquête, comme Ciudadania Activa, Espacio Público, Foro Penal (NdT: source d’Amnesty International), Redes Ayudas, Súmate, Fundación Futuro Presente, Rescate Venezuela, Cedice-Atlas-Libertad, entre autres« , a déclaré le député.

Le député d’opposition (parti Primero Justicia) José Brito. Photo: archive personnelle

L’ONG Espacio Público, par exemple, est dirigée par le militant de l’opposition Carlos Correa et fait l’objet d’une enquête pour détournement présumé de l’aide humanitaire pour financer le site web d’opposition Crónica Uno. Sur son site web, Crónica Uno déclare que « ce média est une initiative d’Espacio Público« .

Selon M. Brito, les documents indiquent qu’Espacio Público a reçu de l’argent de l’USAID pour l’aide humanitaire mais ne présente pas de projets dans ce domaine. En outre, des documents déclassifiés du gouvernement des Etats-Unis à partir de 2015 montrent que cette ONG est financée par la Fondation Panaméricaine de Développement (PADF), qui reçoit des fonds de l’USAID, de Freedom House et de l’USAID elle-même.

Mais, Crónica Uno n’est pas le seul média soupçonné de recevoir des fonds de l’urgence humanitaire. « Il existe de nombreux médias financés par des ONG qui ont bénéficié de l’aide humanitaire. Nous enquêtons actuellement sur quatre médias, dont le site d’information La Patilla« , explique M. Brito. La Patilla est l’un des plus grands sites d’information du Venezuela. Il est dirigé par l’homme d’affaires Alberto Federico Ravell, qui est également directeur de la communication du bureau de Juan Guaidó et du « Centre national de communication » (site web du « gouvernement provisoire » de Guaidó).

Carlos Correa, directeur de l’ONG « Espacio Publico », fait l’objet d’une enquête de l’Assemblée Nationale

La Fundación Futuro Presente fait l’objet d’une enquête pour utilisation présumée de ressources humanitaires dans les activités des partis politiques. Cette ONG a été fondée en 2008 par le leader politique Yon Goicoechea du parti d’extrême droite Voluntad Popular. En 2014, cette fondation a ouvert une succursale dans l’État de La Floride, aux États-Unis, où elle a été enregistrée en tant que société à but lucratif. Comme Súmate, qui est également enregistrée en tant que société aux États-Unis.

Yon Goicoechea, dirigeant du parti d’extrême droite de Juan Guaido, est soupçonné de détournement de l’aide humanitaire

Le président de la commission du Contrôleur financier explique pourquoi cette fondation fait l’objet d’une enquête. « Un nom qui apparaît dans nos enquêtes est celui de Yon Goicochea, chef du parti de la Volonté populaire et un homme proche du chef de ce parti, Leopoldo López. Goicochea a reçu une grande quantité de dollars de l’USAID et devra expliquer les objectifs et les domaines dans lesquels il a investi tout cet argent« , explique José Brito. Leopoldo López est l’un des principaux leaders du secteur putschiste de l’opposition vénézuélienne et le parrain politique de Juan Guaidó.

Futuro Presente reçoit de l’argent de l’aide humanitaire mais ses activités sont des formations de leaders sur la base d’un cursus néo-libéral. Cette ONG est également impliquée dans l’incursion paramilitaire du 3 mai dernier.

Un document interne de l’USAID, posté sur les réseaux sociaux par le blogueur vénézuélien Alek Boyd, montre que la Fondation Futuro Presente a reçu de l’argent du fonds de l’USAID pour l’agriculture et la sécurité alimentaire en 2019. Selon Brito, ce montant se chiffrerait à environ 10 millions de dollars.

Toutefois, sur son site web, la fondation n’enregistre aucune activité dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation. La nature des projets qu’elle développe est différente : « La Fundación Futuro Presente développe le programme de formation le plus transcendant pour les jeunes leaders au Venezuela« , indique le site web. Ce programme n’a rien à voir avec l’aide humanitaire.

Cette même ONG a été mentionnée par l’ancien militaire vénézuélien, l’ancien capitaine Antonio Sequea, qui a été arrêté pour avoir participé à l’incursion paramilitaire en territoire vénézuélien le 3 mai, connue sous le nom d’opération Gedeon. Dans son témoignage, M. Sequea a déclaré que pendant la période d’entraînement, les mercenaires avaient reçu des fonds de la Fundación Futuro Presente pour payer le loyer de maisons et de voitures sur le territoire colombien.

Une autre ONG vénézuélienne mentionnée dans un document de l’USAID est le Centre de Diffusion des Connaissances Économiques pour la Liberté (Cedice-Atlas-Libertad) qui a également reçu de l’argent du fonds pour l’agriculture et la sécurité alimentaire. Comme la Fundación Futuro Presente, l’ONG Cedice propose des cours de leadership pour les jeunes, principalement issus de la classe moyenne. Dans le programme d’enseignement, elle décrit l’un des cours. « Cedice Joven » : un groupe de jeunes qui partagent l’idée d’une société libre. Parmi les activités, on peut citer le « Cercle de lecture Bastiant pour discuter, réfléchir sur le libéralisme et la culture libérale« . Elle organise également des cours pour les journalistes, dont l’accent est mis sur les « théories et doctrines économiques du système de l’économie libre ». Rien dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation, ni dans celui de l’aide humanitaire.

Les rapports des médias vénézuéliens montrent qu’entre 2009 et 2015, le Cedice avait déjà reçu des financements et des conseils du Centre pour l’entreprise privée internationale (CIPE), qui est une branche commerciale du Département d’État et de ses institutions financières. Il a également reçu des ressources du National Endowment for Democracy (NED) et de l’USAID. La NED est une ONG créée et financée par le Congrès américain, selon des informations officielles du gouvernement américain. Elle fonctionne comme une agence gouvernementale, bien qu’elle ait le statut d’ONG.

Parmi les directeurs de Cedice figure l’ancien banquier Oscar García Mendoza, qui a été nommé vice-président de l’ONG. Mendoza était président du Banco Venezolano de Crédito et est identifié comme un intermédiaire dans les négociations entre les ONG vénézuéliennes et des organisations telles que NED et USAID, selon un article de 2014 sur le site web Aporrea.

Aux États-Unis, le Cedice est partenaire du think thank Cato Institute, un établissement d’enseignement libéral dont la mission est de former « les futurs dirigeants, penseurs, avocats et partisans du mouvement libéral, promouvant ainsi les principes de liberté individuelle, d’État minimal, de libre marché et de paix« . Au Venezuela, les deux institutions ont fondé l’université de Cato-Cedice, située dans une zone rurale à l’extérieur de Caracas.

partenaires et financeurs de CEDICE / ATLAS / LIBERTAD

Selon son site web, le Cedice est actuellement parrainé par l’Institut Atlas aux États-Unis, financé par les frères David et Charles Koch, milliardaires de l’industrie pétrolière. En outre, Charles Koch a contribué à la fondation de plusieurs organisations, dont le Cato Institute lui-même, l’Institut d’études humaines et la Déclaration des droits. Et comme tout est lié, c’est le Cato Institute qui décerne chaque année le prix Milton Friedman et l’a remis à Yon Goicoechea en 2008. Le dirigeant de Voluntad Popular a reçu 500 000 dollars et c’est avec cette ressource qu’il a créé la Fundación Futuro Presente.

Le Cedice est également partenaire d’une autre organisation, l’ONG Un Mundo Sin Mordaza (UMSM), « un monde sans baillon« , dont la mission principale est de « mener des campagnes internationales de sensibilisation sur la situation au Venezuela« , selon le site web de l’UMSM.

L’UMSM est l’une des principales ONG financées par le gouvernement étatsunien et reçoit des fonds de l’USAID et du NED, selon le professeur américain Tim Gill de l’Université de Caroline du Nord Wilmington. « NED et USAID ont continuellement soutenu les partis d’opposition et les ONG orientées vers l’opposition comme A World Without a Gag et Cedice« .

Comme si tout cela ne suffisait pas, une nouvelle plainte concerne un autre proche de Guaidó, depuis la semaine dernière. Le directeur pour l’Amérique latine de l’ONG Project Cure, Marvin Autry, dit avoir donné un total de 25 000 dollars au militant du parti d’extrême droite Voluntad Popular Lester Toledo. L’argent devait servir à payer l’expédition d’un conteneur rempli de fournitures et d’équipements médicaux, d’une valeur de 500 000 dollars, qui serait donné à la clinique de la maison San Rafael dans la ville de Maracaibo (État vénézuélien de Zulia).

Autry a déposé une plainte officielle et a remis un bordereau de dépôt sur le compte de la société présenté par Toledo : V and Sons Supply. Cependant, la cargaison n’a jamais été retirée de l’entrepôt de Houston, où elle est stockée depuis un an et quatre mois. Tolède est le coordinateur international de l’organisation vénézuélienne Coalición Ayuda y Libertad, créée par Juan Guaidó lui-même pour collecter des fonds pour « l’aide humanitaire. »

Photos : les ONG dirigées par des militants politiques proches de Juan Guaidó sont soupçonnées de recevoir des fonds donnés pour l’aide humanitaire et d’investir dans des activités politiques, dans la formation de jeunes dirigeants, des événements, des campagnes publiques contre le gouvernement bolivarien, le financement de médias d’opposition, des cours pour journalistes et d’autres activités étrangères à la fonction d’aide humanitaire.

 

L’USAID finance-t-elle l’opposition vénézuélienne ?

Le professeur Tim Gill déclare que ses recherches ont révélé que le Bureau des Initiatives de Transition (OTI), un département de l’USAID, a aidé à organiser des groupes d’opposition au Venezuela avec l’aide d’entrepreneurs et de sous-traitants. En laissant la première ligne à des tiers contractuels, ces activités ne sont plus soumises à la loi des États-Unis sur la liberté de l’information, ce qui signifie qu’il n’y aura pas de déclassification des documents à l’avenir.

« Les États-Unis ont soutenu les partis politiques d’opposition vénézuéliens tout au long du gouvernement d’Hugo Chávez et continuent de le faire aujourd’hui. Ils aident à organiser des ateliers pour former les dirigeants des partis, sur des sujets tels que le développement de programmes politiques, des séminaires avec des journalistes et la sensibilisation des jeunes électeurs« , rapporte Gill. Le chercheur est une référence dans l’étude des relations étrangères des États-Unis avec le Venezuela et est chroniqueur pour le Washington Post.

Tim Gill a interviewé des hommes d’affaires, d’anciens entrepreneurs de l’USAID au Venezuela et d’anciens employés de l’USAID aux États-Unis. Un ancien entrepreneur a indiqué qui étaient les interlocuteurs dans le secteur politique de l’opposition au Venezuela. « Lorsque Gill a interrogé un haut responsable de l’USAID sur le travail de l’OTI au Venezuela, l’ancien fonctionnaire a expliqué que l’OTI est une sorte de « force spéciale dans la communauté de l’assistance [humanitaire] pour promouvoir la démocratie« . Un autre responsable de l’agence américaine a déclaré à M. Gill que l’USAID envoie de l’argent aux opposants vénézuéliens « parce que cette formule est plus rapide que l’obtention de ressources par les canaux traditionnels.« 

« L’USAID et le NED ont travaillé avec des groupes d’étudiants vénézuéliens et des organisations communautaires sur le terrain pour accroître le soutien à l’opposition. L’USAID a également sous-traité au groupe privé Development Alternatives, Inc (DAI) pour réaliser ses projets sur le terrain au Venezuela« , note Tim Gill.

La DAI est une vieille connaissance du Département d’État des États-Unis. Cette société multinationale spécialisée dans les « projets de reconstruction » a été engagée pour réaliser de grands projets en Irak après l’invasion militaire américaine en 2003.

Pour tenter de comprendre ce qui se cache derrière ces ressources d’aide humanitaire, nous nous sommes entretenu avec l’un des experts les plus renommés du Droit international humanitaire, le professeur suisse et américain Alfred de Zayas. Titulaire de deux doctorats en droit de l’Université du Havard, Zayas est professeur à l’École de relations diplomatiques internationales de Genève en Suisse, expert indépendant au Haut-Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme, de 2012 à 2018.

Selon le professeur, les ONGs qui mènent des activités de formation au leadership, qui ont financé les médias ou les partis politiques, ne devraient pas recevoir d’argent des fonds de protection sociale. « L’utilisation du terme « aide humanitaire » dans ce cas est de mauvaise foi. Nous sommes dans le domaine de la propagande politique. Faire un usage politique de ces ressources, c’est aller à l’encontre du vrai sens du travail humanitaire« , note Alfred de Zayas.

L’expert a critiqué le rôle du gouvernement américain dans le financement de ces ONG. « Cela n’a rien à voir avec l’aide humanitaire. Parce que l’aide humanitaire ne vise pas à renverser les gouvernements, mais à aider directement les populations. Si les États-Unis veulent aider le Venezuela, la première chose qu’ils doivent faire est de lever les sanctions économiques contre ce pays » continue M. Zayas.

Ce système de corruption autour de l’aide humanitaire n’est cependant pas exclusif du Venezuela, explique-t-il. « La NED et l’USAD ont instrumentalisé l’aide humanitaire dans le monde entier, non seulement au profit de leurs alliés, mais aussi pour disposer d’un système de chantage. Une fois que ces acteurs politiques sont impliqués dans ce schéma, ils ne peuvent plus échapper à leur jeu politique« .

Le gouvernement des États-Unis, qui prétend qu’il y a une crise humanitaire au Venezuela, n’a pas encore été clair sur ce dans quoi est investie l’aide humanitaire qu’il envoie au Venezuela. La NED, par exemple, a financé 42 projets au Venezuela, mais aucun d’entre eux n’est lié à l’aide humanitaire, malgré l’affirmation du gouvernement états-unien d’une crise humanitaire.

A Cucuta (Colombie) un véhicule de luxe utilisé pour remettre des aliments aux migrants vénézuéliens

« Il est plus rentable d’ouvrir une ONG qu’une entreprise »

La ville colombienne de Cúcuta, à la frontière colombienne avec le Venezuela, est un havre pour les ONG qui ont transformé l’aide humanitaire en une entreprise de plusieurs millions de dollars, selon le membre du Congrès José Brito. « Lors des premières enquêtes, j’ai été surpris par les propos de certaines personnes à Cúcuta. De nombreux Vénézuéliens nous ont dit qu’il valait mieux ouvrir une ONG que d’avoir une entreprise, car il était facile de justifier l’aide aux immigrants vénézuéliens à la frontière« .

Les recherches indiquent que, dans la plupart des cas, l’argent destiné à ces ONG n’entre même pas au Venezuela. Ils opèrent avec des comptes bancaires en Colombie et aux États-Unis. En outre, le Venezuela est le seul pays d’Amérique latine pour lequel l’USAID ne signale pas quelles organisations ont reçu ses fonds, se contentant de préciser les fonds d’où provenait l’argent. Tout cela rend l’enquête difficile.

Le Venezuela est le seul pays d’Amérique Latine pour lequel l’USAID ne mentionne pas les ONGS qui reçoivent ses fonds

Un autre problème dans le suivi des ressources est que les fonds de l’USAID et du NED ne sont pas transférés directement aux ONGs, mais qu’ils utilisent plutôt d’autres organisations comme intermédiaires. Parmi les plus récurrents, on trouve le National Democratic Institute (NDI), l’International Republican Institute (IRI), la Pan American Development Foundation (PADF), la Freedom House, tousétats-uniens, et la Fondation espagnole pour l’analyse et les études sociales (FAES). La NED utilise le Centre international pour l’entreprise privée (CIPE) de la Chambre de commerce américaine, l’Institut Syndical Libre (FTUI), du secteur des employeurs industriels, l’Institut National Démocratique pour les Affaires Internationales (NDIIA), associé au Parti démocrate, et l’IRI, associé au Parti républicain.

Le directeur de la Fondation Progresar, basée à Cúcuta, Wilfredo Cañezalez, explique comment fonctionne le programme des ONGs. La fondation qu’il dirige n’a aucun lien avec l’USAID ou les ressources d’aide humanitaire. « L’immigration des Vénézuéliens et le transit de ces immigrants vers d’autres pays ont fait de la Colombie une grande entreprise, non seulement pour les petites ONGs, mais aussi pour les entreprises et les grandes ONGs qui ont des contrats de grande valeur avec des organisations internationales, pour apporter un soutien supposé à la population immigrée » explique M. Cañezalez.

Selon lui, la principale source de corruption se trouve dans les contrats de fourniture de nourriture et de kits d’hygiène aux immigrants qui traversent chaque jour le pont international Simon Bolívar. « Ces ONGs fournissent de la nourriture, du matériel d’hygiène personnelle et une aide au transport. Ce sont de gros contrats. Ils peuvent faire payer jusqu’à 30 000 pesos colombiens (8 dollars) pour livrer un simple sandwich mortadelle-fromage. Il existe un réseau de corruption qui tourne autour de la surfacturation« , explique-t-il.

Photo: Fania Rodrigues. Par la frontière colombo-vénézuélienne vont et viennent quotidiennement 35 mille personnes qui ne sont pas des "migrants"

Photo: Fania Rodrigues. Par la frontière colombo-vénézuélienne vont et viennent quotidiennement 35 mille personnes qui ne sont pas des « migrants »

Pour justifier la livraison de ces produits par les financiers, ils prennent des photos des personnes qui reçoivent les kits. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils sont tous des immigrants, car il s’agit de la frontière la plus « chaude » du continent, après Tijuana, au Mexique. Avant la pandémie, environ 35 000 personnes se déplaçaient entre Cúcuta et São António de Táchira, une ville frontalière du côté vénézuélien. La plupart ont traversé la frontière le matin pour faire des achats ou travailler et sont revenus le soir, selon les fonctionnaires locaux.

Le plan principal est d’obtenir un contrat avec des organisations internationales, telles que l’USAID, selon le directeur de la Fundación Progresar. « Ici, nous savons que pour obtenir un gros contrat avec une organisation internationale, pour fournir de la nourriture aux immigrants, il faut payer une commission. Le pourcentage varie entre 30 et 40 % de la valeur du contrat et doit être versé aux chefs de l’opposition vénézuélienne, qui font payer l’intermédiation. Ici, il y avait des opposants vénézuéliens qui demandaient jusqu’à 50 % de la valeur du contrat. »

Cette information est également mentionnée dans un document de l’Assemblée nationale vénézuélienne fourni au rapport par des sources indépendantes. Le document interne rapporte ce qui suit : « Un des points [à examiner] concerne le cas des ONG qui ont reçu de l’argent de l’USAID, ainsi que 30% des commissions [versées] aux exécutants, avec la présentation préalable des projets. Un autre point est l’intermédiation de M. Alejandro Plaz Castillo, qui est apparu comme le lien entre l’USAID et les ONG, pour la présentation des projets et l’obtention des ressources« . Alejandro Plaz Castillo est directeur de l’ONG Súmate.

Pour José Brito, de nombreuses ONG ont perdu de vue l’objectif humanitaire des ressources données pour améliorer la vie des Vénézuéliens. « Avoir une ONG qui reçoit des ressources des organisations internationales est devenu une affaire de plusieurs millions de dollars, surtout pour une structure politique qui défend publiquement l’idée qu’elle se bat pour les Vénézuéliens. »

« Vous ne voyez pas les ONGs qui opèrent à la frontière et qui servent les immigrants vénézuéliens en Colombie, dit Orlando Bantran, directeur de la Fondation Bronx Banquet, qui s’occupe des Vénézuéliens. « Aucune ONG qui contrôle les ressources de l’aide humanitaire n’a pris la responsabilité de servir ces migrants qui sont en transit en Colombie. Nous desservons entre 400 et 600 personnes, qui passent chaque jour sur la route entre Bogota et Cúcuta« , explique Beltrán. Cependant, cette ONG ne reçoit pas de financement de l’USAID. « Nous recevons des dons de particuliers, de propriétaires de petites entreprises et d’amis« .

Les immigrants vénézuéliens parcourent actuellement des milliers de kilomètres pour rentrer au Venezuela en raison des difficultés économiques causées par la pandémie de covid-19. En cours de route, ils ont besoin d’une assistance médicale, de transport, d’un abri et de nourriture. Bronx Banquet et l’ONG Norwegian Refugee Council (NRC) sont les seuls à fournir ce type d’aide à l’heure actuelle.

Les ressources pour 2020 se sont multipliées

L’Union européenne a également organisé une conférence des donateurs le 26 mai. 595 millions d’euros ont été collectés auprès de donateurs publics et privés, un chiffre que l’UE et l’Espagne ont porté à 2,54 milliards en tenant compte des prêts et autres types d’aide financière qui seront disponibles pour cette crise.

Pour cette année, le Congrès américain a approuvé 400 millions de dollars pour l’aide humanitaire au Venezuela et 17 millions de dollars supplémentaires pour « les acteurs politiques démocratiques et les organisations de la société civile au Venezuela« . Le chef du département d’État, Mike Pompeo, a déclaré en mai que l’administration Trump ferait un don de 200 millions de dollars supplémentaires. Et 100 millions de dollars supplémentaires, réservés par les donateurs internationaux, lors d’une conférence des donateurs en février de cette année. Cela signifie que cette année et rien que des Etats-Unis, au moins 717 millions de dollars seront envoyés.

Fania Rodrigues, pour la Revista Forum

Source : https://revistaforum.com.br/global/exclusivo-a-ajuda-humanitaria-a-venezuela-tornou-se-um-negocio-milionario/

Version espagnole : https://www.laiguana.tv/articulos/754137-ayuda-humanitaria-oposicion-eeuu-usaid-venezuela/

Compléments de lecture : « Comment les libertariens refont la politique latino-américaine des Etats-Unis« ,  https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/09/25/comment-les-libertariens-us-refont-la-politique-latino-americaine-par-lee-fang/ et « Prétexter une crise migratoire pour envahir le Venezuela ?« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2018/09/10/pretexter-une-crise-migratoire-pour-envahir-le-venezuela/

Traduction : Thierry Deronne

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Le Venezuela et le journal « Le Monde » : la nausée, par Maurice Lemoine (Mémoire des Luttes)

Dans son édition du 12 juin, se substituant aux présidents Donald Trump (Etats-Unis), Jair Bolsonaro (Brésil) et Iván Duque (Colombie), trop discrédités pour être audibles, le quotidien français Le Monde a offert une tribune à leur «  protégé », le « président autoproclamé » du Venezuela, Juan Guaido. Décryptage pour Mémoire des Luttes par l’ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, auteur de nombreux ouvrages et spécialiste de l’Amérique Latine, Maurice Lemoine.

Qui oserait, aujourd’hui, se réclamer de Donald Trump (nous parlons là de tout humain doté de raison) ? Sans aller jusqu’à faire le bilan de trois années de mandat, sa gestion de la pandémie du coronavirus et de la crise raciale qui a suivi la mort de l’Afro-Américain George Floyd en disent long sur le président des Etats-Unis. S’agissant de la crise sanitaire, il y eut d’abord, entre fin janvier et la mi-mars, dénégation, puis minimisation de la gravité de l’épidémie. Avec ses épisodes ubuesques. Quand, le 10 février, en meeting dans le New Hampshire, Trump déclare : « En avril, dès que les températures auront un peu remonté, ce virus disparaîtra. Comme par miracle. » Quand, en pleine réunion à la Maison-Blanche, le 23 avril, il « réfléchit » à haute voix et suggère d’injecter de l’eau de javel dans les poumons malades ou, pourquoi pas, un traitement aux UV ? « Les briefings de Trump mettent activement en danger la santé du public. Boycottez la propagande. Ecoutez les experts. Et s’il vous plaît, ne buvez pas de désinfectant », devra déclarer, soutenu par la communauté scientifique, Robert Reich, un professeur de la prestigieuse université de Berkeley. Entretenant la confusion, le locataire de la Maison-Blanche n’en appelle pas moins ses partisans à manifester pour « libérer » du confinement les Etats – Michigan, Minnesota, Virginie – gérés par des gouverneurs démocrates. Conséquence : une politique aussi incohérente tue les malades plutôt que la maladie. Désormais premier foyer planétaire du coronavirus, les Etats-Unis comptabilisent plus de 117 000 morts à l’heure de la rédaction de ce billet.

Même positionnement aberrant après la mort de George Floyd asphyxié par le policier Derek Chauvin à Minneapolis. La situation provoque un mouvement de colère historique, toutes communautés confondues (sauf celles des chrétiens évangéliques blancs, socle électoral du président). Sans un mot de compassion pour la victime et sa famille, Trump parle de déployer l’armée pour ramener le calme dans les villes que secouent d’importantes manifestations contre les violences policières et la discrimination raciale.
Même des figures du Parti républicain s’opposent désormais à la façon dont le businessman gère le pays. Depuis les colonnes du magazine The Atlantic, son ex-ministre de la Défense, James Mattis, est monté au créneau : « De mon vivant, Donald Trump est le premier président qui n’essaie pas de rassembler les Américains, qui ne fait même pas semblant d’essayer. Au lieu de cela, il tente de nous diviser. (…) Nous payons les conséquences de trois années sans adultes aux commandes. » Plus significatif encore : l’actuel titulaire du Pentagone, Mark Esper annonce en conférence de presse son opposition à l’usage de la Loi d’insurrection qui, pour rétablir l’ordre, permettrait d’utiliser l’armée contre les manifestants.

Dans sa logique impérialiste, dans son obsession de détruire le multilatéralisme et le droit international, la grosse patte rugueuse de Trump va jusqu’à menacer de quitter, en lui coupant définitivement les vivres, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et à autoriser des sanctions économiques – son arme favorite contre les pays souverains qui lui déplaisent – envers tout magistrat ou responsable de la Cour pénale internationale (CPI) qui enquêterait sur des militaires américains ou les inculperait « sans le consentement des Etats-Unis » [1]. Est-il nécessaire de développer plus avant ?

Qui (nous parlons-là des personnes responsables) oserait encore soutenir le président brésilien Jair Bolsonaro ? Dès 2016, ce médiocre parlementaire d’extrême droite avait annoncé la couleur : « La carte de visite pour un marginal du MST [Mouvement des sans terre], c’est une cartouche de 7.62. » Nostalgique de la dictature militaire, arrivé au pouvoir grâce au coup d’Etat juridico-parlementaire contre Dilma Rousseff, puis l’emprisonnement arbitraire de Luiz Inácio Lula da Silva, Bolsonaro a nommé un ministre des Affaires étrangères à son image : Ernesto Araujo. Hanté par la « menace communiste », ce dernier voit en Trump « le sauveur de l’Occident ».
Négationniste comme son mentor du Nord face à la pandémie, Bolsonaro la « gère » de la même façon. Ministre de la Santé, le populaire Luiz Henrique Mandetta a été limogé en avril pour avoir prôné la distanciation sociale et exprimé son désaccord avec la politique du gouvernement fédéral. Il a été remplacé par un millionnaire, Carlos Wizard, dépourvu d’une quelconque expérience dans le domaine de la santé.

Pour tenter de cacher la réalité désastreuse du Covid-19 – plus de 44 000 morts désormais – alors que le président continue d’en nier la gravité, les autorités ont tenté de changer la façon de compter les cas de contaminations et de décès. Il a fallu que la Cour suprême intervienne pour les en empêcher. De la même manière, le juge Marcio Santoro Roch avait dû annuler un décret présidentiel publié le 27 mars pour exclure les églises, les temples religieux et les bureaux de loterie des mesures de quarantaine imposées dans certains Etats.
Durant une réunion ministérielle tenue le 22 avril, Bolsonaro, entre insultes et propos venimeux, a demandé à ce que la population soit armée pour éviter qu’une dictature ne s’installe à la tête du pays. Dans le collimateur : les maires et gouverneurs qui adoptent des mesures contraires à ses recommandations dans la lutte contre le fléau sanitaire.

Si la température grimpe en flèche au Brésil, ce n’est toutefois pas uniquement en raison de la pandémie. Car, le 19 avril, à Brasilia, en haranguant des manifestants qui, brisant la quarantaine, s’étaient rassemblés devant la Caserne générale de l’armée, Bolsonaro a légitimé de fait leur demande : une intervention militaire et la mise en œuvre de l’Acte institutionnel n° 5 (AI-5). En 1968, celui-ci avait permis de supprimer de nombreuses garanties constitutionnelles et de fermer le Congrès.
Ces prises de position témoignent de l’embarras de l’extrême droite brésilienne. Un juge de la Cour suprême, Celso de Mello, a en effet autorisé l’ouverture d’une investigation sur les accusations selon lesquelles Bolsonaro a tenté de s’ingérer dans le travail de la Police fédérale à des fins politiques. Il s’agissait pour lui d’en faire remplacer le chef pour éviter des enquêtes concernant ses fils. Par ailleurs, le Tribunal supérieur électoral a ouvert une enquête pour déterminer si, lors de la campagne présidentielle de 2018, le « candidat Bolsonaro » n’a pas utilisé des réseaux illégaux disséminant des « fake news » – ce qui, de fait, remettrait en cause son élection.

Depuis lors, le ton monte contre l’Etat de droit. Le 21 mai, le député fédéral Bia Kicis (PSL-GO), un allié du chef de l’Etat, a suggéré une « intervention militaire constitutionnelle » au cas où l’on continuerait à empêcher celui-ci de gouverner. Alors que les voix se multiplient pour demander sa démission ou une procédure d’ « empeachment », Bolsonaro a explicitement averti (13 juin) la Cour suprême et le Congrès – où il ne dispose pas d’une majorité – que « les Forces armées n’obéissent pas à des ordres absurdes » et qu’elle n’accepteront pas le résultat d’un éventuel jugement politique destiné à le destituer.
Pour les Brésiliens, le message est clair : en affichant son désir de s’arroger tous les pouvoirs, en s’attaquant délibérément aux corps constitués, Bolsonaro prône rien moins qu’un retour aux méthodes de la dictature militaire du passé.

Qui (nous parlons là des citoyens moyennement informés) se répandrait en félicitations sur la gestion du président colombien Iván Duque ? Signés en 2016 avec la guérilla des Forces armés révolutionnaires de Colombie (FARC) les Accords de paix ont été torpillés. Dans l’impunité la plus totale, toutes les vingt-quatre heures, un dirigeant social ou populaire est assassiné.
Les scandales succèdent aux scandales. On apprend que, en 2019, dans la plus totale illégalité, des membres des services de renseignement de l’armée ont placé sur écoute et espionné 130 personnes – magistrats, opposants, journalistes (dont des reporters du New York Times, du Wall Street Journal et de National Geographic) [2]. On découvre que l’actuelle vice-présidente, Marta Lucía Ramírez, a payé 150 000 dollars de caution en 1997 pour faire remettre en liberté, pendant son jugement, son frère Bernardo Ramírez Blanco, arrêté à Miami pour narcotrafic. Celui-ci fut condamné à une peine minime eu égard aux charges qui pesaient sur lui, mais pendant plus de vingt ans, en Colombie, Marta Lucía Ramírez poursuivit sa carrière politique sans jamais rendre publique cette information.
Devant le tollé provoqué par cette révélation et les demandes de démission provenant d’un certain nombre de sénateurs, le ban et l’arrière-ban de la droite se sont mobilisés pour défendre la « persécutée ». L’intervention la plus remarquée a été celle de Samuel Azout, un « homme d’affaires respectable », ex-Haut conseiller pour la prospérité sociale du président Juan Manuel Santos, quand il a déclaré : « Que celui qui n’a pas un parent ou un ami qui ait été narcotrafiquant lui jette la première pierre [3] ! » Ce qui a au moins le mérité de la clarté.

Il convient de noter à ce propos que, depuis mai dernier, l’époux de la vice-présidente, Álvaro Rincón Muñoz, doit s’expliquer devant la justice pour ses liens d’affaires, dans le secteur immobilier, avec Guillermo León Acevedo, alias « Memo Fantasma », connu pour ses liens avec les paramilitaires et les narcotrafiquants. Et que la Commission d’investigation et d’accusation de la Chambre des représentants a ouvert une enquête préalable contre le président Duque en personne, mis en cause dans le cadre de la « Ñeñepolítica ». Pour mémoire : avant sa mort par assassinat en mai 2019, l’éleveur José Guillermo Hernández Aponte, dit « Ñeñe », lui aussi notoirement proche des mafieux, a révélé des « achats de votes » et une fraude électorale organisés sur la côte caraïbe et dans la Guajira, pour favoriser l’élection de l’actuel chef de l’Etat [4].

Dans ces conditions, faut-il s’étonner de la nomination récente, mais surtout particulièrement cynique, au poste de Coordinateur des victimes du conflit armé, au sein du ministère de l’Intérieur, de Jorge Rodrigo Tovar, fils de l’ex-paramilitaire Rodrigo Tovar Pupo, alias « Jorge 40 » ? Démobilisé en 2006, extradé aux Etats-Unis en mai 2008 pour trafic de drogues, prochainement libéré après douze années d’incarcération, « Jorge 40 », ex-commandant du Bloc Nord des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), est directement responsable de 333 massacres dans les Départements de l’Atlantique, du César, du Magdalena et de la Guajira, avec un solde de 1 573 victimes [5]. Il a été exclu du programme Justice et paix, pourtant particulièrement clément, car clé de voûte de la stratégie du président Uribe vis-à-vis de ses alliés, pour n’avoir rien révélé des actes commis sous ses ordres et son désintérêt total pour leurs victimes.
Un fils ne peut être tenu pour responsable des crimes de son père. Mais, s’est interrogé le député Inti Asprilla (Alliance verte), en phase avec un sentiment largement partagé, « comment va être résolu le conflit d’intérêt : par exemple quand se présenteront à son bureau des victimes de son père [6] » ? Sachant que, publiquement, il défend son géniteur, le considérant comme un « prisonnier politique aux Etats-Unis » et un « héros ».

Dernière polémique en date. L’arrivée dans le pays des cinquante premiers militaires étatsuniens d’une Security Force Assitance Brigade (SFAB) en comportant dans le futur un nombre indéterminé – peut-être jusqu’à 800. Pour une telle incursion d’une force étrangère sur le territoire national, le Sénat colombien aurait dû donner son autorisation. Il n’a pas été consulté. Visée annoncée du déploiement : la lutte contre le narcotrafic (vingt ans après le début du Plan Colombie – 10 milliards de dollars pour le même supposé objectif – signé par les présidents Bill Clinton et Andrés Pastrana !). Avec une particularité relevée, entre autres, par le sénateur Iván Cepeda (Pôle démocratique alternatif ; PDA) : le manuel d’opérations de ces Forces spéciales « mentionne explicitement la fonction de conseiller des milices non gouvernementales et des associés irréguliers ». Faut-il traduire des groupes illégaux ? Si l’on excepte les guérillas encore en activité, par définition écartées d’une telle alliance, il n’en existe que de deux types (étroitement liés) : les paramilitaires (rebaptisés « bandes criminelles émergentes ») et les narcotrafiquants. Pour lutter contre les activités illicites dont ils sont les acteurs principaux ? Plus vraisemblable : avec les yeux tournés vers un certain pays voisin (au hasard : le Venezuela).

Trump, Bolsonaro, Duque [7]… Les défauts, tares et souillures qui ternissent leurs mandats sont unanimement réprouvés, et pas uniquement à gauche. Difficile pour quiconque défend une cause ou entend mettre en scène sa propre respectabilité de revendiquer publiquement l’appui de tels « parrains ». Quand bien même ils seraient votre « boss » (Trump) et vos deux partenaires privilégiés. Face aux humains dotés de raison, aux personnes responsables et autres citoyens moyennement informés évoqués précédemment, la mise en avant d’une telle confrérie se révélerait hautement significative. Et donc contreproductive.

Situation des plus inconfortables pour le président autoproclamé du Venezuela Juan Guaido, leur protégé. Il est en perte de vitesse, chez lui et à l’étranger. De larges factions de l’opposition vénézuélienne ne croient plus en lui. Voire entendent le mettre hors-jeu. Depuis septembre 2019, les secteurs « responsables » de la droite antichaviste négocient avec le gouvernement de l’authentique chef de l’Etat, Nicolás Maduro. Ils préparent ensemble le renouvellement du Conseil national électoral (CNE), en vue d’organiser des élections législatives en cette année 2020. S’ils disposent en s’alliant de la majorité au Parlement, l’opposition modérée et les chavistes, du fait de l’obstruction des radicaux, n’atteignent pas les deux tiers des voix nécessaires à la nomination des nouveaux recteurs du CNE. D’où une situation bloquée. Conformément à ce que stipule la Constitution, c’est donc le Tribunal suprême de justice (TSJ) qui, avec l’aval de la droite modérée, les nommera (le 13 juin). Provoquant qui plus est d’importantes scissions et luttes pour le contrôle des partis traditionnels – Action démocratique, Primero Justicia –, entre les partisans d’une sortie politique et les fous furieux pro-Guaido. Une catastrophe, une défaite politique majeure pour Washington (et ses supplétifs de l’Union européenne), l’extrême droite et le chef d’Etat imaginaire qui, en aucun cas, ne veulent d’un prochain scrutin. Il leur faut « faire tomber » Maduro dans le chaos, la violence et le sang. D’où la contre-offensive lancée depuis plusieurs semaines par Guaido. Mais qui pour se substituer à ses encombrants partenaires, dans le travail de propagande qu’il doit mener ?

Pour le quotidien français Le Monde, et s’agissant de la République bolivarienne, « toutes les compromissions sont sur la table ». Dans son édition datée du vendredi 12 juin, c’est donc lui qui offre une demi-page de « tribune » au protégé de Trump, Bolsonaro et Duque. Titre : « Sauvons le Venezuela ensemble ». Aucune surprise dans le texte, porteur de l’argumentation classique de l’extrême droite « bushiste » « trumpiste » et vénézuélienne depuis 2002. Objectif principal (et, d’une certaine manière, plutôt amusant) : « Nous appelons la communauté internationale à être particulièrement vigilante sur les efforts de Nicolas Maduro pour mettre définitivement fin à la démocratie au Venezuela. Il compte en effet organiser de nouvelles élections législatives cette année. » En lieu et place, l’homme lige de l’Impérialisme et de la réaction préconise un « gouvernement national d’urgence ». Cela ne coûtant rien, il lustre de quelques coups de brosse à reluire appuyés les « pompes » de l’ex-« socialiste » Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères rallié au président de droite Emmanuel Macron. Le Monde, bien entendu fait sa part du travail de sape. Destiné à demeurer imprimé dans l’esprit du lecteur, composé en plus gros, en lettres capitales et en couleur, l’intertitre reprend la plus spectaculaire des accusations de Guaido (et de Trump, son patron [8]) :

monde2-6a4f2« La réalité est la suivante : une narco-dictature s’est saisie des institutions et confisque tous les pouvoirs au Venezuela ». En fin de dernière colonne, comme il se doit, également rédigée par le quotidien, ce qu’on appelle la « note signature » : « Juan Guaido Marquez est reconnu comme “président par intérim” de son pays par les Etats-Unis, la France et plus de cinquante pays ».

 

« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! », réagirait Cyrano de Bergerac devant une telle provocation. « On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… En variant le ton – par exemple, tenez… »

Juan Guaido, devient député en 2015, avec 91 000 voix (sur les 20 millions d’inscrits sur les listes électorales). N’a émis aucune désapprobation, blâme ou critique, quand, le 4 août 2018, une tentative d’assassinat de Maduro à l’aide de deux drones chargés d’explosifs a échoué de peu. Est élu « président par intérim » le 23 février 2019 par l’administration Trump après que, la veille, le vice-président Mike Pence ait appelé l’opposition à descendre dans la rue. Se proclame chef de l’Etat sur un bout de trottoir. Un mois plus tard, se fait aider par des criminels notoires – les narco-paramilitaires colombiens Los Rastrojos (1 500 victimes) – pour passer clandestinement en Colombie [9]. Destitue fin novembre son pseudo ambassadeur dans ce pays, Humberto Calderón Berti, après que celui-ci ait dénoncé d’importantes malversation des fonds de la supposée « aide humanitaire » de la part de l’équipe désignée par Guaido pour l’administrer.

Sans se préoccuper aucunement des souffrances infligées à la population, l’individu réclame et appuie les mesures coercitives unilatérales imposées par les Etats-Unis à son pays, dans le but de le mettre à genou économiquement (dernier épisode en date : le Département des Transports US vient d’infliger une amende de 450 000 dollars à la compagnie aérienne panaméenne COPA pour avoir transporté « illégalement », en leur faisant faire une escale évitant un vol direct, « interdit », 15 000 Vénézuéliens entre les Etats-Unis et leur pays). Guaido pille et laisse piller par la puissance impériale les actifs de l’Etat vénézuélien, dont ceux de sa compagnie pétrolière PDVSA, à l’étranger. Le 30 avril 2019, en compagnie d’un groupe réduit de militaires, il tente un dangereux coup de poker en feignant avoir « pris », à Caracas, la base aérienne de La Carlota, afin de faire basculer et l’armée et la population. Personne ne le suit. Le coup d’Etat échoue. Réussi, il aurait déclenché une tragédie.

Le 16 octobre 2019, Guaido signe un contrat avec Jordan Goudreau, ancien béret vert US et patron d’une compagnie de sécurité privée basée en Floride, Silvercorp [10]. En échange de 212,9 millions de dollars pour une opération durant globalement 495 jours, le mercenaire s’engage à conseiller et assister l’équipe du président élu par Trump, Bolsonaro et Duque « dans la planification et l’exécution d’une opération pour capturer / arrêter / éliminer Nicolás Maduro » (pour les respectables journalistes du Monde ne disposant pas d’un dictionnaire des synonymes, on précisera qu’ « éliminer », dans un tel contexte, signifie « assassiner »).
C’est ce même Goudreau qui encadre, avec deux autres mercenaires américains, l’opération « Gedeón » du 3 mai dernier : une tentative d’incursion de plusieurs dizaines de commandos (essentiellement des déserteurs vénézuéliens) pour s’emparer de Maduro, « éliminer » un certain nombre de dirigeants chavistes et provoquer la confusion – sachant que, à proximité immédiate, dans la Caraïbe, les Etats-Unis ont déployé une flotte navale, dont un porte-avions, susceptible d’intervenir pour des raisons « humanitaires », afin de « sauver des vies », en cas de chaos [11].
Entraînés par les hommes de Goudreau en Colombie, les assaillants y ont bénéficié au moment de leur départ de la collaboration non des Rastrojos, mais, cette fois, d’Elkin Javier López Torres, alias « Doble Rueda », l’un des principaux « capos » du narcotrafic de la région de la Guajira.

Au terme de ce nouvel échec (qui confirme les liens mafieux de sa mouvance), Guaido ne cache pas sa satisfaction lorsqu’il entend Donald Trump déclarer qu’il a « encerclé » le Venezuela à un niveau « que tout le monde ignore » et que « quelque chose arrivera » parce que Washington « ne supporte plus la situation [12] ».
A chacun ses références. Pour l’anti-Bolsonaro, le très respecté ex-président brésilien « Lula » – élu homme politique de l’année 2004, quand il était à la mode (pour de bonnes raisons) par le quotidien… Le Monde –, il y a longtemps que Guaido « devrait être en prison pour les violences meurtrières qu’il a co-organisées et ses tentatives de coup d’Etat [13]  ».
Voilà, somme toute, ce qui aurait pu figurer dans la « note signature »d’un quotidien d’information. Il n’en a rien été. Pourquoi ? La question est moins innocente qu’il y paraît. On ne prétendra pas ici que Le Monde est « à la botte du pouvoir » – ce qui serait particulièrement insultant. Mais on notera tout de même que, par le plus grand des hasards, la tribune de Guaido est parue le jour même où l’ambassadeur d’Emmanuel Macron au Venezuela, Romain Nadal, régulièrement épinglé pour son appui ostentatoire au président fantoche, devait être auditionné par le Sénat.

L'auteur: Maurice Lemoine, spécialiste de l'Amérique Latine depuis quarante ans, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique. Ici dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: Thierry Deronne

L’auteur: Maurice Lemoine, dans un barrio populaire des hauteurs de Caracas, en 2003. Photo: T. Deronne

Notes:


[1L’enquête souhaitée par la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, vise entre autres des exactions qui auraient été commises par des soldats américains ou des agents de la CIA en Afghanistan, pays où les Etats-Unis mènent depuis 2001 la plus longue guerre de leur histoire.

[2Curieusement, Jorge Mario Eastman, ex-vice-ministre de la Défense (sous Andrés Pastrana et Álvaro Uribe), puis secrétaire général de la Présidence de Duque, a également été espionné.

[6 El Tiempo, Bogotá, 19 mai 2020.

[7Plus, évidemment, leurs habituels comparses : le chilien Sebastian Pinera (sauvé de la fureur des mouvements sociaux par l’explosion de la pandémie) ; l’équatorien Lenín Moreno (lequel, trahissant la gauche qui l’a élu, a détruit l’Equateur en deux ans) ; la bolivienne Janine Añez (présidente de facto après le coup d’Etat contre Evo Morales et manœuvrant pour se maintenir au pouvoir en tentant d’empêcher la future élection présidentielle de septembre prochain) ; ainsi que leurs amis conservateurs du Groupe de Lima – Canada, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Panamá, Paraguay, Pérou. Sans parler, évidemment, de l’Union européenne.

[8Lire « Maduro mort ou vif » – http://www.medelu.org/Maduro-mort-ou-vif

[9« Venezuela : aux sources de la désinformation » – http://www.medelu.org/Venezuela-aux-sources-de-la-desinformation

[11A ce jour, 79 participants à cette opération ont été arrêtées par les forces de sécurité.