Élections au Venezuela, un tournant

Le-Venezuela-dictature-où-il-n’y-a-pas-de-place-pour-les-opposants. La vieille antienne de l’internationale médiatique vise les militant(e)s de gauche du monde entier, pour les démobiliser, les neutraliser, éliminer toute velléité de solidarité.

Le dimanche 21 novembre 2021, 70.244 candidat(e)s se présentent aux élections régionales et municipales. 49,4 % sont des femmes. Il s’agit du 29ème scrutin depuis l’élection de Hugo Chávez en décembre 1998. Les partis d’opposition (dont l’extrême droite) présentent près de 67162 candidat(e), soit 96% du total. Mouvement unitaire, le chavisme ne présente que 3082 candidat(e)s, soit 4%. Il y a donc près de 22 candidat(e)s d’opposition pour chaque candidat(e) chaviste. Ces « méga-élections » concernent 3.082 postes dans tout le pays : 23 postes de gouverneur(e), 335 postes de maire(sse), 253 postes de législateur(trice) régional(e) et 2.471 postes de conseiller(ère) municipal(e).

21.159.846 électeurs(trices) pourront déposer leur vote secret avec double vérification (vote électronique + vote en papier pour audit postérieur si nécessaire) dans un des 14.262 bureaux de vote, en présence de 262.284 témoins de tous les partis. Le vote n’est pas obligatoire. Dans les semaines précédant l’élection, des machines de vote automatique ont été installées un peu partout pour permettre aux citoyen(ne)s de s’entraîner et de se familiariser avec la liste des partis (simulation de vote publiée aussi sur le site du Centre National Électoral) et avec l’acte de voter. Les organisations indigènes éliront leurs propres représentant(e)s, avec leur propre scrutin.

Vidéo : comme d’habitude ces élections sont précédées de nombreux audits (17 dans ce cas) du système et des machines de vote, effectués en présence des différents partis de l’ultra-droite à l’ultra-gauche et des observateurs électoraux.

Le processus électoral sera observé par près de 500 observateurs internationaux. L’Union européenne a envoyé près de 100 observateurs (après avoir décliné l’invitation du Centre National Électoral lors des élections de 2006) mais la mission de novembre 2021 a perdu beaucoup de crédit à cause des déclarations du dirigeant européen Borrel pour qui « notre rôle est d’aider l’opposition » et « seul le rapport de l’UE validera ou non le résultat » (sic). En outre, espérant faire pression sur les électeur(trices)s, l’Union Européenne vient de reconduire « pour un an » ses sanctions illégales contre le Venezuela (dénoncées par l’ONU), à trois jours du scrutin…

D’autres observateurs d’organismes multilatéraux participeront dont le groupe d’experts des Nations Unies, du Centre Carter, et surtout du prestigieux Conseil des Experts Électoraux Latino-américains (CEELA), composé d’experts juridiques et de présidents de tribunaux électoraux provenant de pays de tout signe politique. Ajoutons les experts électoraux de l’observatoire des affaires latino-américaines de la Chambre des députés de la République d’Argentine, la mission de suivi de la Conférence Permanente des Partis Politiques Latino-américains (COPPAL), l’Observatoire de la démocratie du Parlement du Mercosur, l’équipe du National Lawyers Guild of New York & California, l’Observatorio de Derechos Humanos de los Pueblos @ObservatorioDHP, etc.. ainsi que quelques centaines de journalistes de 70 médias nationaux et internationaux, d’experts électoraux de pays d’Afrique, des Caraïbes et d’Asie, de politiques (dont l’ex-président espagnol Rodriguez Zapatero), de mouvements sociaux et d’universitaires du monde entier. Comme le souligne Pedro Calzadilla, président du Conseil National Électoral, il s’agira des élections les plus contrôlées au monde.

Parmi les partis participants au élections il y a d’un côté, le PSUV, principal parti du chavisme, qui vient de tenir des élections primaires qui ont permis aux militant(e)s d’évaluer les gestions des maires et gouverneurs chavistes et de renouveler une bonne partie de ses candidat(e)s, avec les forces alliées du Grand Pôle Patriotique (Gran Polo Patriotico). De l’autre côté se trouve la Plataforma Unitaria, qui rassemble un groupe de partis de droite dirigés par Guaidó. Ils sont rejoints par l’Alliance démocratique, une coalition d’opposition qui a participé aux élections et dispose d’une représentation institutionnelle, et l’Alternative populaire révolutionnaire (APR), une coalition politique de gauche opposée à l’administration de Nicolás Maduro, plus discursive qu’ancrée socialement. Enfin, il existe une douzaine de partis régionaux et/ou municipaux.

Photos: Candidate chaviste à la mairie de Caracas, Carmen Melendez a intégré dans ses 1750 propositions celles des mouvements féministes. Lutte contre les violences, création de maisons-refuges, appui aux programmes d’allaitement maternel et d’accouchement humanisé, etc… Les organisations de base de la révolution sont dirigées à 85% par des femmes.

L’extrême droite en campagne à Caracas

Alors qu’elle appelait au boycott électoral depuis des années, l’extrême droite a donc, cette fois, décidé de participer au scrutin avec la droite traditionnelle. Il s’agit en effet des premières élections depuis 2017 auxquelles participeront les factions les plus radicalisées de l’opposition, regroupées dans le dénommé G4 – rebaptisé Plataforma Unitaria. Le passage de la phase insurrectionnelle pour exiger la « fin de l’usurpation » de Maduro, à l’acceptation du dialogue et de la participation aux élections a été un chemin tortueux, à cause des interférences incessantes de Washington. Depuis plusieurs années, différents mécanismes de dialogue ont été proposés par le président Maduro afin de pousser l’opposition vers la reconnaissance de la décision des urnes et le champ démocratique. On a ainsi tenté de réduire le poids des sanctions unilatérales – diplomatiques et économiques – que l’UE et les USA ont mises en place peu après la disparition du président Chávez, dans l’espoir d’éradiquer définitivement la révolution bolivarienne, sanctions exigées internationalement par la droite vénézuélienne.

Occultées ou minimisées par les médias internationaux afin de rejeter la faute de la « crise » sur le président Maduro et l’attribuer à « l’échec du socialisme », cette guerre économique et ces mesures coercitives unilatérales, illégales au regard du droit international et de la charte de l’ONU, ont été dénoncées comme source principale des grandes souffrances sociales par la rapporteure spéciale de l’ONU, Alena Douhan. Selon Benigno Alarcón Deza – directeur du média de droite vénézuélien Politikaucab – elles sont à la fois le point principal des revendications du chavisme et « la pression la plus importante sur le gouvernement et le seul point d’appui « .

Vidéo : Par contraste avec les meetings d’une droite puissamment financée mais déchirée par des conflits internes inextricables liés aux nombreux scandales de corruption entourant l’ex-fake-président Guaido, les mobilisations populaires du chavisme frappent par le nombre de participant(e)s et par la clarté des militant(e)s sur les enjeux du vote du 21 novembre.

En mai 2021, le gouvernement a lancé un processus de renouvellement du Conseil National Électoral (CNE), l’organe suprême du pouvoir électoral. Ce renouvellement s’inscrivait dans le cadre d’un accord entre le gouvernement bolivarien et la droite – tant dans sa variante parlementaire que dans les associations dites de la « société civile » – qui a modifié la structure de direction de l’organe plénier : deux représentants de la droite sur un total de cinq membres ont été incorporés.

En août, un nouveau cycle de négociations a débuté au Mexique entre le gouvernement et l’extrême droite emmenée par l’ex-putschiste Gerardo Blyde, qui refusait de participer aux élections et de reconnaître Nicolás Maduro comme président légitimement élu. Ces négociations ont eu lieu au Mexique avec la bénédiction du gouvernement d’Andrés Manuel López Obrador, et ont été observées par le Royaume de Norvège, et accompagnées par le Royaume des Pays-Bas et la Fédération de Russie. Il s’agissait de la cinquième tentative du gouvernement en dehors du Venezuela pour établir un dialogue en vue d’un accord, dans le but de parvenir à une entente qui permettrait de sortir du conflit et du siège que subit le pays depuis des années.

Toutefois, contrairement aux tentatives précédentes, un protocole d’accord a été signé entre les deux parties dans le cadre de ce processus de dialogue. Sept points ont été convenus : droits politiques pour tous ; garanties électorales ; levée des sanctions illégales de l’Occident ; respect de l’État de droit ; coexistence politique et sociale ; protection de l’économie nationale ; garanties pour la mise en œuvre et le suivi des accords.

Ces élections s’inscrivent donc dans le cadre d’un changement de stratégie des factions les plus radicales de l’opposition, qui avaient parié ces dernières années sur un « changement de régime » en désavouant Maduro et en créant un cadre institutionnel parallèle visant à destituer le gouvernement. Cette stratégie, avec la création d’un gouvernement parallèle dirigé par Guaidó, est entrée en crise. Si l’extrême droite (transformée par les grands médias du monde entier en « rébellion populaire ») rentre aujourd’hui dans le jeu démocratique, c’est sans doute pour tenter de regagner le terrain perdu à force de ne jouer que sur l’immédiateté médiatico-putschiste depuis 2013.

L’une des principales questions de ces élections tournera autour du niveau de l’abstention électorale, qui est en hausse ces dernières années (le vote n’est pas obligatoire au Venezuela). Lors des élections législatives de fin 2020, le taux de participation n’a atteint que 31 %. L’opposition, qui n’avait pas participé aux élections, a fait valoir que l’abstention était un rejet virtuel du gouvernement et un soutien pour elle. Le gouvernement a attribué le faible taux de participation à l’absence d’une opposition compétitive sur le plan électoral, à la fatigue due à la situation économique générée par le blocus occidental, et à la pandémie.

Quels que soient les résultats, les élections du 21 novembre constitueront un tournant dans le panorama politique mouvementé du Venezuela, inscrit qu’il est dans un panorama latino-américain en pleine bataille entre progression de la gauche et restauration de la droite. La gauche qui se présente sous les régimes d’extrême-droite ultralibérale, sous pression du pouvoir médiatique, se voit obligée écarter les candidats de rupture en faveur de «centristes» (Boric, Petro) qui atténuent leur programme et calquent leur discours de politique étrangère sur les grands médias (par exemple sur le Venezuela). Mais il y a quelque chose de suicidaire dans cette tactique électorale. A court terme, la timidité des réformes déçoit les classes populaires et l’extrême-droite néolibérale revient en force dans les urnes, comme en Argentine avec Alberto Fernandez.

On verra si les forces populaires vénézuéliennes parviennent, dans ce contexte, à garder le cap qui caractérise la révolution bolivarienne depuis plus de vingt ans, celui du socialisme du XXIe siècle. Ou si, au contraire, nous assistons à une normalisation libérale progressive dans un pays profondément meurtri, puni pour le sacrilège d’avoir opté pour une voie différente de celle stipulée par la normalité capitaliste.

Texte : Gabriel Vera Lopes et Thierry Deronne / Venezuelainfos

Source et traduction : Bernard Tornare : https://b-tornare.overblog.com/2021/11/elections-au-venezuela-un-tournant.html

Source en espagnol

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/19/elections-au-venezuela-un-tournant/

La politique des États-Unis à l’égard du Venezuela n’a jamais consisté à « promouvoir la démocratie » (Steve Ellner, The Progressive Magazine).

Photo: Juan Guaidó aux côtés de l’ex-président Donald Trump à la Maison Blanche.

L’an dernier, Elliott Abrams, alors représentant spécial, a déclaré que l’administration Trump « travaillait dur » pour évincer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Aujourd’hui, M. Abrams (actuellement chargé de mission au Council on Foreign Relations), ainsi que l’administration Biden, exhortent l’opposition vénézuélienne à participer aux prochaines élections locales et régionales de novembre.

Le récent rétropédalage de Washington ne signifie toutefois pas qu’il a renoncé à intervenir dans les affaires intérieures du Venezuela.

Sans surprise, Washington a fait pression sur l’opposition de droite vénézuélienne – dirigée par le président autoproclamé Juan Guaidó et le chef de l’opposition Leopoldo López – pour qu’elle abandonne sa politique de trois ans de boycott des élections, qu’elle prétend truquées. La participation électorale est une pilule difficile à avaler pour les deux politiciens car elle brise l’illusion, entretenue par beaucoup à Washington, que Guaidó est le président légitime et qu’il n’est qu’à quelques jours ou semaines d’occuper le palais présidentiel.

Le rejet de la légitimité de Maduro remonte à début 2015, lorsque l’administration Obama a déclaré que le Venezuela constituait « une menace pour la sécurité nationale des États-Unis » (sic). Cette déclaration a préparé le terrain pour les sanctions sévères de Trump, conçues pour intimider les entreprises internationales afin qu’elles rompent leurs relations avec le Venezuela. Francisco Rodríguez, économiste ultra-libéral vénézuélien, anciennement à la Bank of America et principal conseiller de la droite, a extrapolé que sans les sanctions, la production de pétrole dans la région à haut rendement de l’Orénoque aurait été trois à cinq fois plus importante cette année.

Lors des élections de novembre, le parti de droite Voluntad Popular, fondé par López, présentera des candidats sous la bannière d’une alliance entre les principaux partis d’opposition du pays. De nombreux petits partis modérés présentent également des candidats qui ont critiqué les sanctions et qui, contrairement à Voluntad Popular et à ses alliés, reconnaissent la légitimité de Maduro. La fragmentation de l’opposition augmente la possibilité que le Parti socialiste unifié de Maduro obtienne une majorité dans les urnes.

Un sondage récent d’une firme privée a évalué la popularité du parti chaviste à 34 %, contre 13 % pour Voluntad Popular et le reste de la droite réunis. (Le sondeur de droite Luis Vicente León, lui, affirme que le parti chaviste est à 20 ou 25 %). Malgré l’avance du parti chaviste, le « phénomène Nicaragua » (les Nicaraguayens ont voté pour le départ des Sandinistes en 1990 par peur de la violence et des sanctions économiques encouragées par les États-Unis) pourra-t-il profiter à l’opposition ?

Pratiquement rien n’a changé depuis que le président Joe Biden a pris ses fonctions en 2020, a récemment rappelé Maduro. « Il n’y a pas eu un seul signe positif », a déploré Maduro, même s’il est au courant qu’au moins certains fonctionnaires du département d’État « sont d’accord avec un dialogue politique entre les Vénézuéliens. »

Néanmoins, la politique de Biden semble s’écarter de la stratégie de Trump consistant à inciter à un coup d’État militaire et à menacer d’une intervention militaire. Malgré cette approche, le Panam Post a noté que l’administration Biden a généralement minimisé l’importance du Venezuela et « tourné son regard vers le Nicaragua », où les perspectives de changement de régime sont plus intéressantes.

Le véritable changement de politique en 2021 a consisté à pousser Maduro à tenir compte des intérêts économiques et politiques des États-Unis, par opposition à un changement de régime. Quelques jours après les élections américaines de 2020, Abrams a recommandé à Biden de ne plus utiliser les sanctions comme stratégie de changement de régime contre le Venezuela. Au lieu de cela, la nouvelle approche propose de modifier ou de lever les sanctions en échange de concessions de Maduro.

Maduro, dans une interview accordée à Bloomberg, a indiqué qu’il savait comment jouer le jeu. « Les détenteurs d’obligations savent qu’il est possible d’investir au Venezuela », a-t-il déclaré,  » pour autant que toute cette persécution et ces sanctions cessent. »

En réponse, le journaliste de Bloomberg Erik Schatzker a demandé : « Lorsque les négociations commenceront, si elles commencent, chercherez-vous un accord tout ou rien, ou accepterez-vous un processus graduel ? Jusqu’où êtes-vous prêt à aller avec cette réouverture [économique] ? ».

L’approche par effet de levier de Washington révèle que la politique à l’égard du Venezuela n’a jamais vraiment porté sur la « démocratie ». Exercer des pressions pour obtenir des concessions en faveur des intérêts des entreprises américaines n’équivaut guère à la promotion des idéaux démocratiques.

Carlos Ron, vice-ministre vénézuélien des affaires étrangères pour l’Amérique du Nord, déclare à Progressive qu’en dépit de sa posture, Washington « ne s’est jamais vraiment préoccupé de la démocratie vénézuélienne et a tenté de saper et d’écarter tous les processus électoraux depuis le président Chavez ».

Soucieux de voir Biden lever les sanctions, Maduro fait des concessions en faveur du parti Voluntad Popular. En juillet, Maduro a libéré de prison le putschiste d’extrême droite Freddy Guevara, du parti Voluntad Popular, accusé pour l’organisation de violences. Il n’est pas surprenant que ce soit Guaidó qui ait nommé l’équipe de négociation de l’opposition pour les pourparlers, qui se déroulent avec le gouvernement vénézuélien au Mexique.

Le porte-parole de la Maison Blanche, Ned Price, a annoncé que Washington « allègera les sanctions » s’il y a des « progrès significatifs » dans les négociations entre Maduro et l’opposition. De même, Abrams suggère l’éventualité d’un « assouplissement des sanctions ou d’un accord permettant d’utiliser des fonds vénézuéliens, gelés par les banques occidentales, pour acheter des médicaments et pour des objectifs connexes », en fonction des concessions que Maduro est prêt à accorder.

Tout comme dans le cas de l’approche de marchandage de l’administration pour obtenir des concessions économiques, sa stratégie fragmentaire sur le front politique favorisant les dirigeants de droite, il est difficile de faire valoir que la démocratie est, ou a toujours été, le but final de Washington en ce qui concerne le Venezuela.

La rhétorique binaire de Washington, qui oppose les bons aux méchants, convaincrait n’importe qui que le choix en novembre sera entre Maduro et Guaidó. Fidèle à la devise de Washington, « notre homme à Caracas », Guaidó est supposé être le principal porte-parole de l’opposition, tandis que Voluntad Popular est supposée être le plus grand parti de la droite.

Cette vision est démentie par l’impopularité de Guaidó au Venezuela et le fait que Voluntad Popular est un parti relativement petit, situé à la frange radicale de la droite. En fait, le traitement privilégié accordé à Guaidó et à son parti par Washington a nui à l’opposition dans son ensemble, étant donné que d’autres partis et leaders anti-révolutionnaires jouissent d’un peu plus de crédibilité au Venezuela.

La rivalité qui existe entre Voluntad Popular et ses plus proches alliés de droite et d’extrême droite à l’approche des élections du 21 novembre n’est que la partie émergée de l’iceberg. Au 6 septembre, 70.244 candidats – dont la majorité sont anti-gouvernementaux – étaient en lice pour 3.082 postes. Alors que les quatre plus grands partis, y compris Voluntad Popular populaire, sont unis dans une alliance électorale, d’autres groupes leur reprochent leurs tentatives ratées de changement de régime sous l’égide de Washington.

Luis Vicente León, sondeur de droite, prédit un taux d’abstention de 50 à 60 %, malgré l’attention nationale et internationale que ces élections ont suscitée. Selon León, le problème de l’opposition est son extrême fragmentation et le fait que, dans certains cas, elle présente « des candidats qui ne sont pas présentables, qui arrivent sur la scène à la suite d’un accord politique. »

Les sanctions des États-Unis ont fait des ravages sur l’économie et le peuple vénézuéliens. Comment pourrait-il en être autrement alors que, depuis un siècle, le Venezuela est totalement dépendant de l’exportation de pétrole qui est maintenant bloquée par des sanctions contre toute entreprise du monde entier qui ose acheter ce produit.

Sur le plan politique, la politique des États-Unis à l’égard du Venezuela a également eu un effet dévastateur : elle exacerbe la polarisation aux dépens d’un terrain d’entente constitué des modérés de l’opposition ainsi que des critiques de Maduro sur la gauche. Les modérés, par opposition à la volonté populaire, sont plus en phase avec les préoccupations des Vénézuéliens ; ils s’opposent aux sanctions et préfèrent se concentrer sur les solutions aux problèmes économiques concrets plutôt que sur un changement de régime.

Le grand dilemme de la droite sera de faire voter en novembre. Le taux d’abstention prévu de 50 % en novembre reflète le rejet généralisé de l’ensemble de la classe politique par les électeurs. En effet, la moitié du pays reproche au gouvernement d’être responsable des problèmes économiques urgents de la nation et à l’opposition d’être tombée dans le piège du programme de changement de régime de Washington.

Au cours des trois dernières années, les principaux partis de l’opposition se sont attribués le mérite du fort taux d’abstention aux élections vénézuéliennes, affirmant que ceux qui n’avaient pas voté étaient une « majorité silencieuse » qui sympathisait avec leur cause. Maintenant que ces mêmes partis ont opté pour la participation électorale, le taux d’abstention élevé attendu pour les élections de novembre est une indication claire de la surestimation de leur soutien populaire.

Si c’est effectivement le cas, l’échec de la droite vénézuélienne à obtenir une majorité importante parmi les électeurs éligibles démontrera la folie de la reconnaissance continue par Washington de Juan Guaidó comme le « président » du Venezuela.

L’auteur : Professeur retraité de la Universidad De Oriente (Venezuela), Steve Ellner a été professeur invité à l’Universidad Central de Venezuela (1994-2001), au St. John Fisher College de Rochester, NY (2001), à Georgetown University (2004), à Duke University (2005), à l’Universidad de Buenos Aires (2010), à l’Australian National University (2013) et à Tulane University (2015), a enseigné à la School of International and Public Affairs de Columbia University (2011) et à Johns Hopkins University (2012). Outre son appartenance au collectif des éditeurs coordinateurs de Latin American Perspectives, Ellner fait partie du comité consultatif de Science and Society. Son dernier livre est Latin American Extractivism : Dependency, Resource Nationalism, and Resistance in Broad Perspective (Rowman and Littlefield, 2021).

Source : https://progressive.org/latest/us-policy-venezuela-never-about-democracy-ellner-211027/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/11/01/la-politique-des-etats-unis-a-legard-du-venezuela-na-jamais-consiste-a-promouvoir-la-democratie-steve-ellner-the-progressive-magazine/

Alex Saab : Trump en a rêvé, Biden l’a fait

par Maurice Lemoine

France Culture (« l’esprit d’ouverture »), journal du 17 octobre 2021 au matin : « Extradition aux Etats-Unis d’Alex Saab, un proche de Maduro accusé d’avoir détourné l’aide alimentaire destinée au Venezuela. » Pour Libération (« CheckNews » à tous les étages), « l’opposition vénézuélienne et de nombreux journalistes qui ont enquêté sur le personnage affirment qu’il sait tout sur la corruption du régime de Nicolas Maduro ». Ce que confirme La Croix : « Soupçonné d’avoir profité de sa proximité avec Caracas pour détourner 350 millions de dollars, il pourrait détenir des informations compromettantes pour Maduro. » D’autant que, à en croire Le Monde (le quotidien « de référence »), reprenant l’Agence France Presse (AFP), l’opposant vénézuélien Julio Borges déclare qu’avec l’extradition commence « le passage devant la justice de quelqu’un qui a volé des millions de dollars aux Vénézuéliens, qui est responsable direct de la faim et de la crise humanitaire » dans ce pays. Bref, résume France Inter (« écoutez la différence »), « le président Maduro a de quoi être inquiet. Un homme qui sait tout de sa fortune, du financement de son régime, de la corruption vénézuélienne, est aujourd’hui entre les mains des Etats-Unis, son pire ennemi [1]. »

Amis de l’information objective, bonjour et bienvenidos.

Version quelque peu différente de l’histoire : envoyé spécial du gouvernement vénézuélien, avec rang d’ambassadeur, Saab effectuait une mission pour le compte de celui-ci, volant de Caracas vers l’Iran, le 12 juin 2020, afin d’acquérir de la nourriture et de l’essence dont manquent cruellement les habitants de la République bolivarienne du fait du blocus économique et financier imposé par les Etats-Unis. A la requête de Washington, Saab a été arbitrairement arrêté lors d’une escale technique au Cap-Vert. Depuis, Caracas s’est battu becs et ongles pour empêcher cette « séquestration » d’aller à son terme par le biais d’une extradition vers un cul-de-basse fosse étatsunien.

Né dans une famille colombienne d’ascendance libanaise, mais également citoyen vénézuélien, Alex Saab (49 ans), n’est pas entré subrepticement dans le sillage de la révolution bolivarienne. En novembre 2011, cet homme d’affaires inconnu du grand public participe à une rencontre entre les présidents vénézuélien Hugo Chávez et colombien Juan Manuel Santos. Les relations sont alors au beau fixe. Chávez s’implique personnellement pour persuader la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) de négocier une sortie du conflit armé avec le pouvoir de son pays. Lors de cette rencontre, donc, et en présence du ministre des Affaires étrangères vénézuélien Nicolás Maduro, le jeune Saab monte à la tribune et signe une « alliance stratégique » : Fondo Global de Construcción, une de ses entreprises, fournira au Venezuela des maisons préfabriquées destinées au programme naissant de la Mission logement (« Misión Vivienda »).

Deux années plus tard, en mars 2013, Chávez disparaît. Maduro accède démocratiquement au pouvoir (50,61 % des voix). L’estimant moins solide que le défunt « comandante », l’opposition radicale se lance dans sa déstabilisation. Le 8 mars 2015, le président des Etats-Unis Barack Obama apporte sa pierre à l’édifice et prépare l’avenir en signant l’Ordre exécutif 13692 qui fait du Venezuela « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ». Chef du Southern Command (le commandement sud de l’armée américaine), le général John Kelly déclare le 28 octobre suivant que les Etats-Unis interviendront en cas de crise humanitaire au Venezuela. Ne reste plus qu’à provoquer celle-ci. La doctrine a été développée par le politologue américain Gene Sharp, le « Machiavel de la lutte non violente » (camouflage moderne des « révolutions de couleur ») [2] : « Les piliers économiques sont des cibles bien plus faciles que les bases militaires ou les palais présidentiels ; secouez-les et le tyran finira par tomber. » En avril 2016, le blocus financier commence. Il n’a qu’un objectif : affamer la population vénézuélienne pour qu’elle se retourne contre le pouvoir bolivarien.

L’économie se détraque. Le chœur médiatique et le troupeau des pseudo érudits vont bientôt s’en donner à cœur joie : « Au Venezuela, Nicolás Maduro fait face à un effondrement économique sans précédent, avec des conséquences dramatiques pour les habitants (…), une crise liée à la gabegie gouvernementale, à l’incurie de la gestion pétrolière » et (pour paraître objectif) « aggravée par les sanctions de l’administration Trump [3 » Aggravée ? Dès le 9 janvier 2018, une déclaration d’un haut fonctionnaire du Département d’Etat interrogé par María Molina de Radio Colombia a implicitement taillé en pièces cette niaiserie : « La campagne de pression contre le Venezuela fonctionne. Les sanctions financières que nous avons imposées (…) ont obligé le gouvernement à commencer à tomber en défaut [de paiement], tant pour la dette souveraine que pour la dette de PDVSA, sa compagnie pétrolière. Et ce que nous voyons (…) est un effondrement économique total au Venezuela. Donc notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons. »

Le 12 février 2021, la rapporteuse spéciale des Nations unies, Alena Douhan, dénoncera, depuis Caracas, les « effets dévastateurs » pour la population des sanctions décrétées par Washington contre le Venezuela. Soulignant les difficultés rencontrées par ce pays pour vendre son pétrole et obtenir du carburant sur le marché international, la rapporteuse demandera la levée des sanctions et l’accès du gouvernement vénézuélien aux fonds lui appartenant, mais gelés, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Portugal – quelque 6 milliards de dollars – pour acheter des médicaments, des vaccins et du matériel médical. « Les entraves aux importations de denrées alimentaires, précisera-t-elle, qui représentent plus de 50 % de la consommation, ont conduit à la croissance soutenue de la malnutrition au cours des six dernières années. » Même le Government Accountability Office (Bureau de la responsabilité gouvernementale ; GAO), agence d’audit travaillant pour le Congrès des Etats-Unis, affirmera sans détours, quasiment au même moment, que l’économie vénézuélienne s’est brusquement effondrée du fait des 450 mesures coercitives unilatérales prises à son encontre, tout en précisant : « Quelle que soit la position de chacun sur les sanctions, nous devrions convenir qu’elles ne doivent pas être imposées à la légère et qu’elles ne doivent pas faire obstacle à une aide qui sauve des vies [4]. »
Dès la fin 2015, les pénuries de toutes sortes accablent la population vénézuélienne. Les étals se vident des produits de première nécessité. Pour empêcher ses citoyens de mourir de faim du fait de cette « guerre économique », le pouvoir invente les Comités locaux d’approvisionnement et de production (CLAP). Un plan de distribution d’aliments à prix subventionnés. Fin 2016, à travers son Group Grand Limited, entreprise enregistrée à Hong Kong en 2013, puis au Mexique, Saab signe ses premiers contrats pour fournir dix millions de colis alimentaires destinés aux CLAP. « Il a fallu chercher des solutions pour créer de nouvelles chaînes d’approvisionnement, de logistique, de financement et de relations commerciales, souvent avec des entreprises et des pays qui, historiquement, auraient été laissés à l’écart du marché vénézuélien, en raison de la présence des entreprises américaines », expliquera-t-il ultérieurement [5].
L’homme n’a rien d’un philanthrope. En homme d’affaire avisé, il n’ignore rien de la notion de profit. Il prend son bénéfice au passage. Il vit sur un grand train – hôtels de luxe et jet privé. Mais si, fondamentalement, il dérange, c’est parce qu’il participe très activement à la politique destinée à protéger les Vénézuéliens, et en particulier les plus modestes, de la famine organisée par l’anti-chavisme local et international.

La première flèche est tirée par une transfuge, l’ex-procureure générale vénézuélienne Luisa Ortega Díaz. Ayant pris ses distances avec le pouvoir après les « guarimbas » (émeutes insurrectionnelles) de 2017, mais surtout soupçonnée de corruption, elle a rejoint la Colombie et s’est ralliée à une opposition dont, la veille encore, elle poursuivait certains éléments. Elle a beaucoup à se faire pardonner par ses nouveaux amis. En cette année 2017, elle pointe du doigt Saab. Mais pas que lui. Elle déclare en effet que les enquêtes qu’elle a menées au sein du ministère public l’ont amenée à présumer que le président Maduro est en réalité le propriétaire de Group Gran Limited – alors que les documents mentionnent comme propriétaires Saab et son associé colombien Álvaro Pulido.
Journaliste aux antipodes du chavisme, directeur de l’équipe d’investigation de la chaîne télévisée Univisión, aux Etats-Unis, Gerardo Reyes a interviewé Ortega pour son livre « à charge » Alex Saab : la verdad sobre el empresario que se hizo multimillonario a la sombra de Nicolás Maduro (Alex Saab : la vérité sur l’homme d’affaires devenu multimillionnaire dans l’ombre de Nicolás Maduro) [6]. « Quand elle était au Venezuela, explique-t-il néanmoins, elle n’a pas dit grand-chose à ce sujet, mais elle est sortie et a dit qu’elle en savait beaucoup et a appelé Saab l’homme de paille de Maduro. Lorsque je l’ai interrogée pour lui demander la preuve qu’il était l’homme de paille de Maduro, elle ne me l’a jamais donnée, alors que c’est elle qui a inventé ce terme [7]. »

Saab se retrouve dans le collimateur. Les CLAP, qui assistent six millions de familles, également. En 2018 le site d’opposition vénézuélienne Armando Info, dont les journalistes vivent à Miami et Bogotá, déclenche une violente campagne contre les entreprises mexicaines qui approvisionnent les CLAP en question. Leurs produits seraient de mauvaise qualité, sans valeur nutritive et de surcroît surfacturés. Avec un pouvoir éditorial concentré dans quelques mains, le cirque médiatique emboîte le pas. Le Département du Trésor américain sanctionne les entreprises mexicaines (El Sardinero, Rice&Beans et La Cosmopolitana), huit autres firmes et deux navires. La justice mexicaine – pays alors gouverné par la droite en la personne de Enrique Peña Nieto – « démantèle le réseau » ! Partout dans le monde, firmes et entreprises enregistrent le danger qu’il y a à commercer avec le Venezuela.

Devenu un élément clé dans la lutte contre le blocus, Saab est inclus dans la « Liste Clinton » par le Département du trésor. Toute personne intégrant cette liste, voit ses biens aux Etats-Unis confisqués, ses comptes bancaires gelés, la déchéance de ses visas et donc de la possibilité d’entrer dans le pays, ainsi que l’interdiction de toute relation avec des personnes physiques ou morales américaines. Pour le protéger, Caracas nomme Saab « envoyé spécial », avec rang d’ambassadeur, toujours en 2018. Privé de la voie mexicaine pour acheter aliments et médicaments, Saab se tourne entre autres vers la Turquie et les Emirats arabes unis. Grâce à ces tours de passe-passe discrets, les Vénézuéliens modestes survivent. Et Washington enrage, forcément.
 
Quand Washington enrage, la Colombie d’Iván Duque rugit. Saab possède dans ce pays l’entreprise Shatex. La Direction d’investigation criminelle et Interpol (Dijin), la Direction des impôts et des douanes nationales (DIAN), l’Unité d’information et d’analyse financière (UIAF) lancent des meutes de limiers aux trousses de Saab. En arrière plan se tiennent la Drug Enforcement administration (DEA, les « stups » américains) et le FBI. Pour incriminer Saab, ces deux organismes s’appuient sur le « témoignage » de Jorge Luís Hernández Villazón, alias « Boliche », ex-paramilitaire colombien, proche du leader Salvatore Mancuso, et qui, depuis deux décennies, est « témoin protégé » du gouvernement américain. Dépendant des autorités pour sa liberté et sa sécurité, ce type de repenti n’a rien à leur refuser. D’ailleurs, pour faire d’une pierre deux coups, il met également en cause l’ex-sénatrice colombienne d’opposition Piedad Córdoba, dont la carrière politique aurait été financée par… Saab, évidemment.
 
Début septembre 2018, mandat d’arrestation en main pour « blanchiment d’argent » et « terrorisme », un groupe d’enquêteurs colombiens se présente afin d’arrêter Saab à Barranquilla. Sans doute averti par son avocat Abelardo De La Espriella – grand admirateur d’Álvaro Uribe ! – l’oiseau a quitté le nid. Mais sa « légende noire » prend de l’ampleur. Elle ne faiblira plus, bien que, en mai 2019, un juge de Barranquilla, Néstor Segundo Primera Ramírez, ait annulé, faute de preuves, l’ordre d’arrestation le concernant [8]. Ni même quand en Suisse, en mars 2021, les procureurs de Genève décideront, après trois années d’investigation, de clôturer l’enquête lancée contre lui pour vingt-deux comptes supposés suspects dans la banque UBS, faute de trouver là encore une quelconque irrégularité.
 
Entretemps, en 2019, le justice américaine a inculpé l’homme d’affaires pour « blanchiment d’argent » et l’accuse d’être à la tête d’un vaste réseau ayant permis au président vénézuélien et son gouvernement de… détourner de l’aide humanitaire destinée aux habitants.
L’absurdité de l’accusation saute tellement aux yeux que, même au sein de l’opposition vénézuélienne, on observe des réactions. Après un début de « Cirque Juan Guaido » (président autoproclamé) tonitruant, les manifestations anti-Maduro peinent à rassembler et des fissures commencent à apparaître au sein de l’antichavisme. Conscients des souffrances d’une population sacrifiée par les tenants de la déstabilisation économique, neuf députés des partis Primero Justicia, Voluntad Popular, Un Nuevo Tiempo, Cambiemos et de la fraction 16 de Julio (dont ils seront ultérieurement expulsés) se rendent en Europe, en Colombie et aux Etats-Unis où ils mènent des négociations informelles en défense des entreprises de Saab [9]. Sans résultat, bien entendu.

Plus d’exportations pétrolières permettant financer les achats vitaux pour la population, en pleine pandémie. Souterraines, les transactions s’effectuent en particulier grâce à l’or extrait de l’Arc minier de l’Orenoque [10] – que, volant au secours de Washington, certains inconscients d’extrême gauche et écologistes ignorants dénoncent vigoureusement, au nom de la défense de l’environnement.
Le 12 juin 2020, en route pour l’Iran en quête de nourriture, Saab fait escale à l’aéroport international Amílcar-Cabral de l’île de Sal, au Cap-Vert – un archipel composé d’îles volcaniques situé au large du Sénégal – pour procéder à une opération de ravitaillement. Bien que muni de son passeport diplomatique – le Venezuela l’ayant également nommé ambassadeur auprès de l’Union africaine –, il est arrêté par les autorités cap-verdiennes. « On ne m’a jamais montré de notice rouge [d’Interpol] ou de mandat d’arrêt, racontera-t-il ; on m’a poussé hors de l’avion sans chaussures et on a ensuite dit au pilote de quitter l’île immédiatement [11]. » En cas de non reconnaissance de son immunité diplomatique, le respect du droit internationalimpliquerait pourtant que, au pire, Saab soit déclaré persona non grata et qu’il puisse poursuivre son voyage. Pour justifier cette incarcération arbitraire, un mandat d’Interpol ne surgira que le lendemain de l’arrestation. Le mandat d’arrêt américain, qui réclame l’extradition, n’arrivera qu’au bout de vingt-cinq jours de détention préventive.

Il est désormais possible d’examiner de plus près l’acte d’accusation rédigé en juillet 2019. En fait, la Cour du District de Floride fait référence à une somme de 350 millions de dollars ayant circulé entre 2011 et 2015 à travers le système bancaire américain – et, entre autres, la Bank of America, la Citibank et la Deutsche Bank. Tous établissements supervisés par le Département de services financiers de New York et la Réserve fédérale (FED) – qui, pendant cette période, n’ont pas levé un sourcil. Aucune preuve n’accompagne l’accusation – juste des insinuations et de demi-vérités recueillies auprès de témoins « repentis » qui ont obtenu en échange la nationalité étatsunienne.
La prison préventive se prolonge au-delà des délais permis par la loi. Bientôt, l’ex-juge espagnol Baltasar Garzón, qui dirige l’équipe de défense, devra faire remarquer que « la durée maximale de privation de liberté dans le cadre d’un processus d’extradition, en vertu de la législation cap-verdienne, est de 80 jours ». Délai allégrement dépassé, malgré des demandes d’habeas corpus répétées.

Saab dénonce : « Dès le premier jour de mon enlèvement, j’ai été torturé et soumis à des pressions pour signer des déclarations d’extradition volontaire et faire un faux témoignage contre mon gouvernement. Par la suite, le Cap-Vert m’a torturé physiquement trois autres fois en prison, en plus d’une torture psychologique constante. Demandez à n’importe lequel des autres prisonniers qui étaient là. Ils peuvent le confirmer [12]. » Malgré une détérioration de sa santé et une intervention rapide du Tribunal de la Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (Cedeao), il faudra attendre le 21 janvier 2021, soit sept mois, pour que le détenu soit transféré dans une résidence touristique abandonnée. Une bien piètre amélioration. « Je suis surveillé par cinquante gardes armés, mes avocats sont fouillés quand ils viennent et quand ils partent, mes flacons de médicaments sont vidés, même quand ils sont neufs et scellés, confie-t-il le 3 mars à l’agence de presse espagnole EFE. Si je sors dans le jardin, la police suit tous mes mouvements avec des drones. Je n’ai pas le droit d’accéder à l’internet et si je veux parler à ma famille, je dois le faire sur un téléphone fourni et surveillé par la police. Le Cap-Vert refuse de me laisser accéder aux médecins spécialistes de mon choix, même à mes propres frais. Avec autant de gardes armés autour de moi, je suis très stressé. Le jeu de la torture psychologique, commencé en prison, se poursuit sous cette fausse assignation à résidence. »

Le 1er mars 2021, Hannibal Uwaifo, président de l’Association des avocats d’Afrique (AFBA), lance un appel public pour que le gouvernement du Cap-vert libère immédiatement « le diplomate vénézuélien Alex Saab ». Le 15 mars, puis à nouveau le 24 juin, c’est la Cour de justice de la Cedeao qui juge la détention « illégale », ordonne une « libération immédiate », « l’arrêt de l’exécution de la procédure d’extradition vers les Etats-Unis » et le versement à l’intéressé d’une indemnité de 200 000 dollars « pour les dommages moraux résultant de sa détention illégale ». Bien que parti prenante de cet organisme régional et membre de plein droit de son Tribunal, le Cap-Vert décide de ne pas appliquer la décision. Il ne réagit pas plus quand, le 8 juin, le Comité des droits de l’Homme de l’ONU demande à Praia (la capitale) de suspendre la procédure d’extradition pendant qu’il examine les allégations de torture physique et psychologique.

Approuvée dès le 31 juillet 2020, suspendue par les appels et les recours de l’équipe de l’avocat Garzón, l’extradition de Saab est confirmée le 7 septembre 2021 par le Tribunal constitutionnel cap-verdien, une sentence de 194 pages attestant, contre toute évidence, de la « légalité » du processus. Confronté au danger imminent de sa déportation, le pouvoir vénézuélien nomme Saab membre de la délégation gouvernementale qui, au Mexique, a entamé des négociations avec la droite radicale, ramenée à la raison par l’échec spectaculaire de la stratégie de « changement de régime » qu’a incarné le président imaginaire Juan Guaido.
Le Cap-Vert, pour sa part, se prépare à une élection présidentielle. Des rumeurs courent, audibles de Praia à Washington. Candidat de gauche pour le compte de l’historique Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV), José Maria Neves, envisagerait de libérer Saab, pour « raisons humanitaires », s’il était élu. En toute hâte, le chef d’Etat sortant, Jorge Carlos Fonseca, colle Saab dans un avion, à destination des Etats-Unis, le 17 octobre, veille du scrutin. Détail qui fait mal : l’aéroport porte le nom d’Amilcar Cabral, le héros de l’indépendance du pays (ex-colonie portugaise), l’homme qui en son temps déclara : « Notre lutte n’est pas seulement contre le colonialisme portugais ; nous voulons, dans le cadre de notre lutte, contribuer de manière plus efficace à mettre définitivement fin à la domination étrangère sur notre continent. »
Le lendemain du « vol de l’infamie », José Maria Neves, l’éventuel libérateur, a été élu avec 51,5% des voix.
 
Ce 18 octobre, Saab a été présenté devant un juge de la Cour de Miami. La porte-parole du Département de la justice, Nicole Navas Oxfam, a exprimé sa gratitude et son admiration pour le gouvernement du Cap-vert en raison de « son professionnalisme et de sa persévérance dans ce cas complexe ». Comme toujours, les mouches du coche et les larbins ont tenu à se faire remarquer. « L’extradition d’Alex Saab est un triomphe dans la lutte contre le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et la corruption qui ont conduit à la dictature de Nicolás Maduro, a tweeté l’imprésentable président colombien Iván Duque. La Colombie a soutenu et continuera de soutenir les Etats-Unis dans l’enquête contre le réseau criminel transnational dirigé par Saab. » Traité comme un « criminel » parce qu’il a contribué à contourner les sanctions américaines illégales destinées à asphyxier l’économie vénézuélienne, Saab risque vingt années de prison.
 
Le captif sera jugé en Floride, nid des puissants lobbys anti-castristes et anti-bolivariens dressés vent debout contre les négociations en cours à Mexico. A son corps défendant, il rejoint ainsi le cercle des emblématiques otages de l’Empire. Les Cinq Cubains de Miami – René González, Fernando González, Gerardo Hernández, Ramón Labañino et Antonio Guerrero – iniquement jugés et incarcérés, de treize à seize années, entre 1998 et 2014, pour avoir infiltré les réseaux criminels qui, depuis la Floride, menaient des actes terroristes contre Cuba. Ou encore Ricardo Palmera (alias Simón Trinidad), dirigeant guérillero et négociateur des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), extradé en 2005 et depuis enterré, au sens propre du mot, dans un « Alcatraz » inhumain, à Florence (Colorado) [13]. Incapable de le faire condamner, faute de preuves, pour narcotrafic, comme elle l’avait prévu, la justice américaine l’a finalement déclaré coupable de « conspiration », avec d’autres membres des FARC, lorsque, dans le cadre du conflit armé, furent capturés en 2003 trois mercenaires américains (finalement libérés en 2008). On n’oubliera pas Julian Assange. Bien qu’incarcéré en Angleterre, il est avant tout l’otage du gouvernement américain. Mais lui, il s’agit de le réduire au silence ; en ce qui concerne Saab, il faut le faire parler !

Pour les Etats-Unis, il s’agit de pénétrer le système de défense économique et financier du gouvernement bolivarien ainsi que les méthodes utilisées pour tourner l’embargo. But ultime : neutraliser et démanteler les réseaux d’approvisionnement, mais aussi de vente de l’or et du pétrole vénézuéliens, tordre dans le mauvais sens une situation qui, pour le gros de la population, tend à s’améliorer. Il s’agit aussi, sur la base de « confessions » réelles ou inventées dans l’objectif d’obtenir une réduction de peine, de bombarder l’opinion publique des « turpitudes » de Maduro et de son entourage.
Pris dans un piège de cette nature, certains flanchent, d’autres résistent. Dans une lettre écrite avant d’être extradé et lue par son épouse Camilla Fabri lors d’un rassemblement public à Caracas, Saab a fait savoir que jamais ilne fournira volontairement « des informations classifiées sur le gouvernement du président Maduro et les relations diplomatiques et commerciales » de la République bolivarienne : « J’affronterai mon procès avec une dignité totale (…) Je veux être clair  : je n’ai pas à collaborer avec les Etats-Unis. Je n’ai commis aucun crime, ni aux Etats-Unis ni dans aucun autre pays et je n’ai pas l’intention de mentir pour favoriser les Etats-Unis contre un pays qui subit un blocus inhumain. »
Pour lui, le calvaire commence, à n’en pas douter.

Quand bien même le Département de la justice aurait mené l’opération, c’est en toute connaissance de cause que l’administration de Joe Biden s’est livré à cette opération. Le locataire de la Maison-Blanche n’a pas modifié d’un iota les mesures particulièrement agressives mises en œuvre par son prédécesseur Donald Trump contre la « Troîka de la tyrannie » – Cuba, le Nicaragua et le Venezuela. Les « midterm elections » (élections de mi-mandat) de novembre 2022, seront, pour les démocrates une épreuve redoutable. Il s’agit, dans cette perspective, de ne pas décevoir la Floride, un Etat clé. Mais il s’agit aussi, incontestablement, d’une torpille lancée contre le processus de dialogue entrepris par les chavistes et les anti-chavistes au Venezuela. D’ores et déjà, Caracas a suspendu sa participation aux conversations, qui devaient reprendre le 18 octobre. L’extradition de Saab, a déclaré Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et chef de la délégation gouvernementale, « est une agression inacceptable qui viole les principes juridiques internationaux et contredit l’esprit constructif qui devrait prévaloir dans toute négociation politique. » Très cyniquement, le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a immédiatement réagi : « Par sa suspension du dialogue avec l’opposition, le président vénézuélien Nicolás Maduro fait passer le cas de l’homme d’affaires Alex Saab avant les intérêts de millions de Vénézuéliens. »

C’est dans le cadre de ces conversations que les secteurs durs de l’opposition, mettant un terme à leur stratégie de boycott des élections, ont annoncée leur participation au méga-scrutin (pour les maires et les gouverneurs) du 21 novembre prochain. Malgré les réticences clairement exprimées de Washington, l’Union européenne a prévu l’envoi d’une Mission de plusieurs dizaines d’observateurs. Que feront les uns et les autres ? Caracas veut avant tout une suppression des sanctions imposées par les Etats-Unis. En ce sens, l’extradition de Saab relève à l’évidence de la provocation et du refus. La perspective de normalisation politique qui se dessinait en interne risque-t-elle, de ce fait, et d’une évidente volonté de Washington, d’être réduite à néant ?


[1https://www.franceinter.fr/emissions/le-monde-d-apres/le-monde-d-apres-de-jean-marc-four-du-lundi-18-octobre-2021

[2] Maurice Lemoine, Les enfants cachés du général Pinochet (précis de coups d’Etat modernes et autres tentatives de déstabilisation), Don Quichotte, Paris, 2015.

[3] Thomas Posado, Michel Rogasky, Pierre Salama, « L’Amérique latine en bascule », Recherches internationales, n° 115, Paris, juillet-septembre 2019.

[4https://www.gao.gov/assets/720/712253.pdf

[5https://misionverdad.com/venezuela/alex-saab-denuncia-extralimitacion-judicial-de-eeuu-en-su-contra

[6] Planeta, Bogotá, 2021.

[7https://www.diariolasamericas.com/america-latina/las-claves-del-caso-alex-saab-un-proceso-dinamitado-el-chavismo-n4234534

[8] Le 9 juin 2020, après qu’eussent été lancés de nouveaux chefs d’accusation, ses luxueux biens immobiliers de Barranquilla ont été saisis.

[9] Parmi ces députés d’opposition figurent Luis Eduardo Parra (futur président de l’Assemblée nationale de janvier 2020 à janvier 2021), Conrado Pérez, Richard Arteaga, José Brito, Chaim Bucaran, José Luis Pirela et Adolfo Superlano.

[10https://www.medelu.org/L-Arc-minier-de-l-Orenoque-les

[11https://www.elespectador.com/noticias/judicial/desde-el-primer-dia-me-torturaron-y-me-presionaron-para-que-firmara-mi-extradicion-alex-saab/?cx_testId=20&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=0#cxrecs_s

[12https://www.elespectador.com/noticias/judicial/desde-el-primer-dia-me-torturaron-y-me-presionaron-para-que-firmara-mi-extradicion-alex-saab/?cx_testId=20&cx_testVariant=cx_1&cx_artPos=0#cxrecs_s

[13] Trinidad a été capturé en 2004 en Equateur où il établissait des contacts avec des diplomates européens afin de parvenir à des accords d’échanges humanitaires de prisonniers.

Maurice Lemoine

Source de cet article : https://www.medelu.org/Trump-en-a-reve-Biden-l-a-fait

« Quand les États-Unis s’arrogent le droit de décider quels pays peuvent manger » par Caitlin JOHNSTONE

Les agences de presse AP et AFP, démultiplicateurs de propagande à l’échelle mondiale, ont toutes deux informé leurs lecteurs qu’un « fugitif » a été extradé vers les États-Unis.

« Un homme d’affaires fugitif proche de Maduro, le président vénézuélien, est extradé vers les États-Unis », titre l’AFP.

« Alex Saab, un fugitif proche du gouvernement socialiste du Venezuela, a été mis dans un avion à destination des États-Unis pour faire face à des accusations de blanchiment d’argent », a annoncé AP sur Twitter.

On peut se demander ce qui fait de cet homme un « fugitif » et ce que ce statut a à voir avec son extradition vers un gouvernement étranger dont les lois ne devraient avoir aucune incidence sur sa vie. Il se trouve qu’Alex Saab, citoyen vénézuélien d’origine colombienne, est un « fugitif » de l’autorité autoproclamée du gouvernement américain, qui décide quelles populations de notre planète sont autorisées à avoir un accès facile à la nourriture. Son crime est de travailler à contourner les sanctions américaines écrasantes qui ont fait mourir les civils vénézuéliens par dizaines de milliers.

Saab est en cours d’extradition depuis la nation africaine de Cabo Verde où il était emprisonné depuis l’année dernière sous la pression du gouvernement américain. Dans un article publié en mai dernier et intitulé « Alex Saab v. The Empire : How the US Is Using Lawfare To Punish a Venezuelan Diplomat« , Roger D Harris explique comment les États-Unis utilisent leur domination du système financier international pour écraser les nations qui leur désobéissent et expose les véritables raisons de l’emprisonnement de Saab, qui inclut la torture et des conditions de vie draconiennes. Harris écrit :

Alex Saab, envoyé spécial et ambassadeur auprès de l’Union africaine pour le Venezuela, effectuait une mission humanitaire en volant de Caracas vers l’Iran afin de se procurer de la nourriture et de l’essence pour le programme vénézuélien d’aide alimentaire CLAP. Saab a été arrêté lors d’une escale de ravitaillement dans la nation africaine de Cap-Vert et est détenu depuis le 12 juin 2020.

Le « crime » de Saab – selon le gouvernement américain, qui a ordonné l’emprisonnement – était le blanchiment d’argent. En d’autres termes, Saab a mené un commerce international parfaitement légal. Pourtant, le fait qu’il ait contourné les sanctions américaines – qui visent à empêcher l’aide aux Vénézuéliens – est considéré par Washington comme du blanchiment d’argent.

Après une enquête de deux ans sur les transactions de Saab avec les banques suisses, le gouvernement suisse a conclu le 25 mars qu’il n’y avait pas de blanchiment d’argent. Saab est poursuivi en justice parce qu’il sert les intérêts de son pays plutôt que ceux des États-Unis.

Les agences de presse comme AP et AFP savent très bien que Saab est extradé non pas pour avoir enfreint une quelconque loi, mais pour avoir osé transgresser les sanctions unilatérales de Washington. Comme l’écrivait Joe Emersberger de FAIR en juillet dernier :

Reuters (15/3/21, 18/3/21) a rapporté avec désinvolture que Saab « risque d’être extradé vers les États-Unis, qui l’accusent de violer les sanctions américaines » et qu’il a été « désigné à plusieurs reprises par le Département d’État américain comme un opérateur qui aide Maduro à conclure des accords commerciaux que Washington cherche à bloquer par des sanctions ». Un article de Reuters (28/2/20) sur l’affaire Saab en 2020 mentionne au passage que « les États-Unis ont saisi ce mois-ci quatre cargaisons de carburant iranien à destination du Venezuela, où les pénuries de carburant s’aggravent à nouveau. »

Les critiques de l’empire américain ont eu des mots durs pour cette extradition.

« Biden, reprenant le bâton de Trump, a enlevé le diplomate vénézuélien Alex Saab pour le crime d’avoir essayé de nourrir les Vénézuéliens au mépris des sanctions américaines destinées à empêcher cela », a tweeté le journaliste Aaron Maté. « Les Vénézuéliens n’ont pas le droit de manger tant que la mafia de Washington a désigné leur gouvernement pour un changement de régime. »

Oui, en effet. Le gouvernement américain s’est attribué l’autorité de décider unilatéralement quelles populations du monde ont le droit de manger et lesquelles ne l’ont pas, et d’emprisonner toute personne qui tente de faciliter l’alimentation non autorisée dans une nation sanctionnée par les États-Unis.

« L’extradition du diplomate vénézuélien Alex Saab est un signal clair que l’administration Biden n’a pas rompu avec l’assaut total de Trump contre le droit international », a tweeté la journaliste Anya Parampil. « C’est aussi un signe inquiétant pour le cas de Julian Assange – un autre citoyen étranger que les États-Unis ont essentiellement kidnappé et retenu en otage. »

C’est vrai. Il semblerait que la principale différence entre le cas d’Assange et celui de Saab soit que l’empire américain s’efforce d’extrader Assange parce qu’il a transgressé son autorité autoproclamée sur l’accès du monde à l’information, alors que Saab a transgressé son autorité autoproclamée sur l’accès du monde à la nourriture.

« L’État voyou américain vient de bafouer toutes les lois internationales, après avoir emprisonné et maintenant extradé le DIPLOMAT vénézuélien Alex Saab. L’immunité diplomatique est morte ; l’empire américain l’a tuée. Désormais, tous les diplomates étrangers peuvent être kidnappés et emprisonnés, si Washington le souhaite », a tweeté le journaliste Ben Norton, ajoutant : « Les accusations américaines de ’blanchiment d’argent’ sont absurdes et politiquement motivées. Les États-Unis prétendent que toute personne qui viole leurs sanctions ILLÉGALES est un ’criminel’. »

En effet, le « blanchiment d’argent » est une accusation vague qui, en gros, signifie simplement essayer de dissimuler la source ou la destination de l’argent considéré comme ayant été obtenu illégalement, et puisque le gouvernement américain se considère comme l’arbitre des transactions financières légales dans les nations qu’il sanctionne, il peut appliquer cette affirmation à toute personne qui tente de contourner financièrement les sanctions américaines.

Le gouvernement américain ne nie pas que ses sanctions nuisent aux Vénézuéliens en s’attaquant à l’économie dont ils dépendent pour se nourrir, en fait il a ouvertement admis que « les sanctions, en particulier sur la compagnie pétrolière d’État en 2019, ont probablement contribué au déclin plus rapide de l’économie vénézuélienne. »

Le gouvernement américain ne nie pas non plus que les sanctions de famine qu’il a infligées à l’Iran visent sa population civile, le secrétaire d’État de l’époque, Mike Pompeo, ayant ouvertement admis en 2019 que la guerre économique menée par Washington contre cette nation visait à faire pression sur les civils iraniens pour qu’ils « changent de gouvernement », c’est-à-dire les rendre si misérables qu’ils mènent un soulèvement national pour renverser Téhéran. https://www.youtube.com/embed/Uiz934HVZjY

Le gouvernement américain ne nie pas non plus que les sanctions de famine qu’il a infligées à la Syrie sont conçues pour nuire à sa population civile, l’actuel secrétaire d’État Tony Blinken ayant réaffirmé mercredi dernier que la politique de l’administration Biden consiste à « s’opposer à la reconstruction de la Syrie » tant qu’Assad reste au pouvoir. En d’autres termes, les États-Unis n’accorderont pas à la Syrie les fonds nécessaires pour l’aider à se reconstruire après la guerre dévastatrice de changement de régime que les États-Unis et leurs alliés ont menée contre elle, alors même que les Nations unies signalent que 60 % de la population du pays est proche de la famine.

Et bien sûr, il y a l’horrible blocus du Yémen par l’alliance de puissance américaine, qui tue des centaines de milliers de personnes par la famine et la maladie, l’ONU signalant que 16 millions de personnes supplémentaires  » se dirigent vers la famine « .

La famine est le seul type de guerre où, en raison du recadrage continuel de la propagande des médias de masse, il est considéré comme parfaitement normal et acceptable de cibler délibérément une population civile avec une force létale.

L’empire américain est tout à fait ouvert sur le fait qu’il se considère comme le gardien de l’approvisionnement alimentaire mondial. Si une population désobéit à l’empire, elle mourra de faim, et quiconque tentera de lui procurer de la nourriture sera arrêté par des mandataires américains et extradé vers une cellule de prison américaine.

C’est la vision qu’ont les impérialistes du paradis sur terre. Un monde où la mainmise de l’Amérique sur les systèmes financiers mondiaux lui permet d’étouffer des populations entières si leurs gouvernements désobéissent aux décrets impériaux, sans même tirer un coup de feu. Un monde où les cauchemars en matière de relations publiques de civils bombardés et de nations détruites font partie du passé, où les nations désobéissantes peuvent simplement être écrasées à mort par des tactiques modernes de guerre de siège tandis que les sociétés de propagande impériales comme AP et AFP rejettent la responsabilité de leur famine sur les dirigeants de leur nation.

C’est ça le pouvoir ultime. C’est le contrôle total. Faire en sorte que le monde se plie à la volonté du dollar tout-puissant et de la force militaire massive avec laquelle il est inextricablement lié, à tel point que la désobéissance devient impossible. C’est pour cela que l’on se bat dans la guerre au ralenti du tiers monde que l’empire mène contre des gouvernements non asservis comme le Venezuela, la Syrie, l’Iran, la Russie et la Chine. Et c’est pourquoi ces gouvernements non asservis sont en train de se détourner rapidement du dollar en réponse.

Il va sans dire qu’une structure de pouvoir qui affame ouvertement des civils pour assurer sa domination mondiale n’est pas le genre de structure de pouvoir que l’humanité devrait vouloir voir dominer le monde. La volonté de faire des choses aussi monstrueuses révèle une corruption et un manque de sagesse qui ne devraient pas être autorisés à déterminer l’avenir du monde.

Caitlin Johnstone

Traduction « l’antiaméricanisme n’est jamais primaire, il est réfléchi, raisonné et justifié » par Viktor Dedaj avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles »» https://caitlinjohnstone.substack.com/p/the-us-has-placed-itself-in-charge

Source pour la traduction française :
https://www.legrandsoir.info/les-etats-unis-s-arrogent-le-droit-de-decider-quels-pays-peuvent-manger.html

HBO contre Maduro, un concentré de propagande brute comme le pétrole.

par Joe Emersberger pour FAIR

Le 15 septembre HBO Max a commencé à diffuser le documentaire « A La Calle » (« A la rue »). Il dépeint les leaders de l’opposition soutenus par les États-Unis au Venezuela comme s’ils étaient des héros de la démocratie luttant contre une dictature brutale – une inversion totale de la réalité. Un article du Daily Beast (13/09/21) promouvant le film est intitulé « Death of a democracy. Capturing Venezuela’s Descent Into Socialist Hell » (« Mort d’une démocratie. Photographier la descente du Venezuela dans l’enfer socialiste »), ce qui explique pourquoi il a trouvé pour sa diffusion une puissante plateforme privée comme HBO Max, une filiale de AT&T’s Warner Media.

Selon Nick Schager du Daily Beast (13/09/21), « A La Calle » aborde le triste état des lieux du Venezuela, un pays dirigé par un dictateur soi-disant « socialiste » qui refuse de reconnaître sa nature antidémocratique ».

Dès la bande-annonce, il est évident que « A La Calle » a le même but que les médias dominants depuis des années : relooker le leader de l’opposition vénézuélienne Leopoldo López en noble démocrate.

Organisateur de violentes tentatives de coup d’État

Leopoldo López, membre de la richissime oligarchie coloniale d’ascendance espagnole, ancien cadre de l’industrie pétrolière, a été l’un des auteurs d’un coup d’État meurtrier soutenu par les États-Unis en 2002, celui qui a brièvement écarté le président démocratiquement élu de l’époque, Hugo Chávez. La dictature de 48 heures qui a suivi, dirigée par le chef du patronat vénézuélien Pedro Carmona, a massacré 60 manifestants. Dix-neuf autres personnes, dont la moitié étaient des chavistes, ont été tuées lors de violentes confrontations juste avant le coup d’État. M. López, ainsi qu’un autre homme politique de premier plan, Henrique Capriles, ont dirigé l’enlèvement d’un ministre du gouvernement Chávez alors que Carmona était au pouvoir. López est apparu à la télévision locale, déclarant fièrement qu’il avait informé le « président » Carmona de l’enlèvement.

Avec la crème de l’extrême droite et du patronat, lors du coup d’État sanglant co-organisé par les médias privées contre le président Chávez en avril 2002
Avec son principal soutien régional : l’ex-président colombien Alvaro Uribe, dirigeant de mafias du narcotrafic, du paramilitarisme et responsable direct de crimes massifs contre l’humanité. Bogota, décembre 2011

Quelques mois plus tard, López a soutenu une deuxième tentative de coup d’État majeure, le sabotage par l’opposition de l’industrie pétrolière qui fournissait presque toutes les recettes d’exportation du Venezuela. Les tentatives de coup d’État contre Chávez ont fait grimper le taux de pauvreté à plus de 60 % au début de 2003.

Leopoldo López (au centre) et sa femme Lilian Tintori (à gauche) passent beaucoup de temps à l’écran de HBO dans « A La Calle », le but étant d’en faire des héros.

López a de nouveau soutenu les manifestations violentes en 2013 après que le candidat qu’il soutenait, Capriles, a refusé d’accepter sa défaite face au président Nicolás Maduro lors de la première élection présidentielle après la mort d’Hugo Chávez. Plus tard dans l’année, López a critiqué Capriles pour avoir mis fin aux manifestations, affirmant qu’elles auraient dû se poursuivre jusqu’à l’éviction de Maduro. Lorsque Capriles a mis fin aux manifestations, celles-ci avaient déjà fait neuf morts, tous partisans de Maduro.

López a lancé des protestations au début de 2014 qui ont fait 43 morts : la moitié d’entre eux indiquent fortement la responsabilité de ses partisans. Ce n’est qu’après avoir dirigé ce quatrième effort soutenu par les États-Unis pour évincer le gouvernement vénézuélien élu que López est finalement allé en prison avant d’en être libéré en avril 2019 par les militaires de l’extrême droite putschiste accompagnant Juan Guaido dans une énième tentative de nouveau coup d’Etat, rapidement avorté. Lopez a alors fui en Espagne où il vit un exil doré dans le quartier de luxe de Samanca (« Little Caracas ») à Madrid, avec l’état-major de l’opposition vénézuélienne.

Avec Juan Guaido, autre membre de l’extrême droite et ami des paramilitaires colombiens, lors de la tentative de coup d’État d’avril 2019

Occulter les crimes

J’ai donc regardé le documentaire en entier, curieux de voir comment le film allait blanchir toutes les tentatives de coup d’État auxquelles López a participé, et comment il allait nier la violence perpétrée par ses partisans et alliés au cours des 20 dernières années.

Je me suis également demandé comment le film excuserait les sanctions économiques meurtrières des États-Unis contre le Venezuela – des actes de guerre qui ont entraîné la mort de dizaines de milliers de Vénézuéliens rien que pour la fin de 2018. D’ici 2021, les mesures coercitives unilatérales (« sanctions ») qui se sont intensifiées sans relâche depuis 2019, ont réduit les revenus du gouvernement vénézuélien de 99 %, selon la rapporteure spéciale de l’ONU Alena Douhan qui a exigé leur levée immédiate pour « leur illégalité et leur cruauté envers la population ».

Je m’attendais à voir de mauvais arguments justifiant tous ces crimes. Au lieu de cela, le documentaire les a complètement effacées ! Aucune de ces choses n’a été mentionnée ne serait-ce qu’une fois : rien sur les tentatives de coup d’État soutenues par les États-Unis avant 2014, rien sur la guerre économique dévastatrice que les États-Unis infligent au Venezuela depuis 2017.

L’économiste vénézuélien néo-libéral Ricardo Hausmann et Tamara Taraciuk (directrice adjointe pour les Amériques de Human Rights Watch) méritent une attention toute particulière pour leur talent dans le mensonge.

Révisionnisme historique

« En 2004, le prix du pétrole a grimpé en flèche », ose déclarer l’économiste Ricardo Hausmann – comme si le prix du pétrole n’avait pas suivi une trajectoire ascendante depuis 1998.

Dans le film, Hausmann dit que Chávez est arrivé au pouvoir parce que 1998, l’année où Chávez a été élu pour la première fois, « était une année économiquement difficile. » En réalité, le Venezuela a connu quelques décennies désastreuses bien avant la première élection de Chávez. Hausmann devrait le savoir, car en 1992, il est devenu ministre dans le gouvernement de Carlos Andres Pérez, qui a perpétré le massacre du Caracazo en 1989 : des milliers de pauvres gens abattus par l’armée sur ordre du gouvernement pendant cinq jours de manifestations contre le programme d’austérité imposé par le FMI.

Dans un article récent (Fair.org, 26/08/21), Justin Podur et moi-même avons passé en revue l’histoire économique du Venezuela, montrant qu’il a toujours été en proie à une pauvreté et à des inégalités choquantes, bien qu’il soit un grand exportateur de pétrole depuis les années 1930. Mais bien sûr vous n’aurez pas droit à la série « La descente du Venezuela dans l’enfer capitaliste » dans la couverture médiatique de l’ère pré-Chávez…

Après avoir donc expliqué de manière trompeuse pourquoi Chavez a été élu pour la première fois, Hausmann passe à de plus gros mensonges. « Hugo Chávez, au cours des cinq premières années, a changé beaucoup de choses, a-t-il dit, mais la situation économique ne s’est pas améliorée. »

Mensonge grossier par omission. Hausmann ne dit pas qu’au cours de ces cinq premières années, Chávez a été frappé par deux tentatives de coup d’État majeures, soutenues par les États-Unis, qui ont dévasté l’économie. En survivant à ces tentatives de coup d’État, Chávez a finalement pu, en 2003, prendre le contrôle de la compagnie pétrolière d’État, PDVSA, principale source de devises fortes du pays.

Hausmann trompe de nouveau les téléspectateurs en déclarant : « En 2004, le prix du pétrole s’envole. Tout à coup, Hugo Chavez se rend compte qu’il a beaucoup d’argent. »

En réalité, le prix du pétrole avait augmenté depuis 1998, l’année précédant la prise de fonction de Chávez. Heureusement pour la plupart des Vénézuéliens, les prix du pétrole ont continué à augmenter pendant plusieurs années après que Chávez a finalement arraché le contrôle de PDVSA à ses fossoyeurs. L’économie a donc pu se remettre rapidement des tentatives de coup d’État et entamer une période de réduction spectaculaire de la pauvreté.

Pauvreté et taux d’extrême pauvreté au Venezuela

La pauvreté au Venezuela a fortement diminué non pas lorsque les prix du pétrole ont augmenté, mais lorsque le président Hugo Chávez a mis fin aux efforts de l’opposition pour saboter l’économie. Source : INEC via CEPR (3/7/13)

Mémoire courte

Environ 40 minutes après le début du documentaire, Tamara Taraciuk de Human Rights Watch affirme que les violentes manifestations de 2017 (le film montre Leopoldo López les encourageant depuis sa cellule) n’ont « aucun précédent dans l’histoire récente du Venezuela. » Le terme « récent » est absurde. Et la tentative de coup d’État d’avril 2002 (qui a tué 79 personnes, en grande majorité des partisans d’Hugo Chávez, et a brièvement renversé le gouvernement) ? De plus, les insurrections de l’extrême droite de 2013 à 2017 ont fait plus de victimes dans le camp chaviste ou parmi de personnes sans affiliation politique. Sans compter des atrocités macabres, comme brûler vif Orlando Figuera, un partisan afro-vénézuélien du gouvernement âgé de 21 ans.

Tamara Taraciuk de Human Rights Watch affirme que les manifestations violentes n’ont « aucun précédent dans l’histoire récente du Venezuela »… ce qui suggère une mémoire assez courte de l’Histoire du Venezuela.

Qu’en est-il du massacre de Caracazo de 1989, qui a été perpétré par un gouvernement pro-états-unien ? Compte-t-il dans « l’histoire récente du Venezuela » ? En cinq jours, le nombre de morts de Caracazo a dépassé, peut-être d’un ordre de grandeur, le nombre combiné de morts de tous bords lors des manifestations soutenues par les États-Unis contre les gouvernements chavistes du Venezuela en 2002, 2013, 2014 et 2017. (Incidemment, le massacre de Caracazo n’a pas non plus eu d’impact sur les relations amicales entre les États-Unis et le Venezuela, ni sur la couverture médiatique américaine flatteuse du gouvernement vénézuélien à l’époque –FAIR.org, 26/08/21).

Environ une heure et 28 minutes après le début du film, Taraciuk déclare que tout « gouvernement décent » dans la situation économique désastreuse du Venezuela « demanderait de l’aide », mais que Maduro a « fermé la porte à l’aide internationale, qui est disponible ». C’était un mensonge couramment diffusé par les médias vers février 2019, lorsque le gouvernement de Trump, tout juste après avoir reconnu Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela, a exigé que l’armée vénézuélienne défie Maduro et permette l’entrée d’environ 20 millions de dollars de prétendue « aide » en provenance de Colombie (FAIR.org, 2/12/19).

Même à l’époque, cette quantité d' »aide » était une erreur d’arrondi par rapport à l’impact des sanctions économiques que Trump avait imposées depuis août 2017. Taraciuk ne remet jamais en question la « décence » de Trump qui a délibérément choisi d’étrangler une économie qui était déjà en crise. Rien que cela rend son commentaire obscène, mais aussi, contrairement à ce qu’elle prétend, Maduro avait demandé une aide internationale que le Venezuela recevait avant le coup de bluff de 2019 mené par les États-Unis (FAIR.org, 2/12/19) et depuis n’a cessé de renforcer cette aide – accords économiques, sanitaires, coopération tous azimut avec des puissances comme le Chine, l’Inde, l’Iran, la Russie, etc..

Propagande décomplexée

Le « documentaire » ne prend même pas en compte le travail de certains médias états-uniens qui ont démontré il y a longtemps les mensonges de la propagande. Ainsi il veut nous refaire croire qu’un camion d’aide à la frontière colombienne a été incendié par les forces loyales à Maduro. « Trois ou quatre camions sont entrés en territoire vénézuélien, mais l’un d’eux a été brûlé », déclare López à la caméra. Or, The Grayzone (24/2/19) et un peu plus tard le New York Times lui-même (10/3/19) ont réfuté ce mensonge à l’époque, observant que la vidéo montre que le camion a été incendié par un manifestant de l’extrême droite.

Une analyse du New York Times (3/10/19) a montré que c’est un manifestant de l’extrême droite et non le gouvernement vénézuélien qui avait mis le feu à un camion supposément « d’aide humanitaire ».

Après 2019, les médias occidentaux ont cessé de diffuser le mensonge selon lequel Maduro rejetait l’aide internationale, en grande partie parce que Trump, et maintenant Biden, ont fait preuve d’un sadisme flagrant dans leur guerre économique contre le Venezuela (FAIR.org, 25/03/20, 21/07/21).

Environ 70 minutes après le début du documentaire, Taraciuk insinue fortement que les votes n’étaient pas secrets lors de l’élection présidentielle de mai 2018 que Maduro a remporté haut la main, en affirmant que les électeurs « devaient passer par le punto rojo pour enregistrer leur vote. » Les puntos rojos (« points rouges ») sont des kiosques que le parti chaviste a mis en place près des centres de vote pour faire ses sondages à la sortie des urnes, sans obligation pour les électeurs d’y passer. Même un écrivain anti-Maduro qui a attaqué ces kiosques en les qualifiant de « chantage » a concédé que le gouvernement ne peut pas savoir comment les gens ont voté.

Il est également profondément hypocrite d’alléguer que Maduro aurait fait pression sur les électeurs, alors que les États-Unis, eux, les menaçaient depuis 2017 : la guerre économique paralysante contre le Venezuela se poursuivra et s’intensifiera jusqu’à ce que Maduro soit renversé.

Quoi qu’il en soit, le nombre de voix de Maduro en 2018 était conforme au niveau de soutien qu’un sondage de Pew Research Poll (qui n’est pas un organisme pro-Maduro) suggérait quelques mois plus tard. Il a révélé que 33 % des Vénézuéliens « font confiance au gouvernement national pour faire ce qui est bon pour le Venezuela. » C’est également un niveau de soutien parmi les électeurs éligibles qui permet régulièrement de remporter des élections au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni (Mint Press News, 1/28/19).

Autres habitants de la planète des médias occidentaux

Tout au long du film, de nombreux extraits de grands médias renforcent la réalité virtuelle du film. Bryan Llenas, correspondant de Fox News, déclare : « Le Venezuela croule sous le poids du régime oppressif de Maduro. » Une journaliste de la BBC regarde Maduro avec un mépris impérial alors qu’il rejette, à juste titre, l’affirmation selon laquelle sa réélection de 2018 serait illégitime.

Une journaliste de la BBC fronce les sourcils à une réponse de Nicolás Maduro, dans « A La Calle ».

Les médias occidentaux ont depuis longtemps développé une sorte de raccourci, répété à l’infini, qui exige une impunité totale pour les politiciens soutenus par les États-Unis comme Leopoldo López au Venezuela. Toute conséquence légale de la sédition soutenue par les États-Unis est présentée comme une « oppression » (FAIR.org, 23/04/18).

Les médias de divertissement états-uniens ont également contribué à la campagne de diffamation contre le gouvernement de Maduro (FAIR.org, 9/18/19). L’année dernière, Ethan Hawke a réalisé une interview complaisante avec López (un vieil ami que Hawke a rencontré alors qu’il fréquentait un lycée privé à New York). Il est très facile de comprendre pourquoi HBO Max se sent aujourd’hui à l’aise pour diffuser un documentaire aussi ridicule que « A La Calle ».

Source : https://fair.org/home/hbos-anti-maduro-propaganda-is-cruder-than-venezuelan-oil/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/10/06/hbo-contre-maduro-un-concentre-de-propagande-brute-comme-le-petrole/

177 scientifiques, professeur(e)s et agent(e)s de santé de terrain répondent aux fake-news de Luke Taylor (« Nature ») sur la gestion du Covid au Venezuela

Dès le début de la pandémie au Venezuela (13 mars 2020), le gouvernement bolivarien a mis en place une politique intensive de biosécurité, masques, désinfection d’espaces, confinement, dépistage massif, campagnes d’éducation et actuellement, une campagne intensive de vaccination gratuite. Nous avons publié une dizaine d’articles sur ce thème. En septembre 2021 – nouvelle victoire sur le blocus occidental -, le Venezuela a pu acheter 700.000 doses du vaccin chinois Sinovac, libérées du verrou bancaire suisse après une longue bataille, grâce à l’appui de l’OMS/COVAX qui enverra au total 11 millions de doses. Vient d’arriver également la neuvième cargaison du vaccin russe Sputnik-V. Le Venezuela est à présent en tête des pays pour la vitesse de vaccination (graphique) et continue comme depuis le début de la pandémie à écraser la courbe du Covid (https://covid19.who.int/region/amro/country/ve), ce qui explique que l’ONU ait demandé au Venezuela l’autorisation d’étudier le succès de sa politique anti-Covid. Une politique qui contraste avec les politiques « trumpo-darwinistes », ultra-néolibérales, qui ont provoqué des hécatombes en Equateur, au Brésil ou en Colombie.

Un secteur de médecins de classe moyenne et liés à la droite, continue à nier cette réussite. Ce secteur relayé par les médias privés (majoritaires) a mal vécu la perte du monopole commercial de la santé qu’il exerçait avant l’élection du Président Chavez, ainsi que de voir une révolution étendre les droits sociaux, de santé ou d’études universitaires, à l’ensemble de la population. Sa réaction de classe l’a déshumanisé : il a dénoncé comme « concurrence déloyale » (sic) la mission sociale « Barrio Adentro » qui a sorti la médecine de sa vision mercantiliste, l’a rendue gratuite, accessible aux secteurs populaires et a sauvé les vies de millions de vénézuélien(ne)s. Ce secteur a appuyé les violences de rue et les coups d’État contre le gouvernement élu, et a reçu en grande pompe le putschiste Juan Guaido (photo) dès sa première visite publique comme fake-président du Venezuela (un personnage dont les campagnes en faveur des sanctions ont bloqué l’achat de nombreux médicaments, et provoqué la mort de nombreux patient(e)s). Tout cela, sans doute, dans l’espoir du retour du Venezuela aux temps de l’apartheid où la médecine était réservée à ceux qui peuvent payer.

La naturalisation du storytelling de la droite et des grands médias sur l’existence d’une « dictature » au Venezuela donne des ailes à des auteurs en mal d’audimat, qui pensent pouvoir recycler les poncifs sans que personne ne les contredise. La revue « Nature » a publié le 25 août un article d’un certain Luke Taylor qui applique ce storytelling à la gestion de la pandémie. 177 scientifiques, professeurs et agents de santé de terrain, publient un important droit de réponse : http://revista.vps.co.ve/editorial/ que nous traduisons et publions avec la liste des signataires :

« En tant que membres de la communauté scientifique vénézuélienne, du secteur de la santé et d’autres domaines de connaissance, nous demandons un droit de réponse à la revue Nature que vous éditez. Compte tenu de la désinformation, des demi-vérités et des inexactitudes exprimées dans l’article « Les travailleurs de la santé vénézuéliens collectent secrètement des statistiques sur le COVID », par M. Luke Taylor, publié le 25 de ce mois, et dans l’article « COVID au Venezuela, les essais de santé supprimés – la semaine en infographie », publié deux jours plus tard, tous deux sur le site Internet de Nature, nous souhaitons rétablir les faits et décrire la réalité de la lutte du Venezuela contre le COVID-19, informer sur les vrais chiffres acceptés par tous les organismes internationaux concernés.

« La communauté scientifique internationale a en effet le droit d’obtenir une image plus complète et plus précise de la réalité que notre pays subit depuis 2015, et ce malgré l’imposition cruelle d’une série de mesures coercitives unilatérales (gouvernement des États-Unis), qui, dans le cadre de la pandémie COVID-19, a produit un scénario socio-économique critique aux conséquences désastreuses pour la société vénézuélienne.

« Parlons de contexte d’abord : les mesures coercitives unilatérales (« sanctions »)  et le blocus imposés à la République bolivarienne du Venezuela par les États-Unis et leurs alliés depuis 2015, en vertu de la loi 113.278 signée par l’ancien président Barack Obama en décembre 2014. Cette situation a eu de graves conséquences sur la vie quotidienne, en particulier dans des secteurs tels que l’éducation, l’alimentation et la santé (1-3). Or, curieusement, ce fait majeur n’est mentionné à aucun moment dans la critique de Taylor, alors qu’il a eu d’énormes répercussions négatives sur les droits humains dont le droit à la santé de la population, touchant particulièrement les femmes et les enfants, entre autres groupes, privés d’accès aux fournitures et aux médicaments (4).

« La rapporteuse spéciale de l’ONU sur l’impact de sanctions, la professeure de Droit International Alena Douhan (photo), a établi en février 2021 un rapport accablant sur les conséquences des sanctions occidentales contre le Venezuela, et rappelé leur illégalité. La « menace pour la sécurité nationale des États-Unis » invoquée le 8 mars 2015 comme base pour introduire des sanctions contre le Venezuela, et prolongée/renforcée à plusieurs reprises par D. Trump puis J. Biden, ne correspond pas aux exigences de l’art. 4 du Pacte International relatif aux Droits civils et politiques. En juillet 2021 six autres experts indépendants nommés par l’ONU ont dénoncé l’impact de ces sanctions sur la vie des patient(e)s affecté(e)s de cancer.

« Le reportage de Taylor publié dans Nature mentionne un prétendu médecin de famille qui déclare « anonymement » (!) que « Face à la répression du gouvernement et aux ressources limitées, les médecins et les infirmières travaillent discrètement avec des réseaux de recherche pour rapporter des données fiables… Lorsqu’ils ont parlé de ce qu’ils disent être des conditions inacceptables, certains ont été détenus par les forces gouvernementales ». Citer un médecin unique et anonyme qui prétend que certains travailleurs de la santé ont été détenus par les forces gouvernementales, sans offrir de sources primaires pour étayer l’allégation, ni mentionner les noms, les charges ou les dates de la détention présumée de ces travailleurs, témoigne à tout le moins d’un manque de sérieux.

« Ensuite, le même « médecin anonyme » affirme qu’une « partie » du corps de santé du pays communique « clandestinement » des données « fiables » sur la pandémie qu’ils a lui-même recueillies… en secret (sic). Et que ces anonymes déclarent qu' »il est évident que les chiffres du Venezuela ne reflètent pas la réalité, et que le décompte drastique est dû à un manque de preuves et d’infrastructures, mais aussi à un effort délibéré du gouvernement pour minimiser la situation de pandémie ».

« Il est important de noter que depuis les deux premiers cas de COVID-19 dans le pays (13 mars 2020), le gouvernement vénézuélien a déclaré l’état d’urgence (https://elpais.com/sociedad/2020-03-13/venezuela-confirma-dos-casos-de-coronavirus.html). Il a immédiatement pris certaines mesures comme la mise en quarantaine préventive obligatoire des passagers du vol 6673 d’Iberia les 5 et 8 mars 2020, origine des premiers cas, la suspension des classes à tous les niveaux et l’utilisation de masques par les passagers dans les transports tels que le métro et les trains. Deux jours plus tard, le 15 mars, lorsque 17 cas positifs ont été confirmés dans plusieurs états du pays, il a décidé de prendre des mesures drastiques, comme le confinement collectif. Il a établi une stratégie de communication dans les médias nationaux, les espaces publics et privés, en tenant la population vénézuélienne informée, quotidiennement et à jour via Twitter notamment, des statistiques des paramètres épidémiologiques de la pandémie. Les cas positifs, les décès et les cas guéris sont signalés par État toutes les 24 heures, ainsi que les mesures de biosécurité à appliquer au sein de la population. Une stratégie de restriction de l’activité commerciale, appelée 7+7, a été mise en place, dans laquelle une semaine d’activité flexible est suivie d’une semaine d’activité restreinte. Toutes ces orientations émanent du Conseil scientifique présidentiel (CCP), qui a été constitué le 13 mars dernier, et dont les membres sont des scientifiques de différents domaines de connaissance, dotés d’une grande expérience.

« Nous voudrions ajouter quelques détails intéressants. Le gouvernement, et ce conseil scientifique, ont pris une série de mesures pour combattre l’épidémie depuis son apparition. Au moment de convenir, dans une résolution conjointe du Ministère de la Santé (MPPS) et du Ministère pour la Science et la Technologie (MPPCyT), des priorités à investiguer, un ensemble de plusieurs domaines a été rendu public dans le Journal Officiel, parmi lesquels se détachent les contributions à la caractérisation épidémiologique du COVID-19 dans la population vénézuélienne, ainsi que l’impact psychologique, social et culturel de ce dernier ; 1) un Fonds économique a été approuvé par l’exécutif pour le développement de la recherche et des innovations scientifiques liées à la lutte contre le COVID-19, fonds qui ont été investis dans le renforcement et la préparation des réponses sociales et sanitaires dont le pays avait besoin pour lutter et combattre le nouveau coronavirus ; 2) selon le référentiel de l’Observatoire national de la science, de la technologie et de l’innovation (ONCTI), entre janvier-2020/juin-2021, trois cent neuf (309) documents écrits par des Vénézuéliens ont été identifiés, dont 71% ont été collectés dans des revues nationales et internationales à comité de lecture, dans six grands domaines de connaissance et liés à COVID-19, précisant que 61% de ces textes apportent de nouvelles connaissances à la communauté scientifique, à travers des découvertes, des recommandations et des revues documentaires (http://oncti.gob.ve). En d’autres termes, la gestion de cette pandémie ne relève pas de la seule responsabilité du gouvernement. Il s’agit d’une situation qui requiert les efforts de tous les secteurs du pays afin de l’affronter et de la contrôler ; 3) A l’ONCTI, des cycles de forums virtuels sur la connaissance et les mesures préventives de la pandémie ont été initiés, dictés par des experts en la matière et ouverts à toute la population vénézuélienne. Ces indicateurs importants peuvent être consultés sur le nouveau portail web de l’ONCTI (http://oncti.gob.ve), créé dans le but de diffuser l’activité scientifique du Venezuela. En d’autres termes, il y a eu une politique officielle de publication et diffusion des efforts, du travail et des réalisations accomplis sur la pandémie par les différents secteurs du pays. C’est pourquoi nous ne comprenons pas les recherches « secrètes » que ces agents de santé effectuent pour obtenir des « données fiables » sur les statistiques de la pandémie dans le pays.

« En ce sens, il est pour le moins étonnant que les données officielles recueillies systématiquement par l’ensemble du système national de santé publique ne soient pas fiables, comme le décide Taylor alors que les données recueillies « secrètement » par les membres du corps sanitaire des hôpitaux vénézuéliens soient considérées, elles, comme fiables. Et ce, bien qu’ils n’expliquent pas la méthodologie utilisée, si ce n’est qu’ils n’ont qu’un seul critère pour « diagnostiquer  » un patient suspect : évaluer s’il a une infection respiratoire aiguë, ce qui, les travailleurs eux-mêmes le reconnaissent dans l’article, n’est pas un indicateur parfait de COVID-19. Le pire, c’est que la revue ne propose aucun chiffre sur l’épidémie dans le pays.

« D’autre part, l’OMS, les experts en épidémiologie et les gouvernements ont reconnu qu’au cours de toute pandémie, il est impossible de connaître le nombre réel de cas positifs en temps réel, car le début de l’infection est inconnu en raison de la période de latence et il existe un grand nombre de patients asymptomatiques. En bref, il est impossible pour tout pays de disposer d’un registre totalement complet des personnes infectées en temps réel.

« Dans une autre partie de l’article, intitulée The pandemic narrative, Taylor aborde deux questions et dévoile, à rebours de la scientificité, une intentionnalité politique : a) l’économie du Venezuela selon lui « s’est effondrée au cours de la dernière décennie en raison de la corruption, de la mauvaise gestion financière et de l’effondrement du prix du pétrole, son principal produit d’exportation ». Or il ne mentionne rien du  blocus, ni des sanctions états-uniennes expliqués au début de ce document, qui sont les principaux responsables de la situation ; b) il parle de l’émigration qui s’est produite ces dernières années dans le pays, affirmant qu' »au moins 5,4 millions de personnes ont fui le pays et, parmi celles qui restent, environ 90% vivent aujourd’hui dans la pauvreté, selon les Nations unies ». Là encore, l’auteur n’indique pas la source à laquelle il emprunte ces chiffres qui, selon nous, sont exagérés. Cependant, quel que soit le nombre (6), l’émigration et la pauvreté ont une relation étroite, évidente, avec le blocus sur les exportations : le début de ce phénomène a coïncidé avec le début de la guerre économique qui a privé l’État vénézuélien de 99% des ressources de la vente du pétrole.

« Par ailleurs, cette section de l’article contient une affirmation pour le moins contradictoire, lorsque certains épidémiologistes interrogés déclarent que l’effondrement économique pourrait avoir ralenti la propagation du coronavirus SRAS-CoV-2. Ces chercheurs répondent par l’affirmative, mais leurs raisons n’incluent pas les mesures drastiques et efficaces prises par le gouvernement supérieur depuis le début de la pandémie. Or ces mesures sont similaires à celles que certains gouvernements dans le monde ont prises pour lutter contre la pandémie, comme la Chine, Singapour, Taïwan et la Thaïlande, avec des résultats positifs similaires. Si nous observons les courbes du taux de prévalence du coronavirus dans les pays d’Amérique latine en avril 2020 (OMS ou Our World in data), nous pouvons déjà constater l’aplatissement de la courbe dans les pays qui ont pris les mesures sociales les plus radicales et les plus rapides, telles que la distanciation sociale et le confinement, comme le recommandait l’OMS à l’époque. Cela a permis d’éviter une croissance exponentielle de la propagation virale au sein de la population, et c’est exactement ce qui s’est produit au Venezuela. C’est l’une des mesures qui a permis de maintenir un contrôle relatif de la pandémie au Venezuela. Cependant, dans des pays comme la Colombie et le Brésil, où les gouvernements respectifs ont évité de prendre rapidement des mesures épidémiologiques drastiques, alors qu’ils disposaient de suffisamment de temps, la pandémie est devenue incontrôlable. Aujourd’hui encore, ils continuent à subir les terribles conséquences de ce manque de contrôle initial sur leurs populations respectives. Nous ne comprenons pas comment des chercheurs vénézuéliens puissent réfuter à priori les chiffres du gouvernement vénézuélien, ou qu’un vice-président d’une ONG états-unienne dise que les chiffres n’ont pas de sens. Il suffit de comprendre les processus épidémiologiques de base pour combattre une pandémie établis par l’OMS.

« Enfin, l’article de Taylor indique qu’un « réseau » (ONG) avait identifié que six variants de coronavirus, dont deux, Beta et Gamma, classés comme variants préoccupants, s’étaient répandus au Venezuela, sur la base d’un article publié dans la revue Int J Infect Dis (Patiño et al, 2021). Cependant, en examinant cet article, nous avons constaté que les patients vénézuéliens infectés vivent sur le territoire colombien (la période n’est pas précisée) et il n’y a pas de preuve certaine quant à savoir s’ils ont été infectés par transmission communautaire sur le territoire colombien ou par migration transnationale. Il est important de souligner que le Venezuela ne dispose pas actuellement des ressources et des moyens suffisants pour assurer une surveillance génomique adéquate du virus SRAS-CoV-2. Toutefois, deux institutions assurent la surveillance génomique du virus, l’Institut vénézuélien de recherche scientifique (IVIC) et l‘Institut des études avancées (IDEA), dont les équipes de chercheurs ont traité des échantillons provenant de diverses régions du pays, ce qui a permis de confirmer la circulation de la variante Delta, en particulier dans les zones frontalières avec la Colombie. Ces données ont été rapportées par les autorités du Ministère Populaire de la Santé à l’OMS, et des publications dans des revues spécialisées sont en préparation. Selon les plans du Ministère de la Santé, à court terme, une moyenne de 100 échantillons par mois sera réalisée pour le séquençage par état, ce qui implique une moyenne de 1000 échantillons par mois pour l’ensemble du pays. Il n’est peut-être pas possible de comparer cette quantité de séquençage épidémiologique avec ceux effectués dans d’autres pays aux capacités économiques plus importantes, mais il est important de noter qu’à partir des données obtenues, nous aurons une idée précise de la progression de la circulation des variantes du SRAS-CoV-2.

« Nous espérons que les données et l’analyse que nous avons partagées dans cette lettre aideront les collègues de la communauté scientifique internationale à une disposer d’une vision plus complète de la situation du pays dans le contexte décrit ci-dessus. Le pays vit depuis des années sous le coup d’une campagne médiatique internationale qui déforme la réalité à des fins politiques. En raison de l’absence d’informations scientifiquement rigoureuses, l’article de Taylor semble faire partie de cette campagne, dans laquelle les chercheurs impliqués sont des porte-parole politiques reconnus de l’opposition vénézuélienne. Nous ne sommes pas surpris par ce type de campagne, mais ce qui est étonnant c’est que la revue scientifique Nature s’y soit prêtée, sans vérifier ni le contexte, ni le type de sources, ni la véracité du contenu de l’article mentionné. Nous espérons qu’en toute honnêteté et par souci d’équilibre, la rédaction de la revue nous accordera le droit de réponse demandé. »

« RÉFÉRENCES

1. SURES. 2018. Hernández M et Salazar A. Rapport spécial. Mesures coercitives unilatérales sur le Venezuela et leur impact sur les droits de l’homme. INFORME-MEDIDAS-UNILATERALES-COERCITIVAS.-SURES.pdf

2. Telesur News. 2019. Chronologie des sanctions unilatérales américaines contre le Venezuela. In Depth : Latin America and the Caribbean. https://www.telesurtv.net/telesuragenda/cronologia-sanciones-eeuu-venezuela-historia-20190529-0002.html

3. SURES. 2020. Lorena Giménez. Rapport spécial. Las medidas coercitivas unilaterales desde la Unión Europea desde la Unión Europea contra la República Bolivariana de Venezuela. informe-especial-las-medidas-coercitivas-unilaterales-desde-la-uniocc81n-europea.pdf (wordpress.com)

4. Douhan, A. 2021. Droits de l’homme et mesures coercitives unilatérales. Avis aux médias. Nations Unies. Voir https://www.ohchr.org/_layouts/15/WopiFrame.aspx?sourcedoc=/Documents/Issues/UCM/UCM-COVID19.docx&action=default&DefaultItemOpen=1

5. SURES. 2021. Informe Especial : Uso político y mercantilización de la migración venezolana (I) (https://sures.org.ve/migracion/).

6. Il est important de noter qu’il n’a pas été possible d’unifier ou même d’approximer les différents nombres de migrants vénézuéliens qui sont souvent cités en premier lieu. En 2019, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a estimé que 2 519 780 Vénézuéliens avaient quitté leur pays. Pour la même période, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a affirmé que le nombre de migrants était de 4 769 498. La marge d’erreur entre les deux chiffres est supérieure à la population de Barcelone (Catalogne, Espagne) (5). »

Scientifiques et professionnels de la santé signataires :

Source : http://revista.vps.co.ve/editorial/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/09/11/177-scientifiques-professeures-et-agentes-de-sante-de-terrain-repondent-aux-fake-news-de-luke-taylor-nature-sur-la-gestion-du-covid-au-venezuela/

Comment un hôpital cardiologique infantile a réussi à réaliser plus de 300 opérations gratuites cette année au Venezuela malgré le blocus et la pandémie.

Patient et sa mère à l’hôpital latino-américain de cardiologie infantile Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo Jacobo Méndez

Yanira tient dans ses bras son bébé de sept mois, qui se remet d’une opération du cœur à l’hôpital de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa, à Caracas, et nous raconte le processus. Ce petit garçon qui ne cesse de sourire, est l’un des 305 enfants qui ont été opérés dans ce centre de santé depuis le début de l’année, en pleine pandémie.

Plus de 12.000 opérations ont été réalisées au centre de cardiologie depuis son inauguration le 20 août 2006, sous le gouvernement du président Hugo Chávez. En 2021, l’hôpital prévoit d’en atteindre 400, un chiffre qui prend un sens tout particulier dans le contexte des effets profonds sur la vie quotidienne des gens causés à la fois par la pandémie et par les sanctions états-uniennes et européennes contre le Venezuela.

Dès l’entrée dans cet hôpital, avec ses longs couloirs silencieux et très éclairés, les mesures de biosécurité sont strictes: lavage des mains, distance sociale et masques. Après avoir traversé des espaces très nets où le blanc prédomine, on arrive au bureau de la présidente de l’institution, la Docteure Isabel Iturria.

Comprendre les chiffres

La première chose qui saute aux yeux, ce sont les chiffres, nous explique-t-elle. Cette année, 305 interventions cardiologiques ont été réalisées. Le contexte donne de l’importance aux chiffres, car de 2014 à 2019, le Venezuela a subi une contraction économique brutale causée par la perte de 99% de ses revenus pétroliers suite au blocus sur les exportations décidé par les États-Unis contre la compagnie pétrolière publique PDVSA, en plus des sanctions.

Hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo : Jacobo Méndez

Selon Isabel Iturria, les plus grands hôpitaux du monde réalisent entre 300 et 400 opérations par an, et ceux qui dépassent ce chiffre appartiennent à un « groupe très restreint » d’institutions médicales. Ces chiffres, lorsqu’ils sont comparés à ceux du Venezuela, font paraître incroyables les réalisations du pays sud-américain dans ce domaine, alors qu’il est soumis à un blocus.

Avant la création du centre de cardiologie infantile, moins de 200 opérations par an étaient réalisées dans le pays, vu le coût exorbitant pour les familles populaires pratiqués par la médecine privée. Cependant, depuis l’ouverture de cet hôpital public il y a 15 ans, la moyenne annuelle est de 700 à 800 opérations (moitié chirurgies et moitié cathétérismes). « Le centre cardiologique a transformé les possibilités de traitement des enfants atteints de maladies cardiaques » affirme l’ancienne Ministre de la Santé (2013).

« On vous donne l’impression de faire quelque chose d’illégal ».

Dans un pays sanctionné par un empire, des processus aussi routiniers que l’achat de fournitures médicales passent par des labyrinthes kafkaïens. « On dirait que vous faites quelque chose d’illégal, alors que ceux qui le font sont ceux qui violent le Droit en entravant l’arrivée des moyens de la santé et de la vie au Venezuela » dénonce Iturria.

Il y a quelques années, deux appels d’offres ouverts étaient organisés chaque année pour l’achat de fournitures. Un groupe d’entreprises qui avaient la possibilité de soumissionner a participé à ces appels d’offres. Progressivement, leur présence a diminué.

« C’est extrême, il y a des matériels que le fournisseur n’apporte tout simplement pas pour ne pas s’exposer à des sanctions », bien que l’hôpital cardiologique était un client principal vu que la chirurgie pédiatrique est très peu pratiquée dans les autres institutions du pays.

La Présidente de l’Hôpital de cardiologie infantile d’Amérique latine Gilberto Rodríguez Ochoa, Isabel Iturria. Photo: Jacobo Méndez

Actuellement, la plupart des produits proviennent de Chine, par le biais d’accords bilatéraux, et d’autres pays. Certains intrants sont achetés à un importateur « qui les a achetés à un autre, qui à son tour les a achetés à un autre » et il faut ensuite évaluer lequel peut facturer l’hôpital, lequel ne le peut pas et lequel peut facturer le Ministère de la santé… « Cette procédure empêche la concurrence et génère des coûts plus élevés, car les produits proviennent d’un autre intermédiaire. Cela affecte vraiment notre pays, même si l’État a trouvé des voies alternatives », dit-elle.

En plus des fournitures, la technologie est également nécessaire pour que l’hôpital puisse fonctionner. C’est le cas de la climatisation des salles d’opération, « qui présente des caractéristiques très spécifiques : non seulement il faut générer le froid, mais le purifier de toutes sortes de polluants et de particules ». Cet équipement est importé et ses pièces de rechange ne sont plus vendues au Venezuela à cause du blocus états-unien.

L’entretien de cette technologie subit également les conséquences du blocus. Les fournisseurs habituels refusent de travailler dans l’hôpital ou affirment que leur société-mère les sanctionne et ne leur vend pas de pièces détachées si elles sont destinées à l’État vénézuélien. « C’est incroyable, mais c’est une réalité », dit Iturria.

Combien coûtent les opérations ?

Les opérations sont gratuites pour les patients et l’hôpital couvre les coûts, qui sont beaucoup moins élevés que dans le secteur privé. Partout ailleurs dans le monde, une telle opération peut coûter jusqu’à 40 000 dollars.

À l’extérieur de l’hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo: Jacobo Méndez

La présidente de l’hôpital explique que pour une seule opération dans une clinique privée vénézuélienne, sept ou huit sont réalisées à la clinique cardiologique. L’autre mythe qui s’effondre est celui de l' »inefficacité » du secteur public, qui semble être davantage un cliché qu’un élément rationnel », ajoute-t-elle.

La gratuité couvre même l’alimentation de la mère, et l’hébergement du père à la résidence hospitalière le jour de l’intervention. « Il faudrait que ce soit plus cher ici, mais ce n’est pas le cas. Nous le faisons gratuitement, avec une qualité technique, mais aussi avec affection, avec solidarité, avec chaleur », déclare la médecin, diplômée de l’Université centrale du Venezuela (UCV).

Pour avoir une idée des coûts, une chirurgie cardiaque congénitale pour un seul enfant peut nécessiter 300 choses différentes. Certains matériaux peuvent être restérilisés, mais pas d’autres, car ils sont très chers et la technologie est difficile à reproduire.

Hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo : Jacobo Méndez

Comment se déroule le processus ?

Ce qui frappe quand on entre dans le centre de cardiologie, c’est qu’il n’y a pas de mères avec leurs enfants dans les bras faisant une file sans fin pour attendre leur tour. Comment a-t-il été possible de transformer une telle réalité quotidienne dans un centre de santé publique ?

C’est d’abord le fruit de la planification et de l’utilisation des technologies de l’information. Dans les hôpitaux vénézuéliens où il existe un service de cardiologie, le spécialiste accède au système hospitalier et saisit les données des patients nécessitant une intervention chirurgicale ou un cathétérisme dans le registre national des enfants et adolescents atteints de cardiopathie congénitale (RENAC).

« Chaque jour, nous pouvons avoir en temps réel les patients qui ont été ajoutés à la liste d’attente nationale et nous pouvons les appeler lorsque nous avons les conditions pour pouvoir les opérer, en fonction de leur pathologie », explique Iturria.

Façade principale de l’hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo : Jacobo Méndez

Certain(e)s patient(e)s doivent patienter plusieurs années, quand l’intervention ne peut être réalisée que lorsque l’enfant est plus âgé, tandis que d’autres doivent être opérées dès le premier mois de vie.

« De cette manière, nous optimisons les ressources au sein de l’hôpital et évitons que le patient ne doive être transféré inutilement. Nous le faisons depuis la période d’avant la pandémie », ajoute-t-elle.

Professionnels absents

Dans le quotidien de l’hôpital, il y a d’autres chiffres, moins encourageants, un défi pour ceux qui y travaillent : le service de cardiologie fonctionne avec la moitié ou moins de son personnel, car de nombreux spécialistes ont quitté le pays à la suite du blocus. « C’est un bilan négatif pour la révolution, que nous devons d’une manière ou d’une autre essayer de remonter », dit Iturria.

Les médecins sont très recherchés à l’étranger, explique-t-il, et les Vénézuéliens « rivalisent à des conditions favorables avec ceux du monde entier et sont attirés par d’autres pays sans blocus qui leur offrent de meilleures conditions de vie », bien qu’ils exercent dans certains pays des fonctions bien inférieures à leurs qualifications.

La formation d’un spécialiste peut durer environ 14 ans : sept années d’université, l’année de travail en zone rurale et les études de troisième cycle, qui durent chacune trois ans. « Dans cet hôpital, les médecins ont entre deux et trois diplômes de troisième cycle. Beaucoup d’entre eux sont partis, même si je dirais que beaucoup aimeraient rester au Venezuela.

Médecins de l’hôpital latino-américain de cardiologie pour enfants Gilberto Rodríguez Ochoa à Caracas. Photo: Jacobo Méndez

« C’est un vrai problème que le Venezuela a tenté de résoudre en augmentant le nombre de médecins formés. Aujourd’hui, le nombre de médecins formés est plus élevé que jamais dans l’histoire du Venezuela », dit-elle. Le secteur principal est la médecine communautaire intégrale, avec un accent sur la médecine préventive et la promotion de la santé et de la qualité de vie. « C’est sûrement l’un des éléments fondamentaux qui a permis de contrôler la pandémie, avec les nombreuses autres mesures qui ont été prises », dit-elle.

Comment un hôpital dont la moitié du personnel a disparu peut-il encore tenir debout, telle est la question qui se pose. Le président fait référence à l’expérience accumulée en 15 ans d’existence de l’hôpital cardiologique et à l’engagement des travailleurs envers l’institution, ce qui a facilité les choses. Elle-même confirme qu’elle est revenue aux gardes de 24 heures, comme elle le faisait lorsqu’elle était résidente il y a plusieurs décennies. « Il y a vraiment beaucoup de travail à faire.

La pandémie a également été un défi auquel on a dû s’adapter : la présence des personnes accompagnant les patients a été limitée, tout le personnel a été vacciné et des outils technologiques ont été utilisés pour réaliser les activités d’enseignement et de diffusion des connaissances.

Nathali Gómez

Source : https://actualidad.rt.com/actualidad/402372-hospital-cardiologico-infantil-venezuela-sanciones-pandemia

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/09/07/comment-un-hopital-cardiologique-infantile-a-reussi-a-realiser-plus-de-300-operations-gratuites-cette-annee-au-venezuela-malgre-le-blocus-et-la-pandemie/

Le Venezuela n’est pas en faillite, par Luis Britto García

Après avoir racheté les parts de Total et Equinor, le gouvernement bolivarien du Venezuela place l’entreprise Petrocedeno à 100% sous contrôle public et renforce sa politique de nationalisation pétrolière au service du développement social et économique. Les exportations pétrolières remontent lentement, notamment en direction de la zone asiatique.

« Blinken, puis Harris, maintenant Sullivan… les premiers voyages états-uniens de haut niveau en 2021 ont eu lieu en Amérique latine. L’empire se concentre sur le continent, devenu front de bataille existentiel entre son « America is Back » et le « One Belt, One Road » de la Chine » explique William Serafino, historien et politologue vénézuélien qui ajoute : « Après la Guerre d’Indépendance et la construction d’une République souveraine au XIXe siècle, la résistance socialement organisée contre le blocus et l’agression des USA de ces dernières années est l’œuvre collective et historique la plus importante du peuple vénézuélien. »

Occasion d’écouter aussi l’écrivain et historien vénézuélien Britto Garcia.

En 1919, le jeune José Rafael Pocaterra, emprisonné dans un cachot de la Rotonde pour s’être opposé à la dictature de Juan Vicente Gómez, écrivit deux ouvrages, avec des moignons de crayon, qui sont fondamentaux pour comprendre le Venezuela : Mémoires d’un Vénézuélien en décadence, et le roman prémonitoire La maison de la famille Abila. Ce dernier raconte l’histoire d’une famille possédant de vastes domaines. Les héritiers sont des ahuris, des dépensiers ou des fous, qui laissent la gestion du domaine à un gendre, qui le charge de dettes fictives et d’importations fantômes. Un incendie se déclare dans une hacienda, et le gendre convoque un conseil de famille : « Nous sommes ruinés ! Nous devons tout liquider ! Nous devons nous rendre sans condition aux créanciers ! En secret ! Et sans y penser ! Bien sûr, nous ferons un grand spectacle pour le dissimuler« . Seul le plus jeune frère, Juan de Abila, a pu penser à objecter que l’incendie de quelques palissades de canne ne pouvait pas anéantir une fortune comme celle de la famille. Les proches l’insultent ; le gendre profiteur, l’administrateur, transfère tous les biens à sa succession individuelle pour une bouchée de pain, et c’est à Juancito de lutter contre la ruine dans un lointain troupeau ravagé par la peste équine, dans les marécages duquel jaillit… une mare d’huile noire.

2

87% de la consommation énergétique mondiale est couverte par les hydrocarbures. Le Venezuela est le pays qui possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole, avec 302,81 milliards de barils, soit 25% du total. Il est suivi en ordre décroissant par l’Arabie saoudite, le Canada, l’Iran, l’Irak, le Koweït, les Émirats arabes unis, la Russie, la Libye, le Nigeria, le Kazakhstan, et les États-Unis à une mélancolique 12e place, avec 36,52 milliards de barils, soit un peu plus d’un dixième des réserves du Venezuela, ce qui est insuffisant pour le plus grand consommateur d’énergie fossile au monde. L’OPEP estimait qu’en 2014, il y aurait 1,65 trillion de barils de pétrole sur la planète : si la production de 83 millions de barils par jour était maintenue, il resterait à peine assez de pétrole pour 54 ans. (https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_countries_by_proven_oil_reserves). Les hydrocarbures états-uniens seront épuisés dans une ou deux décennies ; déjà, les coûts de production de la fracturation atteignent plus de quatre-vingts dollars par baril ; pour rester une puissance industrielle, les USA dépendent de notre sous-sol. Celui qui contrôle nos réserves dominera le monde. C’est à nous de décider si ce sera le Venezuela ou le capital transnational auquel nous les cédons.

3

Jusqu’à présent, les États-Unis ont obtenu les hydrocarbures vitaux en forçant les producteurs à les vendre en échange d’un papier vert sans support : le fameux pétrodollar. La Chine, première puissance mondiale, se prépare à le remplacer par une monnaie adossée à l’or. À cet égard, nous citons à nouveau Víctor Cano, ministre du Développement minier écologique en 2018, qui a déclaré :  » Dans la seule zone 4 de l’Arc minier de l’Orénoque, nous estimons qu’il y a 8 000 tonnes d’or présumé. Nous avons certifié 2 300 tonnes sur ces 8 000 tonnes. Cela ferait de nous la deuxième plus grande réserve d’or au monde, mais nous pourrions être les premiers ». (https://www.conelmazodando.com.ve/venezuela-podria-tener-la-reserva-de-oro-mas-grande-del-planeta)
C’est à nous de décider si la future monnaie mondiale dépend de notre or, ou si nous le cédons en échange de l’espoir de recevoir un quelconque papier vert sans garantie.

4

Abrégeons le catalogue de nos ressources, en commençant par l’énergie hydroélectrique en Guyane, puis l’eau douce, le fer, l’aluminium, le coltan, le cuivre, le thorium, la biodiversité et la faune marine. Passons au plus grand de tous, la splendide main-d’œuvre de 14.167.281 personnes, soit presque la moitié de la population, dont 6.274.817 sont des travailleurs intellectuels et 2.267.003, soit presque un cinquième, se qualifient comme professionnels, techniciens et travailleurs assimilés. Ils sont la source du travail, la source de toute valeur et richesse. C’est à nous d’utiliser leurs pouvoirs créateurs pour développer le pays, ou de les enterrer dans des zones spéciales où ne s’appliqueront ni les lois ni les tribunaux vénézuéliens, ni les droits du travail ni les droits syndicaux, exploités par des transnationales qui s’empareront de nos ressources sans payer d’impôts.

5

Le Venezuela n’est pas en faillite : ce sont les puissances qui sont en faillite, elles qui ne peuvent pas survivre sans nos ressources, ni nous les enlever par la force brute, car cela déclencherait un conflit mondial aux conséquences incalculables. Si les bombes ne pleuvent pas sur notre pays, c’est en raison d’un équilibre tendu des menaces entre blocs géopolitiques où se joue l’hégémonie mondiale. Avec une maladresse brutale, le bloc dirigé par les États-Unis, au lieu de parvenir à un accord raisonnable, judicieux et équitable avec le Venezuela, a choisi une politique de confrontation qui ne peut que creuser les distances et les conflits sans solution possible par la force directe, obligeant notre pays à renforcer ses liens avec des blocs concurrents.

6

Ainsi, les États-Unis ont fait bouger leurs alliances internationales en vain, n’obtenant ni l’isolement diplomatique du Venezuela, ni son expulsion des Nations unies, ni une action décisive ou une condamnation de la communauté internationale à son encontre. Ils ont parrainé un gouvernement fantoche, sans autre résultat qu’une succession de larcins et de détournements de fonds qui ont discrédité à la fois les commanditaires et les parrainés. Ils ont poussé leurs alliés militaires à soutenir des attaques ratées, des infiltrations désordonnées, des violences, des invasions farfelues – des politiques qui n’ont pas réussi, et qui ne semblent pas devoir s’intensifier, étant donné la situation interne délicate de la Colombie, dont le gouvernement lutte pour sa propre survie.

7

Le blocus et les embargos sur les avoirs vénézuéliens à l’étranger ne sont rien d’autre qu’un aveu flagrant de l’échec de toutes les politiques d’agression directe et, comme elles, obligent le Venezuela à se rapprocher toujours plus du groupe dirigé par la Chine, à accroître ses relations commerciales et sa dette publique avec elle. La richesse du Venezuela est suffisante et excédentaire pour plus que rembourser toute dette sans nous livrer à qui que ce soit. La seule certitude est que plus les mesures coercitives du pouvoir du Nord dureront, plus nous nous en éloignerons. Dans cette confrontation, il nous appartient d’être fidèles à un équilibre que nous avons tous le pouvoir de faire pencher en notre faveur.

Source : https://ultimasnoticias.com.ve/noticias/opinion/venezuela-no-esta-en-quiebra-luis-britto-garcia/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/09/le-venezuela-nest-pas-en-faillite-par-luis-britto-garcia/

“85% de nouveaux visages au primaires chavistes, un renouveau révolutionnaire”

Quels sont les rapports entre révolution et transformation de l’espace de vie ? Révolution démocratique ou démocratie révolutionnaire ? Comment articuler démocratie directe, communale et représentative ? Quelle est l’importance du débat et de la pluralité d’opinions dans la révolution bolivarienne ? D’où vient cette capacité du chavisme à organiser de telles primaires, au vote secret et avec parité de genre, alors que dans les autres partis, de gauche ou de droite, les bases militantes n’y ont pas droit ?

Autant de questions posées par Thierry Deronne à Jesus Garcia, organisateur et formateur communal dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, et candidat conseiller municipal aux primaires du PSUV (parti du chavisme) qui auront lieu le 8 août 2021. A travers des assemblées dans tout le pays les militant(e)s de base choisiront leurs candidat(e)s pour les élections régionales et municipales de novembre 2021.

Interview réalisée en juillet 2021 sur les hauteurs de la commune populaire Altos de Lidice. Réalisation: Victor Hugo Rivera. Durée : 17 minutes. VO espagnole, sous-titres français. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

Pour continuer à être informé des expériences de la démocratie participative vénézuélienne, systématiquement occultées depuis vingt ans par les grands médias, abonnez-vous à la chaîne YouTube de Terra TV : https://www.youtube.com/channel/UCnIJcbZH03gsb8ZoshVFE6A

Source : www.terratve.com

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/07/18/85-de-nouveaux-visages-au-primaires-chavistes-un-renouveau-revolutionnaire/

« Amérique latine. Vox tisse sa toile néofasciste outre-Atlantique » par Rosa Moussaoui (L’Huma)

Classique « retard de la conscience sur le réel » ? Il aura fallu que les croisés coloniaux ressortent leur arsenal au Pérou en 2021 ou en Bolivie en 2019 dans le but d’empêcher les victoires électorales de Pedro Castillo ou d’Evo Morales, pour dessiller les yeux sur les insurrections d’extrême droite au Venezuela de 2014 à 2017, qui n’étaient pas davantage des « révoltes démocratiques ». Les secteurs populaires – 90 % de la population vénézuélienne – n’avaient pas participé à ces violences : les médias les ont donc invisibilisés. Sur les écrans internationaux, la droite raciste qui a lynché des afrodescendants vénézuéliens parce que « noirs donc chavistes » devint, par défaut le « peuple révolté », et le président Maduro… le « dictateur ». En inversant le montage de l’agresseur/agressé, les médias occidentaux ont non seulement blanchi les violences des « enfants cachés du général Pinochet » contre un président élu. Ils ont encouragé en direct les préparatifs d’un coup d’État et portent une responsabilité dans le massacre, dont ont été en majorité victimes le camp bolivarien ou des personnes sans affiliation politique. En attendant, la gauche qui ne voyage pas et qui « s’informe » par les médias, est tombée les pieds joints dans le piège du « Venezuela-dictature ».

Comme l’expert espagnol en réseaux sociaux Julian Macias Tovar (« Derrière Guaido, le Plan Condor 2.0 des extrêmes droites espagnole, états-unienne et latino-américaine« ), la journaliste Rosa Moussaoui nous éclaire sur l’identité politique de ceux que les médias ont relookés en « combattants de la liberté ». Rappelons que les « champions de la démocratie » comme l’oligarque vénézuélien Leopoldo Lopez, poursuivi pour sa responsabilité dans ces violences meurtrières, a fui la justice vénézuélienne pour s’installer dans le luxueux quartier de « Little Caracas » (Salamanca) à Madrid, où il se prend à rêver avec ses voisins de Vox d’une « reconquista » de l’Amérique Latine. Il vient d’ailleurs de voyager au Pérou pour soutenir ses chers alliés, les putschistes fujimoristes.

L’extrême droite bolsonariste, déguisée par les médias en « révolte contre la corruption » manifeste pour la destitution de la Présidente du Brésil Dilma Rouseff devant le Congrès national à Brasilia le 2 décembre 2015.
Des partisans d’un coup d’État de Keiko Fujimori à Lima utilisant les symboles des autorités coloniales espagnoles (Croix de Bourgogne). Sacarías Meneses, partisan du président élu Pedro Castillo, vient de mourir quelques jours après avoir subi une attaque brutale d’un de leurs commandos.
Freddy Guevara (en bas à gauche) et ses croisés « pacifiques » de l’extrême droite vénézuéliens, lyncheurs d’afrodescendants, lors de l’insurrection de 2017.
Le même Freddy Guevara (droite), reçu à l’Élysée le 4 septembre 2017 avec un autre putschiste d’extrême droite, Julio Borges, par Emmanuel Macron, pour évoquer « de nouvelles sanctions contre le gouvernement du Venezuela ».

Thierry Deronne, Caracas, le 1 juillet 2021

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Jeudi 1 Juillet 2021, Rosa Moussaoui

La formation d’extrême droite espagnole veut étendre à travers le monde son réseau politique, idéologique et militant pour contenir, selon ses termes, « l’avancée du communisme ».

Ils se rêvent en nouveaux conquistadors, en fantassins d’une « bataille culturelle » globale pour endiguer la « menace communiste », dont l’axe longitudinal premier relierait le Vieux Continent au Nouveau Monde. Dans une filiation assumée avec le franquisme, qui nourrissait l’ambition de restaurer l’influence espagnole en Amérique latine, tout en contrant celle des exilés ayant fui la dictature, les néofascistes espagnols de Vox tissent leur toile, troussent leurs basses œuvres, sèment leurs fausses nouvelles, cultivent la nostalgie colonialiste de la Grande Espagne. Ils ont baptisé leur terre de prêche « Ibérosphère », enrôlent dans leur croisade leurs amis de l’extrême droite européenne comme les ultraconservateurs états-uniens.

L’an dernier, le chef de Vox, Santiago Abascal, après avoir échoué à faire tomber le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, allié à la formation de gauche Podemos, résumait à la tribune du Congrès le sens de cette entreprise à l’habillage trum­piste marqué : « L’Ibérosphère est la clé de l’avenir et des solutions dont l’Espagne a besoin. (…) L’alliance de ce gouvernement avec la tyrannie (du président vénézuélien) Nicolás Maduro au Venezuela est une attaque contre la liberté et les liens qui nous unissent avec les pays de l’Ibérosphère. » « L’alternative », selon lui : «  Rendre à l’Espagne son rôle capital de pierre angulaire des deux côtés de l’Atlantique. »

Le clan Le Pen enrôlé

Dans un délire aux accents complotistes assumés, ses lieutenants désignent les citadelles à prendre : les pays dirigés par des gouvernements de gauche, bien sûr, mais aussi le Groupe de Puebla ou le Forum de São Paulo, des cercles de gauche dédiés à la réflexion sur les alternatives au néolibéralisme. Vox a passé un cap, en 2020, dans la structuration de cette offensive aux contours jusque-là gazeux. Une Gazette de l’Ibérosphère est venue compléter son dispositif médiatique déjà bien ancré et fort peu soucieux de vérité. Cette plateforme numérique destinée au public hispanophone a été mise à flot le 12 octobre, jour de l’Hispanité qui commémore chaque année, en Espagne, l’arrivée en 1492 des premiers colonisateurs en Amérique, sous les auspices de Christophe Colomb… Marraine de l’initiative : la fondation Disenso, créée quelques mois plus tôt pour fixer à cette reconquête politique son cap idéologique. Vox entend ratisser large et se projeter loin, sans regarder à la dépense : ce think tank a d’emblée mis sur pied un programme de formation, d’échanges et de conférences, avec des bourses, tous frais payés, pour des jeunes Européens et Latino-Américains de 25 à 35 ans. Objectif affiché : faire émerger les futurs dirigeants néofascistes d’une rive à l’autre de l’Atlantique.

Au même moment, ce « laboratoire d’idées » rendait publique sa charte de Madrid, un manifeste paraphé par 50 personnalités de 15 pays d’Amérique et d’Europe pour dénoncer l’influence supposée de « régimes totalitaires narco-socialistes » et les menaces que ferait peser « l’avancée du communisme » sur «la prospérité, le développement, les libertés ». Parmi les signataires : la Française Marion Maréchal Le Pen et quelques eurodéputés néerlandais, suédois, grecs et italiens, tous issus de la droite nationaliste, mais aussi la romancière cubaine Zoé Valdés, le putschiste bolivien Arturo Murillo, le député brésilien Eduardo Bolsonaro (fils du président d’extrême droite Jair Bolsonaro), María Corina Machado (figure de la droite insurrectionnelle au Venezuela), l’acteur mexicain Eduardo Verástegui (l’hispanique le plus influent de l’administration Trump) ou encore l’ancien représentant de George W. Bush à l’Organisation des États américains (OEA), Roger Noriega.

Menaces et propos racistes

Mais les néofascistes espagnols ne font pas seulement dans l’agitation d’idées. Ils n’hésitent pas à franchir le cap de la barbouzerie. Vox a ainsi dépêché ses émissaires en Bolivie dès le lendemain du coup d’État contre Evo Morales, le 10 novembre 2019. L’un de ses arrogants propagandistes, Alejandro Entrambasaguas, qui se présente comme « journaliste d’investigation », était reçu avec faste par les putschistes à La Paz. Pendant un an, via le site Internet OKdiario, il a couvert de boue et de mensonges le Mouvement vers le socialisme (MAS) et ses dirigeants, alors pourchassés et persécutés. À la veille des élections du 18 octobre 2020, qui devaient consacrer le retour de la démocratie et de la gauche au pouvoir, ce nervi publiait les photos des observateurs espagnols, parmi lesquels des députés Podemos, désignés à la vindicte des milices d’extrême droite comme des « agitateurs bolivariens ». L’origine de ces clichés ? Les images prises par la police de l’air et des frontières à l’arrivée de la délégation à Santa Cruz. À la manœuvre : le ministre de l’Intérieur du gouvernement de facto, Arturo Murillo, qui promettait sur un ton martial de remettre dans l’avion ou de jeter en prison les observateurs et les journalistes étrangers. Ce bras droit de l’autoproclamée « présidente par intérim » Jeanine Añez a pris la poudre d’escampette au lendemain du scrutin ; il est aujourd’hui poursuivi aux États-Unis dans une affaire de malversations financières portant sur l’achat de bombes de gaz lacrymogène. Entrambasaguas, lui, a dû renoncer à ses séjours dorés en Bolivie, où la justice le poursuit pour ses propos racistes faisant des électeurs du MAS, de culture quechua ou aymara pour la majorité d’entre eux, des « analphabètes » au « niveau intellectuel nul, pratiquement inexistant ».

En Argentine, Ortega Smith, le secrétaire général de Vox, s’est rendu à Buenos Aires en août 2019, sous la présidence de Mauricio Macri, pour y donner au Cercle militaire une conférence niant les crimes contre l’humanité commis sous la dictature de Jorge Rafael Videla. Au Chili, les néofascistes espagnols ont noué des liens étroits avec le président du mouvement Action républicaine, José Antonio Kast, un nostalgique d’Augusto Pinochet . En Colombie, l’ex-président d’ultradroite Alvaro Uribe ne dissimule pas son admiration pour la stratégie de Santiago Abascal, qu’il pourrait bien répliquer dans son pays. En Équateur, une délégation de Vox s’est rendue en mai à Quito pour assister à l’investiture du président de droite, le riche banquier Guillermo Lasso. Lors de sa tournée en Europe, l’an dernier, le Vénézuélien Juan Guaido était reçu à bras ouverts, à Madrid, par ses amis d’extrême droite. Plus récemment, au Pérou, les activistes de Vox ont pris une part active à la campagne de la candidate d’ultradroite Keiko Fujimori, qui refuse de reconnaître sa défaite face au syndicaliste Pedro Castillo. Leur objectif : redonner corps à « une communauté de nations qui partagent, des deux côtés de l’Atlantique, leurs racines, leur héritage culturel avec l’Espagne ». Autrement dit, retrouver le temps béni des colonies.

Source : https://www.humanite.fr/amerique-latine-vox-tisse-sa-toile-neofasciste-outre-atlantique-713007

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