Venezuela-Haïti : de PetroCaribe à la « Patrie Caraïbe »

Port-au-Prince, 20 juillet 2012 – Les fonds consacrés par le programme vénézuélien Petrocaribe à la reconstruction de Haïtí s’élèvent à plus de 400 millions de dollars, a expliqué ce 20 juillet 2012 le directeur du Bureau de Financement des programmes d’aide au développement, Michael Lecorps (photo). 

Ces fonds proviennent d’un prêt du gouvernement vénézuélien pour l’achat d’hydrocarbures, a expliqué le fonctionnaire haïtien, et sont utilisés pour la réalisation de projets d’infrastructure parmi lesquels le réseau de santé publique et la reconstruction d’édifices détruits par le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Le mois dernier, le Premier Ministre haïtien Laurent Lamothe, a annoncé que le  Venezuela construira près de 5000 maisons destinés aux victimes du tremblement de terre. 400 mille d’entre elles vivent encore sous des tentes.

Lamothe a précisé que le gouvernement de Hugo Chávez financera l’édification de 2500 maisons dans la capitale elle-même et environ 280 maisons dans chacun des 10 départements du pays.

Face à l’éventuel passage d’un cyclone par Haïti, quelques 450 mille personnes sont en situation de risque, selon l’Organisation des Nations Unies. En juin dernier le Venezuela a donné à Haïti un lot de matériels pour faire face à la saison des cyclones, comprenant des lits, des générateurs d’électricité, des tentes et des aliments.

Après la signature d’un accord tripartite en mai 2012 le Venezuela s’est en outre engagé à financer en compagnie de Cuba la construction d’un hôpital sur la base d’un budget de 78 mille dollars.

Cet accord, auquel a souscrit également l’Argentine, prévoit de développer des projets de développement agricole dans la nation Caraïbe.

Les quatre pays se sont mis d’accord pour créer une société mixte en vue d’administrer les fonds du projet vénézuélien Petrocaribe en Haïti, la construction d’auberges, la donation d’infrastructure pour l’éducation et l’octroi de 300 bourses à des jeunes membres de secteurs pauvres. Lamothe a lancé à la mi-mai un programme d’aide sociale qui bénéficiera à 100 mille mères haïtiennes, montant qui provient également du programme vénézuélien Petrocaribe.

Haïti vit une situation de crise depuis plus de deux ans, lorsqu’un tremblement de terre a tué plus de 300 mille personnes et a laissé sans logements à plus d’un million et demi d’habitants. Plus de 40 mille citoyens haïtiens vivent actuellement dans des campements, alors que le pays subit une épidémie de choléra qui a fait plus de sept mille morts.

C’est en 2005 autour de 14 nations qu’est né l’accord de coopération énergétique Petrocaribe. L’objectif : parvenir à l’intégration des peuples d’Amérique Centrale et des Caraïbes, grâce à la coopération énergétique sur un modèle d’échange équitable et favorable à tous les pays.

Ce projet a pour but d’encourager le développement social et économique de la région, avec cinq principes directeurs : l’union, la solidarité, la coopération, la complémentarité, et la vision Sud-Sud.

 L’initiative regroupe aujourd’hui dix-huit pays : Antigua-et-Barbuda, le Bahamas, le Belize, Cuba, la communauté de la Dominique, le Guatemala, Haïti, le Honduras, la Jamaïque, le Nicaragua, la République Dominicaine, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines, le Surinam et enfin le Venezuela.
Les pays membres de PetroCaribe (2012): Source : Édition 3 du journal PatriaCaribe, Caracas, juillet 2012.

Cette volonté d’union politique caraïbe ne date pas d’aujourd’hui et s’appuie sur de profondes racines historiques. Dans le cas de Haïti et du Venezuela, voici un article signé par Gary Olius * et publié par par AlterPresse (Haïti) le 14 mars 2011, sous le titre : Haïti-Venezuela : sur les traces de Pétion et de Bolivar :

« Les héros haïtiens de la trempe de Toussaint Louverture, d’Alexandre Pétion ou de Dessalines sont souvent copieusement vénérés mais jamais bien imités. On ne sait pas exactement pourquoi, mais il semble que ceux qui sont capables de gargarisme ou de turlututu politique ne sont pas toujours aptes au mimétisme grandeur-nature, lequel exige une certaine capacité d’action politique concrète et positive. C’est peut-être une preuve de plus qu’il existe tout un monde de différence entre les blablablas passéistes et la reproduction – même en miniature – des exploits des grands d’antan.

Aux prises avec un présent désagréable, les dirigeants haïtiens et les politiciens de tout acabit s’accrochent toujours aux hauts faits du passé et oublient de définir la praxis appropriée qui permettrait au pays d’avoir droit à un présent plus supportable et de mieux faire face à son avenir. Ce qui serait une façon bien plus éloquente de rendre aux ancêtres l’hommage qu’ils méritent, juste un peu comme les tenants du bolivarisme qui s’activent à lier avec maestria le verbe patriotique à une action politique digne de la mémoire de leur héros chéri. Les faits historiques varient d’un pays à un autre et il n’existe pas en histoire cet homéomorphisme mathématique qui puisse faire en sorte que l’expérience vénézuélienne, par exemple, puisse servir de déclic facilitant le réveil des haïtiens.

Comme par un heureux hasard, une logique existentielle et un concours de circonstances ont voulu que les destins de certains grands hommes se croisent, et pour cause, l’amour de la liberté, le sens élevé du sacrifice et le don de soi ont mis barbe pour barbe deux révolutionnaires du continent américain et scellé à jamais leur destins. Et depuis, l’amitié Pétion-Bolivar est née. On dirait qu’ils ont été créés pour se comprendre rapidement, fraterniser et s’unir contre tout ce qui va à l’encontre du bien-être de l’être humain. Ils avaient en commun les mêmes ennemis et étaient tous deux prêts à mourir pour faire échec au colonialisme ou l’impérialisme sous sa forme rampante.

Cette amitié légendaire s’est convertie, jadis, en coopération militaire bilatérale entre le Venezuela et Haïti. Et on en connait les résultats. L’Espagne colonisatrice n’avait pas seulement vu rouge, mais de toutes les couleurs. Toute l’Amérique Latine a pu bénéficier des fruits de cette coopération pour la défense de la liberté et la dignité humaine. Cette amitié a consacré aussi le début d’une lutte sans merci pour le respect des droits de la personne et le respect de l’égalité entre les humains. Aussi, mérite-t-elle d’être considérée comme la légitime génitrice de la déclaration universelle des droits de l’homme.

Pour le malheur des uns et, peut-être, pour le bonheur des autres, les générations se suivent mais ne se ressemblent pas toujours. Et, de fait, les néocolonialistes ont aujourd’hui le champ libre pour agir à leur guise sous nos cieux, puisque les dirigeants actuels n’ont pas grand’ chose à voir avec les contemporains de Pétion ou de Dessalines. Au Venezuela aussi, Hugo Chavez n’est pas l’égal de Simon Bolivar, mais tout porte à croire qu’il a su trouver la façon appropriée pour assurer la survie ou la pérennité des idéaux de ce grand Libertador et donner du fil à retordre aux ennemis déguisés de son peuple. Il s’est imprégné de l’idéologie bolivarienne et en a fait son cheval de bataille ; tandis que nos dirigeants se rappellent de Pétion ou de Dessalines uniquement quand la communauté internationale les traine dans la boue au grand jour, au vu et au su de tout le monde, à un point tel qu’on a l’impression que lorsqu’ils se disent fiers des héros de l’indépendance haïtienne que ces derniers, surement, ne doivent pas être fiers d’eux. Chavez, par contre, puise l’essentiel de ses réflexes politiques et diplomatiques dans cette idéologie bolivarienne, tout en se préoccupant très peu du tintamarre provoqué par ses prises de position et des qu’en dira-t-on ; car il sait pertinemment qu’en fin de compte l’histoire ne retiendra que les actions remarquables, laissant à la littérature politique le soin de passer au crible les verbiages sans valeur et les discours malveillants des uns et des autres.

Des historiens latino-américains comme Paul Verna et Lecuna Vicente ont redessiné avec minutie la route suivie par Simon Bolivar en vue de parvenir à la libération de son peuple du joug espagnol et, ce faisant, ont permis à ceux qui le veulent de suivre les traces de ce monument dans leurs luttes pour libérer leurs concitoyens des systèmes oppressifs d’envergure planétaire. C’est d’ailleurs pour s’élever à la dimension de l’esprit bolivarien que certains pays de l’Amérique Latine ont mis en place le mouvement régional baptisé ALBA.

Comme l’aube d’une solidarité agissante contre l’exploitation, la ségrégation internationale et la globalisation malfaisante de la bêtise économique, ce mouvement se veut être une farandole indéfectible servant à honorer sempiternellement Simon Bolivar et faire triompher son idéologie empreinte de dignité, de solidarité et d’équité, en ce bas monde où les velléités liberticides tendent à s’imposer au détriment de tout.

ALBA se veut aussi être un renvoi d’ascenseur à notre Haïti réprimée, meurtrie et appauvrie pendant plus d’un siècle et demi d’impérialisme ou de néocolonialisme. Et c’est en ce sens qu’il faut comprendre le statut particulier qui y est accordé à Haïti et la tenue de la future grande réunion des présidents et chanceliers albiens à Jacmel, en 2013.

Jacmel, faut-il le souligner, c’est cette ville aux quatre portails [1], portée sur les fonts baptismaux par un flibustier fuyard d’origine espagnole appelé Jacomelo et d’un franc-maçon doublé d’un Chevalier de la Toison d’Or, Gouverneur de la colonie de Saint-Domingue et répondant au nom de Jean-Baptiste du Casse en 1698 [2]. Tel le produit d’une combinaison savante de l’art de la fuite et de l’ésotérisme, ou d’un étrange mélange du matériel et du spirituel, Jacmel – ville assise confortablement sur deux épées croisées d’Archange Michel – a offert droit de cité à Simon Bolivar et lui a donné l’ultime onction contre la défaite, tout en lui inculquant la colère vertueuse d’Ogoun Feray qui rend invincible ; oui, ce dieu guerrier vêtu de rouge qui inspirait les combattants de 1804.

Bolivar et ses compagnons d’armes sont partis de ce coin de terre, comme si une drôle de coïncidence historique a voulu que ce français et cet espagnol participent à la mise en place de la rampe de lancement de la grande opération militaire qui alla chambarder l’ordre colonial dans la région. La raison des historiens s’égare quand li s’agit de comprendre le pourquoi de ce haut fait historique.

L’histoire, on dirait, manipule les hommes et leur joue des tours comme pour leur rappeler que les faits sont ce qu’il y a de plus rusé dans le monde des humains. Il a fallu un Price et un Verret, tous deux commerçants jacméliens, pour vendre à Bolivar une grande part de la quantité de poudre à canon et des cartouches dont il avait besoin pour mener les décisives batailles de Barcelona. Il a fallu que l’expédition des Cayes échoue pour que celle de Jacmel soit – à tout point de vue – mieux préparée et puisse porter bonheur aux révolutionnaires conduits par le super-héros latino-américain. Il a fallu un gouvernement de droite pour franchir les barrières idéologiques et convaincre Hugo Chavez qu’ALBA se donne en assise à Jacmel. Ah l’histoire ! Tu ne finiras jamais de nous surprendre. Plût au ciel que nous puissions déceler à temps les agréables surprises que recèle l’amitié Haitiano-Vénézuélienne. »

* Economiste, spécialiste en administration publique

Contact : golius_3000@hotmail.com

[1] Selon Bonnard Posy “Jacmel se distingue des autres villes de la république parce qu’elle est pourvue de 4 portails : le Portail de Léogane, le Portail de Bainet, le Portail de la Gosseline et le Portail de St. Cyr … chacun d’eux s’impose comme une âme vivante. Ils contribuent tous, efficacement, à la vie, à l’épanouissement de la cité. …Certaines villes étrangères ont édifié des remparts à l’ombre desquels se nouent les trames de leur vie quotidienne. De même, à partir de ces célèbres portails qui s’ouvrent sur le profil dentelé de ses rues, Jacmel se débat, s’affaire avec au cœur, un rêve tenace de progrès économique et social et de dépassement culturel. (JACMEL, SA CONTRIBUTION A L’HISTOIRE D’HAITI, p. 32)
[2] “… Yaqui, en langue Taino, signifie rivière, et dans toutes les cartes du 17e siècle, on parle de “Villanova de Yaquimo” toujours place à l’embouchure d’un cours d’eau à deux bras, au-dessus d’Aquin. Elle s’y trouve déjà sur la « Mapa miniature de la isla de Santo Domingo », dressée en 1516 et sur celle de Herrera, un siècle plus tard ; une autre carte anglaise du 14 septembre 1712 la place juste au-dessus de Léogane. Pour les Espagnols Yaquimo a toujours été « Le Port du Brésil »à cause de la grande quantité de bois de Brésillet qui occupait une place importante dans les exportations de Jacmel, prés de 600.000 livres annuellement. Ce bois de teinture a toujours été le monopole de la région. « Ojeda, après un voyage dans les Caraïbes avec Amerigo Vespucci, fit voile, nous dit Charlevoix, vers Hispaniola et prit terre le 5 septembre 1499 au port de Yaquimo pour charger des bois de Brésil. » Harry Carrenard cité dans JACMEL ET SES QUARTIERS POPULAIRES, Imprimerie l’Abeille, Jacmel, Juin 1955.

Sources : Radio Métropole et AlterPresse (Haïti)

Photos : Stediletto, avec la Brigade du Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans terre (Brésil) et de Via Campesina en Haïti.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/07/22/venezuela-haiti-de-petrocaribe-a-la-patrie-caraibe/

Afrique, mère patiente de la révolution bolivarienne

Dessin publié par le journal Tal Cual, Venezuela.

Le 16 mars 2012 le journal d’opposition « Tal Cual », dirigé par l’ex-ministre néo-libéral des années 90 Teodoro Petkoff, publiait une caricature accusant le gouvernement bolivarien de distribuer de l’eau sale aux usagers. Le dessin montre un homme coiffé d’un béret incarnant Hugo Chavez accompagné d’enfants et regardant l’eau jaillir d’un robinet sur lequel s’est posée une mouche. L’homme au béret dit: “Assez de suprématie blanche, maintenant nous avons des eaux afrodescendantes”. Dans “Le général dans son labyrinthe”, Gabriel García Márquez raconte comment les peintres du XIXème siècle « blanchirent » les traits de Simón Bolívar jusqu’à effacer ses traits africains. Cette obsession raciste des « mantuanos » – aristocratie coloniale d’origine européenne – n’a pas disparu. L’élite qui rêve de chasser Hugo Chavez du pouvoir « par tous les moyens » considère comme illégitime l’élection à la Présidence de la République d’un « zambo » (mélange d’indigène et d’afrodescendant). Le mythe fondateur de la société coloniale puis censitaire postulait que les millions de « morenos », « pardos », « zambos », n’appartenaient pas au genre humain.

Hugo Chavez vu par l’opposition.

Pour les historiens Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas (1) : « Aujourd’hui, dans les coiffures des quartiers chic de Caracas, les clientes qui dénigrent à voix haute le “singe Chávez” et les singes en général oublient que les « choses noires » qui leur lavent les cheveux, leur soignent les pieds, leur vernissent les ongles, sont des « singes » qui habitent des quartiers populaires comme Santa Cruz ou Las Minas, tout comme les «cachifas» (domestiques) qui s’occupent de leurs enfants, leur font la cuisine, lavent leur linge et s’occupent de leurs jardins. » Après avoir fui la misère de leur Europe originelle, devenues élite sociale par la négation de l’Autre, ces communautés d’origine européenne voient soudain leur statut se banaliser et nourrissent une rage raciste décuplée contre Hugo Chávez. Mais quand les dirigeants de cette opposition (minoritaire dans les urnes à l’issue de scrutins validés internationalement) répètent « nous sommes la majorité », ils ne mentent pas. Ils réaffirment sincèrement leur vision du monde. Eux seuls appartiennent au genre humain, eux seuls peuvent être comptés. Ils sont donc, très logiquement, « majoritaires ». Un racisme relayé par des « spécialistes » du monde extérieur comme le français Alexandre Adler pour qui « Hugo Chávez est un “populiste quasi fasciste” (France Culture, 3 mai 2005), un “gorille” ou un “primate” (Le Figaro, 11 mai 2005) 

« Mantuana » espagnole avec son esclave noire, XVIIIème siècle.

Vargas et Sanoja : « Bien avant l’élection de Hugo Chávez et la démocratisation progressive du champ  politique, les “singes” étaient pourtant bien là, pas encore citoyens mais déjà constructeurs de tout un pays : majorité sociale d’employés, de domestiques, d’ouvriers, de journaliers que l’historiographie de l’oligarchie ignorait systématiquement, considérant comme naturelle l’exploitation des untermenschenindigènes, métis, blancs pauvres ainsi que leur maintien dans des conditions de vie dégradantes. »

Buste du héros national, le rebelle José Leonardo Chirinos (1754-1796), Caujarao, État de Falcón, Venezuela.

Eduardo Galeano a rappelé que les premières insurrections d’Africains en Amérique Latine eurent lieu au Venezuela, lorsque se soulevèrent les mineurs de Buria (1533) sous l’impulsion du Rey Miguel. Simon Bolívar avait douze ans lorsque près de trois siècles plus tard, à deux pas de chez lui, les mantuanos exécutèrent sur une place publique de Caracas un autre rebelle : José Leonardo Chirinos, dont le corps écartelé fut exposé aux quatre coins du pays pour rappeler aux esclaves ce qui les attendait en cas de récidive. Sanoja et Vargas : « Vers la fin du XVIIIème siècle, les métis et africains réduits en esclavage totalisaient les 72% d’une population dominée par une bourgeoisie (27%) de commerçants, artisans, producteurs agricoles et des premiers métis, indigènes et noirs affranchis. Au sommet de cette pyramide, 3000 oligarques “mantuanos” de Caracas (1%) accaparaient  plus de 50% de la richesse per capita. « Comme le montrent leurs nombreuses appellations – Angola, Cabindo, Carabalí, Congo, Fuló, Wolof, Mandinga, Malembe – , les esclaves capturés en Afrique occidentale provenaient de sociétés complexes structurées autour du commerce, de l’agriculture et de l’élevage, de l’extraction minière, de la forge et de la fonte du métal. Cette « main d’oeuvre » fut enrôlée dans les mines de cuivre de Cocorote, dans l’état de  Ya­racuy, au XVIIème siècle. « Bien que la structure des grandes plantations absorba la majeure partie de cette force de travail culturellement déracinée, les traditions de la musique, de la magie et de la médecine survécurent avec une intensité qui permit aux afrodescendants de conserver leur identité sociale. Les femmes réduites en esclavage eurent une immense importance dans la vie sexuelle des maîtres de l’oligarchie coloniale et républicaine, soumises aux viols illimités, fait qui explique l’énorme population de mulâtres qui forment le secteur social des « pardos ». Les africains d’origine mandinga, réputés plus rebelles, étaient associés dans l’esprit des maîtres à la représentation du diable, comme l’est Chavez aujourd’hui. « Beaucoup ignorent que le premier drapeau brandi par Bolívar en signe de rébellion contre la couronne espagnole était un drapeau noir appelant le peuple réduit en esclavage à se rallier à la cause de l’indépendance et, par la suite, de l’Égalité. Mais si Bolivar décréta l’abolition de l’esclavage dès 1816, respectant ainsi la promesse faite aux « jacobins noirs » de Haïti à qui il devait pratiquement tout, l’exploitation de cette main d’oeuvre lui survécut. Certes les républiques « indépendantes » qui s’ensuivirent étaient faites pour « les citoyens ». Mais les afrodescendants n’étaient pas encore considérés comme « citoyens ». C’est pourquoi nombre d’entre eux répondirent à l’appel « Terres et Hommes Libres ! » du général Ezequiel Zamora (1859-1863) dont l’assassinat repoussa une fois de plus l’émancipation espérée. Jesús Chucho García (2) : “Au Venezuela l’intellectuel Arturo Uslar Pietri  réclamait une immigration européenne pour “améliorer la race et le niveau culturel , expliquant que les antillais n’avaient rien à apporter au développement de notre pays. Dès 1937, Pietri proposait à la Chambre de Commerce que le Venezuela, pour devenir un pays moderne, renonce à ses composantes indigènes et afrodescendantes. Le marxisme vénézuélien, importé d’Europe comme signe de distinction sociale, refoula lui aussi les thèmes indigènes et afrodescendants. » Mario Sanoja et Iraida Vargas-Arenas : «à partir de 1936, avec le boom pétrolier et la fin de la dictature de Juan Vicente Gómez, s’effondrèrent les relations de production de type semi-féodal qui maintenaient les paysans enfermés dans leurs ghettos. Tous ces paysans sans terre, mulâtres, indigènes et noirs se joignirent à l’embryon de prolétariat urbain rejeté à la périphérie des grandes villes, en particulier à Caracas : une population essentiellement jeune, souvent désoeuvrée, souvent obligée de recourir à la délinquance pour subvenir à ses besoins. La démagogie électorale des années 60 et 70 stimula davantage encore l’exode rural, gonflant les ceintures de misère de millions d’habitants qu’on cherchait à manipuler à travers le média politique central : la télévision, avec sa vision d’une société blanche comme modèle incontournable du « développement ». « Le boom pétrolier permit à la classe moyenne de passer d’une vie austère à un vie aisée, condition qui s’améliora encore avec la hausse du pétrole dans les années 70. C’est à cette époque aussi que la bourgeoisie de gauche comme de droite, s’autoproclama soit comme avant-garde de la révolution mondiale soit comme bouclier anticommuniste, et dans les deux cas, comme garante des intérêts populaires. « Aujourd’hui ces secteurs se sentent trahis par « leurs sujets ». Ils n’ont pas vu venir les élections de 1998 où une majorité de «singes » leur a préféré Hugo Chavez. Cette inclusion soudaine de nouveaux sujets devenus citoyens à part entière, qui proposent des lois, se forment, s’organisent, participent à la vie politique, explique la convergence de certains secteurs marxistes des années 80 avec la droite de la classe moyenne, surtout parmi les universitaires irrités de perdre le monopole du discours critique, et qui défendent leurs intérêts de classe face à l’ « insurrection des singes ».

Norma Romero

La révolution bolivarienne, elle, a rompu avec le mythe officiel du métissage en vigueur sous les gouvernements antérieurs et a promulgué en 2011 une Loi contre la discrimination raciale. Recueillant une proposition exprimée lors de la IVème Rencontre Internationale des mouvements sociaux Afrodescendants d’Amérique Latine et des Caraïbes (juin 2011), le président Chavez a également décrété en mai 2012 la création du Conseil National des Communautés Afrodescendantes dont le rôle est de «concevoir les politiques publiques et d’articuler les différents ministères pour apporter des réponses concrètes et  mettre fin aux asymétries et discriminations qui affectent encore ces communautés». Norma Romero Marín (photo) a été nommée responsable de cet organisme lancé lors d’un acte officiel dans la région de Caucagua, berceau historique de rébellions et de communes libres organisées par les esclaves fugitifs.

Semaine de l’Afrique au Venezuela (mai 2012) en présence du Vice-Ministre Reinaldo Bolivar.

Récemment c’est autour de la figure du rebelle José Leonardo Chirinos que s’est ouverte la Semaine de l’Afrique (21-25 mai 2012). Des étudiants originaires d’Afrique de l’ELAM (École Latino-Américaine de Médecine « Salvador Allende »), de l’Université Expérimentale des Forces Armées (UNEFA), ou encore les étudiant(e)s du Lycée Andrés Bello ont débattu avec le Vice-Ministre des Affaires Étrangères pour l’Afrique, Reinaldo Bolivar (photo), également créateur d’un Centre des savoirs Africains (Centro de Saberes Africanos). Parmi les thèmes abordés : le racisme encore présent dans de nombreux médias privés, l’impact de la Loi contre la Discrimination Raciale et l’analyse des contenus éducatifs. Comme ces “bourgeoisies” locales historiquement fondées sur la négation de l’Autre, les empires actuels invisibilisent, déshumanisent, via les médias, les civilisations qu’ils veulent détruire. Cette réduction de l’Autre, doté de « moins de subtilité intellectuelle, moins de richesse historique » réapparaît parfois curieusement dans la gauche occidentale (avec la puissance du refoulé colonial et sous des dehors apparemment progressistes comme la « laicité » ou les « droits de l’homme »). Le cliché souvent entendu : «Ah ! quel dommage que Chavez soit trop primaire pour comprendre que les ennemis de ses ennemis ne sont pas forcément des amis » exprime la difficulté de comprendre que l’Autre est capable de penser subtilement, d’avoir une stratégie à long terme et une Histoire assez dense pour qu’on ne le définisse pas en creux. Comment ignorer encore le mouvement profond d’une diplomatie qui procède en droite ligne de Simón Bolivar et de son projet de réunir « les trois quarts de l’Humanité » lors d’un vaste congrès à Panama (1826) pour bâtir «l’équilibre du Monde » ? Rêve multipolaire saboté par les grandes puissances de l’époque mais souvent repris depuis par les nations du Sud (Bandoeng  1955) ? Au-delà des contingences de qui gouverne chacun des États (combien de despotes ici ou là à l’époque de Bolivar, à l’époque de Bandoeng, aujourd’hui ?), la stratégie bolivarienne consiste à préparer, par des accords d’État à État, le jour où comme en Amérique Latine, et peut-être sous son influence, l’intelligence collective des peuples finira par démocratiser les institutions politiques et permettra des relations internationales enfin basées sur les principes de souveraineté, d’égalité, de respect et de coopération. Caracas accueillera le prochain sommet des non-alignés en 2015.

Jesús « Chucho » García lors d’une conférence-débat, Caracas.

Jesus « Chucho » García : « Le Venezuela fait un grand travail pour resserrer les liens avec l’Afrique: nous avons commencé à faire venir des étudiants de là-bas et à nouer toutes sortes d’accords : commerciaux, culturels, etc.. Pendant trop d’années et malgré tout ce que nous avons en commun nous avons tourné le dos à l’Afrique, au moment où l’impérialisme mène une guerre de reconquête pour s’emparer de ses ressources naturelles. Nous ne nous identifions pas pour autant à la religion afro-centrée ni à une certaine forme d’auto-ségrégation du mouvement noir états-unien. Nous sommes américains et sur ce continent américain a eu lieu un long processus d’innovation, de création. Nous ne voulons pas nous paralyser dans le temps. Notre objectif final est que nous soyons tous égaux et que l’on comprenne que le racisme fut inventé pour justifier un système d’exploitation mondiale». Auteur et traducteur : Thierry Deronne (1)  Ricardo Sanoja et Iraida Vargas,  anthropologues et historiens vénézuéliens, article ” El Origen de “Monos” y “Escuálidos”. Voir aussi http://www.dailymotion.com/video/xmi3bz_a-solas-con-dos-antropologos-venezolanos-mario-sanoja-obediente-e-iraida-vargas-arenas_news (2)  Jesús “Chucho” Garcíaintellectuel vénézuélien et fondateur/activiste du mouvement afrodescendant, auteur de nombreux ouvrages sur ce thème (http://www.globalcult.org.ve/pub/Clacso2/garcia.pdf ) URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/05/26/afrique-mere-patiente-de-la-revolution-bolivarienne/

Haïti et le Venezuela signent un accord cadre de coopération

dimanche 5 février 2012

Le Président de la République de Haïti, Michel Martelly, et son homologue vénézuélien Hugo Chavez ont signé, ce 5 Février, un accord-cadre de coopération visant à accroitre l’aide du Venezuela au-delà du Fonds Petro Caribe déjà généreux, et autres formes d’assistance bilatérale et multilatérale offertes par le Venezuela. (L´acteur états-unien Sean Penn, nommé récemment ambassadeur itinérant par le gouvernement haïtien en reconnaissance de son engagement sur le terrain aux côtés de la population, a participé à une des réunions entre les mandataires.)

La signature de ce document qui fait suite à la réunion bilatérale tenue le vendredi 3 Février entre les deux dirigeants, permettra d’augmenter l’aide du Venezuela de façon drastique, et comprendra la coopération, les crédits et l’investissement direct dans les domaines de l’agriculture, la production, le développement industriel, l’énergie et le tourisme entre autres.

Le Venezuela, à travers son accord de coopération avec la Chine, va également ouvrir plusieurs magasins électroménagers en Haïti afin de vendre des produits (réfrigérateurs, radios, panneaux solaires, fours électriques) à des prix réduits et subventionnés à la population. L’accord prévoit de fournir un financement à la population haïtienne pour faciliter l’accès à ces produits.

Cet accord vise aussi la création de coentreprises pour travailler dans les secteurs de l’agriculture, créer des emplois, augmenter la capacité de la production agricole, à travers laquelle Haïti fournira la main d’œuvre et la terre, et le Venezuela la technologie, l’équipement ainsi que le crédit aux agriculteurs. En outre, le Venezuela travaillera également avec des compagnies privées pour les encourager à venir investir en Haïti.

A l’occasion de ce sommet de l’ALBA, les pays membres se sont entendus pour renforcer la coopération avec Haïti par l’intermédiaire d’un « plan spécial » pour Haïti. « Il est de la responsabilité des pays de l’Amérique latine de rester unis pour aider Haïti », a dit le Président Chavez. La coopération accrue entre l’ALBA et Haïti comprendra les investissements, la coopération technique et la formation dans les domaines de la santé, l’éducation, l’énergie, la production agricole et les infrastructures.

Dans le but d’aller de l’avant avec ce plan, il a été convenu que les Ministres des Affaires Etrangères des pays membres de l’ALBA tiennent une séance de travail de deux jours afin d’élaborer un plan de travail détaillé pour cette nouvelle coopération. Cette séance de travail sera organisée dans la ville historique et touristique de Jacmel les 2 et 3 Mars prochains. Haïti recevra cette assistance en préservant son statut de pays observateur au sein de l’ALBA.

Fuente : http://www.avn.info.ve/contenido/ve…

Le gouvernement bolivarien « rembourse sa dette » envers Haïti, en maintenant son aide

mardi 17 mai 2011

Hector Rodriguez, Vice-président du Conseil des Affaires Sociales au Venezuela, a confirmé l’engagement du Gouvernement vénézuélien à maintenir ses efforts de reconstruction en Haïti et a envoyé un message de solidarité au peuple haïtien au nom du Président vénézuélien Hugo Chávez.

Lors d’un entretien sur TeleSUR [canal de nouvelle d’Amérique Latine], après la cérémonie d’investiture du nouveau Président d’Haïti, Michel Martelly, Rodriguez a déclaré que le Venezuela allait « continuer à travailler pour la dignité, la vie, de ce pays frère », pour qu’Haïti puisse « continuer à aller de l’avant. »

« Nous avons une dette historique à payer à nos frères et sœurs d’Haïti, car ils nous ont aidés à libérer notre Amérique latine » a déclaré Rodriguez, en référence à l’appui offert au Venezuela par la nouvelle Nation indépendante d’Haïti, qui a fourni à Simon Bolivar une aide financière, l’asile politique et des soldats haïtiens pendant les guerres d’indépendance.

Les gouvernements vénézuéliens et cubains ont été parmi les premiers à réagir lors du séisme de janvier 2010. Ils ont dirigé leurs efforts de secours en envoyant des centaines de millions de dollars d’aide et se sont engagés à travailler avec la Gouvernement haïtien en vue de construire des missions de développement durable. Depuis, le gouvernement vénézuélien a envoyé en Haïti, plus de 10,000 tonnes de produits alimentaires, médicaments et autres…

La capacité du Venezuela à répondre rapidement a été facilitée, par le fait que le Gouvernement bolivarien était déjà impliqué dans la fourniture d’aide en Haïti avant le séisme. Notamment, Chávez avait signé, en 2007, une série d’accords importants entre Haïti, Cuba et le Venezuela à l’initiative de l’Alliance Bolivarienne (ALBA). Ces accords prévoyaient 80 millions de dollars pour une raffinerie de pétrole, 56 millions pour une centrale électrique, 4 millions pour une usine de gaz liquide, 3 millions pour la collecte des déchets et des ressources pour un programme de soins de santé cubain en Haïti, composée de plus de 1,000 médecins.

En Juin 2010, le Venezuela a également annulé la totalité de la dette d’Haïti avec Pétrocaribe, qui s’élevait à près de 400 millions de dollars. Le Venezuela maintient actuellement ses missions humanitaires en Haïti à son camp Francisco de Miranda, promouvant la durabilité et la gestion de projets dans l’agriculture, l’énergie, les transports et la santé.

HL/ HaïtiLibre