“85% de nouveaux visages au primaires chavistes, un renouveau révolutionnaire”

Quels sont les rapports entre révolution et transformation de l’espace de vie ? Révolution démocratique ou démocratie révolutionnaire ? Comment articuler démocratie directe, communale et représentative ? Quelle est l’importance du débat et de la pluralité d’opinions dans la révolution bolivarienne ? D’où vient cette capacité du chavisme à organiser de telles primaires, au vote secret et avec parité de genre, alors que dans les autres partis, de gauche ou de droite, les bases militantes n’y ont pas droit ?

Autant de questions posées par Thierry Deronne à Jesus Garcia, organisateur et formateur communal dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, et candidat conseiller municipal aux primaires du PSUV (parti du chavisme) qui auront lieu le 8 août 2021. A travers des assemblées dans tout le pays les militant(e)s de base choisiront leurs candidat(e)s pour les élections régionales et municipales de novembre 2021.

Interview réalisée en juillet 2021 sur les hauteurs de la commune populaire Altos de Lidice. Réalisation: Victor Hugo Rivera. Durée : 17 minutes. VO espagnole, sous-titres français. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

Pour continuer à être informé des expériences de la démocratie participative vénézuélienne, systématiquement occultées depuis vingt ans par les grands médias, abonnez-vous à la chaîne YouTube de Terra TV : https://www.youtube.com/channel/UCnIJcbZH03gsb8ZoshVFE6A

Source : www.terratve.com

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« Amérique latine. Vox tisse sa toile néofasciste outre-Atlantique » par Rosa Moussaoui (L’Huma)

Classique « retard de la conscience sur le réel » ? Il aura fallu que les croisés coloniaux ressortent leur arsenal au Pérou en 2021 ou en Bolivie en 2019 dans le but d’empêcher les victoires électorales de Pedro Castillo ou d’Evo Morales, pour dessiller les yeux sur les insurrections d’extrême droite au Venezuela de 2014 à 2017, qui n’étaient pas davantage des « révoltes démocratiques ». Les secteurs populaires – 90 % de la population vénézuélienne – n’avaient pas participé à ces violences : les médias les ont donc invisibilisés. Sur les écrans internationaux, la droite raciste qui a lynché des afrodescendants vénézuéliens parce que « noirs donc chavistes » devint, par défaut le « peuple révolté », et le président Maduro… le « dictateur ». En inversant le montage de l’agresseur/agressé, les médias occidentaux ont non seulement blanchi les violences des « enfants cachés du général Pinochet » contre un président élu. Ils ont encouragé en direct les préparatifs d’un coup d’État et portent une responsabilité dans le massacre, dont ont été en majorité victimes le camp bolivarien ou des personnes sans affiliation politique. En attendant, la gauche qui ne voyage pas et qui « s’informe » par les médias, est tombée les pieds joints dans le piège du « Venezuela-dictature ».

Comme l’expert espagnol en réseaux sociaux Julian Macias Tovar (« Derrière Guaido, le Plan Condor 2.0 des extrêmes droites espagnole, états-unienne et latino-américaine« ), la journaliste Rosa Moussaoui nous éclaire sur l’identité politique de ceux que les médias ont relookés en « combattants de la liberté ». Rappelons que les « champions de la démocratie » comme l’oligarque vénézuélien Leopoldo Lopez, poursuivi pour sa responsabilité dans ces violences meurtrières, a fui la justice vénézuélienne pour s’installer dans le luxueux quartier de « Little Caracas » (Salamanca) à Madrid, où il se prend à rêver avec ses voisins de Vox d’une « reconquista » de l’Amérique Latine. Il vient d’ailleurs de voyager au Pérou pour soutenir ses chers alliés, les putschistes fujimoristes.

L’extrême droite bolsonariste, déguisée par les médias en « révolte contre la corruption » manifeste pour la destitution de la Présidente du Brésil Dilma Rouseff devant le Congrès national à Brasilia le 2 décembre 2015.
Des partisans d’un coup d’État de Keiko Fujimori à Lima utilisant les symboles des autorités coloniales espagnoles (Croix de Bourgogne). Sacarías Meneses, partisan du président élu Pedro Castillo, vient de mourir quelques jours après avoir subi une attaque brutale d’un de leurs commandos.
Freddy Guevara (en bas à gauche) et ses croisés « pacifiques » de l’extrême droite vénézuéliens, lyncheurs d’afrodescendants, lors de l’insurrection de 2017.
Le même Freddy Guevara (droite), reçu à l’Élysée le 4 septembre 2017 avec un autre putschiste d’extrême droite, Julio Borges, par Emmanuel Macron, pour évoquer « de nouvelles sanctions contre le gouvernement du Venezuela ».

Thierry Deronne, Caracas, le 1 juillet 2021

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Jeudi 1 Juillet 2021, Rosa Moussaoui

La formation d’extrême droite espagnole veut étendre à travers le monde son réseau politique, idéologique et militant pour contenir, selon ses termes, « l’avancée du communisme ».

Ils se rêvent en nouveaux conquistadors, en fantassins d’une « bataille culturelle » globale pour endiguer la « menace communiste », dont l’axe longitudinal premier relierait le Vieux Continent au Nouveau Monde. Dans une filiation assumée avec le franquisme, qui nourrissait l’ambition de restaurer l’influence espagnole en Amérique latine, tout en contrant celle des exilés ayant fui la dictature, les néofascistes espagnols de Vox tissent leur toile, troussent leurs basses œuvres, sèment leurs fausses nouvelles, cultivent la nostalgie colonialiste de la Grande Espagne. Ils ont baptisé leur terre de prêche « Ibérosphère », enrôlent dans leur croisade leurs amis de l’extrême droite européenne comme les ultraconservateurs états-uniens.

L’an dernier, le chef de Vox, Santiago Abascal, après avoir échoué à faire tomber le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, allié à la formation de gauche Podemos, résumait à la tribune du Congrès le sens de cette entreprise à l’habillage trum­piste marqué : « L’Ibérosphère est la clé de l’avenir et des solutions dont l’Espagne a besoin. (…) L’alliance de ce gouvernement avec la tyrannie (du président vénézuélien) Nicolás Maduro au Venezuela est une attaque contre la liberté et les liens qui nous unissent avec les pays de l’Ibérosphère. » « L’alternative », selon lui : «  Rendre à l’Espagne son rôle capital de pierre angulaire des deux côtés de l’Atlantique. »

Le clan Le Pen enrôlé

Dans un délire aux accents complotistes assumés, ses lieutenants désignent les citadelles à prendre : les pays dirigés par des gouvernements de gauche, bien sûr, mais aussi le Groupe de Puebla ou le Forum de São Paulo, des cercles de gauche dédiés à la réflexion sur les alternatives au néolibéralisme. Vox a passé un cap, en 2020, dans la structuration de cette offensive aux contours jusque-là gazeux. Une Gazette de l’Ibérosphère est venue compléter son dispositif médiatique déjà bien ancré et fort peu soucieux de vérité. Cette plateforme numérique destinée au public hispanophone a été mise à flot le 12 octobre, jour de l’Hispanité qui commémore chaque année, en Espagne, l’arrivée en 1492 des premiers colonisateurs en Amérique, sous les auspices de Christophe Colomb… Marraine de l’initiative : la fondation Disenso, créée quelques mois plus tôt pour fixer à cette reconquête politique son cap idéologique. Vox entend ratisser large et se projeter loin, sans regarder à la dépense : ce think tank a d’emblée mis sur pied un programme de formation, d’échanges et de conférences, avec des bourses, tous frais payés, pour des jeunes Européens et Latino-Américains de 25 à 35 ans. Objectif affiché : faire émerger les futurs dirigeants néofascistes d’une rive à l’autre de l’Atlantique.

Au même moment, ce « laboratoire d’idées » rendait publique sa charte de Madrid, un manifeste paraphé par 50 personnalités de 15 pays d’Amérique et d’Europe pour dénoncer l’influence supposée de « régimes totalitaires narco-socialistes » et les menaces que ferait peser « l’avancée du communisme » sur «la prospérité, le développement, les libertés ». Parmi les signataires : la Française Marion Maréchal Le Pen et quelques eurodéputés néerlandais, suédois, grecs et italiens, tous issus de la droite nationaliste, mais aussi la romancière cubaine Zoé Valdés, le putschiste bolivien Arturo Murillo, le député brésilien Eduardo Bolsonaro (fils du président d’extrême droite Jair Bolsonaro), María Corina Machado (figure de la droite insurrectionnelle au Venezuela), l’acteur mexicain Eduardo Verástegui (l’hispanique le plus influent de l’administration Trump) ou encore l’ancien représentant de George W. Bush à l’Organisation des États américains (OEA), Roger Noriega.

Menaces et propos racistes

Mais les néofascistes espagnols ne font pas seulement dans l’agitation d’idées. Ils n’hésitent pas à franchir le cap de la barbouzerie. Vox a ainsi dépêché ses émissaires en Bolivie dès le lendemain du coup d’État contre Evo Morales, le 10 novembre 2019. L’un de ses arrogants propagandistes, Alejandro Entrambasaguas, qui se présente comme « journaliste d’investigation », était reçu avec faste par les putschistes à La Paz. Pendant un an, via le site Internet OKdiario, il a couvert de boue et de mensonges le Mouvement vers le socialisme (MAS) et ses dirigeants, alors pourchassés et persécutés. À la veille des élections du 18 octobre 2020, qui devaient consacrer le retour de la démocratie et de la gauche au pouvoir, ce nervi publiait les photos des observateurs espagnols, parmi lesquels des députés Podemos, désignés à la vindicte des milices d’extrême droite comme des « agitateurs bolivariens ». L’origine de ces clichés ? Les images prises par la police de l’air et des frontières à l’arrivée de la délégation à Santa Cruz. À la manœuvre : le ministre de l’Intérieur du gouvernement de facto, Arturo Murillo, qui promettait sur un ton martial de remettre dans l’avion ou de jeter en prison les observateurs et les journalistes étrangers. Ce bras droit de l’autoproclamée « présidente par intérim » Jeanine Añez a pris la poudre d’escampette au lendemain du scrutin ; il est aujourd’hui poursuivi aux États-Unis dans une affaire de malversations financières portant sur l’achat de bombes de gaz lacrymogène. Entrambasaguas, lui, a dû renoncer à ses séjours dorés en Bolivie, où la justice le poursuit pour ses propos racistes faisant des électeurs du MAS, de culture quechua ou aymara pour la majorité d’entre eux, des « analphabètes » au « niveau intellectuel nul, pratiquement inexistant ».

En Argentine, Ortega Smith, le secrétaire général de Vox, s’est rendu à Buenos Aires en août 2019, sous la présidence de Mauricio Macri, pour y donner au Cercle militaire une conférence niant les crimes contre l’humanité commis sous la dictature de Jorge Rafael Videla. Au Chili, les néofascistes espagnols ont noué des liens étroits avec le président du mouvement Action républicaine, José Antonio Kast, un nostalgique d’Augusto Pinochet . En Colombie, l’ex-président d’ultradroite Alvaro Uribe ne dissimule pas son admiration pour la stratégie de Santiago Abascal, qu’il pourrait bien répliquer dans son pays. En Équateur, une délégation de Vox s’est rendue en mai à Quito pour assister à l’investiture du président de droite, le riche banquier Guillermo Lasso. Lors de sa tournée en Europe, l’an dernier, le Vénézuélien Juan Guaido était reçu à bras ouverts, à Madrid, par ses amis d’extrême droite. Plus récemment, au Pérou, les activistes de Vox ont pris une part active à la campagne de la candidate d’ultradroite Keiko Fujimori, qui refuse de reconnaître sa défaite face au syndicaliste Pedro Castillo. Leur objectif : redonner corps à « une communauté de nations qui partagent, des deux côtés de l’Atlantique, leurs racines, leur héritage culturel avec l’Espagne ». Autrement dit, retrouver le temps béni des colonies.

Source : https://www.humanite.fr/amerique-latine-vox-tisse-sa-toile-neofasciste-outre-atlantique-713007

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Le très long voyage d’Argelia Laya

« Si tu veux marcher vite, marche tout seul; si tu veux marcher loin, marche avec les autres ». S’il est un peuple à laquelle peut s’appliquer ce proverbe africain c’est bien celui du Venezuela. L’intensité de la guerre médiatique est évidemment liée à ce potentiel illimité d’expériences à partager avec le reste du monde et dont il faut à tout prix empêcher la transmission. Nous avons souvent expliqué, lorsque les médias transformèrent les violences de l’extrême droite au Venezuela en « révolte populaire » et la plus grande démocratie participative du monde en « dictature », que la gauche ne pouvait plus se passer de démocratiser le champ médiatique, si elle voulait rester connectée au monde. En attendant…

La révolution bolivarienne, féminine et populaire, a 22 ans et sa force créatrice ne s’étiole pas. Le 4 juin 2021, les communard(e)s de la Commune El Maizal et de l’Union Comunera débattent avec une commission de l’Assemblée Nationale du projet de Loi sur les Cités Communales :

La réforme agraire continue. Le gouvernement bolivarien (ici à travers le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre et l’Institut des National des Terres) remet des titres de propriété aux paysannes dans tout le pays :

A Caracas, la Commune populaire d’Altos de Lidice (Caracas) fête trois ans d’existence. En juin 2021, l’auto-gouvernement, à majorité féminin, est plus vivant que jamais. Les assemblées, les décisions, l’apprentissage constant sont un pas énorme dans la construction de la démocratie participative. Un des leaders et formateurs de cette commune, Gsus Garcia explique : « Nous célébrons aujourd’hui 3 ans de construction collective d’un modèle d’organisation politique – territoriale, sociale et économique qui rassemble plus de deux mille familles.

Nous avons appris que tout ce qui sest passé jusqu’à présent fait partie d’un processus, rien n’est terminé. Rien n’est venu du jour au lendemain. Tout cela a été le fruit d’efforts et de luttes constants. Nous sommes une fenêtre ouverte sur l’avenir. Tout ce que nous générons vise à nous permettre de consolider le plus grand état de bien-être possible, pour le présent et pour nos descendants.

Nous ne sommes pas parfaits, et encore moins idéalistes. Ce dont nous sommes convaincus, c’est que nous n’en sommes qu’au début et que nous faisons modestement de notre mieux. Nous voyons l’horizon comme large et prometteur chaque fois que le soleil se lève, nous pouvons le voir de n’importe quelle fenêtre du quartier. De là, nous rêvons d’un monde meilleur, un monde qui, pour nous, commence à partir de n’importe quel foyer de notre commune.

Pour ce troisième anniversaire de la Commune nous avons décidé de faire publiquement le bilan de la gestion communale. Ce qui nous a donné quelques soucis (les mesures de protection sanitaire dues à la pandémie sont toujours en vigueur) mais c’est la meilleure voie : les assemblées de rue. Nous avons dû rencontrer les gens, écouter, expliquer, débattre. Dans chaque assemblée, nous avons exposé les victoires mais aussi les échecs, et tout ce qui nous manque.

Hier, par exemple, quelqu’un ne voulait pas écouter, comme cela s’est produit dans une autre assemblée, elle voulait seulement exposer ce sentiment de frustration et d’ignorance d’une gestion collective. Les deux compagnes se sont ouvertement opposées. Mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point nous aimons ces débats. Pouvoir exposer tout ce qui a été fait, avec la conscience tranquille, pour débattre de chaque point, mettre à nu devant tant de gens les vraies raisons de ces passions négatives avec de bons arguments, cela nous rend très heureux. Honnêtement, j’ai été surpris par l’attitude de la population en général dans les assemblées, les applaudissements, etc. Nous avons fait preuve d’humilité et, comme le dit le dicton, « on ne peut pas cacher le soleil avec un doigt« . Nous devons faire très attention à l’arrogance, au fait de croire que nous avons atteint notre limite, de ne pas comprendre que les applaudissements d’aujourd’hui peuvent être les huées de demain, c’est pourquoi nous devons continuer à travailler, à gagner les débats avec des éléments concrets, avec des exemples, avec des certitudes, avec une unité programmatique. » :

Pendant ce temps, à Caracas aussi et dans d’autres villes, pendant que le président Maduro relance les primaires ouvertes avec assemblées de base pour que les bases désignent leurs candidat(e)s aux élections de novembre 2021, relance la discussion publique de la loi des Cités Communales, les programmes du réseau de santé nationale Barrio Adentro et le programme urbain d’Agriculture Urbaine, ont lieu de nombreuses manifestations de solidarité avec l’État et le Peuple Palestinien (qui a son ambassade à Caracas) face aux violations massives et incessantes des Droits Humains et du Droit International de la part du gouvernement israélien.

Entre les mailles du blocus des USA, le Venezuela reçoit de la Russie un nouveau lot de 500.000 vaccins Spoutnik. Et grâce aux nouveaux apports de vaccins chinois, le président @NicolasMaduro ordonne de multiplier par 10 les centres de vaccination pour atteindre la protection de l’ensemble de la population à la fin de septembre.

Au Mexique une équipe de l’Institut vénézuélien de Solidarité Simon Bolivar Instituto Simón Bolívar voyage pour dialoguer avec les représentant(e)s du parti de la transformation Morena d’Andrés Manuel López Obrador et autres militant(e)s, activistes, intellectuel(le)s : à propos de solidarité féministe, de souveraineté, de démocratie participative et de futures formations. Lors de la rencontre « fortifier nos démocraties« , le Président de l’institut, Carlos Ron explique : « après la mort du Président Chávez, ils ont tout essayé pour nous détruire : invasions paramilitaires, accusations de narcotrafic… etc.. Mais n’oublions pas une chose : ce n’est pas seulement pour notre pétrole mais aussi parce que notre modèle politique, notre démocratie participative où le peuple est au centre, est un exemple trop enthousiasmant, trop dangereux pour les autres peuples« 

Retour à Caracas. Dans un espace récupéré par le gouvernement bolivarien, répétitions en cours pour réinterpréter la bataille de Carabobo (1821), qui scella son indépendance. Irrévérence caraïbe des corps de jeunes artistes engagé(e)s dans le théâtre, la musique symphonique, la danse et le cirque.

Et puis, dans tout le pays, une initiative extraordinaire, réalisée sans grands moyens mais à force de volonté, celles des fourmis qui travaillent en silence : la Brigade communarde Argelia Laya franchit d’immenses distances, pour que les communes se rejoignent, se connaissent, s’entraident matériellement et organisent des ateliers de formation :au cœur d’une force populaire et d’une vie qui ne renonceront jamais.

Thierry Deronne, Caracas le 5 juin 2021

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Pourquoi et comment le chavisme renforce la démocratie électorale au Venezuela

« Faisons confiance au peuple » a rappelé Nicolas Maduro. Le parti chaviste (PSUV) organise des primaires ouvertes, avec vote secret de ses militant(e)s. Les assemblées de base débattront et choisiront les candidat(e)s chavistes qui se présenteront aux élections régionales et municipales de novembre 2021. Élections auxquelles participeront près de 40 partis de la gauche à la droite, au total plus d’une centaine d’organisations sociales et de mouvements citoyens de tout bord : ce sera le 26ème scrutin en 21 ans de révolution bolivarienne.

Le chavisme, une fois de plus, ouvre le jeu politique en injectant une dose de démocratie qui vaut aussi pour cohérence entre actes et discours. Une cohérence qu’on ne trouve guère dans l’opposition (social-démocratie, droite, extrême-droite) ni même chez le « traditionnel » Parti Communiste vénézuélien ou les groupuscules d’extrême gauche, habitués des « prises de position » et des « communiqués » mais qui ont peu ou pas de base sociale, peu ou pas d’élus, et doivent donc « exister » sur les réseaux sociaux.

Pour choisir ses candidat(e)s, le chaviste PSUV ose la démocratie participative et peut compter sur une base populaire ancrée dans tout le pays.

La défaite électorale du chavisme aux élections législatives de 2015 et le retour de la droite y compris extrême, avait détérioré dans une large mesure la stabilité politique du Venezuela. Ses effets perdurent puisque ces partis de droite, devenus majoritaires au parlement, avaient juré de « sortir Maduro en six mois », demandé et légitimé les sanctions impériales, couvert d’un vernis « démocratique » les violences de l’extrême droite avec la complicité des médias internationaux, et last but not least créé un fake-président virtuel (Juan Guaido) lié au narcoparamilitarisme colombien et qui a dérobé des centaines de millions de dollars des actifs de l’Etat vénézuélien en « négociant » avec l’Occident comme « président du Venezuela ».

Photo : patriarcat, racisme, corruption : la droite vénézuélienne, ici sous l’étiquette de la MUD (« unité démocratique »). Au premier rang, à partir de la gauche, Julio Borges et Antonio Ledezma, impliqués dans le coup d’État de 2002 et les déstabilisations de 2014, 2015 et 2017. Le premier vit un exil doré à Bogota, le second à « Little Caracas » (Salamanca), le quartier de luxe des « exilés politiques » vénézuéliens à Madrid.

Depuis les élections à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) en 2017 que Maduro lança avec succès comme manière de sortir par le haut des violences de l’extrême droite, le pays s’est engagé dans un processus progressif et difficile de recomposition institutionnelle et démocratique. L’extrême droite s’est vue rejetée pour ses violences par une majorité de votants. Le putschisme de Juan Guaido et Leopoldo Lopez s’est retrouvé isolé, une bonne partie de la droite ayant compris l’intérêt de revenir dans le champ démocratique, et de regagner du terrain via les élections, après avoir en quelque sorte renoncé à faire de la politique dans l’espoir d’un rapide coup d’État.

Pour sa part, le chavisme mise sur la démocratie participative pour remobiliser et redynamiser sa majorité électorale, face à ces élections auxquelles participeront des partis et des organisations qui s’étaient tenus jusqu’ici à l’écart de l’arène.

Élections à la base

Le PSUV s’est réuni ce mardi 1er juin, sous la direction du président du parti, Nicolás Maduro, et avec l’ensemble de la direction nationale, pour débattre et approuver la méthode de sélection des candidat(e)s aux méga-élections (régionales et municipales) du 21 novembre. Avec à ce jour plus de 7 millions d’inscrit(e)s, le PSUV est la plus grande organisation politique du Venezuela. Elle est aussi la seule à remettre des carnets de membres à sa base et à organiser des primaires à bulletin secret à travers des assemblées de base.

Le dimanche 27 juin, pas moins de 14.381 assemblées simultanées seront organisées sur l’ensemble du territoire national, à la tête de chacune des Unités Bolívar-Chávez (UBCH) qui sont les équipes de militant(e)s territoriales du parti. Ces assemblées ouvertes permettront à tout(e) membre de présenter sa candidature et auront pour but de « recevoir et désigner » les pré-candidats aux élections internes. Le 8 août, les candidat(e)s du PSUV seront élu(e)s avec un suivi technique du Conseil National Electoral (CNE). L’ensemble de la liste électorale pourra participer, et ces primaires serviront à mesurer la capacité de la plate-forme chaviste à se réunir et à se mobiliser.

L’élection par la base comporte des risques contre lesquels a mis en garde la direction du PSUV elle-même, comme le fait que ceux qui occupent déjà des postes pourraient profiter de leur position, établir des mécanismes excessifs dans la campagne pour conditionner ou diriger le vote en leur faveur, en jouant la « position avancée ». Il y a aussi les « blessures » et les conflits internes qui surgissent aux niveaux local et régional, à travers les tendances, les groupes et les leaderships qui se mesurent lors de ces élections. Ou, dans certaines régions et municipalités, le retour d’anciens dirigeants, d’outsiders ou des « parachutistes » qui voient dans une élection de base une occasion idéale pour aspirer à un mandat électif.

Photo: Assemblée de base chaviste pour choisir les candidat(e)s aux élections

Mais le PSUV assume ces risques. Il faut rappeler qu’ici, contrairement aux autres élections primaires, ceux qui aspirent à se présenter aux élections devront être portés par la base même du PSUV pour promouvoir leur candidature et la faire proclamer depuis les assemblées territoriales des militant(e), de la base au sommet, avant que chacun(e) exerce son suffrage à travers un vote secret.

Au-delà des coulisses, le PSUV est mis au défi de promouvoir des discours mobilisateurs et des offres de campagne connectées aux aspirations locales, aux imaginaires, aux besoins et demandes ressentis de la population. La campagne électorale est un espace idéal pour le renforcement des liens objectifs et subjectifs entre le chavisme et l’électorat, en comprenant celui-ci non seulement comme la base chaviste, mais comme l’espace des aspirations sociales qui existent aujourd’hui dans la politique vénézuélienne, c’est-à-dire la population désenchantée (tant dans le chavisme que dans l’opposition) : terreau d’indécis, d’orphelins politiques, faute de proposition qui puisse les captiver.

Malgré les conséquences de la guerre économique recherchées par l’Occident – la fatigue, le mécontentement, l’impopularité, il reste que le tissu féminin, la sociologie populaire, « l’exception vénézuélienne » et les années de formation, d’épreuves et de résistance font probablement du PSUV le parti le plus capable de rassembler autour d’un programme.

Sources : https://www.misionverdad.com/venezuela/retos-y-posibilidades-en-las-elecciones-internas-del-psuv-para-el-21n / https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/05/02/democratisation-des-elections-la-lutte-entre-lancien-et-le-nouveau-au-venezuela-et-en-amerique-latine/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/06/04/pourquoi-et-comment-le-chavisme-renforce-la-democratie-electorale-au-venezuela/

Le Venezuela organise le 26ème scrutin en 20 ans de révolution. Et Guaido ?

Le gouvernement vénézuélien progresse dans la conclusion d’accords avec les secteurs de l’opposition. Le dialogue a notamment conduit à la formation d’un nouveau Conseil national électoral, composé de représentants du chavisme et de l’opposition. Le 21 novembre 2021, le Venezuela organisera son 26ème scrutin en 20 ans pour élire gouverneurs, maires et conseillers municipaux, parmi un éventail de partis de droite à gauche. Un record mondial. Lula parle « d’excès de démocratie ». Exemple de l’abîme ahurissant entre réel et virtuel médiatique.

Pendant ce temps, l’extrême droitier Guaido souffre de déréliction: l’Union Européenne ne le reconnaît plus comme « président » et si les USA le font encore, c’est du bout des lèvres. Dénoncé par des médias de Colombie, Panama, USA pour la mégacorruption de ses vols d’actifs du Venezuela ou pour ses liens avec le paramilitarisme colombien, lâché ses « amis » et sa propre « base » (même celle payée pour faire foule devant les caméras de CNN), le putschiste Guaido offre au Président Maduro de « négocier ». Ce dernier lui a répondu : « Pourquoi pas? La voie n’est pas un coup d’État, tu peux participer aux élections » en lui proposant comme bases de négociation : « renoncer aux coups d’État, aux invasions armées et aux déstabilisations violentes, reconnaître la Constitution et les autorités élues par la population, rendre les comptes de l’argent fourni par les USA pour la conspiration et restituer toutes les ressources volées à l’État vénézuélien. »

T.D., Caracas, 15 mai 2021

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Pour comprendre cette nouvelle donne, la journaliste Karen Mendez a interrogé le politologue vénézuélien William Serafino.

Karen Mendez – Beaucoup se demandent pourquoi Guaidó est passé de l’appel à renverser le président Maduro au dialogue avec lui.

William Serafino – Ce que l’on peut voir dans le scénario, objectivement parlant, c’est qu’après les accords qui ont donné lieu à l’élection d’un nouveau Conseil national électoral, Guaidó se retrouve dans une position d’inutilité et d’isolement de l’arène politique. Il est évident qu’il se trouve dans une position totalement défensive, dans une situation où il ne sait pas bien où il en est, laissé pour compte dans cet ensemble d’accords que le gouvernement vénézuélien a conclus avec un secteur de l’opposition qui est représenté au Parlement national.

Face à cela, il a dû opérer un virage à 180 degrés, en réduisant au minimum les principales demandes de « regime change » à partir de 2019. Il est forcé de le faire pour essayer de ne pas perdre le peu de capital politique qui lui reste à l’échelle nationale et essayer de ne pas perdre les possibles liens d’influence et de crédibilité face à ce qu’ils considèrent comme ses alliés internationaux, notamment les États-Unis et l’Union européenne. Ceux-ci ayant marqué une ligne d’ouverture, de flexibilité par rapport au dialogue au Venezuela, ce qui le laisse précisément dans une situation défensive et avec un risque de tomber dans l’insignifiance absolue.

Karen Mendez – Guaidó a proposé d’offrir des « incitations » au gouvernement, telles que la levée des sanctions. Comment évaluez-vous cette offre ?

William Serafino – Elle marque une continuité car la nature des sanctions contre le Venezuela a toujours été de constituer un outil de chantage ou d’extorsion pour tenter d’obtenir des avantages politiques concrets. On peut avoir différentes lectures suite à cette nouvelle prise de position de l’ex-député Juan Guaidó, mais je pense que la plus cohérente est de comprendre l’utilisation des sanctions comme une arme, une manœuvre de chantage, d’extorsion pour obtenir certains avantages politiques contre une levée des sanctions. Sauf que cela repose sur une fausse prémisse : Guaidó n’a pas la possibilité d’autoriser la levée des sanctions, même s’il est vrai qu’après sa déclaration, certains porte-parole du département d’État ont soutenu sa « proposition ». Cela signifie en fait que la Maison Blanche est en train de repenser et de calculer la question des sanctions et qu’en tout cas pour l’heure il est indéniable que le  gouvernement de Nicolas Maduro a réussi à imposer son cadre d’interprétation et son récit, fragilisant les piliers de la campagne de pression maximale.

Karen Mendez – Guaidó insiste sur le fait que les puissances étrangères, qu’il qualifie d’alliées, doivent avoir une présence importante dans ce dialogue. L’Union Européenne a déjà déclaré qu’elle soutiendrait cet éventuel dialogue qui devrait déboucher sur des élections présidentielles et parlementaires. Que faut-il attendre de ce nouveau chapitre qui s’ouvre et de la participation éventuelle de ces pays qui avaient reconnu Guaidó comme « président par intérim » ?

William Serafino – Il y a un changement dans la façon d’aborder la question vénézuélienne, en particulier dans le cas de l’Union européenne qui, dès janvier de cette année, a rétrogradé Guaidó à simple interlocuteur de l’opposition vénézuélienne, et bien que les États-Unis maintiennent du bout des lèvres la reconnaissance de cette figure un peu folle de « gouvernement intérimaire », ils n’ont pas attaqué fortement l’élection du nouveau Conseil national électoral et, ce qui est le plus important, ils n’ont pas intensifié leur habituel récit contre la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale élue en décembre dernier. Il est clair que les USA ne peuvent pas la reconnaître car cela reviendrait à ôter tout soutien à Guaidó, mais ils n’ont pas non plus pris la décision de l’attaquer de front lorsqu’elle a élu ce nouveau Conseil National Électoral.

Il est clair qu’il existe une voie électorale qui s’est imposée concrètement dans le pays, qui a le soutien de toutes les institutions vénézuéliennes et qui est reconnue à l’extérieur comme un premier pas vers la réinstitutionnalisation du pays.

Les élections régionales et municipales auront lieu en novembre 2021, et là, évidemment, le terrain et la marge de manœuvre sont très étroits pour le secteur de l’extrême droite putschiste représenté par Juan Guaidó, car soit il participe à ces élections mais changer sa position à ce stade aurait un coût politique et électoral énorme, soit il continue à se lancer dans des manœuvres de force, des menaces pour imposer des élections présidentielles et législatives alors qu’elles ont déjà eu lieu. Il semble très peu plausible qu’elles soient imposées par la force.

Il y a des secteurs de l’opposition qui ont acquis un plus grand prestige, une plus grande reconnaissance non seulement au niveau national mais aussi international et, évidemment, pour ces secteurs le plan a changé d’où un certain empressement de remettre sur la table d’autres élections qui ne sont pas en discussion et qui n’ont pas autant de soutien international que la voie électorale qui a été tracée depuis l’appel du CNE pour le 21 novembre.

Karen Mendez – Mais, si ces élections présidentielles et parlementaires ne sont pas en discussion, peut-on avoir de l’espoir pour cet éventuel dialogue ou son avenir est-il déjà compromis ?

William Serafino – Je crois son avenir est assez compromis parce que de nombreux secteurs de ce que l’on appelle le G4, c’est-à-dire ce secteur de l’opposition « dirigé » par Juan Guaidó, ont en fait déjà décidé de participer à ces élections de gouverneurs et de maires. D’abord, parce qu’elles offrent une opportunité d’accumuler du pouvoir, à la fois territorial et institutionnel, pour reconstruire leur infrastructure en tant que partis politiques : après tant d’années passées à parier sur un « changement de régime » par la force, ils ont négligé leur machinerie, leur formation interne, leur sélection de cadres. Donc je pense que beaucoup de partis, voyant qu’il y aura des élections présidentielles en 2024, y voient une opportunité de se remettre dans le jeu, de s’échauffer, de se replonger dans le contentieux électoral et de chercher à reconstruire le tissu des partis en vue des prochaines élections présidentielles.

Il y a beaucoup de secteurs qui voient comme peu probable que ces demandes de Guaidó, avec pour arrière-fond le chantage de la levée des sanctions, soient réalisées, que ces points entrent réellement en discussion. Par contre ces élections du 21 novembre leur semblent une opportunité plus sérieuse de se réinsérer dans le jeu politique, de gagner des espaces territoriaux de pouvoir et, à partir de là, d’édifier de meilleures bases pour les élections suivantes. Les demandes de Guaidó, au-delà de la levée des sanctions elles-mêmes, n’attirent guère un secteur de l’opposition qui même s’il a longtemps parié sur le coup d’État, et pensait qu’il allait être une réalité automatique, savent que ces élections viennent modifier la donne.

Karen Mendez – En février, le président du Parlement vénézuélien a dénoncé le fait que Leopoldo López et d’autres acteurs de l’opposition ont rencontré des représentants du gouvernement états-unien en Colombie. D’après les documents qu’il a présentés, une feuille de route a été élaborée lors de cette réunion, qui expose la tactique de la « carotte et du bâton » pour écarter Maduro de la présidence. Ils ont parlé du rôle que les États-Unis et l’Union européenne devraient jouer, de l’offre d’incitations à Maduro et du message à envoyer aux Vénézuéliens. Beaucoup de ces points se retrouvent dans la récente proposition de Guaidó. Est-ce une coïncidence ou y a-t-il un lien ?

William Serafino – Il me semble qu’il y a une relation. Évidemment, dans cette nouvelle étape qui s’ouvre, nous devons être très prudents car nous savons qu’il a déjà été prouvé que lorsqu’il y a des moments d’apparente flexibilité, lorsqu’il semble y avoir une trêve, ce qui se passe réellement, c’est que les acteurs du conflit se réarment pour une nouvelle opération de changement de régime. C’est peut-être le cas et cela peut être présent dans cette nouvelle offre, entre guillemets, faite par l’ex-député Juan Guaidó.

Je pense également que c’est un symptôme intéressant de la façon dont le contexte international évolue autour de la situation vénézuélienne : premièrement, la campagne de pression maximale qui combinait des menaces de force militaire avec une composante très élevée de sanctions destructives a échoué et qu’une nouvelle approche et une nouvelle perspective doivent être recherchées.

Deuxièmement, ces sanctions elles-mêmes génèrent des niveaux de responsabilité très élevés parmi les acteurs qui les appliquent. En d’autres termes, nous ne parlons plus du scénario de 2016 ou 2017 où les sanctions bénéficiaient d’un certain soutien international ou étaient investies d’un récit bienveillant dans lequel elles étaient censées contribuer à restaurer la démocratie. Déjà, par exemple, les rapports de l’ONU sont de plus en plus percutants en détaillant les souffrances subies par la population.

D’autres voix internationales qui pourraient se trouver dans la sphère d’influence des États-Unis commencent à émettre des critiques et des questions de plus en plus sévères sur ces sanctions, et les États-Unis perdent l’offensive symbolique et narrative en ce qui concerne ces sanctions. Ils essaient de brouiller la question des mesures coercitives unilatérales derrière une prétendue « offre de dialogue » alors qu’en réalité, ils sont obligés d’envisager d’assouplir certaines de ces sanctions. En effet, selon la lecture que font certains à Washington, elles ont fortifié le chavisme, ont rendu crédibles ses dénonciations du fait que la crise économique a une puissante causalité externe. Et bien sûr cela a affaibli de nombreux porte-parole de la droite et de nombreux acteurs qui ont bâti leur capital politique et leur stratégie sur la base du mécontentement et de la détérioration des conditions de vie.

Source : interview réalisée par Karen Mendez Loffredo, le 14 mai 2021 https://mundo.sputniknews.com/20210514/que-ofrece-juan-guaido-a-nicolas-maduro-tregua-o-una-nueva-operacion-de-cambio-de-regimen-1112187564.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/16/le-venezuela-organise-le-26eme-scrutin-en-20-ans-de-revolution-et-guaido/

Comment relever le salaire des travailleurs, un débat en cours au sein du chavisme

Le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela, principal parti de la majorité gouvernementale) publie une importante contribution de l’économiste Pasqualina Curcio sur la nécessité de relever le salaire des travailleurs (voir ci-dessous). Au Venezuela les services sont pratiquement gratuits (eau, gaz, électricité, essence, etc..) par rapport aux régimes néo-libéraux, et face à la pandémie le gouvernement bolivarien a pris des mesures de protection supplémentaires pour le monde du travail (interdiction de licenciement, ou d’expulsion pour loyer impayé par exemple). Reste que le salaire direct des travailleur(se)s s’est effondré lorsque la guerre économique décrétée par l’Occident, avec sanctions et blocus des exportations pétrolières, ont privé l’État de 99% de ses ressources et ont généré une forte inflation induite.

Tout en poussant à développer les communes et les conseils de travailleurs pour qu’ils dirigent les entreprises publiques, le président Maduro a nommé une commission chargée de trouver la réponse à ce problème que les allocations sociales (Carnet de la Patria, CLAP…) ne suffisent pas à résoudre. Dans ce cadre la chaîne gouvernementale VTV a donné la parole à l’économiste Tony Boza qui propose pour sa part d’indexer le salaire sur le Petro (monnaie virtuelle liée au baril de pétrole, créée par la révolution pour s’affranchir du dollar).

Thierry Deronne, Caracas, 13 mai 2021

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L’importance du salaire pour des millions de travailleur(se)s, par Pasqualina Curcio

Il y a ceux qui, au Venezuela, écartent la question des salaires comme si elle n’était pas pertinente, comme si elle n’était qu’un aspect de plus parmi de nombreux autres problèmes. Ils transmettent avec légèreté le message que tant que nous continuons à être assiégés par les États-Unis, il n’y a pas grand-chose à faire pour les ajuster à des niveaux décents. Ils ne proposent pas de solutions et face aux demandes d’augmentations salariale, la réponse est : « on ne peut pas distribuer ce qui n’existe pas, il faut produire et pour cela il faut travailler » comme si nous ne le faisions pas tous les jours.

Il y a près de 14 millions de travailleurs actifs au Venezuela qui vivent, je répète, vivent, avec le salaire de quinze jours. 92% de la population active de ce pays, selon les dernières données de l’INE, appartiennent à la classe salariée, dont 3,3 millions travaillent dans l’administration publique. Cinq millions de retraités vivent également avec le salaire minimum légal. Ceci représente 19 millions de personnes, quelque chose comme 63% de la population. Les autres 37% de la population comprennent les enfants de moins de 15 ans, c’est-à-dire notre progéniture, plus environ un million de chômeurs, et quelque 347 170 personnes qui, selon les chiffres de l’INE, sont des employeurs, c’est-à-dire qu’elles appartiennent à l’autre classe : la bourgeoisie.

Le salaire est important non seulement parce que la vie et la qualité de vie d’une multitude de personnes ici au Venezuela et dans le monde entier en dépendent, mais aussi parce que, étant donné une accumulation primitive du capital, et dans le cadre du processus social du travail, il détermine les grandes inégalités qui se traduisent par la pauvreté, l’injustice, la faim et la misère. Pour comprendre pourquoi 1% de la population mondiale s’approprie 82% de ce qui est produit, qui, soit dit en passant, est produit par le travailleur, il est nécessaire d’analyser comment la richesse est distribuée dans le processus social du travail lui-même et donc comment ce produit est réparti entre le salaire, je répète, le salaire, et le profit. Ce n’est pas un hasard si l’un des premiers postulats du néolibéralisme a été le gel des salaires et la libération des prix, ce qui n’a d’autre but que d’augmenter le profit, celui-ci étant la différence entre le prix et le salaire.

Nicolas Maduro le 24 mai 2014, lors d’une rencontre nationale avec les travailleurs du secteur public et les syndicats qui lui ont remis le projet de contrat collectif.

La question des salaires n’est pas n’importe quelle question, elle est centrale. L’expédier en répétant les dogmes monétaristes et en affirmant qu’il n’y a pas d’argent pour les ajuster alors qu’au Venezuela le degré d’exploitation/profit a augmenté de 270% en moins de 4 ans, tandis que le salaire minimum légal ne couvre même pas 0,65% des besoins matériels minimum de la classe ouvrière, ce n’est pas seulement paradoxal dans un discours qui se réfère constamment au « socialisme », mais cela reflète aussi une méconnaissance inquiétante de l’inégalité croissante entre les salaires et les profits dans notre pays, ainsi qu’un manque de respect envers le haut niveau de conscience de la classe ouvrière vénézuélienne, à l’avant-garde des luttes anti-néolibérales depuis 1989

À l’époque néolibérale, pendant la IVe République, plus précisément entre 1978 et 1998, le salaire réel ou le pouvoir d’achat des travailleurs vénézuéliens a chuté de 65%, alors que la production nationale a augmenté de 30% au cours de la même période. En même temps, pendant ces 20 ans, moments sombres de notre histoire économique, le degré d’exploitation des travailleurs par la bourgeoisie a augmenté de 205% (données de la BCV).

Depuis 1999, avec l’arrivée du Comandante Chávez et de la Révolution Bolivarienne, ces tendances se sont inversées : entre 1999, et plus précisément 2003 et 2013, le salaire réel ou pouvoir d’achat a augmenté de 77% et le degré d’exploitation a diminué de 38%, pendant cette période l’économie a connu une croissance de 68% (données de la BCV). Dans la transition vers le socialisme, Chávez a frappé au cœur du mode de production capitaliste : répartir moins inégalement, entre le travailleur et le bourgeois, la valeur ajoutée dans le processus de production. L’objectif était de réduire l’écart entre les salaires et les bénéfices et donc la répartition inégale de ce qui était produit, ce qui s’est traduit par une baisse de 57% de la pauvreté dans notre pays. Cela a été réalisé, tout d’abord, en amenant le salaire minimum légal aux niveaux du panier alimentaire. Ensuite, en contrôlant les prix des biens essentiels (nourriture, médicaments) dont la production était aux mains de grands monopoles privés. Troisièmement, et c’est très important, surtout dans les économies inflationnistes comme la nôtre, en adaptant le salaire minimum légal chaque fois que variaient les prix.

En 2013, l’impérialisme a intensifié la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Parmi les armes qu’elle a employées figure l’attaque du bolivar par la manipulation politique du taux de change, qui a entraîné une dépréciation induite du bolivar de l’ordre de 3,1 trillions de pour cent de 2013 à ce jour et une augmentation des prix, également induite, de 63 milliards de pour cent au cours de la même période. Le fait est que, dans ce scénario, l’augmentation des salaires nominaux est restée en deçà de celle des prix – ils n’ont augmenté que de 5 milliards de pour cent – ce qui a entraîné une baisse de 99% du pouvoir d’achat de la classe ouvrière, contre une augmentation du degré d’exploitation/profit de plus de 270% en moins de 4 ans (entre 2014 et 2017, sûrement plus jusqu’en 2021).

En 2014, sur tout ce qui a été produit au Venezuela, 36% sont allés aux 13 millions de salariés, tandis que 31% sont allés aux 400 mille employeurs. En 2017 (dernier chiffre publié par la BCV), seuls 18% ont été distribués aux 13 millions de travailleurs tandis que les 400 mille bourgeois s’appropriaient non plus 31% de la production mais 50%, soit la moitié.

Non seulement on produit 64% de moins par rapport à 2014, principalement en raison des agressions impérialistes, mais le peu qui est produit est réparti plus inégalement entre les salaires et les profits, ce qui se traduit par une détérioration de la qualité de vie des travailleurs au prix d’une plus grande exploitation, conséquence du retard des salaires nominaux face aux augmentations plus que proportionnelles des prix. C’est cette inégalité dans la répartition de la production nationale que ceux qui rejettent à la légère la question des salaires semblent ignorer ou ne pas comprendre. Il s’agit de la manière dont la production est répartie, même si elle est moindre. Sans compter qu’avec un pouvoir d’achat qui tend vers zéro, il sera compliqué, voire impossible, d’augmenter la production.

Nous, travailleurs vénézuéliens, méritons, en raison de notre conscience de classe élevée et plus que prouvée, un débat de haut niveau sur cette question. Nous ne nous satisfaisons pas des répétitions de dogmes, sur un mode monétariste, qui cherchent à justifier la non-augmentation des salaires sans apporter de solution. Comme il serait bon que, dans l’agenda parlementaire, avec une majorité révolutionnaire, la priorité et l’importance soient données à la question des salaires qui affecte 99% de la population (27 millions de Vénézuéliens y compris nos enfants) au-dessus du débat sur les meilleures concessions que nous pourrions offrir à un groupe microscopique de capitalistes privés étrangers pour qu’ils viennent « investir » dans des zones pleines de richesses naturelles aménagées spécialement pour eux.

Pasqualina Curcio

Source : PSUV

Traduction : Venesol

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Loi des Cités communales: « révolution dans la révolution » au Venezuela

Au Venezuela une « Loi Organique des Cités Communales »  est en cours de discussion publique. Elle vise à ce que «le peuple organisé amplifie sa capacité de décider des politiques publiques depuis ses territoires ». Journaux, radios, télévisions, sites d’«actu» ne vous en parleront pas : plus le Venezuela approfondit sa démocratie, plus il faut le totalitariser dans les médias.

D’où vient cette loi ? De vingt ans de travail. Et d’abord de l’entêtement d’Hugo Chávez pour qui un processus révolutionnaire ne pouvait se résumer aux élections, et ne saurait durer sans construire une démocratie participative puissante et permanente : « Nous ne sommes pas une révolution démocratique, nous sommes une démocratie révolutionnaire » expliquait-il, comptant sur la rébellion populaire contre le colonialisme et l’exclusion comme moteur de la transformation de l’État.

Peu à peu, l’Assemblée Nationale a donné corps à cette transformation « du bas vers le haut ». En 2006, avec la Loi des Conseil Communaux –  ces comités de délégué.e.s élu.e.s par les habitant.e.s pour réaliser des projets (infrastructure, logement, etc..) en réponse aux besoins du quartier et recevant pour cela les ressources de l’État. En 2010, tout un arsenal législatif a renforcé le pouvoir populaire, dont la Loi Organique des Communes, fédérations de conseils communaux dotés d’un parlement pour mener à bien des projets sur un plus vaste territoire défini par les activités et les besoins de la population et articuler les nombreux programmes sociaux du gouvernement bolivarien. Ce tissu d’organisations joue aujourd’hui un rôle non négligeable dans la résistance à la guerre économique (comités d’approvisionnement) ou à la pandémie (comités de santé notamment). Le 13 avril 2021, l’Assemblée Nationale a approuvé l’avant-projet de Loi du Parlement Communal. Ce projet est lui aussi soumis au débat public comme la Loi Organique des Cités Communales, qu’on peut lire ici en espagnol et en anglais, et qui vise à créer 200 villes communales sur le territoire national. Il s’agit d’intégrer les communes en construction pour que leurs habitant.e.s passent à une nouvelle forme politico-administrative basée sur l’autonomie, pour la gestion des politiques publiques, les services publics et le renforcement de nouvelles relations économiques basées sur la solidarité dans la production, la distribution et la consommation de biens et de services. Les communes recevront des subventions en Petro, la cryptomonnaie mise en place par l’État vénézuélien comme mécanisme anti-dévaluation, pour financer les activités liées à une économie réelle et alternative.

Le canal Terra TV continue à écrire la chronique de cette construction d’une démocratie participative. Son nouveau reportage nous met au cœur de la vie quotidienne d’un parlement communal parmi tant d’autres écoles de pouvoir citoyen au Venezuela (VO sous-titrée en français) :

Pour Nicolas Maduro, à qui Hugo Chávez avait demandé de poursuivre cette construction de l’État communal, la nouvelle loi marquera un tournant radical dans la révolution bolivarienne : « L’avenir de la Révolution et du Venezuela est lié à la construction des nouveaux organes du pouvoir populaire, à la démocratie directe du Pouvoir Communal, comme les Cités Communales contenues dans la Loi que l’Assemblée Nationale est en train de discuter avec le peuple. Créer, créer le pouvoir populaire ! Je crois que les Cités Communales seront une révolution dans la révolution ; cette Loi, Organique, nous permettra de construire directement l’autogouvernement. Le Venezuela entrera dans une nouvelle ère politique, avec la construction d’une démocratie inclusive, participative, dont le citoyen sera l’acteur direct, où l’Exécutif National, les Pouvoirs Publics régionaux et municipaux devront articuler un véritable Gouvernement, celui des majorités, ce Gouvernement que j’ai baptisé « de solutions ».

« Car la loi donne le pouvoir au peuple, à la communauté, aux voisins, pour gérer leurs budgets et leurs ressources, assumer la solution directe des problèmes, exigeant des mandataires locaux et régionaux qu’ils sortent de leurs bureaux et du confort de la climatisation pour effectuer un véritable gouvernement de travail commun avec les Conseils communaux, avec les Communes, avec la base populaire. Celui qui ne tolère pas les critiques populaires ne peut pas être ministre ou gouverneur. Nous devons apprendre à écouter le peuple. Il faut créer le monde nouveau à partir du pouvoir populaire, depuis l’État communard, nous devons tout transformer, tel est notre engagement. Je le dis avec mes sept ans d’expérience comme député, mes sept ans comme ministre des affaires étrangères aux côtés du président Chávez, et huit ans comme président venu du monde du travail« .

« Celui qui ne tolère pas les critiques populaires ne peut pas être ministre ou gouverneur. Nous devons apprendre à écouter le peuple » (Nicolas Maduro)

Le débat sur l’avant-projet de loi est lancé. Voici la contribution de Jose Roberto Duque, écrivain et chroniqueur passionné de culture populaire vénézuélienne. Il rappelle à sa manière la nécessité de séparer le processus communal de la bureaucratie étatique et de ses « planifications d’objectifs » qui poussent parfois à fabriquer des « communes » de papier, sans base réelle.

« Si la cité communale que nous, révolutionnaires, voulons et/ou proposons se veut vraiment une construction anticapitaliste :

– Elle doit se débarrasser, progressivement ou rapidement, du modèle de logement et de communauté qui a servi au capitalisme, et qui a même semblé un jour pouvoir fonctionner ;

– Elle doit tourner, graviter et fonctionner autour d’une ou plusieurs activités productives qui rendent possible son autonomie ;

– Elle doit être habitée et animée par des communards (communard : sujet qui donne à la Commune la majeure partie de son temps, de son énergie, de son amour et de sa créativité) ;

– Elle doit être conçue collectivement en fonction de la réalité géographique, du climat, de l’histoire, de ses caractéristiques sociales, des besoins actuels et des projets futurs de chaque commune ou communauté ;

– Elle doit commencer avec une conscience révolutionnaire le travail de démolition des pratiques et des concepts qui soutiennent la ville actuelle (propriété privée, substrat religieux et médiéval contenu dans les notions de « paroisse », de mairie, etc ;)

– Elle doit tenir compte du fait que la coexistence de la nouvelle forme d’exercice de la citoyenneté avec la forme actuelle est transitoire. Qu’il est nécessaire d’abandonner les pratiques qui soutiennent le capitalisme pendant que nous concevons et exécutons les prochaines ;

– Elle doit concevoir l’avenir sans rejeter ni oublier les modèles, les dispositifs, les technologies et les pratiques culturelles de la ville précapitaliste : ce qui fonctionnait avant l’irruption du modèle nord-américain (capitalisme industriel, extractivisme et mercantilisme) et pourrait fonctionner à nouveau.

Presque tout ce qui précède est formulé ou proposé dans le projet de loi soumis à la discussion de l’Assemblée nationale. Disons que l’essentiel, qui est le processus de démantèlement d’un modèle et de construction d’un autre, avec les critères d’audace de Simon Rodriguez, s’y incarne.

Comme il arrive souvent, parce que nous sommes le produit d’une société qui palpite encore et que nous avons été modelés par elle, une certaine langue s’est  « invitée » dans certaines parties du projet. Par exemple, à propos des banques communales, des expressions comme celle-ci : « Renforcer le système de microfinance communal par l’application de politiques publiques démocratiques et participatives dans la gestion financière ». Autant le mot « communal » s’y présente comme signe de la nouvelle époque, autant son pendant est trop puissant pour ne pas voir qu’il est en train de gagner le combat : le duo « banque » et « financier ». Nous voulons construire des communes, mais nous continuons à invoquer le concept des banques ; ni plus, ni moins, dans les éléments qui ont permis au capitalisme financier d’exploser et de se répandre dans le monde entier depuis les 14ème et 15ème siècles.

L’heure étant à la discussion et à la construction collective, il ne convient pas de se laisser emporter par le pessimisme naturel des puristes et perfectionnistes. Mais il faut être prudent et vigilant, et surtout faire chauffer les moteurs vers la nouvelle réalité : pour avancer vers la construction physique de la société à venir. Le monde post-pandémique n’est pas un discours mais une nécessité. Et, dans le cas du Venezuela, un projet de pays. »

Thierry Deronne, Caracas, le 13 avril 2021

Vidéo : Jesus Reyes, Terra TV

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/14/loi-des-cites-communales-revolution-dans-la-revolution-au-venezuela/

Pouvoir citoyen et cités communales au Venezuela

« En tant que membres d’une communauté, nous avons la pratique sur notre territoire de semer et produire des connaissances et de construire un auto-gouvernement émancipateur » : l’étudiante en master, María Angélica Corredor résume l’esprit de la transformation en cours au Venezuela. Sur la base des débats et des propositions qui ont émergé lors du Congrès national des Communes, le président Nicolás Maduro a remis au Parlement en février 2021 deux projets de loi qui répondent à une vieille revendication communard(e), la Loi des cités communales et la Loi du parlement communal : « je demande le soutien de l’Assemblée nationale pour transférer le pouvoir économique et le pouvoir des services publics concrets au peuple communard et aux Conseils communaux. J’ai approuvé l’octroi de 26.283 Petros pour 1000 banques communales et 29.663 Petros pour des projets de filière textile des communes. L’objectif est d’impulser la nouvelle architecture financière du pouvoir citoyen. La commune est le nouvel État » a-t-il précisé.

Pour mieux comprendre cette étape de la révolution bolivarienne, nous publions le point de vue du politologue vénézuélien Franco Vielma (« Analyse en profondeur du pari communard du chavisme ») et celui du mouvement social « Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora » ensuite (« Le pouvoir populaire, les cités communales et la dynamisation du PSUV, tâches stratégiques centrales »).

« Analyse en profondeur du pari communard du chavisme »

Loi du parlement communal, loi des cités communales, ces promesses du chavisme faites au cours de la campagne des élections législatives de décembre 2020 ont été suivies de l’élaboration de ces projets par les équipes communales qui ont participé au Congrès national des Communes et ont produit 698 propositions. De ce total, 406 ont été déposées par les délégué.e.s des communes et des conseils communaux, tandis que 292 provenaient des délégué.e.s des mouvements sociaux. Ce congrès a compté avec la participation de 9.680 communes et conseils communaux, et plus de 70 mouvements sociaux.

Le chavisme et l’apparente incongruité du dollar et des communes

Dans le cadre des réponses urgentes à la guerre économique, le gouvernement bolivarien a assoupli les mécanismes bancaires pour permettre des opérations en dollars pendant que le chavisme de la base faisait un saut dans la construction des Communes : ensemble les deux mouvements paraissent se contredire. Mais sortons d’une narration manichéenne et analysons la réalité nationale.

Fondamentalement, le blocus économique contre le pays a considérablement dégradé la capacité de l’État à arbitrer les facteurs économiques internes et à soutenir l’ensemble du système comme cela avait été la tradition pendant cent ans de rentisme pétrolier. Aujourd’hui, ce modèle « pétro-rentier » de soutien de l’économie est démantelé sous les coups de bélier du blocus des USA et de l’UE. Cette singularité de la situation politique et économique vénézuélienne a fait que la gestion de l’État est aujourd’hui marquée par le pragmatisme, notamment dans le domaine économique, comme jamais en vingt ans de chavisme au pouvoir.

Le chavisme a dû mettre en œuvre et tolérer une série de changements de règles, fondés sur des facteurs et des forces qu’il ne peut contrôler, précisément parce que les capacités économiques de l’État ont été très réduites. Sur ce point, il convient de souligner non seulement le blocus extérieur, mais aussi l’avancée dans l’économie internes de phénomènes tels que la dollarisation partielle des activités commerciales (le secteur privé est majoritaire au Venezuela), ainsi que les flexibilités de la politique économique et les mécanismes de revitalisation de l’appareil interne, au-delà de la gestion de l’État, acceptés par le gouvernement lui-même. Ce que certains considèrent comme des actes de « régression »  sont des actions pragmatiques comme produit des conditions imposées. Pour le chavisme, ces conditions imposent un choix entre s’adapter ou se faire emporter par une hémiplégie économique totale imposée par le blocus occidental.

C’est ici que se situe le lancement de deux projets de loi communale réclamés depuis des années par les mouvements qui ont lutté pour la construction des Communes au Venezuela. Le président Maduro a proclamé que les Communes sont des caractéristiques du « nouvel État » qui doit germer en ancrant le champ politique national dans ce contexte de résistance : « Nous devons nous atteler à la construction des forces de l’avenir, la force morale et nouvelle de la patrie. Les forces communales, les forces populaires, les forces de la classe ouvrière. Rectifiez partout où des erreurs ont été commises« .

Nicolas Maduro a prévu que d’en 2021, l’objectif de construire au moins 200 villes communales – conformément aux principes de la loi proposée soit réalisé. Il a parlé des pôles de développement des villes communales tels que l’élaboration de lois simples de service au peuple ; celui des services publics de proximité, contrôlés par le pouvoir populaire, et le rôle des Communes dans l’activité productive.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographies : Verónica Canino

Le Loi sur le parlement communal consiste en une autonomisation politique indispensable au développement de la vie locale, et la revitalisation de la participation des acteurs sociaux comme marque incontestable du chavisme. Quant à la Loi sur les cités communales, elle établira des mécanismes de gestion depuis et pour les communes et créera un habitat pour la gestion des services publics, la production sociale et la circulation des biens et des services.

Dans cette optique, Maduro a fait le pari de payer en Petros les ressources allouées aux communes. Autre particularité énorme : le chavisme aspire à construire des espaces d’autonomie locale, en finançant cette grande aspiration par l’utilisation d’une crypto-monnaie souveraine. Du bitcoin et de son prix spéculatif, nous savons qu’au Danemark il sert à acheter des pizzas ou qu’il permettra bientôt d’acquérir un véhicule Tesla. Le bitcoin est parfois considéré comme un « instrument contre-hégémonique » défavorable à la finance mondiale. Mais sa contribution sera énorme pour le capitalisme.

Que dire alors du « Petro » et de la capacité qu’il pourrait avoir de financer et de favoriser la construction du socialisme sur le territoire, l’autogestion et la démocratie profonde du Venezuela, un pays qui, dans tout l’hémisphère occidental, subit le plus haut niveau de pressions impériales de notre époque ? Le pari est qu’à moyen terme, les communes et les cités communales puissent constituer un habitat pour la gestion politique locale, de manière alternative aux modèles d’organisation politique dominante. En outre, grâce à l’utilisation du Petro et à son intégration dans les opérations quotidiennes, la canalisation des échanges de biens et de services permettrait de revitaliser l’espace économique local.

Avec sa phrase « La commune ou rien ! », le président Chávez avait proposé un modèle d’organisation pour la révolution bolivarienne (photo : Terra TV)

Déjà, au cours des dernières années, les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), les équipes politiques des UBCH, les Conseils Communaux et le tissu politique féminin d’avant-garde dans les communautés ont été essentiels pour faire face aux difficultés et aux besoins de la population. Bien que cette année 2021 va se recentrer sur les élections régionales (gouverneurs, maires) – ce qui pourrait mettre au second plan la construction de forces de gestion alternative, Maduro conçoit celle-ci comme un autre front stratégique à consolider.

Dans ce conflit entre l’ancien État et l’État communal naissant il y aura des trébuchements, des obstacles, à n’en pas douter. Le mouvement dépend plus que jamais de l’expérience accumulée et de l’expérience que le chavisme a développée dans l’organisation depuis le plus profond du pays.

2. Le pouvoir citoyen, les cités communales et la dynamisation du Psuv, tâches stratégiques centrales pour le mouvement social « Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora »

Nous accompagnons et soutenons l’ensemble des initiatives politiques du président Nicolás Maduro dans la mesure où elles comportent des aspects essentiels pour la relance et l’approfondissement de la révolution bolivarienne. La lutte contre la corruption, l’approfondissement de la démocratie révolutionnaire avec la promotion des cités communales et la recherche de « nouvelles méthodes pour que le parti assume un rôle plus critique, dynamique et actif« , constituent trois axes-clés pour avancer dans une ligne stratégique revitalisante et dynamisante de la révolution politique. Examinons-les un par un.

Les cités communales sont une étape importante pour avancer dans l’objectif historique de construction d’une société démocratique et dans la transformation de l’État oligarchique en un État fondé sur le pouvoir populaire, avec des formes multiples et diverses de participation et d’exercice direct du pouvoir. Cependant, nous pensons que la construction de ces cités communales doit partir de certaines bases, de réalités concrètes, pas seulement de rapports ou de statistiques qui souvent ne correspondent pas à la réalité.

Les cités communales ne doivent pas être décrétées, ni imposées par des instances bureaucratiques, ce qui ne signifie pas que l’État et le gouvernement ne doivent pas jouer un rôle central dans leur conformation. Ce que nous voulons dire, c’est qu’il est nécessaire de passer par un processus préalable de promotion et de renforcement des conseils communaux et des communes, piliers sur lesquels reposeront les cités communales. Ceux d’entre nous qui sont impliqués dans le travail de terrain savent qu’à l’exception de certaines expériences référentielles, leurs niveaux d’organisation, de participation et d’autonomisation ne sont pas suffisants pour proposer soudainement des niveaux d’agrégation plus élevés. Il ne suffit pas d’atteindre ces niveaux optimaux pour les adapter et réélire les porte-parole, ce qui est une réponse administrative. Il s’agit de construire et d’exécuter un plan de relance intégrale qui solidifie ces deux premiers niveaux d’organisation pour passer à des niveaux plus complexes d’agrégation du pouvoir communal. Sinon, nous risquons de nous retrouver avec 200 villes communales comme le propose l’objectif, mais sur le papier, appropriées par des cénacles de « porte-parole » imposés dans de nombreux cas dans le seul but de contrôler les ressources à allouer à ces cités communales.

Les cités communales doivent partir d’un diagnostic territorial pour évaluer leur viabilité politique, organisationnelle et géographique. Lorsqu’il y a des conditions pour avancer, il faut le faire, mais dans les territoires où il n’y en a pas, il est nécessaire de proposer des plans visant à créer ces conditions. Il vaut mieux construire des expériences modèles ou référentielles qui peuvent montrer la viabilité de cette forme de montée en puissance citoyenne dans une première phase, plutôt que de les décréter de manière plate et automatique.

Aller vers un Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) plus critique, dynamique et actif, comme le propose le président, est non seulement juste mais une tâche stratégique afin de mener le processus révolutionnaire vers la mise à jour et la revitalisation nécessaires pour construire la société démocratique, éthique et humaniste fixée comme objectif historique par la révolution bolivarienne, c’est-à-dire une société inclusive de bien-être collectif et égalitaire. Il s’agit d’avancer vers le parti de Chávez, un parti comme instrument de transformations, qui comprend le caractère actuel du conflit, non seulement contre l’impérialisme mais aussi le conflit des sens, des émotions, la bataille éthique, la bataille hégémonique.

Il est urgent de dépasser la logique du parti-courroie de transmission, du clientélisme, de l’assistentialisme, afin que la dualité parti/gouvernement devienne une synergie transformatrice, en instruments puissants pour surmonter la crise que nous subissons. Cela ne se produira que s’il y a un processus profond de renouvellement, de formation de leaderships éthiques et démocratiques, et de création et d’application de mécanismes internes à cet effet.

Si nous progressons dans l’approfondissement du pouvoir populaire, dans le rôle actif du peuple dans notre démocratie, si nous renouvelons le parti pour le rendre plus critique, plus actif dans les tâches véritablement transformatrices (sans cesser d’être un instrument électoral efficace, évidemment), pour le transformer en un parti plus dynamique comme proposé, nous pourrons alors être dans de meilleures conditions pour lutter contre la corruption, contre les déviations éthiques qui font tant de mal au pays et, surtout, pour parvenir à la reprise économique, même si nous pouvons convenir que la cause principale est le blocus commercial et financier, criminel et illégal.

Avec le pouvoir populaire, avec un parti éthique et démocratique, nous aurions deux forces puissantes pour vaincre la corruption, l’agression étrangère et pour revitaliser radicalement la révolution bolivarienne dans le cadre des perspectives de Chávez.

Pour ces raisons, nous pensons, à la CRBZ, que ces initiatives proposées par le président Maduro doivent être appuyées avec enthousiasme et détermination par toutes les forces du chavisme. Nous répondons présent et dirigerons tous nos efforts, notre volonté, le temps et l’énergie de notre militance vers la réalisation de ces tâches stratégiques.

Coordination nationale du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora

Sources :

1. https://www.misionverdad.com/venezuela/analisis-profundo-de-la-apuesta-comunera-del-chavismo

2. http://www.crbz.org/el-poder-de-la-gente-las-ciudades-comunales-y-la-dinamizacion-del-psuv-tareas-estrategicas-centrales-analisis-de-la-corriente/

Traduction : Julie Jaroszewski / Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/20/pouvoir-citoyen-et-cites-communales-au-venezuela/

L’Etat communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela

par Franco Vielma

Lors de l’installation de l’Assemblée Nationale (AN) élue le 6 décembre dernier, son nouveau président, le député Jorge Rodriguez, a indiqué certaines orientations fondamentales que le nouveau parlement aura, plaçant dans cet ordre de priorités celui de légiférer et d’agir en faveur de la construction du pouvoir communal au Venezuela.

Rodriguez a déclaré que la nouvelle gestion parlementaire « ira vers le Parlement communal, cette gestion ira vers la conformation de lois pour protéger les cités communales, les communes, les conseils communaux », ce qui suppose une relance ou une réforme des lois du pouvoir populaire et la promulgation d’autres, parmi elles, du projet de loi des cités communales, qui est considéré par beaucoup comme une pièce juridique manquante pour l’avancée dans la concrétion des gouvernements autonomes dans le pays.

Dans le cadre de la campagne pour ces élections législatives, déjà, Rodriguez avait indiqué que la transformation de l’État était possible à partir de l’approfondissement des mécanismes de transfert du pouvoir aux organisations populaires.

« Nous devons adopter la loi qui donne du pouvoir à ceux qui connaissent le quartier, les conseils communaux, nous devons donner un vrai pouvoir aux communes et ce sera par la loi des cités communales. Une loi pour que les communes prennent le pouvoir une fois pour toutes à partir de leurs territoires »

L’agenda de l’Assemblée Nationale est en phase avec la stratégie de l’exécutif vénézuélien qui assume de nouveaux termes dans la gestion sociale et dans l’exercice de la démocratie participative. En octobre dernier, lors du Congrès national des Communes 2.0 organisé par voie numérique, le président Nicolás Maduro a donné des instructions visant à l’organisation, l’installation et le déploiement de 200 cités communales gérées en autogouvernement populaire, par les communes et les conseils communaux eux-mêmes.

De même, le président a accepté la proposition de mettre en place, à travers les travaux de l’assemblée nationale, un instrument qui confère une existence juridique au Parlement communal qui, selon ses termes, « oblige le Parlement national à consulter les Communes, sur tous les projets et sur tous les sujets qui seront mis en débat ». Une proposition politiquement très ambitieuse. Le chavisme propose la création d’un organe législatif complémentaire à l’Assemblée Nationale elle-même et qui aurait un véritable corps politique dans les axes territoriaux du pouvoir communal.

De même, le président Maduro a évoqué la nécessité de consolider un nouveau bloc historique national, où les nouvelles façons de faire de la politique soient un facteur inexorable, une nouvelle forme à l’échafaudage de gestion et de participation pour moduler l’infrastructure et la superstructure du pays.

Contours et défis politiques

La nouvelle Assemblée Nationale a pris sa place dans la politique nationale avec une présentation claire et concrète. Ils s’agit de « réparer » les dégâts laissés par le cycle de la majorité de droite qui l’a précédée : le blocus et le siège extérieur, la fracture de l’espace intérieur et du débat politique entre les Vénézuéliens, et la stagnation et l’échouage partiel de la politique intérieure.

La nouvelle Assemblée nationale, favorable à la « réconciliation », à l’ouverture de « mécanismes de dialogue », à la distension politique, selon les termes du député et président de l’assemblée Jorge Rodriguez (photo ci-dessous, à droite), vise à maintenir la paix, à briser le blocus, au retour des institutions et à l’harmonie politique nationale comme atouts politiques stratégiques.

Mais le chavisme ne conçoit pas que le dialogue national soit perpétué comme le seul dialogue de deux camps. Il a su reconnaître l’existence de diverses oppositions politiques et, au-delà, de tout un pays beaucoup plus diversifié, avec un ensemble de besoins politiques, de revendications de la population et d’anciennes dettes en termes de participation sociale et de démocratie directe.

La pleine reconnaissance du terrain rend ces propositions parlementaires hautement stratégiques. Pour la première fois dans un parlement national, les lois concernant le pouvoir populaire sont en tête de l’agenda législatif. Dans ce sens, aller vers la Commune, c’est, pour le chavisme, aller au fond des choses, au cœur politique de la nation, là où se nouent les contradictions de la vie quotidienne, aujourd’hui, parmi tant de souffrances et de conquêtes.

La nouvelle Assemblée Nationale est, dans tous ses aspects, une assemblée pour le « déblocage » du pays. La politique intérieure est un élément à « débloquer », et pour cela, outre les dialogues politiques avec les oppositions, le chantier concerne la création de lois qui, pour l’ensemble du spectre social, changent les règles du jeu démocratique du pays le plus profond.

Ces lois seront rédigées dans un cadre conflictuel, car elles seront contestées par des secteurs politiques auto-exclus, qui se sont abstenus aux élections et qui défendront la permanence des anciennes formes de politique. Pour cela, ils feront appel à la défense d’instances qui seraient supposées être éradiquées, comme les mairies, ou en signalant l’élimination des AN par un Parlement communal, en déclarant l’inconstitutionnalité de ces lois du pouvoir populaire.

Ils se soumettront à des pressions extérieures, au blocus et chercheront à perpétrer l’État national, en diabolisant ces initiatives et dénonçant à nouveau un prétendu communisme imposé au pays.

En outre, ces lois seront débattues dans un nouveau pays, un pays différent, soumis à de nouvelles inerties et conditions qui n’existaient pas lorsque les premières lois du pouvoir populaire ont été promulguées. Les nouvelles lois seront élaborées selon les critères d’un État limité en ressources, sous blocus occidental, en contingence permanente et en chemin de démantèlement du rentisme pétrolier qui fut le contrat matériel fondateur du Venezuela contemporain, avant et après 1999.

L’expérience accumulée

Les meilleures références sur lesquelles les parlementaires peuvent compter pour assumer les nouvelles tâches législatives de la Commune, sont peut-être dans les mémoires des Congrès communaux qui ont eu lieu ces dernières années. Il existe des principes élémentaires écrits à partir de l’expertise et de l’expérience de ses protagonistes.

Les forces communales et autres expressions du tissu politique du Chavisme sont la réserve sociale, morale et politique du pays ; ce sont elles qui ont eu le privilège ardu d’expérimenter dans l’arène politique du « nouveau ». Ils ont travaillé avec des hauts et des bas, des erreurs, des incongruités, des faiblesses et avec mille obstacles au premier plan, mais ce sont eux qui ont donné naissance à une nouvelle façon de faire de la politique au Venezuela et font, par conséquent, partie des expressions du savoir indispensable pour repenser le pays.

Les conseils communaux, et après eux, les communes et les systèmes d’agrégation communale, sont tous des expressions germinales du pouvoir social, ils sont le point de départ pour donner forme aux Cités communales comme espaces géo-humains. Ils sont aussi le point exact pour décanter un système de participation parlementaire communale, qui permet de dépasser la vieille logique clientéliste de l’ancien parlementarisme.

Mais écrire une loi des villes communales et une loi qui se réfère au Parlement communal, implique l’identification de sujets politiques appropriés avec une plus grande amplitude, non seulement pour être rendus visibles dans ces lois, mais aussi parce qu’ils sont les facteurs qui peuvent donner l’assentiment dans la réalité à ces initiatives législatives.

Nous parlons de l’avant-garde, des Comités d’Approvisionnement et de Production (CLAPS), des Unités de Bataille Hugo Chavez (UBCH) et du tissu politique principalement féminin qui fait la vraie politique depuis le quotidien et au plus profond de l’espace politique national : référence indispensable, car ils sont dans les formes cellulaires de la politique au jour le jour.

Ce sont des secteurs qui, par excellence, se sont formés aux façons de faire de la politique au milieu des nouveaux obstacles ou inerties internes, loin des méthodes aériennes de formulation des politiques publiques. Ils sont donc essentiels, car ils comprennent que l’éventuelle loi sur les cités communales et une loi sur le parlement communal doivent aller à la recherche de nouvelles formes de gestion politique et sociale. Ces secteurs sociaux et leurs espaces naturels constituent un foyer d’expertise inestimable et peuvent être, en tant que facteurs de première ligne, les promoteurs du changement opportun des règles qui pourraient découler de ces lois importantes.

Les lois qui viendront, pourraient même reformuler les lois du Pouvoir Populaire en vigueur, car après des années de leur promulgation la réalité a montré que les mécanismes prévus pour leur mise en œuvre sont dépassés, ils n’ont pas été remplis car les méthodes pour les imposer n’ont pas été efficaces et de plus de nombreuses conditions ont changé. Cela n’implique pas l’expiration des lois en vigueur, mais plutôt que celles-ci soient réinventées.

La lutte naturelle entre le pouvoir constitué et le pouvoir constituant, qui a été longue et complexe dans les entrailles de la gestion publique, va maintenant avoir de nouvelles lois qui, avec une grande emphase, vont déléguer à de nouveaux acteurs politiques et sociaux de nouveaux rôles pour l’exercice du pouvoir citoyen. C’est très important, car ces lois pourraient résoudre les différends qui découlent des anciennes pratiques et prétentions des fonctionnaires et des institutions en matière de préservation des quotas. Cette lutte est donc aussi une source d’apprentissage pour les législateurs.

En outre, il conviendrait que la rédaction de ces lois soit originale, en explorant l’idéologie nationale d’origine, en particulier celle qui est née de Simón Rodríguez lui-même, qui a appelé « Toparquía » le gouvernement local et l’autonomie comme forme d’organisation de l’exercice du pouvoir sur le territoire de la République, en dissolvant les formes de pouvoir apparues dans l’inertie coloniale et en les remplaçant par des autonomies adaptées aux hommes et aux femmes libres en association et en organisation. Il y a là, dans toute cette accumulation théorique, une immense richesse que nous ne pouvons pas continuer à sous-estimer.

Source : La agenda parlamentaria arranca con destino hacia lo comunal | Misión Verdad (misionverdad.com)

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : L’Etat communal, chantier de la nouvelle assemblée nationale élue au Venezuela | Venezuela Infos (wordpress.com)

Révolution bolivarienne, révolution latino-américaine: l’interview intégrale de Nicolas Maduro par Ignacio Ramonet

Si effrayante pour tous, l’année 2020 a été relativement clémente pour le Venezuela. Bien sûr, le blocus et les attaques de l’extérieur n’ont pas cessé, et se sont même parfois intensifiés. Mais la révolution bolivarienne, qui vient d’avoir 22 ans, est déjà affermie par ces batailles. Ce qui est remarquable, c’est qu’ici, contrairement à ce qui s’est passé dans presque toute l’Amérique latine et en particulier dans les pays voisins (Colombie, Brésil), la pandémie de Covid-19 a été maîtrisée. Peu d’infections, faible mortalité (voir les chiffres de l’OMS). Entre-temps, l’économie, dans des circonstances très difficiles, a connu une reprise spectaculaire. Avec une augmentation sans précédent de la production agricole et des activités commerciales. En outre, la nouvelle législation encourage un afflux important d’investissements étrangers. Ces nouveaux airs et ces nouvelles grâces, après plusieurs années de difficultés, se sont traduits politiquement par une victoire éclatante du Chavisme, le 6 décembre dernier, aux élections législatives.

Attaqué férocement depuis des années, le président Nicolas Maduro savoure l’heure où, par ailleurs, deux de ses principaux adversaires mordent successivement la poussière. Sur la scène nationale : l’opposition extrémiste dirigée par Juan Guaidó, battue le 6 décembre et expulsée démocratiquement de l’Assemblée nationale. Sur la scène étrangère : le chef de la conspiration internationale, Donald Trump,a été mis KO aux Etats-Unis le 3 novembre et sera hors-jeu à dater du 20 janvier.

Pour parler de ces questions, dans les magnifiques jardins de La Casona  qui était autrefois la résidence officielle des présidents du Venezuela et qui est aujourd’hui un centre culturel ouvert au public , nous nous sommes entretenus avec Nicolás Maduro. 

Monsieur le Président, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour la gentillesse dont vous avez fait preuve en nous accordant cette interview. Il est devenu une tradition pour nous de nous rencontrer chaque premier janvier pour faire le bilan de l’année écoulée et aussi pour que vous nous disiez comment vous envisagez les perspectives pour l’année à venir.

Cet entretien s’articulera autour de neuf questions : trois sur la politique intérieure, trois sur l’économie et trois sur la politique internationale.

Je voudrais commencer par la politique intérieure. L’année 2020, qui vient de se terminer, restera dans l’histoire comme « l’année de la pandémie Covid-19 » avec un bilan terrifiant à l’échelle planétaire, en termes de contagion et de victimes…. Dans ce panorama effrayant, les chiffres présentés par le Venezuela sont très encourageants, très positifs, et sont parmi les meilleurs du monde… Comment expliquez-vous ces bons résultats malgré les blocus et les mesures coercitives unilatérales imposées à votre pays par les autorités étasuniennes et européennes ? Existe-t-il peut-être un « modèle vénézuélien » pour la lutte contre le Covid ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, je vous remercie pour cette opportunité, cette fenêtre que vous nous ouvrez pour communiquer avec de nombreuses personnes honnêtes dans le monde, en Europe, aux États-Unis, en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Afrique… En effet, ces entretiens s’inscrivent déjà dans une tradition publiée le 1er janvier et qui marquera le début de la nouvelle année 2021. En effet, nous avons fait un grand effort pour traiter le coronavirus. Je pourrais vous dire qu’il existe un modèle vénézuélien. Je le dis humblement, parce qu’au Venezuela il y a un système de santé publique gratuit et de qualité construit en révolution. Et parce que, malgré les persécutions et les sanctions pénales qui nous empêchent d’acheter du matériel médical dans le monde ; et qui nous empêchent d’acquérir, de manière naturelle, les médicaments dont le pays a besoin, nous avons réussi à maintenir, à augmenter et à perfectionner le système de santé publique fondé par le commandant Chavez. La « Mission Barrio Adentro » a été la première étape de la construction de notre système primaire de médecine familiale avec plus de 14.000 cliniques externes, avec le médecin de famille, etc. Tout cela avec le soutien de Fidel Castro, de Cuba et, depuis seize ans, de milliers de médecins et du personnel de santé cubains… Entre-temps, nous avons également formé des milliers de médecins, d’infirmiers et d’infirmières…

Quand, en mars dernier, le Venezuela a commencé à faire face à Covid, je me souviens des articles du Miami Herald, des journaux espagnols El País et ABC, du New York Times, etc. qui « prédisaient », comme toujours avec le Venezuela, l’ »effondrement » de la société vénézuélienne, l’ »effondrement » de notre système de santé, donnaient des chiffres vraiment terrifiants, tragiques…

Entretien réalisé par Ignacio Ramonet à Caracas, le 30 décembre 2020

Cette guerre psychologique a un effet… Parce que vous lisez ces chiffres et vous vous dites : « Mon Dieu, que va-t-il se passer… » En mars, quand on a su que c’était une pandémie, eh bien, on a activé tous les mécanismes de la médecine préventive… Nous avons mobilisé environ 16.000 brigades médicales — qui sont toujours actives… — pour aller chercher les cas avec les tests PCR, les tests rapides, pour aller de maison en maison, dans les quartiers, dans les communautés…

Nous avons décidé d’offrir un traitement complet à tous les patients atteints de Covid… Tous ! Et les faire hospitaliser dans le système de santé publique… Et un petit pourcentage dans les cliniques privées, le système privé avec lequel nous avons établi une parfaite coordination, pour leur donner un traitement et une hospitalisation à 100 % des cas…

Aujourd’hui, je peux vous dire que 95 % des cas de Covid que nous avons eus — cent mille et demi cas d’infection — au Venezuela, ont été détectés à temps, ont reçu un traitement médical à l’hôpital et ont eu tous leurs médicaments.

Nous avons identifié un groupe des meilleurs médicaments nationaux et internationaux et nous avons effectivement fourni un traitement complet garanti à tous les patients : à ceux qui sont asymptomatiques, à ceux qui sont légèrement infectés, à ceux qui sont modérément infectés et, naturellement, à ceux qui sont gravement infectés dans leurs différentes modalités.

De plus, la science vénézuélienne a réussi à créer deux médicaments : un appelé DR10, et un autre que j’appelle les « gouttes miracles José Gregorio Hernández », qui sont deux thérapies permettant d’attaquer et de neutraliser le coronavirus à 100 %. C’est notre petite contribution…

Ces deux médicaments, nous les certifions auprès de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)… Et très bientôt, le pays entrera dans la phase de production de masse, pour la consommation nationale, de ces deux médicaments, qui sont vraiment encourageants.

Lorsque nous parlons du « modèle vénézuélien », nous devons également mentionner une formule que nous avons créée après les longues quarantaines volontaires pendant les mois de mars, avril, mai, juin et juillet. Parce que, ensuite, nous avons essayé une méthode, qui est notre méthode, que nous appelons « 7 + 7 » : sept jours de quarantaine radicale profonde, toujours volontaire ; et sept jours de flexibilisation. Cela nous a permis de combiner la protection indispensable avec l’activité économique… La nécessaire reprise économique s’est combinée à une quarantaine stricte et volontaire pour couper les cycles de contagion. C’est ainsi que nous avons construit notre méthode.

Où l’avons nous trouvé, Ramonet ? De l’étude des expériences dans le monde. De l’étude des expériences positives, comme il y en a eu en Chine, au Vietnam, à Cuba, au Nicaragua, en Nouvelle-Zélande, dans une étape en Corée du Sud… De ces expériences et de l’étude des expériences néfastes comme celle des États-Unis, du Brésil, de la Colombie, qui ont rempli ces pays frères de coronavirus, de maladies et de décès. Nous avons donc atteint un équilibre entre la quarantaine nécessaire, les soins nécessaires, la discipline nécessaire, et la flexibilité.

IR : Il faut dire aussi que le Venezuela a été le premier pays des Amériques, sur l’ensemble du continent, à prendre des mesures de quarantaine. Si je me souviens bien, l’OMS a déclaré la pandémie le 11 mars, et ici, la quarantaine a été décrétée le 13 mars… C’est-à-dire bien avant tout autre pays de la région.

Nicolás Maduro : Oui, et nous avons eu beaucoup de succès avec très peu de cas au cours des trois premiers mois. Puis il y a eu un phénomène : le retour massif de milliers de migrants vénézuéliens de Colombie, d’Equateur, du Pérou… Fuyant le coronavirus, la violence, la famine… Certains sont venus à pied de l’Équateur, du Pérou, de Cali, de Medellin, de Bogota jusqu’à la frontière.

Nous avons reçu plus de 270.000 Vénézuéliens, dont près de 250.000 de Colombie… Une « vague » qui est arrivée en juin, juillet… La frontière est très poreuse, très longue aussi. Et une grande partie de ces migrants sont arrivés par des moyens illégaux, par les « trochas » (Une « trocha » est un chemin souvent utilisé par les narcotrafiquants et qui permet de traverser la jungle ou les sous-bois.)… C’est pourquoi on parle de « trochismo »… Beaucoup d’entre eux sont venus de Colombie, d’Equateur, du Pérou et sont arrivés directement dans leurs communautés…  Ce qui a augmenté le nombre de cas de Covid. Actuellement, cela est contrôlé. Aujourd’hui, je peux dire que, malgré le fait que nous ayons fait une flexibilisation totale au mois de décembre 2020 — nécessaire pour la famille, pour l’économie — nous avons un bon niveau de contrôle.

Et maintenant, nous avons signé un accord avec la Russie pour acheter 10 millions de doses du vaccin Spoutnik V. Nous terminons les études de phase 3 de ce vaccin contre le Spoutnik V, qui sont très favorables. Et nous allons commencer la phase de vaccination. Mais il ne faut pas se leurrer : les vaccins aideront, mais ils ne protégeront que durant six mois à deux ans… Ce n’est pas pour toujours… Les gens doivent le savoir. De nombreuses personnes qui se font vacciner maintenant dans le monde, se font vacciner en espérant que c’est la fin définitive de tout danger de contracter le Covid. Non, c’est une expérience. La vaccination de masse est encore une expérience qui sera évaluée…

IR : Monsieur le Président, tout au long de l’année dernière, les attaques et le sabotage  en particulier contre l’industrie électrique et l’industrie pétrolière  dirigés et financés de l’étranger contre la révolution bolivarienne se sont également poursuivis.  En ce sens, la défaite de l’incursion armée appelée « Opération Gédéon« , en mai 2020, a démontré une fois de plus la force de l’union civile-militaire. Quelles sont les clés de cette union qui semble résister à toutes les épreuves ? Quelles nouvelles menaces armées craignez-vous contre le Venezuela et contre vous-même ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous travaillons beaucoup. En premier lieu, nous travaillons avec notre parole, avec des exemples, avec des actions du gouvernement permanent. Nous travaillons sur l’idéologie, la politique, les valeurs dans toute la société… Le Venezuela a montré, en cette année 2020, une fois de plus, la grande force de ses nouvelles institutions, des valeurs constitutionnelles. Et elle a démontré une grande force de conscience de l’ »union civique, militaire et policière », comme je l’appelle.

Le Venezuela est attaqué par une guerre permanente. Il ne faut laisser planer aucun doute sur le fait que l’empire étasunien, en tant qu’empire, a décidé de reconquérir, de recoloniser le Venezuela, de détruire notre révolution, de détruire nos institutions.

Durant ces quatre années de présidence de Donald Trump, nous avons connu une version extrémiste de la politique impériale contre le Venezuela. Un extrémisme total… Trump a autorisé à plusieurs reprises — on le saura en temps voulu, Ramonet — mon assassinat. Trump a pris goût pour le sang, pour la mort… Il a fait tuer Soleimani (Le 3 janvier 2020, le général iranien Qasem Soleimani, chef de la Force Quds, a été tué à Bagdad, en Irak, par une attaque de drones étasuniens) et bien d’autres. Et à plusieurs reprises, il a autorisé des plans, coordonnés avec le président colombien Iván Duque, pour m’assassiner. Ces plans sont toujours en vigueur aujourd’hui. De temps en temps, nous découvrons des éléments et prenons des mesures pour la protection, non seulement de ma vie, de la vie de ma famille, de la vie du haut commandement politico-militaire, de la vie des dirigeants du pays, de la vie des institutions…

Récemment, nous venons de démanteler un plan qui avait été conçu à Riohacha, sur la côte atlantique de la Colombie. C’est là qu’a eu lieu, le 21 décembre 2020, une réunion dirigée par trois agents des services secrets colombiens étroitement liés à Álvaro Uribe Vélez [ex-Président Colombien], envoyés par Iván Duque pour organiser un plan d’attaque de notre centrale hydroélectrique de Guri, pour attaquer nos raffineries, pour tenter de détruire, avec des explosifs, le siège de l’Assemblée nationale ? Ce plan s’appelait « Boycott de l’Assemblée nationale ».

Nous sommes en train de le démanteler en ce moment même, avec des preuves à l’appui, avec les témoignages des personnes qui ont participé à cette réunion à Riohacha. Le gouvernement colombien a gardé le silence, parce que nous avons découvert le plan secret qu’ils avaient pour ces jours de décembre et janvier. Nous sommes attaqués en permanence, menacés en permanence…

Mais la clé, c’est la prise de conscience. Sans aucun doute, si on nous demandait : quelle est la clé pour maintenir la révolution bolivarienne ? La réponse est : la vérité ; une parole engagée ; une action permanente ; avoir l’initiative politique… Et la conscience supérieure du peuple, la conscience supérieure de notre Force armée nationale bolivarienne.

Cette année, une loi a été adoptée — la loi constitutionnelle qui régit la Force armée nationale bolivarienne — et dans cette loi ont été exposés les éléments doctrinaux avec lesquels le soldat vénézuélien se meut. L’anti-impérialisme, le bolivarisme, l’américanisme latin s’expriment… La Force armée s’est déclarée comme une force armée anti-oligarchique.

Il y a des principes, des éléments clés : travailler la conscience, travailler les valeurs avec la vérité… C’est une clé fondamentale de l’union civile-militaire-policière qui soutient, en combat permanent, notre révolution.

IR : Monsieur le Président, les élections législatives du 6 décembre ont donné une nouvelle et éclatante victoire au Chavisme et à ses alliés. Le 5 janvier, le mandat de la précédente Assemblée, qui était dominée par l’opposition, prendra fin. Et le Chavisme va reprendre le contrôle de l’Assemblée nationale. Cependant, une partie de l’opposition a refusé de participer à ces élections et ne reconnaît pas les résultats. Quelles initiatives comptez-vous prendre pour convaincre cette opposition de participer à un nouveau dialogue pour aller vers la pacification définitive de la vie politique ?

Nicolás Maduro : Eh bien, en effet, une partie importante de l’opposition a adopté la vision extrémiste imposée par Washington en cette période de Trump. Mais l’ère de Trump se termine, et nous allons voir comment cette partie de l’opposition réagit maintenant. Nous avons toujours mené des dialogues et des négociations avec toute l’opposition, y compris celle qui s’est exclue du système politique démocratique du pays. Nous leur avons même parlé, en les invitant à occuper leurs espaces. L’opposition vénézuélienne a des partisans, des militants ; elle a des électeurs. Et bien, ils ont le droit d’occuper leurs espaces politiques.

J’espère qu’avec l’installation de la nouvelle Assemblée nationale le 5 janvier pour la période 2021-2025… Le mandat constitutionnel est de cinq ans, du 5 janvier 2021 au 5 janvier 2026, et ici les mandats constitutionnels sont de cinq ans pour le pouvoir législatif, pas un jour de plus, pas un jour de moins. Je souhaite que cette Assemblée nationale qui se met en place appelle à un grand dialogue, inclusif, large, très large. Je propose de participer à ce dialogue comme une personne de plus, assis sur une chaise comme une personne de plus ; j’enlève mes épaulettes présidentielles et je m’assieds là pour contribuer à la rencontre et à la réconciliation des Vénézuéliens. Et j’espère que ce dialogue convoqué par l’Assemblée nationale donnera de bons résultats. Et qu’elle devienne un épicentre politique de dialogue, de retrouvailles, de réconciliation.

Nous espérons que toute l’opposition participera aux élections de 2021 pour les gouverneurs que nous avons et qui sont très importantes… Ils sont mandatés par la Constitution… Il y a 23 gouvernorats dans le pays.

La dernière fois, Ramonet, que nous avons lutté contre toute l’opposition unie contre les forces bolivariennes, c’était lors d’une élection de gouverneurs, le 15 octobre 2017. Et sur 23 gouvernorats, nous en avons gagné 19, bien mérités. Nous avons obtenu 54 % des votes nationaux. Une formidable victoire. C’est la dernière fois que nous avons pu nous mesurer. De plus, je peux ajouter que nous voulons nous mesurer à toute l’opposition dans tous les États du pays, au bras de fer, ou comme ils le veulent, en taekwondo, en boxe… comme ils le souhaitent, mais aux élections, aux élections… Si seulement. Puis, en 2022, vient l’élection des maires de 335 municipalités, très importante pour le gouvernement local. Et en 2022, je dois rappeler que le 10 janvier 2022, je serai président depuis trois ans…

IR : Il y a une possibilité de révocation…

Nicolás Maduro : Oui, il y a le droit à un référendum révocatoire. Si quelqu’un de l’opposition voudrait recueillir les signatures, et s’il les recueillait, en respectant les exigences constitutionnelles et légales, nous aurions, en 2022, un référendum révocatoire, nous irions nous mesurer aussi.

Et puis, en 2024, qu’il fasse beau temps ou mauvais temps, il y aura des élections présidentielles au Venezuela. Nous avons donc un grand programme électoral, un programme politique, et au-delà du programme électoral, au-delà du programme politique, il y a un programme économique de relance, il y a un programme social, il y a un programme moral de lutte contre la corruption. J’aimerais parler de toutes ces questions avec toute l’opposition, et être capable de parvenir à un consensus.

Maintenant je peux vous dire sincèrement Ramonet, vous êtes un citoyen franco-espagnol, vous connaissez très bien l’Europe. La responsabilité de l’extrémisme de l’opposition, de l’exclusion de l’opposition de la vie politique du pays, de l’abandon de ses espaces naturels et de ses électeurs, incombe en grande partie à l’Union européenne et aux gouvernements européens. Pas seulement Donald Trump, parce que ceux qui ont suivi Donald Trump c’est l’Union européenne, soutenant toutes les politiques barbares, d’extrémisme de droite, toutes les politiques insensées, imprésentables… Le seul endroit au monde où l’Union européenne soutient ces politiques est le Venezuela. Il faudra voir pourquoi. Une grande partie du fait que la droite vénézuélienne, l’opposition, s’engage dans une politique de bon sens, de participation et de dialogue, est liée à l’Union européenne, qui a une telle influence sur l’esprit de ces dirigeants politiques dans ce secteur de l’opposition. Espérons que l’Union européenne leur parlera de dialogue et les aidera à réfléchir et à rectifier le tir.

IR : Nous allons maintenant parler de l’économie, je voulais vous demander la chose suivante : votre gouvernement a choisi, depuis un an, de permettre une dollarisation partielle de l’économie, plutôt que du commerce. Pourriez-vous faire un bilan de cette dollarisation ? Pourquoi cette mesure a-t-elle été prise ? Quels avantages a-t-elle apportés ? Quels inconvénients ? Jusqu’à quand va-t-elle être maintenue ? Et une autre question que certains analystes se posent : Révolution et dollarisation, n’y a-t-il pas là une contradiction ?

Nicolás Maduro : Tout d’abord, le Venezuela est soumis à une situation très particulière. Nous sommes poursuivis par toutes les sources de financement. Je pourrais vous dire, Ramonet, que pratiquement l’empire étasunien a interdit l’utilisation de la monnaie dollar par l’État vénézuélien. Donc, vous voyez… Je vais couper court à votre question en vous disant cette grande vérité : le Venezuela n’a pas le droit de vendre du pétrole au monde et d’encaisser en dollars. Le Venezuela n’a pas le droit, en tant qu’État, de gérer des comptes pour acheter les médicaments, la nourriture dans le monde… Elle n’en a pas le droit.

Nous avons nos propres façons de faire bouger les ressources, mais elles doivent toutes être atypiques, parallèles au monde du dollar. Tout cela montre comment le dollar, comment le système bancaire étasunien est utilisé pour tenter d’imposer un modèle économique, un modèle politique, un changement de régime au Venezuela. C’est la vraie vérité.

Nous sommes au milieu d’une économie de résistance, d’une économie de guerre. Nous avons dû passer de 56 milliards de dollars de revenus en 2013 à moins de 500 millions de dollars de revenus pétroliers en 2020. Que chacun tire ses propres conclusions. Et pourtant, nous avons maintenu l’État-providence social tel que dicté par notre Constitution. Ici, l’éducation publique gratuite et de qualité a été maintenue pour notre peuple. Ici, la santé publique gratuite et de qualité a été maintenue et même augmentée. Ici, nous avons maintenu le droit au logement… Nous avons un record mondial dans la construction et la livraison de logements… Je viens de livrer 3.400.000 logements… Nous construisons 1.095 logements sociaux par jour… Un record, un vrai record du monde. Et ici, les niveaux d’emploi ont été maintenus.

Qu’est-ce qui s’est effondré ? Le revenu national et le revenu des travailleurs. Le revenu des travailleurs a été attaqué en raison de la chute à 99 % du revenu national en devises étrangères.

Et au milieu de tout cela, que s’est-il passé ? Une économie autrefois subreptice a émergé, désormais ouverte et publique, où le dollar est géré, notamment au niveau commercial. J’ai quelques chiffres que, pour la première fois, je vais vous donner officiellement. Au niveau du commerce, et au niveau de certaines activités, le dollar a fonctionné comme une soupape de sécurité pour les revenus, pour le commerce et pour la satisfaction des besoins de secteurs importants de la vie vénézuélienne… Il s’agit d’une soupape de sécurité.

Mais je peux vous donner des données à partir de cette année 2020, vous voyez ? Toute l’activité commerciale est collectée dans ces chiffres. En 2020, je peux vous dire, en particulier au cours des deux derniers mois de novembre et décembre, que l’activité commerciale dans le pays a été multipliée par cinq par rapport à l’année dernière. Quintuplé en bolivars et en dollars.

Maintenant, je peux vous dire qu’en dollars — ces données sont récentes —, l’importance relative des dépenses faites par les ménages, selon les moyens de paiement utilisés, je peux vous dire que 77,3 % des transactions commerciales dans le pays, en 2020, ont été faites en Bolivar par des moyens de paiement numériques. Vous pouvez donc encore voir le poids de la monnaie nationale, et nous allons la récupérer. Seuls 18,6 % ont été réalisés en espèces en devises convertibles, principalement en dollars… Vous pouvez voir ici, par exemple, qu’au mois de juin, juillet les paiements en devises étrangères sont passés à plus de vingt pour cent, mais le résultat annuel est déjà de 18,6 pour cent de paiements en espèces en dollars, dans de nombreuses activités des centres commerciaux, y compris le commerce de rue, le commerce informel… Et 3,4 % en bolivars physiques, dont vous savez qu’ils nous font la guerre contre la monnaie physique. Nous allons, cette année 2021, vers une économie numérique plus profonde et plus étendue… J’ai fixé l’objectif : une économie 100 % numérique, que chacun ait ses moyens de paiement en carte de débit, carte de crédit…

IR : L’argent physique disparaît, donc dans une certaine mesure ….

Nicolas Maduro : Il disparaît. Pour le Venezuela, c’est un grand avantage. Nous allons même créer quelques formats de paiement en monnaie numérique, avec un compte d’épargne en devises étrangères dans la banque vénézuélienne. Les comptes d’épargne et les comptes courants en devises étrangères sont autorisés, et les gens pourront payer au prix de la monnaie en bolivars sur le marché général du pays. Cela signifie que le dollar est une soupape de sécurité. Vous ne pouvez pas dire que le Venezuela est, comme l’Équateur par exemple, une économie dollarisée. Il ne dépend pas du département du Trésor étasunien comme le Panama. Non. Le Venezuela a sa monnaie, le bolivar, et nous allons la défendre en 2021 en améliorant les revenus. Nous devons améliorer la qualité de la monnaie vénézuélienne. Nous devons continuer à faire baisser l’inflation, qui est encore très élevée, même si nous l’avons contrôlée progressivement. Mais c’est difficile, en raison de la situation globale du revenu national… On ne peut donc pas parler d’une dollarisation de l’ensemble de l’économie. Alors à la question : Y a-t-il une contradiction entre dollarisation et révolution ? La réponse est, pour autant qu’on puisse le voir : non. Il y a plutôt une complémentarité.

IR : Monsieur le Président, le Venezuela a été victime d’un vol spectaculaire de biens à l’étranger. Vous avez notamment été dépouillé de la société Citgo aux Etats-Unis, ainsi que des réserves d’or déposées à Londres. Quelles initiatives votre gouvernement a-t-il prises pour récupérer ces avoirs ? Quelle est la situation actuelle ? Quels espoirs avez-vous de les récupérer ?

Nicolás Maduro : Nous avons toujours de l’espoir, parce que nous avons la raison juridique, nous avons la raison nationale, républicaine. Ce sont des biens de la République. L’or de Londres appartient à la République, gérée par sa Banque centrale du Venezuela. Les comptes bancaires gelés au Portugal, en Espagne, en Italie, au Royaume-Uni, en France, aux États-Unis, sont des comptes bancaires de près de 30 milliards de dollars qui, s’ils étaient activés et récupérés, constitueraient une injection immédiate de reprise et de relance économique du Venezuela, uniquement avec la récupération de cet argent.

Ils nous ont volé l’entreprise Citgo, une société qui possède huit mille stations d’essence aux États-Unis. Elle est gelée, volée par le clan Trump, ils la guettaient depuis que Donald Trump est devenu président avec son groupe d’affaires pour nous voler Citgo… Avec la complicité de ces bandits sournois, des voleurs, issus de l’extrême droite vénézuélienne, dirigés par Juan Guaidó… Ils ont volé Citgo. Il y a un espoir de récupération.

Nous avons eu du mal à défendre le Venezuela et ses intérêts car, même pour payer les cabinets d’avocats internationaux, on nous en empêche. Parce que, je le répète, ils nous ont gelés et ont volé nos comptes.

Mais au Venezuela, nous trouvons toujours un moyen de trouver de bons cabinets d’avocats, de trouver des avocats courageux, compétents et bien informés… Et pour défendre nos intérêts, une nouvelle Assemblée nationale arrive… Et l’Assemblée nationale, qui a été l’épicentre du pillage, de la dépossession, du vol du Venezuela, s’en va… Cela va beaucoup changer la situation parce qu’une nouvelle Assemblée nationale dotée de pleins pouvoirs législatifs va arriver, et je crois que cela va nous aider à avancer dans l’objectif de récupérer ce qui appartient à la République. Elle n’appartient pas à Maduro, elle n’appartient pas à un groupe, elle est l’héritage de la République, elle est l’argent et l’héritage de tous les Vénézuéliens, de toutes les femmes vénézuéliennes.

IR : Monsieur le Président, dans la difficile situation économique nationale et internationale actuelle, marquée par les conséquences, comme vous le soulignez, du blocus et de la pandémie, quelles seraient les principales questions à résoudre pour relancer la croissance économique de votre pays ? Dans quelle mesure le récent vote d’une loi « anti-blocus » peut-il y contribuer ?

Nicolás Maduro : Eh bien, nous nous sommes formés aux difficultés. Le Libérateur Simon Bolivar se disait « l’homme des difficultés ». Et nous appelons notre peuple le « peuple des difficultés ». Nous avons déjà indiqué et guidé un plan de relance qui a eu pour axe, cette semaine, la loi anti-blocus.

La loi anti-blocus joue le rôle d’un grand axe matriciel dans le processus de recouvrement du revenu national. Et avec le redressement du revenu national, nous devons progressivement retrouver les facteurs et les équilibres de la macroéconomie. Recouvrer les revenus des travailleurs et maintenir un processus de redressement du marché intérieur national.

Je peux vous donner une information importante sur la façon dont, en 2020, nous avons progressé dans le processus d’installation d’une économie alternative, d’une économie post-rentière, d’une économie productive… Nous avons augmenté de 400.000 tonnes, par exemple, la production alimentaire, et nous avons dépassé les niveaux de pénurie de produits et de nourriture qui existaient il y a trois, quatre ou cinq ans. Avec une production nationale.

Je tiens à féliciter les hommes d’affaires et les producteurs, l’industrie agro-alimentaire… Nous sommes en train d’élaborer le plan du CLAP 2021… Aujourd’hui, j’ai approuvé le plan pour le CLAP 2021, qui signifie le marché alimentaire mensuel pour 7 millions de ménages…

Pour me faire bien comprendre : les CLAP sont les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production qui constituent un instrument fondamental du marché alimentaire. Qu’il s’agit sans doute d’améliorer, d’augmenter… Nous en parlerons en janvier, avec le ministère de l’alimentation, le vice-président exécutif… J’ai déjà approuvé les lignes de travail pour la production nationale de tous les CLAP, de toute la nourriture distribuée aux 7 millions de ménages nationaux. Avant, nous importions 60 ou 70 % de cette nourriture… Ainsi, à partir de 2021, avec la loi anti-blocus, nous allons récupérer le revenu national, rétablir l’équilibre macroéconomique, contenir encore plus l’inflation l’année prochaine et reprendre la croissance économique réelle, de l’économie réelle.

L’année 2021 marque le début d’une nouvelle croissance progressive, soutenue, réelle, je vous le dis, de l’économie réelle, de l’économie productive. Pas de l’économie des papiers, de la spéculation, du mensonge, de la farce, non, c’est la croissance de l’économie qui produit des céréales, du lait, de la viande, du maïs, des arépas (spécialité Vénézuélienne et Colombienne) des vêtements, du pétrole, de l’or, etc. De l’économie réelle.

Je pense que toute cette cruauté qui a été appliquée contre le Venezuela nous a laissé de grandes leçons, et nous nous sommes mis sur la voie du développement de notre propre économie, une véritable économie, qui va être très forte, très puissante, vous verrez, et d’ailleurs, nous en donnons un exemple au monde. On peut nous interdire le dollar, on peut nous interdire le financement et le refinancement dans le système bancaire occidental, on peut nous persécuter et nous retirer nos comptes, mais on ne nous a pas arrêtés et on ne nous arrêtera jamais. Et ce qui émerge ici va donner au monde un exemple qu’un autre monde est possible, qu’il n’y a plus de chantage au dollar et au système financier par le Fonds monétaire international… Au Venezuela, nous démontrons, dans la résistance, dans une résistance très dure, qu’un autre monde est possible. Nous allons aller de l’avant, vous allez le voir.

IR : Monsieur le Président, nous allons maintenant parler de politique internationale et nous allons commencer par parler de l’Amérique latine. Quelque chose est en train de changer en Amérique latine. Aux gouvernements progressistes du Mexique et de l’Argentine se sont ajoutés la récente victoire du MAS en Bolivie, le succès du plébiscite au Chili, la défaite de Bolsonaro aux élections municipales au Brésil, la révolte populaire au Pérou, les protestations au Guatemala et en Colombie, les perspectives raisonnables de victoire du candidat Araúz aux prochaines élections présidentielles en Équateur et la victoire retentissante du Chavisme aux élections législatives du 6 décembre au Venezuela… Tout cela crée une atmosphère très différente de celle qui existait récemment lorsque certains parlaient de la « fin du cycle progressif »… Comment voyez-vous la situation géopolitique en Amérique latine pour cette année 2021 qui commence ?

Nicolás Maduro : Eh bien, je peux dire que les mouvements populaires radicaux de lutte, les mouvements dits progressistes, les mouvements de gauche, les mouvements révolutionnaires sont une réalité en Amérique latine et dans les Caraïbes. Nous sommes l’alternative de nos peuples, chacun avec son profil, sa caractéristique, son discours, son leadership… On ne peut pas, par exemple, comparer la direction des mouvements populaires en Colombie avec celle de l’Equateur, ou du Venezuela, ou du Brésil… Chacun a son profil, sa texture, son esthétique, son discours, son courage, ses opportunités mais, sans aucun doute, du Mexique à la Patagonie et dans toute la Caraïbe, il existe un puissant mouvement populaire, radical, rebelle. Il existe un puissant mouvement progressiste et un puissant mouvement de gauche. Il y a une direction révolutionnaire puissante. À l’avant-garde se trouve l’ALBA, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. La victoire en Bolivie a été une grande victoire pour l’ALBA et, eh bien, elle recompose ce qui est une grande alliance pour la paix, le développement social, la vie de nos peuples. A l’avant-garde est sans aucun doute Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, la Bolivie, les Caraïbes avec nos dirigeants des Caraïbes, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Antigua-et-Barbuda, la Dominique, la Grenade…   La grande alliance profonde et véritable qui a été maintenue face aux menaces, face à toutes les circonstances.

L’ALBA a toujours tenu bon. L’ALBA est née et est le produit de la première vague révolutionnaire menée par Hugo Chávez à cette époque, la première vague qui a conduit à la rencontre historique de Chávez et Fidel, au moment du retour au pouvoir du Sandinisme, de la victoire d’Evo Morales, de Rafael Correa, la victoire de Kirchner… Eh bien, de cette première vague est née l’ALBA, et là, elle est ferme, forte… Et maintenant, sans aucun doute, je vois arriver une deuxième vague. La deuxième vague de gouvernements progressistes, populaires, nationalistes, latino-américains… Une deuxième vague arrive qui est en plein développement, et pourquoi cette deuxième vague arrive-t-elle ? parce que le capitalisme néolibéral est épuisé… Le capitalisme néolibéral génère la pauvreté, l’exclusion, la répression… Observons le Chili, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, toute la partie Pacifique : répression, misère, chômage… Colombie cette année plus de 90 massacres… Plus de 250 anciens combattants des FARC ont été tués… Et que disent les médias, que dit le monde ? Ils se taisent… Le modèle répressif, antipopulaire, excluant et générateur de misère du capitalisme néolibéral n’a pas de réponse pour le peuple… C’est un épuisement très profond, et il est naturel que de nouveaux leaderships émergent qui surprendront non seulement l’Amérique latine et les Caraïbes, mais aussi le monde entier.

Passons à une deuxième vague, je ne le dis pas simplement par optimisme, par foi — bien que je suis un homme optimiste, de foi, de foi dans les peuples, de foi dans la lutte, de foi dans l’histoire de nos pays —  je le dis par observation directe de la réalité et avec les données que vous, même, avez apportées dans votre question.

IR : Monsieur le Président, ces dernières années, alors que l’hostilité de Washington et de nombreuses capitales européennes envers le Venezuela s’est accrue, votre gouvernement a renforcé ses liens avec plusieurs puissances telles que la Chine, la Russie, l’Iran, la Turquie, l’Inde et d’autres qui ont défendu la souveraineté du Venezuela. Pouvez-vous nous dire quelles sont les perspectives de projets de coopération et de développement avec ces puissances ?

Nicolás Maduro : Nous sommes ouverts sur le monde. Sans aucun doute, nos relations sont particulières avec la Fédération de Russie, avec la République populaire de Chine, avec la République islamique d’Iran, avec Cuba… Nous avons aussi des liens privilégiés avec l’Inde, il y a une grande identité avec l’Inde, avec sa spiritualité, avec son peuple… Et avec de nombreux autres pays. Avec la Turquie… Et avec l’Afrique, avec de nombreux pays dans le monde, nous avons de grandes et excellentes relations.

Nous voulons que ces relations soient consolidées, nous continuerons à travailler. Grâce à la loi anti-blocus, de nouvelles alliances ont déjà fait des progrès spectaculaires dans divers domaines de l’investissement dans l’économie… Je ne peux pas en dire d’avantage, c’est la caractéristique de la loi anti-blocus, de faire sans dire, et de dire quand cela a été fait. C’est le principe : faire, faire, faire, avancer sans rien dire, pour éviter la guerre impérialiste, pour la neutraliser, et dire plus tard, quand tout sera fait, quand j’aurai l’accomplissement ici entre mes mains. Maintenant, dans cette même ligne de la loi anti-blocus, j’invite aussi les investisseurs d’Amérique latine, du Mexique, du Panama, nos frères d’investissement de Colombie, du Brésil, d’Argentine, de toute l’Amérique latine et des Caraïbes, des États-Unis : venez, voilà un monde pour investir avec des conditions spéciales. Si quelqu’un a porté préjudice aux investisseurs de toutes sortes, aux détenteurs de la dette des États-Unis, c’est bien Donald Trump et sa politique obstinée et extrémiste contre le Venezuela.

Parce que les investisseurs étasuniens ont les portes ouvertes ici pour investir dans le pétrole, le gaz, la pétrochimie, les télécommunications, le tourisme, la finance, tout ce qu’ils veulent. Trump a fait beaucoup de dégâts aux détenteurs de dettes… Et je peux également vous dire, pour la première fois, que nous avons versé aux détenteurs de la dette, par engagement de la République, plus de 76 milliards de dollars sur la période 2014-17. Et avec le commandant Chavez, sur la période 2010-2013, nous avons versé jusqu’à 56 milliards de dollars… Faites le calcul, comme le dit un de mes amis, faites le calcul : 76 milliards plus 56 milliards, c’est 132 milliards de dollars que nous avons payés de 2010 à 2017 jusqu’à l’arrivée de Trump…

C’étaient les profits des investisseurs financiers… Les détenteurs de la dette ont tout perdu quand ils ont gelé nos comptes, quand ils ont attaqué nos revenus pétroliers… J’ai affirmé à tous les détenteurs de dettes, à tous les investisseurs américains, notre volonté de négocier et de renégocier, et d’honorer tous nos engagements à l’avenir. Pour parvenir à des accords… Nous avons les meilleures relations… Ils savent que nous sommes bien payés, que nous sommes des gens de parole, fiables pour l’activité financière, économique, ils le savent, et ils savent que Trump a fait beaucoup de mal à leurs investissements, ils le savent parfaitement.

Il y a des investisseurs, Ramonet, qui représentent même des groupes, des syndicats de retraités américains, des groupes sociaux aux États-Unis qui ont acheté, pour leur fiabilité, des obligations de la dette vénézuélienne et maintenant, regardez, Trump les a brisées, Trump les a détruites. Un autre monde est possible, même à cet égard.

Je profite donc de votre question pour envoyer un message à tous les investisseurs du monde : nous sommes prêts, préparés, nous avons la loi anti-blocus, il y a la nouvelle Assemblée nationale qui va élaborer un ensemble de lois pour rendre plus flexible tout ce qui est investissement dans l’activité économique vénézuélienne, le Venezuela est ouvert au monde pour l’investissement.

IR : Monsieur le Président, c’est précisément la récente défaite électorale de Donald Trump aux États-Unis et l’arrivée imminente de la nouvelle administration démocratique du président Joe Biden qui constituent un moment particulier de changement dans la vie politique internationale. Qu’attendez-vous de cette nouvelle administration américaine ? Quel message de bienvenue adressez-vous à Joe Biden ?

Nicolas Maduro : À ce sujet, je suis obligé d’être prudent… Cela ne veut pas dire que je n’ai pas une pensée claire, j’en ai une, sur les changements aux États-Unis, sur la défaite retentissante de Donald Trump. Trump s’en va… Voyons si avec le départ de Trump, sa politique néfaste et extrémiste contre le Venezuela va partir aussi… Voyons voir… Il y a beaucoup de lobbying en cours. J’ai reçu hier des informations sur ce voleur et meurtrier nommé Leopoldo López : il vient d’engager, à Washington, deux sociétés de lobbying proches du Parti démocrate pour commencer à faire pression en faveur de l’extrémisme de droite au Venezuela face au nouveau gouvernement Biden. Vous savez que la politique américaine est basée sur le lobbying. C’est même légal… Maintenant, ils embauchent de nouveaux lobbyistes liés à Biden, liés au nouveau secrétaire d’État [Anthony Blinken] nommé par Biden, alors, eh bien, espérons que le 20 janvier arrive, que le président Joe Biden soit assermenté et que nous puissions suivre notre chemin.

J’ai toujours dit qu’avec le départ de Trump, puisse sa politique extrémiste et cruelle contre le Venezuela disparaître, espérons-le, et que le dialogue sera rétabli avec Biden et les États-Unis sur un programme constructif. Espérons, espérons. En attendant, nous sommes entre les mains de Dieu, toujours en fonction de nos propres efforts… Je dis toujours au peuple vénézuélien et aux peuples du monde : ne dépendons de personne, dépendons toujours de nos propres efforts, dépendons de nos propres pensées, de nos propres mots, le reste est du profit, comme disent nos peuples. Espérons que c’est pour le bien, le changement aux États-Unis, pour l’humanité, et espérons que c’est aussi pour le bien du Venezuela. C’est ce que je souhaite.

IR : Merci beaucoup, Monsieur le Président, nous sommes arrivés au terme de cette interview, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter, à votre famille et, bien sûr, au Venezuela et à tout son peuple, une bonne année.

Nicolás Maduro : Merci beaucoup pour cette opportunité. Face à l’avalanche de mensonges, de manipulations, d’attaques qu’il y a dans la presse mondiale… Je vois tout le temps, dans la presse et à la télévision à Madrid, des attaques et des attaques… Madrid est devenu l’épicentre de l’attaque d’extrême droite contre le Venezuela, on lit le « New York Times« , le « Miami Herald« , la presse colombienne et le monde en général : des attaques sans pitié, incessantes, incessantes… Mais, eh bien, voici notre vérité et pour notre vérité nous donnons nos vies ; et avec notre vérité nous prenons les chemins du futur.

L’année 2021, sera une année emblématique car c’est le bicentenaire de la bataille de Carabobo (Le 24 juin 1821, la victoire des forces patriotiques de Simon Bolivar contre les troupes royalistes dans la bataille de Carabobo a été décisive dans la guerre d’indépendance du Venezuela.). Elle a été fixée par le commandant Chavez lui-même : « En 2021, 200 ans après Carabobo, Chavez a dit, nous devons arriver à être libres, indépendants et souverains ». Et c’est ainsi que nous sommes arrivés : libres, indépendants, souverains dans la résistance, mais aussi dans la victoire. Bonne année.

IR : Merci Monsieur le Président, prenons rendez-vous pour le 1er janvier 2022.

Nicolás Maduro : d’accord, approuvé !

(Caracas, 30 décembre 2020.)

Source : Cubadebate / Traduit par Venesol