(Photos :) Nicolas Maduro est réélu Président de la République avec 68 % des voix

Le vice-président bolivien Alvaro Garcia Linera l’avait annoncé il y a quelques jours : ¨Le peuple du Venezuela détient aujourd’hui, de nouveau, la clef de l’avenir de l’Amérique Latine. Exactement comme il y a deux siècles, comme à l’époque de Simon Bolivar, son rôle historique est de protéger notre continent face à un empire et d’empêcher celui-ci de balayer les autres foyers de résistance¨. Après quatre ans de guerre économique, la tâche était difficile, à l’image du peuple indigène d’Autana, dans l’État d’Amazonas, faisant la file sous la bruine pour traverser le fleuve Orénoque et rejoindre les bureaux de vote (photo).

La campagne de la droite consistait, à travers le secteur privé majoritaire dans l’économie, à augmenter les prix au-delà de tout ce qu’on avait connu jusqu’ici et à promouvoir le boycott du scrutin, allant jusqu’à paralyser le transport dans la région de la capitale, le jour de l’élection. Une droite sous forte influence externe, en osmose avec les annonces anticipées de l’Union Européenne et de la Maison Blanche de refuser le verdict des urnes. Dans sa conférence de presse tenue peu avant l’annonce des résultats, le candidat le mieux placé de l’opposition Henri Falcon a soudain refusé de reconnaître la légitimité du scrutin et a exigé d’en organiser un autre, tout en critiquant les secteurs radicaux de la droite: ¨aujourd’hui il est clair que cet appel à l’abstention a fait perdre une occasion extraordinaire de mettre un terme à la tragédie que vit le Venezuela¨.

Avec 98,78 % des votes comptés, le Centre National Électoral a donné les résultats officiels. La participation totale s’élève à 46 %, soit 8 millions 360 mille votes. De ceux-ci, 6 millions 190 mille se sont portés sur le candidat Nicolas Maduro qui remporte la présidentielle avec près de 68 % des suffrages. De son côté, l’opposant Henry Falcón a obtenu 1.917.761 votes soit 21 %, l’évangéliste Javier Bertucci 988.761 votes (11 %) et Reinaldo Quijada, 36.246 votes. La Constitution vénézuélienne, dans son article 228 stipule : « sera proclamé vainqueur le candidat ou la candidate ayant obtenu la majorité des votes valides » : quel que soit le niveau de la participation, c’est la majorité simple qui détermine la victoire. Force est de constater que le ¨noyau dur¨ du chavisme, qui a toujours oscillé entre 5 et 6 millions de votes, est resté intact et a augmenté par rapport aux élections de 2015 remportées par la droite. L’abstention concerne essentiellement une opposition fragmentée qui a obéi au boycott, ou simplement déprimée depuis l’échec de ses violences pour ¨sortir Maduro¨ en 2017, déçue par l’abandon de ses chefs. La pression de la guerre économique et des sanctions euro-américaines s’est heurtée à une fibre historique de résistance populaire et a même réveillé toute une organisation de base – notamment autour de la distribution et de la production d’aliments, en alliance concrète avec les mesures et les programme sociaux de Nicolas Maduro.

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Liesse à Caracas le 20 mai 2018. Nicolas Maduro salue ses partisans rassemblés autour du palais présidentiel de Miraflores peu après l’annonce de sa victoire par le Centre National Électoral.

Après 26 jours de campagne officielle qui ont vu quatre candidats exposer des propositions antagoniques dans les médias, le Centre National Electoral avait installé 14.638 bureaux de vote sur l’ensemble du territoire. Étaient présents près de 2000 observateurs internationaux, venus notamment des nations caraïbes réunies au sein du CARICOM, de l’Union Africaine, et du CEELA, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains17 audits du système électoral avaient été organisés.

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Le Conseil des Experts Électoraux Latino-Américains (CEELA) avec Tibisay Lucena, Présidente du Centre National Électoral (CNE)

Composé en majorité de présidents des tribunaux nationaux électoraux de pays gouvernés par la droite, le Conseil des Experts Électoraux Latino-américains a expliqué par la voix de son président Nicanor Moscoso : ¨Nous avons eu des réunions avec chacun des candidats qui ont accepté les résultats des inspections et des contrôles. Nous sommes en présence d’un processus transparent, harmonieux.¨ Luis Emilio Rondón, Recteur du Centre National Électoral et membre de l’opposition, avait estimé publiquement que le scrutin offrait les mêmes garanties de transparence que celles des élections de 2015, remportées par la droite avec deux millions de voix d’avance.

L’ex-président de l’Équateur Rafael Correa, présent lui aussi en tant qu’observateur,  a rappelé que ¨les élections vénézuéliennes se sont déroulées avec une absolue normalité. J’ai assisté au vote dans quatre centres : flux permanent de citoyen, peu de temps d’attente pour effectuer le vote. Système très moderne avec double contrôle. De ce que j’ai vu, organisation impeccable. Personne ne peut mettre en doute les élections du Venezuela et sur la  planète entière, il n’existe pas d’élections plus contrôlées qu’au Venezuela.¨

Autre observateur, l’ex-premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero avait déclaré vendredi que la position des Etats-Unis et de l’Union Européenne de « désapprouver » les élections présidentielles au Venezuela avant qu’elles n’aient lieu était une « absurdité ». Il a reconnu éprouver « une certaine colère à cause de ce qui est en jeu. C’est très grave de dire à un pays : ces élections ne sont pas utiles, elles ne valent rien, avant qu’elles n’aient lieu. C’est une marque d’irresponsabilité envers un peuple et son avenir. Que des positions si importantes aient été prises avec si peu d’éléments de jugement me fait peur ».

Zapatero s’est interrogé sur les préjugés de l’Union Européenne envers le Venezuela : « Pourquoi a-t-elle agi ainsi avec le Venezuela ? Ce n’est pas raisonnable, ce n’est pas facile à expliquer. (..) Je crois que l’Union Européenne doit redevenir une puissance régionale qui donne la priorité au dialogue et à la paix. Je crois que l’Amérique Latine attend de l’Union Européenne qu’elle parie sur le dialogue ». Zapatero a pris comme exemple Cuba : « Après tout ce que nous avons entendu sur Cuba, maintenant, il y a un changement total de situation, il est très facile de discuter avec Cuba. L’attitude envers le Venezuela reste un grand mystère. Celui qui dit avant de l’avoir vécu que les conditions ne sont pas réunies pour des élections au Venezuela soit est un devin soit a des préjugés. Si le gouvernement bolivarien voulait frauder, il n’aurait pas invité le monde entier à observer les élections. Or, mise à part l’Organisation des Etats Américains (OEA), on a invité le monde entier à vivre le processus électoral. L’Union Européenne, l’ONU, n’ont pas d’experts pour vérifier un processus électoral ? Bien sûr qu’elles en ont, mais nous sommes enfermés dans un grand préjugé, dans des dogmes et cela conduit au fanatisme et au désastre. » Il a souligné, pour conclure, qu’il faut « venir sur le terrain. La vie et l’expérience politique consistent à bannir les préjugés et à connaître la vérité par soi-même. »

Thierry Deronne, Caracas, le 21 mai 2018.

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« J’aime ma révolution, je suis née avec et je meurs avec. » (BBC Monde)

Par Alicia Hernández, envoyée spéciale pour BBC Monde, Caracas.

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Les femmes de la commune Rogelio Castillo Gamarra sont prêtes à voter pour Nicolás Maduro. Ce dimanche et pour toujours.

Malgré la crise, malgré les problèmes, Nicolás Maduro peut compter sur plusieurs millions de personnes prêtes à le réélire dimanche à la présidence du Venezuela. 

Bien qu’il existe un pourcentage élevé de rejet, un noyau dur d’environ 4-5 millions de votants reste fidèle au leader politique du chavisme, une option politique qui pourrait atteindre les 20 ans de gouvernement avec Nicolas Maduro. Ses partisans l’appuient soit par des convictions politiques, soit par leurs expériences personnelles, soit parce qu’il ne trouvent pas de meilleure alternative ou par loyauté envers Hugo Chávez.

Cela fait de Maduro le favori d’une élection sans ses principaux rivaux, qui sont emprisonnés ou inhabilités (pour l’organisation de violences meurtrières ou des cas de corruption, NdT), et où l’opposition appelle à ne pas voter parce qu’elle considère que le processus est frauduleux.

Dans la commune Rogelio Castillo Gamarra, qui se trouve à Petare, considéré comme le plus grand quartier populaire d’Amérique latine, à l’est de Caracas, les opinions divergent.

En entrant, sur un grand mur à gauche, un portrait peint de la guérilla disparue regarde une affiche de propagande avec Chavez et Maduro en face. À l’intérieur de la commune, des affiches des campagnes passées, avec les deux présidents, et des photos de Che Guevara, Fidel et Raúl Castro ou une afiche de Simón Bolívar.

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La commune est responsable de la distribution des boîtes alimentaires vendues par le gouvernement à un prix subventionné.

Obilia Madrid est du comité exécutif de la commune, une forme autogérée d’organisation communautaire promue par Chávez. Sa chemise, avec un grand M tricolore, ne laisse pas de doute sur son choix : « Je vais voter pour Maduro, c’est l’héritage de Hugo Rafael Chávez Frías », dit-il.

« Par conviction »

La première fois qu’elle a voté, elle avait 26 ans, en 1998, quand Chávez a concouru pour la première fois. « Sous la ¨quatrième¨ (République – c’est ainsi que le chavisme appelle la période avant la victoire de Chávez), je n’avais jamais voté et je vais te dire : ¨je suis toujours là, debout, par conviction bien que je n’ai rien reçu, pas de maison, rien, mais c’est grâce à ce processus que nous (les pauvres) avons vu la réalité du pays.  »

Elle parle des missions, des programmes sociaux promus par le chavisme et y voit l’héritage, « ce que Chávez nous a laissé pour diriger notre destin« . « Et tout ça n’est pas pour acheter un vote, mais pensé en fonction des nécessités des gens », dit-elle, en rejetant ceux qui expliquent le soutien du chavisme par le favoritisme.

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La figure d’Hugo Chávez est toujours très présente et favorise Nicolás Maduro.

Elle fait elle-même partie de l’une des missions, ¨Barrio Adentro¨, qui apporte des soins de santé primaires aux zones les plus pauvres du pays. Dans la commune, il y a plusieurs salles consacrées à cela, dont la principale, un cabinet dentaire.

« Lors de la catastrophe naturelle et du glissement de terrain de Vargas (1999) les médecins cubains sont venus ici pour nous aider et on a demandé des volontaires à Petare. Je suis infirmière auxiliaire et j’ai collaboré pour aider les gens. » A partir de ce moment, elle s’est liée au chavisme à travers le travail avec la communauté. « J’aime ma révolution, je suis née avec et je meurs avec. »

La « guerre économique »

Elle reconnaît qu’avant il y avait de tout et que maintenant les médicaments ne sont pas disponibles. « La contrebande les revend. Le président a démantelé les hangars où ils avaient accaparé des médicaments. La guerre économique et sociale, est très forte. Maduro a fait tout ce qu’il pu, mais il y a beaucoup de sabotage interne ».

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On estime qu’il y a environ 5 millions d’électeurs du noyau dur du chavisme qui votent toujours pour Nicolás Maduro comme ils l’ont fait pour Hugo Chávez. 

Obilia souscrit à l’argument avancé par le gouvernement Maduro pour expliquer l’hyperinflation et les pénuries. Dans cette communauté le travail social se fait avec les voisins et on distribue les boîtes des CLAP (comités locaux d’approvisionnement et de production), une sélection de produits alimentaires que le gouvernement vend à un prix subventionné.

Santiaga Aponte est en charge de l’organisation de la distribution des 22 740 caisses chaque fois qu’elles arrivent, avec une régularité -non constante- d’une fois par mois. Malgré la qualité médiocre de certains produits, ils apportent un soulagement face au prix élevé de la nourriture pratiqué par le secteur privé, qui affirme le faire en raison de l’hyperinflation.

Pour Aponte, il y a un avant et après la soi-disant révolution bolivarienne. « Nous n’étions pas pris en compte du tout. Nous étions ¨les pauvres¨. Aujourd’hui, nous avons une participation active à la société. Chavez nous a fait voir beaucoup de choses et nous a réveillés. Et je vais voter pour Maduro parce que nous voulons continuer la révolution à travers lui. »

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Dans une élection avantageuse et boycottée par une partie de l’opposition, Nicolás Maduro pourrait être réélu. Meeting du 17 mai, Caracas.

Interrogée sur les pénuries actuelles de nourriture et de médicaments, elle explique : « Maintenant, ce que nous avons est une guerre économique et l’empire (les Etats-Unis) ne nous laisse pas acheter, ne nous laisse pas importer des biens ou nous approvisionner ».

« Le combat est un mode de vie »

La commune est surtout portée par des femmes, mais plusieurs hommes participent aux activités quotidiennes.

Palmiro Vidal, 68 ans, leur apporte son soutien en tant que conseiller politique, volontairement. Il faisait partie des Forces Armées de Libération Nationale, la guérilla vénézuélienne, et a été emprisonné pendant plusieurs années. En plus d’être un révolutionnaire, c’est une encyclopédie ouverte qui peut discourir d’économie, de littérature ou de Queen, son groupe de rock préféré.

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L’anti-impérialisme est l’un des thèmes du gouvernement socialiste du Venezuela et de ses sympathisants.

« Le combat est un mode de vie. Et maintenant, après le 20 (mai), nous devons nous battre, parce que ce qui est à venir est une sacrée bataille. L’opposition n’existe plus en tant que telle, c’est le Département d’État des États-Unis qui veut prendre le contrôle. » « Il y a tout un mouvement mondial qui nous agresse. Je vote contre l’impérialisme américain et européen. Je vote contre la dollarisation« , dit-il.

José González se définit comme un muraliste, un artisan, un pêcheur et un agriculteur. Il fait partie du mouvement culturel de la commune. Son premier vote est également allé à Chávez en 1998. Il avait 23 ans. « Quelque chose m’a poussé à voter pour lui, je l’ai fait avec mon coeur, je l’ai senti avec la vérité et la révolution. » Aujourd’hui il va voter pour Maduro parce qu’il croit que c’est la seule alternative: « Il n’y a pas d’autre gouvernement ici qui puisse être à la hauteur« .

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Malgré le mécontentement de beaucoup, il y en a d’autres qui ne voient pas la crise comme une raison de changer de gouvernement.

Mais aussi pour quelque chose dans laquelle il croit fermement: « Pour maintenir l’éducation, pour qu’elle reste publique, la lutte est pour les plus pauvres« . Il nous confie qu’il connaît de nombreux révolutionnaires qui ne voteront pas dimanche ou qui voteront contre le gouvernement. Il reconnaît que son vote n’est pas un chèque en blanc. « Nous allons donner un vote de confiance. Si cela ne fonctionne pas, ça s’arrêtera là. Je suis plein d’espoir, mais si la situation ne s’améliore pas, les gens descendront dans les rues. Je vais voter pour Maduro parce qu’il a donné sa parole que ça ira mieux, et s’il sait ce que tenir sa parole signifie, il la tiendra.  »

Source : http://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-44149261

Traduction : Thierry Deronne

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Visages de Femmes dans la Révolution d’Avril

Plusieurs mois après la disparition « physique » de Chavez,  à cette période du deuil où l’on s’interroge sur les détails de la vie de l’être aimé qui s’en est allé, nous nous sommes penchées avec quelques amies sur le virage féministe du Président ; pas sur le moment où il s’est engagé, mais plutôt sur les raisons qui l’amenèrent à comprendre cette lutte et à l’intégrer à son horizon libertaire.
Quelqu’un qui fut très proche de Chavez tout au long de son mandat nous a raconté l’amorce de ce tournant : dans l’esprit du stratège militaire qu’était Chavez, ce fut une révélation de découvrir ce 13 avril-là les visages des femmes qui défendaient l’espoir dans les rues, coude à coude avec leurs compatriotes masculins. Elles n’étaient pas restées tranquillement à la maison : elles avaient affronté les balles depuis le 11. Ce proche témoin raconte aussi que, parmi d’autres, Maria Leon, sa lionne, commença à lui parler du féminisme et de la lutte des femmes pour leur liberté. Chavez comprit si rapidement le potentiel transformateur des femmes comme sujets politiques qu’à peine quatre ans plus tard, lors du Forum Social Mondial, il se déclara pour la première fois féministe et invita Evo et Rafael à en faire de même. Dans le monde entier, ce fut une première pour un président.
Des histoires héroïques…
Comment les femmes ont-elles vécu le coup d’Etat, la riposte et la révolution d’avril? Comment ont-elles été transformées par ces événements? Nous avons posé ces questions à nos voisines, nos amies, nos proches, qui ont fait honneur aux paroles du sociologue Reinaldo Iturriza, qui soulignait dans un entretien que « seul un peuple très éduqué politiquement est capable de faire ce que le peuple vénézuélien a fait en 2002 ».
Pour raconter leur vision du 13 avril (libération de Chavez) ces femmes se rappellent la journée du 11 avril 2002, une analyse particulière face à la certitude de faire partie d’un peuple qui fut et est un peuple héroïque.

Sandra del Toro
Sandra est membre du Comité des Terres Urbaines du quartier Jose Felix Rivas, zone 8 de Petare. Elle milite au sein de la plateforme du Movimiento de pobladores et de la Comuna Rogelio Castillo. En 2002, bien qu’active dans aucune organisation, il était clair pour elle qu’elle était chaviste. Au moment de la détention du Commandant, elle se trouvait à Cartagena, en Colombie, en visite auprès de sa famille et enceinte de sa dernière fille.
C’est depuis là-bas qu’elle assiste médusée à la célébration par les médias colombiens du prétendu renoncement de Chavez. Elle décide de rentrer immédiatement, bien que beaucoup lui disent alors que ce sera impossible parce que la frontière sera fermée. Elle parcourt le trajet entre vomissements et nausées des trois mois de grossesse, convaincue qu’on avait enlevé Chavez et que personne ne réagirait, dans un silence total.
Arrivée chez elle, elle apprend par les informations que Chavez n’a pas renoncé, que les gens se dirigent vers Miraflores, qu’à Petare on se mobilise ; elle canalise sa rage et son impuissance en discutant avec les gens dans le quartier, puisque sa grossesse avancée ne lui permet pas d’aller plus loin. Sandra était dépitée : « Je n’ai pas pu y aller, je n’ai pas pu, j’étais enceinte jusqu’au cou » ; mais elle se rappelle aussi de l’émotion partagée lors du retour télévisé de VTV, récemment récupérée.
Un an après la naissance d’Alexandra, Sandra s’est activée politiquement : elle ne pouvait se départir de cette sensation d’en avoir fait trop peu et du vide qu’elle avait éprouvé quand ils avaient emmené Chavez, certaine que cela pouvait se reproduire. Elle s’est engagée toute entière avec les CTU et a participé à l’essor de la régularisation des terres urbaines.
Irama La Rosa
Irama, sociologue, fondatrice de Red de la Calle, raconte son incrédulité face au coup d’Etat puis sa prise de conscience que c’était bien un plan macabre savamment programmé qui était en train de se dérouler. Elle n’a pas cru aux assassinats attribués à un président qui entretenait avec son peuple une relation d’intense affection comme aucun autre avant lui. Elle fut profondément émue quand elle vit sa mère pleurer et crier devant la menace de mort qui pesait sur le Commandant.
En 2002, Irama travaillait au Ministère de la Science et de la Technologie. Elle raconte comment sa cheffe directe – qui se trouvait en Équateur à ce moment – s’est dévoilée en affichant son indifférence face au coup d’État, dans la mesure où elle avait garanti la continuité du programme de travail avec Fedecamaras. Elle comprit alors que la conspiration s’étendait jusqu’à des groupes de sabotage interne. Elle raconte la rupture survenue depuis ce moment-là avec sa cheffe, mais aussi avec des proches, des parents, des amis.
Au bout de l’attente qui a maintenu éveillée toute la famille, chacun vécut avec émotion la lecture, le 13 avril, de la célèbre lettre de Turiamo dans laquelle Chavez annonce clairement qu’il n’a pas renoncé à son mandat. Toutes et tous étaient alors emplis d’espoir jusqu’à finalement voir Chavez arriver en hélicoptère. « Le 13 avril tout s’est renforcé ; notamment la conviction d’être en Révolution ». A partir de là, Irama fut convaincue d’une révolution d’Amour- “revolucion amorosa”- dans laquelle le peuple se renforçait à travers la figure de Chavez mais aussi d’une constitution qui fut, selon elle, la grande vainqueure.
Tarcila Salazar
Tarcila, habitante de la parroisse El Valle, appartient au Frente Francisco de Miranda et à l’organisation des comités de santé. Elle a vécu la quatrième République et en apprenant le plan de gouvernement de Chavez, quelque chose s’est passé en elle : “Je me suis mariée avec Chavez”.
Les paroles de Tarcila m’ont rappelé le témoignage de Margarita – recueilli par Jose Roberto Duque dans son livre « Du 11 au 13. Témoignages et grandes histoires minuscules d’avril 2002 ». A 60 ans, Margarita révèle l’émergence de l’autre politique : « Avec Chavez, ce n’est pas pour l’argent, moi j’ai toujours travaillé et je n’ai jamais eu besoin des gouvernements. Ce n’est pas non plus politique, je n’aime pas la politique. Non, c’est quelque chose du cœur : je l’aime et il m’aime ».
Tarcila, sachant dans une confusion profonde que la marche de l’opposition arriverait à Miraflores, s’en va chercher ses parents et, avec son compagnon, ils se dirigent vers le centre. A la hauteur du magasin Korda Modas, c’est une rafale de balles qui les accueille et ils aperçoivent un des cadavres sur le trottoir. Tarcila ne pouvait pas comprendre pourquoi la police tirait sur eux et elle disait « Mais si nous nous n’avons rien fait, pourquoi nous tirent-ils dessus alors qu’ils doivent nous protéger ? ». Ils rentrent comme ils le peuvent vers El Valle. Dans la nuit du 12, ils arrivent à la Alcabala II en compagnie de voisines de la paroisse, qui étaient elles aussi convaincues que Chavez était séquestré au Fuerte Tiuna. Là-bas, entre les consignes données pour sa libération et la crainte de représailles de la part des soldats, un homme habillé en civil apparaît à la porte et leur dit: “ Organisez-vous”. Cela sonnait comme un ordre. Ils comprirent que cet homme était un militaire et ce fut, dans cette situation angoissante, une lueur d’espoir.
Maria Antonieta Izaguirre
María Antonieta, psychanaliste, est membre de Psychologues pour le Socialisme. Elle était sortie dans la matinée du 11 pour se rendre à l’enterrement du père d’une amie. Dans la descente de El Hatillo, elle apercevait, dégoûtée, la concentration de l’opposition munie de ses « kits pour manifester » comme s’il s’agissait d’une fête, alors que les jours précédents avaient été le théâtre de tant de violence et d’incertitude.
Au milieu de la confusion provoquée par l’étau médiatique, elle songea dans un premier temps à l’absence de liens sociaux qui lui permettraient de comprendre ce qui se déroulait : on lui racontait par téléphone certaines choses mais comme elle ne faisait partie d’aucun collectif, d’aucune organisation…
Le 12, elle devait se rendre à l’avenue Rio de Janeiro et elle assista à une grande partie du siège de l’ambassade de Cuba: “J’éprouvais beaucoup de dégoût et d’angoisse, je pensais que le projet se terminait et je n’avais pas encore réellement conscience de la nécessité de la communication. La nuit suivante, j’ai appelé Carlos Noguera, qui était mon référent chaviste; non, pas “chaviste”, parce que je pense que jusqu’alors, cette manière de nous identifier n’existait pas: le chavisme, désigné comme tel, ne débuta qu’à ce moment-là. Je l’ai appelé pour mettre ma maison à disposition, sachant que les persécutions étaient devenues réalité avec l’arrestation de Rodriguez Chacin.”
Quand le canal 8 fut repris, Maria Antonieta abandonna l’idée que tout était terminé. Elle contint sa joie par courtoisie à l’égard de certains proches déçus par la tournure des évènements. Enfin vint le soulagement, ce « il faut continuer » ainsi que la certitude qu’il était nécessaire de (se) collectiviser.

Seulement l’organisation…
Un point commun entre les témoignages de ces femmes fut l’émergence dans leur conscience de la nécessité de s’organiser politiquement et socialement pour permettre la continuité d’un projet politique et national dans lequel elles croyaient et croient toujours ; en d’autres termes, la nécessité de s’assumer comme protagonistes d’un processus de transformation qu’elles savent continu et inachevé. Aucune d’elle ne s’arrêtera à la version des faits diffusées par les transnationales de l’information. Aucune ne se pensera isolée, parce qu’elles savent qu’elles forment un peuple qui s’organise, résiste et se bat.
Par Indhira Libertad Rodriguez, avril 2018
source : desafio constituyente / Traduction : VeneSol

« Pour une histoire populaire du Venezuela » : interview de Thierry Deronne par Alex Anfruns (Investig’action)

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Thierry Deronne en mai 2018 à Caracas.

11 Mai 2018, 

Les élections présidentielles du Venezuela auront lieu le 20 mai. Un rendez-vous décisif pour l’avenir de l’Amérique Latine et des relations Sud-Sud. Bénéficiant d’un véritable soutien populaire, le candidat Nicolas Maduro est en train de mobiliser des dizaines milliers de Vénézuéliens dans ses meetings de campagne. C’en est trop pour Mike Pence. Le vice-président US a qualifié ces élections de “mascarade” et demande leur report. Il menace même le Venezuela de nouvelles sanctions. Pourquoi les institutions européennes lui emboîtent-elles le pas? Pourquoi le traitement médiatique de la Révolution bolivarienne est-il calqué sur la vision des Etats-Unis qui considèrent l’Amérique latine comme leur jardin personnel? Et surtout, quelle est la réalité dans ce pays qui a multiplié les expériences créatives en faveur de l’émancipation humaine au cours des 18 dernières années? Le cinéaste belgo-vénézuélien Thierry Deronne, qui vient de concocter son nouveau film “Histoire du Venezuela”, a bien voulu répondre à nos questions.

Alex Anfruns : Vous êtes venu présenter votre dernier film “Histoire du Venezuela” dans votre pays d’origine, la Belgique. Avec un montage où se côtoient d’une part des images d’archive cinématographiques montrant l’envers du décor du boom du pétrole, et d’autre part des voix des figures anticolonialistes visionnaires, le spectateur est face à une expérience audiovisuelle captivante. Comment est née l’idée du film, où a-t-il été déjà projeté et quel a été l’accueil ? 

Thierry Deronne : Après 24 ans de vie au Venezuela, le regard pivote et plusieurs questions commencent à m’intéresser : pourquoi tout en ne ménageant jamais ses critiques vis-à-vis des fonctionnaires publics, le peuple vénézuélien ne tombe pas dans les provocations violentes ou dans le mécontentement recherché par la guerre économique, et continue à réaffirmer son soutien électoral au chavisme ? Ensuite pourquoi la droite est-elle si imperméable au dialogue, d’où vient sa rage, sa violence ? Enfin, pourquoi les européens croient-ils si facilement que le Venezuela est une dictature, pourquoi la désinformation marche-t-elle aussi bien ? A ces trois questions c’est l’Histoire qui répond le mieux.

La critique populaire ? Elle parle d’une longue histoire de résistance à l’humiliation, à la négation de la condition humaine. C’est au Venezuela qu’eurent lieu les premières rebellions d’esclaves du continent. « Ce peuple, dixit le président Guzman Blanco, est un cuir sec – frappez-le d’un côté, il se soulève de l’autre ».

La rage des opposants ? La droite vénézuélienne vit encore dans le racisme colonial, celui de ces mantuanos qui ne sortaient pas de chez eux par peur que le soleil brunisse leur peau et organisaient – déjà ! – des violences à Caracas contre l’édit du roi d’Espagne permettant aux esclaves d’acheter leur affranchissement. Ce seizième siècle refait surface dans les violences de 2017 avec les lynchages d’afrodescendants brûlés vifs par les « combattants de la liberté » chers aux médias occidentaux.

Enfin, pourquoi l’efficacité de la désinformation parmi les européens ? Parce qu’en se soumettant à la gouvernance médiatique, l’Europe s’est coupée du monde et sa peur de la nuit réveille son colonialisme, la pousse à renforcer cette muraille médiatique. L’image caricaturale des vieux machos blancs – entrepreneurs privés, putschistes ou leaders de la violence d’extrême droite qui réprimeraient les leaders sociaux comme en Colombie ou au Brésil s’ils parvenaient au pouvoir – adoubés par l’Union Européenne et ses présidents comme « opposition démocratique du Venezuela », exprime bien ce rendez-vous manqué de l’Europe avec une Amérique Latine qui était pourtant prête à parler d’avenir sur un pied d’égalité.

Deux autres sources majeures pour construire le film « Histoire du Venezuela » sont, d’abord, le chercheur vénézuélien Fernando Coronil qui explique le rapport des pays du sud à leur sol, à leur nature, à leur territoire, comme un rapport qui surdétermine leurs politiques et leurs stratégies – ce troisième concept a jusqu’ici été peu assumé par le marxisme qui a privilégié les deux premiers, ceux de la relation capital-travail. L’Europe des i-phones est de plus en plus habitée par des peuples hors-sol, voués au présent pur de la consommation. L’autre source, c’est Walter Benjamin pour qui à chaque mouvement révolutionnaire la classe opprimée bondit comme un tigre dans la forêt de l’Histoire et en ramène des éléments des révolutions antérieures. Cette rupture par le peuple vénézuélien du mythe du progrès social-démocrate qui imposa des ajustements et tira sur des affamés en 1989, poussa de jeunes militaires comme Hugo Chavez à se replonger dans Bolivar et à sortir du dogme de « la fin de l’Histoire ».

Avec des étudiants de la Sorbonne occupée, avec des cinéphiles du festival Rencontres de Bordeaux, ou les Amis du Diplo d’Annecy, le film a permis de parler du Venezuela sans devoir épuiser le temps disponible à réfuter les mensonges des médias.

Quelle est la situation du cinéma au Venezuela ? Et quelle a été la politique culturelle de la Révolution Bolivarienne ces dernières années, notamment avec la crise liée au prix du pétrole?

Il y a d’énormes investissements publics pour démocratiser le cinéma à tous les niveaux : formation, production et diffusion, même si ce n’est pas simple de déplacer ceux qui s’arc-boutent sur leurs avantages de classe, sur leur capital culturel. Il faut continuer à se battre pour décoloniser l’imaginaire, Hollywood reste encore très présent dans beaucoup de ces espaces, et il n‘y a pas pratiquement aucune fiction produite sur toutes ces années de révolution.

Mais tout ne fait que commencer. La révolution bolivarienne, malgré la chute des cours du pétrole et la guerre économique, a maintenu l’ensemble des programmes sociaux et des politiques culturelles – récupération d’espaces pour la création, missions de formation artistique, festivals et spectacles gratuits pour la population, et c’est un trait d’intelligence : l’art n‘est pas sacrifié, jamais, il indique la sortie du tunnel. Après 18 ans on sent une poussée d’en bas de nouvelles voix, de nouveaux créateurs dans tous les domaines.

Lors d’un échange après la projection, vous nous avez confié qu’il existe parmi la jeunesse vénézuélienne un regain d’intérêt pour les cinéastes latino-américains des générations précédentes, appartenant au courant expérimental, tel que le brésilien Glauber Rocha ou le bolivien Jorge Sanjinés. Ces auteurs vous ont-ils inspirés? Quelle est leur spécificité par rapport à d’autres courants de cinéma d’art et essai tels que la “nouvelle vague” française? 

Le point commun du « Nuevo Cine Latinoamericano » des années 60-70 avec la Nouvelle Vague est le rejet des codes de l’industrie nord-américaine.

En Amérique Latine, en outre, on a affaire à des cinéastes organiques et artisanaux : organiques parce qu’ils prophétisent la montée en puissance des peuples. Et artisanaux parce que leur forme est chaque fois différente, secrétée par des cultures, des communautés différentes.

Ils restent un modèle pour notre cinéma, pour notre télévision : être original à chaque instant, dans une rénovation permanente qui ne peut venir que d’une dialectique avec la culture populaire.

Vous êtes aussi formateur d’une école populaire de cinéma et télévision et travaillez dans le développement de médias communautaires, en confirmant que le cinéma est avant tout un art collectif. Est-il possible de se battre à armes égales avec la culture du rentisme qui a prévalu historiquement au Venezuela, telle que l’avait décrite Fernando Coronil dans son ouvrage “El Estado Magico”?

A l’ère des coups d’Etat médiatiques, plutôt que de répéter « la presse est contre nous » ou « nous devons occuper davantage les réseaux sociaux », le socialisme latino-américain doit prendre conscience que son futur passe par la création d’un tissu serré de médias populaires, par la rédaction d’une loi latino-américaine puis mondiale de démocratisation de la propriété des médias, par la remise des fréquences, chaînes et ressources aux organisations populaires, par la refonte conceptuelle de l’enseignement de la communication sociale. Mais aussi et surtout par quelque chose de plus fondamental, sans lequel tout ce qui précède ne suffirait pas.

Le capitalisme a reterritorialisé l’espace et le temps sous la forme d’un métabolisme social du type « tout-à-l’ego », ou la causalité d’ensemble a disparu dans le sautillement de la dénonciation de purs effets. Le socialisme n‘existera que s’il invente un appareillage intégral, technique et culturel, qui soit indépendant de l’industrie globalisée et qui produise des effets sociaux organisateurs et non isolants.

Cette nouvelle civilisation “technique”, cette médiologie structurante, reste le grand « impensé » de la gauche qui en est encore à parler de… « déontologie journalistique » !

Un paysan d’une commune de Barinas nous disait : “nous proposons un système communal qui sera aux mains du paysan producteur d’aliments pour que nous organisions la production et la distribution”. Substituez « alimentation » par « information » et vous aurez le visage du média futur, hors studio, hors portables, décentré, démultiplié, organisateur.

Vous vivez et travaillez au Venezuela depuis les années 1990. De quels changements majeurs vous avez témoigné dans cette époque charnière, notamment avec l’Assemblée Constituante mise en route par Chavez au lendemain de son élection ? 

Depuis longtemps la politique au Venezuela voit s’affronter deux « champs magnétiques ». Le premier, c’est la formation historique « social-démocrate » : le parti Acción Democrática comme appareil clientéliste, fabriquant de sommeil populaire avec télévision de masse, État « magique »au service du pillage de la nation par une élite surtout blanche.

C’est l’école politique première, avec ses rêves d’ascension sociale, qui a duré longtemps (quarante ans), assez pour expliquer beaucoup de comportements actuels à l’intérieur de notre Etat. La fosse commune des 3000 manifestants anti-FMI laissée par le président Carlos Andrés Pérez en 1989 fit tomber le masque de cette « social-démocratie » et déclencha le retour en politique du deuxième « champ magnétique », celui des marrons, ces ex-esclaves qui appelaient au son de leurs tambours à fuir les chaînes coloniales pour créer la « vraie vie », menés cette fois par Hugo Chavez.

Ce désir d’égalité est toujours vivant, et c’est un moteur extraordinaire du point de vue démocratique : il amène des gens à traverser à gué des rivières, à déjouer les attentats et les menaces de la droite pour aller voter en juillet 2017 pour l’Assemblée Nationale Constituante, débordant le Parti Socialiste Unifié (principal parti chaviste). Cette « pulsion créatrice d’un peuple » que Chavez avait prophétisée en citant Marc Bloch, se produit au moment où toute une micro-corruption quotidienne parlerait plutôt d’un affaissement collectif.

Malgré tout ce que signifient le dollar parallèle, la vie plus difficile et l’éreintement de quatre ans de guerre économique, malgré le sabotage de l’élection par l’extrême droite, huit millions de Vénézuéliens déposent un bulletin dans l’urne, élisent une Assemblée Constituante ! Huit millions de citoyens descendant des versants glacés, traversant des rivières fortes.

Qu’il s’agisse de la transformation de l’Etat, de la lutte contre la corruption, de la transformation du système productif, de la sortie du « rentisme pétrolier », des droits en matière culturelle, écologique, ce chantier constituant mérite d’être visibilisé, étudié, on n’a pas encore commencé à en prendre la mesure ni à en déchiffrer l’origine.

Comment expliquez-vous les efforts déployés dans les médias dominants pour présenter le gouvernement vénézuélien comme étant une dictature, malgré les nombreuses élections qui se sont tenues avec la présence de centaines d’observateurs et accompagnateurs internationaux, dont des personnalités comme Jimmy Carter?

L’objectif des médias dominants est un changement de gouvernement. La violence de la droite, mise en scène par les médias comme s’il s’agissait d’une révolte populaire, est ancienne : dès que Bolivar libéra les esclaves pour fonder une armée au service de la libération de l’Amérique Latine, l’oligarchie colombienne rêva de l’assassiner et les gazettes états-uniennes le traitèrent de « César assoiffé de sang ».

Deux siècles plus tard quand le Venezuela redevient un phare d’égalité, de souveraineté, de démocratie (droits des femmes, conseils de travailleurs, formes communales de pouvoir citoyen, 25 élections en 18 ans), la même oligarchie colombienne et les États-Unis rallument les violences paramilitaires et la guerre économique pour faire tomber Maduro.

Les médias poursuivent cette guerre contre l’émancipation des ex-esclaves. En fait ces violences locales sont faites pour les médias, mises en scène pour l’extérieur. Et si quelqu’un doit rendre des comptes aujourd’hui, c’est le journaliste. D’abord, pour avoir occulté les 90 % de la population qui n’ont pas participé aux violences et les ont rejetées, faisant passer la minorité insurgée pour « la population ».

Ensuite, pour avoir inversé l’ordre du montage. L’agression des commandos de la droite et la réponse des forces de l’ordre, montées à l’envers, ont créé l’image d’un « régime » réprimant des manifestants. Il y a plus grave : les médias ont imputé automatiquement, jour après jour, au « régime » les morts causés par l’extrême droite, ce qui a alimenté l’énergie des tueurs. Ceux-ci savaient parfaitement que chaque mort imputé à Maduro renforcerait le discours en faveur d’une intervention.

Mais qui, de Médiapart au Soir, de France Inter au Monde, qui, dans la vaste « zone grise » (Primo Levi) des écrans d’ordinateurs ou du studio ouaté à dix mille kilomètres de Caracas, aura le courage de reconnaître qu’il a encouragé des assassins ?

Née de la révolution haïtienne, la bolivarienne est une émergence de l’Afrique en Amérique Latine, et c’est exactement ce que veut détruire l’Occident, la même aspiration à la liberté, à l’égalité et à la fraternité. Quand Macron reçoit l’extrême droite vénézuélienne à l’Elysée, il ne fait que rêver de l’enfermement de Toussaint Louverture par Napoléon, pour le laisser mourir de faim et de froid dans les Alpes. L’axe sud-sud, avec l’Afrique en particulier, sera l’axe déterminant pour la libération de nos peuples, pour leur « deuxième indépendance ».

Un effet de l’hypersphère médiatique dans laquelle l’Europe vit désormais est que pour la gauche « science-po » le raisonnement n‘est plus : « comment étudier, comment comprendre l’Autre » mais « quelle position prendre ici, quelle image de marque devons-nous donner ici, en Europe ? »

La plupart des citoyens, intellectuels ou militants en sont réduits à faire une moyenne forcément bancale entre l’énorme quantité de mensonges quotidiens et une minorité de vérité. Le problème est que la quantité de répétition, même si elle crée une opinion, ne fait pas une vérité en soi. Le nombre de titres ou d’images identiques pourrait d’ailleurs être mille fois plus élevé, que cela ne signifierait toujours pas qu’on nous parle du réel.

Comment nous reconnecter au réel ? Quand le Mouvement des Sans Terre du Brésil, l’ensemble des mouvements sociaux et les principaux partis de gauche d’Amérique Latine ou 28 organisations vénézuéliennes des droits humains dénoncent la déstabilisation violente de la démocratie vénézuélienne, on dispose d’un large éventail d’expertises démocratiques. C’est-à-dire de sources directes et d’une connaissance plus profonde de la réalité qu’Amnesty qui recopie les rapports d’ONGS des droits de l’Homme proches de l’opposition ou que la « moyenne » d’un « science-po » européen obligé de préserver un minimum de respectabilité médiatique.

Meeting Maduro

Nicolas Maduro en campagne, mai 2018.

A l’approche des nouvelles élections présidentielles, Quel est votre regard sur les candidats, leurs programmes respectifs et le climat dans ce début de la campagne ?

Des candidats d’opposition, il y a peu à dire sauf qu’ils sont les ombres d’un théâtre ancien : l’évangéliste corrompu Javier Bertucci ou Henri Falcon qui propose de dollariser le Venezuela. Face à eux, Maduro incarne la jeunesse de la transformation politique. Comme nous disent des paysans de l’État de Portuguesa, « Maduro est encore plus fort que Chavez ». Le second avait proposé le premier comme successeur parce qu’il était le seul à n’avoir pas joué des coudes pour lui succéder.

Élu de peu, Maduro a dû assumer « l’héritage » : gouverner en négociant avec les différents secteurs, certains conservateurs, dans et hors du gouvernement. Son style est différent, plus lent sans doute, que Chavez. Il a non seulement réussi à résister au déluge d’opérations destructrices de l’empire mais il a su ramasser le gant pour développer de nombreux aspects de la révolution, qu’il s’agisse du logement public ou des emplois pour la jeunesse, avec ce pari fou de demander aux gens de se mobiliser en pleine guerre économique pour élire une assemblée constituante.

Sa sainte colère contre le secteur privé, majoritaire, qui augmente les prix pour annuler ses constantes hausses de salaire, ou contre les expulsions de paysans par les mafias des grands propriétaires, sont le prélude à un approfondissement de la révolution s’il est élu le 20 mai. Le pétrole remonte, l’or de l’arc minier revient enfin dans les coffres de l’Etat.

En fait ce qui frappe à Caracas c’est le calme, la tranquillité des gens alors qu’en Europe on parle de chaos, de famine, de violence, pour justifier une intervention « humanitaire ». Malgré les hausses de prix, les sanctions euro-américaines, le peuple ne tombe pas dans la colère recherchée. Pourquoi ? Je parlais de la longue histoire de résistance populaire. Il y a aussi le fait que les aliments reviennent dans les rayons, et certains médicaments.

Outre les allocations que multiplie le gouvernement bolivarien en direction des plus vulnérables, et les distributions massives d’aliments subventionnés, le secret est dans le fait que les vénézuéliens se sont adaptés, on trouve toutes sortes de parades, de combines, pour acquérir ces produits et pallier la pression économique. Et il y a quelque chose de très particulier, subtil, dans l’air : la contrebande du bolivar papier, extrait massivement par la mafia colombienne, la pulvérisation par l’inflation du salaire payé par le patron, tout cela crée une ambiance révolutionnaire, très « An 01 », difficile à percevoir loin du Venezuela, les gens se sentent moins liés au travail, à l’entreprise privée…

Je sais qu’en Europe certains adorent parler du « crépuscule de la révolution », d’une « fin de cycle », (variantes de la « Fin de l’Histoire »), mais peut-être est-ce leur propre dissolution dans l’hypersphère virtuelle qu’ils subliment. La Révolution Bolivarienne a bientôt 19 ans, elle invente tous les jours, refuse de s’habituer à la fatigue, de croire aux larmes. Dans sa dernière lettre, la « Lettre à l’Afrique », Hugo Chavez citait Simon Bolivar : « Il faut attendre beaucoup du temps ».

Caracas, mai 2018.

Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (IHECS, Bruxelles, 1985) vit au Venezuela depuis 1994. Enseigne le documentaire et la théorie du montage dans deux universités (UBV, UNEARTE). Formateur des mouvements sociaux au sein de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma et de Télévision. Après avoir donné des formations audiovisuelles dans le Nicaragua sandiniste des années 80, il fonde cette école au Venezuela en 1994, et participe à la fondation de plusieurs télévisions associatives et publiques comme Vive TV, dont il fut vice-président de 2004 à 2010. Créateur du Blog www.venezuelainfos.wordpress.com. Cinéaste, réalisateur entre autres du « Passage des Andes » (2005), « Carlos l’aube n‘est plus une tentation » (2012), « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » (2017) et « Histoire du Venezuela » (2018).

Source : Journal de Notre Amérique

Révolution Bolivarienne et lutte paysanne : les défis actuels

Le 9 avril dernier, le Président Nicolas Maduro a pris fermement position contre la criminalisation de la lutte paysanne et la vague d’expulsions dénoncées par les organisations de ce secteur. Il a ordonné de créer une commission spéciale au sein de l’Assemblée Nationale Constituante, afin d’enquêter sur les faits les plus récents et d’identifier les responsables ainsi que leurs complices à l’intérieur des institutions. Dans son discours, le Président a affirmé avec force « Cette Révolution n’est pas complice des propriétaires terriens! C’est la Révolution des paysans et des paysannes, de la Justice ». Le 28 avril Maduro a renforcé les aides économiques au secteur paysan et communard.

Pour ceux qui sont directement concernés, la question est de savoir qui est derrière la recrudescence actuelle du harcèlement contre le secteur paysan. Quelles devraient être les actions à entreprendre suite à la récente déclaration de Nicolas Maduro? Comment le soutien apporté par la Révolution aux organisations paysannes pourrait-il se concrétiser ?

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Nicolas Maduro avec Angel Prado, un des leaders de la commune paysanne El Maizal, le 28 avril 2018.

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Les luttes paysannes, point cardinal de la Révolution

Depuis ses débuts, la Révolution Bolivarienne a fait sienne la lutte historique de la paysannerie pour la démocratisation des terres, des intrants et des ressources nécessaires à la production agricole. C’est écrit de façon explicite dans la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela de 1999, et  dans la Loi sur les Terres et le Développement Agricole, l’une des 49 lois approuvées par voie d’habilitation par le Président Hugo Chavez en 2001, afin d’inscrire les principes constitutionnels les plus urgents dans un cadre juridique et d’application concrète.

Selon un recensement réalisé en 1998, sur les presque 30 millions d’hectares de terres cultivables dénombrées, 24 millions environ (c’est-à-dire 60%) sont regroupées dans des latifundios dont les propriétaires ne représentent que 1% de la population. L’agriculture paysanne familiale et de petite et moyenne production constituent 75% des exploitations agricoles mais ne couvre qu’à peine 6% des terres cultivables.

La lutte contre le latifundium a immédiatement suscité de violentes réactions (1) de la part de l’oligarchie, selon laquelle elle serait « contraire à l’intérêt social ». Les puissants intérêts économiques de cette caste, liés à la concentration de la propriété des terres   -plutôt qu’à la production agricole vu son rendement limité- sont à l’origine de la violence et de la persécution envers les communautés paysannes protagonistes de la récupération des terres non cultivées au bénéfice de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du pays. Tout au long de ces années de Révolution, il y a eu environ 300 assassinats de paysans commis par des sicaires, dont la plupart au cours des premières années d’application de la loi. Aujourd’hui, plus de 16 ans après, nous assistons à une recrudescence des attaques contre les paysans organisés. Menaces, expulsions violentes, judicialisation et criminalisation de la lutte paysanne se répètent et se poursuivent selon un même scénario dans différents Etats du pays. La gravité de la situation a requis l’intervention du Président Maduro.

Pour mettre en évidence les différents facteurs en jeu, nous avons recueilli depuis Albar TV, l’analyse et les apports de la Plateforme de la Lutte Paysanne, qui intègre différentes commissions et coopératives paysannes et des petits producteurs de divers Etats du pays (2).

1) Adopter une politique agricole pertinente et cohérente.

A l’origine de la criminalisation de la lutte paysanne, il y a de puissants intérêts liés à la concentration de la propriété foncière. Pour s’imposer, ils agissent à différents niveaux et ils tirent actuellement profit d’une matrice d’opinion qui désigne le secteur paysan comme responsable des difficultés économiques que connait le pays. Cette matrice d’opinion prend pied jusque dans les institutions d’état.

Bien que dans la conjoncture économique actuelle, 70% des aliments consommés par les foyers vénézuéliens proviennent de l’agriculture paysanne familiale, on met la crise que nous traversons sur le dos des paysans et ce parti pris se renforce, parce qu’au sein même des différentes institutions on ne croit pas au modèle de production paysan. Ils se justifient en disant que l’Etat a donné des terres et accordé des crédits mais que le paysan « n’a jamais su produire », nous explique-t-on à la Plateforme.

« Ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’en réalité l’Etat n’a pas mené de politiques judicieuses qui auraient pu contribuer au développement agricole. Car c’est un mensonge que d’affirmer que la plupart des terres sont aux mains des paysans : la plus grande partie d’entre elles, de même que la majeure partie des équipements et du capital disponible pendant la Révolution ont été aux mains de l’Etat, d’entreprises d’Etat qui appartenaient auparavant à la Corporation Vénézuélienne d’Aliments (CVAL) et qui se retrouvent aujourd’hui en partie dans la Corporation du Développement Agricole (DelAgro) et de l’entreprise agricole des Forces Armées Nationales Bolivariennes (AgroFANB) ».

Même si les grands projets de l’Etat issus de la Révolution ont eu des résultats remarquables dans le domaine de la production, la guerre économique de ces dernières années ont compromis ces efforts et montré leur fragilité, que ce soit par le fait d’être devenus l’objet de la contrebande et du détournement de denrées alimentaire, ou par les difficultés liées à l’entretien des machines et à la préservation technologique, ou encore par des erreurs de gestion, entre autres facteurs.

Le discours qui attribue la responsabilité de la crise à l’agriculture paysanne à des répercussions très graves : « car une telle logique amène à dire que les entrepreneurs, eux, savent produire, et par grandes quantités », et c’est pourquoi il faudrait établir des accords à cette fin. Mais il s’agit là d’une logique perverse, qui mène à la restauration du latifundium sous un discours prétendant que des entreprises privées pourraient s’allier à l’Etat pour « faire produire la campagne ». Ce qui signifierait déloger le petit producteur, le paysan,  comme on le constate avec les tentatives d’expulsion actuelles et serait une trahison au legs paysan laissé par Chavez, à tout ce qui a été réalisé et à tous les morts qui sont tombés au cours de ces années. Nous nous trouvons donc face à un grand danger, celui d’une politique restauratrice ».

Les pratiques de monoculture intensive propres aux grandes entreprises de l’agrobusiness sont illégales au Venezuela. C’est ce qu’établit la Loi Organique de Sécurité et de Souveraineté Alimentaire (2008) qui, tout au contraire, reconnait l’importance qu’a pour le pays le développement d’une agriculture durable. Dont les bases sont : l’agricuture paysanne, familiale et des petits producteurs, comme l’a défini l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (sigle anglais FAO), qui met en évidence l’importance cruciale de la petite production du fait qu’elle répond au triple défi de produire plus d’aliments, de créer plus d’emplois et de conserver les ressources naturelles.

A l’inverse, la mal nommée « révolution verte » de l’agrobusiness n’a non seulement pas atteint son objectif affiché (réduire la faim dans le monde), mais a démontré qu’elle avait des impacts négatifs considérables en épuisant la terre, en instaurant une dépendance au monopole des grandes corporations mondiales sur les instrants et en provoquant le déplacement de la population paysanne et son appauvrissement culturel.

« La production paysanne et la production familiale fournit 80 à 90% des aliments des pays d’Amérique du Sud. Ce que produisent les grandes surfaces de l’agro-industrie aux mains du capital étranger ou national ne sont que des « commodities ». Nous avons là deux points de vue antagonistes » prévient la Plateforme.

Sandra del Toro, communarde

2) Garantir la sécurité juridique des récupérations.

Selon  des informations présentées par le Président Maduro, les terres reprises au latifundium ont atteint 6 millions d’hectares. Cependant, « il y a environ 6 000 cas de récupération pour lesquels la procédure juridique a commencé mais n’a jamais été achevée, « selon les indications de la Plateforme de la Lutte Paysanne.

Par exemple, dans le cas de la commune El Maïzal, dans l’Etat de Lara, « une récupération a eu lieu en 2008 (avec le Président Hugo Chavez en personne). Ce fut une opération spectaculaire, en présence même du propriétaire. Mais  cette récupération n’a jamais été finalisée par l’INTi devant les tribunaux. Le résultat a été qu’en 2013 le TSJ a ordonné de rendre ces terres à l’ancien propriétaire. Comme à ce moment-là avait lieu une rencontre extraordinaire des Communes, il y a eu toute une protestation au niveau national et le Président Nicolas Maduro a pris les devants et a annulé cette décision ».

Des milliers de cas de récupération ont été engagés sans jamais aboutir ou être clos  juridiquement, d’où leur précarité. N’étant pas fondés sur des actes juridiques définitifs, une décision du pouvoir judiciaire peut à tout moment les annuler. La responsabilité retombe, dans ces cas-là, sur l’INTi, qui effectue toutes les démarches légales concernant les récupérations. Nombre de récupérations font l’objet de plaintes de la part des prétendus propriétaires, mais l’INTi n’a jamais donné suite aux convocations des tribunaux. Il y a un risque de de perdre ainsi jusqu’à 90% des récupérations », affirment-ils.

Tout cela se traduit par une absence de sécurité juridique, y compris pour le secteur paysan  qui a reçu son outillage agricole. « Un processus de récupération dure au minimum de six mois à un an. Mais dans les faits, il peut prendre plus de cinq voire dix ans. Si cela est dû en bonne partie à l’inertie bureaucratique, il faut savoir aussi que des avocats de l’INTi perçoivent des pots de vin en contrepartie de leur inaction et que de cette façon, les délais légaux sont dépassés et on aboutit à une péremption administrative. Bien entendu, à l’expiration de la procédure, tout document fourni est invalidé, que ce soit une carte foncière ou une adjudication ».

En effet, au Sud du Lac nous avons un cas de 300 hectares récupérés dans lequel le tribunal des affaires agricoles a reçu une plainte lui demandant d’annuler la carte foncière qui avait été octroyée à la communauté paysanne l’année dernière. Si le tribunal invalide la carte foncière, les paysannes et les paysans seront mis dehors. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Dans le scénario d’un changement de gouvernement, ils n’auraient même pas besoin de dire « nous allons annuler les récupérations », il suffira simplement d’activer  ces cas de péremption judiciaire, c’est-à-dire qui n’ont pas été menés à terme et les terres seront rendues aux latifundistes.

3) Rechercher et sanctionner les responsables et les complices du harcèlement et des expulsions.

Suite à l’appel du Président Maduro, le Vice-Ministre des Terres et président de l’INTi, Luis Soltedo, est intervenu ce mardi au siège régional de cette institution dans l’Etat de Mérida après l’affaire, qui a fait beaucoup de bruit, de l’expulsion de l’exploitation La Magdalena, dans la localité d’Obispo Ramos Lora. C’est là que le 16 mars dernier, 32 personnes de la communauté paysanne, accusées d’effraction bien qu’elles aient été en possession d’une autorisation de l’INTi pour récupérer ces terres non cultivées, ont été arrêtées.

Soltedo a destitué 17 fonctionnaires rattachés au Bureau Régional  des Terres de l’Etat de Mérida suspectés d’avoir commis des actes de corruption et a désigné un nouveau directeur. Mais nous ignorons toujours si outre le fait d’avoir été destitués, ils seront poursuivis en justice et si les destitutions sont en rapport avec les harcèlements  envers les organisations paysannes ou avec le sabotage des procédures administration des récupérations. Dans cette même localité, a été dénoncée la complicité des fonctionnaires de l’INTi avec les propriétaires terriens dans le but de faire obstacle à la procédure de récupération de 400 hectares de terres non cultivées du Fundo el Carmen engagée par deux conseils paysans.

Les enquêtes devront être complètes. « Sur le plan judiciaire, la Défenseure publique devra enquêter  sur des procureurs et des juges qui font preuve de partialité envers les propriétaires fonciers et qui prêtent main forte aux expulsions et à l’emprisonnement des paysannes et paysans », affirme-ton à la Plateforme en évoquant l’existence d’un réseau de corruption.

De son côté, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, qui livre une grande bataille contre la corruption depuis qu’il assume sa charge (août de l’année dernière), a déclaré que le Ministère Public affrontera les propriétaires terriens au moyen de la Loi et qu’il assurera la défense des droits humains des paysannes et des paysans victimes de ces tentatives de restauration du latifundium. Une enquête sur les autorités régionales et municipales est nécessaire « parce que leurs services de police ont été utilisés dans les expulsions ». C’est le cas, par exemple, pour Hato Las Mercedes de la municipalité de Pedraza (Etat de Barinas) où environ 450 familles, qui sont venues travailler ces terres dès 2011 avec l’autorisation de l’INTi, ont été victimes d’une expulsion brutale le 7 mars 2017. Dans un autre contexte, nous avons aussi le cas de la commune Minas de Buria, située dans le massif de Nirgua (Etat de Yaracuy) où 277 petits exploitants agricoles sont poursuivis en justice et se trouvent sous la menace d’une expulsion des terres sur lesquelles ils vivent depuis 50 ans, sous l’accusation d’occupation illégale bien qu’ils soient en possession d’une carte foncière de l’INTi. La commune a dénoncé à plusieurs reprises que derrière tout cela oeuvrent en réalité les intérêts de l’exploitation sablière et minière de la région.

« Il faut aussi enquêter à l’intérieur du secteur militaire, car les Forces Armées Bolivariennes ont également été utilisées pour prêter main-forte aux expulsions des communautés paysannes. » Comme exemple, on cite le cas de Hato Gavilan – La Chaqueta (Etat de Barinas) où depuis le 17 avril dernier ,les paysannes et les paysans  qui avaient été expulsés de force de leurs terres, ont pu revenir au bout de 80 jours environ. Au moment de l’expulsion, ils venaient de passer dix mois à  produire des aliments sur ce latifundio. « Ce Hato est protégé par la GNB. Que fait là la GNB ? Sans doute existe-t-il des intérêts pour l’appropriation politique ou militaire de ces terres.  On n’en parle pas, mais il faut enquêter, il ne peut y avoir d’impunité ».

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4) Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds.

« Dans beaucoup d’Etats, les propriétaires terriens ont de nouveau recours à des paramilitaires et à des sicaires pour harceler et menacer la communauté paysanne et lui faire quitter les terres qu’elle travaille », dénonce la Plateforme de la Lutte Paysanne. « C’est une méthode qui a été utilisée durant les cinq premières années de la mise en application de Loi sur les Terres ;   c’est pendant ces années qu’ont eu lieu la plupart des assassinats de paysans » qui, rappelons-le, ont dépassé les 300.

Quelques jours avant le discours du Président Maduro sur les expulsions, des bandes armées au service des propriétaires terriens venaient d’attaquer le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes, dans la communauté de Las Bateitas de la municipalité de Papelon, Etat de Portuguesa. « Au cours de cette attaque, ils ont incendié une maison, brûlé un tracteur, détruit les plantations des paysans qui avaient passé huit ans à occuper et cultiver ces terres ».

Le Conseil paysan Guasimal – Los Caribes est présent sur un latifundio de 24 000 hectares, nommé Hato Garzon et signalé comme terres non cultivées à l’INTi. Depuis huit ans,  80 familles lui donnent vie en produisant du maïs, des fèves, des haricots, de la banane plantain et de la yuca, en plus de faire de l’élevage de bétail  à double fonction (viande et lait). Durant toute cette période, ils ont reçu des menaces de la part de groupes armés au service de Ali Torrealba, qui prétend être le propriétaire de ces terres non cultivées », nous dit-on.

Combattre le paramilitarisme et ses bailleurs de fonds ainsi que les propriétaires terriens représente donc une tâche urgente pour l’Etat Vénézuélien. « Il doit y avoir une réaction de la part des forces de sécurité, mais aussi au niveau politique et juridique contre les propriétaires terriens qui  financent et  protègent les sicaires et les paramilitaires. Il faut rappeler aussi que beaucoup de propriétaires terriens sont impliqués dans les garimbas et restent impunis ».

Prenons pour exemple le cas de Julio « Cesar Ronco » Garcia à Socopo (Etat de Barinas) qui a mis à la disposition de groupes violents une tractopelle pour attaquer et démolir des édifices publics. Cet individu a, de plus, viré à coups de fusil des paysannes et des paysans de Hato El Diamante – Cajarito, terres appartenant à la Nation qu’ils se sont appropriés par favoritisme selon les dénonciations de fonctionnaires de l’INTi lui-même.

« L’impunité est un facteur qui contribue à la poursuite de pratiques paramilitaires de la part des latifundistes et de l’utilisation de sicaires pour harceler, menacer,  expulser et assassiner les paysans. L’Etat a une dette historique envers le mouvement paysan, et doit rendre justice aux centaines de paysans assassinés par les tueurs à gages. Une assistance a été apportée à 20 ou 30 familles, mais on ne leur a pas encore fait justice ».

5) Renforcer la production paysanne.

Comme nous l’avons déjà dit, c’est la production paysanne qui nourrit pour l’essentiel les Vénézuéliennes et les Vénézuéliens actuellement. Cependant, « la plupart des politiques d’intrants sont destinées aux grands groupements de producteurs. A ce jour, il n’existe pas de politique appropriée concernant les financements et les intrants au bénéfice de la production des petits exploitants agricoles et des paysans pauvres.

Il faudrait avant tout contrôler les coûts des intrants agricoles et  garantir leur fourniture aux producteurs ». La question des intrants agricoles est centrale pour la production, et leur prix a flambé. L’urée par exemple, un intrant que l’on fabrique au Venezuela, est passé de 60 000 à 500 000 bolivars. C’est un coup dur porté au petit producteur et à la production nationale ».

« L’Institut National de la Santé Agricole Intégrale (INSAI) compte environ 12 laboratoires de production d’intrants au niveau national. Tous les laboratoires sont à l’arrêt, par conséquent celui qui veut produire de manière agro-écologique ne dispose pas d’intrants », nous dit-on.

« Nous sommes déjà mi-avril, le cycle des semailles va bientôt commencer et nous n’avons pas d’intrants. A moins que l’Etat ou des secteurs du Gouvernement ne veuille donner la priorité et ne préfèrent travailler avec les grands groupements de producteurs et non pas avec les petits, qui sont pourtant ceux qui produisent réellement. Que vont devenir les familles de ces derniers, et qu’adviendra-t-il de la souveraineté et de la sécurité alimentaire du Venezuela? »

Dans le contexte actuel de la guerre économique, il est primordial de renforcer la production. « Et pour ce faire, on a besoin d’une sécurité juridique, d’un financement approprié et d’un accès aux intrants pour les petits producteurs. La priorité doit être donnée à l’accès aux équipements et à la viabilité agricole ».

Une autre question importante est celle de la sécurité de la production face aux vols de récoltes, de machines et d’intrants qui se généralisent. « Il semble qu’une part de la guerre menée contre la Révolution consiste à détruire la production limitée qui existe dans nos campagnes et qui a permis d’atténuer les conséquences de la guerre économique. Ce que nous mangeons, la yuca, la banane plantain, les fèves, les haricots, le maïs, la patate douce, le riz, ce sont les paysannes et les paysans qui le produisent. Mais si on te vole ta motopompe, tu ne peux plus arroser. Si on te vole un transformateur, un tracteur…cela met fin à la production et la guerre économique s’aggrave ».

Notes :

1) C’est ce qu’a rappelé le Commandant Chavez lui-même : »Savez-vous ce qu’ont fait les représentants de l’oligarchie terrienne quand la loi a été approuvée et est parue dans la Gazette Officielle? Ils ont organisé un évènement public et ont déchiré le texte de Loi lors d’une cérémonie, publiquement, devant le pays entier. Un journaliste vénézuélien a dit qu’un propriétaire terrien qui déchire la Loi sur les Terres peut être comparé à un narcotrafiquant qui déchire laLoi Antidrogue. (Discours fait au Forum Social Mondial de Porto Alegre, le 26 juin 2003).

2) La Plateforme de la Lutte Paysanne comprend plusieurs Conseils et Coopératives paysannes, ainsi que des petits producteurs et productrices des Etats de Aragua, Guarico, Cojedes, Barinas, Portuguesa, Mérida, Tachira, Trujillo, Lara, Yaracuy, Carabobo, Vargas et Zulia.

Source : Alba TV/2018 

Traduction : Frédérique Buhl

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Nicolas Maduro interdit toute expulsion de paysans et exige d’arrêter les responsables de ces exactions (photos et vidéo)

Texte : Alba Ciudad (Luigino Bracci Roa)

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Jhenzi Erazo González, membre de la Cooperative Caño Avispero, reçoit le titre de propriété des terres.

“Compagnon Castro Soteldo (Ministre d’Agriculture et des Terres), compagnon Aristóbulo (Ministre des Communes), enquêtez et allez-y à fond. Dites-moi ce qu’il y a à faire et à qui couper la tête !” a dénoncé le Président Maduro lors d’une transmission en direct par la télévision publique VTV. “Je ne veux pas de grands propriétaires, de corrompus ni de complices de grands propriétaires dans le gouvernement bolivarien ! Qu’on les chasse tous ! Que soient arrêtés tous ceux qui ont emprisonné cette petite fille ! En prison, ces voyous !”

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Angélica Palencia et sa fille Juana María. Photo: La Tabla

Maduro faisait allusion à Juana María, une fillette de 5 mois dont la mère, la paysanne Angélica Palencia, de 30 ans, fut une des personnes arrêtées le 16 mars dans la municipalité Obispo Ramos de Lora de l’État de Mérida. La fillette, pour pouvoir être allaitée, était amenée plusieurs fois par jour jusqu’au siège du Corps d’Investigations Scientifiques et Pénales et Criminelles (CICPC) de El Vigía, où ont été reclus les 32 paysans, dont la maman.

“Quel besoin y avait-il de faire entrer cette fillette dans une cellule froide du CICPC?” s’est exclamée durement Jhenzi Erazo González, membre de la Coopérative Caño Avispero, “une des victimes de El Vigía”, ainsi que l’a appelée le Président vénézuélien lui-même, qui a lui a remis en main propre les titres de propriété socialiste agraire et les documents d’enregistrement agraire en faveur de la coopérative mentionnée, l’autorisant à  cultiver 350 hectares de terre de qualité A-1, de niveau optimal pour l’agriculture. Comme l’a dénoncé Angelica González, ces terres ne sont pas mises en culture par les grands propriétaires, qui y parquent des bœufs.

González a expliqué que la terre de La Magdalena, où ils travaillent, sera rebaptisée “Juana María” en honneur à la fillette de 5 mois qui l’a accompagnée lors des jours de prison.

 

Comme l’a expliqué le site Web La Tabla, le 16 mars dernier environ trente paysans étaient en train de travailler la terre de La Magdalena avec l’autorisation de l’Institut National des Terres du 21 septembre 2017 dernier leur permettant de mettre en production 350 hectares qui n’étaient pas cultivés. Des commissions policières du CICPC et de la Garde Nationale se sont alors rendues sur place avec deux juges du Ministère Public. Trois leaders paysans furent abordés avec de supposés mandats d’arrêt.

Leurs compagnons s’opposèrent à l’arrestation et assurèrent aux policiers qu’en cas d’arrestation de leurs compagnons, “il faudrait tous les emmener”, comme l’explique aussi la journaliste Indira Carpio, de sorte que les 32 travailleurs furent arrêtés. Parmi eux se trouvaient onze femmes et six personnes âgées, dont une atteinte d’une affection cancéreuse.

La mesure de privation de liberté fut ordonnée par la Juge du Pôle 6 de contrôle de Mérida, Rosario Méndez. La terre en conflit a pour supposé propriétaire la famille Celis Aranguren, qui – selon le site La Tabla – possèdent huit autres grandes propriétés dans la région et qu’elle voue à l’élevage alors qu’il s’agit de terres de catégorie 1 et 2, dont l’usage doit être légalement réservé à l’agriculture.

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Photo: La Tabla

Finalement, le 25 mars, les paysans ont été libérés. Le jour suivant, le Procureur Général de la République, Tarek William Saab, a annoncé que le Parquet a demandé à la Juge du pôle 6 de Mérida, de revoir sa mesure de privation de liberté contre les 32 paysans. Il a indiqué que ces paysans ont été arrêtés arbitrairement “en violation des Lois de la République, qui consacrent le droit à la terre comme Droit Humain” et a manifesté sa “ferme volonté d’affronter avec la loi les grands propriétaires”.

Il a également indiqué que le Ministère Public “assumera la défense des droits humains de nos paysannes et paysans quand ils sont victimes de puissants secteurs économiques qui veulent faire revenir le Venezuela à l’époque des grandes propriétés (latifundios) ”.

Nicolas Maduro: « J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites ! ». L’Assemblée Nationale Constituante ouvrira une enquête.

“J’ai demandé à l’Assemblée Nationale Constituante qu’on ouvre une enquête et que dans les 15 jours elle me remette un rapport sur les expulsions illégales, répressives, dont a été victime le mouvement paysan ces dernières semaines dans tout le pays” a insisté le Président Maduro lors de la transmission de VTV. “J’exige une enquête approfondie pour punir sévèrement ceux qui s’allient aux grands propriétaires. J’interdis totalement les expulsions des communautés paysannes. Elles sont totalement interdites !” a exprimé le mandataire national.

“Celui dont je découvre qu’il a des liens avec les grands propriétaires et utilise la force publique pour poursuivre et expulser comme cela s’est produit à El Vigia, qu’il soit sûr que je vais le faire traduire en justice et qu’il sera expulsé des rangs de la révolution ! Je le chasserai du gouvernement ! Les expulsions sont interdites ! Assez de corruption et de complicité avec les grands propriétaires ! Ca suffit ! Nous ne sommes pas une révolution complice des grands propriétaires ! Nous sommes une Révolution des paysans, des paysannes, de la justice !” a souligné le président vénézuélien.

Epurer les institutions

Après avoir reçu son titre agraire des mains du Président Maduro, Jhenzi Erazo González s’est exclamée : “Malgré tant d’intimidations de la part des différents corps de sécurité, nous sommes toujours en lutte ! Aujourd’hui notre président Nicolás Maduro Moros fait de notre rêve une réalité. Aujourd’hui, je parle au nom des 32 compagnons injustement détenus par le CIPC d’El Vigía à cause du caprice des grands propriétaires et latifundiaires et de la complicité de fonctionnaires qui sont toujours dans une institution créée en révolution telle que l’Institut National des Terres (INTI). Monsieur le Président, comment est-il possible que deux fonctionnaires aient apporté leur concours à ces actes de répression contre nous ?” s’est demandé González tout en dénonçant les fonctionnaires Yelibel Hernández et Ana Karina Pérez qui « ont participé pour que nous soyons humiliés de la manière la plus cruelle”.

La paysanne a également exigé que soit destituée la juge qui a pris la mesure d’arrestation, au mépris du titre remis par le président de l’Institut National des Terres à ce moment-là, mesure aujourd’hui ratifiée par le Président de la République.

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González a invité le président Maduro, au nom des 32 compagnons arrêtés et de la fillette de 5 mois a ce qu’il “parcoure avec nous tout l’axe Panaméricain et qu’il observe le travail que nous effectuons avec le Front Élargi Unifié de Résistance Paysanne, avec l’appui du Parti  Tupamaro et notre organisation, qui sont ceux qui nous appuient”.

Elle a aussi demandé au Président Maduro de mener les enquêtes pertinentes pour que “cette affaire n’en reste pas là”. Elle a indiqué que d’autres compagnons ont subi un déplacement forcé à la La Buena Esperanza, au cours duquel 11 compagnons furent arrêtés et qui sont encore “devant les tribunaux”, alors que l’Institut National des Terres se soit prononcé en leur faveur. “Ces compagnons ont été traités d’envahisseurs de terre et considérés comme des terroristes, et cela nous fait mal car nous sommes une seule et même famille à l’échelle de tout une nation, nous voulons produire et faire avancer ce pays”.

González a lancé un appel à l’Institut National des Terres pour qu’il “travaille la main dans la main avec nous. Sur l’axe Panaméricain nous travaillons avec trois fois rien, parce que nous n’avons pas de machines. AgroPatria (entreprise publique d’équipements agricoles) ne nous permet pas d’acheter parce que nous n’avions pas de titre agraire. Aujourd’hui nous l’avons, compagnons !”

Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. A présent, occupons les terres pour les faire produire !”

“Je ne crois pas dans les paroles des bureaucrates ! Je crois dans la parole de cette paysanne pauvre !” a répondu le président vénézuélien après avoir écouté González. Il a insisté sur le fait qu’il faut passer de la mentalité de résistance à la mentalité offensive et productive. “Le peuple doit posséder la conscience du pouvoir. Vous ne deviez pas vous laisser arrêter. Je ne me serais pas laissé faire. En vous disant cela, tout est dit. Que celui qui a des oreilles entende bien. Ne vous laissez pas faire. Je ne me serais pas laissé faire ! (..) Et à présent il faut occuper les terres pour produire”, a insisté Maduro.

Le 18 avril le Venezuela atteindra les six millions d’hectares remis aux paysans.

Le président a annoncé que le 18 avril “nous allons atteindre un objectif auquel Hugo Chavez accordait beaucoup d’importance : la Révolution Bolivarienne aura octroyé six millions d’hectares aux paysans ”. Pour atteindre cet objectif, a expliqué Maduro, 44.000 hectares de plus ont été remis aux travailleurs ruraux, dont il a remis ce lundi une partie sous la forme de nouveaux titres de propriété aux paysans.

Le président a indiqué qu’il est nécessaire d’être autocritiques et d’augmenter la production agraire pour aider le pays à sortir de la problématique qu’il subit actuellement. Il a rappelé qu’en Colombie plus de 300 mille citoyens ont été assassinés en 70 ans à la suite, entre autres causes, de la lutte pour la terre. “Les terres en Colombie sont aux mains de 10 familles. Au Venezuela, la propriété des terres a commencé à se démocratiser avec l’arrivée de la Révolution Bolivarienne, la Loi des Terres (approuvée en 2011 par le président Hugo Chavez), avec la Constitution Bolivarienne (de 1999)”. Nicolas Maduro a rappelé que la Constituante accélèrera ce processus de démocratisation « pour que les terres appartiennent à ceux qui la cultivent ».

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“Je demande plus d’efforts productifs. Nous ne produisons pas la quantité suffisante pour couvrir les besoins d’un pays qui veut le socialisme, qui veut l’égalité, le futur. Qui va produire pour nous ? Donald Trump ? Santos ? Nous devons produire nous-mêmes et je vais vous demander un plan productif” a dit le Chef de l’État en s’adressant aux leaders des mouvements paysans et aux ministres Castro Soteldo et Istúriz.

Maduro a également convoqué l’État Major Paysan pour que le prochain 25 avril se tienne une réunion de travail dans laquelle seront revus des plans réimpulsant le secteur agricole du pays. Il a appelé les travailleurs ruraux à revoir les plans de production sur les six millions d’hectares octroyés au secteur paysan, afin d’ « approuver les ressources en bolivars et en Petros, pour aller vers un grand plan productif de l’agriculture vénézuélienne ».

Source : http://albaciudad.org/2018/04/maduro-32-campesinos-detenidos-el-vigia-video/

Traduction : Thierry Deronne

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Découvrir à Paris les films « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » (2017) et « Histoire du Venezuela » (2018)

Le Cercle Bolivarien de Paris a le plaisir de vous inviter le Mercredi 21 mars 2018 à 19h25 à la

PROJECTION-DEBAT   « JUSQU’A NOUS ENTERRER DANS LA MER »

(Venezuela, 2017)

Cinéma LE BRADY, 39, boulevard de Strasbourg, 75010 Paris

Métro : Château d’Eau / Strasbourg Saint-Denis / Gare de l’Est

La projection du film sera suivie d’un débat en présence du réalisateur Thierry Deronne de passage à Paris, et d’un pot de l’amitié. L’entrée est gratuite dans la limite des places disponibles (capacité maximum de 100 sièges). Les dons sont acceptés et seront reversés au Cercle Bolivarien de Paris pour financer de futures activités. Le film en DVD sera également disponible à la vente.

Synopsis : Fruit d’un an de vie commune avec les habitants de Bello Monte, ce documentaire nous raconte la lutte quotidienne de ce quartier populaire de l’Etat d’Aragua sur le front de la culture, de la santé et de l’alimentation dans le contexte difficile du Venezuela aujourd’hui. Loin de toute propagande, sans voix off, ni interview journalistique, nous voici plongés au cœur de la réalité d’une commune populaire et rurale du Venezuela aux côtés d’hommes et surtout de femmes qui s’organisent collectivement pour faire front et exercer pleinement leur citoyenneté. Pour le spécialiste de l’Amérique latine qu’est le journaliste indépendant Maurice Lemoine, c’est le « documentaire le plus juste » qu’il a vu sur le pays caribéen.

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Le Collectif International pour la Paix au Venezuela a le plaisir de vous inviter le mardi 27 mars 2018 à 18h30 à la

PROJECTION-DEBAT « HISTOIRE DU VENEZUELA»

(Venezuela 2018)

Venez découvrir ce nouveau film en avant-première le mardi 27 mars à 18h30 au Centre Pierre-Mendès-France de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, au 90 rue de Tolbiac, amphithéâtre L. Ligne 14 du métro (Olympiades).

La projection sera suivie d’un débat en présence du réalisateur Thierry Deronne, de passage en France pour l’occasion.

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Synopsis : On a en Afrique cette idée du temps : Il n’y a pas de retour au passé. Il faut placer le passé devant soi. Le passé est devant soi parce qu’on le connaît et le futur derrière soi car on ne le connaît pas. Qu’importe si l’écran de la télévision nous barre l’accès au peuple vénézuélien. Laissons-le nous regarder, avec son impatience de rejoindre ses frères d’Afrique et des Caraïbes. Émaillé des idées de nombreux penseurs vénézuéliens, de Simon Rodriguez à Fernando Coronill, en passant par Mario Briceño Iragorry, c’est l’ »Histoire du Venezuela » que nous ramène entre ses crocs le tigre bondissant dans la forêt de l’Histoire. Un antidote au « présentisme » obscurantiste des médias. »

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Le réalisateur : Thierry Deronne, licencié en Communications Sociales (IHECS, Bruxelles, 1985) vit au Venezuela depuis 1994. Enseigne le documentaire et la théorie du montage dans deux universités (UBV, UNEARTE). Formateur des mouvements sociaux au sein de l’Ecole Populaire et Latino-Américaine de Cinéma et de Télévision. Après avoir donné des formations audiovisuelles dans le Nicaragua sandiniste des années 80, il fonde cette école au Venezuela en 1994, et participe à la fondation de plusieurs télévisions associatives et publiques comme Vive TV, dont il fut vice-président de 2004 à 2010. Créateur du Blog www.venezuelainfos.wordpress.com. Cinéaste, réalisateur entre autres du « Passage des Andes » (2005), « Carlos l’aube n‘est plus une tentation » (2012), « Jusqu’à nous enterrer dans la mer » (2017) et « Histoire du Venezuela » (2018).

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L’interview. “Mon  projet de vie c’est l’Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants”

Jesus_Vargas-0262-1132x670Par choix personnel, Isabel Iturria n’a pas eu d’enfants. Pourtant, c’est grâce à son travail plein d’amour et de dévouement que plus de onze mille enfants, filles et garçons, lui doivent la vie.

Ce sont ces petits du Venezuela et d’autres pays qui sont nés une deuxième fois après avoir été opérés à l’Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants Dr Gilberto Rodriguez Ochoa, institution qu’Iturria a fondée et qu’elle dirige depuis 12 ans.

Native de Caracas, féministe, chaviste prompte à s’émouvoir, enseignante intraitable et lectrice vorace, Iturria accuse le commandant Chávez de l’avoir déviée du chemin de la pratique clinique en la choisissant pour tenir les rênes de ce projet qui demeure un modèle, non seulement pour la qualité de l’attention médicale qu’il offre mais encore parce qu’il est un espace où se vit concrètement l’intégration latino-américaine. Elle parle peu de sa vie personnelle mais nous avons pu obtenir qu’elle nous confie que la lecture la passionne, qu’elle a étudié simultanément la médecine et les lettres et qu’elle passait les week-ends de son enfance au milieu des vaches. Elle s’est présentée  à cette interview avec trois livres :  Humour et Amour de Aquiles Nazoa; un recueil complet du détective Sherlock Holmes de Arthur Conan Doyle (en anglais) et Naissance de la clinique, de Michel Foucault. Elle parla des trois ouvrages avec enthousiasme.

Elle fut une dirigeante parmi les étudiants et, en plus d’être une excellente universitaire, elle s’intéressa aussi au sport.

Elle a pratiqué le volley-ball pendant ses études à l’université et aujourd’hui, à un âge où bien des femmes prennent leur retraite, elle a osé  traverser à la nage le fleuve Orénoque (et par deux fois).

—Vous êtes de Caracas.  Parlez-nous de votre cartographie personnelle de la ville.

—De pure souche. Mon acte de naissance indique La Candelaria. J’ai toujours vécu à Caracas. J’apprécie terriblement toutes les particularités de la ville, par exemple, le dimanche, pouvoir marcher depuis la Promenade de Los Próceres jusqu’à la place Las Tres Gracias et être arrêtée par le tapage des aras en vol.

C’est une ville réellement belle, elle jouit du parc national El Ávila qui nous réconcilie avec l’espace public et même si elle a aussi des endroits hostiles elle a tellement de jolies choses ! Je suis heureuse d’être caraquénienne.

—Quand avez-vous su que votre voie était la médecine ?

—Je ne viens pas d’une famille de médecins et je ne suis pas née un stéthoscope dans la main. Au lycée, je pensais faire des études de mathématiques ; ensuite je voulais étudier l’agronomie car ma maman avait une propriété avec du bétail et nous y passions les fins de semaine, au milieu des vaches et des veaux, ce qui m’enchantait. J’ai entendu des chants à traire depuis ma petite enfance.

Ensuite j’ai voulu faire des études de journalisme et c’est presqu’au dernier moment que je me suis décidée pour la médecine et j’ai fait simultanément des études de lettres. Je plaisantais alors avec mes camarades, leur disant que cela impliquait que je devais subir les poèmes des étudiants en médecine et les maladies des étudiants en lettres. C’est ainsi que j’en suis arrivée là, il n’y avait pas de médecin dans ma famille, je n’étais pas née en pensant choisir cette branche mais après l’avoir choisie je me suis passionnée pour elle, j’en ai tiré un profond plaisir et je ne regrette pas une seconde d’avoir fait ce choix.

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-—Vous avez eu votre diplôme de Docteur en Médecine avec mention Très Honorable, étiez-vous un rat de bibliothèque?

—Oui, j’aime beaucoup les bibliothèques, j’aime étudier, j’aime lire. J’ai vécu pleinement ma période universitaire, bien sûr avec la vie personnelle, privée, de toute personne de 18 ou 20 ans. Ce fut aussi le début dans l’activité politique. Pendant toute la durée des études nous avions un groupe de travail près du Centre des Etudiants, qui, à l’époque, avait à sa tête Jorge Rodriguez.

Par ailleurs j’ai également toujours eu une activité sportive, en ce temps-là je faisais partie de l’équipe de basket de l’université et bon, c’était la vie étudiante, cette chose tellement délectable.

—Vous vous êtes ensuite passionnée pour la cardiologie

—J’ai d’abord fait Médecine Interne à la Maternité Concepción Palacios, puis j’ai fait la partie de Cathétérisme cardiaque, Hémodynamique, au Venezuela, ensuite j’ai fait un an de plus en Espagne, et d’un lieu à l’autre, nous voici en 2003 et arrive ce monsieur que vous voyez là (elle montre une photo d’elle aux côtés du Commandant Hugo Chávez) qui a changé la vie de beaucoup d’entre nous. La mienne, il l’a changée  radicalement. Moi, j’avais eu toute ma vie une activité fondamentalement consacrée à la prise en charge des patients et à partir de 2004, ce monsieur m’a fait laisser la cardiologie des adultes pour travailler dans la santé publique. J’ai occupé les postes de Directrice des Hôpitaux du Ministère de la Santé, Vice-Ministre, Ministre, j’ai étudié tout ce qui concerne la santé publique et par bonheur je me suis consacrée à ce rêve du Président Chávez, l’Hôpital Cardiologique des Enfants, qui est devenu mon projet de vie et dans lequel, heureusement aussi, plusieurs choses se conjuguent, car il y a là une activité de gestion de santé publique, une activité liée à la politique, mais aussi la prise en charge des patients et l’enseignement.

—Parlez-nous du Chávez que vous avez connu et qui vous a choisie pour une si grande responsabilité.

—Nous les vénézuéliennes et vénézuéliens qui étions la gauche dans les années 70 et 80, nous regardions la botte militaire comme notre pire ennemi. Et je crois que tous nous avons été  grandement surpris en entendant le président Chávez dire « pour le moment ». A cette époque j’avais mon diplôme depuis peu, je faisais mon temps de médecine rurale et je me souviens m’être demandée « qu’est-ce que c’est ? un coup d’état militaire ? » et ce « pour le moment » nous a montré que c’était autre chose. Cela a été déterminant pour nous tous. J’ai connu le président Chávez  lorsque je travaillais au ministère, avant l’Hôpital Cardiologique. Quelques interactions se sont produites, jamais directement, mais je me souviens clairement de la première fois où nous avons eu une longue réunion au cours de laquelle, je pense, le président Chávez m’a soumise à un examen décisif. Cela s’est passé le 10 Mars 2006. Ce jour-là le président organisa une évaluation finale pour voir à qui il allait confier la responsabilité de la mise en route de l’hôpital Cardiologique des Enfants. La réunion dura longtemps, il me questionna sur tout, depuis ma petite enfance, sur la politique, sur mon histoire personnelle, sur mon projet de vie, jusqu’à demander tous les détails du projet, comment nous pensions finir de construire l’hôpital et le mettre en marche, pour qu’il fonctionne. Il nous interrogea sur tout, à la fin il me demanda même le calibre de la suture avec laquelle nous cousons les patchs d’une communication inter auriculaire Et lui, comme toujours, ajustant le plus petit détail, connaissant les choses en profondeur, non à leur surface. Il aimait à dire que, lorsqu’il venait à l’hôpital, il se sentait dans le futur, qu’il s’approchait de comment devaient être les choses, que son cœur s’en réjouissait, qu’il renaissait après nous avoir rendu visite. J’ ai encore les yeux qui se remplissent de larmes lorsque je parle de lui.

—Le Cardiologique d’aujourd’hui ressemble-t-il au projet que vous avez présenté à Chávez en 2006 ?

—Cet hôpital a changé la vie d’un grand nombre. D’abord celle de plus de onze mille enfants, filles et garçons qui ont été opérés. Tu avances dans les couloirs et,  dans chaque service,  tu vas trouver beaucoup de ceux d’entre nous qui avons ouvert cet hôpital, qui vivons depuis le temps où il n’existait que sur des plans, puis il fut un chantier et enfin ce qui progressivement s’est construit au travers de ces onze mille enfants qui sont passés par ici et qui savent que Chávez aussi est passé par ici. Cela remplit notre âme et comble notre coeur. Il y a des choses que nous aurions pu mieux faire mais ces onze mille vies d’enfants sont une satisfaction suffisante pour nous réjouir d’avoir choisi cette voie et d’avoir amicalement côtoyé le président Chávez. Ces derniers mois où nous avons dû faire moins d’interventions que nous aurions voulu, nous avons avancé sur d’autres points. Nous avons fait davantage d’enseignement. Mais ces onze mille enfants sont  une mère de famille, un père, une maison, un pâté de maisons, des petits camarades de classe, répartis à travers tout le Venezuela. Tu vas quelque part et tu trouves un parent d’un patient, un petit ami, un petit neveu, qui ont été opérés au cardiologique. Tu demandes « de qui est cet enfant ?eh bien il est l’enfant de tous, et dès l’instant qu’il a besoin d’être opéré, il doit être le problème de tous, et après l’opération, il doit être une joie pour tous”.

—L’institutionnalisation médicale est toujours accusée de mercantilisme, de déshumanisation. Vous qui venez d’un milieu universitaire comment appréciez-vous ces mises en cause ?

—C’est là que nous évoquerons Gilberto Rodríguez Ochoa, le premier ministre de la Santé du président Chávez. « De l’exercice de la médecine privée ou de l’aliénation de l’acte médical » tel est le titre de l’un de ses livres. J’ai eu le privilège de le connaître en Amazonie, lorsque je faisais ma période de médecine rurale. L’exercice privé de la médecine  engendre un ensemble de perversions que nous, les médecins, refusons, mais il n’est pas vrai non plus que les médecins sont cette série de monstres que quelques-uns veulent nous faire croire.

Même au-delà des différences politiques. Cet hôpital compte en majorité des médecins hommes et femmes qui n’ont pas d’affinité politique avec le socialisme ni avec le président Chávez et qui se démènent pour faire leur travail, même en touchant des revenus ridiculement inférieurs à ceux que n’importe lequel d’entre eux pourrait toucher en consacrant ne serait-ce qu’une demi-heure à la médecine privée, mais ils préfèrent consacrer huit heures à cet hôpital et à ses enfants. Moi, vraiment, je ne crois pas que les médecins vénézuéliens soyons un ramassis de parasites. Oui il y en a, mais comme dans toute profession je crois, car il me semble que des journalistes vendus, il y en a beaucoup

—Le Cardiologique est aussi un exemple d’intégration latino-américaine, comment avez-vous travaillé avec les personnes d’autres pays qui viennent ici apprendre et se soigner ?

—Nous avons pris en charge des patients des pays de l’ALBA et d’Afrique mais ce qui a été plus décisif pour l’intégration ce sont les occasions de formation que nous avons données dans cet hôpital. Le Nicaragua, par exemple, a formé ici son équipe de santé cardiovasculaire pédiatrique, des étudiants d’autres endroits ont ainsi eu la possibilité de se former dans un pays qui leur a ouvert ses portes pour étudier gratuitement, afin de grandir avec nous. Chávez ne faisait pas de voyages dans le monde dans l’intention de dire aux autres pays comment attaquer un tiers, ni d’imposer des décisions politiques à personne et moins encore de voler ni des puits de pétrole ni des terres. Il se déplaçait pour offrir engagement et solidarité, comme Bolivar.

—Vous considérez-vous féministe ?

—Contre vents et marées. Dans cet hôpital Cardiologique des Enfants nous nous efforçons de maintenir la parité de genre. Nous sommes six femmes et deux hommes dans le Conseil de Direction. Le féminisme appartient à l’humanisme et fait partie du socialisme, et sur ce chapitre aussi le président Chávez avait l’avantage sur les autres et il nous a aidés à avancer dans cette direction, mais il reste encore beaucoup à faire. Souhaitons que la Constituante, dont la présidente est une femme, aide à avancer aussi dans ce sens. Ici nous sommes féministes, nous construisons les choses entre tous et entre tous, nous avançons. Dans la santé, en règle  générale, la proportion de femmes est bien supérieure à celle des hommes, dans le monde, justement en raison de cette conception des carrières de santé qui impliquent une très forte composante de soin de l’autre à laquelle il semble que nous, les femmes, sommes toujours plus disposées.

—Quel est votre secret pour être encore, au bout de douze ans, l’exemple de « efficacité ou rien » ?

—Plusieurs circonstances favorables se sont ici conjuguées, et beaucoup de gens ont poussé pour que les  choses réussissent. Depuis le démarrage, ici s’est constituée une équipe de personnes de grande expérience aux côtés d’autres, très jeunes, et désireuses d’apprendre. Nous avons pu commencer de zéro et cela facilite un peu les choses, avec aussi une conception un peu différente qui est celle d’un personnel à temps complet, et ce personnel a débuté avec une rémunération spéciale en lien avec cette idée, selon une autorisation exceptionnelle du président Chávez. Tout a été fait à la mesure de cet hôpital et nous continuons à maintenir cela.

WhatsApp-Image-2017-08-24-at-4-8Biographie Minime

Isabel Iturria est née à Caracas, elle a 51 ans. Elle est docteur en médecine diplômée de l’Université Centrale du Venezuela, mention Très Honorable, en 1991. Elle a obtenu le diplôme de spécialité de Médecine Interne en 1995 et de Cardiologie en 1998. Elle s’est formée en Cardiologie Interventionniste à Caracas et à Barcelone, en Espagne. Son parcours professionnel inclut la charge de directrice de la Gestion des Hôpitaux du Ministère de la Santé entre 2004 et 2006  et celle de la présidence de la Fondation Hôpital Cardiologique Latino-américain des Enfants Dr. Gilberto Rodríguez Ochoa depuis sa création en 2006 et jusqu’à ce jour. En 2013 elle fut Ministre du Pouvoir Populaire pour la Santé. Dotée d’une vaste expérience universitaire, elle se consacre aussi à l’enseignement.

Lieu de chavisme

Visiter l’hôpital Cardiologique des Enfants c’est voter à nouveau pour le chavisme le plus authentique. Dans une époque où nous sommes habitués aux hostilités quotidiennes, dans cet hôpital, les sourires apparaissent en premier,  avec les gardiens du parking, les réceptionnistes,  les  infirmières qui circulent dans les couloirs et le personnel administratif que l’on rencontre. Ce ne sont pas des sourires de guichet de banque ni de restaurant à service rapide. Ce sont des sourires de gens heureux de servir. L’hôpital, avec son éloquente simplicité, son austérité et son impeccable  propreté est un espace où l’on renoue avec les rêves que s’est tracés la Révolution Bolivarienne. Il n’y a  pas de file d’attente, pas de débordements. Il y a des familles avec des petits garçons et des petites filles en train de se photographier devant les fresques murales. « C’est merveilleux que quelque chose d’aussi complet, d’aussi coûteux et d’aussi difficile à mettre en route que la chirurgie cardio- pédiatrique puisse se réaliser avec succès, avec un niveau de qualité similaire à celui des centres les plus importants du monde et avec l’amour et la solidarité propres à l’engagement pris par le gouvernement bolivarien envers ces enfants, avec aussi le fait que ce soit absolument gratuit », explique Iturria.

Une femme de passions

La lecture et le sport sont deux des passions d’Isabel Iturria. De la première elle nous a parlé avec dévotion, et alla jusqu’à nous  lire  Fable avec perroquet , de Aquiles Nazoa,  « un des individus qui sut l’atteindre au point le plus douloureux, le plus dur, le  plus critique politiquement, à partir de l’humour, ce qui est extrêmement difficile ».  Elle nous raconta également qu’elle a fait sa thèse de doctorat à partir du français Michel Foucault, et elle avait son livre sous le bras, Naissance de la clinique, « de la philosophie pure et dure » comme elle-même le qualifie, « en lien avec le thème du pouvoir, de comment les relations de pouvoir apparaissent dans la naissance de la pratique clinique, dans la façon dont nous avons appris à prendre en charge les patients, nous qui sommes nés dans cette génération. » A propos de son  récent engouement pour la nage, elle évoqua son expérience de la traversée de l’Orénoque. «  Dans le lot des cinquantenaires j’arrive chaque fois avant le dixième. C’est une expérience extraordinaire, je la ressens comme quelque chose de mon pays, il ne s’agit pas seulement de l’exercice physique mais du défi. »

Interview: Rosa Raydán  / Photos:  Jesús Vargas

Source : http://ciudadccs.info/la-entrevista-proyecto-vida-hospital-cardiologico-infantil/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Venezuela : l’interdiction d’un parti qui n’existe pas

Même Le Média s’y est laissé prendre… Dans le cadre de l’élection présidentielle anticipée qui se déroulera dans quelques semaines au Venezuela, la Cour Suprême de Justice (TSJ) « acquise à Maduro » aurait exclu « la principale coalition d’opposition » du scrutin… sauf que cette coalition n’existe pas ! Rendons justice à @LeMediaTV ‏ pour sa volonté de rectifier rapidement. Les autres le feront-ils ?

Car comment ne pas comprendre le trouble de nombreux militants qui croient que le président du Venezuela a exclu l’opposition du scrutin ! S’il était vrai que Maduro interdit à ses adversaires de se présenter, on se trouverait évidemment face à l’intronisation d’un dictateur. Et on serait tenté, non sans raison, de “prendre ses distances”. Voire de comprendre ou de justifier les sanctions Etats-Uniennes/européennes, la guerre économique, les menaces d’invasion par Trump et les violences paramilitaires lors de l’insurrection de la droite en 2017…

Or c’est faux. L’opposition vénézuélienne peut bien sûr participer aux élections présidentielles qui se tiendront au cours du premier trimestre 2018, et peut présenter ses candidats comme dans toutes les élections précédentes. La Cour Suprême de Justice n’a exclu aucun parti mais une étiquette, celle de la coalition de droite appelée MUD (Mesa de Unidad Democratica). Cette sentence ne fait qu’appliquer la loi. Au Venezuela comme dans n’importe quel État de Droit, les inscriptions aux élections se font légalement par parti. La Constitution vénézuélienne n’autorise pas qu’un candidat soit affilié à deux partis politiques à la fois (double militantisme).

Par ailleurs un jugement de la Cour Suprême du 5 janvier 2016 et l’article 32 de la Loi sur les partis politiques interdisent qu’une coalition puisse présenter un candidat si un ou plusieurs de ses partis qui aurait boycotté les élections précédentes, ne s’est pas encore réinscrit auprès du Conseil national électoral (CNE). Les partis de droite qui ont boycotté le scrutin de décembre 2017 savent depuis cette époque qu’ils doivent se réinscrire auprès du CNE. Les partis qui ont participé à la dernière élection n’ont pas à se réinscrire et peuvent présenter leurs candidats sans refaire cette démarche.

La MUD soit dit en passant a éclaté l’an dernier et n’est plus qu’une coquille vide, victime des profondes divisions internes de la droite. Même si depuis quelques semaines l’opposition a reçu l’injonction de Washington de se retirer des négociations ouvertes en 2017 avec le gouvernement bolivarien et de boycotter les présidentielles pour renforcer l’image internationale d’une dictature, plusieurs de ses représentants se sont rassis ce lundi 29 janvier à la table de négociations. Un des observateurs internationaux de ces discussions, l’espagnol Rodriguez Zapatero, a critiqué les sanctions européennes parce que loin de contribuer au dialogue, elles renforcent  les secteurs radicaux de l’opposition qui préfèrent une confrontation violente.

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Le président Maduro reçoit trois des quatre gouverneurs d’Acción Democratica (parti d’opposition) qui ont prêté serment devant l’Assemblée Nationale Constituante, le 24 octobre 2017.

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élections municipales de décembre 2017

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Observateurs internationaux (dont l’espagnol Rodriguez Zapatero) aux négociations entre opposition et gouvernement, qui se poursuivent en janvier/février 2018.

Le vrai problème de la droite vénézuélienne, qui va de l’extrême droite aux centristes libéraux, c’est que depuis 9 mois, elle ne parvient pas à se mettre d’accord sur sa stratégie électorale et à désigner un candidat unique. En s’engageant dans des violences lors des manifestations de 2017 (attentats à la bombe, incendies de maternités, assassinats de passants, lynchages racistes, etc…), elle a perdu un grand nombre d’électeurs des classes moyennes qui se tournent vers l’abstention. Du coup, le seul espoir de la droite vénézuélienne, c’est de présenter un candidat unique à la présidentielle afin que ces électeurs des classes moyennes se retrouvent sur lui.

L’opposition et les grands médias dénoncent aujourd’hui l’anticipation des présidentielles votée par l’Assemblée Nationale Constituante. Or… cette anticipation est une vieille revendication de l’opposition et des gouvernements occidentaux : “on veut des élections générales, tout de suite !”. On mesure aujourd’hui la mauvaise foi de ces secteurs qui au lieu de s’en féliciter, en tirent prétexte pour de nouvelles sanctions…

Ce scrutin présidentiel sera le 25ème en 19 ans de révolution. L’importante victoire du chavisme aux élections municipales du 10 décembre 2017 avait déjà confirmé – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections.

Lors du scrutin de décembre, le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) (1) a rappelé par la voix de son président, le juriste Nicanor Moscoso, que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables au vote: « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Électoral. (..) Le 11 décembre, au lendemain du scrutin, le CEELA a donné lecture de son rapport final: « Le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que « le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines, coïncident à 100%“. (2). C’est ce système double – vote électronique + vote papier pour vérification, qui a fait dire à l’observateur Jimmy Carter que de tous les systèmes électoraux qu’il a pu observer dans le monde, le vénézuélien est ”le meilleur” (https://venezuelanalysis.com/news/7272)

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Voici par ailleurs la réponse officielle du Venezuela bolivarien au président français Mr. Macron qui depuis le sommet de Davos a réclamé de « nouvelle sanctions contre le Venezuela pour ses dérives autoritaires »:

« Le Gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela rejette énergiquement les déclarations inacceptables émises le vendredi 26 janvier par le Président de la République Française, Emmanuel Macron, dans lesquelles il déconsidère le gouvernement démocratique du Venezuela et demande à intensifier les sanctions de l’Union Européenne contre le Peuple vénézuélien, ce qui constitue un geste inamical de la part du leader d’une Nation avec laquelle avec laquelle le Venezuela a cultivé des liens historiques et fraternels.
La République Bolivarienne du Venezuela observe avec préoccupation que l’Etat français en appelant au délit et à l’adoption de mesures contraires au Droit International, ne fragilise pas seulement le principe de la libre détermination des Peuples et à la non-intervention dans les affaires intérieures des états souverain mais abandonne son précepte de « Liberté, Egalité, Fraternité », en prétendant se constituer en une copie fidèle du Gouvernement hégémonique des Etats-Unis qui, obstinément, cherche à faire sombrer le Peuple vénézuélien et attiser les conflits dans le pays.
Finalement, il est inacceptable pour la République Bolivarienne du Venezuela que le Président de la République Française prétende mettre en cause la légitimité, la pertinence et la transparence des Pouvoirs Publics et des institutions inscrites dans notre constitution. En ce sens, le Gouvernement Bolivarien exhorte le Gouvernement Français à poursuivre les liens bilatéraux par la voie d’un dialogue constructif et respectueux qui se traduisent par des relations mutuellement fructueuses, et éloignées des vieilles pratiques intimidatrices de la France colonialiste dépassée.


Caracas, le 27 janvier 2018 (
Traduction : Jean-Michel Hureau)

 

Thierry Deronne, Caracas, le 29 janvier 2018

Merci pour leur aide rédactionnelle à Pierrick du Yeti Blog https://yetiblog.org/venezuela-linterdiction-dun-parti-qui-nexiste-pas/ et à l’infatigable et patiente réinformatrice Louise de Lannoy φ @LoudL  

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Erika Farías, nouvelle mairesse de Caracas: « pour faire la ville que nous voulons, la clef est de rendre le pouvoir au peuple »

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En 450 ans de l’histoire de Caracas, c’est la première femme à la tête du gouvernement municipal, et elle assure qu’en tant que caribéenne elle ne reste pas un instant sans inventer quelque chose. Comme toute femme elle est passionnée, volontariste, comme disait le commandant Chávez lorsqu’il parlait de cette audace des femmes, aussi nourrit-elle beaucoup de projets et de rêves pour notre ville. Voilà pourquoi l’organisation populaire sera pour elle une priorité dans sa tâche à la tête de la Mairie de Caracas.

« Sa première obligation en tant que mairesse ? » : s’attaquer aux problèmes que les gens souhaitent voir affrontés par n’importe quel maire : les ordures, l’eau, la circulation et les services. Sa principale préoccupation ce sont les jeunes, cible de l’hyper-consumérisme de la culture capitaliste – elle voit son propre reflet dans leur révolte. Elle dit qu’elle a été et qu’elle reste une rebelle. Elle mise sur la sauvegarde de la Caracas solidaire, pleine d’espoir. La Caracas où les histoires se transmettent par les contes des aïeux, où d’un rien naît une rumba, une fête sans fin, une blague impertinente, la conversation sans fin, pour le plaisir, où prévaudra la culture de paix, propre à un révolutionnaire.

Erika est une femme directe, sans détours, qui va droit au but. Elle aime la vérité, le travail quand il a du sens. Elle aime s’impliquer dans des causes et convaincre les autres. Elle fait confiance au peuple, voilà pourquoi elle s’est fixé le tâche de lui restituer son pouvoir originaire, constituant. Avec ses 24 scrutins en 18 ans de révolution, le Venezuela est sans doute une des démocraties représentatives les plus vivantes au monde, mais elle est plus que cela : une volonté et un besoin de développer la démocratie participative. Ce samedi 6 janvier, des citoyens ont entamé dans tout le pays la discussion pour apporter des idées en fonction du programme de gouvernement 2019-2015 et fortifier une révolution féministe, écosocialiste et communale.

— De votre point de vue féministe, que pensez-vous apporter à Caracas ?

— Sans doute y a-t-il des choses très concrètes auxquelles la population aspire et qu’elle attend d’un maire. On peut philosopher, être créatif, innover, il n’y a pas de limites, mais, au départ, les ordures doivent être ramassées, les trous rebouchés, les rues éclairées. Tout passe par la nécessité de résoudre le principal problème qu’a Caracas : le manque de coordination entre nous qui y vivons et nous qui y gouvernons, qu’il s’agisse de la mairie, du pouvoir populaire ou du ministère. Nous n’avons pas atteint un degré de coordination qui permette de faire de Caracas le lieu auquel aspire le président Maduro ou le peuple. C’est en ce sens que nous les femmes avons une forte potentialité, car de tous temps, en raison des responsabilités qui nous ont été attribuées, nous avons eu la mission de mettre de l’ordre, plus que les hommes ne le font. Et cela a à voir avec les pratiques historiquement assumées : l’agriculture, la répartition des choses dans les lieux que nous habitons, la famille. Tout cela te donne de l’expérience. Quand la coordination manque, on perd beaucoup de temps et d’effort. Par ailleurs, les femmes, nous sommes très dynamiques, inventives. Voilà pourquoi Chávez nous disait «hyper-engagées». Moi je suis ainsi. Dans le monde des hommes on ne discute pas beaucoup, on impose beaucoup, tandis que dans le monde des femmes, le dialogue est toujours présent. Le débat, la discussion, la réflexion sont toujours présents, cela nous plaît et c’est une valeur qu’il faut sauver. Nous, les femmes en général, nous ne restons pas immobiles, nous sommes toujours en train d’inventer une nouveauté et comment ne pas inventer à Caracas, une ville jeune, diverse, qui bouge, un peu chaotique, hystérique, bipolaire. Comment ne pas inventer dans une Caracas pareille ! dans une ville marquée par le passage quotidien de plus d’un million de personnes qui viennent pour la visiter ou parce qu’ils y travaillent ou qu’ils y étudient ou simplement qui passent par plaisir. Alors, en plus de nous qui vivons ici, et nous sommes près de 4 millions, tout cela fait que Caracas a besoin de beaucoup d’inventivité, de créativité, de flexibilité et de beaucoup de force. Et autre chose encore : nous les femmes sommes têtues. Ce que nous disons, nous le faisons, avec de la formation, avec de l’organisation et avec de la planification.

— Quelles sont les tâches prioritaires à prendre en compte et comment aborder ces problèmes stratégiques de la ville ?

— En premier lieu, il y a la question économique, en insistant sur l’approvisionnement, non seulement des aliments, mais c’est le principal. En deuxième lieu, les services publics (ordures, transport, circulation, eau potable) et en troisième, l’organisation communale. Ce sont les trois grandes priorités parmi les six défis que nous nous sommes lancés sur le plan du gouvernement.

Le mode d’organisation va nous permettre de rendre au peuple son pouvoir d’origine. Il n’y a pas un seul problème qui puisse se résoudre sans la participation populaire. Par exemple le ramassage des ordures. On pourra avoir les meilleures équipes et la meilleure technologie, mais si l’on ne parvient pas à faire comprendre que c’est une question de culture, il y aura toujours des ordures. La solution se joue à moyen terme avec la participation principale de la population. Pour les denrées alimentaires, c’est la même chose. Le CLAP (comité local d’approvisionnement et de production) est une mesure de guerre qui nous a permis, à Caracas, de secourir près de 805000 familles. L’appareil économique qui est au service de la bourgeoisie, de l’empire, a miné tout le système d’investissement et le processus de production, distribution et commercialisation, mais également le modèle de consommation. Les gens font la queue pour acheter des choses qui peuvent être remplacées dans le régime alimentaire de base. En situation de guerre il nous faut nous tourner vers d’autres choses, sinon, le degré de dépendance augmente dans le désir angoissé d’obtenir ce qu’on ne peut avoir. Malheureusement la culture de la consommation s’est imposée et c’est pour cela que la bataille doit être menée dans le domaine économique avec tous les secteurs de la population, afin de changer de modèle de consommation. On ne peut voir triompher un processus révolutionnaire sans un peuple organisé, sans un sujet historique conscient, mobilisé, organisé. Voilà pourquoi je crois fermement que seul le peuple sauve le peuple. Toutes les secondes de ma vie que je passerai à la tête de cette institution, je les mettrai au service de l’organisation populaire. C’est pour moi une priorité.

— Comment rendre son pouvoir au peuple ?

— Rendre son pouvoir au peuple signifie lui faire comprendre qu’il fait partie du problème car il est le demandeur. Il ne peut demander et attendre que la solution vienne. Il doit faire partie du processus de la solution. Il doit réclamer, car ce sont ses droits : l’eau, l’alimentation, la culture, le loisir, et cela grâce à la Révolution. Les droits, il nous faut les protéger et les construire.

Si en plus, on fait entrer ce peuple dans ce processus de planification et de réalisation des solutions, alors il fait preuve de ses capacités. Cet instant-là devra marquer la fin des vieilles institutions car le peuple exercera pleinement son pouvoir et il y aura des institutions qui n’auront plus de raison d’être – elle dit cela avec un sourire convaincu. Mais cela est un processus, il ne faut pas l’imposer à coup de matraque. D’où la nécessité du débat, de l’organisation, de la réflexion, parce que le pays est un, le projet aussi. Au milieu de tout ceci il faut protéger la Patrie comme une force unique ainsi que notre projet révolutionnaire, car c’est lui qui nous permet de faire ceci, c’est pourquoi une extrême responsabilité s’impose. L’un des grands défis que doit relever notre révolution est donc d’obtenir que le peuple soit l’acteur principal. Si le peuple se sent habilité, s’il est conscient que c’est son heure, qu’il a un rôle historique, personne ne peut l’abattre. Lorsque nous parlons d’une Caracas Communale c’est le peuple qui en est le sujet central, qui reconnaît son moment historique, qui reconnaît sa diversité, ses luttes et son identité ; dans cette conscience, en opposition au système hégémonique, il doit nécessairement, non seulement créer les bases d’un nouveau modèle mais aussi développer toute sa potentialité dans cette entreprise.

— Comment faire un gouvernement communal ?

— Notre Révolution a créé de nombreux mécanismes aptes à rendre le pouvoir au peuple, comme par exemple la Municipalité, le Conseil Fédéral de gouvernement, le Conseil des ministres, et le Président lui-même, lequel a la faculté de valider des ressources extraordinaires pour des projets en particulier. Mais il y a aussi l’autogestion. Nous ne devons pas laisser perdre les efforts fournis. Notre peuple a garanti un ensemble de conditions qui lui permettent d’être partie prenante de la solution de certains problèmes autrefois inexistants. Écoute, ma mère a passé toute sa vie à construire une maison, pour nous, pour ses enfants. Quand enfin elle a fini, nous étions déjà partis. Quand je passe par le tunnel de La Planicie je vois toujours la maison, mais nous n’y sommes plus. Mais maintenant il en est autrement, une famille a la possibilité de bâtir sa maison, parce qu’il y a un gouvernement qui garantit cela, elle a un emploi, il y a un système de missions et chacun peut prendre part à la solution de son problème. Voilà les concepts qu’il faut se réapproprier : l’autogestion, la coresponsabilité, les devoirs partagés. L’Etat a des devoirs, mais la communauté aussi. C’est l’un des débats que nous allons avoir en leur temps et à leur rythme, mais je suis sûre que nous allons avancer suffisamment, car c’est un travail à moyen et long terme. Il ne faut pas désespérer sur ce point, zéro angoisse. Nous les révolutionnaires nous savons quoi faire et ce qu’il faut faire, c’est s’occuper, sans angoisser. Les choses ne vont pas se résoudre du jour au lendemain, ou par magie, -souligne-t-elle simplement, insufflant ce calme nécessaire auquel elle fait référence.

— Quelle est votre stratégie pour le thème de la sécurité en ville ?

—La sécurité se ressent quand un ensemble de thèmes est résolu. La Municipalité a une police administrative, cependant nous avons notre responsabilité sur l’insécurité, qui est résultat et non cause. Nous avons la responsabilité de l’existence d’un bon aménagement, des normes de vie en commun, du loisir, de la culture et du sport pour éviter l’insécurité. Lorsqu’il y a des cas d’insécurité, il y a des mécanismes que l’Etat utilise, et en ce sens notre Révolution a une stratégie que sont les « secteurs de paix» où sont intégrées à l’organisation populaire des activités récréatives, sportives et culturelles pour le contrôle de la criminalité. Il faut souligner qu’ont été importées à Caracas des pratiques criminelles étrangères à notre culture et qui portent atteinte à la normalité de quelques communautés. Je m’engagerai dans ces équipes pour continuer à garantir l’éradication de cette conduite criminelle introduite par des groupes étrangers à notre culture et totalement démobilisés. Il y a à Caracas 11 « secteurs de paix » et nous allons les soutenir aux côtés de la Police Nationale Bolivarienne et des corps d’intelligence, de police de proximité pour continuer la bataille contre le crime.

— Comment la Mairie stimulera-t-elle l’Economie Productive ?

— Il y a une grande expectative avec le Conseil Economique de Caracas. Nous avons une forte potentialité dans le secteur du textile, des services, de la chaussure et dans l’alimentaire, non seulement en agriculture urbaine mais aussi sur la conservation et la transformation des aliments, tout comme dans le Tourisme. En ce sens nous pensons travailler conjointement avec l’état de Vargas, avec lequel nous partageons le parc naturel Waraira Repano et le bord de mer. Caracas a de magnifiques sites pour connaître l’histoire, toutes ces activités bien faites et planifiées peuvent s’avérer une source significative de revenus pour la ville. De plus –ajoute-t-elle- le vénézuélien est plus productif qu’hier, nous ne sommes pas un peuple de mous, d’ignorants, de paresseux. Si tel était le cas, aucune des luttes qui au long de plus de 500 ans ont été conduites pour conquérir la liberté et pour libérer cinq nations sud-américaines et davantage, n’aurait été menée ; c’est là l’œuvre d’un peuple vaillant, travailleur, d’un peuple qui pense, cultivé et intelligent. Pour que le Venezuela soit une puissance économique, son territoire et son peuple doivent être forts. Caracas a ces possibilités, il y a une voie, un plan unifié.

— Quelle est selon vous la principale potentialité de Caracas ?

— Caracas a une grande potentialité du point de vue des structures organisationnelles que la Révolution a construites, qui sont nombreuses et très diverses. Et grâce à elles nous créons des liens, nous intégrons quiconque aime Caracas et la Patrie. Nous allons y inviter toute personne qui voudra faire de Caracas un espace aimable où nous pourrons nous sentir chez nous, où nous pourrons développer nos propres capacités, afin de construire une Caracas sûre, productive, où la culture, les loisirs et le sport nous aideront à édifier cette culture nouvelle, ce sens commun qu’il nous faut bâtir dans le cadre du socialisme.

— Quels projets avez-vous pour poursuivre la récupération des espaces publics ?

—Jorge Rodríguez, le maire qui m’a précédée, a fait beaucoup pour notre ville et l’effort réalisé dans ce sens a été réellement extraordinaire. Cependant, le travail n’est pas encore terminé car cela requiert une programmation propre à chacun des espaces récupérés afin qu’ils soient en utilisation permanente. Un terrain de sport par exemple, peut avoir beaucoup d’usages, pour des aînés qui s’entraînent, pour des enfants qui s’initient à l’activité sportive, pour des évènements culturels, des réunions de la communauté, des débats… Ces espaces doivent être constamment utilisables, et, naturellement, il faut impliquer la communauté dans leur utilisation. Caracas est une ville universitaire, par exemple, et les jeunes gens de la Unearte pourraient exprimer leurs talents, animer des ateliers, dans un partage avec la communauté. Telle est la vraie « Culture Au Cœur ». Mettre dans ces espaces toute cette potentialité qui existe dans nos universités et parmi nous. Est-ce que vous imaginez –dit-elle le visage souriant- dans l’un ou l’autre de ces espaces nos grands -pères et grand- mères en train de raconter notre histoire. Il faut retrouver la culture orale.

Elle marque une pause et décide de nous raconter une anecdote : « Ma grand-mère Luisa était une indienne Karina, extraordinaire, forte et elle me racontait toujours ses histoires sous le manguier, et je ne vous dis pas tout ce qu’elle me racontait » -ajoute-t-elle tout en lançant un grand éclat de rire complice. – Les vénézuéliens nous sommes des conteurs, nous aimons raconter nos histoires. Ces choses se sont perdues, dans la précipitation de la ville capitaliste, de l’hyperconsommation, de ce machin – elle prend le téléphone portable et plonge les yeux sur l’écran, comme pour envoyer un message- nous avons perdu la véritable Caracas.

— Et quelle est la véritable Caracas à laquelle vous faites référence ?

—Cette Caracas qui, quand elle se lève, a le souci de l’autre, la Caracas solidaire. Cette Caracas elle est là, en attente. Elle n’est pas morte. L’hyperconsommation, la culture capitaliste de l’individualisme nous a fabriqué une société qui nous fait courir tout le temps comme hébétés et il faut combattre cela, car parfois c’est par plaisir, or personne ne peut vivre ainsi pressé en permanence, à ces niveaux d’angoisse qui font que les gens tombent malades et qu’ils veuillent même se battre avec tout le monde. Cela ne permet pas de voir la véritable Caracas, celle qui se retrouve un dimanche et fait une soupe collective. Cette Caracas où d’un rien naît une rumba, une fête, un mauvais tour, un joli boniment. Il faut retrouver cela, voilà la culture de la Paix.

— Quelle est votre plus grande préoccupation?

— La jeunesse. Une des choses qui me préoccupent beaucoup c’est cette tendance destructrice que l’empire nord-américain et la bourgeoisie veulent inoculer chez nos jeunes, avec comme devise « consomme à en mourir ». La jeunesse est une saine préoccupation, non pour les juger mais pour les accompagner car j’ai été jeune moi aussi et j’ai été très révoltée, je suis très reconnaissante à ma famille de ne pas m’avoir laissée seule dans ma période de plus grande révolte. Et avec le reguetón, tous ces hits commerciaux érotiques, et la petite fille qui tombe enceinte, surgit le thème de la sexualité, propre aux jeunes, car aujourd’hui ils sont initiés de plus en plus tôt. Il y a des gens qui ont peur de ce sujet, mais moi, non, rien n’est plus naturel, sans elle l’humanité n’existerait pas. Mais si l’on écoute les chansons c’est presque un retour à l’animalité … qu’est-ce que cela ?… où est passé l’amour, le fait de tomber amoureux ? – demande-t-elle, se plaignant des paroles des chansons de reguetón.- Nous cessons d’être des animaux et redevenons des êtres humains lorsque nous commençons à apprécier chez l’autre la beauté, la capacité à développer le meilleur de moi-même en l’autre, mais il convient au capitalisme que cela se perde. Nous devons dire comme le poète : Il faut lutter pour la joie, pour la beauté, pour l’amour, nous ne pouvons déboucher sur une société de barbares. Nous ne pouvons pas accuser les jeunes, il ne faut pas les laisser seuls – insiste-t-elle, sinon la culture antagonique les avale. C’est pour moi une grande préoccupation car notre pays est jeune. Et cette jeunesse est le futur. Chez nos ancêtres s’occuper des enfants est une affaire collective, cela ne concerne pas que papa et maman, la communauté doit les soutenir et les accompagner et moi, c’est en cela que je crois. Voilà pourquoi c’est mon souci et pour cela on me verra parmi les jeunes.

— Quel est le défi spécifique?

— Nous devons valoriser notre idéologie, nos contenus, notre identité, parce que, parfois, nous ne faisons que reproduire ce qui est étranger, qui nous asservit. Nous devons retrouver et reconstruire notre esthétique … Notre commandant disait que l’homme de la révolution doit être beau, cultivé, soigné, personne de référence, exemplaire. La Révolution est la plus belle chose du monde. Nous devons continuer à fouiller pour retrouver cette Caracas profonde, ce Venezuela profond, qui est capable de faire ce qu’il a fait le dimanche des élections. Au milieu d’une guerre comme celle que nous connaissons, où l’on croirait qu’il n’y a aucun motif pour nous faire bouger, qu’il n’y a rien ni personne à soutenir car nous sommes dans un conflit permanent, la saleté, le ticket de bus, la monnaie … tout un problème et la file en prime, pour s’approvisionner… au milieu d’un machin chaotique … et malgré tout cela le peuple a dit oui, mais c’est la Révolution et non le capitalisme qui va résoudre cela … peut-être n’a-t-elle pas tous les arguments, mais notre peuple sait qu’ils sont en train d’attaquer tout ce que Chavez a fait, afin d’enfoncer Nicolás Maduro… Ce qu’eux ne savent pas c’est que, nous les chavistes, nous sommes têtus et avons de la mémoire. Je suis militante, missionnaire de cette unité extraordinaire qu’il faut nouer sans cesse entre notre direction et notre peuple indissociable, pour l’unité, pour la détermination, pour l’adéquation, pour les enjeux, pour les défis. Nicolás est présent, un homme du peuple, courageux. C’est la plus belle qualité qu’a notre peuple, ils n’ont pas pu nous abattre et ne le pourront pas, ils ne vont pas pouvoir. Je le dis avec ma conviction de femme révolutionnaire, ici il n’y a pas de lâches et personne ne va se rendre.

Dans mon vieux San Juan

Erika est née dans le quartier Los Eucaliptos et jusqu’à quelque temps de là, elle vivait à Capuchinos, deux endroits de la paroisse San Juan. Pour elle, parcourir les rues de Caracas est un plaisir auquel, actuellement, elle s’adonne peu en raison de ses responsabilités politiques. « Je m’en allais de San Juan jusqu’à la Place des Musées, aller et retour à pied. A n’importe quelle heure, et j’étais la personne la plus heureuse du monde. Et cela me manque beaucoup». Le parc naturel Waraira Repano est l’un de ses lieux préférés, non seulement parce qu’il enserre Caracas, mais aussi parce qu’elle le connaît en long et en large car elle y monte depuis l’âge de trois ans quand, avec sa mère, elle allait voir son oncle qui était garde forestier. “Des 5 frères et sœurs, l’aînée et moi- même, gardons ce lien avec Waraira. Je connais presque toutes ses montées et j’y suis restée souvent, en différents moments : joyeux, tristes, méditatifs. Je choisis toujours la montagne. »

Sa façon de se distraire est de voir des films, des séries ainsi que la lecture. Elle dit qu’elle adore les enquêtes policières. Sur la musique, elle nous a dit que ses goûts sont variés, mais lorsque nous lui avons demandé si elle incluait les jukebox elle a éclaté de rire et nous raconta cette anecdote : « J’étais alors ministre des Communes, il était tard, j’étais fatiguée, mais avant d’arriver chez moi, à Capuchinos, je voulais me vider un peu la tête et je suis entrée dans un troquet immonde, tout près. J’hésitai à entrer, mais je me persuadai qu’à cette heure-là personne ne me verrait, alors je suis entrée et j’ai vu qu’il y avait un jukebox, je me suis installée, car il n’y avait presque personne, pour écouter Toña La Negra, la Lupe, Felipe Pirela, Javier Solís… à partir de ce jour, chaque fois que je le pouvais, j’allais faire le vide un petit moment pour « déconnecter un brin ». Sur un ton mélancolique elle se souvient du café Rajatabla. «  Il n’y a pas à Caracas un endroit comme celui-là, il faudrait qu’on rouvre ce bar ! ».

Biographie

La nouvelle mairesse de la Municipalité Libertador de Caracas a été élue le 30 juillet comme députée à l’assemblée constituante pour le District-Capitale. Le 22 septembre le chef de l’Etat l’a désignée comme ministre du Pouvoir Populaire auprès du Bureau de la Présidence de la République. Elle a aussi occupé les portefeuilles ministériels de l’Agriculture Urbaine, celui des Communes et Mouvements Sociaux et a été élue gouverneure de l’état de Cojedes, un mandat exercé de 2012 à 2016. La militante du PSUV (Parti Socialiste Uni du Venezuela) a fait des études de Philosophie à l’UCV et à l’Université Pédagogique Expérimentale Libertador. Elle a été la directrice nationale du Front Francisco de Miranda, organisation politique de la jeunesse vénézuélienne spécialisée dans le travail social. “J’ai commencé à travailler avec le commandant Chávez comme assistante civile. Dans cet espace intime on pouvait percevoir sa qualité humaine, sa capacité à comprendre les personnes et les choses. L’une de ses qualités qui m’a beaucoup marquée ce fut son authenticité, Chávez était ce qu’on voyait, il n’était pas autre chose, affectueux et très juste. Avec Chávez nous avons appris la nécessité de l’étude. « Un cadre révolutionnaire doit être constamment en train d’étudier, il ne peut être une personne superficielle, nous disait-il », se souvient-elle. Comme anecdote Erika nous a raconté qu’une fois quelqu’un l’a fustigée en tant que membre du gouvernement, à quoi, lui, le commandant, lui répondit : « rien de ceci n’est contre toi en tant que personne, c’est la vision révoltée d’un peuple qui un jour s’est dressé contre un gouvernement qui l’a toujours exclus, c’est pourquoi nous nous sommes engagés à écouter notre peuple et à changer la vision qu’il a du gouvernement. Voilà pourquoi nous devons être de plus en plus révolutionnaires. Ce peuple n’a jamais pu parler. Il faut toujours gagner son adhésion afin qu’il nous accompagne aussi fortement qu’il nous critique, car nous sommes convaincus que c’est le gouvernement révolutionnaire lui-même qui va établir les bases de la libération. »

Source : ODRY FARNETANO / CIUDAD CCS, http://ciudadccs.info/entrevista-erika-farias-restituir-poder-al-pueblo-la-caracas-queremos/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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