« Chavez a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières des discriminations », entretien avec Maria Gabriela Blanco

Le Réseau de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne (@redeuropave) rencontre María Gabriela Blanco, membre de l’Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) et militante active en Belgique au sein de Venesol et INTAL Amérique latine, membres du réseau.

Née à Higuerote, dans l’État de Miranda, Gaby Blanco (photo) a étudié l’Économie sociale à l’Université Nationale Polytechnique Expérimentale des Forces Armées et a été chroniqueuse pour l’hebdomadaire culturel Todos Adentro dans la rubrique Diversité populaire. Elle collabore depuis 2012 au magazine Épale CCS dans la rubrique Soberanía Sexuales et vit actuellement à Bruxelles. Elle nous explique comment ce collectif comprend le processus bolivarien au Venezuela et pourquoi il convient de le défendre.

Différents collectifs, mouvements, organisations sociales, partis politiques et vous, Alianza Sexo Género Diversa Revolucionaria (ASGDRe) font partie du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne. Qu’est-ce qui vous a unis pour faire partie de ce projet pour la défense de la souveraineté et de l’autodétermination du peuple Vénézuelien ?

Je dois d’abord décrire l’organisation qui m’a appris ce que signifie être chaviste, surtout à une époque où le fait de prendre des positions qui dérangent en haut lieu entraîne régulièrement des attaques discriminatoires. L’Alliance Sexo Género Diversa Revolucionaria, ASGDRe, créée en 2009, est un collectif composé de personnes de sexualités et d’expressions de genre diverses, dissidentes de l’hétéronorme (femmes et hommes lesbiennes, trans, homosexuelles, hétérosexuelles et fluides), que nous organisons pour créer, renforcer et consolider la lutte pour nos droits en tant que population discriminée et exclue.

À partir de là, nous nous proposons d’assumer un rôle historique, participatif et moteur dans les luttes des peuples opprimés, c’est pourquoi nous rappelons toujours que nous sommes le fruit de la Révolution bolivarienne. Le travail que nous réalisons nous le faisons à partir de nos relations quotidiennes intimes et sociales, à partir de nos communautés, de notre condition de classe, de nos moyens alternatifs d’éducation et de formation et des espaces d’organisation populaire. En tant qu’Alliance, nous affirmons le besoin fondamental de formation interne ainsi qu’avec les autres communautés afin de mettre en commun et d’approfondir nos connaissances, ainsi que pour nous reconnaître mutuellement comme sujets et sujets politiques de transformation et d’émancipation dans les processus de changement social.

Rencontre nationale des mouvements de la sexo-diversité à Caracas

Il ne faut cependant pas tout mélanger, notre lutte et nos réflexions n’exigent pas le respect ‘diplomatique’ de notre existence, encore moins d’être inclu.e.s dans les logiques de consommation du système capitaliste et patriarcal, nous voulons changer ce système. Nous défendons le fait que le sexe et la diversité des genres font partie d’une lutte de classe et c’est précisément pour cette raison que nous ne sommes pas d’accord avec des objectifs qui sont clairement vindicatifs et fragmentés, mais que nous reconnaissons et nous nous articulons avec de multiples luttes, parmi lesquelles celles des afrodescendants, travailleurs, féministes, paysans, écologistes, indigènes, travailleurs culturels et tous ceux qui sont convaincus de construire un système plus fraternel et humaniste dans la perspective de Notre Amérique. Cela nous amène à faire partie du RÉSEAU EUROPÉEN de Solidarité avec la Révolution bolivarienne qui s’est fondé avec des objectifs très divers, mais communs, ce qui me rappelle beaucoup les débuts de l’ALBA des Mouvements sociaux en 2009.

En Europe, des personnes venues du Venezuela ont demandé le statut de réfugié ou le statut de demandeur d’asile en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre ; au Venezuela, des personnes sont-elles persécutées à cause de cette situation ?

Dans les articles 19, 20, 21, 22 et 23, relatifs aux Devoirs, Droits Humains et Garanties, la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela oblige l’État à garantir, « sans aucune discrimination, la jouissance et l’exercice inaliénables, indivisibles et interdépendants des droits humains » ; stipule également que « toute personne a droit au libre développement de sa personnalité » et donc que « tous sont égaux devant la loi », interdisant la discrimination fondée sur la race, le sexe, la croyance, la condition sociale ou celles qui, en général, ont pour but ou pour résultat de détruire ou de compromettre la reconnaissance, la jouissance ou l’exercice, dans des conditions d’égalité, des droits et libertés individuels.

Ainsi, tout un appareil législatif découle de la Constitution pour protéger en la dotant de droits fondamentaux notre communauté de genre dissident. C’est pourquoi, en l’honneur de la vérité et contre la malhonnêteté, aucun(e) compatriote qui aurait le plein usage de ses facultés ne peut affirmer et demander l’asile au prétexte d’une persécution puisque dans notre pays la diversité sexuelle et de genres n’est pas criminalisée, au contraire, elle est légalement garantie. Aucun fonctionnaire de la Puissance publique nationale n’a le pouvoir de soumettre ou de réprimer une personne trans, lesbienne, homosexuelle, bisexuelle, queer, pansexuelle ou tout autre forme existante en dehors de l’hétéronormatif (Loi du Statut de la fonction de police en matière d’administration du personnel et développement de la carrière dans la police, articles 70 et 143).

De plus, par respect pour les sœurs LGBTQIA qui viennent en Europe en provenance de pays comme le Soudan, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Mauritanie ou le Yémen où l’homosexualité est punie de la peine de mort, il est honteux pour moi de savoir que certains Vénézuéliens ont fait cette requête. Au Venezuela, nous avons également des représentants politiques, qu’il s’agisse de chavistes ou d’opposants qui ont gagné les élections et qui exercent actuellement leur mandat, qui assument ouvertement leur différence de sexe ou de genre.

Il est regrettable que les collègues de l’Association Civile Vénézuélienne Igualitaria, créée en 2012 dans le but d’unir leurs forces avec d’autres collectifs et mouvements sociaux pour développer des stratégies d’information, de formation et de sensibilisation des citoyens en matière de droit à la non-discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, l’identité de genre et l’expression du genre, qui soutiennent le Mariage civil égalitaire comme un de leurs drapeaux de lutte, aient reçu des demandes de Vénézuéliens à l’étranger, pas seulement en Europe, pour obtenir un document, presque comme une faveur personnelle, pour soutenir la thèse de personnes qui disent être persécutées du fait de leur orientation ou identité sexuelle et veulent ainsi obtenir le statut de réfugié. Ces demandes ont été rejetées catégoriquement par cet organisme.

Il faut dénoncer le fait que les pays qui se prêtent à la désinformation et à l’isolement du Venezuela dans le concert international, jouent au jeu statistique de ceux qui fabriquent les « crises humanitaires et migratoires » dans le monde, telles que l’USAID, NED, Open Society Foundation, parmi d’autres opérateurs politiques qui attaquent le Venezuela, en augmentant le nombre de personnes déclarées en asile politique pour renforcer le scénario de la ¨dictature¨. Mais il faut dire aussi que le Venezuela, comme le reste de notre Amérique et les pays d’Europe plus ou moins égaux en droits, souffre de la maladie du machisme, héritage de l’ « ancien » monde colonisateur. C’est une dette historique due à notre communauté, victime de l’hétéropatriarcat. C’est là que l’héritage du commandant Chávez reste pertinent, puisque c’est lui qui a lancé l’appel féministe pour faire tomber les barrières de la discrimination et nous intégrer dans les politiques de l’État.

Comment s’y prendre à partir du Réseau européen ou de collectifs comme ASGDRe pour contrer la manipulation des médias et la désinformation sur ce qui se passe au Venezuela ? Comment briser ce siège médiatique, quelles alternatives avons-nous ?

Il faut raviver la rébellion et la créativité des médias populaires et alternatifs qui ont tant contribué à la prise de conscience, à l’organisation et à la mobilisation du pouvoir populaire au Venezuela. La résistance, la guérilla et la contre-offensive communicationnelle ont caractérisé les mouvements sociaux et les conseils communaux à une époque où, au Venezuela, nous ne pouvions même pas imaginer être inclus dans les grilles de programmes de la télévision traditionnelle, en raison du caractère hégémonique de ses contenus. Reprendre les stratégies de base de la communication (pochoir, peinture murale, sérigraphie, formation, construction de contenu, agitation), les relier aux outils sociaux actuels et surtout comprendre le territoire et ses habitants comme l’espace symbolique où va s’établir l’artillerie de la pensée. Que faire avec tout cela ? Au Venezuela, même si le courant dominant l’invisibilise, des changements profonds se produisent, les gens se regroupent, réfléchissent, conçoivent leur avenir avec ou sans le blocus.

Nous devons enregistrer et diffuser ce réel pour qu’il devienne viral, tant sur le territoire communal où le processus révolutionnaire se déroule que dans les territoires adjacents (pour les motiver) et ceux qui vivent des expériences similaires (pour les inciter). Pour donner un exemple concret, La Minka, une entreprise de propriété sociale, réalise un travail collectif en faveur de la communauté d’Altagracia et de La Pastora à Caracas. En ce moment le thème de leurs luttes se résume dans le slogan : « Espace vide, espace récupéré », qui leur permet de développer une stratégie pour promouvoir l’agriculture urbaine. En plus de fonctionner en tant que Maison Culturelle, La Minka est aussi une boulangerie, une production de textiles, organise des ateliers de danse, de poésie, de théâtre, de graffitis, et participe aux débats dans les Assemblées Populaires. Elle réalise aussi un travail de guérilla de communication en enregistrant l’événement politique depuis la base, en direct avec ceux qui le vivent. Cette expression d’autogestion communale est certainement une de celles que le Réseau peut promouvoir et accompagner pour équiper notre artillerie de défense de la Révolution Bolivarienne…

Comment renforcer la solidarité internationale avec le Venezuela et défendre le processus révolutionnaire depuis l’Europe ou la Belgique ?

En termes vénézuéliens, le Réseau doit serrer les coudes avec notre peuple qui fait l’impossible pour résister aux agressions de cette guerre non conventionnelle. La communication, comme je l’ai expliqué précédemment, est stratégique, elle doit être une priorité, puisque l’ennemi parie sur l’occultation et la désinformation par rapport aux transformations politiques qui se mettent en place.

C’est pour cela que le flux d’information doit être constant, véridique et immédiat, afin de ne pas donner au lobbying des médias qui désinforment une chance de se positionner aussi facilement. Ce type de diffusion, je l’imagine à partir de l’essence même de la guérilla communicationnelle, avec une utilisation maîtrisée des ressources, un message clair et une compréhension de ce que nous voulons transmettre. Et ce que nous voulons transmettre sera en accord avec les camarades qui sont sur le territoire. Rien ne peut se faire sans l’avis du peuple vénézuélien. Je crois que le RÉSEAU devrait avoir un bureau au Venezuela chargé de s’articuler avec les mouvements sociaux, les communes et les plates-formes citoyennes pour planifier des campagnes et des stratégies de solidarité. En 2019, par exemple, en Amérique latine, l’Assemblée internationale des peuples aura lieu au Venezuela et les réunions préparatoires ont déjà commencé et je crois que le Réseau doit exprimer son soutien et son intérêt à participer à cet espace… Nous devons également faire un travail de persuasion avec les camarades des différentes gauches européennes pour accompagner cette construction sans précédent que nous appelons le Socialisme du 21e siècle, qui n’a pas de modèle, qui s’appuie sur l’approfondissement des communes, sur l’articulation constante avec les mouvements nationaux, citoyens et les plates-formes continentales d’intégration comme l’ALBA, la CELAC, Unasur, ASA, au lieu de jouer le jeu d’une droite internationale qui table sur l’isolement d’un pays qui, comme Cuba, a été pour beaucoup de frères l’espoir d’un autre monde possible.

Traduction: VeneSol, https://venesol.org/2018/12/27/asgdre/#more-3077 

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“Les médias sont obligés d’occulter 90 % de la population vénézuélienne, celle qui tente de s’organiser” (interview de Thierry Deronne, l’un des créateurs de TERRA TV)

Interview réalisée par le Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne @REDEuropaVE

Nous rencontrons aujourd’hui Thierry Deronne. Né en Belgique, il vit depuis 25 ans au Venezuela. Cinéaste, documentariste, professeur universitaire et journaliste, il travaille à rendre visible ce peuple vénézuélien qui, malgré les agressions externes auxquelles il est soumis, continue à nous surprendre dans la construction d’un « autre monde possible ». 

Ton collectif produit divers documentaires sur la Révolution Bolivarienne tels « Marche » et prochainement « Commune ». Parle-nous de ces productions récentes.

Ces documentaires sont deux productions de TERRA TV, une télévision paysanne que nous avons créée récemment. Nous voulons construire un média cohérent avec notre démocratie participative, citoyenne, non seulement dans le discours mais aussi et surtout dans la manière de s’organiser et dans son mode de production. On peut voir les premières vidéos sur la page Facebook @terratv2018. Le documentaire ¨Marche¨ vient d’être projeté à Londres, Liège et Bruxelles. Nous l’avons réalisé directement avec les compagnes et compagnons de la plateforme paysanne qui ont remonté à pied les quelque 400 kilomètres qui séparent le bourg rural de Guanare de la capitale Caracas. Ils racontent comment, en pleine guerre économique contre la Révolution Bolivarienne, les mafias agraires appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics ont lancé une contre-offensive pour récupérer les terres remises au peuple par le Président Chávez. Et comment ils ont décidé de marcher sur Caracas pour réaffirmer leur appui au Président Maduro, mais aussi pour lui demander de renouer avec la réforme agraire et de faire cesser les assassinats de leaders et militants de la lutte pour la terre.

Le documentaire ¨Commune¨ naît de l’idée de chercher le lien entre luttes paysannes et production d’aliments dans les communes urbaines pour faire face aux pénuries organisées par le secteur privé majoritaire dans l’économie. La relation nouée avec les habitants des Altos de Lídice a ouvert la boîte de Pandore. Le tournage s’est transformé en course quotidienne entre les réunions des comités de santé, la mise en route des boulangeries ou entreprises textiles communales, l’eau, le transport, avec son cortège de doutes, conflits, chutes et rechutes, absences, humour, redémarrages, progrès, reprise à zéro, élections des conseils communaux, bals populaires de salsa, petits déjeuners d’arepas (galettes de maïs, aliment quotidien) pour nourrir les enfants et les ausculter médicalement, jusqu’aux cerfs-volants qui flottent haut par-dessus les terres froides qu’on vient de semer pour les comités locaux d’approvisionnement. Ce documentaire sortira en mars 2019 et comptera huit épisodes d’une heure chacun.

Tu vis depuis longtemps au Venezuela. Que retires-tu de cette expérience, qu’est-ce que ce peuple est en train de construire ? Peut-on l’expliquer en Europe ?

Oui, c’est après une première expérience de formation audiovisuelle dans le Nicaragua sandiniste des années 80 que je me suis établi ici, il y a 25 ans. Ce que je lis dans cet acharnement à vouloir nous détruire de la part du suprématisme des Trump, Macron, Bolsonaro, de l’Union Européenne, dans la résurgence historique d’une Sainte-Alliance médiatico-économique, c’est que nous sommes – entre autres – une avancée dangereuse, contagieuse, rebelle, souverainiste, de l’Afrique en Amérique Latine. Nous sommes les héritiers et héritières des idées égalitaires du président d’Haïti, Alexandre Pétion, qui sauva Bolívar et lui donna des armes et d’importants moyens financiers pour qu’il puisse commencer son Passage des Andes avec son armée populaire d’ex-esclaves et de paysan(ne)s et libérer d’autres peuples de notre Amérique. Les vénézuélien(ne)s surprennent jusqu’à leurs propres structures partisanes quand ils descendent à pied des hauts plateaux, traversent des rivières, forcent des barrages d’extrême droite, pour élire une Assemblée Constituante ou, plus récemment, avec cette marche paysanne historique qui a parcouru 400 kilomètres pour soutenir Nicolás Maduro contre les secteurs conservateurs de l’Etat.

Les européens sont prisonniers de leur incapacité à penser un pays hors du cadre et du champ médiatiques. Il est très révélateur que beaucoup à gauche croient que cette guerre économique que l’Empire a conçue et perfectionnée pour détruire le socialisme de Salvador Allende, ou le Nicaragua, ou Cuba, est… une « crise humanitaire » ou la « faillite d’un socialisme dictatorial » au Venezuela. Cette gauche qui s’informe par les « médias » et qui a fini par se faire penser par eux, ne perçoit pas l’objectif impérial de marteler et magnifier, à travers la guerre économique, cette image de migration massive pour justifier une intervention extérieure. La causalité a disparu, substituée par les effets… et les effets sont devenus l’« information ». Les grands médias ont amené les Européens à se couper du monde. Dans le passage de sa politique étrangère sous commande médiatique, l’Europe a perdu pour longtemps sa crédibilité.

Dans notre cas, il y a  quelque chose de plus : les médias sont obligés d’occulter 90% de la population vénézuélienne parce qu’elle tente de s’organiser, que ce soit dans les quartiers populaires ou dans les zones rurales. C’est ainsi qu’en 2017 une minorité violente d’extrême-droite, multipliée par les caméras, s’est transformée aux yeux du monde en « peuple vénézuélien », et grâce à l’inversion du montage des « news », en « peuple réprimé par Maduro ». C’est ainsi que ceux qui ont été emprisonnés pour avoir participé ou organisé des attentats à la bombe, des incendies de maternité, des lynchages d’afrodescendants, etc, sont devenus des « prisonniers politiques ». Si la majorité des Européens croient dans une propagande qui nous ramène aux années trente ou à la Guerre Froide, on comprend pourquoi ils peuvent soutenir des coups d’État ou des invasions armées contre ce qui est en réalité une démocratie électorale et participative, qui bruit quotidiennement des critiques émanant des partis de tout bord et de l’ensemble de la population, dans la rue et depuis les médias en majorité privés et d’opposition.

Avec ce type de films, peut-on desserrer l’étau communicationnel et médiatique contre le Venezuela ? Quel peut être le rôle des médias communautaires, alternatifs pour faire front à la manipulation médiatique et à la désinformation contre le processus bolivarien ?

La révolution bolivarienne a une identité très participative mais notre communication sociale semble incapable de l’exprimer dans toutes ses contradictions et ses potentialités. Par exemple, presqu’aucun média bolivarien ne parle de la tâche difficile et passionnante de construire une commune, alors que c’est la stratégie centrale du chavisme. Passer toute notre vie, jour après jour, à répondre aux mensonges de l’hégémonie médiatique ne nous laisse pas le temps de développer notre propre agenda, de parler du monde nouveau que nous voulons construire.

Un autre problème est celui qu’énonce Clausewitz : utiliser les mêmes armes que l’adversaire peut nous amener à lui ressembler. On le voit par exemple dans la croyance que les médias actuels peuvent servir à exprimer notre processus bolivarien. Jouer sur le terrain de Twitter ou de Facebook – conçus par les grands groupes états-uniens pour multiplier la consommation individualiste, voire narcissique, du réel – nous fait perdre du temps et retarde une tâche stratégique : celle d’inventer des technologies numériques originales, révolutionnaires, qui renforcent l’organisation et la conscience populaires. Les exemples de l’Equateur, du Brésil, etc., nous le rappellent : alors que la gouvernance mondiale s’exerce via les médias et les réseaux sociaux, la gauche reste incapable – ce qui est incompréhensible à ce stade – de créer de nouveaux moyens numériques pour connecter le collectif, de démocratiser radicalement la propriété des grands médias ou encore de refonder des écoles de communication sociale indépendante de la logique du marché.

Hugo Chávez critiquait cette manie de vendre le socialisme comme un savon, comme une vitrine, cette habitude mécanique de nos médias publics d’édulcorer la réalité et d’effacer les critiques qui émanent des quartiers populaires et de la campagne, critiques qu’il voyait comme moteur vital – car populaire – de la révolution. Pourquoi ne pas compter sur l’intelligence du public, sur son désir de participer au sens d’un message, sur sa maturité et sa capacité de comprendre qu’une critique populaire n’est pas une destruction ?

Depuis les années 60 nous savons qu’une communication révolutionnaire doit dépasser qualitativement celle de son adversaire, et qu’il s’agit par exemple de « faire politiquement des films plutôt que des films politiques » (Jean-Luc Godard). Paulo Freire parlait d’“une télévision de la question plus que de la réponse¨. Et Mao Zedong expliquait qu’“une action ne doit pas être une réaction mais une création“. En ce sens, notre école populaire de cinéma a étudié l’expérience des presque 4000 films d’actualité produits par l’équipe de Santiago Álvarez, devenus aujourd’hui patrimoine de l’UNESCO, qui ont pendant trente ans renforcé la révolution cubaine en en déployant sa chronique populaire et souvent critique.

Julio García Espinosa, autre cinéaste et penseur cubain, parle de cette image ¨qui exige, surtout, de montrer le processus des problèmes. C’est-à-dire le contraire d’un cinéma qui se consacre fondamentalement à célébrer les résultats. Le contraire d’un cinéma autosuffisant et contemplatif. Le contraire d’un cinéma qui illustre et embellit les idées ou concepts que nous possédons déjà. Analyser un problème, montrer le processus d’un problème, c’est le soumettre au jugement sans rendre le verdict. Il y a un type de journalisme qui consiste à donner le commentaire plus que l’information. Il y a un autre type de journalisme qui consiste à donner les nouvelles mais en les mettant en valeur par le montage et la mise en page. Montrer le processus d’un problème, c’est comme montrer le développement lui-même de la nouvelle, montrer le développement pluraliste de l’information.¨

Une partie de l’équipe de Terra TV réunie à Caracas entre tournages ou ateliers parmi les mouvements sociaux, un projet qu’on peut découvrir et soutenir ici : https://www.helloasso.com/associations/france-amerique-latine-comite-bordeaux-gironde/collectes/campagne-de-soutien-a-la-creation-de-terratv

Terra Tv fait aussi partie du Réseau Européen de Solidarité avec la Révolution Bolivarienne. Comment vois-tu le travail et comment impliquer davantage de collectifs dans la défense de la souveraineté et de l’autodétermination du peuple vénézuélien ?

Notre ami Marco Teruggi a fait un excellent rapport après sa tournée en Europe effectuée il y a quelques mois. Après avoir observé qu’« aujourd’hui nous sommes pratiquement seuls », une de ses propositions pour sortir des cercles d’habitués est de nouer des relations avec les mouvements sociaux, des organisations de femmes, les syndicalistes, les étudiant.e.s, etc… Nos documentaires cherchent à exprimer l’épopée populaire, le grain de folie de celles et ceux qui construisent, sans tomber dans la vitrine pour convaincus. Ces films rendent visible un peuple vénézuélien qui n’est pas la victime humanitaire, dépouillée de son Histoire, mais le sujet historique, collectif, créateur, qui après vingt ans de révolution ne se lasse pas d’inventer un autre monde possible – raison pour laquelle les médias occidentaux doivent l’occulter.

Source: https://twitter.com/redeuropave/status/1073866045503492096  

Traduction: Philippe Hennebert pour VENESOL www.venesol.org

URL de cet article : https://bit.ly/2Bz5iew

Comprendre le blocus contre le Venezuela: 2e partie, les faits.

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Deuxième partie : les faits. 

La chronologie qui suit nous permet de répondre à trois questions essentielles pour comprendre le blocus contre le Venezuela : « Qui impose le blocus ? A qui l’imposent-il ? Et pourquoi ? » (1).

A la lecture des mesures prises, la réponse à la première question saute aux yeux : ce sont les Etats-Unis, suivit par leurs vassaux latino-américains ou européens. Les faits parlent d’eux-mêmes. Cela se passe de commentaires ou d’interprétations douteuses.

La réponse à la deuxième question coule aussi de source. Alors que certains commentateurs s’évertuent à relayer les éléments de langage de l’administration étatsunienne faisant croire qu’il ne s’agit que de sanctions ciblées sur des personnes, la lecture de ce document nous amène à une conclusion logique.  C’est bien le Peuple vénézuélien tout entier qui est visé. Ce qui est d’ailleurs explicitement revendiqué par le pouvoir des Etats-Unis

C’est d’ailleurs pourquoi nous ne mentionnons pas les sanctions contre des membres de l’Etat vénézuélien (sauf dans le secteur de l’alimentation). Démarré en 2008, ces sanctions individuelles touchent aujourd’hui 51 citoyens vénézuéliens.

Quand à la réponse à la dernière question, elle est la conséquence de la deuxième. Il y a d’abord une réponse en terme géopolitique. Le Venezuela dispose des premières réserves de pétrole au monde, des quatrièmes réserves d’or, son sous-sol regorge de minerais (coltan, thorium, bauxite, fer) et c’est un pays riche en eau douce, en gaz et en diamants. Nous comprenons que cela ouvre l’appétit de certains prédateurs.

Mais pourquoi donc vouloir affamer et martyriser un Peuple dans son ensemble ? Tout simplement parce que ce Peuple de combattants refuse systématiquement depuis 1998 de voir sa souveraineté piétinée par un empire aux services des transnationales. Et ce Peuple à la tête dure a déjà résisté à plusieurs tentatives pour le faire revenir dans le droit chemin des intérêts des dominants.

Le peuple vénézuélien a non seulement démontré qu’une autre voie était possible face au néolibéralisme, mais il a donné des leçons de résistance à bien d’autres peuples de par le monde. C’est donc lui qui doit désormais payer cet affront.

Aux opinions politiciennes biaisées, il faut systématiquement opposer les faits. Toutes discussions ou débats sur le pays caribéen doit nécessairement passer par une analyse des mesures de rétorsion contre l’économie du Venezuela.

Après, seulement après, on peut parler de l’effectivité ou pas des politiques du gouvernement, des options économiques, ou des conséquences sociales de la situation actuelle.

Voici donc une chronologie sommaire des attaques financières, bancaires et économiques contre la Révolution Bolivarienne. Elle ne prend pas en compte les autres dimensions de la guerre hybride menée contre le Venezuela tels que les fronts diplomatique, militaire, médiatique, juridique ou institutionnel.

Avant de parler de l’économie, parlons du blocus.

Barbeles

14 avril 2013 : Nicolas Maduro est élu président de la République Bolivarienne du Venezuela avec 50,61% des voix. Son principal opposant, Henrique Capriles Radonski ne reconnaît pas sa défaite, et appelle ses partisans à prendre la rue. Bilan : 11 chavistes assassinés, 65 blessés.

12 février 2014 – mai 2014 : L’opposition tente de renverser le président par la force. Bilan : 42 morts. 850 blessés. Face à l’échec de ce coup d’Etat et considérant les déroutes électorales, une stratégie économique et financière va être mis en place pour étrangler la population du Venezuela et la retourner contre le gouvernement de la Révolution Bolivarienne.

Décembre 2014: Le Congrès des Etats-Unis approuve la loi 113-278 intitulée « Loi publique de défense des droits de l’Homme et de la Société Civile au Venezuela ». Cet instrument juridique dicte la ligne d’action politique du gouvernement de Etats-Unis et de ses vassales contre le Venezuela. La loi 113-278 établit la possibilité de prendre des mesures unilatérales coercitives contre le Venezuela dans les domaines économiques, financiers et commerciales. De plus, elle stipule de « travailler » dans ce sens avec ses partenaires membres de l’Organisation des Etats Américains (OEA) et de l’Union Européenne.

08/03/2015 : Le président des Etats-Unis, Barack Obama, signe l’Ordre exécutif 13692 (le « décret Obama »). Ce dernier se base sur la Loi des Pouvoirs Economiques en situation d’Urgence Nationale, sur la loi d’Urgence Nationale et sur la Loi 113-278 pour déclarer le Venezuela « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ». Ce décret va permettre l’élaboration légale des attaques économiques que subit le Venezuela depuis cette date.

Avril 2016 : Le blocus financier commence. A partir de cette date, les institutions vénézuéliennes titulaires de compte bancaires à l’étranger se voient stipuler des restrictions pour la réalisation de paiement en dollars.

Mai 2016 : La Banque Commerzbank (Allemagne) ferme les comptes de plusieurs institutions vénézuéliennes dont ceux des banques publiques vénézuéliennes et ceux de Pdvsa, l’entreprise pétrolière.

Juillet 2016 : La banque étatsunienne Citibank interdit á son réseau d’intermédiaires bancaires d’opérer des transactions avec les institutions vénézuéliennes, dont la Banque Centrale du Venezuela.

Août 2016 : La fermeture unilatérale des comptes d’intermédiaire bancaire oblige le Venezuela à opérer à partir d’autres monnaies alors que la plupart des devises obtenues par la vente de Pétrole sont en dollars. Le pays subit de grosses pertes dues aux nouveaux coûts de transaction, de change et de cout opératifs.

Août 2016 (bis) : La Banque Novo Banco (Portugal) informe l’Etat vénézuélien qu’elle ne réalisera plus d’opération en dollars avec des banques ou des institutions vénézuéliennes, á cause de la pression exercée par ses intermédiaires bancaires.

Juillet 2017 : L’entreprise Delaware (qui gère des portefeuilles de titres de Pdvsa) informe Pdvsa que sa banque intermédiaire (PNC Bank) n’acceptera plus de fonds de l’entreprise pétrolière.

Juillet 2017 (bis) : La banque étatsunienne Citybank refuse de recevoir un paiement de l’Etat vénézuélien destiné à l’achat de 300.000 doses d’insuline.

21/08/2017 : La Bank Of China basé au Panama informe le Venezuela, que suite à des pressions reçues de la part du Département du Trésor des USA ainsi que du gouvernement du Panama, elle ne réalisera plus aucune transaction en dollars de ou à destination du Venezuela.

22/08/2017 : Plusieurs banques russes informe le Venezuela de l’impossibilité de réaliser des transactions avec des banques vénézuéliennes en raison de la restriction imposée par les banques intermédiaires des Etats-Unis et de plusieurs pays européens.

23/08/2017 : La banque intermédiaire de l’institution bancaire BDC Shandong stoppe une transaction de la Chine vers le Venezuela d’un montant de 200 millions de dollars. Il faudra plus d’un mois pour que le Venezuela puisse récupérer cette somme d’argent.

24/08/2017 : Donald Trump signe l’ordre exécutif 13808 intitulé « Imposition de sanctions additionnelles à propos de la situation au Venezuela ». Ce décret interdit toute une série de transaction avec l’Etat vénézuélien, et notamment avec Pdvsa, et tout autres entités détenues par l’Etat vénézuélien. Est établie une liste de restriction aux opérations financières :

  •   L’Etat vénézuélien et Pdvsa sont interdits d’émettre de nouveaux titres de leur dette
  •    Interdiction de réaliser des transactions sur les titres émis par le gouvernement avant l’entrée en vigueur de ce décret.
  •  Le versement de dividendes ou de bénéfices au gouvernement du Venezuela de la part d’entités résidant aux USA est interdit. Cela affecte avant tout Citgo, entreprise appartenant à Pdvsa, et qui compte 3 raffineries et 6000 stations d’essence sur le territoire des Etats-Unis.
  •   L’achat de certains bons du trésor vénézuélien et de la dette vénézuélienne est interdit.

La maison blanche déclare que cet ensemble d’interdiction a « été soigneusement pensé pour refuser à la dictature de Maduro une source non négligeable de financement »

Le décret 13808 vise à systématiser les attaques contre les entreprises publiques et les opérations commerciales et financières de l’Etat vénézuélien afin de déstructurer l’économie du pays. A ce sujet, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela et en Colombie, Wiliam Brownfield a déclaré : « La meilleure résolution est de précipiter l’effondrement du gouvernement vénézuélien même si cela implique des mois et des années de souffrance pour les vénézuéliens».

Août 2017 : Suite à des pressions du Département du Trésor des Etats-Unis, l’entreprise Euroclear, une filiale de la banque américaine JP Morgan, congèle les opérations de transaction sur la dette souveraine du Venezuela. Euroclear retient ainsi,  depuis lors, 1 milliard 200 millions de dollars appartenant á la République Bolivarienne du Venezuela.

Août 2017 (bis):La Bank of China de Francfort refuse d’émettre une transaction de 15 millions de dollars, du par le Venezuela à l’entreprise minière Gold Reserve.

05/09/2017 : Le Canada et les Etats-Unis s’associent pour « adopter des mesures économiques contre le Venezuela et contre les personnes qui contribue activement à la situation actuelle dans le pays ».

Octobre 2017 : La Deutsche Bank informe la banque chinoise Citic Bank de la fermeture de ses comptes chez ses intermédiaires bancaires pour avoir accepter des paiements de Pdvsa.

Octobre 2017 (bis): Le Venezuela achète des vaccins et des médicaments á l’Organisation Panaméricaine de la Santé, filiale de l’Organisation Mondiale de la Santé, et donc sous l’égide de l’ONU.

En vertu de l’extraterritorialité des lois états-uniennes, la banque suisse UBS rejettera le paiement, provoquant un retard de 4 mois dans la livraison des vaccins et déstructurant complètement le système public de vaccination gratuite du ministère de la santé vénézuélien.

03/11/2017 : Le président Maduro annonce que le Venezuela a remboursé plus de 74 milliards de dollars à ses créanciers sur les quatre dernières années. Malgré cela, les agences de notations font augmenter le risque-pays du Venezuela, rendant plus difficile l’obtention de crédits sur les marchés financiers.

09/11/2017 : EEUU sanctionne un groupe de fonctionnaires vénézuéliens au motif de « piétiner la démocratie et administrer les programmes gouvernementaux corrompus de distribution d’aliments ». Les fonctionnaires responsables de l’importation d’aliments dans le pays ne peuvent plus signer d’accord commerciaux favorisant la politique alimentaire du gouvernement.

13/11/2017 : L’Union européenne interdit la vente de matériel de défense ou de sécurité intérieur au Venezuela.

14/11/2017 : L’agence de notation Standard and Poor’s déclare un « défaut partielle » du Venezuela malgré les paiements réguliers de la dette par le Venezuela.

15/11/2017 : La Deutsche Bank, principal intermédiaire de la Banque Centrale du Venezuela ferme définitivement les comptes de cette institution, mettant en danger toutes ses opérations bancaires.

Novembre 2017 : Le Venezuela achète des médicaments anti-malaria (primaquine et cloroquine) au laboratoire colombien BSN Medical. Le gouvernement de Colombie empêche la livraison sans aucune justification.

Novembre 2017 (bis):Les transnationales pharmaceutiques Baster, Abbot, et Pfizer refusent d’émettre des certificats d’exportation à destination du Venezuela, rendant impossible l’achat de médicaments produits par ces entreprises, notamment dans le domaine oncologique.

Novembre 2017 (ter): Les banques intermédiaires refusent plusieurs transactions du Venezuela à hauteur de 39 millions de dollars. Cette somme était destinée à 23 opérations d’achats alimentaires pour les fêtes de fin d’année.

29/01/2018 : Le département du Trésor des Etats-Unis affirme « la campagne de pression contre le Venezuela porte ses fruits. Les sanctions financières que nous avons imposé ont obligé le gouvernement de ce pays à commencer à entrer en défaut de paiement, tant pour sa dette souveraine comme pour celle de Pdvsa. Et nous pouvons assister (…) à un effondrement économique total du Venezuela. Donc notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons. »

12/02/2018 : Le département du Trésor des Etats-Unis élargit les sanctions financières contre le Venezuela et les entreprises vénézuéliennes. La renégociation et la restructuration de la dette vénézuélienne et de celle de Pdvsa émise avant le 25 aout 2017 sont interdites.

Mars 2018 : 15 boxeurs vénézuéliens n’ont pas pu participer aux qualifications pour les Jeux d’Amérique Centrale et des Caraïbes 2018 parce qu’ils n’ont pas pu arriver à un accord avec les agences qui ont mis diverses limites parmi lesquelles le prix du billet qui est passé de 300 à 2 100 dollars par personne quand l’entreprise a appris qu’il s’agissait du transport de la Fédération Vénézuélienne de Boxe.

Lorsque, ensuite, une compagnie privée a proposé un vol charter pour transporter l’équipe, la Colombie et le Panamá n’ont pas autorisé le survol de leurs espaces aériens et le Mexique a fait la même chose.

02/03/2018 : Les Etats-Unis renouvellent, pour un an, les décrets 13692 (Obama) et 13808 (Trump). Le décret 13808 impose six nouvelles mesures coercitives pour attaquer la stabilité financière du Venezuela. Le Bureau des Crimes Financiers des Etats-Unis (FinCEN) alerte les institutions financières mondiales que les transactions avec des entités publiques vénézuéliennes sont suspectées de corruption. Cette accusation sans fondement ni preuve a pour conséquence de freiner le paiement à des entreprises d’alimentation et à des laboratoires pharmaceutiques, rendant difficile l’importation de ces biens. De même, cela aura pour conséquence le gel d’1 milliard 650 millions de dollars appartenant à l’Etat vénézuélien.

19/03/2018 : Le président Trump signe l’ordre exécutif 13827 qui interdit à tout citoyens et institutions d’effectuer des transactions financières avec la cryptomonnaie vénézuélienne « Petro » avant même que celle-ci puisse se négocier sur les marchés de cryptomonnaie. Cette décision est la première du genre dans la courte histoire des cryptomonnaies.

27/03/2018 : Le gouvernement du Panama publie une liste de seize entreprises vénézuélienne suspectées sans preuve de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.

19/04/2018 : Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor des USA se réunit avec des représentants d’Allemagne, d’Argentine, du Brésil, du Canada, de Colombie, d’Espagne, de France, du Guatemala, d’Italie, du Japon, du Mexique, du Panama, du Paraguay, du Pérou, et du Royaume Uni pour leur demander des « actions concrètes afin de restreindre la capacité des fonctionnaires vénézuéliens corrompus et de leurs réseaux de soutien ». Il affirmera que le Président Nicolas Maduro ne possède aucune légitimité pour demander des crédits au nom de son pays. L’objectif est d’assécher financièrement le Venezuela.

Mai 2018 : 9 millions de dollars de l’Etat vénézuélien sont congelés. Ils étaient destinés au traitement de la dialyse. 20.000 patients en seront privés.

Mai 2018 (bis) : La banque italienne Intensa Sanpaolo bloque l’argent destiné à la mise en place du pavillon du Venezuela à la XVI° Biennale d’Architecture de Venise.

21/05/2018 : En raison de la réélection de Nicolas Maduro à la présidence, Donald Trump renforce les sanctions. Il sera désormais interdit à tous citoyens et entreprises des Etats-Unis d’acquérir des propriétés appartenant au gouvernement du Venezuela sur le territoire des Etats-Unis.

25/06/2018 : Le Conseil européen adopte la décision 2018/901 sanctionnant des membres de l’administration vénézuélienne dont ceux opérant dans le secteur de l’alimentation. Cette mesure fait écho à celle prise un an plus tôt par les Etats-Unis (le 9 novembre 2017) afin de rendre impossible l’achat d’aliments par le gouvernement vénézuélien.

01/11/2018 : Le président Trump signe un nouveau décret autorisant le Département du Trésor à confisquer des propriétés à des opérateurs du secteur aurifère au Venezuela, sans que des accusations pénales ou civiles soient nécessaires. Le but recherché est d’empêcher la récupération par l’Etat vénézuélien du bassin minier de l’Orénoque, 4eréserve d’or au monde.

Le Secrétaire adjoint du Trésor des Etats Unis, Marshall Billingslea dans un cynisme absolu, déclarera à ce sujet : « Nous devrions manifester plus d’indignation face aux dommages infligés à l’environnement et aux populations indigènes ».

09/11/2018 : La Banque Centrale du Royaume Uni refuse de restituer au Venezuela 14 tonnes d’or appartenant à ce pays. Il s’agit ni plus ni moins d’une spoliation d’une valeur de 550 millions de dollars.

Voilà, maintenant on peut parler du Venezuela et confronter les points de vue.

Romain Migus

Note :

(1) J’emprunte ces questions pour leur grande pertinence à Carlos Mendez Tovar, écrivain vénézuélien, interviewé par Viktor Dedaj au sujet du blocus contre….Cuba.

Voir Viktor Dedaj, « Sin Embargo – Paroles cubaines contre le blocus », LeGrandSoir, disponible sur https://www.legrandsoir.info/IMG/pdf/sin_embargo_paroles_cubaines_viktor_dedaj.pdf

Source : https://www.romainmigus.info/2018/11/comprendre-le-blocus-contre-le_27.html

Pablo Sepúlveda Allende : « Historiquement l’opposition vénézuélienne a été tout sauf démocratique »

Pablo Sepúlveda Allende est le petit-fils du président chilien assassiné en 1973 lors du coup d’Etat contre le socialisme démocratique de la Unidad Popular. Médecin comme lui, il exerce aujourd’hui sa profession parmi celles et ceux que la révolution vénézuélienne a sortis de l’exclusion. Avec un Réseau d’Intellectuels et Artistes en Défense de l’Humanité, il pousse une note dissidente dans l’océan uniformisé des médias qui modèle de plus en plus la vision de la gauche, surtout en Occident. Nous avons profité de son passage en Belgique pour nous entretenir avec lui, quelques minutes avant la cérémonie organisée en hommage au citoyen Salvador Allende à l’Université Libre de Bruxelles.

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Pablo Sepúlveda Allende au travail dans une communauté indigène du Venezuela, dans ses premières années de médecin engagé dans la révolution bolivarienne.

Alex Anfruns Depuis quelques années les médias internationaux focalisent leur attention sur les problèmes économiques du Venezuela; comment résumeriez-vous la situation actuelle ?

Pablo Sepúlveda Allende – Je vis au Venezuela depuis 2009. Jusqu’alors il y avait une situation générale de bien-être social et économique. La première forte secousse pour l’économie vénézuélienne provint de la dramatique chute des prix du pétrole en 2014, après la mort du comandante Chavez. Un an après l’accession de Nicolas Maduro à la présidence de la République, en très peu de temps les prix du pétrole ont chuté de 120$ le baril en moyenne à 25$. Rappelons qu’historiquement le Venezuela est un pays dépendant du pétrole ; c’est une forme de capitalisme rentier; ses devises en dollars, son produit interne brut, proviennent de la vente du pétrole et servent à financer la totalité des importations. Le pays produit peu. La Révolution bolivarienne a tenté d’inverser cette tendance mais sans résultats très probants à ce jour.

De quelle manière les grandes firmes importatrices, qui sont au cœur de l’économie vénézuélienne, ont influé sur son cours?

Leur rôle a été déterminant et central dans la seconde secousse qui a ébranlé l’économie vénézuélienne : la guerre économique. Ces firmes nationales tirent profit des importations de tout type de produits : des vêtements, des produits alimentaires, des médicaments, des appareils ménagers, etc… Le sabotage de l’économie a été clairement le fait de ces secteurs parasitaires : le stockage et l’accaparement des produits de première nécessité, tels que l’alimentation et les médicaments, ont joué concrètement sur les prix et l’hyperinflation en raison de la pénurie que cela générait.

Y a-t-il d’autres facteurs qui sont entrés en ligne de compte ?

Oui. Un premier élément qui a eu de fortes répercussions sur l’économie a été le contrôle des changes : le dollar du marché parallèle s’est envolé face au bolivar.

Ensuite il y a eu les sanctions économiques décidées par l’administration Trump qui ont eu concrètement pour effet d’assécher les échanges des entreprises vénézuéliennes avec les Etats- Unis ; ces sanctions sont allées jusqu’à la confiscation de leurs avoirs ou comptes bancaires domiciliés aux Etats-Unis.

C’est ainsi que le Venezuela s’est vu confisquer des millions de dollars des banques internationales. Cet argent était destiné à l’achat de produits alimentaires, de médicaments, de pièces détachées, toutes choses vitales pour l’économie vénézuélienne.

La situation économique est réellement très difficile pour toutes ces raisons ; évidemment le gouvernement bolivarien a aussi sa part de responsabilité dans la conduite souvent erronée des affaires économiques du pays. Mais le discours international sur une prétendue «crise humanitaire » est très loin de la réalité. La situation des secteurs populaires vénézuéliens n’est guère plus difficile que celle de leurs homologues colombiens, mexicains , brésiliens ou d’Amérique centrale.

On entend cependant parler de l’impact que cette crise a sur l’émigration; quelle part de vérité y a-t-il là-dessous ?

Historiquement, le Venezuela n’a jamais été un pays d’émigration. Actuellement, oui nous nous trouvons face à un phénomène de migration suscité par la crise interne au pays, mais soyons clairs, il ne s’agit pas de réfugiés. Une chose c’est de parler de migrants, l’autre de refugiés ; ces derniers, par définition, ne veulent ou ne peuvent pas revenir dans leur pays car il y a danger pour leur vie, à cause de leur idéologie politique, de leur origine raciale, de leur religion ou à cause d’un conflit intérieur ou d’une guerre.

Rien de tout cela ne caractérise la situation interne du Venezuela. Tout simplement les gens émigrent pour des motifs économiques ; et dans de nombreux cas ils ont été induits par des campagnes médiatiques orientées. Par ailleurs les chiffres sont parlants : le nombre global d’émigrés vénézuéliens est, de loin, très inférieur aux six millions de colombiens réfugiés et accueillis au Venezuela, ou aux millions de centraméricains et mexicains qui tentent de trouver refuge aux Etats-Unis.

Que dire du concept « d’état en faillite » avancé par des spécialistes ? Ça peut s’appliquer au cas du Venezuela ?

Là encore on est loin de la réalité. La notion d’état failli suppose que ses institutions ne fonctionnent plus, qu’elles ne sont plus capables d’affronter une quelconque situation donnée. Or pour ce qui est du Venezuela, il n’y a rien de plus faux ; malgré les difficultés la réponse du gouvernement bolivarien a été à la hauteur : distribution régulière de vivres aux secteurs populaires les plus nécessiteux au travers de la remise mensuelle, à un prix dérisoire, de paquets contenant des produits alimentaires de base, difficilement trouvables sur le marché à cause des pénuries entretenues par les spéculateurs. Les autres institutions fonctionnent normalement, qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation, etc…

Ajoutons à cela que le gouvernement bolivarien facilite le retour des migrants vénézuéliens qui le souhaitent. Pour nombre d’entre eux la situation d’immigrés dans les pays d’accueil comme la Colombie, le Pérou, l’Equateur ou le Brésil a été compliquée ; beaucoup de migrants de la classe moyenne croyaient trouver dans ces pays de meilleures conditions salariales et sociales, et se sont souvent heurtés à des manifestations de xénophobie à leur encontre. Par exemple, un avion a été envoyé au Pérou pour rapatrier quelques centaines de migrants vénézuéliens qui s’étaient volontairement rapprochés de leur ambassade ; les mêmes opérations se sont déroulées en Colombie, au Brésil.

Un état failli n’aurait pas été en mesure de procéder à ces opérations, ni d’assurer la subsistance de millions de familles dans le pays grâce au réseau de distribution des CLAP (comités locaux d’approvisionnement et de production) , sans compter les autres programmes sociaux comme la Misión Vivienda (Mission Logement) qui a permis la remise de plus de 2 millions de logements à autant de familles (et ce programme perdure puisque ce sont des centaines de logements qui continuent à être livrés mensuellement).

Rencontres et conférences en Belgique (2018)

Nous avons souvent entendu les déclarations de soutien du Parlement européen à l’opposition vénézuélienne. Les valeurs dont ce Parlement pare cette opposition, présentée comme « démocratique », avec des « prisonniers politiques », etc… reflètent-elles bien les valeurs qui sous-tendent les actions et les projets de cette même opposition à l’intérieur du Venezuela ?

Les dirigeants de l’opposition au projet bolivarien ont été tout sauf démocratiques. Ils ont soutenu la tentative de coup d’état contre Chavez en 2002 ; tous les partis d’opposition et leurs dirigeants sans exception ont été présents physiquement, des vidéos en font foi. Il y a quantité de preuves que leurs actions n’avaient rien de démocratiques. Quant à ceux qui sont appelés « prisonniers politiques », nous avons le cas emblématique de Leopoldo Lopez. Il n’est aucunement prisonnier politique, c’est un responsable politique qui a appelé à la sédition, et dans tout état de droit qui se respecte, appeler au renversement d’un gouvernement par des actions violentes est un acte qui tombe sous le coup de la loi. Plus précisément : en 2014 Lopez a appelé ses partisans à protester violemment dans la rue, dans le cadre d’une opération appelée « la salida » (la sortie). Les médias internationaux présentèrent ces manifestations comme des manifestations pacifiques, mais les images et les videos témoignent de leur caractère extrêmement violent. Ces manifestations ont coûté la vie à 43 personnes ! Lopez est donc ni plus ni moins accusé d’incitation à la violence et à la haine ayant entraîné la mort, et de tentative de renversement d’un gouvernement légitimement élu.

Un autre cas emblématique est celui de Julio Borges contre lequel un mandat d’arrêt a été lancé ; poursuivi par la Justice Il est actuellement hors du Venezuela. Voilà un dirigeant politique qui a parcouru le monde et les centres du pouvoir en Europe et aux Etats-Unis pour demander une intervention militaire, inciter au blocus et aux sanctions contre le Venezuela. La mise en œuvre des sanctions représente un véritable châtiment contre le peuple vénézuélien qui en est la première victime, vu que le gouvernement voit ses marges de manœuvre restreintes pour importer des produits de première nécessité tels que des produits alimentaires, des médicaments ou des pièces détachées. En appelant de ses vœux plusieurs types d’intervention contre son pays, dont l’option militaire, Borges s’est rendu coupable de trahison envers la patrie, légitimement punie par n’importe quelle législation dans le monde.

Un autre cas concerne le jeune député Requesens, antérieurement dirigeant universitaire. Ça fait un moment qu’il aurait dû être en détention en raison de sa responsabilité dûment prouvée dans les protestations extrêmement violentes de 2017 qui ont coûté la vie à environ 120, 130 personnes, où des gens ont été brûlés vifs ou lynchés simplement parce qu’ils étaient soupçonnés d’être chavistes. C’était une politique de haine terrible et je suis sûr qu’en Belgique ou dans n’importe quel pays européen elle serait condamnée pour « incitation à la haine et à la violence ». A cette époque ce député fit un appel depuis une université de Miami à «créer les conditions d’ingouvernabilité au Venezuela, pour favoriser une intervention étrangère dans le pays ». Ça aussi, partout dans le monde on peut le qualifier de « trahison à la patrie ». Mais s’il est actuellement arrêté ce n’est pas pour tout ce qui précède, et qui aurait amplement justifié son arrestation ; Il est sous les verrous en raison du témoignage du journaliste péruvien de droite Jaime Baily qui affirme que Requesens est impliqué dans la préparation et le déroulement du magnicide frustré contre le président Nicolas Maduro d’août dernier. Il a été arrêté suite à cette confession, les preuves des enquêtes menées ont confirmé sa participation et lui-même est passé aux aveux. Ce n’est donc pas non plus un cas de prisonnier politique, rien ne prouve non plus qu’il ait été torturé ; une personne torturée porte des traces, et les divers documents ou photos de Requesens publiés après son arrestation ne montrent aucune évidence de mauvais traitements.

Toutes ces personnes qui s’auto-proclament « prisonniers politiques » sont détenues en raison de leurs actions violentes et leurs infractions à la loi en vigueur, pas pour leurs idées politiques. Actuellement au Venezuela il y a beaucoup de dirigeants de l’opposition qui parcourent le pays tous les jours, s’expriment au travers des medias privés en disant tout ce qu’ils veulent contre le gouvernement et il ne sont pas pas poursuivis ni arrêtés pour autant.

Quelle est ta perception de l’histoire récente de la transition démocratique au Chili ?

La transition de la dictature vers la démocratie a été un processus extrêmement négocié et consensuel. S’il est vrai qu’il y a eu un plébiscite, il n’en est pas moins réel qu’il y a eu un accord tacite entre ceux qui ont assumé le pouvoir, la coalition de partis de centre-gauche « Concentración », le haut commandement militaire et l’oligarchie chilienne, accord selon lequel on ne toucherait pas au modèle économique et politique imposé par la dictature, et donc on ne toucherait pas à la Constitution de Pinochet. A aucun moment durant les premières années de transition on n’a remis en cause le modèle économique. Toutes les structures libérales ou anti- démocratiques héritées de la dictature, cadenassées dans la Constitution et le modèle économico- politique, sont restées en l’état. Les réformettes apportées à la Constitution sont vraiment dérisoires.

Que reste-t-il encore à faire pour récupérer la mémoire historique et que justice soit enfin faite pour les victimes de la dictature?

En ce qui concerne la justice on ne peut pas comparer les cas chilien et argentin ; en Argentine il y a eu de nombreux procès contre des militaires de haut rang, ce n’est pas le cas au Chili où ces mêmes procès ont été rares. Et quand il y en a eu, ils se sont déroulés dans des conditions très favorables aux accusés, qui par exemple, ont pu bénéficier de conditions de détention très privilégiées. Une des revendications des organisations de droits de l’Homme est le transfert des détenus dans des prisons moins luxueuses, voire des prisons de droit commun. Ces mêmes militaires continuent à recevoir des pensions millionnaires comparées à celles que touche le commun des citoyens, ou aux indemnisations qu’ont reçues les victimes de la torture ou les familles de disparus.

Donc du côté de de la Justice les choses ne sont pas fiables, et cela perdure malgré la succession de gouvernements de tendances diverses, notamment deux gouvernements dirigés par le parti socialiste, celui-là même qui fut le parti de Salvador Allende mais qui s’est éloigné de ses principes fondateurs. Au parti socialiste ils ne luttent plus pour changer de modèle économique, ils ne croient plus au véritable socialisme ; ils ne remettent même pas en question le modèle néo-libéral dont ils s’accommodent pour gouverner. Les deux gouvernements de Michelle Bachelet et Ricardo Lagos ont ainsi approfondi ce modèle tout en l’agrémentant d’un vernis droit-de-l’hommiste mais en omettant d’emprisonner les militaires de la dictature. Un musée de la Mémoire a bien vu le jour, et il est certes utile pour garder la mémoire des horreurs de la dictature, mais aucune avancée ne s’est produite en terme de justice réelle : tout est encore à faire en la matière.

Et du côté du peuple chilien, y a-t-il des indices d’un changement à venir ?

Ce qui est intéressant c’est que ces dernières années, et notamment à partir du mouvement étudiant, il y a eu un réveil des citoyens chiliens pour remettre en cause le néo-libéralisme dominant et sa logique de marchandisation de tous les aspects de la vie en société. Ce sont donc les étudiants qui ont été à l’avant-garde en luttant contre la privatisation de l’enseignement; il y eut une prise de conscience générale que l’éducation ne peut pas être payante.

Dans d’autres domaines, tel celui de la santé, le peuple chilien commence à contester les bases idéologiques du néolibéralisme. Le réveil est une réalité et il se manifeste par l’élection de 20 députés de gauche lors des dernières élections qui viennent de façon inédite bousculer le bipartisme bien rôdé au Parlement entre la droite et la Concertación.

Enfin il faut souligner la résistance continue du peuple mapuche, victime de violations flagrantes des droits de l’homme. Mais sur ce sujet il est curieux de constater que rien ne transpire à Genève ni au Parlement européen. D’autres luttes ont également été réprimées. La tendance fasciste du gouvernement de Piñera est évidente et il reste à espérer que le peuple chilien réagisse à la hauteur du danger et apprenne à mieux se défendre.

Source : Journal de Notre Amérique, Investig’action, octobre 2018.

Traduction : Jean-Claude Soubiès

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Au Venezuela, les femmes grandissent politiquement

Par : Geraldina Colotti, 30/10/2018

Entretien avec la dirigeante bolivarienne Maria Rosa Jiménez lors du IIème Congrès des Femmes Vénézuéliennes.

Maria Rosa Jiménez (au centre, avec la fillette) et ses compagnes de lutte

En tant que Secrétaire Exécutive des Missions et Grandes Missions, ces programmes sociaux créés par Hugo Chavez et appliqués dans les différents domaines de compétence des ministères correspondants, Maria Rosa Jiménez joue un rôle prépondérant qui lui permet de prendre le pouls de la Révolution Bolivarienne et, en particulier de celui des femmes.

Maria Rosa est aussi secrétaire exécutive du Mouvement “Somos Venezuela” qui organise 287.000 jeunes, en majorité des femmes, en comités de porte-à-porte déployés sur tout le territoire. Ces jeunes se rendent dans chaque famille pour expliquer et mettre en pratique le système de protection sociale conçu par le Président Maduro et approuvé par l’Exécutif, par le biais du Carnet de la Patrie. Elle est aussi présidente de la Grande Mission Logement de la Patrie, destinée à 6 millions de familles  principalement sous forme de versements d’allocations. Ce projet, nous explique Jiménez, est basé sur l’article 10 de la Constitution Bolivarienne approuvée en 1999 qui porte sur la reconnaissance du travail domestique et éducatif des femmes, en le considérant comme un travail social qui génère de la valeur et dont l’Etat doit tenir compte. 

Quelle expérience de la la problématique hommes-femmes t’a apporté ton parcours politique?

La Révolution a dès le début adopté la question de l’égalité entre les sexes comme axe central de sa politique, considérant qu’il était indispensable de lutter pour le respect des droits de la femme, contre la violence patriarcale et pour l’égalité des sexes. Aux yeux de Chavez, le socialisme devait être féministe et pour le rappeler, il a proclamé le 25 octobre journée nationale du socialisme féministe. Dans un modèle de société socialiste, la production sociale doit nécessairement être égalitaire et le travail des femmes au foyer doit être considéré comme une tâche assumée par la collectivité entière et non seulement par la femme. De mon point de vue, les femmes ont grandi politiquement au cours de ce parcours révolutionnaire depuis que Chavez nous a invitées à sortir de la sphère individuelle pour nous transformer en sujet politique s’engageant à élaborer des projets, à défendre la Révolution et la patrie (ou plutôt de la Matrie) et à changer le pays, faisant de notre diversité une richesse. Cette diversité, on peut la constater dans le Congrès actuel auquel ont participé divers organisations et mouvements : de la Plateforme Nationale des Femmes au Mouvement Logement de la Patrie et aux organisations du Grand Pôle Patriotique. Y étaient présentes des femmes des différents partis, des collectifs, des organisations de jeunesses, de la diversité des genres :  toutes constituant un mouvement ample et pluriel faisant preuve d’une grande responsabilité du fait que malgré ses différences, il soutient  en permanence la révolution dans les communautés. Ceci est très important.

Nous nous retrouvons en tant que sujet en plein milieu d’une bataille d’idées quotidienne que nous menons aux côtés de la révolution bolivarienne. Tout en découvrant que même en étant des leaders politiques, nous pouvons faire l’objet de violences patriarcales, d’abus et de fémicides, ce qui nous amène à réfléchir sur la nature systémique de la violence contre les femmes. Le fait que la lutte politique que nous menons est non seulement destinée à garantir des biens et des services à la population, mais aussi à nous libérer des formes de domination exercées par la société capitaliste, nous amène à réfléchir et à trouver des solutions pour combattre et désactiver cette violence en agissant d’une autre manière, à partir d’un nouveau point de vue et d’une position différente dans la société par rapport au genre.

Quelle est le débat qui a conduit à ce 2ème Congrès et dans quel contexte a-t-il eu lieu?

Je voudrais tout d’abord évoquer quelques épisodes tragiques qui nous ont directement touchées. Dans le Mouvement Logements de la Patrie Eulalia Buroz, nous avons fait l’expérience du fémicide de Celia Silva le 22 octobre de l’année dernière, et plus récemment, de celui de Mayell Hernandez. Ce sont deux indices de l’équilibre qui est en train de s’établir entre la force des femmes et la révolution bolivarienne. Le fémicide de Celia nous a beaucoup marqués, car elle travaillait avec nous dans le Mouvement Logements de la Patrie et luttait pour les droits des femmes. Nous la pleurons et soutenons sa famille. Nous sommes en mesure d’affirmer que justice ne lui a pas été pleinement rendue car même si l’assassin est en prison, le procès portant sur la pénalisation du fémicide n’a toujours pas eu lieu. Cependant, dans le cas de Mayell, le mouvement des femmes s’est mobilisé immédiatement après le fémicide et l’assassin, d’abord relâché, a fini par été arrêté. Mais c’est le Mouvement d’artistes et d’intellectuels dont elle faisait partie qui a contribué à donner de la visibilité au fémicide, en se mobilisant aux côtés des femmes et  en mettant en évidence que le coupable avait agi par haine contre les femmes, pour infliger des sévices à un corps féminin, le rendre vulnérable et le dominer jusqu‘à sa destruction.

Cette présomption de responsabilité de la part des hommes a permis de montrer qu‘il s’agit d‘un fait culturel, d’enclencher un mécanisme juridique et de susciter le débat. Pour notre part, nous avons un président féministe, Nicolas Maduro, qui réclame des projets et des programmes au Mouvement, au Parti, au Gouvernement. La révolution nous donne la possibilité d’organiser des mobilisations de masse, d’agir contre la violence sexiste, grâce à nos actions et contre toutes les formes de maltraitance infligées aux plus faibles que génère le capitalisme. Le crime de fémicide existe juridiquement depuis six ans, mais les directives relative à la lutte contre la violence patriarcale figuraient déjà dans le processus constituant de 1999 et dans la Constitution actuelle. En coordonnant l‘action de l’Etat et celle des mouvements populaires, nous devons convaincre la société de mener une lutte constante pour obtenir un pouvoir politique.  Nous menons nos batailles dans un contexte politique complexe, en plein milieu d’un blocus économique et financier et d’une guerre non conventionnelle imposés par l‘impérialisme. Au cours de l’année 2017, nous avons travaillé sans répit à la mise en place de l‘Assemblée Nationale Constituante et à la préparation des élections.

La guerre économique  a tenté de porter un coup dur aux femmes en les obligeant à s’occuper de problèmes de survie au lieu de s’engager dans des activités politiques. Comment ont réagi les communautés?

Depuis la disparition physique de Chavez, nous sommes toujours en deuil de ce qu’il a signifié pour nous. Nous avons pleinement conscience de la responsabilité qui nous incombe de ne pas trahir son legs. En 2012, lors de sa dernière campagne électorale, j’ai assisté à un évènement qui a eu lieu au stade Aragua. Et je l’ai entendu dire : “Je ne suis pas Chavez, je suis tout un peuple”. C’était un sujet collectif, méthodique et conscient, et il est clair aujourd’hui qu’il était prédisposé à le devenir depuis longtemps déjà.  Je me souviens par exemple du jour où il est venu nous demander, à nous autres étudiants, de consacrer un an à la Révolution en différant nos projets individuels. C’était en septembre 2003, après le coup d’Etat de l’année précédente. Les Missions étaient en train de naître, ainsi que le Front Francisco de Miranda auquel j’appartenais. Nous avons formé un premier groupe qui est parti à Cuba, suivi d’un deuxième. Dès le départ, nous étions surtout des femmes à faire partie de cette force sociale de la Révolution. Chavez commençait déjà à évoquer le Projet d’Intégration de l’Amérique Latine, l’ALBA.

Il ne s’est pas seulement consacré à administrer un Etat, mais aussi à persuader les gens à s’organiser en pouvoir populaire. Qui sommes-nous? Nous sommes les filles et les fils de celle qui se lève à 4 heures du matin pour préparer des empanadas, les filles et les fils de travailleurs, de paysans, nous ne faisons pas partie de la bourgeoisie mais d’un peuple que Chavez a formé. C’est pour cela qu’à la fin de sa vie, après avoir  demandé à ses médecins de le laisser rentrer de Cuba pour transmettre un dernier message à son peuple, il avait dit : “Que personne ne s’y trompe, aujourd’hui nous avons une Patrie”. J’étais alors enceinte de sept mois. J’ai appelé ma fille Alba Lucia. Puis les forces de la droite ont lancé une offensive violente de rue pour anéantir notre identité de peuple et de patrie. Mais nous, après la victoire de la droite au Parlement en 2015, nous avons compris qu’il fallait continuer à agir plus consciemment encore en tant que peuple. Nous avons compris et soutenu les propositions de Nicolas Maduro qui configurent une nouvelle réalité. Comment vivons-nous la guerre économique ? En résistant. Nous avons compris qu’il nous fallait rester unis face dans le projet de Nicolas, un camarade conséquent, qui agit de concert avec son peuple et ses leaders, convaincus de notre capacité à développer notre propre modèle alternatif au capitalisme.

Quels sont les objectifs et les enjeux du Congrès actuel ?

En premier lieu, préciser le modèle de société que nous voulons construire en réponse aux attaques impériales et aux limites du système rentier du pétrole. Un modèle dans lequel la question du genre sera déclinée sous tous ses aspects, la lutte contre le machisme et le système patriarcal y représentant la force centrale de la révolution. En fin de compte nos luttes seront gagnées grâce au travail et aux efforts poursuivis par les communautés populaires.

Source : https://www.alainet.org/es/articulo/196259

Traduction : Frédérique Buhl

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Entretien avec Marco Teruggi, auteur de Mañana será historia, un journal intime frénétique sur la réalité vénézuélienne

Leandro Albani  /  Traduit par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Depuis plusieurs années, le Venezuela est dans l’œil du cyclone mondial. Le journaliste Marco Teruggi raconte cette réalité dans son nouveau livre.

Lire Mañana será historia. Diario urgente de Venezuela  (Demain, ce sera de l’histoire, Journal urgent du Venezuela), c’est se lancer dans un fleuve impétueux qui, parfois, nous permet un bref répit pour souffler, puis nous entraîne à nouveau dans des courants frénétiques dont nous ne savons pas vers quelle destination finale ils vont nous emmener. Ce tourbillon que l’on respire en tournant chaque page du livre est le même qui fait vibrer l’histoire du Venezuela.

Publié par Editorial Sudestada, Mañana será historia… peut être un guide pour ceux qui cherchent à comprendre la réalité vénézuélienne. Mais il devient aussi un blog quotidien où s’entremêlent révolution et nécessité, toujours à partir d’une histoire qui restitue les voix des principaux protagonistes du processus politique et social initié par Hugo Chávez en 1998 : les hommes et les femmes du peuple, qui refusent de perdre la dignité conquise, qui combattent les ennemis internes et externes, et qui doivent combattre les erreurs de ceux qui, à plusieurs reprises, ont décidé des destinées d’une révolution qui a sorti l’Amérique latine de sa torpeur. Teruggi tisse des pages qui deviennent un road movie à travers les plaines vénézuéliennes puis, quelques paragraphes plus bas, analyse et démêle une situation économique qui n’est pas toujours comprise dans son intégralité dans des pays comme l’Argentine.

Sociologue, journaliste, mais surtout protagoniste des victoires, des tragédies et des contradictions du processus bolivarien, Teruggi, qui vit au Venezuela depuis 2013, est récemment arrivé en Argentine, où il a commencé un marathon de présentations à travers le pays. Auteur de Lo que Chávez sembró. Testimonios desde el socialismo comunal (Ce que Chávez a semé. Témoignages du socialisme communal) (Sudestada, 2015) et des recueils de poèmes Siempre regreso al pie del árbol (Je reviens toujours au pied de l’arbre) (2012) et Días Fundados (Jours fondés) (2014), Teruggi a dialogué avec La tinta sur Mañana será historia…, l’actualité du Venezuela et la figure toujours présente de Hugo Chávez.

 Marco Teruggi

Pourquoi as-tu choisi de structurer le livre comme un journal intime ?

La première question que je me suis posée était de savoir comment raconter toute cette réalité. Quand je dis toute cette réalité, cela va de la vie quotidienne aux conflits internationaux, en passant par l’expérience de l’organisation populaire, la description d’un paysage, une réflexion ou un dialogue. Ce sont les formes qui peuvent contenir cette réalité extraordinaire, qui se trouve à un moment unique de son histoire et qui ne se répétera pas. La forme du journal intime est apparue comme une possibilité d’ordonner tout ça chronologiquement et de permettre à tous les genres que j’ai réussi à construire d’y entrer. Il y a des moments de chronique, de réflexion, d’essai, de littérature de voyage, d’analyse économique et politique plus dure, de dénonciations, de lettres. Toutes ces formes sont des possibilités d’attraper ce que l’on vit et dans quoi on est immergé. L’idée d’un journal signifie que celui qui écrit n’est pas à l’extérieur et observe à partir d’une neutralité supposée, dont certains secteurs du journalisme aiment faire croire qu’elle  existe toujours, mais qu’il est à l’intérieur de ce qui se passe. Et il doit être crédible et savoir de quoi il parle. Le « moi » apparaît peu, mais il apparaît, afin que le lecteur puisse atterrir un peu plus et se demander comment vit et survit cette personne qui lui parle.

Dans le livre, tu te concentres beaucoup sur le processus communal et paysan, pourquoi as-tu inisisté sur ce secteur pour raconter l’histoire ?

D’abord, parce que c’était ma porte d’entrée dans le pays. Quand je suis entré dans le processus révolutionnaire, c’était par cet univers. Et parce que j’ai toujours vu que, dans ce secteur, il y avait un pouvoir de transformation qu’il n’y avait pas dans d’autres, lié au projet proposé par Chávez, de ce qu’il signifiait en termes organisationnels et dans l’horizon de la transformation. Et aussi parce que mes héros et héroïnes étaient toujours là. Mes points de repère, les gens que j’admire le plus, étaient toujours dans ces espaces. Il y a beaucoup de choses qui se passent dans cette dimension : de la merveilleuse expérience communautaire à la tragédie de l’assassinat de dirigeants paysans. Tout cela fait partie de l’espace dont je parle et dont j’analyse souvent la réalité.

Le livre est situé dans un endroit qui n’est ni meilleur ni pire. Il s’agit aussi d’un rythme du pays, alors, à mon tour, je me détache et je tourne l’écriture vers le conflit politique qui se développe. Par exemple, en avril et juin 2017, il y avait des paysans à qui les propriétaires fonciers qui finançaient les secteurs paramilitaires avaient pris des terres, mais l’accent était mis sur l’analyse de la manière dont l’assaut contre le pouvoir prenait forme de la part des forces d’opposition. Précisément, le plus difficile est toujours de faire une synthèse, que tous ces éléments coexistent. La plupart de mes sources d’information, ou là où je pouvais trouver des explications pour la plupart des événements, avait à voir avec l’univers des territoires concrets. Là où il y a une richesse d’information qui n’est souvent pas dans les médias. La particularité du journalisme au Venezuela est que, bien souvent, il est difficile d’accéder aux sources et que celles-ci peuvent être obtenues à partir des sommets politiques et des dirigeants, ou à partir de niveaux très bas dans les territoires.

Comment était-ce d’aborder la question de la bureaucratie et de la corruption dans le cadre du processus bolivarien ?

La corruption n’était pas un problème jusqu’au jour où Maduro, une fois, a dit que c’était le principal ennemi de la révolution. Ce que même les médias d’Etat ont négligé, mais Maduro a insisté. En septembre 2017, lorsque le nouveau procureur général, Tarek William Saab, est arrivé, il a ouvert la situation de la corruption dans ses dimensions les plus fortes, attaquant des problèmes très complexes, comme celui de PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A.). Là, la question a fait l’objet d’un débat public approfondi, même contre la résistance de certains secteurs au sein du chavisme, qui disent que ce n’est pas quelque chose dont il faut parler. Il a été possible de relier  ce débat sur la corruption avec les chiffres donnés par le bureau du Procureur général, ce qui a rendu bien des choses plus complexes. Je pense qu’il y a une dimension de ce qui se passe au Venezuela qui ne peut être comprise sans intégrer ce facteur, sachant qu’il s’agit d’un programme de la droite pour le continent. Mais sachant aussi que le processus bolivarien s’est attaqué à ce problème. Contrairement à d’autres processus, il l’a mis au centre de la table, en disant qu’il fallait prendre ses responsabilités et mener une bataille contre cela.

La question de la bureaucratie a connu une évolution. D’abord, il y avait plus une logique d’analyse, démontrant comment la bureaucratie opère et porte atteinte dans la vie quotidienne, d’une manière invisible, aux processus d’organisation populaire. Cela a ensuite évolué vers un débat autour du projet politique et économique, qui est plus qu’une simple question de bureaucratie. C’est dans cette direction que la ligne stratégique est orientée dans le domaine économique. Le nœud principal du débat le plus complexe est là.

Pourquoi avons-nous vu, ces derniers temps, que le pari sur le communal, le social, l’étatique – en enlevant quelques points clés, comme le PDVSA – a quitté le centre de la scène, pour être remplacé par la question des accords avec le secteur privé ? Qu’y a-t-il derrière cela ? Est-ce seulement tactique ou est-ce stratégique ? Comment les  expulsions de paysans, les assassinats de dirigeants, les difficultés pour les communes à se développer s’inscrivent-ils dans ce débat ? Cela a plus à voir avec l’exercice théorique sur la question de la nature du modèle économique proposé dans la situation actuelle, qui n’est pas idéale. C’est une situation pleine d’erreurs qui se sont accumulées, avec un blocus économique international de plus en plus lourd, en même temps que les secteurs économiques boycottent l’économie. Dans ce contexte, de quoi s’agit-il ? Là, l’exercice est plus théorique sur le type de projet économique, sachant que l’économie, c’ est de la politique concentrée.

Comment peux-tu décrire l’opposition vénézuélienne ?

Coincée par sa propre incapacité à créer des scénarios insurrectionnels ou incendiaires, dans lesquels elle finit par être brûlée par son propre feu. Une grande partie de l’opposition est convaincue que ça ne pourra être résoluque par une solution violente. Ce n’est pas à partir d’une conception idéologique, mais parce qu’ele a commis tant d’erreurs, qu’elle a dilpaidé le peu qu’elle avait, qu’elle est arrivée à un point où elle n’a pas d’autre choix. Mais sa situation est si critique que, pour que cela se réalise, ça ne dépend pas de sa propre force, mais d’un facteur international. Voilà le paradoxe de la question. Ils proposent une issue pour laquelle ils n’ont pas la force, c’est pourquoi ils demandent, avec leurs opérateurs internationaux, une action depuis le front extérieur dans le cadre de la crise humanitaire.

Ensuite, il y a un autre secteur qui oscille entre accompagner la ligne la plus violente et ne pas la soutenir, et dont le gouvernement essaie de se rapprocher pour un dialogue. L’approche continue d’être de construire une démocratie participative au sein d’une démocratie représentative. Nous avons besoin d’une opposition qui participe selon les règles du jeu qui sont établies et, contre la mythologie qu’elle agite, la droite elle-même se charge de la démentir. Quand ils gagnent les élections, ils les reconnaissent, mais quand ils perdent, ils ne les reconnaissent pas. Le problème, c’est que lorsqu’ils se présentent ensemble, certains gagnent et d’autres perdent, alors ceux qui ont perdu demandent à ceux qui ont gagné de ne pas reconnaître leur victoire. Dans leur propre capacité à se tirer dans le pied, ils ont créé une sorte de crise politique profonde qui conduit à la situation dans laquelle, aujourd’hui, leurs principaux porte-parole, leur ligne d’action et leur stratégie se trouvent aux USA, via la Colombie.

Comment apparaît la figure de Chávez dans le livre ?

Elle apparaît d’une manière complexe, comme un point sur lequel revenir pour réfléchir en termes de projet politique stratégique. Cela apparaît dans sa relation sentimentale et émotionnelle très forte avec le peuple, avec ce que Chavez représentait pour des millions de personnes. C’est une absence qui pèse. Il arrive même d’un endroit où on ne sait pas quoi dire. Il y a un texte, c’est l’un des rares articles que j’incorpore dans le livre, sur un anniversaire de la mort de Chávez, et je raconte comment s’est passée l’écriture de cet article et sa difficulté. Parce qu’au sein d’une révolution, il y a des choses complexes à traiter qui font partie de l’apprentissage de la vie dans cette révolution. Comme, par exemple, les secteurs qui usurpent le mot et le nom, se vantent et glorifient, mais qui, dans leur pratique quotidienne, font exactement le contraire. Parfois, le silence est préférable à la msie en avant de questions que vous n’avez aucune raison d’aborder à ce moment-là dans le débat public. Chávez est omniprésent et apparaît parfois comme une absence. Il y a même quelque chose qui ressemble à un cauchemar dont on se réveille et il apparaît.

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Gracias a: Tlaxcala
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Le Président Maduro annonce la création de l’Institut National pour la Décolonisation

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A l’occasion d’une rencontre avec des intellectuels de différents pays qui participaient à la IIIème Ecole de Pensée Critique Décoloniale ouverte au public vénézuélien, le Président vénézuélien Maduro a approuvé la proposition présentée par Enrique Dussel et Ramon Grosfoguel de créer un Institut pour la Décolonisation, qui combattra la formation européo-centrée qui prévaut toujours à l’intérieur de nombreux programmes éducatifs. Le Ministre du Pouvoir Populaire pour la Culture, Ernesto Villegas, a été désigné pour parachever sa création avec le collectif des intellectuels.

La rencontre entre le Chef de l’État et les intellectuels a eu lieu au palais présidentiel de Miraflores à Caracas, et a été retransmise par la chaîne publique de télévision. Les penseurs visitaient le Vénézuela à l’occasion de  la Troisième Ecole de Pensée Critique Décoloniale : Etat et Processus Constituants, qui se déroulait à la Bibliothèque Nationale du Vénézuela entre le 22 et le 26 octobre.

« Ce furent des journées de débat et de réflexion extrêmement intéressantes, pertinentes, profondes et absolument libres » a expliqué le Ministre de la Culture Ernesto Villegas.  « Le gouvernement bolivarien, à travers ses distinctes institutions, leur a donné tout son soutien, mais cela ne s’est nullement traduit en restriction ou limitation, de manière à ce que l’évènement soit un plan pour le débat critique et autocritique des grandes affaires de l’humanité, particulièrement depuis la perspective de la décolonisation ».

Parmi les participants à l’évènement, on dénombre Enrique Dussel (Mexique), Ramón Grosfoguel (Porto Rico), Juan José Bautista (Bolivie, gagnant du Premier pris du Libérateur de la Pensée Critique en 2014), Sabelo J. Ndlovu-Gatsheni (Afrique du Sud), Houria Bouteldja (France), Karina Ochoa (Mexique) et José Romero-Losacco (Venezuela). S’est également joint au rendez-vous à Miraflores, le Directeur général de la Bibliothèque Nationale Ignacio Barreto ; le président du Centre National des Etudes Historiques, Pedro Calzadilla; Adán Chávez, Saúl Ortega, Jacobo Borges, Cilia Flores, Tania Díaz, Nicolás Maduro Guerra et Aurora Paredes, entre autres.

« Ce n’est pas dû au hasard que cet évènement ait lieu ici au Vénézuéla, au milieu du bourgeonnement fasciste qui s’est implanté sur notre continent et dans le monde » a exprimé Villegas. « Le Vénézuela  confirme être le bastion de la lutte pour la décolonisation, l’émancipation, la construction d’une nouvelle société distincte et supérieure au capitalisme sauvage et à celle de la modernité et du colonialisme ».

Les propositions.

Le professeur Ramón Grosfoguel a souligné l’importance de défendre l’anti-impérialisme : «  tout anti-impérialisme n’est pas décolonial, mais on ne peut pas être décolonial sans être d’abord anti-impérialiste ».

A l’intérieur des débats en Amérique Latine, beaucoup de gens se présentent comme anticolonialistes, mais à l’heure d’opiner sur le processus bolivarien au Vénézuela « lamentablement, ceux-ci prennent partit pour la droite pro-impérialiste et néolibérale de ce pays ». C’est pour nous, une contradiction énorme ». Cela indique que le décolonial doit tenir un engagement politique et éthique avec les peuples en lutte pour leur libération.

Il a également suggéré qu’« il faut avoir l’idée de penser conjointement un institut de production de en connaissance décoloniale, qui soit transversal » et qui puisse contribuer « pas seulement une fois l’an, mais chaque jours au Vénézuela ». Il a indiqué qu’il y a une génération de de vénézuéliens « formés pour nous, qui peuvent assumer le projet eux-mêmes et l’emmener ».

Enrique Dussel, académicien reconnu, philosophe, historien, théologien d’origine argentine, naturalisé au Mexique, a signalé que, « par malheur, même dans les processus révolutionnaires avancés comme ceux de Cuba ou de la Bolivie, l’éducation primaire, secondaire et universitaire continuent d’être dispensées depuis une vision européo-centrée de la culture et de la science. «C’est difficile, mais nous devons une fois pour toutes changer le contenu du cursus d’enseignement, afin de changer aussi la mentalité de la jeunesse et de tous les citoyens, et ne pas attendre un siècle mais 4 ou 5 ans ». Il a également soutenu l’idée de former un institut qui pourra fournir un équipement « au niveau économique, politique et agricole » touchant ainsi toutes les activités d’un Etat.

« Nous continuons d’éduquer à la manière d’un français ou d’un nord-américain notre jeunesse et le citoyen, nous pouvons changer cela en peu de temps, avec des équipes qui écrivent des textes d’étude pour tous les collèges du pays, gratuits et qui permettront le changement. A cette fin, l’idée de suggérer la constitution d’un institut d’étude décoloniale, mais qui ne sera pas partie de différents ministères ou secrétariats, mais qui dépendra directement de la Présidence, pour que depuis cet endroit, il puisse irradier toutes les activités de l’État. Et cela signifie que « même la stratégie militaire doit être pensée de manière décoloniale ».

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Approbation de la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela.

A ce propos, le Président Maduro a signifié son accord pour la création de l’Institut National de Décolonisation du Vénézuela, à cette fin , il a désigné pour responsable le ministre Ernesto Villegas. Il a indiqué que cela était absolument nécessaire afin de donner cohérence, articulation et pouvoir avancer dans l’ensemble de ce processus pour consolider une indépendance absolue du pays. «  Pour la consolidation de l’indépendance véritable, il faut approfondir la décolonisation de notre pays, de notre continent et de nos peuples » a insisté Maduro.

« Je donne mon accord pour que l’Institut de Décolonisation soit connecté à la Présidence de la République, mais je désigne de manière publique le compagnon Ernesto Villegas (ministre de la Culture), comme cadre révolutionnaire du Vénézuela, comme grand essayiste politique, institutionnel et culturel pour un plan intégral de décolonisation. Mais avec un sens éminemment pratique ! » Il a manifesté sa pleine confiance en Villegas, et a appelé à installer ces initiatives « qu’elles aient une grande portée et tout le soutien dans tous les sens du terme ».

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a insisté sur le fait que le nouveau devait être enraciné dans les bases de la pensée révolutionnaire, défavorable à la période coloniale, ce qu’a toujours proclamé le Commandant Chavez. “Hugo Chávez était un homme qui changeait les structures et questionnait les paradigmes établit et il construisait de nouveau paradigme depuis la racine populaire vénézuélienne (…) Nous devons aller à un processus de décolonisation intégral du pays, (…) et l’intégrer au Plan de la Patrie 2025 pour consolider les valeurs de la nouvelle culture et l’indépendance du Vénézuela (…) Nous devons identifier comment créer des processus autonomes, pour aller conquérir les espaces qui consolident le 21ème siècle de la résurrection de l’Amérique Latine et des Caraïbes », a-t-il exprimé.

« Je suis convaincu que cet Institut, depuis l’Alba (Alternative Bolivarienne des Peuples de Notre Amérique) fera l’Histoire, pour doter de lumières, d’idées, de projets, les processus inévitables que nous allons vivre en Amérique Latine et dans les Caraïbes » a indiqué le Chef de l’État vénézuélien.

Il a également indiqué que la décolonisation devra s’inclure comme une ligne additionnelle du Plan de la Patrie qui est en quelque sorte le programme fondamental du gouvernement.

En Réponse à Mike Pence.

Maduro a également répondu aux accusations du vice-président des Etats Unis, Mike Pence, qui avait déclaré récemment, que selon les informations reçues par le président du Honduras,  Juan Orlando Hernández, c’était… le Gouvernement vénézuélien qui aurait organisé et financé la déferlante de migrants fuyant la misère de ce pays jusqu’au territoire états-unien.

« J’alerte le monde sur la paranoïa de Mike Pence et des secteurs extrémistes du Gouvernement des Etats Unis contre le Vénézuela. Ils ont une obsession car ils n’ont pas pu nous mettre en déroute, et ne pourront jamais le faire car la Révolution Bolivarienne est décidée à avancer » a souligné le mandataire.

Regarder la vidéo sur Youtube.

A ce propos, il a commenté le danger que représentent de telles déclarations pour sa sécurité et celle du Vénézuela, il a affirmé que les Etats Unis cherchent à démolir la Révolution, formant part d’une campagne de discrédit sans précédent contre la nation.

Maduro a rappelé les différents obstacles qu’a eu à affronter le chavisme depuis son arrivée en 1999, et particulièrement le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002.

« Nous avons du affronter l’assaut durant le premier Gouvernement de George Bush, quand ils vinrent donner un coup d’État, et ils l’ont donné. Ce Palais fût pris entre le 11 et le 12 avril 2002 (…) mais la mobilisation du peuple dans la rue, et l’union civique et militaire, ont fait échouer le coup d’Etat de l’Empire » a-t-il insisté.

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Traduction : Julie Jaroszewski

Source :  http://albaciudad.org/2018/10/presidente-maduro-anuncio-la-creacion-del-instituto-nacional-para-la-descolonizacion-videos/

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Bellicisme tous azimuts : Trump veut reprendre le contrôle de l’Amérique Latine, par Ken Livingstone (RT)

L’auteur : Ken Livingstone, ex-député du Parti Travailliste, ex-Maire de Londres (2000-2008)

Trump intensifie ses efforts pour provoquer des changements de régime dans les pays d’Amérique latine qui refusent de se plier à ses desideratas, tout en gardant un silence hypocrite sur les violations des droits humains commises par des alliés américains comme l’Arabie saoudite.

Ces dernières années, la droite a refait surface en Amérique latine. La première étape de l’élection du prochain président du Brésil a vu le candidat de droite Jair Bolsonaro remporter 46 % des voix. À deux semaines du scrutin final, il mène de 16 %.

Même si les gouvernements progressistes qui placent l’égalité, l’éducation, les soins de santé et la lutte contre la pauvreté au premier plan de leur politique, sont toujours puissants dans la région, la dernière période a été difficile, y compris au Venezuela.

Mais il est également vital, en temps de crise, de se rappeler pour quoi se battent ceux qui, comme nous, participent à des campagnes de solidarité. Le décès d’Hugo Chavez en 2013 nous a tous bouleversés, mais les idéaux et les progrès sociaux pour lesquels il s’est battu ne sont pas morts avec lui. Ceux qui écoutent les médias de droite, ne voient en Chavez qu’un dictateur brutal, et refusent d’admettre qu’il a changé Venezuela en mieux. Chavez ne s’intéressait d’ailleurs pas uniquement à son propre pays : il voulait remodeler le continent tout entier. Il a été une inspiration pour ceux qui, comme lui, voulaient s’attaquer aux énormes inégalités et sortir du système néo-libéral qui nuit à la population.

J’ai eu l’honneur de le rencontrer lorsqu’il est venu à Londres en 2006 et de travailler avec lui par la suite. Ce qui m’a le plus frappé chez lui, c’est que contrairement à tant d’autres présidents et premiers ministres, c’était un homme simple, complètement dépourvu de la vanité ou de l’obsession de célébrité qui défigure tant de nos dirigeants. Il n’était pas issu d’un milieu politique et il avait passé sa carrière militaire à mener la lutte contre les guérillas qui tentaient de renverser le gouvernement réactionnaire du Venezuela. J’ai été très ému quand il m’a dit ce qui l’avait fait changer. C’est au cours d’une escarmouche où l’un de ses hommes, un de ses bons amis, a été abattu. Chavez l’a tenu dans ses bras pendant son agonie, et c’est à ce moment que Chavez a décidé que lui-même et son pays devaient changer.

J’ai pris la parole le week-end dernier lors de la campagne de solidarité avec le Venezuela, organisée pour commémorer le vingtième anniversaire de la première victoire électorale de Chavez. J’ai dit que nous devions faire connaître son vrai bilan.

Malgré les campagnes de diffamation des États-Unis et des médias, la tentative de coup d’État et les efforts incessants de l’opposition pour le chasser par des moyens antidémocratiques, Chavez est resté fidèle à son objectif de sauver le Venezuela. Comme on peut le voir par ses actes politiques :

– Il a mis en place le Programme Mission Miracle qui a sauvé plus de 3,5 millions de personnes de la de cécité en Amérique latine.

– Il a fourni 1,2 million de logements bons marchés aux plus démunis du Venezuela, et ce nombre ne cesse de croître depuis 2010.

– Ses programmes d’éducation ont éradiqué l’analphabétisme au Venezuela, 1,5 million d’adultes ont appris à lire et à écrire.

– Le nombre de Vénézuéliens bénéficiant d’une pension d’État a sextuplé.

– Il a également mis en place un service national de santé qui a permis de sauver la vie de millions de personnes.

Malheureusement, l’économie vénézuélienne est aujourd’hui confrontée à de réels défis, la chute massive des prix du pétrole a sapé l’économie, les exportations de pétrole étant la principale source de revenu du pays. Mais ce qui a causé le plus de dégâts, ce sont les sanctions américaines contre le Venezuela, qui ont commencé sous l’administration Obama, et qui ont été considérablement aggravées par Trump. Il s’agit notamment de l’interdiction pour les États-Unis d’acheter toute dette ou créance du gouvernement vénézuélien et du géant pétrolier public PDVSA.

Il n’est pas surprenant que les sanctions économiques aient accru les pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres biens essentiels tout en limitant la capacité du gouvernement à résoudre les problèmes économiques du pays. Ce sont les Vénézuéliens à faible revenu qui souffrent le plus. Les sanctions ont également accru la polarisation politique, rendant le dialogue indispensable plus difficile au moment où des voix internationales viennent soutenir les efforts du pays pour sortir de la crise.

Pendant sa campagne présidentielle, Trump a clairement indiqué qu’il voulait provoquer un changement de régime au Venezuela et on ne peut pas l’accuser de ne pas tenir sa promesse. Les sanctions contre le Venezuela, en sont la preuve d’autant qu’elles s’accompagnent de menaces d’une intervention armée.

On a appris le mois dernier, grâce au New York Times, que des officiers vénézuéliens dissidents avaient tenu une réunion secrète avec des responsables de l’administration Trump pour discuter du renversement de l’actuel président Nicolas Maduro. L’article expliquait que l’administration Trump avait refusé de les soutenir, mais les sanctions continuent. La Maison-Blanche a refusé de répondre aux questions sur ces entretiens mais a admis ’dialoguer avec tous les Vénézuéliens qui manifestent un désir de démocratie afin d’apporter un changement positif à un pays qui a tant souffert’.

Il y a déjà eu deux tentatives ratées pour renverser le gouvernement de Maduro, dont une en août pendant un rassemblement à Caracas, où deux drones ont explosé sans toucher leur cible.

Ce n’est pas la première fois que Trump menace publiquement d’intervenir militairement. En août 2017, il a dit ’nous avons le choix entre plusieurs options pour le Venezuela, y compris une option militaire si nécessaire.’

Cela fait des décennies que les Etats-Unis s’efforcent renverser des gouvernements progressistes ou parfois même des gouvernements qui affirment simplement leur souveraineté nationale, en utilisant toutes sortes de méthodes qui vont des coups d’État par des moyens détournés et discrets aux coups militaires, des sanctions aux blocus et de l’isolement international aux interventions militaires.

Les manifestations de belligérance tous azimuts de Trump, y compris sa volonté de construire un mur le long de la frontière avec le Mexique, sont accompagnées du versement de millions de dollars à des organisations qui œuvrent contre des gouvernements qui refusent d’obéir aux Etats-Unis, pour réaffirmer le contrôle américain dans la région.

Il n’y a pas que le Venezuela qui subit des sanctions, la République du Nicaragua et Cuba en subissent depuis près de soixante ans. Ce qui n’est jamais dit dans les médias, c’est que ces sanctions sont illégales en vertu du droit international. Mais l’Amérique a un droit de veto aux Nations-Unies et domine les principales institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

Des investissements dans son économie et une diversification qui lui éviterait de dépendre totalement du pétrole permettraient au Venezuela de résister à la politique de Trump. Espérons que le processus de dialogue qui se déroule au Venezuela et le succès des récentes élections régionales permettront de revenir à la normale et de relever les défis auxquels le pays est confronté.

Mais Trump n’a pas que le Venezuela en ligne de mire. Après la réélection des Sandinistes (FSLN) en 2016, la dernière attaque des États-Unis contre le Nicaragua est le Nicaraguan Investment Conditionality Act qui vise à bloquer les prêts de la Banque mondiale, de la Banque internationale de développement et d’autres institutions au Nicaragua. Le Nicaragua reçoit chaque année des millions de dollars de prêts pour investir dans les infrastructures et les programmes éducatifs et sociaux. Cette loi a été largement condamnée, notamment par les représentants des entreprises, le parlement et les syndicats.

Trump reprend l’attitude hostile de George W Bush vis à vis Cuba. En juin de l’année dernière, Trump a promis de revenir sur les modestes progrès réalisés sous Obama et de renforcer le blocus étasunien de l’île, malgré l’opposition de la plupart des Cubano-américains. Trump a aussi expulsé 60% des diplomates cubains pour satisfaire les partisans de la ligne dure.

Il faut savoir qu’il y a une alternative à l’agenda de Trump. L’opposition à Trump se renforce aux Etats-Unis, en Amérique latine et dans le monde entier, y compris ici en Grande-Bretagne, où le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn a fait preuve d’une réelle intégrité en étant la première personnalité politique nationale à demander à Theresa May de renoncer à recevoir Trump. Corbyn a dit : ’Soyez sûrs que je m’opposerai et que le parti travailliste s’opposera à tous ceux qui attisent les peurs chez nous et à l’étranger, et le parti travailliste se tiendra sans équivoque aux côtés de ceux qui manifestent contre Trump et il le fera jusqu’à notre victoire’.

Ken Livingstone

Traduction : Dominique Muselet

https://www.rt.com/op-ed/441282-latin-america-regime-change/
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https://www.legrandsoir.info/belligerance-tous-azimuts-trump-veut-reprendre-le-controle-de-l-amerique-latine-rt.html

« Marche », nouveau documentaire sur la révolution bolivarienne, sort en Europe.

Ce documentaire produit par Terra TV sera disponible en Europe le 1er novembre 2018. Pour organiser une projection et/ou acquérir le DVD on peut contacter Gloria Verges, gloriaverges@free.fr

Synopsis : Alors que la guerre économique s’intensifie contre la révolution vénézuélienne, les mafias agraires, appuyées par des paramilitaires colombiens et certains fonctionnaires publics, lancent une contre-offensive pour récupérer les terres remises par le Président Chavez aux paysans. Les assassinats de lutteurs pour la terre se multiplient. Les paysans décident de marcher jusqu’à Caracas pour réitérer leur soutien au Président Nicolas Maduro, lui demander de reprendre la réforme agraire et de faire cesser les assassinats…

Durée : 60 minutes. Vidéo HD. Sous-titres FR. Production : Terra TV, République Bolivarienne du Venezuela 2018.

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Venezuela, les répétitions font la vérité

C’est par de nombreuses offensives, planifiées, précises et répétées que l’on gagne une guerre. C’est par la répétition continue d’un même type de messages que l’on gagne une guerre médiatique. En ce qui concerne le Venezuela, parler de « guerre de l’information » n’est pas un superlatif. Et comme dans les guerres militaires, ce sera le nombre d’offensives médiatiques qui permettra à un des belligérants de s’imposer.

L’agence Reuters a organisé une séance photo à 23 membres de la dénommée Résistance. Photo : Carlos García Rawlins.

Réussir à faire croire au spectateur ce qu’il est obligé de penser, tel est l’objectif du conditionnement sous-jacent. Comme l’écrivait Aldous Huxley en 1931 dans Le meilleur des mondes – roman dystopique dans lequel les fœtus sont programmés durant leur sommeil à coup de répétitions auditives, « trois nuits par semaine, pendant quatre ans » pour qu’ils intègrent la condition sociale qui leur a été choisie – « Soixante-deux mille-quatre-cent répétitions font une vérité ». En effet, il n’y aurait de vérité que celle qui fait taire toutes les autres. Autrement dit, n’importe quelle soumission répétée à une opinion, à l’usure, – et on nous a toujours à l’usure… – se fait oublier comme opinion ; la récurrence d’un même discours devient le seul discours possible, et toute information qui sortirait du cadre habituel se heurterait au scepticisme le plus farouche, voire à l’indifférence la plus totale… Concernant le Venezuela donc, c’est dans un même bain d’acétaminophène que, régulièrement, les « grands médias » nous plongent depuis (en gros) l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1998.

Il faut dire que la question de la partialité des médias au Venezuela n’est pas une question subsidiaire. Et pour cause… Avril 2002, Chávez au pouvoir, l’opposition vénézuélienne appelle à la grève générale tandis que les chavistes se mobilisent massivement en soutien à leur président. Dans les deux camps la mobilisation est forte. Le 11 avril, une manifestation organisée par le syndicat patronal Fedecàmaras (de droite) est méthodiquement détournée de son parcours établi vers le palais présidentiel, en vue d’un bras de fer avec le gouvernement. L’armée bolivarienne, entre les deux camps, tente, tant bien que mal, de calmer le jeu. Sans que personne n’y comprenne rien, soudainement, des gens tombent (de chaque côté) sous les balles anonymes de francs-tireurs juchés dans les tours voisines. Sans attendre, quelques chavistes armés répliqueront en direction des tours meurtrières…

Ces images, qui feront le tour du monde, assorties d’un commentaire mensonger, seront détournées, manipulées, montrant les chavistes tirant sur les manifestants de l’opposition ; derrière l’écran, la population s’insurge : « Chávez, assassin ! ». 17 morts, plus de 200 blessés, l’armée s’empresse d’annoncer qu’elle n’obéira plus au président… Aussi, dans la foulée, les moyens de communications publics (VTV, la chaîne publique) ont été coupés ; le président se retrouve isolé, privé de parole. Impossible de démentir les images manipulées. C’est fait, Hugo Chávez est renversé. Le 12 avril, le commandant général de l’armée, se félicitant du bon déroulement du coup d’État, avouera l’avoir préparé pendant 6 mois… En ce mois d’avril 2002, le Venezuela inventera le premier coup d’État de l’histoire basé sur le recours aux médias (privés)… Premier coup d’État dans le genre, la « guerre de l’information » se découvre un nouveau chapitre d’étude.

Photo : Maurice Lemoine

Le coup d’État n’aura duré que 48 heures, le peuple chaviste s’étant très massivement mobilisé (pacifiquement) pour un retour au pouvoir du président – ce qui rappelle que les médias privés « tout-puissants », à l’initiative du coup d’État raté, ne sont pas toujours si « puissants ». Chávez, jusqu’à sa mort (en mars 2013), entreprendra un travail de fond sur la question du monopole médiatique. Comme pour le reste, ce sera à la population de créer ses propres médias, une information citoyenne. Une partie de la rente pétrolière servira au développement de médias publics solides (comme ViVe, fondée en 2003, chaîne de télévision publique à vocation culturelle, ou teleSUR, lancée en juillet 2005, qui couvre les cinq continents) et nombre de médias communautaires, de journaux, de radios, de webTVs – qui continuent à diffuser aujourd’hui –, seront ainsi aidés financièrement. Le développement des médias citoyens continuera avec Nicolas Maduro.

Cependant, en 2017, les médias vénézuéliens restent encore très majoritairement privés. Sur 111 chaînes de télévision, 61 sont privées, 37 communautaires et seulement 13 sont publiques. Même domination du privé dans les journaux et à la radio. Et cela va sans dire, une majorité écrasante des médias privés vénézuéliens (Venevisión, Televen, Globovisión…) sont acquis à l’opposition. Ce que les agences de presse francophones (AFP, Belga…) omettent de mentionner lorsqu’elles puisent leurs sources dans ces mêmes médias… Quand ce ne sont pas des informations récoltées dans les médias conservateurs étasuniens (CNN, CBS, NBC, FOX news…).

Ainsi, il ne faudra pas s’étonner de voir une surreprésentativité de la droite vénézuélienne dans nos médias dominants – pour ne pas dire une absence quasi-totale de point de vue contrastant (impossible ici l’idée de Bourdieu selon laquelle il faut parfois être « inégal » pour être égal ; c’est-à-dire rétablir le temps de parole) – et ne pas être surpris de voir le remplacement de l’analyse de la situation par l’analyse des faits (sordides, s’il le faut) – pratique de fond (du panier) dans laquelle les grands médias nord-américains se montrent avant-gardistes. Ainsi, les analyses superficielles de la situation politique vénézuélienne, diffusées du côté nord-américain de l’Atlantique, voyageront sous l’océan à (quasi) la vitesse de la lumière, et pourront sans attendre être réchauffés ici. De la sorte, en Europe, courant les mois d’avril et mai 2017, on titrera en Une de certains journaux « sérieux » : « Plus de PQ au Venezuela ». Information, somme toute utile, qui incitera peut-être – puisqu’en temps de pénurie, on est jamais sûr de rien – au remplacement du papier toilette par le papier journal ? Nombre d’informations internationales étant calquées sur la vision étasunienne du monde, on préférera les lectures binaires et les explications rapides. En outre, l’unanimisme des médias occidentaux justifiera la pauvreté du contenu des informations, ce que l’obligation du format court (dans le style du journal Le Monde « La crise au Venezuela expliquée en 4 minutes ») viendra entériner, ne permettant en aucun cas de creuser le sujet ; ou comme le disait Noam Chomsky : « La concision limite le propos à des lieux communs ».

Chili & Venezuela

Les décennies passent, les pratiques médiatiques restent. En 1973, au Chili, les mêmes titres accrocheurs « Plus de papier toilette » ; « Plus de pain au Chili » feront la Une des journaux étrangers. D’ailleurs, les techniques de déstabilisation mises en place contre l’Unité Populaire d’Allende sont fort comparables aux techniques utilisées aujourd’hui contre le Venezuela de Maduro : même sabotage de l’économie par le secteur privé, même discrédit international du gouvernement en place dans les grands médias, même revente des produits manquants dans les supermarchés sur le marché noir… Seule différence, pas (encore) de coup d’État militaire au Venezuela.

Aujourd’hui, la voie de l’intervention « humanitaire » est privilégiée… Si les documents déclassifiés de la CIA attestant d’une aide financière directe au coup d’État de Pinochet sont bien connus, depuis, on favorise les intermédiaires… Quoi qu’il en soit, ce qui ne change pas, lorsqu’on souhaite déstabiliser un pays, c’est la volonté de Nixon : « Make the economy scream ! ». Il faudra tourmenter quotidiennement la population, casser la base populaire, en vue d’un changement de régime, bien sûr « voulu par le peuple ». Ici aussi, la répétition fait recette, c’est toujours à l’usure qu’on nous a… Et puisqu’au Venezuela, 80 % des biens de consommation (alimentation, médicaments, produits hygiéniques…) sont importés de l’étranger – Colombie, Mexique, États-Unis… –, il y a de quoi faire. Question : supporteriez-vous devoir faire la file pendant trois ou quatre heures pour un paquet de farine, du lait, du riz, de l’huile, alors que des tonnes de ces mêmes aliments pourrissent dans les hangars (cachés) des grandes entreprises de l’alimentation ? Sans parler de la revente de ces produits par ces mêmes entreprises sur les réseaux informels, à dix, vingt, trente, cent fois le prix.

Pourtant, nos grands médias ne voient pas le problème des pénuries du même œil. Pour certains, d’ailleurs, le secteur privé n’y est pour rien. On voit la société libérale avec les yeux compétitifs qu’elle nous a fait. Pas de guerre économique organisée donc… N’existe que la loi de l’offre et de la demande… et la gestion catastrophique de l’économie par les gouvernements (de gauche de préférence). Ces médias préféreront donc personnifier la « tragédie vénézuélienne » en la personne de Nicolas Maduro, responsable devant l’éternel de la colère du peuple affamé. Loin de vouloir défendre corps et âme les décisions politiques prises par l’ancien syndicaliste devenu président (et son gouvernement), c’est une nouvelle fois l’absence de contexte – voir la décontextualisation – qui s’impose.

Alfred-Maurice de Zayas, expert indépendant de l’ONU, écrit dans un rapport du 30 août 2018 sur la situation vénézuélienne : « La situation est due à la guerre économique et au blocus financier des [États-Unis et de l’Europe] contre le gouvernement ». En effet, pas de guerre économique sans blocus financier. Les avoirs du gouvernement vénézuélien sont gelés dans les banques nord-américaines et les entreprises européennes ne commercent plus avec le Venezuela… Peut-être avez-vous entendu parlé de l’extraterritorialité des lois étasuniennes ? Pourtant, dans les « grands médias », essayer de comprendre les causes de la crise (le sabotage de l’économie par le secteur privé) sort du cadre interprétatif autorisé… Seuls les communicants officiels, appelés « experts », peuvent s’y risquer. Et ces soi-disant « experts » étant souvent les moins critiques des fondements du système, en matière de crise économique, c’est à nouveau la répétition qui gagne, ce qui se dit le plus revient à être ce qui est vrai, ou : La Libre Belgique(via l’AFP), le 21 août 2018, « les analystes et économistes jugent « surréaliste » le programme du gouvernement vénézuélien » ; ou comme l’écrira le vice-président américain Mike Pence (en faveur d’un « isolement économique » du Venezuela) « les nouvelles mesures économiques ne vont faire que rendre plus difficile la vie de tous les Vénézuéliens », demandant de surcroît à Maduro de laisser entrer l’aide multinationale…

fotografosreportajevascocarolachavez.wordpress.com

Après la mort de Chávez, la droite vénézuélienne tentera par vagues périodiques d’en finir de manière violente avec le chavisme. Réélu le 20 mai 2018, le président Maduro fait face, depuis ses premiers jours à la tête du pays, à une opposition et à une « communauté internationale » unies, et qui lui sont foncièrement hostiles. Bien que la Fondation Carter (fondée en 1982, par l’ancien président nord-américain Jimmy Carter), dont la mission déclarée est « l’observation des élections partout dans le monde », juge le système électoral vénézuélien comme « l’un des plus sûr au monde », ou que la CEELA (Conseil d’Experts Électoraux Latino-Américains), composé de cinquante observateurs (20 ex-présidents, vice-présidents et magistrats de divers pays) ait déclaré le processus électoral du 20 mai dernier « harmonieux » et « reflétant la volonté du peuple », les médias européens dénonceront une victoire « illégitime et entachée de fraudes »… La Libre Belgique, encore, dans un article du 22 mai : « International : Le Venezuela reprend six ans de chavisme. Après avoir muselé la plupart de ses opposants, le président socialiste Nicolás Maduro est réélu avec 67% des suffrages. Ses deux principaux concurrents crient à la fraude. […] Le successeur de Hugo Chávez a été réélu jusqu’en 2025, lors d’un scrutin critiqué par la communauté internationale (États-Unis, Union européenne, Organisation des États américains) pour son absence de garanties démocratiques ».

Ou comme en atteste le bouillonnant éditorial du « Monde », du 22 mai : « Depuis la chute des grands totalitarismes du XXe siècle, les dictatures du XXIe siècle aiment se parer des atours du passage par les urnes. Qu’ils soient fascisants, populistes, islamistes, postcommunistes, néo-révolutionnaires ou simplement autocratiques, rares sont désormais les régimes politiques – monarchies absolues mises à part – qui ne tentent de s’offrir une façade démocratique. Réélu dimanche 20 mai à la présidence du Venezuela à la faveur d’une « élection » qui n’en a que l’apparence, Nicolas Maduro a ainsi beau jeu de se féliciter que son mouvement politique, le chavisme, ait remporté 22 des 24 scrutins organisés depuis la prise de pouvoir du fondateur de la « révolution bolivarienne », Hugo Chavez, en 1999 »

Au Venezuela, il y aura eu, durant ces vingt dernières années, 25 scrutins… C’est un record mondial. Certes, mal réélu (30 % de la population totale), mais réélu tout de même, le résultat de l’élection de Maduro appelle à comparaison. En France, un an plus tôt, lors des dernières élections présidentielles, 83% des français inscrits n’auraient pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour. Ce qui relativise le score de 65,1 % du deuxième tour, si l’on prend en compte l’abstention record et le pourcentage des votes blancs, et chiffrerait la victoire de Macron aux alentours d’une trentaine de pourcent de la population totale… Reconnaissons ici que nombre de contre-études nébuleuses existent sur le sujet, certaines bien sûr plus sérieuses que d’autres, et que des chiffres officiels – et sûrs – manquent… Néanmoins, libre à chacun d’en conclure sur la légitimité du système électoral français… Pourtant, Macron le désinvolte, au lendemain des élections présidentielles vénézuéliennes, contestera la réélection, comme par automatisme, estimant qu’il n’y a pas de « scrutin juste et libre ». Plus tôt, en 2017, le président français avait dit du gouvernement vénézuélien : « Une dictature tente de se survivre au prix d’une détresse humanitaire sans précédent, de radicalisations idéologiques inquiétantes, alors même que les ressources de ce pays restent considérables ». Ici, la question de l’opposition entre démocratie représentative et démocratie participative est posée : démocratie formelle ou démocratie réelle ? La question pourrait-elle devenir gênante aux oreilles de nos dirigeants si elle en venait à trouver un large écho ?

Photo de Maurice Lemoine

D’autant que la figure de Nicolas Maduro est un formidable élément de politique intérieure (ou épouvantail) en Europe, et plus particulièrement en France, pour empêcher l’accès au pouvoir d’une éventuelle gauche « castro-communiste ». « Le régime de Maduro est une dictature » Emmanuel Macron, lors d’un discours sur la politique étrangère de la France, le 29 août 2017.
C’est dit, répété, avéré et incontestable. La diabolisation des leaders de gauche latino-américains (Chávez et Castro en tête) est utilisée depuis longtemps pour affaiblir et décrédibiliser les partis politiques aux volontés socialistes, voir – excusez-moi du terme – communistes. Et en matière de conservation du statu-quo, nos grands médias savent y faire. Pas de place pour les contestations étudiante et ouvrière, les actionnaires n’aiment pas ça. D’ailleurs, pas de place pour les révoltes populaires en général, la « lutte des classes », c’est du passé, le monde a changé et le concept est périmé. On parlera plutôt de la pluie et du beau temps, de l’innovation innovante, des amours du président. D’une certaine manière, cela fait penser à la diffusion de « telenovelas » sur les principales chaînes de télévision (privées) au Venezuela, le matin du 11 avril 2002, durant le coup d’État. Une chance pour les fans de ces feuilletons qui ne manqueraient un épisode pour rien au monde…

En Belgique : quel(s) intérêt(s) la famille Le Hodey (La Libre Belgique), la famille Hurbain (Le Soir), la famille De Nolf (Le Vif/L’Express), la famille Baert (Metro)… auraient, en tant que grands propriétaires et grands gagnants du système néolibéral capitaliste dans lequel nous vivons à médiatiser ce qui conteste, s’oppose à leur existence ? En France : pourquoi médiatiser l’idée (pourtant équivoque) d’un « socialisme du 21ème siècle » (comme l’appelait Chávez) alors que les fortunes respectives de Xavier Niel (Le Monde), de Patrick Drahi (Libération), de la famille Dassault (Le Figaro), de la famille Bouygues (TF1), pour ne citer que les plus gros, reposent sur un modèle aux antipodes du partage ? D’apparence neutre, l’information « pragmatique » des grands médias cache des intérêts bien réels. Se targuant d’objectivité, présentée comme la plus grande des vertus journalistique, le point de vue soi-disant dépolitisé est en réalité le point de vue des chefs d’entreprises (et des actionnaires) qui possèdent ces médias. Le bilan médiatique de Serge Halimi (l’actuel directeur du Monde Diplomatique) dans son livre datant de 2005 Les nouveaux chiens de garde, est on ne peut plus clair : « Des médias de plus en plus concentrés, des journalistes de plus en plus dociles, une information de plus en plus médiocre. Longtemps, le désir de transformation sociale continuera de buter sur cet obstacle ».

Ronaldo Schemidt | World Press Photo

Quoi que l’on pense du gouvernement vénézuélien, ou de Nicolas Maduro, les informations (ou désinformations) déversées ici sur la situation politique au Venezuela – accentuant la souffrance de la population – sont bien trop souvent partisanes et superficielles. Pour ceux, ne doutant pas déjà, qui commencerait à hésiter, le travail de « re-contextualisation » sera long et parfois hasardeux, la doxa étant robuste. En 2017, l’Union européenne a remis le Prix Sakharov (ou 50.000 euros) à l’« opposition démocratique vénézuélienne », c’est-à-dire à « l’Assemblée nationale destituée et aux prisonniers politiques » – autrement dit, la droite vénézuélienne –, pour son combat pour la « démocratie contre la dictature ». Les violences commises par l’opposition (dans ce cas précis) auront été jugées démocratiques… Aussi, le photographe de l’AFP, Ronaldo Schemidt, remporte le prestigieux prix de la photo de l’année 2018 lors des « World press photo » à Amsterdam. Il a pris son cliché lors des guarimbas(violences de rue) d’avril-mai 2017 à Caracas. La photo du manifestant anti-Maduro de 28 ans, Victor Salazar, en feu à cause d’un retour de flamme, après avoir fait exploser le réservoir d’essence d’une des motos de la Garde Nationale Bolivarienne, a provoqué selon les membres du jury « une émotion instantanée ». Pas de commentaire, par contre, sur l’acte insurrectionnel en lui-même…

Le 28 septembre 2018

Par Thomas Michel

Coréalisateur du film « Venezuela, en temps de guerre«  et membre de ZIN TV, www.zintv.org

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