HBO contre Maduro, un concentré de propagande brute comme le pétrole.

par Joe Emersberger pour FAIR

Le 15 septembre HBO Max a commencé à diffuser le documentaire « A La Calle » (« A la rue »). Il dépeint les leaders de l’opposition soutenus par les États-Unis au Venezuela comme s’ils étaient des héros de la démocratie luttant contre une dictature brutale – une inversion totale de la réalité. Un article du Daily Beast (13/09/21) promouvant le film est intitulé « Death of a democracy. Capturing Venezuela’s Descent Into Socialist Hell » (« Mort d’une démocratie. Photographier la descente du Venezuela dans l’enfer socialiste »), ce qui explique pourquoi il a trouvé pour sa diffusion une puissante plateforme privée comme HBO Max, une filiale de AT&T’s Warner Media.

Selon Nick Schager du Daily Beast (13/09/21), « A La Calle » aborde le triste état des lieux du Venezuela, un pays dirigé par un dictateur soi-disant « socialiste » qui refuse de reconnaître sa nature antidémocratique ».

Dès la bande-annonce, il est évident que « A La Calle » a le même but que les médias dominants depuis des années : relooker le leader de l’opposition vénézuélienne Leopoldo López en noble démocrate.

Organisateur de violentes tentatives de coup d’État

Leopoldo López, membre de la richissime oligarchie coloniale d’ascendance espagnole, ancien cadre de l’industrie pétrolière, a été l’un des auteurs d’un coup d’État meurtrier soutenu par les États-Unis en 2002, celui qui a brièvement écarté le président démocratiquement élu de l’époque, Hugo Chávez. La dictature de 48 heures qui a suivi, dirigée par le chef du patronat vénézuélien Pedro Carmona, a massacré 60 manifestants. Dix-neuf autres personnes, dont la moitié étaient des chavistes, ont été tuées lors de violentes confrontations juste avant le coup d’État. M. López, ainsi qu’un autre homme politique de premier plan, Henrique Capriles, ont dirigé l’enlèvement d’un ministre du gouvernement Chávez alors que Carmona était au pouvoir. López est apparu à la télévision locale, déclarant fièrement qu’il avait informé le « président » Carmona de l’enlèvement.

Avec la crème de l’extrême droite et du patronat, lors du coup d’État sanglant co-organisé par les médias privées contre le président Chávez en avril 2002
Avec son principal soutien régional : l’ex-président colombien Alvaro Uribe, dirigeant de mafias du narcotrafic, du paramilitarisme et responsable direct de crimes massifs contre l’humanité. Bogota, décembre 2011

Quelques mois plus tard, López a soutenu une deuxième tentative de coup d’État majeure, le sabotage par l’opposition de l’industrie pétrolière qui fournissait presque toutes les recettes d’exportation du Venezuela. Les tentatives de coup d’État contre Chávez ont fait grimper le taux de pauvreté à plus de 60 % au début de 2003.

Leopoldo López (au centre) et sa femme Lilian Tintori (à gauche) passent beaucoup de temps à l’écran de HBO dans « A La Calle », le but étant d’en faire des héros.

López a de nouveau soutenu les manifestations violentes en 2013 après que le candidat qu’il soutenait, Capriles, a refusé d’accepter sa défaite face au président Nicolás Maduro lors de la première élection présidentielle après la mort d’Hugo Chávez. Plus tard dans l’année, López a critiqué Capriles pour avoir mis fin aux manifestations, affirmant qu’elles auraient dû se poursuivre jusqu’à l’éviction de Maduro. Lorsque Capriles a mis fin aux manifestations, celles-ci avaient déjà fait neuf morts, tous partisans de Maduro.

López a lancé des protestations au début de 2014 qui ont fait 43 morts : la moitié d’entre eux indiquent fortement la responsabilité de ses partisans. Ce n’est qu’après avoir dirigé ce quatrième effort soutenu par les États-Unis pour évincer le gouvernement vénézuélien élu que López est finalement allé en prison avant d’en être libéré en avril 2019 par les militaires de l’extrême droite putschiste accompagnant Juan Guaido dans une énième tentative de nouveau coup d’Etat, rapidement avorté. Lopez a alors fui en Espagne où il vit un exil doré dans le quartier de luxe de Samanca (« Little Caracas ») à Madrid, avec l’état-major de l’opposition vénézuélienne.

Avec Juan Guaido, autre membre de l’extrême droite et ami des paramilitaires colombiens, lors de la tentative de coup d’État d’avril 2019

Occulter les crimes

J’ai donc regardé le documentaire en entier, curieux de voir comment le film allait blanchir toutes les tentatives de coup d’État auxquelles López a participé, et comment il allait nier la violence perpétrée par ses partisans et alliés au cours des 20 dernières années.

Je me suis également demandé comment le film excuserait les sanctions économiques meurtrières des États-Unis contre le Venezuela – des actes de guerre qui ont entraîné la mort de dizaines de milliers de Vénézuéliens rien que pour la fin de 2018. D’ici 2021, les mesures coercitives unilatérales (« sanctions ») qui se sont intensifiées sans relâche depuis 2019, ont réduit les revenus du gouvernement vénézuélien de 99 %, selon la rapporteure spéciale de l’ONU Alena Douhan qui a exigé leur levée immédiate pour « leur illégalité et leur cruauté envers la population ».

Je m’attendais à voir de mauvais arguments justifiant tous ces crimes. Au lieu de cela, le documentaire les a complètement effacées ! Aucune de ces choses n’a été mentionnée ne serait-ce qu’une fois : rien sur les tentatives de coup d’État soutenues par les États-Unis avant 2014, rien sur la guerre économique dévastatrice que les États-Unis infligent au Venezuela depuis 2017.

L’économiste vénézuélien néo-libéral Ricardo Hausmann et Tamara Taraciuk (directrice adjointe pour les Amériques de Human Rights Watch) méritent une attention toute particulière pour leur talent dans le mensonge.

Révisionnisme historique

« En 2004, le prix du pétrole a grimpé en flèche », ose déclarer l’économiste Ricardo Hausmann – comme si le prix du pétrole n’avait pas suivi une trajectoire ascendante depuis 1998.

Dans le film, Hausmann dit que Chávez est arrivé au pouvoir parce que 1998, l’année où Chávez a été élu pour la première fois, « était une année économiquement difficile. » En réalité, le Venezuela a connu quelques décennies désastreuses bien avant la première élection de Chávez. Hausmann devrait le savoir, car en 1992, il est devenu ministre dans le gouvernement de Carlos Andres Pérez, qui a perpétré le massacre du Caracazo en 1989 : des milliers de pauvres gens abattus par l’armée sur ordre du gouvernement pendant cinq jours de manifestations contre le programme d’austérité imposé par le FMI.

Dans un article récent (Fair.org, 26/08/21), Justin Podur et moi-même avons passé en revue l’histoire économique du Venezuela, montrant qu’il a toujours été en proie à une pauvreté et à des inégalités choquantes, bien qu’il soit un grand exportateur de pétrole depuis les années 1930. Mais bien sûr vous n’aurez pas droit à la série « La descente du Venezuela dans l’enfer capitaliste » dans la couverture médiatique de l’ère pré-Chávez…

Après avoir donc expliqué de manière trompeuse pourquoi Chavez a été élu pour la première fois, Hausmann passe à de plus gros mensonges. « Hugo Chávez, au cours des cinq premières années, a changé beaucoup de choses, a-t-il dit, mais la situation économique ne s’est pas améliorée. »

Mensonge grossier par omission. Hausmann ne dit pas qu’au cours de ces cinq premières années, Chávez a été frappé par deux tentatives de coup d’État majeures, soutenues par les États-Unis, qui ont dévasté l’économie. En survivant à ces tentatives de coup d’État, Chávez a finalement pu, en 2003, prendre le contrôle de la compagnie pétrolière d’État, PDVSA, principale source de devises fortes du pays.

Hausmann trompe de nouveau les téléspectateurs en déclarant : « En 2004, le prix du pétrole s’envole. Tout à coup, Hugo Chavez se rend compte qu’il a beaucoup d’argent. »

En réalité, le prix du pétrole avait augmenté depuis 1998, l’année précédant la prise de fonction de Chávez. Heureusement pour la plupart des Vénézuéliens, les prix du pétrole ont continué à augmenter pendant plusieurs années après que Chávez a finalement arraché le contrôle de PDVSA à ses fossoyeurs. L’économie a donc pu se remettre rapidement des tentatives de coup d’État et entamer une période de réduction spectaculaire de la pauvreté.

Pauvreté et taux d’extrême pauvreté au Venezuela

La pauvreté au Venezuela a fortement diminué non pas lorsque les prix du pétrole ont augmenté, mais lorsque le président Hugo Chávez a mis fin aux efforts de l’opposition pour saboter l’économie. Source : INEC via CEPR (3/7/13)

Mémoire courte

Environ 40 minutes après le début du documentaire, Tamara Taraciuk de Human Rights Watch affirme que les violentes manifestations de 2017 (le film montre Leopoldo López les encourageant depuis sa cellule) n’ont « aucun précédent dans l’histoire récente du Venezuela. » Le terme « récent » est absurde. Et la tentative de coup d’État d’avril 2002 (qui a tué 79 personnes, en grande majorité des partisans d’Hugo Chávez, et a brièvement renversé le gouvernement) ? De plus, les insurrections de l’extrême droite de 2013 à 2017 ont fait plus de victimes dans le camp chaviste ou parmi de personnes sans affiliation politique. Sans compter des atrocités macabres, comme brûler vif Orlando Figuera, un partisan afro-vénézuélien du gouvernement âgé de 21 ans.

Tamara Taraciuk de Human Rights Watch affirme que les manifestations violentes n’ont « aucun précédent dans l’histoire récente du Venezuela »… ce qui suggère une mémoire assez courte de l’Histoire du Venezuela.

Qu’en est-il du massacre de Caracazo de 1989, qui a été perpétré par un gouvernement pro-états-unien ? Compte-t-il dans « l’histoire récente du Venezuela » ? En cinq jours, le nombre de morts de Caracazo a dépassé, peut-être d’un ordre de grandeur, le nombre combiné de morts de tous bords lors des manifestations soutenues par les États-Unis contre les gouvernements chavistes du Venezuela en 2002, 2013, 2014 et 2017. (Incidemment, le massacre de Caracazo n’a pas non plus eu d’impact sur les relations amicales entre les États-Unis et le Venezuela, ni sur la couverture médiatique américaine flatteuse du gouvernement vénézuélien à l’époque –FAIR.org, 26/08/21).

Environ une heure et 28 minutes après le début du film, Taraciuk déclare que tout « gouvernement décent » dans la situation économique désastreuse du Venezuela « demanderait de l’aide », mais que Maduro a « fermé la porte à l’aide internationale, qui est disponible ». C’était un mensonge couramment diffusé par les médias vers février 2019, lorsque le gouvernement de Trump, tout juste après avoir reconnu Juan Guaidó comme président par intérim du Venezuela, a exigé que l’armée vénézuélienne défie Maduro et permette l’entrée d’environ 20 millions de dollars de prétendue « aide » en provenance de Colombie (FAIR.org, 2/12/19).

Même à l’époque, cette quantité d' »aide » était une erreur d’arrondi par rapport à l’impact des sanctions économiques que Trump avait imposées depuis août 2017. Taraciuk ne remet jamais en question la « décence » de Trump qui a délibérément choisi d’étrangler une économie qui était déjà en crise. Rien que cela rend son commentaire obscène, mais aussi, contrairement à ce qu’elle prétend, Maduro avait demandé une aide internationale que le Venezuela recevait avant le coup de bluff de 2019 mené par les États-Unis (FAIR.org, 2/12/19) et depuis n’a cessé de renforcer cette aide – accords économiques, sanitaires, coopération tous azimut avec des puissances comme le Chine, l’Inde, l’Iran, la Russie, etc..

Propagande décomplexée

Le « documentaire » ne prend même pas en compte le travail de certains médias états-uniens qui ont démontré il y a longtemps les mensonges de la propagande. Ainsi il veut nous refaire croire qu’un camion d’aide à la frontière colombienne a été incendié par les forces loyales à Maduro. « Trois ou quatre camions sont entrés en territoire vénézuélien, mais l’un d’eux a été brûlé », déclare López à la caméra. Or, The Grayzone (24/2/19) et un peu plus tard le New York Times lui-même (10/3/19) ont réfuté ce mensonge à l’époque, observant que la vidéo montre que le camion a été incendié par un manifestant de l’extrême droite.

Une analyse du New York Times (3/10/19) a montré que c’est un manifestant de l’extrême droite et non le gouvernement vénézuélien qui avait mis le feu à un camion supposément « d’aide humanitaire ».

Après 2019, les médias occidentaux ont cessé de diffuser le mensonge selon lequel Maduro rejetait l’aide internationale, en grande partie parce que Trump, et maintenant Biden, ont fait preuve d’un sadisme flagrant dans leur guerre économique contre le Venezuela (FAIR.org, 25/03/20, 21/07/21).

Environ 70 minutes après le début du documentaire, Taraciuk insinue fortement que les votes n’étaient pas secrets lors de l’élection présidentielle de mai 2018 que Maduro a remporté haut la main, en affirmant que les électeurs « devaient passer par le punto rojo pour enregistrer leur vote. » Les puntos rojos (« points rouges ») sont des kiosques que le parti chaviste a mis en place près des centres de vote pour faire ses sondages à la sortie des urnes, sans obligation pour les électeurs d’y passer. Même un écrivain anti-Maduro qui a attaqué ces kiosques en les qualifiant de « chantage » a concédé que le gouvernement ne peut pas savoir comment les gens ont voté.

Il est également profondément hypocrite d’alléguer que Maduro aurait fait pression sur les électeurs, alors que les États-Unis, eux, les menaçaient depuis 2017 : la guerre économique paralysante contre le Venezuela se poursuivra et s’intensifiera jusqu’à ce que Maduro soit renversé.

Quoi qu’il en soit, le nombre de voix de Maduro en 2018 était conforme au niveau de soutien qu’un sondage de Pew Research Poll (qui n’est pas un organisme pro-Maduro) suggérait quelques mois plus tard. Il a révélé que 33 % des Vénézuéliens « font confiance au gouvernement national pour faire ce qui est bon pour le Venezuela. » C’est également un niveau de soutien parmi les électeurs éligibles qui permet régulièrement de remporter des élections au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni (Mint Press News, 1/28/19).

Autres habitants de la planète des médias occidentaux

Tout au long du film, de nombreux extraits de grands médias renforcent la réalité virtuelle du film. Bryan Llenas, correspondant de Fox News, déclare : « Le Venezuela croule sous le poids du régime oppressif de Maduro. » Une journaliste de la BBC regarde Maduro avec un mépris impérial alors qu’il rejette, à juste titre, l’affirmation selon laquelle sa réélection de 2018 serait illégitime.

Une journaliste de la BBC fronce les sourcils à une réponse de Nicolás Maduro, dans « A La Calle ».

Les médias occidentaux ont depuis longtemps développé une sorte de raccourci, répété à l’infini, qui exige une impunité totale pour les politiciens soutenus par les États-Unis comme Leopoldo López au Venezuela. Toute conséquence légale de la sédition soutenue par les États-Unis est présentée comme une « oppression » (FAIR.org, 23/04/18).

Les médias de divertissement états-uniens ont également contribué à la campagne de diffamation contre le gouvernement de Maduro (FAIR.org, 9/18/19). L’année dernière, Ethan Hawke a réalisé une interview complaisante avec López (un vieil ami que Hawke a rencontré alors qu’il fréquentait un lycée privé à New York). Il est très facile de comprendre pourquoi HBO Max se sent aujourd’hui à l’aise pour diffuser un documentaire aussi ridicule que « A La Calle ».

Source : https://fair.org/home/hbos-anti-maduro-propaganda-is-cruder-than-venezuelan-oil/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/10/06/hbo-contre-maduro-un-concentre-de-propagande-brute-comme-le-petrole/

Victoire pour la démocratie vénézuélienne : l’extrême droite renonce à la violence et demande la levée des sanctions

Succès des diplomaties bolivarienne et mexicaine lors du premier round de négociations organisé au Mexique en présence d’observateurs des Pays-Bas, de la Norvège et de la Russie. L’extrême droite vénézuélienne accepte de signer avec le gouvernement bolivarien une feuille de route (qui servira de cadre aux négociations) où elle accepte de rentrer dans le jeu électoral avec observateurs et garanties pour tous, reconnait l’État de Droit, le gouvernement élu de Nicolas Maduro et la Constitution bolivarienne. Elle rejette toute forme de violence politique, appuie la levée des sanctions occidentales et la restitution des actifs dérobés à la République du Venezuela (par l’équipe du fake-président Guaido, Ndlr).

En lisant cette feuille de route, le représentant de la Norvège a déclaré : « Personne d’autre ne peut résoudre cette situation à part vous-mêmes, elle doit être résolue entre Vénézuélien(ne)s, nous attendons que les parties soient entendues… » tout en soulignant l’importance de l’accord sur « le rejet de la violence politique » et « la levée des sanctions ». Au nom du Mexique qui accueille ces négociations sur l’initiative du président Lopez Obrador, Marcelo Ebrard, Ministre des Affaires Étrangères, a déclaré : « Nous serons un hôte respectueux et solidaire, le dialogue est la voie à suivre, et je ne peux que vous souhaiter le meilleur. Toute la communauté latino-américaine et caribéenne est avec vous ».

Cette évolution était attendue vu l’échec patent des sanctions des États-Unis et de l’Union Européenne, avec pour corolaire le plan putschiste de Guaido, à renverser le gouvernement élu par la majorité des vénézuélien(ne)s. Après la Bolivie, l’Argentine, le Mexique, le Pérou, la nation caraïbe de Sainte-Lucie a quitté le « Groupe de Lima » (cartel des droites pro-USA créé pour attaquer le Venezuela) qu’elle qualifie de « gang corrompu qui a trop fait souffrir le peuple vénézuélien » et a renoué les relations diplomatiques avec Caracas. Cette souffrance de la population vénézuélienne et son rejet quasi unanime des sanctions et du blocus rendaient de plus en plus impopulaires, inaudibles, les discours pro-occidentaux de la droite vénézuélienne. Six rapporteurs spéciaux de l’ONU contre la torture, les traitements cruels, et sur le droit à la santé ont récemment publié un communiqué dénonçant les sanctions qui affectent le droit à la santé des vénézuéliens, notamment en bloquant l’accès à du matériel ou soins pour les patients cancéreux.

Comme l’expliquait il y a quelques mois le politologue et historien vénézuélien William Serafino : « Il y a eu un changement dans la façon d’aborder la question vénézuélienne, en particulier dans le cas de l’Union européenne qui, dès janvier de cette année, a rétrogradé Guaidó à simple interlocuteur de l’opposition vénézuélienne, et bien que les États-Unis maintiennent du bout des lèvres la reconnaissance de cette figure un peu folle de « gouvernement intérimaire », ils n’ont pas attaqué fortement l’élection du nouveau Conseil national électoral et, ce qui est le plus important, ils n’ont pas intensifié leur habituel récit contre la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale élue en décembre dernier. Il est clair que les USA ne peuvent pas la reconnaître car cela reviendrait à ôter tout soutien à Guaidó, mais ils n’ont pas non plus pris la décision de l’attaquer de front lorsqu’elle a élu ce nouveau Conseil National Électoral.

« Il est clair qu’il existe une voie électorale qui s’est imposée concrètement dans le pays, qui a le soutien de toutes les institutions vénézuéliennes et qui est reconnue à l’extérieur comme un premier pas vers la réinstitutionnalisation du pays.

« Les élections de maires et de gouverneurs du 21 novembre 2021 semblent une opportunité plus sérieuse pour l’extrême droite (qui a jusqu’ici joué la carte de ne pas participer aux élections en criant à « la fraude », laissant toute la place à des partis de droite traditionnelle comme AD ou COPEI), de se réinsérer dans le jeu politique, de reconquérir des espaces territoriaux de pouvoir et, à partir de là, d’édifier de meilleures bases pour les élections suivantes. Les demandes de Guaidó, au-delà de la levée des sanctions elles-mêmes, n’attirent guère un secteur de l’opposition qui même s’il a longtemps parié sur le coup d’État, et pensait qu’il allait être une réalité automatique, savent que ces élections viennent modifier la donne.« 

Point important : bien que validée automatiquement par les grands médias depuis des années, l’assertion martelée par la droite vénézuélienne de l’existence de « prisonniers politiques » au Venezuela, est inexacte. Les personnes poursuivies par la justice ne l’ont jamais été pour leur appartenance politique mais pour des cas avérés de corruption, ou pour des actes de violence, attentats, sabotages, assassinats, invasions mercenaires ou tentatives de coup d’État. A moins, évidemment, de prendre pour des « prisonniers politiques » les près de 200 putschistes arrêtés aux États-Unis pour avoir attaqué le Capitole ou les assassins néo-nazis d’Aube Dorée arrêtés et jugés en Grèce. La majorité de la population vénézuélienne estime d’ailleurs que le gouvernement a été trop généreux : alors que les policiers ou militaires qui ont désobéi aux ordres et commis des violations des droits humains lors des affrontements avec l’extrême droite ont été rapidement jugés et incarcérés, par contre de nombreux putschistes qui ont commis des violences et des meurtres (certains à connotation raciste, être noir étant souvent considéré comme preuve de chavisme) du coup d’État de 2002 jusqu’aux insurrections de 2014 et 2017, sont restés en liberté ou ont été libérés de manière anticipée dans le cadre de « commissions de dialogue national » organisées ces dernières années par les autorités bolivariennes avec des représentants de la droite.

Ci-dessous : texte original du mémorandum signé à Chapultepec, Mexico Ciudad, le 13 août 2021.

Thierry Deronne, Caracas, le 14 aout 2021

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/08/14/victoire-pour-la-democratie-venezuelienne-lextreme-droite-renonce-a-la-violence-et-demande-la-levee-des-sanctions/

“85% de nouveaux visages au primaires chavistes, un renouveau révolutionnaire”

Quels sont les rapports entre révolution et transformation de l’espace de vie ? Révolution démocratique ou démocratie révolutionnaire ? Comment articuler démocratie directe, communale et représentative ? Quelle est l’importance du débat et de la pluralité d’opinions dans la révolution bolivarienne ? D’où vient cette capacité du chavisme à organiser de telles primaires, au vote secret et avec parité de genre, alors que dans les autres partis, de gauche ou de droite, les bases militantes n’y ont pas droit ?

Autant de questions posées par Thierry Deronne à Jesus Garcia, organisateur et formateur communal dans les quartiers populaires de l’Ouest de Caracas, et candidat conseiller municipal aux primaires du PSUV (parti du chavisme) qui auront lieu le 8 août 2021. A travers des assemblées dans tout le pays les militant(e)s de base choisiront leurs candidat(e)s pour les élections régionales et municipales de novembre 2021.

Interview réalisée en juillet 2021 sur les hauteurs de la commune populaire Altos de Lidice. Réalisation: Victor Hugo Rivera. Durée : 17 minutes. VO espagnole, sous-titres français. Production: Terra TV. République Bolivarienne du Venezuela 2021.

Pour continuer à être informé des expériences de la démocratie participative vénézuélienne, systématiquement occultées depuis vingt ans par les grands médias, abonnez-vous à la chaîne YouTube de Terra TV : https://www.youtube.com/channel/UCnIJcbZH03gsb8ZoshVFE6A

Source : www.terratve.com

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/07/18/85-de-nouveaux-visages-au-primaires-chavistes-un-renouveau-revolutionnaire/

« Amérique latine. Vox tisse sa toile néofasciste outre-Atlantique » par Rosa Moussaoui (L’Huma)

Classique « retard de la conscience sur le réel » ? Il aura fallu que les croisés coloniaux ressortent leur arsenal au Pérou en 2021 ou en Bolivie en 2019 dans le but d’empêcher les victoires électorales de Pedro Castillo ou d’Evo Morales, pour dessiller les yeux sur les insurrections d’extrême droite au Venezuela de 2014 à 2017, qui n’étaient pas davantage des « révoltes démocratiques ». Les secteurs populaires – 90 % de la population vénézuélienne – n’avaient pas participé à ces violences : les médias les ont donc invisibilisés. Sur les écrans internationaux, la droite raciste qui a lynché des afrodescendants vénézuéliens parce que « noirs donc chavistes » devint, par défaut le « peuple révolté », et le président Maduro… le « dictateur ». En inversant le montage de l’agresseur/agressé, les médias occidentaux ont non seulement blanchi les violences des « enfants cachés du général Pinochet » contre un président élu. Ils ont encouragé en direct les préparatifs d’un coup d’État et portent une responsabilité dans le massacre, dont ont été en majorité victimes le camp bolivarien ou des personnes sans affiliation politique. En attendant, la gauche qui ne voyage pas et qui « s’informe » par les médias, est tombée les pieds joints dans le piège du « Venezuela-dictature ».

Comme l’expert espagnol en réseaux sociaux Julian Macias Tovar (« Derrière Guaido, le Plan Condor 2.0 des extrêmes droites espagnole, états-unienne et latino-américaine« ), la journaliste Rosa Moussaoui nous éclaire sur l’identité politique de ceux que les médias ont relookés en « combattants de la liberté ». Rappelons que les « champions de la démocratie » comme l’oligarque vénézuélien Leopoldo Lopez, poursuivi pour sa responsabilité dans ces violences meurtrières, a fui la justice vénézuélienne pour s’installer dans le luxueux quartier de « Little Caracas » (Salamanca) à Madrid, où il se prend à rêver avec ses voisins de Vox d’une « reconquista » de l’Amérique Latine. Il vient d’ailleurs de voyager au Pérou pour soutenir ses chers alliés, les putschistes fujimoristes.

L’extrême droite bolsonariste, déguisée par les médias en « révolte contre la corruption » manifeste pour la destitution de la Présidente du Brésil Dilma Rouseff devant le Congrès national à Brasilia le 2 décembre 2015.
Des partisans d’un coup d’État de Keiko Fujimori à Lima utilisant les symboles des autorités coloniales espagnoles (Croix de Bourgogne). Sacarías Meneses, partisan du président élu Pedro Castillo, vient de mourir quelques jours après avoir subi une attaque brutale d’un de leurs commandos.
Freddy Guevara (en bas à gauche) et ses croisés « pacifiques » de l’extrême droite vénézuéliens, lyncheurs d’afrodescendants, lors de l’insurrection de 2017.
Le même Freddy Guevara (droite), reçu à l’Élysée le 4 septembre 2017 avec un autre putschiste d’extrême droite, Julio Borges, par Emmanuel Macron, pour évoquer « de nouvelles sanctions contre le gouvernement du Venezuela ».

Thierry Deronne, Caracas, le 1 juillet 2021

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Jeudi 1 Juillet 2021, Rosa Moussaoui

La formation d’extrême droite espagnole veut étendre à travers le monde son réseau politique, idéologique et militant pour contenir, selon ses termes, « l’avancée du communisme ».

Ils se rêvent en nouveaux conquistadors, en fantassins d’une « bataille culturelle » globale pour endiguer la « menace communiste », dont l’axe longitudinal premier relierait le Vieux Continent au Nouveau Monde. Dans une filiation assumée avec le franquisme, qui nourrissait l’ambition de restaurer l’influence espagnole en Amérique latine, tout en contrant celle des exilés ayant fui la dictature, les néofascistes espagnols de Vox tissent leur toile, troussent leurs basses œuvres, sèment leurs fausses nouvelles, cultivent la nostalgie colonialiste de la Grande Espagne. Ils ont baptisé leur terre de prêche « Ibérosphère », enrôlent dans leur croisade leurs amis de l’extrême droite européenne comme les ultraconservateurs états-uniens.

L’an dernier, le chef de Vox, Santiago Abascal, après avoir échoué à faire tomber le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, allié à la formation de gauche Podemos, résumait à la tribune du Congrès le sens de cette entreprise à l’habillage trum­piste marqué : « L’Ibérosphère est la clé de l’avenir et des solutions dont l’Espagne a besoin. (…) L’alliance de ce gouvernement avec la tyrannie (du président vénézuélien) Nicolás Maduro au Venezuela est une attaque contre la liberté et les liens qui nous unissent avec les pays de l’Ibérosphère. » « L’alternative », selon lui : «  Rendre à l’Espagne son rôle capital de pierre angulaire des deux côtés de l’Atlantique. »

Le clan Le Pen enrôlé

Dans un délire aux accents complotistes assumés, ses lieutenants désignent les citadelles à prendre : les pays dirigés par des gouvernements de gauche, bien sûr, mais aussi le Groupe de Puebla ou le Forum de São Paulo, des cercles de gauche dédiés à la réflexion sur les alternatives au néolibéralisme. Vox a passé un cap, en 2020, dans la structuration de cette offensive aux contours jusque-là gazeux. Une Gazette de l’Ibérosphère est venue compléter son dispositif médiatique déjà bien ancré et fort peu soucieux de vérité. Cette plateforme numérique destinée au public hispanophone a été mise à flot le 12 octobre, jour de l’Hispanité qui commémore chaque année, en Espagne, l’arrivée en 1492 des premiers colonisateurs en Amérique, sous les auspices de Christophe Colomb… Marraine de l’initiative : la fondation Disenso, créée quelques mois plus tôt pour fixer à cette reconquête politique son cap idéologique. Vox entend ratisser large et se projeter loin, sans regarder à la dépense : ce think tank a d’emblée mis sur pied un programme de formation, d’échanges et de conférences, avec des bourses, tous frais payés, pour des jeunes Européens et Latino-Américains de 25 à 35 ans. Objectif affiché : faire émerger les futurs dirigeants néofascistes d’une rive à l’autre de l’Atlantique.

Au même moment, ce « laboratoire d’idées » rendait publique sa charte de Madrid, un manifeste paraphé par 50 personnalités de 15 pays d’Amérique et d’Europe pour dénoncer l’influence supposée de « régimes totalitaires narco-socialistes » et les menaces que ferait peser « l’avancée du communisme » sur «la prospérité, le développement, les libertés ». Parmi les signataires : la Française Marion Maréchal Le Pen et quelques eurodéputés néerlandais, suédois, grecs et italiens, tous issus de la droite nationaliste, mais aussi la romancière cubaine Zoé Valdés, le putschiste bolivien Arturo Murillo, le député brésilien Eduardo Bolsonaro (fils du président d’extrême droite Jair Bolsonaro), María Corina Machado (figure de la droite insurrectionnelle au Venezuela), l’acteur mexicain Eduardo Verástegui (l’hispanique le plus influent de l’administration Trump) ou encore l’ancien représentant de George W. Bush à l’Organisation des États américains (OEA), Roger Noriega.

Menaces et propos racistes

Mais les néofascistes espagnols ne font pas seulement dans l’agitation d’idées. Ils n’hésitent pas à franchir le cap de la barbouzerie. Vox a ainsi dépêché ses émissaires en Bolivie dès le lendemain du coup d’État contre Evo Morales, le 10 novembre 2019. L’un de ses arrogants propagandistes, Alejandro Entrambasaguas, qui se présente comme « journaliste d’investigation », était reçu avec faste par les putschistes à La Paz. Pendant un an, via le site Internet OKdiario, il a couvert de boue et de mensonges le Mouvement vers le socialisme (MAS) et ses dirigeants, alors pourchassés et persécutés. À la veille des élections du 18 octobre 2020, qui devaient consacrer le retour de la démocratie et de la gauche au pouvoir, ce nervi publiait les photos des observateurs espagnols, parmi lesquels des députés Podemos, désignés à la vindicte des milices d’extrême droite comme des « agitateurs bolivariens ». L’origine de ces clichés ? Les images prises par la police de l’air et des frontières à l’arrivée de la délégation à Santa Cruz. À la manœuvre : le ministre de l’Intérieur du gouvernement de facto, Arturo Murillo, qui promettait sur un ton martial de remettre dans l’avion ou de jeter en prison les observateurs et les journalistes étrangers. Ce bras droit de l’autoproclamée « présidente par intérim » Jeanine Añez a pris la poudre d’escampette au lendemain du scrutin ; il est aujourd’hui poursuivi aux États-Unis dans une affaire de malversations financières portant sur l’achat de bombes de gaz lacrymogène. Entrambasaguas, lui, a dû renoncer à ses séjours dorés en Bolivie, où la justice le poursuit pour ses propos racistes faisant des électeurs du MAS, de culture quechua ou aymara pour la majorité d’entre eux, des « analphabètes » au « niveau intellectuel nul, pratiquement inexistant ».

En Argentine, Ortega Smith, le secrétaire général de Vox, s’est rendu à Buenos Aires en août 2019, sous la présidence de Mauricio Macri, pour y donner au Cercle militaire une conférence niant les crimes contre l’humanité commis sous la dictature de Jorge Rafael Videla. Au Chili, les néofascistes espagnols ont noué des liens étroits avec le président du mouvement Action républicaine, José Antonio Kast, un nostalgique d’Augusto Pinochet . En Colombie, l’ex-président d’ultradroite Alvaro Uribe ne dissimule pas son admiration pour la stratégie de Santiago Abascal, qu’il pourrait bien répliquer dans son pays. En Équateur, une délégation de Vox s’est rendue en mai à Quito pour assister à l’investiture du président de droite, le riche banquier Guillermo Lasso. Lors de sa tournée en Europe, l’an dernier, le Vénézuélien Juan Guaido était reçu à bras ouverts, à Madrid, par ses amis d’extrême droite. Plus récemment, au Pérou, les activistes de Vox ont pris une part active à la campagne de la candidate d’ultradroite Keiko Fujimori, qui refuse de reconnaître sa défaite face au syndicaliste Pedro Castillo. Leur objectif : redonner corps à « une communauté de nations qui partagent, des deux côtés de l’Atlantique, leurs racines, leur héritage culturel avec l’Espagne ». Autrement dit, retrouver le temps béni des colonies.

Source : https://www.humanite.fr/amerique-latine-vox-tisse-sa-toile-neofasciste-outre-atlantique-713007

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/07/01/amerique-latine-vox-tisse-sa-toile-neofasciste-outre-atlantique-par-rosa-moussaoui-lhuma/

Le très long voyage d’Argelia Laya

« Si tu veux marcher vite, marche tout seul; si tu veux marcher loin, marche avec les autres ». S’il est un peuple à laquelle peut s’appliquer ce proverbe africain c’est bien celui du Venezuela. L’intensité de la guerre médiatique est évidemment liée à ce potentiel illimité d’expériences à partager avec le reste du monde et dont il faut à tout prix empêcher la transmission. Nous avons souvent expliqué, lorsque les médias transformèrent les violences de l’extrême droite au Venezuela en « révolte populaire » et la plus grande démocratie participative du monde en « dictature », que la gauche ne pouvait plus se passer de démocratiser le champ médiatique, si elle voulait rester connectée au monde. En attendant…

La révolution bolivarienne, féminine et populaire, a 22 ans et sa force créatrice ne s’étiole pas. Le 4 juin 2021, les communard(e)s de la Commune El Maizal et de l’Union Comunera débattent avec une commission de l’Assemblée Nationale du projet de Loi sur les Cités Communales :

La réforme agraire continue. Le gouvernement bolivarien (ici à travers le Ministère de la Femme et de l’Égalité de Genre et l’Institut des National des Terres) remet des titres de propriété aux paysannes dans tout le pays :

A Caracas, la Commune populaire d’Altos de Lidice (Caracas) fête trois ans d’existence. En juin 2021, l’auto-gouvernement, à majorité féminin, est plus vivant que jamais. Les assemblées, les décisions, l’apprentissage constant sont un pas énorme dans la construction de la démocratie participative. Un des leaders et formateurs de cette commune, Gsus Garcia explique : « Nous célébrons aujourd’hui 3 ans de construction collective d’un modèle d’organisation politique – territoriale, sociale et économique qui rassemble plus de deux mille familles.

Nous avons appris que tout ce qui sest passé jusqu’à présent fait partie d’un processus, rien n’est terminé. Rien n’est venu du jour au lendemain. Tout cela a été le fruit d’efforts et de luttes constants. Nous sommes une fenêtre ouverte sur l’avenir. Tout ce que nous générons vise à nous permettre de consolider le plus grand état de bien-être possible, pour le présent et pour nos descendants.

Nous ne sommes pas parfaits, et encore moins idéalistes. Ce dont nous sommes convaincus, c’est que nous n’en sommes qu’au début et que nous faisons modestement de notre mieux. Nous voyons l’horizon comme large et prometteur chaque fois que le soleil se lève, nous pouvons le voir de n’importe quelle fenêtre du quartier. De là, nous rêvons d’un monde meilleur, un monde qui, pour nous, commence à partir de n’importe quel foyer de notre commune.

Pour ce troisième anniversaire de la Commune nous avons décidé de faire publiquement le bilan de la gestion communale. Ce qui nous a donné quelques soucis (les mesures de protection sanitaire dues à la pandémie sont toujours en vigueur) mais c’est la meilleure voie : les assemblées de rue. Nous avons dû rencontrer les gens, écouter, expliquer, débattre. Dans chaque assemblée, nous avons exposé les victoires mais aussi les échecs, et tout ce qui nous manque.

Hier, par exemple, quelqu’un ne voulait pas écouter, comme cela s’est produit dans une autre assemblée, elle voulait seulement exposer ce sentiment de frustration et d’ignorance d’une gestion collective. Les deux compagnes se sont ouvertement opposées. Mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point nous aimons ces débats. Pouvoir exposer tout ce qui a été fait, avec la conscience tranquille, pour débattre de chaque point, mettre à nu devant tant de gens les vraies raisons de ces passions négatives avec de bons arguments, cela nous rend très heureux. Honnêtement, j’ai été surpris par l’attitude de la population en général dans les assemblées, les applaudissements, etc. Nous avons fait preuve d’humilité et, comme le dit le dicton, « on ne peut pas cacher le soleil avec un doigt« . Nous devons faire très attention à l’arrogance, au fait de croire que nous avons atteint notre limite, de ne pas comprendre que les applaudissements d’aujourd’hui peuvent être les huées de demain, c’est pourquoi nous devons continuer à travailler, à gagner les débats avec des éléments concrets, avec des exemples, avec des certitudes, avec une unité programmatique. » :

Pendant ce temps, à Caracas aussi et dans d’autres villes, pendant que le président Maduro relance les primaires ouvertes avec assemblées de base pour que les bases désignent leurs candidat(e)s aux élections de novembre 2021, relance la discussion publique de la loi des Cités Communales, les programmes du réseau de santé nationale Barrio Adentro et le programme urbain d’Agriculture Urbaine, ont lieu de nombreuses manifestations de solidarité avec l’État et le Peuple Palestinien (qui a son ambassade à Caracas) face aux violations massives et incessantes des Droits Humains et du Droit International de la part du gouvernement israélien.

Entre les mailles du blocus des USA, le Venezuela reçoit de la Russie un nouveau lot de 500.000 vaccins Spoutnik. Et grâce aux nouveaux apports de vaccins chinois, le président @NicolasMaduro ordonne de multiplier par 10 les centres de vaccination pour atteindre la protection de l’ensemble de la population à la fin de septembre.

Au Mexique une équipe de l’Institut vénézuélien de Solidarité Simon Bolivar Instituto Simón Bolívar voyage pour dialoguer avec les représentant(e)s du parti de la transformation Morena d’Andrés Manuel López Obrador et autres militant(e)s, activistes, intellectuel(le)s : à propos de solidarité féministe, de souveraineté, de démocratie participative et de futures formations. Lors de la rencontre « fortifier nos démocraties« , le Président de l’institut, Carlos Ron explique : « après la mort du Président Chávez, ils ont tout essayé pour nous détruire : invasions paramilitaires, accusations de narcotrafic… etc.. Mais n’oublions pas une chose : ce n’est pas seulement pour notre pétrole mais aussi parce que notre modèle politique, notre démocratie participative où le peuple est au centre, est un exemple trop enthousiasmant, trop dangereux pour les autres peuples« 

Retour à Caracas. Dans un espace récupéré par le gouvernement bolivarien, répétitions en cours pour réinterpréter la bataille de Carabobo (1821), qui scella son indépendance. Irrévérence caraïbe des corps de jeunes artistes engagé(e)s dans le théâtre, la musique symphonique, la danse et le cirque.

Et puis, dans tout le pays, une initiative extraordinaire, réalisée sans grands moyens mais à force de volonté, celles des fourmis qui travaillent en silence : la Brigade communarde Argelia Laya franchit d’immenses distances, pour que les communes se rejoignent, se connaissent, s’entraident matériellement et organisent des ateliers de formation :au cœur d’une force populaire et d’une vie qui ne renonceront jamais.

Thierry Deronne, Caracas le 5 juin 2021

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/06/05/le-tres-long-voyage-dargelia-laya/

Pourquoi et comment le chavisme renforce la démocratie électorale au Venezuela

« Faisons confiance au peuple » a rappelé Nicolas Maduro. Le parti chaviste (PSUV) organise des primaires ouvertes, avec vote secret de ses militant(e)s. Les assemblées de base débattront et choisiront les candidat(e)s chavistes qui se présenteront aux élections régionales et municipales de novembre 2021. Élections auxquelles participeront près de 40 partis de la gauche à la droite, au total plus d’une centaine d’organisations sociales et de mouvements citoyens de tout bord : ce sera le 26ème scrutin en 21 ans de révolution bolivarienne.

Le chavisme, une fois de plus, ouvre le jeu politique en injectant une dose de démocratie qui vaut aussi pour cohérence entre actes et discours. Une cohérence qu’on ne trouve guère dans l’opposition (social-démocratie, droite, extrême-droite) ni même chez le « traditionnel » Parti Communiste vénézuélien ou les groupuscules d’extrême gauche, habitués des « prises de position » et des « communiqués » mais qui ont peu ou pas de base sociale, peu ou pas d’élus, et doivent donc « exister » sur les réseaux sociaux.

Pour choisir ses candidat(e)s, le chaviste PSUV ose la démocratie participative et peut compter sur une base populaire ancrée dans tout le pays.

La défaite électorale du chavisme aux élections législatives de 2015 et le retour de la droite y compris extrême, avait détérioré dans une large mesure la stabilité politique du Venezuela. Ses effets perdurent puisque ces partis de droite, devenus majoritaires au parlement, avaient juré de « sortir Maduro en six mois », demandé et légitimé les sanctions impériales, couvert d’un vernis « démocratique » les violences de l’extrême droite avec la complicité des médias internationaux, et last but not least créé un fake-président virtuel (Juan Guaido) lié au narcoparamilitarisme colombien et qui a dérobé des centaines de millions de dollars des actifs de l’Etat vénézuélien en « négociant » avec l’Occident comme « président du Venezuela ».

Photo : patriarcat, racisme, corruption : la droite vénézuélienne, ici sous l’étiquette de la MUD (« unité démocratique »). Au premier rang, à partir de la gauche, Julio Borges et Antonio Ledezma, impliqués dans le coup d’État de 2002 et les déstabilisations de 2014, 2015 et 2017. Le premier vit un exil doré à Bogota, le second à « Little Caracas » (Salamanca), le quartier de luxe des « exilés politiques » vénézuéliens à Madrid.

Depuis les élections à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC) en 2017 que Maduro lança avec succès comme manière de sortir par le haut des violences de l’extrême droite, le pays s’est engagé dans un processus progressif et difficile de recomposition institutionnelle et démocratique. L’extrême droite s’est vue rejetée pour ses violences par une majorité de votants. Le putschisme de Juan Guaido et Leopoldo Lopez s’est retrouvé isolé, une bonne partie de la droite ayant compris l’intérêt de revenir dans le champ démocratique, et de regagner du terrain via les élections, après avoir en quelque sorte renoncé à faire de la politique dans l’espoir d’un rapide coup d’État.

Pour sa part, le chavisme mise sur la démocratie participative pour remobiliser et redynamiser sa majorité électorale, face à ces élections auxquelles participeront des partis et des organisations qui s’étaient tenus jusqu’ici à l’écart de l’arène.

Élections à la base

Le PSUV s’est réuni ce mardi 1er juin, sous la direction du président du parti, Nicolás Maduro, et avec l’ensemble de la direction nationale, pour débattre et approuver la méthode de sélection des candidat(e)s aux méga-élections (régionales et municipales) du 21 novembre. Avec à ce jour plus de 7 millions d’inscrit(e)s, le PSUV est la plus grande organisation politique du Venezuela. Elle est aussi la seule à remettre des carnets de membres à sa base et à organiser des primaires à bulletin secret à travers des assemblées de base.

Le dimanche 27 juin, pas moins de 14.381 assemblées simultanées seront organisées sur l’ensemble du territoire national, à la tête de chacune des Unités Bolívar-Chávez (UBCH) qui sont les équipes de militant(e)s territoriales du parti. Ces assemblées ouvertes permettront à tout(e) membre de présenter sa candidature et auront pour but de « recevoir et désigner » les pré-candidats aux élections internes. Le 8 août, les candidat(e)s du PSUV seront élu(e)s avec un suivi technique du Conseil National Electoral (CNE). L’ensemble de la liste électorale pourra participer, et ces primaires serviront à mesurer la capacité de la plate-forme chaviste à se réunir et à se mobiliser.

L’élection par la base comporte des risques contre lesquels a mis en garde la direction du PSUV elle-même, comme le fait que ceux qui occupent déjà des postes pourraient profiter de leur position, établir des mécanismes excessifs dans la campagne pour conditionner ou diriger le vote en leur faveur, en jouant la « position avancée ». Il y a aussi les « blessures » et les conflits internes qui surgissent aux niveaux local et régional, à travers les tendances, les groupes et les leaderships qui se mesurent lors de ces élections. Ou, dans certaines régions et municipalités, le retour d’anciens dirigeants, d’outsiders ou des « parachutistes » qui voient dans une élection de base une occasion idéale pour aspirer à un mandat électif.

Photo: Assemblée de base chaviste pour choisir les candidat(e)s aux élections

Mais le PSUV assume ces risques. Il faut rappeler qu’ici, contrairement aux autres élections primaires, ceux qui aspirent à se présenter aux élections devront être portés par la base même du PSUV pour promouvoir leur candidature et la faire proclamer depuis les assemblées territoriales des militant(e), de la base au sommet, avant que chacun(e) exerce son suffrage à travers un vote secret.

Au-delà des coulisses, le PSUV est mis au défi de promouvoir des discours mobilisateurs et des offres de campagne connectées aux aspirations locales, aux imaginaires, aux besoins et demandes ressentis de la population. La campagne électorale est un espace idéal pour le renforcement des liens objectifs et subjectifs entre le chavisme et l’électorat, en comprenant celui-ci non seulement comme la base chaviste, mais comme l’espace des aspirations sociales qui existent aujourd’hui dans la politique vénézuélienne, c’est-à-dire la population désenchantée (tant dans le chavisme que dans l’opposition) : terreau d’indécis, d’orphelins politiques, faute de proposition qui puisse les captiver.

Malgré les conséquences de la guerre économique recherchées par l’Occident – la fatigue, le mécontentement, l’impopularité, il reste que le tissu féminin, la sociologie populaire, « l’exception vénézuélienne » et les années de formation, d’épreuves et de résistance font probablement du PSUV le parti le plus capable de rassembler autour d’un programme.

Sources : https://www.misionverdad.com/venezuela/retos-y-posibilidades-en-las-elecciones-internas-del-psuv-para-el-21n / https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/05/02/democratisation-des-elections-la-lutte-entre-lancien-et-le-nouveau-au-venezuela-et-en-amerique-latine/

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/06/04/pourquoi-et-comment-le-chavisme-renforce-la-democratie-electorale-au-venezuela/

Le Venezuela organise le 26ème scrutin en 20 ans de révolution. Et Guaido ?

Le gouvernement vénézuélien progresse dans la conclusion d’accords avec les secteurs de l’opposition. Le dialogue a notamment conduit à la formation d’un nouveau Conseil national électoral, composé de représentants du chavisme et de l’opposition. Le 21 novembre 2021, le Venezuela organisera son 26ème scrutin en 20 ans pour élire gouverneurs, maires et conseillers municipaux, parmi un éventail de partis de droite à gauche. Un record mondial. Lula parle « d’excès de démocratie ». Exemple de l’abîme ahurissant entre réel et virtuel médiatique.

Pendant ce temps, l’extrême droitier Guaido souffre de déréliction: l’Union Européenne ne le reconnaît plus comme « président » et si les USA le font encore, c’est du bout des lèvres. Dénoncé par des médias de Colombie, Panama, USA pour la mégacorruption de ses vols d’actifs du Venezuela ou pour ses liens avec le paramilitarisme colombien, lâché ses « amis » et sa propre « base » (même celle payée pour faire foule devant les caméras de CNN), le putschiste Guaido offre au Président Maduro de « négocier ». Ce dernier lui a répondu : « Pourquoi pas? La voie n’est pas un coup d’État, tu peux participer aux élections » en lui proposant comme bases de négociation : « renoncer aux coups d’État, aux invasions armées et aux déstabilisations violentes, reconnaître la Constitution et les autorités élues par la population, rendre les comptes de l’argent fourni par les USA pour la conspiration et restituer toutes les ressources volées à l’État vénézuélien. »

T.D., Caracas, 15 mai 2021

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Pour comprendre cette nouvelle donne, la journaliste Karen Mendez a interrogé le politologue vénézuélien William Serafino.

Karen Mendez – Beaucoup se demandent pourquoi Guaidó est passé de l’appel à renverser le président Maduro au dialogue avec lui.

William Serafino – Ce que l’on peut voir dans le scénario, objectivement parlant, c’est qu’après les accords qui ont donné lieu à l’élection d’un nouveau Conseil national électoral, Guaidó se retrouve dans une position d’inutilité et d’isolement de l’arène politique. Il est évident qu’il se trouve dans une position totalement défensive, dans une situation où il ne sait pas bien où il en est, laissé pour compte dans cet ensemble d’accords que le gouvernement vénézuélien a conclus avec un secteur de l’opposition qui est représenté au Parlement national.

Face à cela, il a dû opérer un virage à 180 degrés, en réduisant au minimum les principales demandes de « regime change » à partir de 2019. Il est forcé de le faire pour essayer de ne pas perdre le peu de capital politique qui lui reste à l’échelle nationale et essayer de ne pas perdre les possibles liens d’influence et de crédibilité face à ce qu’ils considèrent comme ses alliés internationaux, notamment les États-Unis et l’Union européenne. Ceux-ci ayant marqué une ligne d’ouverture, de flexibilité par rapport au dialogue au Venezuela, ce qui le laisse précisément dans une situation défensive et avec un risque de tomber dans l’insignifiance absolue.

Karen Mendez – Guaidó a proposé d’offrir des « incitations » au gouvernement, telles que la levée des sanctions. Comment évaluez-vous cette offre ?

William Serafino – Elle marque une continuité car la nature des sanctions contre le Venezuela a toujours été de constituer un outil de chantage ou d’extorsion pour tenter d’obtenir des avantages politiques concrets. On peut avoir différentes lectures suite à cette nouvelle prise de position de l’ex-député Juan Guaidó, mais je pense que la plus cohérente est de comprendre l’utilisation des sanctions comme une arme, une manœuvre de chantage, d’extorsion pour obtenir certains avantages politiques contre une levée des sanctions. Sauf que cela repose sur une fausse prémisse : Guaidó n’a pas la possibilité d’autoriser la levée des sanctions, même s’il est vrai qu’après sa déclaration, certains porte-parole du département d’État ont soutenu sa « proposition ». Cela signifie en fait que la Maison Blanche est en train de repenser et de calculer la question des sanctions et qu’en tout cas pour l’heure il est indéniable que le  gouvernement de Nicolas Maduro a réussi à imposer son cadre d’interprétation et son récit, fragilisant les piliers de la campagne de pression maximale.

Karen Mendez – Guaidó insiste sur le fait que les puissances étrangères, qu’il qualifie d’alliées, doivent avoir une présence importante dans ce dialogue. L’Union Européenne a déjà déclaré qu’elle soutiendrait cet éventuel dialogue qui devrait déboucher sur des élections présidentielles et parlementaires. Que faut-il attendre de ce nouveau chapitre qui s’ouvre et de la participation éventuelle de ces pays qui avaient reconnu Guaidó comme « président par intérim » ?

William Serafino – Il y a un changement dans la façon d’aborder la question vénézuélienne, en particulier dans le cas de l’Union européenne qui, dès janvier de cette année, a rétrogradé Guaidó à simple interlocuteur de l’opposition vénézuélienne, et bien que les États-Unis maintiennent du bout des lèvres la reconnaissance de cette figure un peu folle de « gouvernement intérimaire », ils n’ont pas attaqué fortement l’élection du nouveau Conseil national électoral et, ce qui est le plus important, ils n’ont pas intensifié leur habituel récit contre la légitimité de la nouvelle Assemblée nationale élue en décembre dernier. Il est clair que les USA ne peuvent pas la reconnaître car cela reviendrait à ôter tout soutien à Guaidó, mais ils n’ont pas non plus pris la décision de l’attaquer de front lorsqu’elle a élu ce nouveau Conseil National Électoral.

Il est clair qu’il existe une voie électorale qui s’est imposée concrètement dans le pays, qui a le soutien de toutes les institutions vénézuéliennes et qui est reconnue à l’extérieur comme un premier pas vers la réinstitutionnalisation du pays.

Les élections régionales et municipales auront lieu en novembre 2021, et là, évidemment, le terrain et la marge de manœuvre sont très étroits pour le secteur de l’extrême droite putschiste représenté par Juan Guaidó, car soit il participe à ces élections mais changer sa position à ce stade aurait un coût politique et électoral énorme, soit il continue à se lancer dans des manœuvres de force, des menaces pour imposer des élections présidentielles et législatives alors qu’elles ont déjà eu lieu. Il semble très peu plausible qu’elles soient imposées par la force.

Il y a des secteurs de l’opposition qui ont acquis un plus grand prestige, une plus grande reconnaissance non seulement au niveau national mais aussi international et, évidemment, pour ces secteurs le plan a changé d’où un certain empressement de remettre sur la table d’autres élections qui ne sont pas en discussion et qui n’ont pas autant de soutien international que la voie électorale qui a été tracée depuis l’appel du CNE pour le 21 novembre.

Karen Mendez – Mais, si ces élections présidentielles et parlementaires ne sont pas en discussion, peut-on avoir de l’espoir pour cet éventuel dialogue ou son avenir est-il déjà compromis ?

William Serafino – Je crois son avenir est assez compromis parce que de nombreux secteurs de ce que l’on appelle le G4, c’est-à-dire ce secteur de l’opposition « dirigé » par Juan Guaidó, ont en fait déjà décidé de participer à ces élections de gouverneurs et de maires. D’abord, parce qu’elles offrent une opportunité d’accumuler du pouvoir, à la fois territorial et institutionnel, pour reconstruire leur infrastructure en tant que partis politiques : après tant d’années passées à parier sur un « changement de régime » par la force, ils ont négligé leur machinerie, leur formation interne, leur sélection de cadres. Donc je pense que beaucoup de partis, voyant qu’il y aura des élections présidentielles en 2024, y voient une opportunité de se remettre dans le jeu, de s’échauffer, de se replonger dans le contentieux électoral et de chercher à reconstruire le tissu des partis en vue des prochaines élections présidentielles.

Il y a beaucoup de secteurs qui voient comme peu probable que ces demandes de Guaidó, avec pour arrière-fond le chantage de la levée des sanctions, soient réalisées, que ces points entrent réellement en discussion. Par contre ces élections du 21 novembre leur semblent une opportunité plus sérieuse de se réinsérer dans le jeu politique, de gagner des espaces territoriaux de pouvoir et, à partir de là, d’édifier de meilleures bases pour les élections suivantes. Les demandes de Guaidó, au-delà de la levée des sanctions elles-mêmes, n’attirent guère un secteur de l’opposition qui même s’il a longtemps parié sur le coup d’État, et pensait qu’il allait être une réalité automatique, savent que ces élections viennent modifier la donne.

Karen Mendez – En février, le président du Parlement vénézuélien a dénoncé le fait que Leopoldo López et d’autres acteurs de l’opposition ont rencontré des représentants du gouvernement états-unien en Colombie. D’après les documents qu’il a présentés, une feuille de route a été élaborée lors de cette réunion, qui expose la tactique de la « carotte et du bâton » pour écarter Maduro de la présidence. Ils ont parlé du rôle que les États-Unis et l’Union européenne devraient jouer, de l’offre d’incitations à Maduro et du message à envoyer aux Vénézuéliens. Beaucoup de ces points se retrouvent dans la récente proposition de Guaidó. Est-ce une coïncidence ou y a-t-il un lien ?

William Serafino – Il me semble qu’il y a une relation. Évidemment, dans cette nouvelle étape qui s’ouvre, nous devons être très prudents car nous savons qu’il a déjà été prouvé que lorsqu’il y a des moments d’apparente flexibilité, lorsqu’il semble y avoir une trêve, ce qui se passe réellement, c’est que les acteurs du conflit se réarment pour une nouvelle opération de changement de régime. C’est peut-être le cas et cela peut être présent dans cette nouvelle offre, entre guillemets, faite par l’ex-député Juan Guaidó.

Je pense également que c’est un symptôme intéressant de la façon dont le contexte international évolue autour de la situation vénézuélienne : premièrement, la campagne de pression maximale qui combinait des menaces de force militaire avec une composante très élevée de sanctions destructives a échoué et qu’une nouvelle approche et une nouvelle perspective doivent être recherchées.

Deuxièmement, ces sanctions elles-mêmes génèrent des niveaux de responsabilité très élevés parmi les acteurs qui les appliquent. En d’autres termes, nous ne parlons plus du scénario de 2016 ou 2017 où les sanctions bénéficiaient d’un certain soutien international ou étaient investies d’un récit bienveillant dans lequel elles étaient censées contribuer à restaurer la démocratie. Déjà, par exemple, les rapports de l’ONU sont de plus en plus percutants en détaillant les souffrances subies par la population.

D’autres voix internationales qui pourraient se trouver dans la sphère d’influence des États-Unis commencent à émettre des critiques et des questions de plus en plus sévères sur ces sanctions, et les États-Unis perdent l’offensive symbolique et narrative en ce qui concerne ces sanctions. Ils essaient de brouiller la question des mesures coercitives unilatérales derrière une prétendue « offre de dialogue » alors qu’en réalité, ils sont obligés d’envisager d’assouplir certaines de ces sanctions. En effet, selon la lecture que font certains à Washington, elles ont fortifié le chavisme, ont rendu crédibles ses dénonciations du fait que la crise économique a une puissante causalité externe. Et bien sûr cela a affaibli de nombreux porte-parole de la droite et de nombreux acteurs qui ont bâti leur capital politique et leur stratégie sur la base du mécontentement et de la détérioration des conditions de vie.

Source : interview réalisée par Karen Mendez Loffredo, le 14 mai 2021 https://mundo.sputniknews.com/20210514/que-ofrece-juan-guaido-a-nicolas-maduro-tregua-o-una-nueva-operacion-de-cambio-de-regimen-1112187564.html

Traduction : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/16/le-venezuela-organise-le-26eme-scrutin-en-20-ans-de-revolution-et-guaido/

Comment relever le salaire des travailleurs, un débat en cours au sein du chavisme

Le PSUV (Parti Socialiste Unifié du Venezuela, principal parti de la majorité gouvernementale) publie une importante contribution de l’économiste Pasqualina Curcio sur la nécessité de relever le salaire des travailleurs (voir ci-dessous). Au Venezuela les services sont pratiquement gratuits (eau, gaz, électricité, essence, etc..) par rapport aux régimes néo-libéraux, et face à la pandémie le gouvernement bolivarien a pris des mesures de protection supplémentaires pour le monde du travail (interdiction de licenciement, ou d’expulsion pour loyer impayé par exemple). Reste que le salaire direct des travailleur(se)s s’est effondré lorsque la guerre économique décrétée par l’Occident, avec sanctions et blocus des exportations pétrolières, ont privé l’État de 99% de ses ressources et ont généré une forte inflation induite.

Tout en poussant à développer les communes et les conseils de travailleurs pour qu’ils dirigent les entreprises publiques, le président Maduro a nommé une commission chargée de trouver la réponse à ce problème que les allocations sociales (Carnet de la Patria, CLAP…) ne suffisent pas à résoudre. Dans ce cadre la chaîne gouvernementale VTV a donné la parole à l’économiste Tony Boza qui propose pour sa part d’indexer le salaire sur le Petro (monnaie virtuelle liée au baril de pétrole, créée par la révolution pour s’affranchir du dollar).

Thierry Deronne, Caracas, 13 mai 2021

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L’importance du salaire pour des millions de travailleur(se)s, par Pasqualina Curcio

Il y a ceux qui, au Venezuela, écartent la question des salaires comme si elle n’était pas pertinente, comme si elle n’était qu’un aspect de plus parmi de nombreux autres problèmes. Ils transmettent avec légèreté le message que tant que nous continuons à être assiégés par les États-Unis, il n’y a pas grand-chose à faire pour les ajuster à des niveaux décents. Ils ne proposent pas de solutions et face aux demandes d’augmentations salariale, la réponse est : « on ne peut pas distribuer ce qui n’existe pas, il faut produire et pour cela il faut travailler » comme si nous ne le faisions pas tous les jours.

Il y a près de 14 millions de travailleurs actifs au Venezuela qui vivent, je répète, vivent, avec le salaire de quinze jours. 92% de la population active de ce pays, selon les dernières données de l’INE, appartiennent à la classe salariée, dont 3,3 millions travaillent dans l’administration publique. Cinq millions de retraités vivent également avec le salaire minimum légal. Ceci représente 19 millions de personnes, quelque chose comme 63% de la population. Les autres 37% de la population comprennent les enfants de moins de 15 ans, c’est-à-dire notre progéniture, plus environ un million de chômeurs, et quelque 347 170 personnes qui, selon les chiffres de l’INE, sont des employeurs, c’est-à-dire qu’elles appartiennent à l’autre classe : la bourgeoisie.

Le salaire est important non seulement parce que la vie et la qualité de vie d’une multitude de personnes ici au Venezuela et dans le monde entier en dépendent, mais aussi parce que, étant donné une accumulation primitive du capital, et dans le cadre du processus social du travail, il détermine les grandes inégalités qui se traduisent par la pauvreté, l’injustice, la faim et la misère. Pour comprendre pourquoi 1% de la population mondiale s’approprie 82% de ce qui est produit, qui, soit dit en passant, est produit par le travailleur, il est nécessaire d’analyser comment la richesse est distribuée dans le processus social du travail lui-même et donc comment ce produit est réparti entre le salaire, je répète, le salaire, et le profit. Ce n’est pas un hasard si l’un des premiers postulats du néolibéralisme a été le gel des salaires et la libération des prix, ce qui n’a d’autre but que d’augmenter le profit, celui-ci étant la différence entre le prix et le salaire.

Nicolas Maduro le 24 mai 2014, lors d’une rencontre nationale avec les travailleurs du secteur public et les syndicats qui lui ont remis le projet de contrat collectif.

La question des salaires n’est pas n’importe quelle question, elle est centrale. L’expédier en répétant les dogmes monétaristes et en affirmant qu’il n’y a pas d’argent pour les ajuster alors qu’au Venezuela le degré d’exploitation/profit a augmenté de 270% en moins de 4 ans, tandis que le salaire minimum légal ne couvre même pas 0,65% des besoins matériels minimum de la classe ouvrière, ce n’est pas seulement paradoxal dans un discours qui se réfère constamment au « socialisme », mais cela reflète aussi une méconnaissance inquiétante de l’inégalité croissante entre les salaires et les profits dans notre pays, ainsi qu’un manque de respect envers le haut niveau de conscience de la classe ouvrière vénézuélienne, à l’avant-garde des luttes anti-néolibérales depuis 1989

À l’époque néolibérale, pendant la IVe République, plus précisément entre 1978 et 1998, le salaire réel ou le pouvoir d’achat des travailleurs vénézuéliens a chuté de 65%, alors que la production nationale a augmenté de 30% au cours de la même période. En même temps, pendant ces 20 ans, moments sombres de notre histoire économique, le degré d’exploitation des travailleurs par la bourgeoisie a augmenté de 205% (données de la BCV).

Depuis 1999, avec l’arrivée du Comandante Chávez et de la Révolution Bolivarienne, ces tendances se sont inversées : entre 1999, et plus précisément 2003 et 2013, le salaire réel ou pouvoir d’achat a augmenté de 77% et le degré d’exploitation a diminué de 38%, pendant cette période l’économie a connu une croissance de 68% (données de la BCV). Dans la transition vers le socialisme, Chávez a frappé au cœur du mode de production capitaliste : répartir moins inégalement, entre le travailleur et le bourgeois, la valeur ajoutée dans le processus de production. L’objectif était de réduire l’écart entre les salaires et les bénéfices et donc la répartition inégale de ce qui était produit, ce qui s’est traduit par une baisse de 57% de la pauvreté dans notre pays. Cela a été réalisé, tout d’abord, en amenant le salaire minimum légal aux niveaux du panier alimentaire. Ensuite, en contrôlant les prix des biens essentiels (nourriture, médicaments) dont la production était aux mains de grands monopoles privés. Troisièmement, et c’est très important, surtout dans les économies inflationnistes comme la nôtre, en adaptant le salaire minimum légal chaque fois que variaient les prix.

En 2013, l’impérialisme a intensifié la guerre économique contre le peuple vénézuélien. Parmi les armes qu’elle a employées figure l’attaque du bolivar par la manipulation politique du taux de change, qui a entraîné une dépréciation induite du bolivar de l’ordre de 3,1 trillions de pour cent de 2013 à ce jour et une augmentation des prix, également induite, de 63 milliards de pour cent au cours de la même période. Le fait est que, dans ce scénario, l’augmentation des salaires nominaux est restée en deçà de celle des prix – ils n’ont augmenté que de 5 milliards de pour cent – ce qui a entraîné une baisse de 99% du pouvoir d’achat de la classe ouvrière, contre une augmentation du degré d’exploitation/profit de plus de 270% en moins de 4 ans (entre 2014 et 2017, sûrement plus jusqu’en 2021).

En 2014, sur tout ce qui a été produit au Venezuela, 36% sont allés aux 13 millions de salariés, tandis que 31% sont allés aux 400 mille employeurs. En 2017 (dernier chiffre publié par la BCV), seuls 18% ont été distribués aux 13 millions de travailleurs tandis que les 400 mille bourgeois s’appropriaient non plus 31% de la production mais 50%, soit la moitié.

Non seulement on produit 64% de moins par rapport à 2014, principalement en raison des agressions impérialistes, mais le peu qui est produit est réparti plus inégalement entre les salaires et les profits, ce qui se traduit par une détérioration de la qualité de vie des travailleurs au prix d’une plus grande exploitation, conséquence du retard des salaires nominaux face aux augmentations plus que proportionnelles des prix. C’est cette inégalité dans la répartition de la production nationale que ceux qui rejettent à la légère la question des salaires semblent ignorer ou ne pas comprendre. Il s’agit de la manière dont la production est répartie, même si elle est moindre. Sans compter qu’avec un pouvoir d’achat qui tend vers zéro, il sera compliqué, voire impossible, d’augmenter la production.

Nous, travailleurs vénézuéliens, méritons, en raison de notre conscience de classe élevée et plus que prouvée, un débat de haut niveau sur cette question. Nous ne nous satisfaisons pas des répétitions de dogmes, sur un mode monétariste, qui cherchent à justifier la non-augmentation des salaires sans apporter de solution. Comme il serait bon que, dans l’agenda parlementaire, avec une majorité révolutionnaire, la priorité et l’importance soient données à la question des salaires qui affecte 99% de la population (27 millions de Vénézuéliens y compris nos enfants) au-dessus du débat sur les meilleures concessions que nous pourrions offrir à un groupe microscopique de capitalistes privés étrangers pour qu’ils viennent « investir » dans des zones pleines de richesses naturelles aménagées spécialement pour eux.

Pasqualina Curcio

Source : PSUV

Traduction : Venesol

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/05/13/comment-relever-le-salaire-des-travailleurs-un-debat-en-cours-au-sein-du-chavisme/

Loi des Cités communales: « révolution dans la révolution » au Venezuela

Au Venezuela une « Loi Organique des Cités Communales »  est en cours de discussion publique. Elle vise à ce que «le peuple organisé amplifie sa capacité de décider des politiques publiques depuis ses territoires ». Journaux, radios, télévisions, sites d’«actu» ne vous en parleront pas : plus le Venezuela approfondit sa démocratie, plus il faut le totalitariser dans les médias.

D’où vient cette loi ? De vingt ans de travail. Et d’abord de l’entêtement d’Hugo Chávez pour qui un processus révolutionnaire ne pouvait se résumer aux élections, et ne saurait durer sans construire une démocratie participative puissante et permanente : « Nous ne sommes pas une révolution démocratique, nous sommes une démocratie révolutionnaire » expliquait-il, comptant sur la rébellion populaire contre le colonialisme et l’exclusion comme moteur de la transformation de l’État.

Peu à peu, l’Assemblée Nationale a donné corps à cette transformation « du bas vers le haut ». En 2006, avec la Loi des Conseil Communaux –  ces comités de délégué.e.s élu.e.s par les habitant.e.s pour réaliser des projets (infrastructure, logement, etc..) en réponse aux besoins du quartier et recevant pour cela les ressources de l’État. En 2010, tout un arsenal législatif a renforcé le pouvoir populaire, dont la Loi Organique des Communes, fédérations de conseils communaux dotés d’un parlement pour mener à bien des projets sur un plus vaste territoire défini par les activités et les besoins de la population et articuler les nombreux programmes sociaux du gouvernement bolivarien. Ce tissu d’organisations joue aujourd’hui un rôle non négligeable dans la résistance à la guerre économique (comités d’approvisionnement) ou à la pandémie (comités de santé notamment). Le 13 avril 2021, l’Assemblée Nationale a approuvé l’avant-projet de Loi du Parlement Communal. Ce projet est lui aussi soumis au débat public comme la Loi Organique des Cités Communales, qu’on peut lire ici en espagnol et en anglais, et qui vise à créer 200 villes communales sur le territoire national. Il s’agit d’intégrer les communes en construction pour que leurs habitant.e.s passent à une nouvelle forme politico-administrative basée sur l’autonomie, pour la gestion des politiques publiques, les services publics et le renforcement de nouvelles relations économiques basées sur la solidarité dans la production, la distribution et la consommation de biens et de services. Les communes recevront des subventions en Petro, la cryptomonnaie mise en place par l’État vénézuélien comme mécanisme anti-dévaluation, pour financer les activités liées à une économie réelle et alternative.

Le canal Terra TV continue à écrire la chronique de cette construction d’une démocratie participative. Son nouveau reportage nous met au cœur de la vie quotidienne d’un parlement communal parmi tant d’autres écoles de pouvoir citoyen au Venezuela (VO sous-titrée en français) :

Pour Nicolas Maduro, à qui Hugo Chávez avait demandé de poursuivre cette construction de l’État communal, la nouvelle loi marquera un tournant radical dans la révolution bolivarienne : « L’avenir de la Révolution et du Venezuela est lié à la construction des nouveaux organes du pouvoir populaire, à la démocratie directe du Pouvoir Communal, comme les Cités Communales contenues dans la Loi que l’Assemblée Nationale est en train de discuter avec le peuple. Créer, créer le pouvoir populaire ! Je crois que les Cités Communales seront une révolution dans la révolution ; cette Loi, Organique, nous permettra de construire directement l’autogouvernement. Le Venezuela entrera dans une nouvelle ère politique, avec la construction d’une démocratie inclusive, participative, dont le citoyen sera l’acteur direct, où l’Exécutif National, les Pouvoirs Publics régionaux et municipaux devront articuler un véritable Gouvernement, celui des majorités, ce Gouvernement que j’ai baptisé « de solutions ».

« Car la loi donne le pouvoir au peuple, à la communauté, aux voisins, pour gérer leurs budgets et leurs ressources, assumer la solution directe des problèmes, exigeant des mandataires locaux et régionaux qu’ils sortent de leurs bureaux et du confort de la climatisation pour effectuer un véritable gouvernement de travail commun avec les Conseils communaux, avec les Communes, avec la base populaire. Celui qui ne tolère pas les critiques populaires ne peut pas être ministre ou gouverneur. Nous devons apprendre à écouter le peuple. Il faut créer le monde nouveau à partir du pouvoir populaire, depuis l’État communard, nous devons tout transformer, tel est notre engagement. Je le dis avec mes sept ans d’expérience comme député, mes sept ans comme ministre des affaires étrangères aux côtés du président Chávez, et huit ans comme président venu du monde du travail« .

« Celui qui ne tolère pas les critiques populaires ne peut pas être ministre ou gouverneur. Nous devons apprendre à écouter le peuple » (Nicolas Maduro)

Le débat sur l’avant-projet de loi est lancé. Voici la contribution de Jose Roberto Duque, écrivain et chroniqueur passionné de culture populaire vénézuélienne. Il rappelle à sa manière la nécessité de séparer le processus communal de la bureaucratie étatique et de ses « planifications d’objectifs » qui poussent parfois à fabriquer des « communes » de papier, sans base réelle.

« Si la cité communale que nous, révolutionnaires, voulons et/ou proposons se veut vraiment une construction anticapitaliste :

– Elle doit se débarrasser, progressivement ou rapidement, du modèle de logement et de communauté qui a servi au capitalisme, et qui a même semblé un jour pouvoir fonctionner ;

– Elle doit tourner, graviter et fonctionner autour d’une ou plusieurs activités productives qui rendent possible son autonomie ;

– Elle doit être habitée et animée par des communards (communard : sujet qui donne à la Commune la majeure partie de son temps, de son énergie, de son amour et de sa créativité) ;

– Elle doit être conçue collectivement en fonction de la réalité géographique, du climat, de l’histoire, de ses caractéristiques sociales, des besoins actuels et des projets futurs de chaque commune ou communauté ;

– Elle doit commencer avec une conscience révolutionnaire le travail de démolition des pratiques et des concepts qui soutiennent la ville actuelle (propriété privée, substrat religieux et médiéval contenu dans les notions de « paroisse », de mairie, etc ;)

– Elle doit tenir compte du fait que la coexistence de la nouvelle forme d’exercice de la citoyenneté avec la forme actuelle est transitoire. Qu’il est nécessaire d’abandonner les pratiques qui soutiennent le capitalisme pendant que nous concevons et exécutons les prochaines ;

– Elle doit concevoir l’avenir sans rejeter ni oublier les modèles, les dispositifs, les technologies et les pratiques culturelles de la ville précapitaliste : ce qui fonctionnait avant l’irruption du modèle nord-américain (capitalisme industriel, extractivisme et mercantilisme) et pourrait fonctionner à nouveau.

Presque tout ce qui précède est formulé ou proposé dans le projet de loi soumis à la discussion de l’Assemblée nationale. Disons que l’essentiel, qui est le processus de démantèlement d’un modèle et de construction d’un autre, avec les critères d’audace de Simon Rodriguez, s’y incarne.

Comme il arrive souvent, parce que nous sommes le produit d’une société qui palpite encore et que nous avons été modelés par elle, une certaine langue s’est  « invitée » dans certaines parties du projet. Par exemple, à propos des banques communales, des expressions comme celle-ci : « Renforcer le système de microfinance communal par l’application de politiques publiques démocratiques et participatives dans la gestion financière ». Autant le mot « communal » s’y présente comme signe de la nouvelle époque, autant son pendant est trop puissant pour ne pas voir qu’il est en train de gagner le combat : le duo « banque » et « financier ». Nous voulons construire des communes, mais nous continuons à invoquer le concept des banques ; ni plus, ni moins, dans les éléments qui ont permis au capitalisme financier d’exploser et de se répandre dans le monde entier depuis les 14ème et 15ème siècles.

L’heure étant à la discussion et à la construction collective, il ne convient pas de se laisser emporter par le pessimisme naturel des puristes et perfectionnistes. Mais il faut être prudent et vigilant, et surtout faire chauffer les moteurs vers la nouvelle réalité : pour avancer vers la construction physique de la société à venir. Le monde post-pandémique n’est pas un discours mais une nécessité. Et, dans le cas du Venezuela, un projet de pays. »

Thierry Deronne, Caracas, le 13 avril 2021

Vidéo : Jesus Reyes, Terra TV

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/04/14/loi-des-cites-communales-revolution-dans-la-revolution-au-venezuela/

Pouvoir citoyen et cités communales au Venezuela

« En tant que membres d’une communauté, nous avons la pratique sur notre territoire de semer et produire des connaissances et de construire un auto-gouvernement émancipateur » : l’étudiante en master, María Angélica Corredor résume l’esprit de la transformation en cours au Venezuela. Sur la base des débats et des propositions qui ont émergé lors du Congrès national des Communes, le président Nicolás Maduro a remis au Parlement en février 2021 deux projets de loi qui répondent à une vieille revendication communard(e), la Loi des cités communales et la Loi du parlement communal : « je demande le soutien de l’Assemblée nationale pour transférer le pouvoir économique et le pouvoir des services publics concrets au peuple communard et aux Conseils communaux. J’ai approuvé l’octroi de 26.283 Petros pour 1000 banques communales et 29.663 Petros pour des projets de filière textile des communes. L’objectif est d’impulser la nouvelle architecture financière du pouvoir citoyen. La commune est le nouvel État » a-t-il précisé.

Pour mieux comprendre cette étape de la révolution bolivarienne, nous publions le point de vue du politologue vénézuélien Franco Vielma (« Analyse en profondeur du pari communard du chavisme ») et celui du mouvement social « Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora » ensuite (« Le pouvoir populaire, les cités communales et la dynamisation du PSUV, tâches stratégiques centrales »).

« Analyse en profondeur du pari communard du chavisme »

Loi du parlement communal, loi des cités communales, ces promesses du chavisme faites au cours de la campagne des élections législatives de décembre 2020 ont été suivies de l’élaboration de ces projets par les équipes communales qui ont participé au Congrès national des Communes et ont produit 698 propositions. De ce total, 406 ont été déposées par les délégué.e.s des communes et des conseils communaux, tandis que 292 provenaient des délégué.e.s des mouvements sociaux. Ce congrès a compté avec la participation de 9.680 communes et conseils communaux, et plus de 70 mouvements sociaux.

Le chavisme et l’apparente incongruité du dollar et des communes

Dans le cadre des réponses urgentes à la guerre économique, le gouvernement bolivarien a assoupli les mécanismes bancaires pour permettre des opérations en dollars pendant que le chavisme de la base faisait un saut dans la construction des Communes : ensemble les deux mouvements paraissent se contredire. Mais sortons d’une narration manichéenne et analysons la réalité nationale.

Fondamentalement, le blocus économique contre le pays a considérablement dégradé la capacité de l’État à arbitrer les facteurs économiques internes et à soutenir l’ensemble du système comme cela avait été la tradition pendant cent ans de rentisme pétrolier. Aujourd’hui, ce modèle « pétro-rentier » de soutien de l’économie est démantelé sous les coups de bélier du blocus des USA et de l’UE. Cette singularité de la situation politique et économique vénézuélienne a fait que la gestion de l’État est aujourd’hui marquée par le pragmatisme, notamment dans le domaine économique, comme jamais en vingt ans de chavisme au pouvoir.

Le chavisme a dû mettre en œuvre et tolérer une série de changements de règles, fondés sur des facteurs et des forces qu’il ne peut contrôler, précisément parce que les capacités économiques de l’État ont été très réduites. Sur ce point, il convient de souligner non seulement le blocus extérieur, mais aussi l’avancée dans l’économie internes de phénomènes tels que la dollarisation partielle des activités commerciales (le secteur privé est majoritaire au Venezuela), ainsi que les flexibilités de la politique économique et les mécanismes de revitalisation de l’appareil interne, au-delà de la gestion de l’État, acceptés par le gouvernement lui-même. Ce que certains considèrent comme des actes de « régression »  sont des actions pragmatiques comme produit des conditions imposées. Pour le chavisme, ces conditions imposent un choix entre s’adapter ou se faire emporter par une hémiplégie économique totale imposée par le blocus occidental.

C’est ici que se situe le lancement de deux projets de loi communale réclamés depuis des années par les mouvements qui ont lutté pour la construction des Communes au Venezuela. Le président Maduro a proclamé que les Communes sont des caractéristiques du « nouvel État » qui doit germer en ancrant le champ politique national dans ce contexte de résistance : « Nous devons nous atteler à la construction des forces de l’avenir, la force morale et nouvelle de la patrie. Les forces communales, les forces populaires, les forces de la classe ouvrière. Rectifiez partout où des erreurs ont été commises« .

Nicolas Maduro a prévu que d’en 2021, l’objectif de construire au moins 200 villes communales – conformément aux principes de la loi proposée soit réalisé. Il a parlé des pôles de développement des villes communales tels que l’élaboration de lois simples de service au peuple ; celui des services publics de proximité, contrôlés par le pouvoir populaire, et le rôle des Communes dans l’activité productive.

La Commune Máximo Viscaya, État de Yaracuy, octobre 2013. Photographies : Verónica Canino

Le Loi sur le parlement communal consiste en une autonomisation politique indispensable au développement de la vie locale, et la revitalisation de la participation des acteurs sociaux comme marque incontestable du chavisme. Quant à la Loi sur les cités communales, elle établira des mécanismes de gestion depuis et pour les communes et créera un habitat pour la gestion des services publics, la production sociale et la circulation des biens et des services.

Dans cette optique, Maduro a fait le pari de payer en Petros les ressources allouées aux communes. Autre particularité énorme : le chavisme aspire à construire des espaces d’autonomie locale, en finançant cette grande aspiration par l’utilisation d’une crypto-monnaie souveraine. Du bitcoin et de son prix spéculatif, nous savons qu’au Danemark il sert à acheter des pizzas ou qu’il permettra bientôt d’acquérir un véhicule Tesla. Le bitcoin est parfois considéré comme un « instrument contre-hégémonique » défavorable à la finance mondiale. Mais sa contribution sera énorme pour le capitalisme.

Que dire alors du « Petro » et de la capacité qu’il pourrait avoir de financer et de favoriser la construction du socialisme sur le territoire, l’autogestion et la démocratie profonde du Venezuela, un pays qui, dans tout l’hémisphère occidental, subit le plus haut niveau de pressions impériales de notre époque ? Le pari est qu’à moyen terme, les communes et les cités communales puissent constituer un habitat pour la gestion politique locale, de manière alternative aux modèles d’organisation politique dominante. En outre, grâce à l’utilisation du Petro et à son intégration dans les opérations quotidiennes, la canalisation des échanges de biens et de services permettrait de revitaliser l’espace économique local.

Avec sa phrase « La commune ou rien ! », le président Chávez avait proposé un modèle d’organisation pour la révolution bolivarienne (photo : Terra TV)

Déjà, au cours des dernières années, les Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP), les équipes politiques des UBCH, les Conseils Communaux et le tissu politique féminin d’avant-garde dans les communautés ont été essentiels pour faire face aux difficultés et aux besoins de la population. Bien que cette année 2021 va se recentrer sur les élections régionales (gouverneurs, maires) – ce qui pourrait mettre au second plan la construction de forces de gestion alternative, Maduro conçoit celle-ci comme un autre front stratégique à consolider.

Dans ce conflit entre l’ancien État et l’État communal naissant il y aura des trébuchements, des obstacles, à n’en pas douter. Le mouvement dépend plus que jamais de l’expérience accumulée et de l’expérience que le chavisme a développée dans l’organisation depuis le plus profond du pays.

2. Le pouvoir citoyen, les cités communales et la dynamisation du Psuv, tâches stratégiques centrales pour le mouvement social « Corriente Revolucionaria Bolivar et Zamora »

Nous accompagnons et soutenons l’ensemble des initiatives politiques du président Nicolás Maduro dans la mesure où elles comportent des aspects essentiels pour la relance et l’approfondissement de la révolution bolivarienne. La lutte contre la corruption, l’approfondissement de la démocratie révolutionnaire avec la promotion des cités communales et la recherche de « nouvelles méthodes pour que le parti assume un rôle plus critique, dynamique et actif« , constituent trois axes-clés pour avancer dans une ligne stratégique revitalisante et dynamisante de la révolution politique. Examinons-les un par un.

Les cités communales sont une étape importante pour avancer dans l’objectif historique de construction d’une société démocratique et dans la transformation de l’État oligarchique en un État fondé sur le pouvoir populaire, avec des formes multiples et diverses de participation et d’exercice direct du pouvoir. Cependant, nous pensons que la construction de ces cités communales doit partir de certaines bases, de réalités concrètes, pas seulement de rapports ou de statistiques qui souvent ne correspondent pas à la réalité.

Les cités communales ne doivent pas être décrétées, ni imposées par des instances bureaucratiques, ce qui ne signifie pas que l’État et le gouvernement ne doivent pas jouer un rôle central dans leur conformation. Ce que nous voulons dire, c’est qu’il est nécessaire de passer par un processus préalable de promotion et de renforcement des conseils communaux et des communes, piliers sur lesquels reposeront les cités communales. Ceux d’entre nous qui sont impliqués dans le travail de terrain savent qu’à l’exception de certaines expériences référentielles, leurs niveaux d’organisation, de participation et d’autonomisation ne sont pas suffisants pour proposer soudainement des niveaux d’agrégation plus élevés. Il ne suffit pas d’atteindre ces niveaux optimaux pour les adapter et réélire les porte-parole, ce qui est une réponse administrative. Il s’agit de construire et d’exécuter un plan de relance intégrale qui solidifie ces deux premiers niveaux d’organisation pour passer à des niveaux plus complexes d’agrégation du pouvoir communal. Sinon, nous risquons de nous retrouver avec 200 villes communales comme le propose l’objectif, mais sur le papier, appropriées par des cénacles de « porte-parole » imposés dans de nombreux cas dans le seul but de contrôler les ressources à allouer à ces cités communales.

Les cités communales doivent partir d’un diagnostic territorial pour évaluer leur viabilité politique, organisationnelle et géographique. Lorsqu’il y a des conditions pour avancer, il faut le faire, mais dans les territoires où il n’y en a pas, il est nécessaire de proposer des plans visant à créer ces conditions. Il vaut mieux construire des expériences modèles ou référentielles qui peuvent montrer la viabilité de cette forme de montée en puissance citoyenne dans une première phase, plutôt que de les décréter de manière plate et automatique.

Aller vers un Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) plus critique, dynamique et actif, comme le propose le président, est non seulement juste mais une tâche stratégique afin de mener le processus révolutionnaire vers la mise à jour et la revitalisation nécessaires pour construire la société démocratique, éthique et humaniste fixée comme objectif historique par la révolution bolivarienne, c’est-à-dire une société inclusive de bien-être collectif et égalitaire. Il s’agit d’avancer vers le parti de Chávez, un parti comme instrument de transformations, qui comprend le caractère actuel du conflit, non seulement contre l’impérialisme mais aussi le conflit des sens, des émotions, la bataille éthique, la bataille hégémonique.

Il est urgent de dépasser la logique du parti-courroie de transmission, du clientélisme, de l’assistentialisme, afin que la dualité parti/gouvernement devienne une synergie transformatrice, en instruments puissants pour surmonter la crise que nous subissons. Cela ne se produira que s’il y a un processus profond de renouvellement, de formation de leaderships éthiques et démocratiques, et de création et d’application de mécanismes internes à cet effet.

Si nous progressons dans l’approfondissement du pouvoir populaire, dans le rôle actif du peuple dans notre démocratie, si nous renouvelons le parti pour le rendre plus critique, plus actif dans les tâches véritablement transformatrices (sans cesser d’être un instrument électoral efficace, évidemment), pour le transformer en un parti plus dynamique comme proposé, nous pourrons alors être dans de meilleures conditions pour lutter contre la corruption, contre les déviations éthiques qui font tant de mal au pays et, surtout, pour parvenir à la reprise économique, même si nous pouvons convenir que la cause principale est le blocus commercial et financier, criminel et illégal.

Avec le pouvoir populaire, avec un parti éthique et démocratique, nous aurions deux forces puissantes pour vaincre la corruption, l’agression étrangère et pour revitaliser radicalement la révolution bolivarienne dans le cadre des perspectives de Chávez.

Pour ces raisons, nous pensons, à la CRBZ, que ces initiatives proposées par le président Maduro doivent être appuyées avec enthousiasme et détermination par toutes les forces du chavisme. Nous répondons présent et dirigerons tous nos efforts, notre volonté, le temps et l’énergie de notre militance vers la réalisation de ces tâches stratégiques.

Coordination nationale du Courant Révolutionnaire Bolivar et Zamora

Sources :

1. https://www.misionverdad.com/venezuela/analisis-profundo-de-la-apuesta-comunera-del-chavismo

2. http://www.crbz.org/el-poder-de-la-gente-las-ciudades-comunales-y-la-dinamizacion-del-psuv-tareas-estrategicas-centrales-analisis-de-la-corriente/

Traduction : Julie Jaroszewski / Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2021/02/20/pouvoir-citoyen-et-cites-communales-au-venezuela/