POURQUOI CE SONT LES JEUNES QUI FONT LE PLUS CONFIANCE À CHAVEZ

vendredi 15 juillet 2011

Un des secteurs sociaux historiquement le plus influent dans les processus de transformation sociopolitique est celui de la jeunesse. Aujourd’hui, après 12 ans de gouvernement, les enquêtes montrent que le président Hugo Chavez peut compter sur un appui plus important dans la jeunesse que chez les adultes ou chez les personnes du troisième âge. 52,3% des jeunes jugent positive la gestion de Chavez, comparés aux 51,4% des adultes et aux 50,6% des personnes du troisième âge.

Parallèlement à ces tendances nationales, on observe que plus on descend dans la classe sociale, plus les jeunes apprécient le président. Ainsi, les jeunes de la classe A-B sont 27,3% à le juger positivement, ceux de la classe C sont 35,4%, ceux de la classe D sont 53,4% et finalement ceux de la classe D sont 60,2%.

Le jugement positif du président Chavez par la jeunesse vénézuélienne a augmenté de 14,7% en un an, passant de 37,8% en février 2010 à 52,3% en avril 2011.

Cette confiance dans le président, qui grandit plus on est jeune, trouve son explication dans deux éléments fondamentaux :

-  Premièrement, la capacité de Chavez de casser l’imaginaire construit depuis des années, dans lequel la jeunesse est présentée comme un sujet dangereux et immature, incapable de faire partie de la construction du pays, pour le revendiquer comme sujet créatif et plein de possibilités. Chavez construit en direction de la jeunesse mais surtout avec elle, un discours non-stigmatisant qui accepte sa diversité, se rapproche de ses angoisses, comme en atteste l’élimination du service militaire obligatoire. La reconnaissance des jeunes par le Président est permanente, ainsi que ses appels pour qu’ils débordent la société avec leur créativité infinie ; cette construction symbolique du sujet juvénile transcende la matérialité des relations sociales comme jamais auparavant. En promouvant et en facilitant le protagonisme de la jeunesse, autant dans le leadership des mouvements sociaux et communautaires que dans la direction de postes-clés de l’Etat et de ses ministères, ainsi que dans les listes nationales du PSUV dans les élections aux mandats publics. Sur le plan politique, le processus a réussi à construire la valeur hégémonique de la participation politique comme outil de transformation sociale. Sans aucun doute, la jeunesse valorise le fait que la révolution soit un scénario d’inclusion et d’amplification de ses rêves et de sa voix.

-  Un second élément à prendre en compte est la grande transformation sociale qu’a vécue la société vénézuélienne durant les 12 ans de la Révolution Bolivarienne. Sur ce plan, l’universalisation de l’éducation à tous les niveaux est une réalisation reconnue par tous les organismes internationaux ; l’UNESCO, dans son rapport annuel de 2010, a placé le Venezuela au quatrième rang des pays ayant le taux d’inscription dans l’éducation supérieure le plus haut du monde, et lui confère le deuxième rang en Amérique latine. Sur le plan sportif a été créé un système d’universalisation du sport qui a permis la massification des disciplines et une augmentation significative des victoires dans les compétitions de haut niveau. Sur le plan culturel, on a popularisé la culture, et avec l’appui soutenu de l’Etat, le projet du Système d’Orchestre Infantile et Juvénile a pris un essor considérable, avec un impact tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Sur le plan économique, le gouvernement a répondu aux demandes de plus de 90% de vénézuéliens qui souhaitaient une plus grande participation de l’Etat dans le contrôle de l’économie et une plus grande régulation de la relation inégale entre les entreprises et les citoyens, par un schéma de contrôle des prix et de lutte contre la spéculation.

Mais l’appui envers le président par la jeunesse vénézuélienne ne se fait pas de manière acritique. Au contraire l’étude réalisée par GISXXI signale les trois principaux problèmes nationaux : l’insécurité (29%), le chômage (16%) et les problèmes des services publics (11,9%), sous la moyenne nationale en matière d’insécurité (29,9%) et au-dessus pour le chômage (15,3%) et les services publics (11,4%).

Dans ces problèmes, l’emploi est la plus grande demande de la jeunesse à la société vénézuélienne. L’amélioration significative des opportunités d’étude doit aboutir à l’obtention d’un emploi digne et non précaire ; c’est aujourd’hui le grand défi du processus bolivarien pour maintenir et augmenter la confiance de la jeunesse, acquise grâce à sa politique d’universalisation de l’accès à l’éducation, à la santé, au sport et à la culture.

Le jugement positif par les jeunes de la gestion du Président Chavez, répond clairement à son pari d’un modèle de pays équitable et inclusif : une vision qui rompt avec l’atmosphère sociale et politique des années 90. L’apathie et la fragmentation de la jeunesse, sa désaffection pour la politique, étaient l’indicateur le plus visible de la fragmentation sociale et de la rupture avec le sentiment collectif. La jeunesse vivait le privé et l’individualisme comme un refuge, aucune représentation politique ne captait son esprit et sa pratique ; en effet, tout le système visait à éliminer, si minimes soient-elles, les sphères dans lesquelles elle pouvait s’inscrire comme sujet social.

Sa position invite à une refondation de la réflexion commune sur laquelle le monde et la société future se construisent. Les mentalités et les pratiques de la jeunesse s’aujourd’hui illustrent avec clarté le type de pays qui se construira dans les prochaines décennies.

La substitution de la « génération bête » par une génération critique et créative est un autre des héritages qu’apporte ce processus aux générations futures !

Jesse Chacón.

Directeur de la Fondation GISXXI

www.gisxxi.org

Traduction : Sebastian Franco, pour www.larevolucionvive.org.ve

Télécharger le PDF : Los jóvenes son los que mejor valoran a CHávez.

On peut aussi le trouver dans : El Correo del Orinoco Nº 617 del Domingo 22 de Mayo de 2011. Página 14

La Démocratie des Égaux

En novembre 2010 déjà Latinobarómetro (ONG chilienne indépendante) montrait que le Vénézuéla est de toute la région le pays qui jouit du taux le plus élevé de confiance dans la démocratie (84%).

En mai 2011 le rapport de la Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA), institution canadienne qui ausculte les systèmes démocratiques, place le Système électoral du Venezuela à la première place de la liste mondiale pour le respect des normes en la matière.

Qualité Générale des Systèmes Electoraux :

1. Venezuela : 85% (A +)

2. Finlande : 40,75% (F)

3. Danemark : 35% (F)

4. Etats-Unis : 30% (F)

5. Canada : 25.75% (F)

6. Mexique : 22,5% (F)

7. Tunisie : (sous Ben Ali) 10% (F)

8. Cameroun : 2,5% (F)

9. Egypte : (sous Moubarak) 0% (F)

Si nous prenons en compte ce qui précède et qu’il nous intéresse de comprendre, au-delà des pratiques et des formes de procédure, la conception de la démocratie présente dans la culture politique vénézuélienne, le rapport de la FDA de mai 2011 nous explique que 62% des vénézuéliens considèrent que le bien-être économique et social est le plus important dans une démocratie, c’est-à-dire qu’ils font de l’égalité le critère fondamental pour évaluer une démocratie.

De la même manière une étude de l’entreprise privée Gallup du 19 avril 2011 sur le bien-être global, fait du Venezuela le premier pays de l’Amérique Latine et le quatrième dans le monde avec la plus grande prospérité (64%), il n’est dépassé que par le Danemark (72%), la Suède et le Canada (69%), et l’Australie (65%).

Cette conception de la démocratie repart de sa véritable essence. Historiquement la bourgeoisie a converti la démocratie en une enveloppe vide de contenu où les procédures pour élire et pour être élu, associées à la règle de la majorité et de la minorité, ont fini par tomber sous l’emprise des pouvoirs invisibles des grands groupes économiques et de technocraties qui condamnent le peuple au rôle d’accessoire dans la grande scénographie du social.

La classe bourgeoise a trahi le programme éclairé de Liberté, Égalité, Fraternité. Depuis la vague révolutionnaire qui a détruit le féodalisme et a donné naissance au capitalisme, la bourgeoisie a mis un accent particulier sur la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, et a souligné le droit à la liberté personnelle et à la propriété privée ; mais elle a plongé dans l’oubli les événements de 1793, lorsque la déclaration jacobine situa l’égalité à la première place dans l’énumération des droits naturels.

Elle a aussi effacé à dessein la mémoire de la lutte du mouvement des Égaux emmenés par François-Noël Babeuf, qui en 1796, se rebellent contre la trahison par la nouvelle élite des idéaux de la révolution française et postulent le manifeste des Egaux :

« L’Egalité ! premier vœu de la nature, premier besoin de l’homme, et principal nœud de toute association légitime ! (..)Toujours et partout, on berça les hommes de belles paroles : jamais et nulle part ils n’ont obtenu la chose avec le mot. De temps immémorial on nous répète avec hypocrisie, les hommes sont égaux, et de temps immémorial la plus avilissante comme la plus monstrueuse inégalité pèse insolemment sur le genre humain. (..) Eh bien ! nous prétendons désormais vivre et mourir égaux comme nous sommes nés ; nous voulons l’égalité réelle ou la mort ; voilà ce qu’il nous faut. (..) La révolution française n’est que l’avant-courrière d’une autre révolution bien plus grande, bien plus solennelle, et qui sera la dernière. Il nous faut non pas seulement cette égalité transcrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, nous la voulons au milieu de nous, sous le toit de nos maisons ; (..) Nous tendons à quelque chose de plus sublime et de plus équitable, le bien commun ou la communauté des biens ! Plus de propriété individuelle des terres, la terre n’est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde. Nous déclarons ne pouvoir souffrir davantage que la très grande majorité des hommes travaille et sue au service et pour le bon plaisir de l’extrême minorité. Qu’il ne soit plus d’autre différence parmi les hommes que celles de l’âge et du sexe. (..)

PEUPLE DE FRANCE ! Ouvre les yeux et le coeur à la plénitude de la félicité : reconnais et proclame avec nous le République des Egaux. »

Dans ce conflit historique la forme triomphante d’organiser la société et l’économie fut la logique du capital et l’individualisme ; cependant la logique sociale et l’égalitarisme sont restés en lutte ouverte et en résistance. Le mouvement ouvrier naissant fut le continuateur de cette tradition, et en a porté très haut l’expression dans la Commune de Paris, qui à partir de l’insurrection ouvrière a réussi à instaurer un bref gouvernement populaire du 18 mars au 28 mai 1871, laissant une riche expérience historique sur les formes de l’organisation communale, collective et égalitaire de la société.

Cent ans après la commune de Paris, par la voie de la particpation et de l’inclusion socio-économique des secteurs les plus pauvres, le Venezuela récupère pour la démocratie son obligation de générer le bien-être.

Ainsi ce processus révolutionnaire refonde dans la culture politique et dans la gestion sociale la valeur d’égalité, et visibilise les rêves des exclus face à la trahison historique des puissants.

Aujourd’hui , Venezuela retrouve pour l’humanité la valeur de la démocratie des Egaux.

Jesse Chacón

Directeur de la Fondation GISXXI

Traduction (FR) : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

PDF du texte original : Venezuela : La Democracia de los Iguales

Elias Jaua « Il ne peut y avoir de changements sociaux sans confrontation avec le capital ».

mercredi 4 mai 2011

Les deux dernières semaines ont vu une accélération sans précédent de la démocratie et de la révolution au Venezuela. Augmentation du salaire minimum de 25%, augmentation des salaires des universitaires et travailleurs du secteur public de 40 à 45%, financement par l’état d’un « new deal » en matière de logement qui va permettre la construction d’un logement décent pour chaque famille pauvre. Plan national de création d’ emploi pour 3,5 millions de chômeurs sur les 8 prochaines années. Le parlement discute actuellement de nombreuses lois structurantes : sur les droits du travail, sur la protection du pouvoir d’achat, contre la spéculation et les hausses de prix illégales, ou sur la démocratisation – à la suite de l’Argentine – du spectre radio et TV jusqu’ici monopolisé comme partout ailleurs par de grands groupes économiques. Cette loi équilibrera le patrimoine public des ondes – 33% pour le public, 33% pour le privé et 33% pour le secteur associatif, participatif.

Dotés de plusieurs milliards de dollars ces trois dernières années, 42000 conseils communaux appliquent le budget participatif que la gauche altermondialiste avait découvert à Porto alegre (Brésil) et mobilisent les citoyens dans la reconstruction de leurs services publics et d’un nouveau type d’état. La Mision Agrovenezuela vient de financer 34.000 producteurs agricoles à hauteur de 1,4 milliards de bolivars, pour ancrer définitivement le pays dans une souveraineté alimentaire qui refuse les biocarburants ou les OGM. De la CEPAL à l’UNESCO, de l’ONG indépendante chilienne Latinobarometro a la firme privée Gallup, les rapports publics récents indiquent que le Venezuela est devenu le pays le plus égalitaire de la région mais aussi celui où les citoyen(ne)s croient le plus dans la démocratie. Ces transformations en profondeur passionnent, mobilisent les vénézuéliens mais sont invisibles à l’extérieur. La gauche occidentale, qui vit un fort désamour des secteurs populaires, impuissante face à la montée de l’extrême-droite, semble ignorer, voire mépriser, ces douze années d’une vaste construction du socialisme bolivarien et sa forte dose de démocratie participative. Une partie croissante d’entre elle préfère mettre son énergie dans des prises de distance médiatiques vis-à-vis de Chavez.

Au moment où la réalisation du programme historique de la gauche s’accélère au Venezuela, il nous a paru utile de rencontrer un personnage peu connu de la nouvelle génération révolutionnaire, et actuel vice-président de la République bolivarienne, Elias Jaua. Né à Caucagua, état de Miranda, il y a 41 ans, il est licencié en sociologie de l’Université Centrale du Venezuela (UCV). Avant d’être nommé au poste de vice-président de la république, il fut ministre de l’Agriculture et des Terres, ministre de l’Économie Populaire et chef du cabinet présidentiel.

Q/ Certains dirigeants de l’opposition viennent de dévoiler ce que sera leur programme électoral. Un thème qui, jusqu’ici, était entouré du plus grand mystère : il s’agit de privatiser tout ce qu’il y a à privatiser. Que vous inspire ce soudain élan de transparence ?

R/ Ceci met en évidence les contradictions internes de l’opposition. D’un coté, ceux qui se présentent comme sociaux-démocrates se sont lancés dans la promotion d’un programme électoral démagogique en prétendant faire croire au peuple qu’il est possible de construire un état social de droit et de justice avec un gouvernement de droite et sans confrontation avec le capital. Mensonge ! Le peuple sait bien que tout ce qui a été acquis au niveau de l’inclusion sociale, des pensions, de l’éducation et de la santé le fut à travers une confrontation avec le capital. Il est impossible d’y arriver autrement. (1) D’un autre coté, Le patronat, qui finance l’opposition, trouve le programme électoral présenté par ce secteur, pour le moins indigeste. C’est donc sous la pression du patronat qu’un autre secteur de l’opposition exprime plus ouvertement l’objectif réel de leur projet à savoir la restauration du système de domination du capital sur l’État et les politiques publiques.

Q/ Et dans le camp révolutionnaire ? Il y a des dirigeants qui devraient croitre mais dont l’évolution semble limitée par le leadership d’Hugo Chavez. Cela n’engendre-t-il pas une pression interne dangereuse pour le camp bolivarien ?

R/ Non. Nous qui accompagnons Chavez, avons la maturité politique nécessaire et un idéal commun. Ceci nous permet de comprendre que cette période est marquée par le leadership d’Hugo Chavez. En tant que dirigeants issus de la révolution, désignés, formés et stimulés par Chavez, notre rôle est d’accompagner le leader que le peuple s’est choisi. Chavez n’est ni le fruit d’une imposition , ni issu de primaires , ni d’aucun décret. La légitimité de son pouvoir est née des espérances et des aspirations de notre peuple. Aucun de nous n’éprouve de complexes à cet égard.

Q/ De fait, le président a déclaré que l’actuel cabinet ministériel est le meilleur qu’il est eu en 12 ans. Quel est le secret de ce succès ?

R/ Il faudrait le lui demander. Je dirais cependant qu’aussi bien dans la direction du parti (PSUV) qu’au gouvernement, après tant de remaniements, de trahisons et de déceptions, le président est parvenu à conformer une équipe homogène politique et idéologiquement.

Q/ Les spécialistes du PSUV assurent que vous êtes à la tête d’un courant interne. Existe-t-il un « jauisme », à qui s’opposerait-il ?

R/ Non, cela n’existe pas. Je peux le nier et ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas partisan de ce genre de choses. Je suis bolivarien, socialiste et chaviste. C’est le seul courant auquel j’appartienne. Je me suis efforcé de contribuer à ce que les positions se basant sur des tendances personnalistes ne fassent pas partie de la révolution. Je crois au débat d’idées au sein de notre parti et de notre projet, à la lutte contre les déviations et le réformisme mais ceci ne saurait être personnalisé.

Q/ Mais en tant que jeune et ex-membre de Bandera Roja (1), comment vous traite la droite endogène, à l’intérieur du camp bolivarien ?

R/ Je me demanderais tour d’abord, s’il existe vraiment une droite endogène. Ce concept est utilisé comme une accusation par certains secteurs du chavisme. Je n’y souscris pas car ce concept n’a pas d’existence organique. Les idées de droite seront toujours présentes dans une révolution aussi ample et démocratique que la nôtre, mais l’orientation stratégique claire, courageuse et décidée du président Chavez élimine de fait toute possibilité qu’auraient ces idées de devenir hégémoniques au sein du parti ou de la révolution.

Q/ Que vous inspire la présence de Bandera Roja (BR) dans la Mesa de Unidad Democratica (MUD, regroupement de la droite vénézuélienne) ?

R/ Ceci a été digéré il y a longtemps car nous fumes expulsés de Bandera Roja (1) en 1991 à l’issu d’une rupture interne. Maintenant, tous ces mauvais exemples de dirigeants de gauche se retrouvant dans les rangs de la droite ne font que renforcer notre éthique mais aussi la conviction que ce triste rôle de traitre est exactement celui que nous ne voulons pas jouer.

Q/ Vous faites partie de l’équipe opérationnelle de ce gouvernement. Qui de mieux placé que vous pour nous dire quelle serait le problème interne le plus grave ? Le bureaucratisme, le manque d’efficience, la corruption, la culture capitaliste ?

R/ Ce qui nous a manqué jusqu’ici, c’est la capacité de suivi et de contrôle dans notre gestion. C’est cette défaillance qui nous rend vulnérable à tous ces maux. Quand nous aurons réussi à exercer un suivi et un contrôle sur notre gestion, aucun de ces fléaux ne pourra prospérer. Pour sur, cette faiblesse démontre que nous n’avons pas un État omnipotent contrôlant le moindre détail. Il faut une consolidation des institutions afin que ce contrôle soit possible.

Q/ Si on suit les analyses les plus pessimistes postérieures à l’intervention militaire en Libye, quand cela sera-t-il le tour du Vénézuéla ?

R/Une des grandes vertus du président et de la révolution bolivarienne est d’avoir empêché ce scénario avec beaucoup d’audace, une diplomatie courageuse, une capacité de nouer des relations avec différents pôles de pouvoir dans le monde et par le renforcement de l’organisation et de la conscience de notre peuple. L’impérialisme nous habitue depuis le Vietnam à agresser les peuples qu’il sait organisés et assez dignes pour défendre leur territoire et leur souveraineté. Nous allons continuer à lutter pour que notre pays ne soit jamais agressé.

L’effort de renouer des relations avec la Colombie par exemple a neutralisé les plans impériaux d’attaquer à travers un pays voisin et frère. Cela reste possible, en particulier vu la rareté du pétrole dans le monde, et c’est pourquoi nous devons nous préparer mieux chaque jour. C’est la meilleure barrière contre l’impérialisme.

“J’ai trait des vaches… et semé de la yucca”

Q/Le président a défié les grands propriétaires à un moment très difficile. Comment avez vous relevé le défi d’assumer le ministère de l’agriculture sans avoir trait des vaches ?

R/ Si, j’ai trait des vaches lorsque je suis allé me réunir avec les paysans de Mérida. J’ai coupé des bananes à Barlovento. Et j’ai aussi semé de la yucca (rires). Le thème de l’agriculture requiert beaucoup de directionnalité politique et de compréhension du phénomène social. Tout le reste, les aspects techniques, sont déjà élaborés et nous avons l’appui de puissances en la matière telles que la Chine, l’Argentine et le Brésil. Nous sommes arrivés dans ce secteur pour nouer un grand débat dans lequel ont participé tant la droite récalcitrante que les mouvements paysans. Les dirigeants patronaux du secteur privé n’ont pas voulu l’admettre publiquement mais ils savent que nous avons fait un grand effort pour arriver à des accords.

Q/Les avancées de la révolution agraire ont coûté beaucoup de sang. Pourquoi n’a-t-on pu faire justice dans les cas de paysans assassinés par des mercenaires des grands propriétaires ?

R/ Les cas de « sicaires » ne sont pas faciles, mais les assassins professionnels ne laissent pas de trace et dans la majorité des cas, ce sont des personnes qui viennent de l’étranger, commettent le crime et repartent. Sur ordre du commandant Chávez, on a cherché à garantir la sécurité sociale des survivants des victimes de ces assassinats. Dans les dernières années il y a eu moins de cas et ce sont des cas résolus par la police, certains auteurs matériels et parfois intellectuels ont été arrêtés. Deux grands propriétaires ont été arrêtés et un autre a fui du pays, un avis de recherche a été lancé contre lui.

Traduction : Yerko Ivan.

URL de la version FR de cet article : http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article1525&lang=fr

Source : http://www.minci.gob.ve/entrevistas…

(1) (« Drapeau rouge ». Organisation stalinienne des années 70, passée peu à peu à droite et qui a participé au coup d’état contre Chavez en 2002)

Frines, une autre victime du massacre de Yumare

“Au cours de la décennie des années 1980, sous le président Jaime Lusinchi, de nombreuses violations à l’intégrité d’un important secteur de la population vénézuélienne furent réalisées. Morts, disparitions, violations des droits de l’homme furent commises pendant cette sombre étape de la vie « démocratique » des gouvernements de la Quatrième république.”

Des articles de presse. Parmi les gros titres :

“La DISIP les assassine de sang froid.”

“9 guérilleros morts dans un affrontement avec la DISIP*”

“Je suis la veuve de Pedro Pablo Jiménez García , guérillero, l’un de ceux qui furent massacrés à Yumare”, dit une femme âgée tandis qu’elle regarde d’anciennes photographies de son défunt époux.

Frines Salguero de Jiménez raconte que le 7 mai, son époux se leva à cinq heures du matin, se prépara et se rendit à une réunion, lui disant : “Je serai de retour dans quelques jours.” Ce fut la dernière fois qu’elle le vit vivant.

Pedro Pablo Jiménez García est né à Menemaura, dans l’Etat de Falcón. D’origine paysanne, il allait à la campagne, travaillait la terre, allait au lycée.

Une famille aisée s’attacha à lui et lui permit d’étuder à Maracaibo où il obtint son baccalauréat. Il se rendit ensuite à Caracas où ses idées révolutionnaires lui permirent de nouer des relations, et c’est ainsi qu’il rejoint les files du parti révolutionnaire vénézuelien pendant quelques années. Il travailla dans le ministère des Travaux Publics, fut dirigeant du syndicat Unique des travailleurs du transport, et fonda le journal « Route Unitaire ».

Frines et Pedro Pablo se connurent en 1973 dans une marche de soutien à Allende. C’est à partir de ce moment qu’ils commencèrent à se fréquenter, et que Frines se mit à participer, bien que de manière indirecte, à la révolution : “… je transmettais le courrier, avec ma petite gamine dans les bras… Ou alors je préparais à manger pour les camarades, je leur mettais de la nourriture de côté…”, raconte Frines Salguero.

Frines apprit à la radio qu’un affrontement entre guérilleros et forces de la DISIP avait eu lieu à Yaracuy. Elle se rendit immédiatement à San Felipe. “J’étais à peine descendue du taxi que la DISIP m’est tombé dessus.” Il la soumirent à un interrogatoire pour savoir ce que son mari était aller faire à Yumare.

Frines souhaitait savoir ce qu’ils avaient fait du corps de son époux. Ils l’envoyèrent d’abord au Fort militaire, puis à nouveau au siège de la DISIP : on la menait en bateau. Les effectifs finirent par lui dire qu’ils n’avaient pas reçu l’ordre de lui remettre le cadavre, et lui dirent de se rendre au ministère des Relations Intérieures à Caracas.

Quand elle se rendit à la capitale, ils continuèrent de l’interroger, mais Frines se refusait à parler, elle ne voulait qu’une chose, le corps de son époux. Il lui donnèrent finalement un mandat pour qu’elle se rendent à l’hôpital pour chercher le corps. Elle dut l’identifier devant toute la commission des droits de l’homme qui se trouvait là. “Ils l’apportèrent nu comme un animal, il portait les marques d’une rafale de mitraillette, des hématomes, il lui manquait des dents, il n’avait plus q’un testicule et on lui avait donné le coup de grâce par un tir dans la nuque. On l’avait complètement torturé.”

Puis ce fut la veillée et l’enterrement, en présence de policiers qui surveillaient Frines et la suivaient. Certain membres de sa famille et des familles des autres camarades défunts eurent peur des représailles et ne réclamèrent même pas les corps de leurs morts. “Moi, ça ne m’a pas fait peur. Au contraire, ça m’a donné du courage. C’était mon compagnon, l’homme que j’ai aimé, l’homme qui a lutté pour sa patrie”, affirme Frines.


Le 8 mai 1986, neuf personnes furent assassinées par un commando dans la zone de La Vaca, Barlovento, près du village de Yumare, dans le District Bolívar de l’Etat de Yaracuy. La version diffusée par les media privés durant la présidence de Jaime Lusinchi, établit qu’il s’agissait d’un affrontement armé entre la DISIP et un groupe de guérilleros, qui fit neuf morts du côté des guérilleros et blessa Henry Lopez Sisco, membre de la DISIP. Cependant, des témoins et des habitants affirment que ces personnes furent mises en détention, torturées, puis exécutées. On leur mit des uniformes militaires par-desssus leurs habits civils.

Tous ces témoignages tendent à montrer que les personnes exécutées, d’un tir à bout portant à la tête pour la plupart, étaient toutes engagées dans la lutte sociale, promouvaient l’idél bolivarien et appartenaient à un courant d’idées de la gauche.

L’Etat même, nous raconte Alexis Rosa, le gouvernement même protégeait les militaires et les policiers qui ont commis cette série de violations, d’assassinats, d’actes terribles, argumentant que ces rebelles contre l’Etat faisaient usage de la violence, et que par conséquent les policiers et les effectifs militaires n’avaient fait que défendre l’Etat contre ceux qui le menaçaient. En réalité, affirme Alexis, ce n’était pas du tout le cas. Il existait un groupe d’idéalistes qui avaient pris les armes mais qui n’avaient pas de grand effet à ce moment-là pour l’Etat vénézuelien. Et encore moins les victimes du Massacre de Yumare. Les compatriotes qui y ont péri n’avaient pas pris les armes contre le gouvernement. Ils se rendaient à une réunion pour décider de leur participation aux élections ou de la formation d’un mouvement. Certains d’entre eux étaient totalement désarmés, conclut Alexis.

“Mon mari n’avait pas de pistolet sur lui ! Il ne possédait même pas de pistolet, dans ma maison il n’y avait pas d’armes !”, s’exclame Frines Salguero.

L’un des agents de l’Etat vénézuelien les plus criminels de cette époque fut le commissaire de la DISIP, Henry Lopez Sisco, affirme Amarita Padrino, avocate sur l’affaire Yumare. “Cet homme n’était pas seulement le commissaire de la DISIP, c’était un agent de la CIA. Ce fut l’une des personnes qui planifia avec les membres importants du gouvernement d’exterminer divers groupes politiques. Il a joué un rôle dans tous les célèbres massacres qui ont eu lieu au Venezuela.”

Dunas Petit, ex-guérillero, propose qu’on change le nom du Massacre de Yumare pour celui deMassacre de Henry López Sisco, car ce fut cet homme qui enleva certains des camarades dans divers endroits du Venezuela, qui les déplaça dans une zone du municipe de Bolívar très proche de Barlovento, et qui installa ici le théâtre des opérations et réalisa les assassinats. “C’est cela que l’on appelle le Massacre de Yumare”, explique Petit.

Actuellement le temps est l’ami de l’histoire. De nombreuses années après le massacre, des témoignages et des vérités font jour derrière le masque hypocrite imposé par les gouvernements de la Quatrième république.

L’impunité est mère du crime. La famille, les amis et le peuple n’ont pas perdu l’espoir que justice soit faite face à ces crimes contre l’humanité.

Les coupables : Jaime Lusinchi, Henry Lopez Sisco, Luis Posada Carriles, Octavio Lepaje, Rafael Rojas, ainsi que les directeurs et les conseillers des organismes de sécurité de l’Etat de l’époque : l’Armée Nationale, la Garde Nationale, la DISIP.

“… Je demande au président Chávez, je vous en prie, que justice soit faite. Que les camarades soient revendiqués, que ces personnes soient jugées, et s’il-vous-plaît, qu’ils ne disparaissent pas dans l’oubli….” Frines Salguero de Jiménez .

*La DISIP est la Direction Générale Sectorielle des Services d’Intelligence et de Prévention. Créé en 1969 par Rafael Caldera, l’objectif initial et affiché de cet organisme d’Etat était la lutte contre la subversion et le narcotrafic, mais il s’avéra un instrument au service du terrorisme d’Etat.

 

Source : La Revolución Vive

« Ne pas avoir à attendre qu’un gouverneur ou qu’un maire arrive pour résoudre quoi-que-ce-soit. »

Une réunion a été organisée dans le Collège Cecilia Pimentel, dans la Paroisse de Sucre, à Caracas. A trois heures de l’après-midi, des membres des Conseils Communaux et des Bataillons – désormmais Patrouilles – Socialistes commencent à arriver, se saluent, mettent en place des chaises pour la réunion. Tous attendent avec impatience ceux qui prendront la parole lors de l’assemblée : le délégué de la circonscription José Pérez Mendezet d’autres invités. On parle du Sommet extraordinaire de l’Unasur, qui a eu lieu la veille, des Mercals, ces épiceries d’Etat qui garantissent des produits de base aux prix régulés. Tandis que le délégué arrive, un autre groupe commence à mettre en place le matériel : rétro-projecteur, ordinateur portable, enceintes… José Pérez Mendez ouvre la réunion en présentant chaque chef de patrouille. L’un d’eux, Mario Márquez, prend la parole : « C’est mieux de travailler organisés et en équipe : nous venons tous apprendre quelque chose. Moi, j’apprends de vous, et vous pouvez apprendre de moi. »

José Pérez Mendez rappelle l’accord auquel on était arrivé : donner aux Patrouilles les noms d’héros ou d’évènements significatifs de l’histoire vénézuelienne, comme La lettre de Jamaïque, Le serment du Monte Sacro, José Leonardo Chirinos… Sur une carte d’Altavista, il nous montre les zones en jaune, qui représentent le territoire couvert par les patrouilles. Il précise qu’il s’agit d’un travail qui doit être concrétisé et qui ne peut rester sur le papier : l’avant-garde, c’est eux. On entend le chant de mariachis :« On nous reçoit même avec de la musique ! » José nous explique que chaque patrouille compte entre 20 et 30 personnes, qui doivent être engagées dans le processus révolutionnaire. « Pas le temps de se disputer : ce qu’il faut rechercher, c’est l’unité. »L’ordre du jour de l’assemblée portera sur la conjoncture nationale et internationale, la réunion de l’Unasur, le cas du Honduras et la Loi sur l’Education.Un invité, le député Juan Carlos Alemán, intervient : « Les Patrouilles doivent être un fait intégrateur. Tous doivent être traité avec la même égalité de condition. »

« Dans la patrouille à laquelle j’appartiens, nous avons un mécanisme de rotation : la coordination change chaque semaine et par ordre alphabétique. (…) Les gens s’organisent pour s’auto-gouverner, pour ne pas avoir à attendre qu’un gouverneur ou qu’un maire arrive pour résoudre quoi-que-ce-soit. » Selon le député, il est prévu de disqualifier l’Assemblée Nationale à cause des élections de l’an prochain, et d’appliquer ici aussi, au Venezuela, « l’effet Honduras ».

Par ailleurs, l’opposition est en train de distribuer dans la population une version modifiée de la Loi sur l’Education pour semer la confusion. Saúl, un des participants, se lève pour prendre la parole : « en réaction aux fauteurs de trouble de l’opposition et à leurs projets pour la rentrée des classes, nous proposons d’organiser un « Jour de fête de bienvenue à l’école » ». L’occasion d’organiser une grande fête pour tous les enfants, avec boissons, friandises et gâteaux pour faciliter le partage.

 

Source : La Revolución Vive