« Avant, je restais dans l’ombre, je ne sortais que rarement de chez moi ». Vies des femmes communardes de Santa Rita.

SantaRita-093Une douce odeur de café émane des mains de cinq femmes arrêtées quelques instants devant les fondations terminées d’une maison. A l’heure où les premières ampoules s’allument, les rues de Santa Rita que les versants de los Valles del Tuy protègent, se vident un peu. Pour nombre de ses habitants, la journée touche à sa fin. Les communardes regardent la nuit tomber. Elles cherchent les mots.

D’un coup la conversation s’engage. « Une communarde fait partie intégrante du peuple. Et parce que j’appartiens au peuple, je suis une personne qui tient tout particulièrement à sa Commune d’appartenance ». C’est Zenaida Rios, la première à prendre la parole. Agée de 41 ans, elle arbore une casquette blanche où est écrit en rouge : Luchadores por Santa Rita. (Ceux qui luttent pour Santa Rita).

¨Il pleuvait. Cela ne nous empêchait pas de coller des affiches¨

Mireya Espinosa : « nous ne sommes pas celles qui dirigeons la Commune, la communauté est composée de chacune d’entre nous ». Mireya a 40 ans. Elle est la sœur de Zenaida. « La Commune, c’est quelque chose de grand. Nous avons à trouver des solutions, à répondre aux attentes de la communauté, de telle famille qui rencontre des problèmes. Parfois nous nous sentons repoussées dans les cordes. Que faire face à un tel enjeu ? Nous nous concertons avant d’agir ». Elle porte une casquette identique à la première ; Comme sa sœur, elle a la bonne humeur contagieuse.

Zenaida et Mireya sont des protagonistes (comme on dit au Venezuela) des conseils communaux. Depuis 6 ans maintenant. Le 27 octobre 2013 la Communauté se prononça en faveur de l’acte de fondation, par 99,5% des suffrages. Ainsi est née la première Commune de l’Etat de Miranda. « Nous avons commencé notre campagne de rues autour de 22, 23 heures. Il pleuvait. Cela ne nous empêchait pas de coller des affiches » se rappellent-elles.SantaRita-016

Aux côtés de Mireya, se tient Velqui Serrano. Elle profite d’une interruption pour nous expliquer ce qui pour elle est le point central : « La communauté nous a poussées à être ses porte-parole, mais c’est pour trouver les solutions aux problèmes évoqués. Initialement nous n’avons pas particulièrement aspiré à l’être, nous ne voulions pas copier des pratiques de l’oligarchie ». Velqui a 38 ans, les cheveux noués, le regard en mouvement. La maison en construction appartient au Conseil communal dont elle est membre.

Toutes insistent sur un point : si elles possèdent la qualité de porte-paroles c’est par la volonté d’une population qui les a désignées. «Les assemblées réélisent celles et ceux qui ont fait preuve d’un travail de qualité en faveur de leur secteur respectif», nous explique Zenaida, qui décrit la forme de démocratie née à Santa Rita. «Il s’agit de la démocratie participative, protagonique (terme de la constitution bolivarienne). Une communarde ne se laisse jamais abattre. Toujours prête à lutter, elle recherche la rencontre en permanence. Nous sommes nées ainsi. Ce n’est pas facile d’être une communarde. Ici, on apprend, on profite de la vie, on souffre et on lutte tout à la fois »

Les vallées, les arbres, les maisons sont engloutis par la nuit. Le mouvement des mains accompagnent les phrases que chacune prononce. Le cercle des interlocutrices s’élargit à la mère de Pireya et Zenaida – elle même communarde – qui propose à la petite assemblée de reprendre un café. Pause dans la conversation. Les appels téléphoniques fusent ici et là ; la préparation des réunions va bon train ; On planifie les diverses tâches en attente de réalisation.SantaRita-011

« Nous restions dans l’ombre » remarque Zolla Villa – 48 ans. Ses camarades qui l’on incitée à s’exprimer, précisent qu’avant son intégration au Conseil communal, nul ne la connaissait à Santa Rita. Zolla nous raconte son histoire : « Mon mari est décédé. J’ai voulu rompre mon isolement. J’ai décidé d’apporter mon aide à la communauté. Au début, je rencontrais des difficultés à participer activement aux débats menés au sein des assemblées. J’étais timide. Malgré cela, j’ai beaucoup appris et continue à apprendre ». « Nous restions dans l’ombre, répète-t-elle. Nous étions des gens de peu. Nous occupions une maison aux murs d’argile ». Plus bas, dans une direction que les femmes désignent du doigt, parmi d’autres maisons pas encore assoupies.

« Dans le temps, nous avions affaire aux ¨assemblées de voisins¨ (ancienne forme d’organisation clientéliste mise en place par les gouvernements sociaux-démocrates). Les hommes composaient la grande majorité de l’assistance. Lorsque l’une d’entre nous se rendait à ces réunions, le silence se faisait. Nul ne parlait. En fait, nous ne les intéressions nullement ».

¨Pourquoi nous exprimons-nous en tant que femmes ? Parce que le machisme est bien enraciné…¨

Désormais, elles sont actrices de leur propre vie – c’est le sens, ici, du mot protagonistes. Les rangs de la Commune sont essentiellement composés de femmes. Elles se sont imposées, s’attelant à remodeler leur mode de vie publique et privée. « Nous avons connu une période pendant laquelle nous nous réunissions tous les jours. Les problèmes auxquels nous étions confrontées, c’est à la maison qu’ils apparaissaient. Parce qu’il est difficile de laisser temporairement la famille de côté. Et nos époux lorsqu’ils étaient de retour, s’attendaient à trouver le repas tout prêt ». C’est Mireya qui raconte, tandis que les autres acquiescent. Car cette vie et ces péripéties sont celles que, précisément, toutes ont vécues.

« Pourquoi nous exprimons-nous en tant que femmes ? Parce que le machisme est bien enraciné. Les hommes nous disent : lorsque tel ou tel projet sera en cours de réalisation, je t’apporterai mon aide. Ils ne nous aident lorsque l’on a affaire à des travaux lourds. Toutefois, toutes ces allées et venues que nous imposent nos activités, cela les hommes ne le font pas ». C’est Velqui qui soulève la question : « Eux ils ne sortent pas de 7 heures du matin jusqu’à 9 heures du soir, pour le lendemain se démener de 5 heures du matin jusqu’à 10 heures du soir ».

¨Avant, elle ne sortait que rarement de chez elle¨

SantaRita-092-300x187Au moment où le silence se fait dans la rue, Mari Carreno quant à elle, apporte son écot au débat. « Il faut lutter avec fermeté pour être une communarde. Il en est ainsi ». Mari qui a 29 ans, a rejoint le Conseil communal dès sa fondation, il y a 6 ans. Avant cela, elle ne sortait que rarement de chez elle.

Peu à peu, ces femmes, ces communardes ont vu leur vie changer. C’est pour Santa Rita qu’elles ont décidé de lutter. « Ici, le feu de bois était la manière dont les gens cuisinaient. Certains dormaient à même le sol. Nous nous sommes peu à peu engagées. Nous avons sérié les priorités, nous sommes occupées des familles en difficulté. Celles qui vivaient dans des cabanes. Et nous nous sommes lancés dans la construction de logements » poursuit Mireya.

C’est pourquoi elles se retrouvent ce soir sur les fondations des logements que les équipes communautaires ont bâties. Elles sont conscientes du fait que les choses avancent ; qu’aujourd’hui est déjà différent d’hier, que demain sera meilleur. « En tant que communardes, porter au sein de la communauté, l’idée même du socialisme, c’est le plus difficile » explique Zenaida.

De leurs mains imprégnées de l’arôme du café, elles ont contribué à façonner un horizon dont elles ont découvert, pas à pas, en avançant, tous les possibles. Elles savent désormais qu’ils sont à leur portée. Et ce, de leur propre fait. Cet avenir leur appartient.

L’une après l’autre, les lumières des foyers s’éteignent. La conversation ralentit. Avant de s’éloigner, Mari déclare : « Mes enfants et petits-enfants diront un jour : ma maman, ma grand-mère a été une communarde ».

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Source : Marco Teruggi, http://www.mpcomunas.gob.ve/comuneras-de-santa-rita-cinco-puntas-de-una-estrella-2/

Traduction : Jean-Marc del Percio

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/05/17/avant-je-restais-dans-lombre-je-ne-sortais-que-rarement-de-chez-moi-vies-des-femmes-communardes-de-santa-rita/

Le Gros Edgar et le quartier La Vega : deux temps et toujours…

La Vega, août 1974

Le "Gros Edgar", militant du quartier populaire La Vega, Caracas,

Le « Gros Edgar », militant du quartier populaire La Vega, Caracas.

Le Gros Edgar cessa de manger. Des curés aussi; d’autres compagnons suivirent la ligne. Non, ce n’était pas le jeûne fixé par le calendrier catholique. Ils s’étaient lancés dans une grève de la faim parce qu’ils occupaient un terrain et revendiquaient le droit au logement pour les sinistrés du quartier La Vega.

Le problème était celui que les pauvres ont toujours subi : l’exclusion” dit le Gros Edgar sans sursaut dans sa voix lente et basse. La réponse aussi fut “celle de toujours” : les matraques de la police politique (Disip). Mais les coups reçus eurent une répercussion : des gens déboulèrent de l’autre bout du pays (de Barquisimeto, État de Lara); d’autres affluèrent de diverses zones de Caracas, les voisins de La Vega se rebellèrent. Le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez fut contraint de… promettre des maisons.

Le Gros Edgar se remit à manger. Les curés et les compagnons aussi. L’argent arriva, l’entreprise privée arriva, l’ingénieur arriva, l’architecte arriva. Les immeubles étaient là : une première tour… une deuxième tour… puis l’argent s’épuisa (?!) et la désillusion arriva : les appartements furent vendus et les sinistrés retournèrent à leur vie de zinc, de ravins, et de glissements de terrain. 

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La Vega, 11 février 2010 (douze ans après l’élection de Chavez)

Le jour tombe. Le Gros Edgar prend l’autobus avec Mariela Machado. Il l’a vue grandir; elle jouait de la guitare chez lui quand elle était petite; il est fier d’elle et… des autres, car ils ne sont pas seuls : 80 familles voyagent non pas dans un autobus mais dans quatre. Ils font irruption sur le terrain vague qui servait de stationnement-atelier-de-carrosserie-pompe privée de gasoil-bla-bla-bla… 

Les tours avaient déteint sous les innombrables pluies; comme deux blessures ouvertes dans la mémoire du Gros Edgar. Une fois de plus, le terrain, une fois de plus, les mêmes de toujours. 

Deux ans d’assemblées avaient servi de prélude à cette occupation. Mariela réussit à briser la peur de ses compagnons. Ils se renforcèrent en adhérant au Movimiento de Pobladores (mouvement d’habitants). A partir de l’occupation, ils ont mis un an pour convaincre de la justesse de leur lutte les chauffeurs qui y parquaient leurs véhicules. 

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Campement de pionniers Kaika Shi

Niveler le terrain à coups de pioches et de pelles, dresser les poutrelles, les plier, remuer le ciment frais, tamiser le sable, porter du ciment, les mains calleuses. Études de sol et traçage de plans. Six groupes de 14 à 15 familles. Gardes de 24 heures. Journées de travail de 16 heures 

Le financement est arrivé : 14 milliards de bolivars pour construire 80 maisons. Cette fois, l’argent ne s’est pas épuisé : 92 appartements, plus une petite structure de trois étages qui à court terme servira de centre de formation intégrale pour les habitants. 

Le petit-fils du Gros Edgar s’appelle Kaika Shi, ce qui veut dire “soleil et lune” dans une langue indigène dont il ne se souvient pas aujourd’hui. En hommage à la lutte pour les siens, l’urbanisme et le campement de pionniers portent ce nom.

12delavegaLa Vega, toujours…

Pour le Gros Edgar le plus difficile a été de comprendre que “les succès ne se recueillent pas tout de suite”.  En août 2014 on fêtera les 40 ans de cette histoire : “aujourd’hui, au bout de 39 années, nous voyons les fruits. Beaucoup des participants proviennent de la même école que moi : La Vega; ce fut mon école politique. Je ne suis pas sociologue, je ne suis pas économiste : je suis un citoyen qui lutte”.

Le vieux fait brièvement le tour de l’origine de ceux qui construisent aujourd’hui leurs logements de leurs propres mains. Ce sont ceux qui dans les années 90 militaient dans l’Assemblée des Quartiers de Caracas; ce sont les enfants de ceux qui se sont battu dans les années 70 pour installer le service de l’eau dans le secteur; les héritiers de ceux qui ont collecté petit à petit des fonds pour soutenir la guérilla José Leonardo Chirinos dans les années soixante.

20delavegaCe sont les invisibles qui n’ont un corps que lorsqu’ils sont assassinés et qui finissent dans les journaux à sensation. “La presse parle de La Vega tous les week-ends pour le bilan des morts; mais jamais de la violence structurelle du système capitaliste, encore moins des organisations populaires qui bataillent contre l’exclusion”. 

S’il a ressenti la peur dans une de ses actions comme la lointaine grève de la faim de sa jeunesse ou l’occupation du terrain en 2010 ? Peu importe. Edgar avait et garde une certitude : “Nous sommes innocents; nous avons une idéologie politique et nous croyons dans un projet historique : une société d’hommes et de femmes égaux”.

Aucune de ces occupations n’a été menée pour obtener un toit individuel. Pourquoi, dans ce cas, risquer sa peau ? “Il s’agit de lutte de classes” explique-t-il, brossant rapidement le sens de l’Histoire : « Bolívar mène une lutte d’indépendance contre sa classe d’origine. Il comprend la profondeur de la lutte et l’oligarchie elle-même le condamne. Bolívar meurt loin de sa terre, dans la pauvreté, et il meurt dans ces conditions parce que tous ceux qui se battent aux côtés du peuple, la classe dominante le leur fait payer”.

L’afro-descendante Mariela Machado complète la dissertation du gros : “la lutte est pour la vie, il n’y en a pas d’autre”. Elle remercie l’État pour le transfert des ressources mais ajoute aussitôt : “l’assistentialisme ne génère rien; pas même la conscience. Pour fortifier la lutte des classes le peuple doit être l’acteur central de la solution du problème”.  03delavega 04delavega 05delavega 06delavega 07delavega11delavega 09delavega 13delavega 14delavega 15delasvega 17delavega 18delavega 19delavega16delavega

Auteur : Neirlay Andrade

Photos : Sabrina Porras (Venezuela) / Prensa de Frente (Argentine)

Source : http://comunaadentro.blogspot.com/2013/12/la-vega-dos-tiempos-y-siempre.html

Traduction de l’espagnol : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/12/22/le-gros-edgar-et-le-quartier-la-vega-deux-temps-et-toujours/

Juan Vicente Patin: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

Jorge Rodriguez

Jorge Rodriguez

C’est tout un symbole : le 1 août 2013, le maire bolivarien Jorge Rodriguez (photo), fervent militant de la réhabilitation de l’espace public contre sa privatisation commerciale et de la rénovation intégrale des quartiers populaires contre leur élimination a annoncé que le centre commercial Sambil du quartier de La Candelaria serait converti en un vaste projet culturel.

Sambil-CandelariaLes services de Rodriguez étudient avec les mouvements sociaux la transformation intégrale de ce dinosaure capitaliste, symbole de la corruption d’une mairie antérieure qui avait signé illégalement un permis de construire contre la volonté des habitants.

La force des choses fait de la révolution bolivarienne une révolution urbaine. Historiquement, depuis le boom pétrolier, c’est dans les grandes villes du Venezuela que vit la grande majorité de la population. Dans ce passage brutal de la société rurale à une société de consommation aux rêves modelés par la télévision commerciale, réside une des principales difficultés de la transition actuelle au socialisme. macdonald

Le simple fait que les centres commerciaux ou les MacDonald – degrés zéro de la culture de masse états-unienne – soient devenus des référents culturels ou des lieux de loisir familial en dit long sur la difficulté de changer la vie.

A Caracas en août 2013 la révolution a récupéré et réhabilité un million cent mille mètres carrés pour les citoyen(ne)s. C’est pour éclairer cette politique à contre-courant de celle que subissent la plupart des grandes villes dans le reste du monde, que nous publions le point de vue d’un architecte vénézuélien de la nouvelle génération, Juan Vicente Patin, interrogé par Reinaldo Gonzalez D. pour le quotidien gratuit Ciudad Caracas du 28 juillet 2013.

T.D.

L'architecte Juan Vicente Pantin

Juan Vicente Patín: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

La place Diego Ibarra est un des espaces réhabilités par la Mairie de Caracas et par le Gouvernement de la Capitale. Un peu plus bas se trouve le terminal d’autobus Río Tuy, réhabilité lui aussi à travers cette gestion partagée. Sur son aile nord (celle du terminal), derrière une file de commerces, on trouve un petit coin agréable qui selon les résultats d’une enquête personnelle, n’est connu que des happy few; une sorte de terrasse aux grandes tables et aux chaises spacieuses (grandes et très lourdes) idéales pour jouer au domino ou interviewer le pote Juan Vicente Pantin. Je me permets de l’appeler “pote” parce que bien qu’il soit architecte de l’Université Centrale du Venezuela, professeur d’Histoire d’Architecture Contemporaine de “la Grande Maison d’Étude” et qu’il ait assumé plusieurs postes de responsabilité dans l’administration publique, les titres ne lui sont pas montés à la tête comme à beaucoup d’intellectuels et bureaucrates. Au contraire, ils l’ont marié de plus près à la ville au point d’exercer aujourd’hui son métier en indépendant, et de pratiquer ce qui paraît inconcevable pour un professionel-universitaire-conservateur-idiot de ceux qui abondent à l’Université Centrale : accompagner dans leurs processus d’auto-construction les campements de pionniers, partie intégrante du Mouvement des Habitants. Nul hasard s’il juge que “le plus grand patrimoine de la Caracas contemporaine sont les tissus sociaux qui se sont constitués peu à peu; c’est l’espoir qu’un jour nous aurons une ville plus politique”. L’entretien s’est transformé en conversation.

Reinaldo Gonzalez – Certains perçoivent Caracas comme un chaos…

Juan Vicente Patin – Caracas est une invention du XXème siècle. Le Caracas des toits de tuile rouge a existé jusqu’en 1939, à l’époque du premier plan urbain mais cela n’a duré que deux décennies, les années 40 et  50. Ensuite la ville a été livrée à son sort, aux mains du capital. Ce que nous avons aujourd’hui est le résultat de comment le négoce immobilier a occupé certaines zones et en a ghettoïsé d’autres.

RG – L’Est riche et l’Ouest, majoritaire et populaire…

JVP – Dans les années 40 et 50 s’est produit le fameux “exode paysan”. Certains soutiennent que Caracas, parce qu’il a dû se construire sur des prémisses de moumentalité et de grandeur, exigeait une quantité de force de travail telle que cela a provoqué une grande partie du déplacement vers la ville. Les zones populaires se sont formées par la nécessité de construire ce “centre”. C’est ainsi que la ville s’est divisée en deux. Le secteur immobilier a pris les meilleures zones. Et où se sont formées les zones populaires ? Dans des zones à haut risque géologique, hydrologique, dans des ravins et des lits de rivières, dans des lieux non rentables pour le commerce urbain.

RG – Dans l’Est, il y a eu planification urbaine ?

JVP – Cela reviendrait à dire que le capital planifie… Si nous parlons techniquement, de manière universitaire, Caracas est une ville sans planification. Mais il faudrait répondre depuis les dynamiques sociales qui visent l’organisation et la vision de l’avenir. Quelle est la vision des habitants de Palos Grandes et du Guarataro ? Dans les quartiers populaires il y a un sentiment d’appartenance qu’on perçoit dans la manière de se présenter : “Je suis du 23”, “Je suis de La Vega”. Alors que les habitants de l’Est aisé disent : “Je vis à Santa Paula, dans les Chaguaramos, à La Tahona…”. Il semblerait que le signe du succès social soit dans le déplacement de l’Ouest populaire vers l’Est privilégié. Bien sûr il y en a qui te disent : “J’étais de Catia et maintenant je vis à…”.

RG – Mais on ne peut nier les difficultés de nombreux quartiers populaires, par exemple l’accès aux services publics…

JVP – La classification, un peu ridicule, de ville “formelle” et “informelle” a beaucoup à voir avec l’offre, surtout en termes de service et d’infrastructure. C’est un thème fondamentalement politique, à l’intérieur d’une matrice économique. Quelle serait la différence entre ces deux villes ? Que dans l’une le commerce a toujours été présent, dans l’autre pas.

RG – Quel rôle a joué l’État ?

JVP – Depuis les années 70 jusqu’à Chávez, si nous parlons de planification urbaine et de construction, l’État avait cessé d’exister. La doctrine libérale du “laissez faire” s’était imposée. Ce qui a ouvert la voie à une ville qui ressemble à une graphique de niveaux. Combien peut-on spéculer sur le sol ? La mesure te donne la hauteur des édifices. Regarde La Candelaria, Los Palos Grandes, Chacao… Ils se sont ouverts en fonction des intérêts du capital. De plus, l’État n’a pas investi dans les secteurs dans lesquels il devait investir par nature : les quartiers populaires, qui sont restés dépourvus de tout.

RG – Certains pensent qu’il faut éliminer les quartiers populaires…

JVP – Il y a toujours eu une politique qui s’est perpétuée, qui a consisté à stigmatiser les quartiers populaires au lieu de penser comment les renforcer. Certes il faut prendre en compte la matrice de l’infrastructure, la présence de risques : certains quartiers sont construits sur des terrains propices aux glissements, aux affaissements, vulnérables en cas de tremblement de terre. Mais je crois que plus que se fixer sur l’aspect physique l’important est de préserver le tissu social qui s’y trouve.

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RG – Des projets comme le métro-cable visent ce renforcement du populaire ?

JVP – Le métro surgit dans les années 80 avec pour objectif d’acheminer la force de travail à son poste de travail. Le Metrocable fait partie de la même réalité. Il reproduit le même moule de la mobilité urbaine et non de la mobilité ou des communications visant à fortifier les dynamiques internes de la communauté. Les avantages sont indéniables (1) mais je crois que le Métro-cable peut contribuer à une certaine perte de contact de la zone populaire de San Agustin avec ce qui était son axe naturel de relation : le boulevard Ruiz Pineda.

RG – Il y a des projets similaires en cours d’exécution…

JVP – Il faut faire attention à certains chantiers d’infrastructure à grande échelle qui apportent des bénéfices sans aucun doute, pour qu’ils n‘attentent pas contre ce patrimoine en cours de construction et je crois que c’est le travail principal que nous devons mener à Caracas: comment fortifier les collectifs, comment générer un sentiment d’identité, comment passer de cette vision métropolitaine du Grand Caracas à une vision, encore une fois, régionale, si nous entendons par ce terme les zones populaires, les quartiers résidentiels…

RG – N‘est-ce pas l’objectif de la commune ?

JVP – De nombreux vénézuéliens se sont joints à cette construction collective mais d’autres pas. Il faut le dire. Sur la ville, sur la manière d’être, pèse encore une vision très individualiste. Tu peux le voir par exemple dans la Grande Mission Logement (2) : les gens veulent qu’on leur donne leur logement, ensuite ils s’enferment, installent leur antenne satellitaire DirecTV et oublient la ville. Cet individualisme va contre la construction du sens de communauté. Pour construire la commune il faudrait commencer par éteindre la télévision.

Une ville pour les voitures

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Pour Pantin, malgré les efforts inédits pour créer ou réhabiliter des zones piétonnières, des places et des parcs publics, Caracas reste une ville pour voitures… parquées. Le parc automobile croissant qui circule par les mêmes artères construites il y a des décennies : “l’avenue  Bolívar était ce désir de reconstruire les axes monumentaux de Paris mais cette vision européiste a été déplacée par l’urbanisme nord-américain, basé sur la mobilité, les grandes autoroutes… L’objectif était l’expansion de cette ville qui  n’existait pas encore. Autour de cette grande artère qu’était l’autoroute s’édifient des quartiers résidentiels comme Altamira, La Castellana, Prados del Este, Bello Monte… La ville se crée donc sur la prémisse commerciale de l’automobile. Il fallait stimuler les conditions pour l’usage de la voiture. Il fallait la rendre obligatoire”.

RG – Et aujourd’hui, que faire avec autant de voitures ?

JVP – Le seul plan sensé en matière de voirie passe par la réduction du parc automobile. De nombreuses familles de Caracas ont une voiture et celles de la classe moyenne, une voiture par personne.

RG – On ne peut réduire le parc automobile sans améliorer le transport public…

JVP – Les bus ou taxis collectifs ne sont pas un transport public, ils sont privatisés. En tant qu’usagers nous n’avons aucun pouvoir de décision sur la qualité du service, la fréquence des unités, les itinéraires. La rue est complètement anarchisée par manque d’ordre dans le transport public. Nous sommes encore aux mains des bus privés.

RG – Et que penses-tu du Bus Caracas (nouveau transport public) ?

Despues-de-cuatro-anos-BusCaracas-salio-al-ruedo_23636JVP – Quand on a lancé le projet on a dit que cela allait saturer la zone de Nueva Granada. Je suis usager du Bus Caracas et j’observe combien le trafic s’est amélioré. Cela pourrait aller beaucoup mieux si on arrivait à organiser le reste du transport.

Espace en conflit

Selon Juan Vicente Pantin, la lutte entre deux modèles de société irréconciliables s’exprime à tous les niveaux. L’espace urbain n’est pas l’exception. “Si nous parlons du processus politique comme processus de lutte contre la logique du capital, un des champs fondamentaux doit être la ville, pour beaucoup de raisons. La motivation sociale, politique est claire parce qu’il y a une motivation économique : le fait est que la ville, le commerce urbain, la construction, la vente de terrains sont les secteurs qui, ensemble, apportent le plus au PIB. Dans ce contexte de guerre économique il faut revoir l’économie urbaine, et l’État devrait en prendre le contrôle exactement comme il l’a fait pour l’industrie pétrolière ou que nous sommes en train de le faire pour l’industrie alimentaire”.

RG – La grande mission logement semble aller dans ce sens…

gmvv1JVP – Sa plus grande réussite est de construire ces logements populaires DANS la ville. Dans les années 50 Perez Jiménez a construit le quartier “23 de Enero” comme une extension de la ville vers l’Ouest. Puis la quatrième république a construit Caricuao comme une annexion supplémentaire vers l’Ouest. Aujourd’hui on mène un travail inédit qui est la reconnaissance des terrains vagues à l’intérieur de la ville. Dans d’autres pays les impôts sur les terrains abandonnés sont si élevés que beaucoup finissent par les céder à la municipalité, à l’État, faute de pouvoir payer. Ici nous nous donnons le luxe d’avoir une ville à moitié vide. Bien sûr cela fait l’objet de beaucoup de critiques car beaucoup de gens veulent que Caracas reste une ville de ségrégation. Quand on construit des logements dans les zones de El Rosal ou Plaza Venezuela surgissent des arguments sur l’absence de services, la mauvaise qualité des édifices mais le problème de fond est que nous sommes en train de permettre à ceux qui étaient considérés comme la “plèbe” de vivre aux côtés de la classe moyenne et cela crée beaucoup de tension. Cela fait partie de la bataille silencieuse et donne un exemple de la lutte des classes dans l’espace public.

RG – La récupération des espaces publics fait aussi reculer le capital…

TEATRO-MUNICIPAL1

f3452_Ruta-nocturnaJVP – Quand on assume la réhabilitation des espaces publics de Caracas, il y a un effet de reconnaissance de l’histoire de la ville, jusqu’ici totalement refoulée. Le centre était dans l’abandon le plus total. Aujourd’hui tu vois des gens qui se promènent sur la Place Bolivar, qui prennent leur café à San Jacinto… Tu te rends compte qu’il y a eu un changement d’attitude, une réconciliation avec la ville et c’est un premier pas (3). Nous allons vers une ville meilleure que celle que nous avions. Maintenant il nous reste à apprendre à vivre en elle, à la soigner.

RG – Beaucoup cependant continuent à se réfugier dans les centres commerciaux…

JVP – Le centre commercial est lié à la même pénétration états-unienne et aux négoces de Rockefeller qui ont lieu à partir des années 50. Caracas, comme ville du XXème siècle, était une proie facile pour les centres commerciaux, phénomène qui ne s’est pas produit si facilement pour d’autres villes d’Europe ou à Buenos Aires. Un centre commercial implique une destruction du patrimoine, car il occupe de grandes étendues de terrain. Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public. Apparemment l’accès est libre mais il y a des gardes, des caméras et une quantité d’éléments qui en font un espace sous contrôle. C’est un espace privé d’usage public et cela aussi est relatif. L’usage en est la consommation et la consommation est l’antithèse de l’usage démocratique de la ville.

Par Reinaldo Gonzalez D. / Photographies : Jonathan Mendoza et Alii

Source: http://www.ciudadccs.info/?p=453647

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Lire “Quand écologie, socialisme et transport public se marient : le métro-cable, transport public révolutionnaire”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/quand-ecologie-socialisme-et-transport-public-se-marient-le-metro-cable-transport-public-revolutionnaire/

(2) Lire “Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/

(3) Lire « je suis heureuse à Caracas« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/19/je-suis-heureuse-a-caracas-photos/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/08/02/juan-vicente-pantin-le-centre-commercial-est-lantithese-de-lespace-public/

LA MISSION LOGEMENT: une proposition audacieuse pour affronter le problème historique de l’exclusion au Venezuela, par Jesse Chacón (GISXXI)

Le processus de rupture et de transformation sociale que vit le Venezuela est sans aucun doute une révolution menée d’en bas, non par les élites; ce processus s’est montré capable de construire un sujet historique national, qui s’exprime dans la mobilisation d’un pouvoir populaire, et les preuves abondent en ce sens.

La première preuve historique du rôle actif du peuple est le soulèvement du 27 février 1989 (le « Caracazo »), évènement qui signifie la rupture avec le système politique impérant et institue un cycle révolutionnaire. La deuxième, ce sont les soulèvements civico-militaires du 4 février et du 27 novembre 1992. Des officiers d’extraction populaire, constitués en avant-garde politique, lisent l’urgence d’ouvrir un nouvel espace de pouvoir dans l’atmosphère créée par le « Caracazo », se rebellent et se lancent à l’assaut du ciel.

Le dénouement de ces soulèvements civico-militaires reçus avec chaleur par la population montre clairement qu’il ne s’agissait pas d’un « putsch” isolé ni d’un « coup d’État » mais d’un coup de tonnerre insurrectionnel lié aux représentations collectives de résistance et de lutte politique vivantes dans les mentalités du sujet populaire.

Pendant la décennie des années 90 ce rôle central du peuple est redevenu présent dans le développement du cycle constitutionnel, s’exprimant à travers une grande mobilisation/production de pensée stratégique comme l’a synthétisée en 1996 « l’agenda bolivarien pour le changement ».

La vague populaire s’exprime à nouveau dans les urnes de 1998 qui, sur la base de ce programme, portent Hugo Chávez à la présidence du Venezuela. Elles le portent au gouvernement en tant que création populaire : le nouveau dirigeant exprime à la fois un projet de société et la volonté populaire, surmontant l’histoire nationale d’un « césarisme » où le tyran autoritaire habitait le subconscient national comme peur de la liberté et comme besoin d’un père qui résout tout.

Lors des faits tragiques d’avril 2002, dans le cadre du coup d’État organisé et réalisé par l’ « opposition démocratique », le pouvoir populaire descend dans la rue et sans informations claires sur le sort subi par son leader Hugo Chávez, se lance à la conquête d’un projet collectif, pour reprendre le fil constitutionnel et l’actualité de la constitution bolivarienne. Alors que Hugo Chávez n’est pas présent, le peuple déborde, se mobilise en lien avec les courants nationaux révolutionnaires présents dans les forces armées et reprend le pouvoir, réoccupe le centre de la scène politique, qu’il occupe encore aujourd’hui.

Un tel sujet populaire, consitué en révolution, ne pouvait produire, en termes de réalisations sociales, de moindre résultat que la réduction structurelle de la pauvreté, de l’inégalité ou que la réalisation d’une politique d’éducation, de santé et de retraite garanties en tant que droits.

C’est aussi ce qui explique, à la suite de la grave crise climatique et de la perte de leur logement par des milliers de familles, la puissante réponse de l’État, avec la création par le président Chávez de la Mission Logement.

Des analystes d’opposition ont crié au scandale quand le président a relogé un groupe de victimes des inondations dans le palais présidentiel, dans les ministères ou dans les installations militaires de Fuerte Tiuna; leur inquiétude ne venait pas précisément du bouleversement de l’esthétique rigide de l’espace institutionnel, ni du changement de rythme de la fonction publique. Leur inquiétude venait du renouvellement de l’alliance entre les deux sujets : le militaire, national, révolutionnaire, et le sujet populaire. Elle venait du fait que le peuple continue à occuper le coeur de la vie politique; non le centre symbolique, mais le centre matériel de la scène sociale vénézuélienne. C’est exactement ce qu’exprime ce groupe de personnes déplacées et relogés pour leur protection dans ces icônes du pouvoir que sont le palais présidentiel de Miraflores ou les installations militaires de Fuerte Tiuna.

La mise en route de la Mission Logement n’avait pas encoré commencé et n’en était qu’aux premiers mois de planification que déjà la droite et les sceptiques criaient à tout vent que tel projet serait impossible à réaliser, que c’était une folie, que jamais cela ne s’était fait, que de nouveau le populisme chaviste voulait « tout offrir ». Comme s’il ne s’agissait pas du peuple qui par sa lutte en profondeur a réussi à tout arracher, et à tout gagner.

Dans sa première année d’existence, durant 2011, selon des chiffres du ministère du logement et de l’habitat, la Mission Logement a construit 146.718 logements. En 2012 elle a déjà atteint la construction de 35.792 maisons et appartements, chiffre qui ajouté à ceux de l’an dernier, constitue 52,15% de l’objectif fixé pour 2011 et 2012, à savoir 350.000 maisons.

L’effet de cette mission sur l’économie ne s’est pas fait attendre avec un fort impact du secteur construction et logement. Le Produit Intérieur Brut (PIB) a cru 4,9% durant le dernier trimestre de 2011, pour finir l’année avec une croissance générale du PIB de 4,2%, en comparaison avec 2010. La Banque Centrale du Venezuela souligne la forte impulsion donnée au secteur de la construction. Celui-ci a cru de 10.9% lors du troisième trimestre de 2011 et de 12.8% lors du quatrième trimestre, ce qui représente une croissance annuelle de 4.8% pour ce secteur.

Les données sont claires et témoignent du succès de la Mission Logement. On peut bien sûr nier la réalité, il n’en reste pas moins que 80% des vénézuéliens l’évaluent positivement.

Cette proposition audacieuse de la révolution est le seul moyen de résoudre le problème structurel  du logement et de dépasser les relations mercantiles d’exclusion et de domination. La Mission Logement est un exemple clair que seule la révolution nous permet de réaliser notre objectif de construire une société juste et inclusive. Le socialisme est le seul à cesser de considérer le logement comme une simple marchandise et à en faire un droit.

Jesse Chacón

Directeur de GISXXI (www.gisxxi.org)

Source (en espagnol) : http://www.gisxxi.org/articulos/la-mision-vivienda-una-propuesta-audaz-para-enfrentar-el-problema-historico-de-la-exclusion-jesse-chacon-gisxxi/

Traduction : Thierry Deronne pour www.venezuelainfos.wordpress.com

Habitant(e)s de Ciudad Caribia, une cité nouvelle construite par la Mission Logement, non loin de Caracas (2012).

Caracas, 13 avril 2012. Commémoration de la victoire populaire du 13 avril 2002 : le peuple descendu dans la rue avait mis en échec le putsch organisé par le patronat, un groupe de militaires de droite, les services secrets espagnol et états-unien qui avaient fait prisonnier pendant quelques heures le président Hugo Chavez. Photo : Ligia Navas.

LE LOGEMENT AU VENEZUELA : droit ou marchandise ?

samedi 11 juin 2011

La vaste Mission Logement Venezuela récemment lancée par le gouvernement bolivarien, a suscité des réactions abondantes et divergentes dans la population. Alors que des centaines de milliers de citoyen(ne)s se sont rendus massivement aux points d’inscription sur les places publiques, réaffirmant leur participation à cette mission, la droite vénézuélienne parie sur l’échec de cette initiative de politique sociale du gouvernement.

Parmi ses arguments, il y a “l’inviabilité” de cette mission. C’est le même argument qu’elle a utilisé il y a une décennie contre les objectifs ambitieux de réduire la pauvreté, de garantir la santé et l’éducation que proposait le premier plan de développement de la nation. Ceux-ci sont aujourd’hui des réalités palpables, validées non seulement par le peuple vénézuélien comme principal bénéficiaire mais aussi par les organismes internationaux de référence et par le cadre normatif dans la protection de ces droits formé par l’ONU, l’UNESCO, l’Organisation Mondiale de la Santé, entre autres.

Aujourd’hui, malgré le rejet de ces politiques par l’opposition, la population opte avec enthousiasme et espoir pour une stratégie qui renoue avec l’obligation politique et morale d’un état qui construit des garanties et prend sur lui la grande dette sociale que l’élite bourgeosie a toujours invisibilisée.

Le rêve social et cette espérance se reflètent dans notre enquête de mai 2011. 74.3 % des vénézuéliens considèrent que cette mission contribuera à la solution du problème du logement. Ce chiffre monte à mesure qu’on descend dans les classes sociales. Les chiffres vont de 78.4 % dans la classe D, à 76.9 % dans la classe E. La “mission logement” reçoit son plus grand appui parmi les jeunes avec un taux de 79,9 %.

De la même manière 63.5 % de la population croit que le gouvernement respectera ses engagements de construire ces logements. Ces fortes attentes sont plus grandes dans la classe D (65,5 %), la classe E (70,1 %) et la jeunesse (66,9 %).

Question : pourquoi l’opposition vénuézélienne commet-elle de nouveau l’erreur d’affronter une politique qui approfondit la qualité de vie de la population ?

Nous croyons que trois éléments expliquent cette réaction :

1. – La culture égalitaire va contre la logique culturelle de la distinction bourgeoise. L’opposition est l’expression politique de cette élite qui pendant 50 ans au gouvernement a fait preuve d’avarice, accaparant la rente pétrolère alors que les exclus ne trouvaient pas d’espace dans la ville. Cette élite n’a pas construit un tissu industriel capable d’absorber l’immense vague de migrants ruraux et n’a pas permis une appropriation ordonnée des espaces urbains par cette population émigrée. La construction sociale de l’espace a été le produit de la lutte des habitants, qui a tourné à leur désavantage en les repoussant dans les cordons de quartiers populaires et les a obligés á développer des processus d’urbanisation en zone inapte et avec des matériels inadéquats.

La bourgeoisie a joui culturellement de cette ségrégation et de cette différenciation car la distinction spatiale a élevé son status comme élite. C’est comme cela qu’ont surgi les “hauteurs” pour les pauvres et les “collines” pour les riches. Ce fut sans aucun doute une inversion morale propre du capitalisme :se sentir bien quand on est différent et qu’on a plus, tandis que d’autres n’ont rien.

2. – L’inexistence dans le camp de l’opposition, d’un programme alternatif politique et social différent de la recette néo-libérale qui a été rejetée par la mobilisation sociale de 1989, la mobilisation militaire de 1992 et par la mobilisation électorale de 1998. Faute de programme, l’opposition n’a pu que parier sur l’échec du processus bolivarien comme possibilité de prendre le pouvoir pour des secteurs méprisés et politiquement exclus. A chaque fois cette stratégie s’est révélée désastreuse pour eux car les bases populaires ont trouvé dans la proposition bolivarienne la dignité historique qui leur a toujours été refusée.

3. – La politique de création de garanties face au problème du logement qu’assume le gouvernement bolivarien, déstructure le logement comme marchandise, comme valeur d’échange et lui rend le statut de valeur d’usage lié à “l’être” plus qu’à “l’avoir”. En définitive, on brise la logique capitaliste du logement comme marchandise qui génère un excédent financier. On transforme le logement en un droit véritablement réalisable et réalisé, un droit qui va au-delà du formalisme annoncé dans la constitution et dans la déclaration de Vancouver, signée par l’Etat vénézuélien pour garantir le logement comme droit.

On connaît bien la phrase “le droit au logement ne peut être réalisé que dans le socialisme”, phrase qui a été vue comme un simple slogan de l’orthodoxie marxiste ; cependant on constate dans la réalité sociale que la bourgeoisie immobilière est par nature une bourgeoisie profondément financière, qui ne voit pas le logement comme une nécessité sociale mais comme un négoce hautement lucratif.

Sa voracité n’a pas seulement converti le logement en un bien positionnable sur le marché afin d’augmenter ses bénéfices, mais l’a conditionné à des offres sophistiquées qui ont engendré des pratiques usurières. La bourgeoisie a offert des crédits basées sur des formules d’intérêt mixte, sur des crédits indexés qui ont pillé les poches des vénézuéliens. C’est dans la nouvelle société qui se construit sur la base de critères socialistes que sont démontées ces pratiques d’usure, et qu’on a réussi à protéger des milliers de débiteurs.

Ensuite les entreprises financières et immobilières ont forcé des milliers de familles à subir l’escroquerie des préventes, des ventes sur plans jamais concrétisés, jamais remis. De nouveau c’est la révolution qui fut appelée à démanteler ces escroqueries et à protéger les victimes.

Toute cette impulsion politique qui situe le logement sur le plan du droit social, en lui retirant son signe mercantile, va requérir un haut niveau d’efficacité dans l’exécution des politiques du Gouvernement Bolivarien.

Le succès de cette mission consolidera la connection du peuple vénézuélien avec un processus qui l’a sorti des oubliettes auxquelles l’ont jeté 50 ans de farce démocratique. Son échec engendrera un climat de frustration qui éloigne les plus nécessiteux de leur unique voie vers le paradis : la révolution !

Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de l’efficacité révolutionnaire.

Jesse Chacón Directeur de la Fondation GISXXI

http://www.gisxxi.org/

Traduction (FR) : Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve

Réquisitions de terrains pour construire des logements; le gouvernement prend de nouvelles mesures pour protéger les locataires.

lundi 9 mai 2011

Peu avant de s’envoler pour une tournée officielle qui le mènera successivement au Brésil, en Equateur et ce jeudi à Cuba, le président vénézuélien a pris de nouvelles mesures sociales.

Nous allons accélérer les récupérations de terres comme celle-ci et partout oú il y a des terres adéquates pour la construction de logements”, a-t-il annoncé durant la remise de la première étape du complexe urbanistique La Limonera, situé dans la municipalité de Baruta, état de Miranda.

Le chef de l’État s’est référé au recensement national récemment ouvert dans le cadre de la “Mission Logement Venezuela” et a assuré qu’ont “été dépassées toutes nos espérances”.

Le recensement lancé le samedi 7 mai 2011 a connu une forte affluence : 102 mille 409 familles se sont inscrites en un jour et demi.

Face au débordement du registre national, nous devons nous déborder nous-même sans tarder. Nous devons accélérer la recherche mètre par mètre et la récupération de terres”, a-t-il déclaré en remettant des titres de propriété individuels ou collectifs à 432 familles.

Il a expliqué que sous les gouvernements de la IVème République on promettait des maisons pour les pauvres et quand ils en construisaient c’étaient “des boîtes d’allumettes”.

La bourgeoisie dit que je suis en train de dépenser de l’argent inutilement, en offrant aux pauvres un appartement. Mais ce n’est pas ça, nous subventionnons un droit”.

Il a expliqué que dans les cas de familles qui n’ont pas de revenus supérieurs au salaire minimum (1548 bolivars) la subvention atteint 100 % du montant.

Entretemps, dans le secteur de la Rinconada 40 familles de réfugiés victimes des inondations de décembre 2010 ont reçu leur nouveau logement dans le complexe « Cacique Tiuna« . Un total de 800 logements a été remis aux familles.

La « Mission Logement Venezuela » est un plan à moyen terme mais qui débute dès à présent. Son objectif pour 2011 est la construction de 150 mille premiers logements. Le gouvernement a déjà débloqué 15 milliards de bolivars pour cette année, et prévoit de construire 2 millions de logements dans les sept ans.

Par ailleurs, dans le but d’offrir une protection aux locataires et occupants d’immeubles comme résidence principale et de mettre fin à de nombreux abus de la part des propriétaires, le président vénézuélien a rendu public le décret avec force de loi contre les expulsions arbitraires (Gazette officielle N° 39.668 du 6 mai 2011, décret 8190).

Un autre décret (N° 8.197) publié ce lundi, établit une protection des travailleurs résidentiels, appelés péjorativement « concierges« . Fruit d’une lutte constante de ce mouvement social dans les dernières années, ce décret signé par le président impulse les changements dans les relations de travail et les schémas socioculturels typiques d’un système patriarcal et capitaliste, avec son cortège d’exploitation et d’inégalité.

Le décret définit le travailleur résidentiel et sa famille comme « un groupe vulnérable » qui doit faire l’objet d’une attention spéciale de la part de l’État, à travers des politiques publiques en matière de droit au logement, de travail, de sécurité sociale, d’égalité de Genre et de droits de la Femme.

Traduction : Thierry Deronne

Sources : RNV, AVN.

« une maison dans les airs » et l´avant-garde des sans-abris

mardi 27 octobre 2009

Ainsi nous parle le vallenato “la casa en el aire” immortalisée par le colombien Rafael Escalona : “je vais te construire une maison dans les airs, seulement pour que tu puisses vivre”. Cette expression s’utilise aujourd’hui pour expliquer l´inaccessibilité des logements. Deux millions de familles vénézueliennes ne disposent que d´une « maison dans les airs” pour cause de déficit de logement.

Au départ l’Etat, à travers le Ministère du Pouvoir Populaire pour les oeuvres Publiques et l’Habitat (MPPOPVI), et le secteur privé réuni dans la Chambre Vénézuelienne de Construction, ont les mêmes données : il manque 800 000 logements au Venezuela pour que la proportion habitat / population parvienne à l’équilibre. Et il faudrait mantenir un rythme de 300 000 nouveaux logements par an pour le conserver.

Pourtant, les 4 dernières années ont vu se creuser l’écart entre le nombre de logements et la croissance de la population. Dans le privé, le Système d’Indicateurs Sociaux pour un Diagnostic Social Permanent, DIASPER, met en évidence un déficit de 738 582 logements en 1986, 880 083 en 1990 et 900 000 en 1999 lorsque selon l’institut national de statistiques (INE) la population du pays atteignait les 24 millions.

José Gregorio Alvarado Rendón, vice-ministre pour la planification du MPPOPVI admet que de tels chiffres sont dus premièrement à l’héritage obligé de la IVe République, et ensuite à une succession malheureuse de plans et de projets tombés entre les mains de fonctionnaires publics inefficaces, qui n’étaient pas à la hauteur d’une telle responsabilité. Une chose en entrainant une autre, le déficit de logement a augmenté de 87% pendant les 10 dernières années…

José Gregorio Alvarado, vice-ministre pour la planification du MPPOPVI

Des prix sans borne

L’INE a mesuré que le nombre de personnes par maison au Venezuela est en moyenne de 4,4 avec un déficit actuel de 800 milles logements, pour 7 920 000 personnes sans toit, soit 25% de la population du pays. Cependant, cette situation est surtout urbaine, les villes concentrant selon l’Institut de Statistique National 98% des problèmes de logement, dont 75 % pour la seule ville de Caracas.

Le phénomène à Caracas s’aggrave de plus en plus. Caracas est aujourd’hui la ville la plus chère d’Amérique, les prix s’élevant au dessus de New-York, reléguée à la 8e place, sur les 50 mesurées par la firme international Mercer, qui classe chaque année les grandes aires urbaines mondiales selon le coût minimal de la vie : nourriture, logement, transports, études et habillement, entre autres.

Cette année, la revue spécialisé The Economist a annoncé que les prix des maisons les plus chères au monde étaient à Monaco, dans les quartiers londoniens de Chelsea et de Knightsbridge, où une maison de 120 mètres carrés coute jusqu’à 600 000 euros.

Mais si l’on jette un coup d’oeil aux revues des principales agences immobilières, on trouve des maisons tout aussi chères en plein cœur du « Tiers Monde », à Caracas. Cette cherté de l’habitat – que ce soit à la vente ou la location – accable un petit pays de 8 millions de Venézueliens, qui se retrouve dans les zones fournissant du travail et les zones locatives de Caracas. Ce phénomène s’étend désormais non plus aux seuls ghettos résidentiels de l’Est mais également à des quartiers traditionnellement considérés comme populaires. Dans la municipalité Libertador, à l’Ouest de Caracas, qui concentre plus de deux millions d’habitants, on trouve les immeubles les plus chers de la planète.

Il manque 800.000 logements au Venezuela pour que la proportion habitat / population s’équilibre. Et il faudrait maintenir un rythme de 300 000 nouveaux logements par an pour conserver cet équilibre.

Selon la multinationale immobilière Tuinmueble.com, la zone ouest de la municipalité Libertador, moins chère, avec les quartiers de Catia, El Valle, San Martín, Caricuao, El Junquito, El Cementerio, Propatria, 23 de Enero et Casalta, souffre d’un prix à la vente de 5565 BsF le mètre carré (1800 euros) et jusqu’à 13 750 BsF pour les plus chers (4300 euros) Ainsi un appartement de 120 mètres carrés dans les zones les moins chère de Caracas coûte entre 300 et 600 milles euros, soit plus que les banlieues riches de Londres.

L’avant-Garde des “Sans-toits”

Parallèlement à la lutte de vénézuéliens qui tentent de trouver un demi millions d’euros pour acquérir un logement, une autre lutte vise à changer le paradigme de la commercialisation des terres et des immeubles, sur base de concepts révolutionnaires. La fondation “Les Sans-Toits”’ composée de centaines de familles des secteurs les plus populaires du Venezuela, a lancé depuis cinq ans une proposition de loi nouvelle.

Des membres du Comité des Sans-Toits organisent le peuple autour d’un nouvel concept immobilier selon lequel la terre n’a pas de prix commercial, seul comptent les œuvres construites dessus. Selon eux, cela permet de diminuer considérablement le coût et de les rendre accessibles.

Pour Elvis Rivas, coordinateur de la Commission Émancipatrice de l’Habitat et du logement Bolivarien de la fondation des Sans-Toits, le collectif cherche à transformer la réalité de ceux qui cherchent un logement au Venezuela, en les amenant sur le terrain de la coresponsabilité et de la cogestion, en abandonnant le modèle acheteur-vendeur pour devenir des gestionnaires des projets sociaux dans une société en pleine mutation.

Pour les “Sans-Toits”, il y a au Venezuela non seulement un déficit de logements, mais plus grave encore, ce qui impacte l’ensemble le secteur immobilier, 77% du parc immobilier disponible appartient à une corporation d’agences immobilières, d ’assurances et de banques. Celles-ci ont historiquement gardé la mainmise sur les politiques de construction de logements dans le pays, en se basant sur un modèle d’offre-demande. Pour eux, il n’est nullement question de résoudre le problème complexe du logement de la population.

En décembre 2006 ces jeunes en lutte en ont appelé au Gouvernement Bolivarien pour qu’il dresse son propre diagnostic sur la situation de l’immobilier. Celui-ci enregistre à ce jour dans le pays 523 000 familles à la recherche d’un logement. Les Sans-toits ont ensuite proposé un avant-projet de loi qui précise que “le sol vénézuelien ne peut être hypothéqué, ni être aliéné, ni faire l’objet de trafic, et que son utilisation revient à des Unités Populaires de Construction de Logements, qui utiliseront à à leur manière la force et la connaissance disponible parmi les travailleurs qui pendant des dizaines d’années ont construit les maisons des riches et des puissants”.

Pour cette fondation, la seule chose qui doit avoir une valeur commerciale ce sont les construction sur le terrain, ce que l’homme construit de ses mains. Si la terre n’a plus de prix, les maisons ne pourront plus être commercialement négociables pour des sommes aussi exorbitantes.

Ces deux réalités se retrouvent ainsi dans un projet de transformation sociale qui, selon les porte-parole du Ministère du logement, marquera un tournant radical pour le système de construction du pays : il y encore un an, les fabriques de ciment, de fer, d’acier, d’aluminium, de plastique et autres matériaux étaient encore aux mains du secteur privé qui écartait de ses prévisions les secteurs populaires.

Le grand défi du Gouvernement Bolivarien est donc d’avancer au rythme des besoins de la population.

On trouve à Caracas des logements bien plus chers qu’à Monaco, Londres ou New York

T/ Candelario Obeso

F/ Mppopvi, cortesía Familia Parra y Héctor Ratia Caracas

Source : RNV / Courrier de l’Orénoque : http://www.rnv.gov.ve/noticias/index.php?act=ST&f=49&t=111549

Traduction : Grégoire Souchay pour : http://www.larevolucionvive.org.ve/

« Au début nous n´étions qu´une poignée à parler pour beaucoup d´autres »

L`axe gramoven se compose de 22 secteurs répartis sur 1800 km2. Situé à Catia, dans la combative parroisse Sucre de la Municipalité Libertador de Caracas. il compte un total de 9047 logements pour près de 11.972 familles et 50 mille personnes.

Dans l’axe Gramoven se ont organisés 34 Conseils communaux et constitués 29 comités de terres urbaines (C.T.U.). L’organisation continue à progresser. A débuté le processus de transformation intégrale du quartier : le droit à la citoyenneté.

On monte et on descend les “cerros” (collines), leurs escaliers, chemins, allées.. Au fur et à mesure que les plans de la communauté passent de main en main, nous découvrons ses habitants ; peuple qui se déplace à pied, peuple des quartiers de Caracas en plein mouvement de transformation et d´organisation collective, de militance et de travail de base effectué tous les jours dans les quartiers de l’axe 3 de gramoven, pour construire ensemble la Patrie latinoaméricaine.

Une des femmes qui luttent infatigablement a pour nom Angélica Morón (elle assure la liaison entre secteurs de l´axe Gramoven). Elle raconte : « au début nous n´étions qu´une poignée à parler pour beaucoup d´autres, il n´y avait pas encore la volonté politique qu´on observe actuellement ». Mains qui construisent, pieds qui se mobilisent, femmes en lutte pour résoudre le problème principal : le logement.

Sous les gouvernements précédents, les familles confinées, entassées dans des espaces de vie minuscules, du quartier à la rue et de la rue au foyer, ne pouvaient jouir des bénéfices de la citoyenneté. Un des obstacles majeurs qui a surgi au début de notre organisation comme comité de terres et comme conseils communaux, fut que quelques institutions de l’État nous disaient : « nous ne pouvons aller dans vos quartiers, ils sont à haut risque ». Nous nous demandions : “comment atteindre des niveaux d’organisation pour qu’il existe réellement une réponse collective ?” Nous nous sommes rendus compte que c´était en nous mobilisant et en travaillant en parallèle, c’est pourquoi nous avons constitué dix équipes de travail : celle des microzonifications, de l’eau, du logement, des projets socioproductifs, des communications, de la santé, du développement humain, de l´éducation et de la culture, de l´alimentation, de l´égalité de genre, de l’évaluation et du suivi, tout ceci pour le réseau des 34 Conseils communaux déjà existants. Nous avons ensuite effectué les inspections, les suivis, les visites maison par maison, les ateliers de formation politique, les relevés sur carte, entre autres.

Dans les quartiers Federico Quiróz et La Cubana, dés l´aube nous menons les inspections parcelle par parcelle, pour détecter les logements qui n’ont pas encore été recensés comme étant á haut risque. En reportant les zones délimitées par les comités de terres eux- mêmes avec l’appui de l’Institut Municipal de Gestion des Risques et des catastrophes (IMGRAD), on dresse la carte des zones vulnérables pour l’ensemble des Conseils communaux et pour le plan “Caracas socialiste”, en remontant tout l’axe 3 du secteur depuis le début de 2009.

Dans une assemblée populaire Angélica Morón déclare : « pour parler de communes nous devons créer les espaces nécessaires et disposer des conditions nécessaires. Il existe des conseils communaux qui vont dépasser leur délai légal sans avoir reçu de financement, mais cela ne nous a pas empeché de nous réunir toutes les semaines ni de formuler une proposition politique. Nous réalisons ce travail pour revendiquer le quartier, pour concrétiser le droit à la citoyenneté et quand notre carte sera couverte en abondance de couleurs, alors nous déciderons : il faut faire ici les escaliers, ici l’écran, et tout ce qui reste à faire.

Source : La Revolución Vive

« Surmonter la tendance de chaque secteur á se replier sur ses intérêts locaux »

Au total ce sont 18 Conseils Communaux du secteur la Bombilla (quartier de Petare, a l´est de Caracas), qui se sont articulés a travers une Salle de bataille sociale pour consolider la premiere commune du Pouvoir Populaire.

Marbella Navarro, responsable de cette « Salle de Batalle Sociale » pour la consolidation de la Commune dans la Bombilla explique : « pour le moment 42 projets sont en cours d´éxécution. Construction de voies piétonnes, d´escaliers, de drainages pour les eaux usées, conduits d´eau potable. Il y a aussi la substitution des logements insalubres par des logements décents et la réparation de maisons. Nous voulons á créer des activités socioproductives telles le recyclage ou des entreprises textiles pour générer des emplois dans ce secteur. Cela fait partie du travail que nous menons en articulant les divers conseils communaux ».

Navarro explique que cette commune est formée de 18 Conseils Communaux représentant les secteurs actifs au sein de la Bombilla.

« Le projet que nous voulons réaliser, c´est la transformation de l´habitat dans toute la zone, pour nous c´est le sens de notre processus révolutionnaire et socialiste. Car nos conseils communaux travaillent en faveur de la communauté, c´est l´objectif de notre organisation, c´est ce qui nous pousse á aller de l´avant ».

Pour Rosalba Gonzalez porte-parole du Conseil communal La Pedrera de la Bombilla, le pouvoir populaire doit viser par-dessus tout l´unification des habitants, leur organisation sociale. C´est important de persévérer, de surmonter la tendance de chaque secteur á se replier sur ses intérets locaux. L´idée est de former une fédération de conseils communaux, comme le suggere le président Chavez. La Bombilla est un territoire libéré par la Révolution ».

Rosalba imagine de visiter d´autres salles de bataille sociale pour transmettre les expériences aux autres, celles qui ont marché en tout cas. « La Patrie se construira dans cette unité retrouvée ».

Source : Radio Nationale du Venezuela