La révolution du logement dans la Révolution Bolivarienne

Entretien de Hernando Calvo Ospina avec l’architecte Jean-François Parent, président du Laboratoire International pour l’Habitat Populaire, une association française. Cette rencontre a eu lieu à Caracas, en décembre dernier. Jean-François Parent présente les projets du LIHP au Venezuela, mais parle aussi de la situation politique de ce pays.

Hernando Calvo Ospina. Parlez-moi du projet, comment a-t-il commencé, et pourquoi ici au Venezuela en particulier ?

Tout est lié au travail du Laboratoire et à ses relations avec l’Amérique Latine. On travaille depuis 2013 avec le Brésil, la Colombie, le Venezuela, Haïti et le Mexique. C’est un travail de recherche sur les questions urbaines et le rôle de l’habitat populaire, sur son histoire politique et sociale.

On s’est interrogés sur la façon dont les grands mouvements populaires visaient à transformer radicalement ces sociétés et comment cette ambition politique se traduisait sur le plan du mode de vie. C’est cela qui a motivé notre travail.

Au Venezuela, nous avons travaillé sur la présence du pouvoir populaire dans les décisions concernant la transformation urbaine, par le biais des conseils communaux. Nous sommes arrivés la première fois en 2011, mais c’est en 2013 que nous avons fixé les choses. Nous avons démarré ce travail et progressé au fur et à mesure. Nous sommes venus au Venezuela car l’architecture contemporaine nous intéressait. Il nous semblait que, comme au Brésil et au Mexique, la question de la modernité avait été traitée d’une manière particulière au Venezuela, du fait que des architectes avaient étudié en Europe puis rapporté cette culture de la modernité européenne ici, et l’avaient confrontée à La Caraïbe. Donc il s’agissait de comprendre comment la modernité s’était tropicalisée.

Mais dès qu’on abordait la question du logement social, de l’habitat populaire, ça restait très figé sur des modèles européens. On gardait les mêmes principes qu’en Europe, qu’en France. On n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Alors on s’est interrogés.

En travaillant, nous avons été amenés à rencontrer des représentants du monde de l’architecture, de l’urbanisme et des représentants populaires vénézuéliens.

On a établi des relations personnelles scientifiques tout à fait passionnantes. A un moment donné, des responsables politiques nationaux nous ont dit que ce que nous faisions les intéressait d’un point de vue opérationnel. Ils avaient réussi à produire sept à huit cent mille logements, dans le cadre de la grande Mission Vivienda, dont l’objectif est de 3 millions de logements. Mais selon eux, ils n’avaient pas répondu à la dette qu’ils avaient vis-à-vis du pays, c’est-à-dire de faire que les gens vivent dans des conditions décentes, où qu’ils soient sur le territoire national. Ils affirmaient que la grande mission Vivienda arrivait à un tournant nécessitant de travailler l’appareil critique de leurs propres productions.

Nous, on était sur le cul quand ils ont dit ça. On s’est dit que ce n’était pas possible que ces gens, impliqués dans un tel processus et compte tenu de l’agression extérieure, puissent se dire : on se met sur la table, à poil, et on réfléchit à cet appareil critique.

Nous leur avons dit très volontiers que nous étions prêts à participer dans la mesure de nos moyens, avec nos limites : nous sommes étrangers, nous ne maîtrisons pas bien la situation politique, sociale, ni les éléments techniques.

Et c’est là qu’on a rencontré Francisco Garcés qui était président du SENEVI, un organisme de certification pour tout ce qui concerne les questions de logement, d’habitat, de construction et de normes administratives.

Il nous a dit : je veux la transformation de Los Teques. Et sachant que Los Teques était aussi la capitale de l’Etat de Miranda, c’était symboliquement extrêmement important, car à l’époque le gouverneur était Henrique Capriles, un homme de droite, opposé à la Révolution Bolivarienne. Il y avait donc un enjeu politique fort.

Nous avons signé une convention avec eux dans le cadre du projet de la grande Mission Vivienda, donc avec le gouvernement national, pour mettre en place cette stratégie de travail.

Nous avons formé une équipe franco-vénézuélienne tout à fait exceptionnelle, c’était plus qu’une équipe franco-vénézuélienne, c’était une équipe de gens qui avaient vraiment envie de travailler.

HCO : Qu’est-ce que les vénézuéliens attendaient des français ?

Nous nous sommes inscrits dans la stratégie de développement de la ville de Los Teques. Le maire nous a dit : « Je veux que vous réfléchissiez, que vous travailliez à partir des axes politiques. Quels sont de votre point de vue les axes urbains et architecturaux à développer ? » Il ne nous a pas donné de contraintes de lieux, ni de quartiers à transformer. On a eu toute liberté, parce que ce qui l’intéressait c’était d’avoir un regard extérieur sur sa ville à partir de son projet politique.

HCO : Quel était son projet politique  ?

Redonner vie à Los Teques, une ville de la banlieue de Caracas avec une population pendulaire, c’est-à-dire, qui part en métro bosser le matin à Caracas et qui revient le soir. C’était devenu une ville dortoir, alors que c’était le lieu où l’on produisait la nourriture pour l’ensemble de la ville de Caracas, un territoire gigantesque.

C’est tout le phénomène d’urbanisation mondialisée qui s’applique là. Et le maire disait qu’il fallait réfléchir à une chose fondamentale : éviter ce phénomène pendulaire d’abord, même s’il ne se règle pas en 3 ans. Et réfléchir à redévelopper l’économie locale pour permettre un développement de la ville en l’intégrant d’une autre manière dans celui de Caracas. Pas le grand Caracas, parce qu‘ils ne sont pas sur cette notion de grand Paris, de grand machin, comme on a chez nous. Ça aussi c’est un modèle idéologiquement fort  : on impose une forme d’urbanisation qui est le modèle néolibéral.

Un des points qui me paraissait très important, était la question du travail, c’est-à-dire le rapport des gens à leur travail. Comment faire pour qu’en produisant de la ville, on change y compris le rapport à la nature du travail. On n’améliore pas que les conditions de travail, mais on change la manière dont on pense le travail.

C’était extrêmement passionnant, car il y avait plein de zones urbaines industrialisées en déshérence.

Un deuxième point important était l’implication populaire dans la conception de la transformation de la ville.

Nous avons travaillé dans un premier temps avec la représentation populaire, c’est-à-dire qu’on a discuté avec les conseils communaux et le maire. C’est à ce moment que le maire a défini un lieu important, un quartier en mutation, structuré politiquement sur le plan des conseils communaux.

Il y a eu 3 étapes successives pour en arriver là où on en est aujourd’hui, c’est-à-dire prêts à construire. On va démarrer la construction maintenant.

HCO : Avec quels moyens ? Comment se porte le secteur du bâtiment au Venezuela  ?

Cette question est extrêmement importante dans le processus de la grande Mission Vivienda. Comme le Venezuela est un pays pétrolier, pendant toute une période l’appareil de production industrielle a été mis de côté, parce qu’on n’en avait pas besoin. Tout était importé, et en particulier dans le bâtiment. Il y a toujours des constructions dans le secteur privé, mais qui ne répondent pas aux besoins de la population.

L’outil de production du bâtiment a été réduit à une industrie de médiocre ou de faible qualité qui n’est pas capable de répondre aux besoins des objectifs de la grande Mission Vivienda, c’est-à-dire de produire massivement 300 000 logements par an. La France arrive à peine à 100 000.

Il faut un puissant appareil industriel pour cela. D’où l’importance, à la fois politique et industrielle, de la présence de la population dans le processus de production de la ville.

HCO : Comment cela se met-il en place concrètement ?

C’est justement l’un des objectifs : impliquer la population dans la construction de logements, pour qu’ils deviennent des ouvriers permettant de développer des chaînes de production, des lignes de production préfabriquées aussi, et qu’ils participent à la construction, mais pas comme ils ont fait au départ en achetant clés en mains des logements aux chinois, aux biélorusses, etc.

En engageant ce processus, en même temps que tu produis du logement, tu construis un appareil de production populaire puisque ce sont les populations qui, au travers de leur conseil communal, permettent d’avoir de petites industries répondant aux demandes, qui ne sont pas les mêmes que celles de la construction de tours de 25 étages.

En ce qui concerne l’implication des citoyens, c’est un processus en plein développement, et c’est ça qui est très intéressant. Au départ, dans les statistiques, les vénézuéliens devaient représenter 30 % de la production du logement de la grande Mission Vivienda, maintenant ils atteignent 65 % voire 70 %.

On produit non seulement du logement, mais aussi de la richesse car c’est une source de travail. On dit que l’économie va mal, mais on voit bien qu’en ce moment les vénézuéliens sont en train de générer une nouvelle économie au travers de ces grands axes politiques.

HCO : Comment le gouvernement français considère-t-il ce projet ?

L’administration française dit que ce n’est pas facile, que c’est dangereux. C’est donc difficile d’organiser les choses dès qu’on les officialise, du côté français. Cela n’est pas une critique de l’administration française, c’est un constat.

D’abord, officiellement, la France n’a pas de très bonnes relations diplomatiques avec le Venezuela. En 2013, l’ambassadeur de l’époque avait une ambition, parce qu’on n’était pas encore dans la situation économique et politique actuelle, Chavez était encore là. Avec le pétrole à 100 dollars le baril, l’économie vénézuélienne n’était pas la même qu’aujourd’hui. Il y avait une volonté de coopérer, des champs d’investigation qui faisaient qu’on avançait dans plein de domaines.

Avec Hollande, quand tout s’est arrêté, nous avons été marginalisés de fait, puisque plus rien ne se passait.

Nous nous sommes rendu compte à un moment donné que si l’on s’appuyait sur la structure de coopération officielle, on n’avançait pas. On ne peut pas dire qu’ils nous empêchaient d’avancer, mais c’était très difficile. Alors, on s’est libérés de tout ça et on a avancé.

Avec Macron, des positions politiques officielles ont été prises, qui font que c’est très difficile d’aller au Venezuela en disant qu’on représente la France. Mais on ne la représente pas, on représente un idéal de travail et de coopération.

Il y a un nouvel ambassadeur qui essaie de faire des choses un peu plus dynamiques, donc on verra bien. Mais on n’est pas dans une situation où l’on peut attendre de la France quoi que ce soit. Ce n’est pas possible.

HCO : Comment pouvez-vous progresser alors que le gouvernement français a décrété que le Venezuela était une dictature  ?

Cela nous freine par moments. Mais comme nous avons atteint la phase opérationnelle, que nous ne sommes plus des chercheurs travaillant sur une dimension théorique, c’est le gouvernement vénézuélien qui nous dit  : Allez les mecs, on construit. Opérationnaliser, c’est ce qui nous intéresse, d’autant plus que les vénézuéliens sont très clairs là-dessus, ils nous disent que nous avons une histoire très particulière, celle du logement social, de la location des logements. Le logement social en France est un outil de démocratisation, un outil de transformation de la ville, qui commence à se perdre.

HCO : Avez-vous obtenu le soutien d’entreprises françaises ?

Oui, on a fait une réunion à l’ambassade du Venezuela à Paris en mars 2017. Les géants du BTP étaient là. Les entreprises publiques françaises étaient intéressées. On leur a dit  : venez, on monte une délégation et on rencontre les autorités vénézuéliennes et à travers ce projet-là, on aborde les questions de gestion de l’eau, des déchets, de la construction, de la relation politique. C’est-à-dire, comment articuler la politique, le pouvoir politique et la représentation populaire, le pouvoir municipal, etc.

C’est là qu’est l’os avec l’administration française, puisque les relations franco-vénézuéliennes sont difficiles en ce moment sur le plan politique. Donc les entreprises qui avaient envie de venir avaient une certaine réticence. Ils nous ont dit, on reporte un peu.

Les vénézuéliens font appel à des partenaires, pas seulement économiques, mais des partenaires qui comprennent leur logique. Il faut voir aussi que ce qui se produit actuellement au Venezuela est observé par beaucoup de pays en voie de développement ou de pays frères.

J’ai dit aux autorités françaises de bien prendre la mesure de ce qui est en train de se passer. Bien sûr, les relations politiques peuvent être conflictuelles, mais en ce moment en Amérique latine la ville est en train de changer. Et si nous ne mesurons pas cela, ne nous faisons pas d’illusions, d’autres sauront le faire. Nous voulons participer au développement économique d’un continent puissant extrêmement riche, mais d’une manière que nous appelons la coopération renouvelée, car engagée. Nous considérons que nous pouvons avoir aussi un engagement, pas pour faire du fric, ce n’est pas possible. C’est fini de venir au Venezuela pour faire du fric. Il faut donc voir ou revoir des positions qui s’affranchissent de cet eurocentrisme. C’est ça qu’on est en train d’essayer de mettre en place, mais ce n’est pas facile à cause des autorités françaises. Quand tu vas au ministère des affaires étrangères, les mecs que tu côtoies sortent tous de Sciences po, ils ne comprennent rien. Ils ont une forme de pensée que je trouve abstraite, éloignée de tout.

HCO  : Avez-vous été touchés par les problèmes des « guarimbas »  (violences de l’extrême droite) ?

Ils nous ont affectés de 2 manières, mais assez secondaires.

Premièrement du côté français. On nous disait que nous ne pouvions pas aller au Venezuela, car c’était la guerre là-bas. Et nous leur disions que nous y allions déjà, et que nous n’avions pas vu de guerre. Cela a créé une certaine tension avec nos partenaires, car ils n’avaient que l’information bête que tout le monde avait en France.

Deuxièmement, ici au Venezuela nous avons été touchés cette année en particulier, parce que l’organisation du pays a été bloquée et que nous avons eu des difficultés pour travailler. Je suis allé plusieurs fois au ministère du logement, et l’année dernière, le rez-de-chaussée avait été complètement détruit et brûlé par la guarimba.

On a aussi ressenti un peu de tension, quand on allait dans les beaux quartiers où se trouve le Ministère du logement entre autres. Des gens nous avaient repérés comme étrangers, parce qu’il n’y en a pas tant que ça, et nous ont dit  : vous, vous êtes des traîtres. Il fallait qu’on fasse un peu attention à ça parce qu’on travaille avec le gouvernement. Ils voyaient bien qu’on n’était pas ici pour passer des vacances, mais parce qu’on avait une activité scientifique, intellectuelle, culturelle, économique avec le pays et qu’on n’était pas en train de pleurer. Nous étions en train de travailler, non pas avec le sourire, mais avec la satisfaction du travail.

Mais c’est plus à l’étranger, en France, que ça nous a affectés parce que nos amis disaient que nous étions « des ambassadeurs du gouvernement vénézuélien », et donc « vous n’êtes plus du tout objectifs ».

Alors moi je réponds, et le Labo répond régulièrement : Non, nous ne sommes pas objectifs, nous sommes engagés. Nous avons fait des choix. Et nous sommes prêts à en débattre, y compris sur le plan de la forme architecturale des projets. C’est-à-dire que vous pouvez émettre une critique sur nos productions architecturales. C’est pour ça qu’on les publie, qu’on les présente en différents endroits, parce qu’on attend la critique, on n’a aucune raison de ne pas l’accepter. C’est la démonstration d’un engagement.

Nos idées se traduisent dans cet engagement, un processus de transformation radicale de la société, et elles génèrent des formes particulières, un espace particulier. C’est pour cela que nous travaillons au Venezuela.

Jean-François PARENT avec Hernando CALVO OSPINA

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Erika Farías, nouvelle mairesse de Caracas: « pour faire la ville que nous voulons, la clef est de rendre le pouvoir au peuple »

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En 450 ans de l’histoire de Caracas, c’est la première femme à la tête du gouvernement municipal, et elle assure qu’en tant que caribéenne elle ne reste pas un instant sans inventer quelque chose. Comme toute femme elle est passionnée, volontariste, comme disait le commandant Chávez lorsqu’il parlait de cette audace des femmes, aussi nourrit-elle beaucoup de projets et de rêves pour notre ville. Voilà pourquoi l’organisation populaire sera pour elle une priorité dans sa tâche à la tête de la Mairie de Caracas.

« Sa première obligation en tant que mairesse ? » : s’attaquer aux problèmes que les gens souhaitent voir affrontés par n’importe quel maire : les ordures, l’eau, la circulation et les services. Sa principale préoccupation ce sont les jeunes, cible de l’hyper-consumérisme de la culture capitaliste – elle voit son propre reflet dans leur révolte. Elle dit qu’elle a été et qu’elle reste une rebelle. Elle mise sur la sauvegarde de la Caracas solidaire, pleine d’espoir. La Caracas où les histoires se transmettent par les contes des aïeux, où d’un rien naît une rumba, une fête sans fin, une blague impertinente, la conversation sans fin, pour le plaisir, où prévaudra la culture de paix, propre à un révolutionnaire.

Erika est une femme directe, sans détours, qui va droit au but. Elle aime la vérité, le travail quand il a du sens. Elle aime s’impliquer dans des causes et convaincre les autres. Elle fait confiance au peuple, voilà pourquoi elle s’est fixé le tâche de lui restituer son pouvoir originaire, constituant. Avec ses 24 scrutins en 18 ans de révolution, le Venezuela est sans doute une des démocraties représentatives les plus vivantes au monde, mais elle est plus que cela : une volonté et un besoin de développer la démocratie participative. Ce samedi 6 janvier, des citoyens ont entamé dans tout le pays la discussion pour apporter des idées en fonction du programme de gouvernement 2019-2015 et fortifier une révolution féministe, écosocialiste et communale.

— De votre point de vue féministe, que pensez-vous apporter à Caracas ?

— Sans doute y a-t-il des choses très concrètes auxquelles la population aspire et qu’elle attend d’un maire. On peut philosopher, être créatif, innover, il n’y a pas de limites, mais, au départ, les ordures doivent être ramassées, les trous rebouchés, les rues éclairées. Tout passe par la nécessité de résoudre le principal problème qu’a Caracas : le manque de coordination entre nous qui y vivons et nous qui y gouvernons, qu’il s’agisse de la mairie, du pouvoir populaire ou du ministère. Nous n’avons pas atteint un degré de coordination qui permette de faire de Caracas le lieu auquel aspire le président Maduro ou le peuple. C’est en ce sens que nous les femmes avons une forte potentialité, car de tous temps, en raison des responsabilités qui nous ont été attribuées, nous avons eu la mission de mettre de l’ordre, plus que les hommes ne le font. Et cela a à voir avec les pratiques historiquement assumées : l’agriculture, la répartition des choses dans les lieux que nous habitons, la famille. Tout cela te donne de l’expérience. Quand la coordination manque, on perd beaucoup de temps et d’effort. Par ailleurs, les femmes, nous sommes très dynamiques, inventives. Voilà pourquoi Chávez nous disait «hyper-engagées». Moi je suis ainsi. Dans le monde des hommes on ne discute pas beaucoup, on impose beaucoup, tandis que dans le monde des femmes, le dialogue est toujours présent. Le débat, la discussion, la réflexion sont toujours présents, cela nous plaît et c’est une valeur qu’il faut sauver. Nous, les femmes en général, nous ne restons pas immobiles, nous sommes toujours en train d’inventer une nouveauté et comment ne pas inventer à Caracas, une ville jeune, diverse, qui bouge, un peu chaotique, hystérique, bipolaire. Comment ne pas inventer dans une Caracas pareille ! dans une ville marquée par le passage quotidien de plus d’un million de personnes qui viennent pour la visiter ou parce qu’ils y travaillent ou qu’ils y étudient ou simplement qui passent par plaisir. Alors, en plus de nous qui vivons ici, et nous sommes près de 4 millions, tout cela fait que Caracas a besoin de beaucoup d’inventivité, de créativité, de flexibilité et de beaucoup de force. Et autre chose encore : nous les femmes sommes têtues. Ce que nous disons, nous le faisons, avec de la formation, avec de l’organisation et avec de la planification.

— Quelles sont les tâches prioritaires à prendre en compte et comment aborder ces problèmes stratégiques de la ville ?

— En premier lieu, il y a la question économique, en insistant sur l’approvisionnement, non seulement des aliments, mais c’est le principal. En deuxième lieu, les services publics (ordures, transport, circulation, eau potable) et en troisième, l’organisation communale. Ce sont les trois grandes priorités parmi les six défis que nous nous sommes lancés sur le plan du gouvernement.

Le mode d’organisation va nous permettre de rendre au peuple son pouvoir d’origine. Il n’y a pas un seul problème qui puisse se résoudre sans la participation populaire. Par exemple le ramassage des ordures. On pourra avoir les meilleures équipes et la meilleure technologie, mais si l’on ne parvient pas à faire comprendre que c’est une question de culture, il y aura toujours des ordures. La solution se joue à moyen terme avec la participation principale de la population. Pour les denrées alimentaires, c’est la même chose. Le CLAP (comité local d’approvisionnement et de production) est une mesure de guerre qui nous a permis, à Caracas, de secourir près de 805000 familles. L’appareil économique qui est au service de la bourgeoisie, de l’empire, a miné tout le système d’investissement et le processus de production, distribution et commercialisation, mais également le modèle de consommation. Les gens font la queue pour acheter des choses qui peuvent être remplacées dans le régime alimentaire de base. En situation de guerre il nous faut nous tourner vers d’autres choses, sinon, le degré de dépendance augmente dans le désir angoissé d’obtenir ce qu’on ne peut avoir. Malheureusement la culture de la consommation s’est imposée et c’est pour cela que la bataille doit être menée dans le domaine économique avec tous les secteurs de la population, afin de changer de modèle de consommation. On ne peut voir triompher un processus révolutionnaire sans un peuple organisé, sans un sujet historique conscient, mobilisé, organisé. Voilà pourquoi je crois fermement que seul le peuple sauve le peuple. Toutes les secondes de ma vie que je passerai à la tête de cette institution, je les mettrai au service de l’organisation populaire. C’est pour moi une priorité.

— Comment rendre son pouvoir au peuple ?

— Rendre son pouvoir au peuple signifie lui faire comprendre qu’il fait partie du problème car il est le demandeur. Il ne peut demander et attendre que la solution vienne. Il doit faire partie du processus de la solution. Il doit réclamer, car ce sont ses droits : l’eau, l’alimentation, la culture, le loisir, et cela grâce à la Révolution. Les droits, il nous faut les protéger et les construire.

Si en plus, on fait entrer ce peuple dans ce processus de planification et de réalisation des solutions, alors il fait preuve de ses capacités. Cet instant-là devra marquer la fin des vieilles institutions car le peuple exercera pleinement son pouvoir et il y aura des institutions qui n’auront plus de raison d’être – elle dit cela avec un sourire convaincu. Mais cela est un processus, il ne faut pas l’imposer à coup de matraque. D’où la nécessité du débat, de l’organisation, de la réflexion, parce que le pays est un, le projet aussi. Au milieu de tout ceci il faut protéger la Patrie comme une force unique ainsi que notre projet révolutionnaire, car c’est lui qui nous permet de faire ceci, c’est pourquoi une extrême responsabilité s’impose. L’un des grands défis que doit relever notre révolution est donc d’obtenir que le peuple soit l’acteur principal. Si le peuple se sent habilité, s’il est conscient que c’est son heure, qu’il a un rôle historique, personne ne peut l’abattre. Lorsque nous parlons d’une Caracas Communale c’est le peuple qui en est le sujet central, qui reconnaît son moment historique, qui reconnaît sa diversité, ses luttes et son identité ; dans cette conscience, en opposition au système hégémonique, il doit nécessairement, non seulement créer les bases d’un nouveau modèle mais aussi développer toute sa potentialité dans cette entreprise.

— Comment faire un gouvernement communal ?

— Notre Révolution a créé de nombreux mécanismes aptes à rendre le pouvoir au peuple, comme par exemple la Municipalité, le Conseil Fédéral de gouvernement, le Conseil des ministres, et le Président lui-même, lequel a la faculté de valider des ressources extraordinaires pour des projets en particulier. Mais il y a aussi l’autogestion. Nous ne devons pas laisser perdre les efforts fournis. Notre peuple a garanti un ensemble de conditions qui lui permettent d’être partie prenante de la solution de certains problèmes autrefois inexistants. Écoute, ma mère a passé toute sa vie à construire une maison, pour nous, pour ses enfants. Quand enfin elle a fini, nous étions déjà partis. Quand je passe par le tunnel de La Planicie je vois toujours la maison, mais nous n’y sommes plus. Mais maintenant il en est autrement, une famille a la possibilité de bâtir sa maison, parce qu’il y a un gouvernement qui garantit cela, elle a un emploi, il y a un système de missions et chacun peut prendre part à la solution de son problème. Voilà les concepts qu’il faut se réapproprier : l’autogestion, la coresponsabilité, les devoirs partagés. L’Etat a des devoirs, mais la communauté aussi. C’est l’un des débats que nous allons avoir en leur temps et à leur rythme, mais je suis sûre que nous allons avancer suffisamment, car c’est un travail à moyen et long terme. Il ne faut pas désespérer sur ce point, zéro angoisse. Nous les révolutionnaires nous savons quoi faire et ce qu’il faut faire, c’est s’occuper, sans angoisser. Les choses ne vont pas se résoudre du jour au lendemain, ou par magie, -souligne-t-elle simplement, insufflant ce calme nécessaire auquel elle fait référence.

— Quelle est votre stratégie pour le thème de la sécurité en ville ?

—La sécurité se ressent quand un ensemble de thèmes est résolu. La Municipalité a une police administrative, cependant nous avons notre responsabilité sur l’insécurité, qui est résultat et non cause. Nous avons la responsabilité de l’existence d’un bon aménagement, des normes de vie en commun, du loisir, de la culture et du sport pour éviter l’insécurité. Lorsqu’il y a des cas d’insécurité, il y a des mécanismes que l’Etat utilise, et en ce sens notre Révolution a une stratégie que sont les « secteurs de paix» où sont intégrées à l’organisation populaire des activités récréatives, sportives et culturelles pour le contrôle de la criminalité. Il faut souligner qu’ont été importées à Caracas des pratiques criminelles étrangères à notre culture et qui portent atteinte à la normalité de quelques communautés. Je m’engagerai dans ces équipes pour continuer à garantir l’éradication de cette conduite criminelle introduite par des groupes étrangers à notre culture et totalement démobilisés. Il y a à Caracas 11 « secteurs de paix » et nous allons les soutenir aux côtés de la Police Nationale Bolivarienne et des corps d’intelligence, de police de proximité pour continuer la bataille contre le crime.

— Comment la Mairie stimulera-t-elle l’Economie Productive ?

— Il y a une grande expectative avec le Conseil Economique de Caracas. Nous avons une forte potentialité dans le secteur du textile, des services, de la chaussure et dans l’alimentaire, non seulement en agriculture urbaine mais aussi sur la conservation et la transformation des aliments, tout comme dans le Tourisme. En ce sens nous pensons travailler conjointement avec l’état de Vargas, avec lequel nous partageons le parc naturel Waraira Repano et le bord de mer. Caracas a de magnifiques sites pour connaître l’histoire, toutes ces activités bien faites et planifiées peuvent s’avérer une source significative de revenus pour la ville. De plus –ajoute-t-elle- le vénézuélien est plus productif qu’hier, nous ne sommes pas un peuple de mous, d’ignorants, de paresseux. Si tel était le cas, aucune des luttes qui au long de plus de 500 ans ont été conduites pour conquérir la liberté et pour libérer cinq nations sud-américaines et davantage, n’aurait été menée ; c’est là l’œuvre d’un peuple vaillant, travailleur, d’un peuple qui pense, cultivé et intelligent. Pour que le Venezuela soit une puissance économique, son territoire et son peuple doivent être forts. Caracas a ces possibilités, il y a une voie, un plan unifié.

— Quelle est selon vous la principale potentialité de Caracas ?

— Caracas a une grande potentialité du point de vue des structures organisationnelles que la Révolution a construites, qui sont nombreuses et très diverses. Et grâce à elles nous créons des liens, nous intégrons quiconque aime Caracas et la Patrie. Nous allons y inviter toute personne qui voudra faire de Caracas un espace aimable où nous pourrons nous sentir chez nous, où nous pourrons développer nos propres capacités, afin de construire une Caracas sûre, productive, où la culture, les loisirs et le sport nous aideront à édifier cette culture nouvelle, ce sens commun qu’il nous faut bâtir dans le cadre du socialisme.

— Quels projets avez-vous pour poursuivre la récupération des espaces publics ?

—Jorge Rodríguez, le maire qui m’a précédée, a fait beaucoup pour notre ville et l’effort réalisé dans ce sens a été réellement extraordinaire. Cependant, le travail n’est pas encore terminé car cela requiert une programmation propre à chacun des espaces récupérés afin qu’ils soient en utilisation permanente. Un terrain de sport par exemple, peut avoir beaucoup d’usages, pour des aînés qui s’entraînent, pour des enfants qui s’initient à l’activité sportive, pour des évènements culturels, des réunions de la communauté, des débats… Ces espaces doivent être constamment utilisables, et, naturellement, il faut impliquer la communauté dans leur utilisation. Caracas est une ville universitaire, par exemple, et les jeunes gens de la Unearte pourraient exprimer leurs talents, animer des ateliers, dans un partage avec la communauté. Telle est la vraie « Culture Au Cœur ». Mettre dans ces espaces toute cette potentialité qui existe dans nos universités et parmi nous. Est-ce que vous imaginez –dit-elle le visage souriant- dans l’un ou l’autre de ces espaces nos grands -pères et grand- mères en train de raconter notre histoire. Il faut retrouver la culture orale.

Elle marque une pause et décide de nous raconter une anecdote : « Ma grand-mère Luisa était une indienne Karina, extraordinaire, forte et elle me racontait toujours ses histoires sous le manguier, et je ne vous dis pas tout ce qu’elle me racontait » -ajoute-t-elle tout en lançant un grand éclat de rire complice. – Les vénézuéliens nous sommes des conteurs, nous aimons raconter nos histoires. Ces choses se sont perdues, dans la précipitation de la ville capitaliste, de l’hyperconsommation, de ce machin – elle prend le téléphone portable et plonge les yeux sur l’écran, comme pour envoyer un message- nous avons perdu la véritable Caracas.

— Et quelle est la véritable Caracas à laquelle vous faites référence ?

—Cette Caracas qui, quand elle se lève, a le souci de l’autre, la Caracas solidaire. Cette Caracas elle est là, en attente. Elle n’est pas morte. L’hyperconsommation, la culture capitaliste de l’individualisme nous a fabriqué une société qui nous fait courir tout le temps comme hébétés et il faut combattre cela, car parfois c’est par plaisir, or personne ne peut vivre ainsi pressé en permanence, à ces niveaux d’angoisse qui font que les gens tombent malades et qu’ils veuillent même se battre avec tout le monde. Cela ne permet pas de voir la véritable Caracas, celle qui se retrouve un dimanche et fait une soupe collective. Cette Caracas où d’un rien naît une rumba, une fête, un mauvais tour, un joli boniment. Il faut retrouver cela, voilà la culture de la Paix.

— Quelle est votre plus grande préoccupation?

— La jeunesse. Une des choses qui me préoccupent beaucoup c’est cette tendance destructrice que l’empire nord-américain et la bourgeoisie veulent inoculer chez nos jeunes, avec comme devise « consomme à en mourir ». La jeunesse est une saine préoccupation, non pour les juger mais pour les accompagner car j’ai été jeune moi aussi et j’ai été très révoltée, je suis très reconnaissante à ma famille de ne pas m’avoir laissée seule dans ma période de plus grande révolte. Et avec le reguetón, tous ces hits commerciaux érotiques, et la petite fille qui tombe enceinte, surgit le thème de la sexualité, propre aux jeunes, car aujourd’hui ils sont initiés de plus en plus tôt. Il y a des gens qui ont peur de ce sujet, mais moi, non, rien n’est plus naturel, sans elle l’humanité n’existerait pas. Mais si l’on écoute les chansons c’est presque un retour à l’animalité … qu’est-ce que cela ?… où est passé l’amour, le fait de tomber amoureux ? – demande-t-elle, se plaignant des paroles des chansons de reguetón.- Nous cessons d’être des animaux et redevenons des êtres humains lorsque nous commençons à apprécier chez l’autre la beauté, la capacité à développer le meilleur de moi-même en l’autre, mais il convient au capitalisme que cela se perde. Nous devons dire comme le poète : Il faut lutter pour la joie, pour la beauté, pour l’amour, nous ne pouvons déboucher sur une société de barbares. Nous ne pouvons pas accuser les jeunes, il ne faut pas les laisser seuls – insiste-t-elle, sinon la culture antagonique les avale. C’est pour moi une grande préoccupation car notre pays est jeune. Et cette jeunesse est le futur. Chez nos ancêtres s’occuper des enfants est une affaire collective, cela ne concerne pas que papa et maman, la communauté doit les soutenir et les accompagner et moi, c’est en cela que je crois. Voilà pourquoi c’est mon souci et pour cela on me verra parmi les jeunes.

— Quel est le défi spécifique?

— Nous devons valoriser notre idéologie, nos contenus, notre identité, parce que, parfois, nous ne faisons que reproduire ce qui est étranger, qui nous asservit. Nous devons retrouver et reconstruire notre esthétique … Notre commandant disait que l’homme de la révolution doit être beau, cultivé, soigné, personne de référence, exemplaire. La Révolution est la plus belle chose du monde. Nous devons continuer à fouiller pour retrouver cette Caracas profonde, ce Venezuela profond, qui est capable de faire ce qu’il a fait le dimanche des élections. Au milieu d’une guerre comme celle que nous connaissons, où l’on croirait qu’il n’y a aucun motif pour nous faire bouger, qu’il n’y a rien ni personne à soutenir car nous sommes dans un conflit permanent, la saleté, le ticket de bus, la monnaie … tout un problème et la file en prime, pour s’approvisionner… au milieu d’un machin chaotique … et malgré tout cela le peuple a dit oui, mais c’est la Révolution et non le capitalisme qui va résoudre cela … peut-être n’a-t-elle pas tous les arguments, mais notre peuple sait qu’ils sont en train d’attaquer tout ce que Chavez a fait, afin d’enfoncer Nicolás Maduro… Ce qu’eux ne savent pas c’est que, nous les chavistes, nous sommes têtus et avons de la mémoire. Je suis militante, missionnaire de cette unité extraordinaire qu’il faut nouer sans cesse entre notre direction et notre peuple indissociable, pour l’unité, pour la détermination, pour l’adéquation, pour les enjeux, pour les défis. Nicolás est présent, un homme du peuple, courageux. C’est la plus belle qualité qu’a notre peuple, ils n’ont pas pu nous abattre et ne le pourront pas, ils ne vont pas pouvoir. Je le dis avec ma conviction de femme révolutionnaire, ici il n’y a pas de lâches et personne ne va se rendre.

Dans mon vieux San Juan

Erika est née dans le quartier Los Eucaliptos et jusqu’à quelque temps de là, elle vivait à Capuchinos, deux endroits de la paroisse San Juan. Pour elle, parcourir les rues de Caracas est un plaisir auquel, actuellement, elle s’adonne peu en raison de ses responsabilités politiques. « Je m’en allais de San Juan jusqu’à la Place des Musées, aller et retour à pied. A n’importe quelle heure, et j’étais la personne la plus heureuse du monde. Et cela me manque beaucoup». Le parc naturel Waraira Repano est l’un de ses lieux préférés, non seulement parce qu’il enserre Caracas, mais aussi parce qu’elle le connaît en long et en large car elle y monte depuis l’âge de trois ans quand, avec sa mère, elle allait voir son oncle qui était garde forestier. “Des 5 frères et sœurs, l’aînée et moi- même, gardons ce lien avec Waraira. Je connais presque toutes ses montées et j’y suis restée souvent, en différents moments : joyeux, tristes, méditatifs. Je choisis toujours la montagne. »

Sa façon de se distraire est de voir des films, des séries ainsi que la lecture. Elle dit qu’elle adore les enquêtes policières. Sur la musique, elle nous a dit que ses goûts sont variés, mais lorsque nous lui avons demandé si elle incluait les jukebox elle a éclaté de rire et nous raconta cette anecdote : « J’étais alors ministre des Communes, il était tard, j’étais fatiguée, mais avant d’arriver chez moi, à Capuchinos, je voulais me vider un peu la tête et je suis entrée dans un troquet immonde, tout près. J’hésitai à entrer, mais je me persuadai qu’à cette heure-là personne ne me verrait, alors je suis entrée et j’ai vu qu’il y avait un jukebox, je me suis installée, car il n’y avait presque personne, pour écouter Toña La Negra, la Lupe, Felipe Pirela, Javier Solís… à partir de ce jour, chaque fois que je le pouvais, j’allais faire le vide un petit moment pour « déconnecter un brin ». Sur un ton mélancolique elle se souvient du café Rajatabla. «  Il n’y a pas à Caracas un endroit comme celui-là, il faudrait qu’on rouvre ce bar ! ».

Biographie

La nouvelle mairesse de la Municipalité Libertador de Caracas a été élue le 30 juillet comme députée à l’assemblée constituante pour le District-Capitale. Le 22 septembre le chef de l’Etat l’a désignée comme ministre du Pouvoir Populaire auprès du Bureau de la Présidence de la République. Elle a aussi occupé les portefeuilles ministériels de l’Agriculture Urbaine, celui des Communes et Mouvements Sociaux et a été élue gouverneure de l’état de Cojedes, un mandat exercé de 2012 à 2016. La militante du PSUV (Parti Socialiste Uni du Venezuela) a fait des études de Philosophie à l’UCV et à l’Université Pédagogique Expérimentale Libertador. Elle a été la directrice nationale du Front Francisco de Miranda, organisation politique de la jeunesse vénézuélienne spécialisée dans le travail social. “J’ai commencé à travailler avec le commandant Chávez comme assistante civile. Dans cet espace intime on pouvait percevoir sa qualité humaine, sa capacité à comprendre les personnes et les choses. L’une de ses qualités qui m’a beaucoup marquée ce fut son authenticité, Chávez était ce qu’on voyait, il n’était pas autre chose, affectueux et très juste. Avec Chávez nous avons appris la nécessité de l’étude. « Un cadre révolutionnaire doit être constamment en train d’étudier, il ne peut être une personne superficielle, nous disait-il », se souvient-elle. Comme anecdote Erika nous a raconté qu’une fois quelqu’un l’a fustigée en tant que membre du gouvernement, à quoi, lui, le commandant, lui répondit : « rien de ceci n’est contre toi en tant que personne, c’est la vision révoltée d’un peuple qui un jour s’est dressé contre un gouvernement qui l’a toujours exclus, c’est pourquoi nous nous sommes engagés à écouter notre peuple et à changer la vision qu’il a du gouvernement. Voilà pourquoi nous devons être de plus en plus révolutionnaires. Ce peuple n’a jamais pu parler. Il faut toujours gagner son adhésion afin qu’il nous accompagne aussi fortement qu’il nous critique, car nous sommes convaincus que c’est le gouvernement révolutionnaire lui-même qui va établir les bases de la libération. »

Source : ODRY FARNETANO / CIUDAD CCS, http://ciudadccs.info/entrevista-erika-farias-restituir-poder-al-pueblo-la-caracas-queremos/

Traduction : Michele ELICHIRIGOITY

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Venezuela : pourquoi il est si important d’avoir reconquis électoralement l’état de Miranda

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« Guarimbas », violences organisées par les couches riches à partir des quartiers chics de Caracas. En invisibilisant la majorité populaire et en inversant le montage des news, les médias nous ont fait croire pendant des mois que cette minorité imprégnée de mépris racial et social était le « peuple du Venezuela » et que l’action défensive des forces de l’ordre était une « répression ».

par Ernesto Cazal

Miranda, un état stratégique détenu pendant très longtemps par l’opposition, vient d’élire comme gouverneur le jeune candidat chaviste Hector Rodriguez.

Son prédécesseur, Henrique Capriles Radonsky, dirigeant de Primero Justicia (PJ) et membre de l’oligarchie vénézuélienne, avait tenté pendant des années de s’imposer comme le leader principal d’une droite aujourd’hui en cours d’implosion. Il a été gouverneur de l’état de Miranda pendant deux périodes consécutives (2008-2012 et 2012-2017). Lors de sa défaite aux présidentielles de 2013, le milliardaire refusa le verdict des urnes et demanda à ses partisans de “décharger leur rage” dans la rue. Le soir-même commença une campagne “à la colombienne” : actes de vandalisme, tirs contre des centres de santé, des magasins publics d’alimentation, des médias associatifs, et meurtres de leaders sociaux, souvent motivés par le racisme social. Bilan : 13 morts et plus de 100 blessés. Une répétition à moindre échelle de l’insurrection armée de 2017 qui a fait, elle, près de 200 morts. On sait comment les médias internationaux ont fabriqué la plus grande fake news de l’histoire contemporaine en attribuant les victimes au gouvernement et en faisant croire que celui-ci était la source de la violence.

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L’ex-gouverneur de l’État de Miranda, Henrique Capriles Radonski (à gauche), ici réuni avec l’ex-secrétaire de gouvernement de Pinochet Jovino Novoa à Santiago en 2013. Radonski est impliqué dans le coup d’État meurtrier contre le président Chavez en avril 2002, dans les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 et dans l’insurrection armée de la droite en 2017.

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Capriles avec un des plus grands criminels contre l’humanité, l’ex-président colombien Alvaro Uribe dont le réseau paramilitaire profite des « accords de paix » pour réoccuper les espaces abandonnés par la guérilla et les « nettoyer » des militants sociaux et des défenseurs de droits humains, tout en prêtant main forte aux insurrections de ses alliés de droite au Vénézuéla.

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En avril 2013 déjà, Capriles Radonski appelait ses partisans à « décharger leur rage » dans la rue pour refuser le résultat des élections. Bilan : 13 morts et plus de 100 blessés.

En décernant un “prix Sakharov” à ce type d’opposants, la majorité de droite du Parlement Européen et ses alliés sociaux-démocrates se placent dans l’apologie de nombreuses violations des droits humains, du racisme, de la violence politique et du coup d’État (1). Bien que naturalisé par la concentration privée des médias et l’inféodation croissante aux États-Unis, ce pari persistant sur le « wrong horse » contraste avec la diplomatie équilibrée, prospective et informée de la communauté internationale (Mouvement des Non Alignés, UNASUR, CARICOM, Russie, Chine… jusqu’au Vatican et aux médiateurs officiels tels que l’ex-président espagnol Zapatero). Tous ont condamné les violences et recommandé le retour au dialogue et à la voie électorale. Le Venezuela continue à battre le record mondial en termes de quantité de scrutins puisqu’après l’élection de la Constituante de juillet 2017, et celle des gouverneurs le 15 octobre, viennent les municipales de décembre qui seront suivies en 2018, des présidentielles.

Cette alliance de la droite vénézuélienne avec une extrême droite sous influence du paramilitarisme colombien ne s’exprime pas que dans les violences des cycles insurrectionnels. Depuis des années l’État de Miranda a constitué leur base, avec cellules dormantes infiltrées depuis Bogota par les réseaux de l’ex-président Uribe et mises à couvert dans des grands domaines terriens.

Cet état représente en lui-même un état stratégique pour la stabilité générale de la région centre-nord du Venezuela, car c’est le point par lequel circulent quotidiennement les marchandises et les personnes qui vont de l’est à l’ouest et vice-versa. Des millions de personnes y vivent et y cohabitent et il représente un axe fondamental dans le domaine politique et juridique à cause de la proximité du district de la Capitale où sont réunis les sièges des pouvoirs publics vénézuéliens.

En termes de sécurité nationale, de stabilité économique et de rentabilité politique, la signification de la récupération de Miranda par le chavisme est extrêmement importante. Nous allons voir pourquoi.

La vie économique et la surface

Miranda est traditionnellement un pôle économique très important surtout dans le domaine de l’agriculture, de l’industrie et du tourisme. Au nord, entre les montagnes (comme El Hatillo) et les côtes des Caraïbes comme celles de Barlovento, les visiteurs venus d’autres états et même de l’étranger affluent assez régulièrement. Là et vers l’ouest et le sud de l’état, les fermes, les grands potagers et les grands vergers fournissent les villes et les villages de l’état ainsi que Caracas et d’autres états voisins en cacao, fruits, fleurs, légumes divers et céréales par tonnes.

Les secteurs industriels de la manufacture sont concentrés dans les municipalités où la population est le plus pauvre ou appartient à la classe moyenne basse et qui possèdent, par conséquent, des quartiers populaires comme les « barrios » et des résidences qui n’ont rien d’opulent. Par exemple, les municipalités de Sucre (Petare), Plaza (Guarenas), Guaicaipuro (Los Teques), Cristóbal Rojas (Charallave), Lander (Ocumare del Tuy). C’est précisément dans cette partie de Miranda que le chavisme a augmenté son score et que la majorité a élu Rodriguez gouverneur le 15 octobre dernier.

Le dernier recensement (2011) de l’Institut National des Statistiques (INE) enregistre un nombre d’habitants de plus de 2.600.000 et on estime qu’il y en a 3 millions en 2017. Miranda est l’état le plus peuplé du Venezuela, après le Zulia.

Sur les 21 municipalités qui le composent, quatre appartiennent au District Métropolitain de Caracas: Baruta, Chacao, El Hatillo et Sucre. On appelle habituellement cet ensemble « l’Est de Caracas. » A Baruta, Chacao et El Hatillo résident les gens les plus riches non seulement de l’état mais aussi du pays et c’est ce bloc minoritaire de la population qui, traditionnellement, d’un point de vue de classe, affronte les chavistes, dont la majorité appartient aux secteurs populaires.

396 ans après sa fondation, le “barrio” de Petare est le plus important d’Amérique Latine en termes de population. Comme tout « cordon de misère, » – on appelait ainsi les “barrios” dans les années où les paysans se déplaçaient vers les grandes villes (1960-1970), Petare se dessine entre l’autoroute Francisco Fajardo, l’avenue Boyacá également appelée Côte Mille, des zones opulentes comme les Terrasses d’ Ávila, les centres résidentiels de Palo Verde et du fleuve Guaire, ce qui représente environ 70% du territoire de la municipalité de Sucre.

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Le « barrio » géant de Petare vu du satellite

Petare lui-même est composée de 50 secteurs avec de hauts indices de violence criminelle, de gros problèmes dans les services publics et une population qui, selon l’INE, frôle les 400.000 habitants, c’est à dire environ 46% de la population de la municipalité de Sucre. D’autres estimations non officielles donnent à Petare une population de plus de 500.000 habitants, parmi lesquels les gens non recensés – population étrangère, surtout des Colombiens, des Péruviens et des Chinois.

Beaucoup de reportages, émanant pour la plupart de médias d’opposition, ont montré Petare comme un endroit malsain, ultra-violent et en font retomber la responsabilité essentiellement sur le Gouvernement national. Cependant, lorsque Carlos Ocariz était maire de la municipalité de Sucre (2008-2017) et Henrique Capriles gouverneur de Miranda, tous 2 dirigeants du parti d’extrême droite Primero Justicia, les indices de délits ont grimpé fortement, une donnée que les médias anti-chavistes ne mentionnent pas.

L’importance de ce quartier populaire ne réside pas seulement dans le nombre de ses habitants ni dans la para-économie qui se développe en son sein, ni dans la violence criminelle ou dans les illégalités organisées, mais aussi dans sa domination stratégique territoriale.

Les relations de l’est et de l’ouest avec le nord du Venezuela

Alors que Petare constitue un lien direct vers l’est du pays et représente la principale issue vers Guarenas, Santa Lucía et l’est du pays, la capitale de l’état de Miranda (Los Teques) en constitue un vers l’ouest. Des milliers de personnes circulent tous les jours sur les couloirs centraux de la région, entre les montagnes, pour aller d’un côté à l’autre du Venezuela ou pour travailler dans les différents centres (commerciaux, industriels, agro-alimentaires, touristiques) qui constituent la vie économique de ce territoire.

Les voies de communication ont été pensées pour le transport des marchandises et des personnes des villes et des villages de l’état de Miranda vers le centre urbain de Caracas où travaillent et font du commerce la plupart des habitants de Miranda.

Ces routes servent aussi de communication directe et relativement rapide entre les états voisins de Miranda et de Caracas. Ce facteur est important pour comprendre le scénario des violences de bandes paramilitaires.

Les corridors paramilitaires et leurs relations avec des dirigeants de l’opposition à Miranda

La capture et le démantèlement de groupes, d’individus et de campements impliqués dans des activités criminelles par les corps de sécurité et du renseignement de l’État vénézuélien ont été la preuve la plus évidente.

Même si les groupes criminels ont commencé à agir dès 2002 dans l’état de Miranda, il leur a été facile de s’étendre à cause de la permissivité (et souvent de l’implication) de l’ex-gouverneur Radonsky et d’autres membres de la direction de l’opposition.

En 2015, lors du démantèlement de la bande criminelle paramilitaire « Gamma » qui opérait à Dolorita, municipalité de Sucre, Gustavo González López, alors Ministre de l’Intérieur, expliquait : « le para-militarisme est, à la base, une réponse, une structure de l’élite économique, de l’élite financière, de l’élite politique, qui cherche à reprendre le pouvoir par n’importe quel moyen ou de n’importe quelle façon. »

L’assassin de Liana Hergueta, José Pérez Venta, qui fut aussi un militant de Volonté Populaire (VP), a admis en août 2015 avoir reçu un entraînement paramilitaire à Cúcuta (Colombie) sur instructions d’Antonio Rivero. Henrique Capriles, alors gouverneur de Miranda, a été impliqué par ce même Pérez Venta dans des délits en territoire vénézuélien.

En octobre de cette année, González López a informé que 10 paramilitaires qui, d’après lui, faisaient partie d’une bande qui faisait le trafic de drogues de la Colombie vers les îles des Caraïbes et l’Afrique, avaient été capturés dans une grange à los Valles del Tuy : « Les liens sont confirmés par les trafiquants de drogues arrêtés. »

González López a informé sur son compte Twitter en avril 2016 que les corps de sécurité de l’Etat ont détecté et affronté des commandos installés dans des « campements de structure paramilitaire improvisés » dans les municipalités de Páez et d’Andrés Bello, à Barlovento.

En juillet 2016, González López a assuré que l’états-unien Joshua Holt et sa compagne vénézuélienne avaient transformé leur appartement en une véritable planque d’armes militaires à fins privées, et se trouvaient en relation avec des acteurs qui ont impliqué le gouverneur de Miranda. Nous écrivions alors: « (…) le rôle que joue l’opposition vénézuélienne dans cette infiltration d’agents des forces spéciales (comme Holt) a été révélé par le ministre González López suite à la perquisition des services de renseignement et des services de sécurité : « Selon les investigations, les 2 individus ont établi « une relation par internet au contenu  suspect. » Quelques mois plus tard, ils se sont rencontrés en personne en République Dominicaine et 5 jours après l’arrivée de l’états-unien au Venezuela, et sont mariés à la Mairie de la municipalité de Sucre de l’état de Miranda gouverné par Carlos Ocariz du parti Primero Justicia. (..)»

Dans une conférence de presse, à propos de l’affaire Holt, González López avait décrit le paramilitarisme au Venezuela de cette façon : « Cette façon d’agir correspond à des activités propres à des bandes criminelles de paramilitaires qui s’installeraient en territoire vénézuélien avec la protection de secteurs de l’opposition dont la stratégie est le rapprochement avec ces organisations criminelles pour exécuter des activités terroristes en utilisant diverses façades. »

Les informations obtenues montrent l’existence de corridors dans les environs de Petare (La Dolorita, municipalité de Sucre) qui débouchent sur Barlovento, c’est à dire, depuis l’est de Caracas pour arriver à l’est de l’état de Miranda et un autre qui avait comme point central los Valles del Tuy et débouchait au sud de Miranda. Tout cela entre les montagnes, les confluents fluviaux et les installations agricoles : ce qu’on appelle les « raccourcis clandestins», loin de la présence de l’Etat mais proches des yeux des policiers municipaux et des policiers du gouvernement de de l’opposition.

Il faut souligner aussi que le corridor qui part du nord, de la municipalité de Sucre vers los Valles del Tuy débouche au sud et au sud-ouest ainsi que d’autres corridors qui ont déjà été démantelés par l’Etat vénézuélien où opéraient les bandes « d’El Juvenal » et « d’El Picure », des clones de Pablo Escobar à Guárico et à Aragua.

« L’Est de Caracas » : capitale de la “révolution de couleur” au Venezuela

En termes d’anti-politique, les manifestations violentes de l’anti-chavisme entre avril et juillet de cette année ont été l’apogée « naturelle » des expressions de l’opposition dans les zones les plus riches de l’état de Miranda. Les municipalités de Chacao, Baruta et Sucre, en plus des Hauts de Miranda (là où sont concentrées les classes hautes et moyennes, minoritaires au Venezuela) ont été le théâtre des violences les plus importantes organisées par la table de l’Unité Démocratique (MUD), à l’exception des états frontaliers avec la Colombie.

Les marches, les protestations, les troubles, les attaques d’administrations de l’Etat, les sit-in, les barrages de rues, les sabotages de services publics, parmi les tactiques violentes utilisées par les révolutions de couleur destinées à conduire à une insurrection armée, ont été utilisées pendant les 3 mois de 2017 dans diverses municipalités de Miranda dont les habitants ont souvent été les otages.

Les classes les plus hautes de la société sont toujours les commanditaires les plus actives dans ce genre de manifestations, où que ce soit. Au Venezuela, ce sont les plus réactives aussi bien à ce que représente le chavisme en tant que culture radicale et politique qu’à ce que le gouvernement Bolivarien fait en dirigeant l’Etat.

L’ex-gouverneur de Miranda, Henrique Capriles incarne, par sa situation sociologique, cette haine et cette violence de classe. Avec la complicité des corps de police de ces municipalités et  la Police de Miranda (Polimiranda), l’opposition vénézuélienne a réussi des choses qui, s’il n’avait pas été gouverneur de l’état, auraient été un peu différentes. La même chose est arrivée en 2014, au moment de la mise en place du plan « La Sortie » de Leopoldo López et de María Corina Machado.

Auparavant, en mai 2016, la Police de Chacao (Polichacao) a dû être reprise en main par le Ministère de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix à cause de la découverte d’un réseau interne de tueurs à gages impliquée dans divers délits déjà jugés, y compris l’assassinat politique du journaliste chaviste Ricardo Durán. En outre, des membres de la police ayant des liens avec l’opposition ont soutenu les actions de mercenaires et des manifestants violents.

En juin 2017, dans le cadre de cette révolution de couleur manquée qui a essayé d’organiser un coup d’Etat contre le Gouvernement du Président Nicolás Maduro et a même encouragé une intervention étrangère des Etats-Unis, le ministre Néstor Reverol a officialisé le contrôle de Polimiranda à cause de l’existence « d’éléments suffisamment convaincants qui impliquent la participation de fonctionnaires (de ce corps de police) à des violations des droits de l’homme et à des réseaux de délinquants. »

A son tour, la négligence du gouvernement de Miranda vis-à-vis de la stabilité et la sécurité des citoyens, s’est exprimée dans l’inéligibilité de Capriles à des charges publiques pendant 15 ans pour faits de corruption et autres irrégularités administratives.

Avec l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), la stabilité politique est revenue et a mis un terme à la stratégie de l’insurrection de l’anti-chavisme. Cela a ouvert la voie à l’organisation des élections régionales qui ont vu dans l’état de Miranda la défaite du candidat d’opposition Carlos Ocariz et la victoire du chaviste Héctor Rodríguez. Cette victoire permet de restaurer la paix et de reprendre la lutte contre la forte insécurité locale. Un territoire de moins pour le secteur putschiste de la droite.

Note : (1) Sur les violations des droits humains commises par cette opposition, on peut lire notamment « la rage raciste de l’extrême droite vénézuélienne »https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/05/24/la-rage-raciste-de-lextreme-droite-venezuelienne/ et « Venezuela: la presse française lâchée par sa source ? » : https://venezuelainfos.wordpress.com/2015/08/04/venezuela-la-presse-francaise-lachee-par-sa-source/

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Le jeune candidat chaviste Hector Rodriguez, ici en campagne, a gagné son pari de vaincre l’oligarchie locale de Miranda dans les urnes. Ci-dessous, après la victoire – au festival de théâtre de Los Teques et à l’inauguration d’un point d’approvisionnement d’eau désalinisée.

Source: http://misionverdad.com/LA-GUERRA-EN-VENEZUELA/por-que-es-importante-que-el-chavismo-haya-recuperado-el-estado-miranda

Traduction: Françoise Lopez pour Bolivar Infos

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« Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela »

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Emma ORTEGA, agricultrice installée dans l’Etat d’Aragua, été élue le 30 juillet dernier comme députée pour le Secteur Paysans et Pêcheurs à l’Assemblée Nationale Constituante (ANC). La télévision alternative Alba TV a eu l’occasion de discuter avec elle à propos l’importance de la Loi sur les Semences conquise par la Révolution, du quotidien des femmes paysannes au Venezuela et des difficultés que rencontre le gouvernement bolivarien dans la mise en place des conditions devant mener à la souveraineté alimentaire selon le modèle communal.

Les semences et les transnationales

Pour Emma Ortega, la Loi sur les Semences qui interdit les OGM et défend les semences autochtones « est non négociable », il faut profiter de l’Assemblée Constituante pour lui donner pleinement un rang constitutionnel « en raison de l’autonomie que représente pour le pays le fait de disposer de ses propres semences ». Selon elle, après l’engagement dans une politique orientée vers la préservation de nos semences avec la création d’instances comme l’Institut National de Recherche Agricole ou l’Institut National de Santé Agricole Intégrale (INSAI), le moment est venu de lever le rideau sur le fait que nous restons dépendants de sociétés productrices de semences capitalistes : « les transnationales sont présentes dans nos structures gouvernementales, ce qu’il faut dénoncer, car leur intérêt est de soutenir le modèle capitaliste et agro-industriel dans nos campagnes ».

Si notre politique agricole est basée sur l’agriculture verte, « il est indubitable que Monsanto reste dans les coulisses pour influencer nos décisions et c’est ce qu’il faut dénoncer, Monsanto doit faire ses valises et quitter le Venezuela. On nous dira probablement que nous ne disposons pas de substituts, mais nous les avons, ils sont là, connus de la population et des techniciens qui ne sont pas rivés à une politique agricole dans laquelle le paysan ne fait que fournir la matière première à ceux qui la transforment ».

La politique agricole appliquée jusqu’à présent est fragmentée, nous devons systématiser une agriculture qui n’aurait pas seulement à voir avec des kilos et des quintaux mais aurait un rapport directe avec les acteurs (trices) sociaux(ales), le processus de production et ses implications « .

C’est pourquoi il faut valoriser la vie des paysans et des habitants des campagnes, garantir leur entière sécurité -pas seulement physique mais aussi sociale – en leur offrant une infrastructure de soutien à la production agricole , »depuis des routes jusqu’à l’électricité, des centres de collecte, de transport, tout cela faisant partie des investissements devant être faits dans l’agriculture paysanne pour consolider les espaces qu’occupe la paysannerie ».

Malgré ces contradictions, Ortega fait remarquer que les étalages des rues des villes sont remplis d’auyamas (potirons), piments doux, de tubercules comme l’ocumo, la yucca, de poivrons et de tomates. « Une production existe dans le pays, la paysannerie est présente, ce sont les aliments liés à l’agro-industrie qui nous posent problème ».

Elle s’interroge sur le fait qu’au cours de visites dans des régions comme Calabozo dans l’Etat de Guárico, elle a observé qu’il s’y produit bien du riz, mais que celui qui est commercialisé est importé. « Se pourrait-il que notre riz soit mis en sacs importés et ainsi vendu plus cher? »

« Ils naissent à la campagne et meurent dans les villes »

Selon elle, les lacunes de notre politique agricole et le fait de ne pas offrir d’opportunités aux jeunes couples paysans favorise leur déplacement vers les villes où ils finissent attrapés dans les rets de la délinquance. Lorsqu’ils doivent s’éloigner à cause d’un conflit ou d’un délit qu’ils ont commis, ils se réfugient de nouveau à la campagne, dans des endroits dont ils connaissent la territorialité et comment s’y meut l’économie. Et ce sont eux qui pillent et violent, « ce sont des délinquants ruraux pour ainsi dire ».

« Je croyais que c’était nous, les femmes, qui étions les plus lésées, mais ce sont finalement les jeunes dont l’espérance de vie est de 24 ans à peine dans cette dynamique qui les fait naître à la campagne pour mourir dans la délinquance », dit Emma. Pour elle, la « Gran Mision Vivienda Venezuela » (Grande Mission Logement Venezuela) est admirable, bien que trop centrée sur les villes ; elle devrait aussi s’étendre dans aux campagnes à travers des programmes ruraux afin de remédier à l’exode des jeunes couples paysans.

« Quand les femmes vont de l’avant, aucun homme ne recule »

Ortega rappelle que la titularisation des terres est transversale à l’économie, le politique et le social, domaines dans lesquels les femmes sont théoriquement les premières concernées, mais la loi donne la priorité aux femmes chefs de famille, laissant en marge des milliers de femmes paysannes qui vivent en union libre; de fait ou consensuelle, car lors de l’enregistrement, c’est l’homme qui finit par devenir le seul titulaire des terres au vu de sa carte d’identité où il apparaît comme célibataire. Elle considère tout aussi nécessaire d’établir une titularisation commune entre l’homme, la femme qui travaille aux champs et leurs enfants.

Vidéo de l’entrevue intégrale :

Source : http://www.albatv.org/Monsanto-debe-empezar-a-hacer-sus.html

Traduction : Frédérique Buhl

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Venezuela: Révolution bolivarienne de B à M #3

Le jeu des sept différences

Il faut savoir un gré infini à @Filip__FI, ce lycéen de la France Insoumise, pour la leçon de journalisme qu’il nous donne depuis peu sur son Blog http://bit.ly/2wcvsiZ. Jean Lacouture définissait le journaliste comme « l’historien du présent » et c’est bien ce qui fait défaut à nos zombies des médias : aider le citoyen lecteur, auditeur ou téléspectateur à comprendre le présent à travers l’examen vivant du passé.

Pour bien comprendre l’univocité scandaleuse des médias actuels contre un processus démocratique qui a vu une énorme participation populaire répondre pacifiquement à trois mois d’insurrection armée de la droite, et où des militants de tous bords veulent élargir les droits citoyens en portant leurs propositions à la discussion de la constituante, on doit prendre en compte la disparition du pluralisme suite au rachat généralisé par les milliardaires, l’inculture crasse des écoles de journalisme réduites à l’enseignement du formatage, l’alliance du carriérisme et du conformisme chez d’ex-pigistes, la peur de se retrouver seul et de perdre des lecteurs, la droitisation des sociétés européennes, etc… mais il y aussi l’histoire profonde d’une Europe encore prisonnière de son histoire de domination. Se rappeler par exemple qu’il y a 200 ans des gazettes et agents nord-américains traitaient déjà Bolivar de « César assoiffé de pouvoir ». Ou comprendre que la politique Sud-Sud du président Chavez, visant à unifier l’Amérique Latine et à la rapprocher de l’Afrique, souvent décriée à cause de rapports avec l’Iran ou la Libye, s’inspirait en réalité de la vision de Bolivar del « Equilibrio del mundo » et de la célèbre conférence de Bandoeng de 1955 où pour le dire avec Lacouture, « les damnés de la terre réinventèrent le monde« . Cette conférence réunissait pas mal de tyrans aux côtés de chefs d’État plus démocrates du Tiers Monde mais nul historien ne conteste qu’elle marqua une étape décisive dans l’émancipation post-coloniale des peuples du Sud.

Thierry Deronne, Caracas, juillet 2017

Episode 3: La révolution bolivarienne sous Chavez, par @Filip__FI

Nous voici à présent lancés dans le cœur du sujet. Rebondissements après rebondissements, la révolution bolivarienne prend enfin forme. Afin de rester dans le cadre d’un article de blog, il est évident que je ne peux étudier avec vous tous les aspects de la Révolution sous Chavez (même s’il se peut que je déborde un peu après Chavez par moment). En revanche, ce qui va suivre tente de faire une synthèse à la fois détaillée, mais aussi simple et accessible de tous. Certains aspects ne seront peut-être pas approfondis, mais l’espace commentaire est évidemment ouvert aux questions si vous le souhaiter.
Mais je vous rassure, on va déjà aller beaucoup plus en profondeur qu’un article de l’Express ou de Libération…
 © Filip FI © Filip FI

I. Une nouvelle constitution

Comme promis, après avoir prêté serment sans conviction sur la constitution de la IVème république, Chavez entame la rédaction d’une nouvelle constitution par le biais d’une Assemblée Nationale Constituante. La République du Venezuela devient République bolivarienne. Changement de nom, changement de ton. Voyons ce que définie cette assemblée pour le pays.

Dans la nouvelle constitution, quatre axes fondamentaux de la société vénézuélienne sont redéfinis:

  • Sur le plan institutionnel, l’accent est mis sur la démocratie participative. La nouvelle organisation politique de la société permet au peuple de s’impliquer davantage dans la gestion des affaires publiques. Les assemblées de citoyens et citoyennes voient le jour, et le recours au référendum devient beaucoup plus fréquent1. Les référendums peuvent être consultatifs, sur des questions d’intérêt général, abrogatoires, pour adopter une loi que le parlement refuse, ou encore révocatoire, pour destituer un élu allant du maire au président de la République. La constitution en elle-même est née de la consultation du peuple, par l’intermédiaire de l’ANC.
  • La nouvelle constitution marque aussi l’apparition de nouveaux droits fondamentaux pour les vénézuéliens. Ainsi, tout vénézuélien a désormais le droit à des soins médicaux gratuits et de qualité2, une éducation gratuite y compris dans l’enseignement supérieur3, et un environnement sur, sain et écologiquement équilibré4. Un chapitre entier est également consacré aux droits des peuples et communautés indigènes5. Leur existence et leurs us et coutumes sont désormais reconnus et protégés par la constitution.
  • La séparation des pouvoirs est elle aussi redéfinie. On compte désormais cinq branches parmi lesquelles le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais aussi le pouvoir électoral chargé de la bonne tenue des élections (sous contrôle du Conseil National Électoral), et le pouvoir citoyen, regroupant au sein du Conseil moral républicain, le défenseur du peuple, le procureur général de la République (fiscal general en espagnol) et l’inspecteur général de la République6.
  • Enfin, en matière économique, on note que la constitution garantit la totale souveraineté de l’Etat sur l’industrie pétrolière et son entreprise PDVSA7. Quand on sait que l’or noir représente 96% des exportations du pays, le monopole de l’Etat sur sa production n’est pas anodin, il vise à garantir la « souveraineté économique et politique » du pays.

Après validation populaire par référendum le 15 décembre 1999, le 20 décembre la nouvelle constitution est adoptée.

Un homme brandit la constitution de 1999 lors d'une mobilisation chaviste (photo non datée)Un homme brandit la constitution de 1999 lors d’une mobilisation chaviste (photo non datée)

 

En 2007, Chavez a annoncé vouloir modifier 33 articles de la constitution. Cette décision provoque un tollé médiatique international.
Le projet de réforme constitutionnel prévoit notamment de limiter la durée quotidienne de travail à six heures (36 heures hebdomadaires), d’interdire aux employeurs le fait d’obliger leurs salariés à effectuer des heures supplémentaires, de multiplier le nombre de conseils communaux, de supprimer l’autonomie de la banque centrale pour allouer plus de fonds aux programmes sociaux ou encore de distribuer les terres non productives aux paysans. Vous vous doutez bien que ce n’est pas ce genre de réformes sur lesquelles les médias vont s’attarder.

Chavez tenant la constitution de 1999 (droite) et la nouvelle (gauche) si la réforme constitutionnelle est approuvée © AFPChavez tenant la constitution de 1999 (droite) et la nouvelle (gauche) si la réforme constitutionnelle est approuvée © AFP

 

La réforme prévoit également d’abolir la limitation du nombre de mandats dans le temps et d’élargir à sept ans la durée d’un mandat présidentiel. Diantre! Il y a là la preuve évidente du caractère dictatorial de cet homme! Une campagne médiatique de grande ampleur est engagée pour dénoncer « l’autoritarisme » présumé de Chavez. Une hypocrisie d’une ampleur risible.
Le projet en lui-même n’est pas imposé au pays. Il est d’abord soumis au vote de l’assemblée nationale puis à celui du peuple par référendum. L’opposition avait boycotté les législatives de 2005 et se plaint de ne pas pouvoir agir sur cette réforme. Drôle de situation non?
Deuxième hypocrisie, encore plus risible celle-ci. On ne parle évidemment pas de l’ensemble de la réforme dans les médias, mais seulement de l’abolition de la limite du nombre de mandats8. On y voit la volonté d’un homme de s’accrocher au pouvoir. Risible encore une fois, quand on sait que l’on peut rester éternellement au pouvoir à condition d’être élu dans bon nombre de pays européens comme le Royaume-Uni, le Portugal, l’Italie, l’Allemagne ou encore…la France.

Vous voulez la fin de l’histoire? Le projet de réforme de la constitution est refusé par référendum le 2 décembre 2007 à 51% de « non ». Chavez reconnait le résultat et s’y soumet, tel un vrai dictateur pas vrai?

II. Des débuts difficiles | Coup d’état de 2002

La révolution met du temps à s’impulser et connait des débuts difficiles. Le prix du baril avait chuté et avait entraîné une forte récession durant l’année 1999. Chavez a réagi en s’accordant avec les pays de l’OPEP pour faire remonter le prix du baril, signant ainsi le grand retour du Venezuela au sein de l’OPEP.

A la crise économique due au pétrole s’ajoute également des déstabilisations politiques venant de l’opposition et des Etats-Unis. Après avoir re-nationalisé PDVSA en accord avec la constitution, Chavez s’attire évidemment les foudres de Washington qui profitait jusqu’alors d’un pétrole bon marché. L’opposition et la Maison Blanche peinent à reconnaître le caractère légitime de la présidence de Chavez et de la nouvelle constitution.
Chavez est également freiné dans sa volonté de réformes sociales par une corruption et un système capitaliste bien encré dans toutes les sphères de la société. C’est ainsi que le 11 avril 2002, un coup d’état ouvertement soutenu par Washington, une bonne partie de l’opposition et par les médias privés, est fomenté contre lui. Le récit de ce coup pourrait être le scénario d’un film hollywoodien par son déroulement aussi tragique qu’extraordinaire. Je vous en fait une petite chronologie ici:

  • 7 avril 2002: Chavez licencie des cadres dirigeants de PDVSA. Malgré la nationalisation, l’Etat peine à contrôler totalement l’entreprise pétrolière et Chavez tente d’y remédier.
  • 9 avril: Le syndicat CTV et le syndicat patronal Fedecamaras organisent une grève générale de 24h.
  • 11 avril: L’opposition organise une manifestation (200 000 personnes) à Caracas exigeant le départ du président Chavez élu démocratiquement. La manifestation ne suit pas le parcours prévu et se dirige vers le palais présidentiel de Miraflores. L’opposition, soutenue par les médias privés cherche la confrontation avec la contre-manifestation chaviste rassemblée autour du palais. Des heurts éclatent, des snipers inconnus tirent sur la foule tuant chavistes comme anti-chavistes (sept d’entre eux seront arrêtés, on les soupçonne d’être directement envoyé par la CIA qui n’en est pas à son premier coup d’essai en Amérique latine), un détachement de l’armée menace de faire « sauter le palais » si Chavez ne renonce pas. Chavez est emmené et séquestré sur une base militaire. Pedro Carmona, président du syndicat patronal Fedecamaras et fervent opposant à Chavez, est auto-proclamé président de la République et fait abolir la constitution de 1999.
  • 13 avril: les vénézuéliens issus des quartiers populaires majoritairement, descendent dans les rues par milliers exigeant la libération de Chavez et son retour à la présidence du pays. Aidé par certains militaires et la garde présidentielle, le palais de Miraflores est repris, Chavez est libéré et revient en héros.
Le peuple devant le palais présidentiel exige la libération de ChavezLe peuple devant le palais présidentiel exige la libération de Chavez

Ce coup d’état qui aura destitué Chavez durant 48 heures va renforcer considérablement sa réputation.
Avant de passer à la suite, je voudrais vous donner une liste de noms que je vous sommes de retenir: Julio Borges, Leopoldo Lopez, Henrique Capriles ou encore Globovision, Venevision, RCTV, Televen, El Nacional, Ultimas Noticias, El Universal, TalCual. Ce sont là des noms de personnalités politiques ou de médias qui ont soutenu le putsch contre un président démocratiquement élu et qui pour la plupart sont encore actifs aujourd’hui. Tachez de vous en souvenir. On reparlera de certains d’ailleurs dans le prochain article.
Je lance d’ailleurs ici un appel à ce que l’on élargisse cette liste de noms le plus possible (en commentaire de cet article ou sur les réseaux sociaux avec des sources, je rajouterais les noms à la liste ci-dessus ou j’en ferais un article à part s’il y en a assez).

Reprenons. Malheureusement, le coup d’état ne suffit pas à l’opposition. Une grève générale de PDVSA est organisée pendant pratiquement deux mois entre 2002 et 2003. Il y a là une volonté de sabotage de l’industrie pétrolière qui en restera affectée sur sa productivité notamment.

III. D’importantes et impressionnantes avancées sociales

Malgré des débuts difficiles, une fois la révolution réellement lancée, les progrès sociaux vont être impressionnants. Faire l’impasse dessus lorsque l’on parle de la révolution relève clairement de la malhonnêteté intellectuelle.

Les missions bolivariennes (misiones en espagnol) sont une série de programmes sociaux développés au Venezuela depuis 2003 et qui continuent encore de nos jours pour la plupart d’entre-elles (certaines ayant atteint leur but, elles ont pris fin). Les volontés de changements étaient jusque là compromises par, non seulement une opposition néolibérale antidémocratique, mais également par un appareil d’Etat gangrené par une corruption structurelle. Les missions répondent directement à cela par l’implication directe des citoyens dans la gestion public, en continuité avec la démocratie participative prônée par la constitution.

Chaque année, les missions sont rééditées pour répondre à des exigences différentes. Elles traitent chacune d’un ou plusieurs problèmes spécifiques, comme la lutte contre la pauvreté et l’extrême pauvreté, l’éducation, la santé ou encore l’analphabétisme. Elles sont réalisées grâce à des citoyens bénévoles accompagnés de certaines institutions comme les universités ou bien les entreprises publics. Leur financement est en grande partie lié aux excédents de PDVSA, elles sont donc grandement dépendantes de la prospérité de l’industrie pétrolière vénézuélienne, ce qui pose d’autres problèmes que l’on verra plus tard.

Voyons deux exemples de missions très populaires :

  • La mission Robinson a pour objectif d’éradiquer l’analphabétisme. Créée en 2003, il aura fallu seulement deux ans pour qu’en 2005, l’UNESCO proclame le Venezuela, territoire libre d’analphabétisme9.
Hugo Chavez en 2003 lors d'une cérémonie de remise de diplômes dans le cadre de la mission d'alphabétisation Robinson © Maiquel Torcatt NVENPRESHugo Chavez en 2003 lors d’une cérémonie de remise de diplômes dans le cadre de la mission d’alphabétisation Robinson © Maiquel Torcatt NVENPRES

 

D’autres missions concernant l’éducation ont vu le jour avec chacune leur spécificités et particularités comme la mission Sucre ou la mission Ribas.

  • La Gran Mision Vivienda (Grande Mission Logement) consiste elle à charger l’Etat de la construction de logements dans le pays. Créée en 2011, elle est probablement la plus impressionnante en terme d’efficacité. L’année même de son lancement, 146 718 maisons ou appartements ont été construits, 200 080 en 2012, 200 370 en 2013, 126 503 en 2014 et 326 329 en 2015, pour un total de un million de logements en cinq ans10. Pas mal non? Et ce ne sont pas des logements dans un environnement désertique, ils sont accompagnés d’espaces verts, d’aires de jeux et d’espaces prévus pour les activités sociales, culturelles ou sportives.
Inauguration de logements dans le cadre de la Gran Mision Vivienda en 2016Inauguration de logements dans le cadre de la Gran Mision Vivienda en 2016

 

Il existe plus d’une vingtaine de misions actives au Venezuela. Je vous donne quelques chiffres significatifs qui illustrent bien leur impact sur la situation sociale du pays:

  • L’espérance de vie est passée de 72 ans en 1998 à 75 ans en 201411.
  • L’indice de développement humain est passé de 0,699 en 2000 à 0,764 en 201312.
  • Entre 1998 et 2013, l’accès à l’eau potable a augmenté de 15%13.
  • Entre 1999 et 2014, le chômage est passé de 11% à 5,6%14.
  • Le nombre d’établissements de santé est passé de 4 957 en 1998 à 13 372 en 2014. Autrement dit, 8 415 établissements de santé ont été construits en 16 ans15.
  • L’accès à l’éducation secondaire a augmenté de 27,1%16.

IV. Intégration américaine

L’exemple de la révolution bolivarienne a poussé d’autres peuples d’Amérique du sud à se révolter démocratiquement, et différents gouvernements de gauche ont vu le jour après l’arrivée de Chavez. Parmi eux, dans leurs diversités politiques, on peut citer ceux de Lula da Silva au Brésil et Nestor Kirchner en Argentine en 2003, de Tabare Vazquez en Uruguay en 2005, de Evo Morales en Bolivie en 2006, de Rafael Correa en Equateur en 2007, ou encore de Michelle Bachelet au Chili en 2014. Chaque gouvernements possèdent leurs propres caractéristiques et ne se revendiquent pas forcément du « socialisme ».

Lorsque Chavez arrive au pouvoir, l’Amérique latine est loin d’être le continent unifié dont rêvait Bolivar. La seule organisation à vocation réellement continentale est l’OEA (Organisation des Etats Américains), mais l’emprise de Washington sur celle-ci est conséquente. Cuba y était encore exclu jusqu’à il y a peu. Les Etats-Unis rêvaient également d’étendre leur libre-échange à échelle continentale à travers l’ALCA principalement.

C’est ainsi que vont voir le jour différentes organisations, dont le Venezuela de Chavez va participer activement à leur création. On peut notamment citer l’UNASUR (2004) comme alternative à l’ALCA (et l’OEA dans une certaine mesure), la CELAC (2010) comme alternative à l’OEA, ou encore la fameuse ALBA (2004).

Logo de l'ALBALogo de l’ALBA

 

 

Parlons un peu de cette ALBA. Cette organisation de coopération voit le jour en avril 2005 avec un accord entre Cuba et le Venezuela selon lequel le pays envoie du pétrole à Cuba en échange de médecins (Cuba étant le pays avec le plus de médecins au km²). Progressivement, d’autres pays vont rejoindre l’organisation parmi lesquels notamment l’Equateur, la Bolivie, et huit autres pays. L’ALBA met l’accent sur la solidarité, la complémentarité, la justice, et la coopération latino-américaine, selon ses propres mots17. Contrairement à ce qui a pu être dit par certains, l’ALBA n’est en aucun cas une alliance militaire, mais avant tout une coopération économique. Il est cependant vrai de dire qu’elle a un caractère politique plus prononcé que d’autres organisations comme l’UNASUR ou la CELAC. L’organisation s’oppose explicitement à l’impérialisme nord-américain et refuse les logiques d’accaparement des richesses au détriment d’autres peuples. A vous de juger si ces intentions sont louables.

V. Naissance du PSUV

Je rajoute cette petite partie pour préciser que, jusque ici, le parti politique dirigeant cette révolution est toujours le Mouvement Cinquième République créé en 1997. Seulement, il vieillit et rien que son nom n’est plus d’actualité. C’est ainsi que le 14 mars 2008 est créé le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV). Il se fonde par une fusion du Mouvement Cinquième République et de cinq autres partis. Notons que le Parti communiste (PCV) a cependant décidé de rester à l’écart bien qu’il soutienne le président Chavez.

Logo du PSUVLogo du PSUV

 

En 2012 voit le jour un Grand Pôle Patriotique, coalition politique autour du PSUV, qui regroupe plusieurs partis politiques soutenant la révolution bolivarienne, dont le PCV.

VI. Censure des médias au Venezuela? Ça dépend de quel point de vue…

Alors là, c’est une question sensible. Chavez a-t’il muselé la liberté d’expression au Venezuela? A en croire nos médias, c’est irréfutable. A en croire les faits, absolument pas.
Le « problème » de la liberté d’expression au Venezuela n’en est pas un, il ne faut pas avoir peur de le dire, c’est une fable, destinée à détourner le regard des avancées sociales de la révolution. Jamais Chavez n’a empêché la critique de s’exprimer. En réalité, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Pour vous donner une idée, je vous invite à lire l’excellent article de Thierry Deronne de 2015 qui explique très bien cette farce (à voir en bas de page). Je vais vous donner quelques éléments mais j’insiste pour que vous alliez le lire si vous n’êtes pas convaincus par ce qui va suivre.

La grande majorité des médias vénézuéliens sont critiques à l’égard du chavisme, et pour cause, en 2014, sur 2896 médias, 80% d’entre-eux étaient des entreprises privées. La vérité, c’est que un des problèmes du chavisme est de ne pas arriver à diffuser de façon massive ses informations auprès de la population. Les chaînes de télévision et les journaux en majorité privés donc, ne cessent de diffuser des informations contre le gouvernement, et très rarement l’inverse. En 2014, 85% des audiences radios et TV étaient réalisées par les médias privés, contre 12% seulement par ceux du public, et 3% par les médias communautaires.
En 2005 a été lancée la chaîne Telesur à l’initiative de Chavez, en coopération avec d’autres pays latino-américains, dans le but justement de contrer l’hégémonie du privé sur l’information, mais c’est loin d’être gagné.
Pire encore, lors du coup d’Etat de 2002, c’est bien l’opposition qui a pris possession de la seule chaîne TV relaie du point de vue chaviste à cette époque, à savoir VTV sur le Canal 8, et qui en a coupé le signal. Cette même chaîne TV a encore récemment été attaquée par des groupes violent d’opposition qui y ont mis le feu, et combien d’autres exemples d’attaques contre la liberté de la presse venant de l’opposition peut-on citer. Tiens donc, les rôles de l’oppresseur et de l’oppressé seraient-ils en réalité inversés?

Scène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne: la dirigeante d’extrême-droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « bâillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela. © Photo tirée de l'article de Thierry DeronneScène de la vie quotidienne sous la dictature bolivarienne: la dirigeante d’extrême-droite Maria Corina Machado, impliquée dans plusieurs tentatives de coup d’État depuis 2002, explique aux médias « bâillonnés » qu’il n’y a pas de liberté au Venezuela. © Photo tirée de l’article de Thierry Deronne

 

Donc oui, c’est bien une question de point de vue. D’un côté, celui de ces médias privés (vénézuéliens mais aussi la presse internationale qui reprend en chœur) qui inventent leur propre répression, et de l’autre, celui des chavistes qui tentent tant bien que mal de dénoncer la supercherie et de mettre en avant les réussites de la révolution. Oui, il y a bien une censure de l’information au Venezuela, celle de ces groupes privés qui censurent la réalité des programmes sociaux et s’acharnent à dénoncer la révolution plutôt que de faire un vrai travail journalistique.

Enfin, avant de clore cette partie il faut absolument que je vous parle d’une dernière chose. Une fois toutes les supercheries sur la prétendue censure démasquées, il reste un ultime argument des anti-chavistes: Alo Presidente. Il s’avère que tous les dimanches à 11 heures, était diffusé sur les médias publics radio et tv (15 % d’audience) un programme dans lequel le président de la République, pour ne citer que lui, prend la parole et dialogue avec les citoyens sur des sujets divers et variés. Il y rend également compte des politiques menées par le gouvernement, des choses qui vont, qui ne vont pas etc. Alors effectivement ça peut en effrayer certains, il est préférable d’avoir un gouvernement qui mène sa politique dans son coin, à l’abri des regards, et qui ne rend pas compte de ces actes devant le peuple qu’il est censé représenter. Est-ce une censure des chaines TV? Si ça peut vous rassurer, le programme ne dure que quelques heures le dimanche, le reste du temps, tout fonctionne normalement. (Aujourd’hui l’émission existe toujours sous le nom de Domingo con Maduro)

VII. Les élections: dictature déguisée ou processus démocratiques?

Après la liberté d’expression vient la démocratie. Je vais être concis, mais sachez que l’on n’a vraiment pas de leçons à donner sur ce sujet. Depuis l’accession au pouvoir de Chavez le 6 décembre 1998, dix-sept élections ont eu lieu au Venezuela18. Toutes ont été remportée par le chavisme à l’exception des législatives de 2015. A ces dix-sept élections s’ajoutent sept référendums nationaux, dont six remportés par le chavisme. La fiabilité de l’ensemble des scrutins a toujours été validée par l’ensemble des observateurs internationaux, et le Venezuela est reconnu dans la région comme ayant un excellent système électoral. En 2012, lors de la réélection de Chavez à la présidence, Jimmy Carter, 39ème président des Etats-Unis, a même affirmé que le processus électoral vénézuélien était le « meilleur du monde »19. Un vrai marxiste-léniniste celui-là.

Vote lors de l'élection présidentielle de 2013Vote lors de l’élection présidentielle de 2013

 

Et quand un scrutin est perdu par le chavisme, le résultat est reconnu et respecté. Quand en 2007, le référendum sur la constitution fut perdu par Chavez, il a immédiatement reconnu le résultat et s’est soumis à la démocratie. Quand en 2013, le chavisme gagne les élections, l’opposition ne reconnait pas le résultat20, et quand en 2015, cette même opposition gagne les législatives, le résultat est devenu bon. Démocratie à géométrie variable pour certains donc.
Enfin, tandis que sept référendums ont eu lieu au Venezuela depuis le début de la révolution, sur la même période, seulement deux ont eu lieu en France. Et encore, sur les deux, un n’a pas été respecté (référendum sur le traité constitutionnel européen de 2005).
Conclusion: vaut mieux balayer devant sa porte avant de chercher à balayer dans le vide chez les autres.

VIII. Prises de position contestées

Si les grands médias de communication font pratiquement abstraction des conquêtes sociales de la révolution bolivarienne, ils insistent cependant beaucoup sur les relations qu’a pu avoir Chavez avec certains dirigeants politiques sur la scène internationale et qui sont évidemment contestables. Parmi ces relations, on peut relever celles avec Kadhafi, Al-Assad ou encore Ahmadinejad.

Je ne fais pas partie de ceux qui soutiennent ces prises de positions et je pense que ce fut une grave erreur. Mais je pense cependant les expliquer (pas justifier) par la volonté de créer (selon moi) une grande coalition à échelle internationale contre la politique impériale des Etats-Unis.

Malgré cette erreur de Chavez, il n’est cependant pas vrai de dire que l’essentiel du chavisme repose sur sa politique extérieur. Réduire le chavisme à cela est une fois de plus ridicule et malhonnête.

IX. Mort de Chavez

En juin 2011, Chavez annonce un cancer. Il est soigné à Cuba où les médecins sont parmi les plus compétents du monde. Il se bat et lutte contre son cancer mais celui-ci l’emportera le 5 mars 2013. D’énormes rassemblements ont lieux dans tout le pays et un deuil national de sept jours est décrété. Avant son décès, Chavez émit l’hypothèse selon laquelle son cancer lui aurait été volontairement inoculé, soulignant l’étrangeté du fait que plusieurs dirigeants d’Amérique latine avait vu eux aussi un cancer se développé21. Il comparait même son cas à celui de Yasser Arafat dont les circonstances de la mort sont également étranges et non élucidées.

Avant sa mort, Chavez a également organisé une allocution télévisée dans laquelle il désigne comme successeur, dans le cadre de la constitution, son vice-président Nicolas Maduro. De nouvelles élections doivent avoir lieu le 14 avril pour élire un nouveau président.

Hugo Chavez à gauche et Nicolas Maduro à droite durant l’allocution télévisée dans laquelle Chavez appelle à voter Maduro aux éventuelles futures élections, 8 décembre 2012Hugo Chavez à gauche et Nicolas Maduro à droite durant l’allocution télévisée dans laquelle Chavez appelle à voter Maduro aux éventuelles futures élections, 8 décembre 2012

 

Hugo Rafael Chavez Frias, président du Venezuela du 6 décembre 1998 au 5 mars 2013, aura soufflé un vent nouveau sur l’Amérique latine et sur le monde. Promoteur du « socialisme du XXIème siècle », porteur d’un charisme irremplaçable et d’un courage exemplaire, cet homme a selon moi déjà sa place au panthéon des géants de ce XXIème siècle.

Sa succession parait difficile. Que va-t’il advenir du chavisme sans Chavez? La suite dans le prochain et avant-dernier épisode.

Si vous voulez aller plus loin…

  • …à propos du coup d’Etat de 2002, il est indispensable que vous regardiez ce documentaire qui est vraiment excellent: La révolution ne sera pas télévisée
  • …dans la compréhension du système médiatique vénézuélien, voici l’article de Thierry Deronne que je mentionnais plus haut: Thomas Cluzel ou l’interdiction d’informer sur France Culture
  • …dans la révolution bolivarienne en elle-même, je vous conseille l’excellent bouquin de Andrés Bansart qui va vraiment en profondeur sur le Venezuela et qui aide vraiment à la compréhension de ce qui s’y passe, y compris aujourd’hui: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016

 

ARTICLE PRÉCÉDENT: Episode 2: Avant le 6 décembre 1998 et l’arrivée de Chavez

ARTICLE SUIVANT: Episode 4: Maduro, ou la difficile succession à Chavez

Notes:

1: Article 70 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
2: Article 83 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
3: Articles 102 et 103 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
4: Article 127 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
5: Titre III,Chapitre VIII de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
6: Article 273 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
7: Articles 302 et 303 de la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela
8: Hugo Chavez veut modifier la Constitution pour rester au pouvoir, Libération, 16 août 2007
9: Venezuela: La mission Robinson, 13 ans d’alphabétisation du peuple, bolivarinfos.over-blog.com
10: Comprendre le Venezuela, Andrés Bansart, Le Temps des Cerises, 2016
11;13;15: Données de l’INE sur la santé
12: Données de l’INE sur l’IDH
14: Données de l’INE sur la main-d’oeuvre
16: Données de l’INE sur l’éducation
17: Site officiel de l’ALBA-TCP
18: Voir la liste sur le site du Conseil National Électoral
19: Carter affirme que le processus électoral du Venezuela est le « meilleur du monde », Business Wire, 21 septembre 2012
20: Au Venezuela, l’opposition refuse l’élection de Nicolas Maduro, Le Monde, 15 avril 2013
21: Chavez: « Les Etats-Unis pourraient inoculer le cancer grâce à leur technologie »

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« Dans notre quartier, la vie a changé »

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La Grande Mission Quartier Nouveau, Quartier Tricolore (Barrio Nuevo, Barrio Tricolor) dont l’objectif est la transformation intégrale de l’espace de vie physique et le renforcement de l’organisation sociale parmi les secteurs populaires, exécute actuellement 273 projets dans tout le pays dont 247 ont déjà été inspectés pour garantir leur développement. Ce chiffre concerne des projets menés dans 15 états où se concentrent 90% des efforts de cette mission sociale. Dans tout le pays la mission Quartier Nouveau, Quartier Tricolore compte 63 ¨corredores¨ (zones à couvrir), avec l’objectif de venir en aide à un million de familles. Cette mission fut créée en 2009 par le président Hugo Chávez et, après une période d’affaiblissement, a été relancée l’an dernier par le président Nicolás Maduro, avec la participation active des conseils communaux et des communes.

Les Communautés du secteur Mamera-El Junquito se lancent dans des actions d’auto-construction

Jean Carlos Nieves, porte-parole du Conseil Communal La Espada de Bolivar (L’Epée de Bolivar ») : « Dans notre quartier, la vie a changé maintenant. Avant, sous la IVème République, on nous marginalisait systématiquement parce qu’on habitait dans des quartiers populaires. Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Le pouvoir populaire se consolide à travers les multiples actions d’auto-construction ».

La Espada de Bolivar (Secteur Los Palmas II) est un de ces très nombreux Conseils Communaux à se lancer dans la réhabilitation de son habitat, grâce aux dispositions prévues par la Grande Mission Barrio Nuevo Tricolor (GMBNBT). Ici, l’organisation populaire s’est lancée dans la remise à neuf intégrale des escaliers qui desservent ce secteur très pentu. Jamais entretenus, ces voies d’accès essentielles pour les habitants se délabraient de plus en plus. Par ailleurs, l’ensemble du réseau d’adduction des eaux usées a été totalement rénové.

A ce jour, ce sont 40 familles qui tirent profit de l’action du Gouvernement Révolutionnaire en leur faveur, à travers la mission GMBNBT. Nieves rappelle que la mise en place de nouveaux escaliers, a débuté le 12 mai dernier. « Ils tombaient en ruines, et n’étaient plus en état de desservir le quartier. Surtout depuis les inondations de 2010. Nous avons donc décidé de nous organiser ». Des détails qui ont leur importance : on en a profité pour installer des rampes d’escalier, un système d’éclairage, mais aussi un jardin public. Depuis, le quartier a complètement changé d’apparence.Captura de pantalla 2014-07-26 a la(s) 21.11.49

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L’autogestion, clef du changement.

Le secteur de Mamera-El Junquito a tiré avantage de l’exécution de 24 tranches du programme, grâce à l’action conjuguée de Barrio Nuevo et Barrio Tricolor. Placées sous la houlette de l’organisation populaire organisé, 12 de celles-ci relèvent de l’auto-organisation, de l’autogestion.

Ce n’est pas tout. Le secteur de La Bomba (Las Cumbres/Antimano) a également bénéficié des bienfaits de la Gran Mision. Pour être plus précis, c’est un mur de soutènement qui s’élèvera désormais ici, pour prévenir les inondations éventuelles. Olga Andrade qui est la porte-parole du Conseil Communal Warairarepano, souligne que cet objectif est en passe d’aboutir. Dans un avenir très proche, les écoulements anarchiques dues aux pluies, responsables des inondations à répétition, seront canalisés efficacement par la mise en place de larges rigoles bétonnées. (A ce jour, ces dernières sont achevées à une hauteur de 95%. Quant au mur, on en est à 45%).

Olga : « ces travaux ont incontestablement changé notre vie du tout au tout. L’installation de ces rigoles relevait de l’urgence absolue. Parce qu’à chaque orage, les inondations nous submergeaient ; les pluies dévalaient la pente en laissant derrière elles un terrain désolé, boueux et fangeux. C’était une source permanente de tracas ».

Pas moins de 625 familles ont pu profiter de ces diverses réalisations, grâce au soutien qu’apporte le gouvernement bolivarien à la réhabilitation des quartiers et secteurs populaires. Olga poursuit : « Barrio Nuevo, Barrio Tricolor ont transfiguré la vie de nos Communautés. Nous attendions depuis longtemps la réalisation effective de ces chantiers. On a obtenu qu’ils deviennent prioritaires, lorsque nous avons participé aux Tables rondes « planification ».

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Le Plan « paix et vie en commun » au service des quartiers populaires.

Captura de pantalla 2014-07-26 a la(s) 21.12.38Le Plan « Paix et vie en commun » est l’une des pierres angulaires d’un dispositif d’ensemble, qui voit les programmes sociaux Barrio Nuevo et Barrio Tricolor être activés partout ; notamment dans la capitale du pays. (Pour le seul Caracas, 13 points de ce genre, sont comptabilisés).

La Mairie de Caracas et le Gouvernement du district de la capitale, ont décidé de placer le Plan « Paix et vie en commun » sous leur patronage conjoint. Le but de cette action commune ? Promouvoir au sein des quartiers populaires classés prioritaires, l’épanouissement de l’esprit civique, dont « concorde » et « civilité » sont les maîtres-mots.Captura de pantalla 2014-07-26 a la(s) 21.14.23

Ce programme permet dans un premier temps, d’agir en amont, en identifiant les facteurs se situant à la racine des violences qui touchent ces secteurs. Dans un second temps, il s’agit de mettre en oeuvre les divers moyens susceptibles de porter remède à ces dérapages.

Le but étant d’atteindre une efficacité maximale, les programmes sociaux s’articulent autour de 4 axes essentiels :

1/ Journées récréatives, culturelles, et sport. Les acteurs institutionnels impliqués : Caracas Rueda Libre (Caracas Roues Libres) ; Jeux sportifs Barrio Tricolor ; Cine en el Barrio (Cinéma dans le quartier) ; Feria Comunal del libro (Foire Communale du livre) ; Miguel Vicente Patacaliente (personnage de conte populaire) ; Activités culturelles dans les espaces publics.

2/ Public concerné : les familles et l’école. Les acteurs institutionnels impliqués : Caracas a Creyon ; El Buen Trato ; Enseignants engagés pour la paix ; Vie en commun à l’école.

3/ Ecologie et environnement.

4/ Communes, formation et éducation populaire pour l’émancipation.Captura de pantalla 2014-07-26 a la(s) 21.20.49Captura de pantalla 2014-07-26 a la(s) 21.12.08Captura de pantalla 2014-07-26 a la(s) 21.14.04
Les ¨Cayapas socialistes¨.

(La cayapa est une tradition indigène vénézuélienne, qui décrit un processus à travers lequel les membres d’une communauté travaillent en coopération).

La réalisation de projets sociaux par le truchement des cayapas socialistes est l’une des formes d’auto-organisation qui s’expriment à travers la Gran Mision Barrio Nuevo Barrio Tricolor (GMBNBT). Le lancement de campagnes de propreté des espaces publics, la réappropriation de terrains aux fins de réhabilitation, et l’entretien de la voirie sont les domaines de prédilection des cayapas socialistes. Un exemple : une cayapa est intervenue rue Mata Palo de La Bandera. Il s’agissait de remplacer en urgence, 315 mètres de canalisations destinées à l’évacuation des eaux usées et à la desserte en eau potable.

C’est l’assemblée locale des citoyens qui est à l’origine de cette initiative, puisqu’il en allait du bien-être des occupants de 47 logements, qui subissaient de très importantes et malsaines infiltrations.

Ronaldo Caicedo, responsable de la plate-forme technique La Bandera et Gran Colombia : « C’est à FundaCaracas que nous devons l’apport en matériel nécessaire. De plus, afin de prêter main forte à la main d’oeuvre composée des habitants du quartier, les ouvriers des Services techniques de la mairie de Caracas, mais aussi ceux qui relèvent de l’autorité du Gouvernement du District de la capitale se sont chargés d’ouvrir une tranchée dans la chaussée. Ils se sont également occupés de la récupération des gravats ».

A partir de cet exemple, constatant que l’organisation populaire s’est saisie du projet (comme de très nombreux autres) avec succès, Caicedo en conclut que ce genre de coopération fonctionne.

Zuleika Landaeta -coordinatrice de la plate-forme technique de Los Mangos, Los Totumos et El cementerio– insiste sur le fait que l’un des points-forts de ce dispositif d’ensemble, sa réussite essentielle, c’est la puissante activation des Conseils communaux, qui en sont le rouage essentiel. « La dynamique issue de cette configuration globale a été rendue possible du fait de l’accent mis sur le caractère communautaire, collectif des actions engagées ; de l’attention toute particulière que l’on a accordé à la concrétisation du Plan « Paix et vie en commun », et des activités sportives qui en sont l’un des instruments privilégiés ».

quartiers populaires Caracas

Secteurs de la capitale (en couleurs et numérotés) où se déploie la Mission Sociale Quartier Nouveau, Quartier Tricolore (2014)

Secteurs de la capitale (en couleurs et numérotés) où se déploie la Mission Sociale Quartier Nouveau, Quartier Tricolore (2014)

Texte : Joselin Arteaga, Belén Van Arcken. Photos : Ciudad Caracas

Source : http://www.ciudadccs.info/wp-content/uploads/2014/07/25/SupleCCS447.pdf

Traduction : Jean-Marc del Percio

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Le Venezuela accélère sa ¨transformation du pouvoir citoyen en gouvernement¨

Le 9 mars à Caracas, Maduro rencontre des mouvements communaux venus de tout le pays et annonce l’octroi de 2400 millions de bolivars pour qu’ils puissent réaliser leurs projets socio-productifs ou de construction de logements.

Maduro rencontre des mouvements communaux venus de tout le pays.

15 mois après son élection, le ¨chauffeur d’autobus¨ (1) Nicolas Maduro, cet ex-syndicaliste du transport public, ce militant bolivarien méprisé par les professionnels de la politique, celui que Chavez proposa aux électeurs parce qu’il était le seul sans écurie, sans ambition personnelle, accélère le dynamitage de l’État ancien. Certes, c’est depuis 1999 que la révolution bolivarienne construit la démocratie participative mais en juillet 2014, dans la parfaite invisibilité médiatique, elle lance l’expérience la plus poussée de participation citoyenne dans l’histoire de la gauche mondiale.

On comprend la fébrilité de l’extrême droite vénézuélienne dont les récentes violences appuyées par les paramilitaires colombiens et la CIA (2) ont été déguisées en ¨révolte étudiante¨ par les grands médias (3). Il ne s’agit plus seulement de récupérer les impressionnantes réserves de pétrole ou de freiner l’unification de l’Amérique Latine. La déstabilisation se fait urgente parce que l’approfondissement du pouvoir citoyen éloigne chaque jour un peu plus la possibilité de rétablir l’autoritarisme néo-libéral, les privatisations et la répression des mouvements sociaux.

Conformément aux engagements du programme sorti des urnes d’avril 2013 (4), le président Maduro annonce pour la mi-août un ¨sacudón¨ (forte secousse) des institutions gouvernementales : ¨Nous révisons à la loupe tous les portefeuilles ministériels, le degré de réalisation de leurs objectifs ainsi que le niveau de production des entreprises d’État. Nous allons maximiser l’efficacité du gouvernement dans la rue (5) et toute l’action de l’État pour transférer le pouvoir à la population. Nous n’avons pas rebaptisé nos ministères ¨du pouvoir populaire¨ pour le plaisir de leur coller une belle étiquette mais pour mettre l’État au service du peuple. Nous devons construire un système de gouvernement populaire qui ne soit pas un aimable slogan pour se souvenir de Simón Rodríguez ou de Hugo Chávez. Il est hors de question que la révolution s’arrête une seconde. Elle doit continuer à se déployer dans toutes les sphères de la vie¨ a-t-il rappelé aux ministres.

« La droite croit qu’il s’agit de changer des ministres, non, ce n’est pas l’essence de ce que nous faisons. Le centre du travail est de changer l’État, ses procédures, l’échafaudage monté par le capitalisme pour que la rente pétrolière serve à tout et à rien à la fois » explique le vice-président Jorge Arreaza.

Assemblée paysanne et indigène en vue de rédiger une liste de propositions au gouvernement, Sud du Lac de Maracaibo, juillet 2014.

Assemblée paysanne et indigène en vue de rédiger une liste de propositions au gouvernement, Sud du Lac de Maracaibo, juillet 2014.

Pour l’aider à ¨chambarder l’État¨, Maduro appelle depuis quelques mois les mouvements sociaux et le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV) à lui transmettre des propositions concrètes. Le vendredi 18 juillet il s’est rendu dans l’État de Lara à la rencontre d’une assemblée de communes de tout le pays pour y concrétiser officiellement la promesse faite lors d’une assemblée antérieure de délégués communaux (6) : la création d’un Conseil permanent d’articulation entre la présidence et les communes pour que celles-ci dialoguent directement avec le gouvernement, fassent des propositions, définissent des priorités et expriment leurs critiques.

Dans cette réunion de travail avec 300 porte-paroles de diverses instances d’auto-gouvernement communal, Maduro a approuvé leurs premières propositions. Comme celle de créer des conseils du pouvoir citoyen dans les ministères: “Chaque ministère doit posséder son conseil de pouvoir citoyen comme espace permanent pour travailler la main dans la main et éliminer la bureaucratie. Nous sommes en train de travailler sur un plan de transformation totale de l’Etat ; et plus précisément de cet Etat élitaire dont le bureaucratisme, la corruption, l’indolence, la lenteur sont les maîtres-mots. Il est de notre devoir de le transformer de fond en comble. Nous avons besoin de briser le blocage que nous nous imposons nous-mêmes et de rompre avec les schémas qui nous limitent, qui sont ceux de l’État élitaire, lui-même descendant de l’État colonial, répresseur, autoritaire, raciste et voué au pillage. Parce que là où s’impose la bureaucratie s’impose l’incommunication. Et l’unique mode de restructuration souhaitable, est celui qui consiste à associer à ce changement fondamental, le peuple désormais conscient de ses propres capacités¨.

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l'État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

Nicolas Maduro, le 18 juillet, dans l’État de Lara, crée le conseil permanent présidence/communes.

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Des critiques populaires…

Avant de remettre leurs propositions au gouvernement, les 17 tables rondes des organisations communales ont dressé la liste des principaux ¨noeuds critiques¨ : le manque d’articulation entre les différents corps ministériels chargés de travailler avec les organisations communales et la multiplication d’intermédiaires et d’interlocuteurs qui compliquent la tâche des auto-gouvernements communaux et génèrent une perte considérable de temps; La déficience de formation socio-politique des serviteurs publics; La nécessité de revoir les lois et d’en édicter de nouvelles pour le renforcement des communes; L’absence d’espaces de coordination entre les instances municipales et régionales des missions sociales et les instances du pouvoir communal; La faiblesse du suivi de l’exécution des politiques du gouvernement bolivarien au sein des communes; La présence permanente de contenus violents et d’images discriminatoires envers la femme et les minorités sociales dans les médias privés hégémoniques au Venezuela et la promotion d’une culture de la violence, de l’individualisme et du consumérisme dans la population; ou encore la persistance de pratiques de pollution et de déprédation de l’environnement sur le territoire des communes, notamment dans le traitement des eaux usées et l’usage de techniques agricoles ayant un impact négatif sur l’environnement.

… aux propositions populaires.

La machine s’est accélérée : trois jours plus tard, un peu plus de 200 Communard(e)s venus de tout le pays se sont réunis à Caracas pour la première réunion de la Commission Présidence/Communes. Cinq tables-rondes ont planché sur les axes suivants : Centre National du Commerce Extérieur (Cencoex) ; Banque Communale ; Agriculture et Terres ; Commission Nationale des Télécommunications (Conatel), Loi de Responsabilité sociale à la Radio et à la Télévision; Planification Territoriale. Des propositions issues de cette première session de travail émerge le profil de l’État communal.

Enfants de la Commune d'El Rosillo (État d'Anzoategui)

Enfants de la Commune d’El Rosillo (État d’Anzoategui)

Table-ronde n°1 : Centre National du Commerce Extérieur (Cencoex) :

– Obtenir des devises pour la consolidation des unités socio-productives communales existantes.

– Renforcer l’industrialisation des systèmes de production.

– Contribuer à la sécurité alimentaire.

– Efficacité renforcée du modèle économique socio-productif communal.

– Faire en sorte que la triangulation « pouvoir populaire/Ministère des Communes/Cencoex » devienne réalité.

– Gérer des licences d’importation afin d’accéder aux devises.

– Elaboration d’un registre unique recensant les unités socio-productives Communales.

– Activation de commissions mixtes.

– Simplification des diverses démarches à remplir.

– Exonération d’impôts durant les premières étapes.

– Assurer la protection douanière des produits issus des Communes.

Table-ronde n°2 : Banque Communale.

– Réaménagement du système bancaire public et consolidation parallèle de la nouvelle institution financière communale.

Distinguer Banque Communale et Banque privée. Ces deux systèmes distincts ne peuvent et ne doivent en aucun cas se confondre.

– Traitement égalitaire des producteurs Communaux.

– Garantir la viabilité et la pérennité financières de la Banque Communale.

– Prendre en considération les spécificités de chaque Commune.

– Organiser des tables-rondes pour établir les besoins financiers de chaque Commune.

Créer un système pour que la Banque Communale puisse financer les projets sociaux de la Communauté.

– Assurer la formation des communards sur le plan financier.

– Enregistrement des communes auprès de l’office unique du Ministère des Communes.

Table-ronde n°3 : Agriculture et Terres.

– Créer des unités ¨Ecopatrias¨.

– Mettre en place des ateliers de formation en agro-écologie.

– Promouvoir la création d’entreprises de propriété sociale (EPS) communales. Assurer la rotation des cultures et la pratique du troc inter-communal.

– Création de fermes intégrales.

Développer la filière ¨Ecopatria¨ afin de réaliser des fertilisants et des produits écologiques.

– Veiller à éliminer toute bureaucratisation des systèmes en place.

– Revoir et superviser – de concert avec les communards – les diverses attributions de crédits.

Soutenir les pratiques d’agriculture artisanale.

– Améliorer les voies de transport agricoles.

Recenser les terrains en jachère dépendant du Ministère de l’Agriculture et de la Terre pour les transférer aux Communes.

Table-ronde n°4 : Conatel (Loi de Responsabilité Sociale des Médias).

Renforcer les radios et télévisions communautaires.

– Évaluer et contrôler les contenus des programmes transmis par les compagnies de câble (sexe, violence, racisme etc…)

– Transformer la Loi de Responsabilité Sociale pour garantir la libre expression de la population.

– Revoir ce qui est respecté et ce qui ne l’est pas dans la Loi de Responsabilité Sociale.

Travailler avec les médias alternatifs et communautaires.

– Faire en sorte que le plus grand nombre de porte-paroles des communes puissent participer à l’élaboration des dispositions légales que promulgue la Commission Nationale des Télécommunications.

– Edicter une Loi Organique des Conseils exécutifs nationaux en charge de la Communication.

Favoriser la création de chaînes de télévision (communautaires) dans chaque commune.

– Constituer des équipes inter-disciplinaires des Communes comme parties prenantes du secteur de la Communication au niveau national.

Table-ronde n°5 : Planification territoriale.

Réforme de la Loi des Terres, des Parcs et du Cadastre pour reconnaître les communes comme espaces d’auto-gouvernement.

– Oeuvrer à la reconnaissance des Communes à tous les échelons territoriaux.

– Promouvoir la Loi de Transfert de Compétences aux Communes.

Travailler à la reconnaissance de toutes les instances nouvelles d’auto-organisation.

– Encourager l’épanouissement de la souveraineté territoriale de chaque Commune.

– Convoquer un grand débat national sur la Loi du Territoire Communal.

– Activer les mécanismes de planification territoriale.

– Articuler avec les Communes et les Régions stratégiques de Développement Intégral (Redi).

La militante Yanina Settembrino -porte-parole du courant « Bolivar et Zamora »- a insisté sur le caractère sans précédent de l’événement : « je ne pense pas qu’il existe où que ce soit dans le monde, l’équivalent politico-organisationnel de notre Conseil présidentiel de Gouvernement Populaire Communal ». Carlos Alvarado -Communard originaire de l’état agricole de Guarico- insiste aussi sur le fait que « nous sommes en train de vivre un moment historique exceptionnel, car chaque jour qui passe voit le pouvoir Communal se consolider un peu partout au Venezuela ».

Nous avons beaucoup de pain sur la planche, nous nous battons tous les jours avec la bureaucratie et les conspirations de droite pour rendre possible ce projet inscrit dans la Constitution de la République Bolivarienne” précise le Ministre des Communes Reinaldo Iturriza, ajoutant que le président Chavez liait ce projet à la construction d’une nouvelle institutionnalité basée fondamentalement sur les conseils communaux et les communes. Le Ministre a rappelé que la majorité des communes enregistrées ont créé leurs instances d’auto-gouvernement et produisent, l’enjeu étant de renforcer cette productivité et d’éliminer les obstacles qui entravent leur potentiel.

Thierry Deronne, Caracas, 24 juillet 2014

Traductions : Jean-Marc del Percio

Notes :

 (1) C’est ainsi que la droite qualifie le président élu, le considérant comme indigne de la fonction présidentielle parce qu’il vient du monde du travail.

(2) Lire ¨Brévissime leçon de journalisme pour ceux qui croient encore à l’information¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/02/22/brevissime-cours-de-journalisme-pour-ceux-qui-croient-encore-a-linformation/ et ¨Comment la plupart des journalistes occidentaux ont cessé d’appuyer la démocratie en Amérique Latine¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/03/16/comment-la-plupart-des-journalistes-occidentaux-ont-cesse-dappuyer-la-democratie-en-amerique-latine

(3) ¨Le Venezuela montre que les manifestations peuvent aussi être une défense des privilèges¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/04/16/le-venezuela-montre-que-les-manifestations-peuvent-aussi-etre-une-defense-des-privileges-par-seumas-milne-the-guardian/

(4) ¨Ce que va faire la révolution bolivarienne de 2013 à 2019¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/

(5) ¨Nous t’écoutons Claudia¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/05/06/nous-tecoutons-claudia/

(6) ¨Venezuela, la profondeur de la démocratie participative cachée par les médias occidentaux¨, https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/06/photos-venezuela-la-profondeur-de-la-democratie-participative-cachee-par-les-medias-occidentaux/

Sources (espagnol) de cet article :

http://www.ciudadccs.info/2014/07/maduro-instala-primer-consejo-presidencial-comunal-en-lara/

http://www.ciudadccs.info/2014/07/aprobada-constitucion-de-consejos-del-poder-popular-en-ministerios/

http://www.mpcomunas.gob.ve/comuneros-y-comuneras-se-reunen-para-presentar-propuestas-en-consejo-presidencial-de-gobierno-popular-con-las-comunas/

http://www.mpcomunas.gob.ve/comuneros-y-comuneras-se-reunen-para-presentar-propuestas-en-consejo-presidencial-de-gobierno-popular-con-las-comunas/

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Le gouvernement bolivarien répond aux communards : « que l’État soit au service de la Commune et non l’inverse ».

SONY DSCLes représentants de 525 expériences communardes en cours au Venezuela ont rendu publiques 26 propositions centrales destinées au gouvernement et adoptées à l’issue de l’Atelier National de la Force Productive Communale.

Passée l’heure du déjeuner du samedi 14 juin, les visages marqués des communardes et des communards trahissaient la fatigue mais aussi la satisfaction évidente d’avoir pu partager collectivement chacune des expériences qu’ils incarnent. Avoir pu cerner puis formaliser -pour les résoudre- l’ensemble des problèmes parmi les plus récurrents auxquels les uns et les autres sont confrontés, a été jugé par tous, comme un grand pas en avant. Pour Elisabeth Lopez de la commune « Juana Ramirez la Avanzadora » (quartier d’Antimano de Caracas), « la possibilité de mettre en regard, chacune des expériences concrètes dont nous sommes partie prenante ne peut que nous rendre plus forts. C’est ainsi que le savoir-faire propre à chaque collectif de communards peut essaimer ».SONY DSC

15 tables rondes ont planché sur des secteurs clés de l’économie : construction, alimentation, agriculture, services, tourisme, produits manufacturés. « Nous avons débattu de tout, du structurel jusqu’aux thématiques les plus pointues. Nous avons abordé les problèmes auxquels les uns et les autres sont confrontés. Puisque nous représentons tous, des organisations productives qui en sont à leur début » explique Junior Mujica, originaire de la commune « Palito Blanco », de l’Etat du Zulia, que composent pas moins de 12 conseils communaux. Parmi les initiatives en cours, une usine de fabrication d’alimentation pour animaux. Sa production s’élèvera à 300 tonnes par jour.

« Nous débarrasser du système capitaliste, fait bien évidemment partie des questions d’ordre structurel que nous nous employons à résoudre. Or, chercher à s’en libérer, cela signifie aussi se heurter à ses divers avatars : ce qui survit du système économique encore dominant et de certains de ses relais subsistant pour l’instant au sein de l’appareil d’Etat ». Junior poursuit : « Nous sommes les héritiers d’un Etat bourgeois. Incompétence, bureaucratie, corruption en sont les maîtres-mots. Cet état de fait se révèle être un frein. Il nous gêne dans notre tâche, lorsqu’il s’agit de faire naître du neuf. Cela dit, nous nous rapprochons peu à peu de l’indépendance économique. Parce qu’à ce jour, nous en sommes encore dépossédés. Une indépendance économique qui implique que l’on fasse émerger des rapports de production de type nouveau (ce qui implique l’épanouissement de relations nouvelles entre les divers acteurs). Nous ne cherchons pas à remplacer les anciens chefs d’entreprise par de nouveaux patrons en chemises rouges. Chacun d’entre nous est un peu le dépositaire de la souveraineté de notre pays. C’est cela le socialisme. Pour vivre enfin en paix, avec beaucoup d’amour à partager ».SONY DSC

Quant à Hernán Vargas -directeur des réseaux de formation administrative territoriale du Ministère pour les Communes et les Mouvements sociaux- il constate que les questions d’ordre juridique ont été au centre des discussions. C’est une des principales leçons qu’il tire de ces travaux qui ont vu les participants de chaque table-ronde s’exprimer. Il en conclut qu’il est nécessaire de tracer les contours de nouveaux espaces de légalité, qui permettraient de rationaliser les diverses formalités, mais aussi d’aboutir à la disparition pure et simple de certaines de celles-ci.

Le document final porté à la connaissance du pouvoir exécutif montre que sur l’ensemble du territoire, l’économie communale est confrontée à une constellation d’obstacles. Vargas: « à chaque logique conflictuelle, il convient d’opposer tout un maillage de réponses stratégiques. Sont mises à contribution, tout un ensemble de propositions s’adaptant à chaque cas de figure ; mais aussi toute une série de mesures qu’il s’agit d’appliquer au mieux. Il est impératif de donner chair à ces initiatives, de se tenir au plus près de la réalité concrète».

Les propositions, en résumé

– Stimuler l’économie communale en faisant des communes les interlocutrices privilégiés des marchés publics et les fournisseuses des matériels destinés aux services publics; en les exonérant de différents impôts et taxes et en facilitant les devises nécessaires (dont le SUCRE) pour l’importation de matériels, outils, pièces de rechange.

– Création d’un fonds national de réinvestissement des excédents communaux à travers une banque communale aidant le développement de nouvelles initiatives.

– Politique de soutien actif de la Banque Publique aux communes.

– Campagne de visibilisation médiatique autour de la qualité des produits communaux issus de nouvelles relations de travail et création de marques collectives.

– Politique nationale d’appui aux nouveaux savoirs, technologies populaires et à leur transfert.

– Transformation de la Banque du Peuple Souverain en Banque du Développement Communal.

– Loi spéciale définissant les nouvelles relations sociales de la production communale et la sécurité sociale des organisations socio-productives.

– Articulation avec les ministères de développement régionaux pour planifier, concrétiser les mesures présidentielles et la mise en commun via le réseau productif inter-communal.

– Création de centres de stockage qui garantissent aux petits producteurs communaux l’accès aux machines, pièces de rechange, et intrants agricoles.

– Transfert direct des machines aux communes pour la maintenance des voies de transport.

– Plan spécial pour l’installation de puits, de systèmes d’irrigation et d’installations de base pour les cultures comunales.

– Lien direct avec les entreprises publiques pour l’acquisition de matières premières : ciment, bois, verre, etc.. à travers : Corporación Socialista de Cemento, SIDOR, Maderas del Orinoco, ALCASA, et entreprises privées de verres plats.

– Réseau national de textile et cordonnerie (marques collectives).

– Mécanisme inter-ministériel pour le transfert massif de véhicules.

Pour Hernán Vargas, du Ministère pour les Communes, certaines de ces mesures à prendre peuvent prendre effet quasi immédiatement, comme bénéficier rapidement d’intrants (produits nécessaires au fonctionnement d’un ensemble entrant dans la production); de certaines formes nouvelles de mécanisation; mais aussi de l’accès au marché des contrats publics. « Quant aux autres mesures, il y a tout lieu de penser que l’on pourra les activer dans les mois qui viennent, et pour certaines d’entre elles, ce sera l’an prochain ».

Ces échanges ont mis en évidence une carence : le manque de solidité des réseaux d’échange inter-communaux, qui nuit aux expériences socio-productives propres à chaque commune. Le secteur des produits et des matières premières est concerné au premier chef.SONY DSC

« Que l’Etat soit au service de la Commune et non l’inverse ».

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Jorge Arreaza

Présent à la clôture de l’atelier national, le vice-président Jorge Arreaza a répondu aux 500 communard(e)s originaires des 24 états vénézuéliens qui avaient pris place dans l’auditorium Alirio Diaz de Carora, État de Lara : « L’avenir de la patrie dépend des Communes. Il faut que l’Etat soit au service de la Commune et non l’inverse. Maduro est un président communard. Il est convaincu que le futur passe par l’exercice effectif du pouvoir communal ». Après avoir passé en revue, l’ensemble des points d’achoppement que le travail collectif des délégués des Communes a détectés, Arreaza s’est attardé sur les 26 propositions visant à améliorer le fonctionnement des diverses expériences socio-productives communales en cours, en est l’enjeu.

Arreaza a souligné que l’appareil d’Etat dont la Révolution a hérité, n’est pas encore débarrassé de toutes ses scories : « sa structure relève encore de l’Etat bourgeois. C’est la raison pour laquelle son action en matière de planification n’est pas satisfaisante. Dès l’année 2006, les déclarations du président Chavez montraient qu’il était clairement conscient du problème. Pour lui, recourir à l’appellation de Ministères du Pouvoir Populaire, ne se résume pas à l’invention d’un titre nobiliaire, encore moins à une caractérisation sans contenu. A contrario, il s’agit bel et bien de rendre le pouvoir populaire effectif. Par voie de conséquence, les divers Ministères du Pouvoir Populaire se doivent d’incorporer ce dernier à leurs modalités de fonctionnement et de gestion ».

« Nous ne pourrons résoudre les problèmes économiques actuels qu’à partir du moment où nous miserons résolument sur la consolidation et l’épanouissement du pouvoir Communal ».

Le ministre pour les communes et mouvements sociaux, Reinaldo Iturriza voit la participation populaire dans l’économie communale s’imposer de plus en plus, se doter d’un potentiel croissant. Mais cette tendance se heurte à un obstacle, que représentent précisément les vieilles structures institutionnelles encore en place. Une tendance qu’à ce jour, le poids non négligeable de l’économie capitaliste ne fait que renforcer.

« Nous nous devons d’établir cette carte des logiques conflictuelles, et lui opposer un schéma d’ensemble visant à les résoudre. C’est pourquoi, les structures institutionnelles révolutionnaires et le gouvernement bolivarien se doivent d’agir en alliance étroite, afin de laisser derrière eux, tout ce qui relève des dysfonctionnements inhérents au vieil Etat bureaucratique, qui aura été si utile à l’oligarchie et aux grands pouvoirs économiques qui lui sont attachés ».

Reinaldo Iturriza a souligné qu’il revient au peuple communard et au gouvernement -en étroite symbiose- de jeter les bases de cette logique institutionnelle de type nouveau. A ses yeux, la possibilité d’inventer une économie spécifique, qui se substituerait au modèle rentier ; de construire in fine, le socialisme Bolivarien est la tâche historique qui incombe au modèle socio-productif qui émane du pouvoir Communal : « nous ne pourrons résoudre les problèmes économiques actuels, qu’à partir du moment où nous miserons résolument sur la consolidation et l’épanouissement du pouvoir Communal ».

Nicolas Maduro reçoit les propositions et relance le gouvernement de rue : gouverner le pays depuis les bureaux climatisés de Caracas serait le comble de le bureaucratie”.

Nicolas Maduro relance le gouvernement de rue.

Nicolas Maduro relance le gouvernement de rue.

Après avoir pris connaissance de cette série de propositions, le président de la République Nicolas Maduro, a donné des instructions aux ministres en charge des divers secteurs relevant de l’économie, et à celui qui est à l’heure actuelle, en charge du ministère pour les Communes et les Mouvements sociaux (Reinaldo Iturriza) : « tous les ministères concernés doivent promouvoir l’économie productive Communale, qui doit devenir une priorité absolue et doit être un des piliers essentiels de l’économie nationale ».

Lors d’un programme radio diffusé le 17 juin depuis les quartiers populaires de Campo Rico, dans l’Etat Miranda- le président de la République a affirmé : « le savoir-faire populaire est immense. Parce que c’est ici-même, au sein des communautés, que les travailleurs produisent les richesses du pays ».

S’agissant ici de l’État de Miranda, Reinaldo Iturriza, a déclaré dans la foulée, que sur le territoire de ce dernier, pas moins de 22 Communes sont enregistrées. 50% de celles-ci relèvent du secteur urbain et se concentrent dans le secteur de Petare. Il en conclut que « l’affirmation selon laquelle il n’existerait pas de Communes dans les zones urbaines, est un mythe ».

Le Président de la République a débloqué des crédits supplémentaires – à travers la Mision Barrio Nuevo Tricolor – dont divers conseils communaux seront les bénéficiaires. Il en sera ainsi de la zone du « Bajo Lebrun », qui a reçu une première ligne de financement s’élevant à 990 mil bolivares. A la clé : la construction de 20 appartements.

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Reinaldo Iturizza

« La Mission Barrio Nuevo Tricolor est le grand vecteur par lequel le volet de la construction de logements irrigue concrètement le réseau des Communes en devenir » : le président précise que cette mission sociale rend effective l’articulation avec les organisations communales. Et ce, quelque soit le lieu où partout sur le territoire national, des programmes de construction sont à l’ordre du jour. L’enjeu est de mettre un terme à l’existence de quartiers ou de logements infra-humains en milieu urbain.

Le ministre Iturriza ajoute qu’en ce moment, 130 Communes sont concernées par l’application de ce type de modalités : « là où le travail émanant du peuple organisé est effectif – les communes en sont l’une des expressions – la mise en relation des partenaires concernés, se fait tout naturellement. De plus, nous travaillons en osmose avec le Ministère du Logement et de l’Habitat ».

Relance du gouvernement de rue : cinq nouvelles lignes de travail

Le Président de la République a par ailleurs relancé le Gouvernement de Rue. Cette méthode permettant la réunion permanente des ministres avec les organisations et collectifs sociaux de tout le pays avait subi une interruption de plusieurs mois, du fait de nouvelles violences et de tentatives de coup de l’extrême droite, relookées par les médias internationaux en « révoltes étudiantes ». Maduro a déclaré à propos de la nouvelle étape : “Le gouvernement de la rue consiste à se rendre sur place, là où sont les projets, les opportunités de développement. Nous ne pouvons gouverner le pays depuis les bureaux climatisés de Caracas, ce serait le comble de le bureaucratie”.

Cette nouvelle étape du Gouvernement de Rue aura cinq lignes principales :

1 – la révolution des 35 missions sociales avec l’installation des bases de missions dans les 1500 points du territoire pour éliminer ce qui reste d’extrême pauvreté,

2 – l’approfondissement de la nouvelle Offensive Économique, qui a débuté le 22 avril, pour garantir la production et l’approvisionnement sur le plan national et continuer les inspections des commerces pour faire baisser les prix en fonction de la nouvelle loi anti-spéculation.

3 – Le déploiement continué du Plan de Sécurité Citoyenne dans tout le pays, le nouveau quadrillage ayant déjà donné de bons chiffres notamment sur la baisse des homicides, avec révision et correction permanentes du travail effectué.

4 – L’inauguration et l’inspection des projets réalisés et des travaux accordés avec les organisations populaires lors des précédents passages du gouvernement de rue (400 réalisations seront inaugurées dans cette nouvelle étape)

5 – La construction participative des communes sur tout le territoire national.

Sandra del Toro, communarde

¨Ceux qui voudraient parrainer une parodie de commune sont voués à l’échec¨

L’actuel dialogue entre le gouvernement et l’organisation communale naissante a inspiré une réflexion publique au ministre pour les comunes et les mouvements sociaux, Reinaldo Iturizza, qui est aussi enseignant et sociologue : ¨Il convient de distinguer deux choses : la Commune productive d’une part ; et en second lieu, le processus de production social de la Commune. En effet, la Commune ne se décrète pas, elle résulte d’une production. Elle n’est pas non plus, un territoire, bien que l’on puisse s’y installer. En revanche, la Commune est l’émanation d’une production matérielle et intellectuelle du peuple organisé sur le territoire. Pour que la Commune voit le jour, il est impératif d’avoir affaire à un peuple organisé qui la suscite en quelque sorte; qui la produit.

¨Ceux qui sont décidés à parrainer et légitimer une parodie de Commune, c’est-à-dire d’« en haut », en ayant recours aux pratiques propres à la vieille politique (clientélisme, sectarisme, opportunisme), nous savons déjà à quoi ils aboutiront : à un irrémédiable échec. Et ce, comme toutes les initiatives qui ne ne partent pas de la participation populaire. Par bonheur, les Communes dont on peut suivre les activités ne sont en aucune manière des imitations. Car la participation populaire est très largement dominante. Les pâles imitations ne relèvent aucunement du neuf. Or, à ce jour, c’est le neuf qui s’impose.

¨On transmet aisément ce que l’on connaît déjà. Restituer avec fidélité ce qui est révolutionnaire, exige de nous d’innover en matière de communication.¨

¨Ce processus de production social de la Commune est un fait inédit, doté d’un extraordinaire potentiel de transformation : le peuple vénézuélien est tout entier un peuple communard, parce qu’il est bien déterminé à laisser loin derrière, la vieille société. Il est par ailleurs nécessaire d’insister sur ce point : nos Communes ne résultent pas de ces extravagantes expériences dont les socialistes utopiques ont été les initiateurs. Elles découlent de l’action d’un peuple conscient de sa force, bien décidé à s’émanciper. Or, seul ce type d’émancipation relève de visées anti-capitalistes, dignes de ce nom.

¨Nous savons également que la nouveauté et les potentiels de transformation dignes de ce nom, rendent difficiles notre capacité à restituer -aux fins de communication- la richesse des expériences communales en cours. On transmet bien plus aisément, ce que l’on connaît déjà. De ce fait, restituer avec fidélité ce qui est le plus révolutionnaire, exige de nous d’innover en matière de communication.¨

comuna de Momboy

Textes : Reinaldo Iturriza. Martin Di Giacomo. Abraham Torrealba.

Photos : Milángela Galea, Gustavo Lagarde.

Sources : Ciudad CCS, AVN et Ministerio de las Comunas, notamment http://www.mpcomunas.gob.ve/comuneros-identificaron-obstaculos-y-elaboraron-propuestas-durante-cierre-del-taller-nacional-de-la-fuerza-productiva-comunal/

Traduction : Jean-Marc del Percio 

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2014/06/21/le-gouvernement-bolivarien-repond-aux-communards-que-letat-soit-au-service-de-la-commune-et-non-linverse/

Juan Vicente Patin: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

Jorge Rodriguez

Jorge Rodriguez

C’est tout un symbole : le 1 août 2013, le maire bolivarien Jorge Rodriguez (photo), fervent militant de la réhabilitation de l’espace public contre sa privatisation commerciale et de la rénovation intégrale des quartiers populaires contre leur élimination a annoncé que le centre commercial Sambil du quartier de La Candelaria serait converti en un vaste projet culturel.

Sambil-CandelariaLes services de Rodriguez étudient avec les mouvements sociaux la transformation intégrale de ce dinosaure capitaliste, symbole de la corruption d’une mairie antérieure qui avait signé illégalement un permis de construire contre la volonté des habitants.

La force des choses fait de la révolution bolivarienne une révolution urbaine. Historiquement, depuis le boom pétrolier, c’est dans les grandes villes du Venezuela que vit la grande majorité de la population. Dans ce passage brutal de la société rurale à une société de consommation aux rêves modelés par la télévision commerciale, réside une des principales difficultés de la transition actuelle au socialisme. macdonald

Le simple fait que les centres commerciaux ou les MacDonald – degrés zéro de la culture de masse états-unienne – soient devenus des référents culturels ou des lieux de loisir familial en dit long sur la difficulté de changer la vie.

A Caracas en août 2013 la révolution a récupéré et réhabilité un million cent mille mètres carrés pour les citoyen(ne)s. C’est pour éclairer cette politique à contre-courant de celle que subissent la plupart des grandes villes dans le reste du monde, que nous publions le point de vue d’un architecte vénézuélien de la nouvelle génération, Juan Vicente Patin, interrogé par Reinaldo Gonzalez D. pour le quotidien gratuit Ciudad Caracas du 28 juillet 2013.

T.D.

L'architecte Juan Vicente Pantin

Juan Vicente Patín: “Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public”

La place Diego Ibarra est un des espaces réhabilités par la Mairie de Caracas et par le Gouvernement de la Capitale. Un peu plus bas se trouve le terminal d’autobus Río Tuy, réhabilité lui aussi à travers cette gestion partagée. Sur son aile nord (celle du terminal), derrière une file de commerces, on trouve un petit coin agréable qui selon les résultats d’une enquête personnelle, n’est connu que des happy few; une sorte de terrasse aux grandes tables et aux chaises spacieuses (grandes et très lourdes) idéales pour jouer au domino ou interviewer le pote Juan Vicente Pantin. Je me permets de l’appeler “pote” parce que bien qu’il soit architecte de l’Université Centrale du Venezuela, professeur d’Histoire d’Architecture Contemporaine de “la Grande Maison d’Étude” et qu’il ait assumé plusieurs postes de responsabilité dans l’administration publique, les titres ne lui sont pas montés à la tête comme à beaucoup d’intellectuels et bureaucrates. Au contraire, ils l’ont marié de plus près à la ville au point d’exercer aujourd’hui son métier en indépendant, et de pratiquer ce qui paraît inconcevable pour un professionel-universitaire-conservateur-idiot de ceux qui abondent à l’Université Centrale : accompagner dans leurs processus d’auto-construction les campements de pionniers, partie intégrante du Mouvement des Habitants. Nul hasard s’il juge que “le plus grand patrimoine de la Caracas contemporaine sont les tissus sociaux qui se sont constitués peu à peu; c’est l’espoir qu’un jour nous aurons une ville plus politique”. L’entretien s’est transformé en conversation.

Reinaldo Gonzalez – Certains perçoivent Caracas comme un chaos…

Juan Vicente Patin – Caracas est une invention du XXème siècle. Le Caracas des toits de tuile rouge a existé jusqu’en 1939, à l’époque du premier plan urbain mais cela n’a duré que deux décennies, les années 40 et  50. Ensuite la ville a été livrée à son sort, aux mains du capital. Ce que nous avons aujourd’hui est le résultat de comment le négoce immobilier a occupé certaines zones et en a ghettoïsé d’autres.

RG – L’Est riche et l’Ouest, majoritaire et populaire…

JVP – Dans les années 40 et 50 s’est produit le fameux “exode paysan”. Certains soutiennent que Caracas, parce qu’il a dû se construire sur des prémisses de moumentalité et de grandeur, exigeait une quantité de force de travail telle que cela a provoqué une grande partie du déplacement vers la ville. Les zones populaires se sont formées par la nécessité de construire ce “centre”. C’est ainsi que la ville s’est divisée en deux. Le secteur immobilier a pris les meilleures zones. Et où se sont formées les zones populaires ? Dans des zones à haut risque géologique, hydrologique, dans des ravins et des lits de rivières, dans des lieux non rentables pour le commerce urbain.

RG – Dans l’Est, il y a eu planification urbaine ?

JVP – Cela reviendrait à dire que le capital planifie… Si nous parlons techniquement, de manière universitaire, Caracas est une ville sans planification. Mais il faudrait répondre depuis les dynamiques sociales qui visent l’organisation et la vision de l’avenir. Quelle est la vision des habitants de Palos Grandes et du Guarataro ? Dans les quartiers populaires il y a un sentiment d’appartenance qu’on perçoit dans la manière de se présenter : “Je suis du 23”, “Je suis de La Vega”. Alors que les habitants de l’Est aisé disent : “Je vis à Santa Paula, dans les Chaguaramos, à La Tahona…”. Il semblerait que le signe du succès social soit dans le déplacement de l’Ouest populaire vers l’Est privilégié. Bien sûr il y en a qui te disent : “J’étais de Catia et maintenant je vis à…”.

RG – Mais on ne peut nier les difficultés de nombreux quartiers populaires, par exemple l’accès aux services publics…

JVP – La classification, un peu ridicule, de ville “formelle” et “informelle” a beaucoup à voir avec l’offre, surtout en termes de service et d’infrastructure. C’est un thème fondamentalement politique, à l’intérieur d’une matrice économique. Quelle serait la différence entre ces deux villes ? Que dans l’une le commerce a toujours été présent, dans l’autre pas.

RG – Quel rôle a joué l’État ?

JVP – Depuis les années 70 jusqu’à Chávez, si nous parlons de planification urbaine et de construction, l’État avait cessé d’exister. La doctrine libérale du “laissez faire” s’était imposée. Ce qui a ouvert la voie à une ville qui ressemble à une graphique de niveaux. Combien peut-on spéculer sur le sol ? La mesure te donne la hauteur des édifices. Regarde La Candelaria, Los Palos Grandes, Chacao… Ils se sont ouverts en fonction des intérêts du capital. De plus, l’État n’a pas investi dans les secteurs dans lesquels il devait investir par nature : les quartiers populaires, qui sont restés dépourvus de tout.

RG – Certains pensent qu’il faut éliminer les quartiers populaires…

JVP – Il y a toujours eu une politique qui s’est perpétuée, qui a consisté à stigmatiser les quartiers populaires au lieu de penser comment les renforcer. Certes il faut prendre en compte la matrice de l’infrastructure, la présence de risques : certains quartiers sont construits sur des terrains propices aux glissements, aux affaissements, vulnérables en cas de tremblement de terre. Mais je crois que plus que se fixer sur l’aspect physique l’important est de préserver le tissu social qui s’y trouve.

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RG – Des projets comme le métro-cable visent ce renforcement du populaire ?

JVP – Le métro surgit dans les années 80 avec pour objectif d’acheminer la force de travail à son poste de travail. Le Metrocable fait partie de la même réalité. Il reproduit le même moule de la mobilité urbaine et non de la mobilité ou des communications visant à fortifier les dynamiques internes de la communauté. Les avantages sont indéniables (1) mais je crois que le Métro-cable peut contribuer à une certaine perte de contact de la zone populaire de San Agustin avec ce qui était son axe naturel de relation : le boulevard Ruiz Pineda.

RG – Il y a des projets similaires en cours d’exécution…

JVP – Il faut faire attention à certains chantiers d’infrastructure à grande échelle qui apportent des bénéfices sans aucun doute, pour qu’ils n‘attentent pas contre ce patrimoine en cours de construction et je crois que c’est le travail principal que nous devons mener à Caracas: comment fortifier les collectifs, comment générer un sentiment d’identité, comment passer de cette vision métropolitaine du Grand Caracas à une vision, encore une fois, régionale, si nous entendons par ce terme les zones populaires, les quartiers résidentiels…

RG – N‘est-ce pas l’objectif de la commune ?

JVP – De nombreux vénézuéliens se sont joints à cette construction collective mais d’autres pas. Il faut le dire. Sur la ville, sur la manière d’être, pèse encore une vision très individualiste. Tu peux le voir par exemple dans la Grande Mission Logement (2) : les gens veulent qu’on leur donne leur logement, ensuite ils s’enferment, installent leur antenne satellitaire DirecTV et oublient la ville. Cet individualisme va contre la construction du sens de communauté. Pour construire la commune il faudrait commencer par éteindre la télévision.

Une ville pour les voitures

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Pour Pantin, malgré les efforts inédits pour créer ou réhabiliter des zones piétonnières, des places et des parcs publics, Caracas reste une ville pour voitures… parquées. Le parc automobile croissant qui circule par les mêmes artères construites il y a des décennies : “l’avenue  Bolívar était ce désir de reconstruire les axes monumentaux de Paris mais cette vision européiste a été déplacée par l’urbanisme nord-américain, basé sur la mobilité, les grandes autoroutes… L’objectif était l’expansion de cette ville qui  n’existait pas encore. Autour de cette grande artère qu’était l’autoroute s’édifient des quartiers résidentiels comme Altamira, La Castellana, Prados del Este, Bello Monte… La ville se crée donc sur la prémisse commerciale de l’automobile. Il fallait stimuler les conditions pour l’usage de la voiture. Il fallait la rendre obligatoire”.

RG – Et aujourd’hui, que faire avec autant de voitures ?

JVP – Le seul plan sensé en matière de voirie passe par la réduction du parc automobile. De nombreuses familles de Caracas ont une voiture et celles de la classe moyenne, une voiture par personne.

RG – On ne peut réduire le parc automobile sans améliorer le transport public…

JVP – Les bus ou taxis collectifs ne sont pas un transport public, ils sont privatisés. En tant qu’usagers nous n’avons aucun pouvoir de décision sur la qualité du service, la fréquence des unités, les itinéraires. La rue est complètement anarchisée par manque d’ordre dans le transport public. Nous sommes encore aux mains des bus privés.

RG – Et que penses-tu du Bus Caracas (nouveau transport public) ?

Despues-de-cuatro-anos-BusCaracas-salio-al-ruedo_23636JVP – Quand on a lancé le projet on a dit que cela allait saturer la zone de Nueva Granada. Je suis usager du Bus Caracas et j’observe combien le trafic s’est amélioré. Cela pourrait aller beaucoup mieux si on arrivait à organiser le reste du transport.

Espace en conflit

Selon Juan Vicente Pantin, la lutte entre deux modèles de société irréconciliables s’exprime à tous les niveaux. L’espace urbain n’est pas l’exception. “Si nous parlons du processus politique comme processus de lutte contre la logique du capital, un des champs fondamentaux doit être la ville, pour beaucoup de raisons. La motivation sociale, politique est claire parce qu’il y a une motivation économique : le fait est que la ville, le commerce urbain, la construction, la vente de terrains sont les secteurs qui, ensemble, apportent le plus au PIB. Dans ce contexte de guerre économique il faut revoir l’économie urbaine, et l’État devrait en prendre le contrôle exactement comme il l’a fait pour l’industrie pétrolière ou que nous sommes en train de le faire pour l’industrie alimentaire”.

RG – La grande mission logement semble aller dans ce sens…

gmvv1JVP – Sa plus grande réussite est de construire ces logements populaires DANS la ville. Dans les années 50 Perez Jiménez a construit le quartier “23 de Enero” comme une extension de la ville vers l’Ouest. Puis la quatrième république a construit Caricuao comme une annexion supplémentaire vers l’Ouest. Aujourd’hui on mène un travail inédit qui est la reconnaissance des terrains vagues à l’intérieur de la ville. Dans d’autres pays les impôts sur les terrains abandonnés sont si élevés que beaucoup finissent par les céder à la municipalité, à l’État, faute de pouvoir payer. Ici nous nous donnons le luxe d’avoir une ville à moitié vide. Bien sûr cela fait l’objet de beaucoup de critiques car beaucoup de gens veulent que Caracas reste une ville de ségrégation. Quand on construit des logements dans les zones de El Rosal ou Plaza Venezuela surgissent des arguments sur l’absence de services, la mauvaise qualité des édifices mais le problème de fond est que nous sommes en train de permettre à ceux qui étaient considérés comme la “plèbe” de vivre aux côtés de la classe moyenne et cela crée beaucoup de tension. Cela fait partie de la bataille silencieuse et donne un exemple de la lutte des classes dans l’espace public.

RG – La récupération des espaces publics fait aussi reculer le capital…

TEATRO-MUNICIPAL1

f3452_Ruta-nocturnaJVP – Quand on assume la réhabilitation des espaces publics de Caracas, il y a un effet de reconnaissance de l’histoire de la ville, jusqu’ici totalement refoulée. Le centre était dans l’abandon le plus total. Aujourd’hui tu vois des gens qui se promènent sur la Place Bolivar, qui prennent leur café à San Jacinto… Tu te rends compte qu’il y a eu un changement d’attitude, une réconciliation avec la ville et c’est un premier pas (3). Nous allons vers une ville meilleure que celle que nous avions. Maintenant il nous reste à apprendre à vivre en elle, à la soigner.

RG – Beaucoup cependant continuent à se réfugier dans les centres commerciaux…

JVP – Le centre commercial est lié à la même pénétration états-unienne et aux négoces de Rockefeller qui ont lieu à partir des années 50. Caracas, comme ville du XXème siècle, était une proie facile pour les centres commerciaux, phénomène qui ne s’est pas produit si facilement pour d’autres villes d’Europe ou à Buenos Aires. Un centre commercial implique une destruction du patrimoine, car il occupe de grandes étendues de terrain. Le centre commercial est l’antithèse de l’espace public. Apparemment l’accès est libre mais il y a des gardes, des caméras et une quantité d’éléments qui en font un espace sous contrôle. C’est un espace privé d’usage public et cela aussi est relatif. L’usage en est la consommation et la consommation est l’antithèse de l’usage démocratique de la ville.

Par Reinaldo Gonzalez D. / Photographies : Jonathan Mendoza et Alii

Source: http://www.ciudadccs.info/?p=453647

Traduction : Thierry Deronne

Notes :

(1) Lire “Quand écologie, socialisme et transport public se marient : le métro-cable, transport public révolutionnaire”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/02/15/quand-ecologie-socialisme-et-transport-public-se-marient-le-metro-cable-transport-public-revolutionnaire/

(2) Lire “Quand s’éloigne le bruit de la pluie sur les toits de carton”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/12/17/quand-seloigne-le-bruit-de-la-pluie-sur-les-toits-de-carton/

(3) Lire « je suis heureuse à Caracas« , https://venezuelainfos.wordpress.com/2012/03/19/je-suis-heureuse-a-caracas-photos/

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/08/02/juan-vicente-pantin-le-centre-commercial-est-lantithese-de-lespace-public/

Deux tours du monde en 100 jours : révolution dans la révolution bolivarienne.

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Assemblée du gouvernement de rue, État de Lara, 14 juin 2013.

Assemblée du gouvernement de rue, État de Lara, 14 juin 2013.

79.120 kilomètres parcourus en treize semaines par les ministres à la rencontre des citoyen(ne)s; 3.324 activités dont 2.000 assemblées populaires. Contact direct avec 3.483.000 habitant(e)s; 2.450 projets approuvés par l’exécutif sur proposition des organisations populaires dans les 24 états du pays – écoles, centres de diagnostic intégral, autoroutes, métro, autobus, système alimentaire, etc.. pour un investissement total de 16,5 milliards de dollars. Qui veut savoir ce que sera la révolution bolivarienne dans les années à venir, peut s’en faire une bonne idée à partir du bilan d’étape des trois mois du “gouvernement de rue” lancé dès l’élection de Nicolas Maduro, le 14 avril 2013.

Lors d’une assemblée organisée le 28 juillet dans le quartier populaire “23 de Enero” (Caracas) à la mémoire du président Chavez (qui aurait eu 59 ans ce dimanche), le président Maduro a fait rire en citant les “agences spatiales d’information” AFP, AP ou Reuters dont la ligne épouse celle de la droite locale: invisibiliser le gouvernement de rue et tout en concédant que “Nicolas Maduro a stabilisé son pouvoir”, prédire une “catastrophe économique”.

Il a évoqué la récente réunion à Santiago du leader de la droite, Henrique Capriles Radonski (impliqué dans la violence et les assassinats de militants bolivariens le 15 avril 2013 (1) et dans le coup d’État contre le président Chavez en avril 2002) avec Jovino Novoa, sous-secrétaire de la présidence de Pinochet : « il n’y a vraiment que la droite vénézuélienne pour aller conspirer avec ce genre de personnages monstrueux qui supervisaient les disparitions et les tortures« .

Pour la deuxième étape du gouvernement de rue qui démarre ce lundi 29 juillet 2013 à Sabaneta (État rural de Barinas), Maduro a fixé 12 lignes prioritaires (en plus des cinq objectifs généraux du Plan Patria) (2)  :

  • Réaliser de manière immédiate chacun des projets et des travaux publics approuvés au cours de la première étape du gouvernement de rue (avril-juillet).
  • Établir et approfondir le gouvernement de rue comme système intégral et permanent sur tout le territoire, pour mettre en oeuvre les projets à venir.
  • Intensifier et perfectionner le Mouvement pour la Paix et la Vie, avec la participation de tous les jeunes qui veulent sortir du culte des armes, de la drogue, pour qu’ils puissent s’inscrire dans des missions formatives et socio-productives.
  • Accélérer la récupération économique nationale (relancer la production nationale pour sortir de l’effet de la spéculation sur le dollar dans les importations).
  • Faire monter en puissance toutes les missions sociales, éducatives, culturelles qui vont de “En amor mayor” (dotation de pensions aux personnes âgées qu’elles aient cotisé ou non) à “Hijos e hijas de Venezuela” (appui économique direct aux mères en situation de pauvreté extrême), à la mission Logement, etc… Maduro a exigé que soient mises en place les coordinations ministérielles dans les régions : « dans certains états les délégués des différents ministères ne se connaissent même pas entre eux ! Cela doit finir, nous sommes un seul État !« 
  • Fortifier la Mission “Efficacité ou rien” et poursuivre la lutte à fond contre la corruption au sein de l’État, du gouvernement comme du secteur privé. Une lutte “qui va apporter de nouvelles surprises dans les jours prochains”, pour laquelle Maduro a créé une équipe secrète et compte sur l’appui des organisations populaires.
  • Dès le mois d’août, passer à la vitesse supérieure dans la construction de la Commune, stratégie à laquelle Hugo Chavez donnait la plus haute priorité pour dépasser la structure de l’État bourgeois.
  • Accélérer le redressement du système électrique national qui a déjà permis de réduire de moitié les coupures de courant (en 100 jours 70 mégawatts ont été produits et 400 ont été économisés).
  • Approfondir le “gouvernement de rue” dans les forces armées en multipliant les visites sur le terrain.
  • Impulser une révolution dans la communication et dans la culture, notamment en créant un mouvement national de théâtre pour et par les jeunes et par la mise en valeur du répertoire national et latino-américain.
  • Maintenir le cap de la politique internationale d’intégration, en consolidant l’ALBA, Petrocaribe, l’UNASUR et la CELAC.
  • Constituer un front politique élargi entre le Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), les mouvements sociaux et les autres partis progressistes, en vue des élections municipales du 8 décembre 2013.

Sur ce point le président Maduro a critiqué la volonté anachronique de certains candidats “révolutionnaires” de vouloir se faire élire à une mairie par pur égocentrisme. Les critères pour approuver une candidature ne sauraient être autres que l’humilité, la capacité de servir la population et les qualités du travail réellement accompli.

Le matin à Barinas (village natal de Chavez) Maduro avait déclaré : “Je connais des gouverneurs « chavistes », nous les connaissons tous, qui reçoivent de l’argent des grands propriétaires pour freiner la révolution. Nous devons nous critiquer nous-mêmes, pour avoir commis une erreur – celle de laisser à Chavez tout le poids de la révolution, sans assumer assez notre responsabilité qui, aujourd’hui plus que jamais, est de construire le pouvoir populaire. Fidel Castro l’avait dit de manière prémonitoire il y a treize ans, en visitant ce même lieu : “Chavez ne peut être le maire de tout le Venezuela, personne ne peut en supporter autant” en voyant les milliers de papiers, de lettres qu’à chaque déplacement les gens lui glissaient dans les mains, désespérés par les carences et le silence des maires, gouverneurs, ou ministres. »

« Aujourd’hui nous allons construire la commune mais dire commune ne signifie pas direvoilà, il y a une organisation qui s’appelle commune et j’en suis membre”, Beaucoup d’entre nous disonsje fais partie d’une commune. Mais combien peuvent dire réellement qu’ils font partie d’une commune ? Serait-ce qu’elles sont déjà construites ? La commune, c’est un espace militant, de travail, de solidarité, de nouvelles relations de production, pour nous former, pour y former nos enfants… Que chaque dirigeant, que chaque gouverneur se pose la question : “combien de communes ai-je aidé à construire ? combien de gens ai-je formés pour qu’ils puissent organiser le pouvoir populaire ?

Thierry Deronne, Caracas, 29 juillet 2013.

Notes :

  1. Lire https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/17/defaite-de-la-tentative-de-coup-detat-lex-president-lula-critique-lingerence-des-etats-unis-dans-les-elections-venezueliennes/
  2. Lire “Ce que la révolution bolivarienne va faire de 2013 à 2019”, https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/04/15/ce-que-va-faire-la-revolution-bolivarienne-de-2013-a-2019/
  3. Photos ci-dessous : célébration populaire à titre posthume des 59 ans de Hugo Chavez. Crédits : Venezuelanalysis.com / AVN.

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Des habitantes de Caracas ont préparé le gâteau d’anniversaire pour Hugo Chavez.

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2013/07/29/deux-tours-du-monde-en-100-jours-revolution-dans-la-revolution-bolivarienne/