La différence idéologique n’empêche pas le Venezuela et l’Iran de nouer des relations stratégiques, par Elijah J. Magnier

Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son équipe ont mis fin au rêve du président Donald Trump de renverser le système démocratique au Venezuela par un coup d’État : le parti au pouvoir de Maduro a remporté une claire victoire avec 68% des sièges à l’Assemblée nationale. L' »homme de Washington », Juan Guaidó, appartient désormais à l’Histoire, comme toute personne qui sert à faire pression pour que des forces étrangères interviennent dans son propre pays et, dans ce cas particulier, pour être de ceux qui demandent aux États-Unis de maintenir et d’augmenter les sanctions contre le Venezuela.

Maduro offre à la Russie et à l’Iran la possibilité de jouer un rôle dans l’arrière-cour des États-Unis, tant que le Venezuela tire un bénéfice de cette bataille internationale. La guerre « de basse intensité » menée par les États-Unis, par le biais de sanctions sévères, se révèle inefficace au Venezuela, et son échec ressemble déjà à celui d’autres régions du monde, en particulier au Moyen-Orient.

Pendant six ans, l’opposition vénézuélienne a détenu la majorité à l’Assemblée nationale, ce qui a permis au président Donald Trump de diviser la société vénézuélienne pour tenter de la retourner contre le président Maduro. Les États-Unis, l’Union européenne et 50 autres pays ont reconnu le député Guaidó autoproclamé président, un acte qui constitue une violation flagrante du droit international. Par contre, les 3/4 des 197 États actuellement reconnus par l’Organisation des Nations unies, avec parmi eux des puissances comme l’Inde, la Chine ou la Russie, reconnaissent le président élu, Nicolas Maduro. Quand les États-Unis ont envisagé d’utiliser la force militaire pour arrêter le Venezuela, la Russie a envoyé des conseillers militaires et des armes pour les avertir de se tenir à l’écart. Moscou a envoyé des avions SU-30 et des missiles S-300 au Venezuela. Certes ce n’est pas déterminant. En dernière instance, ce ne sont pas les armes qui pourraient arrêter les États-Unis, mais une politique de dissuasion : la Russie peut mettre en danger les intérêts américains dans des dizaines d’autres endroits du monde, si cet équilibre des pouvoirs n’est pas respecté.

L’Iran s’est joint à la Russie pour défier les États-Unis en envoyant au Venezuela plusieurs méga-pétroliers et des pièces détachées pour tenter de réparer les six raffineries paralysées par les sanctions américaines, notamment par le blocus sur les pièces détachées pour le pétrole et le gaz, la nourriture et les médicaments (mesures, rappelons-le, renforcées en pleine pandémie de coronavirus). Ainsi, la réserve de pétrole la plus riche du monde s’est trouvée paralysée par la guerre économique états-unienne.

Cette « guerre de basse intensité » utilisée par les États-Unis pour affamer les Vénézuéliens est la même politique que celle adoptée en Syrie, au Liban, en Palestine, en Iran et au Yémen et, en fait, partout où les États-Unis sont maintenant désobéis.

La Russie est soupçonnée d’investir au Venezuela sans tenir compte des gains ou des pertes financières, car le président Vladimir Poutine a décidé de redonner à la Russie sa place sur la scène internationale et s’est dressé face à l’éternelle volonté unilatérale d’hégémonie des États-Unis. La présence des Russes au Venezuela représente un énorme avantage pour Poutine face à toute administration états-unienne, car Moscou sera toujours considéré comme un ennemi pour la Maison Blanche.

Si Washington décide de se mouvoir ou d’agir sur un quelconque front (comme il l’a fait en Ukraine) ou dans tout autre pays considéré comme une question de sécurité nationale pour la Russie, Moscou peut avancer sur le front vénézuélien et accroître son soutien au gouvernement de Caracas.

La Russie et l’Iran sont présents en Syrie et coopèrent sur le terrain depuis cinq ans (2015-2020). Tous deux ont lutté ensemble contre le plan états-unien visant à renverser le président Bachar al-Assad et ont gagné la bataille. En Irak, les deux pays étaient également présents, offrant des renseignements et d’autres formes de soutien au gouvernement de Bagdad, afin de contrecarrer activement le plan états-unien visant à diviser le pays en trois sous-États.

Au Venezuela, Téhéran réagit en traversant les mers. La « République islamique » d’Iran met ses pas dans ceux de la Russie, en frappant Washington là où cela fait mal. Les États-Unis ont construit des dizaines de bases militaires autour de l’Iran et ont amené la plupart des pays du Golfe à normaliser leurs relations avec Israël, l’ennemi juré de l’Iran. Téhéran a répondu, non seulement en construisant un front d’alliés au Moyen-Orient, mais en soutenant le Venezuela, défiant Washington sur sa scène latino-américaine.

Les États-Unis ont toujours joué dans les arènes des autres pays, mais le Venezuela offre une occasion unique à la Russie et à l’Iran d’être présents dans l’arrière-cour des États-Unis.

La relation Iran-Vénézuela peut sembler plus opportuniste que stratégique. Elle a peut-être été déclenchée par la politique étrangère de Trump, en particulier ses sanctions sévères contre l’Iran, qui l’ont incité à trouver d’autres cartes à jouer contre cette administration américaine hostile. Cependant, le Venezuela devrait maintenant chercher à renforcer ses liens, en élevant ses relations avec l’Iran à un niveau stratégique.

Maintenant que le président Maduro contrôle la majorité de l’Assemblée nationale, il a prouvé qu’il était l’homme fort du pays. Il a complètement ignoré la marionnette états-unienne (Juan Guaidó) qui n’a pas réussi à renverser le président ni même à unifier l’opposition sous un même toit, malgré le soutien total des États-Unis et de l’UE.

Maduro a résisté en organisant une élection démocratique, en harmonie avec les aspirations des Vénézuéliens. Il n’est pas tombé dans le piège de jeter Guaidó en prison même si celui-ci s’est comporté en traître à la Nation (notamment en volant des actifs de l’État vénézuélien ou en appelant les forces US à intervenir dans le pays), préférant attendre le verdict des urnes. Le premier objectif de Maduro est d’essayer de résoudre la crise économique aiguë et la dévaluation de la monnaie locale, malgré les sanctions persistantes des USA. Le président vénézuélien doit maintenant tendre la main à ses proches alliés pour obtenir leur soutien et bâtir un pays autosuffisant pour la plupart des biens, qui ne dépende plus exclusivement du pétrole.

Nicolas Maduro continue d’envoyer des messages positifs au président élu Joe Biden, invitant la nouvelle administration à adopter une nouvelle politique à l’égard du Venezuela, même si, de l’avis général, Trump et Biden pourraient s’avérer n’être que les deux faces d’une même médaille en ce qui concerne la politique états-unienne à l’égard de l’Amérique latine.

En attendant, Maduro continue de bénéficier du soutien de l’Iran, qui envoie une grande flotte de pétroliers, et il est convaincu que Trump ne l’arrêtera pas en cours de route. L’Iran a déterminé que l’administration états-unienne devrait faire face aux conséquences de ses actes, en cas de confiscation de tout pétrolier traversant le détroit d’Ormuz, au cas où la marine US arrêtait un navire iranien en route vers le Venezuela.

Il est vrai qu’idéologiquement, le Venezuela socialiste et bolivarien n’a aucun lien avec l’idéologie de la « République islamique » d’Iran. Toutefois, les deux pays se trouvent dans une position similaire. Le Venezuela soutient la cause palestinienne et s’oppose à l’hégémonie de Washington. L’Iran considère la cause palestinienne comme une question prioritaire, ce qui lui permet de « rencontrer » le Venezuela dans son défi de la domination états-unienne. Il n’est pas nécessaire que les politiques socialistes et l’Islam se confondent : les deux nations sont réunies sous le parapluie de la résistance, ce qui a pour effet ultime d’alléger la pression politique de Washington sur l’Iran. Téhéran a trouvé une place dans l’arrière-cour des États-Unis, en envoyant un message clair qu’il n’est pas seulement un pays du Moyen-Orient qui attend la protection des États-Unis, comme la plupart des États du Golfe. Elle est devenue une puissance régionale qui doit être prise en compte lorsque les États-Unis développent leur stratégie dans la région.

L’auteur: le journaliste Elijah J. Magnier est un ancien correspondant de guerre et analyste politique qui a plus de 35 ans d’expérience dans la couverture du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Il est spécialisé dans les reportages en temps réel sur la politique, la planification stratégique et militaire, le terrorisme et la lutte contre le terrorisme. Magnier a couvert un grand nombre des principales guerres et affrontements militaires dans la région, notamment l’invasion israélienne du Liban en 1982, la guerre Irak-Iran, la guerre civile libanaise, la guerre du Golfe de 1991, la guerre de 1992-1996 en ex-Yougoslavie, l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003 et la guerre et l’occupation qui ont suivi, la deuxième guerre du Liban en 2006, ainsi que les guerres plus récentes en Libye et en Syrie. Il a vécu plusieurs années au Liban, en Bosnie, en Irak, en Iran, en Libye et en Syrie.

Source : https://ejmagnier.com/2020/12/12/venezuela-an-operational-stage-for-russia-and-iran-to-challenge-the-usa/

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

URL de cet article : https://venezuelainfos.wordpress.com/2020/12/17/la-difference-ideologique-nempeche-pas-le-venezuela-et-liran-de-nouer-des-relations-strategiques-par-elijah-j-magnier/

La perspective manquante dans les médias : les liens entre l’Iran et le Venezuela ne concernent pas les États-Unis, par Gregory Shupak (Fair.org)

L’État états-unien n’étouffe pas seulement des vies en pressant des genoux sur des cous à l’intérieur de son territoire. Il cherche également à asphyxier des pays entiers comme l’Iran et le Venezuela. Lorsque les ennemis de l’empire états-unien défient les injonctions de Washington, les médias privés participent volontiers à l’émergence d’une crise, même lorsque l’enjeu est quelque chose d’apparemment aussi banal qu’un échange de biens. Cela est évident dans la couverture médiatique des livraisons de pétrole iranien au Venezuela, qui a présenté ces livraisons comme un problème à résoudre, plutôt que comme une transaction commerciale qui ne concerne en rien une tierce partie.

Alors que les pétroliers iraniens étaient encore en route, un article du Washington Post (5/23/20) affirmait:

Le Washington Post (5/23/20) rapporte que le Venezuela "offre à Téhéran la perspective d'un nouveau centre d'influence juste de l'autre côté de la mer des Caraïbes par rapport à la Floride". (Par "juste de l'autre côté", le Post entend à 1770 kilomètres miles des Etats-Unis, avec Cuba entre les deux).

Le Washington Post (5/23/20) rapporte que le Venezuela « offre à Téhéran la perspective d’un nouveau centre d’influence juste de l’autre côté de la mer des Caraïbes par rapport à la Floride ». (Par « juste de l’autre côté », le Post entend à 1770 kilomètres miles des Etats-Unis, avec Cuba entre les deux).

L’opposition soutenue par les États-Unis au Venezuela fournit des munitions potentielles en dénonçant le fait que les Iraniens pourraient transporter plus que de la simple essence.

Les dirigeants de l’opposition ont averti que Téhéran pourrait fournir du matériel pour ce qu’ils décrivent comme une opération secrète visant à aider l’appareil de renseignement de Maduro à construire un poste d’écoute dans le nord du Venezuela pour intercepter les communications aériennes et maritimes.

« Pour l’Iran qui est un ennemi des Etats-Unis, cela signifie qu’ils marchent presque sur la queue de l’Amérique », a déclaré Iván Simonovis, commissaire à la sécurité de Juan Guaidó, le leader de l’opposition vénézuélienne reconnu par les Etats-Unis comme le leader légitime de la nation.

Le ministre des communications de Maduro a rejeté ces affirmations comme étant « absurdes ».

L’article présente la question de savoir si l’Iran envoie secrètement au Venezuela une technologie d’espionnage comme un « tel a dit ceci, l’autre a dit cela« , comme si les deux affirmations étaient également susceptibles d’être vraies. Pourtant, il n’y a pas la moindre preuve que l’envoi de l’Iran était destiné à « aider l’appareil de renseignement de Maduro« , mais le Post choisit de ne pas partager cette information avec ses lecteurs.

Le fait d’évoquer le danger que l’Iran et le Venezuela pourraient préparer quelque chose de malfaisant, contribue cependant à légitimer la possibilité que les Etats-Unis mènent une attaque militaire pour stopper la livraison. Le Post poursuit :

Les responsables états-uniens ont minimisé la suggestion de l’Iran selon laquelle ces forces affronteront le convoi. Le porte-parole du Pentagone, Jonathan Hoffman, a déclaré jeudi aux journalistes qu’il n’était pas au courant des plans de lancement d’une opération militaire contre les pétroliers iraniens.

Mais un haut responsable de l’administration Trump, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat pour décrire les discussions internes, a déclaré que l’administration « ne tolèrerait pas » le soutien de l’Iran à Maduro.

« Le président a clairement indiqué que les Etats-Unis ne tolèreront pas l’ingérence répétée de la part de partisans d’un régime illégitime », a déclaré le fonctionnaire.

A aucun moment l’article ne remet en cause l’idée qu’un pays qui envoie des ressources à un autre puisse justifier le lancement d’un acte de guerre. Il n’y a pas non plus de contrepoint à l’idée que l’Iran « se mêle » des affaires du Venezuela en lui vendant du pétrole, comme si les États-Unis « se mêlaient » des affaires du Venezuela en essayant à plusieurs reprises de renverser son gouvernement (Grayzone, 1/23/20) et d’écraser son économie (FAIR.org, 2/6/19).

Dans un tel contexte idéologique, il devient possible aux grands médias de présenter l’ajout de sanctions supplémentaires, du type de celles qui ont ravagé les systèmes de santé en Iran et au Venezuela (FAIR.org, 3/25/20), comme une réaction raisonnable aux relations entre les deux pays : « Les analystes disent que l’administration [Trump] est plus susceptible d’utiliser des sanctions économiques supplémentaires que la force pour dissuader le commerce iranien/vénézuélien« . Cette formulation masque la façon dont les sanctions sont une mesure de « force« , qui est pourtant le terme exact pour désigner les sanctions qui ont causé des pénuries alimentaires en Iran, et qui auraient tué plus de 40 000 Vénézuéliens de 2017 à 2018 (CEPR, 4/25/19).

Photo NYT : Le Venezuela en manque d'essence célèbre l'arrivée de pétroliers en provenance d'Iran Le New York Times (5/25/20) décrit l'Iran et le Venezuela comme "deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires".

Titre du New York Times : « Le Venezuela en manque d’essence célèbre l’arrivée de pétroliers en provenance d’Iran »
Le New York Times (5/25/20) décrit l’Iran et le Venezuela comme « deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires« .

Un article du New York Times (5/25/20) a clairement indiqué dès le départ que son public devait s’inquiéter du commerce iranien/vénézuélien, le décrivant dans la deuxième phrase comme « un approfondissement des relations économiques entre le Venezuela et l’Iran, deux États parias dirigés par des dirigeants autoritaires ». En d’autres termes, les méchants unissent leurs forces ; soyez alarmés.

Le Times cite « un analyste du Venezuela au sein du groupe Eurasie » qui a déclaré que « la livraison de pétrole a mis en évidence les objectifs économiques et politiques de plus en plus parallèles de l’Iran et du Venezuela, ainsi que les options de plus en plus limitées du gouvernement états-unien pour faire obstacle à leurs relations« , mais n’offre aucune raison de s’interroger sur les raisons pour lesquelles les États-Unis devraient essayer de « faire obstacle à leurs relations« .

L’article indique que « le gouvernement états-unien, distrait par la pandémie de coronavirus et ayant déjà pris des sanctions sévères, n’a que peu d’options de représailles en dehors d’une intervention militaire« . « Les représailles » impliquent que le fait que la collaboration économique Iran/Venezuela constitue un acte d’agression contre les États-Unis. Une proposition ridicule, surtout quand on sait que le gouvernement états-unien mène depuis longtemps une série d’attaques contre les deux nations. Mais ce genre de poudre aux yeux est nécessaire pour faire passer une « action militaire » pour une option valable. Que les États-Unis puissent réagir à la vente de pétrole par l’Iran au Venezuela en ne faisant rien n’est même pas pris en considération.

Dans la même veine, le Wall Street Journal (5/20/20) donne du crédit à l’idée selon laquelle d’autres sanctions s’imposent, en particulier contre l’Iran, sans pour autant affirmer qu’il serait indésirable de condamner l’Iran à une mort encore plus massive par coronavirus (FAIR.org, 4/8/20) afin de le punir pour ses relations avec le Venezuela. L’article dit :

Le soutien de l’Iran au Venezuela souligne les limites des sanctions en tant qu’instrument de politique étrangère. Après des décennies de sanctions, l’Iran a développé une vaste industrie de raffinage qui fabrique ses propres équipements et produit le carburant dont sa population a besoin. La plupart de son pétrole étant invendu en raison des sanctions et de l’effondrement de la demande mondiale, l’Iran trouve maintenant de nouveaux débouchés pour son brut auprès d’ennemis des Etats-Unis.« 

Ce qui mérite réflexion, évidemment, c’est l’efficacité des sanctions, et non pas la question de savoir si elles doivent être imposées.

Wall Street Journal : Les Etats-Unis cherchent des moyens de stopper les ventes de pétrole de l'Iran au Venezuela Le Wall Street Journal (5/20/20) décrit l'Iran qui vend du pétrole au Venezuela comme "un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s'oppose à... l'ingérence internationale dans l'hémisphère occidental" (sic) - comme si les tentatives états-uniennes de renverser le gouvernement du Venezuela et d'autres pays d'Amérique latine ne constituaient pas une "ingérence internationale"

Wall Street Journal : « Les Etats-Unis cherchent des moyens de stopper les ventes de pétrole de l’Iran au Venezuela« 
Le Wall Street Journal (5/20/20) décrit l’Iran qui vend du pétrole au Venezuela comme « un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s’oppose à… l’ingérence internationale dans l’hémisphère occidental » (sic) – comme si les tentatives états-uniennes de renverser le gouvernement du Venezuela et d’autres pays d’Amérique latine ne constituaient pas une « ingérence internationale »

L’article ne s’intéresse pas non plus au mal que les sanctions ont fait au Venezuela et à l’Iran. Il décrit les sanctions contre l’Iran comme « faisant partie d’une stratégie plus large visant à accroître la pression sur le régime », comme si ces mesures n’affectaient pas la population iranienne – par exemple elles provoquent le décès de cancéreux (Foreign Policy, 8/14/19).

L’article tentait d’absoudre les sanctions états-uniennes contre le Venezuela pour leur dégradation de l’industrie pétrolière du pays, en alléguant que:

Les raffineries du pays sud-américain, qui possède les plus grandes réserves de pétrole brut du monde, sont à l’abandon après des années de corruption et de mauvaise gestion qui ont précédé l’imposition de sanctions strictes sur ses ventes de pétrole l’année dernière.

Cette affirmation est trompeuse : les sanctions états-uniennes d’avant 2019 avaient gravement porté atteinte au secteur pétrolier du Venezuela. Comme le souligne l’économiste vénézuélien Francisco Rodríguez, un critique virulent du président Nicolás Maduro (WOLA, 20/9/2018), le décret de Trump de septembre 2017 a recommandé que les institutions financières signalent plusieurs transactions en provenance du Venezuela comme potentiellement criminelles :

« De nombreuses institutions financières ont procédé à la fermeture de comptes vénézuéliens, estimant que participer par inadvertance au blanchiment d’argent était un risque inutile. Les paiements vénézuéliens aux créanciers se sont retrouvés bloqués dans la chaîne de paiement, les institutions financières refusant de traiter les virements provenant d’institutions du secteur public vénézuélien. Même Citgo, une entreprise vénézuélienne constituée dans le Delaware, a eu du mal à obtenir des banques qu’elles lui délivrent des lettres de crédit.

Ces restrictions ont eu plusieurs conséquences sur l’industrie pétrolière vénézuélienne. Tout d’abord, et c’est le plus évident, la perte de l’accès au crédit vous empêche d’obtenir des ressources financières qui auraient pu être consacrées à l’investissement ou à l’entretien…

Il existe également des liens plus directs entre la finance et l’activité réelle qui peuvent conduire une entreprise à laquelle on ferme le réseau financier, à connaître une baisse de sa capacité de production. Par exemple, l’un des mécanismes les plus efficaces que PDVSA [la compagnie pétrolière publique du Venezuela] a trouvé pour augmenter la production ces dernières années a été la signature d’accords de financement dans lesquels des partenaires étrangers prêteraient pour financer l’investissement dans un accord de coentreprise (Joint Venture) tant qu’ils pourraient payer le prêt. Or le décret de Trump a effectivement mis un terme à ces prêts.

De même, avant l’imposition des sanctions, PDVSA avait commencé à refinancer une partie importante de ses arriérés envers les prestataires de services par l’émission de billets à ordre de droit new-yorkais. Le décret a également mis fin à ces arrangements. Ce qui était inhabituel pour PDVSA en 2017, ce n’était pas d’avoir un niveau d’arriérés important – de nombreux producteurs de pétrole avaient accumulé des arriérés après la chute des prix. Ce qui était inhabituel, c’est qu’il n’était pas en mesure de les refinancer. »

Ainsi, les sanctions états-uniens ont entravé le secteur pétrolier du Venezuela pendant au moins deux ans de plus que ce que le Wall Street Journal affirme.

Le journal cite l’amiral Craig Faller, qui dirige le Commandement Sud des États-Unis dans les Caraïbes : « l’ouverture de l’Iran au Venezuela est destinée à l’aider à « acquérir un avantage de position dans « notre » voisinage comme moyen de contrer les intérêts américains« . Ce qui manque dans cette pièce, c’est une réflexion sur la possibilité que le Venezuela soit le « voisinage » du Venezuela, et que ce qui se passe au Venezuela ne soit pas une question d' »intérêts états-uniens » mais d’intérêts vénézuéliens.

Selon l’article, « les efforts croissants de l’Iran pour construire un avant-poste commercial et politique en Amérique latine constituent un défi à la doctrine Monroe des États-Unis, vieille de près de deux siècles, qui s’oppose à l’ingérence internationale dans l’hémisphère occidental« . Le fait que l’Iran fournisse du pétrole au Venezuela est une « ingérence internationale« , mais le fait que les États-Unis tentent d’être l’arbitre de l’activité économique vénézuélienne n’est pas une « ingérence internationale« , bien qu’il semble y avoir des preuves que les États-Unis et le Venezuela ne sont pas, en fait, le même pays.

Le Journal exclut de son compte-rendu le point de vue selon lequel les pays de l’hémisphère ont le droit d’acheter et de vendre des ressources de et vers n’importe quel pays, indépendamment des souhaits des États-Unis. Au contraire il partage l’avis des responsables états-uniens selon lequel:

« les États-Unis pourraient également essayer de confisquer les navires, par le biais d’une procédure judiciaire états-unienne appelée « action de confiscation » pour violation de la loi états-unienne…. Mais comme il est peu probable que le Venezuela coopère à un tel ordre, l’outil juridique devrait être utilisé lorsque les navires s’arrêtent pour se ravitailler dans les ports en route vers l’Iran, ont déclaré les responsables.« 

Le Wall Street Journal a par ailleurs refusé de donner la parole à ceux qui s’opposent à la perspective de piraterie états-unienne.

Il ne manque pourtant pas de personnes originaires d’Iran ou du Venezuela, ni d’écrivains ou de militants pacifistes états-uniens, vers lesquels ces journaux auraient pu se tourner pour apporter les points de vue qu’ils ont laissés de côté. Au contraire, de nombreux points de vue douteux sur les relations irano-vénézuéliennes sont présentés comme s’ils constituaient la gamme complète des points de vue sur la question.

L’auteur: Docteur en Études Littéraires, Gregory Shupak enseigne l’Analyse des Médias à l’Université de Guelph, Toronto, Canada. Auteur de “The Wrong Story. Palestine, Israel, and the Media”, Or books éditeur, 2018.

L’auteur: Docteur en Études LittérairesGregory Shupak enseigne l’Analyse des Médias à l’Université de Guelph, Toronto, Canada. Auteur de “The Wrong Story. Palestine, Israel, and the Media”, Or books éditeur2018.

Le public des médias n’est pas exclusivement composé de crétins qui croient tout ce qu’ils lisent. Evidemment si les médias martèlent encore et toujours, que les États-Unis ont le droit d’intervenir où ils veulent et qu’il faut combattre ce qu’ils perçoivent comme des méchants, sans donner d’éléments pour remettre en cause cette perspective, beaucoup de gens dans ce public vont finir par croire que c’est vrai.

Source : https://fair.org/home/missing-perspective-in-media-iran-venezuela-ties-are-none-of-uss-business/ 

Traduction de l’anglais : Thierry Deronne

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